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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:41
Plus rien ne sera jamais pareil

Plus rien ne sera jamais pareil.
Quelque chose d’indéfinissable a  tremblé
Et nous avons vu une lumière
Lentement naître des ténèbres.
Nos cœurs s’émerveillaient de son approche
Et que de ce tremblement, de cette onde,
Soudain naisse l’élan qui nous relèverait.
La nuit n’avait cheminé qu’un moment avec nous
Et nous en gardions une cécité passagère.
Après nous voyions comme nous n’avions jamais vu,
Les fluorescences de la lune redessiner l’ombre
Sur les fresques du ciel.
Tu caresses mes cheveux,
Je pose délicatement ma main sur la tienne,
nul geste ne peut être plus tendre, plus achevé.
Tu me dis  «écoute », car le monde nous reste  proche,
Je te murmure  « regarde »,
Car l’éternité nous adresse un salut royal.
Un dernier mouvement de foule trace un bref horizon.
Je perçois le choc sourd du jour
Qui heurte la pierre aimantée du temps.
Demain, tu inventeras un langage, tu me baiseras au front
Afin que je porte loin et haut notre amour.
Tes mots dureront. Ils formeront une enceinte,
Ils se doivent de me garder.
Peut-être  dispenseront-ils  leurs bienfaits
Jusque dans les profondeurs des eaux ?
La résurrection des mondes en dépend.
Souviens-toi, il faut être habité d’une  présence infinie …
Pour se taire ensemble.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( publié dans les Cahiers Froissart  N° 47 –Quatrième  trimestre 1988 )

 

 

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 08:39
Après la guerre, avec mon amie Brigitte à gauche. Elle est décédée en 1995 à 56 ans.

Après la guerre, avec mon amie Brigitte à gauche. Elle est décédée en 1995 à 56 ans.

Ils se sont, au fil du temps, éloignés de nos vies, laissant toute une part d'inachevé qui n'en finit plus de solliciter notre mémoire et notre imagination. Ils sont partis sans laisser d'adresse, celle du cimetière est trop réductrice, nous savons bien qu'ils ne sont pas là et que ce n'est pas ainsi que nous souhaitons les évoquer. Non, ils se sont tellement imbriqués dans nos actes, dans non souvenirs, ils semblent même qu'ils poursuivent leur existence dans nos pensées parce que fatalement ils sont inoubliables. Qui sont-ils ? Nos parents, nos grands-parents, nos oncles et tantes, nos cousins, nos amis, chacun à leur manière ont accompagné une part de notre itinéraire terrestre, alors en s'asseyant ici ou là sur une des bornes qui ponctue notre cheminement en ce monde, nous les revoyons, nous les réentendons : celle-ci avec ses malices et son joli rire, celui-ci avec ses plaidoyers sans fin sur la déstructuration de notre époque, ceux-là avec leurs tics, leurs mimiques, tous avec leurs spécificités, leurs expressions, ce qui les rendait uniques et irremplaçables. Chers disparus !

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Avec le temps, qui ne cesse pas de s'accélérer, vous devenez de plus en plus nombreux à peser de vos absences, à susciter la nostalgie à votre seule évocation, à aggraver nos solitudes. Oui, vous nous manquez. Nous avons certes connu des amours ratés, mais il s'agit ici d'amours perdus Il en fut ainsi de celui de mon amie d'enfance - nos  mères nous plaçaient dans le même parc lorsqu'elles jouaient au bridge - alors que nous jouions déjà à nous fabriquer un avenir, à nouer un lien privilégié qui nous a menées un dernier soir d'un été doux et parfumé à nous questionner sur l'avenir du monde. Ironie du sort, le tien ne pesait plus que quelques mois... Tu mourrais en avril 1995 d'un cancer des os à 56 ans. Quatre semaines avant ma mère, seize mois avant mon père. Trois deuils successifs, j'ai cru perdre pied. C'était trop, je ne pouvais même pas imaginer la vie sans vous ! Et, néanmoins, il a bien fallu le faire, reprendre la route, choisir un nouvel itinéraire plus contemplatif sans doute, nourri d'un passé qui ne peut pas s'éteindre et favorise certaines valeurs essentielles.

 

Et puis, il y a eu l'ami - un second père en quelque sorte - qui m'a aidée à me reconstruire à la suite d'un mariage loupé, très vite soldé par un divorce. J'avais 23 ans et le vide ne s'est jamais comblé. Il en est ainsi de certains passants incomparables. Je n'oublie pas ma chère tante Yvonne que j'imagine cueillant des étoiles comme jadis elle se plaisait à composer des bouquets champêtres, à ma grand-mère paternelle, conteuse intarissable, qui me décrivait la Belle Epoque comme s'il s'agissait d'une parenthèse enchantée, un moment éphémère brièvement paré de toutes les séductions. Vous avez été, au hasard des circonstances, des compagnons de fortune ou d'infortune ; avec vous, nous avons partagé illusions et désillusions, joies et chagrins, larmes et rires. Certains nous ont quittés encore parés des charmes de la jeunesse, d'autres auréolés par la sagesse de leur grand-âge, avec cette bienveillance qui imprime aux visages une tranquille indulgence.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels.

