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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:40
Photos Yves Barguillet

Photos Yves Barguillet

 

Situé sur une colline qui domine le golfe de Tunis, Carthage a joué un rôle de premier plan dans l’antiquité et en conserve des vestiges qui n’ont cessé de nourrir l’imaginaire universel. Ne s’agit-il pas de l’un des centres les plus brillants de la civilisation africo-romaine ?

 

Carthage, au temps de la grandeur romaine, fut l’une des cinq capitales de l’Empire avec Rome, Constantinople, Antioche et Alexandrie.  Elle fut fondée par une princesse phénicienne, sœur de Pygmalion, du nom d’Elisa-Didon qui, pour échapper à la tyrannie de son frère, s’était enfuie à la tête d’une petite flotte et, après deux années d’errance, s’était installée sur la lagune de terre qui bordait le lac de Tunis, alors navigable. La légende veut qu’en ce lieu elle fonda la ville, mais, contrainte d’épouser un prince autochtone afin de gagner la bienveillance des habitants et établir l’alliance entre l’envahisseur et l’indigène, elle prétexta qu’il lui fallait d’abord rompre les liens d’un précédent hymen, fit élever un bûcher et s’y précipita, s’immolant plutôt que de lier son sort à un homme qui ne partageait pas ses croyances. Ainsi allait s’élever au fil des siècles une ville-Etat qui, à l’exemple de Didon, ne manquerait ni de panache, ni de fierté, ni de grandeur.

 

Carthage ferait trembler et pâlir d’envie les pays qui bordent la Méditerranée ; elle exercerait son pouvoir jusque sur l’Espagne, la Sardaigne, la Sicile, l’Italie, la Grèce, succomberait et renaîtrait cent fois sous les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabo-musulmans, les Croisés, les Espagnols, les Turcs, les Français ; vieille d’un passé de trois mille ans et riche d’une épopée prestigieuse dont le crépuscule ne parvient pas à dissiper les dernières lueurs, elle reste presque, à l’égale de Rome, une ville éternelle.

 

A la Carthage punique d’Hannon, qui avait été reine des mers, avait succédé celle d’Hannibal, maîtresse du monde, puis celle d’Auguste, capitale de l’Africa pro-consulaire, enfin, après la Carthage de saint Augustin qui avait promu la cité de Dieu, elle était devenue vandale pendant un siècle, byzantine avec Bélisaire, avait été conquise par les Arabes qui lui préférèrent Tunis.

 

Pour le visiteur qui s’attarde sur les lieux de la Carthage ancienne, il est émouvant d’essayer de les imaginer dans leurs différentes configurations, dont le temps les a passagèrement revêtues. Le sol est encore marqué de ces strates qui relatent l’histoire des hommes, leurs combats, leurs victoires, leurs défaites, leurs audaces, leurs croyances, leurs errements. Ainsi la colline de Byrsa, mot phénicien qui signifie « lieu fortifié », était-elle couronnée à l’époque punique par les temples du dieu Echmoun, à l’époque romaine par un monument dédié à la triade Jupiter-Junon-Minerve, au temps d’Auguste par une mosaïque figurant des monstres sans tête ou sans membre, qui intriguait à ce point les badauds qu’ils se pressaient autour d’elle et que saint Augustin, saisi lui-même d’étonnement, en parle dans ses écrits. Ainsi se succédèrent les sanctuaires, tantôt religieux, tantôt païens, comme si le monde ne cessait d’osciller entre ces deux pôles, de s’user entre l'espérance et le désespoir, la foi et le doute, la grandeur et la misère, le durable et l’éphémère. Oui, les hommes ont écrit ici une page mémorable qui leur ressemble, pleine d’effusion et d’indifférence, de douleur et de volupté, d’agitation et d’apaisement.

 

Le port fut longtemps dominé par deux colonnes ioniques qui donnaient à la circonférence constituée par le bassin principal l’aspect d’un portique et voyait accoster les navires marchands, tandis que se croisaient dans les avenues bordées de villas, de temples et de palais, une population cosmopolite. Depuis l’esplanade, on discerne toujours au loin une chaîne de reliefs qui barre l’horizon au sud-est. C’est sur l’un de ces versants que la ville avait été édifiée à l’origine. L’agglomération s’étendit ensuite  jusqu’aux rives de la Béhéra, lac salé qui baigne la presqu’île de Carthage. Au-delà, une zone de jardins et de verdure et, sur la bande de terre lagunaire qui sépare le lac de la mer, le port de la Goulette. Après la chute de Carthage, ce site avait toujours conservé une importance stratégique. En 1535, il avait été annexé par Charles-Quint qui y avait établi de puissantes fortifications et en avait fait sa base maritime pour dominer l'ensemble de la Méditerranée.

 

hannibal.jpg     Hannibal

 

C'est également à Carthage en 203 qu'avaient été livrées aux fauves Perpétue et sa servante Félicité. On suppose que leurs corps furent inhumés dans la basilica majorum dont, hélas !, il ne reste que des vestiges épars. Au temps d'Hamilcar, père d'Hannibal, le lieu se nommait Mégara et était bâti à l'emplacement des citernes romaines alimentées par l'aqueduc qu'avait fait construire l'empereur Hadrien. Dans ce voisinage se trouvait la sépulture d'un autre martyr saint Cyprien, sur laquelle avait été élevée une imposante basilique à sept nefs, qui se terminait par une abside encadrée de deux sacristies. Parmi les bouquets de cyprès, il faut se représenter les monuments d'alors : les églises abondamment décorées, les cathédrales imposantes dont les voûtes reposaient sur des colonnes en marbre, les palais aux salles circulaires ouvrant sur des patios, les chapelles tréflées, les atriums en hémicycle entourés de portiques, les stèles votives, les nécropoles, les fontaines peuplées de statues, les thermes aux gigantesques chapiteaux corinthiens, enfin les citernes aux bas-reliefs frappés de têtes d'empereurs et de déesses.

