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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 10:08
La vie et l'oeuvre du compositeur Foltyn de Karel Capek

Comme j’aime le faire régulièrement, je suis revenu vers les classiques, surtout vers ceux que j’ai négligés, c’est donc avec grand plaisir que j’ai découvert cet auteur tchèque, Karel Capek, contemporain de Stefan Zweig avec lequel il a une certaine parenté littéraire et comme je place très haut le Viennois dans le monde des écrivains, Capek a aussi mon respect et ma considération.

 

 

La vie et l’œuvre du compositeur Foltyn

Karel Capek (1890 – 1948)

 

 

Ce qui frappe d’entrée dans ce roman, c’est la  parenté avec Stefan Zweig. Capek est né en 1890 en Bohème, Zweig en 1881 à Vienne, le premier est décédé en 1938 et le second s’est donné la mort en 1942, ils appartiennent donc à la même époque, à la même culture celle de la Mitteleuropa de la première moitié du XXe siècle. Pour moi, Capek n’a certes pas le talent de Zweig, que j’ai placé dans la plus haute sphère de mon panthéon littéraire, mais il m’est tout de même apparu comme un grand auteur, pas très éloigné de l’illustre Viennois tant par le fond que par la forme de ce texte.

 

Dans ce roman polyphonique, Capek raconte la vie d’un pauvre gamin praguois peu doué pour les études qui, pour exister et faire illusion, se prétend un grand artiste, pianiste de grand talent et compositeur de génie qui montrera un jour ce dont il est capable. Capek convoque donc des grands témoins, un ami de jeunesse, sa logeuse, sa femme … qui chacun, tour à tour, apporte un témoignage sur ce qu’il sait de la vie de ce personnage déroutant : flamboyant pour certains, beaucoup moins brillant pour d’autres. Et, pour compléter ce portrait et cette histoire, Capek donne la parole à ceux qui ont partagé l’aventure musicale du héros afin de nuancer le portrait dressé par ses proches qui ignorent presque tout de sa vie dans le domaine de l’art. Ainsi, témoignage après témoignage, apparaît un être frustré, peu fier de ses origines, qui cherche à se venger de son sort en devenant, quels que soient les moyens employés, un auteur connu, reconnu et adulé du monde musical.

 

Ce héros picaresque évoque, dans ma mémoire, un Henry Esmond ou un Julien Sorel, deux personnages romanesques du siècle précédent qui cherchent à transcender leurs origines pour devenir des personnages renommés, adulés, triomphants mais qui, hélas, échouent lamentablement dans leurs ambitions. Ainsi, en lisant ce roman, j’ai eu l’impression de baigner dans le romantisme qui imbibait la littérature européenne au XIXe siècle et plus spécialement celui de la Mitteleuropa.

 

Capek comme Zweig n’avait rien à attendre de bon du régime hitlérien ; lui n’a pas eu à le fuir, la mort l’a rattrapé avant les nazis, il n’a même pas pu achever son texte qui est paru, inachevé, à titre posthume. Ce roman n’évoque jamais le contexte politique, il est totalement imprégné par la définition de l’art, la façon de l’aborder, de le respecter, de le vénérer même et de le laisser s’exprimer sans jamais tricher, on ne peut pas produire ce que l’on ne porte pas en soi. La volonté de Capek semble plutôt s’orienter vers une définition de ce qu’est l’art, l’œuvre d’art, qu’on ne peut pas galvauder sous un quelconque prétexte. On pourrait peut-être penser qu’il vise ceux qui, trop rapidement, ont encensé le pouvoir conquérant à travers leurs œuvres mais le texte ne permet pas d’aller jusqu’à cette interprétation. On pourrait simplement dire qu’il stigmatise ceux qui veulent, à n’importe quel prix, exister aux yeux des autres grâce à un talent qu’ils n’ont pas, privilégiant les apparences aux qualités réelles.

 

On pourrait, en lisant cet extrait : « il savait haïr comme un authentique homme de lettres », supposer que l’auteur, en rédigeant son texte, pensait tout autant aux compositeurs qu’aux écrivains qui se prennent trop souvent pour les génies qu’il ne sont évidemment pas. Pour Capek, l’art est infiniment respectable, il est quasi d’origine divine, il demande le plus profond respect et une totale implication. « La plupart des artistes, comme la plupart des humains, se contentent de multiplier la matière à l’infini, au lieu de donner forme à la matière… » Sentant sa fin prochaine, l’auteur donne une véritable leçon d’art à ceux qui veulent composer ou écrire, c’est une forme de testament littéraire qu’il leur livre. Ses dernières lignes, ou presque, sont éloquentes : « … il fallait bien que je parle de Dieu et du diable, car n’allez surtout pas croire que l’art se situe en dehors du bien et du mal. » Ce que le compositeur Foltyn a peut-être cru un peu trop naïvement ?

Denis BILLAMBOZ

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:10
A un moment donné de Thierry Radière

Une nouvelle face du talent de Thierry Radière : la nouvelle qu’il utilise dans cette publication pour évoquer l’instant où tout peut basculer, où la vie prend une toute autre tournure, où elle peut même s’arrêter. Et, une nouvelle fois, Thierry excelle dans l’art d’écrire quelle que soit la forme choisie.

 

 

A un moment donné

   Thierry Radière (1963 - ….)

 

 

Un nouveau Radière, arrivé quelques jours après le Beaujolais nouveau, c’est toujours une aventure. Ces derniers mois, il y a déjà eu un « texte qui pourrait être le roman d’un professeur oubliant son aigreur professionnelle dans un amour un peu tardif, un essai sur le temps qui fuit, sur la mémoire et ce qu’elle représente et aussi un cours de lettre sur la compréhension et l’interprétation des beaux textes », un  « tout petit recueil de textes très courts ! Des images, des souvenirs qui se précipitent, des souvenirs des parents qui vieillissent, blanchissent, se tassent et finissent par abandonner sur terre les restes de leur corps usé. Une bouffée de souvenirs odorants… » - et un recueil de « poèmes de résilience, poèmes d’espoir, poèmes d’amour, poèmes pour oublier ». Pour cette énumération, sans vergogne aucune, je me suis cité moi-même en relisant mes derniers commentaires concernant les publications de Thierry Radière. C’est un peu prétentieux mais ça permet de ne pas s’emmêler les doigts sur le clavier de ce commentaire du dernier Radière, récemment publié, que je viens de refermer.

