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25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 08:49
Avec mon amie Brigitte au Rondonneau. Mes parents venaient d'acquérir cette maison qui nécessitait beaucoup de travaux.

Avec mon amie Brigitte au Rondonneau. Mes parents venaient d'acquérir cette maison qui nécessitait beaucoup de travaux.

Ils se sont, au fil du temps, éloignés de nos vies, laissant toute une part d'inachevé qui n'en finit plus de solliciter notre mémoire et notre imagination. Ils sont partis sans laisser d'adresse, celle du cimetière est trop réductrice, nous savons bien qu'ils ne sont pas là et que ce n'est pas ainsi que nous souhaitons les évoquer. Non, ils se sont tellement imbriqués dans nos actes, dans notre mémoire, ils semblent même qu'ils poursuivent leur existence dans nos pensées parce que fatalement ils sont inoubliables. Qui sont-ils ? Nos parents, nos grands-parents, nos oncles et tantes, nos cousins, nos amis, chacun à leur manière ont accompagné une part de notre itinéraire terrestre, alors en s'asseyant ici ou là sur une des bornes qui ponctue notre cheminement en ce monde, nous les revoyons, nous les réentendons : celle-ci avec ses malices et son joli rire, celui-ci avec ses plaidoyers sans fin sur la déstructuration de notre époque, ceux-là avec leurs tics, leurs mimiques, tous avec leurs spécificités, leurs expressions, ce qui les rendait uniques et irremplaçables. Chers disparus !

 

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Avec le temps, qui ne cesse pas de s'accélérer, vous devenez de plus en plus nombreux à peser de vos absences, à susciter la nostalgie à votre seule évocation, à aggraver nos solitudes. Oui, vous nous manquez. Nous avons certes connu des amours ratés, mais il s'agit ici d'amours perdus. Il en fut ainsi de celui de mon amie d'enfance - nos  mères nous plaçaient dans le même parc lorsqu'elles jouaient au bridge - alors que nous jouions déjà à nous fabriquer un avenir, à nouer un lien privilégié qui nous a menées un dernier soir d'un été doux et parfumé à nous questionner sur l'avenir du monde. Ironie du sort, le tien ne pesait plus que quelques mois ... Tu mourrais en avril 1994 d'un cancer des os à 54 ans. Quatre semaines avant ma mère, seize mois avant mon père. Trois deuils successifs, j'ai cru perdre pied. C'était trop, je ne pouvais même pas imaginer la vie sans vous ! Et, néanmoins, il a bien fallu le faire, reprendre la route, choisir un nouvel itinéraire plus contemplatif sans doute, nourri d'un passé qui ne peut pas s'éteindre et favorise certaines valeurs essentielles.

 

Et puis, il y a eu l'ami - un second père en quelque sorte - qui m'a aidée à me reconstruire à la suite d'un mariage loupé, très vite soldé par un divorce. J'avais 23 ans et le vide ne s'est jamais comblé. Il en est ainsi de certains passants incomparables. Je n'oublie pas ma chère tante Yvonne que j'imagine cueillant des étoiles comme jadis elle se plaisait à composer des bouquets champêtres, à ma grand-mère paternelle, conteuse intarissable, qui me décrivait la Belle Epoque comme s'il s'agissait d'une parenthèse enchantée, un moment éphémère brièvement paré de toutes les séductions. Vous avez été, au hasard des circonstances, des compagnons de fortune ou d'infortune ; avec vous, nous avons partagé illusions et désillusions, joies et chagrins, larmes et rires. Certains nous ont quittés encore parés des charmes de la jeunesse, d'autres auréolés par la sagesse de leur grand-âge, avec cette bienveillance qui imprime aux visages une tranquille indulgence.

 

Mais vous restez tous à nos côtés, compagnons invisibles et souvent plus présents que nombre de nos contemporains. Vous avez contribué à rédiger quelques-unes des pages de nos vies et formez ainsi la toile de fond de notre univers intérieur, chers disparus !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Mon père aurait eu cent ans
Ma mère aurait eu cent ans

Arthur, mon arrière grand-père, une histoire simple

Mon grand-père Charles Caillé ou l'art des jardins

Le Rondonneau, retour à ma maison d'enfance
Renée ou l'enfance réenchantée

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

Les chiens de mon enfance

Chère tante Yvonne
Le Cercle de famille

 

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 15:14
Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

  

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN 
 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se réapparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )


 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 )   

                                          

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux hommes que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

 

  

LE CHANT de MALABATA                                                                 

Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha,  femme aux rives immortelles, l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes. La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour ... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.

