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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 09:19
Bruges ou la remontée du temps

Bruges a cela de merveilleux : le visiteur qui la découvre entre de plein pied dans le Moyen-Age tant la ville a su se protéger des méfaits de la modernité et conserver son authenticité et son charme envoûtant au bord de ses canaux, à l’endroit même où les Vikings avaient débarqué et s’étaient livrés au pillage. A l’époque, soit au 9e siècle, un bras de mer, le Zwin, avançait loin à l’intérieur des terres, endroit que les Vikings baptisèrent Bryghia, ce qui signifie « débarcadère » dans leur langue. Mais en 843, le traité de Verdun mentionne le partage du royaume de Charlemagne entre ses petits-enfants et Charles le Chauve hérite des Flandres, le plat pays qui venait de souffrir des invasions normandes. Aussi va-t-il s’empresser de construire une citadelle afin de protéger la côte flamande d’une nouvelle invasion. Bruges va naître de ce projet et se transformer au fil des ans en une cité prospère, une plaque tournante ouverte sur le commerce avec l’Europe. Son apogée, elle la connaîtra au XVe siècle, époque qui a laissé une empreinte indélébile due à la richesse du commerce et du tissage et a conduit la ville à devenir progressivement un centre mondial de la finance, un Francfort du Moyen-Age, cité où les artistes affluent et créent une école artistique incomparable, celle des primitifs flamands.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

Mais un ensablement progressif et sournois éloigne la ville de son port et les marchands étrangers vont peu à peu quitter Bruges pour Anvers et contribuer à son déclin, si bien que, pendant quatre siècles, Bruges ne connaîtra pas de changements notables, figée dans sa grandeur d’antan et échappant par miracle à la révolution industrielle qui défigura tant de cités. Ainsi conserve-t-elle sa physionomie : celle d’une ville flamande assoupie comme la belle au bois dormant dans sa jeunesse éternelle. Ici l’atmosphère de jadis est si palpable que, dès le 19e siècle, Bruges se transforme en un centre touristique où, peu à peu, de nombreux anglais s’installent, séduits par la beauté des lieux et leur pouvoir  d’achat décuplé, si bien que la colonie britannique compte très vite plusieurs milliers de personnes et permet à la ville de sortir de sa léthargie, notamment dans le domaine culturel. Par chance également, l’intelligence d’un officier allemand amoureux des lieux, Immo Hopman, va durant la guerre de 39/45 la préserver des bombardements programmés et éviter de justesse que ne soit réduite en cendres cette perle architecturale.

 

Dès lors, chaque année, 3 à 4 millions de visiteurs viennent admirer ce magnifique musée à ciel ouvert, flâner dans les rues où s’alignent les maisons de la renaissance flamande et celles purement moyenâgeuses que les luxueuses boutiques d’aujourd’hui sont parvenues à ne pas défigurer. La place du Beffroi est le centre incontournable autour duquel s’enroulent les rues étroites et les charmantes petites places où se sont installées les terrasses des restaurants. La splendeur des demeures rappellent qu’au XVe siècle vivaient ici les ducs de Bourgogne dans un luxe sans égal. C’est la raison pour laquelle bon nombre de peintres du nord des Alpes furent attirés par cette Bruges artistique où l’art  se vivait au quotidien.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Ainsi la Venise du nord est-elle devenue le centre de la plus ancienne école de peinture du pays, celle des primitifs flamands dont Jan van Eyck, Hans Memling et Rogier van der Weyden sont les plus prestigieux représentants. Passer 2 jours à Bruges ne laissent pas un instant de répit tant il y a à voir et à admirer. La promenade sur les canaux bien sûr et le spectacle qu'elle offre jusqu'au lac d'Amour et cette remontée du temps, ce retour vers le passé qui s'effectue ainsi de la façon la plus séduisante, comme si l'on entrait dans un autre monde fossilisé dans sa splendeur. Et puis les églises, celle du Saint-Sang et sa crypte romane aux voûtes basses qui reconduit dans l'intimité du coeur ; la magnifique église Notre-Dame qui recèle l'une des plus belle oeuvre d'art de Bruges, la Vierge à l'Enfant de Michel-Ange et les tombeaux d'apparat de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et de sa fille Marie morte très jeune des suites d'une chute de cheval, l'un de style gothique, l'autre de style renaissance ; la cathédrale Saint-Sauveur avec ses trois nefs et ses cinq chapelles rayonnantes qui racontent l'histoire fascinante de cet édifice sacral et où l'on découvre, au-dessus du jubé, l'imposant "Dieu le Père" du sculpteur Arthus Quellin (1682). Enfin l'on s'attarde volontiers dans le délicieux et reposant jardin du béguinage, béguinage qui fut fondé en l'an 1245 par Marguerite de Constantinople, lieu où des soeurs conventuelles vivaient en communauté, tandis que les béguines vivaient seules et gagnaient leur vie en lavant le linge de l'hôpital Saint Jean  tout proche ou la laine dans l'eau des canaux. Il est, par ailleurs, impératif d'entrer à l'hôpital Saint-Jean pour contempler l'admirable triptyque de Hans Memling représentant le mariage mystique de sainte Catherine qui, à lui seul, mérite que l'on se rende à Bruges.  Ce peintre témoigne de la culture courtoise de son temps dans un univers pictural qui respire la piété, la béatitude et la grâce. Rêveur et poète proche de Fra Angelico, il sut imprimer à ses toiles sa tendresse et sa foi. Sa châsse de sainte Ursule, considérée à juste titre parmi les sept merveilles de l'art de la peinture, se trouve là également, ainsi que d'autres oeuvres tout aussi admirables qui offrent un  panorama de l'excellence de son art du dessin et de la couleur.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

Le musée Groeninge propose également quelques merveilles dont "La vierge au chanoine Van der Paele" de Jan van Eyck au réalisme inégalé, pièce maîtresse du musée, ainsi qu'un très beau portrait de Philippe le Bon par Van der Weyden  et des toiles de Petrus Christus, de Pieter Pourbus et de Gérard David dont le tableau cruel du "Jugement de Cambyse". Inutile de souligner que ces deux journées mettent à mal pieds et chaussures mais qu'importe ! une part de moules/ frites et une excellente bière vous requinquent et on oublie vite la fatigue tant le regard est constamment sollicité par la beauté des lieux et la richesse des oeuvres que cette ville, creuset de la culture et de l'intelligence, nous a léguées. Le soir est sans doute le moment le plus romantique, lorsque revenant à notre hôtel nous retraversons la ville illuminée au son des carillons dans la douceur de cette fin septembre et que le temps apparaît comme suspendu sur une indicible éternité.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

La ville le soir.
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La ville le soir.
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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 09:18
Nairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus

En langue Maâ, Nairobi signifie " le commencement de toute beauté, la source de toute fraîcheur". Par elle-même la ville n'a pas grand intérêt. Si on l'apprécie, c'est surtout pour ses jardins que les Anglaises - probablement parce qu'elles s'ennuyaient en l'absence de leurs époux requis par leurs affaires et la chasse - ont su cultiver autour de leurs demeures. Si bien que la verdure a pénétré jusqu'au coeur des quartiers administratifs et qu'une débauche d'arbres, de plantes et de fleurs adoucit et éclaire cet univers de pierre et fait de Nairobi, peut-être la capitale la plus riante du continent africain.

Au début du siècle, le lieu était cependant inhospitalier, marécageux et infesté de bêtes sauvages. Mais il avait l'avantage d'être le dernier site plat avant l'escarpement du Rift. Aussi, est-ce en raison de cette commodité qu'il fût choisi pour établir le camp où vivraient en permanence les ingénieurs et les responsables du chemin de fer que les Anglais avaient entrepris de construire entre Mombasa et les rives du lac Victoria, afin de protéger les sources du Nil, d'en finir avec les caravanes des marchands d'esclaves et, par la même occasion, affirmer leur présence en Afrique de l'Est. Si les travaux pharaoniques nécessités par l'installation de la voie ferrée avaient coûté la vie à 2 500 ouvriers et fait 6 500 blessés, ils avaient permis très vite à Nairobi de se développer au point de détrôner l'antique Mombasa, d'affecter la ville neuve d'airs de plus en plus citadins au fur et à mesure qu'elle grandissait, s'imposait, voyait venir à elle industriels, hôteliers, marchands, négociants de tous poils et que s'implantaient les structures indispensables qui assureraient sa vie financière de grande cité. Mais si cette ville se proposait d'être un carrefour des religions, un centre urbain important où se côtoierait une société bigarrée, se signeraient des traités, délibéreraient des gouvernements, ce n'est pas là que se dévoile l'Afrique, ce n'est pas ici que bat son coeur. Pour l'atteindre et l'entendre, il est urgent d'emprunter le boulevard qui file vers l'ouest. Alors, soudain, s'ouvre devant nos yeux la grande Afrique, apparait le commencement de toute beauté.

