Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 08:48

1271324118_2007-07izsinaivuemonastere.jpg

 

" Et sur cette mer figée, soudain, une caravelle de vie et d'espérance immobilisée là depuis des siècles."

 

Il y a d'abord le désert, un monde minéral, surprenant, qui déploie à l'infini ses entablements rocheux, ses monts sculptés, ses pistes caillouteuses ou ses bombements de sable qui prennent au soleil la couleur de l'or et du feu. Etrange, fabuleux labyrinthe en plein vent, où, il y a de cela très longtemps, Dieu parlait à l'oreille de Moïse. Oui, terre originelle que les siècles n'ont point changée et qui semble nous offrir, dans le silence et la solitude, un cliché véridique de ce que fût, au commencement des temps, l'aurore du monde. Est-ce donc ici que tout commence ou que tout finit ?  Est-ce ici que nous est présenté la géologie primitive de notre planète, sa face immémoriale que le passage des siècles n'est pas parvenu à changer ? Car, en ces lieux, règnent le chaos, celui qui présida à la naissance de la terre, avant que l'homme ne vienne y inscrire son oeuvre personnelle. C'est sans doute l'absence de civilisation qui frappe, parce que rien du quotidien de l'existence humaine n'y est visible. La route est comme une piste, celle que quelques nomades empruntent ( on en recense 80.000 ) pour le traverser à dos de chameaux et que l'on surprend, de loin en loin, fragiles esquifs dans cette mer de sable et de pierre où la température peut atteindre les 50°. Mer figée, immense à parcourir. On imagine ce qu'éprouvèrent les enfants d'Israël errant quarante ans dans ce territoire inhospitalier où la nature a oublié de sourire !  Par chance, le Sinaï est resté à l'écart des invasions touristiques, encore préservé des migrations contemporaines, d'où la sensation exaltante de pénétrer en un désert, mythique pour les uns, mystique pour les autres.

 

Néanmoins, le Sinaï est, depuis les temps les plus reculés, un carrefour important, une porte entre l'Afrique et l'Asie et un pont entre la Méditerranée et la Mer Rouge. Au XVIe siècle avant notre ère, les pharaons avaient construit la route de Shur qui les menait jusqu'à Beersheba et Jérusalem. Les Nabatéens, puis les Romains, utilisaient, quant à eux, une autre voie que l'on nomme aujourd'hui Darb-el-Hadj, ce qui signifie " route des pèlerins". Malgré son aridité terrifiante, le Sinaï surprend ses rares visiteurs par sa beauté. Si la terre ne se prête pas à l'agriculture et si les Bédouins n'y survivent que grâce aux palmiers-dattiers, aux légumes qui poussent autour des points d'eau et à leurs troupeaux qui paissent sur les collines, elle n'en est pas moins grandiose. En dehors de ces quelques vies humaines, elle appartient au loup et au renard, la hyène et la chèvre sauvage, l'aigle et la gazelle. Car elle ne semble être là pour personne, que pour elle-même...

 

Quelle route fut celle des enfants d'Israël, en ce territoire sévère et hostile, quand ils quittèrent l'Egypte pour se rendre à Canaan sous la conduite de Moïse ? Bien que le tracé exact soit controversé par les érudits, il semblerait que celui-ci, une fois la Mer Rouge traversée, passait par Elim ( ce que l'on pense être l'actuel El-Tur ) avec ses 12 puits et ses 70 palmiers, puis par la plaine d'Ebran ( Wadi Hebran ) et, ce, jusqu'au Mont Horeb, où il leur avait été demandé de fonder une organisation religieuse et sociale. Tandis que notre car progresse, soudain nous apercevons, dans une étroite vallée pierreuse, les murs de la forteresse monastique construite par l'empereur Justinien au VIe siècle et qui est devenue le monastère Ste Catherine, au pied du Mt Moïse. A l'intérieur de l'enceinte, qui conserve sa silhouette primitive, et ne fut jamais, au cours des siècles, ni conquise, ni détruite, se regroupent des constructions d'époques diverses, dont une église, une mosquée, un musée, une bibliothèque, un ossuaire et les bâtiments conventuels du plus vieux monastère chrétien élevé à l'endroit précis où Dieu se serait révélé à Moïse dans le miracle du Buisson Ardent.

Les premiers moines vécurent dans une extrême pauvreté et certains furent victimes des nomades maraudeurs jusqu'au moment où ils envoyèrent une requête à Médine en 625 pour demander à Mahomet sa protection politique. Celle-ci leur fut accordée et la preuve en est toujours visible grâce à un document ( l'original se trouve en Crète ) que Mahomet en personne signa avec la paume de sa main. On raconte qu'il séjourna au monastère alors qu'il était encore marchand, ce qui est plausible, le Coran mentionnant les lieux sacrés du Sinaï. Si bien que lors de la présence ottomane dans la Péninsule, le monastère fut épargné. La Mosquée, construite vers le Xe siècle, est là pour rappeler que le Sinaï est aussi un carrefour des religions. D'ailleurs, à l'intérieur de l'enceinte, on croise autant de Chrétiens que de Musulmans ou de Juifs, venus en famille avec leurs enfants, se recueillir et admirer les pièces rares que recèle le musée, dont des icônes de la période byzantine (du  IVe au Xe siècle ) réalisées selon la technique de la cire fondue. La plus belle, selon moi, est un Christ Pantocrator de la fin du VIe siècle qui plonge son regard dans le vôtre comme s'il lisait au plus profond de vous. Saisissant !

 

1271323656_stecath.jpg


 Christ Pantocrator du musée Ste Catherine du Sinaï


Le musée contient également de très beaux objets du culte comme une mitre en vermeil datant de 1678, don de la Crète, et un somptueux reliquaire de la même provenance, ainsi que des vêtements sacerdotaux et une bibliothèque réputée comme la plus grande et la plus importante après celle du Vatican. La pièce d'exception est le Codex Syriacus que l'on date du milieu du IVe siècle et qui est considéré comme le manuscrit le plus précieux au monde. Malgré les merveilles qu'il abrite, le monastère frappe par sa simplicité. Tout y reflète le calme, tout y est imprégné de recueillement. On peut vraiment dire qu'ici le temps suspend son vol...


Plus loin, le jardin s'étend comme un long triangle et forme une véritable oasis au milieu des montagnes abruptes. A force d'efforts, les moines, appartenant à l'Eglise grecque orthodoxe, sont parvenus à faire pousser quelques palmiers, des plantes aromatiques et médicinales. A l'est,  se trouve une colline où vivaient Jethro et ses sept filles, dont l'une devint l'épouse de Moïse. De là, on aperçoit deux sommets : celui de Moïse ou Sinaï ou Saint Sommet ou encore Mont Horeb selon la Bible, qui culmine à 2285m et celui de Sainte Catherine ( 2637 m ), du nom de cette jeune fille née à Alexandrie qui tint tête à l'empereur Maxence au début du IVe siècle. L'empereur, ayant donné l'ordre à cinquante sages de lui faire adjurer sa foi chrétienne, la jeune fille réussit à les convertir par la force de ses arguments. Sous la torture, au lieu de plier, son courage et ses convictions eurent pour conséquence de subjuguer l'impératrice elle-même et quelques-uns des membres de la Cour. Ses restes, retrouvés non loin du monastère par un religieux, font dorénavant l'objet d'une vénération et reposent dans un reliquaire au coeur de l'église.
Il est midi, les cloches sonnent, joyeux carillon au coeur de cette sévérité. Notre dernière visite sera pour la chapelle du Buisson Ardent de style byzantin. En cet endroit, le pèlerin entre en se déchaussant, en souvenir du commandement de Dieu à Moïse : " Ote les sandales de tes pieds, car l'endroit où tu te trouves est saint ". Fait inhabituel, l'autel n'est pas érigé au-dessus de reliques, mais sur les racines du Buisson. Dans l'abside, la mosaïque de la Transfiguration est la plus ancienne d'Orient. Quant au buisson, il pousse toujours à quelques mètres de la chapelle où il a été transporté. C'est le seul buisson de son espèce dans la péninsule du Sinaï.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

   1266426964 jordanie-egypte-740 wince         

          Vue du mont Sinaï ou mont Moïse

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Le monastère Sainte Catherine su Sinaï
Le monastère Sainte Catherine su Sinaï

Le monastère Sainte Catherine su Sinaï

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 09:48
Trouville, le havre des artistes

 trouville plage (WinCE)

 

Trouville, contrairement à Deauville, a eu l’avantage d’être découverte, non par des financiers et des promoteurs, mais par des artistes. En ce coin privilégié du littoral, ils se sont toujours sentis chez eux ; ce, depuis le temps où la mère Ozerais accueillait Alexandre Dumas. A sa suite, d’autres artistes s’y sont installés, y ont résidé, peint, écrit, tourné des films, photographié, construit. Autre avantage, qui n’est pas l’un des moindres, Trouville a su grandir sans se défigurer. Cela grâce aux personnalités éclairées qui se sont succédées pour lui donner le visage qu’elle a aujourd’hui : Couyère l’artisan des premiers travaux d’infrastructure, le comte d’Hautpoul, le baron Clary et, à partir de 1935, le bienfaiteur de la ville, dont le quai porte le nom, Fernand Moureaux. Quant au nom de Trouville, d’où provient-il ? Sans doute d’un toponyme hybride, mi-roman, mi-scandinave. Le trou ou Thörulfr dériverait du nom du possesseur du lieu,  à l’origine un Viking prénommé Turold, l’un de ces nombreux et fameux navigateurs qui descendirent des brumes de Norvège ou du Danemark à bord de leurs drakkars et surent faire souche en épousant des jeunes filles du cru, nous donnant l’exemple d’une assimilation parfaitement réussie.

 

A une heure du matin, le samedi 4 janvier 1549, le sire de Gouberville quitta Honfleur avec chevaux et valet. Il partait en pleine nuit pour «avoir la grève », c’est-à-dire profiter de la marée basse pour atteindre Trouville au passage de la Touques. Dans l’ombre nocturne, les cavaliers avaient à éviter les moulières et roches noires, mais le chemin était plus aisé, plus court que les mauvaises routes de l’époque. Il s’agit bien de Trouville où le bac et ses passeurs étaient utilisés lorsque l’heure tardive et le flot, grossi par la marée montante, incitaient à la prudence. Mais le jour, on n’était point contraint à cela. Les cavaliers passaient la rivière à gué et les piétons utilisaient la barque de traversée. A marée haute, un bateau passager de plus grande taille embarquait les uns et les autres.

 

Aux alentours de 1600, Trouville était déjà un havre, c’est-à-dire un abri, un refuge pour les navires. En 1599, Robert Esnault d’Hennequeville arme un bâtiment pour aller s’approvisionner en sel jusqu’aux rivages de Galice et il n’est pas rare que d’autres armateurs envisagent des courses jusqu’en Ecosse, au Portugal, au Pays-Bas et à Terre-Neuve. A Trouville, en ces temps anciens, on pouvait être à la fois cultivateur, propriétaire de saline, maître et bourgeois de navire. Au XIXe siècle, Flaubert parlera d’une falaise surplombant des bateaux. Avant d’être reine des plages, Trouville fut d’abord et avant tout …un port. Quand la population commença de s’accroître à la fin de l’ancien régime, le village initial, aux masures couvertes de chaume, était devenu trop étroit au pied du vallon de Callenville. Désormais les demeures ne cesseront plus de gagner sur la dune et d’occuper les étendues sableuses de la péninsule de la Cahotte. C’est ainsi qu’un certain Pierre Grégoire Ozerais fait l’acquisition d’une portion de terrain en herbe le 17 mai 1783 pour y construire une maison, qui deviendra peu de temps après l’auberge du Bras d’or, tandis que la bourgade de pêcheurs poursuit tranquillement son développement. La construction navale prospère et le quai ne sert plus seulement à l’accostage des barques de pêche, mais au déchargement des navires marchands.


Mais voilà que par une journée de l’été 1825 arrive d’Honfleur, à marée basse, par le chemin de grève, un peintre de 19 ans qui va poser son chevalet et planter son parasol sur les bords de la Touques. Il s’appelle Charles Mozin et il est tellement séduit par le paysage qu’il décide de résider là un moment et prend pension à l’auberge du Bras d’or. Bien que celle-ci ne soit pas particulièrement confortable, le lieu l’enchante et le jeune peintre ne se lasse pas de dessiner Trouville sous toutes ses facettes : ses collines verdoyantes, ses pêcheuses sur la plage, ses barques dans la tempête, son estuaire au flux ou au jusant et, par-dessus tout, les ciels qui varient de couleur et d’intensité à chaque heure. Mozin vient de lancer Trouville sans le savoir. Il est bientôt rejoint chez la mère Ozerais par Eugène Isabey, Paul Huet, Alexandre Decamps et Alexandre Dumas. Si bien que le monde élégant n’a plus qu’à suivre, après qu’il y ait été encouragé par les descriptions de Dumas et les toiles de Mozin.

Une des premières personnalités à acquérir une demeure sera la comtesse de Boigne, célèbre mémorialiste, qui achète en mars 1850 quarante ares d’une propriété qui faisait autrefois partie du presbytère de l’église Saint Jean-Baptiste, acquise par un cultivateur lors de la vente des biens du clergé. Elle et son ami le duc Pasquier, ancien conseiller d’état et préfet de police de Paris, membre de l’Académie française, seront les personnalités influentes qui contribueront à la prospérité de la région.

