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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 10:32

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Semur, bâti sur un éperon de granit rose au-dessus de la rivière Armançon dans le département de la Côte d'Or, est une petite ville d'un charme fou, sise au coeur d'une campagne vallonnée. Elle mérite d'autant plus le détour qu'elle a toutes les chances d'être un coup de coeur pour le visiteur. Pour moi, il en fut ainsi, je l'ai aimée du premier coup d'oeil et je me plais à  revenir y flâner lorsque mes pas me ramènent vers cette province magnifique : la Bourgogne. Semur surgit soudain devant vous dans l'enceinte de ses remparts ainsi qu'une enluminure médiévale et telle qu'elle était au XIV et XVe siècles, l'une des plus puissantes cités fortifiées du duché. Epousant la boucle de l'Armançon, elle se love dans son méandre avec ses rues étroites, ses places, ses remparts gardés par des tours impressionnantes : celles de l'Orle d'or, de la Gehenne, de la Prison et de Margot qui semblent tenir la ville enlacée entre leurs mains puissantes.
 

 

semur-en-auxois

 

Une ancienne chronique assure que les Semurois sont des gens aimables qui " se plaisent fort en l'accointance des estrangers" et, il est vrai, que la ville se prête à l'affabilité avec ses maisons à pans de bois, ses vastes demeures classiques, ses anciens couvents - car la vie religieuse a profondément marqué la Bourgogne, terre d'églises et de monastères - ses hôtels de magistrats qui offrent au regard leurs porches ouvragés, leurs sculptures figuratives et leurs grilles altières. La marquise du Châtelet, tendre amie de Voltaire, épousa le gouverneur de Semur et habita l'une d'elles. Car Semur est le paradis de deux espèces singulières d'artistes - écrit Jean-Philippe Lecat - les connaisseurs de mobilier et de livres anciens et les cinéastes. Commissaire-priseur, galerie, antiquaire accueillent les premiers - poursuit-il - tandis que les artistes de l'image sont séduits en priorité par le décor. L'âme intacte d'une ville aussi étonnante ne peut manquer de fasciner. C'est ici qu'Yves Robert a tourné "Ni vu, ni connu". Le héros, campé par Louis de Funès, était un braconnier au grand coeur et les libations, auxquelles se livrait cette petite société, commençaient à perdre leur dignité à la cinquième prise. On le comprend  quand on sait combien le vin bourguignon est gouleyant. Il faut s'attarder à Semur, la cité le mérite. Ainsi l'église Notre-Dame frappe par la pureté de ses lignes, son admirable mise au tombeau dans la tradition burgundo-flamande qui se trouve dans le bas-côté gauche et la suite des Vitraux de métiers qui rappelle que les professions du Moyen-Age s'organisaient en confréries religieuses sous la protection d'un saint patron. Progressivement ces confréries devinrent des "métiers", assurant la formation professionnelle et le respect des règles de qualité. Les vitraux de Semur datent du XVe siècle, une époque conquérante et joyeuse et leur intérêt documentaire est d'autant plus remarquable qu'il évoque opportunément la vigueur de l'industrie urbaine dans la Bourgogne médiévale.

 


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L'Auxois était riche alors et, au cours des siècles, un équilibre intelligent fut maintenu qui s'appuyait essentiellement sur l'élevage, l'agriculture et un artisanat brillant et diversifié composé de forges et de tissages, tissage à partir de la laine des troupeaux de moutons des abbayes et des communautés rurales. Oui, Semur-en-Auxois continue de sourire,  penché au-dessus du miroir formé par l'Armançon, dans son parfait décor de haies vives et de prairies closes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 08:04
Rocamadour, la roche enchantée

 

Accroché au flanc de la montagne, défiant les lois naturelles de l'équilibre, Rocamadour s'érige au-dessus d'un val ténébreux en plein coeur du Périgord, Périgord qui offre, depuis la nuit des temps, un environnement verdoyant et minéral et voit, de la grotte de Lascaux aux coupoles byzantines de Saint-Front, l'art sacré s'y déployer avec une rare magnificence. Lieu de pèlerinage, Rocamadour était considéré à l'époque médiévale comme l'un des quatre grands pèlerinages de la chrétienté avec Jérusalem, Rome et Saint-Jacques de Compostelle. Ainsi Notre-Dame de Rocamadour a-t-elle vu s'incliner devant elle de nombreuses têtes couronnées depuis Saint Louis qui vint ici l'implorer de combler la France de grâces. Mais pourquoi un tel succès dans ce désert de pierre à l'écart des grandes routes et pourquoi tant de passion pour une modeste vierge noire en bois de noyer ? La réponse est de l'ordre du mystère, c'est ainsi, le lieu possède sa propre magie, car ni source miraculeuse, ni apparition, ni relique n'expliquent ce phénomène, tout juste déterre-t-on en 1166 un corps bien conservé que l'on attribue d'emblée à saint Amadour.


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Parvenus à l'Hospitalet,  au pied de la roche, les pèlerins voyaient enfin le terme de leur long voyage. La littérature hagiographique est emplie de ces pèlerins perpétuels, de ces marcheurs infatigables qui cheminaient de sanctuaire en sanctuaire et peuplaient les routes de France à une époque - le Moyen-Age - qu'à tort on supposait volontiers statique. Ces hommes et femmes se déplaçaient le plus souvent en groupe, avec un guide, parfois une escorte armée s'ils en avaient les moyens. Ils suivaient des itinéraires connus, jalonnés de monastères et de couvents qui leur offraient l'hospitalité, car chacun d'eux s'exposait alors aux loups, aux brigands, aux épidémies, aux famines et aux risques météorologiques. Quant au franchissement des fleuves, ce n'était pas non plus une mince affaire. Il arrivait aussi que, dans les auberges, on vous détroussât, que l'on vous offrît du vin frelaté, des femmes louches, si bien  que certains récits relèvent  du conte exotique. 


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A Rocamadour, le rituel était de gravir à genoux le grand escalier qui mène à la statue de Notre-Dame et au parvis des chapelles inondé de lumière, d'où la vue panoramique est à elle seule une récompense. Car à genoux ou non, il faut bien gravir les marches et, partant de l'ombre épaisse d'en bas, avoir comme gratification cette lumière souvent dorée qui embrase le paysage d'en haut. De nos jours, Rocamadour entend renouer avec cette tradition millénaire de foi populaire. Le souhait de son prêtre est de donner à voir aux nombreux touristes profanes le sacré en acte. Ou, comme disait Ignace de Loyola, qui vint ici : "Mettre la créature en contact avec le Créateur". Ainsi a-t-on restauré les différents offices de la journée, les processions, les chemins de croix, afin de proposer à ceux qui le désirent une totale immersion dans l'univers religieux. Le temps semble suspendu sur cette roche enchantée qui défie les siècles et où Francis Poulenc a recouvré la foi. Avec lui, la musique sacrée est de retour sur l'orgue nouvellement restauré, dont le buffet présente un décor marin, témoignage de la dévotion des gens de la mer à la Vierge de Rocamadour. Aujourd'hui, comme hier, le lieu suscite toujours l'admiration et son rayonnement est tel que les historiens ont décelé sa trace un peu partout dans le monde. Entre ciel et terre, Rocamadour reste à jamais un cap, un promontoire serti comme un témoin précieux dans la longue épopée des hommes.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 08:18

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Texte et photos d'Yves BARGUILLET

 

Dimanche 26 juillet 2009 :

 

Il y a longtemps que je rêvais de visiter ces îles et le grand jour est enfin arrivé : il est 10h lorsque nous appareillons ; le vent  est de secteur sud-sud -ouest,  force 5 à 6,  la mer agitée, le baromètre à 1009 -  nous filons à 7 nœuds de moyenne sous les grains et les vagues bien formées. Grand voile et 2 ris, creux de 2m5O à 3m, la seule compagnie que nous ayons est celle des pétrels qui tournent autour de notre mât. Puis de temps en temps, les majestueux et  fiers ganetts  ( fous de bassan )  plongent assez loin de notre navire n’y jetant qu’un regard discret.  La journée suit son cours, puis la nuit au rythme des quarts, cependant quelques trouées d’étoiles entre les nuages sombres qui gravitent dans le ciel, alternance de grains et de vent mais, par chance, le gros de la dépression est derrière nous. Michel et moi laissons la barre à 6h du matin, nous approchons des îles,  car les différents phares de l’archipel projettent  leur pinceau blanc et lumineux de tous côtés.

 

Ce lundi 27 juillet 2009 -

 

A 7h, Tresco est en vue, le jour s’est levé. Arrivés au mouillage, nous aurons parcouru en vingt et une  heure, 159 miles soit 7.57 nœuds de moyenne - divers rangements,  petit déjeuner copieux pour tout le monde,  le ciel se dégage maintenant, le soleil veut bien nous gratifier de sa présence entre les cumulus blancs tellement plus sympathiques que les  énormes  grains noirs et gris qui accompagnaient jusqu’alors notre route. Nous sommes ravis d’arriver à cette escale que nous apprécions après l’effort. Déjeuner, puis, vers 14h30, Pascal nous débarque avec l’annexe à la cale de vieux granit et, sacs au dos, nous allons explorer les sentiers et les landes. Toutes les sentes  offrent un panorama sublime sur les îles avoisinantes. Le ciel dégagé  fait ressortir le bleu émeraude de la mer et l’or des plages qui festonnent les échancrures rocheuses.  Michel, Benoît et Catherine m’accompagnent pour commencer la visite du magnifique et surprenant jardin exotique, où la végétation tropicale surprend, le passage du golf-stream y est pour quelque chose.  Après  la séance photo obligatoire, nous poursuivons notre promenade par les pistes  qui bordent les sables blancs tranchant avec le bleu turquoise de l’eau. Puis nous  grimpons vers la lande enluminée de bruyère mauve et d’ajoncs d’or, délimitée par des vallons souples et verdoyants où ondoient de vertes fougères. Nous visitons une église autour de laquelle un cimetière  nous offre  ses  tombes de granit  et la ciselure  des croix celtiques.  Passage à la tour Cromwell, puis nous redescendons vers le port  afin de regagner le Pub bien dissimulé  parmi les agapantes et les aloès du Mexique. Nous prenons une allée de fuchsias  géants qui déploient leurs jolies clochettes d’un rose délicat, un vrai enivrement de fleurs. Nous retrouvons Olivier et Pascal  pour nous désaltérer d’une bonne pinte de bière.  Puis à 2Oh3O, retour à bord pour une soirée amicale.

 

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Au réveil ce MARDI 28 juillet 2009 -

 

Nous levons l’ancre pour nous rendre à Sainte-Marys. Le ciel est redevenu gris, clapoteux, un  vent d’ouest qui ne nous assure guère d’une une baie abritée. En effet le mouillage est assez rouleur, mais bien amarré sur le coffre nous ferons avec. Nous déjeunons à bord puis à 14h30 Pascal nous débarque au quai en direction des douches. Showers, showers, doublement, puisque  les grains et averses  nous déversent du ciel une pluie pénétrante. Au retour, sur la digue, nous avons en face de nous le célèbre pub the mermaid. Catherine décide de partir se balader sous la pluie, le reste de l’équipe vient s’abriter au Pub pour avaler une bière en attendant l’éclaircie, qui n’arrive que vers 16h30. Nous décidons alors de prendre les chemins de lande au- dessus du village et de faire le tour de l’île. Malgré  la luminosité pâle car encore imprégnée de pluie, le paysage est grandiose, enlacé par les murailles de pierre qui longent cette côte aride, tandis qu’à chaque pointe avancée, sous les fortifications crénelées, s’épand  une pelouse tondue à l’anglaise  sur  laquelle les canons des siècles passés pointent encore leurs affûts vers le large,  comme des chiens de garde pour prévenir l’approche des rares vaisseaux qui osaient s’aventurer  dans les parages. Il fallait en effet avoir une sacrée soif d’aventure pour oser franchir ces courants violents, ces échancrures rocheuses et affronter les tempêtes impitoyables qui brisèrent tant de navires à une époque où la navigation et les cartes étaient encore imprécises. Nous rentrons au village vers I9 h, le bleu du ciel veut bien  colorer à nouveau la mer entre de gros cumulus blancs. Pascal nous a rejoints et l’équipage au complet  prend sa traditionnelle pinte au Mermaid. - dernière  soirée à bord  avant notre retour vers les côtes Françaises.