 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

       Chant de Malabata - Stance III 

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture radiophonique et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986.

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

 

 

CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT

 

Editions des Cahiers Bleus / Librairie Bleue 1991

 

Poème lyrique, il raconte l'épopée des hommes en quête de destin. La terre, qu'ils ont aimée et cependant réduite à n'être qu'une hôtesse servile, retrouve - grâce à la parole innovante du poète - sa virginité native et redevient le lieu de toutes les mémoires, de toutes les promesses. Si bien qu'à bord de cette terre, soudainement détachée du Vieux Continent, s'effectue le passage salvateur entre l'ancien et le nouveau monde.

  

Vint le poète,
celui qui habitait sur l'autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l'invisible et les âmes.
Il arguait sur le devoir,
sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu'il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

Il venait de l'autre rive,
celle minérale et réflectante et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l'or et des étoiles,
à l'écoute de l'ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L'écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d'éternité.
Il avait connu aussi la marche lente des caravanes
et les ergs
et la méditation grave de l'espace.

Il parlait une langue
qu'aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue, nulle part.
Ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves...
Peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :

je suis venu assumer l'inexprimable. 

( ... ) 

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l'herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l'avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n'était point de jachère
mais terre à blé, terre d'amarante,
façonnée dans l'argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux qui lui faisaient l'épaule ronde,
l'allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l'universel, l'âpre désir à cette approche,
ce renouement aux flancs qu'enfièvre le temps seul.


 ( ... )

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres,
ils allaient selon l'allure du vent,
à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l'histoire.

 

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Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?
Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 08:51
Le cercle de famille

Chacun de nous a eu à un moment de sa vie, à la suite d'un changement de situation, d'un déménagement ou simplement du départ des enfants vers leur vie d'adulte, l'obligation de se désencombrer. Mais, entre ce qu'il est indispensable de conserver et sage de sacrifier, comment faire la juste part ? L'adieu aux choses s'auréole volontiers d'une mélancolie passagère dont je guéris aisément, parce que j'aime assez cette idée d'allègement, cette façon d'aborder l'avenir avec le moins de bagage possible. Oui, s'alléger, se délester me conviennent. Il y eut une époque où je me disais que j'aurais pu vivre à l'hôtel, être ainsi de passage comme quelqu'un en transit entre plusieurs destinations. Mais cela était impossible, dès lors que je fondais une famille, souhaitais des enfants. Il  y eut donc un havre plein de rires et de projets, un lieu d'accostage où il a fait si bon vivre ensemble. Puis les enfants sont partis. C'était normal : nous leur avions appris à nous quitter afin de devenir adultes, autonomes à leur tour.

 

Et mon mari et moi nous sommes retrouvés nomades, dans une parenthèse flottante, prêts à recommencer une nouvelle vie, à envisager d'autres escales. L'eau a toujours été présente. Enfant, ce furent les rives de la Loire, le bord des Mauves ; jeune femme, le lac d'Annecy avec ses courbes gracieuses, de toutes parts gaves et avens qui creusent plus profondément leur lit. Aujourd'hui, c'est la mer autour et devant moi, invitation permanente au voyage. Aussi est-il bon d'alléger la carène qui nous mènera un matin ou un soir au terme du périple.

 

L'appartement étant devenu un peu grand, nous avons jugé sage de réduire notre espace vital et de passer de 130m2 à 80m2. Pour y parvenir, nous avons trié, jeté, donné, classé documents, archives, lettres et surtout photos qui sont venues discrètement se réanimer dans mes mains : amours défunts, visages saisis au hasard des jours, papiers jaunis qui parlent d'une actualité ensevelie dans le suaire du temps, sourires fugitifs, regards qui semblent prolonger l'interrogation. Pour mieux appréhender l'immensité de ces absences, j'y ai volontiers attardé ma pensée. Nostalgie de ce qui n'a jamais cessé de s'éloigner et de se perdre, inquiétude face à la temporalité dans laquelle nous baignons, caravaniers des sables dont les traces s'effacent au fur et à mesure de nos pas et nous confinent dans l'éphémère.

