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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 08:48
La position de schuss de Loris Bardi

Il est né à Besançon où je réside depuis mon entrée à la faculté, il écrit et moi je lis et éventuellement commente mes lectures. J’ai aimé ce premier roman qui évoque la vie factice de la bourgeoisie enrichie de New-York qui connait, comme tout le monde, le problème de l’approche de la vieillesse et les angoisses qu’elle génère.

 

 

                                La position de schuss

Loris Bardi (1975 - ….)

 

 

« Lui nous parla de l’articulation des âges de la vie et des intervalles qu’il considérait être les étapes transitoires fondamentales pour passer d’un état de vie à un autre. Pour lui, tout se situait dans ces intervalles, dans le balancement des cycles ». Lui, un artiste chinois explique à Thomas le chirurgien orthopédiste ce qu’est pour lui une articulation. Thomas, chirurgien orthopédiste des stars newyorkaises, connait parfaitement les articulations du squelette humain mais sa vie s’articule mal autour de la cinquantaine, qu’il a dépassée depuis un certain temps, en ne subissant que des désagréments.

 

Il connait notamment un véritable dilemme avec son éthylisme croissant qui contrarie de plus en plus son brillant parcours chirurgical, mais sur lequel il compte pour démarrer la carrière littéraire dont il rêve. La cinquantaine passée, son travail commence à le lasser malgré la gloire et la notoriété, sans compter l’aisance financière qu’il lui procure. Il croit fermement que tous les grands auteurs étaient des alcooliques invétérés qui ne trouvaient leur inspiration et leur audace que dans l’alcool ; il aurait pu ajouter la drogue sans pour autant que cela soit avéré.  Depuis son divorce, il est de plus en plus seul, son équipe le lâche peu à peu pour ne pas être un jour obligée d’assumer une erreur médicale qu’il pourrait commettre sous l’emprise de l’alcool. Sa solitude s’épaissit, il croit de moins en moins en lui et tend à se laisser aller. Et pourtant d’autres croiraient encore en lui s’il se reprenait.

 

Ce texte d’un jeune compatriote bisontin raconte une histoire new-yorkaise, du New-York des quartier chics, de la frime, de la renommée, de l’image qu’il faut toujours afficher, de la notoriété qu’il faut soigneusement entretenir, des erreurs qu’il ne faut pas commettre, des relations qu’il faut bien choisir, tout un ensemble de règles sociales qu’il est impératif de respecter si on ne veut pas se faire éjecter vers des cercles moins huppés et pour tenter de rester à la pointe de la pyramide sociale.

 

C’est aussi le problème de la cinquantaine que de nombreuses personnes redoutent, le moment où les couples s’usent après avoir élevé leurs enfants, où les corps commencent à fatiguer, où il faut faire de plus en plus d’efforts pour plaire et séduire, le moment où il faut accepter de ne plus être ce qu’on a été mais aussi de croire en ce qu’on est encore et en ce qu’on peut encore réaliser.

 

Dans ce texte d’une écriture soignée, empli de mots savants, Loris Bardi démontre sa connaissance de New-York, de la vie qu’y mènent ses habitants, notamment ceux qui résident dans les quartiers les plus prisés, de la médecine de pointe, du monde de l’art, mais aussi de toute la puérilité qui se dégage du mode de vie, des us et coutumes et des règles sociales de cette société qui ne sait pas toujours comment dépenser l’argent qu’elle gagne trop facilement, sa fortune n’étant le plus souvent que la mère de son ennui et de ses déboires.


Denis BILLAMBOZ


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Loris Bardi

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 08:46
Le ciel sous nos pas de Leïla Bahsaïn

Leïla fait partie de cette génération à cheval sur deux cultures et confrontée aux interdits de l’une et de l’autre. Dans ce texte, elle dénonce ceux qui profitent de cette situation et prouvent qu’avec un peu d’opiniâtreté, un minimum d’instruction et beaucoup de courage, il est possible de trouver sa place dans les deux sociétés.

 

 

Le ciel sous nos pas

Leïla Bahsaïn (1982 - ….)

 

 

Cette histoire, inspirée peut-être de celle de l’auteure, raconte la vie qu’une jeune fille marocaine a menée entre la Place de la Dame Libre, où elle résidait dans une ville du nord du Maroc, et la cité des Petits Nègres où, après le décès de sa mère, elle échoit  auprès de sa sœur dans la région parisienne. La vie entre la liberté que sa mère célibataire revendiquait malgré les contraintes sociales et religieuses imposées par la société marocaine, et la vie dans la discrimination qu’elle a découverte à Paris, dont elle avait longtemps rêvé et qu’elle considérait comme le « nombril du monde ».