On ne peut nier que la nature a façonné ce continent à une échelle monumentale où se découvrent aussi bien des prairies archaïques, qui semblent nous restituer les images fondamentales des grands espaces nourriciers, que des lacs vastes comme des mers, que l'on y baigne tantôt dans l'atmosphère mélancolique et étouffante des forêts, tantôt dans l'univers figé des neiges éternelles. Oui, les paysages les plus extrêmes s'y succèdent, depuis la savane quasi désertique à la végétation rare, que griffent ici et là quelques rus asséchés, jusqu'à la jungle équatoriale écrasée sous sa masse de feuillages parasites enlacée dans les noeuds de ses plantes rampantes et comme étouffée par la prolifération de ses végétaux. Rien ne semble apaiser l'appétit dévorant de la grandeur. Elle y est maîtresse de l'espace. Elle le conditionne selon le seul parti pris qui ait droit d'asile à ses yeux : le hors mesure. Non seulement elle est ici à son aise, mais elle y est sans rivale. Elle joue cavalier seul et ne se prive d'aucun excès. En ce pays où le fantastique rime avec quotidien, tout est disproportionné : les papillons sont gros comme des oiseaux, les montagnes, bien que situées à l'équateur, possèdent plusieurs glaciers et on traverse des régions désertiques comme des immensités sans confins. Rien en semble avoir changé depuis le commencement du monde. La lumière, l'eau, les nuages, les arbres ont conservé quelque chose de virginal, semblent se mouvoir dans leur fraîcheur native.

Nairobi, le mont Kenya, pays des KikuyusNairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus
Photos BarguilletPhotos Barguillet

Photos Barguillet

Au Kenya, qui se découvre au visiteur comme une terre promise, on peut à tout instant se croire revenu au commencement des Temps, quand rien encore n'avait changé, pas même le coeur de l'homme, et que le monde ouvrait les yeux à un avenir qui faisait encore la part belle à l'espérance, aucun danger ne paraissant être en mesure de le menacer. La splendeur, qui nous entoure, ne cesse d'émerveiller, d'inspirer un sentiment de reconnaissance et on se surprend à noter sur des petits carnets des descriptions de paysages qui vont des montagnes, dont les neiges éternelles alimentent des lacs couleur émeraude, font croître des forêts de camphriers et de conifères et tapissent les cratères d'une végétation de fougères géantes, de bambous et de lobélies, jusqu'aux rivières qui, après avoir dévalé dans un enchevêtrement de racines, se prélassent ensuite en déroulant, au long de leur cours devenu tranquille, une longue traînée arborescente, si bien que l'on est très vite gagné par une ivresse jubilatoire. 

Nous sommes ici au pays des Kikuyus, des gens de petite taille qui descendent des Bantous et dont on trouve les traces dès le troisième millénaire. Aucun détail ne permet cependant de situer les Kikuyus hors de la zone de collines qui entoure les flancs du mont Kenya où ils demeurent depuis le XVIe siècle, cultivant le café et le sisal et que, pour toutes sortes de raisons, on appelle "le pays Kikuyu". Et, il est vrai qu'aucune région n'est peut-être plus belle que la leur. Lorsque l'on vient de Nairobi, on traverse une succession de collines pressées les unes contre les autres, dans un paysage plein de mesure, dont les cultures les plus odorantes sont celles des caféiers aux poudreuses fleurs blanches et au parfum sucré. Puis, brusquement, tout change et s'entrechoque ; après les champs soignés et les forêts, on débouche sur l'escarpement du Rift et on s'engage dans des sentiers qui longent des failles abruptes pour atteindre un plateau au milieu de buissons de jasmin, d'arbres candélabres et d'épineux. Par la suite, on pénétrera dans d'épaisses forêts de cèdres entremêlés de lianes et de mousses aériennes, sous lesquelles poussent des orchidées et où abondent les éléphants, les buffles et les panthères, avant de gagner, après une longue et épuisante ascension, les sommets de cristal. Là, les sons eux-mêmes deviennent fragiles et tout est beau de la clarté bleue des glaciers aux pentes hérissées de séneçons. La légende Kikuyu veut que leur ancêtre Gekoyo eut un jour la visite de leur dieu et que celui-ci le transporta en haut de la montagne voilée devenue le Mont Kenya. Lui montrant l'ensemble du panorama composé de collines et de pâturages, de torrents et de troupeaux, il lui dit que désormais cet Eden lui appartenait parce qu'il en avait décidé ainsi. Dès lors, les Kikuyus se fixèrent en ces lieux et devinrent cultivateurs.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Les Kikuyus sont devenus un peuple de cultivateurs.Les Kikuyus sont devenus un peuple de cultivateurs.

Les Kikuyus sont devenus un peuple de cultivateurs.

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 09:11
Giverny - Immersion dans le jardin des nymphéas

Il y avait longtemps que je rêvais de visiter la maison et le jardin de Monet. Et bien que je demeure en Normandie, il se trouvait toujours une bonne raison, lorsque nous nous rendions à Paris et passions non loin de Giverny, de ne pas nous y arrêter parce que nous étions pressés, qu'il y avait les urgences et les impératifs, toute la panoplie qui nous fait trop souvent passer à côté de nos désirs. Et il est vrai qu'il est préférable de ne pas être pressé pour entrer dans l'univers de Monet, ce coin de charme et de verdure qu'il aménagea selon son goût et son inspiration entre champs quadrillés de haies et souples collines. Clos délicieux où il s'installera en 1883 avec ses deux fils et sa compagne Alice Hoschédé, mère de six enfants. Rien ne peut exprimer le sentiment de bien-être, l'envoûtement que l'on éprouve lorsqu'on aperçoit la maison rose aux volets verts disparaissant sous sa vêture de vigne-vierge et de roses dans un paysage parcouru par les eaux où croissent en abondance les iris sauvages, l'une des passions de Monet avec les pavots d'Orient. Et devant la demeure, la grande allée que le peintre se plaisait à emprunter, envahie de capucines, qui ouvre sur le jardin dans sa solennelle beauté champêtre et invite à la plus parfaite leçon de botanique qui soit. Car, ici, les fleurs semblent s'être données rendez-vous. Comme nous sommes mi-juin, il y a alentour, en une alliance incomparable de couleurs, les roses blanches, roses ou rouges qui s'enroulent ou s'épandent, formant une voûte ou s'arrondissant en corbeilles selon l'esthétique, la cadence et le rythme que le compositeur entendait leur donner. A Giverny, rien n'aura été planté au hasard, l'ordonnance des lieux répondant aux exigences du maître, car le chef-jardinier, bien qu'épaulé par deux hommes de l'art, ce fut toujours lui et son constant souci d'améliorer son oeuvre. " En-dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien " - disait-il.

 

 

Là-bas, les portiques de clématites succombent sous le poids de leur efflorescence, les lys, les ancolies, les pois de senteur s'égayent entre les allées, fleurs ordinaires et fleurs rares réunies en une savante alchimie de tons qui mêle les marguerites, les gueules de loup et les giroflées aux asters, aux nigelles de Damas et aux arbres à l'élégance fragile de Chine et du Japon. Et ces fleurs furent travaillées en une harmonie parfaite afin de composer, selon les saisons, un jardin tour à tour safrané, cramoisi, mordoré ou le jardin mauve qui avait tant impressionné Sacha Guitry. Mais le rôle de Monet n'était-il pas d'impressionner selon les déclinaisons les plus audacieuses et les plus sensibles ? 

 

 

D'autant mieux que nous abordons le jardin des eaux dont le peintre fit l'acquisition en 1893 et où il entreprit le creusement du célèbre bassin aux nymphéas grâce à une prise directe dans l'Epte qu'il obtint du préfet de l'époque. Tout est dense autour de ce miroir tranquille bordé de graminées où l'oeil peut à loisir s'émerveiller. Les pivoines arbustives rendent l'endroit serein, tandis que, posées délicatement sur l'eau, les nymphéas ouvrent leurs corolles de nacre et d'opaline. Bambous, saules pleureurs, érable du Japon, agapanthes masquent les courbes des rives qu'enjambent les ponts dont les arches ravissaient le regard du peintre. Insatiable ce regard qui s'est exercé à tous les angles possibles et se consacre désormais à peindre la surface de l'onde et ce qui peut s'y refléter, étude obsessionnelle qui tente à saisir chaque nuance de lumière et son jeu permanent avec le végétal et le fluide. Monet aime tellement Giverny qu'il s'y fera enterrer dans un simple caveau auprès d'Alice disparue avant lui, ses fils, sa belle-fille Blanche et une partie de la famille Hoschédé.

