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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 08:16
Ma voisine a hurlé toute la nuit de Anne-Michèle Hamesse

Voici un joli recueil de nouvelles qui comporte toute la férocité et toute la finesse des histoire que racontaient avec malice les dramaturges anglaises dont j’ai lu les œuvres quand j’ai traversé ma période anglaise… il y a déjà bien des années.

 

Ma voisine a hurlé toute la nuit

   Anne-Michèle Hamesse (1948 - ….)

 

Je suis sûr qu’Anne-Michèle Hamesse ne m’en voudra pas  si je dis que dès les premières lignes de ce recueil, ma mémoire m’a proposé le nom de celles que j’appelais il y a une ou deux décennie « mes chères vieilles anglaises » (vieilles elles ne l’étaient peut-être pas plus que moi) quand j’ai traversé, dans mes lectures, une période britannique.  Ainsi, des noms ont ressurgi dans ma tête : Barbara Pym, Mary Wesley, Muriel Spark, Elizabeth Taylor… avec des souvenirs de lecture très agréables. L’air de rien, derrière un texte bien léché, elles possédaient la férocité ces braves dames, elles savaient insidieusement distiller le venin, elles connaissaient à merveille le petit monde qu’elles mettaient sur le grill et qui leur servait de scène. Elles avaient l’œil infaillible et la plume impitoyable. J’ai retrouvé certaines de ces caractéristiques dans les nouvelles d’Anne-Michèle quand elle dresse le portrait sans concession de dames plus toute jeunes, pas toujours gâtées par la vie, parfois un peu dans leur petit monde, ailleurs…  qui ont des problèmes à régler avec leur entourage, leur histoire, le sort qui leur a été réservé.

 

Ces héroïnes sont surtout des femmes qui ne peuvent plus supporter la vie qu’elles mènent, elles sont arrivées à un point où il faut qu’il se passe quelque chose, qu’elles prennent leur vie en mains pour remettre leur existence dans le bon sens. Mais, même si elles optent pour des décisions irrémédiables, brutales, diaboliques, dignes de Barbey d’Aurevilly, leur férocité se casse souvent les dents sur la carapace  des aléas. Ainsi, la petite sœur toujours méprisée n’aura pas la vengeance qu’elle serrait dans sa poche, elle a trop attendu. Trop tôt, trop tard, à contre temps, ailleurs, dans un autre monde, …, elles ratent toujours leur objectif. Ainsi va la vie, c’est le hasard qui tient les cartes dans ses mains, les rêves se réfugient le plus souvent dans le monde fantastique où la magie peut tout changer, mais hélas s’éteignent au réveil.

 

Anne-Michèle Hamesse voudrait-elle nous faire comprendre qu’il est inutile d’essayer de se rebeller contre le sort qui nous est infligé et que nous devrions  simplement le subir pour mieux le supporter ? Il est sûr, qu’à la lecture de ces nouvelles, on comprend vite qu’elle n’a pas une confiance illimitée en l’humanité qui distille la méchanceté à flots continus. Elle croit davantage dans le sort qui sait coincer le grain de sable diabolique qui déréglera la machine de n’importe quelle histoire, de n’importe quelle existence.

 

Avec son style limpide, académique, précis, appuyé sur des phrases plutôt courtes même si elles sont suffisamment longues pour être souples et agréables à lire, l’auteure livre dans cet ouvrage une dizaine de nouvelles qui démontre ses talents de conteuse. Elle sait très bien raconter les pires histoires, créer des personnages diaboliques, sans jamais sombrer dans la vulgarité ou l’approximatif. En toute innocence, elle peut laisser supposer les pires horreurs comme savaient si bien le faire mes « vieilles anglaises ». Il y a aussi, très souvent, dans ses textes une dimension charnelle qui confère une plus grande véracité aux histoires racontées et une plus grande réalité aux personnages mis en scène. J’ajouterai que j’ai détecté quelques zeugmes du plus bel effet, judicieusement placés comme pour donner encore plus de nerf aux récits.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 08:47
Contes espagnols de Lorenzo Cecchi

Pour cette chronique estivale, j’ai choisi de vous proposer des nouvelles présentées par l’auteur comme des contes, peut-être certaines le sont-elles ? Des nouvelles pleines de soleil, inondant la communauté hispanique de Bruxelles. Une lecture tonifiante qui regonflera le moral de tous les déprimés.

 

 

Contes espagnols

    Lorenzo Cecchi (1952 - ….) 

 

 

Lorenzo Cecchi nous offre neuf contes, apparemment le compte est bon même si l’éditeur tend un petit piège au lecteur inattentif, mais l’important reste que ces contes soient savoureux et ils le sont. A priori, sans connaître l’auteur, il semblerait que le narrateur soit très proche de lui et qu’il décrive dans ses contes des moments d’émotion particuliers qu’il aurait vécus avec des Hispaniques, notamment des Espagnols et surtout des Espagnoles, côtoyés à Bruxelles ou en Espagne. Il faut souligner pourtant une exception à cette généralité, la neuvième et dernière nouvelle n’a rien à voir avec les autres même si elle dépeint une belle Ibérique, elle ne concerne pas le narrateur, elle raconte l’horrible vengeance, au XVIIe siècle, d’un triste noble italien incapable de satisfaire sa femme et fou de rage quand il apprend qu’elle le trompe. J’ai apprécié toutes les nouvelles du recueil, Cecchi a l’art de la narration, il sait raconter et son regard sur les gens, leur comportement, leurs sentiments, leurs émotions, leurs motivations est très perçant. Il voit juste, à travers les quelques faits divers qu’il raconte c’est un peu la diaspora ibérique qu’il met en scène avec ses petites tracasseries, ses aventures et mésaventures. Ces contes sont, selon moi, davantage des nouvelles que des contes, sauf le fameux neuvième et dernier qui évoque un fait qui pourrait être historique, l’est peut-être, ou n’est finalement qu’un conte, peu importe, l’histoire est aussi abominable que le texte est bien troussé. J’ai dégusté ces vieux mots oubliés qui sonnent si joliment aux oreilles des amateurs d’histoire dont je suis.