 

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Il est IOh  ce MERCREDI 29 JUILLET  lorsque  nous contournons Ste Marys. Cap au 130° - pas de vent moteur, moteur - Lorsque nous prenons le quart avec Michel de 9h00 à 12h00, le ciel déverse son déluge sur 360°, nous sommes déjà au large, les voiles sont  déployées, peu à peu  les vagues sont plus étalées et il semble que cette pluie apaise la force du vent  pour un retour à force 4.5.- Nous rentrons nous changer, trempés jusqu’aux os et apprécions de casser une petite croûte bien au chaud, dans le carré. Catherine et Benoît nous relaient, dans l’après-midi les éclaircies reviennent par l’ouest pour nous offrir un soleil timide en fin de journée. La nuit voit revenir des trouées d’étoiles et l’air est moins vif. La douceur peu à peu fait place à l’humidité.

 

JEUDI 3O JUILLET 2OO9 -

 

Nous avons avalé des milles, le ciel est clair et dégagé, l’air nettement plus tiède, au petit matin nous approchons des Roches Douvres et voyons déjà les éclats blancs des phares de la côte bretonne.  La journée s’annonce belle, les trains de vagues sont plus longs et notre allure portante à la limite du vent arrière, nous voit tout au long de la journée  empanner pour nous retrouver sur la bonne route en direction de l’Ile Chausey, destination que nous avons choisie pour finir la soirée sur ce caillou qui nous est familier. A 18h, nous entrons dans le  calme du  s o u n d,  prise de coffre derrière un vieux gréement malouin d’où émane une bonne odeur de ratatouille, qui nous ouvre l’appétit - mais pour l’heure nous préférons mettre l’annexe à l’eau, direction de la cale, et visite de l’île pour quelques prises de vues à ne pas manquer. Chausey toujours égale à elle-même ; il semble ici que le temps se soit arrêté, l’on comprend  pourquoi le grand peintre de marine que fût Marin-Marie y posa souvent son chevalet et y ancra son voilier. Car il fut un excellent marin. Si le climat dans ces anglo-normandes est  capricieux et changeant, cela n’enlève en rien le charme indéfinissable de l’archipel où aucune île n’est semblable aux autres. Ici se mêlent douceur et âpreté, des lumières incomparables surplombant les méandres de roches et de courants violents.

Après  notre traditionnel  verre de l’amitié dans l’unique hôtel de l’île, nous regagnons le bord sur un lac tranquille aux teintes mordorées. Copieux repas et vers 22h, nous mettons au moteur le cap sur GRANVILLE,  guidés par le phare blanc du vieux port Normand.

 

Il est presque 01h00 du matin ce VENDREDI 31 JUILLET 2OO9  lorsque nous accostons au ponton du gaz-oïl faute de mieux car la marina est pleine comme un œuf et la place normalement réservée à ETACHON est occupée. Bien amarrés, demain sera un autre jour et tout le monde plonge dans les duvets pour cette ultime nuit à bord.

Il fait beau ce vendredi matin et, comme convenu, nous nous mettons au travail pour  briquer, astiquer, laver, nettoyer, ranger et faire en sorte que  notre unité soit belle et présentable. Sacs parés en rangés, à 12h30 avec Pascal et Marie tout l’équipage se rend au restaurant de l’embarcadère  où le patron nous a retenu une table sous les parasols  au soleil, afin de partager  amicalement  le dernier repas d’une croisière que tout le monde se plaît à dire réussie.

 Je dirais que c’est  en mer que l’on trouve l’énergie, c’est dans l’effort que l’on trouve la récompense que nous offrent ces îles que l’on aime.

Pour prendre connaissance de la première partie de cette croisière,  cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Balade irlandaise
 

Et autres récits de croisière :
 

La première Manche

Les îles ou le rêve toujours recommencé

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Croisière en Croatie et au Monténégro

Lettre océane - les Antilles à la voile

Les Grenadines à la voile

 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 08:24

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«Si le ciel vire ses voiles,

 Tu sauras que les navires partis au crépuscule,

 Ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,

 Que les hommes voguent vers la haute mer,

 Qu’ils reposent au fond des cales,

 Sous des bâches,

 La tête pleine de chimères.

 Tu connaîtras l’angoisse, l’obsession,

 Quand tout se tord et se tend,

 Que tout s’exaspère

 Que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.

 L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin. »
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( PROFIL de la NUIT)
                                                              

Sacré salon nautique ! Début décembre est le moment propice où s’élaborent les projets de la saison des croisières à venir. J’avais toujours en tête de découvrir l’Irlande que, les circonstances, les programmes, la durée ou la météo avaient contrarié à plusieurs reprises. Quand passant devant le stand « Cap- Anglo » se produit le déclic. Pascal, skipper à la gueule sympathique, me convainc de l’opportunité qu’offre, en juillet, la croisière qu’il organise vers ces destinations auxquelles j’aspirais. De plus sur un gib-sea  445, bateau dont la réputation n’est plus à faire.

Ce samedi 18 juillet, nous nous organisons, douches, petit déjeuner copieux à bord, à 1Oh Pascal nous rejoint au bateau, suit la livraison de l’avitaillement, il faut ranger la cambuse dans les différents coffres et équipés. Déjeuner sympathique dans le carré, puis l’après-midi regard sur la météo qui confirme par B.M.S sur la V.H.F. dépression sur Bretagne, Angleterre Irlande. Sympathique !

Lorsque nous nous glissons dans nos duvets, le vent souffle encore fort en rafales mais nous sommes venus pour en découdre avec Eol ou Poséidon au choix.
 

 

Dimanche 19 Juillet 2OO9

 

O6h branle bas, le réveil sonne, c’est le jour du départ. Le vent a bien viré Sud-Ouest, ce qui nous donne une allure plus confortable. Nous laissons CHAUSEY sur bâbord, voiles réglées, un ris dans la G.V et gênois avec quelques tours. Nous filons sur notre cap, la mer est négociable, la barre douce, en fin de matinée nous laissons JERSEY sur tribord. Puis, en fin d’après-midi, GUERNESEY nous salue.  Le vent est repassé ouest, mais la mer est bleue, 2O, 25 nœuds de vent régulier, le ciel s’éclaircit entre les nuages blancs qui s’évadent, nous prenons le rythme des quarts. La nuit tombant, les grains reviennent et les estomacs pas encore bien amarinés souffrent,  surtout que pour ne rien arranger, une fuite de gaz-oïl s’est répandue dans les fonds, sans que nous puissions en déceler l’origine. Malgré cet inconvénient, les équipes assurent le boulot. Bien que nous soyons mi-juillet, les dépressions se succèdent à cause de notre anti-cyclone des Açores qui a le mauvais goût de jouer au yo-yo. Lorsque je prends le quart de minuit à Oh30 avec Olivier, le ciel est étoilé, la mer s’est apaisée, nous apprécions. Il faut préciser que Pascal est hors de quart pour être disponible selon les circonstances de la nave, donc à cinq nous assurons les quarts de 3h. Au lever du jour, quart de O6h à O9h, nous apercevons nettement les côtes  anglaises et le phare de Salcombe qui éclaire les collines sombres de sa voisine Dartmouth. Il me revient les souvenirs de navigations antérieures ou avec  mon ami écossais  Don, sur son vieux gréement «  Onward of Ito »,  nous abordions de nuit  cette belle rivière riche en méandres. Le plaisir au petit matin de déguster  les breakfasts du légendaire capt’ain Morgan. Cette nuit, nous avons évité un cargo qui croisait notre route, abattant à courte distance pour le passer au cul, son ombre noire laissant filer un sillage aplati, le bruit des moteurs s’estompant peu à peu, il ne deviendra plus qu’une ombre fantomatique qui va s’évanouir dans la nuit. Nous croisons deux bateaux de pêche qui jouent à cache -cache avec nous, offrant tantôt  feu rouge, puis vert et blanc. Devant l’immense baie de Plymouth, les vents et courants nous ayant obligés à nous orienter à l’Est, il nous faut remonter  vers l’Ouest en direction de Lands-End.

 

 

Ce lundi matin 2O juillet 2009 -

 

Le cap est mis sur Lizard-Point, après avoir viré de bord à O6h4O devant Plymouth, nous avons accompli  I32 miles depuis le départ, nous atteignons le Cap Lizard à 17h3O par une journée de navigation calme, le vent à viré sud -ouest, l’allure vent de travers puis grand largue nous permet d’avoir le bateau bien équilibré et plus plat, le temps reste couvert et toujours menaçant. A minuit, nous croisons Long-Ship par le travers puis Lands’End pour  contourner les pointes rocheuses et nous engouffrer dans la mer celtique.

Au petit matin de ce mardi 21 Juillet, la mer devient plus nerveuse et s’enfle de grosses vagues, la dépression confirme les prévisions. A 2hI5 nous prenons un premier ris, vers 11h nous reprenons un force 6 puis 7 avec rafales à 8, aussi nous décidons de prendre un second ris - 38 à 40 nœuds de vent à l’anémo, les vagues  ourlent croisées et fortes, nous sommes proches du vent arrière, le G.P.S. nous affiche une position de 5O°.48’- 4 ‘’Nord et OO7°-17’-1 ‘’ W- La mer vire au gris ardoise, blanchit l’écume des vagues qui se succèdent par train de trois- la barre devient dure à manœuvrer afin d’anticiper la vague prochaine.

Secoués par notre arrière, c’est l’empannage redouté, la grande voile, heurtant les barres de flèche, se déchire, il nous faut affaler et ferler sur la baume dans ce roulis acrobatique et brutal sous les grains. Nous allons donc continuer sous gênois seul jusqu’en Irlande.et poursuivons ce mardi 22 juillet notre route en mer celtique vers Kinsale. Des grains énormes nous accompagnent toute la journée sous un ciel noir virant au gris sombre.

Émouvant moment de voir apparaître, par intermittence, dans une brume de pluie cette côte sauvage noire et déchiquetée, un mur lointain de collines sombres qui se dévoilent au gré des creux. Une impression d’intemporalité plane dans cette vapeur d’eau irisée, une beauté sauvage qui ne manque pas de gueule. Enfin dans l’intermittence de ce brouillard surgit le feu blanc d’alignement, le Cap au O° nous conduit dessus, puis la balise rouge nous indique le chenal d’entrée sur tribord. La mer s’est apaisée, tout devient plus clair, bientôt les lumières de la ville en étage sur ses collines intérieures et le petit port nous accueillent. Il est minuit lorsque tout l’équipage amarre "Etachon" contre un coursier endormi.

 

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Mercredi 22 juillet 2OO9 

 

Ouf ! grand soulagement pour tous, il ne reste plus qu’à éponger et assécher les fonds pour enfin respirer l’odeur des embruns et du goémon. A I7h, nous sommes dégagés de nos tâches, relaxe, dîner à bord dans une sympathique ambiance où tout le monde a retrouvé un bon coup de fourchette. Puis la bordée vers 21h suit son capt’ain  pour une virée à terre, visite du petit port oblige ; direction les jolis pubs colorés ou sans nul doute coulent les Guiness du cru. Nous sommes attirés par un flot de musique typiquement local. La nuit étant douce, les portes sont ouvertes sur les rues pavées et étroites. Nous nous retrouvons autour de ces sympathiques Irlandais, aimables et souriants, qui semblent apprécier la visite des équipages français.

Belle séquence d’immersion dans la langue de Shakespeare, mais il faut élever la voix car notre cow-boy chanteur du coin, dans sa musique country scandée par sa guitare, chauffe l’assistance et les octaves montent entre chaque morceau, surtout qu’il n’oublie pas à chaque pose de s’enfiler une pinte. L’air est doux au moment de regagner nos bannettes. Nous avons remarqué au port de pêche, tout à côté de la marina, quelques chalutiers  du Guilvinec.
 

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Jeudi 23 juillet 2009 

 

Au réveil nous apparaissent les vallonnements verdoyants que l’arrivée de nuit nous avaient représentés comme de sombres collines. Décor pittoresque qu’encadre le sinueux chenal opposé au port-village encastré lui-même et semblant encore endormi.

