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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 09:50

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Oui, quel est donc le rôle de la douleur dans nos vies que si souvent, trop souvent selon nous, elle affecte, blesse, décourage. Et pourquoi, par la même occasion, ne pas s'interroger sur la place qu'elle a occupée dans la vie de nos écrivains et, plus généralement, de nos artistes ? Il est certain que Proust n'aurait pas été Proust sans son asthme, que la phtisie a inspiré quelques-uns des plus beaux vers de la langue française et que, sans le rapport à la souffrance physique ou morale, l'homme aurait eu bien peu de choses à dire. Le bonheur se constate et ne se décrit pas ; le plaisir se prend et ne s'explique point. Curieusement, c'est ce que nous avons perdu qui nous devient cher, ce qui nous échappe qui nous semble précieux. Cioran notait dans ses Cahiers : " Je lis, je lis, et, sauf de rares exceptions, je ne trouve aucune réalité aux oeuvres que je lis. Que leur manque-t-il ? Je ne saurais le dire. Le poids ? Sans doute, mais qui leur confère du poids ? Une passion ou une maladie - rien d'autre. Encore faut-il que les malades et les passionnés aient quelque talent. Ce qui est sûr, c'est qu'un talent sans passion ni maladie ne vaut rien ou presque." (Cahiers page 201) Et page 472, il ajoute : " C'est le Boudha qui a vu juste, qui a touché à l'essentiel. Tout tourne autour de la douleur ; le reste est accessoire, et presque inexistant (puisque aussi bien on ne se souvient que de ce qui fait mal), tandis que le marquis de Custine notait finement dans "Mémoires et voyages d'Astolphe Louis Léonor" : " Nous n'habitons la terre que pour apprendre à désirer ce qu'on n'y trouve pas. L'inquiétude de notre âme est une souffrance, mais ne nous en plaignons pas ; tous nos droits à l'immortalité sont là, et cette inexplicable douleur est notre plus beau titre de noblesse." 

 

 

Il est vrai que la douleur est le passage obligé entre chair et esprit, ce, grâce à notre pouvoir de la transcender à tout moment. Si " le propre de la douleur est de n'avoir pas honte de se répéter ", l'honneur de l'homme est d'en faire bon usage. C'est presque toujours d'elle qu'il a tiré la substance spirituelle de ses oeuvres, au point que Léon Bloy assurait qu'elle était l'auxiliaire de la création. Mozart a rédigé son requiem dans l'antichambre de la mort, Beethoven écrit sa IXe symphonie alors qu'il était sourd, Hugo jeté ses vers les plus émouvants alors qu'il venait d'enterrer sa fille Léopoldine, Charles d'Orléans, ce doulx seigneur, chanté sa France si belle lors de ses vingt-cinq années de détention dans les geôles anglaises et François Villon composé sa Ballade des pendus alors qu'il était condamné au gibet, peine qui sera finalement commuée en bannissement.


 

Frères humains qui apres nous vivez,
N'ayez les cueurs contre nous endurcis,
Car, se pitie de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost que vous mercis.



 Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive, et par là se dénoncer d'elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n'est que pure négation. Aussi n'apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie : la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus."  - écrit Schopenhauer dans " De la vanité et des souffrances de la vie".

 

 

L'homme est donc particulièrement créateur dans l'épreuve, le combat, l'effort, l'opposition. La valeur va à ce qui coûte, à ce qui exige, à ce qui oblige. S'y ajoute souvent une ascèse personnelle. Et qu'apprenons-nous aujourd'hui dans les discours dont on nous abreuve à longueur d'onde ou d'antenne ? Une version opposée, qui ne fait que rarement référence aux mérites de l'effort, à l'excellence du travail, à la noblesse du sacrifice, à l'élan généreux de l'amour et de la compassion, mais prône l'hédonisme glouton et éphémère dont on sait depuis Platon qu'il ne mène nulle part et ne favorise que l'égotisme et l'égocentrisme. Voilà ce que nous transmettons aux générations de demain sans l'ombre d'une mauvaise conscience. Et c'est d'autant plus regrettable que notre jeunesse connaît déjà les affres de la souffrance. Lisons-les ces auteurs adolescents, auxquels nous communiquons notre cynisme, nos divisions idéologiques, notre athéisme triomphant, notre assurance  doublée de suffisance d'avoir tout résolu des mystères de l'univers, et nous comprendrons à quel point leur détresse est grande ! Abreuvée de violence, de sexe, de drogue, de mensonge, de contre-vérité, à quoi peut bien se rattacher une jeunesse que nous avons privée d'idéal et de transcendance ? Que lui donne-t-on à admirer sinon les stars de pacotille et les dieux du stade? Car quelques rais de lumière n'éclairent pas toute la nuit et quelques vagues ne soulèvent pas tout l'océan. Si l'on est optimiste à chaque fois que l'on contemple une fleur ou un bon morceau de pain, et pessimiste chaque fois que l'on pense à ceux qui dénaturent ce pain et sacrifient ces fleurs, on voit que la souffrance veille et demeure, afin que ne se perde jamais la trace de ce qui reste en nous "d'auguste et de divin" et que ce que le temporel ne cesse de désunir, l'intemporel l'unisse à tout jamais.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:46
La conscience de soi : individu ou personne ?

 

« Je pense donc je suis » - disait Descartes. Mais que suis-je ou qui suis-je ? Je suis d’abord un organisme, un animal très évolué dont la première caractéristique est l’unité organique. Je suis un individu semblable à des millions d’autres et néanmoins unique car je n’ai pas mon pareil. Avoir conscience de soi, c’est en un sens avoir conscience de son corps, mais pas seulement. D’autant que je ne l’ai pas choisi, aussi je me définis davantage et mieux par mes sentiments, mes pensées, mes convictions, mes goûts, ma volonté. Tout cela entre dans l’idée de personne et me permet de ne ressembler à nul autre. Cependant, la conscience de soi exige, pour se développer, la vie en société car que serais-je sans l’autre ? Le petit enfant prend d’abord conscience du nom par lequel on l’appelle, il commence par parler de lui à la troisième personne en se nommant. Quand, vers ses trois ans, il parvient à dire « je », il éprouve le besoin de s’affirmer face aux autres par des refus. Par la suite, le travail scolaire, le rôle qu’il tient dans les jeux, les responsabilités qui lui sont attribuées développeront le sentiment de sa personnalité. Ce sentiment s’épanouit chez les adolescents dans toute sa plénitude et suscite une exigence d’affirmation qui s’accompagne souvent d’originalité et d’esprit d’opposition. Quant à l’adulte, il s’identifie selon son statut social faisant siens les avantages qui lui sont donnés à sa naissance, ses succès personnels ou les circonstances heureuses de sa vie, enfin, naturellement, il se définit par son sexe, sa nationalité, son âge, sa profession. Il est fréquent que la personne se confonde avec sa fonction et il n’est pas rare qu’un désarroi dramatique atteigne celles et ceux qui sont soudain dépossédés de leur assise sociale et de leur renom.