 

Il est vrai qu'il faut beaucoup de temps pour devenir adulte et peu pour devenir vieux. Soudain on se retourne et notre avenir s'éloigne. Aurions-nous tourné en rond ? Ce que l'on découvre sont des choses que, curieusement, nous reconnaissons comme si nous les portions en nous depuis toujours. Nous ne traversons plus l'inconnu mais l'une de ces bonnes vieilles terres qui nous colle aux talons. Ne sommes-nous pas les enfants d'une civilisation,  d'un pays qui a une âme et un visage et s'ordonne autour d'un axe qui se nomme  "le Cercle de famille". En feuilletant les albums, en nous attardant sur les témoignages et les photos, n'est-ce pas une ressemblance que nous quêtons, quelque chose d'indicible que l'objectif a fixé tant il est vrai que sans passé il n'y a pas d'avenir, point d'arbre sans racine, pas d'homme sans mémoire. Grâce aux promesses du futur, nos vies ne sombreront pas dans l'oubli ainsi que des péninsules isolées. Elles deviendront des légendes profondes, des fleuves qui, de leur source à leur estuaire, laisseront une trace sur l'atlas immatériel du temps. Nous ne sommes pas apparus ici ou là par hasard, non ! Notre existence prend un sens, s'inscrit dans une lignée, porte un message. Rien ne s'arrête, rien ne se fige, notre descendance amorce son voyage inexorable  dans le temps.   
                                         

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Mon grand-père Charles Caillé ou l'art des jardins

 

Arthur, mon arrière grand-père - Une histoire simple

 

Ma mère aurait eu cent ans

 

Mon père aurait eu cent ans

 

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

 

Les chiens de mon enfance 


Renée ou les enchantements de l'enfance

 
Chers disparus

 

Chère tante Yvonne

 

Le Rondonneau : retour à ma maison d'enfance

 

 

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Mes enfants  Laurence et Erwann.Mes enfants  Laurence et Erwann.

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Mes petits-enfants  (Nicolas, Céline et Margaux hier et aujourd'hui)Mes petits-enfants  (Nicolas, Céline et Margaux hier et aujourd'hui)

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Mes petits-enfants  (Antoine et Owen)

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Mes arrière petits-enfants Adèle et Hadrien.Mes arrière petits-enfants Adèle et Hadrien.

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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 09:04
Lors d'un concert - lecture au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia et Marie Pascale Talbot

Lors d'un concert - lecture au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia et Marie Pascale Talbot

Une page se tourne pour moi en cette fin de mois d'août 2020 après douze années où j'ai eu la chance d'être l'un des membres du conseil d’administration du Cercle proustien de Cabourg-Balbec, créé en 2000 par Pierre Henry et le maire en place à l’époque Jean-Paul Henriet. Il n’y avait rien alors à Cabourg, pas davantage à Trouville d’ailleurs, sur cet écrivain qui a fait entrer les deux stations balnéaires normandes dans quelques-unes des plus belles pages de la littérature. Cet oubli réparé, le Cercle s’est édifié grâce au travail de chacun, dont l’inoubliable Yvette Le Roux qui  sut fédérer un groupe solide autour de la mémoire vivante de l’écrivain. Après sa mort, Laurent Fraisse d’abord, puis Jean-Paul Henriet ont assuré la relève et contribué à amplifier sans cesse ce patchwork qui propose des conférences, des visites, des évocations nombreuses et également un prix « La Madeleine d’or » attribué tous les deux ans à un ouvrage sur Proust et que préside l’auteure de « Madame Proust », Evelyne Bloch-Dano.

 

 

Premier dîner au Grand Hôtel avec mon mari en 2005.

Premier dîner au Grand Hôtel avec mon mari en 2005.

Jean-Paul Henriet remettant le prix de la Madeleine d'or à Claude Arnaud en 2013 pour "Proust contre Cocteau".