Nos voisins  écossais  ont déjà pris le large quand  à notre tour à 1Oh, nous appareillons pour une journée de navigation qui s’annonce souriante. Cap sur Glandore-Bay. Nous tirerons des bords le long de la côte, par un petit force 4 - ce qui nous permet d’apprécier  le charme de ces vallonnements tantôt arides et pelés, tantôt souriants, quand le soleil  laisse filtrer quelques rayons pour embellir les pentes vertes et jaunes entrecoupées de bruyères.

Les 42 miles seront avalés dans ce parcours presque régate en tirant de longs bords, sous un ciel bleu et une mer qui danse enfin au fond des golfs clairs ! Avec une visibilité à laquelle nous n’étions plus habitués. A 18h, nous entrons  dans le calme de cette baie magnifique aux reflets argentés, où le silence donne le change au clapot des vagues et au chuintement  du sillage. Nous venons nous amarrer sur un coffre. Annexe gonflée et mise à l’eau, direction le creux de la baie, au pied du village qui domine la rade - visite traditionnelle de l’unique Pub ou bières brunes et ambrées sont devenues notre apéritif quotidien. Chacun en profite pour prendre quelques  photos dans cette lumière du soir où se mêlent  les gris d’une eau tranquille et  le rouge orangé d’un soleil couchant qui joue à cache-cache avec les nuages. Il est 23h lorsque je referme mon journal sur la table à carte. Les copains sont déjà partis dans leurs rêves nocturnes.

 

Vendredi 24 juillet 2OO9

 

Une nouvelle journée de navigation s’annonce plus ensoleillée que la précédente, le moral est au beau fixe, force 3 à 4, aucun grain en vue dans un ciel enfin estival. Suivant le même scénario qu’hier, nous tirons des bords au près, laissons bientôt les stagues  roches noires et sinistres  dans notre sillage, quand vers 16h parait le mythique Fast-net  imposant sur sa forteresse de roches, vigie que semble être placée là  pour mettre en garde  les navigateurs d’Outre-Atlantique et leur rappeler que les côtes de ces parages  sont bien plus dangereuses que l’immense Océan. Tout l’équipage est à poste pour faire crépiter les numériques, photos obligent !  Les images en témoigneront dans l’album des souvenirs. A 17h3O nous embouquons la baie de  Cork-haven - le paysage défile en nous offrant sur tribord les collines festonnées de bruyères mauves et de fougères ; deux tours en pierres crénelées nous rappellent les tours génoises corses. La lumière argentée du soir,  nous permet de découvrir, au fond de ce fjord, un village lilliputien où quelques maisons blanches entourées de pelouses et d’hortensias s’égrainent au bord de l’eau calme. Nous trouvons un rare coffre libre, auprès d’un vieux routier de la région.

Direction la cale de granit, histoire de se dégourdir les jambes. Le vent de face lève un clapot et nous fait progresser avec des ruses des Sioux  pour ne pas mouiller les sacs. Des enfants se baignent dans une eau qui ne doit pas dépasser les 11-12°, les descendants des conquérants des Amériques ont encore la peau dure. Une effervescence règne dans ce village, car aujourd’hui c’est la grande régate qui réunit  les enfants du pays. La place du bourg voit une foule de têtes blondes et rousses s’animer autour des embarcations. Nous croisons une population aimable, calme et disciplinée, dans une ambiance amicale et bon enfant. Une épicerie minuscule trône sur la place du port, mais également quatre pubs ! Tradition oblige, bière payée, nous nous installons dehors sur les bancs rustiques, face  au mouillage d’où nous voyons ‘ Etachon’  se balancer sur son ancre.


 

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Samedi 25 juillet 

 

Nous profitons d’une accalmie, pour naviguer dans ces méandres de cailloux  qui bordent des îlots verdoyants. Nous longeons  Long-Island, puis cap sur Clear Island. Ce matin le plan d’eau est calme. Nous  louvoyons au moteur, vitesse 3,5 nœuds, ce qui donne une idée à Olivier, notre ami Suisse, qui  a très envie de nous procurer une pêche miraculeuse pour ce midi ; la ligne est mise en traîne, il espérait remplir un seau de frétillants sea-bass (bars), nous nous contenterons d’un  seul maquereau  qui avait sans doute l’intention de se suicider et en conclurons que ce n’était pas le jour de chance d’Olivier. Nous entrons dans la calme et étroite baie de cap Clear  pour un arrêt déjeuner ; nous apprécions  le côté sauvage et solitaire  du fond de la baie entouré de landes vertes, seules quelques maisons circonscrivent l’anse. Nous serons le seul bateau ancré dans ce lac tranquille.Vers 13h nous virons l’ancre au guindeau afin de pointer notre étrave vers  South Harbourg Inner, nous nous faufilons dans le méandre des collines rocheuses, mais le ciel se gâte, les cheveux d’ange, précédant la masse blanchâtre qui s’amoncèle par l’ouest, n’annoncent rien d’engageant. Les dépressions atlantiques suivent imperturbablement leur chemin, puisque l’anticyclone des Açores continue régulièrement à se dégonfler. D’ailleurs la VHF nous confirme un gale warning  pour la nuit. Nous mettons le cap sur Baltimor, port de pêche abrité. Lorsque nous entrons dans le chenal, le ciel nous promet des averses et des grains ; à 17h30 nous prenons un coffre et mouillons pour la nuit, abrités des collines. L’annexe mise à l’eau,  nous  nous  dirigeons vers le port de pêche et le meilleur accostage auprès de l’école de voile. Un petit tour au Sulivan, le pub typique du lieu, nous sommes le samedi soir, il est plein comme un œuf, surtout que l’on y fête les régates de la journée.  L’ambiance est amicale et bon enfant, mêlant régatiers, femmes et enfants. Ici, comme en Angleterre, chacun commande sa  consommation  au bar, paye sa pinte et  va s’installer autour des tables basses, banquettes ou tabourets ou bien sort sur le quai  et s’assoie sur les bancs rustiques pour deviser autour des longues tables massives, face à la mer. Une anecdote, qui ne manque pas de délicatesse et donne le ton de l’accueil réservé aux équipages français : un bateau et son équipage ont gagné la régate, ils portent un toast de victoire en ayant rempli dans la coupe un breuvage  indéfinissable  ou fleure des  effluves  de whisky ; un grand gaillard dépassant les 2 m de haut, avec des épaules qui ont du mal à s’encadrer dans la porte, vient  vers nous, tout en nous tendant la coupe et en disant : "  Pour vous les français, partagez notre victoire ! "- nous faisons ainsi circuler la coupe aux lèvres et trinquons  avec plaisir à leur santé. Il est à noter qu’ici les Normands - Guillaume le Conquérant n’a-t-il pas laissé un souvenir prestigieux ? -  et bien entendu  les Bretons,  très présents  sur ces côtes, restent  les cousins naturels  des  Celtes que sont les Irlandais, les Gallois et les Ecossais, avec lesquels nous partageons tant de traditions : musiques et fondement de la langue en particulier. D’Ouessant au Fast-Net, la ligne est continue et nous voyons flotter dans les criques d’Irlande, au vent des haubans, les hermines d’Anne de Bretagne. Nous rentrons pour dîner au bateau sous une pluie fine et pénétrante ; le temps est couvert et le vent commence à piauler  derrière les collines, mais nous serons bien à l’abri  pour préparer notre retour demain. 

 

Texte et photos d' YVES BARGUILLET

autres récits de croisières :

 

Les îles Scilly - croisière

La première Manche

Les îles ou le rêve toujours recommencé

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Croisière en Croatie et au Monténégro

Lettre océane - les Antilles à la voile

Les Grenadines à la voile

 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 08:49
Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables

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Le Mont, je le connaissais bien sûr comme beaucoup d'entre vous, mais, bien qu'amoureuse des sables, je n'en avais encore jamais fait le tour à marée basse, quand la lumière se prend dans le filets des eaux stagnantes, les flaques laissées là par la mer retirée si loin et si absente qu'elle n'ait plus, à l'horizon, qu'une ligne fluide, à peine discernable. Randonnée organisée par un ami, nous avons arpenté, avec un guide et durant 4 heures, les alentours du Mont Saint-Michel jusqu'au rocher de Tombelaine immortalisé par la légende d'Hélène, qui se jeta dans le vide en apprenant la mort de son beau chevalier. Ici l'histoire s'est gravée dans la pierre et a été imaginée, rêvée, composée comme un grand poème épique dans ces étendues d'onde marine de 50.000 hectares qui sont comme un immense respir et communiquent à chaque voyageur ou pèlerin un indicible sentiment d'intemporalité. Il faut tenter d'imaginer qu'il y a 10.000 ans, l'homme courait après le mammouth dans ce qui devait ressembler à une toundra, mélange de mousse et de lichens. Pourquoi cette Merveille, qui défie les lois de la pesanteur et même du simple savoir-faire humain, s'est-elle érigée au milieu de cette baie sur une roche à l'accès périlleux, faisant fi de toutes les difficultés, lorsque l'on sait, qu'à l'époque, le Mont était encerclé par les eaux - et que celles-ci peuvent monter, à certains moments de l'année, à la vitesse d'un cheval au galop - mais notre guide a précisé pas d'un anglo-arabe, d'un percheron ! Nul doute que tous les éléments étaient réunis pour faire de cette édification  une bravade, comme il arrive à l'homme de les aimer, afin de se mesurer à l'impossible.

 

Partis à 13h15, nous étions une quinzaine pieds nus à nous engager sur l'étendue qui s'ouvre devant nos yeux d'un paysage habité par le ciel et tout d'or vêtu. Le premier kilomètre n'est pas facile car on commence par une zone de vase, la plus proche du Mont, extrêmement glissante, qui fait que chaque pas s'effectue à la limite du déséquilibre. Obligation d'avancer les bras un peu écartés pour assurer sa marche. Ensuite nous abordons un espace non seulement glissant mais mouvant, qui ondule curieusement à notre passage, si bien qu'il est conseillé de laisser une distance entre nous et d'avancer régulièrement comme le montagnard le fait lors d'une ascension, afin d'éviter l'enlisement, chose toujours possible, ce que notre guide va s'empresser de nous démontrer.  Il s'immobilise un instant et, aussitôt, s'enfonce jusqu'au haut des cuisses. Les appareils de photos crépitent. Pour s'en sortir, il lève d'abord une jambe, s'agenouille, lève l'autre, s'agenouille encore - nous sommes toujours à genoux ici, dit-il avec humour, au pied de Saint Michel - et parvient à s'arracher à la succion exercée par l'eau et le sable, mais il a tout de même prévu des cordes, au cas où ... La fin du trajet sera plus confortable, sauf pour la voûte plantaire mise à rude épreuve par le relief du sable bourrelé par les vagues, qui ne permet jamais au pied de reposer à plat, mais c'est si beau, la lumière y joue une symphonie si éblouissante, les oiseaux une partition si vaste, que les 4 heures de balade nous donnent l'illusion de nous être immergés dans un songe.

 

  
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En 708, Saint Aubert, anachorète comme de nombreux moines de l'époque, à la suite de plusieurs apparitions de l'archange Michel, décide de fonder un sanctuaire qui lui sera dédié. En 711 le roi Childebert III sera le premier pèlerin à venir y prier, très vite suivi par une foule recueillie en provenance de l'Europe entière. En l'an 1000, on compte entre 10 et 20.000 pèlerins par jour et le Mont Tombe est devenu  le lieu le plus fréquenté de l'Occident chrétien. Charlemagne va d'ailleurs mettre la France sous la protection de ce viril archange, capable d'en découdre avec l'ange du mal et d'en triompher. L'importance prise par le Mont incite les bénédictins à s'y installer pour assurer une permanence spirituelle. Ce sont eux qui introduisent les troupeaux de moutons qui  pâtureront allègrement dans les herbus, mais qui ne seront utilisés ni pour leur laine ( d'assez mauvaise qualité ), ni pour leur viande ( les moines n'en mangent pas ), mais pour la fine peau des agneaux qui servira à fabriquer les parchemins avec lesquels ils confectionneront  les admirables manuscrits calligraphiés et enluminés qui sont désormais conservés au musée d'Avranches. Ce musée recèle un trésor d'environ 70 ouvrages, s'échelonnant du Xe au XVe siècle.