Vous restez tous à nos côtés, compagnons invisibles mais souvent plus présents que nombre de nos contemporains. Vous avez contribué à rédiger quelques-unes des pages de nos vies et formez ainsi la toile de fond de notre univers intérieur, chers disparus !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 07:52
Chère tante Yvonne

 

Elle nous a quittés à l’âge de 94 ans, sans avoir  jamais été  malade, parfois seulement un peu lasse ou un peu distraite. Elle fut sans doute la vieille dame la plus charmante, après avoir été l’une des plus belles jeunes filles de Nantes, de ces êtres qui traînent tous les cœurs à leurs basques. On aurait pu écrire à son sujet un traité sur l’art de vieillir avec grâce. Il est vrai que la grâce, elle l’avait reçue à la naissance, ainsi que trois autres dons magnifiques : la beauté, la santé et la gaieté. Descendante d’une famille austère, elle avait le goût du bonheur, mais sut respecter deux principes essentiels de la tribu : être digne et jamais se plaindre. Le goût de la vie, elle l’avait tellement en elle, qu’elle ne fût jamais tentée de céder à l’ennui ou à la morosité.  Malgré les épreuves, qui ne l’ont pas plus épargnée qu’une autre, un divorce et deux veuvages, elle avait une fois pour toute peint son existence de couleurs éclatantes. Elle appartenait à cette espèce de gens rares qui font vibrer la lumière autour d’eux.  Ce qui ne l’empêchait nullement d’avoir du caractère. Indépendante, elle savait, comme ses ancêtres, décliner les verbes résister et durer.

 

Ma tante eut néanmoins la faiblesse de s’incliner devant deux passions – je ne parle pas  des passions amoureuses qu’elle suscita, ô combien ! – mais de celles qui sollicitent la curiosité et l’intérêt : la nature et les voyages. Il est vrai qu’en ce qui concerne la nature, elle avait été gâtée puisqu’elle avait eu – comme sa jeune soeur, ma mère – le privilège de naître au cœur d’un parc paysagé, l’un des plus beaux qui soit, dessiné par un père qui, en ce domaine, était un magicien.  N’avait-elle pas grandi au milieu des fleurs et des bosquets et, malgré la Grande Guerre, traversé son enfance sans être privée de grand-chose.

 

C’est à l’adolescence que ses parents, ayant eu la mauvaise idée de se séparer, les difficultés se succédèrent sans rien enlever de son appétit de vivre et de son énergie. Quant aux voyages, elle en fit beaucoup et jusqu’à un âge avancé, ayant osé aussitôt après la Seconde Guerre mondiale parcourir seule, et à vélo solex, une grande partie de l’Espagne encore sous le régime de Franco. C’est son goût de l’aventure et de la liberté, qu’elle avait chevillé au corps, qui lui fit commettre quelques folies, mais que serait une vie sans elles !

 

Elle s’est éteinte comme une petite bougie au bout de sa flamme dans la quiétude de son grand âge, sans avoir jamais connu l’amertume ou l’acrimonie et avoir pleinement savouré les lendemains qui chantent. Aussi était-il inévitable qu’un jour le désir lui prenne de programmer un voyage dans l’au-delà, elle qui avait usé plus d’une paire de souliers à parcourir la planète terre. Si bien qu’après le Maroc et ses palais, la Norvège et ses fjords, la Turquie et ses harems, la Hollande et ses tulipes, la Suisse et ses grasses prairies, elle a choisi pour destination l’éden, ce jardin qui, par ses innombrables beautés, surpasse encore ceux créés par son père, un jardin idyllique où l’on goûte aux béatitudes éternelles. Nul besoin d’avion ou de de TGV pour s’y rendre, les anges s’en chargent d’un coup d’aile. Je l’imagine aujourd’hui toujours aussi souriante et gracieuse, se promenant en paix dans un éther où volettent les colombes, où s’épanouissent les corolles, où les aubes se lèvent à tout moment et où les clartés du soir sont pareilles à des confidentes qui s’attardent. Cette femme, qui aimait la joie, est partie sans regret ; elle me disait : le bonheur s’apprend comme le reste.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Ma tante et sa fille au mariage de mes parents

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Ma tante au mariage de sa fille. Ma mère est la dernière, au fond, à droite.

Ma tante au mariage de sa fille. Ma mère est la dernière, au fond, à droite.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:41
Arrêt sur image - La traversée des apparences