 

 

Quant à la maison, spacieuse, claire et joliment meublée, il semble que les propriétaires l'aient quittée la veille. La table est mise, les lits faits, chaque objet est à sa place, on croit encore respirer l'odeur de térébenthine que dégagent les pinceaux ; les collections sont là elles aussi, dont les estampes japonaises, représentation de l'éphémère et de l'instant qui passe joyeux ou douloureux, sans oublier les pastels de Berthe Morisot, d'Edouard Manet, de Vuillard, les fidèles amis ; l'horloge égrenne les heures et on ne se lasse pas d'admirer le salon aussi mauve que les iris, lieu de bavardage aux meubles peints, la salle à manger jaune, tellement conviviale et gaie avec sa grande table accueillante aux familles nombreuses, la cuisine couverte de faïences bleues parce que cette couleur a, dit-on, le pouvoir d'éloigner les insectes et particulièrement les mouches, enfin, à l'étage, les chambres donnant sur le jardin où le soleil entre à flot en cette journée particulièrement clémente d'un mois de juin qui ne le fut guère. Et on s'attarde avec plaisir à contempler chaque recoin, à méditer dans l'atelier de l'artiste, un endroit confortable qu'après la construction de son second atelier, Monet transformera en salon et y accrochera les toiles dont il ne voulait pas se séparer. Celui aux nymphéas sera construit sur les ruines d'une masure à l'extrémité de la propriété, permettant au peintre de travailler en paix. Un système de vélum filtrait la lumière de façon à ne pas nuire à son oeil exigeant. Là, il disposait ses panneaux des nymphéas comme il entendait qu'ils le soient à l'Orangerie. Il y travaillera sans relâche jusqu'à son dernier souffle.

 

 

Oui, alentour, ce n'est vraiment qu'une symphonie printanière, un kaléidoscope qui mêle les harmonies les plus subtiles, les inclinaisons les plus douces, les reflets les plus tendres ou les plus vifs, les charmilles et les recoins les plus secrets. Aimable maison et admirable jardin qui sont le songe accompli d'un magicien génial. Claude Monet a composé ce lieu, où il vécut une quarantaine d'années, comme un rêveur éveillé qui marie la lumière et l'ombre, l'eau et le végétal en un univers hors du temps. On est entré dans le plus beau tableau jamais réalisé au point qu'il semble encore en suspens dans l'imaginaire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Photo - patrimoine normand

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 10:03
En Jordanie, en quête des civilisations anciennes

Aqaba, un nom chargé d'histoire et, pour les Jordaniens, leur seule fenêtre ouverte sur la mer Rouge. L'histoire de ce port remonte très loin dans le temps, puisqu'il était déjà prospère à l'époque du roi Salomon et pendant les premiers siècles de l'Islam. Hélas ! la ville n'a conservé que peu de traces de son passé glorieux, en dehors du Qast (le Fort), une construction ottomane massive, flanquée de quatre tours, édifiée au XVIe siècle afin de protéger les pèlerins qui se rendaient à la Mecque. C'est sa prise, en avril 1917, par des Bédouins rebelles, conduits par le colonel Lawrence et le prince Fayçal, qui signe la défaite de la garnison turque et le début de la marche vers l'indépendance, ainsi que la naissance de l'actuel royaume hachémite de Jordanie.
A Aqaba, nous n'avions rien à faire de particulier, sinon le tour de la ville très plaisante et fleurie, devenue également une station balnéaire de renom pour les Jordaniens privés de façade maritime, et n'avions qu'une hâte : nous rendre au plus vite dans le désert du Wadi Rum, étendue lunaire où convergent d'antiques wadis (cours d'eau). Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est une région où les sources abondent et où la végétation est telle que le lieu était devenu, dans les temps reculés, une étape obligée pour les caravanes qui transportaient épices et encens du royaume de Saba (l'actuel Yémen) jusqu'aux portes de la Méditerranée. En effet, le Wadi Rum a, durant des millénaires, relié l'Arabie à la Palestine et ses pistes de sable ocre, qui cheminent entre de hautes parois de grès, étaient déjà utilisées par les Nabatéens, avant d'être exploitées plus tard par les Romains.

 

Notre jeep nous attend non loin des 7 piliers qui forment avec une majestueuse élégance le porche de cette cathédrale en plein vent, où nous allons naviguer pendant plusieurs heures - et le verbe convient parfaitement - tant la conduite sur les sables a quelque chose d'assez proche de celle sur les vagues. Les descendants des anciens habitants du Wadi Rum, dont on sait par les inscriptions rupestres découvertes en maints endroits qu'ils remontent au paléolithique, sont les Bédouins qui élèvent des chèvres et des dromadaires et dont les fils s'enrôlent traditionnellement dans la légendaire police du désert. Connu pour ses rochers aux formes étranges et la diversité de ses couleurs qui, à la tombée du soir, semblent prendre feu, ce dernier est, par ailleurs, le symbole de l'indépendance nationale jordanienne, car c'est ici que les troupes, commandées par le colonel Lawrence, plantèrent leurs tentes avant de lancer leur assaut final sur la forteresse d'Aqaba.
 

La lumière est intense, alors que la jeep parcourt les étendues de sable plus rouges d'être coulées sous un ciel si bleu, et traversées d'ombres, lorsqu'un pinacle rocheux, plus haut que les autres, vient à couper soudain la ligne indécise de l'horizon. On se tait. Le silence a quelque chose de solennel qu'il paraîtrait inconvenant de rompre. Au loin, on discerne les silhouettes de quelques Bédouins oscillant selon le rythme lent de leur monture, coiffés de leur kefiah rouge et blanc. Ils vivent une existence austère dans des campements de fortune, existence qui n'a guère changé depuis les âges les plus reculés. Leur nombre est évalué à 45.000. Ils nous offriront le thé et quelques dattes avec une gentillesse nullement mercantile.

 

P1070052.JPG      Petra - le trésor               

 

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Après le Wadi Rum, notre seconde visite en terre jordanienne sera pour Petra, dont les légions de Trajan, en 106, prirent possession, condamnant au silence la civilisation nabatéenne. Mais qui étaient donc ces Nabatéens, qui bâtirent Petra, ville re-découverte, comme sortie d'un songe en 1812 par l'explorateur et orientaliste suisse Johann Ludwig Burckhardt, dont le séjour fut hélas très bref, les lieux étant habités alors par des tribus rivales en perpétuelles luttes les unes contre les autres. La nouvelle s'étant répandue en Occident, d'autres voyageurs et aventuriers se rendront à leur tour sur les lieux. Parmi eux, le peintre écossais David Roberts, dont les admirables dessins feront le tour du monde et sensibiliseront l'opinion sur l'importance de cette découverte. Après la vague d'explorateurs romantiques, vint celle des archéologues et des chercheurs accrédités et débuta l'exploration de la zone archéologique. Les Nabatéens, dont on parle déjà dans la Bible, n'étaient autres que des nomades issus de la péninsule arabique. Même, si aujourd'hui, leurs origines restent encore inconnues, il est certain qu'il s'agissait d'un peuple déterminé et industrieux qui sut rapidement sortir des limites de la société nomade pour s'installer avec succès dans un système plus important, fondé sur des relations politiques et économiques. En effet, dès la fin du IVe siècle av. J.C., les caravanes des marchands nabatéens se déplaçaient de l'Arabie à la Méditerranée, le long de l'axe nord-sud, et de la Syrie à l'Egypte, le long des routes directrices qui allaient de l'est à l'ouest. Ils parlaient l'araméen, la langue commerciale qui était utilisée à l'époque dans le Proche-Orient. Décrits, dans les premiers documents historiques, comme des habitants du désert, voués à l'élevage et ne connaissant pas l'agriculture, ils changèrent de mode de vie progressivement, bien que ces diverses phases d'adaptation restent assez énigmatiques. Ce qui est certain, c'est que la terre occupée par les Nabatéens disposait de peu de ressources, en dehors de quelques mines de cuivre dans le Wadi Arabah et du bitume de la Mer Morte, exporté vers l'Egypte, qui l'utilisait pour la momification des défunts.