 

Le 1er juillet 1847 a lieu l’ouverture du nouveau Salon des bains de mer sur un terrain ayant appartenu au docteur Olliffe, ce même docteur qui avait incité le frère de l’empereur, le duc de Morny, à s’intéresser aux étendues marécageuses qui se déployaient à perte de vue de l’autre côté de la Touques… Mais pour lors, Deauville n’existe pas et Trouville brille déjà de tous ses feux. Les bains de mer sont à la mode,  la petite ville ayant pris le relais de Dieppe lancé par la duchesse de Berry. En 1845, le comte d’Hautpoul est élu maire. Il est le fils du général d’Hautpoul, tué à la bataille d’Eylau et de la princesse de Wagram, fille du maréchal Berthier. C’est lui qui  va marquer le paysage architectural de la ville, alors que son épouse s’emploiera à des tâches charitables. Tandis que le comte termine les travaux de l’église Notre-Dame des Victoires, offrant sur sa cassette personnelle le maître-autel, l’une des cloches et la décoration picturale, la comtesse Caroline inaugure des orphelinats et des maisons ouvrières. A ce moment, Trouville a doublé sa population qui s’élève au respectable chiffre de 3.504 habitants. Aux aristocrates du début, qui ont bâti les premières grandes villas, ainsi la villa persane de la princesse de Sagan, celles de Monsieur de la Trémouille ou de la marquise de Montebello ou encore de Gallifet, s’ajouteront, à partir de 1860, la villa de Formeville, celle du docteur Olliffe, voisine de la villa de Monsieur Leroy d’Etiolle, tant et si bien que le modeste petit port est devenu un lieu de villégiature recherché par des estivants tout autant épris de sport et de grand air que de confort et de mondanités.

 

Les activités sportives constituent, en effet, un élément majeur de la vie balnéaire qui se doit d’être une fête permanente. Aux bains de mer, appréciés pour leurs vertus thérapeutiques et aux courses de chevaux pratiquées dans une région qui a la réputation d’être le paradis de ce noble animal, s’ajoute la plaisance qui séduit une clientèle de plus en plus large. C’est à Trouville qu’est créée la Coupe de France en 1891 et en 1906 les épreuves de régates dureront deux jours et seront remportées par une équipe allemande. Trouville aura aussi son vélodrome et, en 1893, le premier Paris-Trouville sera patronné par le Journal et ouvert aux vélopédistes comme aux tandémistes. Comment s’ennuyer à Trouville dont la municipalité met sur pied une fête des fleurs avec un défilé de 300 voitures, des tournois de lutte, un championnat international de catch ? Enfin il y a le casino qui a été complété par une salle de spectacle, si bien que cette fin du XIXe voit la cité au faîte de sa renommée.

 

C’est l’époque des artistes et des peintres et Dieu sait qu’ils seront nombreux à apprécier ce village de pêcheurs qui avait tant séduit Mozin, du temps où il était inconnu, mais qui ne leur déplait pas aujourd’hui qu’il a été rattrapé par le succès. Dans les rues montantes couronnant sa colline, sur la plage ou la jetée, on croise Boudin, Courbet, Whistler, Monet, Corot, Bonnard, Charles Pecrus, Degas, Helleu, Dufy, Marquet, Dubourg, pour ne citer que les plus prestigieux. Davantage que le pittoresque, c’est la qualité de la lumière qui fascine, le duo subtil de l’eau et du ciel, les masses de couleurs distribuées par l’ocre des sables et les toilettes des femmes, les jeux d’ombres perpétrés par les parasols et les ombrelles qui deviendront emblématiques de l’impressionnisme. Tous essaieront de rendre sensible les vibrations de la lumière, les glacis fluides qui l’accompagnent et cet aspect  porcelainé dont parlait Boudin. Sans doute doivent-ils à cette atmosphère quelques-unes de leurs plus belles toiles. Mais les peintres ne sont pas les seuls à être subjugués par la beauté des lieux : les écrivains ne sont pas en reste. Au manoir de la Cour Brûlée d’abord, ensuite dans celui des Mûriers qu’elle fera construire, Madame Straus, veuve du compositeur Bizet, transporte et prolonge, à la saison estivale, son salon parisien. Après Flaubert, qui était tombé amoureux à Trouville de la belle Madame Schlésinger : "Chaque matin, j’allais la voir se baigner. Je la contemplais de loin sous l’eau ; j’enviais la vague molle et paisible qui battait ses flancs et couvrait d’écume sa poitrine haletante ; je voyais le contour de ses membres sous les vêtements mouillés qui la couvraient. Et puis, quand elle passait près de moi, j’entendais l’eau tomber de ses habits" - écrira-t-il de celle qui lui inspira le personnage central de son roman   « L’éducation sentimentale » - après Alexandre Dumas qui appréciait à Trouville sa belle chambre à l’hôtel du Bras d’or et les repas copieux qu’on lui servait pour un prix dérisoire, apparaît, comme le familier du salon de Geneviève Straus, Marcel Proust. Certes, il avait déjà séjourné avec sa mère à l’hôtel des Roches-Noires, mais ce seront les vacances passées auprès de ses amis Straus et Finaly qui lui laisseront le souvenir le plus prégnant.  Il y retrouvera ses camarades du lycée Condorcet, Jacques Bizet, Jacques Baignières, Fernand Gregh, Louis de la Salle, et se plaira à être l’un des habitués de ce cercle «Verdurin-sur-mer». Le soir, on s’attardait à bavarder sous les tonnelles où couraient les ampélopsis et les chèvrefeuilles, tandis que Mme Straus, bien campée sur son  trône en rotin, bavardait avec Edgar Degas et Anna de Noailles, Guy de Maupassant et Abel Hermant, Léon Delafosse et Charles Haas.

 

Le train à voie étroite ramenait chaque été son lot de villégiaturistes. Les passagers descendaient enveloppés dans des pelisses, les femmes dissimulées sous des voilettes qui les protégeaient des escarbilles. Les calèches attendaient devant la gare, inaugurée en 1863, trois ans après le pont de la Touques et qui, dorénavant, reliait Trouville à Deauville, sa cadette. Après-midi embaumés sous les vérandas, siestes rêveuses derrière les jalousies, promenades dans les sentes qui longeaient la mer, d’où l’on respirait le parfum mêlé de feuillées, de lait et de sel marin. «  Nous étions sortis d’un petit bois et avions suivi un lacis de chemins assez fréquentés dans la campagne qui domine Trouville et les chemins creux qui séparent les champs peuplés de pommiers chargés de fruits, bordés de haies qui laissent parfois apercevoir la mer, (…) le plus admirable pays que l’on puisse voir dans la campagne la plus belle avec des vues de mer idéales ».  (Marcel Proust - Lettre à Louise de Mornand - 1905 )

 

Quant à Deauville, elle commençait de s’émanciper et la période 1910-1912 sera décisive pour les stations des deux rives de la Touques. Trouville n’était plus la seule à capter l‘attention ; il fallait compter avec Deauville. La lutte fut d’autant plus rude que s’y mêlèrent politique, lutte des classes et rivalités de personnes. Ce fut entre autre la guerre des casinos. Les joueurs et les milieux mondains s’amusaient à parier sur l’un ou sur l’autre, selon la montée ou la baisse de leurs actions…Mais bientôt la mise fut remportée par le magicien de la nuit Eugène Cornuché qui entraîna les initiés dans le somptueux établissement qu’il inaugurait à Deauville. Les Trouvillais n’avaient plus que leurs larmes pour pleurer ; mais voilà que des nuages s’accumulaient à l’horizon et que le tocsin s’apprêtait à retentir dans toutes les églises de France : la déclaration de guerre, cette guerre née de la compétition des grandes puissances européennes, eut lieu durant l’été 14, si bien que les casinos rivaux se virent réquisitionnés comme « hôpitaux complémentaires » et  les joueurs relégués à d’autres tâches.

 

Lorsqu’au début de 1916 les blessés furent transférés à la caserne Hamelin de Caen, les casinos furent rendus à la vie civile et, dès septembre 1916, certaines personnalités politiques et mondaines s’activèrent pour redonner vie au vieux casino-salon dans le but de ramener une partie de la haute société. Le 13 juillet 1917 au soir, la salle était comble et l’édifice cerné de lumière et, bien que la guerre perdura, les festivités avaient repris dans les deux stations. En 1922, Cornuché,  qui avait fait la gloire du casino de Deauville, reprenait pied à Trouville. L’empereur des jeux mettait un terme à la compétition des deux casinos en les gérant l’un et l’autre et en faisant en sorte de les rendre complémentaires. Mais une station comme Trouville pouvait-elle se contenter du seul produit des jeux ? Certes non !  Par chance, deux hommes se proposaient de se consacrer à sa modernisation et à son embellissement ; un maire Fernand Moreaux ( 1863-1956 ) et un architecte Maurice Vincent. Moureaux écrivait ceci : «  Avec sa plage et son décor de verdure, notre cité devrait être une station estivale de premier ordre. Si cette ville était dirigée par des hommes, artistes de goût, vous verriez un joyau de prix inestimable et rare ». Le prix, il le paiera souvent de ses deniers, en mécène éclairé et d’une folle générosité, qui ambitionnait de redonner au petit port, découvert par Mozin, fréquenté par Musset, Hugo, Flaubert, Gounod, Thérèse de Lisieux, son caractère et son charme, tout en l'actualisant, car il faut bien vivre avec son temps ; cela, sans omettre de renchérir sur son pittoresque. Ainsi vont s’élever sur les quais rénovés et d’après les plans de Maurice Vincent, la nouvelle poissonnerie avec criée et se réaliser la normandisation des maisons qui bordent la Touques. En 1935 sort également de terre l’établissement des Bains de mer, la piscine bleue. La reine des plages entend se rendre plus conviviale et y réussit, puisque arrivent, par cars entiers ou trains surprises, les nouveaux vacanciers, impatients de bénéficier de l'air vivifiant du littoral. Il est vrai que la population balnéaire a changé : celle du XIXe siècle était relativement homogène, constituée principalement par l’aristocratie, les propriétaires et rentiers. Au début du XXe, et surtout après la guerre de 14, la noblesse s’est appauvrie et elle est peu à peu remplacée par des hommes d’affaires, banquiers, industriels, directeurs de journaux, clientèle plus active et mobile. Ainsi le brassage amorcé à la Belle Epoque trouve-t-il son plein épanouissement. Cela a un coût : l’obligation de s’adapter aux exigences de ces nouveaux estivants en agrandissant et en réhabilitant le capital hôtelier. Trouville possède bien deux hôtels de classe internationale, celui des Roches-Noires, peint par Monet, où Proust a séjourné, et l’hôtel de Paris, mais ce potentiel est insuffisant ; aussi vers 1910 inaugure-t-elle le Trouville-Palace qui réunit les caractéristiques du palace moderne : façade monumentale, larges fenêtres et chambres claires équipées de salles de bains.

 

C’est alors que la seconde guerre mondiale s’annonce et que Trouville  passe, sans transition, de l’heure des fêtes et des palaces, des bains de mer et des salles de jeux, à l’heure allemande. Le 19 juin 1940, dans une ville presque déserte, les premières troupes montent à l’assaut des rues comme une sombre marée et, durant quatre années, Trouville et ses habitants vont connaître la vie rude et austère des occupés. Officiers et sous-officiers  réquisitionnent immédiatement les hôtels, les villas, les immeubles, tandis que les avions anglais, qui tentent des raids, provoquent les tirs des batteries ennemies. En 1942, lorsque commence la construction du mur de l’Atlantique en vue de repousser un éventuel débarquement, barrages, blockhaus se dressent et les  ouvertures des villas et demeures du front de mer sont murées. Beaucoup de maisons seront évacuées et les habitants tenus à chercher asile ailleurs. En juillet 1943, les Allemands détruisent la jetée- promenade qui permettait l’accostage des bateaux à vapeur en provenance du Havre. En 44, les bombardements s’intensifient, entraînant des destructions importantes dans le patrimoine immobilier. Le 4 juin, on annonce que le débarquement est pour bientôt. Le 6 juin à 6 heures du matin, les Allemands font sauter les écluses du port de Deauville et un immeuble, rampe Notre-Dame à Trouville, est détruit parce qu’il gêne les tirs des canons installés à l’arrière, ce qui, du même coup, pulvérise les vitraux de l’église toute proche, là où la petite Thérèse se plaisait à aller prier lors de ses vacances trouvillaises. Le 21 août, c’est au tour du pont reliant Trouville à Deauville de sauter, causant de nombreux dégâts. Mais les alliés arrivent et le 24 août a lieu la libération. Les premiers à enjamber la Touques, sur les débris du pont, seront les combattants belges de la brigade Piron. Hélas, la semaine suivante, le Havre est écrasé sous les bombardements alliés. Comment oublier autant d’épreuves ? Cette guerre a laissé des traces durables; la Normandie a souffert plus qu’aucune autre région, les plaies seront longues à cicatriser. Le généreux maire Fernand Moureaux, l’haussmann trouvillais, président-fondateur de l’apéritif SUZE, avance sur ses fonds personnels ceux nécessaires à la destruction des blockhaus. Il ne faudra pas moins de douze années pour réparer les dommages immobiliers, déminer et redonner à la cité son cachet. Beaucoup de changements vont s’avérer inévitables : les grands hôtels seront reconvertis en appartements, un complexe nautique remplacera les bains bleus et la magnifique jetée-promenade ne verra pas aboutir, hélas ! les plans élaborés pour sa reconstruction.

