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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 08:39
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste

 

En 1807, de retour de Jérusalem, François-René de Chateaubriand se vit contraint de s'éloigner de Paris à la suite d'un article dans lequel il fustigeait la tyrannie exercée par l'empereur Napoléon Ier, dont on sait qu'il ne partageait pas les idées et auquel il ne pardonnait pas d'avoir fait fusiller le jeune duc d'Enghien. L'écrivain aspirait à travailler dans le calme et acheta la propriété de la Vallée-aux-Loups, dans le coteau boisé du val d'Aulnay, à la croisée des Deux-Forêts reliant les bois de Verrières à la forêt de Meudon.


De l'histoire de cette maison avant l'arrivée de Chateaubriand, nous connaissons peu de choses, sinon qu'elle avait appartenu à un certain André-Arnoult Aclocque, brasseur parisien et membre de la garde nationale qui avait sauvé la vie du roi Louis XVI en le coiffant du bonnet rouge. Espérant recevoir, à titre de remerciement, la visite du souverain, il avait fait construire dans son parc la tour Velléda, dans laquelle Chateaubriand installera sa bibliothèque et se retirera pour écrire.
En achetant La Vallée- aux -Loups, l'écrivain accomplissait un rêve ancien. Déjà en Angleterre, où la Révolution l'avait chassé, il aspirait à cette paix de l'âme, loin de toute société : " Je pourrais encore être heureux à peu de frais. Il ne s'agirait que de trouver quelqu'un qui voulût me prendre à la campagne. Là, je pourrais écrire, herboriser, me promener tout à mon aise...pourvu qu'on me laissât tranquille et livré à mon humeur sauvage."


Cette communion avec la nature, Chateaubriand l'avait éprouvée dès son enfance dans l'austère château familial de Combourg, entouré de bois et de landes qu'il se plaisait à parcourir seul : " C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis."  La Vallée-aux-Loups avait tout pour lui plaire : " J'étais dans des enchantements sans fin ; sans être Mme de Sévigné, j'allais muni d'une paire de sabots, planter mes arbres dans la boue, passer et repasser dans les mêmes allées, voir et revoir tous les petits coins, me cacher partout où il y avait une broussaille, me représentant ce que serait mon parc dans l'avenir, car alors l'avenir ne manquait point. (...) Je fis quelques additions à ma chaumière ; j'embellis sa muraille de briques d'un portique soutenu par deux colonnes de marbre noir et deux cariatides de femmes de marbre blanc : je me souvenais d'avoir passé à Athènes. Mon projet était d'ajouter une tour au bout de mon pavillon ; en attendant, je simulai des créneaux sur le mur qui me séparait du chemin : je précédais ainsi la manie du Moyen-Age, qui nous hébète à présent. La Vallée-aux-Loups, de toutes les choses qui me sont échappées, est la seule que je regrette ; il est écrit que rien ne me restera." ( Mémoires d'Outre-Tombe )

 

Dans ce lieu devait naître plusieurs de ses oeuvres dont L'itinéraire de Paris à Jérusalem, qui relatait, en l'embellissant, son voyage en Terre-Sainte, Les Martyrs, et principalement ses Mémoires qui sont avec La Comédie Humaine de Balzac et La Recherche du Temps Perdu de Proust, un monument de notre littérature. Et que racontent-elles : la fuite du temps, la mort, l'isolement, l'écroulement d'un empire, le déclin de l'amour et comme l'écrit superbement Julien Gracq dans la préface de l'oeuvre aux éditions Flammarion ( collection Bouquins ) : " Cette voix qui clame à travers les deux mille pages des Mémoires que le Grand Pan est mort, et dont l'Empire Romain finissant n'a pas connu le timbre unique - l'écho ample de palais vide et de planète démeublée - c'est celle des grandes mises au tombeau de l'Histoire. "

 

Mais en ce 4 octobre 1811, Chateaubriand est heureux chez lui et écrit ceci :

" Il y a quatre ans qu'à mon retour de Terre-Sainte, j'achetai près du hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n'était qu'un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances. Les arbres que j'y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l'ai pu des divers climats où j'ai erré, ils me rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon coeur d'autres illusions. (... ) Tout chevalier errant que je suis, j'ai les goûts sédentaires d'un moine : depuis que j'habite cette retraite, je ne crois pas avoir mis trois fois les pieds hors de mon enclos. Mes pins, mes sapins, mes mélèzes, mes cèdres tenant jamais ce qu'ils promettent, la Vallée-aux-Loups deviendra une véritable chartreuse. ( ... ) Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l'ai payé du produit de mes rêves et de mes veilles ; c'est au grand désert d'Atala que je dois le petit désert d'Aulnay ; et pour me créer ce refuge, je n'ai pas, comme les colons américains, dépouillé l'Indien des Florides. Je me suis attaché à mes arbres ; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'aie soigné de mes propres mains, que je n'aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille ; je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants : c'est ma famille, je n'en ai pas d'autre, j'espère mourir au milieu d'elle. "

 

Malheureusement, l'écrivain n'aura pas ce bonheur. Pour des raisons financières, il se verra dans l'obligation de vendre sa propriété et cela lui sera un déchirement. Mais miraculeusement préservée, elle demeure aujourd'hui un haut lieu où chaque arbre planté par l'auteur des Mémoires fait écho à son monde imaginaire. Alors que les cèdres sont des réminiscences du Liban, les pins des évocations de Jérusalem, les platanes des souvenirs de Grèce, jusqu'aux chênes d'Armorique qui rappellent les racines bretonnes de l'écrivain, les cyprès chauves, les magnolias, les catalpas furent  plantés en souvenir de l'aventure américaine. Ainsi s'élabora un parc d'écrivain, oeuvre de mémoire, conçue par un homme qui était, tout à la fois, un amoureux des arbres et de la nature, un féru de botanique et un créateur romantique de par sa plume et ses goûts.

 

Après lui, cette Vallée ne cessa d'attirer les artistes. De nombreux poètes ont célébré sa profonde solitude et la riante disposition de ses collines. De nos jours, on visite la maison et le parc et chacun peut à loisir se promener, s'attarder, rêver devant le cornouiller panaché, le cerisier pleureur, les glycines géantes, le cèdre de l'Atlas, le feuillage éblouissant du Sophora, l'if d'Irlande, le tulipier de Virginie, les roseaux de Chine, le cyprès chauve de Louisiane, le chêne écarlate et le hêtre de Serbie. La Vallée-aux-Loups demeure, au-delà du temps, un lieu d'évasion, où le passé et le présent se rejoignent sans heurt dans la permanence de la beauté et le puissant éclat du souvenir.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.
La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.

La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 08:48
Photos  Yves Barguillet

Photos Yves Barguillet

 

La Bretagne a toujours eu un double visage : tantôt brutale, barbare, hérissée par la force de ses vents, de ses solitudes, de ses ajoncs, de ses rocs et de ses caps ; tantôt colorée et maternelle, grâce à la tiédeur de ses chaumes, de ses baies, de ses sentes et de ses plages. Le Golfe du Morbihan appartient à cette Bretagne colorée et maternelle. Il y a sans doute plus de huit mille ans que l'homme s'est enraciné ici et, qu'au gré des marées, le rivage s'est dessiné d'un trait gracieux avec, en abondance, des bois, des vallons, des escarpements, des dolmens nichés dans les bruyères, des villas blanches ensevelies sous les lauriers et les hortensias, des calvaires de granit, des moulins en ruine, des murets de pierre dans lesquels s'arc-boutent les figuiers et les aloès, des chemins capricieux et des vasières mauves. Inlassablement, le flux et le reflux ont façonné des centaines d'îles et îlots et une extraordinaire mer intérieure de 11500 hectares.

 

En ce lieu, un grand nombre d'espèces végétales et animales cohabitent malgré la présence de l'homme et, ce, dans une harmonie si remarquable que l'on se doit de le souligner. Car l'homme demeure sur ces terres depuis longtemps ; la preuve en est les sites mégalithiques uniques au monde que l'on peut recenser comme le tumulus de Gravinis et le dolmen de Locmariaquer, nommé table des marchands ou table de César, couvert de caractères et de dessins. Il est vrai qu'aucun département ne nous transporte - de par son histoire - à des âges aussi reculés ; aucun ne possède de souvenirs plus nombreux d'époques inconnues, de peuples oubliés, n'ayant laissé pour traces que ces pierres étranges, ces alignements inexplicables (Carnac), que les bretons - plus épris de légende que de science - considèrent comme des armées de géants pétrifiées par la parole de Saint Cornély. Aujourd'hui, la thèse la plus vraisemblable apparente ces objets à des pierres tombales dressées par un peuple qui regardait ces demeures comme étant celles de l'éternité, ce qui expliquerait leur importance et leur ampleur. Depuis, beaucoup d'eau est passée sous les ponts du Bono et d'ailleurs, apportant avec elle le sel pour les paludiers, le courant pour les meuniers, les poissons pour les pêcheurs, les coquillages pour les ostréiculteurs, la brise pour les plaisanciers et la beauté pour les promeneurs venus s'enchanter de ces rivages.

 
 

Peu d'endroit au monde ne dégage une telle impression d'harmonie, aucune union de mer, de végétation, de lumière et de ciel ne semble avoir trouvé d'accord plus parfait. Sont réunis - pour offrir au visiteur une suite de paysages variés, qui se découvrent au hasard des promenades - des baies et rivières tranquilles, des points de vue immenses, des jeux de lumière vaporeux, une déclinaison de couleurs subtile. Là tout n'est que contraste, changement, renouvellement. Au rythme des marées s'ajoute celui des saisons, afin qu'à chaque instant, selon les pluies, les nuages, les ensoleillements, rien ne soit jamais semblable et que l'on passe, sans transition, d'une atmosphère écossaise à une atmosphère méditerranéenne et latine. Bien qu'en transit, les oiseaux migrateurs y paraissent chez eux. L'escale est appréciée par la bernache de retour de sa Sibérie natale, le canard Souchet, la bécassine des marais, l'échasse blanche, la sterne, l'hirondelle et l'avocette, ou bien la spatule blanche qui ne s'arrête qu'un moment entre l'ouest africain et les colonies hollandaises.