 

Lorenzo Cecchi a peut-être connu cette Conchita qu’il prenait pour une Espagnole qu’elle n’était pas ou cette Frida qui, elle, était bien espagnole alors qu’il la croyait suédoise. Je suis presque sûr qu’il a effectivement vendu sa première marchandise à un émigré hispanique ayant pris en pitié sa grande maladresse commerciale. Par contre, je doute qu’il ait été l’heureux bénéficiaire de la fureur sexuelle de la flambante mexicaine qui s’est vengée de la tromperie de son mari avec le premier venu. Ainsi le lecteur, pourra laisser courir son imagination pour tenter de comprendre ce qui vient directement de l’imagination de l’auteur ou ce qu’il a puisé dans sa carrière professionnelle et sa vie d’immigré du sud de l’Europe. La querelle entre le narrateur italien et son voisin espagnol, plus matcho l’un que l’autre, sent le vécu plus que l’histoire du gars qui écrit à son meilleur ami juste avant de se suicider : « qu’il part heureux de savoir qu’il n’a jamais couché avec aucune des femmes qu’il a eues ».

 

Même si les textes, que je vous propose, respirent une certaine pointe de mélancolie, j’y ai personnellement trouvé beaucoup de vie, d’envie de vivre, d’espièglerie et même de dérision dans les moments les moins favorables de l’existence. Un recueil à mettre sur son chevet pour lire un ou deux textes les soirs de blues. Je ne voudrais surtout pas oublier les illustrations chatoyantes de Jean–Marie Molle, son rouge notamment qui, à lui seul, dégage une véritable fureur de vivre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 07:58
Izo de Pascal de Duve
Izo de Pascal de Duve

Pour rendre hommage à Magritte, le célèbre peintre surréaliste belge à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, son éditeur «  Espace Nord » a décidé de rééditer « Izo », le magnifique roman écrit par Pascal de Duve, l’une des victimes de l’hécatombe causée par le SIDA dans les années 1990. Un texte plein de délicatesse, de finesse et de poésie qui pose des questions essentielles sur l’existence.

 

Izo

Pascal de Duve (1964 – 1993)

 

Izo, le personnage éponyme de ce roman, avec sa redingote noire, son chapeau noir et ses gros souliers noirs, semble directement sorti du tableau de Magritte "Le fils de l'homme" ( 1964 ) que l’éditeur a placé sur la couverture de cette réédition, conférant ainsi une nouvelle dimension à cette toile en inventant pour l’un des personnages, celui ayant eu la chance de choir directement sur une chaise du Jardin du Luxembourg à Paris et non, comme les autres, de se diluer dans le sable et les pelouses de ce jardin, un bout de vie éphémère prolongeant ainsi l’histoire racontée sur la toile.

 

Le narrateur se promenant un jour d’orage dans les Jardins du Luxembourg aperçoit, alors que le ciel déverse des torrents d’eau, un homme affalé sur une des chaises qui meublent ce jardin, un homme coiffé d’un anachronique chapeau melon noir et vêtu d’une tout aussi anachronique redingote noire. Il le secoue, le secourt et l’emmène chez lui pour le réconforter, s’attache au sort de cet étonnant personnage et s’occupe de lui procurer le gîte et le couvert. L’homme ne parle pas et ne prononce que quelques mots inintelligibles, l’auteur retient un énigmatique « Isobretenikkhoudojnika » et  décide de l’appeler ainsi mais en simplifiant cet imprononçable patronyme en un beaucoup plus pratique « Izo ».

 

Izo se révèle vite être une personne très douée, surdouée, dotée d’une mémoire fantastique et d’un esprit d’analyse et de déduction particulièrement impressionnant, elle découvre tout et  semble ne rien connaître, paraît venue d’ailleurs, son esprit est vierge comme celui d’un nourrisson ouvrant les yeux pour la première fois. Par ailleurs, elle se passionne pour des choses futiles, même insignifiantes, ou pour des choses beaucoup plus complexes, élaborées, matérielles ou intellectuelles comme le métro qu’elle considère comme un autre monde, ou les langues étrangères qui lui permettent de nouer conversation avec n’importe qui dans les rues de Paris ou par téléphone au hasard des numéros qu’elle compose de manière tout à fait aléatoire.

 

Izo c’est une page blanche sur le bureau de l’écrivain, un être qui n’a aucun sens des valeurs, rien ne l’a encore pollué, il a une merveilleuse faculté d’émerveillement qui le fait s’extasier devant la moindre babiole comme devant une définition très complexe pêchée dans l’une des encyclopédies qu’il ingurgite comme d'autres des verres de bière, sauf que lui retient ce qu’il absorbe. Son impressionnante culture, acquise en quelques semaines, sa faconde, son innocence, sa fraîcheur, son enthousiasme lui facilitent les contacts avec les personnes qu’il rencontre et avec lesquelles ils nouent des liens d’amitié. Il devient vite un habitué des cafés les plus prestigieux de la capitale où il connait le personnel et quelques clients ayant une certaine notoriété. Il devient ainsi quelqu’un de connu sans en avoir la moindre idée car il conserve sa fraîcheur et son innocence jusqu’à ce qu’il comprenne que la vie n’est pas linéaire, qu’elle évolue et donc qu’elle va vers un aboutissement qu’il aimerait comprendre. Commence alors pour lui une recherche de ce que pourrait être cet aboutissement et sa signification à travers les religions : le catholicisme, le protestantisme, l’islam et même le communisme pensé comme une forme de religion lui aussi. Mais, pour la première fois, ses étonnantes facultés buttent sur une énigme qu’il ne saisit pas.