 

Dès 1950, l’hôtel des Roches-Noires, après avoir servi d’hôpital militaire, devient une résidence privée où Marguerite Duras acquiert, en 1963, un appartement, ayant eu le coup de foudre pour ce village où tout le monde se connaît et dont elle disait qu’il possédait un charme très violent, immédiat. Le flux et reflux de la mer, qu’elle aimait à observer de ses fenêtres, lui rappelaient le mouvement des eaux dans l’Indochine de son enfance. L’écrivain avait avec elle une relation intime, viscérale, et avouait que lorsqu’elle quittait Trouville, elle perdait un peu de lumière. Elle y  séjournera souvent et y écrira "La vie matérielle", "L’été 80", "Yeux bleus, cheveux noirs" ; elle souhaitait d’ailleurs qu’on l’appelât Marguerite Duras de Trouville. Il est vrai que les artistes n’ont jamais manqué à Trouville. A Flaubert, Maxime Du Camp, Maupassant, Proust succédèrent des écrivains comme Duras, Modiano, Louis Pauwels ou Jérôme Garcin ; à Boudin et Corot, des peintres comme Hambourg, l’humoriste Savignac, le photographe Lartigue ; à Yvette Guibert et Loïe Fuller, qui faisaient les beaux jours de L’Eden-Théâtre, des actrices et acteurs, tels qu’Emmanuella Riva, Gérard Depardieu, Annie Girardot, Antoine de Caunes. Chacun a aimé ou aime à marcher, à la fin du jour, sur la plage livrée aux seuls oiseaux de mer où « dans cette atmosphère humide et douce s’épanouissent, le soir, en quelques instants, de ces bouquets célestes bleus et roses, qui sont incomparables et qui mettent des heures à se faner ». ( Marcel Proust - La Recherche )  

 

Chacun y a ses habitudes : les fruits de mer aux Voiles ou aux Vapeurs pour les uns, les pâtisseries de Charlotte Corday pour les autres, les pulls en cachemire de la "Petite Jeannette" ou les vêtements marins du "Loup de mer", ou encore une nuit dans un 5 étoiles à l'hôtel des Cures Marines. De même que chacun a son trouville :  rues étroites et pentues, quartiers pittoresques pour y flâner,  lieux de solitude pour y rêver. Dans une ambiance bon enfant se mêlent les résidents, les pêcheurs, les saisonniers. Parce qu’on l’aime pour mille raisons, la France s’est émue lorsque sa célèbre halle aux poissons a brûlé à l’aube du 24 septembre 2006. Les messages de sympathie et les dons affluèrent en si grand nombre que la municipalité a réagi avec une louable promptitude. Cette halle a été reconstruite à l’identique pour que le visage de Trouville, si familier et apprécié, ne soit pas défiguré et que l’œuvre de Maurice Vincent, Halley et Davy retrouve sa splendeur passée, ainsi qu’il convient à un édifice inscrit à l’inventaire des monuments historiques. Le destin de Trouville ne s’est-il pas inscrit dans la durée ?

 

 

 Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Les planches de Trouville au début du XXe siècle.

Les planches de Trouville au début du XXe siècle.

La fameuse jetée qui permettait au bateau reliant le Havre à Trouville d'accoster.

La fameuse jetée qui permettait au bateau reliant le Havre à Trouville d'accoster.

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 09:26
Voyage en Polynésie française

 

 1263894188 iles 1 wince 

 

Nous en rêvions depuis longtemps. S’envoler un jour vers ces îles lointaines qui semblent posées sur l’océan et serties comme des perles précieuses dans l’anneau émeraude des lagons, connaître la couleur du Pacifique, le parfum des fleurs de tiaré avec leurs corolles blanches et cireuses, celles du jasmin, de l’ylang-ylang et du frangipanier que les navigateurs d’autrefois respiraient avant même de discerner les contours des îles, comme une fragrance envoûtante. Puis, découvrir, ainsi qu’ils le faisaient, les paysages somptueux avec Mooréa au premier plan, Tahiti au fond, le bleu dur de la mer, le liserai d’écume qui ourle le littoral, surplombé par la masse sombre des montagnes, auxquelles s’accrochent les nuages, avant d’entrer en contact avec une population dont la légende veut qu’elle soit d’origine améridienne, arrivée en Polynésie à bord de pirogues depuis les rives sud-américaines, il y a de cela plusieurs millénaires. Aujourd’hui, il semble plus probable que cette population soit austronésienne, les Océaniens poursuivant leur lente avancée dans le Pacifique plus d’un millier d’années avant J.C. Excellents navigateurs, ils connaissaient déjà les ciels nocturnes et leurs moindres constellations et le langage de la houle et des vents. En un millénaire, ils s’implantèrent dans la Polynésie centrale et orientale, des îles Cook et de la Société à Hawaï et à l’île de Pâques. Oui, nous désirions connaître cela et, pour y parvenir, nous n’avons pas hésité à casser notre tirelire, d’autant plus que le franc pacifique, en cette année 1984, était le double du franc métropole. Aussi le voyage se ferait-il dans des hôtels ou pensions de famille au coût raisonnable, avec un seul repas par jour et les caboteurs chargés du courrier et du ravitaillement comme moyen de transport entre les îles, à l’exception de Bora-Bora, trop éloignée de Tahiti et, pour laquelle, nous serions tenus de prendre l’avion.

 

C’est un 21 juillet que nous avons décollé de Roissy pour Los Angeles dans un boeing 747. Douze heures de vol par le sud du Groenland, la baie d’Hudson et une partie des Etats-Unis, avec l’immensité des champs de céréales découpant géographiquement le sol en plaques de couleur. A Los Angeles, escale de 4 heures, ce qui paraît long en pleine nuit et ré-embarquement sur un DC 10 pour Papeete. Lorsque nous descendons de l’avion à Faa, je suis pieds nus, tant mes chevilles ont gonflé durant ces 22 heures de voyage. Le parcours en car depuis l’aéroport jusqu’à notre modeste hôtel, en pleine nuit, ne nous laissera aucun souvenir. Il faudra attendre le lever du soleil pour que nous découvrions les premiers paysages et au loin l’île de Mooréa se découpant dans la brume nacrée de l’aube. Pas question de dormir. Nous ne voulons pas passer au lit notre première matinée polynésienne. Une douche effacera les fatigues de ce long voyage. Le petit déjeuner avalé, nous nous enquérons d’une plage pour aller prendre notre premier bain dans le Pacifique. Mais les Maoris ne sont guère loquaces. Un battement de cil très fiu vous tiendra lieu d’explication. Comme il n’y a pas de truck le dimanche, nous voilà partis à pied vers une hypothétique plage que nous imaginons immaculément blanche. Mais il y a peu de belles plages à Tahiti, île volcanique. Par chance, nous sommes logés au sud de Papeete, non loin de Punaania qui est l’une des plus belles, frangée de bois de fer et de cocotiers. Ce premier bain dans le Pacifique n’en est pas moins décevant. Si la plage est sublime, la baignade est rendue difficile par l’abondance des coraux qui abondent jusqu’aux abords du sable.

 

Le réseau routier tahitien est limité au littoral, car l’intérieur des terres est occupé par le relief montagneux qui aligne ses flancs escarpés couverts d’une abondante végétation de pandanus, de bancouliers et de purau et que zèbrent une profusion de cascades. De là-haut les vues sont superbes mais difficilement accessibles, sinon à dos de mulet ou en 4x4 et cela coûte cher. Nous en seront réduits à quelques excursions pédestres, épuisantes par la chaleur, mais toujours récompensées par des points de vue d’une étonnante beauté.

 

C’est non loin de Punaania que Gauguin vécut de 1897 à 1901 et produisit une soixantaine de toiles dont  "D’où venons-nous" qui se trouve au musée de Boston. Dans les scènes familières, qu’il a croquées, comme "La sieste", "Le silence", "Le repos", l’artiste a su saisir les essences parfumées de l’île, les survivances des croyances ancestrales et l’insouciance lasse des femmes aux postures alanguies. Il est amusant de souligner que presque toutes les jeunes filles du coin disent descendre du peintre, leur grand-mère ayant été son modèle et son amante. Alors Dieu sait qu’il a dû en avoir !

 

Mais Tahiti ne parviendra pas à nous captiver, peut-être par son absence de chaleur humaine et les barrières infranchissables qui existent entre les diverses communautés : les Maoris, les Chinois et les Européens vivant les uns à côté des autres sans parvenir à dialoguer. Il n’y a qu’au marché de Papeete, le matin de bonne heure, que l’on est gentiment apostrophé par la gouaille des matrones qui vendent des chapeaux, des paréos, des fleurs, des multitudes de fruits et légumes, sans oublier les poissons aux écailles argentées. Il y a là une atmosphère bon enfant inoubliable, un parfum de vanille, des couleurs étincelantes et un petit quelque chose qui vous donne soudain l’impression d’être un peu moins loin de la mère patrie.

 

1303632043_moorea_baie_cook__wince_.jpg    1303632125_cook-s-bay-moorea-french__wince_.jpg

 

                            Mooréa

 

Il faudra attendre Mooréa pour que nous ressentions le premier choc, lorsque le bateau, après un long travelling le long des côtes, approche de la merveilleuse baie de Cook (Pao Pao ), d’une beauté à couper le souffle. Elle se détache majestueuse avec ses pitons rocheux comme d’altières sentinelles, dominant l’arc parfait d’une anse ceinturée de cocotiers d’un vert profond, rehaussée par l’intense indigo du la mer. Nous débarquons à Vaiare et retrouvons d’un coup le charme d’un univers paisible où défilent, dans le désordre, les plages d’or, les villages blottis à l’ombre des manguiers et des filaos, les églises coquettes, les taches vert-de-gris que font les plantations d’ananas ou celles plus sombres des forêts de calfata, heureusement égayées par les toits rouges des farés, qui jettent leur éclat sur la fastueuse déclinaison des verts polynésiens. Mooréa, en 1984, était un véritable paradis, à l’abri du tourisme de masse et des laideurs commerciales et industrielles, dont le rythme de vie s’avérait lent et la population plus hospitalière. Ici, nous allons beaucoup marcher, afin de découvrir les coins propices à goûter la vie polynésienne dans ce qu’elle a de plus authentique. Empruntant les sentiers, nous aimions à accéder aux belvédères et apercevoir les baies se profilant dans de larges échancrures marines, contempler la montagne transpercée par la flèche de Pai ( Mont Mauaputa ), parcourir des lieux humanisés par les cultures soignées des vanilliers ou assister aux sorties des messes du dimanche lorsque les paroissiens s’échangent des nouvelles et des salutations et que les vaches se prélassent insouciantes dans les rues. Au loin, des pirogues dessinent leurs sillages blancs sur l’eau étale, tandis que l’air saturé du parfum enivrant de la fleur de tiaré vient à vous dans un souffle tiède et que quelques cumulus s’attardent à auréoler les sommets.

 

1303635997_borabora3331__wince_.jpg  1303636112_lesbiscuitsatahiti_depart-de-mon-homme_tahiti-ov.jpg


                    BORA-BORA

 

Mais ce qui nous attend sera plus beau encore, bien qu'il ne soit plus possible, arrivé à ce degré, d’ajouter un superlatif au superlatif. Car l’île mythique par excellence, le havre de paix, la nature même du rêve dans sa perfection quasi indépassable, est sans aucun doute l’île de Bora-Bora. Il suffit de la survoler pour que les mots chargés de la décrire deviennent subitement impuissants. Oui, comment dépeindre cette merveille sortie des entrailles océanes et que l’on survole ébahi, avec l’impression d’apercevoir un territoire perdu dans l’immensité de l’océan, île nue comme devait l’être Vénus sortant de l’onde, paradis mis à l’abri  par un dieu protecteur, comme un saphir étincelant.

  

Après l’avoir découverte d’avion, nous en ferons le tour à bicyclette, puis en pirogue, afin d’aller donner à manger aux requins dans les passes qui séparent les lagons de la mer et irons même passer une journée entière sur un motu mais, comme le paradis n’existe pas, nous y serons dévorés par les no-no, minuscules moustiques blancs très friands de chair humaine. A l’époque où nous y séjournions, Paul-Emile Victor résidait encore dans le sien, le motu Tane, avec sa femme et son fils, et les touristes étaient peu nombreux, surtout en juillet, qui est la basse-saison ( hiver ) en Polynésie. Aussi aucune affluence à déplorer et partout une tranquillité débonnaire qui nous sied à merveille. La seule chose, que nous redoutions, était de recevoir sur la tête une noix de coco, car toutes les routes de Bora-Bora sont ombragées de cocotiers, arbre emblématique par excellence. Ils sont tellement chez eux ici qu’ils parviennent à monter à l’assaut du Mt Pahia, festonnent les plages, ombrent les bungalows recouverts de pandanus et s’agitent, sous le moindre alizé, pareils aux longues chevelures des vahinés.
 

Vaitape, la capitale, semble sortir d’un conte de fée. On y entend sans cesse des rires, des chants, on surprend des couples en train de danser avec leurs couronnes de fleurs sur la tête, comme si la fête était l’occupation principale de cette population insouciante et enjouée. Sur la place du bourg ( car cette capitale n’est jamais qu’un délicieux petit bourg, du moins l'était-elle encore en 1984 ), un ahu évoque le souvenir du navigateur solitaire Alain Gerbault qui aima tant et tant l’endroit qu’il demanda à y être enterré. Ce qui fut fait. A Bora-Bora, nous n’aurons manqué ni les danses villageoises, ni le repas des requins, ni la douceur languissante d’une journée sur un motu, ni la vision des poissons multicolores qui se déplacent par bancs et font miroiter l’eau à chacun de leur passage, ni les couchers de soleil solennels et somptueux comme des apothéoses, ni les veillées la nuit pour voir le ciel se peupler de milliers d’étoiles, au point de ne plus savoir où commence le ciel et où finit la terre, ni ce qui relève du rêve ou de la simple réalité.  IA ORANA.