 

La légende veut que le Golfe est autant d'îles que de jours dans l'année. En vérité, seules quarante d'entre elles méritent l'appellation d'île habitable, car bon nombre sont privées ou interdites à la visite. Les deux plus grandes sont Arz et l'Ile-aux-Moines. La légende, encore elle, dit qu'il y a très longtemps ces deux îles ne formaient qu'une seule terre. Les gens d'Arz étaient connus pour être des pêcheurs, ceux d'Izénah (L'Ile-aux-Moines), marins de père en fils, bénéficiaient d'une réputation plus flatteuse de seigneurs de la mer. Il arriva que l'un d'eux s'éprit d'une jeune fille d'Arz au grand désespoir de ses parents qui, dépités et en proie à la fureur, le firent enfermer dans le monastère. A la nouvelle, la jeune fille s'en vint chaque jour chanter sous les murs du couvent, ce qui eut tôt fait d'exaspérer le prieur. Il en appela aux esprits marins afin qu'ils fassent en sorte que cette amoureuse éplorée ne vienne plus troubler la sérénité de la vie monastique. Il semble que les esprits entendirent sa requête, car un flot puissant vint séparer les terres, faisant de ces étendues deux îles soeurs mais distinctes.

 

L'Ile-aux-Moines est de toutes les îles du Golfe la plus grande et la plus visitée. Il est vrai qu'à elle seule, elle rassemble les contrastes et les charmes de cette région privilégiée. On ne peut rester insensible à la profusion de fleurs et de parfums, aux plages animées et aux criques secrètes, aux landes parcourues par les vents et aux souriantes baies ombragées de pins centenaires. En suivant les venelles, en longeant les jardins, rêve et réalité se mêlent au gré des rencontres : vieilles croix rongées par les embruns, chaumières, fontaines, menhirs perdus, autant de monuments qui n'ont d'autres atouts pour nous séduire que leur simplicité séculaire. Bâti à flanc de coteau, le bourg regroupe la majorité des demeures, s'étoile en ruelles bornées de jardins clos. L'église, qui protège l'ensemble, est dédiée à Saint-Michel. En hiver, l'île ne compte que sept-cents habitants. En été, la population décuple. Des moines l'habitaient dès le XIe siècle et une moitié de l'île fut, par la suite, propriété du monastère de Saint-Gildas du Rhuys, tandis que revenait aux nonnes de Saint-Georges de Rennes l'autre moitié. La Révolution, en nationalisant les biens du clergé, fit partir les dernières communautés et l'Ile-aux-Moines redevint au XVIIIe une île de pêcheurs et de meuniers.

 

Quant à Arz, elle ressemble à une étoile de mer. Ramassée entre ses multiples pointes, elle a une superficie de 313 hectares à marée haute, le double - dit-on - à marée basse. C'est un merveilleux belvédère, d'où l'on peut contempler le Golfe dans son ensemble. Plus discrète que sa voisine, Arz redoute le tourisme et les promoteurs, soucieuse de conserver sa tranquillité et son autonomie. Sur ses rivages, comme sur ceux des terres environnantes, les légendes courent leur train comme le vent sur les ajoncs et les bruyères, et l'esprit des îliens est hanté de fantômes, de voix funèbres et de visions mystérieuses. On ne vit pas impunément sur des terres aussi anciennes, nourries de messages intraduisibles, sans avoir le coeur chargé de contes et de fables, de mythes et de superstitions. La vérité du Golfe réside là, dans cette équation quasi insoluble entre un passé qui se perd dans la nuit des temps et un devenir qui s'ouvre avec crainte aux lumières trop crues du présent.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles relatifs à la Bretagne :

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande
 

Houat ou la Bretagne insulaire


De Perros-Guirec à Ploumanac'h - le sentier des douaniers


Ile de Bréhat - la perle rose


Paimpol et ses environs - l'échappée bretonne

 

 

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Le Golfe du Morbihan, terre de légende
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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 08:08
Calvi et la baie de Girolata
Calvi et la baie de Girolata

Calvi et la baie de Girolata

Les Français vont souvent chercher très loin des îles qui, pour la plupart, n’égaleront jamais celle qui se trouve à quelques encablures de notre littoral méditerranéen et offre, à l’envi, une diversité de paysages exceptionnelle et un climat quasi idéal. Et surtout que vous soyez amateur de mer ou de montagne, elle mettra à votre disposition des sites dans les deux appartenances, comblant, au-delà de vos espérances,  vos désirs les plus chers. La « Bella Corsica » est une terre incomparable qui réserve à chacun une surenchère de surprises, de découvertes, de richesses naturelles en mesure de satisfaire les plus exigeants. A coup sûr, vous ne serez pas déçu par le voyage et, que vous abordiez la Corse par bateau ou par avion, vous vous préparez à un rodéo de surprises ou des vacances de rêve.

 

Ces vacances ont été longtemps les nôtres, à l’époque où nos enfants, encore jeunes, nous accompagnaient ainsi que des amis, et nous nous établissions tous dans une pension de famille entre Calvi et Ajaccio, non loin des fameuses calanques de Piana qui évoquent le Colorado et l’inoubliable baie de Girolata qui semble dissimuler encore quelques corsaires oubliés par le temps. Ah ! les plages sauvages, les baies découpées dans le granit de la côte, les montagnes qui dévalent pour venir mourir au bord d’une eau turquoise, les criques où il fait si bon se baigner loin des regards, les sentiers  qui s’égarent au cœur du maquis et embaument le genévrier, la ciste, le romarin, le thym, la myrte, le lentisque, car, ici, la terre est odorante, oui, l’enchantement est permanent et, à tout cela, s’ajoutent les lumières méditerranéennes, leur intensité, leur ferveur, leurs déclinaisons qui ne cessent qu’avec l’accord impérial des couchers de soleil. Sur la côte ouest, ils sont sublimes…

 

Voilà une île qui aura su tenir à distance, d’une poigne vigoureuse, les promoteurs immobiliers et leur bétonnage criminel, leur livrant une guerre sans merci afin de protéger son incomparable patrimoine naturel, son style de vie, ses coutumes ancestrales, son autonomie farouche, si bien que vous êtes en présence d’un pays authentique marqué par un passé illustre, des traditions immuables et un art de vivre qui ne craint pas de s’affirmer haut et fort. Oui, la Corse a du caractère, du tempérament et entend bien le faire savoir. Il faut la mériter, la séduire, tant elle est belle à damner les cœurs et captivante au point de conquérir les plus réticents. Ce que je vous conseille de faire est le tour de l’île en voiture. Je l’ai fait moi-même et c’est une aventure assurée et inoubliable qui vous vaudra quelques émotions car les routes côtières sont étroites, difficiles, surtout si vous croisez des camions, mais époustouflantes de beauté. Tout ce que la nature peut offrir de plus pittoresque est à portée de regard. Et, non seulement vous serez convaincu que la Corse est inégalable mais qu'elle est une terre d’une diversité stupéfiante. Voilà pour les paysages côtiers. Mais ceux de montagne sont tout aussi grandioses ! Des vallées profondes, où la végétation s’accroche encore, aux arêtes supérieures, aux cimes altières et aux neiges quasi éternelles, vous côtoierez des territoires qui flirtent avec le ciel et les nuages et vous enveloppent dans leur silence. Quelques troupeaux de chèvres se rencontrent dans les premiers contreforts qui servent d’appui aux chaînes principales, des cochons noirs s’égayent dans les épaisses forêts de mélèzes, puis vient le face à face avec le dépouillement minéral des sommets et les vues panoramiques qui, si le temps est dégagé, vous proposent des visions à couper le souffle, au point que vous pourriez les prendre pour des mirages. Au loin, n’est-ce pas des massifs, des plateaux, des vallées qui se succèdent, se superposent, se déploient dans une merveilleuse harmonie et la mer, toujours la mer, qui encercle et dénude. Oh bella Corsica !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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BELLA CORSICA !
BELLA CORSICA !
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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 08:01
Giverny - Immersion dans le jardin des nymphéas

Il y avait longtemps que je rêvais de visiter la maison et le jardin de Monet. Et bien que je demeure en Normandie, il se trouvait toujours une bonne raison, lorsque nous nous rendions à Paris et passions non loin de Giverny, de ne pas nous y arrêter parce que nous étions pressés, qu'il y avait les urgences et les impératifs, toute la panoplie qui nous fait trop souvent passer à côté de nos désirs. Et il est vrai qu'il est préférable de ne pas être pressé pour entrer dans l'univers de Monet, ce coin de charme et de verdure qu'il aménagea selon son goût et son inspiration entre champs quadrillés de haies et souples collines. Clos délicieux où il s'installera en 1883 avec ses deux fils et sa compagne Alice Hoschédé, mère de six enfants. Rien ne peut exprimer le sentiment de bien-être, l'envoûtement que l'on éprouve lorsqu'on aperçoit la maison rose aux volets verts disparaissant sous sa vêture de vigne-vierge et de roses dans un paysage parcouru par les eaux où croissent en abondance les iris sauvages, l'une des passions de Monet avec les pavots d'Orient. Et devant la demeure, la grande allée que le peintre se plaisait à emprunter, envahie de capucines, qui ouvre sur le jardin dans sa solennelle beauté champêtre et invite à la plus parfaite leçon de botanique qui soit. Car, ici, les fleurs semblent s'être données rendez-vous. Comme nous sommes mi-juin, il y a alentour, en une alliance incomparable de couleurs, les roses blanches, roses et rouges qui s'enroulent et s'épandent, formant une voûte ou s'arrondissant en corbeilles selon l'esthétique, la cadence et le rythme que le compositeur entendait leur donner. A Giverny, rien n'a été planté au hasard, l'ordonnance des lieux répondant aux exigences du maître, car celui-ci, bien qu'épaulé par deux hommes de l'art, éprouvait le constant souci d'améliorer son oeuvre. " En-dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien " - disait-il. Si bien que les portiques de clématites succombent sous le poids de leur efflorescence, les lys, les ancolies, les pois de senteur s'égayent entre les allées, fleurs ordinaires et fleurs rares réunies en une savante alchimie de tons qui mêle les marguerites, les gueules de loup et les giroflées aux asters, aux nigelles de Damas et aux arbres à l'élégance fragile de Chine et du Japon. Et ces fleurs furent travaillées en une harmonie parfaite afin de composer, selon les saisons, un jardin tour à tour safrané, cramoisi, mordoré ou le jardin mauve qui avait tant impressionné Sacha Guitry. Mais le rôle de Monet n'était-il pas d'impressionner selon les déclinaisons les plus audacieuses et les plus sensibles ? 