Durant la guerre de Cent ans, les Anglais vont occuper la France, à l'exception du Mont qu'ils ne parviendront jamais à annexer. Bien qu'une forteresse ait été bâtie sur Tombelaine, dans l'attente de l'assaut décisif, il semble que l'archange Michel se soit révélé être un protecteur hors pair, car les anglais feront chou blanc devant ce rocher invincible. A la Révolution, tout changera, les bénédictins seront obligés manu militari d'abandonner leur abbaye qui deviendra une prison, jusqu'à ce qu'elle soit réhabilitée par Napoléon III qui, à l'évidence était un homme de goût, et remise en état, car elle était en ruine, par les élèves de Viollet-le-Duc. Cette restauration, sous la surveillance du maître, comprendra la réalisation de la flèche flamboyante - qui rappelle celle de Notre-Dame - surmontée de l'archange qui fut réalisée de 1890 à 1897 par Petitgrand, remplaçant la toiture à 4 pans de jadis.  Ces restaurations, admirablement conduites, eurent le mérite de raviver le souvenir du Mont et d'en refaire, non plus un lieu de pèlerinage, mais de tourisme avec, hélas ! le mercantilisme que cela suppose. Il est de nos jours le monument le plus visité après la tour Eiffel. Aussi est-il difficile de s'isoler un instant de la foule ( sauf en hiver et en semaine ) qui ne cesse d'y déambuler.

 

Mais sur les sables, vous ne croiserez que quelques promeneurs ou cavaliers. Vous serez assurés de n'y entendre que le sifflement du vent et le cri des oiseaux de mer, d'y marcher des heures en silence et d'y contempler le Mont sous tous ses angles, dans son éternelle beauté, ayant surmonté les outrages de l'histoire et du temps. Une petite communauté de la Fraternité de Jérusalem assure les offices et les retraites pour les quelques pèlerins d'aujourd'hui. Ils viennent au monastère ressourcer leur moral et leurs forces, y réapprendre le recueillement, la contemplation, la prière. De toutes parts, ils découvrent les sables à l'infini, les lignes du lointain horizon, ils voient la mer partir et revenir, le flot s'enrouler dans sa vague, la lumière s'y mirer doublement dans le ciel et les sables et la nuit former, autour du Mont, un grand châle de ténèbres. Voilà dressé pour la postérité ce que des hommes qui n'avaient alors, pour travailler la pierre, que leurs mains et leur foi, ont su réaliser ; voilà ce qu'ils nous ont légué à force d'humilité, de patience et de courage ; voilà, à l'égal des cathédrales, des abbayes, des forteresses, des châteaux, des cloîtres, l'oeuvre de leur esprit et de leur coeur qui, même réduite à l'état de ruine, sera belle à voir encore dans 5000 ans, parce que pétrie d'amour et de sagesse. Et nous, hommes et femmes du XXIe siècle, que laisserons-nous ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste

 

Trouville, le havre des artistes

 

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Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables
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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:58
Croisière en Croatie et au Monténégro

 

Il y avait longtemps que je rêvais de faire en bateau la côte dalmate, ce littoral dentelé, escarpé et spectaculaire, qui se caractérise par ses 1185 îles au relief montagneux, séparées le plus souvent du continent que par d’étroits canaux. Une légende raconte que l’archipel des Kornati ne serait qu’une poignée de pierres que Dieu jeta dans la mer après avoir construit le monde. Et il est vrai que certaines d’entre elles ressemblent à des cailloux à fleur d’eau. Arrivés à Dubrovnik par avion, mon mari et moi embarquons le soir même sur « Le belle de l’Adriatique » après avoir suivi, depuis l’aéroport, une route en corniche époustouflante de beauté, nous jetant au visage une mer étincelante ponctuée d’îles aux rochers ocre et l’ancienne Raguse, vigie ceinturée de remparts que Lord Byron, à juste titre, qualifiait de « Perle de l’Adriatique ». On ne s’étonnerait nullement de voir apparaître, dans ce décor immobilisé dans le temps, les rames d’une trirème soulevées en cadence, portant sa cargaison d’amphores. Tout est paisible à cette heure du soir que le soleil déclinant pare d’un éclat indescriptible, au point que la main de l’homme et celle de la nature semblent avoir agi en une égale synergie pour parvenir à composer un paysage aussi attractif. Le résultat de cette union est l’un des coins les plus impressionnants et les plus magnifiques qu’il soit donné de contempler.

  

La fondation de la ville remonte à un passé lointain, presque légendaire, comme il convient à un lieu qui réunit toutes les qualités esthétiques, fondation qui correspondrait à la chute et destruction de la ville romaine d’Epidaure au VIIe siècle. Cette hypothèse serait confirmée par les fouilles archéologiques récentes. Dans les siècles de son âge d’or, Dubrovnik était une république typiquement aristocratique, dont le pouvoir était concentré entre les mains des nobles. C’est également une cité qui, tournée vers la mer, fut celle des navigateurs. Au XVIe siècle, ils étaient au nombre de 4000 et cinglaient vers les ports qui longent l’Adriatique et la Méditerranée, au service du commerce de minerai de plomb, d’argent, de sel et d’orfèvrerie produit dans les environs. C’est à cette époque qu’un tremblement de terre verra mourir plus de 5000 habitants et n’épargnera que les remparts. Si bien que la ville sera repensée et reconstruite mais, dès lors, l’ancienne Raguse ne retrouvera jamais complètement sa puissance passée. La Dalmatie sera annexée par Napoléon en 1806 ; puis l’empire Austro-Hongrois y étendra sa domination jusqu’an 1918, avant que la Croatie ne renaisse à elle-même après bien des conflits, des guerres et des épreuves en 1991.

 

Aujourd’hui se promener dans Dubrovnik est un pur bonheur*. Définie par ses remparts, sa physionomie repose sur un solide système de fortifications qui l’enserre entièrement et lui confère cette allure altière, cette harmonie et unité incomparables, comme le ferait un écrin pour une perle précieuse. Car l’intérieur de la ville en est une, avec ses ruelles étroites à l’ombre bienfaisante, ses places fleuries aux pavés lustrés, ses toits de tuile hérissés de clochers, ses portes architecturées qui s’ouvrent sur de belles cours, ses rues voûtées où il fait bon flâner afin de découvrir, au hasard des pas, des palais, des fontaines, des puits, de nombreuses églises et cloîtres dont la sérénité tranche avec l’agitation bon enfant de la ville. On s’attarde un long moment sur la Placa pour y admirer la statue de Roland (celui de la chanson), la colonnade du palais Sponza, le pittoresque des façades, dans une atmosphère où tout n’est que luxe et beauté. La pierre blanche, la finesse de l’architecture font des monuments de véritables joyaux, comme si une plénitude d’élégance s’était à jamais fixée ici.

 

Après cette journée consacrée à la visite de Dubrovnik, notre bateau largue les amarres en direction de Mljet sur une mer qui, au long des siècles, vit confluer les navires conquérants et marchands, tour à tour hellènes, romains, byzantins, vénitiens, turques, petit paradis encore sauvage où Ulysse aurait été prisonnier de la nymphe Calypso et où nous allons faire une randonnée romantique sous une voûte d’arbres aux essences multiples et parmi le vol des papillons, avant de sauter dans une barque qui nous mènera à un monastère bénédictin oublié sur un îlot. Les moines construisirent jadis, au beau milieu de ce lac qui mêle eau douce et eau salée, une église, merveille de l’architecture romane consacrée à la Vierge, et entourée d’un jardin avec des vues ravissantes sur le lac d’un bleu  de smalt, ombré par des pins d’Alep.

 

Revenus à bord, alors que nous déjeunons, « La belle de l’Adriatique » prend la direction de l’île de Korcula, l’une des plus célèbres de l’archipel, où nous amarrons au cœur de la plaisante cité fortifiée qui ouvre ses ruelles rectilignes aux promeneurs que nous sommes, ainsi que sa chapelle Notre-Dame des Neiges, son musée des icônes, sa cathédrale Saint-Marc et sa maison dite de Marco Polo, où la légende veut que le navigateur naquît au XIIIe siècle, ce qui s’avère peu probable. Avec ses 47 km de long sur 6 à 8 de large, Korcula est la sixième plus grande île de l’Adriatique, nichée entre collines verdoyantes et mer azurée. Le soir nous attend un spectacle inattendu : « la danse des épées », exécutée par des hommes qui perpétuent une coutume vieille de quatre siècles. On y raconte le conflit qui opposa les Chrétiens aux Turcs. La fiancée du roi chrétien ayant été enlevée par le roi maure, celui-ci, épaulé par ses fidèles guerriers, se livre à un combat sans merci au rythme des cornemuses qui s’achèvera par la libération de la fiancée et sa victoire sur le ravisseur.

 

Nous passerons la nuit en navigation pour nous réveiller le lendemain en plein Adriatique, dans un dédale d’îles qui forme un véritable labyrinthe maritime, paradis des amateurs de voile. Ils y naviguent avec plaisir dans ce semis de rocaille lâché sur la mer et cette succession de paysages envoûtants qui nous admirons nous-mêmes depuis le pont-soleil, jusqu’à notre arrivée à Sibenik que l’on atteint à la suite d’un étroit goulet. Ici les roches composent d’impressionnantes corniches, ne concédant que parcimonieusement de la place à la végétation, et plongeant en à pic dans les eaux vertes ou bleues aux transparences inouïes. Et nous voilà à Sibenik, ville fondée au Xe siècle, dont les abords industriels nous arrachent un moment aux visions de cette navigation somptueuse. Il faut prendre le temps de descendre à terre, d’emprunter le court trajet qui conduit jusqu’aux ruelles tortueuses et aux escaliers qui mènent à la citadelle, pour apprécier cette cité pétrie d’histoire. Son vrai trésor culturel n’est autre que la cathédrale Saint Jacques construite de 1431 à 1535 par des artisans italiens et dalmates en styles gothique et Renaissance. Sa beauté et son élégance lui ont valu d’être inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco. A la sortie, sur le parvis, des chanteurs croates nous donnent une aubade a capela de leurs voix chaudes et profondes qui me rappellent celles des Corses ou des Basques.

 

Depuis Sibenik, nous nous rendons au parc national de Krka, où les traces les plus anciennes témoignent de la présence de l’homme dès le paléolithique. Le long de la rive droite de la Krka subsistent des restes d’un aqueduc romain. Un sentier de promenade permet d’atteindre les impressionnantes chutes où l’eau rebondit en cascades sur un dénivelé de 46 mètres, eaux tumultueuses et spectacle grandiose qui favorisent une faune et une flore originales. On ne compte pas moins de 860 espèces et sous-espèces de plantes, 18 de poissons, 222 d’oiseaux dont 18 différentes de chauves-souris. Il faut imaginer ces hautes collines rocailleuses qui se resserrent afin de composer un étroit défilé, où l’eau s’engouffre en un flot ininterrompu et bruyant, cela dans un décor idéalement champêtre.