Leur habileté commerciale était de savoir distinguer les marchandises les plus précieuses et les plus recherchées et, ensuite, de les acheminer dans des pays situés aux confins des routes de communication, en d'immenses caravanes que l'historien Strabon comparait à de véritables armées. Au sud de l'Arabie, ils achetaient la myrrhe, l'encens et les épices qu'ils revendaient à Gaza, à Alexandrie et dans les divers ports de la Méditerranée. Les autres marchandises étaient l'or, l'argent, le verre, les tissus de Damas et les soieries de Chine. Les énormes bénéfices, qui s'en suivirent, enrichirent de plus en plus les marchands nabatéens qui purent ainsi user de leur influence du Golfe Persique à la lointaine Abyssinie. Entre le troisième et le premier siècle av. J.C., il y eut une sorte de "révolution culturelle" qui entraîna la naissance du royaume nabatéen et cela, d'autant mieux, que s'affaiblissait le royaume Séleucide, en conflit avec l'expansionnisme romain. C'est ainsi que, consolidant le contrôle de la région qui allait de la Palestine au désert Arabe et du Golfe d'Aqaba aux actuelles frontières de la Syrie, les Nabatéens se sédentarisèrent et instaurèrent un régime qui évolua du type tribal à celui d'une monarchie, s'inspirant dès lors du modèle helléniste contemporain. Le "Livre des Macchabées" mentionne un roi, du nom d'Aretas, que l'on considère comme le premier souverain de ce royaume. L'évolution de cette société fut probablement rapide ; des villes furent édifiées, non seulement Petra, mais également Advat, Mamshit et Shivta dans le Negev. C'est sous le règne d'Aretas IV ( 8 ans av.J.C. et 40 après ) que le royaume parvint à son apogée, contrôlant les territoires de l'actuelle Jordanie, du Negev, du Sinaï et une partie de l'Arabie, et que Petra, de par sa position stratégique, fut choisie pour capitale. Et c'est en 106 de notre ère que la ville fut annexée à l'empire romain d'Arabie par les légions de Trajan. Malgré cette annexion, Petra restera, pendant des décennies, un centre commercial florissant. A la fin du IIIe siècle, sous Dioclétien, la ville devint un épiscopat et l'on vit surgir basiliques et monastères ornés de mosaïques, tandis que de nombreux édifices rupestres étaient transformés en églises. Puis le site fut touché par deux séismes en 363 et 419 et entra en agonie, sombrant dans une obscurité quasi absolue jusqu'aux premières années du XIIe siècle, le temps d'une brève période durant laquelle la ville abandonnée fut fortifiée par les Croisés. Et à nouveau le silence, jusqu'à sa redécouverte par Burckhardt en 1812.

 

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Le site est immense. On y accède en s'engageant dans une faille profonde, causée par un gigantesque remous tellurique, faille appelée SIQ qui conduit jusqu'au Khasnè, l'édifice le plus fameux de Petra, dont l'état de conservation ne peut manquer de susciter l'émerveillement, surtout quand il vous apparaît auréolé par la lumière méridienne. Appelé également "Le trésor" pour la simple raison que les Bédouins crurent longtemps qu'il s'y cachait le fabuleux trésor d'un pharaon. Mais de trésor, il n'y eut point. On pense aujourd'hui que le Khasnè aurait été un temple funéraire consacré à la mémoire de l'empereur Aretas IV. 


Mais Petra ne se limite pas à la splendeur de ce monument et à la profondeur du canyon ocre qui y conduit ; une fois passé le Khasnè, la vallée s'ouvre subitement, découvrant une large voie où s'alignent des structures qui composent la plus admirable nécropole architecturale, structures si diverses qu'elles confirment l'hypothèse que différents modèles et styles furent utilisés au cours des âges. Magnifique témoignage laissé par une civilisation perdue, se révélant à nous comme figé dans sa grandeur passée, succession impressionnante de tombes, de portes antiques, de fortins,de colonnades, de locaux publics, sertis au coeur d'un paysage grandiose, dont on peut aisément imaginer la vie intense qui l'anima. Aujourd'hui, la vie est encore présente, assurée par les touristes, mais également par quelques familles bédouines, la plupart appartenant à la tribu Bedoul, qui s'y sont installées, nouveaux habitants de l'inoubliable ville pourpre. La majorité d'entre eux occupent des tombes rupestres adaptées à leurs nécessités et vivent de l'élevage et de petits commerces. On est frappé de leur amabilité. Aucun ne fait l'aumône. Habitués à vivre de rien, ces anciens nomades sédentarisés s'encombrent le moins possible et mènent une existence d'une étonnante simplicité et rusticité, si différente des nôtres, surchargées de superflu. Une dame, ayant apporté avec elle des jouets en bois, offrit l'un d'eux à un enfant, assis auprès de sa mère, occupée à vendre de modestes bijoux travaillés dans les pierres semi précieuses de la région. Ses yeux, subitement, s'illuminent de joie, bien qu'il n'ose pas s'en saisir. Une fierté ancestrale qui s'harmonise avec la noble beauté des lieux et émouvante image de Petra, ville ressuscitée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE       ( photos Yves Barguillet )

 

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En Jordanie, en quête des civilisations anciennes

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 09:52
Les îles, de la réalité à l'imaginaire des hommes

 

Qui n'a rêvé dans son enfance d'îles lointaines, petits morceaux de terre essaimés sur les océans ? De Robinson Crusoé, naufragé sur la sienne, à celles fantastiques de Jules Verne, en passant par l'île au trésor de Stevenson, ces récits ont marqué notre imaginaire, inspiré nos rêves et motivé certaines de nos interrogations.

 

Tant de choses incitent au départ, tant de choses suscitent le désir de partance. Mais qu'évoque le mot en lui-même ? S'agit-il d'un mythe enfoui dans notre inconscient ou d'une réalité universelle ancrée au plus profond de notre être ? N'ont-elles été découvertes que pour être oubliées ou sont-elles davantage le prétexte d'une conquête qui sommeillait en nous et n'attendait qu'une occasion pour devenir projet ? Sont-ce des thébaïdes secrètes et inaccessibles, îlots d'intimité à préserver, ou une aventure à vivre pour ceux qui portent leur regard par delà l'horizon ? Pour atteindre ce but, point de bâton de pèlerin, mais un esquif à armer, une voie d'eau à ouvrir, pour cette quête de l'impatience et du désir que représente un embarquement.

 

Qu'est-ce qu'une île ? Le dictionnaire en donne une froide définition : " Etendue de terre entièrement entourée d'eau, émergeant dans un océan, une mer, un lac ou un cours d'eau." La démonstration est tellement succincte qu'il ne faut pas s'étonner si rares, voire même inexistants, sont les ouvrages qui ont abordé le sujet. A part le dictionnaire des îles de Christian Nau, remarquable travail de documentation, peu d'écrivains se sont penchés sur la question. Antoine, le chanteur- navigateur, amoureux des îles du Pacifique, mérite d'être cité, mais ses livres valent surtout pour la qualité des images. Et, cependant, ne sont-elles pas des milliers parsemées sur les océans ? Il est intéressant de noter que près de 71% de notre globe terrestre est entouré, ceinturé, recouvert d'eau. Il est significatif, par ailleurs, à l'aube du troisième millénaire, que plus de 90% du trafic international se pratique par la mer. Depuis le commencement du monde, les îles étaient silencieuses, discrètes, isolées, comme perdues dans l'immensité marine, attendant que l'ingéniosité des hommes leur mérite d'être découvertes, peut-être même conquises.
 

 

Quels motifs ont incité nos ancêtres à s'engager dans de telles expéditions dont certains ne revinrent jamais ? Dès l'origine, l'eau fut source de vie. Elle permit à des peuples de se fixer naturellement le long des rivières et des fleuves. Ces peuples prirent vite conscience de l'avantage qu'ils pouvaient en tirer et ne tardèrent pas à réaliser que la rivière allait au fleuve et le fleuve à l'océan. Ils en déduisirent logiquement que l'élément liquide ouvrait des espaces qui rendaient possible l'utilisation de voies navigables. Alors ils inventèrent les premières constructions flottantes destinées à la navigation. Les techniques, qu'ils mirent en oeuvre, développèrent en eux débrouillardise, habileté, sens du calcul et de l'observation. Ils surent bientôt exploiter l'élément fluide et, grâce à ces évolutions, passèrent du frêle esquif aux goélettes et caravelles, des clippers aux transatlantiques, afin de conquérir des terres nouvelles,  qu'ils nommèrent "les nouveaux mondes".
 