 

Je retiendrai de ce texte outre bien sûr la grande maîtrise littéraire de l’auteur, la richesse de son vocabulaire, la fluidité et l’élégance de son style, quelques belles assonances, la qualité picturale de ses descriptions, tout est en couleur, surtout la capacité d’émerveillement du héros. Izo est un être irréel, venu d’ailleurs, enfant légitime de l’imaginaire matérialisé sur terre, découvrant un monde rempli de choses merveilleuses que nous ne voyons pas, ou plus. On dirait que Pascal de Duve cherche à nous délester des scories que l’histoire a accumulées sur nos épaules et dans nos têtes pour que nous redécouvrions un monde simple, candide, joyeux, sans aucune prétention, sans appât du gain, sans recherche du pouvoir, juste un monde où les gens vivraient en bonne intelligence. Cet émerveillement devant ce monde possible me suffirait mais l’auteur nous entraîne sur un autre chemin, il nous démontre que ce monde n’est qu’éphémère et qu’il faut penser à ce qu’il y aura après et, quand on pense à ce qui vient après la vie terrestre, on crée une religion, même si cet après n’a pas un ou des dieux, c’est déjà une pensée religieuse. Et, pour Izo, les religions conduisent à une impasse, alors faudra-t-il suivre l’auteur sur le chemin de la philosophie pour trouver les réponses aux fameuses questions qui obsèdent les êtres pensants ? J’aimerais, pour ma part, rester avec Izo sur le chemin merveilleux de l’innocence et de la découverte en jouant la politique de l’autruche.

 

« Izo » est plus qu’une lecture, c’est une réflexion philosophique, mais c’est également une ouverture à l’émerveillement.  « Mon apparition c’est le monde, je veux dire l’existence, cette chose magnifique à laquelle on ne pense jamais, et que je viens de découvrir. » Voilà tout est dit, l’auteur de ces mots plein d’espoir pouvait s’envoler quelques années plus tard, jeune, trop jeune, beaucoup trop jeune, vers le monde d’Izo où il a certainement trouvé son après.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 08:53
Le pont sans retour de Vincent-Paul Brochard

Au moment où la Corée du Nord s’agite pour troubler l’ordre mondial et faire croire qu’elle peut jouer un rôle majeur dans le concert des grandes puissances, je vous propose ce livre paru depuis peu qui montre toute la perversité dont la dictature nord-coréenne use pour se maintenir au pouvoir et faire illusion.

 

 

Le pont sans retour

  Vincent-Paul Brochard

 

 

« Le pont sans retour », c’est celui qu’on ne peut traverser qu’une fois sans espoir de le franchir un autre  jour, même très lointain, dans le sens inverse, si bien que ceux qui se rendent en Corée du Nord comme ceux qui se rendent en Corée du Sud ne feront jamais le voyage dans l’autre sens. C’est le trait d’union qui unit si mal les deux parties de la péninsule séparées depuis 1953, à la fin de la guerre de Corée. C’est aussi le symbole choisi par Vincent-Paul Brochard pour concrétiser le sort de Julie Duval, l’héroïne qu’il met en scène dans ce livre, emmenée par la force et  la ruse en Corée du Nord par des membres d’un groupuscule révolutionnaire japonais réfugié dans ce pays fermé à tous afin d’échapper à la police nippone.

 

En novembre 2002, Kim Jong Il, le dictateur coréen alors au pouvoir, a reconnu que ses services avaient enlevé un certain nombre d’étrangers, notamment des Japonais. D’après les témoignages de rares réfugiés, il semble qu’il y avait eu quelques Français parmi les personnes retenues de force en Corée du Nord. Vincent-Paul Brochard, à travers la fiction qu’il a construite, essaie d’expliquer ce qui a conduit les Nord-Coréens à perpétrer ces enlèvements désormais condamnés par l’Organisation des Nations Unies et l’aberrante logique de ce pouvoir totalitaire, fantasmagorique et erratique.

 

Julie Duval constituait une excellente cible pour les activistes chargés de recruter de force des jeunes Françaises pour les besoins des services nord-coréens, elle parlait et écrivait excellemment le Japonais, les liens avec sa famille étaient presque inexistants, il était donc facile pour une jeune Japonaise de l’aborder sous le prétexte d’échanger des cours de conversation française contre des cours de conversation nippone. Julie accepte donc cet échange avec Keiko. Les deux jeunes filles sympathisent vite et nouent une amitié suffisamment forte pour que la jeune Japonaise propose à son amie de l’accompagner pour des vacances dans son pays natal. Enthousiasmée, Julie accepte, mais à Hong Kong le voyage tourne à l’enlèvement et elle se retrouve vite « l’invitée forcée » du groupuscule japonais qui l’a enlevée, dans un camp de formation où on l’endoctrine de force, car elle doit acquérir tous les éléments de l’idéologie prônée par Kim Il sung pour asseoir son pouvoir : le Juche.

 

Ayant acquis les fondamentaux de cette idéologie et après être passée par les geôles locales, Julie est confinée dans une demeure isolée au fond d’une campagne déserte où elle doit former une jeune Coréenne à la langue, la culture et les mœurs françaises. On lui fait croire que cette élève très douée embrassera la carrière diplomatique et qu’elle servira la cause de la révolution en participant au rapprochement du peuple coréen avec le reste du monde par la diffusion du « kimilsungisme ». Et que ceci facilitera le rapprochement des deux parties de la péninsule. La séparation est pourtant brutale, la jeune Française reste en Corée sous la protection d’un haut cadre du parti et la jeune Coréenne poursuit son parcours révolutionnaire dans la mission qui lui est confiée.

 

Vincent-Paul Brochard l’avoue, il y a très peu de documents sur le sujet et pourtant on dirait qu’il a vécu cette expérience lui-même, il connait le fonctionnement de l’administration nord-coréenne comme s’il avait séjourné dans cette partie de la Corée. Il connait aussi remarquablement les problèmes que la Corée du Nord a dû surmonter dans les années quatre-vingt-dix, l’histoire des relations entre le Nord et le Sud, les querelles intestines qui minent le pouvoir, les artifices, les manipulations, les exactions, les mensonges, tout ce que le pouvoir utilise pour faire croire au bien-fondé de son action et à la nécessité de soutenir un pouvoir fort et autoritaire pour échapper au diable occidental qui a contaminé le Japon et gangrené la Corée du Sud, tout ce que Bandi a écrit dans les textes qu’il a fait passer sous le mur qui sépare les deux parties de la péninsule.