 

L’auteure raconte sa mère, femme libre, trafiquante, éducatrice sévère, intraitable sur l’instruction et sa sœur très vite mariée avec un jeune homme de l’émigration qui l’emmène de l’autre côté de la Petite Mer. Elle était bonne fille et bonne élève mais n’était pas très obéissante, elle se permettait des libertés que la mère n’aurait jamais acceptées. La mort, de cette dernière, l’oblige à rejoindre sa sœur qui réside dans un quartier populaire. Elle découvre alors la vie dans les cités parisiennes ou de la proche banlieue, sans se laisser intimider, toujours aussi déterminée et décidée à s’en sortir grâce aux  études. Il lui faut alors conjuguer les règles du quartier, de la communauté et de la société avec ces fichus hormones que les filles doivent maîtriser mais que les hommes peuvent laisser déborder. Elle croit cependant en la liberté même si « la liberté ne se vend pas sur un rayon de supermarché non plus. La liberté se gagne et se paye à la sueur du corps ».

 

Cette histoire, en partie autobiographique, décrit une société où la politique et la religion sont étroitement mêlées sans jamais  pouvoir définir leurs territoires et compétences respectifs. D’autant plus que la société de consommation à outrance, qui sévit au Maroc comme ailleurs, perturbe encore plus les mœurs et les coutumes. Cette confusion, les expatriés et les migrants l’ont transportée dans les cités où ils ont été entassés sans autres formes d’intégration. C’est l’histoire de la débrouille, du fort contre le faible, mais aussi celle de l’intégration par l’instruction et la culture et, hélas, aussi celle de la manipulation des faibles et des incultes par les extrémistes. Triste sort des pays et des cités où « On vous sert une éducation dépouillée de toute culture, … ! On vous enfonce dans le culte de la consommation et on vous enferme dans une pensée prête à porter ».

 

Leïla rédige son texte avec verve, gouaille, humour, dérision, évoquant le langage imagé, vif, rapide des cités, les formules fulgurantes fusent à longueur de pages, mais elle les enrobe dans une belle culture littéraire, elle connait ses classiques, elle connait la langue et ses formules de style, j’ai remarqué quelques allitérations et zeugmes fort bien venus. Leïla ne fait aucune concession, elle dit ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ce qu’elle pense, la réalité de la situation que les émigrés connaissent aujourd’hui. Elle ne cherche pas à défendre l’un ou l’autre, elle dénonce  ce qui ne marche pas, elle réfute  les faux semblants et hypocrisies d’où qu’ils viennent. Elle n’évoque qu’une croyance, celle en l’instruction qu’elle dévoile en évoquant son investissement pour l’alphabétisation des femmes dans son pays natal. « Chaque écrivain est un poète qui livre une vérité du monde. Le mot écrit n’a rien à voir avec le mot dit. Le mot dit est volatil, il bascule vite dans la grande consommation et le fast-food ».


Denis BILLAMBOZ


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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 08:48
Debussy pour toujours de Zoran Belacevic

En Serbie, le français est enseigné dès l’école primaire comme une langue obligatoire. Zora Belacevic a pu ainsi acquérir une belle culture française et, comme il aime la musique et surtout Debussy, il lui a consacré cet ouvrage qui évoque surtout celle qui fut son plus grand amour.

 

                              Debussy pour toujours

                                   Zoran Belacevic

 

Gabrielle Dupont, Gaby aux yeux verts pour le demi-monde parisien, a déjà soixante-dix-huit ans, elle vit à Orbec non loin de sa maison natale de Lisieux où elle est née quelques années avant Sainte Thérèse. Il ne naît pas que des saintes à Lisieux. Gaby se souvient quand elle avait vingt-cinq ans, qu’elle était belle, jeune, dynamique, débordante d’énergie, ambitieuse, prête à tout pour réussir à Paris. Réussir selon elle, qui n’avait aucune fortune, pas plus de culture et d’instruction, consistait à s’attacher un amant fidèle et fortuné qui pouvait lui procurer le train de vie digne d’une grande dame. Une entremetteuse lui a trouvé par chance un comte peu séduisant mais suffisamment riche pour qu’elle lui soutire de quoi se montrer à son avantage dans les soirées parisiennes. Mais un jour elle faillit à sa règle fondamentale en tombant amoureuse d’un compositeur parfaitement inconnu qui vivait misérablement dans une mansarde.

 

Ce compositeur, encore inconnu, n’était autre que Claude Debussy, qui travaillait sur ses premières compositions, vivant de quelques expédients : cours de piano, copies de partition, etc… Entre les deux jeunes gens, un amour charnel se noue, ils n’ont rien en commun, elle est pratique et pragmatique, il est rêveur et intuitif. Elle l’abandonne mais, à chaque fois, revient auprès de lui vivre de nouvelles galères, de nouvelles querelles, nourrir de nouvelles rancœurs : « Cependant, même dans les périodes les plus obscures, le sexe ne les abandonne pas. Il représente leur salut, leur opium, l’aimant qui les maintient ensemble ». Malgré de nombreux sacrifices et moult efforts, Gaby ne parviendra jamais à concilier son besoin charnel de son amant avec ses besoins matériels, son envie de paraître, son goût de luxe et de confort. Lui, « Pauvre Claude, il n’aura jamais d’argent. Il vivra toute sa vie dans les nuages. Pour lui, la musique aura toujours la première place ».