Jean-Paul Henriet remettant le prix de la Madeleine d'or à Claude Arnaud en 2013 pour "Proust contre Cocteau".

 

A Cabourg, nous avons reçu quelques-uns des plus grands spécialistes et écrivains proustiens dont Jean-Yves Tadié, Luc Fraisse, les professeurs japonais et américain Yoshikawa et Carter et permis à nos adhérents de visiter des lieux jamais ouverts au public où Proust focalisa quelques-unes des images qui illustrent sa Recherche. Il y avait, par ailleurs, les réceptions au Grand-Hôtel dans un cadre empreint du souvenir de Proust où se sont succédés concerts, conférences et, fin novembre, les fameux dîners, mettant un terme hautement gustatif aux événements qui avaient jalonné l’année. Il faut imaginer la salle-à-manger, l'aquarium, décrite par l’écrivain, où il dînait durant ses étés cabourgeais et où nous avons eu le bonheur, à plusieurs reprises, d’écouter les mélodies de Reynaldo Hahn, de Fauré ou de César Franck qui ont  initié la petite musique de Vinteuil. Beaux moments qui nous mettaient en phase avec cette Recherche, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature et que le Cercle se prépare à prolonger avec une nouvelle équipe, assurant ainsi un travail de mémoire.


Ces moments restent pour moi inoubliables. Ils ont contribué à me permettre d’approfondir une oeuvre de première grandeur, à mieux entrer en osmose avec  une sensibilité qui a su tout évoquer de l’homme, à me familiariser avec un environnement qui n’a cessé de m’inspirer à mon tour et de me fondre dans des paysages que l’écrivain a contemplés et aimés. C’est une sorte de voyage que nous avons fait en sa compagnie et cela reste une expérience unique qui a nourri quelques-unes des plus riches heures de ma vie.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Une de nos assemblées générales. Madame Leroux présidait encore entre Jean-Paul Henriet à sa droite et Laurent Fraisse à sa gauche.

Une de nos assemblées générales. Madame Leroux présidait encore entre Jean-Paul Henriet à sa droite et Laurent Fraisse à sa gauche.

Avec mon amie Anne Herdt lors d'une conférence en juillet 2015. Elle lisait les textes de Proust qui illustraient mes propos.

Avec mon amie Anne Herdt lors d'une conférence en juillet 2015. Elle lisait les textes de Proust qui illustraient mes propos.

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 09:29
Le pari du lépidoptère - fable

                       

 

Un petit lépidoptère avait fait le pari

D’entreprendre le tour de la terre,

Pour épater ses amis.

C’était certes une folie,

Mais à lépidoptère bien né,

Rien ne se doit d'être impossible.

C’est dans ces dispositions

Et animé de cette passion

Que, bientôt, en route il se mit.

Ne fallait-il pas accomplir cet incroyable défi ?

 

 

Dans la famille des papillons,

Il n’était pas le plus grand.

Il y a, pour l’occasion, le porte-queue ou machaon (prononcer  makaon)

Que sa couleur solaire

Rend d’autant plus attrayant.

En s’attardant sur la beauté,

Il faut également nommer le paon de jour et l’apollon,

Dont les ailes ocellées nous font rêver.

Quant aux crépusculaires,

Classons-les dans cette famille,

Bien que ces solitaires

Viennent trop souvent brûler leurs ailes

A nos chandelles.


 

En conséquence, notre petit héros

N’était ni très grand, ni très gros.

Son mérite résidait ailleurs,

Dans son indicible ardeur.

Il prit son envol un beau soir,

Dans les dunes du Hoggar.

Les papillons du voisinage

Saluèrent avec éclat son départ.

Aussitôt, il mit le turbo

Et, sans faiblesse, s’employa

A monter, autant que possible,

le plus haut.

Mais, à cette altitude, que voit-on ?

Peu de choses, sinon

Un  remue-ménage de nuages.

C’est peu, avouez-le,

Pour satisfaire une nature

Aussi éprise d’aventure.

Pauvre de moi ! se disait-il,

Qui suis allé au bout du monde

Chercher ce que chacun trouve en soi …
 


Lorsqu’au retour, il eut franchi

L’octroi de son pays,

Un vif émoi le saisit.