 

D'autant mieux que nous abordons le jardin des eaux dont le peintre fit l'acquisition en 1893 et où il entreprit de creuser le célèbre bassin aux nymphéas grâce à une prise directe dans l'Epte qu'il obtint du préfet de l'époque. Tout est dense autour de ce miroir tranquille, bordé de graminées, qui offre à l'oeil le loisir de s'émerveiller. Les pivoines arbustives rendent l'endroit serein, tandis que, posées délicatement sur l'eau, les nymphéas ouvrent leurs corolles de nacre et d'opaline. Bambous, saules pleureurs, érable du Japon, agapanthes masquent les courbes des rives qu'enjambent les ponts dont les arches ravissaient le regard du peintre. Insatiable regard qui s'est exercé à tous les angles possibles et se consacre désormais à peindre la surface de l'onde et ce qui peut s'y refléter, étude obsessionnelle qui tente à saisir chaque nuance de lumière et son jeu permanent avec le végétal et le fluide. Monet aime tellement Giverny qu'il s'y fera enterrer dans un simple caveau auprès d'Alice disparue avant lui, ses fils, sa belle-fille Blanche et une partie de la famille Hoschédé.

 

Quant à la maison, spacieuse, claire et joliment meublée, il semble que les propriétaires l'aient quittée la veille. La table est mise, les lits faits, chaque objet est à sa place, on croit encore respirer l'odeur de térébenthine que dégagent les pinceaux ; les collections sont là elles aussi, dont les estampes japonaises, représentation de l'éphémère et de l'instant qui passe joyeux ou douloureux, sans oublier les pastels de Berthe Morisot, d'Edouard Manet, de Vuillard, les fidèles amis ; l'horloge égrène les heures et on ne se lasse pas d'admirer le salon aussi mauve que les iris, lieu de bavardage aux meubles peints, la salle à manger jaune, tellement conviviale et gaie avec sa grande table accueillante aux familles nombreuses, la cuisine couverte de faïences bleues parce que cette couleur a, dit-on, le pouvoir d'éloigner les insectes et particulièrement les mouches, enfin, à l'étage, les chambres donnant sur le jardin où le soleil entre à flot en cette journée particulièrement clémente d'un mois de juin qui ne le fut guère. Et on s'attarde avec plaisir à contempler chaque recoin, à méditer dans l'atelier de l'artiste, un endroit confortable qu'après la construction de son second atelier, Monet transformera en salon et y accrochera les toiles dont il ne voulait pas se séparer. Celui aux nymphéas sera construit sur les ruines d'une masure à l'extrémité de la propriété, permettant au peintre de travailler en paix. Un système de vélum filtrait la lumière de façon à ne pas nuire à son oeil exigeant. Là, il disposait les panneaux de ses nymphéas comme il entendait qu'ils le soient à l'Orangerie. Il y travaillera sans relâche jusqu'à son dernier souffle.

 

Oui, alentour, ce n'est vraiment qu'une symphonie printanière, un kaléidoscope qui mêle les harmonies les plus subtiles, les inclinaisons les plus douces, les reflets les plus tendres ou les plus vifs, les charmilles et les recoins les plus secrets. Aimable maison et admirable jardin qui sont le songe accompli d'un magicien génial. Claude Monet a composé ce lieu, où il vécut une quarantaine d'années, comme un rêveur éveillé qui marie la lumière et l'ombre, l'eau et le végétal en un univers hors du temps. On est entré dans le plus beau tableau jamais réalisé au point qu'il semble encore en suspens dans l'imaginaire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Photo - patrimoine normand

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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 08:57
Bruges ou la remontée du temps

Bruges a cela de merveilleux : le visiteur qui la découvre entre de plein pied dans le Moyen-Age tant la ville a su se protéger des méfaits de la modernité et conserver son authenticité et son charme envoûtant au bord de ses canaux, à l’endroit même où les Vikings avaient débarqué et s’étaient livrés au pillage. A l’époque, soit au 9e siècle, un bras de mer, le Zwin, avançait loin à l’intérieur des terres, endroit que les Vikings baptisèrent Bryghia, ce qui signifie « débarcadère » dans leur langue. Mais en 843, le traité de Verdun mentionne le partage du royaume de Charlemagne entre ses petits-enfants et Charles le Chauve hérite des Flandres, le plat pays qui venait de souffrir des invasions normandes. Aussi va-t-il s’empresser de construire une citadelle afin de protéger la côte flamande d’une nouvelle invasion. Bruges va naître de ce projet et se transformer au fil des ans en une cité prospère, une plaque tournante ouverte sur le commerce avec l’Europe. Son apogée, elle la connaîtra au XVe siècle, époque qui a laissé une empreinte indélébile due à la richesse du commerce et du tissage et a conduit la ville à devenir progressivement un centre mondial de la finance, un Francfort du Moyen-Age, cité où les artistes affluent et créent une école artistique incomparable, celle des primitifs flamands.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

Mais un ensablement progressif et sournois éloigne la ville de son port et les marchands étrangers vont peu à peu quitter Bruges pour Anvers et contribuer à son déclin, si bien que, pendant quatre siècles, Bruges ne connaîtra pas de changements notables, figée dans sa grandeur d’antan et échappant par miracle à la révolution industrielle qui défigura tant de cités. Ainsi conserve-t-elle sa physionomie : celle d’une ville flamande assoupie comme la belle au bois dormant dans sa jeunesse éternelle. Ici l’atmosphère de jadis est si palpable que, dès le 19e siècle, Bruges se transforme en un centre touristique où, peu à peu, de nombreux anglais s’installent, séduits par la beauté des lieux et leur pouvoir  d’achat décuplé, si bien que la colonie britannique compte très vite plusieurs milliers de personnes et permet à la ville de sortir de sa léthargie, notamment dans le domaine culturel. Par chance également, l’intelligence d’un officier allemand amoureux des lieux, Immo Hopman, va durant la guerre de 39/45 la préserver des bombardements programmés et éviter de justesse que ne soit réduite en cendres cette perle architecturale.

 

Dès lors, chaque année, 3 à 4 millions de visiteurs viennent admirer ce magnifique musée à ciel ouvert, flâner dans les rues où s’alignent les maisons de la renaissance flamande et celles purement moyenâgeuses que les luxueuses boutiques d’aujourd’hui sont parvenues à ne pas défigurer. La place du Beffroi est le centre incontournable autour duquel s’enroulent les rues étroites et les charmantes petites places où se sont installées les terrasses des restaurants. La splendeur des demeures rappellent qu’au XVe siècle vivaient ici les ducs de Bourgogne dans un luxe sans égal. C’est la raison pour laquelle bon nombre de peintres du nord des Alpes furent attirés par cette Bruges artistique où l’art  se vivait au quotidien.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Ainsi la Venise du nord est-elle devenue le centre de la plus ancienne école de peinture du pays, celle des primitifs flamands dont Jan van Eyck, Hans Memling et Rogier van der Weyden sont les plus prestigieux représentants. Passer 2 jours à Bruges ne laissent pas un instant de répit tant il y a à voir et à admirer. La promenade sur les canaux bien sûr et le spectacle qu'elle offre jusqu'au lac d'Amour et cette remontée du temps, ce retour vers le passé qui s'effectue ainsi de la façon la plus séduisante, comme si l'on entrait dans un autre monde fossilisé dans sa splendeur. Et puis les églises, celle du Saint-Sang et sa crypte romane aux voûtes basses qui reconduit dans l'intimité du coeur ; la magnifique église Notre-Dame qui recèle l'une des plus belle oeuvre d'art de Bruges, la Vierge à l'Enfant de Michel-Ange et les tombeaux d'apparat de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et de sa fille Marie morte très jeune des suites d'une chute de cheval, l'un de style gothique, l'autre de style renaissance ; la cathédrale Saint-Sauveur avec ses trois nefs et ses cinq chapelles rayonnantes qui racontent l'histoire fascinante de cet édifice sacral et où l'on découvre, au-dessus du jubé, l'imposant "Dieu le Père" du sculpteur Arthus Quellin (1682). Enfin l'on s'attarde volontiers dans le délicieux et reposant jardin du béguinage, béguinage qui fut fondé en l'an 1245 par Marguerite de Constantinople, lieu où des soeurs conventuelles vivaient en communauté, tandis que les béguines vivaient seules et gagnaient leur vie en lavant le linge de l'hôpital Saint Jean  tout proche ou la laine dans l'eau des canaux. Il est, par ailleurs, impératif d'entrer à l'hôpital Saint-Jean pour contempler l'admirable triptyque de Hans Memling représentant le mariage mystique de sainte Catherine qui, à lui seul, mérite que l'on se rende à Bruges.  Ce peintre témoigne de la culture courtoise de son temps dans un univers pictural qui respire la piété, la béatitude et la grâce. Rêveur et poète proche de Fra Angelico, il sut imprimer à ses toiles sa tendresse et sa foi. Sa châsse de sainte Ursule, considérée à juste titre parmi les sept merveilles de l'art de la peinture, se trouve là également, ainsi que d'autres oeuvres tout aussi admirables qui offrent un  panorama de l'excellence de son art du dessin et de la couleur.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

Le musée Groeninge propose également quelques merveilles dont "La vierge au chanoine Van der Paele" de Jan van Eyck au réalisme inégalé, pièce maîtresse du musée, ainsi qu'un très beau portrait de Philippe le Bon par Van der Weyden  et des toiles de Petrus Christus, de Pieter Pourbus et de Gérard David dont le tableau cruel du "Jugement de Cambyse". Inutile de souligner que ces deux journées mettent à mal pieds et chaussures mais qu'importe ! une part de moules/ frites et une excellente bière vous requinquent et on oublie vite la fatigue tant le regard est constamment sollicité par la beauté des lieux et la richesse des oeuvres que cette ville, creuset de la culture et de l'intelligence, nous a léguées. Le soir est sans doute le moment le plus romantique, lorsque revenant à notre hôtel nous retraversons la ville illuminée au son des carillons dans la douceur de cette fin septembre et que le temps apparaît comme suspendu sur une indicible éternité.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE       ( Photos Yves BARGUILLET )

 

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Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.
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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 09:21
La première Manche - Croisière vers les îles Anglo-Normandes

guernesey-324260.jpg  

 

 