 

C’est donc plus qu’une fiction, davantage qu’un roman d’espionnage, mieux qu’une carte postale sur la Corée du Nord  que nous propose Vincent-Paul Brochard, c’est presque un essai sur cette république, seule survivante du communisme du XXe siècle, et son régime qui résiste encore et toujours malgré une conjoncture très difficile et un pouvoir démentiel, à sauvegarder une indépendance insolente, agressive et hautaine qui fait trembler même les Etats les plus forts.


 

Denis BILLAMBOZ

 

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Le pont sans retour de Vincent-Paul Brochard
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 09:10
La mer noire de Kéthévane Davrichewy

Kéthévane Davrichewy est la petite fille d’une famille qui a été obligée de quitter la Géorgie pour des raisons politiques. Dans ce récit, elle nous conte  l’histoire d’une grand-mère, peut-être la sienne, qui a connu le même exil avec toutes ses misères, perdant un amour d’une immense pureté qui cependant jamais ne mourra.

 

 

La Mer noire

         Kéthévane Davrichewy (1965 - ….)

 

Ce soir, il y aura fête chez Tamouna qui  célèbre ses quatre-vingt-dix ans. La narratrice, sa petite fille peut-être, raconte les préparatifs de cette soirée, la visite des enfants et petits-enfants de cette grand-mère vénérée, venue de la lointaine Géorgie que son père a fui il y a bien longtemps. Il était ministre d’un gouvernement qui refusait l’annexion à l’URSS, sa vie et celle des membres de sa famille étaient menacées, il avait alors choisi l’exil qui l’avait conduit dans la région parisienne où Tamouna termine une vie bien mouvementée.

 

La narratrice raconte alternativement, un chapitre sur deux, les préparatifs de la fête, mettant en  scène la descendance de Tamouna, ses enfants et ses petits-enfants mais aussi d’autres membres de la communauté géorgienne de Paris, des cousins et cousines avec leur descendance et la longue vie que Tamouna a déjà eu en Géorgie, à Tbilissi où elle habitait avec sa famille et à Batoumi où elle passait ses vacances, puis en banlieue parisienne et à Paris même où elle connut, comme tous les réfugiés, les rigueurs de l’exil. Elle se souvient des privations, de la difficulté de communiquer, du regard des autres, des humiliations, de la différence qu’il fallait assumer, de la guerre qu’il fallut affronter en voyant les hommes s’engager pour leur nouvelle patrie ou aux côtés des Allemands pour lutter contre l’ogre soviétique, bourreau de leur famille, de leurs amis et, plus largement, de la Géorgie.

 

Kéthévane Davrichewy, elle-même petite-fille de Géorgiens émigrés en France, nous conte avec délicatesse, élégance et tendresse la vie de cette grand-mère qui ressemble certainement beaucoup à  la sienne. Elle évoque la Géorgie, qu’elle connut probablement à travers les récits de cette grand-mère, beau pays magnifié comme tous les pays qu’on abandonne pour sauver sa peau. Elle détaille également la fuite et l’exil dans toutes ses dimensions : sa rigueur, sa cruauté, ses souffrances et ses humiliations sans jamais verser dans la colère, la rancœur ou l’amertume, conservant toujours tact et élégance, malgré une nostalgie mélancolique, même pour dresser les tableaux les plus tristes.

 

Mais, pour moi, ce roman n’est pas un livre de plus sur l’exil, ni un tableau idyllique de la Géorgie avant le communisme, ce texte est avant tout une très, très, belle histoire entre cette grand-mère et son amour de jeunesse rencontré à Batoumi pendant ses dernières vacances au pays. Tamouna et Tamaz s’aimaient d’un amour d’adolescent, tout juste frémissant, jamais consommé qui se perdit dans l’exil mais qui, en deux ou trois occasions, pu renaître avec une force jamais défaillante, une flamme toujours aussi vive et, ce soir, Tamaz a promis de venir de son lointain exil de l’autre côté de l’océan. Une magnifique leçon d’amour que rien ne peut vaincre, la révolution, l’exil, la guerre, la séparation se sont tous cassés les dents sur cette idylle de jeunesse, aussi est-ce émouvant, très touchant, on aimerait tous aimer comme cela, par delà l'éloignement et la terrible absence.

Denis BILLAMBOZ

 

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 10:08
La vie et l'oeuvre du compositeur Foltyn de Karel Capek

Comme j’aime le faire régulièrement, je suis revenu vers les classiques, surtout vers ceux que j’ai négligés, c’est donc avec grand plaisir que j’ai découvert cet auteur tchèque, Karel Capek, contemporain de Stefan Zweig avec lequel il a une certaine parenté littéraire et comme je place très haut le Viennois dans le monde des écrivains, Capek a aussi mon respect et ma considération.

 

 

La vie et l’œuvre du compositeur Foltyn

Karel Capek (1890 – 1948)

 

 

Ce qui frappe d’entrée dans ce roman, c’est la  parenté avec Stefan Zweig. Capek est né en 1890 en Bohème, Zweig en 1881 à Vienne, le premier est décédé en 1938 et le second s’est donné la mort en 1942, ils appartiennent donc à la même époque, à la même culture celle de la Mitteleuropa de la première moitié du XXe siècle. Pour moi, Capek n’a certes pas le talent de Zweig, que j’ai placé dans la plus haute sphère de mon panthéon littéraire, mais il m’est tout de même apparu comme un grand auteur, pas très éloigné de l’illustre Viennois tant par le fond que par la forme de ce texte.

 

Dans ce roman polyphonique, Capek raconte la vie d’un pauvre gamin praguois peu doué pour les études qui, pour exister et faire illusion, se prétend un grand artiste, pianiste de grand talent et compositeur de génie qui montrera un jour ce dont il est capable. Capek convoque donc des grands témoins, un ami de jeunesse, sa logeuse, sa femme … qui chacun, tour à tour, apporte un témoignage sur ce qu’il sait de la vie de ce personnage déroutant : flamboyant pour certains, beaucoup moins brillant pour d’autres. Et, pour compléter ce portrait et cette histoire, Capek donne la parole à ceux qui ont partagé l’aventure musicale du héros afin de nuancer le portrait dressé par ses proches qui ignorent presque tout de sa vie dans le domaine de l’art. Ainsi, témoignage après témoignage, apparaît un être frustré, peu fier de ses origines, qui cherche à se venger de son sort en devenant, quels que soient les moyens employés, un auteur connu, reconnu et adulé du monde musical.