 

En filigrane de cette passion tumultueuse, tapageuse, parfois violente, remplie de conflits et de réconciliations sous la couette, qui durera presque une dizaine d’années, Debussy composera une bonne partie de ses œuvres maitresses à un rythme si lent qu’il désespérait ceux qui croyaient en son génie alors qu'il croupissait dans la misère. Peut-être que la belle aux yeux verts l’a inspiré pour certaines œuvres, la mélodie du Prélude à l’après-midi d’un faune lui serait venue brusquement lors d’un déjeuner sur l’herbe avec Gaby.

 

Zoran Belacevic, dans son avant-propos, rappelle que le français est, en Serbie, une des trois langues obligatoires à l’école primaire et que, par conséquent, la culture française y est très présente, d’ailleurs de nombreux artistes comme Debussy y sont  très connus. Lui-même a eu envie d’écrire ces pages de la vie du compositeur après avoir écouté et aimé ses œuvres mais surtout après avoir découvert cette intrigue amoureuse hors du commun. Elle était forte, déterminée, têtue ;  il était plutôt bon bougre et peu rancunier ;  ils aimaient les étreintes charnelles passionnées, ils avaient tout pour écrire une histoire d’amour explosive que Zoran a bien vite saisie. L’amour charnel peut-être dévastateur quand il rencontre des forces contraires mais il n’a jamais pu porter atteinte au talent de Debussy et à la qualité de son œuvre.


Denis BILLAMBOZ


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Claude Debussy

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 09:20
La république du bonheur de Ito Ogawa

Celles et ceux qui ont lu « La papeterie Tsubaki » auront le grand plaisir de suivre les pérégrinations d’Hatoko et de celles et ceux qui l’accompagnent dans ces nouvelles aventures que narre Ito Ogawa. Les autres les découvriront avec tout autant de plaisir et avec, en plus, l’envie de lire l’ouvrage précédent.

 

 

La république du bonheur

Ito Ogawa (1973 - ….)

 

 

Hatoko, Poppo pour ses amis, a repris, comme nous le savons depuis le précédent ouvrage, les activités de la librairie Tsubaki, notamment celle d’écrivain public. Dans ce nouvel opus, elle raconte sa nouvelle vie. Elle a épousé Mitsurô, le tenancier du café et père de Haru, une fillette de sept ans qui a été admise à l’école le jour où les deux amis se sont mariés. Elle veut avec son mari fonder une vraie famille, elle a bien adopté la fillette qui en retour l’aime beaucoup mais la nouvelle famille n’est pas encore réunie, les époux vivent dans les locaux attenant à leur commerce respectif, ne partageant le logis que lors des week-ends. Mais Hatoko a une idée, un local commercial proche de sa papeterie pourrait être transformé en café et Mitsurô pourrait partager son logement. La famille est une valeur fondamentale, développée dans ce texte au point que l’héroïne n’envisage une nouvelle grossesse que lorsqu’elle sera considérée comme la mère d’Haru, et que sa mère physiologique, hélas disparue, fera partie intégrante de la famille. La famille recomposée est possible mais il faut qu’elle intègre tous les membres dans la même affection.

 

Toute la détermination et la tendresse qu’elle consacre à la construction d’une vraie famille japonaise fidèle à la tradition, elle les transcrit aussi dans les courriers qu’elle rédige pour le compte d’autrui. L’activité d’écrivain public est celle qu’elle préfère et celle qui lui apporte les plus belles satisfactions même si, parfois, elle doit faire face à des situations cocasses, compliquées et même plutôt incongrues. La préparation de ces missives lui donne l’occasion de pénétrer au plus profond de l’âme des commanditaires et, ainsi, de mieux comprendre les gens et leur manière de se comporter en couple ou en groupe.

 

Ce nouvel ouvrage est une autre leçon d’écriture. A travers son écrivain public, Ito Ogawa rappelle combien le choix des mots, la façon de les assembler, le ton de la phrase, la mise en forme du texte et même le choix de l’encre et du papier sont importants pour que  le livre ne soit pas seulement un assemblage de mots mais un véritable message transportant aussi des sentiments, des émotions et même, en certaines circonstances, de la contrariété, mais jamais de la colère ou de la rancune. Ito Ogawa décrit une société où les citoyens se comportent sagement, sans rancœur, seulement avec  une bouffée d’amertume ou d’aigreur. Pour elle le monde est harmonie, chacun doit être à sa place et respecter les autres. Ses personnages vivent aussi en harmonie avec le temps qui passe, sans courir après les honneurs, la fortune et le prestige.

