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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 09:45
Le cabinet Lambda de Paul Lambda

Voici un aperçu de l’énorme travail de recherche et de compilation effectué par l’auteur pour rassembler  plus de 5 000 citations, un véritable gisement de bons mots, traits d’esprit  et autres formes courtes et fulgurantes pour illustrer un texte ou exprimer en quelques mots une idée, une pensée. « 5 014 citations à siroter, croquer, injecter ou infuser », une formidable sélection qui, si elle n’avait pas été aussi productive, aurait pu provoquer la fabrication d’un immense collier de perles mais il y a beaucoup trop de perles dans ce recueil pour un seul collier. J’ai moi-même commencé, au moins deux fois dans ma vie, un tel travail mais je l’ai bien vite abandonné tant il est astreignant, j’apprécie ainsi d’autant mieux l’œuvre de l’auteur. Bien évidemment, je n’aurais jamais pu lire ces quelques milliers de citations avant de rédiger une chronique dans des délais raisonnables, j’ai donc appliqué la méthode prônée par Paul Lambda, j’ai feuilleté, j’ai pioché, je me suis baladé dans l’ouvrage guettant les mots que je voulais voir illustrés par un grand esprit et me suis laissé accrocher par quelques citations que j’ai trouvées particulièrement spirituelles, drôles, surprenantes, étonnantes et parfois même éblouissantes.

 

Pour donner aux lecteurs, qui liront cette chronique, une idée aussi concrète que possible de l’immense travail commis par le compilateur, j’ai reproduit ci-dessous quelques-unes des citations qui ont le plus attiré mon attention et qui, je l’espère, titilleront leur curiosité et les inciteront à se procurer l’original. Un livre comme celui-ci, on ne le lit pas, on le dépose précieusement sur le coin de son bureau et on y revient chaque fois qu’on a besoin d’un trait d’esprit, lorsque l'on veut retrouver la source originelle d’un mot, ou simplement lorsque l'envie vous prend de savourer de la littérature spirituelle condensée comme une essence dans son huile. Cet ouvrage était nécessaire, il est là mais les auteurs écrivent et écriront encore longtemps et il faudra alors remettre une nouvelle compilation en chantier. Paul, une nouvelle mission d’intérêt littéraire attend ton talent et ta pugnacité pour donner une suite à ce formidable travail.

 

Voici les quelques citations qui ont attiré mon attention mais j’aurais pu en ajouter beaucoup, beaucoup d’autres, presque toutes, il n’y a aucun déchet dans la sélection de l’auteur. 
 

Aphorisme – Eric Chevillard : « L’aphorisme parfait serait un mot d’enfant filtré par la barbe d’un vieux sage. »

 

Briller – Jean-René Huguenin : «  tu ne brilleras jamais pour moi que du côté où je t’éclaire. »

 

Chant – Emil Cioran : « Dans ton âme il y avait un chant : qui l’a tué ? »

 

Désirer – Roland Barthes : « On écrit avec son désir et je n’en finis pas de désirer. »

 

Ecrire – Philippe Djian : « Ce qui pousse un type à écrire, c’est que ne pas écrire est encore plus effrayant. »

 

Foi – Louis Scutenaire : « J’ai une foi inébranlable en je ne sais quoi. »

 

Grave – Arto Paasilinna : « Le plus grave dans la vie c’est la mort, mais ce n’est quand même pas si grave. »

 

Histoire – Arno : « Les humains resteront dans l’histoire comme ceux qui ont cru la faire. »

 

Innocence – Charles Nodier : « Quiconque est parvenu à discerner le bien et le mal a déjà perdu son innocence. »

 

Journalisme – André Gide : « J’appelle journalisme, en littérature, tout ce qui intéressera demain moins qu’aujourd’hui. »


 

Kafka, Franz – Daniel Desmarquets : « Le vrai portrait de Kafka, n’est-ce pas ‘L’homme qui chavire », la sculpture de Giacometti. »

 

Livre – Hervé Gulbert : « Un livre en soi n’est rien, ou n’est que peu :  c’est l’imagination des autres qui le fait, qui le refabrique (…). »

 

Modestie – Georges Perros : « Il y a pire que la modestie. C’est la peur de l’orgueil. »

 

Noir – Guy Goffette : « Maintenant c’est le noir. Les mots c’était hier. »

 

Oser – Soren Kierkegaard : « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même. »

 

Perdu – Antonin Artaud : « Laissons se perdre les perdus. »

 

Quitter – Louis Calaferte : « Ce qu’on croit quitter ne nous quitte pas. On ne quitte pas : on s’éloigne. »

 

Réalité – Mahmoud Darwich : « J’affronte la réalité brutale en insistant sur son contraire. »

 

Savoir – Pétrarque : « Beaucoup quittent cette vie sans avoir su ce qu’ils voulaient. »

 

Talent – Jules Renard : « Le talent, c’est le génie rectifié. »

 

Urgence – Daniel Pennac : « L’urgence n’est pas de le noter mais de le vivre. »

 

Vie – Eugenio Montale : « Il faut trop de vie pour en faire une. »

 

Whisky – Olivier Hervy : « Le whisky voudrait nous faire croire qu’en vieillissant on devient meilleur. »

 

L’auteur conclut cette compilation avec cette citation : « « L’art de citer, c’est savoir où s’arrêter. »

 

Robertson Davies ». Alors, peut-être ai-je failli ?


Denis BILLAMBOZ


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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 08:57
Une histoire belge de Robert Massart

En narrant la rencontre entre un Wallon et un Flamand et l’histoire qui en découle, l’auteur démontre tout ce qui oppose la Wallonie à la Flandre et les Wallons aux Flamands. On a l’impression qu’il essaie d’expliquer qu’il existe bien deux Belgique qui ne peuvent que très difficilement se fondre en une seule et même nation. Cette histoire belge commence à la Gare du Midi, la porte que je pousse quand j’arrive à Bruxelles pour visiter mes amis amoureux des livres : éditeurs, auteurs ou simplement lecteurs passionnés. Robert Massart conduit son premier personnage, Baert Kommer, un Flamand de Bruxelles, comme on appelle dans cette ville les Bruxellois de langue flamande, dans les toilettes de cette gare où il recopie les graffitis qui fleurissent sur les murs des sanitaires. La dame pipi, trouvant qu’il passe beaucoup de temps dans ses toilettes, le gronde fermement et lui interdit de venir à l’avenir se soulager dans les lieux qu'elle est chargée de surveiller. Ernest Dubois, un Bruxellois francophone, assiste à la scène et compatit avec la victime qui l’invite à boire un verre. Ainsi, les deux hommes, le Flamand et le francophone, font-ils plus ample connaissance en évoquant leur vie, leur travail, leurs occupations, leurs passions.  Ils sont tous les deux sans épouses même si Kommer fricote avec la serveuse du bar où ils sont installés et donc libres de leur temps sauf quand Dubois, professeur de français, doit assurer ses cours.

 

L’amitié se renforce peu à peu entre les deux hommes jusqu’à ce qu’une nouvelle serveuse débarque dans le salon de thé qu’ils fréquentent de plus en plus assidûment. Elle est roumaine et mignonne et, bien sûr, ils en sont tous les deux amoureux. La tension s’installe de plus en plus entre les deux amis qui s’opposent bientôt  sur fond de querelle linguistique. La jalousie et l’opposition culturelle et linguistique prennent bientôt des proportions de plus en plus violentes jusqu’à ce que leur relation devienne explosive et provoque des dégâts collatéraux inattendus.

 

Cette histoire belge est la métaphore de l’histoire de Bruxelles et plus généralement de la Belgique créée principalement par la réunion de deux provinces de langue et de culture différentes. Robert Massart, professeur dans l’enseignement supérieur, grand spécialiste de la langue française, nous propose cette métaphore qui illustre cette opposition. Il utilise ses  connaissances linguistiques pour affuter les arguments de chacun des deux protagonistes qui tentent  de s’accaparer non seulement l’amour mais aussi l’appui de la jolie serveuse qui, étant roumaine, peut être concernée par cette querelle linguistique puisque sa langue est latine comme le français mais elle pourrait aussi descendre du flamand comme l’explique Kommer.

 

Moi-même, et je pense comme la plupart de mes concitoyens français, je ne comprends pas très bien  les arcanes des querelles qui opposent wallons et flamands. Robert Massart  les explique avec beaucoup d’humour et d’ironie, mais je n’ai pas eu l’impression qu’il pensait une réconciliation culturelle et linguistique possible, le fossé étant trop large entre les deux communautés. Grand défenseur de la langue française qu’il promeut beaucoup mieux que nombre de Français obnubilés par le jargon pseudo anglais très en vogue actuellement en France, il ne m’a pas semblé totalement objectif dans le tableau qu’il dresse. Si Dubois est un intellectuel, pleutre, phobique, pas très dynamique et un peu geignard, il charge le Flamand de quelques défauts un peu plus lourds, il ne travaille pas, il est assez riche pour très bien vivre sans dépenser sa sueur, il est violent, arrogant, vindicatif et plutôt extrémiste. Le tableau est  dressé, il n’est pas sans fondement certes, mais l’auteur s’est bien amusé en écrivant son livre et en chargeant avec dérision ce flamand revendicatif. Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-le écrire la suite, si l’envie lui en prend …


Denis BILLAMBOZ


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Robert Massart

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 10:10
La sainte entreprise de Pascale Cornuel

Pour une fois, je vous propose une lecture studieuse, à la fois une biographie et une page de l’histoire de France, de l’histoire des colonies, de la transition après l’esclavagisme, de la condition féminine et surtout l’aventure d’une femme d’exception qui a pris le voile pour fonder une congrégation religieuse consacrée aux soins aux malades et à l’enseignement à destination des moins favorisés.

 

Pascale Cornuel, agrégée de l’université, docteur ès lettres, a consacré sa thèse et l’ensemble de ses travaux à Anne Javouhey, sœur Anne-Marie en religion, fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny au début du XIXe siècle. Elle a tiré de ses travaux le présent ouvrage dans lequel elle raconte la vie et l’œuvre de cette religieuse particulièrement déterminée qui, contre vents et marées, contre l’administration et le clergé quand ils s’opposaient à sa vocation, a fondé un ordre qui, aujourd’hui encore, est présent sur les cinq continents où il poursuit son œuvre d’enseignement et de soins aux malades.

 

Anne Javouhey est née en 1779, aux confins de la Bourgogne et de la Franche-Comté, dans un petit village à proximité de la bourgade de Seurre. Contrairement à ce qu’elle a souvent dit, sa famille était relativement aisée, son père était un paysan suffisamment fortuné pour posséder de belles terres qu’il pensait confier à Anne au moment de prendre sa retraite. Mais son vœu ne s’est jamais réalisé, sa fille, après des débats houleux avec lui, s’est enfuie pour entrer en religion. C’est ainsi qu’elle rencontre, à Besançon, Jeanne Antide Thouret la fondatrice des Sœurs de la Charité. Et c’est dans cette ville qu’elle eût une vision qui la montrait entourée d’enfants de toutes les couleurs auxquels elle enseignait la religion, la lecture et l’écriture et ce que l'on apprenait aux enfants à cette époque. Après moult voyages entre la France et la Suisse autant pour échapper aux sicaires de la Révolution que pour trouver l’ordre qui conviendrait le mieux à sa vocation, elle finit par fonder le sien,  les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny dans lequel elle entrainera ses trois sœurs, puis une nièce.

 

Rapidement, elle installe un établissement à Paris qui se fait remarquer de ceux qui avaient en charge les colonies et pensaient que les méthodes, qu’elle appliquait, pourraient y avoir de bons résultats. C’est donc à Saint Louis du Sénégal qu’elle conçut ce qui devait être sa grande œuvre, la Sainte Entreprise comme certains la dénommèrent rapidement. Elle voulait construire un village qui pourrait être reproduit à moult exemplaires, autant que nécessaire pour accueillir les esclaves libérés. Elle heurta de nombreux milieux, notamment les colons, qui supportaient mal d’être privés d’une main d’œuvre gratuite et n’admettaient pas que des Noirs puissent être considérés à l’égal des Blancs, que des femmes occupent des postes réservés aux hommes. Son projet, au regard des colons, n’avaient que des inconvénients, les esclaves libérés, installés au village noir de Mana, cultivaient ce dont ils avaient besoin et non des productions exportables et donc lucratives pour les maîtres. Le monde d’Anne Javouhey était un monde égalitaire où chacun pouvait manger à sa faim, recevoir un enseignement, être soigné correctement dans le respect de sa dignité. Mais c’était aussi, et même surtout, un monde catholique qui vénérait le Dieu des chrétiens, un monde qui pourrait produire son propre clergé, un monde qui pourrait se passer des Blancs. C’était la meilleure manière de se faire des ennemis particulièrement tenaces et féroces, sa vie fut donc une lutte perpétuelle contre ceux qui ne respectaient pas le sens de sa vocation.

 

Pour comprendre l’œuvre d’Anne Javouhey, il faut aussi se replonger dans son enfance, lorsque le choc révolutionnaire atteignit le fond des campagnes, lorsque les églises furent pillées, les prêtres martyrisés, les ordres religieux dispersés. Cette haine anticléricale attisa la foi de certains qui devinrent encore plus déterminés et, parfois même, intégristes dans leurs pratiques. Anne et sa famille combattirent aux côtés des catholiques pour sauver ce qui pouvait l’être et, plus tard, reconstruire un clergé régulier et séculier capable de réimplanter la religion chrétienne en France. En créant son ordre, elle a participé à la recréation du clergé français mais elle a aussi fourni de nombreuses sœurs hospitalières dont le pays, avec toutes les guerres qu’il menait, avait un urgent besoin. Son œuvre en gênait certains mais trouvait beaucoup d’encouragements auprès de ceux qui défendaient l’enseignement pour tous, des soins dignes même pour les fous et les lépreux souvent fort mal traités et, surtout, l’émancipation des esclaves afin qu’ils ne sombrent pas dans un statut encore plus contraignant que celui qu’ils quittaient. 

 

Jusqu’à son dernier souffle elle a lutté, parcourant la France et le monde pour visiter, mobiliser, restaurer, relever ses fondations mises à mal. Elle avait peut-être un défaut qui était, en définitive, sa plus grande qualité, elle n’acceptait aucune autorité qui fut contraire à sa mission divine. Son énergie, sa détermination, sa ténacité étaient immenses ; quand toutes et tous croyaient qu’il n’y avait plus de solution, elle s’en remettait à Dieu et les événements lui donnaient presque toujours raison. Le clergé ne fut pas son plus mince adversaire. De nombreux évêques et clercs acceptaient mal qu’une femme puisse avoir de si énormes responsabilités, qu’elle s’impose face à la hiérarchie cléricale, qu’elle punisse un homme ayant battu sa femme. Sa vision d’une société égalitaire, quelle que soit la condition sociale, l'origine ou le sexe, n’était pas acceptée par tous, mais nombre d’humanistes la soutinrent comme le poète Lamartine et elle fit preuve, en certaines circonstances, d’un réel œcuménisme. Si sa vision du monde ne fut pas acceptée par tous à son époque, elle est considérée aujourd’hui, sur bien des points, comme une pionnière. Elle n’était certes pas diplomate, pas bonne gestionnaire non plus, mais elle avait un objectif dont elle ne changeait jamais et ceci la rendait crédible. Elle savait où elle allait, sans savoir toujours comment elle pourrait y aller, mais la plupart du temps elle atteignait son but car vouloir est plus fort que savoir et pouvoir.

 

Saluons l'énorme travail qu’a accompli Pascale Cornuel. Son  livre n’est pas seulement une biographie extrêmement précise mais l’analyse, presque au jour le jour, de la mission à laquelle cette religieuse s’est consacrée et une formidable page d’histoire qu’on a un peu oubliée aujourd’hui : la reconstruction du clergé séculier et régulier après son anéantissement par la Révolution, la participation du clergé à la colonisation, le rôle du clergé dans l’émancipation des esclaves libérés, le rôle des sœurs dans la reconnaissance des compétences des femmes. N’ont-elles pas largement contribué à démontrer ce que le sexe, dit faible, était en mesure d’accomplir. Et, bien d’autres choses encore tant le champ de l’œuvre est vaste dans le temps, l’espace et la diversité des actions et des engagements. Et félicitations encore à l'auteure qui, en historienne avisée, n’est jamais tombée dans les pièges des différentes idéologies et courants de pensée … Son texte est d’une clarté absolue et d’une impartialité exemplaire.


Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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21 décembre 2020 1 21 /12 /décembre /2020 10:18
Pas faite pour de Véronique Adam

A Bruxelles, une jeune femme, un peu en perdition, reçoit en cadeau un abonnement dans une salle de remise en forme. Ses amies voudraient la voir prendre soin de son corps et de son moral, pensant qu’elle pourrait faire de belles rencontres dans ce lieu de détente. La trentaine allègrement passée, Cécile, sans enfant, se retrouve seule après s’être fait larguer par son dernier compagnon. La vie qu’elle mène ne lui apporte aucune satisfaction. Elle donne des cours de violon car n’ayant pas cultivé sérieusement le petit talent qu’elle avait, elle n’a pas pu intégrer une grande formation. Elle se trouve moche, inintéressante, pas très intelligente, pas douée, elle pense qu’elle n’a rien pour attirer un nouveau compagnon, elle se résigne donc à écouter le récit des exploits de ses deux amies en buvant plus que de raison. Inquiétées par ce laisser aller et cette aigreur, les deux copines lui offrent pour son anniversaire un abonnement dans une salle de sport. Celui-ci, et les efforts qu'il nécessite, est ce qu’elle déteste le plus. Elle tente tout de même l’expérience et bien lui en prend, le dandy, qui fait tourner la tête à toutes les filles qui fréquentent la salle, tombe amoureux d’elle au moment où sa femme le trompe. Une idylle enchanteresse naît entre les deux tourtereaux, une nouvelle vie commence pour Cécile, elle fait du sport pour retrouver tonus et allure et surtout reprend confiance en elle. Mais, à l’approche du mitant de la vie, l’amour est capricieux, il faut composer avec son histoire, avec ce que le passé a déposé dans la corbeille de chacun.

 

 

Avec son écriture vive, incisive, qui emmène le lecteur au cœur des aventures qu’elle a un peu vécues, Véronique raconte un bout de sa vie : le violon, le fitness qu’elle a pratiqué et pratique peut-être encore, mais pour le reste je préfère croire qu’il s’agit d’une aventure advenue à la narratrice. Cette histoire, c’est l’histoire de nombreuses filles qui, approchant de la quarantaine, voient apparaître les premiers signes du vieillissement annonçant le déclin de leur pouvoir de séduction et donc la possibilité de finir leur vie seule ou avec le gars qu’elle n’aime plus. Elles se comportent alors comme des adolescentes en quête de leur premier amour, cherchant tous les artifices qui pourraient les faire paraître plus belles, plus séduisantes, plus avenantes, plus « compagnes » pour la fin de la vie. Comme le souligne l’auteure, ce sont désormais les femmes qui prennent les initiatives en la matière : « Maintenant, ce sont les femmes qui trompent et qui quittent, toujours en quête de l’homme idéal, beau riche, intelligent, qui mettra la main à la pâte dans le ménage et l’éducation des enfants ». Elles s’activent avec d’autant plus d’ardeur que leur âge avance, il faut trouver la perle rare avant qu’il soit trop tard pour espérer encore.

 

Pour Véronique, la meilleure solution est celle qu’elle a adoptée : l’activité sportive, notamment le fitness. Les filles viennent y chercher : «  ce moment hors de leur réalité monotone, où elles peuvent durant quelques instants oublier leurs complexes et se laisser aller à vivre, sans avoir à affronter le jugement des inquisiteurs de la perfection ». Et si elles oublient pendant un moment au moins le regard d’autrui conditionné par les critères, tous plus abscons les uns que les autres, diffusés par les médias, télévision, réseaux sociaux, presse spécialisée, elles auront déjà une bien meilleure opinion d’elle-même et pourront regagner la confiance qu’elles ont perdue. La douleur des courbatures égalise les prétentions et érode l’arrogance.

 

Denis BILLAMBOZ


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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 08:36
Les secrets de la forge d'Isabelle Artiges

Au XIXe siècle, deux familles périgourdines qu’un secret de famille sépare à tout jamais connaissent un drame profond quand deux de leurs héritiers tombent amoureux. C’est un peu Roméo et Juliette revisité dans une version bucolique et provinciale. 

 

 

Le secret de la forge

Isabelle Artiges

 

 

L’histoire est celle d’Alphonse de Chaumeuil qui affiche sa richesse avec la satisfaction du petit nobliau campagnard qui a réussi le virage de l’industrialisation en installant à proximité de sa demeure un haut fourneau pour la production de la fonte. Son affaire et ses activités agricoles sont prospères, il fait vivre nombre de fermiers et métayers qui travaillent à la forge de l’automne au printemps. Il ne lui reste qu’une préoccupation, celle d’assurer son lignage et le développement de ses activités industrielles en mariant son fils avec un « bon parti ». Mais le fils refuse de s’enterrer dans une campagne perdue pour y pratiquer une activité sale et malodorante, il préfère la ville et ses mœurs en y exerçant une fonction de magistrat. Sa fille est tout aussi rétive, elle refuse tous les partis qu’on lui présente et s’enferme dans un célibat austère et stérile. Il ne peut plus compter que sur sa petite-fille qui l’accompagne souvent à la forge et en connaît  tous les secrets.

 

Il a cependant une autre préoccupation qu’il s’efforce d’oublier : la haine qui le sépare de son voisin depuis des décennies. Elle resurgit un beau jour quand le petit-fils du voisin secourt sa petite-fille coincée sous une calèche après un malheureux accident. Cupidon épingle de ses flèches les deux jeunes gens qui sont frappés d’un véritable coup de foudre : la boîte de pandore est ouverte, les haines et querelles ancestrales resurgissent, la violence se déchaînent, la bêtise et la rancœur provoquent des ravages…

 

Dans cette histoire de passion et de violence, Isabelle Artiges ne raconte pas seulement un amour rendu impossible par les actes des générations précédentes, elle met en scène la vie de la petite noblesse campagnarde et de ses sujets confrontés au développement de l’industrie dans leur paisible campagne. Cette première phase de la révolution industrielle apportera richesse et pouvoir à ceux qui auront su prendre le virage au bon moment mais les cartes seront bien vite redistribuées, « une forge isolée n’est pas en mesure d’affronter la concurrence », la sélection est sévère parmi les établissements industriels, certains ne s’en remettront pas et conduiront leurs propriétaires vers des situations quasi  inextricables.

 

En lisant ce livre, j’ai pensé à la série télévisée « Poldark » tiré du roman en plusieurs volumes de Winston Graham, où l’on retrouve cette petite noblesse campagnarde qui essaie de s’accrocher au train de la grande bourgeoisie industrielle. Ces nobliaux campagnards, en profitant de mariages arrangés, essaient d’assurer leur pérennité familiale et d’agrandir leur domaine et leur puissance industrielle en ne considérant les femmes que comme des reproductrices tout juste bonnes à donner un héritier au maître et à assurer une concentration des fortunes et une riche dote. En mariant les enfants, on marie les fortunes pour les transmettre à un héritier encore plus riche. Les Roméo et Juliette du Périgord  parviendront-il à échapper à cette triste règle ?


Denis BILLAMBOZ


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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 09:16
Les chats ne rient pas de Kosuke Mukai

Le chat est un animal domestique dont les Japonais apprécient beaucoup la compagnie, il est très présent dans la littérature, il n’est donc pas étonnant que Kosuke Mukai l’ait  mis en scène dans son premier roman. Le chat qui venait du ciel (Takashi Hiraide), Nosaka aime les chats (Akiyuki Nosaka), Mes chats écrivent des haïkus (Minami Shimbô), pour ne citer que des livres que j’ai lus récemment.  En effet, cet animal occupe une place centrale dans les familles japonaises, il est normal qu’il perturbe souvent l’écrivain en gambadant sur ses pages ou sur son clavier. Kosuke Mukai raconte l’histoire de Son, un chat récupéré par Renko et le narrateur, Hayakawa, son ex-compagnon, quand ils vivaient encore en couple. Désormais, ils sont séparés et Renko a épousé Myata.

 

Son devient vieux, sa santé vacille et Renko voudrait partager la fin de vie du chat avec son ex-compagnon, ils l’ont récupéré et élevé ensemble, elle pense donc qu’ils peuvent s’organiser pour lui apporter les derniers soins en se répartissant les visites chez le vétérinaire et les soins à domicile. Le mari de Renko voit cet arrangement d’un mauvais œil, il pense que sa femme cherche à profiter de l’occasion pour raviver la relation qu’elle avait avec Hayakawa. Mais, progressivement, le trio s’installe dans une sorte de routine pour qu’il y ait toujours une personne à la maison pour surveiller le chat, comme si celui-ci avait réuni ce trio autour de lui dans un même objectif et dans la même affection.

 

Kosuke Mukai installe le chat comme régulateur des querelles qui pourraient surgir ou resurgir entre les membres du trio : Renko et Hayakawa se sont séparés sans motif tangible, un malentendu plus qu’un différend, le couple Renko - Myata s’use peu à peu, les deux hommes ne s’aiment pas beaucoup, ils se sentent un peu rivaux. Mais, l’obligation de soigner le chat et l’affection qu’ils lui portent, les obligent à trouver un modus vivendi acceptable pour chacun. La morale de ce livre serait que lorsque qu’on a un but commun et une obligation d‘atteindre un objectif collectif, il est possible de construire une cohabitation  pour tous. Mais, le chat n’est pas éternel, malgré leurs soins attentifs, il mourra un jour prochain et les trois membres du trio se retrouveront comme avant, avec leurs problèmes et sans le chat pour les obliger à s’entendre. Une invitation à la réflexion avant qu’une contrainte l’impose et, sans doute aussi, une démonstration de l’importance d’un animal domestique pour réguler les relations entre les humains. Voyez ce qu'il vous reste à faire si vous avez des problèmes de couple ...

 

Denis BILLAMBOZ


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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 10:14
Joailliers de légende de Bertrand Meyer-Stabley et Laurence Catinot-Crost

Bertrand Meyer-Stabley nous guide depuis quelques années dans les coulisses du grand luxe et a déjà évoqué la mode et les grands créateurs mais, avec cet ouvrage et la collaboration de Laurence Catinot-Crost, il présente les joailliers les plus prestigieux du monde, ceux qui ont créé, transformé, vendu les bijoux exceptionnels qui ont orné les fronts, les cous, les poignets, les plastrons des gens les plus titrés ou les plus riches et illustres  de la planète.

 

Après avoir lu ce livre, j’avais l’impression d’avoir traversé des rivières de diamants, escaladé des montagnes de pierres précieuses, traversé des océans de joyaux chargé comme un galion espagnol rentrant au port de Séville après une campagne en terres amérindiennes, tant ceux-ci inondent ces pages. En une quinzaine de chapitres, comme autant de monographies des plus grandes maisons de joaillerie de l’histoire, les deux auteurs racontent comment ces bijoux à la valeur  inestimable ont traversé l’histoire, sautant de tête en tête, de cou en cou, de poignet en poignet et même, parfois, de tête en cou ou de cou en poignet, toutes les formules sont possibles tant l’imagination et le talent des joailliers sont immenses. Et, comme le célèbre film nous a appris que les diamants sont éternels, on peut penser aussi que c’est le cas de tous les joyaux.

 

Suivre leurs traces des têtes couronnées aux cous des épouses et héritières des maîtres du commerce mondial et des grands capitaines d’industrie avant de les retrouver dans les parures des  stars du cinéma et des arts et peut-être, mais nos auteurs n’ont pas poussé leur étude jusques là, dans les cassettes des nouveaux milliardaires de notre époque ayant fait fortune dans le pétrole, la communication ou diverses industries de pointe. Ils résident souvent au Moyen-Orient, en Chine, ou sous d’autres cieux asiatiques. Suivre cette trace, c’est emprunter le chemin qui mène vers ceux qui détiennent la puissance et la gloire, la fortune et le pouvoir. Ainsi, en lisant cet ouvrage, on peut voir comment le pouvoir passe d’une caste à une autre, comment les aristocrates ont dû partager et même, parfois, céder  leur fortune aux maîtres du commerce et de l’industrie avant que ceux-ci soient conduits, à leur tour, à laisser une part du butin aux nouvelles corporations enrichies dans les arts, la communication et les nouvelles technologies.


 

Ce livre est aussi un hommage vibrant aux acteurs de la filière du luxe, ces artisans, plus souvent artistes qu’artisans, capables de concrétiser les rêves les plus fous de créateurs de génie. Il a fallu aussi, pour que cette filière inonde la planète de ses merveilles, que des femmes et des hommes prennent le risque d’investir, souvent des sommes folles, pour gagner la confiance de ceux qui sont dépositaires des fortunes de ce monde. Car les joyaux ne sont souvent que de passage dans les coffres des plus nantis, ils voyagent beaucoup et tout le monde peut espérer un jour gagner suffisamment d’argent pour s’approprier, même pour un temps très court, une parcelle de cet immense trésor. Cette lecture m’a aussi laissé penser que le grand luxe se concentrait de plus en plus dans les mains de quelques opérateurs, de quelques géants qui se partagent la majorité des marques les plus prestigieuses et que, pour une fois, les Français ne semblent pas être à la traîne dans le paysage mondial de ce luxe, dont le centre semble toujours être la célèbre  Place Vendôme.


Denis BILLAMBOZ


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Joailliers de légende de Bertrand Meyer-Stabley et Laurence Catinot-Crost
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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 09:44
A propos de Pre de Daniel Charneux

Daniel Charneux, je l’ai rencontré à Bruxelles quand nous fréquentions tous les deux le même site de littérature, je suis donc particulièrement heureux aujourd’hui de vous présenter son dernier roman qui évoque un grand champion trop tôt disparu.

 

 

A propos de Pre

Daniel Charneux (1955 - ….)

 

 

Cette lecture m’a rappelé ma première participation à des forums littéraires sur la Toile, je me souviens particulièrement de ce site Internet, désormais historique, sur lequel j’ai rencontré Daniel Charneux et des forums qu’il partageait avec quelques autres marathoniens pour évoquer leurs courses, leur préparation, leurs entraînements, leurs plus ou moins gros bobos et également leurs lectures. Etant un médiocre coureur à pieds, je me tenais à l’écart de leurs discussions, préférant regarder le sport à la télévision. J’ai gardé ainsi le souvenir de beaucoup de coureurs et de courses, événements que Daniel raconte dans son livre et dans lequel j’ai plongé avec une certaine délectation, oubliant l’époque où j’avais l’impression que les lecteurs passionnés étaient tous des coureurs de fond et que, moi le sportif de télévision dans son fauteuil, j’étais un intrus dans le groupe.

 

Le sport est ma passion, j’ai été un médiocre participant mais un dirigeant avisé et très investi, je connais presque tous les sportifs que cite Daniel Charneux mais Prefontaine, Pre pour ses amis, m’a échappé, je ne me souviens pas de lui, même si je me souviens de Bob Schul, celui qui a battu Michel Jazy aux Jeux Olympiques de Tokyo, où il a terminé quatrième tout comme Prefontaine à Munich. Pour moi, les Jeux Olympiques de Munich resteront à tout jamais ceux de l’horreur, ceux de l’abominable attentat qui a décimé la délégation israélienne. Pour la première fois, on attaquait mortellement des sportifs en un moment symbolique considéré, depuis l’Antiquité, comme une parenthèse de paix entre les peuples. Merci Daniel de m’avoir rappelé cette période que ma mémoire avait un peu occultée.

 

Dans ce récit, Daniel Charneux  confie sa plume à Pete pour qu’il évoque ses souvenirs. Pete est un ami d’enfance de Pre, un gars qui, à l’approche des soixante-dix ans, court toujours. Dans sa chronique,  il parle de son enfance dans l’Oregon avec ce champion atypique bourré de talent, doté de capacités exceptionnelles, capable à l’entraînement de multiplier les efforts les plus épuisants mais un peu désinvolte et très soucieux de toujours déployer le maximum de panache, refusant les victoires de « comptables », ceux qui profitent des efforts des autres pour triompher. Dans cette chronique, il décrit les courses qu’il effectue régulièrement avec ses amis du club de la petite ville de l’Oregon où il réside toujours et où est né Pre. Il parle du plaisir de courir, de la joie à raconter à ses amis du club des anecdotes sur la vie et les performances incroyables de son ami, son côté désinvolte, sa carrière inachevée. Et, il écrit « Comme chaque semaine ou presque, nous avons revécu le relais », le fameux relais, leur grand souvenir, leur épopée mythologique, leur participation à l’un des plus grands relais du monde, le Hood to Coast Relay, environ trois-cent-vingt kilomètres de course pour une équipe de douze relayeurs. Leur Graal, l’événement qui les a soudés à jamais par-dessus les générations, la différence entre femmes et hommes, leurs différences sociales et professionnelles autour de leur seul point commun : courir jusqu’au bout !

 

Pete est en quelque sorte le double de Pre, il court comme  lui, il a à peu près le même âge, il est peut-être un peu plus seul, je ne connais pas suffisamment Daniel pour parler de sa vie privée et  savoir si elle pourrait ressembler à celle de Pre. Par ailleurs, Pete parle du monde qui va mal, sans ménager le Président des Etats-Unis, en dénonçant les règles absconses et les comportements irrespectueux de la nature, en élevant l’amitié au rang de vertu. Cette évocation de la course à pieds dans la nature me rappelle la lecture très récente de Monsieur Minus, le dernier roman de Laurent Graff, qui narre comment un richissime héritier fuit sa fortune en parcourant les sentiers de grande randonnée. « Il sentait sous ses pieds les reliefs du sol, les cailloux, les mottes, les brindilles, les coques, qui agissaient sur la plante de ses pieds comme des aiguilles d’acupuncture, qui semblaient activer des réseaux de sensations parcourant son corps… ». J’ai trouvé dans ces deux textes le même plaisir de parcourir la nature et aussi un style et une écriture qu’on croirait appris à la même école. J’imagine ces deux auteurs courant un footing ensemble ou partageant un bout de sentier de conserve en parlant de littérature. Et, si j’avais seulement rêvé !


Denis BILLAMBOZ


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Daniel Charneux

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 09:51
Mon grand frère de Thierry Radière

Pour Thierry Radière, la famille n’est pas une vulgaire association d’adultes qui veulent simplement vivre ensemble, c’est une institution fondée sur des sentiments forts comme l’amour et sur des valeurs qui permettent de construire un édifice solide. Dans ce texte, il évoque les relations filiales et les rapports fraternels.

 

 

                                                                    Mon grand frère

Thierry Radière (1963 - ….)

 

 

La famille, le couple, l’enfance, l’adolescence, tout ce qui conditionne la construction de l’adulte qui devra, à son tour initier un nouveau cycle pour perpétrer le lignage, est au centre de l’œuvre de Thierry Radière que je commence à bien connaître. Dans le présent ouvrage qu’il dédie plus particulièrement aux adolescents, il construit une famille qui pourrait couler des jours heureux si chacun faisait un petit effort, qui en travaillant un peu plus à l’école, qui en étant un peu plus tolérant, qui en étant un peu plus ferme…


 

Cette famille se compose d'un couple constitué d’un père autoritaire et intransigeant et d’une mère une peu trop faible et résignée et de deux enfants, des garçons, l’aîné qui sera bientôt majeur et le second qui n’a pas encore douze ans. Le petit frère adore son grand frère qui lui enseigne tout ce qu’un jeune doit savoir avant d’entrer dans la vie adulte. Il lui fait notamment découvrir des nouveaux groupes qui ne sont pas encore à la mode car il est lui aussi membre d’un groupe local qui croit autant en sa musique qu’en son avenir. La famille pourrait baigner dans le bonheur si le grand frère travaillait un peu plus à l’école et ne manquait pas systématiquement certains cours. Le père ne supporte pas un tel laisser aller et un si flagrant manque d’assiduité et de persévérance dans les études. Chaque vendredi soir quand le grand frère rentre à la maison pour le week-end, la comédie recommence avec sa cohorte d’engueulades et son enchaînement inévitable : reproches du père, arrogance du grand frère, colère du père, désolation de la mère et tristesse du petit frère qui raconte l’histoire et voudrait bien trouver une solution pour que tout le monde vive en harmonie.


 

C’est le schéma classique de la lutte des générations, le père n’aime pas la musique du fils, il ne supporte pas son comportement et son arrogance mais, au-delà de ces altercations, il y a une grande angoisse, l’angoisse que partage de nombreux parents : la peur de voir leur rejeton exclu du monde du travail, connaitre le chômage, puis  la dèche, où l’alcool et la drogue seront les seuls stimulants. Comme le livre s’adresse aux jeunes, il comporte une issue pour que ceux-ci  croient encore en leur destin et soient convaincus qu’ils ont un avenir à condition de s’en donner les moyens. Au passage, il conseille aux parents d’écouter leurs enfants et de leur laisser la liberté de se construire avec leurs envies, leurs moyens et même leur talent. Thierry connait bien le problème, il a  vu défiler un certain nombre d’adolescents plus ou moins talentueux, plus ou moins travailleurs, mais aussi, parfois, mal dans leur peau, mal dans leur famille, alors lisons ce texte avec attention.


Denis BILLAMBOZ


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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 09:02
Monsieur Minus de Laurent Graff

La fortune ne fait pas forcément la joie de chacun, l’héritier de l’une des plus grandes de France, mis en scène par Laurent Graff, ne le pense nullement, il préfère marcher dans la campagne, se repaitre de la nature et de ses bienfaits à l’abri des contraintes et obligations que doivent supporter les riches.

 

 

Monsieur Minus

Laurent Graff (1968 - ….)

 

 

Certains croient qu’il est facile, agréable et confortable d’être riche, ils feraient bien de lire le roman de Laurent Graff qui raconte l’histoire de l’héritier d'une des  plus grosses fortunes de France qui ne sait pas comment échapper à cette calamité. Il refuse les honneurs, corvées, responsabilités et autres contraintes que lui imposent son statut d’héritier et les fonctions qu’il devra assumer à la suite de son père. Il a entendu le vacarme assourdissant généré par les manifestations, il a écouté ceux qui protestent contre les maux qui gangrènent notre société, il ne veut pas de cette vie et il ne veut pas être responsable de la faillite de notre système. Il a trouvé une nouvelle occupation, une passion, il marche, parcourant les sentiers de grande randonnée à travers la France. Il vient de boucler le tour de l’Ile de France et se prépare à parcourir le celui de la Bretagne. « … Il sentait sous ses pieds les reliefs du sol, les cailloux, les mottes, les brindilles, les coques, qui agissaient sur la plante de ses pieds comme des aiguilles d’acupuncture, qui semblaient activer des réseaux de sensations parcourant son corps… ».

 

L’héritier a mis au point une organisation très efficace, il a embauché un assistant qui le dépose chaque matin au point de départ de l’étape qu’il a choisie de parcourir avant que celui-ci rejoigne la ville la plus proche où il a réservé un hébergement et où il achète les provisions pour la balade du lendemain avant de récupérer son employeur au terme de l’étape. Progressivement, ce duo forme une paire d’amis de plus en plus intime se livrant peu à peu leurs petits secrets. Une routine agréable s’instaure, le promeneur trouve la paix et le calme dont il rêvait depuis longtemps et son employé apprécie ce travail, certes contraignant, mais peu exigeant, lui laissant même le temps de jouer au loto pendant que son patron marche. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si des extrémistes ne décidaient pas de mitrailler à mort les membres du conseil d’administration présidé par son père, le rendant inopinément responsable de la plus grande entreprise de France et de tout un pan de l’économie française.

 

Les autorités sont bientôt  à ses trousses afin d'assurer la continuité des entreprises familiales et sauvegarder l’économie française mais il refuse obstinément cette mission, il monte un stratagème très élaboré pour s’évaporer dans la nature, mettant ainsi  en grande difficulté le système responsable de tout ce qui détruit notre société : malbouffe, surconsommation, réchauffement planétaire, creusement du fossé entre les plus riches et les plus pauvres, etc… système qui gangrène le monde et le conduit à sa perte.

 

Avec ce texte lisse, policé, bien net, bien propre, enrichi de mots recherchés et choisis avec soin, Laurent Graff évoque les problèmes sociétaux qui agitent le monde actuel, parfois même jusqu’à leurs extrémités destructrices. Ce qui l’amène à poser la question ultime : la rénovation de notre société passe-t-elle par la destruction radicale du système en vigueur ? Mais quel que soit le choix, il n’y a qu’un chemin parcouru, les autres auraient pu être explorés aussi, ils ne l’ont pas été : choix raisonné, choix affectif, hasard, il restera toujours une part d’aléas, aussi infime soit-elle, dans la conduite du monde comme dans le parcours d’un itinéraire pédestre. Ainsi va la vie, ainsi va le promeneur, ainsi court la plume de l’auteur…


Denis BILLAMBOZ


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Laurent Graff (photo akg-images)

Laurent Graff (photo akg-images)

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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