 

Chevaliers de la mer, ces peuples de pionniers ont pris la mesure du globe, établi sa topographie, fondé des comptoirs commerciaux sur tous les continents. Pour mener à bien de tels voyages, encore fallait-il chercher des lieux d'étapes pour le repos des équipages, souvent fourbus, parfois malades, qui avaient eu à affronter les tempêtes et la dureté des éléments, dans des conditions inconfortables. Havres de repos, les îles s'offraient à eux. Elles permettaient aux hommes de reconstituer leurs forces, aux navires endommagés d'être réparés et remis à flot.
 

 

Habitées ou inhabitées, moins envahies que conquises, le féminin les justifie. Sauvages, arides, mystérieuses,  exubérantes, fières, dolentes, elles se méritent. On y aborde ou on s'y échoue. Filles des brumes ou filles du soleil, l'homme les a qualifiées selon les époques et les circonstances. Ile de beauté, mais aussi de désolation, refuge et bannissement, quand ils se les approprient, elles deviennent  îles prison pour galériens et bagnards, repères d'exilés et d'exclus, de pirates et de flibustiers, pièges à embuscade pour corsaires et boucaniers. Grands navires encalminés, ne voient-elles pas défiler le monde, sphinx des éléments liquides, les siècles ont eu peu de prise. Ces îles constituent des univers à elles seules, forgent des mentalités à part, engendrent des populations qui aspirent à vivre en dehors des grandes nations, auxquelles elles ne sont pas forcément rattachées. L'insularité n'est pas un vain mot.

 

Néanmoins l'histoire ne les a pas épargnées, puisqu'elles sont à jamais inscrites dans les mémoires et les récits que nous ont rapporté les explorateurs d'antan, les Marco Polo, Vasco de Gama, Magellan, Gonzalvo Cabral, Christophe Colomb, Jacques Cartier, Samuel Wallis, James Cook, Bougainville, William de Shouten, Gonneville et quelques autres ; qu'elles soient ou non répertoriées sur les cartes ou  restées captives de leur isolement. Soudain, ces navigateurs les ont nommées, décrites, situées et elles se sont mises à hanter nos rêves, à peupler notre imaginaire, à susciter nos désirs. Selon leur latitude, on les savait hautes et volcaniques, basses et coralliennes, déchiquetées et balayées par les vents, mieux encore cernées par les glaces.
 

 

Amas de roches déchiquetées aux abords des détroits, des caps et des continents, elles se perdent en mer sous l'oeil des frégates et des albatros. Dans le grand nord, celles des 50° au pôle, elles expriment la poignante solitude des terres hostiles, paradis des oiseaux migrateurs et domaine d'élection des manchots, des phoques et des ours. Ici règne un monde minéral, animal, glacé et superbe. Si nous poursuivons notre navigation en deçà du continent blanc, nous laissons au large la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, labyrinthe d'archipels que sillonnèrent leurs ancêtres Vikings. Cap plus au Sud, nous croiserons quelques pêcheurs rudes, accrochés à leurs barques, galériens des brumes, venant des bancs de Terre-Neuve, laboureurs des océans, leurs étraves fendant les vagues avec audace.

 

 

Les îles, de la réalité à l'imaginaire des hommes

Sous les latitudes tropicales, le contraste est saisissant. Les îliens qui les peuplèrent eurent noms : Maoris, Polynésiens, Antillais, Caraïbes, Arawaks, Amérindiens, Moluques, Canaques, Aborigènes. A la suite de grands malheurs, certains d'eux disparurent à jamais. Alors que dans les pays insulaires, nous apercevrons, au hasard des rencontres, des Japonais, des Fidgiens, des Néo-Zélandais, des Réunionnais, des Mauriciens, des Javanais, des Tahitiens, des Hawaïens. Parfois les cyclones rappellent la colère et la puissance des dieux, mais lumière, lumière... Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Quelle est la plus belle ? Comment répondre à cette question ? Pour les uns, ce sera toujours la dernière abordée, pour les autres la prochaine à découvrir, pour quelques amoureux, ayant posé leur sac à terre, celle-ci sera l'élue.

                   


Face aux Antilles parfumées de rhum et de vanille, n'est-ce pas enfin notre vieux continent qui se profile, n'est-ce pas l'Europe ceinte, entourée de ses filles rebelles, véritable patchwork de beauté  elle aussi ?  Des îles Féroé à l'Islande, des Scilly aux belles Anglo-Normandes où Herm la douce côtoie Sark la fière, des Chausey annonçant Tombelaine, de Sézembre à Bréhat parée de granit rouge, effluves de bruyère et senteurs d'ajonc, voilà la côte des vents où la terre finit. Faut-il s'arrêter au Golfe du Morbihan, parmi un chapelet d'îlots dans lequel s'engouffrent les courants, certes l'étape sera périlleuse. Se poser à Houat ou s'ancrer à Houedic, poursuivre son itinéraire jusqu'à la perle, l'unique : Belle-Ile. Trop de superlatifs pour décrire sa splendeur. Après ce long voyage, pourquoi pas Noirmoutier et Ré, plus bas Madère, les Canaries... Mais même en cent ans, nous n'aurons pas le temps, nous n'aurons pas le temps !
 

 

Puisque ces îles innombrables nous donnent le tournis, pourquoi ne reviendrions-nous pas à nous-même ? Chacun n'a-t-il pas son île intérieure ? Chacun ne possède-t-il pas son insularité ? Comme l'île s'abrite derrière ses plans d'eau, nous préservons notre intimité derrière des apparences souvent trompeuses. L'île est un monde de silence et le silence est notre île. Alors reprenons le cours de nos rêves, reprenons la voie de nos songes.  La plus belle île restera toujours inaccessible, car lieu d'un ultime voyage, car destinée imprévue, désir de transgression, terre toujours espérée et jamais atteinte. Oiseaux migrateurs dans le temps qui voit défiler nos jours comme des paysages, nous sommes en attente et en espérance de cette ultime étape où reposer nos ailes.

 

Yves et Armelle BARGUILLET 

 

autres articles concernant les îles :


Malte ou l'île des Chevaliers

Voyage en Polynésie française

La Crète éternelle

Venise et les îles de la lagune

Les Grenadines à la voile

Lettre océane - les Antilles à la voile

Houat ou la Bretagne insulaire

 

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Les îles, de la réalité à l'imaginaire des hommes
Photos Yves Barguillet

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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 10:09
Photos BARGUILLET
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Les Massaï ne se rencontrent qu'occasionnellement dans les villes. Pour les découvrir, il faut aller à leur devant dans une nature âpre et sauvage, où leur nomadisme prend tout son sens. De les surprendre dans la savane sèche des hautes terres, drapés dans leurs capes rouges, en compagnie de leurs troupeaux est un moment de réelle émotion.Les Massaï, pasteurs-guerriers d'origine nilotique, auraient quitté l'actuel Soudan il y a quelque cinq cents ans et seraient arrivés au Kenya par le lac Turkana à la conquête de la savane d'Afrique Orientale. Laissant les pentes montagneuses aux Bantou, ils s'établirent sur un territoire qui s'étend du lac Victoria à la Tanzanie. Au long de ces plaines verdoyantes, parcourues de fleuves et de rivières, traversées d'escarpements et de collines, ils vivent avec leur bétail, ne s'installant que quelques semaines ou quelques mois dans des villages de fortune, construisant des huttes provisoires faites de branches et de pailles séchée, enduite de bouses de vache. Ils les disposent de façon circulaire autour de l'enclos central où ils parquent leurs troupeaux à la tombée du jour, de manière à ce qu'ils soient protégés des prédateurs pendant la nuit. Ils agissent ainsi depuis la nuit des temps.