A quoi bon cet exploit,

Puisqu’il n’y a, selon moi,

Rien qui n’égale en beauté ma chère vallée ?

Ainsi se lamentait-il d’être si loin allé

Quêter l’impossible.

Gageons que sa déception

Eut du moins le mérite

De tempérer ses illusions.

 

Quant à toi, cher lecteur,

Si d’aventure tes pas te mènent

Jusqu’à Aubeterre,

Prends le temps de t’arrêter

Sur la place du marché.

Là, un collectionneur avisé

A mis sous verre, pour te plaire,

Ce courageux lépidoptère.

Il te racontera comment,

Simplement en l’observant,

Des concepteurs astucieux

Eurent, soudain, l’inspiration

Du plus fameux de nos avions.

Si bien qu’un petit papillon

Qui se demandait bien pourquoi

Il avait fait le tour de la terre

Et accompli cet exploit,

Est à l’origine d’un record

Plus surprenant encore.

De quoi s’agit-il ?

Cela, je te le donne en mille !

Tu hésites ? Allons un dernier effort,

Que, volontiers, je t’accorde,

Puisqu’il s’agit du Concorde.

 

Armelle BARGUILLET   (extrait de « la ronde des fabliaux »)

 

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Le pari du lépidoptère - fable

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15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 09:55
La baleine de Luc-sur-Mer ou l'offrande de la mer

Une jeune baleine
nageait à perdre haleine
très au large ... d'où çà ?
Des côtes d'Halifax.
Il faut savoir que cette baleine
avait perdu la tête, à l'occasion
d'une douloureuse liaison.
Une liaison ? me dites-vous.
Oui, et d'autant plus calamiteuse,
que la malheureuse avait lié son destin
à un fieffé coquin.


Celui-ci, avant que les noces aient lieu,
n'avait rien trouvé de mieux
que de fausser compagnie,
à sa gentille amie.
Ainsi, disparut-il subitement
en une fuite déshonorante, convenez-en !
Mais attendez seulement
que je vous conte la suite !
Ne voyant plus son bien-aimé,
c'est le coeur lourd et désenchanté
que l'amoureuse prit la route.
Que dis-je ? qu'elle prit le flot,
obsédée à la seule pensée
De le retrouver.


Elle nagea des jours et des nuits
sans que jamais n'apparut
la silhouette de l'ingrat.
La tristesse s'empara d'elle
et, bientôt, elle se sentit lasse.
Ayant perdu ses repères,
elle allait au hasard, la mort dans l'âme,
dans cette mer qui, continûment, roule ses lames.


Et puis, une nuit, elle s'échoua,
sur une plage de Normandie,
loin, très loin de son pays.
Elle mourut au petit matin,
scellant son triste destin
a des mille et des mille de l'Amérique.
Un enfant la découvrit
ainsi endormie,
dans une anse joliment cambrée
de Normandie.


Quand il eut donné l'alerte,
les villageois firent cercle
autour de la belle.
Chacun se demandait :
comment se fait-il
qu'une baleine ait choisi
de mourir en Normandie ?

Plus tard, sur cette plage,
on  éleva un cénotaphe,
puis, au coeur du village, un musée,
si bien que jamais cétacé
ne fut pareillement honoré. 


Depuis lors, à Luc-sur-Mer,
on vit à l'heure de la baleine.
Console-toi dans ton tombeau, chère exilée,
et dis-toi que ton aventure ne fut pas vaine,
puisque tu as réussi l'exploit
de faire rêver toute une terre
qui, désormais, voit en toi
comme une offrande de la mer.