 

Elle accepte la nouveauté, les innovations, mais dans le sens où ils contribuent à améliorer la vie. Elle tient surtout à conserver les traditions qui ont fait leurs preuves et sont toujours garantes d’une vie stable, sereine et paisible. « Parce que la vie, ce n’est pas une question de longueur, mais de qualité. Il ne s’agit pas de comparer avec le voisin pour savoir si on est heureux ou malheureux, mais d’avoir conscience de son propre bonheur ».


Denis BILLAMBOZ


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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 07:53
L'Ecclésiaste

«Vanité, vanité, tout n’est que vanité». Cette maxime des millions de fois répétée, mille fois écrite, inusable, inoxydable, introduit L’Ecclésiaste, ce court texte inséré dans la Bible hébraïque dans le Ketouvim, parmi les « Cinq rouleaux », entre les Lamentations et le Livre d’Esther. La Bible est composée de textes différents rassemblés dans un même livre dont il existe plusieurs versions. A la lecture de « L’Ecclésiaste » on pourrait penser que ce texte avait pu être rédigé par le roi Salomon lui-même, « Moi, l’Ecclésiaste, qui fut roi d’Israël dans Jérusalem, je résolus de rechercher et d’examiner tout ce qui se passe sous le soleil… », mais le contenu et la forme ont orienté les exégètes vers d’autres hypothèses dont aucune, à ce jour, n’a pu être validée. L’Ecclésiaste reste donc un texte pseudépigraphe, attribué à un auteur dont le nom ne correspond vraisemblablement pas à son identité réelle.

 

L’Ecclésiaste, selon les datations, aurait été rédigé entre le IIIème et le Ier siècle avant notre ère. L’édition proposée par Louise Bottu Editions correspond à la traduction de Lemaistre de Sacy revue et corrigée par le préfacier  Frédéric Schiffter. Dans cette préface, il fait une lecture de L’Ecclésiaste en parallèle avec certains textes de Spinoza que je n’ai pas lus, je ne peux donc apporter aucune remarque à cette préface. Je pourrais seulement souligner que le préfacier a, chez ce même éditeur, publié « Le voluptueux inquiet », une réponse à « La lettre sur le bonheur » d’Epicure. On remarque donc qu’Epicure, le pseudo Ménécée et l’auteur de l’Ecclésiaste partagent une certaine vision de la vie sur terre.

 

L’Ecclésiaste estime que dans la vie tout est vanité, vanité au sens puérilité, futilité, vanité. «  J’ai trouvé que tout était vanité, à commencer par les actions des hommes qui ne sont que brassage d’air ». Tout au long de son texte, il répète que tout est vanité, l’argent, le pouvoir, les richesses matérielles. Le riche comme le pauvre décédera un jour. Même les efforts sont inutiles car les fruits, qu’ils porteront,  ne seront qu’éphémères. Le laborieux, le besogneux  ne seront pas récompensés de leurs efforts et n’auront pas une  meilleure fin que le fainéant et le profiteur. « On enterre le sage comme le fou ».

 

Selon L’Ecclésiaste, la vie ne serait qu’acceptation, résilience, mesure, sagesse. Il conviendrait, d’accepter le temps, et ce qu’il contient, comme il vient. L’auteur récuse les philosophes et les scientifiques qui ne peuvent en rien améliorer la vie sur terre. « J’ai constaté que même la philosophie n’épargnait pas l’accablement et, même, que la science accroissait la peine . (…)  Ne vaut-il pas mieux pour tout un chacun se contenter de manger, de boire  et de se satisfaire, mais seul, du fruit de ses travaux ? ».

 

La fatalité a accablé l’homme quand il est apparu sur terre. « Le seul péché dont les humains se rendent coupables génération après génération est celui de naître et leur châtiment celui de vivre ensemble ». L’homme ne changera  jamais son destin car tout a déjà été écrit et tout le sera à nouveau, le changement n’existe pas. « Pourtant ce qui s’est produit autrefois se produira à l’avenir, ce qui fut sera de nouveau ».

 

Ce qui m’étonne le plus dans ce court passage, ce sont la misanthropie et la misogynie affichées par l’auteur, même si on peut penser qu’autre temps autres mœurs.  « Entre mille hommes on en peut trouver un estimable ; mais, parmi toutes les femmes, pas une seule ». Et pourtant la femme est bien nécessaire à l’homme pour qu’il vive en harmonie avec les préceptes énoncés par l’auteur : « Voilà pourquoi il nous faut jouir de la vie passagère avec la femme que nous aimons, pendant tous les jours de notre vie passagère ».