 

 

Blaise Pascal rappelait aux grands de ce monde que leur corps et leur âme « sont d’eux-mêmes indifférents à l’état de batelier ou à l’état de duc » et «qu’il n’y a nul lien naturel qui les attache à une condition plutôt qu’à une autre ». Jean-Paul Sartre, ardent défenseur d’une liberté humaine absolue, affirmait, quant à lui, que se confondre avec son personnage serait abdiquer sa liberté et accepter « d’être une essence ». « Je ne suis pas ce que je suis, parce que je ne suis jamais quelque chose » – écrivait-il dans « L’Etre et le Néant ». Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus riche que les choix définis.

 

 

Et notre caractère, nous est-il donné ? Dépend-t-il de notre choix ? Probablement pas, puisque nous voulons presque toujours être autrement que nous sommes, mais on ne change pas plus le caractère que l’on ne change le tempérament. Il serait irréaliste de nier le donné caractériel auquel nous avons à faire, aussi irréaliste que de nier la nature humaine. Toutefois, notre liberté nous autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les événements auxquels nous sommes confrontés.

 

 

Avec la notion de personne, nous sommes conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique. A cette notion de personne se sont attachés progressivement celle de la réalité dans l’ordre de l’être, c’est-à-dire une réalité métaphysique. Au IIIe siècle, les philosophes néo-platoniciens parlaient volontiers de « singularité substantielle » comme on a parlé plus tard du « principe ultime d’individuation ». Ces définitions sont imparfaites et ont fait dire au philosophe Merleau-Ponty que « l’être-sujet est peut-être la forme absolue de l’être ».

 

 

Chez Emmanuel Kant, la personne a une grande importance en tant que sujet moral et « fin en soi », ce  qui suppose sa valeur absolue. Kant justifie une idée qui s’est imposée fortement à la mentalité moderne, celle du respect de la personne humaine. C’est le point de départ de la justification philosophique des droits de l’homme sur lesquels un accord presqu’universel s’est établi de nos jours. Or, face à la notion de personne, nous avons le sentiment d’être à la recherche d’une réalité qui est au-delà des apparences et qu’il est quasi impossible d’atteindre. C’est pour cette raison que l’idée de personne a été critiquée par les philosophes empiristes, en particulier David Hume, qui la considérait comme purement imaginaire. Chez Hegel, l’individualité n’est qu’un moment du développement de l’esprit universel, ce qui a influencé profondément le marxisme, celui-ci se refusant à la notion de personne et privilégiant celle d’individu plus facilement malléable.

 

 

Aujourd'hui, face aux problèmes politiques et scientifiques auxquels nous sommes confrontés, l’idée de personne comme réalité métaphysique est appelée à jouer un rôle essentiel. Dans les rapports entre l’Etat et les citoyens, dans l’organisation de la société, l’idée de personne permet de reconnaître en chaque homme  un être absolument respectable qui ne peut être utilisé comme « moyen », ni sacrifié à des fins collectives, pire mercantiles. Dans le domaine de la médecine, l’abus des médications psychotropes aussi bien que les manipulations génétiques  doivent trouver leur réglementation et leur limite afin de présever l’intégrité de la personne et la sauvegarder sans l’altérer.

 

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 09:07
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 10:55
La confusion des valeurs met-elle le monde en péril ?

Dans quelques décennies, lorsque des penseurs analyseront notre époque, en dehors des avancées positives de la science, sans doute parviendront-ils à la conclusion suivante : que nous avons pratiqué à l'envi la confusion.
 

Et pourquoi ne pas l'admettre dès aujourd'hui,  en favorisant les idéologies  de toutes sortes et en abandonnant peu à peu nos valeurs et nos convictions, nous avons perdu  notre autonomie et notre force au point de gommer jusqu'à notre propre identité. Ceux qui s'y refusent sont traités de passéistes et de ringards et dûment moqués et ridiculisés. Je n'en veux pour preuve que l'aspiration à une politique mondialiste qui sous-entendrait une gouvernance planétaire, et à celle de l'homme nouveau qui déboucherait sur la promotion de l'homme standard, visant à la suppression progressive  de l'identité ethnique, religieuse et nationale. De même que les flux migratoires sont favorisés et parfois provoqués par des guerres indignes, dans le souci d'effacer ou de modifier le visage particulier et l'histoire fondatrice et formatrice de chaque pays. 


Plus de pays, plus de races, plus de cultures identitaires, plus d'individualité. A l'histoire serait préférée l'idéologie, à la religion, l'occultisme et l'ésotérisme, au patrimoine national, celui informel et universel qui, en appartenant à tous, n'appartiendrait à aucun. En quelque sorte, unifier, robotiser, simplifier, déshumaniser, niveler ; l'utopie parfaite de l'égalitarisme meurtrier.


Il faut reconnaître que l'homme a souvent eu ces sortes de folies. A une certaine époque, il eut le culte du surhomme et l'on sait  où cela a conduit. De nos jours, on envisagerait plus volontiers l'avènement du sous-homme, c'est-à-dire de l'homme réduit à sa plus simple expression, l'homme du supermarché, de la mal-bouffe, du prêt-à-penser, masse indistincte et consommatrice, manipulée et asservie par la synarchie du nouvel ordre mondial, déjà à l'œuvre, et qui sait fort bien nous désinformer, nous décerveler, nous orienter, nous endoctriner en nous faisant baigner à l’envie dans la violence, la drogue, le sexe, le consumérisme, soit la sous-culture. Croyez-moi, ils sauront nous dire ce que nous voulons entendre afin de mieux nous persuader de ce qu'ils veulent nous dire. Il suffit de remodeler nos consciences de façon à ce que cette nomenklatura, chapeautée par la Haute Finance et les Multi-Nationales, nous impose les nouveaux archétypes de la production mondiale, contrôlant, dans la foulée, ce qui a trait à la recherche, l'exploitation, la répartition des produits et matières premières  sur l'étendue de la planète.

  

En écrivant le mot planète, je ne peux m'empêcher d'y associer, par la force des choses, celui de planification. Mot aussi inquiétant que celui d'uniformisation. Cauchemar, peut-être, mais cauchemar plausible, envisagé d'ores et déjà par les hautes sphères qui détiennent les puissances de l'argent et, par voie de conséquence, le pouvoir temporel, principalement celui de manipuler l'opinion publique, proposant des styles de vie, lançant des modes, des slogans, créant des goûts, des habitudes et des modèles, suscitant des engouements, nous enlisant sous un flot d'informations dérisoires, sorte de bruit de fond continu capable d'occulter les vraies informations et nous condamnant à consentir ou à pâtir. Dictature douce, puis progressivement dure, où toute consultation des peuples sera exclue. De quelle année date notre dernier référendum qui, d’ailleurs, a été détourné ?


