Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 09:20
Pas Liev de Philippe Annocque

Je vous propose cette semaine une incursion dans les arcanes de la littérature contemporaine avec cette lecture d’un des derniers textes de Philippe Annocque qui entraîne régulièrement le lecteur dans les filets de sa prose pour l’amener à se poser des questions sur l’être et l’apparence de l’être, sur l’existence et l’illusion d’exister…

 

 

Pas Liev

Philippe Annocque (1968 - ….)

 

 

Le car avait laissé Liev au milieu de nulle part, dans une immense plaine glaiseuse et vide avec des labours à perte de vue. « C’était en plein milieu des champs. Il n’y avait pas de relief. Juste quelques bosquets, assez loin. » On croirait lire le récit de la campagne ukrainienne de l’armée italienne écrit par Malaparte. Liev avait été embauché comme précepteur de deux enfants à Kosko mais quand il arrive à la résidence, les enfants ne sont pas là et même s’ils reviennent de vacances - peut-être ? - Liev ne les voit jamais. On comprend alors que les enfants n’existent pas, pas plus que la belle Sonia qu’il doit épouser et pas plus que les autres personnages de cette histoire dont on ne connaît que les apparences. On ne sait jamais d’où viennent et où vont les personnages, ils passent dans l’histoire comme dans l’esprit de Liev sans réelle consistance.

 

On réalise alors que cette histoire n’existe pas, que Liev n’existe pas ou du moins que Liev n’est pas Liev. Liev n’est peut-être que le personnage encadré par des êtres inconnus et questionné par des gens habillés d’étrange façon. Philippe Annocque nous raconte peut-être l’histoire qui a pris corps dans la tête de Liev après qu’il a subi un fort traumatisme psychologique. Une histoire qui n’aurait jamais existé. Et ce personnage à peine esquissé, qui hébergerait Liev dans sa tête, existe-t-il lui aussi ? Ce livre n’est que doute, supposition, suggestion, semble-t-il …

 

Philippe Annocque a sans doute voulu nous montrer que la réalité n’est pas la même pour tout le monde, que chacun invente sa propre réalité et que chacune de ces supposées réalités est aussi crédible que n’importe quelle autre. Il n’y aurait peut-être pas de réalité, de vérité absolue, elle serait relative et dépendante de l’esprit qui la conçoit ou la reçoit.

 

Pour une fois, Philippe Annocque délaisse  les contraintes oulipiennes qu’il s’impose, même s’il s'octroie encore quelques fantaisies, afin de s’adonner à la fiction, la fiction dans la fiction, la fiction mise en abyme. Une forme de jonglerie avec le récit et les idées en lieu et place d’une jonglerie avec les mots. « Un retour vers le roman », dit son éditeur, un retour qui déstabilise le lecteur en le laissant dans une perplexité profonde, tournant autour des « peut-être » et dans l’incertitude permanente qui habite ce texte. Le lecteur pourrait même douter de l’existence de l’auteur, croire en une création de l’éditeur, douter de l’existence de cet éditeur et ainsi de suite jusqu’à douter de sa propre lecture mais puisque je doute, peut-être suis-je  …. ?
 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 09:14
Kvar Io de Sabine Huynh

Un  long poème comme une odyssée pour raconter la vie de cette jeune Vietnamienne chassé de son pays par la guerre, qui erre de par le monde avant de choisir Israël et sa langue pour patrie d’accueil. Un très joli recueil grand format qui ajoute l’illustration à la qualité du texte.

 

 

                                    Kvar lo

Sabine Huynh (1972 - ….)

 

Lors d’un récent salon littéraire, ce recueil a attiré mon regard, c’est un joli objet, grand format (170x240) orné de jolies encres de Caroline François-Rubino, mais ce qui a surtout attisé ma curiosité c’est les mentions habituelles figurant sur la couverture. Le nom de l’auteure qui porte un prénom bien français mais un patronyme qui semble beaucoup plus exotique. La première page nous en dit beaucoup plus :

 

            « Tu es née d’un ventre

           Près d’un fleuve rouge »

 

Je ne connais qu’un seul Fleuve rouge, l’immense cours d’eau qui baigne le Vietnam, le Mékong. J’avais donc en mains un livre écrit par une fille d’origine vietnamienne élevée vraisemblablement en France. Et le titre énigmatique du recueil, « Kvar lo », excitait encore plus ma curiosité. J’ai donc acheté ce livre pour connaître son histoire et découvrir ce que cette auteure voulait nous dire sur son histoire à elle.