 

Ce héros picaresque évoque, dans ma mémoire, un Henry Esmond ou un Julien Sorel, deux personnages romanesques du siècle précédent qui cherchent à transcender leurs origines pour devenir des personnages renommés, adulés, triomphants mais qui, hélas, échouent lamentablement dans leurs ambitions. Ainsi, en lisant ce roman, j’ai eu l’impression de baigner dans le romantisme qui imbibait la littérature européenne au XIXe siècle et plus spécialement celui de la Mitteleuropa.

 

Capek comme Zweig n’avait rien à attendre de bon du régime hitlérien ; lui n’a pas eu à le fuir, la mort l’a rattrapé avant les nazis, il n’a même pas pu achever son texte qui est paru, inachevé, à titre posthume. Ce roman n’évoque jamais le contexte politique, il est totalement imprégné par la définition de l’art, la façon de l’aborder, de le respecter, de le vénérer même et de le laisser s’exprimer sans jamais tricher, on ne peut pas produire ce que l’on ne porte pas en soi. La volonté de Capek semble plutôt s’orienter vers une définition de ce qu’est l’art, l’œuvre d’art, qu’on ne peut pas galvauder sous un quelconque prétexte. On pourrait peut-être penser qu’il vise ceux qui, trop rapidement, ont encensé le pouvoir conquérant à travers leurs œuvres mais le texte ne permet pas d’aller jusqu’à cette interprétation. On pourrait simplement dire qu’il stigmatise ceux qui veulent, à n’importe quel prix, exister aux yeux des autres grâce à un talent qu’ils n’ont pas, privilégiant les apparences aux qualités réelles.

 

On pourrait, en lisant cet extrait : « il savait haïr comme un authentique homme de lettres », supposer que l’auteur, en rédigeant son texte, pensait tout autant aux compositeurs qu’aux écrivains qui se prennent trop souvent pour les génies qu’il ne sont évidemment pas. Pour Capek, l’art est infiniment respectable, il est quasi d’origine divine, il demande le plus profond respect et une totale implication. « La plupart des artistes, comme la plupart des humains, se contentent de multiplier la matière à l’infini, au lieu de donner forme à la matière… » Sentant sa fin prochaine, l’auteur donne une véritable leçon d’art à ceux qui veulent composer ou écrire, c’est une forme de testament littéraire qu’il leur livre. Ses dernières lignes, ou presque, sont éloquentes : « … il fallait bien que je parle de Dieu et du diable, car n’allez surtout pas croire que l’art se situe en dehors du bien et du mal. » Ce que le compositeur Foltyn a peut-être cru un peu trop naïvement ?

Denis BILLAMBOZ

 

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La vie et l'oeuvre du compositeur Foltyn de Karel Capek
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:10
A un moment donné de Thierry Radière

Une nouvelle face du talent de Thierry Radière : la nouvelle qu’il utilise dans cette publication pour évoquer l’instant où tout peut basculer, où la vie prend une toute autre tournure, où elle peut même s’arrêter. Et, une nouvelle fois, Thierry excelle dans l’art d’écrire quelle que soit la forme choisie.

 

 

A un moment donné

   Thierry Radière (1963 - ….)

 

 

Un nouveau Radière, arrivé quelques jours après le Beaujolais nouveau, c’est toujours une aventure. Ces derniers mois, il y a déjà eu un « texte qui pourrait être le roman d’un professeur oubliant son aigreur professionnelle dans un amour un peu tardif, un essai sur le temps qui fuit, sur la mémoire et ce qu’elle représente et aussi un cours de lettre sur la compréhension et l’interprétation des beaux textes », un  « tout petit recueil de textes très courts ! Des images, des souvenirs qui se précipitent, des souvenirs des parents qui vieillissent, blanchissent, se tassent et finissent par abandonner sur terre les restes de leur corps usé. Une bouffée de souvenirs odorants… » - et un recueil de « poèmes de résilience, poèmes d’espoir, poèmes d’amour, poèmes pour oublier ». Pour cette énumération, sans vergogne aucune, je me suis cité moi-même en relisant mes derniers commentaires concernant les publications de Thierry Radière. C’est un peu prétentieux mais ça permet de ne pas s’emmêler les doigts sur le clavier de ce commentaire du dernier Radière, récemment publié, que je viens de refermer.

 

Cette fois le poète, essayiste, romancier a choisi la plume du nouvelliste pour livrer un recueil de six nouvelles qui racontent un moment de la vie où tout peut basculer, où le pire peut-être envisagé, où l’esprit et l’imagination fonctionnent à très haute fréquence pour chercher dans le passé ce qui pourrait permettre de comprendre ce qui est en train d’arriver et ce qui en découlera de façon peut-être inexorable, définitive, où, ce que l’on redoute, depuis la première angoisse, est en train d’arriver, de vous arriver. Qui n’a pas été saisi d’une panique irraisonnée en constatant qu’il a perdu ses enfants de vue et qu’il ne parvient pas à les situer ? Nous tous, lecteurs, avons connu cet instant où l’imagination en quelques fractions de secondes construit une multitude de scénarii tous pires les uns que les autres.

 

Le cycliste qui déboule d’on ne sait où et se retrouve brusquement sur le capot de votre voiture sans que vous n’ayez rien vu ni compris, l’accident tant redouté est brutalement arrivé, le cycliste est mort, le chauffeur devient chauffard, tout un monde s’écroule… mais peut-être que le cycliste n’est pas mort …

 

Les enfants qui, malgré l’interdiction parentale, s’aventurent trop loin de la plage, la sœur qui ne peut pas revenir vers la rive, le frère qui se sent coupable jusqu’au plus profond de lui et qui fait l’autruche, tétanisé par une panique paralysante…

L’enfant qui ne comprend pas ce qui arrive, qui regarde en l’air et qui brusquement se retrouve au fond du trou où il pourrait disparaître à jamais…

 

L’enfant qui n’a pas le droit de regarder la télé mais qui comprend bien le film que ses parents regardent en entendant la bande son et en construisant le reste avec son imagination, puisant au plus profond de ses souvenirs pour essayer de construire ce passage qui le conduira de sa prime enfance à son statut d’adulte en devenir.