Tanzanie/Kenya, à la découverte du peuple Massaï

 

Le tonnerre et l'éclair, le vent, le soleil et la lune, les étoiles, les phénomènes au milieu desquels ils vivent en une étroite communion, leur ont inspiré le respect et la crainte de la nature. Sans les adorer, ils tentent d'obtenir la bienveillance de ces forces qui régissent l'univers par des implorations et des rituels. La vie rude qu'ils mènent, la violence d'un pays qui connaît des variations climatiques extrêmes, les ont incités à croire que l'univers était commandé par des puissances invisibles, qu'ensuite ces forces s'intéressaient à leurs affaires, les punissant lorsqu'elles étaient mécontentes, les récompensant quand elles étaient satisfaites, si bien qu'ils furent très vite convaincus qu'il y avait moyen de gagner leurs bonnes grâces et, à l'occasion, d'acquérir leur hostilité envers leurs ennemis. Les dangers qui les menacent, la prospérité qu'ils souhaitent, les incitent à obéir à des principes auxquels ils se soumettent jusqu'à la contrainte. C'est ainsi que les Massaï, et la plupart des tribus nomades, s'édifièrent un monde spirituel, contrepartie invisible du monde visible, qui  consiste à imaginer que les objets ont une existence propre et consciente, forme de religiosité que l'on nomme l'animisme. Les choses n'étant pas seulement ce qu'elles semblent être - rochers, montagnes, fleuves, nuages - ils en déduisent qu'à la forme extérieure et tangible qui compose leur apparence correspond une forme intérieure, comme une sorte d'âme ou d'esprit - qui leur permet d'éprouver des sentiments, d'exercer une emprise. Les populations, en contact permanent avec la nature, ont une spiritualité instinctive, l'athéisme leur est étranger, tant elle sont en prise directe et permanente avec le mystère. Les spectacles grandioses, auxquels elles assistent, les portent à la contemplation et, s'il y a de la naïveté dans leurs croyances, leur intuition du sacré est étonnante.

 

Pour tout jeune Massaï a lieu le temps de l'initiation qui dure environ six années, six années durant lesquelles il va vivre à l'écart du village avec les autres jeunes gens de sa classe d'âge, sous l'autorité du laibon, chef spirituel d'une tribu Massaï qui veillera à ce que cette formation soit non seulement formatrice mais ascétique. Ce temps d'initiation, où il devient murran, sera sans doute la plus exaltante de sa vie. Durant cette période, on le formera à l'art du combat et on l'initiera à être une guerrier sans peur, à défaut d'être sans reproche, car il arrive, en cas de sécheresse et d'épidémie, que les aînés ferment les yeux si les murrans vont la nuit soustraire quelques têtes de bétail à leurs voisins. Le point culminant de cette initiation est la circoncision et celui où les jeunes murrans ont l'autorisation de prendre femme ; il leur revient alors de veiller sur le groupe familial, de protéger le village des attaques ennemies, de se mettre en quête des points d'eau pour les troupeaux, d'accompagner les femmes lors des voyages, d'être en quelque sorte la force de frappe de leur tribu. La considération dont ils sont entourés, l'intérêt que l'on porte à leurs faits et gestes, le souci qu'ils doivent avoir de leur apparence censée impressionner leurs amis comme leurs ennemis, le culte qu'à travers eux on voue à la compétition et à l'effort, mais également à la jeunesse, les invitent à se surpasser. Ne se soumettent-ils pas, au cours de ces années, qui sont comme une traversée, un passage au sens propre du terme, à diverses épreuves de courage et d'endurance ? On ne naît pas Massaï, on le devient, en acceptant cette période de privation et de célibat. Pour quelques-uns, dont le courage aura été remarqué, l'épreuve ultime sera le combat avec un lion mâle qui leur méritera, pour le restant de leurs jours, la position enviée et prestigieuse d'arbitre, aussi est-ce parmi ces élus que sera choisi le chef futur, le laibon de demain. La vaillance est, au regard des Massaï, la vertu suprême, vaillance qui les a maintenus en vie dans des conditions souvent périlleuses et leur a permis, au prix de quels combats, de rester un peuple libre.

 

Pour marquer les esprits et faire des cérémonies de fin d'initiation le point d'orgue de la vie sociale, on les a intentionnellement revêtues d'une lourde charge émotionnelle. Cela commence par le festival de couleurs assuré par la diversité des costumes et l'abondance des bijoux dont les hommes et les femmes se parent. Cela se poursuit par une débauche de sons avec pour tempo de base le tam-tam que, à volonté, les batteurs rendent plus ou moins percutant, plus ou moins saccadé et haletant. Cela se continue avec les chants et les danses, où les jeunes hommes accompagnent leurs sauts de cris gutturaux, faisant vibrer l'air autour d'eux, comme s'ils cherchaient à éveiller tout ensemble les vibrations sourdes de la terre et les échos de l'espace bâillonnés par les nuages. Cela dure des heures et des heures avec, selon l'avancée du soleil, des danses différentes et, la nuit encore, à la lueur des torches, des chants plus monotones pénétrés de l'anxiété des ténèbres.

Danses rituelles des hommes et des femmes parés lors des cérémonies
Danses rituelles des hommes et des femmes parés lors des cérémonies

Danses rituelles des hommes et des femmes parés lors des cérémonies

 

En cette fin de XXe siècle, les Massaï rendent leur territoire intact à une civilisation trop éprise de puissance, à un monde trop avide de modernité. Les nomades ont su protéger les déserts, économiser la savane ; ils n'ont pollué ni les lacs, ni les fleuves, ni les mers. Et pourtant, aux yeux des sédentaires, les non-sédentaires sont toujours coupables. D'autant plus coupables que leur petit nombre ne les autorise pas à user des secours qu'apportent les lois, les statuts, les chartes. Ils n'ont que leurs traditions et leurs usages, ce qui est peu. Alors comment envisager l'avenir de peuples comme les Massaï ou de leurs cousins germains les Samburu, quand on sait leur vulnérabilité face au dieu le plus exigeant qui soit désormais : le profit ? Le tourisme étant devenu pour le Kenya et la Tanzanie la source principale en devises, les gouvernements se sont vus contraints de prendre des mesures qui vont à l'encontre des intérêts des populations nomades. Au début de 1950, on commença d'expulser les éleveurs des réserves protégées, procédure qui ne cessa de se durcir pour satisfaire le goût de l'exotisme des amateurs de safaris. En effet, les vaches et les chèvres, les zébus et les brebis font un peu désordre au milieu des antilopes, des girafes, des rhinocéros et des éléphants. Ne doit-on pas assurer le touriste que rien ne viendra contrarier le bon déroulement de son voyage, celui-ci ayant été programmé de façon à lui offrir, dans des conditions de confort parfait, un spectacle inoubliable ? Bien que des voix se soient élevées pour crier haut et fort que le bétail avait toujours su cohabiter avec la faune sauvage, cette remarque justifiée n'a pas obtenu de réponse et les Massaï, comme les Samburu, ont été sommés de se sédentariser et de devenir cultivateurs. Ce n'est ni plus, ni moins, l'obligation de choisir entre deux maux : creuser ou crever ! Pour parvenir à leurs fins, les Etats n'ont pas hésité à financer la construction de fermes et coopératives sur les anciennes pâtures, prenant pour prétexte le vieil adage qui veut que la vie nomade soit l'ennemie de la civilisation, une forme d'existence bâtarde, illégale et arriérée. Les rebelles, qui refusèrent de céder à ces injonctions, n'eurent d'autres ressources que de réduire leur zone de transhumance, d'autant que le droit de passage vers les points d'eau leur fut peu à peu retiré, ce qui entraina très vite une baisse de la production laitière. Que reste-t-il aux Massaï, aux Samburu, condamnés à plus ou moins brève échéance, à voir se rétrécir en peau de chagrin, et pour des raisons inavouables, les terres qu'ils parcourent depuis des siècles ? Pour eux, existe-t-il un pays où la joie cessera enfin d'être blessée ? Devront-ils continuer à s'entasser dans des bidonvilles comme les renégats d'une civilisation qui n'est pas taillée à leur mesure ? En sont-ils définitivement réduits à se donner en spectacle aux clients des tour-opérators, à vendre, sur les circuits qu'ils empruntent, des articles de pacotille, objets dérisoires, témoins de la fascination qu'ils exercent encore sur les civilisés ? La réponse semble déjà implacable et définitive.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - extraits de mon roman  "Les signes pourpres

 

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Nairobi, le Mont Kenya, pays des Kikuyus

 

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Tanzanie/Kenya, à la découverte du peuple Massaï
Tanzanie/Kenya, à la découverte du peuple MassaïTanzanie/Kenya, à la découverte du peuple MassaïTanzanie/Kenya, à la découverte du peuple Massaï
Tanzanie/Kenya, à la découverte du peuple Massaï
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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 08:48
Un feu sur la mer de Louis COZAN
Un feu sur la mer de Louis COZAN

Voilà un récit passionnant qui vous tient en haleine de bout en bout, celui d’un de nos derniers gardiens de phare, un breton originaire de l’île d’Ouessant qui sait manier les mots avec virtuosité et vous embarque dans son aventure et son « château des tempêtes » sans passer sous silence la dimension spirituelle de l’aventure. Magnifique témoignage de ces travailleurs isolés, de ces vigiles, ces guetteurs, « drogués de beauté sauvage et de violence, assourdis du fracas incessants des vagues », qui maintiennent les feux sur la mer et guident ainsi les marins plongés dans la nuit océanique. Une existence qui requiert un amour profond de l’univers maritime, une longue intimité avec les tempêtes et avec  les hommes de la mer qui naviguent encore et souvent à l’estime, dans l’angoisse et l’incertitude, et que ces feux guident vers les ports grâce aux fuseaux qui, par tous les temps, percent les brouillards et les pluies.
 


