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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 08:48
Un feu sur la mer de Louis COZAN
Un feu sur la mer de Louis COZAN

Voilà un récit passionnant qui vous tient en haleine de bout en bout, celui d’un de nos derniers gardiens de phare, un breton originaire de l’île d’Ouessant qui sait manier les mots avec virtuosité et vous embarque dans son aventure et son « château des tempêtes » sans passer sous silence la dimension spirituelle de l’aventure. Magnifique témoignage de ces travailleurs isolés, de ces vigiles, ces guetteurs, « drogués de beauté sauvage et de violence, assourdis du fracas incessants des vagues », qui maintiennent les feux sur la mer et guident ainsi les marins plongés dans la nuit océanique. Une existence qui requiert un amour profond de l’univers maritime, une longue intimité avec les tempêtes et avec  les hommes de la mer qui naviguent encore et souvent à l’estime, dans l’angoisse et l’incertitude, et que ces feux guident vers les ports grâce aux fuseaux qui, par tous les temps, percent les brouillards et les pluies.
 


Louis Cozan a d’abord été marin avant de prendre du service dans les phares comme le firent ses ancêtres, phares dont on relevait et  ravitaillait les gardiens  grâce au courage et à l’audace de quelques hommes sans peur et sans reproche qui se tenaient à bord de la Ouessantine. Par la suite, afin d’éviter les innombrables dangers que représentaient les accostages, les phares seront automatisés et aucun homme ne veillera plus  sur ces vastes paysages marins, nouant un dialogue direct  avec les bateaux égarés ou en grande difficulté. Ce sera désormais le rôle des guetteurs sémaphoriques qui contrôlent le trafic maritime depuis la terre.

 

Ce livre n’est pas seulement l’œuvre d’un homme de mer mais celle d’un magicien des mots qui en connait les résonances et nous plonge ainsi en plein cœur de la vie de ces vigiles qui dormaient « en tranches courtes » et subissaient  les « chocs qui ébranlent leur habitat vertical », « spectateurs privilégiés du grand théâtre de la nature ». Louis Cozan souligne toutefois que les gardiens d’alors connaissaient de grands moments de stress « où il est bien difficile d’identifier quel est, de la peur ou du ravissement, le sentiment qui domine ! » Leur existence était une suite d’obligations et d’actes  techniques qu’ils devaient effectuer chaque jour selon une procédure détaillée et dont l’objet était d’agir de sorte que, dans un délai imparti, tout soit garanti de la fiabilité maximum de la  lanterne. Ces phares ont des noms célèbres, ils s’appellent la Jument, Kéréon, Créac’h ou Nividic,  tours  mythiques, où Louis Cozan a longtemps officié. Jamais seul, toujours avec un compagnon avec qui il partageait les travaux minutieux de l’optique et les humbles tâches du nettoyage et de l’entretien. Livre que les amoureux du monde maritime liront avec curiosité et enthousiasme, tant l’auteur nous met en relation directe, vivante, précise, poétique avec les grands vents et le train de  houle qui balaient la mer d’Iroise. Oui, vous saurez tout de ces vies difficiles et exaltantes où nombre de ces guetteurs ont dû leur survie au courage de leurs compagnons, où chaque jour composait son épopée et où les phares étaient encore commandés par des mains expertes et des coeurs ardents.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Un feu sur la mer de Louis COZAN
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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 08:36
Ile de Bréhat - La perle rose

Bréhat a déjà été affublée de tous les superlatifs et il semble qu'ils se soient usés à célébrer la beauté incomparable de cette île qui se trouve à quelques encablures de Paimpol et dont un bateau assure le passage presque à chaque heure et en seulement dix minutes. Un saut de puce qui est aussi un pas de géant, tant Bréhat est différente du continent de par son microclimat qui fait d'elle, au coeur de la Bretagne nord, un jardin exotique. Elle a été baptisée de toutes sortes de façon : île des fleurs, île de beauté, havre des artistes ; personnellement je la nommerai la "Perle rose" à cause de cette ceinture de rochers qui la noue d'une teinte évanescente dès que le soleil apparaît. Perle aussi de par sa végétation luxuriante, ses essences méridionales de palmiers, de mimosas, d'eucalyptus et de figuiers qui confirment la douceur de son climat. En empruntant les venelles et les sentiers interdits aux véhicules, à l'exception de ceux des pompiers et aux tracteurs, on part à la découverte d'un silence oublié, d'un monde clos sur sa paix, sa douceur et sa poésie. Ici, on se sent loin de tout, dans un paradis parfumé et enluminé où les phares, les amers, les moulins trahissent sa vieille appartenance marine. Déjà connue des Romains, Bréhat fut habitée par les moines, qui trouvaient là une terre appropriée à la prière, envahie par les Anglais qui la pillèrent, fortifiée par Vauban et peuplée par les Bréhatins qui participèrent à l'épopée des pécheurs d'Islande et furent dès le XVe siècle de valeureux marins.

 

 

 

Au fil des siècles, elle ne cesse de se dépeupler ; alors qu'elle comptait 1500 habitants en 1800, elle n'en a plus guère que 400 aujourd'hui, dont une trentaine d'enfants scolarisés dans le primaire. Bien entendu, les touristes s'emploient à en gonfler le flux et ce ne sont pas moins de 5 000 d'entre eux qui débarquent l'été pour admirer les lieux et lui prêter un faux air de fête foraine. Mais, hélas ! il semble bien que le danger la guette et que, sous l'influence de quelques poids lourds de l'immobilier, elle finisse par perdre le restant de sa population régionale, se transformant, au fil des ans, en une réserve de nantis et, pour des raisons bassement matérielles, sorte ainsi de l'Histoire. Même chose qu'à Ré, où les taxes foncières et d'habitation sont devenues si exorbitantes qu'elles obligent les îliens de souche à s'expatrier. Ce serait le pire scénario car elle perdrait alors son authenticité et ne serait dès lors qu'un jardin posé sur la mer.