Et ce monde de demain, ou d'après-demain, taillé sur un modèle uniforme, quel sera-t-il ? Sans la pluralité des nations, des peuples, des coutumes, des croyances, des traditions, des styles, qu'adviendra-t-il ? Si l'Europe n'était plus l'Europe, ni l'Afrique, l'Afrique, ni les Amériques les Amériques, qu'est-ce qui nous dépayserait, nous enchanterait, nous captiverait ? Si de Singapour à Valparaiso, il y avait les mêmes usages, la même architecture, les mêmes modes, la même culture, c'est-à-dire plus de culture...la monotonie serait le sens commun et la mort du désir.

 

Et ne sourions pas. L'homme est sujet à des divagations de ce genre. La démence du pouvoir en a conduit plus d'un au bord du gouffre. Lorsque le bon sens nous quitte et que nous nous laissons gagner par la confusion des valeurs, les utopies les plus extravagantes peuvent séduire les esprits. Aussi ressaisissons-nous, les peuples ont encore leur mot à dire. Soyons des veilleurs attentifs, faisons appel à notre discernement, une valeur sûre, celle-là. A l'heure où notre environnement est en danger, nos nations en péril, la pauvreté omniprésente, des populations hagardes aux portes de nos frontières, les guerres en pleine expansion, nos équilibres de plus en plus instables, ce qu'il convient d'envisager, ce n'est pas de changer le monde mais de le sauver, en comprenant que le pire serait notre incapacité à réfléchir et à laisser l'émotion disposer de la raison.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 08:34

 

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Qu'est-ce que le mensonge ? Nous pourrions le définir en répondant qu'il est le contraire de la vérité, mais encore faudrait-il savoir ce qu'est la vérité. Car à chacun sa vérité, même s'il y a une vérité ciblée par la morale et par la science. Selon le dictionnaire, qui le résume en quelques mots, le mensonge est  une assertion sciemment contraire à la vérité et faite dans l'intention de tromper, qui incite naturellement à la falsification, à l'erreur et à l'égarement. Jusqu'à l'âge de 5 ans, l'enfant ignore le mensonge et n'éprouve aucune sorte de culpabilité pour la simple raison qu'il n'est pas enclin à l'envie, à l'orgueil, ces désirs et tentations coupables qui invitent au mensonge. Il n'a pas pris conscience que l'on peut à volonté et, en alternance, choisir le bien ou le mal, le vrai ou le faux. D'autant que pour bien mentir, il est préférable de connaitre la vérité et d'être animé par l'intention de falsifier une action ou un discours, en laissant croire le contraire de ce qui est.

 

Les premiers philosophes ont envisagé l'homme en tant que locuteur, et ont pris vis-à-vis de lui les distances qui s'imposaient, sachant que le langage peut tout aussi bien révéler que dérober, exprimer que voiler. Aucune parole ne peut me donner la chose elle-même, car derrière les mots, il n'y a pas les choses, seulement leurs représentations. Quand je dis " je ", déjà je me sépare de moi-même, tant les mots s'écartent de ce qu'ils nomment et tant la parole favorise la division du sujet. Le moi et le je sont une sorte d'illusion grammaticale. Notre moi est davantage un nous, parce que notre individualité est composée d'une multitude d'individus qui, au fil des générations et du temps, ont réussi à faire de nous un être unique, une personne. " Tous les autres sont en moi " - écrivait Apollinaire, tandis que Rimbaud affirmait - " je est un autre ". En règle générale, le langage est approximatif et les concepts, trop généraux et insuffisamment explicites, pour traduire pleinement notre pensée. Jamais un mot ne sera l'expression idéale de la réalité. Les concepts ne renvoient pas à une chose existante. Le concept de l'être humain, par exemple, ne représente pas l'être. C'est une généralité qui cache une singularité. Ainsi le langage banalise-t-il les sentiments et les mots n'expriment-ils que l'aspect impersonnel des choses. Ils mutilent et dénaturent et aboutissent à ce que la vérité reste la plupart du temps indistincte, confuse et imprécise.

 

Le silence lui-même est trompeur. On parle de mensonge par omission. Se taire pour ne pas avouer ou dire la réalité. Entre le tout-dire, le trop-dire, le non-dire, le supposé-dire, la gamme est large des hauts risques de la parole. Le mal vient le plus souvent de son mauvais usage. Mais dès lors que le mensonge parvient à modifier notre comportement, il ne s'agit plus d'accuser le dire mais le faire. On sait que les mauvaises manières précèdent les mauvaises actions. Or, il n'y a pas de vie possible en société sans un minimum d'égard les uns vis-à-vis des autres. "Faites semblant d'être vertueux et vous le deviendrez" - proclamait un philosophe. Ce n'est ni plus, ni moins, faire en sorte que nos actes soient en accord avec nos paroles. L'acte est effectivement un témoignage plus probant que ne l'est le verbe. Le héros agit et ne disserte pas sur son héroïsme, dans le souci de conformer le faire au dire. Les grands diseurs sont rarement les grands faiseurs. Tout est dans la conduite que l'on adopte. Paraître au lieu d'être. L'homme public et l'homme politique tentent le plus souvent de s'octroyer l'opinion et, pour l'acquérir, n'hésitent pas à mentir et tricher. Mensonge valorisant qui n'a d'autre objectif que de susciter une projection idéalisée de sa personne. Tant il semble qu'exister pour soi est plus important qu'exister pour les autres.

 

 Pourquoi ? Parce que le mensonge rend impossible la communication vraie. A partir du moment où l'on ment, on contredit la possibilité de communiquer. Ce n'est ni plus ni moins la rupture du dialogue et de la vie en commun. "La vérité ne souffre aucune exception " - affirmait Kant. Le mensonge instrumentalise autrui en le réduisant à l'état d'objet. Alors que chacun de nous se doit de rester une valeur absolue. On ne fait pas d'un être ... sa chose. Autrui n'est pas un objet manipulable, du moins ne devrait-il jamais l'être. Or, quand je mens à quelqu'un, j'en fais un simple moyen à mon service, j'use de lui comme d'un objet qui sert mes plans. "La vérité est inconditionnellement exigible " - poursuivait Kant, qui estimait que le devoir moral sous-tend une valeur qui n'a de sens et de réalité qu'en situation.

 

Néanmoins, le tact, le secret, peuvent être un recours dans certains cas. Les devoirs moraux ne forment pas un pluriel d'absolus, égaux entre eux. Sauver un innocent vaut mieux que de dire la vérité. Cela peut se concevoir en maintes occasions. On peut également dire la vérité par méchanceté et non dans un pur souci d'équité. Mentir par bonté existe également. On sait que toute vérité n'est pas bonne à dire. Certains circonstances nous obligent à accommoder cette vérité afin qu'elle soit recevable. Au mieux, le mensonge peut être un mal nécessaire, mais il ne faut pas l'instituer en modèle, en paradigme. Envisager auparavant d'autres solutions mieux appropriées, en apprécier les éventuels résultats. Le devoir de vérité a aussi ses limites. On peut mentir par compassion et dire la vérité par cruauté. C'est la qualité intrinsèque de l'acte qui compte, la vérité n'étant pas au-dessus du bien.

