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24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 08:53
Cendres d'Anne Duvivier

Lila et sa petite sœur Violette reçoivent une lettre de leur cousine Hélène qui les informe que son père, leur oncle Robert, a demandé a être incinéré et que ses cendres soient dispersées, en leur présence, au large de la petite île italienne d’Ischia. Surprises par cette requête de leur oncle, les deux sœurs acceptent cette invitation en forme de convocation testamentaire. Elles ne peuvent refuser une telle mission surtout que leur oncle a été très présent dans leur vie quand leur père a disparu dans l’incendie d’un grand magasin bruxellois. Il a joué alors le rôle du père, et Lila et Violette lui en sont fort reconnaissantes. En contrepartie, elles, surtout Violette, aiment moins la cousine Hélène qui a très mal accepté que ses cousines empiètent sur son terrain où auparavant elle était seule et très choyée.

 

 

Les trois filles décident de remplir leur devoir de fille et nièces, elles pensent que ce sera l’occasion de renouer des liens familiaux plus chaleureux entre cousines et, au pire, de passer une belle semaine de vacances sur cette île méditerranéenne à quelques encablures de Capri. Le séjour se déroule bien, les filles apprécient le soleil, la mer, la cuisine et les personnes qu’elles rencontrent jusqu’à ce qu’Alessandro fasse son apparition et révèle des informations sidérantes qu’elles ne connaissaient pas, des informations qui changent profondément la vision et l’opinion qu’elles avaient jusque là de leur famille et surtout de leurs parents.

 

 

Avec ce court roman, Anne Duvivier évoque les difficultés qui trop souvent perturbent la vie familiale et la bonne entente au sein des fratries. Dans son récit, les couples sont peu stables, se font et se défont, les pères ne sont pas toujours ceux que les autres supposaient. Un plaidoyer pour la vie familiale paisible ou un réquisitoire contre la famille qui n’est que prétexte à mensonges, tromperies et autres vilenies ? Chacun lira ce livre à sa façon mais tous le liront avec intérêt et plaisir … sans doute. Pour ma part, je suis convaincu que la poussière que l'on pousse sournoisement sous le tapis finit, un jour, par ressortir en enrhumant beaucoup de monde et en générant bien des douleurs et des rancœurs.


Denis BILLAMBOZ


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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 10:02
Antonietta de Gérard Haddad

Antonietta s’assoupit parfois, oublie certaines choses et bientôt les symptômes sont plus explicites, elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable. Son mari raconte son calvaire, leur calvaire, dans un livre adressé à la disparue. Dans ce récit, Gérard Haddad nous conte cette agonie, cette descente aux enfers, une descente qui n’est pas linéaire mais au contraire remplie de périodes de rémission, d’espoir de guérison, d’espaces de paix et de quiétude. Des épisodes de calme entrecoupés, hélas, de crises parfois très cruelles, toujours avilissantes et souvent très difficiles à gérer. Il adresse ce livre à sa femme sous la forme d’un merci pour ce qu’elle a fait et a été pour lui et sous la forme d’une demande de pardon pour tout ce qu’il lui a fait. Le sous-titre du livre : Lettres à ma disparue évoque clairement sa forme et tout aussi clairement son contenu.

Il a commencé son récit alors que le mal était déjà tapi au fond des chairs et des organes d’Antonietta mais pas encore très perceptible. Il introduit ses épitres par des éloges qu’il adresse à sa femme qu’il n’a pas toujours respectée comme il aurait dû. Ce récit s’articule autour des aléas de la santé d’Antonietta mais plus encore autour des nombreux voyages qu’ils ont entrepris, tout d’abord pour visiter leurs parents et amis restés dans leur pays d’origine respectif : la Vénétie pour elle, la Tunisie pour lui, et puis pour des congrès ou des vacances plus ou moins culturels. Il relate avec beaucoup de précision les rencontres, les découvertes et hélas les accidents de santé d’Antonietta.

Il raconte aussi leur jeunesse, leur vie de couple parfois un peu agitée mais toujours très riche et très soudée malgré quelques écarts de sa part, l’écriture qu’il partage, elle s’activant surtout pour la dactylographie que lui ne maitrise pas. Et puis, viennent les temps difficiles, le temps du handicap de plus en plus lourd, de plus en plus invalidant, le temps des séjours hospitaliers de plus en plus sinistres, le temps de l’hospitalisation à domicile avec des personnes très dévoués et pourtant loin de la famille et même de la France. Le handicap qui fait fuir dramatiquement certains amis et même certains de leurs enfants. Le temps des déception et le temps des nouveaux amis, des personnes de grand cœur. Puis vient le temps de la fin de vie, du décès, des obsèques, et enfin de la solitude qu’il faut affronter en attendant sa propre fin. Toute une vie à deux concentrée dans ce livre plein d’amour mais pas seulement, car il recèle beaucoup d’empathie, de tendresse, de complicité et aussi d’amitié et de respect pour les autres malgré les déceptions et les défections à endurer.

Denis BILLAMBOZ


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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 09:34
L'arche de mésalliance de Marin de Viry

Marius, directeur dans une firme proposant des applications liées au développement personnel au niveau international, est mis en concurrence avec Priscillia une autre directrice d’origine anglaise. Sa culture traditionnelle française, aristocratique et catholique, s’oppose directement à la culture anglo-saxonne et militante féministe de sa collègue et rivale. Ils ont été tous les deux formés dans les institutions spécialisées dans l’instruction et l’éducation des cadres de haut niveau chargés de gouverner le pays ou d’en gérer les grandes entreprises constituant leur puissance économique. Leur patron leur propose le même poste présenté sous deux angles différents : il était le gars qui incarnait la France rassurante avec sa culture et ses traditions, elle était l’Empire britannique avec sa force conquérante et son rayonnement culturel international. Elle était aussi la voix des femmes, une certaine forme de modernisme.

 

Dans les grandes tours du quartier de la Défense à Paris, serrées comme les voyageurs du métro sur le quai des stations aux heures de pointe, là où se construisent  les théories, stratégies, applications, opérations, là où se prennent les décisions, là où se pense ce qui devrait être bon pour le peuple et pour la France mais, en priorité, ce qui est profitable à ceux qui bénéficient des richesses accumulées par la grande finance internationale et ceux qui ne pensent qu’à faire avancer leur carrière dans la gestion des entreprises qui nourrissent ces  financiers. Dans les tours, qui incarnent si bien l’arrogance, la suffisance et le mépris de ces financiers et gouvernants qui leur servent la soupe, Marius et Priscillia s’affrontent, ou plutôt font mine de s’affronter, pour un poste prestigieux. 

 

Marius est secrètement amoureux de Priscilla, sa concurrente anglaise, même s’il ne veut pas l’avouer. Elle prendrait un malin plaisir à l’écraser mais leur meilleur client leur laisse comprendre qu’ils ont été mis en concurrence dans le seul but de faire le jeu de leur patron. Ils décident donc de ne pas tomber dans ce jeu sadique et cynique et de trouver un arrangement à l’amiable. Sans avertir quiconque, ils font mine, devant leurs équipes, de se livrer une lutte impitoyable. Dans son scénario, Marin de Viry modifie les données du problème, le meneur de jeu n’est plus celui qui a inventé ce stupide jeu mais les victimes qu’il voulait asservir. Les résultats, les statistiques, les données quantifiées ne sont pas les uniques valeurs servant à évaluer les autres données du jeu : les sentiments, les émotions, le bon sens, le monde des chiffres sont brusquement bousculés par un humanisme que les élites fabriquées sur mesure ont oublié depuis longtemps.

 

Je me suis délecté à la lecture de ce livre, je connais bien le monde de l’entreprise, même si je ne l’aie fréquenté qu’à un étage beaucoup plus bas, du moins en ai-je appris bien des vices et peu de vertus. Je sais comment se construisent les carrières, les images et les réputations. J’ai souri plusieurs fois quand j’ai lu l’ironie avec laquelle l’auteur traitait son sujet. J’ai apprécié la satire qu’il a insufflée dans la peinture qu’il a dressée de la société individualiste, fondée sur le paraître et nourrissant les égos et les fortunes qui se meurent peu à peu aujourd’hui. Les Trente glorieuses se dissolvent interminablement en des soubresauts pathétiques que Marin décrit avec beaucoup de justesse, d’ironie et de drôlerie aussi. Il a compris que cette société n’a pas d’avenir, qu’il faudra, pour faire naître un nouvel espoir, retrouver le bon sens et l’humanisme égarés dans les statistiques des technocrates embastillés dans les tours de la Défense. Marius et Priscilla, Sean et Paula semblent, eux aussi, l’avoir compris …


Denis BILLAMBOZ


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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 08:44
La petite vendeuse loin de la plage de Nadine Thirault

 

Nice, 1967, Alice est une jeune fille de dix-huit ans insouciante, heureuse de vivre et de partager une belle amitié avec Clairette, son amie d’enfance. Elle est vendeuse dans une droguerie, sa mère, veuve, n’a pas les moyens de lui payer des études et d’élever ses deux autres enfants qu’elle a eus après le décès accidentel de son mari, footballeur à l’AS Monaco. Alice aurait pourtant aimé aller au lycée pour  entreprendre ensuite des études de lettres classiques. Elle passe ses journées avec sa patronne, ses pauses avec Clairette et s’occupe souvent de sa sœur et de son frère quelque peu délaissés par leur mère. Elle sillonne souvent la ville au guidon du mythique Solex, emblématique de toute une génération, afin d’effectuer quelques livraisons pour le compte de sa patronne. Et, lors d’une course chez un médecin, elle rencontre un jeune homme qu’elle avait déjà remarqué sur la plage, Cupidon dégaine une flèche qui bientôt se fiche dans le cœur de la jouvencelle. Ce joli cœur, enfant de la bourgeoisie locale en rupture avec sa classe sociale, comme beaucoup d’autres à cette époque, prône des idées révolutionnaires et cherche à immiscer Alice dans son monde de contestataires qui allume les premiers brandons qui enflammeront les rues de Paris et des grande villes au mois de mai soixante-huit. Alexandre, le petit ami révolutionnaire, s’engage chaque jour davantage et tente d'entraîner Alice dans des actions de plus en plus radicales qu’elle accepte de moins en moins de suivre.

 

Cette histoire est, comme beaucoup d’autres, une des belles histoires d’amour qui a fleuri sous le soleil de mai soixante-huit. Toutes n’ont pas tourné de la même façon, certaines se sont muées en de tendres mais banales histoires conjugales, d’autres n’ont été que des aventures printanières éteintes aussi vite que les fameux événements et d’autres encore ont été des passions dévorantes impossibles à vivre mais laissant toujours des séquelles sentimentales. La rencontre d’Alice et d’Alexandre, c’est la rencontre du monde ouvrier et des fils de la bourgeoisie sous la même bannière révolutionnaire, mais les uns et les autres n’avaient pas les mêmes envies, les mêmes objectifs. Les ouvriers voulaient un peu plus d’argent pour mieux vivre, les autres voulaient plus de liberté pour user aisément de leur fortune. Nadine Thirault semble bien connaître Nice où se déroule cette aventure, elle semble aussi avoir une idée assez précise de ce que furent les événements de mai soixante-huit dans cette ville. Sur le Solex d’Alice, on découvre les plus petites rues de la ville comme les grandes avenues et les bords de mer. On découvre aussi un petit peuple qui vivait en harmonie dans son quartier, partageant les joies et les peines, se rendant mutuellement service. Une société de gens peu fortunés qui attachait beaucoup d’importance aux valeurs fondamentales du respect, du travail, de la solidarité, un monde qu’Alice devra choisir de quitter ou non après l'aventure sociale et sentimentale qu’elle a traversée.


Denis BILLAMBOZ


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13 décembre 2021 1 13 /12 /décembre /2021 09:52
Les demeurées de Jeanne Benameur

Un petit livre par la taille mais un grand livre par son sujet et la manière de le traiter. Jeanne Benameur, avec ce texte, a voulu rendre à ceux que nous prenons pour des « abrutis », leur juste place dans la société car s’ils n’ont pas l’intelligence académique, ils ont souvent une sensibilité très aiguisée qui est, elle aussi, une forme d’intelligence. Un tout petit roman, une longue nouvelle, un conte philosophique, je ne sais … ce petit livre est un peu tout ça à la fois. Il commence comme un texte de poésie en vers racontant la vie d’une mère et de sa fille affectées de la même tare, elles ne sont pas très intelligentes, elles sont même carrément demeurées, « abruties ». « Quand on s’adresse à La Varienne, elle s’agrippe du regard à la bouche de celui qui parle. Ses lèvres à elle marmonnent, imitantes et muettes. Luce ne supporte pas. Luce se tait. Le silence entre elles tisse et détruit le monde ». Le livre évolue progressivement, même le style change, la poésie s’étiole pour faire place à un discours plus moral, plus prosaïque, qui évalue, plaide, juge. On pourrait penser que ce livre a été écrit  en deux temps, l’auteure aurait laissé une première version dans un tiroir avant de la reprendre pour la conclure dans un style moins elliptique, plus direct, plus concret, plus démonstratif.

 

 

Ce texte, c’est l’histoire de La Varienne et de sa fille Luce. Elles sont toutes les deux, selon le terme même de l’auteure : « abruties », à la limite de l’autisme et de l’anorexie pour la fille : « La Varienne pousse les tartines plus près du gros bol plein, comme on donne aux bêtes à l’étable. Mais la petite n’a qu’un seul estomac et l’appétit de l’alouette du matin ». Elles vivent esseulées au bout de village. La mère travaille chez des bourgeois pendant que sa fille laisse couler le temps en jouant avec des petits riens, en regardant le monde qui l’entoure sans s’interroger, juste en regardant. Cette vie sans histoire et sans relief butte sur la loi, la loi est formelle, la petite doit-être scolarisée. La mère accompagne donc sa fille à l’école où l’institutrice est résolue à l’instruire, à lui apprendre à lire. Mais, l’enseignante butte sur le mur de l'incompréhension totale, sur le manque de volonté absolu. Luce ne veut pas apprendre, les mots lui font mal, elle tombe même très malade. Ce blocage physiologique détruit les belles convictions que l’institutrice a apprises à l’école des maîtresses, elle n’accepte pas cette défaite. A son tour, elle somatise son échec. La fillette a cependant enregistré ce qu’elle a appris et elle peut le restituer par le dessin ou la broderie. L’enseignante comprend alors qu’il n’y a pas que le savoir académique, d’autres formes de savoir existent. La Varienne connait les plantes, elle est un peu guérisseuse ; la petite est habile de ses mains et elle a une bonne mémoire.

 

 

Un texte qui remet en question les fondamentaux de l’école primaire. Cette femme et sa fillette ne sont peut-être pas intelligentes à la manière définie par l’Académie, mais elles ont une intelligence innée, animale, une intuition aiguisée, elles connaissent la nature et ses secrets, elles transmettent par une sensualité affective ce que d’autres transmettent par la parole. « A l’intelligence, il faut un espace pour se poser. Il faut des mains, de l’air pour la craie et l’encre. L’abrutie n’a rien ». Elles ne disposent pas dans leur cervelle de cet espace mais elles ont une sensibilité très fine qui leur permet de déchiffrer, d’apprendre et de transmettre différemment. L’auteure s’applique à nous faire comprendre que l’humanité n’est pas coulée dans un seul moule, qu’il y a des êtres différents qui méritent eux aussi notre considération et notre respect.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 09:24
Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

 

A propos de ce livre, Christian Berg parle de « pari illusionniste », cette école littéraire qui cherchait l’illusion de l’être perdu dans une forme quelconque de supplétif. Mais ce qui m’a personnellement  attiré vers ce livre, c’est tout d’abord la ville de Bruges qui attise ma curiosité depuis qu’elle faisait partie de mon programme d’études à la faculté des lettres. Cette ville, que j’ai enfin découverte passionnément quand j’ai atteint l’âge de la retraite, assouvissant ainsi cette vieille passion. Et, par la même occasion, cette lecture m’a fait découvrir un auteur dont je ne connaissais même pas le nom. En évoquant l’œuvre de Georges Rodenbach (1855-1898), une amie, lectrice assidue, a réveillé en moi la passion que j’ai pour Bruges, cette ville que l’écrivain a qualifiée de « morte » alors que, moi, je l’ai toujours considérée comme l’expression de la vitalité flamboyante d’une région qui toisait l’Occident médiéval du haut de sa puissance et de ses beffrois. J’ai donc voulu savoir ce que Georges Rodenbach avait trouvé.

 

Bruges-la-morte, ville éteinte coincée entre son opulence médiévale que j’ai fantasmée longtemps après mes études d’histoire médiévale et l’agitation touristique que j’y ai trouvée quand je l’ai enfin découverte. Bruges-la-morte, peut-être la Bruges évoquée par Baudelaire dans « La Belgique déshabillée », - « Ville fantôme, ville momie, à peu près conservée. Cela sent la mort, le Moyen Age, Venise, les spectres, les tombeaux. Une grande œuvre attribuée à Michel Ange – Grand Béguinage. Carillon. Cependant Bruges s’en va, elle aussi. » Un cadre idéal pour planter le décor du drame qu’il se proposait d’écrire, une ville qui pouvait s’identifier à l’être adoré qu’Hugues Viane avait perdu cinq ans avant de s’installer dans ce décor. L’auteur prévient le lecteur dans son avertissement, il a choisi cette ville : « …afin que ceux qui nous liront subissent aussi la présence et l’influence de la Ville, éprouvent la contagion des eaux mieux voisines, sentent à leur tour l’ombre des hautes tours allongée sur le texte. »

 

Un jour, au hasard de l’une de ses promenade vespérales, Viane rencontre une femme en tous points semblable à son épouse décédée, il la suit jusqu’au théâtre où elle est danseuse, l’installe dans un appartement et l’admire comme il admirait son amour disparu. « Et c’est si bien la morte qu’il continuait à honorer dans le simulacre de cette ressemblance, qu’il n’avait jamais cru un instant manquer de fidélité à son culte ou à sa mémoire. » Mais l’habitude érode les apparences de la ressemblance, l’admiration s’étiole peu à peu… La Vivante n’était destinée qu’à faire survivre la Morte, tant qu’elle était à distance, mais quand elle avait voulu se confondre avec elle, sans même le savoir, elle l’avait détruite définitivement car elle ne pouvait pas prendre sa place. « La ressemblance est la ligne d’horizon de l’habitude et de la nouveauté. » La résurrection, la réincarnation, la pérennité sont impossibles, elles sont du seul domaine de Dieu qui est l’unique maître dans ce roman empreint de religiosité ; et l’illusion s’est évanouie quand le double a voulu se fondre dans son original comme quand « l’Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam a voulu suppléer son modèle.

 

Roman d’une grande sensualité qui donne un visage humain à la ville pour l’identifier à la femme perdue qu’« Il (l’)avait mieux revue, mieux entendue, retrouvant au fil des canaux son visage d’Ophélie en allée, écoutant sa voix dans la chanson grêle et lointaine des carillons », dans une écriture élégante, poétique, lyrique, qui soutient le drame et accompagne sa montée, représentative de son époque au contour du XIXe et du XXe siècles. Même si la « mélancolie de ce gris des rues de Bruges où tous les jours ont l’air de Toussaint », inonde ce roman d’une brume chère aux auteurs de ce mouvement littéraire, Bruges restera toujours, pour moi, une ville magique aux charmes comparables seulement à ceux qui parèrent la belle que Viane cherchait dans son double. Et avec Pierre Selos je me souviens :

 

« Et j'entendais le carillon de Bruges

Le carillon de Bruges

Monter dans le matin

Et j'entendais le carillon de Bruges

Le carillon de Bruges

Au lointain »

 

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 08:47
Les étés de Jeanne de Nicole Marlière

 

Jeanne est une jeune Belge choyée par ses parents qui l’ont inscrite dans une institution privée pour suivre ses études. C’est une bonne élève qui séduit le plus beau garçon de la classe et mène une vie heureuse et insouciante. Elle sort progressivement de l’adolescence en conservant toute sa fraîcheur, sa spontanéité, son naturel  joyeux et son envie de dévorer la vie à pleines dents. Elle est de la même génération que moi, nous avons connu les mêmes idoles de l’écran, les mêmes chanteuses et chanteurs, nous avons dansé des slows langoureux, cette éternité de tendresse et de bonheur hors du temps et du monde dans les bras d’une personne du « sexe qu’on n’a pas » comme disait à cette époque une chanson de Guy Béart. 

 

Comme pour de nombreux jeunes, les changements se manifestent souvent quand la routine scolaire et la surveillance des professeurs disparaissent l’espace d’un été. C’est donc pendant les vacances scolaires 1962, 1963, 1964, au début des fameuses sixties, que la vie de Jeanne bascule. C’est à cette époque qu’elle va quitter sa famille pour la première fois, prendre un peu d’indépendance, vivre libre, gagner un peu d’argent, découvrir le monde de la nuit avec ses bars, ses dancings, danser des rocks effrénés, des slows langoureux dans les bras d’adolescents à la découverte de l’autre sexe. Elle entre ainsi dans le monde des grands qui lui apparait plein de paillettes, de musique et de joie de vivre. C’est aussi  l’âge où se nouent les premières amourettes sans conséquence mais bientôt les amourettes deviennent plus sérieuses, plus pérennes et se transforment vite en amour pour la vie. Jeanne vit ces changements à cent à l’heure en toute insouciance sans se rendre compte qu’elle bascule progressivement dans le monde des adultes où elle sombre brutalement comme de nombreuses jeunes filles trop naïves et trop candides pour  l’affronter sans courir des risques qu’elles ne maitrisent pas suffisamment. Alors, les vacances changent brusquement, il lui faut désormais penser à son avenir, trouver des solutions aux problèmes auxquels elle doit faire face avec son amoureux. L’insouciance s’est muée en urgence, en nécessité, en besoin…
 

Dans un texte d’une grande poésie, certains passages sont de véritables vers, Nicole Marlière raconte comment cette jeune fille insouciante est devenue l’espace de quelques étés une femme responsable, capable d’affronter la vie avec ses joies et ses malheurs. Un roman initiatique à l’usage des jeunes filles trop candides et peut-être un ouvrage à l’usage des parents qui laissent leurs adolescentes démunies face aux dures réalités de l’existence.


Denis BILLAMBOZ


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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 09:10
La femme de l'autre rive de Roger Faindt

 

Dans ce roman, Roger Faindt nous conte l’histoire de Lucien, un jeune Bisontin habitant le quartier Villarceau dans la rue où j’ai travaillé pendant les dernières années de ma carrière professionnelle. En 1936, Lucien est un jeune homme modeste qui a eu la chance de recevoir deux héritages qui l’ont dispensé de travailler pour gagner sa vie, mais nullement de militer dans un groupe de révolutionnaires pour défendre la cause des moins bien lotis, notamment des ouvriers exploités par le patronat toujours avide de gains plus importants.

 

Ce roman est aussi un roman d’amour car Lucien aime les belles filles qu’il courtise assidument comme Anita, la jeune musicienne pas compliquée qui accepte volontiers de partager son lit sans autre forme d’engagement, ou comme les belles espagnoles qui croisent le chemin du jeune Don Juan : Estrella,  la fière Catalane émigrée à Besançon ou Elena la belle Andalouse qu’il rencontre lors d’une mission sanglante lors de la guerre civile espagnole. Peut-être que la femme idéale, qu’il recherche au cours de ses hésitations amoureuses entre les deux Ibères, résiderait dans une synthèse des trois femmes qu’il honore dans ce roman.

 

Ses élans amoureux sont aussi fortement marqués par son engagement politique. Lucien considère Estrella comme une bourgeoise fidèle aux phalangistes et Elena comme une franquiste à laquelle il a sauvé la vie lors d’un raid contre sa famille à Balaguer. Il met ses idées en pratique, l’auteur raconte comment il s’est engagé à plusieurs reprises dans les Brigades internationales pour lutter contre les fascistes. Ce roman est aussi un texte politique et militaire démontrant la violence et la cruauté du conflit qui oppose souvent des amis ou des membres d’une même famille comme Jean Ferrat l’a chanté dans sa magnifique chanson : « Maria ». L’auteur insiste fortement sur l’engagement politique de Lucien, tant dans la lutte contre le patronat exploiteur que contre les fascistes conquérants.

 

Mais le fil rouge de ce livre reste la musique, la musique jouée sur une guitare en suivant une partition d’un auteur espagnol de préférence. Ce texte est une véritable  anthologie de la musique espagnole pour guitare. On y croise tous les grands musiciens ibériques : Rodrigo, Albéniz, de Falla, Granados et bien d'autres avec une liste des meilleurs morceaux qu’ils ont écrits pour la guitare, l’instrument dont joue magnifiquement Lucien et Estrella et dont Elena a elle aussi joué avant de se consacrer, en bonne Andalouse, à la danse. L’auteur lui-même joue de cet instrument.

 

In fine, un roman très ambitieux : une histoire d’amour aux allures de tragédie grecque, un regard sans concession sur la guerre civile espagnole, une page de culture sur la musique de ce pays et, pour moi, une balade pleine de nostalgie sur les chemins que j’empruntais pour me rendre au boulot au début de ce siècle.


Denis BILLAMBOZ
 


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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 08:33
Les couleurs de la peur d'Isabelle Fable

 

Dans ce recueil Isabelle Fable propose dix nouvelles où le monde actuel se mêlerait, dans certaines circonstances, à des univers moins cartésiens, des univers qui échappent à notre raison, des univers plus ou moins fantastiques, fantasmagoriques, comme la nouvelle dans laquelle l’héroïne séduite par un beau jeune homme se retrouve captive dans un château médiéval où elle subit quelques tourments avant de réussir à s’évader et à se venger. Elle passe du monde puérile d’aujourd’hui à un monde gothique, violent, terrifiant, angoissant avant de revenir dans notre monde plus calme et plus serein mais peut-être avec un souvenir de cet épisode terrorisant. On pourrait aussi évoquer la jeune fille inquiétée par un promeneur indélicat qu’elle réussit à enfermer dans un placard qu’elle ferme hermétiquement comme Jeanne Moreau dans « La mariée était en noir », soit le passage d’un monde d’adolescente révoltée contre sa mère à celui de victime potentielle d’un pseudo psychopathe. 

 

Plusieurs nouvelles sont construites sur ce principe : une scène banale de la vie courante est brusquement perturbée par un événement irrationnel, étrange, qui conduit le héros aux frontières de la mort sans jamais, ou presque, la franchir, avant de le ramener sous des cieux plus cléments. Ainsi, le jeune homme qui prépare son mariage avec la fille du gardien du château, est brusquement assailli par un monstre aux deux visages : un géant débile et un chien empaillé. Il est quasiment étouffé quand la fille le sauve et le ramène vers des temps plus propices pour lui et celle qu’il doit épouser. Ce thème de la mort tutoyée me rappelle un précédent roman d’Isabelle dans lequel elle évoque toutes les personnes de son proche entourage qui sont décédées brutalement. J’ai eu l’impression de voir dans ces nouvelles comme un refus de la fatalité de la mort qu’elle dénonçait déjà dans son précédent ouvrage. Je me souviens de ces deux vers :

 

« Ecrire pour évacuer la douleur

. Ecrire pour conjurer la mort. »

 

La violence et l’irrationalité de certaines scènes peuvent émouvoir ceux qui ne sont pas, comme moi, des lecteurs réguliers de la littérature fantastique. Mais, l’écriture d’Isabelle les rassurera vite, elle est élégante, fluide, riche de mots rares et ornée de formules de style toujours judicieusement placées. L’auteure n’étale jamais l’horreur pour l’horreur, ne cherche pas comme certains à écœurer le lecteur mais seulement à donner toute sa dimension fantastique aux scènes qui font vivre ses nouvelles. Moi, j’ai bien aimé l’angoisse qu’elle crée en utilisant les jeux de double, voire de triple. Un homme d’âge mûr est pris d’une réelle panique quand il croise dans le métro un homme qui pourrait être lui quand il avait une vingtaine d’années de moins. Un jeune homme accompagne la fille qu’il aime bien à la fête où il est vite perturbé par deux autres filles qui semblent être l’une et l’autre un double de son amie mais chacune avec un handicap. Le recueil s’achève sur un texte moins étrange mais plus bouleversant encore, il raconte comment une jeune fille retourne sur sa terre natale en Afrique où sa grand-mère l’a purifiée à jamais, elle l’a excisée et infibulée. Et si l’horreur au quotidien était plus violente que l’horreur distillée dans la fiction littéraire.
 

Denis BILLAMBOZ


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Les couleurs de la peur d'Isabelle Fable
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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 08:58
Et si Notre-Dame la nuit ... de Catherine Bessonart

Notre-Dame de Paris, là où la France se regroupe lorsque les événements sont particulièrement dramatiques. Km 0 du réseau routier national. Km 0 de l’histoire tricotée avec habilité par Catherine Bessonart. Là où Thomas, un peintre inconnu, découvre un matin que les neuf statues qu’il a accepté de peindre pour un étrange commanditaire ont été décapitées au cours de la nuit. L’énigme générée par cette offense destructrice échoit sur le bureau du Commissaire Bompard, c’est le début d’une affaire qui prend rapidement une ampleur beaucoup plus dramatique. Des jeunes femmes sont elles- aussi retrouvées privées de leur chef  dans divers endroits de la capitale, des filles qui n’ont aucun rapport entre elles, mais les lieux où sont retrouvés les corps, eux, semblent bien choisis pour une raison tout à fait significative.

 

Bompard et son équipe se livrent à une batterie d’investigations ne laissant aucune piste inexplorée, analysant le moindre indice, se penchant sur le plus petit détail, élaborant toutes les hypothèses semblant concorder avec les éléments dont ils disposent. Mais, le coupeur de tête semble plus rapide que les policiers qui ne font que courir après ses sinistres exploits. Il faudra à Bompard le concours de son psychologue pour explorer son moi le plus intime, le plus profond, pour rechercher dans son passé, sa prime enfance, les événements dramatiques que ces décapitations évoquent de façon de plus en plus prégnante au fur et à mesure que l’enquête progresse et que l’assassin étête. Cette sinistre vague de décapitation l’entraîne curieusement vers son passé, plus précisément vers son enfance, comme s’il était personnellement concerné. « C’est curieux, mais chaque fois que je découvre quelque chose le concernant, je suis surpris au début, et très vite çà me devient familier ».

 

Bompard c’est un peu Maigret, Maigret interprété à la télévision par Bruno Cremer, il a comme lui la même lenteur un peu lourde de l’homme qui réfléchit en marchant, la même façon de respirer les lieux, d’essayer de s’immiscer dans la tête du tueur, de le comprendre, de trouver ses motivations, ses failles, ses rancœurs, les haines qui ont pu l'inciter à l’action. Mais Bompard n’est pas le Maigret serein qui vit auprès d’une femme aimante qui prend soin de lui, c’est un homme divorcé d’une femme dont il n’arrive pas à se séparer, inquiet, angoissé, qui porte un lourd passé qu’il ne parvient pas à extraire de sa mémoire. Il est suivi par un psychologue …. C’est un Maigret d’un autre temps, vivant dans un autre contexte, dans notre période d’angoisse et d’inquiétude. « Mais cette fois, c’était différent : c’est l’autre qui venait vers lui, l’aspirait ».

 

Catherine Bessonart propose un polar en équilibre entre les  vieux polars de notre jeunesse, les sixties et les seventies, et ceux plus contemporains où les policiers sont souvent proches des coupables, où justiciers et malfrats ne sont pas forcément dans des camps opposés. Une bonne lecture pour meubler vos heures de bronzette sur la plage des vacances.

 

Denis BILLAMBOZ


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