 

Cette fois le poète, essayiste, romancier a choisi la plume du nouvelliste pour livrer un recueil de six nouvelles qui racontent un moment de la vie où tout peut basculer, où le pire peut-être envisagé, où l’esprit et l’imagination fonctionnent à très haute fréquence pour chercher dans le passé ce qui pourrait permettre de comprendre ce qui est en train d’arriver et ce qui en découlera de façon peut-être inexorable, définitive, où, ce que l’on redoute, depuis la première angoisse, est en train d’arriver, de vous arriver. Qui n’a pas été saisi d’une panique irraisonnée en constatant qu’il a perdu ses enfants de vue et qu’il ne parvient pas à les situer ? Nous tous, lecteurs, avons connu cet instant où l’imagination en quelques fractions de secondes construit une multitude de scénarii tous pires les uns que les autres.

 

Le cycliste qui déboule d’on ne sait où et se retrouve brusquement sur le capot de votre voiture sans que vous n’ayez rien vu ni compris, l’accident tant redouté est brutalement arrivé, le cycliste est mort, le chauffeur devient chauffard, tout un monde s’écroule… mais peut-être que le cycliste n’est pas mort …

 

Les enfants qui, malgré l’interdiction parentale, s’aventurent trop loin de la plage, la sœur qui ne peut pas revenir vers la rive, le frère qui se sent coupable jusqu’au plus profond de lui et qui fait l’autruche, tétanisé par une panique paralysante…

L’enfant qui ne comprend pas ce qui arrive, qui regarde en l’air et qui brusquement se retrouve au fond du trou où il pourrait disparaître à jamais…

 

L’enfant qui n’a pas le droit de regarder la télé mais qui comprend bien le film que ses parents regardent en entendant la bande son et en construisant le reste avec son imagination, puisant au plus profond de ses souvenirs pour essayer de construire ce passage qui le conduira de sa prime enfance à son statut d’adulte en devenir.

 

La maman qui ne peut pas dire le nom de la boisson qu’elle préfère, le premier trou de mémoire, l’affolement en pensant au premier signe, au tout premier symptôme d’une maladie tellement redoutée.

 

Le narrateur et l’adolescent coincés dans un ascenseur en panne qui paniquent chacun à leur façon, envisageant le pire et essayant de l’oublier.

 

Six situations que Thierry Radière analyse finement, six situations où tout change, peut changer, pourrait changer, six instants potentiellement définitifs, six instants qui compteront à jamais dans la personnalité de ceux qui les vivent, dans cette personnalité qui se construira ainsi jusqu’à ce que, « à un moment donné » l’événement définitif se produise réellement pour mettre un terme à ce qui fut leur existence, leur vie. Le nouvelliste a utilisé les armes de l’essayiste pour tenter de comprendre ces instants décisifs qui condensent l’essentiel d’une vie ou, peut-être, que l’essayiste a déguisé son propos sous forme de nouvelles plus accessibles aux lecteurs qui ont vécu l’une ou l’autre de ces situations. Je ne sais, à chacun sa lecture !

 

Pour moi, ce recueil s’insère parfaitement dans l’oeuvre Thierry Radière, depuis un certain temps au moins, depuis qu'il a écrit qu’« à la fin », « à un moment donné », « il faudra bien du temps », il faudra bien prendre un bout de temps, « quand on a(ura) compris que l’existence allait être un combat à mener seul contre le monde », pour envisager ce qu’est la vie, comment elle se construit et comment elle s’achève.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:48
Un serpent à Alemdag de Sait Faik Abasiyanik

Au moment où la Turquie s’agitent, j’ai lu ce recueil de nouvelles publié il y a déjà bien longtemps juste avant la mort de l’auteur décédé prématurément. Un hommage à la ville d’Istambul et au petit peuple qui en anime les rues.

 

 

 

Un serpent à Alemdag

    Sait Faik Abasiyanik (1906 – 1954)

 

 

Sait Faik Abasiyanik est surtout connu pour ses nouvelles dont ce recueil publié l’année de sa mort en 1954, à l’âge de quarante-huit ans. Dans ces textes, selon le préfacier, le grand écrivain Nedim Gürsel lui-même, « Sait Faik… est au sommet de son art », « …tel le peintre qui, sur ses dernières toiles, ne s’embarrasse plus guère des contours mais fait primer la couleur, le mouvement et le rythme, Sait Faik déploie son petit monde de perdants… dans un carrousel grinçant et fascinant.

 

J’ai lu ces nouvelles souvent très réalistes, parfois un peu fantastiques, par moment métaphoriques, présentées comme un bel exercice littéraire et principalement comme un hommage à la ville d’Istanbul et au petit peuple de ses rues. « J’adore les noms de quartiers d’Istanbul.  Certains sont si beaux. Même s’ils sont faux et mensongers, il suffit de les évoquer, aussitôt votre imagination se déclenche, des souvenirs de provenances différentes s’agglomèrent, un film se déroule dans l’obscurité de votre cerveau. »  A priori, il ne semble pas y avoir un réel fil rouge entre les textes rassemblés dans ce recueil mais, en avançant dans la lecture, on sent bien cet amour de l’auteur pour cette ville, pour les pauvres bougres qui animent les rues, souvent victimes des aléas de la vie ou plus simplement des puissants. Nombre de ces histoires inventées par Sait Faik se déroulent dans la rue ou dans les tavernes où l’auteur semble aimer séjourner, là où le petit peuple stambouliote, fort composite des années cinquante, se débat en butte à la normalisation kémaliste.