 

J’ai trouvé dans ce texte des principes qui pourraient avoir été empruntés aux Epicuriens et mélangés avec d’autres puisés chez les Stoïciens, impression personnelle peut-être, mais ce qui est sûr c’est que ce texte semble bien peu religieux, il est surtout moral, conseillant de profiter de la vie en toute modération. « Profitons du bonheur quand il se présente et préparons-nous au malheur» car « Le seul bonheur que Dieu donne aux hommes sous le soleil, et dont ils doivent se contenter de la naissance à la mort, consiste à manger, boire, se réjouir, se reposer ». Certains trouveront que c’est peu mais c’est déjà beaucoup quand on considère toutes les calamités qui ont affligé, affligent encore, et affligeront  toujours, l’humanité.

« La tragédie des hommes est que le monde n’est pas fait pour eux et qu’il n’y en a pas d’autre… »


Denis BILLAMBOZ


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L'Ecclésiaste

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 08:27
Les hibiscus sont toujours en fleurs de Monique Bernier

Monique Bernier, se trouvant au Rwanda au début du génocide, écrit l’histoire d’une fillette, qui pourrait être elle, et évoque le pèlerinage qu’elle y a fait pour essayer de saisir ce qui s’était réellement passé quand elle était trop petite pour comprendre.

 

 

Les hibiscus sont toujours en fleurs

Monique Bernier

 

 

En 1994, Charlotte a 10 ans, elle est la fille de l’Ambassadeur de Belgique au Rwanda au moment où le massacre des Tutsis commence. Vite rapatriée en Europe, elle n’a presque rien vu, elle n’est au courant de rien, ses parents ne se sont jamais occupés d’elle et  ont toujours refusé de répondre à ses questions. Elle a été élevée par Nounou, la domestique qui s’occupait des tâches ménagère à la résidence de l’ambassadeur. Vingt ans après, son mari tyrannique l’ayant abandonnée, ses parents ayant émigré au Brésil, elle décide, contre l’avis de tous, de partir seule au Rwanda pour savoir ce que sont devenus Nounou et son fils Daniel qui jouait souvent avec elle et comprendre ce qui s’est réellement passé afin de s'expliquer la raison  du refus qu’elle rencontre dès qu’elle pose des questions au sujet des massacres.

 

Avec l’aide d’un chauffeur de taxi particulièrement complaisant, elle découvre peu à peu ce que fut ce massacre, ce qu’est devenu le Rwanda et surtout ce que sont devenus ceux qu’elle a aimés. Elle mesure l’immensité et l’atrocité de la violence, qui s’est abattue sur ce pays aux apparences si paisibles, en visitant l’ossuaire de Murambi où les corps pétrifiés « hurlent l’horreur », ce lieu mémoriel que Boris Boubacar Diop a mis en scène dans son roman : « Murambi, le livre des ossements ». Elle tente de comprendre aussi  comment une telle violence a pu se déchaîner sous le regard complaisant des Européens et  essaie d’identifier les coupables, mais elle est bien obligée d’admettre que le massacre rwandais ne se peint en pas en noir et blanc, qu’il y a de nombreuses nuances de gris à prendre en compte.

 

L’auteure croit également qu’elle peut être classée parmi les responsables, chargée de la culpabilité de sa famille, et  comprend que, parmi les bourreaux d’hier, certains sont peut-être aujourd’hui d’autres victimes. « Victimes et bourreaux sont indissociables, pour toujours enchaînés l’un à l’autre ». Si ce génocide a été expliqué, tout n’a pas été révélé et la plupart des  culpabilités n’ont pas été dévoilées … Au-delà de l’affrontement entre deux ethnies pour s’assurer la maîtrise d’un territoire, elle s’interroge sur la capacité de l’homme à recourir à des violences d’une barbarie incroyable, sur la capacité de son père à laisser assassiner jusqu’à ceux qui servaient sa propre famille. « Les génocidaires n’étaient pas des extra-terrestres … C’étaient des gens comme nous. C’étaient des voisins, des cousins, des professeurs… »

 

Monique Bernier était au Rwanda en 1994, elle n’était probablement pas la fillette qu’elle met en scène mais elle en sait assez pour accuser violemment l’ambassadeur, les Occidentaux en général et l’ONU d’être restés totalement passifs et peut-être même vaguement complices ! Justice a été faite avec les moyens du bord, certaines impunités sont douloureuses à supporter mais les Rwandais doivent regarder leur avenir et reconstruire leur pays. Son ami la persuade que « Chaque étranger qui retourne chez lui doit emporter une belle image de mon pays. Il faut qu’il puisse dire à ses amis, à sa famille : le Rwanda est un pays magnifique ! ». Hélas ! ce n’est pas le seul pays à avoir connu  l’abomination, nombreux sont ceux à avoir voulu asseoir leur pouvoir en éliminant et en torturant leurs opposants ou même de purs innocents.

Et si le vrai responsable était : « Cette humanité capable de concevoir autant de souffrances, capable de préparer un génocide, de planifier l’horreur. Planifier la mort. L’accomplir. La laisser accomplir. Rester spectateur… » ?