 

Armelle BARGUILLET

 

Autres articles évoquant les îles :

 

Balade irlandaise

 

Les îles Scilly - croisière

 

Les Grenadines à la voile

 

Haïti, un destin singulier

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé

 

Lettre océane - les Antilles à la voile

 

RETOUR A LA PAGE  D'ACCUEIL

 

 

 

 1303636260_fdansedeloiseau61__wince_.jpg

 

Bora-Bora

Bora-Bora

Mooréa

Mooréa

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 08:19

P1080101.JPG  

 

Notre première étape sur cette route des vins, qui vagabonde entre collines et vignobles, sera pour Obernai, centre médiéval au charme incontestable avec ses vieilles maisons aux toits polychromes qui s'ornent le plus souvent des armoiries des corporations. Toute l'Alsace semble s'être concentrée ici grâce à l'échantillonnage parfait de ce qui caractérise le mieux la province. Fondée par les Romains, elle est au VIIe siècle la principale résidence du duc Adalrie, père de la future sainte Odile, qui fonda le couvent de Hohenberg. Au milieu de la place du marché se dresse une statue à son effigie, figure rayonnante dont le mont qui porte son nom est devenu en Alsace une montagne sacrée, lieu d'un fervent pèlerinage. Il y a d'ailleurs à Obernai une rue des Pèlerins avec une maison en pierre de trois étages datant du XIIIe siècle. Nous poursuivons notre route jusqu'à Sélestat qui occupe une place centrale sur la route des vins. Située sur la rive gauche de l'Ill, la ville compacte, fleurie et couleur de grès rose possède deux églises et quelques maisons anciennes remarquables, témoignages d'art d'un grand intérêt. On sait que Charlemagne y fit un séjour en 775, mais c'est surtout par son histoire religieuse que Sélestat porte profondément la marque du Moyen-Age et de la Renaissance. Ainsi l'église conventuelle Sainte-Foy, construite dans la seconde moitié du XIIe siècle, attire l'attention pour trois raisons : son porche décoré de chapiteaux historiés, ses statues en bois sculpté et son harmonieux triptyque. L'église Saint Georges, plus tardive, date des XIIIe et XVe siècles et comporte un narthex original et des portes qui ont encore leurs vantaux et leurs pentures d'origine. Depuis les anciennes fortifications se déploie un panorama superbe sur les collines sous-vosgiennes et le Haut-Koenisbourg. On remarque également dans la ville d'agréables ruelles, une tour des sorcières et un trésor de la Renaissance, la bibliothèque humaniste, l'une des plus riches du monde, installée dans la halle aux blés et qui ne compte pas moins de 450 manuscrits, 530 incunables ( livres imprimés avant 1500 ) et 2000 imprimés du XVIe siècle.


P1080024.JPG

 

Nous terminons la journée à Ribeauvillé, lové au bord de sa rivière, au pied des célèbres châteaux de Girsberg, Saint-Ulrich et Ribeaupierre, par un temps doux qui permet de dîner dehors dans une auberge accueillante ( mais elles le sont toutes). Ici trois grands cépages sont à l'honneur : le riesling, le pinot gris et un gewurtztraminer particulièrement fin. Ce village, très étendu le long de sa rue centrale, offre un décor ravissant avec ses maisons à colombages et ses places agrémentées de fontaines, ainsi celle qui se trouve devant l'Hôtel de Ville et date de 1536, décorée d'un lion portant les armes de Guillaume Ier de Ribeaupierre dont les ruines du château dominent la cité. Les ménétriers, présents sur de nombreuses enseignes, en avaient fait leur capitale. Parmi les plus beaux bourgs de la route des vins, Ribeauvillé séduit par ses maisons colorées de jaune, de pourpre, de bleu, de vert qui enchantent l'oeil et savent composer entre elles une incomparable harmonie. La plupart de ces petites villes sont entourées de remparts encore visibles et ont gardé leurs puits, leurs colombages ouvragés, leurs volets décorés de motifs et leurs beffrois, nous donnant une vision précise des décors de jadis. Sans oublier la décoration florale que chaque habitant a à coeur de réaliser, faisant de leurs balcons, de leurs portes, du rebord de leurs fenêtres une véritable orchestration  végétale. Mais ce qui frappe est la propreté de l'Alsace. Où que vous alliez, et malgré un tourisme intense, vous ne verrez jamais traîner un papier ou une crotte de chien. Il semble que cette province, qui a traversé l'histoire en changeant souvent de nationalité, tantôt allemande, tantôt française, a eu l'intelligence et la sagesse d'assembler les qualités de chacune d'elles à son profit. Un grand bravo pour la chaleur de l'accueil, la disponibilité des habitants et bravo surtout pour l'excellence appliquée à toutes les octaves. 

 

P1080074.JPG P1080056.JPG

 

Le lendemain, nous allons découvrir d'autres villages dont Eguisheim où nous déjeunerons dans une ancienne cave à vin, ce qui est courant en Alsace et dégusterons ces fameuses tartes flambées, salées ou sucrées, dont la fine pâte est un véritable régal. Quant au village, il est peut-être le plus admirable de toute la région. On peut en faire le tour en suivant l'emplacement des anciens remparts bâtis comme les maisons de façon concentrique autour de son château, résidence du bailli épiscopal dont les vestiges du XIIIe siècle sont en partie ensevelis sous les reconstructions du siècle dernier. La silhouette des trois tours carrées du Haut-Eguisheim dominent les pentes environnantes couvertes de vignes et de forêts. Inoubliable sans doute l'arôme des deux grands crus d'Eguisheim mais inoubliable surtout la forme ronde de ce village escargot qui semble n'avoir pas vu passer le temps, tellement tout est resté à son exacte place  avec des rues étroites et pavées bordées de maisons riches architecturalement. On ne sépare plus les uns des autres les oriels sur consoles, les balcons ouvragés, les pans de bois peints et sculptés, les pignons pointus, pas plus qu'on ne peut décrire le charme qui émane de ce village où l'on plonge dans le décor miraculeusement sauvegardé de l'époque moyenâgeuse, village musée et cependant vivant, habité, fleuri, animé par des enfants jouant à la marelle, une femme devisant avec sa voisine, un homme arrosant ses jardinières, un rideau qui s'écarte, un chat qui se chauffe au soleil.

 

P1080055.JPG P1080058.JPG

 

La prochaine étape sera pour Turkeim au pied des côteaux du Brand. Cette petite cité médiévale a conservé son enceinte et ses trois portes du XIVème, de même qu'une tradition : celle du veilleur de nuit qui, l'été, fait sa tournée dans la ville avec sa lanterne, sa hallebarde, vêtu de sa houppelande et chante à chaque coin de rue : "Veillez au feu et à la lumière". Pour ceux qui ont les moyens de descendre à l'hôtel des "Deux clefs", dont la façade est rythmée par les colombages, ce sera une plongée soudaine dans le passé et l'histoire, tant cette hostellerie communale, réaménagée en 1620 avec ses poutrages apparents et son oriel sculpté, a gardé son caractère et reste une des attractions de ce lieu. L'ensemble du village a d'ailleurs l'allure d'un décor de théâtre, ainsi la place Turenne est là pour rappeler qu'en 1675 le fougueux maréchal écrasa impitoyablement les envahisseurs impériaux et fit entrer l'Alsace dans le giron du royaume de France. C'est à Turkeim que nous allons apercevoir enfin deux magnifiques cigognes debout dans leur nid et une autre en plein vol, la plupart de ces échassiers étant déjà partis hiverner en Afrique du nord. Les gens du pays ne nous ont pas caché, lorsque nous les avons interrogés à ce sujet, que les migrateurs étaient en moins grand nombre qu'autrefois, gênés par les bruits et nuisances des villes, les lignes électriques et l'assèchement des zones humides. Néanmoins les Alsaciens font de grand effort pour conserver cet oiseau emblématique auquel ils sont très attachés. Ainsi ont-ils créé des sites protégés et des enclos d'élevage où les mères peuvent couver en toute tranquillité.

Notre journée s'achèvera par la visite du délicieux village de Kayserberg au débouché de la vallée de la Weiss, lieu déjà connu à l'époque romaine et dont les ruines de son château du XIIe dominent le bourg. Construit par Frédéric II de Hohenstaufen, sa position stratégique permettait d'avoir une vue circulaire sur un paysage fait de collines qui ondulent très loin jusqu'à l'horizon, couvertes de vignes et de bois. A l'abri des remparts, les belles maisons confèrent à cette gracieuse cité son caractère pittoresque. C'est ici que naquit le docteur Albert Schweitzer, fondateur de l'hôpital de Lambaréné au Gabon, prix Nobel de la Paix en 1954, musicien, philosophe et pasteur protestant, dont la vie a inspiré un beau film : "Il est minuit docteur Schweitzer". La Weiss, qui traverse le village, ajoute un charme supplémentaire avec son pont fortifié et ses maisons typiques aux balcons fleuris qui se reflètent dans les eaux paisibles. A l'intérieur de l'église paroissiale construite entre les XIIe et XIVe siècles, l'art roman a laissé de nombreux témoignages : sur la façade un beau tympan de 1230/1235 représentant le couronnement de la Vierge ; à l'intérieur un riche mobilier et un retable sculpté, peint et doré de Hans Bongart daté de 1518.

 

Pour consulter les articles consacrés à l'Alsace, cliquer sur leurs titres  :   

 

Strasbourg, la belle européenne    

Riquewihr   

Colmar, la petite Venise d'Alsace

 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 P1080069.JPG P1080090.JPG

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 10:57
Riquewihr, au coeur des vignes alsaciennes

P1080132.JPG   

 


Une journée entière, ce n'est pas de trop pour  faire le tour extérieur parmi les vignes puis flâner à l'intérieur de Riquewihr, le village le plus visité de la route des vins. Il est vrai que c'est un bijou et que l'on ne peut que s'émerveiller des magnifiques maisons qui bordent la rue centrale et les ruelles nombreuses distribuées en étoile, ainsi la maison Jung-Selig qui date de 1561 et la maison Dissler de 1610. La première remarquable par sa haute et large façade animée par un beau colombage, la seconde illustrant le goût et le raffinement de la bourgeoisie de l'époque. Comment ne pas être enclin à s'attarder à Riquewihr qui semble concentrer à lui seul ce que l'art médiéval a réalisé de plus accompli, de plus séduisant et ce que l'Alsace offre de plus raffiné, ainsi sa boutique "Féerie de Noël" où l'on trouve tous les objets qui sont sensés faire de cette fête un souvenir lumineux et captivant. On imagine ce que doivent être les marchés de Noël que je me suis promise de visiter un jour. Une autre boutique, consacrée à la verrerie d'art pratiquée ici avec un savoir-faire incomparable, présente des objets dignes de Baccarat, dont des chevaux en action, des coupes à fruits et des flacons à parfum absolument admirables.

 

P1080093.JPG

 

En flânant au gré des rues, on est frappé par l'harmonie qui se dégage des maisons. Si l'oeil ne se lasse pas,  c'est qu'aucune d'entre elles n'est semblable. Rarement mitoyennes, elles ont leur propre orientation, d'où le tracé sinueux des rues. Leurs couleurs forment un somptueux patchwork et ressortent gaiement sur les colombages en bois sombre. Le crépi blanc ou gris de jadis a été remplacé par des teintes vives, les bleu, vert, rouge ou ocre. Quant aux toits à forte pente, ils sont couverts de tuiles plates au rebord arrondi, tandis que des auvents protègent les murs et que les volets et les galeries en bois sculpté, partout fleuris de géraniums, donnent un air de fête aux façades. Rien n'est moins triste qu'un village alsacien.

 

Riquewihr est mentionné pour la première fois en 1049 sous le nom de "Richovilar". Au XIIe siècle, il appartient aux comtes d'Eguisheim, puis passe aux mains des comtes de Horbourg qui l'entourent de fortifications et lui confèrent le statut de "ville". Par la suite, celle qui est devenue ville, sera vendue aux Wurtemberg qui en resteront les seigneurs jusqu'à la Révolution. En 1520 est créée la corporation des vignerons qui contribue à rendre la petite ville florissante et lui permet de se développer avec de nouvelles fortifications : une Porte supérieure munie d'un pont-levis, des tours  et des beffrois. Le comte Georges de Wurtemberg et sa femme, qui s'y plaisaient beaucoup, démoliront le vieux château pour une demeure plus aimable qui devint la résidence principale de la comtesse. Elle sera achevée en 1540 et entourée de bâtiments annexes, chancellerie et écuries. Après la Révolution, convertie en école, elle l'est aujourd'hui encore. 
 

 

 P1080066.JPG

 

Si le village surprend par son étonnant état de conservation, c'est que Riquewihr sut résister aux envahisseurs et eut  la chance de passer à travers les guerres et destructions et, qu'aujourd'hui, il veille à son bon entretien malgré ses deux millions de visiteurs annuels et quelques incendies. Ainsi a-t-il gardé intacte son harmonie architecturale, expression de la splendeur propre au XVIe siècle dont il est le vigilant gardien. Oui, le village allie de multiples séductions et son renom n'est nullement usurpé, surtout si l'on ajoute à son patrimoine architectural celui de ses vins. Blotti  au pied des collines coiffées de ruines médiévales, une mer de ceps, tout en courbes  ondoyantes, s'étire autour de lui et l'enveloppe de sa verdure. Une recherche constante de qualité a eu pour résultat que les trois-quart des vins blancs proviennent d'Alsace. Cette région offre ainsi l'occasion unique de s'initier, dans une joyeuse ambiance, à quelques-unes des innombrables variétés de la vigne.
 