 

C’est toute la vie grouillante d’Istanbul qui se déploie dans les pages de ce recueil et comme dans le quartier de Dolapdéré, « On croise aussi l’odeur des côtes d’agneau et la faim, le raki, l’amour, la passion, le bien et le mal incarnés », ce qui fait la richesse et le malheur de la ville et donne cette saveur si particulière aux textes de Sait Faik. L’auteur est mort trop jeune mais on sent qu’il a déjà accumulé beaucoup de sagesse et de scepticisme devant les réformes en cours. Il n’omet pas de stigmatiser la paresse, les effets pervers des fortunes trop vite acquises, les spéculations tendancieuses, les violences gratuites, … rappelant avec nostalgie la tolérance d’autrefois, suggérant l’amitié, la simplicité et les valeurs morales qui permettaient une vie en bonne intelligence.

 

Et lui, comme beaucoup de malheureux errant sur les boulevards, « Tous avec leur sort et eux-mêmes sur le dos. Seuls, seuls. Même quand ils dorment avec une femme, seuls », il se sent seul,  très seul, se rappelant le bon vieux temps de la vie en famille. « Plus je vois mon ancien ami, plus je pense à la solidité de certains liens familiaux… » Au final un recueil littéraire à lire avec attention, un tableau animé de la ville d’Istambul, une leçon de morale à peine masquée, un certain désespoir nostalgique et aussi un petit coup de griffe pour ceux qui détenaient le pouvoir à cette époque.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un serpent à Alemdag de Sait Faik Abasiyanik
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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 07:48
Narayama de Schichiro  Fukazawa
Narayama de Schichiro  Fukazawa

Au moment où le Festival de Cannes décerne sa célèbre Palme d’Or, je voudrais vous proposer la lecture de la célèbre nouvelle de Schichirô Fukazawa à l’origine du plus célèbre encore film de Shohei Imamura : "La Ballade de Nartayama " qui a obtenu la fameuse palme en 1983.

 

 

Etude à propos des chansons de Narayama

Schichirô Fukazawa (1914 – 1987)

 

 

« Narayama », rien qu’en voyant ce seul mot en guise de titre sur un ouvrage poussiéreux lors d’une vente de livres d’occasion, ma mémoire s’est mise en éveil et j’ai pensé à ce film japonais racontant l’histoire du voyage dans la montagne accompli par des vieux pour fuir la vie. Ce film avait eu un grand succès, il y a bien longtemps, quand j’étais encore jeune. J’ai donc lu ce livre écrit par Shichirô Fukazawa, un écrivain japonais qui connut un succès mondial avec cette nouvelle portée au cinéma pour le plus grand bonheur de ses auteurs et des spectateurs. Fukazawa est un cas un peu particulier dans la littérature nippone, ce n’est pas un intellectuel, il est né dans une province très pauvre au cœur du Japon. Une région tellement pauvre que la plus grande préoccupation de ses habitants est la répartition de la nourriture, elle fournit d’ailleurs la trame de cette nouvelle. L’auteur est un homme du terroir, attaché à sa terre et à ses habitants, il écrit plus avec son cœur qu’avec son esprit, son texte est peut-être un peu simple mais il est tellement émouvant.

 

Dans une famille où vivent la grand-mère et son fils veuf avec ses enfants, l’aïeule sait bien qu’un jour il faudra qu’elle laisse sa place, quand son fils trouvera une nouvelle épouse pour le seconder. Dans le  "village d’en face", un accident laisse une veuve qui fera tout à fait l’affaire, elle vient donc vivre à la maison mais le petit-fils décide lui aussi de prendre pour femme la fille qu’il a engrossée, la grand-mère comprend alors que le moment est venu pour elle d’accomplir le pèlerinage de Narayama, la plus haute montagne de la région, le dieu tutélaire des villages alentours.  L’hiver sera rude et il y a trop de bouches à nourrir dans la maison.

 

Ce texte est tiré de vieux contes et de légendes de la région natale de l’auteur qui présente même la partition de la fameuse Ballade de Narayama en fin de cet ouvrage. Il s’appuie particulièrement sur un conte très connu au Japon dont l’auteur cite de nombreux extraits tout au long de son récit. Ces textes ancestraux appartiennent à la tradition orale qui perpétue les us et coutumes locaux depuis des siècles, la région étant pauvre et isolée, l’écriture n’est devenue qu’assez tardivement le moyen de communication commun à tous. Lors des fêtes, la forme orale permet à chacun d’ajouter un couplet personnel à une chanson pour décrire, narguer, glorifier un personnage ou pour simplement perpétuer un événement remarquable. Ainsi, l’auteur a tenu, à plusieurs occasions, à préciser que le fameux pèlerinage de Narayama n’avait aucun fondement culturel, cultuel, social ou autre, que ce n’était probablement que l’héritage d’un pamphlet oral datant de siècles anciens.

 

Il reste néanmoins qu’après le succès mondial de cette nouvelle et celui du film qui en a été tirée, la Ballade de Narayama est devenue un mythe mondial et que Fukazawa restera à tout jamais comme l’un des grands maîtres de la littérature nippone.

 

 

" A la montagne de derrière irons-nous abandonner la vieille

Mais de derrière même un crabe reviendrais en rampant. "

 

Denis BILLAMBOZ

 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 07:31
Les pauvres parents de Ludmila Oulitskaïa

Une auteure dont j’aime beaucoup l’écriture et en qui je vois une candidate très sérieuse pour le Prix Nobel de littérature. J’espère que l’Académie suédoise partage mon avis et que, comme moi, vous succomberez aux charmes de la plume de Ludmila.

 

 

Les pauvres parents

    Ludmila Oulitskaïa (1943 - ….)