Il avait fallu se rendre à l’évidence, Charles laissait des dettes. Le notaire de famille, avec lequel Marie-Liesse s’entretenait, ne cachait pas son inquiétude : la somme était d’importance et les délais octroyés par les créanciers ne permettaient pas d’épiloguer sans fin sur les désagréments que causait cette révélation. Marie-Liesse, qui avait toujours été tenue à l’écart des décisions maritales, se voyait plongée dans un imbroglio de tracasseries qu’autant que faire se peut Adeline Charme, sa dame de compagnie, s’employait à démêler. Mais tôt ou tard il faudrait rembourser et – hélas ! – les ressources des Chaumet s’étaient amenuisées au fil du temps. En effet, pour payer les embellissements de la demeure du Plessis, la vie fastueuse qu’ils y avaient menée depuis la disparition de Charlotte et ses coups de cœur de collectionneur, Charles avait vendu les fermes et la plupart des terres. Même l’enceinte, où Renée régnait en maîtresse absolue, n’avait pas été épargnée. Après l’installation du chauffage central, jugeant les anciennes cuisines démodées, Charles avait imposé à la vieille domestique un véritable laboratoire presse-bouton qui n’avait eu pour résultat que d’altérer son humeur et la pénétrer d’une nostalgie qui ne la quitterait plus. A moins de priver le Plessis de ses objets d’art, il n’y avait d’autre solution que de liquider les actions Amory que Marie-Liesse détenait depuis sa majorité et qui faisaient d’elle une actionnaire à ménager. Mais pareille décision lui répugnait. Son père, en lui offrant ces parts, l’avait bel et bien associée à ses biscuiteries et s’en défaire équivalait à rompre le lien qui la rattachait à l’industrie familiale et se priver du seul acquit que celui-ci avait eu à cœur de lui consentir. Son notaire comprenait ses réticences mais, comme on ne pouvait reculer l’échéance, mieux valait se couper un bras que de voir fondre sur le patrimoine une horde de greffiers et d’hommes de loi qui auraient tôt fait de répandre autour de la famille des relents de scandale. Un tel argument ne pouvait qu’ébranler l’épouse de Charles et l’inciter à prendre au plus vite une décision, celle de vendre ses actions qui, d’après ce que lui disait maître Lumel, avaient perdu de leur valeur et risquaient à l’avenir d’en perdre davantage.

 

(…)

 

Au Plessis, la gêne ne continuait pas moins à se faire sentir. Les actions ayant été vendues pour éponger les dettes, il ne restait pour vivre qu’un petit excédent que les dépenses courantes mettaient à mal plus vite que prévu. Par souci d’économie, on avait renoncé aux services de la femme de ménage et on ne recourait à ceux du jardinier que deux ou trois fois l’an, afin qu’il défriche les sous-bois et fauche la prairie, car on n’osait plus appeler pelouse les herbes folles qui proliféraient devant la maison. Anne-Clémence contemplait avec nostalgie les allées envahies de chiendent, les taillis en friche, la colonisation progressive du lierre qui, non content de s’épandre sur le sol et d’y former une natte épaisse, montait à l’assaut des troncs. Le Plessis s’était ensauvagé, ainsi que la forêt de Chantepleure abandonnée par la commune et livrée à la multiplication des rouettes et des drageons. Curieusement, c’est dans un décor à l’opposé de celui qu’il s’était plu à parachever, qu’Anne-Clémence évoquait le plus tendrement le souvenir de son père et ce sont dans les cahiers, qu’elle glissait dans ses poches, qu’elle lui prêtait une existence qu’il n’avait jamais eue, une chair désirante qu’il n’avait pas osé assumer. Comme elle aurait aimé cheminer à ses côtés, sentant avec l’âge fléchir sa taille, sa marche devenir plus hésitante, sa voix plus sourde et leur intimité plus grande d’être confrontés à ces infirmités. Elle l’imaginait s’avançant dans l’allée, appuyé à son bras, les rides ayant atténué les sévérités d’un visage volontiers solennel, tous deux s’attardant sous les frondaisons que la lumière de mars faisait revenir à la vie. La nature sortait de sa dormance végétale comme d’une extase prolongée. De ses pores, on sentait la vitalité sourdre, des frissons de sève passer sous l’écorce des bouleaux poudrés d’un blanc lunaire ou sous la livrée rousse des cyprès chauves. Bientôt la beauté graphique des bois serait remplacée par l’effusion des pousses printanières. Partout des gemmes croîtraient sur les membres décharnés des arbres, pareils à des mâtures sans voile. La touffeur des bois ne s’en refermerait que plus vivement sur elle. Ici se devinait encore palpable la peur imaginaire des enfants que leurs jeux invitaient à ces évasions. Aussi, à l’image de Charles, se superposait celle de Louis émergeant des eaux tranquilles pour la convier à l’un de ces exodes qu’ils aimaient à partager. Et c’était toujours la même émotion qu’elle éprouvait lorsque, remontant vers la maison, elle l’apercevait se dévoilant à peine dans l’enchevêtrement végétal et qu’elle voyait poindre une lumière venant de la chambre de Marie-Liesse comme une fragile étoile.