 

La maman qui ne peut pas dire le nom de la boisson qu’elle préfère, le premier trou de mémoire, l’affolement en pensant au premier signe, au tout premier symptôme d’une maladie tellement redoutée.

 

Le narrateur et l’adolescent coincés dans un ascenseur en panne qui paniquent chacun à leur façon, envisageant le pire et essayant de l’oublier.

 

Six situations que Thierry Radière analyse finement, six situations où tout change, peut changer, pourrait changer, six instants potentiellement définitifs, six instants qui compteront à jamais dans la personnalité de ceux qui les vivent, dans cette personnalité qui se construira ainsi jusqu’à ce que, « à un moment donné » l’événement définitif se produise réellement pour mettre un terme à ce qui fut leur existence, leur vie. Le nouvelliste a utilisé les armes de l’essayiste pour tenter de comprendre ces instants décisifs qui condensent l’essentiel d’une vie ou, peut-être, que l’essayiste a déguisé son propos sous forme de nouvelles plus accessibles aux lecteurs qui ont vécu l’une ou l’autre de ces situations. Je ne sais, à chacun sa lecture !

 

Pour moi, ce recueil s’insère parfaitement dans l’oeuvre Thierry Radière, depuis un certain temps au moins, depuis qu'il a écrit qu’« à la fin », « à un moment donné », « il faudra bien du temps », il faudra bien prendre un bout de temps, « quand on a(ura) compris que l’existence allait être un combat à mener seul contre le monde », pour envisager ce qu’est la vie, comment elle se construit et comment elle s’achève.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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A un moment donné de Thierry Radière
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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 07:01
Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Voici la nouvelle rubrique que nous propose notre ami de longue date : Denis BILLAMBOZ. Grand lecteur devant l'éternel, Denis nous a déjà offert pendant deux années un tour du monde littéraire de grande qualité, nous menant à travers les livres choisis dans un formidable voyage au royaume des mots. Aujourd'hui, il va nous livrer ses coups de coeur, ses moments d'enthousiasme, les romans qui ont marqué tout particulièrement sa mémoire. Il a voulu ouvrir cette rubrique sur mon dernier né "Le jardin d'incertitude" auquel il a trouvé des qualité, ce qui m'honore. D'autres coups de coeur suivront chaque lundi, Denis aimant d'un vrai amour les écrivains et les poètes. Alors accompagnons-le dans cette équipée qui ouvre ce matin sa première page.

 

 

Le jardin d'incertitude de Armelle Barguillet Hauteloire

Léo Ferré, le poète vagabond  

Irène,Nestor et la vérité de Catherine Ysmal

Le sang et la mer de Gary Victor

Cortés et son double de Christian Duverger

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Les couleurs de l'hirondelle de Marius Daniel Popescu

Mourir est un art comme tout le reste de Oriane Jeancourt Galignani

A l'exemple de mon père de Uwe Timm

L'accordeur de silences de Mia Couto

Le renard était déjà le chasseur de Herta Müller

La compagnie des Tripolitaines de Kamal Ben Hameda

Adieu ma mère, adieu mon coeur de Jules Roy

Hammerstein ou l'intransigeance de Hans Magnus Enzensberger

Dans la grande nuit des temps de Antonio Munoz Molina

Les immortelles de Makenzy Orcel

Un après-midi dans le désert de Mustapha Tlili

Les feux de Shohei Ooka

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas Vinau

Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

Muette de Eric Pessan

Le son de ma voix de Ron Butlin

Ici ou nulle part de Rocio Duran Barba

Rue des voleurs de Mathias Enard

Volt de Alan Heatcock

"Du domaine des murmures" de Carole Martinez

un domaine au Cap-Vert de Henrique Teixiera de Sousa 

"S'inventer un autre jour" de Anne Bert

Retour à Salem d'Hélène Grimaud

Folie de Ivan Vladislavic

Un bon musulman de Tahmima Anam

L'hom Wazo de Dora Wadrawane

Christie Malry règle ses comptes de Brian Stanley Johnson

Souvenirs d'un enfant des rues de Mansour El Souwaim

Kyôto de Yasunari Kawabata

Le grand absent de Laurent Graff

La petite de Michèle Halberstadt

La carte du monde invisible de Tash Aw

Le général Della Rovere de Indro Montanelli

Monsieur le commandant de Romain Slocombe

Le colonel et l'appât 455 de Fariba Hachtroudi

Les mouettes de Sandor Marai

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

L'amant imaginaire de Taos Amrouche

Poèmes du Temps de Isidore Hiro

La belle amour humaine de Lyonel Trouillot

Le triomphe de la mort de Patrick Weiller

Les fées penchées de Véronique Janzyk

Deux nouvelles de Alberto Barrera Tyszka

Un garçon singulier de Philippe Grimbert

Mon doux amour de Raoul Mille

Comme un karatéka belge qui fait du cinéma de J.C. Lalumière

Faillir être flingué de Céline Minard

Ana Marija ne m'aimait pas de Lijljana Durovic

La preuve par le miel de Salwa Al Neimi

Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

Le maître bonsaï de Antoine Buéno

Coeurs multicolores de Eduard von Keyserling

Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît

Tirza de Ali Abassi

"ICI" de Christine Van Acker

Les hommes forts de Georges Magnane

La mauvaise pente de Chris Womersley

Le vicomte pourfendu de Italo Calvino

Le verrou de Laetitia Kermel

Un privé à bas bilan d'Eric DEJAEGER

Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre

De Goupil à Margot de Louis Pergaud

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet

Les aphorismes selon André STAS

La cloche de détresse de Sylvia Plath

L'automne des incompris de Hugo Ehrhard

 