 

 

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Ne dramatisons pas, mais ce danger existe que de vieilles femmes du pays nous ont confirmé. L'île n'en reste pas moins belle et, ce, sous les éclairages capricieux d'un été maussade, avec des ciels tourmentés et aussi mouvants que les flots et l'on comprend sans peine pourquoi Gauguin et Matisse aimaient à poser ici leur chevalet. Aux sentes frangées de fleurs, souples et odorantes, succède le littoral aigu et chaotique, succession de roches qui disent le travail incessant du vent et de l'océan et créent des paysages maritimes d'une fière adversité, formant sur quelques kilomètres à la ronde une alliance inattendue de force et de grâce.

 

 

A l'origine, Bréhat était composée de deux îles avec une partie au nord sauvage et minérale - c'est là que se trouve l'imposant phare du Paon dont la chaussée surplombe la mer au centre d'une fabuleuse agglomération de rochers roses - et la partie sud riante dans sa généreuse expansion végétale où l'on distingue, en un désordre réjouissant, des camélias, agaves, aloès, échiums, agapanthes, dont les bleus sont sans doute plus beaux que nulle part ailleurs, et les éternels bosquets d'hortensias, emblématiques de la Bretagne.

 

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Vauban, en reliant les deux îles par un pont, que les fortes marées parviennent à recouvrir, a permis l'accession à l'une et l'autre, celles-ci formant un ensemble de trois kilomètres de long et un kilomètre et demi de large. Bien que petite, Bréhat ne propose pas moins d'une trentaine de kilomètres de chemins étroits, bordés de maisons de granit et de haies de fleurs, qui se plaisent à vagabonder sur la lande où pointent à l'envie des arbres séculaires, cèdres du Liban, araucarias et de somptueux palmiers qui colorent ainsi les paysages d'une touche méditerranéenne. Si bien que nous ne ferons pas moins de 7 heures de marche afin de ne rien laisser au hasard des aspects les plus secrets, les plus insolites de l'île, laquelle, à chaque tournant, nous offre des points de vue uniques, des panoramas époustouflants. Inutile de perdre son temps dans un restaurant qui ne vous servira qu'un repas quelconque. Il est préférable d'emporter son panier  pique-nique et d'acheter des fruits frais au marché du village. Bréhat n'est certes pas une étape gastronomique. Elle laisse ce privilège au continent, se contentant d'être florale et belle.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

autres articles que j'ai consacrés aux îles :

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé      

 

Venise et les îles de la lagune

 

Houat ou la Bretagne insulaire           

 

Lettre océane - les Antilles à la voile

 

Les Grenadines à la voile

 


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Ile de Bréhat - La perle rose
Ile de Bréhat - La perle rose
Photos Yves BARGUILLET

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 08:51
De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers

 

Au départ de la plage de Perros-Guirec, devant le casino, le Conservatoire du littoral a mis à la disposition des randonneurs un chemin préservé, car balisé, qui longe la côte et conduit, si on est bon marcheur, jusqu'à Trébeurden ; c'est le sentier des douaniers de la côte rose, un itinéraire qui ne cessera de vous offrir, tout au long de votre marche, des vues d'une constante et surprenante beauté. Il faut compter une heure trente pour vous rendre de Perros à Ploumanac'h, première étape qui permet de se restaurer et de se rafraîchir, avant de poursuivre jusqu'à Trébeurden. Nous nous sommes contentés, mon mari et moi lors de ce court séjour, de faire la première tranche en quittant Perros le matin, afin de nous rendre à Ploumanac'h  par un temps délibérément capricieux et de  déjeuner dans une charmante auberge où les fruits de mer et les galettes de sarrasin étaient particulièrement goûteux,  avant de retourner sur Perros où nous avions laissé notre voiture.

 

Alentour voletaient des milliers de couples d'oiseaux que l'on préserve de la main destructrice de l'homme. Celui-ci avait en effet exterminé presque toute la faune qui occupait la côte et, plus au large, les sept îles, sous le prétexte imbécile de la chasse, sans épargner la flore de bruyères cendrées et d'ajoncs d'or qu'il détruisait implacablement en parcourant la lande dans tous les sens sans aucune précaution pour les pousses fragiles et que le Conservatoire a replanté, faisant réapparaître une diversité végétale qui rend  au littoral son authenticité.

 

 

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Dès lors érigé en " site naturel" protégé, cette côte est redevenue le paradis des Fous de Bassan, seule véritable colonie des côtes françaises. Mais, l'homme, non content de ces désastres successifs, parviendra encore à rompre l'équilibre des lieux en le polluant par le pétrole. Les marées noires, emblèmes du fric-roi par excellence, s'attaqueront à plusieurs reprises aux occupants de ce sanctuaire, les macareux moines, les cormorans huppés, les guillemots de troll, les petits pingouins, les fulmars et goélands qui en sont les hôtes presque permanents et auxquels viennent s'ajouter, en période de migration, des milliers d'oiseaux de passage.

 

 

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Le rivage, aux environs de Perros-Guirec, est hérissé de rochers de granit rose qui font la célébrité de la région et l'admiration des promeneurs. A ces rochers admirables, d'un ton rubescent dès que le soleil apparaît, l'imagination bretonne a attribué, pour les distinguer les uns des autres, les noms les plus surprenants. C'est ainsi que l'on croit distinguer une sorcière, un korrigan, une tête de cheval, un homme assoupi, un oiseau. A Ploumanac'h, non loin d'une chapelle, les rochers portent un oratoire du XIIe siècle, dédié à saint Kireg et bien connu des jeunes filles à marier. Un peu plus loin, des archéologues ont mis au jour les restes d'un oppidum romain, prouvant que ces lieux ont été occupés depuis des millénaires. Il est vrai qu'ici tout est d'une beauté à couper le souffle, tant le paysage ombré de pins maritimes s'ouvre à perte de vue sur l'horizon marin. A la lande gansée de fougères  succède un monde minéral et chaotique qui défie parfois les lois de l'équilibre et qui, depuis 130.000 ans, a été sculpté par le burin inlassable des pluies, du vent et de la mer, composant un étrange tableau de sculptures géantes. Ces témoins d'un très vieux combat géologique reposent au coeur de plages de sable fin qui viennent couturer les terres, royauté du granit omniprésent et monarchie de la mer qui prête son ampleur à ces panoramas. Les kilomètres défilent sans que nous éprouvions la moindre fatigue, tant l'oeil est continûment sollicité par cette alliance magistrale de l'océan, de la terre et du ciel qui en Bretagne ne cesse de sublimer la nature.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

Pour consulter les autres articles sur la Bretagne, cliquer sur leurs titres :

 

Ile de Bréhat - la perle rose         Paimpol et ses environs - l'échappée bretonne

 

Houat ou la Bretagne insulaire     Le Golfe du Morbihan, terre de légende

 

 

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De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers
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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 09:39

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La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste

 

Le golfe du Morbihan, terre de légende
 

Bella Corsica !