P1080118.JPG P1080094.JPG

 

 

Par chance, la journée que nous consacrons à Riquewihr est un dimanche et nous allons avoir le plaisir d'assister à un concert de musiciens jouant du cor des Alpes. De ces instruments, posés à même le sol, s'élèvent des sonorités diverses, de curieuses variations semblables à des appels qui évoquent les forêts profondes ou les lieux d'altitude et nous plongent davantage encore dans le passé. C'est qu'en Alsace, tout est occasion de fête. Pas plus l'hiver que l'été, la vie n'y est morose. Les festivités se succèdent et garantissent l'immuable bonne humeur de la population. Autrefois, c'étaient surtout les pèlerinages, les processions et les fêtes patronales. Ainsi le pèlerinage de sainte Odile, la patronne de l'Alsace, reste  très fréquenté. D'autres fêtes, d'origine médiévale, rappellent un miracle légendaire lié à la fondation d'une ville. A Thann, le 30 juin, on commémore les prodige des Trois Sapins, à Ribeauvillé a lieu la fête des Ménétriers, de même qu'à Pâques le lièvre vient "pondre" dans les jardins des oeufs de toutes les couleurs. Oui, vous avez bien lu...le lièvre et non la poule. Sacré Alsaciens !  Lors de la fête d'un village, aux mariages, sur le faîte des constructions neuves, mais aussi les jours d'élection, on plante "un arbre de mai" enrubanné. A cela s'ajoutent les fêtes gastronomiques comme celle de la choucroute à Colmar ou la foire-kermesse de Wissembourg. Une région qui unit charme et plaisir et que l'on aspire à revoir très vite.

 

 Pour consulter les articles consacrés à l'Alsace, cliquer sur leurs titres :

 

Strasbourg, la belle européenne        

Alsace : la route des vins     

Colmar, la petite Venise d'Alsace

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 P1080126.JPG P1080121.JPG

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 08:17

P1070990.JPG    

 

Après la côte d'Armor en juillet, voici l'Alsace en septembre par un temps que l'on nous annonçait beau à l'est et cela se vérifiera en effet, car la semaine va nous réserver une météorologie idéale pour le tourisme : soleil éclatant et température oscillant entre 16° et 26°. Que souhaiter de mieux pour les visites que nous allons faire et les longues promenades dans les collines et vignobles de cette route des vins qui nous réserve tant d'inoubliables surprises. C'est peut-être la route gastronomique la plus fameuse de France. Entre Strasbourg au nord et Colmar au sud, elle se déroule sur 125 km et sait varier les plaisirs entre passé et présent, vignes et jolis villages, vieux châteaux et caves de dégustation, fêtes vigneronnes et abbayes. Depuis que les Romains eurent la bonne idée de planter quelques ceps de vigne sur sa terre, on peut dire que l'Alsace a su les faire fructifier. Au Moyen-Age, ce furent les communautés religieuses qui s'employèrent à l'essor de cette noble et rentable activité, d'autant que les coteaux, exposés plein sud, s'y prêtaient et que le vin vendangé eut de suite un goût délicieux, inégalable et fruité. Installés à Riquewirh, en plein coeur de la région, nous allons rayonner facilement et apprécier le charme de ce pays où la nature composée de souples collines, de bois et de vignes s'allie à la beauté de l'habitat. Les villages se succédent tout au long du parcours, tantôt blottis au creux d'un vallon, tantôt couronnant une colline comme un nid de cigogne, et toujours enlacés de vignobles qui déroulent  alentour leur tapisserie ocre et blonde.
 

 

P1080036.JPG

 

P1070991.JPG 

                                            La petite France

 

Notre première visite sera pour Strasbourg, que nous connaissions pour y être passés trop rapidement, et qui est une ville admirablement belle avec sa cathédrale, ses maisons anciennes et son quartier de la "Petite France" qui fut celui des meuniers, des pêcheurs et des tanneurs et a conservé, malgré les rénovations, son caractère originel. Ici, on soignait les soldats des armées de Charles VIII et de Louis XII qui rentraient des campagnes d'Italie, on tannait les cuirs que l'on mettait à sécher sur des claies de roseaux cultivés à cet usage sur les berges de l'Ill. Se promener dans ce quartier est un enchantement, car les quais voient se succéder des maisons médiévales, des ponts, des tours, cela en une symphonie d'eau et de fleurs. Sur la place de la Cathédrale, admirable à maints égards, ne serait-ce que par ses vitraux, sa statuaire, son horloge astronomique, sa chaire finement sculptée, cathédrale que Paul Claudel nommait " le grand ange rose de Strasbourg", se trouve la pharmacie du Cerf, l'une des plus anciennes d'Europe. Et la maison Kammerzel du XVe siècle décorée de sculptures en bois qui représentent les signes du zodiaque, les cinq sens, les héros de l'antiquité et les légendes locales. Une petite merveille à elle seule.

 

 P1070995.JPG    Maison Kammerzel

 

Mais tout est étonnant, magnifique à Strasbourg dans ce vieux quartier où alternent, en un plaisant désordre, les palais - celui des Rohan-Soubise - les églises, les places, les musées, les cours intérieures et leurs balcons croulants de géraniums, ville qui a su éviter la démesure bien que siège du Parlement européen et du Conseil de l'Europe, en conservant une taille humaine. Dans le passé, Strasbourg fut tout ensemble le foyer d'un humanisme influent avec Gutenberg et d'une profonde réforme religieuse avec Calvin. Louis XV y épousa par procuration le 15 août 1725 Marie Leszczynska, fille du roi détrôné de Pologne, Marie-Antoinelle, arrivant de Vienne pour épouser le futur Louis XVI, sera reçue par Louis de Rohan en 1770, Mozart y donnera des concerts et Goethe y séjournera comme étudiant à la célèbre Université. Par ailleurs, Strasbourg concentre tout ce que la région compte de spécialités gastronomiques : foie gras, vins, charcuteries, pains d'épices, chocolats et pâtés innombrables. On n'a que l'embarras du choix entre le coq au riesling et la poularde aux morilles, l'incontournable choucroute, les baeckeofe et flammekueche auxquels s'ajoutent au dessert le kugelhopf, brioche aux raisins secs et aux amandes, et les délicieuses friandises que les pâtisseries vous proposent dans leurs alléchantes vitrines.


P1080017.JPG 

 

Peu de grandes villes sont aussi harmonieuses et n'offrent à l'oeil, dans un périmètre restreint, autant d'occasions de s'émerveiller. Bien sûr la cathédrale, monument emblématique de la ville, commencée au début du XII ème et achevée en 1439, vit ces gens du Moyen-Age, que l'on dit souvent arriérés, élever à mains nues l'un des plus remarquables chefs-d'oeuvre de l'art gothique. Cet édifice d'une incroyable hardiesse architecturale domine le Vieux-Strasbourg et l'écheveau de ses rues. C'est en 1384 que Michel de Fribourg édifiera le beffroi surmonté d'une flèche majestueuse qui semble flirter avec le ciel. Et tout est majestueux en effet, de la façade, et de ses trois portails richement ornés, à la nef à l'ampleur insolite, de l'admirable chaire travaillée comme une broderie précieuse aux vitraux qui presque tous datent du XII ème siècle et prouvent l'art accompli des verriers de l'époque. Comme il fait doux, après avoir vu l'horloge astronomique sonner l'heure méridienne, nous nous installons à l'ombre d'un parasol sur la place, afin de goûter à notre première choucroute, avant de poursuivre notre itinéraire à travers la ville que nous ne quitterons qu'à la tombée du soir lorsque le ciel prend les teintes roses qui se marient si bien avec le rose du granit vosgien, jamais lassés de surprendre un détail, un jeu de lumière sur les vieilles pierres de cette cité unique. 


Pour consulter les articles consacrés à l'Alsace, cliquer sur leurs titres :    
 

Alsace : la route des vins    

Riquewihr    

Colmar, la petite Venise d'Alsace

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

P1080010.JPG P1080009.JPG  

P1080016.JPG P1080011.JPG

 

 

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 07:44

1250594964_pavlovsk-one.jpg

 


De tous les palais impériaux d'été qui se trouvent à quelques kilomètres de Saint-Pétersbourg, celui de Pavlovsk est l'un des plus séduisants. Moins pompeux que Tsarskoïe Selo, moins impérial que Peterhoff, il allie les charmes complémentaires d'une résidence à caractère intime et d'un parc délicieusement bucolique. Ce parc, l'un des plus grands de Russie, est traversé par la rivière Slavianka, qui se plaît à y musarder entre collines et vallons. Elaboré avec amour par ses propriétaires, il devint, au cours des décennies, une véritable encyclopédie de l'architecture paysagère et reflète à merveille les tendances de l'art des jardins aux XVIIIe et XIXe siècles. Si le style anglais domine avec ses plans libres imitant la nature, autour du palais se déploient les parterres réguliers d'un jardin à la française, alors que les jardins privés adoptent le caractère intime des jardins à la hollandaise avec leurs plantations de tulipes, ce qui constituait une diversité très innovante et spectaculaire pour l'époque. C'est la raison pour laquelle, ce parc sera choisi pour cadre des festivités grandioses organisées en 1814, lors du retour triomphal du tsar Alexandre Ier après sa victoire sur Napoléon, à la suite de la désastreuse retraite de Russie.
Le parc est beau à toute saison, si bien que l'on a pu écrire qu'il ressemblait à une gravure en hiver, à un dessin au pastel au printemps, à une aquarelle en été et à une peinture à l'huile en hiver.

 

1250598888 113147-pavlovsk-saint-petersburg-russia

 


Toutefois, commençons par le commencement : l'histoire de ce palais qui se conjugue avec celui de la Russie. Construit par Catherine II en 1772, il fut offert par cette dernière à son fils Paul qui avait 23 ans et s'y installera en 1770 avec sa jeune femme, la princesse Sophie Dorothée de Wurtemberg, baptisée dans la foi orthodoxe Maria Fédorovna. Le jeune prince, très amoureux, va vivre des années heureuses en cette demeure que lui et son épouse vont meubler et embellir, jusqu'à ce que Paul succède à sa mère en 1796. Paul est un personnage complexe, tourmenté, sur qui pèse une double tragédie : la mort de son père, dont le mystère l'a troublé et ses relations très difficiles avec sa mère, qui le maintiendra à l'écart des affaires durant son règne. De son père Pierre III, il a hérité d'un visage ingrat et d'un tempérament mal équilibré. Cependant il est doué d'une grande intelligence et a reçu une excellente instruction. Il avait 14 ans quand son père a été tué par les conjurés. Cette mort, l'usurpation du trône par sa mère qu'il voit entourée de nombreux amants, auront des répercussions sur son caractère et sur sa santé : il est nerveux, impulsif, rancunier, souffre de terribles maux de tête et de stress nerveux qui seront cause de son vieillissement précoce. Sa femme est tout son contraire : enjouée, resplendissante de jeunesse et de santé, elle est une personne captivante qui exercera une influence certaine sur son époque et donnera à Paul Ier dix enfants, dont deux empereurs : Alexandre Ier et Nicolas Ier. La nature et la qualité de son éducation l'ont dotée d'une intelligence fine et intuitive et d'admirables dons artistiques. C'est elle, principalement, qui imposera son goût raffiné à ce palais d'où émanent la féminité et la grâce. Pour cela, elle fera appel à Charles Cameron pour l'architecture intérieure, au peintre italien Scotti pour les peintures murales, à Vincenzo Brenna pour la décoration et à bien d'autres artistes encore et prendra plaisir à distribuer les pièces de façon à y déposer avec art ses collections de faïences, porcelaines, bronzes, ses innombrables tableaux, livres et objets divers, que cette femme cultivée recherchera dans toute l'Europe avec un discernement jamais pris à défaut.


1250601380_pavlovsk_2.jpg


Mais les heures sombres vont sonner. Paul, ayant succédé à sa mère, n'a plus guère de temps pour résider dans sa calme retraite de Pavlovsk, ce coin idyllique dans l'esprit de Jean-Jacques Rousseau, car ses obligations l'appellent. Il s'empressera d'ailleurs de prendre le contre-pied de la politique maternelle et commencera par changer la loi de succession au trône, imposant la primogéniture mâle au choix libre de son successeur par le monarque régnant, qui avait failli lui coûter le trône, Catherine II souhaitant que son petit-fils Alexandre  prenne la relève à la place de son père. Par la suite, il remettra ordre et discipline dans l'armée et fera en sorte de faciliter un peu plus la vie du peuple. En effet, Paul Ier luttera contre la dilapidation des Fonds de l'Etat, desserrera les mailles de l'administration, rendra une certaine autonomie aux allogènes, réduira les privilèges exorbitants de la noblesse et interdira la vente des serfs sans la cession simultanée de la terre qu'ils cultivaient. Il entreprendra également de réglementer et de limiter les obligations des serfs envers leurs maîtres en proclamant en 1797 qu'ils doivent travailler trois jours pour leurs maîtres, trois jours pour eux, tandis que le dimanche est jour de repos pour tous.
Ces lois vaudront à Paul de se mettre à dos l'aristocratie qui l'accusera de se laisser influencer par l'étranger et principalement par la Prusse de Frédéric II. En 1800, il se rapproche même de la France et considère l'ascension de Napoléon comme un gage de stabilité qui met fin aux désordres de la Révolution. Ce rapprochement exaspère l'Angleterre, d'autant qu'il s'attaque directement à eux après l'affaire malheureuse de l'île de Malte. Tant et si bien que l'ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg reçoit un jour une lettre secrète avec l'ordre de tuer le tsar, mais par les mains des conspirateurs russes. On comprend que la Grande-Bretagne préférât ne pas trop se salir les mains. Dans la nuit du 11 au 12 mars 1801, grâce à des complicités internes, des conjurés pénètrent dans la chambre à coucher impériale et mettent le tsar en demeure d'abdiquer, ce que Paul Ier refuse. A la suite d'une confusion générale, l'empereur sera renversé et étranglé. Le lendemain, la Russie apprendra que Paul Ier a succombé à une attaque et que son fils assure la succession sous le nom d'Alexandre Ier. Une fois encore se justifiera la définition du régime politique russe : " Un absolutisme tempéré par l'assassinat".



