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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 07:42

Cimetiere_americain_de_Colleville-0bc55.jpg

 

 

Je ne connais personne qui puisse parcourir le cimetière de Colleville-sur-Mer sans être saisi d'une émotion irrépressible. L'alignement de ces milliers de croix blanches, sous lesquelles dorment des soldats dont la plupart avaient une vingtaine d'années et débarquaient ici, en ce 6 juin 1944, pour nous libérer de la tyrannie nazie, provoque un choc d'une force incroyable, car s'allie à la beauté admirable du site, à la simplicité de ces croix blanches, au silence de la mer proche, une puissance évocatrice d'une sobriété grandiose. Dans le dépouillement le plus absolu, le plus éloquent, tout est réuni pour exprimer l'immensité du sacrifice et rappeler de la façon la plus juste ce que fut cette page de notre histoire où, comme l'a si bien souligné le Président Obama lors de son discours en 2008, celle-ci avait rendez-vous avec la foi. Car il fallait de la foi à ces hommes pour quitter leur pays, venir se battre sur une terre étrangère et mettre au-dessus de leur simple quotidien les notions de sacrifice, d'honneur, d'abnégation. Aujourd'hui la plage d'Omaha la sanglante irradie d'une lumière opale entre les pins maritimes qui la séparent du cimetière. Des oiseaux s'y posent, des vétérans s'y recueillent, des promeneurs s'y attardent. Comment imaginer qu'il y a de cela 70 ans, elle était rouge de sang et encombrée d'innombrables cadavres et d'agonisants. C'est peut-être ce calme, cette lumière d'aquarelle qui touchent le plus, comme si les vies sacrifiées de ces jeunes combattants avaient permis d'engendrer cette douceur, ce parfum de miel qu'exhale la nature à cette saison. N'est-ce pas là le cadeau incommensurable qu'ils nous ont fait de nous offrir la grâce de vivre dans une paix apparente ? N'est-ce pas à la suite de ces événements que l'idée d'une Europe réconciliée a pris naissance, que des nations qui avaient un passé semblable, une même civilisation, ont enfin réalisé qu'il était préférable de s'unir afin de faire route ensemble pour le meilleur, plutôt que de céder à la division et, par voie de conséquence, au pire.


Prévu le 5 juin, le Débarquement fut repoussé à cause de conditions météorologiques mauvaises. Malgré ces incertitudes, Eisenhower décidait de profiter d’une courte accalmie météo le lendemain pour lancer l’opération. Le 5 juin au soir, à 20h15, fut diffusé la seconde partie de la fameuse strophe d’un poème de Verlaine : «  Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. » La nuit sera longue pour tous ces soldats en attente. La gigantesque armada s’ébranle progressivement alors que des commandos s’envolent vers les sites stratégiques que sont les ponts sur l’Orne ou la batterie de Merville, que d’intenses bombardements pilonnent les batteries côtières et que les 82e et 101e divisions aéroportées US sont larguées dans les zones périlleuses situées entre Utah et Ste-Mère-Eglise.


C’est à l’aube du 6 juin, vers 6h30, que s’engage l’assaut terrestre. Les troupes américaines débarquent sans trop de dommages à Utah grâce à une heureuse erreur de position qui les met hors de portée des batteries. Il en est autrement à Omaha, où elles doivent faire face aux tirs meurtriers des canons et des armes automatiques allemandes et que les vagues d’assaut sont coincées par la mer qui monte. Il faudra patienter jusqu’au début de l’après-midi, et cela au prix de lourdes pertes, pour que les survivants puissent sortir enfin de cet enfer. Non loin de là, les « Rangers » se sont emparés héroïquement de la redoutable pointe du Hoc qui ne recélait que des batteries fantômes, ouvrant les uns et les autres la voie aux troupes qui lentement s’achemineront jusqu’à Paris pour libérer la France au prix de combats longs et épuisants et du sacrifice de milliers de civils dont certaines des villes ne seront plus qu'un amas de décombres.


La Normandie n'a jamais oublié ce qu'elle devait aux alliés. Elle a pansé ses blessures, reconstruit ses villages, ses villes et ses routes, réappris le goût de vivre. Mais au fond d'elle-même, dans ce bocage si souriant, sur ces plages où il fait si bon marcher dans le repli de ses vagues qui, jadis, ont vu tant de noyés, elle continue à se vouloir une terre de mémoire, un lieu où l'histoire eut un jour rendez-vous avec l'héroïsme. 


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Omaha_Beach_2008_PD_41.JPG

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Alain 13/06/2014 13:46

Je reviens sur votre article que j'ai lu à plusieurs personnes, dont quelques-unes parlent, après les soixante dix ans passés, des difficultés insurmontables qu'elle rencontrent pour vivre, comme
tout un chacun. Demain je vais me rendre dans un petit village du Comminges. Je vous envoie le lien de La Dépêche si cela vous intéresse. J'essaierai de faire un
article sur ce village. Mais ce sera difficile. Bonne journée Armelle.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/13/1899832-le-massacre-dans-l-ombre-d-oradour.html

Marcel Lommier 08/06/2014 14:33

Simple et juste. les mots comptent dans ces occasions graves.

Alain 06/06/2014 21:26

Votre page est magnifique chère Armelle. Je pense à mon grand-père maternel. Mon HÉROS. Merci pour lui, pour tous les autres aussi.

Thérèse 08/06/2013 16:24

Très émouvant et la photo est sublime.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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