 

Aujourd'hui, il ne reste que des ruines magnifiques qui se détachent sur le bleu du ciel, symphonie qui mêle la lumière, la mer, les reliefs que l'on devine dans la brume et la minéralité du passé sculptée par le vent et la pluie. Il y a là une ordonnance magistrale comme si le passé s'était juste  assoupi, tout prêt à renaître comme une fabuleuse légende inoubliée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Carthage, ville éternelle
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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 09:05

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Colmar n'a rien à envier à sa prestigieuse rivale Strasbourg, car elle est une ville également belle, riche d'une architecture d'exception et ayant sa "petite Venise" comme l'autre a sa "petite France". On ne peut que les unir dans une égale admiration et se féliciter que l'une et l'autre aient su préserver et entretenir leur patrimoine et nous l'offrir de la façon la plus ludique et la plus séduisante. Dès l'abord, la ville vous requiert, vous envoûte par son charme, ses canaux, ses demeures à colombages, ses fontaines, ses monuments, ses géraniums aux balcons qui disent son appartenance à l'Alsace. Ni les guerres, ni le temps ne paraissent avoir eu prise sur elle. Elle reste confondante de beauté et sa gastronomie est à l'égale de son apparence : d'aussi rare qualité. Tout est réuni pour faire de notre visite un moment inoubliable et qui perdurera dans nos mémoires. C'est entre le Xème et le début du XIIIème siècle qu'il faut citer le premier accroissement important de ce qui n'était auparavant qu'un gros bourg. Colmar est d'abord une cité municipale avant de passer sous la dépendance directe de l'Empereur. En 1278, Rodolphe de Hasbourg accorde à la ville une constitution municipale, si bien qu'elle va bientôt compter parmi les dix villes impériales de la Décapole et s'affirmer comme une grand centre artistique, cela grâce à la création de nombreux ateliers réputés pour avoir développé la peinture de chevalet et produit les fameux panneaux peints du "gothique tardif". Après les vicissitudes de la guerre de Trente ans et la pénétration de la Réforme protestante, Colmar va gagner le giron de la monarchie française et en obtenir quelques privilèges. L'arrivée en 1698 des Jésuites d'Ensisheim, qui s'installent dans le prieuré Saint-Pierre, montre la volonté royale de redonner à l'église catholique un rôle de premier plan. Après la Révolution, Colmar s'intègre encore davantage dans l'administration française. L'urbanisme de l'annexion de la période allemande de 1870 à 1918 transforme l'aspect de certaines rues et places mais sans rompre les harmonies du passé. Les transformations de XIXème siècle et les luttes des deux guerres mondiales ne l'ayant pas déparée, c'est avec un héritage brillant que Colmar connaît depuis 1945 un rayonnement indiscutable.

 

 

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Après avoir flâné dans la "petite Venise" qui allie les panoramas les plus attrayants et sollicite sans cesse votre viseur photographique, nous parcourons la célèbre rue des Marchands et ses maisons pittoresques avec leurs soubassements en pierre, leurs portes moulurées, quelquefois cintrées, et leurs étages à colombages et souvent à encorbellements. L'une des plus fameuses est la maison Pfister du XVI ème en grès de Rouffach, avec un très bel oriel d'angle. Cet édifice est remarquable par le décor peint très en vogue à l'époque et qui en exprime bien les goûts humanistes, puisque son iconographie associe les thèmes bibliques à des figures allégoriques comme celles de l'amour, de la justice, de la tempérance et même quelques représentations d'empereurs. Plus loin la maison des têtes, dans la rue qui porte son nom, retient l'attention par son pignon à volutes et l'ordonnance de sa façade aux fenêtres à meneaux. S'ajoute à cela une profusion d'éléments décoratifs - cariatides, têtes et masques grimaçants - d'une incroyable finesse d'exécution. Nous poursuivons notre visite par la collégiale Saint-Martin, bel exemple de l'art gothique dans le Haut-Rhin. Des fouilles récentes ont révélé la présence d'une église dès le XIème siècle. A l'intérieur, je tombe en admiration devant les consoles sculptées représentant la Passion du Christ avec un réalisme touchant et un art accompli aussi bien dans les détails que dans les expressions des visages. La place en elle-même a beaucoup d'élégance et permet de contempler un ensemble architectural de grand renom avec la toiture polychrome de la cathédrale et l'admirable maison Adolph dont la richesse ornementale se caractérise par l'emploi de motifs décoratifs et des ferronneries disposées en frise sur la loggia.

 

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             La collégiale Saint-Martin                                               La maison Pfister

 

Le Koïfhus ou "ancienne douane" nous subjugue à son tour, vaste édifice à deux niveaux surmonté d'une haute toiture en tuiles bicolores coiffant une jolie galerie de bois, débordante de fleurs. Quel décor urbain peut être plus séduisant ? Peu en somme ! Et on s'imagine combien l'ensemble devait être harmonieux lorsque les automobiles et les nuisances modernes ne venaient parfois en rompre l'ordonnance et vous empêcher de photographier une maison ou une rue selon l'angle le mieux adapté.  Colmar est incontestablement une ville d'artistes et nombreux sont ceux qui y sont nés ou y ont travaillé. Ainsi Martin Shongauer ( 1445 - 1491 ) y a exécuté presque toute son oeuvre peinte ( retables ) qui fut admirée par Dürer et les artistes de la Renaissance, dont "La vierge au buisson de roses"  ( 1473 ), visible dans l'église des Dominicains où l'artiste représente la Vierge tenant l'enfant, assise sur un banc de gazon, devant un fond de rosiers où volettent des oiseaux. L'auteur a su associer à la tendresse du motif, la force d'un ensemble monumental qui est un des chefs-d'oeuvre de la fin du Moyen-Age. Dans l'ancien couvent des Dominicaines d'Unterlinden, c'est le retable d'Issenheim, polyptyque peint par Grünewald, que l'on peut admirer. Ces peintures ont été réalisées vers 1512-1516. Le caractère précieux et exceptionnel de cet ensemble, désormais présenté par volets pour éviter les manipulations régulières trop dangereuses, vous laisse pantois tant l'ampleur peinte et sculptée est une véritable perfection. On imagine la vision qu'offrait la première ouverture du retable où se succèdent l'Annonciation, la Nativité, la Crucifixion, le concert des Anges et la Résurrection. La deuxième ouverture permettait de contempler les deux autres volets peints, la Visite de saint Antoine à saint Paul et la tentation de saint Antoine qui encadraient les sculptures centrales.

 

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    La Vierge au buisson de roses                         Le Koïfhus et son balcon fleuri

 

Plus tard, Auguste Bartholdi (1834 - 1904) y naîtra à son tour - dans une demeure devenue musée Bartholdi - et recevra de nombreuses commandes des provinces françaises et de l'étranger. On lui doit, entre autres réalisations, le Lion de Belfort et la statue de la Liberté  à l'entrée du port de New-York. Né lui aussi à Colmar, l'écrivain et aquarelliste Jean-Jacques Waltz dit Hansi ( 1872 - 1951 ). Son crayon vengeur, qui se faisait volontiers caricatural à l'égard de l'occupant allemand, savait se faire tendre, amusé et poétique dès qu'il s'agissait de représenter le petit peuple alsacien, coloré, patriote et malicieux.