 

Giverny - Immersion dans le jardin des nymphéas

 

En Jordanie, en quête des civilisations anciennes

 

En Egypte : le désert du Sinaï et le monastère Ste Catherine      

 

Les îles, de la réalité à l'imaginaire des hommes

 

Un feu sur la mer de Louis Cozan

 

Ile de Bréhat - La perle rose

 

Haïti, un destin singulier

 

De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers

 

L'automne en Suisse

 

Retour d'Andalousie

 

Bruges ou la remontée du temps

 

Le rêve de Capri

 

Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille


Cerza, mon safari normand. Immersion dans le monde animal

 

Arrêt sur images, l'univers des gazelles

 

Trouville renoue avec son passé - ouverture d'un complexe hôtel/cures marines

 

ARRET SUR IMAGES - AU COEUR DU MONDE SAUVAGE

 

TANZANIE/KENYA, A LA DECOUVERTE DU PEUPLE MASSAÏ

 

NAIROBI,LE MONT KENYA,PAYS DES KIKUYUS

 

Carthage, ville éternelle

 

Arrêt sur image : Paris

 

Semur-en-Auxois

 

Echappée bourguignonne

 

Rocamadour, la roche enchantée

 

Les îles Scilly - croisière

 

Balade irlandaise           


Chenonceau où un rêve de dame  

 

Colmar, la petite Venise d'Alsace  

 

Kaysersberg, le plus beau village de France 2017


Riquewihr, au coeur des vignes alsaciennes


 Alsace : la route des vins

 

Strasbourg, la belle européenne

 

Paimpol et ses environs - l'échappée bretonne

 

La baie de Somme, royaume de la lumière et des oiseaux  


Croisière en Croatie et au Monténégro      


La légende de la ville d'Ys       

 

Malte ou l'île des Chevaliers 
         


Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables

 

L'échappée provencale          


La première Manche        

 

Voyage en Polynésie française           

 

Croisière fluviale sur le Rhin légendaire       


Vacances romaines et évasion napolitaine

 

Le Peloponnèse      Delphes ou le royaume des dieux     

 

La Russie, de la Volga à la Neva   

 

Moscou- Pleins feux sur la capitale russe 

 

La Russie au fil de l'eau : de Moscou à Saint-Petersbourg     

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

Peterhof ou la maison de Pierre      


Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été    


Revoir Venise    


Venise et les îles de la lagune 

 

La Crète éternelle    


La Tunisie d'hier à aujourd'hui    


Les Grenadines à la voile 

 

Haïti, un destin singulier           


La Normandie : éloge de ma province

 

Retour d'une croisière en mer Rouge          


Lettre océane - Les Antilles à la voile

 

Houat ou la Bretagne insulaire         


Trouville, le havre des artistes

 

Deauville - Histoire d'une légende -   

 

 

 

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 09:12
Photos Yves Barguillet

Photos Yves Barguillet

Lac d'Emosson

Lac d'Emosson

Il y avait longtemps que je n’avais pas revu les paysages alpins, renoué avec l’atmosphère très particulière de la haute montagne, les villages accrochés aux pentes herbues ou neigeuses selon la saison, les sonnailles qui  font vibrer  les alpages en été et au début de l’automne, les parfums  de mousse et l’air vif qui pique le visage et nous investit d’un sentiment irrésistible de liberté. On se sent d’autant plus libre en altitude qu’il n’y a jamais foule et que vous tracez votre route dans un silence majestueux. Comme le disait le général de Gaulle : « Regardez vers les hauteurs, il n’y a pas d’encombrement. » Rien n’est plus grisant que ces cimes qui se détachent sur le ciel, ces volumes qui se succèdent les uns les autres, leur architecture élégante, leur splendeur altière qui nous procure une sensation de grandeur. « Que la montagne est belle ! » chantait  Jean Ferrat et c’est vrai. La montagne est d’autant plus belle qu’elle reste, la plupart du temps, inaccessible à l’homme.
 

L'automne en Suisse
L'automne en Suisse
Vues depuis le Moleson

Vues depuis le Moleson

Le retour à cet environnement alpestre, grâce à mon fils qui  vient de s’installer à Lausanne, a été un vrai bonheur. Pour avoir vécu huit ans à Annecy, j’ai  apprécié la présence du lac, son élégance au cœur de cet écrin de hauts sommets, la diversité des lumières qui le pare d’éclats vifs ou caressants, les ombres qui l’embrument, le tracé des bateaux qui griffe sa surface, enfin les innombrables  oiseaux qui le peuplent et complètent cette alliance de l’eau et de la rive. Lausanne est un lieu qui concentre la beauté à un haut degré de perfection. On comprend que l’existence y soit agréable, que les gens s’y montrent aimables et qu’il y ait comme une grâce qui  imprègne l’air que l’on respire. Au lac d’Emosson, site grandiose à 2000m d’altitude, ce début d’automne avait paré les arbres d’un éclat empourpré qui a su impressionner la pellicule et offrir à notre regard une vue époustouflante sur le Mont Blanc, tandis que le Moleson, tout aussi haut (2008 m), atteint grâce à un funiculaire d’abord et un téléphérique ensuite, ouvre un panorama splendide sur les sommets des Alpes françaises et italiennes, tandis que le village de Gruyères, qui a conservé son atmosphère médiévale, permet de renouer avec le passé  dans un cadre délicieusement bucolique. Quant à Montreux, il fait bon y  flâner comme aimait à le faire l’impératrice Elisabeth de Habsbourg, appelée familièrement Sissi, qui oubliait ici les exigences de la couronne d’Autrice-Hongrie. Elle est morte assassinée à Genève le 10 septembre 1898, à l’âge de 60 ans, de la main d’un jeune anarchiste Luigi Lucheni, alors qu’elle embarquait sur le bateau qui devait la ramener à Montreux, station qu’elle affectionnait et qui semblait avoir été créée pour le bien-être  et la détente. Autres personnalités qui ont apprécié cette cité, Jean-Jacques Rousseau, Lord Byron, Hemingway et, plus récemment, le musicien Freddie Mercury.