Alexandre a 24 ans quand il accède au trône. Il tient de sa mère un visage régulier, un regard clair et souriant et une haute taille. Catherine II lui a donné comme précepteur le philosophe La Harpe qui l'a sensibilisé aux idées progressistes et au culte de la liberté. Sous son règne sera adopté un nombre non négligeable de réformes, bien qu'il faudra attendre Alexandre II pour que disparaisse enfin l'abominable servage. Mais les Français lui doivent néanmoins quelque chose que Chateaubriand n'oublia pas de souligner dans ses Mémoires d'Outre-Tombe * : il épargnera Paris lorsqu'il l'occupera avec son armée en 1814 en grand vainqueur des guerres napoléoniennes et aura l'élégance de ne rien piller dans les palais et les musées, cela parce qu'il a été élevé dans le culte de la beauté et de la culture française par sa grand-mère et sa mère. Il tentera, par la suite, d'établir la paix en Europe en conformité avec les principes du christianisme. Malheureusement la deuxième décennie de son règne sera beaucoup plus terne et l'empereur ne promulguera pratiquement plus aucune loi dans le sens du progrès. De plus en plus insatisfait de l'existence - il gardera toute sa vie le remords de l'assassinat de son père qu'il n'a pas empêché - il cherchera la consolation dans une foi mystique qui l'incitera à s'éloigner des vanités du monde. Monarque, ayant exercé un rôle considérable, il s'efface. C'est en novembre 1825 qu'il décède brutalement. Il n'a que 48 ans. A l'annonce de cette nouvelle, le peuple reste dubitatif. Le bruit court qu'en réalité sa conscience lui a dicté de quitter le pouvoir pour vivre en anachorète dans la solitude et la prière et qu'il serait devenu ermite sous le nom de Fedor Kouzmitch. Cette hypothèse s'appuie sur le désir, constamment exprimé par l'empereur de se débarrasser du fardeau de ses hautes fonctions et sur le refus d'un médecin de la cour de signer le certificat de décès. Cent ans plus tard, l'ouverture de la tombe d'Alexandre Ier n'aidera pas à résoudre le mystère : le cercueil est vide.


1250673777_pf_1943415.jpg

 

                 Maria Fédorovna

 

Et qu'advint-il de l'impératrice après la mort de son époux ? Très marquée par ce drame, Maria Fédorovna va changer de style de vie dans ce palais auquel elle consacrera quarante années de sa vie, tous ses efforts et ses talents. Terminées les marches militaires, les parades, les manoeuvres. L'impératrice réunit autour d'elle un cercle de célèbres artistes, écrivains, poètes, musiciens et savants, organise des salons littéraires, des soirées musicales et même des expérimentations dans le domaine scientifique. Ainsi la vie et l'activité artistique du premier compositeur russe du XVIIIe siècle, Dimitri Bortniansky, sont liées à Pavlovsk. Et bientôt la musique  dominera l'existence du palais. Par la suite, plusieurs générations de princes, de grands-ducs et duchesses vont se succéder dans le même respect de la culture et de la beauté. Hélas, presque dévasté pendant la Seconde Guerre mondiale par les Allemands qui le pillèrent et le brûlèrent, saccageant jusqu'au parc et abattant les arbres d'essences rares pour la construction d'ouvrages défensifs, il sera ressuscité, dès 1944, grâce aux efforts conjugués des restaurateurs, sous la conduite éclairée d'Anna Zelenova. Le travail titanesque, qui fut le leur, a permis de rendre à la demeure et à son parc sa séduction d'antan et de réaliser ce qu'on appellera plus tard " l'exploit du siècle". 
En ces lieux où tout invite à la rêverie, nul doute que des fantômes viennent flâner dans les allées et deviser sous les ombrages, alors que chantent les rossignols et glissent les cygnes, et que les nuits de juin, que les ténèbres ne menacent pas, posent sur le paysage leur lumière opalescente et leur sourire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 * C'est bien volontiers que je recopie ici le passage que j'évoque à propos du tsar Alexandre Ier, fils de Paul Ier et de Maria Fédorovna, à laquelle il ressemblait beaucoup physiquement et qui fut le vainqueur de Napoléon en 1814. Ce passage est tiré des Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand, témoin et reporter en quelque sorte. ( Tome II chez Flammarion - édition du Centenaire, préfacée par Julien Gracq - livre quatrième - chapitre 13 :

" Bonaparte avait fait injustement la guerre à Alexandre son admirateur qui implorait la paix à genoux ; Bonaparte avait commandé le carnage de la Moskova ; il avait forcé les Russes à brûler eux-mêmes Moscou ; Bonaparte avait dépouillé Berlin, humilié son roi, insulté sa reine : à quelles représailles devions-nous donc nous attendre ? vous l'allez voir.
(... )
L'armée des alliés entra dans Paris le 31 mars 1814, à midi. L'empereur de Russie et le roi de Prusse étaient à la tête de leurs troupes. Je les vis défiler sur les boulevards. Stupéfait et anéanti au-dedans de moi, comme si l'on m'arrachait mon nom de Français pour y substituer le numéro par lequel je devais désormais être connu dans les mines de la Sibérie, je sentais en même temps mon exaspération s'accroître contre l'homme dont la gloire nous avait réduits à cette honte.
Toutefois cette première invasion des alliés est demeurée sans exemples dans les annales du monde : l'ordre, la paix et la modération régnèrent partout ; les boutiques se rouvrirent ; des soldats russes de la garde, hauts de six pieds, étaient pilotés à travers les rues par de petits polissons français qui se moquaient d'eux, comme des pantins et des masques du carnaval. Les vaincus pouvaient être pris pour les vainqueurs ; ceux-ci tremblant de leurs succès, avaient l'air d'en demander excuse. La garde nationale occupait seule l'intérieur de Paris, à l'exception des hôtels où logeaient les rois et les princes étrangers. Le 31 mars 1814, des armées innombrables occupaient la France ; quelques mois après, toutes ces troupes repassèrent nos frontières, sans tirer un coup de fusil, sans verser une goutte de sang, depuis la rentrée des Bourbons. L'ancienne France se trouve agrandie sur quelques-unes de ses frontières ; on partage avec elle les vaisseaux et les magasins d'Anvers ; on lui rend trois cent mille prisonniers dispersés dans les pays où les avait laissés la défaite ou la victoire. Après vingt-cinq années de combat, le bruit des armes cesse d'un bout de l'Europe à l'autre ; Alexandre s'en va, nous laissant les chefs-d'oeuvre conquis et la liberté déposée dans la Charte, liberté que nous dûmes autant à ses lumières qu'à son influence. Chef des deux autorités suprêmes, doublement autocrate par l'épée et par la religion, lui seul de tous les souverains de l'Europe avait compris qu'à l'âge de civilisation auquel la France était arrivée, elle ne pouvait être gouvernée qu'en vertu d'une constitution libre.
(...)
Alexandre ne se considérait que comme un instrument de la Providence et ne s'attribuait rien. Mme de Staël le complimentant sur le bonheur que ses sujets, privés d'une constitution, avaient d'être gouvernés par lui, il lui fit cette réponse si connue : Je ne suis qu'un accident heureux.
Un jeune homme, dans les rues de Paris, lui témoignait son admiration de l'affabilité avec laquelle il accueillait les moindres citoyens ; il lui répliqua : Est-ce que les souverains ne sont pas faits pour cela ? - Il ne voulut point habiter le château des Tuileries, se souvenant que Bonaparte s'était plu dans les palais de Vienne, de Berlin et de Moscou.
( ... )
Le jour de l'entrée de Louis XVIII à Paris, Alexandre se cacha derrière une croisée, sans aucune marque de distinction, pour voir passer le cortège.
( ... )
Alexandre avait quelque chose de calme et de triste : il se promenait dans Paris, à cheval ou à pied, sans suite et sans affectation. Il avait l'air étonné de son triomphe ; ses regards presque attendris erraient sur une population qu'il semblait considérer comme supérieure à lui : on eût dit qu'il se trouvait un barbare au milieu de nous, comme un Romain se sentait honteux dans Athènes. Peut-être aussi pensait-il que ces mêmes Français avaient paru dans sa capitale incendiée ; qu'à leur tour ses soldats étaient maîtres de ce Paris où il aurait pu retrouver quelques-unes des torches éteintes par qui fut Moscou affranchie et consumée. Cette destinée, cette fortune changeante, cette misère commune des peuples et des rois, devaient profondément frapper un esprit aussi religieux que le sien."

 

1250618376_2759201174_100f969f29.jpg

 

 autres articles concernant mon voyage en Russie :

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale 

La Russie, de la Volga à la Neva

Peterhof ou la maison de Pierre

Moscou : pleins feux sur la capitale russe

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX
 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

  

Partager cet article
Repost0
30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:27

 1249145029 350px-st-petersbourg 037

 

                                        La forteresse Pierre-et-Paul

 

Surgie des brumes féeriques de ses canaux, Saint-Pétersbourg est née de l'imagination débridée d'un homme épris de beauté et de grandeur. Quand Pierre le Grand fonde la cité en 1703, il souhaite tout d'abord ouvrir " une fenêtre sur l'Europe" et décide qu'elle se dressera là, dans la zone marécageuse du delta de la Neva récemment reconquise sur les Suédois. Devenue la capitale de l'Empire russe en 1712, la ville le restera jusqu'à la fin du règne de Nicolas II. Au cours de l'histoire, rebaptisée Petrograd puis Leningrad - elle récupérera son nom d'origine en 1991 - elle n'a jamais cessé de revendiquer l'héritage visionnaire de son fondateur. La visiter au moment où les nuits sont pratiquement inexistantes ajoute un supplément de magie à la solennité de ses ensembles architecturaux, à la beauté particulière de ses grandes avenues, à la verdure de ses parcs, à la complexité de ses canaux et à cette fusion quasi unique de l'architecture et de l'eau. L'édification de la nouvelle capitale impliquera une telle concentration d'efforts titanesques que des milliers de vies humaines y seront sacrifiés. Doit-on voir là l'une des raisons des tragédies qui n'ont cessé de l'affecter au long de ces trois cents ans d'existence ? Je ne le crois pas, mais cataclysmes et guerres ne l'on pas épargnée, ne serait-ce que le terrible blocus perpétré par les armées hitlériennes qui dura 872 jours du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944 et ne put venir à bout de l'endurance et du formidable courage de sa population.



Imaginée dans son impériale grandeur par un homme inspiré, elle est la ville la plus intelligente qui soit, parce que sa construction fut marquée du sceau conscient de la création. Tout a été conçu de façon harmonieuse, de manière à ce que les espaces de terre, les lignes sinueuses de la Neva, les canaux, les rives du golf de Finlande soient les éléments de base d'un urbanisme innovant. Une attention supplémentaire fut accordée aux perspectives lointaines afin de jouer pleinement l'atout de sa disposition géographique. Saint-Pétersbourg est également une ville moderne dans le sens qu'elle s'est ouverte délibérément sur l'Europe et a sollicité la venue d'artistes étrangers, architectes, peintres, sculpteurs, graveurs, invités sur ces terres fangeuses à concevoir un style unique et d'avant-garde. Si bien que des Allemands, des Français, des Suédois, des Hollandais, des Italiens, des Anglais s'y sont installés en petites colonies distinctes et que la ville s'est peu à peu constituée comme une capitale singulière à tous égards. En collaboration avec les maîtres russes, ces artistes participèrent à l'embellissement de la ville et des résidences impériales proches, ainsi qu'à la naissance d'une culture spécifiquement pétersbourgeoise. C'est la raison pour laquelle, les visiteurs que nous sommes, découvrons au fur et à mesure de nos pérégrinations d'étranges ressemblances : ses quais font penser à Paris, ses canaux à Amsterdam, ses ponts et la proximité de la mer à Venise, ses brouillards fréquents et la verdure de ses parcs à Londres. Mais malgré ces similitudes, Saint-Pétersbourg ne ressemble qu'à elle-même, solennelle et incomparable et, ce, à n'importe quelle saison : en été, ce sera le charme féerique de ses nuits blanches ; en hiver, la parure cristalline de la neige et du givre.