En général, la visite de Colmar se commence et s'achève par la "Petite Venise" dont on se plaît à longer les cours d'eau bordés de maison étroites, avec des étages à pans de bois, dont la plupart datent des XVIème et XVIIème siècles. Ce quartier, dit " des tanneurs", existait néanmoins dès 1209 et conserve encore certains vestiges, de vieilles enseignes, des ponts fortifiés, dont le pont sur la Lauch qui, dans le passé, était l'entrée de la ville. On l'appelait volontiers "le pont de l'abreuvoir" pour la simple raison que les maraîchers y abreuvaient leurs animaux dans la rivière qui coulait sous ses arches. Après des heures de marche ou de piétinement, un dîner dans une auberge ne sera pas un luxe superflu. Et, ici, les bonnes tables sont nombreuses ! Inutile de rappeler que la charcuterie entre dans la préparation de nombreux plats. A côté des saucisses de Strasbourg, jambons et pâtés, le presskopf, un fromage de tête de porc, côtoie le foie gras, grand seigneur de la gastronomie alsacienne. Également au menu, les volailles, le gibier et les poissons. Nous n'avons que l'embarras du choix entre le coq au riesling et la poularde aux morilles, la truite des Vosges au bleu et la carpe frite du Sundgau. Bien entendu, pas question de délaisser l'incontournable choucroute ou le baeckeofe, mélange de viandes de boeuf, porc, agneau ou cuisse d'oie marinées ensemble dans un vin blanc sec, sylvaner ou riesling, accompagné d'oignons, d'ail et d'un bouquet garni. A Colmar, comme dans toute l'Alsace, seront sollicités non seulement vos yeux, votre imagination, votre mémoire  devant la foisonnante diversité de son patrimoine mais vos papilles par son art de vivre si accompli.

 

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Strasbourg, la belle européenne      

 

Alsace : la route des vins        

 

Riquewihr

 

 

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P1080042.JPG  Le Koïfhus


 156205_une-femme-observe-le-retable-d-issenheim-de-matthias.jpg                               

       La Crucifixion de  Grünewald au couvent des Dominicaines d'Unterlinden

 

100228-1.JPG  Le concert des Anges

 

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 08:36
Giverny - La maison de Claude Monet

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Il y avait longtemps que je rêvais de visiter la maison et le jardin de Monet. Et bien que je demeure en Normandie, il se trouvait toujours une bonne raison, lorsque nous nous rendions à Paris et passions non loin de Giverny, de ne pas nous y arrêter parce que nous étions pressés, qu'il y avait les urgences et les impératifs, toute la panoplie qui nous fait trop souvent passer à côté de nos désirs. Et il est vrai qu'il est préférable de ne pas être pressé pour entrer dans l'univers de Monet, ce coin de charme et de verdure qu'il aménagea selon son goût et son inspiration entre champs quadrillés de haies et souples collines. Clos délicieux où il s'installera en 1883 avec ses deux fils et sa compagne Alice Hoschédé, mère de six enfants. Rien ne peut exprimer le sentiment de bien-être, l'envoûtement que l'on éprouve lorsqu'on aperçoit la maison rose aux volets verts disparaissant sous sa vêture de vigne-vierge et de roses dans un paysage parcouru par les eaux où croissent en abondance les iris sauvages, l'une des passions de Monet avec les pavots d'Orient. Et devant la demeure, la grande allée que le peintre se plaisait à emprunter, envahie de capucines, qui ouvre sur le jardin dans sa solennelle beauté champêtre et invite à la plus parfaite leçon de botanique qui soit. Car, ici, les fleurs semblent s'être données rendez-vous. Comme nous sommes mi-juin, il y a alentour, en une alliance incomparable de couleurs, les roses blanches, roses ou rouges qui s'enroulent ou s'épandent, formant une voûte ou s'arrondissant en corbeilles selon l'esthétique, la cadence et le rythme que le compositeur entendait leur donner. A Giverny, rien n'aura été planté au hasard, l'ordonnance des lieux répondant aux exigences du maître, car le chef-jardinier, bien qu'épaulé par deux hommes de l'art, ce fut toujours lui et son constant souci d'améliorer son oeuvre. " En-dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien " - disait-il.

 

 

Là-bas, les portiques de clématites succombent sous le poids de leur efflorescence, les lys, les ancolies, les pois de senteur s'égayent entre les allées, fleurs ordinaires et fleurs rares réunies en une savante alchimie de tons qui mêle les marguerites, les gueules de loup et les giroflées aux asters, aux nigelles de Damas et aux arbres à l'élégance fragile de Chine et du Japon. Et ces fleurs furent travaillées en une harmonie parfaite afin de composer, selon les saisons, un jardin tour à tour safrané, cramoisi, mordoré ou le jardin mauve qui avait tant impressionné Sacha Guitry. Mais le rôle de Monet n'était-il pas d'impressionner selon les déclinaisons les plus audacieuses et les plus sensibles ? 

 

 

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D'autant mieux que nous abordons le jardin des eaux dont le peintre fit l'acquisition en 1893 et où il entreprit le creusement du célèbre bassin aux nymphéas grâce à une prise directe dans l'Epte qu'il obtint du préfet de l'époque. Tout est dense autour de ce miroir tranquille bordé de graminées où l'oeil peut à loisir s'émerveiller. Les pivoines arbustives rendent l'endroit serein, tandis que, posées délicatement sur l'eau, les nymphéas ouvrent leurs corolles de nacre et d'opaline. Bambous, saules pleureurs, érable du Japon, agapanthes masquent les courbes des rives qu'enjambent les ponts dont les arches ravissaient le regard du peintre. Insatiable ce regard qui s'est exercé à tous les angles possibles et se consacre désormais à peindre la surface de l'onde et ce qui peut s'y refléter, étude obsessionnelle qui tente à saisir chaque nuance de lumière et son jeu permanent avec le végétal et le fluide. Monet aime tellement Giverny qu'il s'y fera enterrer dans un simple caveau auprès d'Alice disparue avant lui, ses fils, sa belle-fille Blanche et une partie de la famille Hoschédé.

 

 

Quant à la maison, spacieuse, claire et joliment meublée, il semble que les propriétaires l'aient quittée la veille. La table est mise, les lits faits, chaque objet est à sa place, on croit encore respirer l'odeur de térébenthine que dégagent les pinceaux ; les collections sont là elles aussi, dont les estampes japonaises, représentation de l'éphémère et de l'instant qui passe joyeux ou douloureux, sans oublier les pastels de Berthe Morisot, d'Edouard Manet, de Vuillard, les fidèles amis ; l'horloge égrenne les heures et on ne se lasse pas d'admirer le salon aussi mauve que les iris, lieu de bavardage aux meubles peints, la salle à manger jaune, tellement conviviale et gaie avec sa grande table accueillante aux familles nombreuses, la cuisine couverte de faïences bleues parce que cette couleur a, dit-on, le pouvoir d'éloigner les insectes et particulièrement les mouches, enfin, à l'étage, les chambres donnant sur le jardin où le soleil entre à flot en cette journée particulièrement clémente d'un mois de juin qui ne le fut guère. Et on s'attarde avec plaisir à contempler chaque recoin, à méditer dans l'atelier de l'artiste, un endroit confortable qu'après la construction de son second atelier, Monet transformera en salon et y accrochera les toiles dont il ne voulait pas se séparer. Celui aux nymphéas sera construit sur les ruines d'une masure à l'extrémité de la propriété, permettant au peintre de travailler en paix. Un système de vélum filtrait la lumière de façon à ne pas nuire à son oeil exigeant. Là, il disposait ses panneaux des nymphéas comme il entendait qu'ils le soient à l'Orangerie. Il y travaillera sans relâche jusqu'à son dernier souffle.