 

A notre retour au bateau, en fin d’après-midi, alors que le soleil s’abaisse sur l’horizon, départ pour notre navigation de nuit jusqu’à Trogir que nous atteindrons en début de matinée. Aussitôt arrivés et l’ancre jetée, les chaloupes sont mises à l’eau pour nous déposer sur l’île occupée par une attachante cité médiévale classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, tant elle recèle d’atouts avec ses maisons en pierre blanche, sa superbe cathédrale romane, joyau de l’art sacré croate, ses rues étroites enrichies de vieilles enseignes, de loggias à arcades, de porches moulurés, ses palais et son campanile d’inspiration vénitienne. Nous y musardons librement en une matinée chaude, appréciant l’ombre des rues, les échappées sur la mer, les quais du port le long desquels sont amarrés les bateaux dans une atmosphère d’un autre temps. Pendant que nous déjeunons, notre bateau effectue la distance de 26 km qui sépare Trogir de Split, où nous débarquons à 14h15 pour partir immédiatement avec notre guide, une jeune croate parlant un français impeccable, visiter la ville la plus grande de la Dalmatie avec ses 140.000 habitants et célèbre pour le palais que l’empereur Dioclétien y fit construire. Pendant dix ans, des légions d’architecte, des cohortes d’artistes et une multitude d’esclaves dessinèrent, taillèrent et ornèrent l’un des plus admirables édifices romains : un carré fortifié, type castrum, que Dioclétien entendait bâtir pour l’éternité, avec ses seize tours, ses quatre portes monumentales et ses murs de 25 mètres d’épaisseur. La pierre venait de l’île de Brac selon Pline l’Ancien, un calcaire ardent et dur, semblable à celui qui confère au rivage dalmate son austère beauté. L’ensemble pouvait abriter 2000 personnes et c’est là que Dioclétien, un simple soldat devenu empereur, avait choisi de finir ses jours après son abdication en 305 de notre ère. Se promener dans le vieux Split, c’est suivre le fil de deux mille ans d’histoire et se perdre dans un invraisemblable labyrinthe architectural, croiser des sphinx importés d’Egypte, s’asseoir au pied d’un campanile roman, parcourir les salles souterraines qui servaient d’entrepôts aux romains, admirer un péristyle, symbole parfait d’un heureux mariage de styles, et surtout entrer dans l’ancien mausolée octogonal de Dioclétien, transformé en église au VIIe siècle, la cathédrale saint Domnius, par une lourde porte à vantaux considérée comme l’un des plus belles de la sculpture médiévale et qu’animent 28 caissons relatant la vie de Jésus. L’ensemble est resté dans un état de conservation remarquable. Mais pour moi le clou de la journée sera le temple de Jupiter converti en baptistère. A l’extérieur le sphinx vient d’Egypte et à l’intérieur une belle statue en bronze de saint Jean-Baptiste est l’œuvre d’un sculpteur contemporain croate de grand talent : Ivan Mestrovic. Sur la côte dalmate, une centaine d’églises témoignent d’un relais désiré entre l’antiquité tardive et l’époque romane et du souci constant que la population a eu de témoigner de sa foi.

 

Le lendemain, arrivée tôt le matin à l’île de Hvar (prononcer Rouar), l’une des plus touristiques, volontiers considérée comme le St-Tropez croate. Heureusement les touristes ne sont pas encore nombreux. Il fait beau, nous allons pouvoir baguenauder à notre guise dans ce lieu ravissant tapissé de fleurs sauvages, de lavande, de romarin et de bruyère et dont les chemins de promenade, qui conduisent tous à la forteresse espagnole, sont bordés d’agaves et nous offrent de somptueux panoramas sur la mer et les îles voisines. Des Grecs, venus de Pharos, fondèrent ici la première colonie, suivis par les romains qui implantèrent la vigne et les Vénitiens qui en firent un arsenal et l’un des centres intellectuels de la Dalmatie. Comme le vent s’est levé, nous ne pourrons pas faire escale à l’île de Vis, si bien que notre bateau va maintenant, durant la nuit, franchir les 70 km qui nous séparent des Bouches de Kotor au Monténégro, somptueux fjord dans lequel nous entrons au petit matin à travers une succession de baies blotties entre les flancs massifs des montagnes, dont les vagues viennent baigner les rives assoupies dans le calme et la mélancolie. Comment décrire de tels paysages et les sommets environnants qui fondent sous les rayons du soleil, alors que la mer devient d’un outremer intense et que se détachent deux petites îles, celle de la Vierge des Rochers et celle de Saint-Georges posées comme deux perles sur l’eau paisible, avant d’accoster à la ville de Kotor d’une beauté romantique et pittoresque. La paix de la mer, dans ce décor tellurique, a quelque chose d’extraordinaire, tandis que la cité propose à nos regards enchantés la succession de ses églises catholiques et orthodoxes, sa tour de l’Horloge, sa cathédrale saint Tryphon, ses palais, ses places, ses cafés, ses fontaines publiques, symbole de la sérénité intarissable de Kotor, et que l’on surprend le pittoresque des lieux à de nombreux détails : reliefs, portails, blasons, statuettes. Le schéma urbain s’est formé de manière spontanée, sans plan, de sorte que le centre de la ville repose sur un tissu complexe de ruelles sinueuses et de places irrégulières mais toutes séduisantes, délimitées par des façades majestueuses et charmantes.

 

Notre voyage s’achève. Le bateau reprend l’itinéraire inverse à travers les Bouches dans une lumière adoucie qui met l’accent sur les reliefs et décline la mer sur tous les tons de bleu. Nous atteindrons Dubrovnik vers 23 heures, au moment où la sublime citadelle illuminée rayonne d’un éclat rubescent. Demain, à l’aube, ce sera le retour en France après une semaine de croisière au long d’un littoral  qui nous a permis de longer d’impressionnantes falaises, de découvrir d’étonnantes baies, d’aborder des îles qui s’étirent longues et étroites, parfois lunaires, mais le plus souvent couvertes de vignobles et d’une végétation exubérante de cyprès, de pins et de lauriers-roses typiquement méditerranéenne. La population de 4 millions et demie d’habitants est accueillante et nos guides ont toujours été à la hauteur et d’une gentillesse qu’il me faut souligner. L’histoire de ce beau pays peut se lire comme une longue marche vers une indépendance chèrement payée et, ce, au centre d’un damier de petits pays comme un trait d’union entre de nombreuses civilisations et cultures. Enfin reconnue en 1991, la Croatie est aujourd’hui une nation apaisée qui s’ouvre avec une volonté affirmée au tourisme.

 

DOVIDENJA & HVALA PUNO  (au revoir et merci)


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Photos Yves BARGUILLET

 

 

 

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 08:01
La baie de Somme, royaume de la lumière et des oiseaux

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S'il vous prenez l'envie de changer d'horizon et de découvrir un lieu enchanteur, faites comme les oiseaux migrateurs, posez-vous un moment dans la Baie de Somme. Vous y découvrirez  une nature à l'état sauvage, parée de lumière, et offrant à votre oreille attentive la symphonie ininterrompue de ses chants d'oiseaux. La baie, paysage lunaire redéfini par la lumière, est livrée sans mesure aux noces fastueuses du sable et de l'eau. A marée basse, on peut surprendre, se séchant sur les dunes, quelques phoques veaux-marins dont la colonie ne cesse de grandir. Plus loin, on marche sur des galets à travers une zone où domine l'argousier qui, en automne, fournit des baies d'un bel orange vif. Les dunes arbusives abritent le lapin, le faisan et la bécasse recherchés par les chasseurs. Là, des oyats ont été plantés afin de stabiliser le sol, là-bas des sureaux, des églantiers, des troènes sauvages et des prunelliers. La pointe du Hourdel constitue la limite sud de la baie de Somme. Au fur et à mesure que l'on avance, on découvre des dépôts de galets en crochets successifs remontant vers le nord et protégeant la dune des assauts du vent et de la mer. Ces dépôts, nommés crochons, constituent un phénomène rare en France : la conquête de la terre sur la mer, quand partout ailleurs l'inverse se produit.

 

 

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De nombreuses espèces d'oiseaux ont adopté ce site. Les berges et l'îlot de la Gravière servent de reposoir pour les grands cormorans et pour le Tadorne de Belon, canard à tête noire avec un bec orné d'un tubercule rouge. Le littoral est un milieu rude pour la végétation qui doit s'adapter au sel, au sable, à la vase et au vent. Aussi la flore est-elle différente au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la mer. A ces paysages fondus dans l'or du sable où, à l'horizon, le ciel semble soudain se gonfler comme un ballon, on ne voit guère pousser que le chou marin et le gazon d'Olympe, alors que leur succèdent, plus loin, dans les mollières, la salicorne, la saladelle, l'euphorbe maritime et la roquette de mer et que les marais accueillent volontiers les aulnes, les saules, les pins noirs et les frênes.

 


Pour les géographes, la Baie de Somme est l'emboîtement de deux estuaires : celui de la Somme et celui de la Maye. La mer, en s'engouffrant dans les vallées de ces deux fleuves, a créé une immense étendue qui compose un ensemble de 7000 ha, dont  3000 appartiennent à la réserve naturelle ornithologique du Marquenterre. Cette réserve a pour triple objectif de sauvegarder des espaces importants pour les oiseaux, de veiller à la pérennité de la colonie de phoques et d'assurer la conservation des éléments les plus rares de la flore locale. Une visite d'une journée vous procurera d'inoubliables surprises et émotions. Pensez que sur 452 espèces d'oiseaux recensées en Europe, plus de 280 ont pu être observées au parc du Marquenterre. C'est le cas des Bécasseaux et Pluviers venus de Sibérie, des Bernaches nonettes descendus des terres arctiques ou des grands Echassiers migrant vers l'Afrique. Des oiseaux rares et menacés comme la Spatule blanche et l'élégante Avocette s'y reproduisent chaque année. Le parc, c'est également 27 espèces de mammifères ( renard, sanglier, chevreuil, biche, lièvre ), 32 de libellules, 200 de papillons nocturnes et plus de 265 variétés de plantes.

 

 

Au printemps, les petits échassiers, qui vivent entre vasières et mangroves, y font halte avant d'aller se reproduire en Sibérie. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer, de la magnifique Cigogne qui plane au-dessus du marais avant de regagner son nid, de l'Aigrette garzette si fine et délicate, du Vanneau huppé, de l'Huitrier-pie au bec orange et à l'oeil en fusion, du Héron gardeboeuf qui niche en haut des arbres comme la Cigogne, du Tournepierre, de la Barge à queue noire, du Chevalier gambette ou de la ravissante Avocette au long bec recourbé qui lui permet de sabrer l'eau et d'attraper plus aisément les vers et crustacés dont elle est friande. Afin de protéger ses oisons, elle fait parfois semblant d'être blessée. Boitillant, traînant l'aile, elle éloigne malignement le prédateur de sa couvée.

 


Au sommet de la dune, un panorama superbe nous attend. Dans les zones submergées, où une végétation de prés salés, dominée par le lilas de mer, se développe abondamment, on aperçoit des Bécassines, des Vanneaux, des Foulques, des Canards colverts, des Goélands argentés. Parmi ces oiseaux, il y a des sédentaires et des migrateurs. Certains d'entre eux, comme le coucou et le rossignol, vont passer l'hiver en Afrique ; d'autres, appelés migrateurs partiels, se contentent, comme les grives, de changer de région pour avoir plus chaud et trouver facilement de la nourriture. 

 


Afin de repérer un oiseau, mieux vaut se fier à son ouie qu'à sa vue. Leurs chants ont une fonction essentiellement territoriale. Les concerts sont à leur paroxysme d'intensité au printemps, pendant la période nuptiale. C'est alors qu'il est important d'exercer son oreille en même temps qu'aiguiser son oeil, de façon à profiter de ce spectacle total. Je vous le recommande. Ne ratez pas cette visite et cette immersion dans une nature belle et secrète. A deux heures de Paris, vous connaîtrez un dépaysement auquel vous ne vous attendiez pas. Tout est réuni pour combler vos attentes, enchanter vos sens et vous mettre en communion étroite avec l'harmonie la plus parfaite, la beauté la plus authentique.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

   

 

     SITE DU MARQUENTERRE  

 

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La baie de Somme, royaume de la lumière et des oiseauxLa baie de Somme, royaume de la lumière et des oiseaux
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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 08:18
Vacances romaines et évasion napolitaine

 


Pourquoi ne pas programmer, en cette fin de printemps, un voyage en Italie. En juin, le Sud offre des lumières particulièrement séduisantes. Aussi cet article se veut-il une invitation à re-visiter la péninsule que presque chaque Français aime comme une seconde patrie. A noter toutefois, qu'en automne, période où nous l'avons fait, les lumières un peu plus tamisées sont tout aussi belles.


Ce samedi 23 septembre 2006, arrivée à l'aéroport de Rome à 14 heures après un vol de deux heures. A 11.000 mètres d'altitude, la topographie de la terre est particulièrement celle de l'homme besogneux : ses routes, ses villes et villages, ses usines, ses champs s'y déploient de façon géométrique et presque touchante. On s'aperçoit que l'occupation des sols ne s'est pas faite au hasard. Elle s'est organisée à la manière d'un échiquier savant où se joue en permanence la survivance humaine. Première visite : Castel Gandolfo où le pape réside dans l'attente de recevoir le surlendemain une vingtaine d'ambassadeurs de pays musulmans. Cette petite ville de la Renaissance est située au-dessus d'un lac tranquille et abrite le palais d'été des papes depuis le XIIIe siècle. Ils viennent s'y reposer un moment, lors des lourdes chaleurs romaines. Nous avons la chance d'assister à la relève de la garde suisse et de flâner dans les rues étroites et sur la place où, sous des tonnelles, des tables sont disposées qui nous invitent à nous asseoir et à nous rafraîchir. Tout parait si paisible ! Sur le perron de l'église, une mariée s'avance. Est-ce un bon présage pour cette semaine de voyage dans le sud de l'Italie, puisque l'on dit ici que d'en croiser une est signe de chance ?