 

(…)

Arrêt sur image - La traversée des apparences

Au fil des années, les difficultés ne cessant de devenir plus alarmantes, Marie-Liesse avait cédé aux suggestions de sa dame de compagnie et convié un expert dans le but de liquider les collections de son mari et de récupérer un peu de l’argent qu’il avait inconsidérément dissipé. Ce dernier avait procédé à l’évaluation des œuvres dont l’estimation mettrait à l’abri du besoin la mère et la fille, à condition que le fruit de la vente soit géré avec compétence. A quelque temps de là, une entreprise spécialisée dans les manutentions délicates, recommandée par le commissaire-priseur, était venue enlever les livres, les tableaux, les objets d’art. C’est Anne-Clémence qui s’était chargée d’envelopper dans du papier kraft les deux mille trente-quatre volumes de la bibliothèque paternelle. Entre ses mains étaient passées les soixante-dix tomes de Voltaire, les douze de Plutarque, les vingt de Saint-Simon et de Rousseau, les trente de Sainte-Beuve. La jeune femme avait l’impression qu’en l’espace de quelques heures s’était établi le seul contact vivant qu’elle ait eu avec son père. En lisant à voix haute des paragraphes entiers, en s’attardant à contempler les pages jaunies par le temps, dont certaines étaient annotées par l’écrivain lui-même, elle se prenait à imaginer les regards successifs qui avaient parcouru ces lignes, les esprits qui s’y étaient attardés et subodorait la longue chaîne d’initiés qui descendait jusqu’à elle. C’était une forme d’intemporalité qu’elle tenait là, une longue mélopée de l’intelligence qui, depuis le fond des âges, l’assurait que l’esprit poursuit son adage bien au-delà de la vie terrestre. Puis, quand les livres avaient été emballés dans leur livrée de papier, les déménageurs avaient sorti des camions des caisses en bois, semblables à des cercueils. On avait déposé chaque exemplaire à l’intérieur et cloué les couvercles et Anne-Clémence avait vu les caisses quitter une à une la bibliothèque. Ainsi s’en allait, bien des années après la date de sa disparition officielle, le corps spirituel de Charles. C’est seulement ce jour-là que sa fille s’était sentie orpheline et d’autant plus désemparée que cette vente lui apparaissait comme un sacrilège.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE (extraits de « Le jardin d’incertitude » - roman)

 

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Arrêt sur image - La traversée des apparences
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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 08:27
Le continent des oubliés

Ami d’un jour, ami d’un soir
J’ai conservé le mince espoir
Un jour ou l’autre de te revoir.
Dans ma pensée, tu as tracé
Un lien ténu, vite dénoué,
Un souvenir en pointillé.

  

De mon rivage endeuillé
Où nos heures se sont écoulées
Je vois pointer à l’horizon
La caravelle  des illusions.


Que nos désirs soient mis en gerbe
Pour les lendemains de disette
Et que les peines soient remisées
Au continent des oubliés.

 

Amour d’un jour
Amour d’un soir
Que ma mémoire tente d’occulter
Et qui au fond de ma pensée
Ne cesse plus de se raviver.

 

Faut-il que j’aille l’ensevelir
Au cimetière des délaissés
Pour que mon cœur se délivre
De cette peine inconsolée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   (inédit)

 

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 09:35
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Cela fait plusieurs années, que chaque été la Belgique vient visiter la France sous les traits d’une ambassadrice de charme Edmée de Xhavée. Elle ne vient pas seule, toujours accompagnée d’une amie d’enfance, tout aussi Belge qu’elle, mais qui demeure en France depuis de longues années : Adèle. Ces retrouvailles sont toujours un moment d’exception. Je vous en avais déjà parlé l’an passé, lorsque mon mari et moi sommes allés leur rendre visite, non loin de Caen, dans une maison typiquement normande, au charme envoûtant, enclave de verdure au centre d’une large plaine. Cette année, ce sont elles qui sont venues nous voir à Trouville, et l’occasion s’est trouvée de nous replonger dans l’ambiance proustienne qui pare notre colline d’un attrait supplémentaire. Les manoirs, qui nous entourent, ont tous été le lieu privilégié d’un grand nombre de rencontres entre Proust lui-même et quelques-unes  des personnalités qui ont inspiré son roman « A la recherche du temps perdu ». C’est au manoir des Mûriers - que son mari fit construire après qu’elle ait  loué plusieurs années celui de la Cour-Brûlée à Mme Aubernon - que Madame Straus, veuve de Bizet, se plaisait à tenir son salon d’été que fréquentaient Proust, bien entendu, mais également Fauré, Maupassant et bien d’autres ; c’est ici,  au manoir des Frémonts, que  la famille Finaly et la ravissante Marie que Proust, jeune alors, couvait d’un regard attendri, ont reçu en 1891 et 1892 ce jeune homme ébloui par les trois vues que lui offrait la propriété, l’une  sur la mer et les deux autres sur la campagne environnante, si bien que cette demeure est devenue en littérature celle de la Raspelière, à jamais immortalisée par les mots coulés, comme à dessein, dans un style incomparable :

 

« De la hauteur où nous étions déjà, la mer n’apparaissait plus, ainsi que de Balbec, pareille aux ondulations de montagnes soulevées, mais, au contraire, comme apparaît d’un pic, ou d’une route qui contourne la montagne, un glacier bleuâtre, ou une plaine éblouissante, situés à une moindre altitude. Le déchiquetage des remous y semblait immobilisé et avoir dessiné pour toujours leurs cercles concentriques ; l’émail même de la mer, qui changeait insensiblement de couleur, prenait vers le fond de la baie, où se creusait un estuaire, la blancheur bleue d’un lait où de petits bacs noirs, qui n’avançaient pas, semblaient empêtrés comme des mouches. Il ne me semblait pas qu’on pût découvrir de nulle part un tableau plus vaste. Mais à chaque tournant une partie nouvelle s’y ajoutait, et quand nous arrivâmes à l’octroi de Doville, l’éperon de falaise qui nous avait caché jusque-là une moitié de la baie rentra, et je vis tout à coup à ma gauche un golfe aussi profond que celui que j’avais eu jusque-là devant moi, mais dont il changeait les proportions et doublait la beauté. »