Denis BILLAMBOZ


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Monique Bernier

Monique Bernier

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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 07:43
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? de Stephane Bret

Stéphane Bret nous rappelle que la Belle Epoque s’est achevée dans la plus grande guerre jamais connue et que bien d’autres catastrophes l’ont émaillée. Et si nos belles Trente Glorieuses étaient, elles aussi, annonciatrices de malheurs ? Certains sont déjà flagrants …

 

 

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Stéphane Bret (1957 - ….)

 

 

La Belle Epoque, c’est peut-être ce qu’a voulu nous raconter Stéphane Bret en mettant en scène des héros dont le prénom commence toujours par « A ». Des héros qui traversent tous les événements qui marquent cette époque si florissante et en même temps si cruelle. « C’était le monde des grandes inventions : le cinéma, l’automobile, le téléphone, la construction du métropolitain ; c’était aussi celui de la tuberculose, de la prostitution, du manque d’hygiène dans certains quartiers, des inégalités sociales, de la souffrance du monde du travail et celui de l’inégalité entre hommes et femmes… ». Aude, la jeune couturière, découvre le monde des travailleurs, la CGT, la SFIO, le féminisme, les suffragettes, l’homosexualité et son amante Adèle. Adrienne préfère le monde de la nuit, des plaisirs tarifés, au bras de son client le plus assidu : Arnaud le banquier qui s’enrichit en investissant dans les nouvelles colonies. Le choc de deux mondes dans un bouillonnement scientifique, intellectuel et culturel. Un bouillonnement si intense qu’il provoque la guerre qu’on qualifiera de "Grande" car on pensait qu’il ne pourrait pas y en avoir de plus terrible.

 

 

Mais, le projet de Stéphane Bret ne s’arrête peut-être pas à ce rappel historique, il est certainement aussi un cri d’alarme qu’il lance à la jeunesse actuelle en lui montrant combien cette Belle époque était semblable à celle que nous vivons actuellement : une période charnière entre deux époques, un monde qui se meurt avec la bourgeoisie impériale, un monde naissant avec la fée électricité, l’automobile, le téléphone … Comme aujourd’hui, le monde issu d’une autre guerre, avec ses Trente Glorieuses, se meurt sous les assauts de la mondialisation et du couple infernal formé par la fée informatique et le diable téléphone.


 

L’assassinat de Jean Jaurès a marqué pour beaucoup le départ du déchaînement de violence conduisant à la Grande Guerre ; le massacre de Charly Hebdo ou le bien triste sort de George Floyd pourrait-il marquer l’entrée dans une nouvelle ère de violence mondialisée ? Stéphane Bret lance un avertissement, notamment à la jeunesse, pour lui rappeler que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, même si certains pensent qu’elle ne repasse jamais les plats. Et avec Jacques Brel, il chante :

 

 

« Demandez-vous belle jeunesse

Le temps de l’ombre d’un souvenir

Le temps du souffle d’un soupir

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? »

 

 

 

Denis BILLAMBOZ


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Jean Jaurès

Jean Jaurès

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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 07:45
En avant la chronique de Philippe Chauché

Philippe Chauché est l’un des principaux rédacteurs et l’un des responsables de la revue littéraire numérique « La Cause littéraire ». Jean-Michel Martinez lui a confié une nouvelle collection dédiée à la chronique littéraire au sein de la maison d'édition Louise Bottu. Il en a écrit le premier opus.

 

 

En avant la chronique 

Philippe Chauché (1954 - .…)

 

 

Toujours partant pour une aventure littéraire ou une innovation éditoriale, Jean-Michel Martinez Esnaola lance une nouvelle collection chez Louise Bottu éditions, Alcahuete, destinée à l’édition d’ouvrages consacrés à la chronique littéraire. Pour inaugurer cette collection, il a sollicité un maître de la spécialité Philippe Chauché, l’un des piliers de la Cause littéraire et l’un des tout meilleurs sites littéraires de la Toile. Dans cet ouvrage inaugural, Philippe Chauché, après une introduction de l’éditeur consacrée à l’art de la critique, propose une trentaine de chroniques, critiques, commentaires ou recensions, difficile de choisir un terme : le titre évoque la chronique, la préface évoque la critique, la quatrième de couverture parle de recension mais « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse », littéraire bien sûr.