 

 

Il y a presque vingt ans, j’ai laissé Ludmila Oulitskaïa avec « Sonietchka », enchanté de ma lecture et aujourd’hui je la retrouve dans ce recueil de neuf nouvelles avec la même écriture limpide, élégante, emplie de tendresse et de douceur, très élaborée, dans des textes empathiques qui emportent le lecteur aussi bien par la satisfaction artistique que par les sentiments. Ces textes d’une grande qualité littéraire lui ont déjà valu de belles récompenses et pourraient lui apporter, dans les années à venir, le prix suprême décerné aux écrivains.

 

Dans ces nouvelles, elle se démarque des nombreux auteurs russes que j’ai pu lire, elle ne geint pas, ne se révolte pas contre le régime, n’accuse pas les potentats locaux, elle se contente d’observer avec un regard acéré, de décrire avec beaucoup de talent, d’analyser avec finesse, pour raconter la vie des gens qui ont tous des problèmes souvent liés à la conjoncture et au contexte politique et social du pays comme le manque de place qui est un ennui fort et récurent dans toutes ses nouvelles.  Elle met en scène des personnages qui n’appartiennent pas aux classes dirigeantes, souvent des gens pauvres et même parfois très pauvres, toujours des gens que le régime apprécie peu, beaucoup de juifs, quelques orthodoxes pratiquants, des gens venus des républiques périphériques, des personnes ayant des parents émigrés, tout un petit peuple méprisé, résigné, mais toujours d’une grande dignité. Des personnages qui lui permettent de décrire en toile de fond à ses histoires très complexes où pointe un reliquat du romantisme slave du XIXe siècle, la Russie de la deuxième moitié du XXe siècle, la Russie issue de la deuxième guerre mondiale. Pour bien comprendre, il faut  rechercher, lire entre les lignes  du texte tout ce que doivent supporter ces pauvres parents empêtrés dans des situations souvent inextricables qui ne facilitent pas la résolution de leurs problèmes personnels déjà bien compliqués.

 

L’auteure essaie  de nous faire comprendre comment dans de telles situations ses héroïnes, il n’y a pas de héros, il n’y a que des héroïnes dans ce recueil, se débattent pour conserver leur dignité et mener une vie encore convenable malgré  les contraintes qu’elles ont à affronter. On rencontre dans ce recueil une petite pauvresse qui ne sort jamais de son cagibi mais accouche quatre foi dès l’âge de 14 ans ; une jeune mère d’une fille mongolienne qui apprend qu’il ne lui reste pas plus de six ans à vivre et qui organise alors la vie future de sa petite handicapée ; une femme qui tape chaque mois sa cousine pour donner le fruit de sa quête à une plus pauvre qu’elle ; un enfant surdoué né trop tard et parti trop tôt ; une maman qui devient folle quand elle découvre que sa fille couche avec son amant… Des histoires inextricables qui se déroulent dans un contexte de fortes contraintes, des histoires slaves, des histoires réalistes, jamais larmoyantes, des histoires où la résilience et l’espoir gardent toujours une place, comme pour laisser penser qu’il y a une issue possible à toutes les situations qu’elles soient personnelles ou sociales.

 

L’éditeur la considère comme une héritière de Tchékhov, je ne connais pas suffisamment cet auteur pour émettre un avis à ce sujet, je me contente de croire que Ludmila Oulitskaïa est une grande plume de la Russie d’aujourd’hui, qu’elle fait honneur à ses célèbres prédécesseurs et qu’elle restera probablement comme une auteure de référence dans les lettres russes de notre époque.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ludmila Oulitskaïa

Ludmila Oulitskaïa

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 10:21
Fable d'amour d'Antonio Moresco

Une fable pour raconter l’amour entre la belle et la bête, une fable surtout pour montrer que le monde des vivants et le monde des morts sont vraiment très proches l’un de l’autre et que les hommes ont toujours beaucoup de difficultés pour se comprendre.

 

Fable d’amour

Antonio Moresco (1947 - ….)

 

Fable d’amour est un roman d’amour écrit comme une fable, une fable des temps contemporains : un crapaud/clochard, à la limite entre le règne animal et le règne végétal, est un  jour réveillé par une princesse/pin up qui le conduit chez elle pour le récurer à fond et l’habiller décemment. Sortant de sa gangue de crasse, débarrassé de ses hôtes indésirables, le vieil homme émerge peu à peu de sa léthargie végétale pour rejoindre le genre humain. Arrivé à ce stade, il tombe follement amoureux de la belle qui a tout fait pour le séduire, mais le mirage ne dure pas longtemps, conquise par un bellâtre, la belle éconduit le pauvre ère qui retourne à son trottoir, à ses cartons, au froid, à l’humidité, à la nourriture tirée des poubelles. Faisant alors son autocritique, il ne comprend pas comment il a pu se laisser embrouiller, lui qui a déjà quitté ce monde abject une première fois.

 

Alertée par le pigeon, sorte d’Esprit Saint qui veille sur le sort du clochard, la belle comprend la folie et la méchanceté de son geste et part à la recherche de son amoureux éconduit qu’elle retrouve au pays des morts car, comme dans toutes les fables, rien n'est impossible. Antonio Moresco a choisi la fable car elle permet d’étendre le désormais trop célèbre champ des possibles, rappelant « que l’impossible  et l’inattendu peuvent encore faire irruption dans le possible et dans la vie. »

 

L’auteur, dans une note placée en postface, précise qu’il a écrit ce texte très rapidement alors qu’il était occupé à la rédaction d’un ouvrage fleuve. Il a laissé libre court à son imagination pour raconter une histoire d’amour, comme il en existe dans de nombreuses fables, en adaptant les personnages à notre époque où les miséreux sont de plus en plus nombreux sur les trottoirs et où il serait bon que les plus nantis se penchent un peu plus souvent sur eux. Dans ce sens, ce texte est une leçon de morale pour les plus avantagés, une réaction contre l’injustice qui frappe les démunis et une invitation à manifester de la compassion envers ces gueux des temps modernes.