 

Au final, ne serait-ce pas l'amour qui devrait être à l'origine de nos actes, tant il est vrai que le coeur est souvent plus juste que la raison. Mieux que la vérité, parfois hasardeuse, l'amour devrait être notre guide. Le menteur se trouve souvent dans un état de faiblesse. Il souffre d'un surmoi démesuré et craint de déplaire à autrui, si bien qu'il devient dépendant de son paraître. Et si nous le condamnons, il ne fera que développer son désir de tromper et cela amplifiera  encore son mal-être. En le pointant du doigt, en essayant de le démasquer, nous ne faisons qu'éveiller sa méfiance, accélérer son zèle. Il est donc nécessaire d'agir avec discernement vis-à-vis de soi et vis-à-vis des autres. Ce qui signifie ni aveuglement, ni excès d'indulgence, mais cela relève sans doute du voeu pieux. Lorsque l'on ignore la vérité, l'illusion persiste. Lorsque l'on connait la vérité, le mensonge cesse, ou du moins faiblit.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 09:25

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S'est-il instauré un dialogue plus permanent entre les hommes, aujourd'hui que les moyens de communication ont été élargis et simplifiés à l'extrême ? Cette facilité dans la communication nous rend-t-elle plus sociables, plus attentifs aux autres ? Si toute vie véritable est rencontre, comment réaliser celle du  je à un  tu  irréductiblement autre ? Et s'il est vrai que l'homme se rapproche de l'homme, ne serait-ce pas, hélas ! dans un esprit moutonnier, par perte d'autonomie et afin d'éviter heurts et conflits ? Autant d'interrogations qui peuvent se résumer en une seule : qu'est-ce que le dialogue ?

 


" Une communication verbale entre deux personnes ou groupes de personnes - répond le dictionnaire, formule courte et vague qui me laisse sur ma faim. Mais précisons tout de suite que dialoguer n'est pas converser. En effet, le dialogue permet de mettre en évidence la contradiction ou, le cas échéant, la convergence entre des opinions, des idées, des thèses différentes. Renan écrivait à ce propos que la forme du dialogue était, en l'état actuel de l'esprit humain, la seule qui lui semblait en mesure de convenir à l'exposition des pensées philosophiques. Ce en quoi Platon l'avait devancé en faisant du dialogue une forme littéraire et philosophique si probante que son oeuvre exerce, encore de nos jours, un vif attrait sur l'esprit. " Penser - disait-il - est pour l'âme s'entretenir avec elle-même ( dialogue intérieur ) ou avec les autres ( dialectique ). Ce qui importe est de réfléchir ensemble, de définir la signification d'une expression en la déterminant de façon conceptuelle ". C'est ainsi que l'on juge de sa propre activité intellectuelle avec les yeux d'autrui, que l'on apprend à former son esprit critique, à être plus sincère avec soi-même, à aller vaillamment jusqu'au bout de l'examen auquel on soumet sa conscience.

 

 

Pour Platon, la philosophie ne s'enseignait pas, elle se vivait. Grâce à lui et à son maître Socrate, l'art de la parole est devenu un art à part entière : la rhétorique. Cet art du parler et du penser repose sur une méthode envisagée comme une démonstration, un plaidoyer qui développe des intentions et s'efforce de les rendre persuasives, s'élève parfois jusqu'à l'exhortation par le moyen de justifications logiques et de raisonnements implacables, au point d'égaler les démonstrations mathématiques et, au final, de les surpasser par leur portée spirituelle.



Il est évident que converser ne se situe pas sur le même registre. Ce n'est autre que l'art d'échanger des propos sur un ton familier. " Il y a une conversation de rivière et une conversation de terrasse, une autre de salon, une autre encore de voiture " - notait Julien Green dans son Journal, illustrant ce que la conversation a de léger, de provisoire, d'inachevé, d'incomplet, même lorsque les partenaires sont brillants. Ainsi la diplomatie relève-t-elle plus souvent de la conversation que du dialogue, ce qui lui vaut d'engendrer plus de faux-fuyants que de solutions fiables. Le dialogue, quant à lui, instaure une recherche conjointe de la vérité, "afin de rendre pensable ce qui ne l'était pas encore conjointement "*.  Dans le dialogue, chacun devrait prendre toute sa part dans un climat d'écoute mutuelle. Tel devrait être du moins le dialogue idéal. Mais l'est-il ? Hélas non ! car trop souvent il tourne au conflit et se radicalise au fur et à mesure que l'on passe de la parole partagée à la parole péremptoire ou confisquée qui saborde toute chance d'échange véritable. Si bien que l'appropriation de la parole pour le seul usage de l'un des interlocuteurs débouche fatalement sur un anti-dialogue, sur une asymétrie dans le discours qui l'annule fatalement.



Certes, le dialogue n'est pas en soi une obligation d'acquiescer à tout,  mais celle de se laisser traverser par les réponses et les paroles d'autrui, de progresser avec lui dans une démarche qui nous devient commune. Rien ne s'impose, tout s'explique. De tels échanges sont le langage de la confiance, de la relation privilégiée. L'amour est, par essence, limpide et désintéressé. Cette relation de prédilection apparaît comme le modèle de ce que l'on pourrait nommer la parole heureuse, la parole juste, l'incomparable dire. Pour cette raison, elle baigne dans une chaleur de réciprocité, si bien que l'amour donné et l'amour reçu sont comparables à la parole donnée et à la parole reçue. Qui donne, qui reçoit ? On ne sait, tant le donner est étroitement lié au recevoir. Le désir est le mouvement qui me porte naturellement à chercher une complémentarité, à me rassurer sur mon tragique sentiment de solitude. Car, ne nous leurrons pas, l'homme fut, dès l'origine, un être solitaire. Penser, n'est-ce pas d'abord se penser, discourir avec soi-même ? Car quelle autre interprétation donner au  "je pense donc je suis" ?

 

 

Cesse-t-on jamais de se parler à soi-même ? L'homme cause à son coeur, même si ses paroles ne résonnent pas, ne sont pas émises. Il y a donc en nous une part de vie qui reste à jamais incommunicable. Ainsi naît le double jeu de la communication de soi à soi et de soi à l'autre. Surtout si l'on considère, qu'à  la différence de l'animal, nous sommes aptes à inclure l'absent dans notre dialogue intérieur, à faire entrer en relation avec le je/tu et le il  du disparu ou du lointain. En soi, on parle à celui qui nous reste proche par le sentiment, à l'être qu'il nous plait d'imaginer, ou à un Dieu qui nous subjugue et nous dépasse. Chacun  n'a-t-il pas son histoire personnelle avec l'invisible ?

 

 

Cependant ne soyons pas dupes de nos songes. Nous savons trop bien que le dialogue, si en vogue aujourd'hui ( dialogue inter-professionnel, inter-confessionnel etc. ), débouche trop souvent sur un dialogue à l'état sauvage qui sombre vite dans l'affrontement ou, pire, dans le bavardage stérile, lorsque chacun préfère exposer ses états d'âme que d'échanger la parole dans un souci de réciprocité. Pas seulement une parole proposée et admise, tour à tour donnée et accueillie, pas davantage une tension entre l'apport de l'un et l'apport de l'autre, mais une élaboration fraternelle dans une quête active vers plus d'humanité. Ce serait enfin la conclusion heureuse. D'autant que nous vivons dans une époque de pluralisme où civilisations et cultures, souvent hostiles ou indifférentes les unes aux autres, ont été subitement rapprochées. Le dialogue est donc le seul mode de co-existence possible dans une société ou l'homme "en inquiétude" est confronté aux formes multiples et ignominieuses du mal.

 

 

* Francis Jacques -  Différence et subjectivité - Aubier

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:24

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D'où vient cette légende qui a frappé l'imaginaire de générations de lecteurs, passionné savants et écrivains et peuplé le folklore celtique de ses principaux thèmes d'inspiration ? Spécialiste du moyen-Age anglais et historien rigoureux, Alban Gautier s'est attelé à cette rude tâche afin de faire revivre l'une des plus attachantes figures d'épopée du monde occidental. Car, c'est bien un univers qui vibre dès que l'on évoque le cycle arthurien : merveilles de Brocéliande, forêts mystérieuses, landes désolées, fées belles et redoutables, damoiselles éplorées, chevaliers vaillants, magiciens facétieux, châteaux nimbés de brume, rois glorieux et reines ardentes. Et les premières questions qui se posent sont celles-ci : Qui est le roi Arthur ? D'où vient-il ? Est-ce un personnage historique et si oui, quels documents nous renseignent à son sujet ? Ou est-ce simplement une création littéraire d'un auteur hors du commun ? La question s'impose d'autant plus que les textes nous apportent des éclairages très divers sur le personnage : " tantôt enfant débrouillard et prédestiné, tantôt guerrier solaire, tantôt roi faible et rejeté, tantôt homme fragile et sensible, tantôt vieillard héroïque affrontant la trahison, tantôt espoir de tout un peuple croyant à son retour glorieux ".



Il y a de quoi aborder le sujet avec une certaine perplexité. Mais Alban Gautier n'a pas été découragé par les milliers de titres qu'il a eu à consulter, puisque l'on sait que les ouvrages concernant ce héros et ses légendaires compagnons sont pléthore. Pour Arthur, la piste la plus identifiable fut celle de L'Histoire des rois de Bretagne, rédigée entre 1135 et 1138 par l'évêque Geoffroy de Monmouth. Cet Arturus, né à la fin du Ve siècle dans un château de Cornouailles, aurait été le fils du roi Uter Pentragon et d'Ingerna et pouvait s'honorer d'une ascendance prestigieuse : petit-fils et neveu de rois, il aurait même eu du sang de l'empereur romain Constantin. Devenu roi ( des Bretons) à quinze ans, il aurait épousé la princesse Guenhuuara et soumis les Saxons qui avaient envahi la Bretagne ( future Grande-Bretagne ), si bien que les souverains de Gaule, de Germanie, d'Irlande et de Sandinavie n'avaient pas tardé à le reconnaître comme leur suzerain. 



Mais, hélas ! tout cela est faux, archi-faux, car Geoffroy de Monmouth, qui a vécu six siècles après cet Arturus, n'a jamais écrit qu'un récit romancé, légendaire et enjolivé. Néanmoins, il n'a pas tout inventé et a eu recours à des textes attribués à Nennius  Historia Brittonum, composés vers 830 au pays de Galles par cet auteur qui avait lui-même utilisé des textes préexistants comme les Annales galloises, composition littéraire témoignant déjà de l'existence d'un personnage légendaire. Aussi, à la suite de ces révélations, trois hypothèses de travail sont-elles possibles : soit Arthur est un personnage complètement imaginaire appartenant au folklore des peuples britanniques ; soit il a existé mais les sources des Ve et VIe siècles le connaissent sous un autre nom ; soit encore,  ces sources ne le mentionnent que parce qu'elles ne voulaient pas le mettre en avant ?
La première hypothèse a la faveur de la plupart des chercheurs. La racine celtique semble indiquer qu'Arthur est une figure quasi mythologique, d'autant que le héros est à rapprocher d'un conte populaire qui se nomme "Jean de l'Ours", dont les racines plongent au plus profond de la culture indo-européenne*. Cela renvoie aux thèmes des "hommes-ours", dont Arthur serait une incarnation,  avatar de ces croyances immémoriales liées aux calendriers des astres et des saisons.* Et n'oublions pas que le nom d'Arthur est associé à  des lieux baignés de mystères, liés aux anciens cultes ou à des pratiques religieuses à peine christianisées.* Il peut également s'agir  d'un modèle de folklorisation qui aurait agrégé autour d'un personnage réel des motifs remontant à la nuit des temps.*



Enfin ultime possibilité : Arthur serait bel et bien un personnage historique que la légende se serait plu à idéaliser. C'est la raison pour laquelle Alban Gautier a souligné qu'il écrivait la possible biographie d'un possible Arthur.  Une chose reste certaine : ces récits n'en finissent pas de nous enchanter, "comme si le charme jeté par Merlin poursuivait son action au-delà des années".*

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

* Alban Gautier " Arthur " Ed. Ellipses

 

autres articles concernant le roi Arthur et la légende du Graal :

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ?

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande


  

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 07:53

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Certains pensent que l'avenir est écrit d'avance. Les mythes les plus anciens et les cosmogonies définissent la cause des phénomènes qui font que le monde est ce qu'il est. L'homme s'interroge depuis toujours sur le sens de la vie dans le souci de comprendre le monde et ses semblables. Cosmos signifie ordre. D'où vient cet ordre ? Cette harmonie ? Les choses y paraissent déterminées. Aussi, dès la Grèce antique, a-t-on émis l'idée que la création et le créé avaient un destin. Les héros étaient soumis à l'autorité des dieux et une déesse du destin faisait son apparition sous le nom de Moira.

 

Chez Homère, les sentiments les plus importants étaient inspirés par les dieux et non par les héros. L'origine de l'action se situait en-dehors de lui. Cette action n'était donc pas le fait d'une vertu humaine quelconque mais d'une grâce reçue de l'au-delà. Le poète lui-même n'était qu'un vecteur inspiré par les Muses. L'homme était donc soumis à l'influence des dieux si nombreux dans l'Olympe. Sa seule contribution libre était d'accepter ou de refuser le destin qui lui était proposé.

 

Chez Eschyle, l'idée de destin domine complètement son théâtre. Il croit en la justice divine. Plus nuancé apparaît Sophocle. Les hommes peuvent le refuser puisqu'ils disposent de leur libre arbitre. Euripide va plus loin encore en prenant ses distances avec les divinités. L'homme, qu'il décrit, organise sa vie, forge son destin, mais reste la proie de ses passions. Chaque héros devient ainsi l'image d'un désastre causé par la passion. Celui d'Euripide est possédé par ses vices et ses pulsions et commet ainsi des actes qui échappent à la raison. Médée, figure de la passion insensée, ne s'écrie-t-elle pas : Je sens le forfait que je vais oser commettre...

 

Les stoïciens croyaient eux aussi au destin. Ils avaient une vision circulaire du temps qui voit périodiquement revenir des phases de dépérissement et de re-création selon le mythe de l'éternel retour. Mais, d'après eux, l'art de la divination ouvrait des fenêtres sur une possible connaissance de l'avenir. Ils admettaient deux sortes d'interprétation : l'artificielle et la naturelle.
L'artificielle qui passait par les mages et supposait une lecture subjective, ce qui était la porte ouverte à de nombreuses erreurs, étant donné que les mages risquaient de se fourvoyer.
La naturelle, qui émanait de l'oracle en prise directe avec le divin par la transe, et que l'on considérait comme exempte d'erreur. Il y avait également le songe dont les dieux gratifiaient certains hommes, chargés ainsi d'un message prophétique.

 

Cicéron va s'élever contre ces thèses qui font fi de la raison. Si on nie l'existence du hasard, on ignore les propriétés de la matière, car il n'y a, nulle part, de déterminisme absolu, disait-il. Comment un homme en transe verrait-il mieux qu'un sage ? Et les interprétation pouvaient être multiples et erronées. Même chose pour les songes qui ne donnent que des visions approximatives. Pour lui, aucune force divine n'intervenait chez l'oracle et dans les rêves. Il lui semblait  indigne que le divin ait recours à de tels subterfuges et  s'exprime dans un langage quasi incompréhensible et sujet à caution.

 

La question demeurait : Y avait-il une liberté individuelle ? Certainement, répondaient les philosophes. Bien que je ne sois pas maître de mon existence, je suis responsable de mes jugements. En effet, si se rebeller contre les lois du monde est vain, ce qui dépend de moi doit être voulu, cherché, désiré ; ainsi suis-je maître de mes pensées. Et à la question suivante : Qu'est qui est à moi ?, la réponse ne peut être que celle-ci : l'usage de mes idées. Si je n'ai pas de pouvoir sur les choses, je peux les juger et en tirer les conséquences qui interviendront sur l'orientation de ma vie. Le principe de mes actions m'est personnel.  Ma volonté, même Zeus, disait un philosophe antique, ne peut pas la vaincre. Ainsi les choses n'ont-elles sur moi que le pouvoir que je veux bien leur accorder. Je peux être libre dans la servitude, car il m'est loisible alors d'accepter cette servitude, non par résignation mais parce que cet acquiescement dépend de mon bon vouloir. J'exerce ainsi pleinement ma liberté. Les stoïciens acceptent ainsi  avec le sourire les épreuves de l'existence. C'est le supporte et abstiens-toi d'Epictète. Vivre conformément à la nature est la seule attitude raisonnable, pensaient-ils. Le plus important venant de nous, de notre regard et de notre jugement sur les choses. Quant aux avatars, ils font partis de l'ordre du monde, tel qu'il est immergé dans le temps et conditionné par sa finitude. Fatalité ? Les stoïciens acceptent et veulent le monde tel qu'il est. Nous sommes d'autant plus libres, professaient-ils, si nous adhèrons à notre destinée et coopérons avec l'événement. En quelque sorte, si nous harmonisons  notre volonté à la volonté divine. Les épicuriens s'opposeront vivement à cette interprétation  et élaboreront une théorie à l'opposé de la leur.

 

Dans son traité de la nature, seul ouvrage que nous possédions de lui, le philosophe et physicien Epicure insiste sur le hasard et la nécessité, causes fondamentales. Il rejette l'idée de destin. Pour lui, la nature est composée d'atomes et de vide ( il reprend ici la thèse atomiste de Démocrite ). Mais il ajoute aux corpuscules, le concept de pesanteur. Les atomes doivent être déviés pour se rencontrer, d'où l'idée d'un mouvement spontané lié au principe de pesanteur. (Atomes crochus qui se rejoignent en s'articulant les uns aux autres et sont indivisibles) L'infini diversité du monde est le résultat de ces assemblages d'atomes dûs aux chocs, à leur pesanteur et à leur mobilité dans le vide. Au hasard des rencontres s'ajoute donc la nécessité de leur assemblement. De ce fait, le hasard suffit à rendre impossible un déterminisme absolu.

 

L'homme peut agir en tant que cause initiale et initiante. L'être humain comprenant les lois de la nature augmente sa liberté. Il y a bonheur si nous nous délivrons de la crainte des dieux, de la mort et de la fatalité. Pous accéder au repos de l'esprit, il est urgent de se libérer des croyances fausses sur les dieux et sur le plaisir et de nos opinions erronées sur la douleur. Si les dieux existent, pensait Epicure, ils ne s'occupent absolument pas de nous. Ils ont autre chose à faire. Selon lui, l'âme était elle aussi constituée de matière et ne pouvait en aucune façon prétendre à une quelconque éternité. La mort ne nous concerne pas, affirmait-il, car tant que nous existons la mort n'est pas là. Et quand vient la mort, nous n'existons plus. Pourquoi ? Parce que les atomes de l'âme s'éparpillent de tous côtés après le décès. Considérer les choses ainsi apporte la paix intérieure, une absence de trouble pour le corps et l'esprit. C'est une sorte de plaisir en repos, le seul souhaitable. Car le plaisir en mouvement engendre le manque et l'inquiétude. Epicure résumait sa philosophie ainsi :


Nous n'avons rien à craindre des dieux.
La mort ne mérite pas qu'on s'en inquiète.
Le bien est facile à atteindre.
Le terrifiant est facile à supporter.

 

Dans la Rome populaire du IIe siècle, le destin fatum est lié aussi à l'ordonnance des astres. Ce sont les femmes qui ont répandu cette croyance en l'astrologie par une propension à la superstition peut-être plus grande que chez les hommes. Elles se sont mises à consulter des astrologues, éloignant ainsi le peuple crédule de la religion. Selon Juvénal, poète latin de l'époque, rien ne va plus ; on est passé, en quelque sorte, des dieux intelligibles aux dieux inférieurs, cédant à l'astrolâtrie et aux prédictions des augures pour le plus grand malheur de la cité.