 

Village de Gruyères

Village de Gruyères

Le lac Léman à Montreux à la tombée du soir.

Le lac Léman à Montreux à la tombée du soir.

Autre qualité de la Suisse, en dehors de ses paysages, de ses fromages et de son souci du confort et du détail, elle est un haut lieu de la démocratie. Probablement le pays d’Europe où le peuple est le plus impliqué dans le processus décisionnel. Ce pays s’étant refusé à cantonner le citoyen au seul rôle d’électeur, lui a proposé  une démocratie qui l’investit pleinement dans la vie politique du pays. Le président suisse, dont le rôle est honorifique, est élu pour un an parmi les sept conseillers fédéraux. Et ce qui diffère la Suisse, de la plupart de ses voisins européens, est le recours intensif à la démocratie directe, soit la possibilité pour chacun d'entre eux de s’exprimer par de fréquents référendums sans passer par le truchement des représentants. Pour preuve, le référendum a été utilisé 9 fois en France depuis 1958 et près de 400 fois chez les Suisses dans le même laps de temps. Ceci explique sans doute cela ... la Suisse préfère se gérer sans autre recours qu'elle-même.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Le lac à Lausanne

Le lac à Lausanne

Le port de Pully à Lausanne

Le port de Pully à Lausanne

Vue prise chez notre fils

Vue prise chez notre fils

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 11:56
Place Rouge - Eglise Saint-Basile-le-Bienheureux

Place Rouge - Eglise Saint-Basile-le-Bienheureux

Lorsque je suis allée en Russie en 2010, Moscou, la première ville que j'ai visitée, était pour moi entachée des visions guerrières et oppressives que le gouvernement de l'URSS avait laissées dans ma mémoire. Aussi, la vision de la place Rouge, où je me rendais tôt ce matin-là, suscita-t-elle un véritable choc émotif tant sa beauté et l'élégance de ses proportions me submergèrent. Rouge n'évoque ni le sang, ni le feu, mais signifie en vieux slavon : beau. La place Rouge est par conséquent la place Belle et, avec la place de la Concorde, sans nul doute la plus harmonieuse place du monde ... Si, à plusieurs reprises, son aspect fut modifié, elle n'a  jamais perdu sa splendeur, d'autant que la circulation y étant interdite, elle se livre toute entière aux piétons dans ses proportions imposantes et ses fortifications grandioses.

La place du Manège et le palais du Kremlin.
La place du Manège et le palais du Kremlin.

La place du Manège et le palais du Kremlin.

La fondation de Moscou se perd dans la nuit des temps. Selon la légende, le prince Oleg aurait fondé sur la rivière Smorodinka (c'est ainsi que l'on appelait la Moskowa) un petit bourg et les objets du IXe siècle, découverts lors des fouilles, semblent le confirmer. Selon une autre légende, les terres de la Moskowa auraient alors appartenu au boyard Koutchka que Youri Dolgorouki avait mis à mort et où il établissait, sans plus tarder, une ville dont le centre serait aujourd'hui occupé par l'enceinte du Kremlin. Bientôt cette ville, dont les faubourgs se constituaient peu à peu, allait devenir la capitale des tsars, la première ville marchande du pays et le réceptacle des vieilles traditions culturelles.

La galerie marchande du Goum qui se trouve sur la Place Rouge.

La galerie marchande du Goum qui se trouve sur la Place Rouge.

L'enceinte du Kremlin et, au loin, les clochers des cathédrales.

L'enceinte du Kremlin et, au loin, les clochers des cathédrales.

C'est dans la cathédrale de la Dormition, la plus importante du pays, que les tsars et les empereurs russes se faisaient sacrer. C'est à Moscou que Pierre Ier et Catherine II fêtaient leurs victoires. Et c'est Moscou qui, en se sacrifiant en 1812, porta le coup de grâce à la Grande Armée napoléonienne. La place Rouge et le Kremlin sont ainsi pétris d'histoire, coeur de la Russie et symbole de sa grandeur et de sa pérennité. Le Kremlin apparaît dès le XIVe siècle comme une forteresse puissante. Sur la place des Cathédrales et sur celle d'Ivan (le Terrible) les premières églises en pierres blanches furent remplacées par des cathédrales majestueuses. Cette période est liée aux noms de quelques architectes italiens venus en Russie sur l'invitation d'Ivan III qui contribueront ainsi au développement de ce centre spirituel, culturel et politique. Aristote Fioravanti construisit la cathédrale de la Dormition en partie décorée par le peintre d'icônes Dionissi. La place des Cathédrales est un des lieux les plus symboliques de Moscou et recèle tant d'oeuvres d'art et une telle succession de clochers d'or que les mots manquent pour décrire cet ensemble emblématique de l'art russe. Tout ici est empreint de grandeur mais également de spiritualité et mêle l'intimité la plus intérieure à la splendeur la plus extérieure.

Cathédrale de la Dormition et une forêt de bulbes d'or ...
Cathédrale de la Dormition et une forêt de bulbes d'or ...

Cathédrale de la Dormition et une forêt de bulbes d'or ...