 


1249213023_saint_petersbourg_reference.jpg

 

Par où commencer une visite de la ville ? Je pense par une promenade en bateau sur la Neva et les canaux qui offre un panorama d'ensemble et permet de s'imprégner de l'atmosphère aquatique de la ville. A Saint-Pétersbourg, tout est uni et divisé par son fleuve. Dans ses eaux se mirent les façades de ses palais, ses ponts, ses églises, ainsi passe-t-on devant quelques-uns des plus fameux, dont le palais Marinski, le palais Menchikov qui appartenait au compagnon d'armes de Pierre le Grand, le palais Youssoupov où durant la nuit du 16 décembre 1916 fut assassiné Grigori Raspoutine, le palais de Marbre que Catherine II avait offert à son favori Grigori Orlov ; ou sous les ponts les plus élégants dont l'Anitchkov et je pourrais en citer bien d'autres puisque plus de 500 relient entre eux les quelques cent îles et îlots qui constituent le territoire de cette ville, enfin la forteresse Pierre-et-Paul construite sur l'île des Lièvres, emplacement choisi par le tsar lui-même en raison de sa position stratégique sur le delta de la Neva et qui, outre la forteresse, abrite la cathédrale où sont enterrés les Romanov depuis Pierre le Grand, sans oublier sur les quais de la Moïka, l'ancien palais de la princesse Volkonskaïa que Pouchkine, le poète tant aimé des Russes, habita avec sa belle épouse Natalia de novembre 1836 jusqu'au jour de sa mort, survenue lors d'un duel, le 29 janvier 1837, et aujourd'hui transformé en un musée mémorial à sa gloire.



1249288503_saintpetersbourg026-05068.jpg

Eglise de la Résurrection du Christ sur le sang versé

 

Marcher dans la ville est aussi une façon idéale de s'imprégner de son atmosphère, de respirer son parfum, de traverser les parcs, de s'attarder le long des quais, d'entrer dans les églises innombrables et fastueuses de par leurs richesses et leurs décorations intérieures comme Notre-Dame de Kazan, impressionnante par ses proportions mais un peu froide, par celle stupéfiante de la Résurrection du Christ sur le sang versé, entièrement couverte de mosaïques et qui fut élevée sur ordre de l'empereur Alexandre III à l'endroit précis où son père Alexandre II avait été assassiné, alors que le pays devait à ce tsar l'abolition du servage et un nombre important de lois sociales. Mais mon coup de coeur a été pour la cathédrale Saint-Nicolas-des-marins, noyée parmi les lilas en fleurs, édifice blanc et azur avec ces 5 doubles coupoles dorées, harmonieusement proportionnées, qui se reflètent dans les eaux du canal Krioukov. On est également happé par la Perspective Nevski, l'artère commerçante et l'âme de Saint-Pétersbourg, bordée par le canal Griboïedov dont Gogol écrivait : " Rien n'est plus beau que la Perspective Nevski à Pétersbourg du moins ; elle est tout pour lui. N'y a-t-il rien qui manque à la splendeur de cette artère, la reine de beauté de notre capitale ?"


1249288647_sp_ermitage.jpg

                 Palais de l'Ermitage



Sans contrarier Gogol, selon moi, le sommet de la ville n'est pas la Perspective Nevski mais le Palais de l'Ermitage déployant les façades de ses cinq édifices le long de la Neva et symbolisant le pouvoir impérial. La place sur laquelle il s'ouvre a vu se jouer certaines pages marquantes de l'histoire russe, dont celle du dimanche sanglant de 1905 et de la prise du pouvoir par les Bolcheviks lors de la Révolution d'octobre 1917. On doit la façade grandiose du palais d'Hiver à l'italien Bartolomeo Rastrelli dans un style baroque tardif qui se distingue par l'expressivité et le dynamisme de ses formes. Les multiples colonnes et demi-colonnes, pilastres, sculptures décoratives des frontons, de même que les ressauts rythment ces façades et donnent au monument une élégance somptueuse. Aujourd'hui le palais abrite les collections commencées par Catherine II dès 1764 et compte environ 3 millions d'articles d'exposition. La splendeur de ce musée est indescriptible et userait tous les superlatifs. Rénové de façon admirable, l'Ermitage est considéré à juste titre comme l'un des plus beaux musées du monde et le visiter vous plonge littéralement dans l'extase tant il recèle de chefs-d'oeuvre. Devant autant de beauté créée par la main de l'homme, on se surprend à penser que son génie ne semble pas avoir de limite et qu'il arrive à l'homme de surpasser l'homme.
Mais c'est sans doute le soir, alors que la lumière se contente de se mettre en veilleuse, qu'il fait bon flâner au hasard des avenues et des quais. Dans cet écheveau tressé de pierre et d'eau, alors que les dômes, les flèches, les façades baignent dans une étrange phosphorescence, que les chatoiements du ciel se reflètent dans le fleuve devenu translucide, on se laisse imperceptiblement gagner par l'intense poésie de cette ville et les mouvements imprévisibles de son histoire et on comprend mieux pourquoi le défi de ce tsar visionnaire conserve à jamais la consistance tragique et sublime d'un songe.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX,  cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX
 

 

Et pour ceux consacrés à la Russie, cliquer sur leurs titres :

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

La Russie, de la Volga à la Neva

 

Peterhof ou la maison de Pierre


Moscou : pleins feux sur la capitale russe
 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

1249288754_result2.jpg    

    Cathédrale Saint-Nicolas-Des-Marins

 

 

Partager cet article
Repost0
22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 09:09

 

 

P1060175-1-.jpg 

                             Ouglich

 

Je rêvais depuis longtemps d'un voyage dans la Russie profonde, celle que m'ont fait aimer des poètes comme Pouchkine et Tourgueïev, des écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï, des musiciens comme Tchaïkovski,  Rimski-Korsakov, Rachmaninov, Prokofiev ou Chostakovitch, sans compter les ballets et les chants que j'ai pu voir et entendre, les icônes que j'ai admirées. Une terre démesurée, pleine de contrastes qui semble s'épuiser jusqu'au fin fond de ses steppes, se couvre des paysages les plus variés et dont l'histoire est sans doute la plus dramatique et la plus tourmentée des nations du globe. Ce souhait s'est enfin réalisé et nous avons passé, avec mon mari, treize jours entre Moscou et Saint-Pétersbourg en naviguant au fil de la Volga, des lacs Blanc, Onéga et Ladoga, usant du système des cinq-mers jusqu'à la Baltique et le golfe de Finlande. Un voyage inoubliable de près de 2000 kilomètres par voie d'eau, rythmé par des visions éblouissantes de villages, d'églises, de monastères, de forêts, à l'heure où les lilas et les aubépiniers sont encore en fleurs, dans un silence qui vous permet d'en mieux apprécier la beauté, celle d'une nature qui parait s'être immobilisée à tout jamais dans le temps.

 

Grâce à cette croisière fluviale, nous reprenons l'ancienne route des Varègues ( Vikings ) qui traversait le pays, à l'époque où n'existaient ni Moscou, ni Saint-Pétersbourg. C'est ainsi qu'au IXe siècle, Riurik, venu s'installer à Ladoga, puis à Novgorod, et  Oleg, descendu à Kiev, ont fondé l'Etat russe. Mais l'histoire la plus lointaine restera toujours vivante tant que la mémoire la gardera dans ses légendes, ses chansons, sa poésie, tant qu'elle renaîtra sur scène, au théâtre et à l'opéra, armée spirituelle d'une culture âgée de deux millénaires qui survit, tantôt discrète, tantôt visible dans son éclat, et ce cesse point de nous accompagner au long d'un périple qui nous mènera de la capitale politique à la capitale littéraire.  
 


Dès lors que l'on a quitté Moscou, le foisonnement doré des coupoles du Kremlin, les merveilles de la galerie Tretiakov, la majestueuse place Rouge ( qui signifie place belle ) et sa cathédrale Basile-le-bienheureux, la magie s'installe, tandis qu'au soleil couchant, derrière un rideau de bouleaux, se profile une admirable église ( la "Sainte Russie" ne fut pas une vaine appellation ) aux bulbes or et turquoise et à la façade blanche rehaussée d'ocre. Et que défilent les datchas colorées, groupées en troupeaux qui semblent être venus paître au bord de l'onde. Oui, rien n'est plus enthousiasmant que de découvrir la Russie depuis ses voies d'eau, sans oublier ce que ces canaux multiples reliés entre eux, ont coûté de souffrances et de vies humaines. Des canaux larges comme des fleuves, des fleuves vastes comme des lacs, des lacs immenses comme des mers que bordent des collines boisées, des forêts impénétrables parcourues par les loups et les ours, des plaines jamais monotones malgré l'immensité, car toujours ornées, ici et là, de hameaux, d'églises baroques et de couvents ancestraux. Egalement des villes qui renferment de ravissantes chapelles et des églises miraculeusement épargnées par les bolcheviques. Le soir qui s'éternise - fin mai la nuit ne dure guère plus de deux heures - l'esprit, encore bouleversé par les découvertes de la journée, on s'installe dans la solitude à la proue du bateau qui glisse sans bruit sur les eaux. Le paysage forme de toutes parts un écrin saisissant. Après avoir fait escale à Ouglich et à sa cathédrale Saint-Dimitri-sur-le-sang-versé qui rappelle l'assassinat du jeune prince, fils d'Ivan le Terrible par Boris Godounov ( selon la légende ), nous poursuivons notre route avec escales à Jaroslav dont les palais dominent la Volga, puis Goritsy. C'est là, dans les eaux de la Sheksna que, sur ordre du tsar, on noya la redoutable princessse Lefrossinia, celle que l'on voit grimacer d'épouvante dans le film  d'Eisenstein. Plus loin encore, ce sera l'incomparable ensemble du monastère de Saint-Cyrille-sur-le-lac-Blanc d'une beauté à couper le souffle, fortifié par le père de Pierre le Grand, le tsar Alexis, fondateur de la dynastie des Romanov. Mais une émotion plus forte encore nous attend quelques jours plus tard, en Carélie, sur l'une des cent îles du lac Onéga, devant la fabuleuse église en bois de Kiji et les trésors d'architecture paysanne transportés ici, parmi les herbes folles et les bosquets de lilas qui se hâtent de profiter du bref été, et que l'Unesco a placé sous sa haute protection.
 

 

1249145029 350px-st-petersbourg 037

           Forteresse Saint-Pierre-Saint-Paul

 

 

Au terme de cette navigation, on aborde Saint-Pétersbourg, la ville miracle, tapisserie de méditation et de songe, ville intemporelle où les personnages de fiction apparaissent tout aussi réels que les poètes qui les ont imaginés, capitale conçue par un homme génial, Pierre Ier, tsar bâtisseur qui lui a conféré l'unité de son style et la magnificence de son urbanisme. Car, ici, tout a été pensé. Descendre dans le jour qui s'éternise la Néva bordée par ses innombrables palais, la succession de ses académies et de ses églises et, le lendemain, découvrir avec émerveillement le somptueux diadème des résidences d'été impériales qui ont noms Tsarskoïe Selo, Pavlovsk et Peterhof, où la forteresse de Saint-Pierre-Saint-Paul devenue la nécropole des Romanov, dont la flèche d'or s'élance dans le ciel couronnée par un ange - restera un souvenir inoubliable. Et plus particulièrement de l'avoir visitée lors des nuits blanches qu'Alexandre Dumas sut si bien décrire et qui prêtent à la ville, pour quelques semaines, une pâleur lunaire et un climat onirique unique au monde :


" Figurez-vous une atmosphère gris-perle, irisée d'opale, qui n'est ni celle de l'aube ni celle du crépuscule, une lumière pâle sans être maladive, éclairant les objets de tous les côtés à la fois. Nulle part une ombre portée. Des ténèbres transparentes, qui ne sont pas la nuit, qui sont seulement l'absence du jour ; des ténèbres à travers lesquelles on distingue tous les objets à une lieue à la ronde ; une éclipse de soleil sans le trouble et le malaise qu'une éclipse jette dans toute la nature ; un calme qui vous rafraîchit l'âme, une quiétude qui vous dilate le coeur, un silence pendant lequel on écoute toujours si l'on n'entendra pas tout à coup le chant des anges ou la voix de Dieu ! Aimer pendant de pareilles nuits, ce serait aimer deux fois. "

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles concernant mon voyage en Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Peterhof ou la maison de Pierre


Moscou : pleins feux sur la capitale russe

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

800px-Kischi_Panorama.jpg 

                                                       

Ile KIJI
Ile KIJI

Ile KIJI

Partager cet article
Repost0
2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 08:56

1246812693_169_1.jpg  île Kiji

 


Découvrir la Russie par la voie des eaux de Moscou à Saint-Pétersbourg, à bord d'un des bateaux qui voguent sur la Volga et la Neva de mai à septembre, permet de réaliser le voeu inaccompli de Pierre le Grand et de faire un voyage extraordinairement séduisant et original. Difficile de décrire la magie de cette croisière qui a l'avantage de nous révéler quelques-uns des joyaux de la sainte Russie et nous met d'emblée en relation avec mille ans d'histoire. Sortis tout droit du XIX e siècle, les villages, dominés par les coupoles de leurs églises, ponctuent cette navigation qui s'effectue entre des berges bordées d'épaisses forêts de bouleaux et de résineux, familières aux seuls chercheurs de champignons et de baies sauvages. Là s'ébat une faune encore préservée de loups, renards, ours et élans, cygnes, grues et oiseaux sauvages. Ce matin, lorsque la brume se dissipe, une lumière boréale pèse sur les datchas. L'heure est à la relecture des classiques russes où tout est déjà écrit du soleil teinté d'or jouant à cache-cache derrière les bouleaux de Carélie, du pécheur qui brandit sa prise ou de la maisonnette accolée à sa meule à foin. Mais ce qu'il faut déplorer, c'est la quasi disparition de l'élevage et de l'agriculture dans ces étendues illimitées, les Russes d'aujourd'hui en étant réduit à importer leur blé et leur viande, alors que leurs plaines auraient pu nourrir la planète entière.