 

L’auteur a judicieusement choisi les ouvrages qu’il présente, évitant de tomber dans le piège de la surmédiatisation. Aussi a-t-il savamment multiplié les éditeurs concernés, mêlant les grandes maisons reconnues avec des maisons beaucoup moins célèbres  mais tout aussi talentueuses. De la même manière, il a choisi des auteurs reconnus, connus, peu connus ou connus surtout dans le milieu littéraire. Son choix semble avoir été guidé par le seul talent des auteurs qu’il a souhaité présenter. Les chroniques proposées ne sont pas systématiquement formatées, même si l’auteur introduit presque toujours son commentaire par un extrait du texte qu’il présente. Son propos consiste surtout à mettre en évidence ce qu’il a retenu de l’ouvrage, ce qui a guidé son choix, mais il ne s’arrête jamais à cette première impression. Il analyse, décortique le texte tout en le resituant dans son contexte littéraire, historique ou éventuellement philosophique. Il s’attarde aussi bien sur le fond que sur la forme, évaluant le style, l’écriture, dégageant d’éventuels liens intertextuels avec d’autres œuvres plus connues. Chaque chronique est comme un piège tendu au lecteur qui risque, au moment de fermer ce recueil, de se laisser prendre en se précipitant chez son libraire attitré pour acquérir une pile de livres choisis parmi ceux présentés par l’auteur tant celui-ci est convaincant.

 

Pour compléter l'ouvrage, lui donner encore plus de fond, l’éditeur a convoqué quatre contributeurs : Josyane Savigneau, écrivain, qui évoque le parcours de Philippe Chauché et surtout la justesse de son jugement et de son approche de la critique : «On analyse le livre, on veut donner envie de le lire, on a un désir de partage, on ne craint pas d’admirer »  ; Léon-Marc Lévy, directeur de la Cause littéraire, qui évoque Philippe Chauché, pilier de cette dernière, et dont j’ai retenu cette citation : « La pluralité des points de vue est la seule aune possible du regard littéraire » ; Frédéric Aribit, écrivain, qui analyse l’art de la critique pour conclure par ces quelques mots éloquents : « Critiquer ? … Oser livrer sa lecture à la lecture des autres ? » ; Carles Diaz, maître de conférences, éditeur, poète, qui explique l’importance de la critique pour toute œuvre artistique à condition qu’elle soit exercée avec sagacité, intelligence, curiosité…

 

Et comme j’ai eu l’audace de commenter les commentaires d’un maître de l’art de la critique, je voudrais juste ajouter quelques mots trouvés au cours de mes nombreuses lectures qui ont souvent guidé mon propos. Je me souviens de Marcos Malavia qui écrivait dans « Tragaluz » : « C’est alors que j’ai compris qu’à chaque lecteur que je serais susceptible de croiser surgirait une histoire différente… Il y aurait autant de variantes que de lecteurs » (C’est le manuscrit qui parle ainsi et j’ai accepté ce point de vue). Ce propos de Paul Valéry dans « La Renaissance de la liberté » a aussi inspiré ma réflexion : « Entre l’auteur tel qu’il est et l’auteur que l’œuvre a fait imaginer au lecteur, il y a généralement une différence qui ne manque pas de causer les plus grands étonnements… ». Et d’autres avis encore dont j’ai un peu perdu la trace, il me reste cependant cette injonction de Frédéric Jaccaud dans « Vagabondage » : « Il faut lire Vollmann pour toutes les raisons qui incitent à ne pas le lire ». Quelques mots qui peuvent interpeller les commentateurs …
 

Denis BILLAMBOZ


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Philippe  Chauché

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 07:56
Le tambour des larmes de Beyrouk

Une histoire venue du désert de Mauritanie, là où une adolescente est engrossée par un jeune homme travaillant pour une compagnie occidentale. Cette histoire prend vite la forme d’une tragédie d’où la môme essaiera de s’extraire, seule avec sa rage, et un énorme désir de vengeance à l’endroit de ceux qui l’ont condamnée.

 

 

Le tambour des larmes

Beyrouk (1957 - ….)

 

 

Rayhana, fille de la sœur du chef de la tribu dont le père est parti parce que son autorité était contestée par sa parenté avec le chef, est une jeune bédouine innocente et insouciante qui joue volontiers avec ses amies sur les dunes du Sahara, au cœur de la Mauritanie. Elle se laisse séduire par un jeune bédouin vivant au camp de base, installé par des Occidentaux à proximité du campement de la tribu, pour prospecter le sous-sol de la région. Quand la chamane révèle à sa mère que sa fille est enceinte, c’est le ciel qui lui tombe sur la tête, l’honneur de la famille est détruit, tous seront atteints, même le chef. Il faut réagir.

 

Pour pallier cette situation, la mère se retire avec sa fille et deux serviteurs dans un lieu isolé pour que sa fille accouche en secret loin de tous. Au moment de rentrer au campement, elle laisse l’enfant à la servante qui les accompagnait, malgré la douleur de sa fille. Celle-ci  sera mariée à un garçon riche et bien né qui la courtise depuis longtemps mais elle lui refusera son corps. Elle préfère fuir en emportant le symbole de la puissance de la tribu, ce qui lui vaut une haine éternelle de la part de tous. Elle fuit droit devant elle, rencontre quelques âmes charitables, se réfugie en ville mais ne retrouve pas son enfant. Elle doit encore fuir plus loin jusqu’à la capitale où elle croit se fondre dans la foule mais la haine de son peuple est inextinguible et la fatalité ne l’épargne pas. Ne pouvant faire confiance à quiconque, solitaire, elle devra fuir encore et toujours.

 

Beyrouk est certainement un grand poète, son écriture le révèle, elle lui permet de raconter des événements violents, brutaux, sans trop bousculer le lecteur. Cette histoire, c’est celle des peuples du désert qui ne peuvent survivre que parce qu’ils sont extrêmement solidaires, soudés par une profonde spiritualité et respectueux des us et coutumes de leur tribu. Les règles, très rigoureuses à l’encontre des femmes, ne leur laissent que peu de liberté et s’accommodent de l’Islam le plus rigoriste, celui qui a adopté les règles ancestrales appliquées aux femmes considérées comme des bêtes de somme que l’on peut battre et même abattre s’il le faut.

 

Ce livre nous décrit  l’impossible lutte des femmes contre les pouvoirs, tous détenus par les hommes, dans l’immensité du désert, où seule la loi de l’obéissance a sa place. Seul un groupe uni peut survivre, l’individu n’a aucune chance dans les sables brûlants, et le groupe, c’est l’assemblée des hommes sous la houlette des familles dominantes exploitant les femmes et les esclaves. Un excellent terreau pour les extrémistes qui se sont installés dans le désert pour, comme leurs ancêtres, conduire le rezzou à l'encontre des autres peuples.


Denis BILLAMBOZ


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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 08:45
La lune éclaboussée - Meurtres à Maubeuge de Carine-Laure Desguin

Carine-Laure a déjà écrit de nombreux ouvrages, elle ne s’est pas cantonnée dans un seul genre littéraire, elle a déployé son talent dans plusieurs d’entre eux, écrit tantôt  des textes courts, de la poésie, du théâtre, des récits, des contes et, récemment et avec succès,  s’est essayée au roman policier.

 

 

La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge

Carine-Laure Desguin (1963 - ….)

 

 

« Les derniers livres de la bibliothèque personnelle de Michel Garnier attendent un acquéreur. Invitation à tous. Olivier Garnier ». Cette annonce, à la suite de la mort de cet auteur à succès, très connu à Maubeuge et que l’on vient de retrouver dans sa cuisine, intéresse d’autant plus Jenny,  jeune africaine, professeur de physique/chimie, fan de l’auteur, et qui veut acheter ces livres afin de sentir dans ses mains les ouvrages touchés par celui qu’elle admire et vénère. Comme elle n’est pas arrivée assez tôt, elle n’a pu se procurer que trois cartons, et découvre à sa grande surprise dans l’un des ouvrages  un ticket de caisse sur lequel est écrit : « Ma vie est en danger. On veut ma mort. Tout mon sang est d’encre ».

 

Jenny est convaincue que Michel Garnier n’est pas décédé de mort naturelle mais qu’il a été assassiné et elle veut savoir par qui et comment ? Pour cela, elle appelle ses protecteurs, Tonton et Tontaine, les amis de son père qui veillent sur elle,  avec vigilance et bienveillance, depuis que ses parents ont trouvé la mort dans un accident de la circulation routière. Tous deux croient qu’elle se fait un film, que son amour secret pour l’écrivain l’aveugle, mais ils finissent par accepter de mener l’enquête car de nouveaux meurtres endeuillent la ville et  mettent la police sur les dents, notamment la chère cousine de Jenny qui l’a violée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.

 

La situation se tend de plus en plus et Jenny est impliquée dans l’affaire car  les mails qu’elle a échangés avec l’écrivain intriguent la police. Le fameux ticket de caisse est aussi un indice très recherché par d’autres personnes. Carine-Laure noue une intrigue bien ficelée où les héros ne sont pas tous stéréotypés, la policière n’est pas claire, les petits jeunes ne sont peut-être pas des voyous, les drogués ne le sont pas forcément, certains individus sont  mystérieux eux aussi. Jenny elle-même n’est pas une oie blanche. Elle se laisse porter par les événements pour, au bon moment, porter l’estocade en laissant les autres avec leurs convictions.

 

En bonne Carolorégienne, l’auteure connait Maubeuge, « là où la plupart des gens ne voient qu’une ville du Nord pleine de grisaille et de poussières, désertées de ses sidérurgies et autres industries ». Comme Simenon a planté de nombreuses intrigues dans des petites villes de province : Concarneau, La Rochelle,  Carine-Laure, elle aussi, a choisi d’installer son intrigue dans une ville un peu endormie où tout le monde se connaît et s’observe.

 

Un bon polar qui pourrait éventuellement appeler une suite, la matière est suffisante, et le dénouement laisse quelques portes entrouvertes pour y glisser des événements ou des indices qui pourraient faire rebondir l’enquête et provoquer la naissance d’un nouveau polar. Alors, Carine-Laure, vite un petit paquet de « bêtises à la pomme verte » et en route pour la suite des aventures de Jenny.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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