 

 

Malheureusement les pommiers n’étaient pas en fleurs. Autrement, poursuivant notre promenade sur la colline, qui ne cesse de nous découvrir de merveilleux horizons, ceux-ci ne cessant de se parer des lumières les plus diverses, nous aurions pu admirer, comme Proust le fît, les pommiers dans leur efflorescence :

 

«  L’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent,  elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais fraîche faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eut été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. »

 

 

Cette visite de nos deux amies était donc frappée du sceau de la littérature et comment en aurait-il été autrement pour des amoureuses de cet art qui donne des ailes aux mots tracés, du cœur aux phrases suspendues, de l’encre aux souvenirs assoupis dans la mémoire. Ainsi la journée s’est-elle achevée avec le soir qui descend doucement sur la mer, avec les lueurs vespérales qui apaisent les reliefs et fondent en une douceur voluptueuse les clartés trop vives du jour. A l’année prochaine, chères amies, et que la vie vous soit douce et sereine …

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.
Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.

Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.

Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.
Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 08:14
LES CINQ ANS d'INTERLIGNE

Cinq ans déjà, qu’un jour de juillet, j’ai décidé d’ouvrir  un second blog  « INTERLIGNE », après celui consacré au 7e Art « La plume et l’image » et je ne le regrette pas, car j’ai eu grâce à lui l’occasion de rencontrer beaucoup d’amis venant d’horizons différents et qui tous m’ont apporté leur amitié, leurs encouragements et ont permis à ce lieu d’échange de prendre encre ( je pourrai dire ancre) et devienne un lieu de partage. En effet, que représente un blog pour celui qui, installé devant son écran, tente de capter un mot, un signe, un commentaire, un écho, sinon cela, la possibilité d’un échange. Ecrire, c’est toujours essayer de rencontrer l’autre, l’ami, le voisin, l’esseulé, l’étranger, de susciter une alliance d’esprit et de cœur grâce au pouvoir des mots et à leur résonnance intérieure.

 

 

Tout a sans doute été dit et écrit mais qu’importe, nous ne cesserons jamais de le redire et de le transmettre à notre façon avec notre sensibilité, nos emballements, nos déceptions, nos doutes, nos aspirations. Cela se nomme la communication ou mieux que cela : la transmission. On s'efforce, autant que faire se peut, à exprimer les joies, les peines, les beautés de notre langue, les nuances diverses des souvenirs, les soucis de nos vies, les émerveillements de nos coeurs, les satisfactions passagères ou durables, les craintes pour un avenir que l'on rêverait toujours meilleur. 622 articles rédigés avec ceux de l'ami Denis Billamboz et ses coups de coeur littéraires, 110.000 visiteurs, 183653 pages vues, c'est tout de même honorable, mais est-ce satisfaisant ? Cela ne le sera jamais, tant nous souhaitons toujours davantage, tant nous avons besoin d'être constamment renseignés sur la qualité de nos propos, leur pertinence, leur justesse ou, pire, et cela arrive, sur leur inanité. Le regard de l'autre inspire à l'évidence une crainte qui reste la meilleure émulation qui soit. Alors, ne redoutons jamais ce regard du visiteur qui corrige, anime, critique, sollicite, encourage, il est tour à tour notre juge et notre complice.

 

 

Alors longue vie à INTERLIGNE si l'inspiration, la ferveur  ne me manquent pas. Une question que,souvent, je me pose...

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Article précédent : LES DEUX ANS d'INTERLIGNE

 

 

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 07:58
Chopi, un ténériffe
Chopi, un ténériffe

Chopi, un ténériffe

J’ai eu deux chiens durant mon enfance et mon adolescence. Le premier ressemblait davantage à une peluche qu’à un chien d’arrêt, le second était plus proche du chien fou que du chien de salon. Deux opposés qui m’ont apporté des joies diverses et quelques soucis et n’ont eu qu’un seul point commun : tous deux ont été victimes de mort violente. Le premier était un ténériffe, plus connu sous l’appellation de « bichon frisé », petit chien qu’autrefois les femmes pouvaient cacher dans leur manchon et, que de nos jours, on peut faire voyager dans son sac à main. Je devais avoir cinq ans lorsqu’une voisine assez originale le proposa à ma mère parce que son mari venait d’être nommé consul de France en Inde et qu’elle ne pouvait l’emmener avec elle en raison des lois en vigueur à l’époque. Elle était désespérée à l'idée de se séparer de son gentil animal et se mouchait bruyamment en nous l’expliquant, aussi avait-elle tout de suite pensé à la petite fille solitaire que j’étais et auquel ce gentil toutou, affectueux et docile, pourrait être un précieux compagnon. L’affaire fut vite réglée ; cette originale au fort accent russe nous ayant donné l'un de ses mouchoirs en dentelle afin que Chopi, c’était le nom du chien, conserve durant le temps de l’adaptation le souvenir olfactif de son ancienne maîtresse. Et elle n’avait pas omis de joindre à ces paroles les certificats de Chopi en soulignant de trois traits rouges que nous faisions une affaire, car elle avait acheté à prix d’or l’ascendance prestigieuse du petit ténériffe, il y avait de cela quelques six années.