 

Le chrétien peut accepter le destin comme décret de la Providence Divine. Dieu est la cause première qui détermine les causes secondes dans le sens du bien et du meilleur. Dans la religion chrétienne, il y a un début ( Au commencement était...) et une fin : l'Apocalypse. Cette Histoire suit un ordre où se déploie la Providence, mais le sens réel est caché dans les profondeurs du divin, disait Leibniz. Dieu a orienté l'Histoire dans un sens ascendant. Eusèbe de Césarée, évêque et écrivain de langue grecque, a écrit une Histoire ecclésiastique qui traite des trois premiers siècles du christianisme. Il entend prouver que certains faits ( le martyr par exemple) étaient nécessaires. Bossuet, évêque de Meaux, a rédigé - quant à lui - un discours sur L'Histoire Universelle, qui  montre le rôle capital joué par Dieu au sein de la vie des hommes. Il éclaire ainsi le destin providentiel et atteste que l'injustice du sort n'est qu'apparente. Quant aux Jansénistes, le salut dépendait de la volonté et de la grâce de Dieu. Le mérite humain n'avait pas une grande part dans l'affaire. L'homme, corrompu par le péché, ne disposait plus des moyens nécessaires pour gagner seul son salut. Il restait un être déchu tant qu'il n'était pas touché par la grâce divine. Dieu choisissait ainsi ceux qu'Il voulait sauver.

 

Kant va s'élever contre cette sorte de prédestination qui ne concerne que certains êtres et non d'autres. Le concept d'une assurance surnaturelle lui apparaissait dangereuse. Chacun ne doit-il pas compter sur son libre arbitre, assurait-il. C'est à nous de nous montrer vertueux et d'user de notre volonté pour progresser.

 

Leibniz préférait une providence générale. Dieu se serait contenté de créer le monde sans pour autant s'investir dans les affaires humaines. Ainsi l'homme pouvai-il se considérer comme une créature libre. En offrant à l'homme la volonté, Dieu l'élevait au niveau de Cause. Il était la cause de son propre destin et détenait, de ce fait, une part de la Volonté Divine. C'est la raison qui justifiait l'idée qu'il avait été créé à son Image. Même le péché pouvait alors être considéré comme une preuve de sa liberté.

 

D'après Leibniz, il existe trois sortes de maux : métaphysique ( le mal ), moral ( le péché ), physique ( la douleur ). Ils sont la condition de biens inestimables et l'origine de bienfaits nombreux, dans la mesure où l'homme s'emploie à les dominer, à les surmonter. La Création divine est donc conforme à la perfection de son Créateur, le possible étant antérieur au réel. Par conséquent, deux choses peuvent être possibles sans être forcément compatibles, si bien que la perfection de Dieu se matérialise par le choix de la meilleure combinaison. Tout est agencé pour le mieux et il faut considérer l'ensemble de la Création pour juger de son admirable ordonnance. Le mal métaphysique s'explique parce que la Création ne peut être parfaite, elle doit être avant tout  compatible. La possibilité de faire le mal permet aussi de faire le bien. Sans le mal, le bien n'existerait pas, car nous n'aurions plus de moyen de comparaison et notre jugement ne pourrait s'exercer. Le mal apparent se résout par un plus grand bien apparent. La douleur est la conséquence d'un bien voilé pour le monde. Elle a une valeur salvatrice et fortifie la volonté, sans laquelle l'homme ne saurait et ne pourrait agir. Et, puisque le monde ne peut être sans cataclysmes, Dieu ne permet le mal qu'en tant qu'élément direct d'un bien supérieur.

 

L'idée de fatalité et de destin se retrouve dans la religion musulmane. Inch Allah ! ( si Dieu le veut ! ) Egalement dans le fatum populaire. Le cours des choses serait marqué par une fatalité absolue. Evénement prévu et donné qui va se produire, qu'on le veuille ou non. La volonté de l'homme n'ayant plus le moyen d'intervenir, l'événement fatal ne peut être évité. Ce fatalisme abolit l'avenir. L'histoire est écrite d'avance et l'homme n'est alors qu'un pion sur l'échiquier tragique. L'irrationnel recouvre tout et il n'y a plus de liberté possible. Le hasard est lié à la multitude des causes. Or les événements obéissent à une nécessité conditionnelle et le déterminisme est associé à des clauses initiales. Pas d'effet sans cause. Rien ne peut venir de rien. Telle ou telle cause produit tel ou tel effet. Idée reprise par des théologiens chrétiens.

 

Ce principe de causalité est à l'origine des Sciences. Le savant tente de dégager des lois de probabilité. Si les phénomènes étaient sans causes, il n'y aurait pas de science possible. Le hasard, dans tout cela, est tributaire de la multitude des causes. Si le monde est déterminé, il n'est pas pour autant prévisible. Les effets demeurent toujours incertains, car ce qui peut s'accomplir peut aussi être empêché. Descartes disait qu'on ne peut nier qu'une chose peut cesser d'être dans chaque moment de sa durée. Une action porte le caractère de l'aléatoire. Il y a de l'imprévisible dans notre réalité. Il n'y a que le passé pour en être dispensé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 08:30
La fraternité est-elle une utopie ?

 

Fraternité, un mot qui orne les frontons de nos édifices publics, l'un des plus beaux de notre vocabulaire, mais, à dire vrai, que recouvre-t-il, qu'en est-il de la fraternité de nos jours ? Est-elle véritablement pratiquée de par le monde et l'a-t-elle jamais été, parvient-elle à fédérer les peuples, à polir les moeurs, à unir les hommes, où n'est-elle, hélas ! qu'une belle utopie ? Poser la question, c'est déjà tenter d'y répondre, aussi je compte sur mon groupe fidèle de visiteurs pour reprendre la balle au bond et élargir le propos que je vais essayer d'initier de mon mieux.

 

 

Au commencement l'idée de fraternité était conjointe à l'idée de filiation. Nous étions frères parce que nous étions fils, les fils de Dieu. Pour la raison que nous étions les enfants d'une grande famille, une famille qui se déployait sur la terre, unie par un semblable destin, nous nous devions naturellement aide et secours. Le Père, qui avait donné la vie, était le ciment de cette fraternité universelle. Les hommes bénéficiaient tous du même don à l'origine : leur nature humaine et sa dimension spirituelle. De là, la force particulière que prenait dans la pensée chrétienne les notions de dignité humaine et d'égalité entre les hommes. Non qu'on ne puisse nier les inégalités circonstancielles, mais ce qui unissait alors les sociétés était la recherche d'un bien commun, ce qui signifiait qu'une cité, qu'un pays se composait d'organisations unifiées par une finalité identique, à la fois celle de chacun et celle de tous. " La cité est une communauté de semblables, et qui a pour fin la vie la meilleure possible " - écrivait déjà Aristote dans Politique ( VIII, 7 ).