Armelle BARGUILLET    Extrait de "La ronde des fabliaux"

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La baleine de Luc-sur-Mer ou l'offrande de la mer

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 08:42
Un hiver sur la colline

L’hiver tire à sa fin. Mais avons-nous eu un hiver cette année ? En Normandie, nous évoquerons davantage un  long automne grisailleux  avec de forts coups de vent et beaucoup d’eau plutôt qu’un véritable hiver où l’on se sent si bien au coin du feu. Dans notre jardin, nos oiseaux et nos écureuils ont traversé les mauvaises humeurs de la météo sans trop de dommages. Notre petit monde à plumes et à poils se porte plutôt  bien. Nous avons d’ailleurs eu les visites d’un ravissant renard, d’un chevreuil et d’un faisan au plumage étincelant qui a apprécié la distribution de graines et  réitéré à plusieurs reprises ses passages sur notre colline. Si  tout ne va pas pour le mieux en raison de la météo, la floraison des primevères et des violettes nous met un peu de baume au cœur. D’ailleurs, les prunus pointent leurs bourgeons et il y a déjà des jonquilles et des narcisses en boutons. Les grives musiciennes ne s’y sont pas trompées et annoncent le printemps dans un registre mélodique si varié qu'il enchante notre oreille, sans oublier les partitions de notre rouge-gorge qui se met en voix dès le lever du jour pour mettre le jardin en fête malgré la brume et le vent.

 

Il faut reconnaître que ce petit monde a été bien soigné. Nos mésanges n’ont pas manqué d’apprécier les boules qu’Yves suspend dans les branches, tandis que les graines, semées chaque matin, rassemblent sur les pelouses pies, ramiers, moineaux, tourterelles, piverts,  grives, merles, pinsons et, évidemment, Rubis et sa petite famille. Quant à Rocco, notre écureuil, il n’a pas manqué de remarquer les noisettes qu’Yves, chaque quinzaine, cache dans les troncs d’arbres afin d’assurer à notre  ami et à sa famille la nourriture indispensable pour traverser l’hiver sans souci. Son œil averti a tout de suite saisi la formidable opportunité qui s’offrait à lui et le petit animal exerce sans faille sa vigilance car, dès le lendemain des dépôts, les victuailles disparaissent. Voilà un hiver qui tire à sa fin sans  trop de dégâts,  si ce n’est celui des plantes endommagées par des pluies excessives et une douceur de température qui perturbe leur habituelle évolution. Les camélias sont certes en boutons mais restent perplexes et ne savent visiblement plus à quel saint se vouer. Faut-il ralentir leur évolution, mettre un frein à ce processus inhabituel ou, mieux, renoncer à cette marche forcée ! Les semaines à venir le diront mais, d’ores et déjà, on sent bien que notre jardin, comme le reste de la planète, est en train de subir des métamorphoses inaccoutumées.

 

ARMELLE


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Un automne sur la colline


Un printemps sur la colline
 


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Rubis

Rubis

Mésange charbonnière

Mésange charbonnière

Rocco

Rocco

Rocco et les noisettes d'Yves

Rocco et les noisettes d'Yves

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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 10:15
La propriété de La Rivière à Nantes et ses 18 hectares de jardins paysagés

La propriété de La Rivière à Nantes et ses 18 hectares de jardins paysagés

Mon grand-père Charles-André dans son bureau des pépinières Caillé.

Mon grand-père Charles-André dans son bureau des pépinières Caillé.

Nantes fut longtemps l’une des villes les plus attrayantes de France. La cause principale fut d’abord l’import et l’export des métaux puis la traite négrière, dont elle n’a pas à s’enorgueillir, et qui déversaient beaucoup d’or dans les coffres, si bien que des réceptions fastueuses s’y succédaient dans les hôtels de ces Messieurs du commerce comme l’était l’hôtel Henri IV, ouvert en 1788 sur la place Graslin et qui comptait 60 chambres. Arthur Young dut y faire un séjour inoubliable, car cet anglais en fait une description enthousiaste dans Voyage en France. «  Je ne sais si l’hôtel Henri IV n’est pas la plus belle auberge de France. »

 

 