Mais Moscou ne se limite pas à sa place Rouge et au Kremlin, elle possède de nombreux autres lieux remarquables comme le château Saint-Pierre, le couvent Novodievitchi qui est l'ensemble le plus beau de l'architecture religieuse de la ville. Situé sur la rive gauche de la Moskowa, il était le couvent des jeunes filles de la noblesse et possède la célèbre icône de la Vierge de Smolensk (XVIe siècle). Situé au bord d'un lac qui inspirera à Tchaïkovsky son "lac des cygnes".

Le couvent de Novodievitchi.
Le couvent de Novodievitchi.

Le couvent de Novodievitchi.

D'autre part, Moscou offre une autre singularité : son métro célèbre dans le monde pour  sa magnificence à laquelle les plus grands architectes du régime soviétique contribuèrent. Leur objectif n'était pas seulement de rendre le métro pratique aux usagers mais de le personnaliser, d'en faire un véritable palais souterrain décoré de plus de vingt variétés de marbre en provenance de l'Oural, de l'Altaï, de l'Asie centrale, du Caucase, de l'Ukraine, afin que chaque station soit solennelle et jubilante et décorée de statues et de reliefs dignes d'intérieurs de palais. Une façon de faire oublier au peuple sa grande pauvreté d'alors ... La première ligne fut ouverte le 15 mai 1935 et quelques-unes des principales stations appartiennent aux réalisations les plus intéressantes des années 1930-1950 et, de par leur valeur artistique, surprennent le quidam étranger.

Une vue du métro moscovite.

Une vue du métro moscovite.

Non loin de Moscou, de ses musées, de son théâtre Bolchoï, la Mecque de la danse, de  ses cathédrales, de ses innombrables monuments, se trouve la laure de la- Trinité-Saint-Serge, l'un des plus illustres monastères de Russie, un pays qui en compte beaucoup. La laure est un ensemble imposant placée sous l'autorité spirituelle de Serge de Radonège et érigée en 1422 en mémoire de ses mérites. C'est ici, devant le tombeau du saint, que les princes de Moscou scellaient leurs alliances et célébraient des Te Deum avant de partir en guerre ou après des opérations militaires. Ce monastère est entouré d'une épaisse muraille flanquée de 11 tours et la châsse de Saint Serge bénéficie d'une iconostase d'une extrême finesse d'exécution représentant le saint au pied de la Vierge. 

Entre 1930 et 1950, nombreux furent les édifices élevés à Moscou dans le plus pur style stalinien, le tout puissant tyran qui entendait marquer l'importance du régime. Finalement, ils ne choquent pas, car leur caractère original et vertical inscrit de nouvelles perspectives qui ne dénaturent pas les autres, si bien que l'ensemble de cette capitale bouillonnante d'activité et de vie conserve une unité où les styles se côtoient sans dissonance. Une grande réussite.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

Pour consulter les autres articles consacrés à la Russie, cliquer sur leurs titres :
 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg


Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

La Russie, de la Volga à la Neva

 

Peterhof ou la maison de Pierre

 

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La laure de la Trinité-Saint-Serge.

La laure de la Trinité-Saint-Serge.

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 07:36
La place d'Espagne à Séville

La place d'Espagne à Séville

Il y a longtemps que j’aspirais à retourner en Andalousie que je n’avais qu’entrevue, il y a une trentaine d’années, lors d’un séjour au club Méditerranée de Cadix. Mon mari et moi avions programmé alors une visite éclair à Séville par une chaleur caniculaire qui ne m’avait laissé que le triste sentiment d’un rêve inachevé. Il était temps que des villes comme Grenade, Cordoue et Séville s’immortalisent à jamais dans ma mémoire. C’est désormais chose faite avec l’avantage de les avoir visitées au moment où la végétation est dans son plus bel éclat avec ses bosquets de lauriers roses, rouges ou blancs, ses jacarandas aux fleurs pulpeuses d’un bleu violet et ses buissons ardents formés par les bougainvilliers. Car si l’architecture est tellement présente, le monde végétal n’est pas oublié. L’Andalousie est une terre de jardins, de parfums, d’essences rares et semble avoir été composée comme un lieu d’exception offrant à l’homme ce auquel il aspire le plus : la richesse agricole, la mer proche et les routes maritimes ouvertes sur l’océan Atlantique et la Méditerranée, un fleuve navigable le Guadalquivir, un climat idéalement tempéré et doucement rafraîchi par les vents et une situation géographique exceptionnelle.

 

Rien d’étonnant à ce que, très tôt, le sud de la Péninsule Ibérique ait été convoité par différentes civilisations. Déjà les navigateurs orientaux élaborèrent des plans de voyage et d’ambitieux projets coloniaux pour annexer ce pays de Cocagne, dont les Phéniciens, bientôt rejoints par les Carthaginois et les Romains. Almilcar, général carthaginois, débarquera à Cadix en 237 av. J.C. et ne mit pas moins de dix ans pour assurer sa suprématie. La péninsule fut ainsi le théâtre de luttes violentes où s’affrontèrent, à la suite des Carthaginois et des Romains, les Wisigoths puis les Arabes qui donnèrent au  pays le nom de al-Andalous, d’où celui d’Andalousie, conférant à cette terre conquise une splendeur civilisationnelle incomparable qui ne cesse de nous éblouir aujourd’hui. Durant les sept siècles de domination arabe apparurent de nombreuses inventions techniques, artistiques, scientifiques, botaniques et économiques et furent conçus quelques-uns des plus beaux fleurons de leur inspiration, ne serait-ce que l’Alcazar de Séville, la mosquée de Cordoue et l’Alhambra de Grenade. Par la suite, les rois catholiques ne seront pas en reste et poursuivront sur cette voie artistique et architecturale, imprimant leur marque grâce à leurs palais, leurs cathédrales, leurs places, leurs musées, si bien que l’Andalousie est peut-être le patchwork le plus saisissant de ce que l’homme peut imaginer de plus rare et de plus élaboré.