Ce matin-là, il faisait gris et froid, les habituels changements de cap de la météo normande. Hier, le grand beau, aujourd'hui un ciel enjuponné de nuages. La mer en est le fidèle reflet. Tout aussi grise et opaque, tout aussi chargée et épaisse. Nous prenons la direction de Guernesey dans la blancheur de cette aube maussade. A 6 heures 55, la radio égrène le message monotone et décourageant de la météo marine. Un petit crachin nous tombe dessus. Quel curieux besoin a donc l'homme de désirer vivre sur un élément où il est en complet déséquilibre. Tout est à réapprendre en mer. Il faut faire table rase de ce que nous croyons savoir et accepter la leçon que nous inflige à chaque instant ces fluides tables de la loi. Les lois de la mer ne sont-elles pas à sa ressemblance, impérieuses et altières. Il faudra nous accoutumer à nous déplacer malgré le roulis et le tangage, supputer les urgences, affiner notre écoute, dilater notre regard. L'esprit est tenu à rester vigilant, à ne négliger aucun détail. Oublier d'abaisser une manette, de fermer une vanne peuvent être à l'origine d'une petite ou grande catastrophe. Et cependant, ce n'est certainement pas pour devenir l'esclave de ces petites choses que l'homme, un jour, choisit de partir, de quitter son havre et ses usages. Cette délivrance n'est, dans un premier temps, qu'une servitude. C'est ailleurs qu'il faut chercher une explication. Etre libre, serait-ce d'abord s'en tenir à  un réseau serré de nécessités et d'exigences ? Prendre la mer, est-ce s'arracher à ses propres abîmes, à ses incohérences ? En  fixant un cap, en calculant un point, en traçant une route, est-ce de lui-même et de ses entraves intérieures que l'homme tente de s'éloigner ?  Naïvement, essaie-t-il d'échapper à ses obsessions afin d'adhérer à la grandeur majestueuse des éléments ? C'est l'apparemment petit qui nous conduit vers l'apparemment grand. La meilleure part de soi nous la recherchons dans l'infini, nous repoussons les horizons afin de reculer nos propres limites. C'est, en définitive, nous-même que nous tentons d'amplifier, d'élargir. Toute quête de connaissance nous oblige à aller du connu vers l'inconnu. Ainsi est l'homme de mer, figure emblématique du quêteur d'absolu, pris entre l'horizon qu'il quitte et l'horizon vers lequel il va et qui ne pèse, selon lui, que le poids irrésistible et séduisant du mystère.

 

Nous voici en pleine mer. C'est l'eau de toute part et à perte de vue. Désormais, fini de vivre avec la mer un charmant compagnonnage côtier. Nous sommes devenus une sorte d'excroissance, d'adhérence, une petite verrue étrangère sur sa belle face nerveuse. Le ciel se dégage, alors que nous approchons des côtes anglaises. Sercq et Herm apparaissent comme deux pâtés d'enfants et, plus loin, Guernesey, insignifiante digue barrant les flots. Vues de là, les terres semblent vraiment dérisoires. Progressivement, elles grandissent, les reliefs se découpent avec davantage de netteté. Nous voyons surgir des maisons, des clochers, des remparts, des tours ou bien des landes arides qui festonnent d'une ganse vert foncé les à-pic de granit. Laissant sur tribord Sercq et Herm, nous nous engageons dans Saint Peter Port que domine le Castle Cornet. Le ciel est enfin bleu, le soleil presque lumineux.

 

Jeudi 21 Juillet. Après une nuit extraordinaire dans la marina, bien calés entre deux bateaux, au point de se croire sur le plancher des vaches, nous nous réveillons une fois de plus sous le crachin, mais le soleil revient vite. Le temps change en quelques heures. Il passe par toutes les colorations, comme s'il cherchait à nous donner un aperçu des nuances inépuisables de sa palette. Effets de nuages sur les eaux, éclats diaprés et, soudain, le soleil se glissant en catimini entre deux boursouflures ténébreuses, arcs-en-ciel dressant leurs arcatures parfaites au-dessus de la mer.

 


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                     SERCQ  la fière

 

Vendredi 22 Juillet. Les courses faites, les douches prises à la capitainerie, nous voici frais et dispos pour lever l'ancre et prendre la direction de Sercq. La mer étant houleuse et le mouillage difficile aux abords d'Herm, nous filons directement vers le plus haute, la plus fière, sans doute la plus pittoresque des îles anglo-normandes. Le temps est toujours aussi doux et humide. Il est 15 heures quand nous descendons l'annexe pour gagner une grève de galets, mise entre parenthèses par deux hautes parois rocheuses. Par un chemin muletier bordé de fuchsias, de fougères et de chèvrefeuille, nous gagnons le centre du village qui me rappelle, par sa disposition et son aspect, la charmante capitale des Saintes. Les boutiques, les maisons trapues et basses, les édifices municipaux semblent avoir été construits par une population de lilliputiens. Ici, les gens ne circulent qu'à pied, à vélo, à cheval ou en calèche. Nous en louons une pour faire un tour dans l'île, flânons au rythme de notre canasson dans les allées sableuses et ombragées qui tiennent lieu de routes, visitons la Seigneurie qui fut  longtemps celle de la célèbre dame de Sercq. Le manoir austère offre, en revanche, l'agrément d'un délicieux jardin de curé aux efflorescences vermillonnées et odorantes qui contrastent avec la sévérité de la bâtisse. Presque toutes les maisons, construites avec la pierre gris foncé de l'île, sont carrées et massives pour mieux résister aux tempêtes et la plupart d'entre elles portent des noms français : la moinerie, le carré de l'église, Beaulieu, le Pellon, ce qui laisse supposer que les vents portèrent jusqu'à ces îles si proches un peu de notre influence et l'écho de notre langue. Ensuite, nous nous rendons à pied jusqu'à l'isthme qui offre le spectacle le plus âpre et le plus fascinant de Sercq. Imposantes falaises déchiquetées, revêtues de cette rase végétation d'un vert sombre tranchant avec la couleur grisâtre de la roche.


La pluie nous surprend au retour, pluie qui suit la pente du vent et nous frappe de plein fouet. Il faut appareiller sans tarder car le coup de chien s'annonce. Le ciel est devenu sinistre, charbonnant la mer au point qu'elle commence à former sa houle, à lever l'écume fiévreuse de ses vagues. La route jusqu'à Guernesey nous oblige à affronter une force 8 qui fait geindre, craquer le bateau. Il frappe l'eau durement comme un hors-bord, se démembre, tandis qu'une buée épaisse nous plonge dans les vapeurs d'un hammam. A 23 heures, nous faisons notre entrée dans le port, accueillis par le zodiac de la marine. Nous laissons au loin une mer sauvage danser sur la musique du vent.

 

Samedi 23 Juillet. Pluie ce matin, pour changer. Nous en profitons pour nous reposer, mettre de l'ordre et nettoyer le bateau, tâche qui me revient d'office puisque j'ai embarqué comme une valise et, qu'à bord, je ne sais rien faire d'autre. A défaut de barrer, de hisser la grand voile, de souquer ou de border, je suis assermentée pour passer la brosse à reluire, astiquer les cuivres, récurer les casseroles et m'empresser avec une éponge partout où une trace suspecte m'adresse un clin d'oeil désobligeant. Et on sait les marins maniaques ! Le petit déjeuner est par ailleurs un moment privilégié, où nous goûtons tous quatre aux charmes de la gastronomie anglaise. Bien qu'à l'abri du port, je ressens cette impression, probablement partagée par mes amis, de ne pas avoir d'attaches, d'être là aussi bien qu'ailleurs, de passage.

 

Herm.jpg 

                     
                   HERM   la   douce

 

Dimanche 24 Juillet. Herm est une naïade. C'est ainsi qu'elle m'apparait sous le soleil, dans la clarté de cette journée estivale. Contrairement à Sercq, sa soeur farouche dressée au-dessus de la mer comme une jeune insoumise, Herm est allongée sur les flots avec ses courbes harmonieuses, ses doux vallonnements et cette épaule qui remonte un peu, la redresse à demi sur le côté gauche. La découvrir, c'est aller au-devant d'une solitude, parcourir une lande battue par les vents, mais dont l'harmonie est une grâce et le dénudement un éblouissement des sens. En suivant les chemins étroits bordés de fougères géantes et de fuchsias, nous longeons ses côtes langoureuses, frangées par de longues plages qui brillent comme des ongles laqués. Ainsi Herm s'offre-t-elle voluptueuse à notre curiosité, alors que, vigilants, veillent aux alentours des rochers-sentinelles, hautes fauconneries bourdonnantes de cris, succession de casques à pointe qui semblent être là, hérissés, déchiquetés et menaçants, aux seules fins de la  protéger.
Le village, qui domine le port, se résume à quelques maisons blanches, nichées dans leur verdure et agrémentées de buissons d'hortensias. Dispersées dans l'île, de rares demeures, généralement fermettes ou chaumières, témoignent de la présence humaine.

 

Lundi 25 Juillet. La marina de Guernesey a un charme particulier. Des maisons typiques encadrent le port. Au centre trône l'église en granit. Sur les hauteurs, qui surplombent la ville basse et le port, un fouillis de résidences aux teintes claires ajoute une note de gaieté. Ce sont sur ces hauteurs, à gauche lorsque l'on tourne le dos à la mer, que se trouve Hauteville House, occupée pendant treize années par Victor Hugo qui y écrivit " Les Méditations" et  " Les travailleurs de la mer", et dont la visite me prouve, si besoin est, que le poète n'était jamais en veine d'inspiration et que son esprit bouillonnant s'était amusé à explorer une nouvelle source de création et de langage dans l'art inattendu de la décoration. Les bobines de fil transformées en bougeoirs, les tapisseries d'Aubusson en papier peint et en ciel de lit, les tapis en canapés, les stalles d'église en dessus de cheminée et en dossiers de chaises, les malles en banquettes, tout ce fatras hétéroclite crée une atmosphère baroque, sombre et étouffante qui ne peut laisser personne indifférent. Il n'y a, pour s'en persuader, qu'à regarder les visages et écouter les réflexions des visiteurs toujours nombreux et immanquablement éberlués. Une prolifération de miroirs et d'inscriptions perpétue une vision particulière de la vie, une inquiétude métaphysique qui, après la mort de sa fille Léopoldine, conduisit l'écrivain au seuil de la folie. Mais cette maison, malgré ce qu'elle a d'étouffant et de théâtral, m'a émue profondément. Au troisième étage, dans la chambre de verre, sur deux simples tablettes qui tenaient lieu d'écritoires et devant lesquelles le poète se tenait debout face à la mer, furent rédigées deux grandes oeuvres de la littérature française, aussi, malgré ses boursouflures, ses outrances, sa mégalomanie, son narcissisme, on peut s'incliner devant le génie de Hugo qui puisa dans ses propres réserves de quoi nourrir une réflexion et une recherche d'où l'homme sort grandi et justifié. "Tout dans le génie a sa raison d'être" - affirmait Shakespeare.