Louis Cozan a d’abord été marin avant de prendre du service dans les phares comme le firent ses ancêtres, phares dont on relevait et  ravitaillait les gardiens  grâce au courage et à l’audace de quelques hommes sans peur et sans reproche qui se tenaient à bord de la Ouessantine. Par la suite, afin d’éviter les innombrables dangers que représentaient les accostages, les phares seront automatisés et aucun homme ne veillera plus  sur ces vastes paysages marins, nouant un dialogue direct  avec les bateaux égarés ou en grande difficulté. Ce sera désormais le rôle des guetteurs sémaphoriques qui contrôlent le trafic maritime depuis la terre.

 

Ce livre n’est pas seulement l’œuvre d’un homme de mer mais celle d’un magicien des mots qui en connait les résonances et nous plonge ainsi en plein cœur de la vie de ces vigiles qui dormaient « en tranches courtes » et subissaient  les « chocs qui ébranlent leur habitat vertical », « spectateurs privilégiés du grand théâtre de la nature ». Louis Cozan souligne toutefois que les gardiens d’alors connaissaient de grands moments de stress « où il est bien difficile d’identifier quel est, de la peur ou du ravissement, le sentiment qui domine ! » Leur existence était une suite d’obligations et d’actes  techniques qu’ils devaient effectuer chaque jour selon une procédure détaillée et dont l’objet était d’agir de sorte que, dans un délai imparti, tout soit garanti de la fiabilité maximum de la  lanterne. Ces phares ont des noms célèbres, ils s’appellent la Jument, Kéréon, Créac’h ou Nividic,  tours  mythiques, où Louis Cozan a longtemps officié. Jamais seul, toujours avec un compagnon avec qui il partageait les travaux minutieux de l’optique et les humbles tâches du nettoyage et de l’entretien. Livre que les amoureux du monde maritime liront avec curiosité et enthousiasme, tant l’auteur nous met en relation directe, vivante, précise, poétique avec les grands vents et le train de  houle qui balaient la mer d’Iroise. Oui, vous saurez tout de ces vies difficiles et exaltantes où nombre de ces guetteurs ont dû leur survie au courage de leurs compagnons, où chaque jour composait son épopée et où les phares étaient encore commandés par des mains expertes et des coeurs ardents.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Un feu sur la mer de Louis COZAN

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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 08:36
Ile de Bréhat - La perle rose

Bréhat a déjà été affublée de tous les superlatifs et il semble qu'ils se soient usés à célébrer la beauté incomparable de cette île qui se trouve à quelques encablures de Paimpol et dont un bateau assure le passage presque à chaque heure et en seulement dix minutes. Un saut de puce qui est aussi un pas de géant, tant Bréhat est différente du continent de par son microclimat qui fait d'elle, au coeur de la Bretagne nord, un jardin exotique. Elle a été baptisée de toutes sortes de façon : île des fleurs, île de beauté, havre des artistes ; personnellement je la nommerai la "Perle rose" à cause de cette ceinture de rochers qui la noue d'une teinte évanescente dès que le soleil apparaît. Perle aussi de par sa végétation luxuriante, ses essences méridionales de palmiers, de mimosas, d'eucalyptus et de figuiers qui confirment la douceur de son climat. En empruntant les venelles et les sentiers interdits aux véhicules, à l'exception de ceux des pompiers et aux tracteurs, on part à la découverte d'un silence oublié, d'un monde clos sur sa paix, sa douceur et sa poésie. Ici, on se sent loin de tout, dans un paradis parfumé et enluminé où les phares, les amers, les moulins trahissent sa vieille appartenance marine. Déjà connue des Romains, Bréhat fut habitée par les moines, qui trouvaient là une terre appropriée à la prière, envahie par les Anglais qui la pillèrent, fortifiée par Vauban et peuplée par les Bréhatins qui participèrent à l'épopée des pécheurs d'Islande et furent dès le XVe siècle de valeureux marins.

 

 

 

Au fil des siècles, elle ne cesse de se dépeupler ; alors qu'elle comptait 1500 habitants en 1800, elle n'en a plus guère que 400 aujourd'hui, dont une trentaine d'enfants scolarisés dans le primaire. Bien entendu, les touristes s'emploient à en gonfler le flux et ce ne sont pas moins de 5 000 d'entre eux qui débarquent l'été pour admirer les lieux et lui prêter un faux air de fête foraine. Mais, hélas ! il semble bien que le danger la guette et que, sous l'influence de quelques poids lourds de l'immobilier, elle finisse par perdre le restant de sa population régionale, se transformant, au fil des ans, en une réserve de nantis et, pour des raisons bassement matérielles, sorte ainsi de l'Histoire. Même chose qu'à Ré, où les taxes foncières et d'habitation sont devenues si exorbitantes qu'elles obligent les îliens de souche à s'expatrier. Ce serait le pire scénario car elle perdrait alors son authenticité et ne serait dès lors qu'un jardin posé sur la mer.

 

 

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Ne dramatisons pas, mais ce danger existe que de vieilles femmes du pays nous ont confirmé. L'île n'en reste pas moins belle et, ce, sous les éclairages capricieux d'un été maussade, avec des ciels tourmentés et aussi mouvants que les flots et l'on comprend sans peine pourquoi Gauguin et Matisse aimaient à poser ici leur chevalet. Aux sentes frangées de fleurs, souples et odorantes, succède le littoral aigu et chaotique, succession de roches qui disent le travail incessant du vent et de l'océan et créent des paysages maritimes d'une fière adversité, formant sur quelques kilomètres à la ronde une alliance inattendue de force et de grâce.

 

 

A l'origine, Bréhat était composée de deux îles avec une partie au nord sauvage et minérale - c'est là que se trouve l'imposant phare du Paon dont la chaussée surplombe la mer au centre d'une fabuleuse agglomération de rochers roses - et la partie sud riante dans sa généreuse expansion végétale où l'on distingue, en un désordre réjouissant, des camélias, agaves, aloès, échiums, agapanthes, dont les bleus sont sans doute plus beaux que nulle part ailleurs, et les éternels bosquets d'hortensias, emblématiques de la Bretagne.

 

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Vauban, en reliant les deux îles par un pont, que les fortes marées parviennent à recouvrir, a permis l'accession à l'une et l'autre, celles-ci formant un ensemble de trois kilomètres de long et un kilomètre et demi de large. Bien que petite, Bréhat ne propose pas moins d'une trentaine de kilomètres de chemins étroits, bordés de maisons de granit et de haies de fleurs, qui se plaisent à vagabonder sur la lande où pointent à l'envie des arbres séculaires, cèdres du Liban, araucarias et de somptueux palmiers qui colorent ainsi les paysages d'une touche méditerranéenne. Si bien que nous ne ferons pas moins de 7 heures de marche afin de ne rien laisser au hasard des aspects les plus secrets, les plus insolites de l'île, laquelle, à chaque tournant, nous offre des points de vue uniques, des panoramas époustouflants. Inutile de perdre son temps dans un restaurant qui ne vous servira qu'un repas quelconque. Il est préférable d'emporter son panier  pique-nique et d'acheter des fruits frais au marché du village. Bréhat n'est certes pas une étape gastronomique. Elle laisse ce privilège au continent, se contentant d'être florale et belle.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

autres articles que j'ai consacrés aux îles :

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé      

 

Venise et les îles de la lagune

 

Houat ou la Bretagne insulaire           

 

Lettre océane - les Antilles à la voile

 

Les Grenadines à la voile

 


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Ile de Bréhat - La perle rose
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Photos Yves BARGUILLET

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 08:51
De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers

 

Au départ de la plage de Perros-Guirec, devant le casino, le Conservatoire du littoral a mis à la disposition des randonneurs un chemin préservé, car balisé, qui longe la côte et conduit, si on est bon marcheur, jusqu'à Trébeurden ; c'est le sentier des douaniers de la côte rose, un itinéraire qui ne cessera de vous offrir, tout au long de votre marche, des vues d'une constante et surprenante beauté. Il faut compter une heure trente pour vous rendre de Perros à Ploumanac'h, première étape qui permet de se restaurer et de se rafraîchir, avant de poursuivre jusqu'à Trébeurden. Nous nous sommes contentés, mon mari et moi lors de ce court séjour, de faire la première tranche en quittant Perros le matin, afin de nous rendre à Ploumanac'h  par un temps délibérément capricieux et de  déjeuner dans une charmante auberge où les fruits de mer et les galettes de sarrasin étaient particulièrement goûteux,  avant de retourner sur Perros où nous avions laissé notre voiture.