La Giralda de Séville

La Giralda de Séville

L'alcazar
L'alcazar

L'alcazar

Ce n’est pas sans raison que ces trois villes sont considérées comme le triangle d’or andalou et composent l’empreinte savante des civilisations musulmane, juive et chrétienne, illuminant la région de leurs trésors architecturaux. La richesse de la terre autour du Guadalquivir et l’eau qui descend en abondance des hauteurs de la Sierra Nevada ont permis à l’homme de construire des palais et des jardins d’une grande beauté et d’une parfaite harmonie. Pour les poètes arabes, l’Andalousie était « le pays à deux doigts du paradis ». Par chance, elle a conservé le goût de ses traditions : le flamenco bien sûr, les fêtes religieuses, les processions innombrables et l'élevage des taureaux et des chevaux, animaux virils et emblématiques de l’Andalousie. Les oiseaux sont également nombreux à nicher dans les marais, dans les déserts dignes du Far West ou le long des plages blanches inondées de soleil. Il n’est pas rare d’apercevoir des cigognes, des flamands roses au long des berges du fleuve et d’innombrables oiseaux de mer dans le golf de Cadix. En Andalousie, aucune ville ne ressemble à l’autre, tant chacune d’elles a son caractère et a veillé à le conserver. Entre les villes s’étendent des plaines couvertes de céréales, des champs de coton, des vignes, des oliveraies et d’amples reliefs qui posent leur ombre imposante sur les cultures.

 

La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.
La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.

La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.

Au bord d’un méandre du Guadalquivir, Cordoue la rêveuse exprime le charme ensorcelant de l’Orient. Avec sa mosquée aux 850 colonnes, monument allégorique de l’architecture musulmane et chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, elle est la plus belle cité médiévale d’Espagne, celle qui envoûte ; tandis que Séville, la joyeuse, est la cité phare de l’histoire espagnole où les cultures chrétienne et musulmane ont vécu une stimulante cohabitation. Quant à Grenade, la romantique, elle se résume à la splendeur des palais des princes Nasrides édifiés sur leur colline inspirée. Rien n’est plus beau, sans doute, que l’ensemble de ces palais et leurs jardins de myrrhe,  de roses et de jasmins où le temps ne cesse plus de s’éterniser. C’est dans le palais « Los Leones » que, de retour de Jérusalem, Chateaubriand avait rendez-vous avec son amour d’alors, la belle Nathalie de Noailles, probablement  parce que ce lieu résume ce que l’on peut imaginer de plus éloquent dans l’expression de la douceur de vivre. «  L’Alhambra semble être l’habitation des génies ; c’est un de ces édifices des Mille et une Nuits que l’on croit voir moins en réalité qu’en songe. On peut se faire une juste idée de ces plâtres moulés et découpés à jour, de cette architecture de dentelles, de ces bains, de ces fontaines, de ces jardins intérieurs où des orangers et des grenadiers sauvages se mêlent à des ruines légères. Rien n’égale la finesse et la variété des arabesques de l’Alhambra. Les murs chargés de ces ornements ressemblent à ces étoffes de l’Orient que brodent, dans l’ennui du harem, des femmes esclaves. Quelque chose de voluptueux, de religieux et de guerrier, fait le caractère de ce singulier édifice » - écrira-t-il.

Que puis-je ajouter à cette description d’un ensemble architectural hors du temps qui résume à lui seul ce que l’art et la poésie ont su associer dans une perfection inégalée et que le souvenir réactualise en une vision féerique.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

P.S. Je tiens à signaler une chose remarquable en Andalousie :  les publicités au long des routes et à l'entrée des villes ont été supprimées. Qu'attends la France pour en faire autant ! 

 

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Grenade
Grenade

Grenade

Retour d'Andalousie
 L'Alhambra

L'Alhambra

Retour d'Andalousie
Retour d'Andalousie
Les jardins de Generalife à Grenade.

Les jardins de Generalife à Grenade.

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 08:46
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017

Au débouché de la vallée de la Weiss, dans la plaine d’Alsace, Kaysersberg est un délicieux village dont les ruines de son château du XIIe dominent le bourg. Sa position stratégique permettait d'avoir une vue circulaire sur un paysage fait de collines qui ondulent très loin jusqu'à l'horizon, couvertes de vignes et de bois. A l'abri des remparts, les belles maisons confèrent à cette gracieuse cité son caractère pittoresque. C'est ici que naquit le docteur Albert Schweitzer, fondateur de l'hôpital de Lambaréné au Gabon, prix Nobel de la Paix en 1954, musicien, philosophe et pasteur protestant, dont la vie a inspiré un beau film : "Il est minuit docteur Schweitzer".

 

La Weiss, qui traverse le village, ajoute un charme supplémentaire avec son pont fortifié et ses maisons typiques aux balcons fleuris qui se reflètent dans les eaux paisibles. A l'intérieur de l'église paroissiale de la Sainte-Croix, construite entre les XIIe et XIVe siècles, l'art roman a laissé de nombreux témoignages : sur la façade, un beau tympan de 1230/1235 représentant le couronnement de la Vierge ; à l'intérieur un riche mobilier et un retable sculpté, peint et doré de Hans Bongart daté de 1518. Au centre, la Crucifixion est entourée par des scènes de la passion du Christ traitées en bas-relief sous un décor de branchage et feuillage finement sculpté ou sur des panneaux mobiles. La prédelle représente le Christ et les Apôtres. L’ensemble est surmonté par trois statues en ronde-bosse peintes et dorées : sainte Hélène, saint Christophe portant l’Enfant Jésus sur ses épaules et sainte Marguerite.