 

Mardi 26 Juillet. Réveil à 2h30 du matin. Après un petit déjeuner léger, nous quittons Guernesey. La météo a annoncé un temps moins mauvais et, pour abonder dans le même sens, le baromètre amorce une très légère hausse. En route pour les côtes de Cornouailles. A nous le grand large et la nuit qui ne laisse guère soupçonner les profondeurs du ciel que ne balise, hélas, aucune étoile. Le moteur est arrêté dès la sortie du port. Les voiles sont hissées. Déjà le vent guette leur déploiement, tourne, rôde, les fait frissonner. Elles se tendent blanches et ardentes, épousent sa volonté de les entraîner, de les conduire. A travers elles, il émet ce feulement qui accompagne le froissement de soie de l'écume, les gémissements de l'étrave, le claquement des cordages, cet ensemble de bruits si spécifiques à la navigation. Et ce sera cette longue, cette régulière glissade en compagnie du ciel, de la lumière, des nuages, des oiseaux. Seule l'ascension en montagne peut être comparée à cette expérience de la mer, à ce désir de s'affronter aux éléments avec une telle gratuité, à rechercher l'effort pour tel, à s'aguerrir du froid, de la peur, du mal de mer, sans autre récompense que cette sensation intime d'avoir été un peu plus loin au large de soi-même.

 

Le First 305 vogue au petit largue sous un ciel aussi moutonnant et écumeux que la mer. Les vagues se creusent de plus en plus à l'approche des côtes anglaises. Ne se dessinent-elles pas au loin comme un présage que l'on devine plus qu'on ne le discerne ? Enfin, le mirage devient réalité, la masse des terres commence à se former. Plus de doute, ce sont elles qui opacifient l'horizon. Car, je l'avoue, après treize heures de navigation, les voir apparaître et se fortifier ainsi qu'une grande muraille austère, nous apporte un réconfort d'autant plus  appréciable que le vent force, qu'il fait très froid, qu'une houle profonde d'ouest fait gîter le bateau, nous balançant à la figure des paquets d'eau salée.


Mais le spectacle de la mer ne cesse d'être grisant. Comment expliquer cette impression d'immensité, ce voisinage permanent avec l'inconnu, de tous côtés la double épure du ciel et de l'eau ? Nous aurons croisé peu de bateaux pendant la traversée, quelques cargos dans leur rail et ce soir, au loin, une barque de pêche qui tangue comme un bouchon, paraît et disparaît au gré des vagues. C'est au passage du rail que j'ai vu s'affronter avec le plus de violence deux volontés, deux attitudes d'homme. Celle du sage qui préférait attendre plutôt que de prendre un risque, celle de l'audacieux qui se jetait un défi et  nous exposait à un danger. Lequel des deux avait raison ? Sans aucun doute le premier, bien que l'on suivit l'avis du second. Tout risque inutile me semble une cause perdue. On ne s'improvise pas marin. Bien difficile de frimer avec la mer ! Face à elle, nous sommes toujours face à notre vérité... Et, justement, elle est là, ce soir, devant nous. Nous nous dirigions vers la Cornouailles, plus précisément vers Salcombe, à l'ouest de Start Point, et nous nous retrouvons devant une côte inconnue que notre skipper a bien du mal à identifier. Mais oui, nous avons dévié de 10 degrés ! Voilà ce qu'il en coûte d'avoir mal reporté l'angle de déviation des courants entre la route surface et la route fond. L'erreur nous vaut de changer de destination mais, par chance, de nous retrouver dans un coin ravissant du Devonshire ( car nous aurions très bien pu aborder une côte inhospitalière), qui pousse l'amabilité jusqu'à nous offrir, à point nommé, comme deux bras délicatement tendus, les digues de  la plus jolie marina de notre croisière. Ainsi entrons-nous à Torquay, par inadvertance. Le ciel a même amorcé un sourire...de malice.

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 Article paru dans la Revue VOILES & VOILIERS


             N°217 - Mars 1989

 

autres articles sur les croisières nautiques :

 

Les Grenadines à la voile

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé

 

Lettre océane - les Antilles à la voile

 

Balade irlandaise

 

Retour d'une croisière en mer Rouge

 

Croisière en Croatie et au Monténégro

 

 

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Sercq
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Manoir de la Seigneurie à Sercq

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 09:18
Nairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus

En langue Maâ, Nairobi signifie " le commencement de toute beauté, la source de toute fraîcheur". Par elle-même la ville n'a pas grand intérêt. Si on l'apprécie, c'est surtout pour ses jardins que les Anglaises - probablement parce qu'elles s'ennuyaient en l'absence de leurs époux requis par leurs affaires et la chasse - ont su cultiver autour de leurs demeures. Si bien que la verdure a pénétré jusqu'au coeur des quartiers administratifs et qu'une débauche d'arbres, de plantes et de fleurs adoucit et éclaire cet univers de pierre et fait de Nairobi, peut-être la capitale la plus riante du continent africain.

Au début du siècle, le lieu était cependant inhospitalier, marécageux et infesté de bêtes sauvages. Mais il avait l'avantage d'être le dernier site plat avant l'escarpement du Rift. Aussi, est-ce en raison de cette commodité qu'il fût choisi pour établir le camp où vivraient en permanence les ingénieurs et les responsables du chemin de fer que les Anglais avaient entrepris de construire entre Mombasa et les rives du lac Victoria, afin de protéger les sources du Nil, d'en finir avec les caravanes des marchands d'esclaves et, par la même occasion, affirmer leur présence en Afrique de l'Est. Si les travaux pharaoniques nécessités par l'installation de la voie ferrée avaient coûté la vie à 2 500 ouvriers et fait 6 500 blessés, ils avaient permis très vite à Nairobi de se développer au point de détrôner l'antique Mombasa, d'affecter la ville neuve d'airs de plus en plus citadins au fur et à mesure qu'elle grandissait, s'imposait, voyait venir à elle industriels, hôteliers, marchands, négociants de tous poils et que s'implantaient les structures indispensables qui assureraient sa vie financière de grande cité. Mais si cette ville se proposait d'être un carrefour des religions, un centre urbain important où se côtoierait une société bigarrée, se signeraient des traités, délibéreraient des gouvernements, ce n'est pas là que se dévoile l'Afrique, ce n'est pas ici que bat son coeur. Pour l'atteindre et l'entendre, il est urgent d'emprunter le boulevard qui file vers l'ouest. Alors, soudain, s'ouvre devant nos yeux la grande Afrique, apparait le commencement de toute beauté.

On ne peut nier que la nature a façonné ce continent à une échelle monumentale où se découvrent aussi bien des prairies archaïques, qui semblent nous restituer les images fondamentales des grands espaces nourriciers, que des lacs vastes comme des mers, que l'on y baigne tantôt dans l'atmosphère mélancolique et étouffante des forêts, tantôt dans l'univers figé des neiges éternelles. Oui, les paysages les plus extrêmes s'y succèdent, depuis la savane quasi désertique à la végétation rare, que griffent ici et là quelques rus asséchés, jusqu'à la jungle équatoriale écrasée sous sa masse de feuillages parasites enlacée dans les noeuds de ses plantes rampantes et comme étouffée par la prolifération de ses végétaux. Rien ne semble apaiser l'appétit dévorant de la grandeur. Elle y est maîtresse de l'espace. Elle le conditionne selon le seul parti pris qui ait droit d'asile à ses yeux : le hors mesure. Non seulement elle est ici à son aise, mais elle y est sans rivale. Elle joue cavalier seul et ne se prive d'aucun excès. En ce pays où le fantastique rime avec quotidien, tout est disproportionné : les papillons sont gros comme des oiseaux, les montagnes, bien que situées à l'équateur, possèdent plusieurs glaciers et on traverse des régions désertiques comme des immensités sans confins. Rien en semble avoir changé depuis le commencement du monde. La lumière, l'eau, les nuages, les arbres ont conservé quelque chose de virginal, semblent se mouvoir dans leur fraîcheur native.

Nairobi, le mont Kenya, pays des KikuyusNairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus
Photos BarguilletPhotos Barguillet

Photos Barguillet

Au Kenya, qui se découvre au visiteur comme une terre promise, on peut à tout instant se croire revenu au commencement des Temps, quand rien encore n'avait changé, pas même le coeur de l'homme, et que le monde ouvrait les yeux à un avenir qui faisait encore la part belle à l'espérance, aucun danger ne paraissant être en mesure de le menacer. La splendeur, qui nous entoure, ne cesse d'émerveiller, d'inspirer un sentiment de reconnaissance et on se surprend à noter sur des petits carnets des descriptions de paysages qui vont des montagnes, dont les neiges éternelles alimentent des lacs couleur émeraude, font croître des forêts de camphriers et de conifères et tapissent les cratères d'une végétation de fougères géantes, de bambous et de lobélies, jusqu'aux rivières qui, après avoir dévalé dans un enchevêtrement de racines, se prélassent ensuite en déroulant, au long de leur cours devenu tranquille, une longue traînée arborescente, si bien que l'on est très vite gagné par une ivresse jubilatoire. 

Nous sommes ici au pays des Kikuyus, des gens de petite taille qui descendent des Bantous et dont on trouve les traces dès le troisième millénaire. Aucun détail ne permet cependant de situer les Kikuyus hors de la zone de collines qui entoure les flancs du mont Kenya où ils demeurent depuis le XVIe siècle, cultivant le café et le sisal et que, pour toutes sortes de raisons, on appelle "le pays Kikuyu". Et, il est vrai qu'aucune région n'est peut-être plus belle que la leur. Lorsque l'on vient de Nairobi, on traverse une succession de collines pressées les unes contre les autres, dans un paysage plein de mesure, dont les cultures les plus odorantes sont celles des caféiers aux poudreuses fleurs blanches et au parfum sucré. Puis, brusquement, tout change et s'entrechoque ; après les champs soignés et les forêts, on débouche sur l'escarpement du Rift et on s'engage dans des sentiers qui longent des failles abruptes pour atteindre un plateau au milieu de buissons de jasmin, d'arbres candélabres et d'épineux. Par la suite, on pénétrera dans d'épaisses forêts de cèdres entremêlés de lianes et de mousses aériennes, sous lesquelles poussent des orchidées et où abondent les éléphants, les buffles et les panthères, avant de gagner, après une longue et épuisante ascension, les sommets de cristal. Là, les sons eux-mêmes deviennent fragiles et tout est beau de la clarté bleue des glaciers aux pentes hérissées de séneçons. La légende Kikuyu veut que leur ancêtre Gekoyo eut un jour la visite de leur dieu et que celui-ci le transporta en haut de la montagne voilée devenue le Mont Kenya. Lui montrant l'ensemble du panorama composé de collines et de pâturages, de torrents et de troupeaux, il lui dit que désormais cet Eden lui appartenait parce qu'il en avait décidé ainsi. Dès lors, les Kikuyus se fixèrent en ces lieux et devinrent cultivateurs.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 10:03
Jordanie, en quête des civilisations anciennes

Aqaba, un nom chargé d'histoire et, pour les Jordaniens, leur seule fenêtre ouverte sur la mer Rouge. L'histoire de ce port remonte très loin dans le temps, puisqu'il était déjà prospère à l'époque du roi Salomon et pendant les premiers siècles de l'Islam. Hélas ! la ville n'a conservé que peu de traces de son passé glorieux, en dehors du Qast (le Fort), une construction ottomane massive, flanquée de quatre tours, édifiée au XVIe siècle afin de protéger les pèlerins qui se rendaient à la Mecque. C'est sa prise, en avril 1917, par des Bédouins rebelles, conduits par le colonel Lawrence et le prince Fayçal, qui signe la défaite de la garnison turque et le début de la marche vers l'indépendance, ainsi que la naissance de l'actuel royaume hachémite de Jordanie. A Aqaba, nous n'avions rien à faire de particulier, sinon le tour de la ville très plaisante et fleurie, devenue également une station balnéaire de renom pour les Jordaniens privés de façade maritime, et n'avions qu'une hâte : nous rendre au plus vite dans le désert du Wadi Rum, étendue lunaire où convergent d'antiques wadis (cours d'eau). Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est une région où les sources abondent et où la végétation est telle que le lieu était devenu, dans les temps reculés, une étape obligée pour les caravanes qui transportaient épices et encens du royaume de Saba (l'actuel Yémen) jusqu'aux portes de la Méditerranée. En effet, le Wadi Rum a, durant des millénaires, relié l'Arabie à la Palestine et ses pistes de sable ocre, qui cheminent entre de hautes parois de grès, étaient déjà utilisées par les Nabatéens, avant d'être exploitées plus tard par les Romains.

 

Notre jeep nous attend non loin des 7 piliers qui forment avec une majestueuse élégance le porche de cette cathédrale en plein vent, où nous allons naviguer pendant plusieurs heures - et le verbe convient parfaitement - tant la conduite sur les sables a quelque chose d'assez proche de celle sur les vagues. Les descendants des anciens habitants du Wadi Rum, dont on sait par les inscriptions rupestres découvertes en maints endroits qu'ils remontent au paléolithique, sont les Bédouins qui élèvent des chèvres et des dromadaires et dont les fils s'enrôlent traditionnellement dans la légendaire police du désert. Connu pour ses rochers aux formes étranges et la diversité de ses couleurs qui, à la tombée du soir, semblent prendre feu, ce dernier est, par ailleurs, le symbole de l'indépendance nationale jordanienne, car c'est ici que les troupes, commandées par le colonel Lawrence, plantèrent leurs tentes avant de lancer leur assaut final sur la forteresse d'Aqaba.
 

La lumière est intense, alors que la jeep parcourt les étendues de sable plus rouges d'être coulées sous un ciel si bleu, et traversées d'ombres, lorsqu'un pinacle rocheux, plus haut que les autres, vient à couper soudain la ligne indécise de l'horizon. On se tait. Le silence a quelque chose de solennel qu'il paraîtrait inconvenant de rompre. Au loin, on discerne les silhouettes de quelques Bédouins oscillant selon le rythme lent de leur monture, coiffés de leur kefiah rouge et blanc. Ils vivent une existence austère dans des campements de fortune, existence qui n'a guère changé depuis les âges les plus reculés. Leur nombre est évalué à 45.000. Ils nous offriront le thé et quelques dattes avec une gentillesse nullement mercantile.

 

P1070052.JPG      Petra - le trésor               

 

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Après le Wadi Rum, notre seconde visite en terre jordanienne sera pour Petra, dont les légions de Trajan, en 106, prirent possession, condamnant au silence la civilisation nabatéenne. Mais qui étaient donc ces Nabatéens, qui bâtirent Petra, ville redécouverte, comme sortie d'un songe en 1812 par l'explorateur et orientaliste suisse Johann Ludwig Burckhardt, dont le séjour fut hélas très bref, les lieux étant habités alors par des tribus rivales en perpétuelles luttes les unes contre les autres. La nouvelle s'étant répandue en Occident, d'autres voyageurs et aventuriers se rendront à leur tour sur les lieux. Parmi eux, le peintre écossais David Roberts, dont les admirables dessins feront le tour du monde et sensibiliseront l'opinion sur l'importance de cette découverte. Après la vague d'explorateurs romantiques, vint celle des archéologues et des chercheurs accrédités et débuta l'exploration de la zone archéologique. Les Nabatéens, dont on parle déjà dans la Bible, n'étaient autres que des nomades issus de la péninsule arabique. Même, si aujourd'hui, leurs origines restent encore inconnues, il est certain qu'il s'agissait d'un peuple déterminé et industrieux qui sut rapidement sortir des limites de la société nomade pour s'installer avec succès dans un système plus important, fondé sur des relations politiques et économiques. En effet, dès la fin du IVe siècle av. J.C., les caravanes des marchands nabatéens se déplaçaient de l'Arabie à la Méditerranée, le long de l'axe nord-sud, et de la Syrie à l'Egypte, le long des routes directrices qui allaient de l'est à l'ouest. Ils parlaient l'araméen, la langue commerciale qui était utilisée à l'époque dans le Proche-Orient. Décrits, dans les premiers documents historiques, comme des habitants du désert, voués à l'élevage et ne connaissant pas l'agriculture, ils changèrent de mode de vie progressivement, bien que ces diverses phases d'adaptation restent assez énigmatiques. Ce qui est certain, c'est que la terre occupée par les Nabatéens disposait de peu de ressources, en dehors de quelques mines de cuivre dans le Wadi Arabah et du bitume de la Mer Morte, exporté vers l'Egypte, qui l'utilisait pour la momification des défunts.


Leur habileté commerciale était de savoir distinguer les marchandises les plus précieuses et les plus recherchées et, ensuite, de les acheminer dans des pays situés aux confins des routes de communication, en d'immenses caravanes que l'historien Strabon comparait à de véritables armées. Au sud de l'Arabie, ils achetaient la myrrhe, l'encens et les épices qu'ils revendaient à Gaza, à Alexandrie et dans les divers ports de la Méditerranée. Les autres marchandises étaient l'or, l'argent, le verre, les tissus de Damas et les soieries de Chine. Les énormes bénéfices, qui s'en suivirent, enrichirent de plus en plus les marchands nabatéens qui purent ainsi user de leur influence du Golfe Persique à la lointaine Abyssinie. Entre le troisième et le premier siècle av. J.C., il y eut une sorte de "révolution culturelle" qui entraîna la naissance du royaume nabatéen et cela, d'autant mieux, que s'affaiblissait le royaume Séleucide, en conflit avec l'expansionnisme romain. C'est ainsi que, consolidant le contrôle de la région qui allait de la Palestine au désert Arabe et du Golfe d'Aqaba aux actuelles frontières de la Syrie, les Nabatéens se sédentarisèrent et instaurèrent un régime qui évolua du type tribal à celui d'une monarchie, s'inspirant dès lors du modèle helléniste contemporain. Le "Livre des Macchabées" mentionne un roi, du nom d'Aretas, que l'on considère comme le premier souverain de ce royaume. L'évolution de cette société fut probablement rapide ; des villes furent édifiées, non seulement Petra, mais également Advat, Mamshit et Shivta dans le Negev. C'est sous le règne d'Aretas IV (8 ans av.J.C. et 40 après) que le royaume parvint à son apogée, contrôlant les territoires de l'actuelle Jordanie, du Negev, du Sinaï et une partie de l'Arabie, et que Petra, de par sa position stratégique, fut choisie pour capitale. Et c'est en 106 de notre ère que la ville fut annexée à l'empire romain d'Arabie par les légions de Trajan. Malgré cette annexion, Petra restera, pendant des décennies, un centre commercial florissant. A la fin du IIIe siècle, sous Dioclétien, la ville devint un épiscopat et l'on vit surgir basiliques et monastères ornés de mosaïques, tandis que de nombreux édifices rupestres étaient transformés en églises. Puis le site fut touché par deux séismes en 363 et 419 et entra en agonie, sombrant dans une obscurité quasi absolue jusqu'aux premières années du XIIe siècle, le temps d'une brève période durant laquelle la ville abandonnée fut fortifiée par les Croisés. Et à nouveau le silence, jusqu'à sa redécouverte par Burckhardt en 1812.