 

C’est, par ailleurs, un message d’espoir car il faut toujours croire que l’improbable est encore possible, que le Capitole est toujours aussi près de la Roche tarpéienne, que l’on peut passer du royaume des riches à celui des pauvres et vice versa. « Il est tout aussi facile de passer de la vie à la mort que de la mort à la vie, même si les vivants ne le savent pas. Même s’ils ne savent pas que le monde des vivants est empli de morts : ils ne peuvent pas le savoir parce qu’ils sont morts. » Les vivants de la fable peuvent être les riches et les pauvres chez les morts. Une réflexion sur la vie et la mort, la richesse et la pauvreté et sur la minceur de la cloison qui sépare ces divers états.

 

Antonio Moresco laisse aussi percer une certaine lassitude à voir ses contemporains se débattre comme des diables pour simplement s’aimer les uns les autres. « Que c’est dur toute cette douleur des vivants et aussi des morts, tous ces gens qui se cherchent et ne se trouvent pas. Que c’est dur tout cet amour impossible… » En effet, le monde marcherait mieux si les amours contrariées devenaient possibles.

Denis BILLAMBOZ

 

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Fable d'amour d'Antonio Moresco
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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 10:01
Ma vie palpitante de KIM Ae-ran

Encore une perle dégotée dans le foisonnement de la littérature coréenne, une histoire émouvante, l’histoire d’un gamin atteint de la maladie qui fait vieillir trop vite. Pathétique mais jamais larmoyant.

 

 

Ma vie palpitante

    Kim Ae-ran (1980 - ….

 

)

« Mes parents avaient seize ans quand ils m’ont eu.

J’ai eu seize ans cette année.

Je ne sais si je vivrai jusqu’à mes dix-huit ans ».

 

Dès les trois premières lignes du prologue, l’histoire est racontée et pourtant l’auteure a beaucoup de choses à dire sur ce sujet qui effraie tellement qu’on n’ose généralement pas le traiter : la maladie qui fait vieillir trop vite. Le gamin, qui raconte cette histoire terrifiante, n’a que seize ans mais il en parait quatre-vingt avec toutes les conséquences accompagnant habituellement la vieillesse : la maladie, le handicap, la faiblesse, la fragilité, le déclin des sens…

 

C’est donc Aerum qui conte l’histoire de ses parents, leur rencontre alors qu’ils sont très jeunes, la grossesse qui en découle, la décision de garder l’enfant, sa naissance, la découverte de la maladie, l’acceptation, la douleur, le découragement, l’accompagnement… L’enfant explique aussi sa maladie, vue de l’intérieur, avec ce qu’il doit subir sans jamais gémir ni larmoyer, seulement en attrapant des mots pour les mettre dans la perspective de ce qu’il subit, cela avant qu’il ne soit trop tard car le temps coule vite dans le sablier de sa vie. Dans ce contexte extrêmement douloureux, l’auteure met beaucoup de douceur, beaucoup de délicatesse, de  poésie, mais pas de révolte, pas de violence, pas de désespoir, seulement du courage et de la résignation. Elle observe que : « Face à la maladie, les gens réagissent souvent par le déni, la colère ou la tristesse ».

 

En plaçant le récit dans la bouche du malade, l’auteure peut lui faire dire que la maladie ne le dispense pas de vivre et de vivre chaque jour avec intensité, que la vie est un cadeau qu’il faut d’autant plus apprécier qu’on risque de n’en disposer que peu de temps. L’enfant ne regrette qu’une seule chose : ne pas être comme les autres. « Je voulais vraiment devenir aussi lamentable qu’eux, commettre les mêmes erreurs, nourrir les mêmes fantasmes. J’espérais leur ressembler ». Elle nous offre aussi un regard distancié sur la famille, le passage à l’âge adulte qui préoccupe beaucoup l’enfant, l’amour conjugal, l’amour filial, la procréation, le respect de la vie, l’acceptation du sort et la mort et son approche.

 

Cette étrange maladie est aussi l’occasion de poser le problème de l’âge qui n’est pas seulement lié au temps qui passe mais aussi à la façon dont nous effaçons le temps qui nous est dévolu. Aerum parait bien vite plus vieux que le père qui a fécondé sa mère et le vieux Jang, le voisin préféré de l’enfant, semble lui aussi plus vieux que son père et pourtant, il ne souffre d’aucune maladie.

 

Ceux qui souffrent, vivent la maladie dans leur chair mais ils la vivent aussi dans le regard et le comportement de ceux qui les entourent. Aerum cherche à faire comprendre à ses parents que sa maladie ne saurait en rien être le résultat de leur relation adultérine alors qu’ils étaient encore trop jeunes pour s’adonner à de telles pratiques. Un acte de résilience fort qui plane au-dessus de ce récit où les tensions sont toujours contenues même quand elles sont très violentes. L’enfant ne demande qu’une chose : « Je ne veux pas de sa pitié, j’ai ma fierté ».

 

Cet ouvrage est aussi l’occasion de mettre en cause la société actuelle fondée sur des innovations technologiques et des moeurs souvent virtuelles : la télé-réalité, les réseaux sociaux, Internet, les jeux vidéo … qui n’apportent souvent que complication et inconvénients supplémentaires, ils ne remplaceront jamais les livres et les rêves qui nourrissent, ni l’amour et l’amitié, les meilleurs remèdes contre la maladie et les meilleurs compagnons à l’approche de la mort.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ma vie palpitante de KIM Ae-ran
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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 07:01
Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Voici la nouvelle rubrique que nous propose notre ami de longue date : Denis BILLAMBOZ. Grand lecteur devant l'éternel, Denis nous a déjà offert pendant deux années un tour du monde littéraire de grande qualité, nous menant à travers les livres choisis dans un formidable voyage au royaume des mots. Aujourd'hui, il va nous livrer ses coups de coeur, ses moments d'enthousiasme, les romans qui ont marqué tout particulièrement sa mémoire. Il a voulu ouvrir cette rubrique sur mon dernier né "Le jardin d'incertitude" auquel il a trouvé des qualité, ce qui m'honore. D'autres coups de coeur suivront chaque lundi, Denis aimant d'un vrai amour les écrivains et les poètes. Alors accompagnons-le dans cette équipée qui ouvre ce matin sa première page.