 

Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017

Ce village séduit par son charme et son environnement bucolique et jouit d’une longue histoire, bien plus ancienne encore que le château qui domine son vignoble et ses constructions médiévales puisque « Caesaris Mons », le Mont de l’Empereur est cité dès l’époque romaine. Le village et le château sont acquis par l’empereur au XIIe siècle et l’ensemble fortifié devient ville libre et impériale et adhère au XIVe siècle à la Décapole. Le château, position stratégique importante sur la route venant de Lorraine par le Col du Bonhomme, fut construit par Frédéric II de Hohenstaufen et a conservé son élégant donjon du XIIe siècle, donjon  qui procure à cette vallée son air de puissance et de frondeuse indépendance. Un village à ne pas manquer sur la célèbre route des vins. ( Pour consulter l’article que j’ai consacré à la Route des Vins, cliquer  ICI )

 

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Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
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Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
Kaysersberg,le plus beau village de France 2017
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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 09:15
Le rêve de Capri
Le rêve de Capri

Capri est, par excellence, l’île qui invite au rêve. Placée dans l’une des plus belles baies du monde, elle réunit les caractéristiques qui ne peuvent manquer de séduire le regard, une mer bleue turquoise, une série de collines ondoyantes, des falaises abruptes, des criques féeriques, des péninsules offrant des panoramas inoubliables, des roches gigantesques qui émergent de l’eau avec majesté, les tonalités de mille fleurs, des couchers de soleil somptueux, des villages pittoresques, des vestiges antiques ; oui, cette île a été choisie et aimée depuis que l’homme est apparu sur terre tant il est vrai que le climat, toujours doux et  sec, a favorisé une végétation basse et touffue à laquelle se sont mêlées, au cours des siècles, celles de la vigne, de l’olivier et des agrumes que l’homme s’est toujours plu à cultiver. Les bateaux, venant de Naples ou de Sorrente, accostent normalement à Marina Grande, troisième centre de l’île en nombre d’habitants après Capri et Anacapri. C’est là que se trouvent les quelques vestiges du Palais de l’empereur Auguste et les majestueuses ruines des Bains de Tibère, l’ensemble bordé de villas et de jardins odorants où il semble que le temps se soit arrêté, figé par l’harmonie prodigieuse du site ; maisons blanches, ciel bleu, lointains voilés par l’intensité éblouissante de la lumière diurne.

 

Les recherches menées sur les ruines antiques laissent penser que le complexe balnéaire, construit à l’époque d’Auguste et probablement modernisé et agrandi durant le règne de Tibère, son successeur, était composé d’importants ouvrages aux parois revêtues de marbres précieux. On imagine que l’île, encore peu peuplée, devait être alors un promontoire idéal, culminant à 589 m de hauteur, composé essentiellement de jardins et de vergers. Plus contemporains, les magnifiques jardins publics situés à pic sur la mer près de la Chartreuse de St Jacques furent réalisés à la fin du XIXe et au début du XXe par Auguste Krupp, un riche industriel allemand. La végétation luxuriante d’arbres et les plates-bandes fleuries et décorées de statues font de ce lieu l’un des plus enchanteurs qui soit. C’est Krupp, encore, qui voulut la construction du magnifique chemin qui grimpe et serpente sur plus d'un kilomètre et va des Jardins d’Auguste à la Marina Piccola en une suite de points de vue inoubliables sur l’île et la mer, la pointe de Tragara et les fameuses Roches des Faraglioni. Malaparte, l’écrivain italien, fut lui aussi, comme Rainer Maria Rilke en son temps, un amoureux de Capri et fit construire sur la Pointe Masullo une villa « qui lui ressemble » de par son architecture originale. La maison, élevée entre 1938 et 1949, se détache nettement des constructions typiques de l’île. Entourée d’une pinède, elle présente un corps de logis, sur deux niveaux, peint en rouge vif, allongé sur la mer et articulé autour de l’escalier scénographique qui conduit au solarium. C’est là que fut tourné « Le mépris » de Jean-Luc Godard avec Bardot et Piccoli, d’après le roman d’Alberto Moravia. 

La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel
La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel

La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel

Villa Saint-Michel
Villa Saint-Michel

Villa Saint-Michel

La villa Joris, villa romaine la plus imposante de l’île, s’étend sur une superficie de 6000m2 et fut commandée par l’empereur Tibère, bien que certains vestiges plus anciens laissent supposer qu’Auguste avait déjà trouvé le site idéal. Les différentes pièces de la villa, qui occupait probablement 4 étages, étaient organisées autour d’un vaste espace destiné à recueillir les eaux de pluie. Les appartements réservés à l’empereur étaient séparés du reste de l’édifice, édifice conçu à pic sur la mer, ouvrant sur un panorama splendide dans la zone où la vue du Golfe de Naples est la plus spectaculaire.

 

Entouré d’oliviers et de vignes, Anacapri, seconde agglomération de l’île, est un paisible village parcouru de petites rues agréables qui s’enfoncent jusque dans le centre historique et invitent à en découvrir le charme accueillant, ainsi que le luxe de nombre de ses boutiques dont les griffes rappellent volontiers l’avenue Montaigne. Au XIXe siècle, et durant la première moitié du XXe, Anacapri accueillit beaucoup d’artistes et d’intellectuels attirés, comme la reine de Suède, par la poésie et la splendeur des lieux. Il y eut Axel Munthe, un médecin suédois philanthrope qui, fasciné par la beauté de Capri, y séjourna à de nombreuses reprises et fit élever la villa Saint-Michel. Il s’y entoura d’antiquités, vestiges découverts pour la plupart sur place, dont un buste de Tibère et un Hermès au repos, qui nous rappellent combien les empereurs romains aimèrent cette île.

 

A Capri, on entre dans une fête des sens qui est de tous les temps mais aussi hors du temps, puisqu’elle les résume tous. Les parfums vous étourdissent, les points de vue vous donnent une idée de ce que pourrait être le Paradis, les lumières distribuent les reliefs et leur confèrent une acuité rare. Les yeux, les narines vous assurent déjà une incroyable ivresse. Seule la foule est un peu gênante. Ici, on aimerait la solitude qui incite naturellement à la contemplation. Mais en septembre, moment où nous y étions, cela est difficile. L’île atteint alors un paroxysme de splendeur avec ses couleurs intenses, son éclat puissant à l’heure méridienne. Et impossible de venir à Capri sans embarquer pour une promenade en mer afin de visiter les grottes de l’Arc et des Fougères et la fameuse grotte Verte pour sa couleur émeraude. Passé la Pointe de Vetereto, une petite ouverture donne accès à la Grotte Bleue traversée de lueurs cristallines. On poursuit la navigation le long de la côte nord toujours plus abrupte avec ses roches imposantes en à plomb et les ruines des Bains de Tibère, avant d’arriver de nouveau à Marina Grande. Au coucher du soleil, lent et grandiose, les paysages marins atteignent une fulgurance qui mêle, en une fusion magistrale, le ciel et l’eau. La journée s’achève. On entend sonner les cloches des églises, les boutiques reçoivent leurs derniers clients et les restaurants s’animent. Les tables avec leurs nappes blanches sont dressées sous les charmilles parmi la diversité de la végétation qui unie le myrte, les lentisques, les œillets, les euphorbes, les lauriers roses, les acanthes épineuses et le genévrier. C'est le rêve de Capri.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Place du village d'Anacapri et grotte Bleue
Place du village d'Anacapri et grotte Bleue