 

 

Oui, alentour, ce n'est vraiment qu'une symphonie printanière, un kaléidoscope qui mêle les harmonies les plus subtiles, les inclinaisons les plus douces, les reflets les plus tendres ou les plus vifs, les charmilles et les recoins les plus secrets. Aimable maison et admirable jardin qui sont le songe accompli d'un magicien génial. Claude Monet a composé ce lieu, où il vécut une quarantaine d'années, comme un rêveur éveillé qui marie la lumière et l'ombre, l'eau et le végétal en un univers hors du temps. On est entré dans le plus beau tableau jamais réalisé au point qu'il semble encore en suspens dans l'imaginaire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Giverny - La maison de Claude Monet
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 08:54
Photos Yves BARGUILLET

Photos Yves BARGUILLET

 

S’offrir un safari à quelques kilomètres de chez soi semble être un pari inconcevable et, pourtant, c’est ce que j’ai réalisé en compagnie de mon mari, immersion dans un monde animal d’une surprenante beauté et, ce, dans  le décor collineux de notre belle province. Un véritable enchantement de plusieurs heures qui nous a mis en présence d’un monde sauvage que l’on peut approcher sans crainte et qui semble sortir d’un paradis retrouvé, sans perdre pour autant une once de son authenticité. Oui, ils sont là les délicieux pandas roux, les ours à lunettes, les tigres blancs qui sont issus d’une mutation génétique du tigre du Bengale et leur progéniture, le calao papou, le rhinocéros indien, le tapir malais, l’émeu et le kangourou d’Australie,  le lion, auquel il faut 5kg de viande quotidiennement,  la hyène rayée, le sublime guépard, la panthère du Sri Lanka,  le bébé alpaga, le zèbre de plaine, l’élégante girafe, les nombreuses gazelles dont l’oryx et l’antilope cervicapre d’Inde, la tortue alligator, le loup blanc, le rat de Madagascar, le banteng d’Indonésie, la malicieuse mangouste, le potamochère, le bison d’Amérique, le macaque ouanderou, les hamadryas, le lémurien maki catta, le tamarin pinché, les ouistitis d’Amérique, enfin, pour ne pas user votre patience, les oiseaux dont  les cacatoès blanc, les ibis rouges, le calao trompette, le perroquet Ara bleu et jaune, le goura de Scheepmaker qui est  fidèle en amour, le caïque maipouri, un petit perroquet à longue vie, l’amazone aux aile oranges sans oublier les chevaux appaloosas, montures des Indiens Nez-Percés.

 

Rhinocéros et guépardRhinocéros et guépard

Rhinocéros et guépard

Les tigres blancs :  la mère et ses petits âgés de 3 moisLes tigres blancs :  la mère et ses petits âgés de 3 mois

Les tigres blancs : la mère et ses petits âgés de 3 mois

Tapir terrestre et ours à lunetteTapir terrestre et ours à lunette

Tapir terrestre et ours à lunette

Kangourou roux d'Australie et nandou d'AmériqueKangourou roux d'Australie et nandou d'Amérique

Kangourou roux d'Australie et nandou d'Amérique

Alpagas ( leur réputation de cracheur n'est pas fondée...)Alpagas ( leur réputation de cracheur n'est pas fondée...)

Alpagas ( leur réputation de cracheur n'est pas fondée...)

Tant à voir, tant à admirer qu’en 4 heures nous n’avons pas pu tout photographier, aussi y retournerons-nous puisque ce paradis sauvage ne se trouve qu’à 34 kms de chez nous. Inutile de prendre l’avion pour vous dépayser, vous aurez au parc zoologique de CERZA, près de Lisieux, des lodges pour dormir, divers points de restauration et pourrez goûter à un dépaysement total, loin des bruits de la civilisation urbaine, auprès des 650 pensionnaires de ce lieu dépaysant qui contribue à l’enrichissement de nos savoirs en matière d’éthologie, de génétique, de médecine vétérinaire et, plus simplement, à notre compréhension du monde animal qui n’en finit pas de nous surprendre et de nous émerveiller.

 

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Macaque ouanderou ou macaque lion et lémurienMacaque ouanderou ou macaque lion et lémurien

Macaque ouanderou ou macaque lion et lémurien

Chevaux appoloosas et panda couché dans un arbreChevaux appoloosas et panda couché dans un arbre

Chevaux appoloosas et panda couché dans un arbre

Cacatoès blanc et ibis rouges
Cacatoès blanc et ibis rouges

Cacatoès blanc et ibis rouges

Mangouste et girafeMangouste et girafe

Mangouste et girafe

Le capybara, rongeur le plus gros du monde, et bison d'Amérique.Le capybara, rongeur le plus gros du monde, et bison d'Amérique.

Le capybara, rongeur le plus gros du monde, et bison d'Amérique.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 10:22
Calvi et la baie de Girolata
Calvi et la baie de Girolata

Calvi et la baie de Girolata

Les Français vont chercher souvent très loin des îles qui, pour la plupart, n’égaleront jamais celle qui se trouve à quelques encablures de notre littoral méditerranéen et offre, à l’envi, une diversité de paysages exceptionnelle et un climat quasi idéal. Et surtout que vous soyez amateur de mer ou de montagne, elle mettra à votre disposition des sites dans les deux appartenances, comblant, au-delà de vos espérances,  vos désirs les plus chers. La « Bella Corsica » est une terre incomparable qui réserve à chacun une surenchère de surprises, de découvertes, de richesses naturelles en mesure de satisfaire les plus exigeants. A coup sûr, vous ne serez pas déçu par le voyage et, que vous abordiez la Corse par bateau ou par avion, vous vous préparez un voyage ou des vacances de rêve.

 

 

Ces vacances ont été longtemps les nôtres, à l’époque où nos enfants, encore jeunes, nous accompagnaient ainsi que des amis, et nous nous établissions tous dans une pension de famille entre Calvi et Ajaccio, non loin des fameuses calanques de Piana qui évoquent le Colorado et l’inoubliable baie de Girolata qui semble dissimuler encore quelques corsaires oubliés par le temps.