Le lendemain, dès 9 heures, nous sommes sur la grandiose place du Capitole, prêts à commencer la visite de la Rome antique, fondée selon la légende par Romulus en 753 av. J.C. Le Forum s'ouvre sous nos yeux avec ses plans successifs, ses lambeaux de passé comme une broderie endommagée par le temps. Il y a foule déjà et il émane de ces lieux ensoleillés une harmonie captivante. Le temps a superposé les villes comme des tranches de vie, des strates qui se sont emboîtées les unes au-dessus des autres : ainsi il y eut la Rome des Sabins, puis celle de Tarquin le Superbe, le dernier des sept rois de Rome, la Rome des censeurs et des tribuns, celle de César, puis celle d'Auguste qui fit de cette ville de brique une ville de marbre. Sous Néron, elle brûla en partie et fut reconstruite par Vespasien, Titus et Domitien. Vers 104 ou 110, Trajan réalisa le plus beau de tous les forums qu'embellirent encore Dioclétien et Constantin.

Aujourd'hui, il faut faire appel à son imagination pour tenter de recomposer cette capitale qui régnait sur le monde, enchâssée entre ses collines dont les noms nous bercent depuis l'enfance : le mont Palatin et l'Aventin, le Quirinal et l'Esquilin. Parce qu'il fût transformé en église au XIIe, le temple d'Antonin et de Faustine est le mieux conservé du Forum avec le Colisée qui fut inauguré par l'empereur Titus en 80 et entièrement achevé sous Domitien, ainsi que l'arc de Septime Sévère et celui de Titus. Il faut se rappeler qu'au temps de Constantin, soit au milieu du IVe siècle, Rome ne possédait pas moins de 37 portes, 423 quartiers, 9 ponts, 322 carrefours et 25 grandes voies suburbaines. On imagine les fastes de cette ville qui rayonnait sur un empire étendu de la Carthage d'Afrique à la Gaule narbonnaise et cisalpine, de l'Egypte à la Mésopotamie, de la Bythinie au Royaume de Pergame en Asie, cela avant Jésus Christ, parce qu'après il augmentera si considérablement qu'il sombrera sous le poids de sa grandeur.

Bien entendu le port d'Ostie était actif, la flotte importante, le commerce prospère. Vers Rome convergeaient l'étain de Cassitéride, l'ambre de la Baltique, les parfums d'Arabie, la soie de Chine, le fer fondu en Thrace et le blé d'Egypte. Cette Rome resplendissante d'or possédait les immenses richesses du monde qu'elle avait dompté. Déesse des continents et des nations, O Rome, que rien n'égale et rien n'approche ! -s'écriait le poète Martial, tandis qu'Ovide écrivait : Voici les places, voici les temples, voici les théâtres revêtus de marbre, voici les portiques au sol bien ratissé, voici les gazons du Champ de Mars tourné vers les beaux jardins, les étangs et les canaux et les eaux de la Vierge.  

Au Ve siècle, Rome sera pillée par les Vandales et les Wisigoths, mais elle renaîtra et elle est toujours là, intensément vivante, éternellement belle. Nous consacrerons l'après-midi à visiter la Rome baroque, ses innombrables places, ses fontaines, dont celle de Trévi imposante et immortalisée par le film La dolce vita, ses palais et le Panthéon qui lui n'est point baroque puisqu'il date de l'époque d'Hadrien, empereur éclairé, considéré comme le plus intellectuel de tous. La coupole de ce monument remarquable fut réalisée en une seule coulée de mortier sur un coffrage en bois. Par chance il est parvenu jusqu'à nous dans un état exceptionnel ; seul a disparu le bas-relief du fronton. Quant à Rome la nuit, avec ses monuments illuminés : le château Saint-Ange, le Quirinal, le Colisée, l'île Tiberine, les thermes de Caracalla, les rives du Tibre, ce n'est ni plus, ni moins, un spectacle féerique...

 

Lundi 25 septembre -

 

A 9 heures, sous un petit crachin breton, nous faisons la queue pour accéder au musée du Vatican. Deux heures sous le vélum coloré des parapluies avant de pénétrer dans le saint des saints : la chapelle Sixtine. Mais deux heures qu'est-ce, comparé aux trente années qu'aura duré l'attente de cet instant ? Que dire de ces lieux qui n'ait été mille fois rabâché ? Comment être original sur un tel sujet ? Il n'y a que l'émotion qui soit vraie et elle est bien présente. La chapelle est saturée par une foule admirative mais encombrante. On aimerait tant être seul ! Michel-Ange n'est pas seulement présent ici, il l'est partout dans Rome : escaliers, monuments, fresques, sculptures, il a tout tenté, tout imaginé et conçu avec une puissance inégalée. Le Jugement Dernier  fit scandale à l'époque, parce que l'artiste débordait la sienne comme il déborde encore la nôtre et toutes celles à venir... Le génie suppose la violence. La nudité des personnages choqua l'Italie de Jules II, mais, heureusement, au cours de la récente restauration ( financée par les Japonais ), l'ensemble des fresques a été nettoyé et, lorsque cela était possible, libéré des rajouts pudibonds.

 

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                                                     Naples

 

On ne peut pas dire que la basilique vous incite au recueillement. Pour moi qui aime par-dessus tout l'art cistercien dépouillé à l'extrême, je ploie sous la pompe grandiose de la plus grande église du monde. Le monument a été conçu pour impressionner et il impressionne. L'homme est infiniment capable de se dépasser. Il a en lui, faible créature, une volonté de géant. Cependant, malgré cette restriction, je ne puis me refuser à admirer la perfection des proportions calculées par Bramante et revues par Michel-Ange. Le décor est l’œuvre du Bernin comme la remarquable colonnade extérieure qui semble étreindre la place Saint-Pierre et le Vatican tout entier. Statues, pavages, voûte, baldaquin, rien qui ne soit immense, somptueux, grandiose. J'admire sans être ni touchée, ni émue. Aussi ai-je préféré m'arrêter plus longuement devant la Piéta de Michel-Ange, dans la première chapelle latérale. Devant elle, on a simplement envie de s'agenouiller et de se taire.

 

Mardi 26 septembre -

 

Avons gagné Naples hier, en fin d'après-midi, après un itinéraire qui longe les Appenins, traverse cette campagne agricole riche en vignes, nommée la vallée latine, et s'étire entre Rome et Naples. Thomas d'Aquin était originaire de cette région et étudia à l'abbaye de Monte-Cassino fondée par Saint Benoît, avant de parfaire son éducation à Naples.

Ce matin, réveil à 6 heures pour nous rendre au sommet du Vésuve. Après quelques kilomètres depuis Herculanum, nous atteignons l'Observatoire situé à 608 m d'altitude, puis poursuivons l'ascension à pied en contemplant les admirables paysages qui se dégagent peu à peu des nuages et nous offrent une vue panoramique sur la baie de Naples. On imagine facilement ce qu'éprouvèrent les premiers navigateurs ( sans doute des Phéniciens ), lorsqu'ils découvrirent ce paysage fantastique : la baie dominée par une silhouette volcanique, source de phénomènes inconnus capables de laisser muet de stupeur. Depuis lors la silhouette du Vésuve a été reproduite à l'infini, en fresque, céramique, peinture, photographie. Il semble prouvé que le volcan a traversé une longue période de somnolence à partir du VIIIe siècle av. J.C., avant de se réveiller avec la violence que l'on sait en 79 de notre ère, ensevelissant dans ses laves et ses cendres Pompéi et Herculanum. Alors que le volcan atteignait les 2000 m, il culmine désormais à 1270 m et son cratère immense, d'où s'échappent quelques rares fumerolles dans un décor dévasté, plissé comme une peau de crocodile par la formation des résidus en cordée, contraste étrangement avec l'abondante végétation de pins divers, de châtaigniers, d'eucalyptus qui couvre ses pentes, sentinelle qui veille sur les vestiges ensevelis à ses pieds.

 

Après un déjeuner pris sur le pouce, nous nous présentons à 14 heures à l'entrée du site de Pompéi, où notre guide, une jeune italienne, nous attend. Dès le VIe siècle av. J.C., la ville était déjà un port ( depuis la mer s'est retirée à plus d'1 km ) et un carrefour commercial actif et connaissait l'opulence au point que les riches habitants n'hésitaient pas à se faire construire de vastes et luxueuses demeures qu'ils paraient de mosaïques, de fresques, de statues, de bas-reliefs. Cet art pompéien se caractérise par l'emploi de couleurs vives où prévalent les motifs fantastiques, accompagnés d'une ornementation qui reflète fidèlement le luxe et l'élégance souhaités par les patriciens. En parcourant le forum, en visitant le théâtre et l'amphithéâtre, en déambulant dans les rues et avenues, un peu de l'existence de cette ville morte, il y a deux millénaires, semble parvenir jusqu'à nous ; lorsque l'on pénètre dans les maisons et échoppes d'où la vie s'est retirée d'un coup, figeant les êtres et les choses dans leurs expressions les plus vraies et les plus humaines, quelque chose de l'atmosphère domestique subsiste. Et que dire de l'émotion qui vous étreint à la vue des moulages des corps des victimes qui rend palpable leur douleur et la violence du cataclysme, cataclysme qui permit néanmoins ce miracle de réanimer un passé vieux de vingt siècles et de le projeter dans le présent avec sa dramaturgie et son émouvante actualité.

 

Mercredi 27 septembre -

Journée toute entière consacrée à Capri. Mais avant de parvenir au port, encore fallait-il le matin traverser Naples et ses faubourgs encombrés d'une circulation anarchique. Tout est anarchique à Naples, ville bruyante, indisciplinée, qui ne cache même pas ses ulcères, banlieue lépreuse qui offense la baie sublime au bord de laquelle elle s'inscrit avec ses immeubles faits de bric et de broc, ses quartiers insalubres, ses décharges, ses rues encombrées d'immondices. Quel contraste avec le luxe et le raffinement que l'on rencontre dans les hôtels, les palais, les restaurants, les demeures privées, les lieux publics ! On sait les Italiens doués d'un goût inné, d'un sens aigu de l'harmonie ; il n'y a pour s'en persuader qu'à contempler leurs oeuvres d'art, leur mode, leur artisanat, autant de témoignages d'une culture que nous partageons et qui nous rend si proches d'eux. Aucun pays où je ne me sente mieux, presque chez moi, aussi ce laisser-aller napolitain me surprend-t-il...

 

Mais voilà Capri, celle île qui fit rêver les amants du monde, île de songe où tout est fait pour éblouir. Capri trop connue, trop vantée, trop louée, démériterait-elle à force d'être courtisée ? Eh bien non ! Posée sur une mer émeraude, elle séduit le touriste d'aujourd'hui comme l'empereur d'antan ou l'artiste d'hier. Tout s'assemble ici pour le bonheur de l’œil : les eaux azurées, les panoramas nombreux, les sentes recouvertes de treilles, les jardins odorants, la végétation dense et sauvage, les villas mauresques et les cloîtres et, au plus haut des belvédères, les vergers et les champs d'oliviers, les roches qui émergent des eaux et, au loin, la péninsule de Sorrente, Ischia, Procéda et même le relief des Appenins. Le coucher de soleil au retour sur la baie clôturera une journée inoubliable. 