1247245544_rusl500cz01.jpg


Au fil des fleuves, des canaux, des lacs et des 1900 km que nous allons parcourir, une sensation d'immensité vous saisit. Après le brouhaha de Moscou et ses encombrements, le bateau semble un havre de paix, une machine à remonter le temps. Nous quittons la gare fluviale de Moscou, édifice en granit et marbre construit sous l'ère stalinienne dont l'idéologie officielle dictait l'enthousiasme et une vision du monde optimiste, tendance qui s'est surtout reflétée dans l'architecture - pour amorcer notre circuit par la Volga, le fleuve mythique cher au coeur des Russes ( 3690 km ), puis les lacs Onega et Lagoda les plus vastes d'Europe et, avant d'achever cette croisière sur la Néva, d'emprunter le canal le plus long du monde, celui de la Volga à la Baltique qui, inauguré en 1964 est en réalité formé d'un grand nombre de fleuves et de lacs naturels endigués par l'homme. Notre première étape, dès le lendemain, sera Ouglitch, l'une des plus anciennes et plus jolies cités russes qui connut des fortunes diverses. Les légendes locales fondent son existence à l'époque de la princesse Olga, soit au Xe siècle. En 1218, Ouglitch devient la capitale de la principauté du même nom et fut prise en 1238 par les Mongols qui la pillèrent, massacrèrent les habitants ou les emmenèrent comme esclaves, du moins les hommes jeunes et les femmes belles. Au XIVe, lorsque Moscou commença à rassembler les terres russes, Ouglitch fut annexée mais bientôt entièrement brûlée par le prince Tver qui en revendiquait la possession. Au XVe, la ville vécut enfin une période de prospérité, frappant monnaie, mais après la mort d'Ivan le Terrible, elle fut le théâtre d'un tragique événement : l'assassinat du tsarévitch Dimitri le 15 mai 1591, alors âgé d'une dizaine d'années, commandité pense-t-on par Boris Godonov qui entendait s'emparer du pouvoir. Ce drame humain fut également une tragédie dans l'histoire du pays, puisqu'il marque le début du temps des Troubles illustré par des discordes intérieures et des interventions étrangères. Notre visite commence par l'église Saint-Dimitri-sur-le-sang, construite à l'endroit supposé de la mort du petit prince, canonisé en 1606, que coiffent d'admirables coupoles bleues et qui jouxte le palais des princes apanages, édifié en briques rouges datant de la fin du XVe, où l'enfant et sa mère ( la septième épouse d'Ivan le Terrible ) avaient trouvé refuge après la mort de ce dernier. En 1611, Ouglitch connaît une nouvelle période dramatique : envahie par les Polonais, la ville est mise à sac et la population exterminée. On évalue à 40.000 le nombre des victimes. Après ce massacre, la cité se relève lentement et ce sera sous le règne de Catherine II qu'elle traversera enfin une ère de paix et de prospérité. On y ouvre une bibliothèque, un théâtre et un musée. Mais la Révolution d'octobre apporte des changements considérables. Après la construction de la centrale hydraulique en 1930, la ville est gravement endommagée : on fait sauter le monastère de l'Intercession, ainsi que d'autres bâtiments remarquables des 15e, 16e et 17e siècle, puis on inonde le territoire. Ce ne sera qu'en 1952 que des restaurateurs sauveront ce que l'on peut admirer et visiter aujourd'hui et qui confère à cette ville si éprouvée un charme indéniable. Nous y sommes accueillis par les autochtones qui, avec de gentils sourires, nous proposent des fleurs et des objets d'artisanat plus ravissants les uns que les autres et avons le privilège d'écouter des chants liturgiques et populaires d'une beauté stupéfiante. Cela nous arrivera à plusieurs reprises d'assister dans les églises à un concert de musique religieuse en slavon ; on sait les Russes aussi bons chanteurs que danseurs.
 


  1247224652_ouglitch_20eglise.jpg        Ouglitch - l'église Saint-Dimitri


Nous reprenons notre navigation qu'égayent à bord de multiples activités dont des conférences sur l'histoire de la Russie, des concerts, des cours de russes et l'agréable privilège de marcher sur les ponts promenades ou de simplement s'appuyer au bastingage afin de contempler, en ce début des nuits blanches, la pâleur nacrée d'un jour qui s'éternise et s'intensifie au fur et à mesure que nous approchons de Saint-Pétersbourg, tandis que surgissent, dans l'échancrure d'une forêt, des kremlins (remparts) et églises aux coiffes d'or. Notre prochaine étape sera l'un des joyaux architecturaux de la Russie ancienne : Yaroslavl, ville créée au XIe siècle par le prince du même nom qui, attaqué par un ours, avait trouvé refuge en ce lieu. Au temps des Troubles, la ville, qu'il fonda, prit tant d'importance qu'elle fût la capitale de la Russie. De nos jours, elle est devenue l'un des grands centres artistiques du pays et ses 600.000 habitants sont fiers des trésors dont elle regorge et qu'ils ne cessent de restaurer avec passion. C'est dans le monastère de la Transfiguration-du-Sauveur, vieux de neuf siècles que l'on découvrit le manuscrit du chef d'oeuvre épique russe : Le Dit de la campagne d'Igor. Par ailleurs, on peut y observer deux types de construction : les églises du XVIe d'inspiration byzantine avec leurs coupoles en forme de casque de guerrier et celles dont les coupoles plus modernes sont en forme de bulbe d'oignon et mieux adaptées aux hivers russes : la neige y glisse aussitôt tombée.


De là, nous revenons à Kostroma. Selon la légende, Catherine II, en visite, aurait jeté son éventail sur la table des architectes, leur donnant l'idée de construire la ville en éventail autour d'une grande place centrale, ce qui fut fait. La principale ressource de cette cité est le travail du lin proposé aux visiteurs sous diverses formes : en nappes, vêtements, blouses finement brodées. Mais le clou de la visite est sans contexte l'admirable monastère Saint Ipatiev à 8 km du centre, berceau des Romanov, bâti au 14e siècle par un Tatar visité par la Vierge et dont les imposantes murailles et les cinq dômes d'or de sa cathédrale de la Trinité se reflètent dans les eaux de la rivière Kostroma. L'ensemble est admirablement conservé et comprend, en dehors de l'église de la Trinité qui abrite une superbe iconostase, l'hôtel des Romanov où sont rassemblés des souvenirs de la famille impériale. C'est  ici, en effet, que Michel Romanov (1596 - 1645), rendant visite à sa mère, qui avait pris le voile, accepta en 1613 de monter sur le trône de Russie, époque particulièrement critique dans l'histoire du pays, devenant ainsi le premier d'une dynastie qui régnera jusqu'en 1917. Dès lors, chaque nouveau tsar, lors de son avènement, considèrera comme un honneur de se rendre en pèlerinage à Kostroma et et de faire de larges dons au monastère qui abrite encore quelques moines.


Peu après notre étape à Kostroma et Yaroslavl, nous quittons la Volga, ce fleuve à l'origine de nombreuses chansons populaires et d'oeuvres littéraires, qui a contribué à renforcer, au long des siècles, les liens séculaires entre les différents peuples habitant sur ses rives : Russes, Tatars, Mariis, Tchouvaches, Mordves et se révéla être un rempart contre lequel plus d'un ennemi se heurtera en vain - afin de pénétrer, après un énième passage d'écluse, dans la retenue de Rybinsk. La réalisation de cette véritable mer artificielle, où 60 rivières viennent se vider dans un réservoir de 4500km2,  fut décidée par Staline en 1941 et causa d'irréversibles dommages à l'environnement. Ainsi des populations entières furent déplacées, 4000 ha de terres cultivées inondées et 700 villages rayés de la carte, ce qui donne à l'eau une couleur verdâtre provoquée par la décomposition des terres et des forêts immergées. En voguant au-dessus de ce gigantesque cimetière, il arrive que l'on aperçoive un clocher qui émerge ainsi de façon pathétique, nous laissant imaginer ce que furent le désespoir de tous ces gens chassés de leur demeure, de leur bourg, ainsi que le travail harassant des millions de prisonniers politiques sortis des goulags pour se livrer à ces durs travaux au prix de leur vie.

 


1248001021_eglise_sur_la_volga.jpg

Apparition d'une église dans la retenue de Rybinsk

 

Après cette traversée, le bateau arrive à Goritsy, une région de lacs couverte de forêts épaisses et qui est désormais protégée comme parc naturel du nord de la Russie. Le couvent de la Résurrection, où Ivan le Terrible enferma la quatrième de ses sept épouses, étire ses bâtiments plus ou moins en ruine sur le rivage de la Cheksna qui relie la retenue de Rybinsk au lac Blanc et que quelques religieuses ont entrepris de restaurer. Mais le monument remarquable par son architecture et son importance est à quelques lieux de là, le monastère de Saint-Cyrille-du-lac-Blanc. Une fois traversée la montagne noire, on voit se dessiner de façon grandiose son quadrilatère de remparts et ses tours d'angle, ses 11 églises dressant leurs bulbes vers le ciel et les 13 ha de jardin où poussent les plantes médicinales. Centre religieux autant que place forte, il dut sa fortune à sa position stratégique sur la route commerciale reliant le nord au centre du pays et compta dans la seconde moitié du XVIIe jusqu'à 200 moines. Transformé après la Révolution en musée, il recèle des trésors inestimables, objets de culte et 200 icônes somptueuses.


Après Goritsy commence la traversée du lac Blanc, puis l'entrée dans le lac Onega, riche en baies étroites semblables à des fjords et où abondent les îles - il y en a environ 1300 - offrant des paysages d'une beauté suffocante, surtout si l'on s'attarde à la proue du bateau pour admirer, tard dans la soirée, les jeux de lumière de ces nuits blanches qui, du 15 mai au 15 juillet, déclinent dans le ciel une gamme de blanc, argent et or et posent sur les paysages aquatiques des tonalités nacrées quasi irréelles. Le lendemain, au début de l'après-midi, se profile l'île Kiji, perle de la Carélie, et les 22 coupoles de sa cathédrale de la Transfiguration. Au XIVe siècle, l'île servait de relais aux marchands de Novgorod qui se dirigeaient vers la mer Blanche, d'où ils importaient fourrures et ivoire de morse. Kiji fut plusieurs fois attaquée par les Suédois et l'église de la Transfiguration fut construite en bois sans un seul clou en 1714, afin de célébrer la victoire de Pierre le Grand sur les troupes scandinaves. Ses bulbes recouverts d'essaules - tuiles en bois de tremble - reflètent, tour à tour, le jeu étonnant de la lumière du soleil et de la lune. Un demi siècle plus tard sera bâtie l'église de l'Intercession à 9 coupoles, à laquelle sera ajouté un clocher au toit pyramidal. D'autre part, pour faire de cette île ( placée sous la haute protection de l'Unesco ) un musée en plein air, on fera transporter, depuis les villes avoisinantes de Carélie, de magnifiques édifices en bois, notamment la chapelle Saint Lazare qui daterait de 1391 et serait ainsi l'église en bois la plus ancienne de toute la Russie. Cette véritable merveille de 3m de long est un bijou serti au bord de l'eau, dans un bocage où alternent prairies, oseraies et bosquets d'ormes. Autour, on découvre des isbas, des granges, des moulins et des bani, petites constructions qui servaient aux bains de vapeur très pratiqués par les russes et les populations (nordiques en général), tandis qu'hommes et femmes, dans ce décor intemporel, se livrent aux activités traditionnelles : travail du bois, de l'osier, de la laine, des peaux. Afin de goûter pleinement la beauté de Kiji, il est conseillé de s'isoler un moment, de façon à découvrir les champs parsemés de fleurs sauvages, le cimetière que les femmes entretiennent avec soin et le village où vivent les 50 habitants permanents ravitaillés l'hiver par un motoneige, car, ici, la saison hivernale est rude et la neige épaisse - avec partout d'imprenables vues sur le lac.

 
La nuit suivante, nous ne dormirons que quelques heures pour savourer le spectacle du bateau glissant lentement, dans le prodigieux silence, au milieu de cet entrelacs d'îlots couverts de forêts avec, parfois, surgissant de derrière le rideau végétal, la coupole bleutée d'une église ; ce, avant que nous n'abordions la Svir, rivière aux berges majestueuses et pittoresques qui unit le lac Onega  au lac Lagoda. Pendant de longues années, cette région demeura sauvage et presque déserte, la population indigène fuyant les invasions mongoles. Car de tout temps elle fut appréciée pour la qualité du bois de ses hautes futaies, aussi n'est-il pas rare que l'on voie flotter des arbres entiers que les villageois utilisent à des fins artisanales. La Svir se caractérise par ses courants rapides, son lit sinueux et ses épais brouillards au printemps et à l'automne. Aujourd'hui, tout est limpide. Une paix profonde baigne ces paysages qui nous enchantent. Nous ferons une ultime étape à Mandroga, bourg aux plaisantes maisons de bois, où nous serons reçus par la femme d'un pilote de chasse qui a préparé à notre intention du thé et des crêpes  à la confiture de baies noires, avant d'accoster au port fluvial de Saint-Pétersbourg. Dernier moment d'intimité avec la Russie rurale avant la capitale intellectuelle, cette Venise du Nord dont je vous parle dans un autre article de cette même rubrique. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Autres articles concernant la Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie, de la Volga à la Neva

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Peterhof ou la maison de Pierre
 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été


Moscou  : pleins feux sur la capitale russe

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, dont ceux consacrés à la Russie, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

  P1060181.JPG       Monastère Saint-Cyrille-du-lac-Blanc

 

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg
La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg
La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche