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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 08:45
La lune éclaboussée - Meurtres à Maubeuge de Carine-Laure Desguin

Carine-Laure a déjà écrit de nombreux ouvrages, elle ne s’est pas cantonnée dans un seul genre littéraire, elle a déployé son talent dans plusieurs d’entre eux, écrit tantôt  des textes courts, de la poésie, du théâtre, des récits, des contes et, récemment et avec succès,  s’est essayée au roman policier.

 

 

La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge

Carine-Laure Desguin (1963 - ….)

 

 

« Les derniers livres de la bibliothèque personnelle de Michel Garnier attendent un acquéreur. Invitation à tous. Olivier Garnier ». Cette annonce, à la suite de la mort de cet auteur à succès, très connu à Maubeuge et que l’on vient de retrouver dans sa cuisine, intéresse d’autant plus Jenny,  jeune africaine, professeur de physique/chimie, fan de l’auteur, et qui veut acheter ces livres afin de sentir dans ses mains les ouvrages touchés par celui qu’elle admire et vénère. Comme elle n’est pas arrivée assez tôt, elle n’a pu se procurer que trois cartons, et découvre à sa grande surprise dans l’un des ouvrages  un ticket de caisse sur lequel est écrit : « Ma vie est en danger. On veut ma mort. Tout mon sang est d’encre ».

 

Jenny est convaincue que Michel Garnier n’est pas décédé de mort naturelle mais qu’il a été assassiné et elle veut savoir par qui et comment ? Pour cela, elle appelle ses protecteurs, Tonton et Tontaine, les amis de son père qui veillent sur elle,  avec vigilance et bienveillance, depuis que ses parents ont trouvé la mort dans un accident de la circulation routière. Tous deux croient qu’elle se fait un film, que son amour secret pour l’écrivain l’aveugle, mais ils finissent par accepter de mener l’enquête car de nouveaux meurtres endeuillent la ville et  mettent la police sur les dents, notamment la chère cousine de Jenny qui l’a violée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.

 

La situation se tend de plus en plus et Jenny est impliquée dans l’affaire car  les mails qu’elle a échangés avec l’écrivain intriguent la police. Le fameux ticket de caisse est aussi un indice très recherché par d’autres personnes. Carine-Laure noue une intrigue bien ficelée où les héros ne sont pas tous stéréotypés, la policière n’est pas claire, les petits jeunes ne sont peut-être pas des voyous, les drogués ne le sont pas forcément, certains individus sont  mystérieux eux aussi. Jenny elle-même n’est pas une oie blanche. Elle se laisse porter par les événements pour, au bon moment, porter l’estocade en laissant les autres avec leurs convictions.

 

En bonne Carolorégienne, l’auteure connait Maubeuge, « là où la plupart des gens ne voient qu’une ville du Nord pleine de grisaille et de poussières, désertées de ses sidérurgies et autres industries ». Comme Simenon a planté de nombreuses intrigues dans des petites villes de province : Concarneau, La Rochelle,  Carine-Laure, elle aussi, a choisi d’installer son intrigue dans une ville un peu endormie où tout le monde se connaît et s’observe.

 

Un bon polar qui pourrait éventuellement appeler une suite, la matière est suffisante, et le dénouement laisse quelques portes entrouvertes pour y glisser des événements ou des indices qui pourraient faire rebondir l’enquête et provoquer la naissance d’un nouveau polar. Alors, Carine-Laure, vite un petit paquet de « bêtises à la pomme verte » et en route pour la suite des aventures de Jenny.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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La lune éclaboussée - Meurtres à Maubeuge de Carine-Laure Desguin
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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 07:54
Le choix de Mia de Jean-Pierre Balfroid

    

Lors des obsèques de Mia, Jean, l’ami de la famille, révèle publiquement qu’il avait une relation avec elle provoquant une véritable émeute. Rentré chez lui, il ouvre le paquet que Mia lui a confié à condition de ne l’ouvrir qu'après son décès. Ce paquet  contient son journal intime dans lequel elle raconte sa vie en commençant par les viols qu’elle a subis de la part de son beau-père. La narratrice raconte la vie de Jean et de Yann, le fils du beau-père maudit devenu l’époux de Mia.

 

L’histoire de Mia et de Jean est une histoire d’adultère comme il y en a des millions par le monde, une histoire banale qui prend une dimension tragique. Yann, le mari de Mia, est le fils de son bourreau, c’est lui qui l’a tiré des griffes de son père avant de l’épouser, puis de la délaisser un peu au profit de sa passion. Mia accepte les avances de Jean, un gynécologue réputé, séparé depuis peu de son épouse. Jean fréquente assidûment la famille de Mia sans que Yann soupçonne son idylle avec son épouse. Cette liaison aurait duré longtemps si la maladie ne s’était pas invitée dans ce ménage à trois.

 

Après les obsèques de Mia et un long deuil, Jean renoue les liens avec la famille de Yann et notamment avec Romane sa fille qui part complètement à la dérive. Elle tente de se suicider après avoir été persécutée par ses collègues de classe et connait des mésaventures encore plus graves en essayant de trouver une place dans le milieu du spectacle où son charme ne lui vaut pas que l’admiration des spectateurs.

 

Un véritable catéchisme à l’usage des jolies filles pas assez conscientes des effets que leur charme peut provoquer sur les mâles prédateurs ou tout simplement répugnants. Une histoire d’amour romantique et triste, un roman noir, un plaidoyer pour la défense des femmes agressées, un peu de tout cela  réuni dans un texte à l’hommage de l’amour pur. Mais hélas les cœurs purs ont rarement raison, les mésalliances bien plus pitoyables que les amours adultérins sont davantage stigmatisées que ceux-ci. Les couples ne sont pas encore constitués à l’aune de l’amour, comme le chante l’auteur dans un texte pessimiste et résigné :

 

« Et voilà la vie

Comme elle coule

Et voilà la vie

Comme elle roule

Jamais dans le sens que tu veux

Mon frère, fais ce que tu peux ».

 

Denis  BILLAMBOZ


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L'auteur

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 13:25
L'histoire de Chicago May de Nuala O'Faolain

L’histoire d’une Irlandaise qui, au début du siècle dernier, a fui sa famille et son pays pour rejoindre l’Amérique où elle a mené une vie d’aventurière vivant de ses charmes et d’activités peu recommandables. Elle a sillonné le monde, devenant une véritable icône du monde de la marge, passant de la rue aux palaces avant d’y retourner.

 

 

L’histoire de Chicago May

Nuala O’Faolain (1940 – 2008)

 

 

Dans ce roman, Nuala O’Faolain raconte l’histoire de sa compatriote Chicago May, la célèbre aventurière, prostituée, détrousseuse, voleuse, arnaqueuse, après avoir lu sa biographie écrite par James MacNermey et l’autobiographie rédigée par May Duignan, nom de naissance de Chicago May, elle-même. L’une étant écrite franchement à charge, l’autre étant très subjective, il était nécessaire pour Nuala de faire revivre cette héroïne sous son vrai visage, lors de ses véritables forfaits et à travers ses authentiques aventures. Née à Edenmore, May fuit sa famille et son pays en emportant les économies du foyer, pendant que sa mère accouche de son cinquième enfant. Peut-être qu’elle ne voulait pas élever un bébé supplémentaire pendant que sa mère travaillait à la maison et à la ferme. Avec une bourse bien garnie, elle voyage en première classe, loge à Manhattan, mais doit bientôt rejoindre un oncle dans le Nebraska où elle rencontre un hors-la-loi qu’elle épouse et accompagne dans ses mauvais coups. A cette époque, elle croise des bandits devenus légendaires dans le Far West comme les frères Dalton. Après que son mari ait été lynché lors d’un hold-up ayant mal tourné, elle se réfugie à Chicago pendant l’exposition de 1901, époque des célèbres gangs, où elle gagne son pseudonyme, découvre la prostitution et l’escroquerie des « pigeons » qui succombent à son charme.

 

Sous la pression de la police de l’Agence Pinkerton, elle change souvent de résidence, de quartier, de ville, de pays et même de continent. Elle entreprend un long pèlerinage en commençant par New-York où elle connait la misère et une certaine forme de gloire en intégrant la troupe d’une revue, voyage à travers le monde de la voyoucratie, tisse sa légende en volant, escroquant, détroussant, vendant ses charmes. Elle appartient à la corporation des voyous qui ont contribué à la légende de la conquête de l’Amérique. Elle a connu le grand banditisme, mais n’a fréquenté que les voleurs et les arnaqueurs, ceux qui n’avaient aucun scrupule pour s’enrichir rapidement sur le dos des moins vigilants. Ceux qui aujourd’hui encore ont besoin d’une arme pour se rassurer et votent pour des candidats pas toujours très recommandables.

 

Nuala O’Faloain coule la légende de Chicago May dans le moule corporel de cette fière irlandaise, elle donne chair et esprit à cette aventurière qui n’a jamais pu s’installer, a continuellement couru après les quelques dollars, livres, francs, qu’elle dépensait encore plus vite qu’elle les avait gagnés. Ce roman est une page de l’histoire du banditisme international au temps de la naissance de l’Amérique, des Dalton, de Chicago, des gangs, de New-York au début de son apogée, des bordels du Caire et d’Alexandrie, des maisons closes de Londres et Paris et d’autres lieux mythiques … Ce livre est, par ailleurs, un essai, une étude historique et sociologique d’une population déracinée, composée surtout d’Irlandais fuyant leur terre martyrisée par les Anglais.  Une population évoluant dans la misère ou le luxe, quittant un taudis pour rejoindre un palace avant de finir en prison ou au bagne, connaissant le plus grand dénuement avant de se vautrer dans l’opulence et de retomber tout aussi vite dans la déchéance. Une population fière et hardie, vivant au jour le jour en affichant avec arrogance un prestige et une fortune qu’elle n’a pas.

 

Nuala n’aime pas cette population incapable de prévoir son avenir, mais elle en a pitié et éprouve pour elle une certaine compassion. Chicago May l’agace, c’est évident, mais elle voit en elle de nombreuses filles d’Erin obligées de quitter leur île en espérant trouver une vie possible et digne ailleurs et cet ailleurs est d’abord l’Amérique avec ses grands espaces qui s’ouvrent largement aux aventuriers courageux et téméraires. Elle laisse transparaître une véritable empathie pour cette fille à la recherche d’une vie stable qu’elle est incapable de mener. Son texte oscille entre fascination et compassion, comme si elle regrettait que cette fière fille d’Irlande n’ait pas su utiliser sa forte personnalité pour imposer son choix de vie aux lâches qui l’ont exploitée, pour canaliser son énorme énergie, se garder des malfaisants, vivre un peu moins dans le présent et anticiper un peu plus l’avenir. Nuala ne parvient  pas à cacher  ce que May évoque pour elle, tout ce qu’elle remue en elle, … et finalement elle rejoint James MacNermey quand il refuse de masquer la vérité tout en accablant  la pécheresse :

« L’approche la plus charitable du sujet est peut-être de murmurer une prière pour elle et de ne pas la juger ». Ainsi soit-il !

 

Denis BILLAMBOZ


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Nuala O'Faolain

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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 07:22
Baie Saint-Paul de Jean-Manuel Saëz

Un brillant avocat, n’ayant jamais digéré la culpabilité ressentie après un tragique accident, disparaît sans laisser de trace jusqu’à ce que, bien des années plus tard, sa fille reçoive un courrier en provenance du Grand Nord canadien, l’invitant à visiter le shérif d’un coin paumé dans les neiges et les glaces. Elle accepte l’invitation … une aventure rocambolesque commence !

 


                                                                         Baie Saint-Paul
                                                Jean-Manuel Saëz

 


Etonnante relation que celle que j’ai eue avec ce  livre  lu en deux jours. Son auteur m’a très vite entraîné vers des contrées qui m’attiraient fortement quand j’étais adolescent : le Grand Nord, le froid, la neige, les trappeurs, les chiens, les loups, les ours, etc… Un monde dans lequel  je m’immergeais oubliant tout ce qui m’entourait. Récemment, j’ai voulu partager cette émotion avec mes petits-enfants mais le temps et les modes ont changé, je ne parviens pas à leur mettre en main "L’Appel de la forêt" que je leur ai acheté tout spécialement. J’ai eu aussi l’occasion sur une page Facebook de dire mon attrait pour l’œuvre de Jack London. Ce livre m’a aussi entraîné à Baie Saint-Paul où je suis passé lors de mon périple canadien en 2018. 

Cette histoire est celle d’une culpabilité jamais digérée, une culpabilité éprouvée à tort peut-être …. Un brillant avocat lyonnais disparaît sans laisser aucun indice, ses enfants le recherchent en vain pendant de longues années. Sa fille ne croit plus à son existence mais son fils garde un filet d’espoir toujours vivace au fond de lui. Un beau jour, un courrier parvenant d’un coin paumé au fin fond du Yukon canadien leur parvient, il est plus que laconique et leur a été adressé par le sheriff de Shortfalls depuis le Grand Nord canadien. Après avoir hésité longtemps, sa fille finit par répondre à l’invitation de l’expéditeur et part pour le bout du monde. Commence une aventure rocambolesque pleine de rebondissements, impossible à évoquer sans prendre le risque de livrer des indices importants. Parallèlement, l’auteur raconte celle d’un trappeur qui s’est lié d’amitié avec un indien et lui a donné les clés de l’immensité blanche et glaciale. Ces deux récits vont peu à peu converger pour arriver au but qui n’était pas forcément celui prévu.

Cette histoire pleine de rebondissements, située dans un monde dont la magie a baigné mes lectures d’enfance, a ravivé en moi une certaine émotion, m’a rappelé Jack London et  a aiguisé ma curiosité. Alors, j’ai jeté un œil sur la Toile pour comprendre comment un Lyonnais, né en Afrique du Nord, pouvait éprouver une telle attirance pour le Grand Nord. Et à ma grande surprise, et avec stupeur, j’ai découvert que cette histoire avait certainement quelque chose à voir avec ce que l’auteur a lui-même vécu. Ce livre m’a décidément pris par la main pour me ramener dans les lignes que je lisais  avec passion lorsque  j’étais adolescent et j’ai éprouvé un réelle compassion pour son auteur.
 

Denis BILLAMBOZ
 

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Jean-Manuel Saëz

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 08:30
On ne coupe pas les ailes aux anges de Claude Donnay

Des jeunes gens à la recherche de leur véritable identité sexuelle et de leur avenir doivent affronter une bonne partie des nombreuses épreuves encombrant le monde actuel. Un roman initiatique qui dénonce les déviances qui altèrent notre société actuelle.

 

 

On ne coupe pas les ailes aux anges

Claude Donnay (1958 - ….)

 

 

Avec ce roman Claude Donnay a tenté de mettre en scène  les grandes calamités que notre jeunesse doit affronter en ce début de millénaire : homophobie, pédophilie, violences faites aux femmes et aux enfants, émeutes subversives et répression brutale, migration des peuples, radicalisations nationalistes, atteintes à la nature, changements climatiques … Un vrai catalogue des calamités qui frappent le début du  XXI siècle.

 

Arno, jeune garçon qui vit seul à Bruxelles avec sa mère, est amoureux de Bastian le fils de l’épicier, un homme brutal et sanguin qui le rudoie constamment car il n’apprécie pas sa part de féminité qu’il juge un peu trop envahissante. Il ne peut davantage compter sur l’affection de sa mère, une véritable harpie qui n’hésite pas à affronter son mari, sous le nez de l’enfant, dans des bagarres sauvages agrémentées de bordées de jurons et imprécations du plus haut cru. Pour son malheur, la route d’Arno croise un soir celle d’une bande de voyous patibulaires, homophobes qui lui infligent des sévices d’une violence inouïe. Hospitalisé, le jeune homme souffre atrocement et se referme sur lui-même pour ne pas revivre les traitements qu’il vient de subir.

 

Afin d’oublier sa douleur et ses bourreaux, Arno décide de fuguer en compagnie de son ami, car  il ne veut pas affronter ses parents une fois de plus. Et contrairement à ce qu’il a dit à sa mère, il n’emmène pas son ami vers la côte mais vers l’intérieur, vers les Ardennes où ils goûtent ensemble à un vrai contact avec la nature et rencontrent une fille originale qui leur raconte des choses étranges. Convaincus que leur fugue est vaine, ils reviennent dans la capitale où ils arrivent juste au moment où des émeutes enflamment la ville…

 

Du moins,  cette fugue leur a-t-elle révélé la réelle nature de leur relation, la possibilité de retrouver la paix et la quiétude loin de la ville et a provoqué la rencontre avec Mira la jeune femme mystérieuse et attirante. Ce livre, qui commence comme un roman d’amour entre deux garçons, vire au roman noir dès qu’Arno est violenté et violé par des loubards. La police entre alors en œuvre comme dans un vrai polard que Claude Donnay a épicé de textes intercalés dans le récit pour narrer une autre histoire enfouie tout au fond de la mémoire du policier chargé de retrouver les loubards sanguinaires.

 

Un texte dense qui répertorie ce qui risque d’arriver à des jeunes gens un peu différents, à des femmes ou à n’importe qui dans notre société radicalisée où  force et violence tiennent trop souvent lieu de  force loi. Mais Claude ne concède pas tout à la violence, il sait que l’amour peut surgir n’importe où, que Cupidon peut piquer quiconque de ses flèches et créer les couples les plus improbables afin de  faire renaître la vie et l’espoir.

 

Denis BILLAMBOZ


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Claude Donnay

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 07:47
Les beaux jours d'Annie Préaux

Annie Préaux raconte comment ses beaux jours se sont envolés quand elle a atteint la puberté. A travers son histoire d’adolescente et de jeune fille et les vieux jours de sa cousine qu’elle accompagne dans sa fin de vie, une réflexion sur la vie, surtout au début et à la fin …

 

 

Les beaux jours

Annie Préaux (1947 - ….)

 

 

Sa grand-mère l’a prévenue ses beaux jours sont révolus, quelques gouttes de sang tachent le fond de sa culotte, elle va passer du stade d’enfant à celui de femme pubère. Tout ça elle ne le sait pas encore, elle ne sait pas ce que c’est, elle n’y comprend rien et on ne veut rien lui dire.

 

La narratrice - ne sachant pas pas si l'histoire est autobiographique ou non, raison pour laquelle je l’attribuerai à la narratrice et non à l’auteure - a choisi un habile processus littéraire pour raconter son adolescence, comment elle l’a conditionnée pour aborder sa vie d’adulte et la vie de senior qui l’attend et en narrant celle de sa cousine qu’elle accompagne sur le dur chemin du grand âge. Elle décrit en alternance son adolescence et ses visites à sa vieille cousine établissant ainsi une sorte de pont entre les deux bouts d’une vie.

 

Cela se passe dans un village du Borinage, à l’époque où cette riche région minière devenait une immense friche industrielle, où les fortunes se défaisaient beaucoup plus vite qu’elles s’étaient constituées. Ainsi, après le décès de son père, sa mère sera-t-elle  obligée de fermer la petite fabrique, que la famille exploitait, en laissant une vingtaine d’ouvrières sur le carreau. Annette, la narratrice, terrorisée par les prédications sataniques de sa grand-mère, refuse de devenir une femme, ne s’aime pas, se déteste même au point d’en devenir anorexique. « Contrairement aux vraies anorexiques, je ne me pèse jamais, je ne contrôle rien. Je ne souhaite pas être mince ou grosse. Je hais tout simplement cette chair qui recouvre mon squelette et qui saigne irrégulièrement. Je déteste mes points noirs, mes boutons, mes poils. Ma peau. Mes os. »

 

Elle se révolte contre tout, contre sa famille qui ne lui dit rien, qui la traite comme une enfant, contre l’école où, bien qu’elle soit une élève brillante, sa maîtresse l’accuse d’être l’instigatrice de tous les mauvais coups fomentés au sein de l’institution. C’est une rebelle, on la considère comme telle. Elle s’oppose surtout à la religion, notamment celle pratiquée par sa grand-mère qui, restée au temps des rites et croyances les plus obscurs, les plus contraignants, les plus abscons, ceux qu’elle l’oblige à pratiquer comme elle.

 

Cette religion que sa cousine Jeannette, un peu plus vieille qu’elle, respecte jusque dans ses plus obscures pratiques, quitte à en inventer d’autres pour paraître encore meilleure catholique et être certaine d’aller directement au Paradis. Mais sa cousine subit déjà et inexorablement la dégénérescence qui affecte de nombreuses personnes âgées  dont Annette suit la lente et inéluctable dégradation physique et mentale. En pensant certainement dans un petit coin de sa tête que le début de sa descente, à elle, se rapproche de plus en plus. Je l’imagine aisément, je partage le même âge que l’auteure ...

 

Un roman court, plein d’humanité et d’émotion qui survole, d’une adolescence douloureuse à une fin de vie dégradante, tout ce qui peut constituer l'existence, la sienne peut-être, consacrée à de multiples engagements dont la défense de la cause des femmes très présente dans ce texte. Cette biographie est aussi un plaidoyer contre toutes les contraintes imposées aux jeunes filles, aux femmes, aux personnes âgées par des religions bigotes, castratrices, liberticides… dont des familles et des institutions usent et abusent encore pour maintenir leur pouvoir.
 

Denis BILLAMBOZ


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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 07:16
La défense et illustration de la langue française de Joachim Du Bellay

Il y a cinq cents ans, il fallait déjà défendre la langue française mais ce n’était pas pour la préserver contre une crise d’ignarerie généralisée comme aujourd’hui, mais pour la construire et en faire l’un de plus grands véhicules culturel, intellectuel et artistique de la planète.

 

 

La défense et illustration de la langue française

Joachim Du Bellay (vers 1522 – 1560)

 

 

Le 15 février 1549, Joachim Du Bellay adresse à son parent le Cardinal Du Bellay La Deffense, et illustration de la Langue Francoyse, un texte qu’il a rédigé dans le but de défendre cette langue vulgaire encore considérée comme une langue populaire à l’usage des gueux. Il précise que son entreprise n’a été motivée que par la seule affection naturelle qu’il éprouve envers la mère patrie. Avant de prendre connaissance de son texte, il est important de rappeler que les poètes de la Pléiade ont pris fait et cause pour la langue française dont François Ier a imposé, par l’édiction de l’Ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, la primauté et l’exclusivité pour la rédaction de tous les actes relatifs à la vie publique du Royaume de France. Ce texte est le plus ancien document législatif de la République française, ces articles concernant l’application de la langue vulgaire n’ont jamais été abrogés.

 

La langue française est, comme toutes les autres, née du besoin de communiquer qu’éprouvent tous les gens qui vivent ensemble, elle n’est pas plus barbare que les autres, même si elle n’a pas été suffisamment choyée par ceux qui en avaient la déposition. Elle a une grande marge d’amélioration par l’usage qu’on en peut faire en délaissant un peu le latin et le grec qui ne sont pas les seules langues à pouvoir exprimer les idées, les savoirs, et même la théologie si les hommes d'église n'ont rien à cacher.

 « Ainsi veulent-ils faire de toutes les disciplines, qu’ils tiennent enfermées dedans les livres grecs et latins, ne permettant qu’on les puisse voir autrement : ou les transporter de ces paroles mortes en celles qui sont vives, et volent ordinairement par les bouches des hommes ».

 

Le grec et le latin n’ont pas été langues riches et brillantes dès leur origine, elles le sont devenues par la pratique séculaire de nombreux savants, poètes et dramaturges. Les langues vulgaires, à l’image de l’italien, peuvent devenir elles aussi belles et riches quand elles auront été employées par de grands esprits qui l’enrichissent et la modèlent. D’où la nécessité de traduire en langue vulgaire les textes savants pour qu’ils soient accessibles à tous, sachant que cette pratique serait très favorable à l’amélioration des langues. Et aussi de puiser chez les grands anciens comme Guillaume du Lorris et Jean de Meung sans évoquer les amis et contemporains, notamment ceux de la Pléiade.

 

Du Bellay développe d’autres arguments encore, le temps que l’on perd à apprendre les langues étrangères pour accéder au savoir au lieu d’apprendre les sciences et, déjà, l’inesthétisme de certains parlers, ainsi  se moque-t-il  de ceux qui tordent la bouche pour parler des langues qui ne leur sont pas naturelles alors que le français ne requiert aucune grimace.

 

Pour faciliter l’usage de notre langue vulgaire à  ceux qui veulent écrire, l’auteur leur donne de précieux conseils tant sur le fond que sur la forme. Il invite  les auteurs en devenir à lire et relire ces beaux vieux romans comme un Lancelot ou un Tristan. Mais, conscient de la limite de la langue française, il les encourage à chercher, inventer, créer de nouveaux mots qui viendront enrichir leur champ lexical et celui de leurs suivants. Il les incite aussi à puiser chez les anciens des mots qui, déjà à cette époque, étaient devenus rares, des mots que « nous avons perdus par notre négligence ». « Pour conclure ce propos, sache lecteur, que celui sera véritablement le poète que je cherche en notre langue, qui me fera indigner, apaiser, éjouir, douloir, aimer, haïr, admirer, étonner : bref, qui tiendra la bride de mes affections, me tournant ça et là, à son plaisir. »

 

L’auteur ne cache pas que ce texte est aussi un plaidoyer pour qu’une France unie se constitue autour d’un roi méritant et vertueux comme le fut « le vieux François » dont il fait un éloge vibrant. Pour qu’un peuple s’unisse autour d’un ensemble de lois et de règlements, d’une culture et d’une envie de voir progresser les arts et les sciences, il lui faut un langage commun, une langue unifiée et non des jargons régionaux ou mêmes locaux. D’autres langues comme l’italien émergent déjà et pourraient s’étendre au royaume de France et l’attirer dans son aire de diffusion.

 

Quel enthousiasme pour moi de lire ce texte, de redécouvrir des décennies plus tard le langage que j’ai décrypté dans les chroniques que j’ai transcrites, de déguster cette belle langue qui chante bellement. J’ai fait le rêve que ce plaidoyer soit imposé dans toutes les écoles qui déforment ceux qui nous dirigent et ceux qui les critiquent…

 

Denis BILLAMBOZ


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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 07:53
Neige et corbeaux de Chi Zijian

Etrange coïncidence, Picquier a décidé de publier cet ouvrage qui raconte la dernière grande peste connue à ce jour. Cette peste a sévi à Harbin à l’extrême nord de la Chine en 1910, juste avant que l’épidémie, que nous connaissons  aujourd’hui, fasse elle aussi son apparition en Chine.

 

 

Neige et corbeaux

Chi Zijian (1964 - ….)

 

 

Née dans la froide région chinoise de Heilongjian jouxtant la Russie, Chi Zijian a connu de nombreux épisodes neigeux et appris à respecter les corbeaux honorés, selon la légende, comme les protecteurs du premier empereur de la dynastie des Qing. Elle est une écrivaine talentueuse qui aime raconter son pays, son histoire, ses mœurs, ses coutumes et ses habitants qui ont souvent souffert de ce rude climat. Dans ce texte, elle évoque plus particulièrement la dernière grande peste que la planète a connue, la peste qui ravagea Harbin, la capitale de cette région en 1910.

 

Harbin a été fondée à la fin du XIXe siècle quand, après la construction du transsibérien, les lignes de chemin de fer se sont développées dans la région pour relier Irkoutsk aux rives de l’océan et l’extrême nord de la Chine à la capitale. Deux compagnies de chemin de fer, l’une russe l’autre chinoise, se sont installées à Harbin pour y héberger leurs services et leurs employés. A cette époque la ville comptait environ cent mille habitants dont quatre-vingt-mille russes. Chi Zijian raconte les origines de cette ville devenue une énorme mégapole de douze millions d’habitants.

 

Devant l’afflux de population, ouvriers du chemin de fer, soldats et services de tous ordres, les Chinois ont voulu eux aussi leur part du gâteau et se sont installés à leur tour à proximité de cette ville dans ce qui devint le quartier de Fujiadian, quartier qui est au cœur de ce roman. Les Chinois, comme Fu Baichuan ou Yong He, y ont rapidement fait fortune en installant divers commerces : auberges, maisons closes, distilleries… tout ce qui pouvait produire des biens et services à des ouvriers et des soldats rassemblés dans un coin où il y avait peu de femmes.

 

Pour faire vivre cette ville, qui est encore la sienne aujourd’hui, Zijian a créé quelques familles dont elle suit les tribulations tout au long de son roman : « La dernière chose qui me restait à faire était de lui donner du sang frais. Et pour cela, il fallait créer des personnages divers et variés », des familles entières comme celle de Wang Chungshen, le personnage le plus récurent du roman. Ce dernier s’installe à Fujiadian avec une épouse qui ne peut pas lui donner l’enfant à qui il veut transmettre l’auberge qu’il a fondée, il prend donc une concubine qui lui donne deux enfants, un garçon décédé dans sa jeunesse et une fille dont il n’est pas le père … Sa femme et sa concubine se sont rapprochées chacune d’un eunuque qui les protège et les respecte. Le commerce a enrichi de nombreux Chinois du quartier, leurs mœurs étaient assez libres, ils respectaient peu leurs épouses, prenaient concubines ou maîtresses, fréquentaient les maisons closes, lorgnaient sur la femme du voisin. Cette ville bouillonnante évoque les villes nouvelles qui ont émergé lors de la conquête de l’Ouest aux Etats-Unis. On n’y connait pas le principe de la croissance mais elle y est exponentielle.

 

Cette cité débordante d’activité connait bien vite un taux de mortalité anormal et le mal frappe partout, mais surtout dans le quartier de Fujiadian, à partir de l’auberge de Wang Chungshen qui accueille les marchands en quête d'affaires avec les commerçants de la ville. L’ampleur de la crise sanitaire prend des allures d’épidémie de plus en plus grave, les habitants réalisent qu’ils sont victimes de la peste mais à une forme de peste qu’ils ne connaissent pas. Un médecin, formé en Europe, mène alors un long combat pour faire comprendre aux autorités administratives et sanitaires que cette peste a pris une forme pulmonaire et qu’il devient nécessaire d’éviter tous les contacts d’homme à homme. Il lui est bien difficile de faire admettre son diagnostic et ses méthodes thérapeutiques …

 

Ce roman dégage une profonde empathie. Dans sa postface Chi Zijian explique comment elle l’a conçu, comment elle l’a construit, comment elle l’a rédigé. Elle dévoile surtout son intention de faire revivre cette ville et ses habitants et c’est une réelle émotion qui saisit le lecteur quand elle rapporte qu’elle a appris le décès de sa grand-mère au moment de terminer la relecture de son texte qu’elle dédie « à la famille spirituelle qui me soutient depuis le début : le « pays du Dragon », mon pays ». C’est d’autant plus émouvant pour moi que j’ai lu ce livre en pleine période de confinement alors qu’un virus sournois décimait les populations dans plusieurs régions de la planète. J’ai eu une pensée pour mes concitoyens indisciplinés, pour les personnels soignants et pour nos dirigeants en lisant ces quelques lignes : « Wu Liande avait créé des services chargés de la mise en quarantaine, du diagnostic, de la protection contre le froid, de la désinfection, etc… La meilleure méthode de prévention, en l’état actuel, était le port de masques respiratoires ». Un siècle plus tard, nous pourrions nous inspirer de celui qui vainquit la peste à Harbin !


Denis BILLAMBOZ


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Neige et corbeaux de Chi Zijian
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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 09:04
Protection rapprochée de Lorenzo Cecchi

A travers ce recueil de nouvelles Lorenzo Cecchi raconte son pays, le Pays noir comme l’appelle ses habitants, notamment ceux de Charleroi, la patrie de l’auteur. Le pays qui a vu affluer des cohortes d’Italiens appelées pour tirer le charbon des entrailles de la terre et nourrir tout un peuple en en enrichissant certains.

 

 

Protection rapprochée

Lorenzo Cecchi (1952 - ….)

 

 

Avec ce recueil de nouvelles, Lorenzo Cecchi décrit ce lieu, le Pays Noir, où ses ancêtres italiens, avec une cohorte de compatriotes, sont venus extraire le charbon du sous-sol de ce bout de Belgique. Ce minerai, qui fit si longtemps la fortune de cette région, avant que le filon se tarisse et que d’autres énergies plus riches, plus faciles à exploiter, plus rentables ne renvoient ce dernier au fond de ses puits. Lorenzo évoque cette région après la fermeture des puits et de nombreuses usines, l’évaporation de la richesse, l’appauvrissement des populations, surtout de celles qui ont perdu leur travail au fond de la mine où dans les usines métallurgiques.

 

Il évoque notamment, dans la nouvelle éponyme occupant près de la moitié du recueil, mais aussi dans de courtes nouvelles comme des petites tableaux, cette jeunesse qui ne cherche même plus de travail, de toute façon il n’y en a pas, s’ennuie, traîne dans les bars, s’alcoolise et se tape sur la tronche pour une fille qui drague des étrangers un peu plus riches qui peuvent les sortir de leur triste condition et les emmener vivre ailleurs, plus près de la capitale et de ses attraits. C’est le portrait d’une région conquise par la misère qui a perdu la dignité qu’elle affichait quand il y avait du travail et quelques maigres ressources. Le cheminement d’une région où les fabricants ont souvent été ruinés ou rachetés par des multinationales et que les marchands s’emploient à conquérir.

 

Les populations sont devenues encore plus fragiles que la région, les marchands d’illusion y font fortune en vendant de la drogue qui déglingue une jeunesse déjà abîmée par l’alcool. Le travail, même si c’est un mal pour certains, ça reste au moins un mal nécessaire qui fait cruellement défaut quand il n’y en a plus. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches semblent encore plus riches en vendant leur générosité comme on vend une image de marque.

 

Dans ce paysage, qui pourrait paraître aussi noir que le charbon, il y a aussi  de la tendresse et de l’empathie, ces gens-là, comme chantait Brel, aiment leur pays et, même si leurs efforts ne sont pas toujours récompensés, ils font en sorte que la vie soit plus belle … ou moins triste dans cette région qui leur colle à la peau, la terre qui a accueilli leurs ancêtres. C’est toute l’histoire de leurs enfants et petits-enfants que Lorenzo Cecchi fait vivre dans ses nouvelles qui ne masquent aucune des misères qui ont poussé sur le terreau de la malédiction du charbon. J’ai eu un petit frisson quand l’auteur a inséré une nouvelle construite d’après une mésaventure qu’il a subie personnellement. A ce moment, j’ai bien senti son attachement au Pays noir comme je le ressens souvent en lisant les textes d’autres amis qui écrivent aussi sur les misères de leur pays et sur leur envie de le faire revivre, de lui redonner les couleurs que Michel Jasmin a utilisé pour joliment illustrer ce recueil. L’espoir est tenace au pays noir !


Denis BILLAMBOZ


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Protection rapprochée de Lorenzo Cecchi
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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 08:09
La pêche au toc dans le Tôhoku de Shinsuke Numata

Un premier roman d’un jeune auteur nippon, évoquant par certains côtés Kawabata, qui raconte une histoire d’amitié fleurissant juste avant la grande catastrophe qui a endeuillé le nord de l’archipel. Un roman sur la solitude, le retour à la nature et, en creux,  les dégâts que la catastrophe a pu causer dans cette région.

 

 

La pêche au toc dans le Tôhoku

Shinsuke Numata (1978 - ….)

 

 

Ce court ouvrage est le premier de Numata Shinsuke, un  japonais né sur l’île d’Hokkaido au nord de l’archipel. Numata a connu un succès très rapide puisqu’il lui a valu le prix Akutagawa, principal prix littéraire au Japon, en 2019. Dans ce  bref récit, j’ai retrouvé le style frais, léger, dépouillé, minimaliste de Kawabata, son amour pour la nature originelle, il ne manque que les très jeunes filles mais l’histoire ne les convoque pas. Bien que la sexualité ne figure pas au programme de ce texte, l’auteur signale tout de même qu’il a passé deux années avec un garçon qui a ensuite changé de sexe, mais ce n’est pas le sujet du livre…

 

 

Celui-ci nous conte l’histoire d’un cadre d’une grande entreprise qui a été muté dans le Japon central, au cœur d’une région reculée au nord de l’île d’Honshu, dans la préfecture d’Iwate. D’une nature plutôt solitaire, le jeune homme se lie difficilement avec ses collègues de travail, il passe beaucoup de temps à la pêche dans une  rivière poissonneuse qu’il adore. C’est cette passion qui le rapproche de Hiasa, un employé de son entreprise qui ne bénéficie pas encore d’un CDI. Ils deviennent rapidement amis, multiplient les parties de pêche, une liaison serait presque possible, mais un jour Hiasa démissionne et devient commercial pour une mutuelle où il rencontre quelques difficultés pour vendre ses produits. Il démarche Imano en jouant sur la corde sensible de l’amitié et il ne sera pas le seul à succomber au démarchage quémandeur du vendeur… il l’apprendra plus tard comme d’autres choses qui touchent à cet ami que finalement il connaissait bien mal.

 

 

Hiasa a disparu après le tsunami, celui qui a stigmatisé toute une région, tout un pays et bien au-delà encore, ce cataclysme que l’auteur ne décrit pas, il réside trop loin du bord de mer, trop haut sur la montagne pour avoir subi l’impact des eaux ravageuses. Il ne parle presque jamais de Fukushima situé dans la région voisine de celle du Tôhoku, mais la description de la rivière, de la vallée, de la faune abondante qu’il dresse laisse imaginer les dégâts que les retombées radioactives ont pu avoir sur ce petit paradis des pêcheurs. La catastrophe et ses possibles conséquences, même si elle n’est pas décrite, s’imposent en creux au lecteur.

 

 

Ce texte est également une réflexion sur la solitude qu’on tente de meubler avec des amis partageant la même passion sans jamais  savoir  qui est réellement celui qui vous séduit parce qu’il a les même goûts que vous ? Et, si vous voulez éviter de donner corps à une relation plus intime, que vous ne souhaitez pas, vous ne cherchez pas à en savoir plus … Ce texte montre aussi le poids que les entreprises nippones font peser sur leur personnel, leur intimité et  l’organisation de leur vie privée. Aussi court qu’il soit, aussi léger qu’il semble, ce roman dévoile, parfois en creux, des problèmes qui affectent sérieusement la société japonaise actuelle.


Denis BILLAMBOZ


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Shinsuke Numata

Shinsuke Numata

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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