 

Statue of Emperor Augustus Capri

 

Jeudi 28 septembre -

Balade le long de la côte amalfitaine pour notre dernier jour dans le Sud avant de regagner Rome et ensuite la France. Après Capri, il semblait difficile de trouver plus beau, plus harmonieux, plus parfait. Eh bien la côte amalfitaine démode tous les superlatifs ! Là, à flanc de montagne, court une route suspendue au-dessus de la mer qui va de Positano aux portes de Salerne au milieu d'un maquis unique pour sa variété et ses couleurs, traversant des villages aux maisonnettes serrées, plantées en à-pic sur des pentes rocheuses et escarpées, elles-même plongeant dans une mer au bleu profond. Le vertige vous prend plus d'une fois dans les tournants en épingles à cheveux en surplomb de falaises vertigineuses, et l'on se demande ce qui a bien pu inciter l'homme à rechercher à ce point la difficulté d'aller nicher sa maison en pareils lieux ? Ces routes présentent sur le plan technique une véritable prouesse. Mais la beauté n'a pas de prix et les habitants qui se réveillent chaque matin face à de tels panoramas doivent croire à la bienveillance de Dieu. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il y a profusion, tout au long de la côte, d'oratoires, de chapelles, d'églises et de monastères. Sur ces visions incomparables s'achève ma semaine italienne. 

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 10:47
Houat ou la Bretagne insulaire

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" Dans tout rocher, il y a quelque chose d'informe qui s'efforce pour être vu. Un rocher n'est pas quelqu'un qui a été, c'est quelque chose qui va être ".

                                                                 Henri de Régnier

 

Depuis toujours les îles ont exercé sur moi un attrait irrésistible. Je ne plais à les imaginer, puis à les approcher, les découvrir, les parcourir, ensuite me les rappeler. J'en ai visitées beaucoup en Manche, en Atlantique, dans le Pacifique, en Méditerranée. Je les aimées toutes pour leur beauté, leur isolement, leur mystère et me suis laissée bien volontiers envoûter par leur charme. Aujourd'hui, je vous propose la visite de l'une d'entre elles, située entre Belle-île et le Golfe du Morbihan, non loin de sa jumelle Hoëdic. L'archipel d'Houat appartient au vaste quadrilatère marin qui comprend les presqu'îles de Quiberon, Rhuys et Guérande, quadrilatère que les géographes ont dénommé - par opposition à Mor Bihan - " Mor Braz ", celui-ci formant l'extrême limite sud de la terre bretonne. Dès l'approche, l'île d'Houat frappe par l'élégance de ses anses sableuses, son littoral découpé que baigne une eau couleur d'émeraude et par son aspect sauvage de grand rocher battu par les vents. Ici le paysage apparaît tel qu'il devait être aux premiers printemps celtiques. Ni clôture, ni murets, ni poteaux électriques, ni barrières, ni routes ; tout est resté comme au premier matin du monde et, une fois que l'on a tourné le dos au bourg, qui, pareil à un douar africain regroupe ses quelques maisons blanchies à la chaux autour de son lieu de prière, on emprunte le sentier de randonnée qui serpente au long de la falaise et permet  - si l'on dispose d'un peu de temps et que l'on est bon marcheur - de faire le tour complet de l'île en 4 ou 5 heures. A chaque tournant, le visiteur à tout loisir de s'émerveiller à la vue des paysages qui mêlent les arbrisseaux noueux, les tamaris, les immortelles jaunes ou encore l'avoine de jasmin, les oeillets de falaise et les oyats, aux lointains de mer qui se profilent dans une brume légèrement ouatée, soit l'île soeur d'Hoëdic, soit Belle-île, Groix ou la côte sauvage de Quiberon.

 

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Il fait beau en cette matinée de juin, alors que le bateau, qui assure le ravitaillement et le courrier depuis Locmariaquer - nous dépose à Port-Gildas. C'est en ce lieu gai et animé dès l'aube que se concentre l'activité de l'île. A Houat, on dit que la terre est aux femmes et la mer aux hommes. Les pêcheurs - car il n'y a pas d'autre activité masculine - alignent leurs embarcations en épi le long du môle, abandonnant aux plaisanciers le centre du bassin. Leur flottille rassemble une cinquantaine d'esquifs et ce sont une centaine d'hommes qui officient durant l'année pour piéger crustacés et poissons dont le bar et le congre. Quatre cents habitants demeurent sur l'île à l'année mais le chiffre double facilement au moment des vacances d'été, lorsque les inconditionnels de ces longues plages sauvages où viennent s'épuiser des vagues crêtées d'écume d'un bleu transparent, n'ayant rien à envier à celles des Antilles ou de l'océan indien - se joignent aux permanents afin de goûter à l'intimité authentique d'une nature épargnée par la modernité et le tourisme de masse. Noces somptueuses des eaux marines, du ciel et des roches, on ne sait où donner du regard face à la splendeur dépouillée et encore vierge de cette terre isolée au large de nos côtes qui, à l'époque mésolithique, formait une crête granitique avec Hoëdic, rattachées l'une et l'autre à la presqu'île de Quiberon et prolongeant ainsi le massif armoricain.
 

 

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Aujourd'hui une quinzaine de mille et des eaux peu profondes les séparent du littoral, mais ces eaux n'en sont pas moins dangereuses. Y abondent îlots et rochers et le vent y souffle continûment au point que le phare délimitant le passage porte bien son nom de Teignouse. Houat, dont l'histoire se confond avec celle d'Hoëdic, n'a cessé d'être menacée par les navigateurs Anglais et Espagnols qui croisaient dans les parages. Elle fut deux fois envahie par les Britanniques au 17e et 18 ème siècle et abrita, en 1795, deux mille officiers et soldats royalistes rescapés du débarquement de Quiberon - la position relativement distante de ces îles préservant les rencontres avec les émigrés de Londres. Appauvris par les invasions, les habitants connurent une extrême misère et ne subsistèrent que grâce au commerce de cabotage, à la production de fromages de chèvre et aux maigres récoltes de blé noir. Il n'était pas rare que l'on se contente pour repas d'un hareng posé sur un quignon de pain. De nos jours, les îliens vivent mieux grâce à la pêche, à l'agriculture et au tourisme, par chance encore discret - 32 ha de marais ont été acquis par le Conservatoire du littoral et sont ainsi définitivement protégés. Le long des ruelles, les pimpantes maisons du bourg se découvrent dans un repli du sol, abritées des ouragans avec leurs toits bas serrés les uns contre les autres comme pour " faire tête au vent" et cimentés pour mieux lui résister. Au sommet de la falaise, le cimetière marqué d'un lech et d'une croix de granite laisse découvrir le port et la presqu'île de Rhuys. Saint Gildas, figure marquante du monde celte était né en Ecosse en 493 et, après avoir accompli sa sainte mission en terre de Rhuys où il fonda la célèbre abbaye, mena une vie d'ermite dans l'île où il s'était retiré pour y finir ses jours. On peut très bien l'imaginer foulant la lande tapissée de genêts, d'armeries roses, d'immortelles et de liserons comme nous le faisons, et s'y abîmer dans la réflexion que des terres livrées à la vigueur des éléments ne peuvent manquer d'inspirer.
 

 

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Après la côte nord par laquelle nous avons amorcé notre tour de l'île et qui nous a promené par une sente boisée, piquetée de bosquets d'arbres dont les sombres éventails des pins maritimes vibrant mollement sous la brise, et sertie de criques comme autant de pierres de la plus belle eau - nous débouchons sur la lande ouest d'une âpreté grandiose qui, telle une proue de navire, projette sur l'horizon sa succession de roches sculptées par les vents et habitées par une quantité d'oiseaux marins : les cormorans huppés, les goélands bruns, les huîtriers-pies, les bernaches, les sternes, les tournepierres, les pétrels, les mouettes tridactyles, dont les cris rauques ou joyeux sont intensifiés par l'écho des grottes qui se creusent profondément dans les falaises rouges - qui flamboieront au couchant - et se découpent ainsi qu'une savante broderie. En contre-bas, l'admirable plage de Treach'er Venigued nous attire. Pas âme qui vive. Comment résister, alors que la chaleur s'intensifie, à plonger dans le remous des vagues, fraîches certes, mais ô combien stimulantes ! - tandis qu'autour des rocs l'eau fermente comme du lait avec un bruit d'orage. Houat est, par ailleurs, un paradis pour botanistes. Le nard de lys est son joyau. Cette espèce rarissime ne se rencontre qu'ici ou bien en Algarve (Portugal) et en Galilée, tandis que de nombreuses autres se côtoient comme le notait déjà en 1875 Alphonse Daudet dans ses " Souvenirs d'un homme de lettres". " Chemin faisant, nous remarquons la flore de l'île étonnante sur ce rocher battu des vents : les lys d'Houat, doubles et odorants comme les nôtres, de larges mauves, des rosiers rampants, de l'oeillet maritime dont le parfum léger et fin forme une harmonie de nature avec le chant grêle des alouettes grises dont l'île est remplie". J'y ajouterai le parfum entêtant des chèvrefeuilles qui courent à même la lande et des troènes qui forment des haies mousseuses comme l'écume d'une vague végétale.



La côte sud, contrairement à la côte nord, est davantage livrée au gigantesque espace et on l'imagine l'hiver prise dans le double remuement des nuages bas et des marées puissantes. Pour lors, notre alentour est serein et les nuages, qui nous accompagnent, ne sont que de pacifiques cumulus qui gonflent leurs joues comme des montgolfières. Nous terminons notre balade par la côte est et la superbe plage de Treach'er Goured qui entoure la pointe Tal er Hah et semble posée comme une couronne d'or sur ce que l'on pourrait considérer comme la tête de l'île, coulée de sable d'une surprenante ampleur où viennent mourir les jardins des plus riches demeures. Bien abritée des vents, elles est la plus fréquentée mais, si immense, que l'on peut s'y isoler à volonté. Au large croisent voiliers et vedettes qui se balancent paisibles sur ce miroir fragmenté de vert ardoise et de bleu azur. Un instant de détente pour délasser nos mollets fourbus et l'heure est venue de descendre au port et d'embarquer sur le bateau qui nous reconduira à Locmariaquer. Que de visions éblouissantes se bousculent dans nos esprits, alors que l'île s'éloigne et que nous apercevons, dans la douce lumière du soir, l'entrée du Golfe et l'harmonieuse parenthèse de ses côtes, journée ponctuée de flashs étincelants, tandis que l'on imagine l'île rendue à sa solitude insulaire et s'enveloppant lentement dans les brumes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Photos Yves BARGUILLET

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 08:59
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On nous avait dit : partir à Venise en novembre, c'est prendre le risque d'avoir à subir " l'acqua alta" soit l'eau haute et se promener dans la Sérénissime avec des bottes d'égoutier ou encore la visiter sous la pluie et dans la brume. Eh bien, nous avons eu raison de céder à notre désir et de nous rendre à Venise, en dehors des invasions touristiques qui sévissent d'avril à octobre, dans une ambiance joyeuse, certes, mais moins encombrée et par un temps quasi estival, sans un nuage, ce qui nous a procuré l'agrément de marcher des heures sans fatigue et de déjeuner au bord du Grand Canal ou des innombrables " rii" ( petits canaux ) en compagnie des chats, des pigeons et des moineaux. Comment parler de cette ville, quand on sait que tout a été écrit et par des plumes savantes, allègres et poétiques, dont les noms suffiraient à former la plus grande académie littéraire du monde, mais chacun a sa Venise comme on a son Saint-Pétersbourg, son New-York, son Istambul ou son Paris, et pourquoi se priver du bonheur de se remémorer cette plongée dans la beauté, cette félicité qu'éprouve le piéton que nous redevenons, loin des voitures et de ses désagréments urbains, lorsque nous nous laissons égarer dans la cité lacustre enclose dans le rempart liquide de sa lagune, et que nous déambulons, tout à loisir, au hasard du réseau compliqué de ses ruelles ( calli ), des recoins ombreux de ses places ( campi ), au long de ses venelles tortueuses, ce qui permet d'en respirer l'odeur marine, de s'imprégner de ses couleurs chatoyantes, d'apprécier la floraison architecturale de ses palais, ses tapisseries de marbre, de pierre et de brique et d'y contempler l'enchantement persistant de ses lumières. Et cette lumière, Venise la doit en partie à l'air marin qui l'enveloppe et agit comme un prisme, en rehaussant les tonalités infinies et jouant de l'effusion solaire pour parer ses dômes et campaniles d'un vernis doré, et les façades de ses palazzi d'une brillance d'émaux. Oui, comment s'empêcher de parler de Venise ?