«  D’où vient-il que cette ville qui n’est pas immense, constituée au trois-quarts d’immeubles de sous-préfecture (…) donne si fortement le sentiment d’une « grande ville » ? – interroge à son tour Julien Gracq dans « La Forme d’une ville ». « Peut-être de ce qu’elle est, plus impérieusement qu’une autre, centrée sur elle-même, moins dépendante de ses racines terriennes et fluviales…» – répond-t-il. Et c’est vrai que l’on ne comprend pas Nantes si on ne la regarde pas comme une ville étrangère à sa propre région, comme une cité farouche et frondeuse, ouverte davantage sur les pays du Nouveau monde que sur les banlieues rurales trop occupées à coudre à petits points la vie quotidienne. Il faut à Nantes l’aventure, les terres lointaines, les grands souffles, les lendemains qui chantent ou déchantent mais s’irriguent d’une énergie insatiable. Ville de défis et de modernité, elle a toujours souhaité être différente et s’est nourrie de cet orgueil. Nantes, à la veille de la Révolution, était avec ses 90.000 habitants la plus grande ville bretonne, également la plus remuante, la plus ambitieuse, en quelque sorte la plus extrême, tant et si bien que nos rois ont toujours eu à cœur de l’amadouer. C’est ce que fit Charles VIII qui vint y déclarer sa flamme à la duchesse Anne âgée de 15 ans et, par la même occasion, annexer la Bretagne à la couronne de France.


 

Aujourd’hui où les villes s’étendent jusque dans les campagnes, où les usines s’implantent jusque dans les champs, où les publicités s’affichent jusque sur les murs des étables et des granges, l’existence se nivelle de même façon. L’espace perd de son importance, il se noie dans un flou où les idées elles-mêmes ne se reconnaissent pas. On ne sait plus où commencent et finissent les choses et à qui elles appartiennent. Mais en 1780, l’existence s’écoulait encore à la mesure du pas de l’homme. Elle avait cette lenteur majestueuse qui confère aux gestes leur signification. Le premier Charles Caillé de la lignée, ayant le goût de l’aventure et du commerce, avait quitté sa modeste cité de St-Laurent-le-Vieil pour s’ouvrir à une existence plus aventureuse, tout en conservant  son amour des choses qui envoûtent : les arbres, les plantes et les fleurs. Ce devait être un poète comme le furent son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils mon grand-père, des hommes qui avaient par-dessus tout l’amour du terroir, le  souci de léguer un art de vivre et de contempler ce qui nous a été donné de meilleur : la nature.

                              

La plaque relatant la donation du parc Procé à la ville de Nantes.

La plaque relatant la donation du parc Procé à la ville de Nantes.

Le parc Procé de nos jours.

Le parc Procé de nos jours.

Nantes est la ville de mes ancêtres depuis le XVIIIe siècle. La lignée des Charles Caillé, commencée en 1780, ne s’éteindra qu’avec la disparition de mon grand-père en 1945. La ville de Nantes doit le parc Procé à un cousin de mon grand-père Gustave Caillé, né en 1824 et mort en 1894 qui était négociant en matériaux et dont les descendants, dont le célèbre poète et avocat Dominique-François Caillé (1856 – 1926), en feront don à la ville en 1905 pour la somme symbolique de 320.000 frs. Ce magnifique jardin, acheté en 1866 par Gustave, sera réaménagé par l’architecte-paysagiste Dominique Noisette et conserve aujourd’hui encore la physionomie qu’il avait autrefois. Durant la guerre de 14/18, il sera utilisé en partie pour remédier à la pénurie de nourriture et des parcelles seront plantées de pommes de terre grâce à la main d’œuvre des prisonniers. Mon grand-père déplorera toujours que le parc Procé n’ait pas été dessiné par un Charles Caillé mais, à l’époque, si mon arrière-grand- père avait admirablement développé les pépinières de la famille, il n’était pas lui-même architecte. Par esprit de compétition, il incitera son fils à entrer aux Beaux-Arts et à le devenir afin de créer à son tour, quelques années plus tard, les magnifiques jardins de La Rivière, près du pont de Cens, sur 18 hectares de terrain. Ces jardins comprenaient toutes les expressions qu’ils peuvent revêtir selon les lieux et les préférences végétales de la nature et étaient réputés dans la région :  on y découvrait, au gré des allées, les jardins à la française, à la japonaise, à l’anglaise, le jardin hollandais, alpin, italien, distribuant, comme dans les tableaux de maître, des touches d’ombre et de couleur qui révélaient un incontestable talent – écrivait Monsieur Grand dans un long article de la revue d’horticulture française consacré aux jardins et pépinières de la Rivière. Et il poursuivait :