 

 

Ah ! les plages sauvages, les baies découpées dans le granit de la côte, les montagnes qui dévalent pour venir mourir au bord d’une eau turquoise, les criques où il fait si bon se baigner loin des regards, les sentiers  qui s’égarent au cœur du maquis touffu et épineux et embaument le genévrier, la ciste, le romarin, le thym, la myrte, le lentisque, car, ici, la terre est odorante, oui, l’enchantement est permanent et, à tout cela, s’ajoutent les lumières méditerranéennes, leur intensité, leur ferveur, leurs déclinaisons qui ne cessent qu’avec l’accord impérial des couchers de soleil. Sur la côte ouest, ils sont sublimes…

 

 

Voilà une île qui aura su tenir à distance, d’une poigne vigoureuse, les promoteurs immobiliers et leur bétonnage criminel, leur livrant une guerre sans merci afin de protéger son incomparable patrimoine naturel, son style de vie, ses coutumes ancestrales, son autonomie farouche, si bien que vous êtes en présence d’un pays authentique marqué par un passé illustre, des traditions immuables et un art de vivre qui ne craint pas de s’affirmer haut et fort. Oui, la Corse a du caractère, du tempérament et entend bien le faire savoir. Il faut la mériter, la séduire, tant elle est belle à damner les cœurs et captivante au point de conquérir les plus réticents.

 

 

Ce que je vous conseille de faire est le tour de l’île en voiture. Je l’ai fait moi-même et c’est une aventure assurée et inoubliable qui vous vaudra quelques émotions car les routes côtières sont étroites, difficiles, surtout si vous croisez des camions, mais époustouflantes de beauté. Tout ce que la nature peut offrir de plus pittoresque est à portée de regard. Et, non seulement vous serez convaincu que la Corse est inégalable mais que c’est une terre d’une diversité stupéfiante. Voilà pour les paysages côtiers. Mais ceux de montagne sont tout aussi grandioses. Des vallées profondes, où la végétation s’accroche encore, aux arêtes supérieures, aux cimes altières et aux neiges quasi éternelles, vous côtoierez des territoires qui flirtent avec le ciel et les nuages et vous envelopperont dans leur silence. Quelques troupeaux de chèvres sauvages se rencontrent dans les premiers contreforts qui servent d’appui aux chaînes principales, des cochons noirs s’égayent dans les épaisses forêts de mélèzes, puis vient le face à face avec le dépouillement minéral des sommets et les vues panoramiques qui, si le temps est dégagé, vous proposent des visions à couper le souffle, au point que vous pourriez les prendre pour des mirages. Au loin, n’est-ce pas des massifs, des plateaux, des vallées qui se succèdent, se superposent, se déploient dans une merveilleuse harmonie et la mer, toujours la mer qui encercle et dénude. Oh bella Corsica !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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BELLA CORSICA !
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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 10:53
Le rêve de Capri
Le rêve de Capri

Capri est, par excellence, l’île qui fait rêver. Placée dans l’une des plus belles baies du monde, elle réunit les caractéristiques qui ne peuvent manquer de séduire le regard, une mer bleue turquoise, une série de collines onduleuses, des falaises abruptes, des criques féeriques, des péninsules offrant des panoramas inoubliables, des roches gigantesques qui émergent de l’eau avec majesté, les tonalités de mille fleurs, des couchers de soleil somptueux, des villages pittoresques, des vestiges antiques ; oui, cette île a été choisie et aimée depuis que l’homme est apparu sur terre tant il est vrai que le climat, toujours doux et  sec, a favorisé une végétation basse et touffue à laquelle se sont mêlées, au cours des siècles, celles de la vigne, de l’olivier et des agrumes que l’homme s’est toujours plu à cultiver. Les bateaux, venant de Naples ou de Sorrente, accostent normalement à Marina Grande, troisième centre de l’île en nombre d’habitants après Capri et Anacapri. C’est là que se trouvent les quelques vestiges du Palais de l’empereur Auguste et les majestueuses ruines des Bains de Tibère, l’ensemble bordé de villas et de jardins odorants où il semble que le temps se soit arrêté, figé par l’harmonie prodigieuse du site ; maisons blanches, ciel bleu, lointains voilés par l’intensité éblouissante de la lumière diurne.

 

Les recherches menées sur les ruines antiques laissent penser que le complexe balnéaire, construit à l’époque d’Auguste et probablement modernisé et agrandi durant le règne de Tibère, son successeur, était composé d’importants ouvrages aux parois revêtues de marbres précieux. On imagine que l’île, encore peu peuplée, devait être alors un promontoire idéal, culminant à 589 m de hauteur, composé essentiellement de jardins et de vergers. Plus contemporains, les magnifiques jardins publics situés à pic sur la mer près de la Chartreuse de St Jacques furent réalisés à la fin du XIXe et au début du XXe par Auguste Krupp, un riche industriel allemand. La végétation luxuriante d’arbres et les plates-bandes fleuries et décorées  de belles statues font de ce lieu l’un des plus enchanteurs qui soit. C’est Krupp, encore, qui voulut la construction du magnifique chemin qui grimpe et serpente sur  1km 350 et va des Jardins d’Auguste à la Marina Piccola en une suite de points de vue inoubliables sue l’île et la mer, la pointe de Tragara et les fameuses Roches des Faraglioni. Malaparte, l’écrivain italien, fut lui aussi, comme Rainer Maria Rilke en son temps, un amoureux de Capri et fit construire sur la Pointe Masullo une villa « qui lui ressemble » de par son architecture originale. La maison, élevée entre 1938 et 1949, se détache nettement des constructions typiques de l’île. Entourée d’une pinède, elle présente un corps de logis, sur deux niveaux, peint en rouge vif, allongé sur la mer et articulé autour de l’escalier scénographique qui conduit au solarium. C’est là que fut tourné « Le mépris » de Jean-Luc Godard avec Bardot et Piccoli, d’après le roman d’Alberto Moravia. 

La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel
La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel

La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel

Villa Saint-Michel
Villa Saint-Michel

Villa Saint-Michel

La villa Joris, villa romaine la plus imposante de l’île, s’étend sur une superficie de 6000m2 et fut commandée par l’empereur Tibère, bien que certains vestiges plus anciens laissent supposer qu’Auguste avait déjà trouvé le site idéal. Les différentes pièces de la villa, qui occupait probablement 4 étages, étaient organisées autour d’un vaste espace destiné à recueillir les eaux de pluie. Les appartements réservés à l’empereur étaient séparés du reste de l’édifice, édifice conçu à pic sur la mer, et ouvraient sur un panorama splendide dans la zone où la vue du Golfe de Naples est la plus spectaculaire.

 

Entouré d’oliviers et de vignes, Anacapri, seconde agglomération de l’île, est un paisible village parcouru de petites rues agréables qui s’enfoncent jusque dans le centre historique et invitent à en découvrir le charme accueillant, ainsi que le luxe de nombre de ses boutiques dont les griffes rappellent volontiers l’avenue Montaigne à Paris. Au XIXe siècle, et durant la première moitié du XXe, Anacapri accueillit beaucoup d’artistes et d’intellectuels attirés, comme la reine de Suède, par la poésie et la splendeur des lieux. Il y eut Axel Munthe, un médecin suédois philanthrope qui, fasciné par la beauté de Capri, y séjourna à de nombreuses reprises et fit élever la villa Saint-Michel. Il s’y entoura d’antiquités, vestiges découverts pour la plupart sur place, dont un buste de Tibère et un Hermès au repos, qui nous rappellent combien les empereurs romains aimèrent cette île.