 

Ce livre n’est peut-être pas un recueil mais plutôt un long poème qui évoque l’histoire de cette femme née au Vietnam, élevée en France avant de partir pour d’autres horizons : la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-Unis et enfin Israël, ce pays qui a donné son titre hébreu à ce livre : « Kvar lo » (Déjà plus) où elle réside maintenant. Tout ceci pourrait déjà constituer la trame d’un vaste roman d’aventure entraînant le lecteur dans un  périple autour de la planète. Et cet ouvrage est bien  une quête à travers le monde dont l’auteure ne semble pas avoir toujours choisi le parcours, ni les étapes de cette odyssée commencée sous la forme d’une fuite pour sauver sa vie.

 

Sabine Huynh raconte son voyage comme un parcours à travers les langues qui lui a fallu apprendre ou absorber, selon les cas. La langue, c’est ce qui donne l’identité, la culture, la raison d’être, le patrimoine à transmettre, ce qui permet de se construire, de s’insérer dans une société.

 

            « venue au monde sans

            mémoire dans l’absence

            d’une langue de cœur

            Tu es clochette fendue…. »

 

Elle a voulu se construire

 

            « Te construire

             Sur ce kvar lo »

 

Sans langue maternelle proscrite par la langue des envahisseurs

 

 « Ta mère nouait

 gorge et langue, te coupait

 vestes carrées, t’exécutait

 pulls serrés, te cousait

 robes raides

 les lèvres »

 

Elle a cherché une langue où s’installer comme un oiseau cherche la branche où poser le nid qui verra naître ses petits.

 

            « La française, te plier

            à sa cadence pour survivre

 

l’anglaise, s’échapper

sans surveillance, chanter

avec l’espagnole, jouer

avec l’italienne, oser

séduire en suédois »

 

 

Alors, elle choisit l’hébreu, « cette langue … sans forme début ni fin flot incessant qui te lave, te réveille »

 

            « Recevoir l’hébreu

               C’est (l’)aimer »

 

Ainsi l’hébreu est la langue qu’elle pourra transmettre à sa fille, partager avec sa fille, vivre avec sa fille dans un monde qu’elle a choisi, dans une culture qu’elle a choisie, s’ «  émouvant dans cette langue façonnée pour elle et toi ».

 

On chanterait pendant des heures cette épopée, cette odyssée dans le monde des langues où Sabine a tenté d’oublier celles qu’elle ne connait pas, écrivant un merveilleux poème plein de douceur et de tendresse, même s’il est né dans la pire des violences. Une magnifique page d’amour et de littérature.

Denis BILLAMBOZ

 

Pour prendre connaissance de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

l'auteure

l'auteure

Partager cet article
Repost0
5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 10:33
Le vin des rues de Robert Giraud
Le vin des rues de Robert Giraud

J’aime cette littérature de la rue, de la nuit, des bars, de la cloche… cette littérature qui raconte la vraie vie sans aucun artifice, dans toute la verdeur de la langue, la littérature de la survie. Je ne remercierai jamais assez Le Dilettante de rééditer ces auteurs qui ont fourni tous les condiments nécessaires à la saveur de notre langue.

 

 

Le vin des rues

Robert Giraud (1921 – 1997)

 

 

« La nuit a toujours le goût de vin rouge… Les vrais buveurs de vin rouge se retrouvent toujours la nuit, personne n’a jamais pu en expliquer la raison. » Robert, Bob, Giraud ont fait partie de cette corporation de malheur - « Le gars de la nuit est un enfant de malheur » - qui convergeait le soir venu vers les Halles, vers la Maub’, vers la Mouft’ et quelques autres quartiers de Paris où des estaminets ou clandés de fortune accueillaient cette population de "boit sans soif" qui siphonnait la chopine pour se tenir chaud au ventre. Les Halles étaient le centre de cette transhumance nocturne « à elles seules, (elles sont) la ville la plus étonnante du monde entier. Un champignon de nuit, une apparition à heure fixe, le musée Grévin animé avec ses moments de relâche ».

 

Héros de la Résistance, prisonnier des Allemands, condamné à mort, sauvé par la Libération, Robert Giraud s’est perdu dans le Paris de l’après-guerre où il a fréquenté la cloche, les petits malfrats et bien des personnages pittoresques aussi fauchés que lui, véritables génies du marketing, capables d’inventer les combines les plus improbables pour remplir leur panse afin de vivre au moins un jour de plus. C’est là qu’il a retrouvé son presque pays, Pierre Mérindol, avant qu’il fasse « Fausse route » en transbahutant des fruits et légumes pour remplir les Halles, le ventre de Paris. « Avec Mérindol on marchait en pool, depuis le jour où, complètement à la côte, on s’était retrouvé à Paris. Aussi panosse que moi on faisait une belle paire… »

 

Dans ce texte, il raconte le Paris de la cloche et des petits boulots, trempant sa plume dans le carbure servi au comptoir dans des demis, des hémisphères ou dans toutes sortes de récipients. Il dresse ainsi, avec le mazout des pochtrons, une fresque haute en couleur de la faune qui hantait Paris la nuit à la manière d’un Restif de la Bretonne comme le souligne Robert Doisneau, compagnon de bordée, avant de devenir photographe renommé et, pour la circonstance, préfacier de cet ouvrage.