 

Chopi ne fit pas moins une entrée discrète dans notre foyer. Un panier déposé dans l’office, un coussin neuf, le mouchoir en dentelle jeté à la poubelle, l’animal eut tôt fait de trouver ses repères. Propre, silencieux, obéissant, affectueux, il avait, en effet, toutes les qualités pour ne troubler en aucune façon notre existence familiale. Mon entente avec  Chopi fut immédiate. La petite bête me suivait partout et acceptait, mais oui ! – de remplacer les poupées en celluloïd que je n’appréciais que modérément. Il était tellement plus drôle d’avoir auprès de soi un jouet vivant que je promenais sur le boulevard dans le landau de poupée, couché comme un baigneur, et qui, à mon grand amusement, sucitait la curiosité des passants.

 

La docilité de Chopi fut sans égale. La petite bête acceptait tout : d’avoir des bonnets, des brassières, des moufles, des barboteuses, je crois qu’elle a fait preuve à mon égard d’une patience angélique. Aux vacances, nous l’emmenions avec nous dans notre maison de campagne où elle se plaisait, mais où ses promenades n’excédaient guère la terrasse et la pelouse qui se trouvaient devant la demeure. Les longues balades la fatiguaient et, plutôt que de nous suivre à travers bois et champs, elle préférait rester au calme sur les coussins du canapé. Et puis elle vieillissait. Alors que j’atteignais mes 10 ans, elle en avait déjà 13 et sa vue baissait de façon inquiétante. C’est lors d’un séjour pascal au Rondonneau, qu’occupés à recevoir des amis, nous ne lui avons pas prêté d’attention. Lorsque ceux-ci furent partis, Chopi ne se trouvait nulle part dans la maison. Affolés, nous l’avons cherchée de pièce en pièce, puis dans le parc, l’appelant désespérément ; son absence se faisait de minute en minute plus oppressante. C’est ma mère qui, étant descendue jusqu'à la rivière, l’aperçut qui flottait sur la pièce d’eau. Aveugle et un peu sourde, elle avait dû croire qu’elle remontait vers la maison, alors qu’elle descendait vers la rivière. Ce fut un chagrin immense. De sentir la pauvre petite bête raide et froide dans mes bras fut l’un des chocs de mon enfance. La mort me révélait son incontournable réalité. On l’enterra en grande pompe dans l’île voisine de notre cabane avec toutes les fleurs printanières que j’avais pu cueillir dans le jardin et dans les prés.

 

Pipo
Pipo

Pipo

Le chien que nous allions adopter, quelques mois après la disparition de Chopi, n’avait rien à voir avec cette dernière. Né dans une ferme voisine d’un ratier et d’un épagneul, cette portée – ce qui est rare – ne comprenait qu'un seul chiot, celui qui nous était destiné. Nous étions fin juillet lorsque mon père et moi allâmes chercher celui que nous avions déjà baptisé « Pipo » et qui venait d’être sevré. La mère était déjà repartie débusquer les rats et les souris et le père, qui demeurait dans un château voisin, continuait à accompagner, presque quotidiennement, son maître à la chasse aux perdreaux. Pour la première nuit, il avait été décidé que le petit chien dormirait dans l’arrière cuisine dont le carrelage ne craignait pas les pipis de la nuit et où ma mère avait disposé, sur des claies, une vingtaine des pêches fraîchement cueillies. Le lendemain matin, lorsque nous ouvrîmes la porte, quelle ne fût pas notre surprise de découvrir, bien rangés, les vingt noyaux de pêche qui, visiblement, avaient satisfait l’appétit nocturne de notre nouveau protégé.

 

Très vite, Pipo nous surprit par sa vitalité, sa drôlerie et son irrépressible besoin de courir après tout ce qui bouge. Il n’est pas un animal, canard, oiseau, chat, hérisson qui ne sollicitât, aussitôt qu’aperçu, son envie d’en découdre avec lui. Qu’il veille à éloigner les importuns de l’enceinte de la propriété pouvait encore s’expliquer, bien que Pipo n’était nullement un chien de garde, mais nous eûmes tôt fait de constater que, hors frontières, son comportement était le même, ou pire encore. Pipo était un chasseur surdoué mais d’autant plus redoutable qu’il n’était pas dressé – mon père n’ayant aucun goût pour la chasse – et qu’il usait de cet instinct à tort et à travers.

 

Heureusement que chaque animal a en lui les ressources nécessaires pour se défendre. Pour les hérissons, leurs piquants les mettaient à l’abri des rages impérieuses de Pipo qui revenait le soir la truffe en sang. Pour les canards, qui passaient nonchalamment sur la rivière, ils pouvaient narguer l’agressif animal qui aboyait de fureur à s’en rompre les cordes vocales tellement il avait la trouille de l’eau, mais alors une trouille terrible, à ne pas y risquer une patte. Quel dépit de les voir s'éloigner au loin sans pouvoir s'en saisir !

 

Pipo nous aura fait vivre toutes sortes d’émotions : au bois de Boulogne, brisant sa laisse, il avait un jour terrorisé des chevaux et leurs cavaliers qui se promenaient tranquillement dans les allées ; poursuivi, à en perdre haleine, des chats à travers un bâtiment en construction, dans un vacarme assourdissant ; coursé de malheureuses vaches en train de paître dans un champ et se suspendre à leurs pis ; oui, Pipo aura semé la panique dans le monde animal avec une frénésie inlassable, alors qu’il se montrait le plus amusant, le plus tendre des compagnons avec les humains. Son charme était irrésistible et il parvenait toujours à se faire pardonner ses bêtises nombreuses et foldingues.

 

Sa mort fut fatalement à l’image de sa vie : celle d’un aventurier fripon et canaille impossible à dompter. Lorsque nous étions au Rondonneau, il était impensable de l’attacher du matin au soir. Et lorsqu’il était petit, nous avions commis l’erreur de l’emmener en promenade avec nous dans les bois de la Touannes, proches de la chasse où, à l’automne, des gâchettes prestigieuses venaient tirer les faisans que l’on élevait à cette intention. Pipo avait reniflé tout le profit que pouvaient lui réserver ces lieux d’exception…Le garde-chasse avait d’ailleurs prévenu notre employée de maison : «  J’abattrai le chien sans état d’âme si je le surprends à lever mes poules faisanes en train de couver ». Et ce qui devait arriver, arriva. Un soir, Pipo ne revint pas. Ce devait être lors d’un week-end de printemps, époque où les bêtes à plumes pondent, puis couvent leurs œufs. Le garde-chasse était un honnête homme, il l’aura visé en pleine action. C’est du moins ce que nous avons espéré, puisque Pipo est parti sans tambour ni trompette et, comme à l'habitude, sans demander l’autorisation … pour ce long voyage.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:14
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Autoportrait à quatre mains - Channe questionne Armelle

 

 

 

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 08:28
La maison de famille proche de Meung-sur-Loire

La maison de famille proche de Meung-sur-Loire

Lorsque j’étais enfant, la fête que je préférais, en dehors de Noël, était la fête de Pâques. Je crois même que j’avais un faible pour elle. Bien que j’appréciais le sapin décoré et semé de flocons de coton, le feu dans la cheminée, les cadeaux étagés autour des souliers au petit matin et la crèche attendrissante, Pâques avait le privilège de correspondre avec le renouveau de la nature, le retour dans la maison de campagne, qui avait été fermée durant l’hiver, et que nous allions ouvrir grâce au retour du soleil printanier. Quitter Paris pour une dizaine ou une quinzaine de jours était  un événement que j’attendais depuis des mois et qui supposait une immersion totale dans ce que j’aimais le plus : le jardin, les fleurs, l’autorisation de vivre au gré de ma fantaisie, de retrouver le parc et ses arbres centenaires, la rivière des Mauves qui serpentait nonchalamment au pied de la demeure. Comment n’aurais-je pas été enthousiaste et ravie à la seule pensée de renouer avec ce monde végétal que j’appréciais plus qu’aucun autre, en compagnie des oiseaux qui préparaient patiemment leurs nids et accordaient leurs voix, avec les amples espaces qui ne cessaient de solliciter  mon regard, enfin avec cette bonne odeur de terre qui germait en silence. Le rendez-vous s’annonçait chaque année sous les meilleurs auspices.

 

Mes parents préparaient l’automobile la veille au soir et la chargeaient de l’indispensable, ce qui était suffisant pour que nous ayons l’air d’effectuer un véritable déménagement. Pour ma part, je n’emportais que peu de chose. J’avais laissé dans un placard les quelques vêtements nécessaires à mes vagabondages et les vacances de Pâques étaient trop courtes pour que je sois astreinte à des devoirs de vacances. N’était-ce pas la liberté à plein temps, l’assurance d’organiser mes journées selon les caprices de mon imagination ?

 

A peine le portail s’ouvrait-il sur le paysage bucolique que j’avais déjà oublié les rigueurs du collège, les rues parisiennes et leur agitation, le macadam qui privait la végétation de tout espace de liberté, les horaires strictes, les obligations scolaires et que la seule vue des coucous parsemant le gazon, de la grive musicienne répétant ses gammes, de la pie préparant laborieusement son nid, oui, je devenais autre, je n’avais plus rien en commun avec la petite élève appliquée et austère. Quelque chose d’irrépressible jaillissait soudain de moi, j’aurais voulu tout embrasser, tout étreindre : le ciel d’un bleu tendre, la rivière murmurante et discrète, les champs au loin qui portaient la promesse des moissons, l’éclat des bourgeons qui timidement venait ressusciter l’architecture dénudée des arbres et des bosquets. C’était un lien fusionnel qui s’établissait alors entre cette nature en train de se reconstruire et mon enfance qui progressivement s’éveillait au monde, en découvrait les mystères infinis, les ressources insoupçonnées, les sublimes réalisations.

Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane et la vieille tour qui me faisait rêver.
Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane et la vieille tour qui me faisait rêver.

Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane et la vieille tour qui me faisait rêver.

Les ruines de l'abbaye du Rondonneau

Les ruines de l'abbaye du Rondonneau

Cette soudaine intimité rurale éveillait ma curiosité : les vaches à traire, le cheval à rentrer du labour – tous les paysans n’avaient pas encore de tracteurs – les premiers légumes à ramasser, les  plantations à prévoir, les arrosages à assurer, les végétaux à tailler ; oui, tout me séduisait de cette vie qui imposait ses rythmes, de cette nature qui ne cessait d’alterner ses spectacles. La maison de nouveau habitée et chauffée, les enfants avaient quartier libre. Nous pouvions gagner les bois pour d’interminables parties de cache-cache, sauter dans une barque pour se laisser glisser dans les méandres de la rivière, préparer un goûter dans la petite cabane où nous avions un vieux fourneau à notre disposition ou bien inventer un jeu de piste, partir à travers champs à la découverte de la tour fantomatique du château des Touannes  qui levait en moi toutes sortes de rêves de princesse oubliée et d’amours sacrifiés. Mes cousins et cousines étant plus âgés, je courais à leurs basques ne voulant pour rien au monde être exclue de leurs jeux, d’autant que mon imagination, plutôt féconde, me valait de les surprendre en maintes occasions. Je leur proposais de partir en quête de personnages de légende que les ruines voisines ne pouvaient manquer d’évoquer. N’avions-nous pas ici, au Rondonneau, le départ de plusieurs souterrains qui, jadis, reliaient la petite abbaye à Cléry et la guerre de cent ans n’avait-elle pas laissé des traces dans les environs tout proches d’Orléans et de Patay qui se rappelaient le passage de Jeanne d’Arc ? Et que dire du château de Meung-sur-Loire qui, en 1461, avait  compté le poète François Villon parmi ses prisonniers. Comme la propriété appartenait, à l’époque, à une famille, j’étais parfois conviée par la fille aînée qui, à l’aide d’une torche électrique, m’invitait à descendre visiter les prisons, ce qui provoquait en moi des frissons de terreur. On y voyait encore les chaînes des prisonniers, des outils de torture, de quoi nourrir pour plusieurs mois une imagination enfantine. On sait que la lugubre réputation de ces cachots n’a eu d’autre cause que la dureté des détentions qui provoqua la mort de nombreux prisonniers. On sait aussi que le passage du pont de Meung a marqué le début de la victoire définitive de la Pucelle sur l’occupant anglais. Elle est relatée comme suit par un chroniqueur de l’époque : « Et alors de Duc Jean II d’Alençon, comme lieutenant général de l’armée du roi, accompagné de la Pucelle, de messire Louis de Bourbon, comte de Vendôme, d’autres seigneurs, capitaines et gens en armes en grand nombre tant à pied qu’à cheval, partirent d’Orléans avec une importante quantité de vivres, de charrue et d’artillerie, le mercredi 15 du mois de juin, pour aller mettre le siège devant Beaugency mais en voyant le pont de Meung-sur-Loire combien les anglais l’avaient fortifié et fortement défendu par des  vaillants combattants, qui tentaient de le défendre. Malgré cette défense, le pont fut pris dans l’assaut, sans guère retarder l’armée. »

Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons
Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons

Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons

Par ailleurs, ma familiarité avec les animaux s’est évidemment intensifiée à les côtoyer de si près. Ce fut néanmoins une initiation difficile avec ses joies et ses chagrins. Le premier de ces chagrins eut lieu alors que j’accompagnais Renée, notre employée de maison, qui venait de capturer une poule. Je ne comprenais pas très bien ce qu’elle allait faire et fut épouvantée lorsque je la vis suspendre dans la buanderie l’animal par les pattes, sortir un couteau et lui couper la gorge. Je me mis à hurler en voyant la pauvre bête battre des ailes avant de se raidir. Et bien quoi ? – me dit Renée, si tu aimes manger de la poule, il faut bien la tuer et la plumer. C’est seulement alors que j’ai fait la relation entre la souffrance de l’animal sacrifié et le plaisir que je prenais à savourer une aile ou une cuisse dorée à point. Cette prise de conscience fut un véritable choc. Bien entendu, lors du déjeuner du lendemain où la pauvre poule était servie sur un plateau, je susurrais que je n’avais pas faim. Tu n’as pas faim ? - s’étonna ma mère. Mais tu as couru toute la matinée, tu dois avoir de l’appétit ou bien tu es malade ? Je fis donc semblant d’être malade. Mais cela ne pouvait durer. Il fallut que je m’habitue à cette réalité brutale. La vie n’est faite que de cela. Et l’apprendre suscite autant d'affliction que de résignation. Ainsi les vacances de Pâques voyaient-elles alterner les effrois et les émerveillements. La nature si belle jouait de toutes ses féeries, les cloches carillonnaient  le retour de toutes les espérances, on ramassait des œufs en chocolat dans les buissons et un lapin manquait dans le clapier.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Me voici en barque avec ma cousine à l'intérieur du parc de la propriété du Rondonneau
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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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