 

A Capri, on entre dans une fête des sens qui est de tous les temps mais aussi hors du temps, puisqu’elle les résume tous. Les parfums vous étourdissent, les points de vue vous donnent une idée de ce que pourrait être le Paradis, les lumières distribuent les reliefs et leur confèrent une acuité rare. Les yeux, les narines vous assurent déjà une incroyable ivresse. Seule la foule est un peu gênante. Ici, on aimerait la solitude qui incite naturellement à la contemplation. Mais en septembre, moment où nous y étions, cela est difficile. L’île atteint alors un paroxysme de splendeur avec ses couleurs intenses, son éclat puissant à l’heure méridienne. Et impossible de venir à Capri sans embarquer pour une promenade en mer afin de visiter les grottes de l’Arc et des Fougères et la fameuse grotte Verte pour sa couleur émeraude. Passé la Pointe de Vetereto, une petite ouverture donne accès à la Grotte Bleue traversée de lueurs cristallines. On poursuit la navigation le long de la côte nord toujours plus abrupte avec ses roches imposantes en à plomb et les ruines des Bains de Tibère, avant d’arriver de nouveau à Marina Grande. Au coucher du soleil, lent et grandiose, les paysages marins atteignent une fulgurance qui mêle, en une fusion magistrale, le ciel et l’eau. La journée s’achève. On entend sonner les cloches des églises, les boutiques reçoivent leurs derniers clients et les restaurants s’animent. Les tables avec leurs nappes blanches sont dressées sous les charmilles parmi la diversité de la végétation qui unie le myrte, les lentisques, les œillets, les euphorbes, les lauriers roses, les acanthes épineuses et le genévrier. C'est le rêve de Capri.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Place du village d'Anacapri et grotte Bleue
Place du village d'Anacapri et grotte Bleue

Place du village d'Anacapri et grotte Bleue

Le rêve de Capri
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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 08:00
Villequier et la maison Hugo-Vacquerie  et l'abbaye de Saint-Wandrille
Villequier et la maison Hugo-Vacquerie  et l'abbaye de Saint-Wandrille

Villequier et la maison Hugo-Vacquerie et l'abbaye de Saint-Wandrille

Alors que la saison enflamme les forêts et voit les lumières se voiler comme une lampe sous son abat-jour, j'avais envie d'une promenade en Normandie et pourquoi pas à Villequier où, dans une boucle harmonieuse de la Seine, la famille Vacquerie possédait une résidence entourée d'un jardin, lieu devenu plus romantique que le nom de la famille Hugo s'est joint à celui des Vacquerie lors des épousailles de la jeune Léopoldine, fille aînée de Victor, avec Charles Vacquerie. Marié en février 1843, le jeune couple se noie le 4 septembre de la même année lors d'une promenade en barque aux alentours de leur maison. Celle-ci, neuve et mal lestée, s'était retournée et Léopoldine ne savait pas nager. Malgré les efforts de son mari pour tenter de la sauver, ils sombrèrent tous les deux. Ce drame liera étroitement les deux familles et Madame Hugo viendra souvent séjourner auprès de ses amis avec ses quatre enfants, d'autant que Léopoldine et son mari sont enterrés dans le cimetière voisin. Hugo, dont c'était sans doute l'enfant préférée écrira :

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends,
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne,
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo
La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo
La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo

La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo

Tout ici est beau. Le silence de ce petit village avec sa rue parallèle au fleuve, la Seine, au loin, déroulant son lent et long ruban gris ou bleu selon les endroits, cela dans une immuable douceur de vivre, son église avec sa nef en coque de navire renversée et ses vitraux du XVIe siècle, enfin son cimetière qui la ceint comme une couronne et où reposent, non seulement Léopoldine et son époux, mais Adèle, la femme de Victor Hugo, et sa plus jeune fille morte en 1915 dans un asile où elle était internée depuis de longues années. On aime à s'attarder sur un banc pour voir couler le fleuve aux courbes paresseuses avec, au loin, quelques falaises blanches et les hêtraies touffues appuyées à des vallons qui forment depuis la nuit des temps un paysage inchangé.

 

Non loin se trouve l'abbaye de Saint-Wandrille, haut lieu touristique, fondée au VIIe siècle par un ministre du roi Dagobert épris de solitude, qui souhaitait se retirer en un endroit propice au recueillement et à la prière. Il fixera son choix sur ce paysage de prairies et forêts où tout semble s'harmoniser pour transmettre à chacun la plus parfaite sérénité. Au XIIIe siècle, l'abbaye connut son apogée et il n'y avait pas moins de 300 moines à partager leur existence entre la prière, le travail  manuel et culturel. (Aujourd'hui l'abbaye compte trente moines )

 

Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille
Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille

L'abbatiale, comme celle de sa voisine Jumièges, était alors une véritable cathédrale qui sera peu à peu démantelée à la Révolution par des hommes qui feront de cette merveille une carrière de pierre. Les moines en reprendront possession en 1894. En 1969, après bien des vicissitudes et des difficultés administratives, la communauté monacale acquiert une ancienne grange seigneuriale qui, démontée et remontée pièce par pièce, devient la nouvelle église, superbe par ses proportions et sa simplicité, où l'on peut admirer une descente de croix médiévale d'une extrême beauté. De même que le cloître, splendide dentelle de pierre mi-gothique, mi-Renaissance, dont les remplages assurent un décor toujours différent. Les lumières du soir donnent à ce paysage de pierre certi dans un décor bucolique une splendeur exceptionnelle qui incite à la contemplation. Il y a ainsi, autour de nous et proche de nous, des lieux élus qui nous rappellent qu'il arrive à l'homme de composer avec Dieu.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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L'ancienne abbatiale et le cloîtreL'ancienne abbatiale et le cloître

L'ancienne abbatiale et le cloître

La nouvelle église et la descente de croixLa nouvelle église et la descente de croix

La nouvelle église et la descente de croix

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 08:18

BeauneHotelDieu.jpg

        L'Hôtel-Dieu de Beaune ( cour intérieure du XVe siècle )

 

 

 