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Le rêve de Capri
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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 08:31
Chenonceau où un rêve de dame

                                          

Voir Chenonceau ou le revoir, voilà un but d'excursion toujours apprécié. Et comment ne pas se laisser séduire par la beauté des ciels, l'élégance du site, le miroir des douves...

 

 

Chenonceau est sans nul doute le plus délicat des châteaux de la Loire. Partout les raffinements de la galanterie ont guidé la main des architectes et des jardiniers. Une inspiration féminine s'y fait sentir. Celle de Catherine Briçonnet qui sur un moulin fit bâtir un château ; celle de Diane de Poitiers qui sur le Cher fit construire un pont ; celle de Catherine de Médicis qui sur le pont édifia un palais. Ainsi naquit une demeure pleine de grâce et de légèreté.  

 

 

Implanté au coeur du Val de Loire, dans un lieu où tout conspire à la promenade et à la rêverie et où le souvenir de Léonard de Vinci, de Rabelais, Ronsard et du Bellay perdure, Chenonceau apparait penché au-dessus des eaux vertes du Cher dans les marbrures dorées des aurores ou les étreintes fulgurantes des crépuscules comme un rêve de dame.

 



Ce rêve fut d'abord celui de Catherine ou Katherine Briçonnet. La première dame de Chenonceau héritait d'une vieille forteresse que son époux Thomas Bohier s'empressa de détruire et à la place de laquelle cette femme de goût et d'autorité va élever un logis rectangulaire agrémenté de quatre tourelles.  La construction sera placée sous la responsabilité de Pierre Trinqueau qui, par la suite, sera l'un des architectes de Chambord. Le pont-levis d'origine donnait accès à une vaste terrasse qui menait à un portail ouvragé où se trouvaient gravées les initiales des époux bâtisseurs TBK, ainsi que leur devise : " S'il vient à point, me souviendra ". Lorsqu'ils meurent en 1524 et 1526, François Ier est roi de France et, au cours de ses séjours prolongés dans la région, apprécie tant le charme de Chenonceau qu'il en fait don à son fils Henri II, époux de Catherine de Médicis, mais surtout amant de la belle Diane de Poitiers qui ne va pas tarder à s'éprendre des lieux et à se les faire attribuer par lettres patentes. Elle en deviendra propriétaire au printemps 1555 et, sous la conduite de Philibert de l'Orme, architecte du roi, s'emploiera à construire le pont qui relie les deux rives du Cher. Ensuite, elle se consacre avec passion à ses jardins et y dépense des sommes considérables. Il ne faudra pas moins de 14000 journées d'ouvriers, de maçons, de jardiniers, pour mener à bien cette entreprise et créer les allées obliques qui divisent le parc en huit triangles, aligner arbres, fleurs, parterres, bassins, fontaines.

 

 

Lorsqu'en 1559, Henri II meurt des suites d'une blessure reçue lors d'un tournoi, Catherine de Médicis, qui veillait dans l'ombre, a tôt fait de prendre la tête du royaume au nom de son fils François II marié à la délicieuse Marie Stuart et, reléguant sa rivale à Chaumont, de devenir la nouvelle châtelaine de Chenonceau. Italienne, la reine ne l'est pas seulement d'inspiration. Pour son château, chèrement acquis, elle déploie autant de goût que d'audace et entreprend de faire construire une galerie à deux étages sur le fameux pont de Philibert de l'Orme. Commencés en 1576, ces travaux ambitieux ne s'achèvent qu'en 1581. Henri III est alors roi de France, après la disparition de ses deux frères François II et Charles IX, et la reine ne cesse de donner à son intention des fêtes somptueuses qui se clôturent par des feux d'artifice et des spectacles allégoriques en espérant que, distrayant la cour, elles feront oublier les tensions entre catholiques et protestants. Dès cette époque, le château et ses jardins ont déjà la configuration qu'ils ont aujourd'hui. A la mort de Catherine, Louise de Lorraine, sa bru, qui enterre la même année sa belle-mère et son époux Henri III, hérite des lieux mais elle est trop affligée par ses épreuves ( elle sera appelée la reine blanche car toujours vêtue de blanc selon l'étiquette du deuil royal ) pour envisager de changer quoi que ce soit à la demeure, d'autant qu'elle est accablée de soucis financiers. Après elle, César de Vendômois, fils légitimé d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées s'attachera à perpétuer le rêve de la reine de coeur et de la reine de France, si bien que le château et ses jardins conservent leur tracé italien avec les allées en berceau et les promenoirs. En 1650, le jeune roi Louis XIV sera le dernier hôte d'un château bientôt déserté par l'administration royale et la Cour. Dès lors, la résidence ne vit plus qu'avec ses fantômes. Comme sont loin  les fêtes pastorales d'antan où, devant les yeux admiratifs de la petite reine Marie Stuart, des fontaines jaillissaient à chaque détour, où se dressaient des autels antiques au long des allées, où des personnages glissaient entre les arbres et les parterres de fleurs dans des costumes rehaussés d'or, ainsi qu'il convient à un rêve de dame ! Le château, acheté par la famille Menier, a retrouvé toute sa splendeur et ouvre ses jardins et ses appartements aux visiteurs sous le charme de cette grâce souveraine. 

 

 

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Chenonceau où un rêve de dame
Je me rêve un instant en dame de Chenonceau.

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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