 

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Le site est immense. On y accède en s'engageant dans une faille profonde, causée par un gigantesque remous tellurique, faille appelée SIQ qui conduit jusqu'au Khasnè, l'édifice le plus fameux de Petra, dont l'état de conservation ne peut manquer de susciter l'émerveillement, surtout quand il vous apparaît auréolé par la lumière méridienne. Appelé également "Le trésor" pour la simple raison que les Bédouins crurent longtemps qu'il s'y cachait le fabuleux trésor d'un pharaon. Mais de trésor, il n'y eut point. On pense aujourd'hui que le Khasnè aurait été un temple funéraire consacré à la mémoire de l'empereur Aretas IV.  Mais Petra ne se limite pas à la splendeur de ce monument et à la profondeur du canyon ocre qui y conduit ; une fois passé le Khasnè, la vallée s'ouvre subitement, découvrant une large voie où s'alignent des structures qui composent la plus admirable nécropole architecturale, structures si diverses qu'elles confirment l'hypothèse que différents modèles et styles furent utilisés au cours des âges. Magnifique témoignage laissé par une civilisation perdue, se révélant à nous comme figé dans sa grandeur passée, succession impressionnante de tombes, de portes antiques, de fortins,de colonnades, de locaux publics, sertis au coeur d'un paysage grandiose, dont on peut aisément imaginer la vie intense qui l'anima. Aujourd'hui, la vie est encore présente, assurée par les touristes, mais également par quelques familles bédouines, la plupart appartenant à la tribu Bedoul, qui s'y sont installées, nouveaux habitants de l'inoubliable ville pourpre. La majorité d'entre eux occupent des tombes rupestres adaptées à leurs nécessités et vivent de l'élevage et de petits commerces. On est frappé de leur amabilité. Aucun ne fait l'aumône. Habitués à vivre de rien, ces anciens nomades sédentarisés s'encombrent le moins possible et mènent une existence d'une étonnante simplicité et rusticité, si différente des nôtres, surchargées de superflu. Une dame, ayant apporté avec elle des jouets en bois, offrit l'un d'eux à un enfant, assis auprès de sa mère, occupée à vendre de modestes bijoux travaillés dans les pierres semi précieuses de la région. Ses yeux, subitement, s'illuminent de joie, bien qu'il n'ose pas s'en saisir. Une fierté ancestrale qui s'harmonise avec la noble beauté des lieux et émouvante image de Petra, ville ressuscitée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE       ( photos Yves Barguillet )

 

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 06:47
Les îles, de la réalité à l'imaginaire des hommes

 

Qui n'a rêvé dans son enfance d'îles lointaines, petits morceaux de terre essaimés sur les océans ? De Robinson Crusoé, naufragé sur la sienne, à celles fantastiques de Jules Verne, en passant par l'île au trésor de Stevenson, ces récits ont marqué notre imaginaire, inspiré nos rêves et motivé certaines de nos interrogations.

 

Tant de choses incitent au départ, tant de choses suscitent le désir de partance. Mais qu'évoque le mot en lui-même ? S'agit-il d'un mythe enfoui dans notre inconscient ou d'une réalité universelle ancrée au plus profond de notre être ? N'ont-elles été découvertes que pour être oubliées ou sont-elles davantage le prétexte d'une conquête qui sommeillait en nous et n'attendait qu'une occasion pour devenir projet ? Sont-ce des thébaïdes secrètes et inaccessibles, îlots d'intimité à préserver, ou une aventure à vivre pour ceux qui portent leur regard par delà l'horizon ? Pour atteindre ce but, point de bâton de pèlerin, mais un esquif à armer, une voie d'eau à ouvrir, pour cette quête de l'impatience et du désir que représente un embarquement.

 

Qu'est-ce qu'une île ? Le dictionnaire en donne une froide définition : " Etendue de terre entièrement entourée d'eau, émergeant dans un océan, une mer, un lac ou un cours d'eau." La démonstration est tellement succincte qu'il ne faut pas s'étonner si rares, voire même inexistants, sont les ouvrages qui ont abordé le sujet. A part le dictionnaire des îles de Christian Nau, remarquable travail de documentation, peu d'écrivains se sont penchés sur la question. Antoine, le chanteur- navigateur, amoureux des îles du Pacifique, mérite d'être cité, mais ses livres valent surtout pour la qualité des images. Et, cependant, ne sont-elles pas des milliers parsemées sur les océans ? Il est intéressant de noter que près de 71% de notre globe terrestre est entouré, ceinturé, recouvert d'eau. Il est significatif, par ailleurs, à l'aube du troisième millénaire, que plus de 90% du trafic international se pratique par la mer. Depuis le commencement du monde, les îles étaient silencieuses, discrètes, isolées, comme perdues dans l'immensité marine, attendant que l'ingéniosité des hommes leur mérite d'être découvertes, peut-être même conquises.
 

 

Quels motifs ont incité nos ancêtres à s'engager dans de telles expéditions dont certains ne revinrent jamais ? Dès l'origine, l'eau fut source de vie. Elle permit à des peuples de se fixer naturellement le long des rivières et des fleuves. Ces peuples prirent vite conscience de l'avantage qu'ils pouvaient en tirer et ne tardèrent pas à réaliser que la rivière allait au fleuve et le fleuve à l'océan. Ils en déduisirent logiquement que l'élément liquide ouvrait des espaces qui rendaient possible l'utilisation de voies navigables. Alors ils inventèrent les premières constructions flottantes destinées à la navigation. Les techniques, qu'ils mirent en oeuvre, développèrent en eux débrouillardise, habileté, sens du calcul et de l'observation. Ils surent bientôt exploiter l'élément fluide et, grâce à ces évolutions, passèrent du frêle esquif aux goélettes et caravelles, des clippers aux transatlantiques, afin de conquérir des terres nouvelles,  qu'ils nommèrent "les nouveaux mondes".
 

 

Chevaliers de la mer, ces peuples de pionniers ont pris la mesure du globe, établi sa topographie, fondé des comptoirs commerciaux sur tous les continents. Pour mener à bien de tels voyages, encore fallait-il chercher des lieux d'étapes pour le repos des équipages, souvent fourbus, parfois malades, qui avaient eu à affronter les tempêtes et la dureté des éléments, dans des conditions inconfortables. Havres de repos, les îles s'offraient à eux. Elles permettaient aux hommes de reconstituer leurs forces, aux navires endommagés d'être réparés et remis à flot.
 

 

Habitées ou inhabitées, moins envahies que conquises, le féminin les justifie. Sauvages, arides, mystérieuses,  exubérantes, fières, dolentes, elles se méritent. On y aborde ou on s'y échoue. Filles des brumes ou filles du soleil, l'homme les a qualifiées selon les époques et les circonstances. Ile de beauté, mais aussi de désolation, refuge et bannissement, quand ils se les approprient, elles deviennent  îles prison pour galériens et bagnards, repères d'exilés et d'exclus, de pirates et de flibustiers, pièges à embuscade pour corsaires et boucaniers. Grands navires encalminés, ne voient-elles pas défiler le monde, sphinx des éléments liquides, les siècles ont eu peu de prise. Ces îles constituent des univers à elles seules, forgent des mentalités à part, engendrent des populations qui aspirent à vivre en dehors des grandes nations, auxquelles elles ne sont pas forcément rattachées. L'insularité n'est pas un vain mot.

 

Néanmoins l'histoire ne les a pas épargnées, puisqu'elles sont à jamais inscrites dans les mémoires et les récits que nous ont rapporté les explorateurs d'antan, les Marco Polo, Vasco de Gama, Magellan, Gonzalvo Cabral, Christophe Colomb, Jacques Cartier, Samuel Wallis, James Cook, Bougainville, William de Shouten, Gonneville et quelques autres ; qu'elles soient ou non répertoriées sur les cartes ou  restées captives de leur isolement. Soudain, ces navigateurs les ont nommées, décrites, situées et elles se sont mises à hanter nos rêves, à peupler notre imaginaire, à susciter nos désirs. Selon leur latitude, on les savait hautes et volcaniques, basses et coralliennes, déchiquetées et balayées par les vents, mieux encore cernées par les glaces.
 

 

Amas de roches déchiquetées aux abords des détroits, des caps et des continents, elles se perdent en mer sous l'oeil des frégates et des albatros. Dans le grand nord, celles des 50° au pôle, elles expriment la poignante solitude des terres hostiles, paradis des oiseaux migrateurs et domaine d'élection des manchots, des phoques et des ours. Ici règne un monde minéral, animal, glacé et superbe. Si nous poursuivons notre navigation en deçà du continent blanc, nous laissons au large la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, labyrinthe d'archipels que sillonnèrent leurs ancêtres Vikings. Cap plus au Sud, nous croiserons quelques pêcheurs rudes, accrochés à leurs barques, galériens des brumes, venant des bancs de Terre-Neuve, laboureurs des océans, leurs étraves fendant les vagues avec audace.

 

 

Les îles, de la réalité à l'imaginaire des hommes

Sous les latitudes tropicales, le contraste est saisissant. Les îliens qui les peuplèrent eurent noms : Maoris, Polynésiens, Antillais, Caraïbes, Arawaks, Amérindiens, Moluques, Canaques, Aborigènes. A la suite de grands malheurs, certains d'eux disparurent à jamais. Alors que dans les pays insulaires, nous apercevrons, au hasard des rencontres, des Japonais, des Fidgiens, des Néo-Zélandais, des Réunionnais, des Mauriciens, des Javanais, des Tahitiens, des Hawaïens. Parfois les cyclones rappellent la colère et la puissance des dieux, mais lumière, lumière... Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Quelle est la plus belle ? Comment répondre à cette question ? Pour les uns, ce sera toujours la dernière abordée, pour les autres la prochaine à découvrir, pour quelques amoureux, ayant posé leur sac à terre, celle-ci sera l'élue.

                   


Face aux Antilles parfumées de rhum et de vanille, n'est-ce pas enfin notre vieux continent qui se profile, n'est-ce pas l'Europe ceinte, entourée de ses filles rebelles, véritable patchwork de beauté  elle aussi ?  Des îles Féroé à l'Islande, des Scilly aux belles Anglo-Normandes où Herm la douce côtoie Sark la fière, des Chausey annonçant Tombelaine, de Sézembre à Bréhat parée de granit rouge, effluves de bruyère et senteurs d'ajonc, voilà la côte des vents où la terre finit. Faut-il s'arrêter au Golfe du Morbihan, parmi un chapelet d'îlots dans lequel s'engouffrent les courants, certes l'étape sera périlleuse. Se poser à Houat ou s'ancrer à Houedic, poursuivre son itinéraire jusqu'à la perle, l'unique : Belle-Ile. Trop de superlatifs pour décrire sa splendeur. Après ce long voyage, pourquoi pas Noirmoutier et Ré, plus bas Madère, les Canaries... Mais même en cent ans, nous n'aurons pas le temps, nous n'aurons pas le temps !
 

 

Puisque ces îles innombrables nous donnent le tournis, pourquoi ne reviendrions-nous pas à nous-même ? Chacun n'a-t-il pas son île intérieure ? Chacun ne possède-t-il pas son insularité ? Comme l'île s'abrite derrière ses plans d'eau, nous préservons notre intimité derrière des apparences souvent trompeuses. L'île est un monde de silence et le silence est notre île. Alors reprenons le cours de nos rêves, reprenons la voie de nos songes.  La plus belle île restera toujours inaccessible, car lieu d'un ultime voyage, car destinée imprévue, désir de transgression, terre toujours espérée et jamais atteinte. Oiseaux migrateurs dans le temps qui voit défiler nos jours comme des paysages, nous sommes en attente et en espérance de cette ultime étape où reposer nos ailes.