Le début de l'automne est sans doute la période de l'année qui sied le mieux à la Bourgogne, l'ancien duché de Philippe le Hardy, de Jean sans Peur et de Charles-Quint qui a vu l'histoire s'écrire avec un grand H. Oui, les premières teintes de la saison la parent d'un charme enchanteur. Les toits multicolores et la végétation s'harmonisent soudain, mêlant les tons d'or et de rouille, les verts profonds et les incarnats. Ici, on pénétre dans l'une des plus vieilles terres d'Occident qui doit presque toute sa configuration au lent et patient travail de l'homme. Aussi y a-t-il urgence à prendre le temps de goûter à la douceur des paysages, à la saveur des fruits, à l'arôme des vins et à s'émerveiller de ce que le Moyen-Age chrétien a inspiré aux tailleurs de pierre et aux architectes. La Bourgogne doit son nom au peuple scandinave des Burgondes qui fixa ici, au Ve siècle, sa longue errance. Ensuite, les moines assurèrent la relève ; aux vignes et aux pâturages, ils ajoutèrent des millliers d'abbayes et de prieurés qui furent des relais pour la foule des Croisés et que scandaient les huit offices quotidiens. Plus tard, la haute magistrature édifiera un admirable décor urbain. Ce seront Auxerre la joyeuse que chanta la poétesse Marie Noël et Dijon, la ville "énigme", attachante et auguste avec sa place d'Armes que domine la statue équestre du grand roi, ses palais, ses loges, ses forges, sa chapelle des Elus où se tenaient les séances solennelles de l'Assemblée bourguignonne. Des ducs aux rois, le pouvoir était symbolisé par les palais et les tombeaux, si bien que la grandeur subsiste comme rassemblée dans une piété minérale.

 


tournus_et_philibert.jpg   TOURNUS

 

 

 

Partout est présente la mémoire des pierres. Sur le sol de ce vieux pays se déroule un long chapelet de basiliques, monastères, paroisses, oratoires qui surent résister aux méfaits révolutionnaires et conserver leur authenticité. Nous en aurons l'assurance en revisitant Vézelay, temple des récits bibliques, maison très sainte érigée très près du ciel. En ce lieu s'attardèrent Philippe-Auguste, Richad Coeur de Lion, Saint Bernard qui y prêcha la seconde croisade et Saint Louis en route pour la Terre Sainte, ainsi que quelques autres icônes de l'histoire européenne. A l'heure de la prière du soir, la basilique s'ouvre à vous dans son recueillement majestueux après que vous ayez passé le tympan qui a fixé l'éternité dans la pierre. Vézelay est incontestablement l'une des merveilles de l'Occident, car, nulle part ailleurs, l'art roman n'a mieux maîtrisé ses techniques et son inspiration. Tout, dans ce haut lieu, est cohérence, simplicité, dépouillement et grandeur. A la sortie, un peu de temps est nécessaire pour revenir à la réalité des choses, peut-être en parcourant à pied l'esplanade et les remparts qui cernent la colline afin de contempler la lumière s'éteindre progressivement sur les reliefs environnants en se laissant pénétrer par le silence qui veille ainsi qu'un dieu bienfaiteur.

 


Basilique_de_Vezelay_Narthex_Tympan_central_220608.jpg   Vézelay

 

 

Le lendemain, nous nous rendons à Bazoches, qui n'est éloigné de Vézelay que d'une dizaine de kilomètres, château familial de Vauban où l'élégance n'a d'égale que l'harmonie. C'est à Bazoches que s'arrêtèrent Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion en partance pour Jérusalem. On les imagine soupant et dormant dans cette demeure qui jouit d'un panorama unique sur le Morvan. C'est en 1675 que le Maréchal de Vauban en fit l'acquisition grâce à une gratification que Louis XIV lui avait accordée à la suite du siège de Maestricht. Entre deux voyages, il appréciait de venir s'y reposer auprès de sa femme et de ses enfants, d'autant que la demeure à taille humaine, aux pièces claires et bien distribuées, offrait toutes les commodités. Aujourd'hui, elle est occupée par ses descendants qui l'entretiennent avec un soin jaloux et proposent, à qui le souhaite, de venir s'y marier ou d'organiser une fête.  C'est également dans ce château que Vauban élabora une partie de ses études et les plans de plus de 300 ouvrages et échafauda les méthodes d'attaque et de défense des fortifications et places fortes qui firent de lui le maître incontesté de l'architecture militaire. Enfin, c'est dans cette sobre et belle demeure qu'il composa et rédigea ses réflexions sur les sujets les plus divers que, non sans humour, il appelait "ses oisivetés". Il repose sous une simple dalle dans la modeste église du village auprès de sa femme morte peu de temps avant lui, de l'une de ses filles et d'une petite fille décédée en bas âge. Voilà le tracé de vie d'un des plus grands serviteurs de la France.

 


France--Bazoches-du-Morvan--Chateau--12eme-.jpg eglise-et-vaches.jpg

    Le château de Bazoches et le village

                                                      

 

Mais la Bourgogne n'est pas seulement admirable pour sa romanité, ses villes et villages, ses basiliques, monastères et habitations anciennes, elle l'est également pour ses voies d'eau qui la sillonnnent et l'imbibent d'une fraîche clarté. Réunir les fleuves fut une grande ambition ébauchée dès le XVIe siècle et que réalisera le XVIII ème en entreprenant des travaux gigantesques afin de favoriser le commerce fluvial. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui ont choisi la péniche ou le bateau habitable pour s'offrir une croisière et se laisser doucement porter au fil de l'eau et du temps. Rives ombragées, forêts de hêtres, chasse aux libellules et aux papillons, cueillette des champignons, passage des écluses, les minutes s'égrennent. Il y a celles de l'émerveillement, celles de la méditation dans un silence de cathéadrale que composent les ormes et les saules. Pour nous, ce ne sera que quelques balades à pied le long du rivage, puisque nous sommes descendus chez des amis qui restaurent un château médieval et ont ainsi privilégié l'intemporel à l'éphémère.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 09:19
Photos Erwann Barguillet
Photos Erwann Barguillet

Photos Erwann Barguillet

gazelle de Grant

gazelle de Grant

La grande famille des antilopes est l'une des plus diversifiée d'Afrique de l'Est, au Kenya comme en Tanzanie. Il y en a de toutes sortes : des légères, des audacieuses, des rustiques, des timorées, des inquiètes, des sveltes et des trapues. Les antilopes des plaines par exemple, comme les gazelles de Grant ou de Thomson, ont une robe fauve et un ventre blanc, des cornes en forme de lyre.

gazelles de Thomson et de Grantgazelles de Thomson et de Grant
gazelles de Thomson et de Grant

gazelles de Thomson et de Grant

dik-dik

dik-dik

 

Plus grande, l'antilope des roseaux se singularise par des cornes courbées vers l'avant comme des crochets. Dans la savane rameuse se plaisent les koudous qui portent de superbes cornes en spirales et des rayures sur le corps. On remarque aussi le généruk ou antilope-girafe au cou démesuré et au corps gracile. Citons également le bongo au pelage acajou barré de blanc et marqué au poitrail d'un large V de teinte plus claire et le dik-dik aux grandes oreilles.