 


Si l'on peut à tout moment s'embarquer à bord d'une gondole ou d'un vaporetto, le voyage le plus dépaysant n'en reste pas moins celui que l'on accomplit dans l'histoire et la culture, tant celles-ci se sont inscrites dans la moindre de ses pierres, sous la plus modeste de ses voûtes, dans le ressaut de ses corniches et tant l'épopée de cette ville unique au monde remonte loin - vers l'an 421 - dit-on - lorsque les invasions poussèrent les habitants de la terre ferme à se réfugier dans les îles insalubres de la Lagune. L'une des premières à avoir été habitée se nomme Torcello, dont je vous parle dans l'article que j'ai consacré aux îles, du moins celles que j'ai eu l'opportunité de visiter. Pour l'instant, consacrons-nous à la Sérénissime qui captive tellement que l'on ne pense qu'à une seule chose, lorsque l'avion ou le train vous reconduit chez vous : revoir Venise !

 

Oui, cette histoire est frappée à l'angle du moindre fronton, sur la plus petite arcade, les voussures, galeries, ponts, arches, depuis le groupe mystérieux sur lequel on s'est longtemps interrogé et qui est formé par les quatre tétrarques de style égyptien-syrien du IVe siècle, ceux que la légende vénitienne nomme «Les quatre Maures" et qui, vraisemblablement, seraient l'empereur Dioclétien et trois autres chefs de la tétrarchie romaine. Ils sont de nos jours enchâssés dans le mur d'angle de la basilique Saint-Marc. La splendeur de Venise fut d'abord celle de ses doges, de son arsenal qui comptait 16.000 charpentiers et calfats au XVe siècle, de sa conquête des mers, de son génie du commerce et des affaires et de son gouvernement stable, constitué par un Grand Conseil que présidait un doge. Le doge était le personnage central de la république vénitienne. Sa fonction était essentiellement représentative. Vêtu de pourpre et d'hermine, portant sur la tête le «corno ducal", il incarnait la grandeur et la richesse de la ville. Les limites de son pouvoir n'en étaient pas moins fixées dès son élection, le doge s'engageant par serment à ne jamais outrepasser ses droits. A l'un d'eux qui eut cette tentation, la tête lui fut séparée du corps. Son élection procédait d'un cérémonial extrêmement compliqué, mêlant divers scrutins et tirages au sort, afin d'éviter les intrigues. Mais l'existence de ce haut magistrat n'était pas forcément enviable. Sa famille était tenue à l'écart de certaines dignités, lui-même ne pouvait sortir seul ou quitter Venise et devait renoncer à ses activités commerciales et lucratives.



Cent vingt doges se sont succédé de 697 à 1797, à la tête d'un gouvernement de onze cents ans qui força l'admiration de l'Europe. L'âge d'or du commerce, du XIIIe au XVIe siècles, lié à l'extraordinaire expansion territoriale de la République et à la puissance de sa marine, s'explique également par la solidité de sa monnaie. C'est la pratique du compte courant qui naît, de même que celle de la lettre de change. Cependant en 1797, le glas sonne pour la République de Venise déjà affaiblie par la concurrence maritime des autres pays d'Europe et par le commerce qui s'est intensifié avec les Amériques. Un jeune général, un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 28 ans, à la tête de l'armée française, est allé bousculer les Autrichiens et les a poursuivis jusqu'en Italie, où il a investi Vérone. Le 12 mai 1797, Bonaparte exaspéré par l'attitude des Vénitiens qui agissent par guérillas sournoises, leur déclare la guerre et finalement Le Grand Conseil, qui a louvoyé longtemps et n'a pas d'unanimité, accepte l'abdication du Doge, la suspension du Sénat et du Conseil des Dix, remplacés en catastrophe par un gouvernement provisoire. Le 18 Octobre, Bonaparte signe le traité de Campoformio par lequel l'Autriche et la France se partagent ce qui reste de la Sérénissime. C'est ainsi que le "Quadrille des chevaux de Saint-Marc", qui a heureusement retrouvé sa place depuis lors, orna un moment l'arc-de-triomphe du Carrousel aux Tuileries. En 1806, Napoléon reprendra Venise aux Autrichiens et proclamera son beau-fils Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie ( 1805-1814). Après la chute du Premier Empire, Venise passera de nouveau entre les mains des Autrichiens, qui ne feront pas grand chose pour elle, avant d'être définitivement rattachée à l'Italie en 1866 à la suite d'un plébiscite. Désormais elle en partage le destin, ce qui lui a valu de nouvelles épreuves : bombardements entre 1915 et 1918, occupation nazie à la chute de Mussolini et, pour couronner le tout, des catastrophes naturelles : l'écroulement du campanile de Saint-Marc en 1902, les inondations de 1916 et de 1966, mais rien ne saurait l'abattre. Comme le phénix, elle renaît de ses cendres et a renforcé, dès 1893, son prestige culturel en créant la Biennale internationale de l'art contemporain et, plus récemment, en 1932, la Mostra qui se déroule chaque fin d'été au Lido.

 


De nos jours, Venise doit faire face à trois problèmes : l'exil de sa population dans une ville où l'immobilier est devenu très cher, la préservation de la cité et de sa lagune, ainsi que la restauration et la sauvegarde de ses monuments. Elle s'y emploie grâce aux ressources d'un tourisme de près de 2 millions de visiteurs par an et par les dons octroyés par quelques puissants mécènes. Mais cela suppose également des désagréments d'un autre ordre.

 

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Venise, née de l'onde et toujours en proie aux caprices des marées, dont la plus belle avenue est une voie d'eau, ce Canal Grande qui s'ouvre sur l'Adriatique et la Méditerranée, a vu se hisser et s'affaler les voiles de milliers de vaisseaux, ceux de la conquête d'abord, ceux du commerce ensuite, qui partaient chargés des bois du Trentin, du fer de Carinthie, des verres et cristaux de Murano, du cuivre et de l'argent de Bohême et de Slovaquie, et revenaient avec les cuirs de Chypre, les céréales de Crète, les parfums d'Arabie et les épices des Indes, que les marchands musulmans vendaient en Egypte. Que de caraques et de galères se sont croisées ici, à la pointe de la presqu'île de Dorsoduro occupée par la douane de mer ! Mais certains voyageurs ne se contentèrent pas de suivre ces itinéraires presque routiniers. Ainsi Marco Polo, qui a consigné le récit de ses expéditions lointaines dans le «Livre des merveilles" ( 1298 ), embarquera à l'âge de 15 ans et passera vingt-cinq années de sa vie en Asie, avant de se rendre en Chine, de traverser l'Anatolie,  le Pamir et le désert de Gobi, d'escorter une princesse mongole jusqu'en Perse et de regagner enfin sa ville natale. A sa suite, les Vénitiens choisiront un autre itinéraire par le Tigre, l'Euphrate et la mer Caspienne pour se rendre à leur tour en Chine avec laquelle ils commerceront.

 


Souvenons-nous que l'art de la régate est une invention vénitienne. Ce genre de divertissement permettait à la "Reine des mers" de maintenir en excellente forme des rameurs capables de servir à tous moments sur les galères militaires. De tous les bateaux civils, aucun n'est plus populaire que la gondole, qui a tant frappé l'imagination des visiteurs et demeure le symbole de la ville. Chateaubriand, surpris de leur couleur noire, crut, en apercevant pour la première fois des gondoles, qu'il assistait à quelque funéraille ! Et il est vrai qu'à Venise les morts sont conduits au cimetière de San Michelle par bateau. Théophile Gautier sera ravi par le spectacle des gondoles auxquelles il consacrera ces lignes : " La gondole est une production naturelle de Venise, un être ayant sa vie spéciale et locale, une espèce de poisson qui ne peut subsister que dans l'eau du canal. (...) La ville est une madrépore dont la gondole est le mollusque ". Quant à son origine, elle reste obscure. Peut-être existait-elle déjà dans les premiers temps de la Cité ? Nous savons avec certitude qu'elle voguait sur les canaux vénitiens au détour du XIe siècle.

 

 

Mais revenons à nos doges qui, à l'exception de trois ou quatre d'entre eux, n'ont pas laissé dans l'histoire de leur ville un souvenir impérissable, sinon celui de bons gestionnaires, leur pouvoir restreint ne leur octroyant que la charge de veiller au bon fonctionnement de la Sérénissime, d'assurer une permanence et de faire respecter les lois que promouvait un gouvernement oligarchique très moderne de par ses structures souples et son esprit collégial. Non, en dehors de Enrico Dandolo qui contribua à la chute de Constantinople alors qu'il avait près de 90 ans, de Sebastiano Venier, vainqueur à Lépante en 1571 ou de Francesco Morosini qui reconquit la Morée ( Péloponnèse ) en 1694, leurs portraits s'alignent dans l'une des salles du palais sans nous évoquer de flamboyantes épopées. Au final, ce sont les artistes qui ont marqué la ville de leur empreinte persistante et non les détenteurs du pouvoir ou les grands marchands, dont ces 200 familles qui contribuèrent à sa fabuleuse richesse. Mais cette richesse aura eu le mérite d'être bien employée et de permettre à des artistes incomparables de donner leur mesure. Oui, la Venise que l'on admire aujourd'hui, dans laquelle on se plaît à flâner, qui a résisté aux outrages du temps et, parfois, à l'inconséquence des héritiers, est bien la Venise de Palladio, Sansovino, Tiepolo, Véronèse, Carpaccio, Tintoret, Lombardo père et fils, Coducci, le Titien, Bellini, da Ponte, Scamozzi, Longherra, Benoni, Longhi, Canaletto, Guardi, Falcone, Fumiani, Sardi, Tremignon, Rossi, Massari, Boschetti, Veneziano, Bassano, Ricci ou Canova. Ce sont eux qui ont édifié les palais, les ponts, les demeures patriciennes, les basiliques, les campaniles, les loggias, les galeries, les innombrables églises, ont réalisé les fresques, les mosaïques, les pavages, les statues, les plafonds peints, les sculptures, les ferronneries, eux qui surent allier les styles, le byzantin, le gothique fleuri, le néo-classique, le baroque, et faire de leur ville une patrie des arts et un hymne à la beauté. Ici les chefs-d'oeuvre prolifèrent comme si le génie avait été contagieux et du palais des doges à la plus humble chapelle ne cessent de solliciter notre regard.

 

 

La ville, dans sa complexité urbaine, compte six quartiers, tous différents les uns des autres, organisés autour de son Grand Canal, merveilleuse artère, limpide ou sombre selon l'humeur du ciel et des saisons. En effet, rien de comparable entre l'animation populaire de la via Garibaldi à Castelo, le fourmillement commerçant du Rialto ou la douceur de vivre qui émane de certains coins du Dorsoduro. Et aucune similitude entre les abords du Grand Canal et ses luxueuses demeures et le calme presque villageois du nord de Cannaregio. Ville dont les limites sont définitivement fixée, elle se morcelle en une infinité d'îlots reliés par plus de 400 ponts à degrés, ce qui la sauvera de la transformation brutale dont tant d'autres villes eurent à souffrir. Si bien que les Vénitiens d'aujourd'hui ont, à peu de choses près, les mêmes modes d'existence que leurs ancêtres et, ce, dans un décor intemporel. L'absence de véhicules à roues permet aux piétons de vivre leur existence de piéton en toute quiétude et de circuler sans danger, ni contrainte, se laissant gagner par l'harmonieux silence où ne se perçoivent que les voix, l'écho des pas, les chansons, le roucoulement des pigeons et les cloches qui sonnent les heures. Menant la vie normale de l'agora et des forums, ce piéton  conserve les privilèges de l'être humain à son meilleur stade de civilisation. A vivre ainsi au contact de la beauté ne retrouve-t-il pas naturellement sa bienveillance et son urbanité, celles même des Vénitiens toujours bien disposés à vous indiquer votre chemin lorsque vous vous égarez dans le bienheureux labyrinthe des calli.

 

 

Dans cette plénitude de beauté que nous devons à nos ancêtres, je n'ai déploré que deux fausses notes, dues à ces désagrément d'un autre ordre dont je vous parlais plus haut, soit  la présence de plus en plus encombrante des marchands du temple et les graffitis qui viennent jeter sur les perfections d'antan les stigmates désolants de notre décadence.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Proust et Venise 

 

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