 

 

Le jardin d'incertitude de Armelle Barguillet Hauteloire

Léo Ferré, le poète vagabond  

Irène,Nestor et la vérité de Catherine Ysmal

Le sang et la mer de Gary Victor

Cortés et son double de Christian Duverger

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Les couleurs de l'hirondelle de Marius Daniel Popescu

Mourir est un art comme tout le reste de Oriane Jeancourt Galignani

A l'exemple de mon père de Uwe Timm

L'accordeur de silences de Mia Couto

Le renard était déjà le chasseur de Herta Müller

La compagnie des Tripolitaines de Kamal Ben Hameda

Adieu ma mère, adieu mon coeur de Jules Roy

Hammerstein ou l'intransigeance de Hans Magnus Enzensberger

Dans la grande nuit des temps de Antonio Munoz Molina

Les immortelles de Makenzy Orcel

Un après-midi dans le désert de Mustapha Tlili

Les feux de Shohei Ooka

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas Vinau

Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

Muette de Eric Pessan

Le son de ma voix de Ron Butlin

Ici ou nulle part de Rocio Duran Barba

Rue des voleurs de Mathias Enard

Volt de Alan Heatcock

"Du domaine des murmures" de Carole Martinez

un domaine au Cap-Vert de Henrique Teixiera de Sousa 

"S'inventer un autre jour" de Anne Bert

Retour à Salem d'Hélène Grimaud

Folie de Ivan Vladislavic

Un bon musulman de Tahmima Anam

L'hom Wazo de Dora Wadrawane

Christie Malry règle ses comptes de Brian Stanley Johnson

Souvenirs d'un enfant des rues de Mansour El Souwaim

Kyôto de Yasunari Kawabata

Le grand absent de Laurent Graff

La petite de Michèle Halberstadt

La carte du monde invisible de Tash Aw

Le général Della Rovere de Indro Montanelli

Monsieur le commandant de Romain Slocombe

Le colonel et l'appât 455 de Fariba Hachtroudi

Les mouettes de Sandor Marai

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

L'amant imaginaire de Taos Amrouche

Poèmes du Temps de Isidore Hiro

La belle amour humaine de Lyonel Trouillot

Le triomphe de la mort de Patrick Weiller

Les fées penchées de Véronique Janzyk

Deux nouvelles de Alberto Barrera Tyszka

Un garçon singulier de Philippe Grimbert

Mon doux amour de Raoul Mille

Comme un karatéka belge qui fait du cinéma de J.C. Lalumière

Faillir être flingué de Céline Minard

Ana Marija ne m'aimait pas de Lijljana Durovic

La preuve par le miel de Salwa Al Neimi

Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

Le maître bonsaï de Antoine Buéno

Coeurs multicolores de Eduard von Keyserling

Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît

Tirza de Ali Abassi

"ICI" de Christine Van Acker

Les hommes forts de Georges Magnane

La mauvaise pente de Chris Womersley

Le vicomte pourfendu de Italo Calvino

Le verrou de Laetitia Kermel

Un privé à bas bilan d'Eric DEJAEGER

Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre

De Goupil à Margot de Louis Pergaud

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet

Les aphorismes selon André STAS

La cloche de détresse de Sylvia Plath

L'automne des incompris de Hugo Ehrhard

 

L'audience de Oriane Joncourt Galignani

Matin perdu de Vergilio Ferreira

Willenbrock de Christoph Hein

"14" de JEAN ECHENOZ

Pereira prétend de Antonio Tabucchi

Première neige sur le Mont Fugi de Yasunari Kawabata

J'ai eu des nuits ridicules d'Anna ROZEN

Cannibales de Mahi Binebine

Les trois lumières de Claire Keegan

L'ironie du sort de Didier da Sylva

Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

Un petit nuage de James Joyce

Le trône d'Adoulis de Glen W. Bowersock

L'echappée de Valentine Gobi

Le cuisinier de Talleyrand de J.Christophe Duchon-Duris

Nue de Jean-Philippe Toussaint

Tristano meurt d'Antonio Tabucchi

La claire fontaine de David Bosc

Un certain sourire de Françoise Sagan

Le dynamiteur de Robert Louis Stevenson

Tu seras un raté, mon fils de Frédéric Ferney

Le démon avance toujours en ligne droite d'Eric Pessan

De l'influence du lancer de minibars sur l'engagement humanitaire de Marc Salbert

Création d'Antonia Susan Byatt

Histoire de la Grande Maison de Charif Majdalani

Une seconde vie de Dermot Bolger

Moi et toi de Nicolo Ammaniti

Du côté de Canaan de Sebastian Barry

Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

La mer, le matin de Margaret Mazzantini

Leon et Louise d'Alex Capus

La folie que c'est d'écrire d'Alexandra Bitouzet

Annabel de Kathleen Winter

La soudure d'Alain Guyard

L'important, c'est la sauce de Michel Thauvoye

Au nom de Sa Majesté de Laurent Graff

Autrefois le rivage de Paul Yoon

Parabole du failli de Lyonel Trouillot

Le génocide arménien de Michel Marian

Huit quartiers de roture de Henri Calet

La fraternité des atomes de Gauthier Hiernaux

Ma mémoire assassine de Kim Young-ha

Des jours en trop de Hassan Daoud

Elek Bacsik, un homme dans la nuit de Balval Ekel

Une pièce montée de Blandine Le Callet

22h22 de Denis Daniels

Prisonniers du ciel de James Lee Burke

Deux d'un coup de Liviu Rebreanu

L'accordéon de la mer et autres formes de Kim Myong-in

Les affligés de Chris Womersley

Mijn vater is groot de Dominique Watrin

Figurante de Dominique Pascaud

Petits plats de résistance de Pascale Pujol

Kokoro de Delphine Roux

L'envie de Iouri Olécha

Le Livre du thé de Kakuzo Okakura

La porte rouge de Valentine Goby

Histoire de Milad de Rafik Schami

A l'enseigne des coeur épris de Jean-François Pigeat

Le p'tit cheval de retour de Michel Audiard

Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic

Ce qui reste de Rachid O.