 

Yves et Armelle BARGUILLET 

 

autres articles concernant les îles :


Malte ou l'île des Chevaliers

Voyage en Polynésie française

La Crète éternelle

Venise et les îles de la lagune

Les Grenadines à la voile

Lettre océane - les Antilles à la voile

Houat ou la Bretagne insulaire

 

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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 10:09
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Les Massaï ne se rencontrent qu'occasionnellement dans les villes. Pour les découvrir, il faut aller à leur devant dans une nature âpre et sauvage, où leur nomadisme prend tout son sens. De les surprendre dans la savane sèche des hautes terres, drapés dans leurs capes rouges, en compagnie de leurs troupeaux est un moment de réelle émotion.Les Massaï, pasteurs-guerriers d'origine nilotique, auraient quitté l'actuel Soudan il y a quelque cinq cents ans et seraient arrivés au Kenya par le lac Turkana à la conquête de la savane d'Afrique Orientale. Laissant les pentes montagneuses aux Bantou, ils s'établirent sur un territoire qui s'étend du lac Victoria à la Tanzanie. Au long de ces plaines verdoyantes, parcourues de fleuves et de rivières, traversées d'escarpements et de collines, ils vivent avec leur bétail, ne s'installant que quelques semaines ou quelques mois dans des villages de fortune, construisant des huttes provisoires faites de branches et de pailles séchée, enduite de bouses de vache. Ils les disposent de façon circulaire autour de l'enclos central où ils parquent leurs troupeaux à la tombée du jour, de manière à ce qu'ils soient protégés des prédateurs pendant la nuit. Ils agissent ainsi depuis la nuit des temps.

Tanzanie/Kenya, à la découverte du peuple Massaï

 

Le tonnerre et l'éclair, le vent, le soleil et la lune, les étoiles, les phénomènes au milieu desquels ils vivent en une étroite communion, leur ont inspiré le respect et la crainte de la nature. Sans les adorer, ils tentent d'obtenir la bienveillance de ces forces qui régissent l'univers par des implorations et des rituels. La vie rude qu'ils mènent, la violence d'un pays qui connaît des variations climatiques extrêmes, les ont incités à croire que l'univers était commandé par des puissances invisibles, qu'ensuite ces forces s'intéressaient à leurs affaires, les punissant lorsqu'elles étaient mécontentes, les récompensant quand elles étaient satisfaites, si bien qu'ils furent très vite convaincus qu'il y avait moyen de gagner leurs bonnes grâces et, à l'occasion, d'acquérir leur hostilité envers leurs ennemis. Les dangers qui les menacent, la prospérité qu'ils souhaitent, les incitent à obéir à des principes auxquels ils se soumettent jusqu'à la contrainte. C'est ainsi que les Massaï, et la plupart des tribus nomades, s'édifièrent un monde spirituel, contrepartie invisible du monde visible, qui  consiste à imaginer que les objets ont une existence propre et consciente, forme de religiosité que l'on nomme l'animisme. Les choses n'étant pas seulement ce qu'elles semblent être - rochers, montagnes, fleuves, nuages - ils en déduisent qu'à la forme extérieure et tangible qui compose leur apparence correspond une forme intérieure, comme une sorte d'âme ou d'esprit - qui leur permet d'éprouver des sentiments, d'exercer une emprise. Les populations, en contact permanent avec la nature, ont une spiritualité instinctive, l'athéisme leur est étranger, tant elle sont en prise directe et permanente avec le mystère. Les spectacles grandioses, auxquels elles assistent, les portent à la contemplation et, s'il y a de la naïveté dans leurs croyances, leur intuition du sacré est étonnante.

 

Pour tout jeune Massaï a lieu le temps de l'initiation qui dure environ six années, six années durant lesquelles il va vivre à l'écart du village avec les autres jeunes gens de sa classe d'âge, sous l'autorité du laibon, chef spirituel d'une tribu Massaï qui veillera à ce que cette formation soit non seulement formatrice mais ascétique. Ce temps d'initiation, où il devient murran, sera sans doute la plus exaltante de sa vie. Durant cette période, on le formera à l'art du combat et on l'initiera à être une guerrier sans peur, à défaut d'être sans reproche, car il arrive, en cas de sécheresse et d'épidémie, que les aînés ferment les yeux si les murrans vont la nuit soustraire quelques têtes de bétail à leurs voisins. Le point culminant de cette initiation est la circoncision et celui où les jeunes murrans ont l'autorisation de prendre femme ; il leur revient alors de veiller sur le groupe familial, de protéger le village des attaques ennemies, de se mettre en quête des points d'eau pour les troupeaux, d'accompagner les femmes lors des voyages, d'être en quelque sorte la force de frappe de leur tribu. La considération dont ils sont entourés, l'intérêt que l'on porte à leurs faits et gestes, le souci qu'ils doivent avoir de leur apparence censée impressionner leurs amis comme leurs ennemis, le culte qu'à travers eux on voue à la compétition et à l'effort, mais également à la jeunesse, les invitent à se surpasser. Ne se soumettent-ils pas, au cours de ces années, qui sont comme une traversée, un passage au sens propre du terme, à diverses épreuves de courage et d'endurance ? On ne naît pas Massaï, on le devient, en acceptant cette période de privation et de célibat. Pour quelques-uns, dont le courage aura été remarqué, l'épreuve ultime sera le combat avec un lion mâle qui leur méritera, pour le restant de leurs jours, la position enviée et prestigieuse d'arbitre, aussi est-ce parmi ces élus que sera choisi le chef futur, le laibon de demain. La vaillance est, au regard des Massaï, la vertu suprême, vaillance qui les a maintenus en vie dans des conditions souvent périlleuses et leur a permis, au prix de quels combats, de rester un peuple libre.

 

Pour marquer les esprits et faire des cérémonies de fin d'initiation le point d'orgue de la vie sociale, on les a intentionnellement revêtues d'une lourde charge émotionnelle. Cela commence par le festival de couleurs assuré par la diversité des costumes et l'abondance des bijoux dont les hommes et les femmes se parent. Cela se poursuit par une débauche de sons avec pour tempo de base le tam-tam que, à volonté, les batteurs rendent plus ou moins percutant, plus ou moins saccadé et haletant. Cela se continue avec les chants et les danses, où les jeunes hommes accompagnent leurs sauts de cris gutturaux, faisant vibrer l'air autour d'eux, comme s'ils cherchaient à éveiller tout ensemble les vibrations sourdes de la terre et les échos de l'espace bâillonnés par les nuages. Cela dure des heures et des heures avec, selon l'avancée du soleil, des danses différentes et, la nuit encore, à la lueur des torches, des chants plus monotones pénétrés de l'anxiété des ténèbres.

Danses rituelles des hommes et des femmes parés lors des cérémonies
Danses rituelles des hommes et des femmes parés lors des cérémonies

Danses rituelles des hommes et des femmes parés lors des cérémonies

 

En cette fin de XXe siècle, les Massaï rendent leur territoire intact à une civilisation trop éprise de puissance, à un monde trop avide de modernité. Les nomades ont su protéger les déserts, économiser la savane ; ils n'ont pollué ni les lacs, ni les fleuves, ni les mers. Et pourtant, aux yeux des sédentaires, les non-sédentaires sont toujours coupables. D'autant plus coupables que leur petit nombre ne les autorise pas à user des secours qu'apportent les lois, les statuts, les chartes. Ils n'ont que leurs traditions et leurs usages, ce qui est peu. Alors comment envisager l'avenir de peuples comme les Massaï ou de leurs cousins germains les Samburu, quand on sait leur vulnérabilité face au dieu le plus exigeant qui soit désormais : le profit ? Le tourisme étant devenu pour le Kenya et la Tanzanie la source principale en devises, les gouvernements se sont vus contraints de prendre des mesures qui vont à l'encontre des intérêts des populations nomades. Au début de 1950, on commença d'expulser les éleveurs des réserves protégées, procédure qui ne cessa de se durcir pour satisfaire le goût de l'exotisme des amateurs de safaris. En effet, les vaches et les chèvres, les zébus et les brebis font un peu désordre au milieu des antilopes, des girafes, des rhinocéros et des éléphants. Ne doit-on pas assurer le touriste que rien ne viendra contrarier le bon déroulement de son voyage, celui-ci ayant été programmé de façon à lui offrir, dans des conditions de confort parfait, un spectacle inoubliable ? Bien que des voix se soient élevées pour crier haut et fort que le bétail avait toujours su cohabiter avec la faune sauvage, cette remarque justifiée n'a pas obtenu de réponse et les Massaï, comme les Samburu, ont été sommés de se sédentariser et de devenir cultivateurs. Ce n'est ni plus, ni moins, l'obligation de choisir entre deux maux : creuser ou crever ! Pour parvenir à leurs fins, les Etats n'ont pas hésité à financer la construction de fermes et coopératives sur les anciennes pâtures, prenant pour prétexte le vieil adage qui veut que la vie nomade soit l'ennemie de la civilisation, une forme d'existence bâtarde, illégale et arriérée. Les rebelles, qui refusèrent de céder à ces injonctions, n'eurent d'autres ressources que de réduire leur zone de transhumance, d'autant que le droit de passage vers les points d'eau leur fut peu à peu retiré, ce qui entraina très vite une baisse de la production laitière. Que reste-t-il aux Massaï, aux Samburu, condamnés à plus ou moins brève échéance, à voir se rétrécir en peau de chagrin, et pour des raisons inavouables, les terres qu'ils parcourent depuis des siècles ? Pour eux, existe-t-il un pays où la joie cessera enfin d'être blessée ? Devront-ils continuer à s'entasser dans des bidonvilles comme les renégats d'une civilisation qui n'est pas taillée à leur mesure ? En sont-ils définitivement réduits à se donner en spectacle aux clients des tour-opérators, à vendre, sur les circuits qu'ils empruntent, des articles de pacotille, objets dérisoires, témoins de la fascination qu'ils exercent encore sur les civilisés ? La réponse semble déjà implacable et définitive.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - extraits de mon roman  "Les signes pourpres

 

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Nairobi, le Mont Kenya, pays des Kikuyus

 

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Tanzanie/Kenya, à la découverte du peuple Massaï
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