antilope des roseauxantilope des roseaux

antilope des roseaux

koudou et gazelle de Thomson koudou et gazelle de Thomson

koudou et gazelle de Thomson

J'ai gardé pour la fin l'oryx, antilope fine et élégante, maquillée de blanc et de brun, avec une tête couronnée de cornes annelées. Lui aussi aime les broussailles, mais supporte les quasi déserts, car il a besoin de peu d'eau pour subsister. C'est un animal courageux qui n'hésite pas à se battre s'il est attaqué, combat qu'il perd souvent mais qu'il a néanmoins livré. Ainsi est-il arrivé à une mère oryx de s'attaquer à une portée de lionceaux pour obliger une lionne à lâcher son petit qu'elle tenait déjà dans sa gueule. Pour eux la vie est courte, le danger constant, il s'agit seulement de survivre dans un pays encombré de pièges et dangers. C'est pour cette raison que les animaux ont dû braver un environnement hostile et que le petit oryx, qui se tient debout dès sa naissance, est en mesure de suivre le troupeau d'adultes peu de jours après sa naissance. Comparées à un lionceau, que la lionne met des mois à éduquer, les gazelles, en général, font figure de surdouées ; habiles, souples et téméraires, filant comme le vent, adultes dès l'âge d'un an, elles sont prêtes à en découdre avec la terre entière et ne craignent nullement, en certains circonstances, à affronter les félins avec leurs cornes effilées et, parfois, certes rarement, à emporter la victoire et à sauver leur peau. Mâles et femelles usent d'une stratégie intelligente en fuyant en zigzag de manière à désarçonner leur poursuivant.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Et pour  prendre connaissance de l'article précédent au sujet de la faune africaine, cliquer sur son titre :

 

Arrêt sur images : au coeur du monde sauvage

 

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oryx

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 07:37
Photos exclusives de Erwann BARGUILLET prises en Tanzanie
Photos exclusives de Erwann BARGUILLET prises en Tanzanie

Photos exclusives de Erwann BARGUILLET prises en Tanzanie

C'était l'heure où les bêtes viennent boire à l'étang de Yangali, débouchant des sentiers dispersés parmi les épineux. Le ciel, sous l'effet d'une éruption, laissait fondre sur le paysage une coulée fluorescente, allumant des incendies dans les ramures et découpant, en un dessin ombré, la silhouette des reliefs. Une colonie d'éléphants avait choisi ce moment pour s'avancer en fil indienne, d'un pas lent, une femelle âgée ouvrant la marche en agitant sa trompe et en battant des oreilles, et les jeunes jamais très loin de leurs mères. Parfois, ils sont une quarantaine à entrer dans l'eau, à s'asperger dans un brouhaha incroyable qui n'effraie nullement les oiseaux. De quoi se nourrissent-ils ? De pas moins de deux à trois quintaux d'herbes, de feuillages, d'écorces et de racines. En permanence, ils défrichent la savane qui n'a nul besoin de jardinier pour la paysager.

 

Arrêt sur Images- Au coeur du monde sauvageArrêt sur Images- Au coeur du monde sauvageArrêt sur Images- Au coeur du monde sauvage
Arrêt sur Images- Au coeur du monde sauvageArrêt sur Images- Au coeur du monde sauvage
Arrêt sur Images- Au coeur du monde sauvageArrêt sur Images- Au coeur du monde sauvage

Puis, arrivent en désordre les buffles, les zèbres, les gnous, les rhinocéros avec leur double corne et leurs quatre tonnes de chair et d'os et les nonchalantes girafes qui se plaisent à traîner autour des points d'eau et à grignoter, avec une indifférence incommensurable, épines et feuilles d'acacias de leur langue qui sort de leur bouche comme un long serpent bleu. Les lions viennent plus tard, après leur nuit de chasse et la grasse matinée qu'ils s'accordent, suivie d'une tout aussi longue sieste aux heures les plus chaudes. Ils préfèrent les crépuscules quand, au bord des étangs, sont terminés les embouteillages. A ce moment, il n'y a plus de mobile dans la savane, prête à s'enténébrer, que les singes, les hyènes et les chacals, tandis que se perçoivent, dans l'obscurité, des frémissements, des grondements, des craquements qui composent une rumeur continue et inquiètante.

Photos Erwann BARGUILLETPhotos Erwann BARGUILLET
Photos Erwann BARGUILLETPhotos Erwann BARGUILLET
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Photos Erwann BARGUILLET

Photos Erwann BarguilletPhotos Erwann Barguillet
Photos Erwann BarguilletPhotos Erwann Barguillet
Photos Erwann BarguilletPhotos Erwann Barguillet

Photos Erwann Barguillet

Aucune mère ne l'est davantage que la lionne, aucune plus subtile dans sa manière de transmettre l'art de la chasse, la précision dans l'attaque, la bravoure dans le combat, la majesté dans l'attitude, l'autorité dans le comportement. Aucune plus courageuse pour protéger sa portée, plus vaillante face à l'adversité, mieux disposée à lutter jusqu'à la mort si l'un des siens est menacé. Montherlant a écrit à ce propose : "La lionne si le lion est tué attaque, tandis que le lion si la lionne est tuée s'enfuit." Tout est dit de ce qui sépare le mâle de la femelle.

Plus beau qu'elle avec sa crinière abondante, ses muscles puissants, ses dents et ses griffes redoutables, son rugissement que l'on entend jusqu'à sept kilomètres à la ronde, il ne se révèle pas moins paresseux, comptant sur les femelles du groupe pour assurer l'affût, l'approche, la poursuite, parfois la mise à mort, n'entrant le plus souvent en action que pour se prélever, avec une autorité impérieuse, sa part du lion. C'est un jouisseur imbu de ses privilèges et quelque peu flambeur. Gros dormeur et grand bâilleur devant l'Eternel, on le considère comme l'icône de la force et du courage, l'effigie de la puissance, alors qu'il serait plus juste de le prendre pour exemple de l'oisiveté...

Elle, effacée, plus petite, est cependant plus résistante, plus généreuse et active, chasseresse remarquable qui revient auprès des siens pour partager les agapes, prête à bondir, à foncer sur l'obstacle si nécessaire, jamais en repos, consciente jusqu'à l'anxiété de ses responsabilités. Merveilleux spectacle que ces joutes pleines de grâce auxquelles les mères se livrent avec leurs lionceaux, étonnantes scènes studieuses où la lionne apprend à sa portée à choisir sa proie, à la guetter, à affiner sa technique d'approche. Elle n'hésitera pas, d'un mouvement vif, à saisir le cou de son petit avec sa gueule, afin qu'il recommence, avec davantage de précision, le geste qui fera de lui un chasseur accompli. Les femelles ne se démobilisent  jamais et leur méthode d'enseignement paraît exemplaire. Les lionceaux rechignent mais finissent par obéir à ces mères exigeantes, jamais lasses de les éduquer.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   ( extraits de "Les signes pourpres" )

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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