Fuir de Jean-Philippe Toussaint

Le bunker de Balval Ekel

Dictionnaire de trois fois rien de Marc-Emile Thinez

Ozu de Marce Pautrel

Kinderzimmer de Valentine Goby

Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque

Confidences et solitudes de plus en plus courtes de Thierry Radière

L'équation du nénuphar de Pascale Petit

La mort et la belle vie de Richard Hugo

L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

L'or de Blaise Cendrars

Tant et tant de chevaux de Luiz Ruffato

Le dieu du tourment de Hugo Ehrhard

Un peu plus bas vers la terre de Renaud Cerqueux

Après l'orage de Selva Almada

Le bunker - premier témoignage - de Thierry Radière

Nosaka aime les chats de Akiyuki Nosaka

Mon amour pour la vie en moi de Gérard Sendrey

La pluie ébahie de Mia Couto

Animots de Jean Jacques Marimbert

Le Bateau-usine de Kobayashi  Takiji

Fausse route de Pierre Mérindol

Il est minuit Monsieur K de Patrice Franceschi

Les demeurées de Jeanne Benameur

Les effrois de la glace et des ténèbres de Christoph Ransmayr

La dénonciation de Bandi

Toujours plus à l'Est de Benjamin Pelletier

Toutes les choses de notre vie de Hwang Sok-Yong

L'amour en super 8 de Chefdeville

Le bouffon de la montagne de Christophe Bigot

Bestiolerie potagère de Louis Bubost

Jardin de printemps de Shibasaki Tomoka

Les lièvres de jade d'Eric Allard et Denys-Louis Colaux

Allons z'enfants d'Yves Gibeau

Sympa de Alain Schifres

La concessions française de Xiao Bai

Call-Boy de Ira Ishida

Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Tête dure de Francesco Pittau

Bleu de travail de Thomas Vinau

Les enfants du grand jardin de Carine-Laure Desguin

Adriana de Théodora Dimova

Copies de Thierry Radière

Un ours qui danse de Vincent Jolit

Métamorphose d'un crabe de Sylvie Dazy

La semaine des martyrs de Gilles Sebhan

Comment apprendre à s'aimer de Motoya Yukiko

Bonneville de Laurent Saulnier

Le jardin Arc-en-Ciel de Ito Ogawa

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki

Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy

Le petit oeuvre poétique de Claude Louis-Combet

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de Imre Kertész

La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney

Soudain j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami

L'argent de Charles Péguy

Narayama de Schichiro Fukazawa

 

 

 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:02
La petite gamberge de Robert Giraud

Une balade truculente dans le Paris de l’après-guerre avec une petite bande de malfrats pas très doués, un retour dans une littérature démodée mais toujours aussi jouissive.

 

 

La petite gamberge

Robert Giraud (1921 – 1997)

 

Encore un ouvrage tiré du cimetière des livres oubliés par le Dilettante, encore une balade dans les rues de la capitale, une croisière dans les rades de la Rive Gauche à la Bastille, de la Moufte à la Rambute, un livre comme je les affectionne, une verve qui rappelle Blondin, Audiard, Fallet et quelques autres encore, un roman de Robert Giraud publié en 1961. L’histoire d’une bande de petits truands aux maigres ambitions, trop émotifs pour supporter l’alcool que ses membres ingurgitent, le venin qui glisse dans la mécanique de leur amitié, le grain de sable qui va remettre en cause leur belle assurance et leur avenir insouciant.

 

Comme l’écrit le préfacier, Olivier Bailly soi-même, biographe de l’auteur : « La Petite Gamberge est un éloge de l’errance. Bob (pseudonyme de Robert Giraud) peint ses personnages avec tendresse. Il les regarde évoluer, échouer lamentablement dans leur entreprise. Mais, il ne les juge jamais ». « Pour une équipe, c’était une belle équipe. Oui, de première, cinq bons gorilles, tous bien potes, qui s’occupaient ensemble et ne se quittaient jamais. Dans le milieu ils n’étaient que de vulgaires voleurs de lapins, mais parmi leur entourage à eux, ils étaient quelqu’un ». Un roman qui commence comme ça, je ne peux pas le lâcher facilement, j’ai envie de savoir qui sont ces petits malfrats et comment ils vont se prendre les pieds dans le tapis des combines mal ficelées.

 

A la Vieille Treille, rue Mouffetard, autour de la table qui leur était réservée dès la fin de la matinée, il y avait là Bouboule, le boss, celui qui dégotait et combinait les bons coups, ceux qui devaient les rendre riches à jamais ; le Manchot qui n’avait pas perdu son bras à la guerre comme il le racontait mais qui savait causer aux serrures les plus récalcitrantes ; Roger-perd-son-froc, toujours fagoté comme l’as de pique avec le bénard en berne ; la Douleur avec son air miséreux et pleurnichard mais aussi avec sa camionnette si précieuse pour le transport des marchandises ; enfin Pierrot la Tenaille, le petit jeunot, celui par qui la poisse a dégouliné sur la bande.

 

Bouboule a monté le plus beau coup de la bande, tout a fonctionné comme prévu, La Douleur a planqué la marchandise nul ne sait où, la petite bande festoie et attend le moment opportun pour liquider les trophées. Mais, les poulets pistent Roger, personne ne croit au hasard, les soupçons naissent, épaississent, se focalisent, accouchent d’une certitude, le drame se noue, la tragédie est jouée.

 

Giraud a écrit l’histoire de l’une de ces petites bandes de truands qui hantaient les bistrots de certains quartiers parisiens, des pauvres gars issus de la guerre sans y avoir brillé, les poches vides, à la marge, pas encore à la cloche, mais pas très éloignés tout de même. Cette classe sociale haute en couleur, forte en gueule, qui a fait le bonheur de quelques écrivains et de certains metteurs en scène.

 

Comme Modiano, « Le Dilettante » prend plaisir à balader ses lecteurs dans les vieux quartiers de Paris, dans ses bouges et ses rades, dans les pas des gens simples et souvent démunis, dans des textes de Mérindol, Calet et autres... Bouboule aurait pu croiser Monsieur Jadis entre le Bar Bac et la Vieille Treille et Robert Giraud a certainement partagé un gorgeon, et même plusieurs, avec Antoine Blondin et sa bande d’assoiffés.

Denis Billamboz

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 08:14
L'argent de Charles Péguy

Personne n’a oublié Péguy romancier et Péguy poète, mais bien peu doivent se souvenir que cet auteur majeur a été aussi un essayiste qu’on devrait peut-être relire en cette période d’élection sur fond de crise économique.

 

 

                                         L’argent

Charles Péguy (1873 – 1914)

 

Les différentes crises, qui ne sont que les épisodes d’une même et profonde dépression qui affecte l’économie mondiale depuis la fin des Trente Glorieuses, ramènent cet essai de Charles Péguy sur l’argent au cœur de l’actualité. Ce texte publié en 1913, juste avant le conflit mondial qui sera fatal à son auteur, nous rappelle que cet affrontement est aussi l’aboutissement d’une grande effervescence sociale et économique. Il serait donc profitable de méditer ce que Péguy pensait à cette époque avant de se projeter dans un avenir bien incertain.

 

En essayant de comprendre les arguments de Péguy, j’ai eu l’impression de me retrouver dans certains cours d’histoire, juste après 68, où des professeurs très politisés essayaient de faire entrer les idées, les événements, les mouvements de pensée,… dans des grilles de lecture prédéfinies permettant de justifier leur propre engagement politique. J’ai eu ainsi la nette impression que l’auteur se servait de sa propre expérience, de son vécu, pour construire une théorie pouvant servir de fondation à une action politique capable de sortir le monde de la situation dans laquelle il était englué en 1913.

 

La théorie de Péguy est audacieuse, elle cherche à combiner les forces et les idéaux des deux institutions les plus puissantes du pays : les hussards noirs de la République et l’Eglise, deux institutions idéologiquement opposées mais, d’après Péguy, complémentaires dans leur mission. Je n’oserai aucun jugement sur cette théorie, je me contenterai de constater ce que l’auteur a écrit et chacun, après la lecture de cet essai, pourra se faire sa propre opinion. Nombreux sont ceux qui ont cherché à comprendre Péguy mais chacun a eu un avis différent, ce que le préfacier explique dans une note : « on a tourné sur tous les modes autour de l’insaisissable Péguy, nationaliste, libertaire, catholique, socialiste, anticlérical, dreyfusard, réactionnaire… »

 

Dans cet essai, Péguy fait l’apologie d’un temps où le travail n’était pas une vulgaire marchandise, où il était souvent un art, où il n’avait pas encore connu les transformations liées au productivisme et à la rentabilité. Lui-même a connu l’artisanat dans sa famille et le travail qu’il prétend noble. « Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être ». Il présente le travail comme un mode de vie, le travail pour le travail, pour le travail bien fait, pour l’honneur, pas pour l’argent ou un quelconque avantage.

 

Mais les temps ont changé et les valeurs ont été bouleversées. "Le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans". Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe  s’est fortement renforcée : la bourgeoisie a pris le pouvoir, tous les pouvoirs. « C’est parce que la bourgeoisie s’est mise à exercer un chantage perpétuel sur le travail de l’homme que nous vivons sous ce régime de coups de bourse et de chantage perpétuel que sont notamment les grèves ». Et il enfonce fermement le clou : "Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple".

 

Péguy rêve de ce temps où « On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. » « On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heureux ». Ce temps où l’argent était seulement le fruit du travail, l’argent nécessaire à la vie en société mais pas le maître du monde. « L’argent est plus honorable que le gouvernement, car on ne peut pas vivre sans argent, et on peut très bien vivre sans exercer un gouvernement. L’argent n’est point déshonorant, quand il est le salaire, et la rémunération et la paye, par conséquent quand il est le traitement. Quand il est pauvrement gagné. Il n’est déshonorant que quand il est l’argent des gens du monde. »

 

Il conviendrait donc de revenir vers ce temps où l’argent n’avait pas, selon l’auteur, encore pourri le monde. Ce temps où les hussards noirs de la République se contentaient d’enseigner ce qu’il leur rappelle vertement : " Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à compter. Ce n’est pas seulement très utile. Ce n’est pas seulement très honorable. C’est la base de tout " - estimant que, depuis un certain temps, ils auraient failli à leur mission essentielle pour s’intéresser davantage à la politique et au syndicalisme.

 

Le modernisme, sous l’impulsion de la bourgeoisie, aurait perverti la société. « Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence. Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect ». Il conviendrait donc de revenir à des valeurs ancestrales pour oublier les turpitudes crées par l’argent trop facile. La figure emblématique de cette perversion est Jaurès qui l’accuse de tous les maux, notamment de celui de la capitulation sous toutes ses formes. Péguy, fils d’artisan pauvre, pur produit de l’Ecole Normale, pense que le travail à la mode artisanale, l’enseignement intègre et honnête sans pollution politique, le retour aux valeurs traditionnelles pourraient sauver le pays. C’est sa vision, même si elle n’est pas forcément très judicieuse, très pertinente, ni totalement empreinte de justice et d’égalité, chacun jugera et appréciera. En attendant, Louise Bottu a eu diablement raison de nous rappeler que Péguy n’était pas qu’un poète un peu oublié.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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