L'audience de Oriane Joncourt Galignani

Matin perdu de Vergilio Ferreira

Willenbrock de Christoph Hein

"14" de JEAN ECHENOZ

Pereira prétend de Antonio Tabucchi

Première neige sur le Mont Fugi de Yasunari Kawabata

J'ai eu des nuits ridicules d'Anna ROZEN

Cannibales de Mahi Binebine

Les trois lumières de Claire Keegan

L'ironie du sort de Didier da Sylva

Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

Un petit nuage de James Joyce

Le trône d'Adoulis de Glen W. Bowersock

L'echappée de Valentine Gobi

Le cuisinier de Talleyrand de J.Christophe Duchon-Duris

Nue de Jean-Philippe Toussaint

Tristano meurt d'Antonio Tabucchi

La claire fontaine de David Bosc

Un certain sourire de Françoise Sagan

Le dynamiteur de Robert Louis Stevenson

Tu seras un raté, mon fils de Frédéric Ferney

Le démon avance toujours en ligne droite d'Eric Pessan

De l'influence du lancer de minibars sur l'engagement humanitaire de Marc Salbert

Création d'Antonia Susan Byatt

Histoire de la Grande Maison de Charif Majdalani

Une seconde vie de Dermot Bolger

Moi et toi de Nicolo Ammaniti

Du côté de Canaan de Sebastian Barry

Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

La mer, le matin de Margaret Mazzantini

Leon et Louise d'Alex Capus

La folie que c'est d'écrire d'Alexandra Bitouzet

Annabel de Kathleen Winter

La soudure d'Alain Guyard

L'important, c'est la sauce de Michel Thauvoye

Au nom de Sa Majesté de Laurent Graff

Autrefois le rivage de Paul Yoon

Parabole du failli de Lyonel Trouillot

Le génocide arménien de Michel Marian

Huit quartiers de roture de Henri Calet

La fraternité des atomes de Gauthier Hiernaux

Ma mémoire assassine de Kim Young-ha

Des jours en trop de Hassan Daoud

Elek Bacsik, un homme dans la nuit de Balval Ekel

Une pièce montée de Blandine Le Callet

22h22 de Denis Daniels

Prisonniers du ciel de James Lee Burke

Deux d'un coup de Liviu Rebreanu

L'accordéon de la mer et autres formes de Kim Myong-in

Les affligés de Chris Womersley

Mijn vater is groot de Dominique Watrin

Figurante de Dominique Pascaud

Petits plats de résistance de Pascale Pujol

Kokoro de Delphine Roux

L'envie de Iouri Olécha

Le Livre du thé de Kakuzo Okakura

La porte rouge de Valentine Goby

Histoire de Milad de Rafik Schami

A l'enseigne des coeur épris de Jean-François Pigeat

Le p'tit cheval de retour de Michel Audiard

Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic

Ce qui reste de Rachid O.

Fuir de Jean-Philippe Toussaint

Le bunker de Balval Ekel

Dictionnaire de trois fois rien de Marc-Emile Thinez

Ozu de Marce Pautrel

Kinderzimmer de Valentine Goby

Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque

Confidences et solitudes de plus en plus courtes de Thierry Radière

L'équation du nénuphar de Pascale Petit

La mort et la belle vie de Richard Hugo

L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

L'or de Blaise Cendrars

Tant et tant de chevaux de Luiz Ruffato

Le dieu du tourment de Hugo Ehrhard

Un peu plus bas vers la terre de Renaud Cerqueux

Après l'orage de Selva Almada

Le bunker - premier témoignage - de Thierry Radière

Nosaka aime les chats de Akiyuki Nosaka

Mon amour pour la vie en moi de Gérard Sendrey

La pluie ébahie de Mia Couto

Animots de Jean Jacques Marimbert

Le Bateau-usine de Kobayashi  Takiji

Fausse route de Pierre Mérindol

Il est minuit Monsieur K de Patrice Franceschi

Les demeurées de Jeanne Benameur

Les effrois de la glace et des ténèbres de Christoph Ransmayr

La dénonciation de Bandi

Toujours plus à l'Est de Benjamin Pelletier

Toutes les choses de notre vie de Hwang Sok-Yong

L'amour en super 8 de Chefdeville

Le bouffon de la montagne de Christophe Bigot

Bestiolerie potagère de Louis Bubost

Jardin de printemps de Shibasaki Tomoka

Les lièvres de jade d'Eric Allard et Denys-Louis Colaux

Allons z'enfants d'Yves Gibeau

Sympa de Alain Schifres

La concessions française de Xiao Bai

Call-Boy de Ira Ishida

Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Tête dure de Francesco Pittau

Bleu de travail de Thomas Vinau

Les enfants du grand jardin de Carine-Laure Desguin

Adriana de Théodora Dimova

Copies de Thierry Radière

Un ours qui danse de Vincent Jolit

Métamorphose d'un crabe de Sylvie Dazy

La semaine des martyrs de Gilles Sebhan

Comment apprendre à s'aimer de Motoya Yukiko

Bonneville de Laurent Saulnier

Le jardin Arc-en-Ciel de Ito Ogawa

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki

Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy

Le petit oeuvre poétique de Claude Louis-Combet

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de Imre Kertész

La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney

Soudain j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami

L'argent de Charles Péguy

Narayama de Schichiro Fukazawa

La mer noire de Kéthévace Davrichewy

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:48
Un serpent à Alemdag de Sait Faik Abasiyanik

Au moment où la Turquie s’agitent, j’ai lu ce recueil de nouvelles publié il y a déjà bien longtemps juste avant la mort de l’auteur décédé prématurément. Un hommage à la ville d’Istambul et au petit peuple qui en anime les rues.

 

 

 

Un serpent à Alemdag

    Sait Faik Abasiyanik (1906 – 1954)

 

 

Sait Faik Abasiyanik est surtout connu pour ses nouvelles dont ce recueil publié l’année de sa mort en 1954, à l’âge de quarante-huit ans. Dans ces textes, selon le préfacier, le grand écrivain Nedim Gürsel lui-même, « Sait Faik… est au sommet de son art », « …tel le peintre qui, sur ses dernières toiles, ne s’embarrasse plus guère des contours mais fait primer la couleur, le mouvement et le rythme, Sait Faik déploie son petit monde de perdants… dans un carrousel grinçant et fascinant.

 

J’ai lu ces nouvelles souvent très réalistes, parfois un peu fantastiques, par moment métaphoriques, présentées comme un bel exercice littéraire et principalement comme un hommage à la ville d’Istanbul et au petit peuple de ses rues. « J’adore les noms de quartiers d’Istanbul.  Certains sont si beaux. Même s’ils sont faux et mensongers, il suffit de les évoquer, aussitôt votre imagination se déclenche, des souvenirs de provenances différentes s’agglomèrent, un film se déroule dans l’obscurité de votre cerveau. »  A priori, il ne semble pas y avoir un réel fil rouge entre les textes rassemblés dans ce recueil mais, en avançant dans la lecture, on sent bien cet amour de l’auteur pour cette ville, pour les pauvres bougres qui animent les rues, souvent victimes des aléas de la vie ou plus simplement des puissants. Nombre de ces histoires inventées par Sait Faik se déroulent dans la rue ou dans les tavernes où l’auteur semble aimer séjourner, là où le petit peuple stambouliote, fort composite des années cinquante, se débat en butte à la normalisation kémaliste.

 

C’est toute la vie grouillante d’Istanbul qui se déploie dans les pages de ce recueil et comme dans le quartier de Dolapdéré, « On croise aussi l’odeur des côtes d’agneau et la faim, le raki, l’amour, la passion, le bien et le mal incarnés », ce qui fait la richesse et le malheur de la ville et donne cette saveur si particulière aux textes de Sait Faik. L’auteur est mort trop jeune mais on sent qu’il a déjà accumulé beaucoup de sagesse et de scepticisme devant les réformes en cours. Il n’omet pas de stigmatiser la paresse, les effets pervers des fortunes trop vite acquises, les spéculations tendancieuses, les violences gratuites, … rappelant avec nostalgie la tolérance d’autrefois, suggérant l’amitié, la simplicité et les valeurs morales qui permettaient une vie en bonne intelligence.

 

Et lui, comme beaucoup de malheureux errant sur les boulevards, « Tous avec leur sort et eux-mêmes sur le dos. Seuls, seuls. Même quand ils dorment avec une femme, seuls », il se sent seul,  très seul, se rappelant le bon vieux temps de la vie en famille. « Plus je vois mon ancien ami, plus je pense à la solidité de certains liens familiaux… » Au final un recueil littéraire à lire avec attention, un tableau animé de la ville d’Istambul, une leçon de morale à peine masquée, un certain désespoir nostalgique et aussi un petit coup de griffe pour ceux qui détenaient le pouvoir à cette époque.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 07:48
Narayama de Schichiro  Fukazawa
Narayama de Schichiro  Fukazawa

Au moment où le Festival de Cannes décerne sa célèbre Palme d’Or, je voudrais vous proposer la lecture de la célèbre nouvelle de Schichirô Fukazawa à l’origine du plus célèbre encore film de Shohei Imamura : "La Ballade de Nartayama " qui a obtenu la fameuse palme en 1983.

 

 

Etude à propos des chansons de Narayama

Schichirô Fukazawa (1914 – 1987)

 

 

« Narayama », rien qu’en voyant ce seul mot en guise de titre sur un ouvrage poussiéreux lors d’une vente de livres d’occasion, ma mémoire s’est mise en éveil et j’ai pensé à ce film japonais racontant l’histoire du voyage dans la montagne accompli par des vieux pour fuir la vie. Ce film avait eu un grand succès, il y a bien longtemps, quand j’étais encore jeune. J’ai donc lu ce livre écrit par Shichirô Fukazawa, un écrivain japonais qui connut un succès mondial avec cette nouvelle portée au cinéma pour le plus grand bonheur de ses auteurs et des spectateurs. Fukazawa est un cas un peu particulier dans la littérature nippone, ce n’est pas un intellectuel, il est né dans une province très pauvre au cœur du Japon. Une région tellement pauvre que la plus grande préoccupation de ses habitants est la répartition de la nourriture, elle fournit d’ailleurs la trame de cette nouvelle. L’auteur est un homme du terroir, attaché à sa terre et à ses habitants, il écrit plus avec son cœur qu’avec son esprit, son texte est peut-être un peu simple mais il est tellement émouvant.

 

Dans une famille où vivent la grand-mère et son fils veuf avec ses enfants, l’aïeule sait bien qu’un jour il faudra qu’elle laisse sa place, quand son fils trouvera une nouvelle épouse pour le seconder. Dans le  "village d’en face", un accident laisse une veuve qui fera tout à fait l’affaire, elle vient donc vivre à la maison mais le petit-fils décide lui aussi de prendre pour femme la fille qu’il a engrossée, la grand-mère comprend alors que le moment est venu pour elle d’accomplir le pèlerinage de Narayama, la plus haute montagne de la région, le dieu tutélaire des villages alentours.  L’hiver sera rude et il y a trop de bouches à nourrir dans la maison.

 

Ce texte est tiré de vieux contes et de légendes de la région natale de l’auteur qui présente même la partition de la fameuse Ballade de Narayama en fin de cet ouvrage. Il s’appuie particulièrement sur un conte très connu au Japon dont l’auteur cite de nombreux extraits tout au long de son récit. Ces textes ancestraux appartiennent à la tradition orale qui perpétue les us et coutumes locaux depuis des siècles, la région étant pauvre et isolée, l’écriture n’est devenue qu’assez tardivement le moyen de communication commun à tous. Lors des fêtes, la forme orale permet à chacun d’ajouter un couplet personnel à une chanson pour décrire, narguer, glorifier un personnage ou pour simplement perpétuer un événement remarquable. Ainsi, l’auteur a tenu, à plusieurs occasions, à préciser que le fameux pèlerinage de Narayama n’avait aucun fondement culturel, cultuel, social ou autre, que ce n’était probablement que l’héritage d’un pamphlet oral datant de siècles anciens.

 

Il reste néanmoins qu’après le succès mondial de cette nouvelle et celui du film qui en a été tirée, la Ballade de Narayama est devenue un mythe mondial et que Fukazawa restera à tout jamais comme l’un des grands maîtres de la littérature nippone.

 

 

" A la montagne de derrière irons-nous abandonner la vieille

Mais de derrière même un crabe reviendrais en rampant. "

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

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