 

Giraud n’a jamais postulé pour un quelconque prix littéraire mais son texte devrait être conservé à tout jamais comme un véritable document, indispensable à tous ceux qui s’intéressent peu ou prou à l’histoire du Paris de la Libération. La Capitale, il la connait sur le bout de ses godasses éculées, "Savoir Paris l’a, b, c, de la profession. A pinces, à se farcir des kilomètres de trottoirs et ça répété pendant une année nocturne, tu peux me faire confiance, tu arrives à te débrouiller ". A te débrouiller pour dénicher un rade, aussi pourri soit-il, pour boire un dernier verre avant le prochain qui ne sera que le précédent de celui qui suivra, précédant un autre avant le peut-être dernier. Tant qu’il a du rouquin, un sans toit peut résister dans la nuit la plus glaciale jusqu’à ce que l’alcool le transperce de l’intérieur.

 

Et ces écriveurs de la nuit, Giraud, Mérindol, Blondin, Vidalie, Nimier, Fallet, Simonin et quelques autres comme Audiard, ont plus contribué à faire vivre la langue française, la sortant du carcan de l’Académie, que les technocrates actuels qui la noie sous un flot verbeux issu d’un jargon bâtard qu’ils ont inventé faute d’être capables de maîtriser la langue de Shakespeare. Rien que pour cette raison, je les remercie, mais je les admire surtout pour toute la littérature qu’ils ont produite, elle m’enchante : c’est la vie qui pousse comme du chiendent entre les pavés, une leçon d’espoir, de débrouillardise, de créativité et un bonheur de lecture.

 

Et, comme Giraud et ses compères de pèlerinage d’un rade à l’autre, je suis un oiseau de nuit, de la nuit qui égalise les hommes, mettant le bourgeois au même niveau que le clodo. « La nuit n’a pas d’horloge, pas de pendule, pas de montre. Elle débute de la même façon après le tamisage du crépuscule, première ligne de démarcation à franchir…. » avant de plonger dans l’autre monde, celui qui égalise.
 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 09:30
Crépuscule du tourment de Leonora Miano

Ce livre est le premier tome d’une trilogie dont le deuxième tome a paru mais dont le troisième n’est attendu que lors de la prochaine rentrée littéraire, à ma connaissance du moins. J’ai eu la chance de rencontrer Leonora Miano lorsque j’ai acheté cet ouvrage,  je lui ai dit tout le bien que je pensais de « Contours du jour qui viens ». Le présent ouvrage est de la même veine mais encore plus puissant et même plus violent.

 

 

Crépuscule du tourment – Melancholy

Leonora Miano (1973 - ….)

 

 

On ne lit pas un roman de Léonora Miano, on le dévore, on le croque comme une mangue, comme une mangue parfois sucrée, parfois amère et astringente, parfois acide, parfois trop verte. Dans la corbeille à fruits de cette histoire reposent quatre mangues, l’une déposée par la mère de Dio, une autre par la femme qu’il a quittée, une troisième par celle avec laquelle il partage désormais sa vie et la dernière par sa sœur.
 

La mangue déposée par la mère sous la forme d’une lettre ne devra être lue qu’après sa mort, elle raconte son histoire, celle d’une femme riche venue d’une autre partie du pays pour renflouer la famille noble de son mari, famille qui a perdu une bonne partie de son lustre et surtout sa fortune. Aussi est-elle mal accueillie, battue par son mari, humiliée par ses belles-sœurs mais elle cache sa douleur et sa peine parce qu’elle souhaite  transmettre la noblesse à ses enfants. Mais son fils, parti vers le « Nord », revient au pays avec la mère de l’enfant que son ami a laissé avant de décéder. La mère de Dio refuse cette femme au comportement de bonniche, digne descendante des esclaves qui ont accepté leur sort sans se révolter. Elle veut bien prendre son fils pour en faire un noble héritier mais rejette cette femme qui restera à jamais une servante. On naît noble, on ne le devient pas. Cette lettre est une leçon adressée à tous les Africains qui se sont laissés réduire en esclavage, oubliant leur riche passé et leurs nobles origines.
 

La mangue déposée par l’épouse délaissée sous forme d’une longue méditation, qu’elle voudrait pouvoir transmettre par une sorte de télépathie à celui qui l’a abandonnée, a un goût doux amer. L’amertume éprouvée par la femme quittée mais aussi la douceur ressentie par l’Africaine qui a retrouvé ses véritables racines après un long périple initiatique, qu’elle aspire à transmettre à celui qui fut son époux, afin qu’il comprenne ce que sont réellement les peuples de l’Afrique subsaharienne, qu’il sache qu’on peut les caractériser autrement que d’après la couleur de leur peau. C’est une véritable leçon d’histoire et de spiritualité que l’auteur dispense à travers ce chapitre, elle rappelle les origines de ces populations qui remontent aux Egyptiens et aux Nubiens reconnus pour le raffinement de leur culture et la puissance de leur civilisation. Elle évoque les liens kémites qui relient les mœurs et les croyances locales aux origines de l’africanité, déplorant qu’elles aient été écrasées par les religions et coutumes importées par les envahisseurs.
 

La troisième mangue sucrée/salée est déposée par la femme qui partage la vie de Dio, celle qui a porté l’enfant de son ami, l’enfant qui pourrait perpétuer la dynastie de la famille de son mari. La femme, qu’il a ramené du « Nord », celle qui est rejetée par sa mère autoritaire, cette femme voudrait lui dire ce qu’elle ressent après qu’il l’a violemment tabassée. Elle se souvient comment elle l’a rencontré, comment il a adopté son enfant et comment elle a succombé à tout ce que dégageait la relation entre son fils et cet homme qu’elle ne connaissait pas. La relation qu’elle a avec celui qui voudrait devenir son mari est parfaitement chaste, elle ne veut plus d’une relation sexuelle avec un homme, elle se souvient comment sa mère blanche a été abandonnée par son mari médecin africain en France. Cette relation pourrait avoir la douceur de la sécurité matérielle pour elle et celle d’un avenir prestigieux pour son fils mais aussi la saveur aigre des relations conflictuelles que les hommes imposent souvent aux femmes légitimes ou non.
 

La dernière mangue est une vraie mangue du pays, une mangue qui aurait poussé dans le verger de la résidence, c’est le message que sa sœur voudrait délivrer à Dio pour qu’il rejoigne la maison après avoir tabassé celle qui partage sa vie. Cette mangue est authentique, elle connait tous les secrets de la vaste maisonnée, les failles et les douleurs de chacun, les tares et les fautes de tous. Elle sait surtout ce que sa sœur a vu ou appris auprès des femmes qui fréquentent la résidence et son témoignage pourrait permettre de guérir bien des souffrances. La sœur n’a pas été épargnée non plus, elle aussi a souffert, avec la mère, elle aussi a appris les secrets honteux de la famille. Elle ne veut pas connaître d’autres souffrances personnelles, elle construit un rempart autour de son corps.
 

Ce livre est un plaidoyer pour une Afrique africaine reliée directement à ses racines originelles, aux peuples premiers porteurs des valeurs, mythes, mœurs et croyances qui auraient dû constituer le socle de la vraie civilisation africaine. C’est aussi une dénonciation de toutes les violences, faiblesses et veuleries de ceux qui ont piétiné les peuples indigènes avec l’appui des autochtones félons. Mais aussi une violente charge contre les hommes qui ont toujours utilisé les femmes pour leur plaisir et leurs besoins, qu’ils soient colons, collaborateurs, ou veules indigènes. Ce texte est un violent cri de colère, de rage et d’indignation magnifiquement maîtrisé dans une langue flamboyante canalisée par un style grandiose d’une densité étouffante et d’un souffle emportant tout ce qui ne rentrerait pas dans les convictions de l’auteur. Le pardon n’existe pas dans ce propos, tout doit disparaître, tout doit être recréé.
 

J’ai grande hâte de découvrir ce que peut contenir le tome suivant qui vient de paraître.
 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteure a reçu le Prix Goncourt des lycées en 2006 et le Prix Fémina en 2013

L'auteure a reçu le Prix Goncourt des lycées en 2006 et le Prix Fémina en 2013

Partager cet article
Repost0
19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 09:56
Mes chats écrivent des haïkus de Minami Shinbô

Voilà la deuxième partie du diptyque que j’ai consacré aux auteurs japonais amoureux des chats, c’est un recueil de haïkus illustré par l’auteur lui-même. Il s’est déguisé en chat poète pour réaliser ce magnifique ouvrage.

 

 

Mes chats écrivent des haïkus

Minami Shinbô (1947 - ….)

 

 

Le 6 octobre dernier, je soulignais, à propos de ma lecture du livre de Takashi Hiraide, « Le chat qui venait du ciel » :

« Les écrivains nippons semblent beaucoup aimer les chats, ils en parlent souvent dans leurs textes, et certains comme Hiraide et Nosaka leur ont carrément consacré un livre… ». Juste après la publication de ce propos, j’ai découvert un magnifique recueil de haïkus illustrés de Minami Shinbô : « Mes chats écrivent des haïkus » qui fait suite à un précédent recueil : « Haïkus du chat » et j’ai aussi appris que d’autres auteurs avaient consacré des écrits à cet animal emblématique selon eux.

 

Minami Shinbô confie en introduction à ce recueil : « Je me suis … transformé une nouvelle fois en chat poète et artiste espérant toutefois ne pas lasser mes lecteurs. Je suis entré dans la peau de plusieurs chats de ma connaissance dont mon propre chat… ». Inspiré par les chats qui gravitent dans son entourage, il produit un magnifique recueil où les haïkus en caractères japonais ont été conservés en regard des textes traduits en français sur fond d’illustrations aux couleurs douces et aux dessins naïfs. Ces haïkus illustrés représentent la vie quotidienne de ces chats et le flegme qu’ils conservent devant ce qui pourrait éventuellement les perturber. L’auteur n’a pas laissé toute sa part aux chats, il a glissé quelques allusions à des œuvres littéraires et picturales bien connues au Japon.

 

Célèbre auteur de mangas, Minami Shinbô offre avec cet ouvrage un magnifique objet de librairie. Celui-ci ravira même ceux qui ne lisent pas beaucoup, enchantera ceux qui connaissent bien la culture nippone et les amusera d’autant plus quand ils découvriront les clins d’œil que nous adresse l’auteur. Et comme l’éditeur est généreux et que la traductrice est  cultivée, le lecteur trouvera, à la fin du recueil, une série de notes lui permettant de comprendre le sens des textes et des illustrations. Nul n’aura donc la moindre excuse pour ne pas se procurer ce magnifique objet culturel.

 

Avant de refermer le  recueil, je me suis tout de même posé une question : est-ce que Chibi, le chat de Takashi Hiraide, figure parmi les chats qui ont directement inspiré et même soufflé à l’oreille de l’auteur quand il rédigeait ces textes et dessinait leurs illustrations ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Mes chats écrivent des haïkus de Minami Shinbô
Mes chats écrivent des haïkus de Minami Shinbô
Partager cet article
Repost0
12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 09:47
Le chat qui venait du ciel de Takashi Hiraide
Le chat qui venait du ciel de Takashi Hiraide

Je sais que parmi les lecteurs, comme parmi les écrivains, il y a beaucoup d’amis des animaux et notamment des chats. Aussi je me propose de soumettre à votre lecture deux livres venus du Japon et consacrés aux chats. J’aimerais croire qu’eux aussi sont des amis des lettres.


 

 

                           Le chat qui venait du ciel

Takashi Hiraide (1950 - ….)

 

 

Les écrivains nippons semblent beaucoup aimer les chats, ils en parlent souvent dans leurs textes et certains, comme Hiraide et Nosaka,  leur ont consacré un ouvrage. Si les Japonais écrivent sur les chats, les Français, eux, semblent apprécier ceux qui les évoquent, c’est ainsi que ce livre d’Hiraide est édité pour la troisième fois par les Editions Picquier et ne peut que séduire le lectorat français. Ce texte, présenté comme un roman, m’a paru ressembler à un conte, même si certains prétendent qu’il est très proche de la réalité autobiographique.

 

Un jeune couple - lui écrit, elle relit et corrige - s’installe dans la vie et déniche un petit pavillon isolé au fond d’un immense jardin dépendant d’une vaste maison. Ce pavillon leur convient, bien que la propriétaire soit un peu rigide. En effet,  elle refuse que ses locataires aient des enfants et des chats. Comme ce jeune couple n’a pas un désir immédiat de maternité et ne possède aucun animal domestique, il accepte cette contrainte sans rechigner. Les jeunes gens s’adonnent à leurs tâches respectives sans se préoccuper de ce qui se passe dans le jardin, même s’ils apprécient énormément la nature qui les entoure et pensent qu’ils sont particulièrement chanceux d’avoir déniché ce pavillon tranquille.

 

Mais dans la vie on ne fait pas que choisir, on peut être aussi choisi. L’écrivain remarque un jour un  chat malicieux et espiègle qui s’évertue à escalader la clôture que la propriétaire lui interdit de franchir. Progressivement, à force de persévérance, le petit animal parvient à pénétrer dans le jardinet du  couple puis, à force de mimiques et de séduction, à gagner leur attention et leur affection, si bien que le jeune couple ne résiste pas au plaisir de l’adopter, malgré l’interdit de la propriétaire. Celle-ci, sans oser l’avouer, va bientôt succomber au charme du petit animal. Dès lors le chat devient le pivot de la vie du  couple et des autres habitants de la grande maison, c’est lui qui dicte le rythme de leur vie et eux qui doivent  se plier à ses caprices sous peine qu'il les prive de sa présence.

 

Hiraide est avant tout un poète et il écrit ce livre comme un poème avec une écriture douce, sensuelle, descriptive, aucun détail n’échappe à son attention. Avec lui l’animal devient un personnage évanescent, on ne sait pas toujours où il est, s’il est parti pour toujours ou pour un jour, s’il reviendra, s’il est mortel ou non. On dirait un personnage de Saint Exupéry, un animal qui aurait la sagesse originelle de la bête et la conscience de l’humain. Ainsi cet animal, que le poète rend presque mythologique, devient-il le centre de l’univers de ce jeune couple, l’isolant des tracasseries du monde trivial mais l’inondant des inquiétudes générées par ses absences et ses faiblesses. La morale de ce conte serait de montrer que l’insouciance, l’indépendance et l’espièglerie du chaton sont  plus sages que la folie des hommes.

J'allais oublier, les excellentes illustrations de Qu Lan qui donnent tout son éclat à cette nouvelle édition.

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 08:40
Au nom du pire de Pierre Charras

Voilà un livre qui devrait être distribué à tous les élus avant qu’ils s’installent sur le siège confortable des diverses assemblées qu’ils sont amenés à fréquenter. Ils agiraient peut-être avec plus de mesure, de sagesse, de bon sens et surtout de respect des populations qui les élisent.

 

 

Au nom du pire

Pierre Charras (1945 – 2014)

 

 

Les dernières campagnes électorales en France, aux Etats-Unis et ailleurs ont pu en surprendre plus d’un par la violence et la bassesse des attaques contre les autres candidats en compétition et, pourtant, ces pratiques odieuses ne sont pas nouvelles. Avant de décéder en 2014, Pierre Charras les évoquait dans ce roman édité à titre posthume à l’occasion de cette rentrée littéraire. Pour stigmatiser de telles pratiques, montrer jusqu’où elles peuvent conduire et donner son sentiment sur de telles mœurs, l’auteur évoque l’histoire d’une élection dans une petite ville de province où le maire  charismatique et, après de nombreux mandats, est mis en grande difficulté au premier tour. Le parti, dont il incarne les valeurs sans le représenter officiellement, dépêche un spécialiste des causes perdues pour redresser la barre et tenter d'éviter un naufrage déshonorant.

 

Le sauveur débarque pour participer au sauvetage du navire municipal mais le maire a disparu, nul ne sait où le trouver. Tous se souviennent alors que ce dernier a un passé étrange. Il était ministre et promis aux plus hautes fonctions de l’Etat quand, en visitant la ville, il avait été frappé d’un malaise qui l’avait incité à se fixer dans cette ville où il avait grandi et à y briguer les fonctions de maire qu’il exercera pendant cinq mandats. Mais la population semble vouloir lui refuser une sixième investiture. C’est alors qu’il décide, contre l’avis de tous ses conseillers, de s’adresser directement aux électeurs, de leurs raconter sa vraie histoire, celle que son malaise a fait remonter à sa mémoire, celle qu’il garde secrète depuis sa première élection. Il veut qu’on lui pardonne son silence et que les citoyens sachent qui il est réellement et qu’elle est sa vraie famille.

 

Ce roman plonge au cœur d’événements anciens  difficiles à évoquer sans déclencher un raz de marée populaire, mais le maire souhaite se libérer de la culpabilité qui lui pèse sur les épaules même s’il n’était alors qu’un enfant, il se sent l’héritier de ceux qui ont été expéditivement jugé et exécuté, comme de ceux qui ont jugé, sans pitié aucune, sans discernement et même avec une haine sordide dans un après-guerre chaotique. Cet ouvrage évoque évidemment la culpabilité, la transmission de la responsabilité aux enfants et le pardon qui seul peut effacer l’atrocité de ce qui fut. On dirait que l’auteur a voulu, à la fin de sa vie, se libérer d’un poids devenu insupportable à porter seul ou plaider la cause d’un proche qui aurait subi ce même sort. Son plaidoyer pour l’innocence des enfants est particulièrement émouvant : « …les enfants des bourreaux sont des enfants, pas des bourreaux. Des enfants qui souffrent, eux aussi, comme ceux des victimes. Quand les hommes font le mal, tous les enfants sont des victimes, ceux des bourreaux comme ceux des martyrs, tous, toujours ». Puissent les bateleurs de la politique s’en souvenir lors des prochaines campagnes électorales et tous les autres dans toutes les situations de la vie quotidienne.

 

Un roman court, émouvant, qui démontre comment d’un tel mal-être peut surgir la vérité oubliée, l’appel du pardon et peut-être l’amour. Un livre noir, mais empli d’espérance, qui plaide en faveur de la vérité afin d’éviter bien des rancœurs porteuses de malheur et engendrer la paix et le bonheur. J’ai refermé ce livre non sans émotion, quelque part dans les monts du Forez à deux pas du lieu de naissance de Pierre Charras.
 

Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE d'ACCUEIL

 

Au nom du pire de Pierre Charras
Partager cet article
Repost0
22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 09:00
Mémoires d'une fleur de Jacques Pimpaneau

Jacques Pimpaneau, sinologue réputé, propose une petite devinette : l’histoire, qu’il raconte de la fille de joie vivant au IXe  siècle en Chine,  sort-elle tout droit de son imagination et de son immense culture ou d’un document miraculeusement retrouvé ? Lisez le livre et donnez-nous votre avis ?

 

 

Mémoires d’une fleur

   Jacques Pimpaneau (1937 - ….)

 

 

« L’éditeur a voulu mettre mon nom comme celui de l’auteur, car il est persuadé, je ne sais pas pourquoi, que c’est moi qui ai écrit ce livre », précise Jacques Pimpaneau dans sa préface. C’est de la simple coquetterie de sa part, tous les lecteurs comprendront vite qu’il est certainement l’auteur de ce texte. Il a une connaissance suffisante de la culture et de la civilisation chinoises pour mener à bien une telle tâche. Son histoire de livre, retiré par un bouquiniste zélé d’un autodafé commis par les brigades rouges, ne semble pas très crédible et n’a certainement pas l’intention de l’être particulièrement. Faire raconter l’histoire par l’héroïne elle-même, comme si elle écrivait ses mémoires, ce n’est pour Pimpaneau qu’une façon de mettre en scène la vie d’une courtisane chinoise au IXe siècle avec le maximum de conviction et de crédibilité.

 

Saxifrage, dont le nom est tiré de celui d’une plante à petites fleurs qui pousse dans les rochers des régions froides, raconte comment elle est devenue courtisane et comment elle a mené cette vie pendant de longues années avant de se retirer. Elle était la fille d’un haut fonctionnaire du royaume, sévère et austère, qui lui avait fait donner la meilleure éducation, même si elle n’était qu’une fille dont la mère avait déserté le foyer pour rejoindre  un autre homme. Cette fillette avait  été formée aux textes de Confucius et des maîtres taoïstes, à la poésie, à la musique, éveillée à la spiritualité et à l’astrologie. A travers cette formation très éclectique et très raffinée, l’auteur cherche à nous convaincre de l’étendue de la culture des lettrés chinois de cette époque afin que nous ne restions pas persuadés qu’ils n’étaient que des rustres sanguinaires. Malgré l’opposition formelle de son père, Saxifrage devient nonne taoïste et parfait son éducation et son instruction dans un monastère. A sa majorité, elle est initiée sans ménagement ni préliminaires aux pratiques sexuelles.

 

Trouvant la vie monacale un peu monotone, elle décide de quitter son monastère pour rejoindre la capitale où la responsable d’une maison un peu spéciale, possédant une poignée de courtisanes, veut bien l’accueillir sur la recommandation de l’une de ses initiatrices. Elle mène là la vie des courtisanes, une vie dégradante pour la société mais une vie de femme raffinée qui choisit ses amants et ne fréquente que les personnages importants du chef-lieu. Ces courtisanes sont davantage des dames de compagnie raffinées que des prostituées vénales, elles possèdent toutes au moins un art ou un talent particulier qui leur permet de briller en bonne compagnie sans sombrer dans la vulgarité ou l’exhibitionnisme.

 

A travers ce petit texte extrêmement pudique, Pimpaneau décrit le raffinement de la société chinoise du Haut Moyen-Age. Mais il dit aussi que les pratiques sexuelles hors mariage ne sont pas dégradantes, la sexualité est une fonction biologique qui doit s’exercer comme n’importe quelle autre fonction du corps humain dans le respect mutuel des individus concernés. Un bon coup de pied aux fesses de tous les tabous véhiculés par de nombreuses religions ou idéologies.

Je laisserai la conclusion à l’auteur : « Mémoires ou roman ? Peu importe, l’important est qu’on prenne plaisir à lire ce livre. C’est au lecteur de choisir et je ne répondrai à cette question que par le sourire ». Ma réponse, je vous l’ai donnée à vous de juger !

 

Denis Billamboz

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 09:15
Parce que je déteste la Corée de Chang Kang-myoung

Elle ne supporte plus le régime autoritaire en Corée, elle décide d’aller vivre en Australie qu’elle considère comme un paradis, hélas l’Australie n’est pas l’eldorado qu’elle croyait mais, malgré tout, elle ne reviendra jamais en Corée.

 

 

Parce que je déteste la Corée

Chang Kang-myoung (1975 - ….)

 

 

Kyena, jeune femme de vingt-sept ans, n’imagine pas son avenir en Corée. Elle dit : «… je n’ai pas d’avenir en Corée. Je ne suis pas sortie d’une grande université, je ne viens pas d’une famille riche, ne suis pas aussi belle que Kim Tae-hui. Si je reste en Corée, je finirai ramasseuse de détritus dans le métro ». Elle exagère à peine, sa famille est modeste, son père n’est que concierge dans un immeuble de bureaux, elle n’a fréquenté qu’une université de seconde zone, elle ne se trouve pas jolie, son travail est peu lucratif et encore moins valorisant… elle est convaincue qu’elle n’a aucun avenir dans son pays natal.  « Mon pays natal, la Corée du Sud, s’aime d’abord lui-même. Il chérit uniquement les membres de la société qui lui font honneur….Et il colle une étiquette infamante sur ceux qui ternissent son image ». Elle est convaincue qu’elle fait partie de ceux qui devraient être aidés par l’Etat, de ceux qui ne pourraient que ternir l’image du pays si on ne les aide pas.

 

Alors germe en elle l’idée de quitter ce pays sans avenir pour rejoindre l’Australie où de nombreux jeunes Coréens émigrent pensant trouver de meilleurs conditions pour gagner leur vie, poursuivre leurs études et éventuellement s’installer définitivement. Son père ayant offert un voyage à ses sœurs qui ne gagnent pas leur vie, avec l’argent qu’il lui a emprunté, elle met son projet à exécution. En Australie, elle ne trouve pas le paradis qu’elle croyait découvrir, elle navigue de petits boulots en petits boulots, de « poulaillers » (dortoirs surchargés) en « poulaillers », de garçons peu fiables en garçons peu fiables, mais elle s’accroche, travaille encore et encore même quand elle perd tout. Elle retourne parfois en Corée où elle rencontre toujours les mêmes problèmes.

 

Elle hésite, ne sait quel pays adopter, jusqu’au jour où elle construit une théorie très personnelle qui influencera définitivement son choix. « … je me suis dit que le bonheur était peut-être comme l’argent. Dans le bonheur aussi il y a les « capitaux » et les « liquidités ». Certains bonheurs viennent du fait qu’on accomplit quelque chose. Le souvenir de cette réussite reste en mémoire et rend les gens heureux un peu chaque jour pendant longtemps. C’est leur capital bonheur ». Désormais la recherche du bonheur guidera sa vie.

 

Ce livre est une charge contre le régime autoritaire qui sévit alors en Corée du Sud, laissant bien peu de choix aux jeunes qui ne sont considérés que comme les suppôts d’une nation qui n’a aucune considération pour eux. L’hymne national coréen exprime clairement l’attente de la nation envers les citoyens alors que celui de l’Australie met les citoyens en avant, le pays devant assurer leur bonheur. Le choix de Kyena trouvera-t-il sa solution dans les paroles de ces hymnes nationaux ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 10:29
La vie du bon côté de Keisuke HADA

Dans une ville nouvelle de la banlieue de Tokyo, Kento, un jeune homme de vingt-huit ans souffreteux, sujet au rhume des foins, vit avec sa mère qui fait bouillir la marmite et son grand-père âgé de quatre-vingt-sept ans. Le vieil homme répète sans cesse qu’il souhaite mourir doucement et rapidement pour ne plus gêner les autres qui le supportent de moins en moins bien. Kento a quitté un emploi trop stressant et étudie seul à la maison pour chercher une autre situation.

 

Un ami médecin lui ayant confié que l’effort physique maintenait en bonne santé corporelle et psychique et que son insuffisance provoquait un état léthargique grevant notoirement l’espérance de vie, il décide concomitamment  de s’occuper du grand-père en lui évitant le maximum d’efforts afin qu’il se ramollisse encore plus vite et s’éteigne doucement, et de se mettre à la pratique sportive pour retrouver une meilleure forme physique. Il espère ainsi satisfaire le vœu du grand père : mourir vite et en douceur,  soulager sa mère qui ne supporte plus son père et trouver rapidement un nouvel emploi. Mais la vie c’est comme un sparadrap aux doigts du Capitaine Haddock, on ne s’en débarrasse pas comme ça. Le grand père veut-il réellement mourir ? Kento est-il vraiment prêt à voir son grand père partir dans un autre monde ?

 

Ce roman qui parait plutôt léger au premier abord pose cependant des problèmes qui sont bien réels, encore plus au Japon qu’ailleurs où la population est nettement vieillissante. Il évoque bien sûr celui de la vie qui devient de plus en plus difficile à supporter au fur et à mesure que l’âge avance, et de la mort qui, à la fois, attire et effraie. Il pose aussi celui de la vieillesse, de la place des personnes âgées dans la société, dans la famille, et de leur poids économique, sans occulter les contraintes sociales et affectives toujours sous-jacents même quand les aïeux deviennent un véritable souci pour leurs descendants. L’auteur traite également le problème d’une jeunesse usée par un système économique sans pitié qui les maintient perpétuellement sous pression. Il est tellement difficile de trouver un emploi que beaucoup sont prêts à accepter n’importe quelles conditions de travail pour conserver celui qu’ils occupent.

 

La pudeur orientale empêche souvent les auteurs nippons de dire crûment ce qu’ils pensent, il faut soulever le coin du tapis pour découvrir ce qu’il y a dessous les apparences du texte.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

 

L'auteur.

L'auteur.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche