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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 08:12
Vingt Stations d'Ahmed Tiab

Le narrateur, un homme hagard, perdu, prend le tramway arrêté justement devant lui, c’est un nouveau mode de transport urbain dans la ville. Il ne sait pas où il va, il se laisse aller au rythme des stations, des montées et des descentes de voyageurs. Son périple devient une traversée de la ville qu’il redécouvre au fur à mesure que défilent les vingt stations du parcours habituel. Chaque station évoque un moment de sa vie et un aspect de la ville et de la vie trépidante qui s’y écoule. A la première station, il se souvient de son enfance en voyant monter les gosses qui rejoignent leur établissement scolaire. A la station suivante, il se souvient de la violence qui a baigné celle-ci : la mère volage et battue par un père violent et encore plus volage, la grand-mère méprisante qui a réussi à chasser cette mère maltraitée et maltraitante, les gamins de l’école qui le prenait pour leur tête de Turc… Et le voyage continue comme ça, enchaînant la répudiation de la mère, l’arrivée d’une jeune marâtre, la découverte de l’amour avec celle-ci, la mort du père.

 

Au fur et à mesure de la montée des passagers et du défilé du nouveau paysage urbain, le voyageur évoque les moments clés  de sa vie, l’aventure qui l’a amené dans la situation déplorable qu’il connait aujourd’hui. Cette histoire c’est l’histoire d’un citoyen tout à fait ordinaire, honnête et travailleur qui ne rêve que de construire un foyer chaleureux et amoureux. Mais l’existence en a décidé autrement dans un pays plein de haine et de tension, il a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit et au mauvais moment. Refusant cette fatalité, il demande la justice qu’il n’obtient pas, alors il crie vengeance !

 

Cette dramatique aventure, c’est celle de l’Algérie coincée entre la violence des « ninjas » nationalistes et celle des islamistes intégristes. Le héros ne veut ni de l’une ni de l’autre mais il les subira tout de même. Ce beau texte est un cri de douleur, de colère, de désespoir qui génère la pitié et l’empathie pour cette innocente victime. Quelle tristesse de voir un pays s’infliger des telles souffrances ! « Plus personne ne lève les yeux pour admirer ces visages pétrifiés, témoins silencieux de la déliquescence d’une ville où chacun demeure le dos cintré sous le poids de sa pénible existence et semble incapable de voir le bleu fabuleux dont le ciel lui fait don tous les jours ».

 

L’auteur n’hésite pas à pointer son doigt dans la direction de ceux qui n’ont rien fait pour sauver le pays mais qui, tout au contraire, ont cultivé la violence et la haine au détriment des innocents. « Ils ont fait comme pour la dernière guerre, arrangé l’histoire pour rendre le présent acceptable ». La plaie est immense, la cicatrisation n’est pas encore envisageable. « Nous le savons tous, le pardon ne suffira pas car il n’est pas né de la justice. Celle-ci fut dispensée avec désinvolture par un pouvoir douteux. Les haines sont toujours là, enfouies sous les faux-semblants ». J’ai admiré ce texte qui s’enroule comme une rapsodie et reconduit le narrateur au début de son histoire oubliée sous la violence des événements. Un réquisitoire sans concession pour dénoncer  ceux qui ont fait de ce pays de cocagne un bagne au service d’un pouvoir dictatorial.


Denis BILLAMBOZ


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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 08:34
Mon coeur restera de glace d'Eric Cherrière

 

Ce roman est construit comme une véritable épopée mythologique et comporte tous les arguments de la tragédie grecque. Il se déroule en trois temps racontés simultanément : en 2020, à Hambourg, où un ancien tortionnaire nazi, « Le Croquemitaine », plus que centenaire, défie son cancer et la maladie d’Alzheimer avec un réel succès ; en 1918, dans la Baie de Somme, où un père de famille recherche son fils qui aurait déserté après avoir appris la terrifiante dégradation de son propre enfant lui aussi mobilisé ; en 1944, dans la Haute-Corrèze où le maire d’un village indique un raccourci fatal à des soldats allemands venus capturés des Juifs pour les pendre pour exemple.

 

En 1918 dans la Somme, Lucien parcourt le front pour chercher son fils qui a disparu après avoir mis son poing dans la tronche d’un colonel, le rendant responsable de la démolition de son fils à lui dont il ne reste qu’un tronc, un morceau de jambe et une tête méconnaissable. En Haute Corrèze, la mère du soldat défiguré et démoli se suicide, son autre fils emporte ce frère estropié au plus profond d‘une forêt impénétrable. En 1944, un groupe de soldats allemands est pris à parti par un être inconnu qui se déplace dans la cime des arbres, les massacrant un par un. Cette épopée mythologique, c’est la traversée des horribles guerres du XXe siècle par Lucien, ses enfants et leurs descendants, une véritable légende de la famille Faure.

 

Eric Cherrière a construit une mécanique infernale qu’on ne peut pas évoquer sans risquer de déflorer l’intrigue qui condense, dans l’incroyable aventure de la famille Faure, les principales horreurs ayant affecté les deux grandes guerres du siècle dernier. Il évoque particulièrement le sort des soldats qui ne voulaient pas porter les armes, perpétrer des violences, tuer leurs congénères… Ceux qui disaient : « Nous ne sommes pas des soldats, nous sommes des hommes normaux. Des gens ordinaires. Comme vous. Comme tous ces villageois. Nous avons été mobilisés. Enrôlés de force. Trop vieux, trop jeunes, pas expérimentés.» Ces soldats nullement motivés, parfois même pacifistes, mauvais combattants, pas doués pour le maniement des armes et peu aptes aux efforts physiques sont enrôlés dans la « Ordnungspolizei » et, pour ceux figurant dans cette histoire, envoyés en Russie pour participer au nettoyage ethnique après le passage des troupes de combat. Ils seront déplacés en France à la fin de la guerre pour lutter notamment contre la Résistance, leurs exploits seront, comme en Haute-Corrèze, souvent d’une ignoble cruauté. La violence quotidienne leur ayant ôté toute l’humanité dont il disposait.

 

Ce roman évoque l’incroyable sauvagerie des massacres de résistants ou de Juifs mais aussi les difficultés rencontrées par les enfants des bourreaux qui doivent assumer leur ascendance tout en rejetant plus ou moins violemment ses opinions et ses actes. L’auteur avoue qu’il a muri son texte en lisant le livre de Christopher R. Browning : « Des hommes ordinaires », consacré à ce thème des soldats devenus des bourreaux malgré eux. Je voudrais également souligner la grande maîtrise dont fait preuve l’auteur pour construire une intrigue qui surprendra plus d’un lecteur, les invitant à considérer tout ce que les guerres ont engendré sans que l’on en parle jamais. Ces histoires sont restées bien au chaud sous des tapis, partout en Europe et même ailleurs.


Denis BILLAMBOZ


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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 08:11
Nous et les oiseaux de Carino Bucciarelli

 

Je me souviens d’avoir lu un précédent livre de Carino et d’avoir déjà rencontré cette façon qu’il a d’inventer des histoires insolites, fantastiques, impossibles, irréelles qui déstabilisent le lecteur, l’embarquent dans une dimension qu’il ne peut pas appréhender avec sa logique cartésienne. Après cette lecture, j’avais écrit : « Avec ce texte, Carino Bucciarelli bouscule toutes les règles de l’écriture conventionnelle, son narrateur descend dans le roman pour rencontrer les personnages qu’il met en scène ou peut-être que ce sont les personnages qui s’incarnent pour rencontrer celui qui leur a donné une existence plus ou moins réelle, plus ou moins imaginée ». Dans ce nouveau roman, Carino égare sans cesse le lecteur en l’entraînant là où il y a toujours un Delatour, Stéphane ou Pierre, une Delatour qui se prénomme toujours Olga, ou des enfants Delatour, Gabriel et Irina. Mais chaque épisode de l’histoire est raconté par un narrateur différent qui rapporte une version différente des faits connus du lecteur ou une version non compatible avec ce que le lecteur sait déjà. Chaque personnage est multiple, chaque événement a plusieurs dimensions, plusieurs versions, plusieurs vérités.

 

Par une soirée d’hiver glaciale sur une autoroute difficilement praticable Stéphane, ou Pierre Delatour, roule prudemment avec à bord de sa voiture sa femme Olga et ses enfants Irina et Gabriel quand il percute une pierre qui détruit sa roue avant droite. Tous les deux, ils ont oublié leur portable, le mari décide donc de rejoindre à pied la prochaine borne téléphonique sous le regard insistant d’une corneille qui le suit pendant un certain temps. Avant de rejoindre la borne, il remarque, sur le bord de la route, un anorak rouge qui recouvre peut-être un corps. Il appelle une dépanneuse qui ne trouve pas sa voiture, ni sa famille. Le chauffeur l’accompagne au commissariat où les policiers lui disent qu’il n’est qu’un affabulateur, il n’a ni voiture, ni famille… Alors commence la valse des Delatour sous le regard toujours aussi curieux de la corneille. Et l’anorak rouge revient lui aussi régulièrement dans le récit, tout comme la conductrice de la petite voiture qui a tout vu. L’intrigue se complique, l’anorak rouge, fil rouge de cette histoire, pourrait indiquer qu’il y a eu un meurtre mais l’imbroglio est tel que le lecteur devra rester très attentif.

 

L’éditeur, sur la quatrième de couverture, indique qu’il s’agit d’un roman appartenant au genre du «réalisme fantastique», même si je ne fréquente pas assidûment ce genre littéraire, je partagerais volontiers cette opinion mais je voudrais ajouter que, pour ma part, il m’a fait penser à l’école des «illusionnistes», ceux qui, comme Georges Rodenbach, Villiers de L’Isle-Adam ou encore Robert-Louis Stevenson, dans «Le Dynamiteur» notamment, inventent une autre réalité pour donner corps à leurs histoires. Et, montrer ainsi qu’il n’y a pas une vérité unique, que la vérité peut-être perçue différemment selon la vision, l’intention, la faculté de restitution du lecteur. La vérité peut ainsi être quelque chose qu’on manipule, pas forcément  aux fins les plus louables. Une histoire qui interroge sur un sujet qui lui aussi interroge beaucoup ! Un exercice littéraire sur le classique thème du double mais aussi un véritable essai sur le thème de la vérité.


Denis BILLAMBOZ


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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 09:16
Donne-moi des fils où je meurs de Maud Jan-Ailleret

« Donne-moi des enfants, des fils, des filles, des mômes, des kids, des gosses. Donne-moi des enfants ou je vais finir par crever ». Laure implore son mari et le ciel, elle veut un enfant à n’importe quel prix, quitte à en mourir. Laure est une femme encore jeune, elle n’a que trente-sept ans, mais elle n’arrive pas à procréer. Fille d’une famille aisée, belle et intelligente, elle exerce un métier valorisant, est mariée avec Antoine, beau et riche garçon descendant lui aussi d’une famille aisée. Ils se sont connus à la faculté, sont nés tous les deux dans les beaux quartiers de la rive gauche parisienne, se sont mariés  jeunes, ont construit chacun une belle carrière, se sont beaucoup amusés, ont beaucoup fait la fête et quand ils ont pensé à assurer leur descendance, ils étaient déjà moins féconds. 

 

Après trois fausses-couches inexpliquées, ils entreprennent le cheminement des familles souhaitant ardemment peupler leur arbre généalogique et leurs vieux jours : analyses diverses, examens de plus en plus complexes, recours éventuels à l’adoption. Mais les délais de réponse sont toujours longs, il faut attendre, attendre et encore attendre… et les résultats sont généralement décevants. Laure n’en peut plus, elle est au bord du gouffre, Antoine s’enfonce dans son boulot et le couple vacille. Alors, elle change de vie en s’inscrivant à un cours de théâtre, essaie de se reconstruire, de trouver une nouvelle raison de vivre, d’oublier son problème. Mais la vie, elle, ne se fie pas toujours au désir et au désespoir de ceux qu’elle habite …

 

Maud Jan-Ailleret a connu des problèmes similaires à ceux qu’elle décrit dans son récit, elle peut ainsi donner beaucoup de véracité à son texte, emporte le lecteur au plus profond de son désespoir et au  plus fort de ses folles espérances. Elle projette son texte comme un cri, un hurlement de mère privée de son enfant, alors qu’elle voudrait le délivrer comme une mère qui donne naissance à son enfant. Ce texte m’a ému et même parfois fait vibrer tant il semble écrit dans l’urgence, la précipitation, car il faut toujours courir devant le temps pour ne pas dépasser les limites, notamment celle de l’âge de la procréation. Et, surtout, dans ce texte, j’ai trouvé beaucoup, beaucoup d’humanité, cette qualité qui manque si souvent à notre société actuelle. Tout ce que Maud raconte ne parait pas seulement vrai, mais est vrai : les grandes tablées à la campagne, la marmaille qui piaille sans cesse, le désir d’enfant, les douleurs, les espoirs, les faux espoirs, le regard des autres, les remarques maladroites, la solitude et le parcours inhumain dans les laboratoires, cliniques et hôpitaux. Le lecteur reste en permanence aux côtés de Maud, il voudrait lui tenir la main, lui dire qu’un jour elle aura un enfant.

 

Denis BILLAMBOZ


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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 07:48
Le silence des bois de Maureen Martineau

Contrairement à toutes les années précédentes, Lorie n’a pas accompagné sa mère pour leur traditionnel séjour en camping sauvage dans une forêt de Haute-Mauricie, au Québec, non loin de La Tuque. Et ce séjour solitaire a tourné au drame, sa mère a été trouvée assassinée. Lorie n’accepte pas les conclusions bâclées de la police locale, elle décide donc, l’année suivante, de se rendre sur place en espérant rencontrer des témoins que la police n’a pas interrogés et même pas identifiés. Elle se met en route par un beau jour de fin d’été avant l’arrivée du froid et à la fin de la période infestée de moustiques. 

 

Elle n’est pas la seule à converger vers cette destination, deux touristes, une blonde et une brune, ont décidé de faire une excursion en kayak dans le secteur ; André Caillas, un gardien de réserve, vient y prendre un nouvel emploi ; Mikona et sa fille Sylvette, deux Indiennes, ont, elles, un compte à régler dans le secteur. Lorie emprunte le taxi de Sylvain Hook pour rejoindre le lieu de son campement au plus profond de la forêt, à proximité d’un lac sur lequel croise à bord de son canot le détective Morneau, celui qui a instruit l’affaire du meurtre d’Agathe, la mère de Lorie. L’espace est immense et pourtant on se croirait dans un huis clos, les acteurs du drame qui va se nouer sont tous là, il ne manque que l’ours affamé, lien entre les personnages qui ne se connaissent pas tous.

 

Les deux Indiennes ont minutieusement préparé leur vengeance mais des grains de sables se glissent dans la belle mécanique du complot qu’elles ont ourdi : Lorie ne devait pas être là, elle ne devait pas être agressée, le policier ne devait pas venir la secourir. La machinerie s’enraie, les faits s’enchaînent, les Indiennes accomplissent leur vengeance, Lorie pense mieux comprendre le meurtre de sa mère … Mais, une autre agression a été commise dans le même secteur et une victime survivante pense reconnaître l’agresseur qui pourrait être coupable d’autres méfaits. Cette histoire, qui démarre assez lentement, et laisse momentanément filer l’attention du lecteur, s’accélère bientôt, les événements s’enchaînent, sont de plus en plus violents, de plus en plus cruels, de plus en plus bouleversants. Cette aventure est à la mesure des espaces qui la comporte, je l’ai ressenti jusqu’au fond de ma mémoire car, en 2018, j’ai eu la chance de séjourner dans une pourvoirie sur les bords d’un petit lac à proximité de La Tuque. Je conserve un souvenir impérissable de cette forêt à la fois inquiétante et magnifique. Je conçois très bien l’intensité que cette histoire peut prendre dans un tel contexte. Si vous prévoyez de séjourner au Canada, n’hésitez pas à faire le détour par ce coin perdu de Haute-Mauricie, les paysages y sont splendides et la nature quasi originelle. Vous sentirez peut-être le souffle d’Agathe sur votre nuque, elle vous guidera sous la sombre canopée et vous expliquera peut-être ce que devrait-être la justice des hommes.


Denis BILLAMBOZ


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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 08:22
El Curandero de Paul Vanderstappen

Au Chili, Pablo, un Belge marié à une Chilienne, a assisté au transfert des cendres de son amie Gloria décédée beaucoup trop jeune. Il était l’un des témoins de son mariage. De retour en Belgique, il voudrait écrire sa vie pour lui rendre hommage, mais il n’y arrive pas, les mots se défilent comme s’ils étaient bloqués derrière une lourde porte restant obstinément coincée par une pierre aussi pesante que celle qui lui écrase l’estomac. Il consulte un psychologue qui essaie de le sortir de l’ornière, le ramenant sans cesse vers ses chers disparus, morts trop tôt eux aussi comme s’il l’avait abandonné. Le praticien lui demande de faire revivre ses morts pour qu’il puisse évacuer les cauchemars qui l’assaillent régulièrement et le paralysent devant la page blanche. « Ne pensez-vous pas qu’il serait temps de déterrer tous ces morts ? ».
 

 

En réanimant ses souvenirs, il fait progressivement son deuil et libère son esprit du poids qui le paralysait, si bien que, désormais, il peut écrire son hommage, mais il reçoit alors un mot de son psychologue lui dévoilant que sa thérapie n’est pas complète. « Vos aventures au Chili ne sont pas terminées : ce pays vous est redevable de quelque chose. ». En quelque sorte, il doit boucler la boucle ouverte à Vina del Mar quand il prenait des notes sur le carnet qu’il a égaré dans un café, sous le regard de la caissière. Il retourne à Vina del  Mar, retrouve la caissière et le petit carnet oublié et celle-ci l’envoie vers Gabriel, le gardien du musée et de la mémoire de Pablo Neruda, qui lui fait comprendre comment reprendre confiance en soi et comment  domestiquer les mots. Il doit devenir El curandero, celui qui soigne. Il lui montre le chemin du maître : « Je vois, peut-être cherchez-vous trop à les contrôler, à vouloir leur faire dire ce que vous n’arrivez pas à retrouver. Pablo Neruda expliquait qu’il faut laisser venir les mots ; simplement être là pour les accueillir… ». Avec Luisa, Gabriel et Pablo Neruda, il retrouve la confiance perdue depuis trop longtemps, devient le curandero de ses maux et sait désormais qu’il peut écrire l’histoire de son amie Gloria.

 

Ce roman est rédigé avec une grande justesse, on voit que l’auteur a exercé un métier en rapport avec les mots, il les choisit toujours avec une vive attention pour les glisser avec soin là où ils doivent être. Il mène son texte comme une véritable analyse psychologique, suivant son patient au fil des séances pour l’amener vers la résilience qui lui ouvrira les portes de l’écriture, le sortant du cruel dilemme dans lequel il était coincé : « Entre deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Je me sens piégé… ». Quand Gabriel a ouvert les portes du musée dédié à Pablo Neruda, j’ai vu « Le facteur », employé éponyme du film dédié à Pablo Neruda alors qu’il était en exil en Italie, et j’ai entendu cette musique que l’auteur semble énormément apprécier et que j’ai écouté des centaines de fois quand j’étais encore étudiant : « El condor pasa … ».


Denis BILLAMBOZ


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El Curandero de Paul Vanderstappen
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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 08:17
39,4 de Philippe B. Grimbert

Dans ce roman, Philippe B. Grimbert déambule avec son héros et ses lecteurs par les rues et dans les lieux parisiens où se rencontrent les bobos. Il quitte peu la capitale qu’il parcourt à partir de la Butte aux Cailles où réside François son nouvel héros. François est un cadra « bien conservé » qui travaille dans une des grandes entreprises qui règnent sur le monde des nouvelles technologies de l’information. Le cap de la quarantaine émousse son désir pour sa femme qu’il finit par quitter. Il vogue alors de fille en fille jusqu’à ce qu’une petite jeunette lui jette à la figure qu’il est bien trop vieux pour qu’elle envisage une aventure sérieuse avec lui. L’âge devient alors un véritable problème : « il puait de l’âge comme d’autres puent du bec ». Il essaie alors toutes les combines existantes pour essayer de paraître plus jeune et surtout de s’affranchir de la dictature des ans trop prégnante dans les entreprises issues des nouvelles technologies. 

 

Après avoir perdu un procès pour faire changer son état civil, il tente avec son avocat et un cadre supérieur de son entreprise de créer un projet permettant de conserver l’apparence physique d’un jeune et de remplacer son âge civil par son âge biologique maintenu assez bas par des tripatouillages scientifiques plus ou moins scabreux. Il devient vite l’icône du programme mais la gloire ne l’effleure que peu de temps, il est un beau jour confronté à ce qui peut subvenir à n’importe qui, n’importe quand, un accident. Alors sa vision du monde et de ceux qui l’occupent change radicalement, une autre vie commence pour lui…

 

Dans ce texte écrit dans un style fluide que la richesse du vocabulaire ne réussit pas à encombrer, l’auteur manie avec aisance l’ironie en usant abondamment de la terminologie branchée employée dans le monde des entreprises de pointe et dans l’univers des bobos. Il souligne ainsi l’artifice de la démarche de son héros qui s’intéresse beaucoup plus à son paraître qu’à son être comme il s’intéresse davantage au paraître des filles qu’il drague qu’à leurs qualités. Une façon métaphorique de dénoncer la vacuité intellectuelle de notre société qui ne se réfère qu’à l’image et aux chiffres sans chercher à savoir ce que masquent les images ni d’où proviennent les chiffres que les médias assènent à longueur de journée.

 

Le programme « HumanProg » initié avec ses deux amis pour créer un être nouveau aux qualités esthétiques inégalables, à leur docilité et à leur efficience, a ramené à ma mémoire la fameuse « Eve future » mise en scène par Villiers de l’Isle-Adam dans son célèbre roman ou encore à l’épouse morte, inventée par Georges Rodenbach dans «Bruges la morte». On peut supposer que Philippe B. Grimbert a cherché à rejoindre les « Illusionnistes » par delà les ans mais je suis plutôt convaincu qu’il essaie avec toute son ironie de mettre en garde les lecteurs contre les dérives de la société du chiffre et de l’image. Chaque étape de la vie comporte ses joies et ses peines, ses angoisses et ses douleurs, que d’autres aléas viennent encore perturber. Que chacun accepte son âge en profitant de tout ce qu’il peut apporter ! Le mien me permet de tirer une telle conclusion en prolongement de cette lecture.


Denis BILLAMBOZ


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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 09:27
Entre les mains de Juliana Leite

Cette lecture me rappelle celle de « Fado Alexandrino » d’Antonio Lobo Antunes, que j’ai faite il y a bien longtemps. J’ai retrouvé, dans ce texte, cette même façon de déstructurer en racontant simultanément, par bribes, plusieurs histoires qui se mêlent, se mélangent, se rejoignent pour façonner l’intrigue principale du roman en laissant le soin aux lecteurs d’assembler ces diverses parcelles d’histoires. Juliana Leite va peut-être moins loin qu’Antonio Lobo Antunes qui peut changer de sujet ou de narrateur à l’intérieur d’une même phrase ; elle, elle reste au moins quelques lignes sur le même événement, la même description, le même personnage, mais, en contrepartie, elle va plus loin dans l’anonymisation textuelle et les personnages ont très rarement un nom ;  ils sont le plus souvent définis par une caractéristique ou une fonction. De même, elle ne nomme jamais les lieux, seuls les bus sont bien identifiés par le numéro de leur ligne, le lecteur sait seulement qu’il s'agit du marché, de l’hôpital, du logement quitté, du chalet loué pour les vacances. C’est ainsi qu’elle reconstitue, en mêlant les époques, en naviguant d’un lieu à l’autre, en évoquant un personnage et puis un autre, la vie de Magdalena, une jeune créatrice de tapisseries qui se retrouve dans le coma à l’hôpital après avoir été renversée par un autobus. Elle insère dans son récit, en italique, des petits passages qui évoquent le séjour de l’accidentée à l’hôpital, les traitements subis par la patiente, sa convalescence, sa vie avant l’accident, le retour à la maison, la rééducation, l’avenir qui s'offre à elle. Ce roman, c’est le long chemin emprunté par les victimes d’un accident grave avec son lot de souffrances, d’espoir, de bonnes nouvelles, de doute et de séquelles à surmonter, à oublier ou peut-être à accepter pour vivre avec. Il évoque aussi l’énorme élan de solidarité déployé par l’entourage de la jeune fille : les tantes (les trois sœurs), le meilleur ami, l’employé de banque, les copines, toute une petite société évocatrice des classes populaires brésiliennes qui conjugue très bien débrouille et générosité.

 

"Entre les mains" est une histoire simple comme en naissent de nouvelles, hélas, chaque matin, mais aucune n’est racontée avec une telle empathie dans un tel style. Juliana est une grande écrivaine, elle possède un art très affuté de la narration en interprétant son texte par bribes - « Mais tu aimais bien, tu aimes toujours, les histoires racontées par petits bouts…» - en ne se consacrant qu’aux impressions, aux ressentis, aux personnages, aux lieux, tout le reste n’est qu’accessoire. Le lecteur ne ressent que ce que la malade éprouve, ce que son entourage ressent et craint. Ces petits faits, mis bout à bout, constituent un tableau à la fois sensuel et réaliste de la société brésilienne de notre époque. Accident, incident, suicide ? Le sujet n’est que sous-jacent dans ce récit en couleur où l’orange apporte régulièrement son chatoiement au fil des pages et même une odeur lorsque le fruit s'étale au marché sur le stand du marchand voisin de la jeune tapissière. Bleu aussi dans la collection de scarabées de la jeune fille. Un texte chatoyant comme les couleurs d’un défilé carioca un jour de carnaval. Une histoire de reconquête des mains, les mains qui servent aussi bien à tisser qu’à écrire, « Tisser et écrire, deux choses qui se font avec les mains ». Magdalena devra donc « Utiliser ses mains pour survivre. »


Denis BILLAMBOZ

 

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 09:12
La malédiction des mots d'Evelyne Guzy

 

Descendante de familles juives ayant subi les terribles épreuves qui leur ont été infligées tout au long du XXe siècle, Evelyne Guzy confie sa plume à une narratrice anonyme pour raconter la morbide épopée de ses ancêtres à travers l’Europe trop souvent antisémite. Elle a choisi la fiction car les sources qu’elle possède, ou qu’elle dépouille dans de nombreux gisements d’archives, laissent quelques béances dans la biographie de ces aïeux, de même qu’elle n’a pas écrit à la première personne, sous le nom d’Eva qui figure dans le roman. L’auteure anonyme raconte donc la vie des aïeux d’Eva/Evelyne dans une fiction très proche de la réalité. Elle veut décrire la vie de sa famille en mémoire de ceux qui sont morts dans les différentes épreuves infligées au peuple juif au long de ce terrible siècle ; elle l'évoque également à l'intention de ceux qui doivent perpétuer la culture yiddish et surtout témoigner que les Juifs ne se sont pas laissés mener dans les camps comme des moutons à l’abattoir. Elle veut prouver, décrire, expliquer leurs combats, leur résistance, leur rébellion.

 

La narratrice raconte tout d’abord, l’histoire de ses grands-parents paternels venus de Pologne, de Czestochowa, là où se déroule le célèbre pèlerinage à la Vierge noire, là où le grand-père fabriquait des casquettes et comment ils ont fui avec la grand-mère issue d’une famille terrienne venue de la région de Vilnius. Le grand-père a quitté la Pologne après avoir défendu son pays les armes à la main malgré les mauvais traitements infligés par ses collègues militaires et après avoir assisté à quelques pogroms particulièrement sanglants. Il est arrivé à Charleroi où, après bien des épreuves, il a pu créer un commerce prospère jusqu’à ce qu’un résistant communiste lui dise de filer vite avant que les SS débarquent chez lui et l’embarquent pour un retour morbide en Pologne. Eva a peu de souvenir de ce grand-père falot, sans grande envergure apparente mais, lors de ses recherches, elle découvre un grand-père discret mais courageux et une grand-mère un peu rustre mais volontaire et tenace qui se sont battus ensemble, et avec détermination, pour exercer leurs activités commerciales et artisanales mais surtout pour donner la meilleure instruction possible à leur fils.

 

Ce fils, qui est leur seul enfant, a connu la débâcle au cours de laquelle, il a traversé seul la France du nord au sud après avoir égaré ses parents dans l’indescriptible cohue mais qui, revenu à la maison a pu poursuivre ses étude pour devenir un brillant ingénieur. Caché dans une institution religieuse catholique pendant la guerre, il en sort affecté d'une sorte de schizophrénie judéo-catholique qu’il conservera toute sa vie. Ayant épousé la fille d’un grand résistant juif, il a honte de ses parents petits commerçants médiocres, à son avis. Eva sera la petite-fille de son grand-père maternel beaucoup plus que celle du pauvre petit commerçant.

 

Le grand-père maternel, Juif de Pologne lui aussi, a vu sa famille décimée, il s’est engagé très tôt dans la résistance où il est devenu un personnage important, encore plus important après la guerre au moment d’écrire l’histoire mais seulement jusqu’à ce qu’un historien, juif et communiste, mette en doute la véracité des faits de résistance qu’il s’attribue. Eva ne pourra jamais découvrir la vérité, plusieurs témoignages non concordants circulent, chacun cherchant à exploiter la guerre, ses misères, ses morts et les faits glorieux pour étayer sa propre théorie et sa propre vision de l’évolution du judaïsme avec la création de l’état d’Israël. Eva a laissé des blancs dans son récit, ils sont peut-être encore plus importants que tout ce qu’elle a découvert car ils interrogent et, ainsi, évitent que l’oubli gomme ceux qui ont participé à cette terrible épreuve. Mais, avec sa petite-fille, elle pourra toujours témoigner que « Nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes un peuple de mémoire ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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La malédiction des mots d'Evelyne Guzy
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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 07:51
Pourquoi je t'aime de Francis Huster

Après la rupture de son couple, Francis Huster s’interroge sur la séparation qui, finalement, brise toutes les unions quelle que soit leur nature. Tous les couples se séparent un jour sauf quand les deux personnes, qui le constituent, décèdent simultanément. Pour que tout soit bien clair, je tiens à préciser que ce que j’écris ici n’est que le fruit de ma compréhension de ce texte et du ressenti après ma lecture, rien n’est vérité démontrée, tout est très subjectif.

 

Dans l'ouvrage, Francis Huster dissèque l’amour qu’il a partagé avec une femme, un amour qui s’est effiloché, défait, anéanti dans le désert de l’incompréhension mutuelle. Ils n’avaient pas les mêmes attentes, les mêmes aspirations, ils n’avaient pas le même statut, la même expérience de la vie, ils voulaient explorer des chemins différents. Lui, dans une démarche progressive, cherche à comprendre ce qu’est l’amour, à se comprendre lui-même, à comprendre l’autre, à se faire comprendre à l’autre, aux autres, à se justifier, à expliquer pourquoi il a raison, à vider son sac d’un reste de  rancœur, à dire comment il s’est sacrifié pour tenter de  se donner raison.

 

Sa réflexion commence par une question  :  qu’est-ce qu’aimer ? Elle évolue ensuite par un exposé sur ce qui peut influencer la réponse : la force naturelle qui pousse l’homme à aller de l’avant, à aimer pour se reproduire, à assurer la pérennité de l’espèce ; l’éducation reçue - « J’accuse à la fois les parents, l’éducation – qu’elle soit civile ou religieuse -, de ne pas avoir su, dans la majorité des cas, nous apprendre à bien nous conduire » ; le rôle du destin qui fait se rencontrer deux êtres qui vont s’aimer pour toujours ou pour un bout de temps. Aimer, c’est cette alchimie qui résulte de la rencontre de deux personnes qui trouvent chacune dans l’autre, ce qui leur donne envie de vivre ensemble et de participer à la pérennité de l’espèce.  « Oui, aimer, c’est faire croire à l’autre que notre jardin secret, lui seul aura le droit de le connaître ».

 

Dans une écriture enfiévrée qui suinte encore  la souffrance de la rupture, Francis Huster explique ce qu’il pense de l’amour en général et de son amour en particulier. Il pose en préalable qu’aimer c’est d’abord s’aimer soi-même, qu’il est impossible d’aimer sans s’aimer soi-même. Il rapporte ensuite ce qu’il a compris, ce qui change entre deux êtres qui s’aiment et pourquoi l’amour fait changer. En passant du « vous » au « il », au « vous » pour accuser, au « il » pour prendre à témoin, prévenir, avertir, généraliser, il dissèque l’échec qu’il partage avec sa compagne, précisant que les lecteurs pourront en tirer quelque enseignement : « J’écris ce livre pour que les gens qui s'aiment puissent réussir ce que je n’ai pas su réussir, moi : savoir aimer ».

 

J’ai lu ce livre comme le récit d’une débandade amoureuse écrit par l’un des membres du couple essayant d’évacuer sa souffrance en l’étalant largement, mais aussi en accusant l’autre de ne pas l’avoir compris, de n’avoir pas su le comprendre, cela avec le souci et  la grandeur d’âme de dévoiler sa propre culpabilité. Et pour conclure,  je cite cette phrase qui ne manque pas de noblesse et d’abnégation : « La beauté de la vie, c’est de tout laisser derrière soi. Pour les autres. Par amour ». Que tous les amoureux en fassent bon usage !

 

Denis BILLAMBOZ


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