 

 

Le Nouveau Testament n'allait faire qu'amplifier le sentiment de respect et de sollicitude qu'il nous était recommandé de vouer à autrui, cet être qui ne devait pas être considéré comme autre mais comme proche, un prochain que l'on avait le devoir d'aimer comme soi-même. La notion de fraternité n'était donc pas limitée à la fratrie familiale mais à la fratrie humaine dans son ensemble, c'est-à-dire à tous les autres, eu égard à leur ressemblance avec nous-mêmes. Nous n'étions plus seulement des semblables mais des proches. Ainsi la communauté humaine était-elle envisagée comme une communauté d'amour qui s'adressait, non plus à des individus, mais à des personnes.

 

 

Puis, les temps ont changé et, du communautaire, nous sommes passés, après la Révolution française, au collectif. Dieu était mort ou moribond, et les fils, n'ayant plus de Père, n'avaient plus de frères, mais des contemporains, des égaux, des semblables. La société des hommes était relayée par la société des citoyens. Cependant, contre toute attente, le mot de fraternité fut conservé, bien que celui de solidarité eût mieux convenu et semblait mieux adapté à cette idée neuve de communautarisme, ce qui laissait sous-entendre que la vie de la personne devait progressivement s'effacer derrière le collectif. Au lieu d'être tournées les unes vers les autres, les sociétés portaient leur regard vers l'oeuvre commune, au point que la communauté d'amour devenait une communauté d'intérêt qui s'adressait à des individus et était, par la force des choses, plus sélective. Nous verrons d'ailleurs apparaître et fructifier les associations, les cercles, les groupes, les corporations, les confréries.

 

 

Néanmoins, l'idée de fraternité ne disparaitra jamais pour trois raisons : d'abord parce qu'elle est en soi une aspiration profonde de chacun vers cet autre qui peut être, tout autant, le semblable que le différent, l'inconnu que le familier, le proche que le lointain ; ensuite, parce qu'elle est le lien qui relie ce que la vie tente de séparer et, enfin, parce que ce qui fonde la fraternité n'est, ni plus, ni moins, ce que l'on partage : la famille, la patrie, les souvenirs, le passé. Nous savons tous qu'un peuple disparaît lorsqu'il n'a plus de mémoire, qu'un être meurt quand il n'a plus de souvenir. Davantage que sur un avenir possible, la fraternité s'établit, se construit, s'érige sur un passé commun. C'est la traversée du temps qui noue les liens et les renforce. Cette fraternité-là existera quoiqu'il arrive dans le temps et hors du temps. Elle sera, tour à tour, une fraternité de douleur ou une fraternité d'espérance, ni tout à fait utopique, ni tout à fait réelle.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:27

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Le mot tolérance recèle une part d'ambiguïté dans la mesure où l'on peut se demander où commence la permissivité et où finit la tolérance. Tolérer, c'est fatalement accepter que l'autre soit autre dans sa différence morale et physique et s'interdire d'entraver sa liberté de penser et d'agir. C'est aussi reconnaître à chacun la faculté de vivre selon ses convictions propres qui ne sont pas obligatoirement les miennes. Cela suppose que la personne, qui se montre tolérante, fasse preuve, selon les circonstances, soit d'indulgence et de compréhension, soit n'obéisse qu'à son inclination à la passivité et à l'indifférence, d'où l'ambiguïté du mot qui se décline selon des modes variables. C'est la raison pour laquelle Karl Popper parle  du " paradoxe de la tolérance " et qu'André Comte-Sponville écrit qu' une tolérance infinie serait la fin de la tolérance. En effet, dois-je tolérer la violence, le fanatisme, l'exclusion, la misère d'autrui ? D'où la vigilance constante que nécessite ma propre tolérance, afin qu'elle reste tolérable et, qu'en l'exerçant, je fasse acte civilisateur ; une tolérance bien comprise devenant alors une véritable vertu à pratiquer quotidiennement. Sans oublier qu'il y a un seuil de tolérance à ne pas dépasser. 

Il est vrai aussi qu'il y a deux façons d'être tolérant comme il y a deux manières de fraterniser : celle qui est dictée par l'amour et celle qu'inspire l'intérêt ? L'une et l'autre n'ayant ni la même valeur, ni la même finalité. La tolérance par amour est une disposition du coeur à la clémence et à l'indulgence et une propension naturelle à pardonner. Cela sous-entend un véritable goût des autres, une vraie disposition à la bonté, à la compréhension sensible d'autrui. Mais on peut tolérer aussi par indifférence, c'est alors le laisser faire, le laisser agir de celui qui est détaché des êtres qui l'entourent. On peut, d'autre part, tolérer par politesse, ruse, calcul, mépris, voire lassitude. C'est le tout ou rien  de l'intolérant qui use d'une intolérance raide et abstraite dans les aléas d'une existence souple et impure. Aussi, pas d'autre moyen, pour sortir de cette conception de la tolérance, que d'avoir recours au respect, le respect que l'on doit à autrui et que l'on se doit à soi-même, en faisant un effort pour mieux comprendre, c'est-à-dire pour entrer dans une relation plus étroite qui s'apparente à l'ordre de la charité.

P
eu de mot plus dévalué que celui-ci en notre époque matérialiste où tout ce qui a une connotation spirituelle est entaché de suspicion. Et pourtant, charité se définit comme le principe du lien spirituel et moral qui pousse à aimer de manière désintéressée des hommes considérés comme des semblables, selon ce que Saint Paul a exprimé dans l'une de ses plus belles Epîtres :


" Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal, elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. La charité ne passera jamais".  ( I. Cor. XIII 1-8 )

Quelle plus belle leçon de tolérance ! Et puisque nous en sommes aux citations, considérons ce que d'autres sages ont écrit à ce sujet. Cela peut nous aider à affiner notre jugement et nous encourager à pratiquer dans la vie courante cette tolérance attentive et aimable, mais point faible et aveugle.

   

"Le partage ne divise pas. Au contraire, il rassemble ce qui a été séparé, divisé. On sort de soi-même pour aller vers les autres avec bienveillance, contentement et modestie. Retrouve cette humilité joyeuse, animé du désir de servir le monde. C'est toi-même que tu recevras en partage, ta réalité profonde, en accord avec la réalité harmonieuse de l'univers".     Dugpa Ripoché 

"Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes".  Heinrich Heine

 

"J'ai honte de nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangers".  Montaigne
                                                                                                                
"
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre".    Spinoza

 

"Le respect de la différence  - qu'elle soit de race, de croyance, de sexe ou d'ethnie - se fonde sur l'alliance de modestie et d'exigence que chacun doit appliquer à soi-même et aux autres".   Federico Mayor

 

"Il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer".     Thérèse d'Avila

 

"Abstenons-nous de tout courroux et gardons-nous de jeter des regards irrités. Et n'ayons nul ressentiment si les autres ne pensent pas comme nous. Car tous les hommes ont un coeur et chaque coeur a ses penchants. Ce qui est bien pour autrui est mal pour nous, et ce qui est bien pour nous est mal pour autrui. Nous ne sommes pas nécessairement des sages et les autres ne sont pas nécessairement des sots. Nous ne sommes tous que des hommes ordinaires".   Prince impérial Shôtoku - Japon An 604

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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