 

Alentour voletaient des milliers de couples d'oiseaux que l'on préserve de la main destructrice de l'homme. Celui-ci avait en effet exterminé presque toute la faune qui occupait la côte et, plus au large, les sept îles, sous le prétexte imbécile de la chasse, sans épargner la flore de bruyères cendrées et d'ajoncs d'or qu'il détruisait implacablement en parcourant la lande dans tous les sens sans aucune précaution pour les pousses fragiles et que le Conservatoire a replanté, faisant réapparaître une diversité végétale qui rend  au littoral son authenticité.

 

 

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Dès lors érigé en " site naturel" protégé, cette côte est redevenue le paradis des Fous de Bassan, seule véritable colonie des côtes françaises. Mais, l'homme, non content de ces désastres successifs, parviendra encore à rompre l'équilibre des lieux en le polluant par le pétrole. Les marées noires, emblèmes du fric-roi par excellence, s'attaqueront à plusieurs reprises aux occupants de ce sanctuaire, les macareux moines, les cormorans huppés, les guillemots de troll, les petits pingouins, les fulmars et goélands qui en sont les hôtes presque permanents et auxquels viennent s'ajouter, en période de migration, des milliers d'oiseaux de passage.

 

 

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Le rivage, aux environs de Perros-Guirec, est hérissé de rochers de granit rose qui font la célébrité de la région et l'admiration des promeneurs. A ces rochers admirables, d'un ton rubescent dès que le soleil apparaît, l'imagination bretonne a attribué, pour les distinguer les uns des autres, les noms les plus surprenants. C'est ainsi que l'on croit distinguer une sorcière, un korrigan, une tête de cheval, un homme assoupi, un oiseau. A Ploumanac'h, non loin d'une chapelle, les rochers portent un oratoire du XIIe siècle, dédié à saint Kireg et bien connu des jeunes filles à marier. Un peu plus loin, des archéologues ont mis au jour les restes d'un oppidum romain, prouvant que ces lieux ont été occupés depuis des millénaires. Il est vrai qu'ici tout est d'une beauté à couper le souffle, tant le paysage ombré de pins maritimes s'ouvre à perte de vue sur l'horizon marin. A la lande gansée de fougères  succède un monde minéral et chaotique qui défie parfois les lois de l'équilibre et qui, depuis 130.000 ans, a été sculpté par le burin inlassable des pluies, du vent et de la mer, composant un étrange tableau de sculptures géantes. Ces témoins d'un très vieux combat géologique reposent au coeur de plages de sable fin qui viennent couturer les terres, royauté du granit omniprésent et monarchie de la mer qui prête son ampleur à ces panoramas. Les kilomètres défilent sans que nous éprouvions la moindre fatigue, tant l'oeil est continûment sollicité par cette alliance magistrale de l'océan, de la terre et du ciel qui en Bretagne ne cesse de sublimer la nature.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

Pour consulter les autres articles sur la Bretagne, cliquer sur leurs titres :

 

Ile de Bréhat - la perle rose         Paimpol et ses environs - l'échappée bretonne

 

Houat ou la Bretagne insulaire     Le Golfe du Morbihan, terre de légende

 

 

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De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 09:12
Photos Yves Barguillet

Photos Yves Barguillet

Lac d'Emosson

Lac d'Emosson

Il y avait longtemps que je n’avais pas revu les paysages alpins, renoué avec l’atmosphère très particulière de la haute montagne, les villages accrochés aux pentes herbues ou neigeuses selon la saison, les sonnailles qui  font vibrer  les alpages en été et au début de l’automne, les parfums  de mousse et l’air vif qui pique le visage et nous investit d’un sentiment irrésistible de liberté. On se sent d’autant plus libre en altitude qu’il n’y a jamais foule et que vous tracez votre route dans un silence majestueux. Comme le disait le général de Gaulle : « Regardez vers les hauteurs, il n’y a pas d’encombrement. » Rien n’est plus grisant que ces cimes qui se détachent sur le ciel, ces volumes qui se succèdent les uns les autres, leur architecture élégante, leur splendeur altière qui nous procure une sensation de grandeur. « Que la montagne est belle ! » chantait  Jean Ferrat et c’est vrai. La montagne est d’autant plus belle qu’elle reste, la plupart du temps, inaccessible à l’homme.
 

L'automne en Suisse
L'automne en Suisse
Vues depuis le Moleson

Vues depuis le Moleson

Le retour à cet environnement alpestre, grâce à mon fils qui  vient de s’installer à Lausanne, a été un vrai bonheur. Pour avoir vécu huit ans à Annecy, j’ai  apprécié la présence du lac, son élégance au cœur de cet écrin de hauts sommets, la diversité des lumières qui le pare d’éclats vifs ou caressants, les ombres qui l’embrument, le tracé des bateaux qui griffe sa surface, enfin les innombrables  oiseaux qui le peuplent et complètent cette alliance de l’eau et de la rive. Lausanne est un lieu qui concentre la beauté à un haut degré de perfection. On comprend que l’existence y soit agréable, que les gens s’y montrent aimables et qu’il y ait comme une grâce qui  imprègne l’air que l’on respire. Au lac d’Emosson, site grandiose à 2000m d’altitude, ce début d’automne avait paré les arbres d’un éclat empourpré qui a su impressionner la pellicule et offrir à notre regard une vue époustouflante sur le Mont Blanc, tandis que le Moleson, tout aussi haut (2008 m), atteint grâce à un funiculaire d’abord et un téléphérique ensuite, ouvre un panorama splendide sur les sommets des Alpes françaises et italiennes, tandis que le village de Gruyères, qui a conservé son atmosphère médiévale, permet de renouer avec le passé  dans un cadre délicieusement bucolique. Quant à Montreux, il fait bon y  flâner comme aimait à le faire l’impératrice Elisabeth de Habsbourg, appelée familièrement Sissi, qui oubliait ici les exigences de la couronne d’Autrice-Hongrie. Elle est morte assassinée à Genève le 10 septembre 1898, à l’âge de 60 ans, de la main d’un jeune anarchiste Luigi Lucheni, alors qu’elle embarquait sur le bateau qui devait la ramener à Montreux, station qu’elle affectionnait et qui semblait avoir été créée pour le bien-être  et la détente. Autres personnalités qui ont apprécié cette cité, Jean-Jacques Rousseau, Lord Byron, Hemingway et, plus récemment, le musicien Freddie Mercury.

 

Village de Gruyères

Village de Gruyères

Le lac Léman à Montreux à la tombée du soir.

Le lac Léman à Montreux à la tombée du soir.

Autre qualité de la Suisse, en dehors de ses paysages, de ses fromages et de son souci du confort et du détail, elle est un haut lieu de la démocratie. Probablement le pays d’Europe où le peuple est le plus impliqué dans le processus décisionnel. Ce pays s’étant refusé à cantonner le citoyen au seul rôle d’électeur, lui a proposé  une démocratie qui l’investit pleinement dans la vie politique du pays. Le président suisse, dont le rôle est honorifique, est élu pour un an parmi les sept conseillers fédéraux. Et ce qui diffère la Suisse, de la plupart de ses voisins européens, est le recours intensif à la démocratie directe, soit la possibilité pour chacun d'entre eux de s’exprimer par de fréquents référendums sans passer par le truchement des représentants. Pour preuve, le référendum a été utilisé 9 fois en France depuis 1958 et près de 400 fois chez les Suisses dans le même laps de temps. Ceci explique sans doute cela ... la Suisse préfère se gérer sans autre recours qu'elle-même.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Le lac à Lausanne

Le lac à Lausanne

Le port de Pully à Lausanne

Le port de Pully à Lausanne

Vue prise chez notre fils

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  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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