« Au nombre des maisons nantaises qui se sont spécialisées, avec un rare mérite, dans ce domaine si captivant des pépinières et de l’architecture paysagère, l’une d’elles, consacré par un siècle et demi d’expérience, retient aujourd’hui notre attention, nous avons nommé la maison Charles Caillé. Le côté historique du sujet nous fait remonter le cours des ans jusqu’au règne de Louis XVI, en 1780 pour être précis. C’est à cette époque, en effet, que M. Charles Caillé fondait ses premières pépinières, berceau de la splendide exploitation d’aujourd’hui. Depuis cette date, collaborant tour à tour au bel édifice de l’Horticulture Française, les fils aînés de la famille qui, selon une tradition, portèrent tous le prénom de leur ancêtre, continuèrent avec clairvoyance et droiture l’œuvre de leur aïeul. (…) Ces pépinières de la Rivière, entièrement conçues et réalisées en dix ans, sous la direction de M. Charles André Caillé, après de formidables travaux de terrassement, révèlent à nos yeux émerveillés, comme une immense carte d’échantillons, tout ce que peut réaliser la science du pépiniériste à chacun de ses stades, alliée à la technique de l’architecture paysagiste. (…) L’architecte paysagiste, vraiment digne de ce nom, unit à une vaste expérience, à des connaissances techniques longuement acquises, cette sorte d’instinct divinatoire qui anime toute son œuvre et nous fait dire : que c’est beau ! Loin d’essayer de dompter, d’asservir la nature, le jardinier d’art puise au contraire dans ce modèle éternel et toujours jeune les plus précieux enseignements. C’est à son école qu’il apprendra cet art prestigieux des transitions qui consiste à raccorder son œuvre au paysage environnant, c’est elle qui lui enseignera à distribuer ces touches d’ombre et de lumière qui révèlent le réel talent. C’est la Nature qui lui apprendra enfin à orchestrer sans heurt, à réunir dans une même symphonie un ensemble de paysages idéalisés et poétisés, en un mot à composer un jardin. (…) Signalons notamment une collection unique de quatre cents conifères, la merveilleuse roseraie qui réunit près de deux mille espèces, le jardin fruitier, l’arboretum dont M. Charles Caillé fait volontiers les honneurs aux jeunes élèves des écoles d’horticulture. Les Pépinières de la Rivière se sont également spécialisées avec  infiniment de soin dans la culture des bambous, cette superbe graminée tropicale aux belles cannes luxueuses, aux feuilles persistantes en toute saison et qui est sans contexte un des plus beaux ornements de nos jardins. Ce sont des spécimens des espèces les plus recherchées que les établissements, que nous étudions, expédient comme les autres plantes dans toute la France et à l’étranger. (…) Ajoutons quelques mots sur ces services d’expédition dont nous venons de parler qui sont précisément situés au voisinage du siège social, des bureaux d’études et de devis, rue du général Buat, emplacement centenaire des pépinières Charles Caillé avant la création du domaine de la Rivière.(…) Qu’il nous soit permis, en terminant, d’adresser nos félicitations à M. Charles Caillé pour ses splendides réalisations des pépinières de la Rivière, pour leur bel ordonnancement, pour les soins attentifs et continuels, cette sorte de tendresse, dirions-nous volontiers, qu’il témoigne aux choses de sa profession, justifiant de la sorte une réputation de loyauté dans les transactions, de progrès technique conformes aux traditions les plus séculaires de la maison. »

Mon grand-père enfant. Tombé d'un arbre à 9 ans, il avait un oeil de verre.

Mon grand-père enfant. Tombé d'un arbre à 9 ans, il avait un oeil de verre.

Assis, mes arrière-grands-parents Alexandre et Aimée Justeau. Derrière eux, de droite à gauche, leur fille Jeanne, leur gendre Charles et leur fils officier.

Assis, mes arrière-grands-parents Alexandre et Aimée Justeau. Derrière eux, de droite à gauche, leur fille Jeanne, leur gendre Charles et leur fils officier.

Le drame de mon grand-père fut d’avoir épousé une femme qui ne partageait pas ses goûts, mariage arrangé par les familles et qui unissait, pour le pire, le rat des villes et le rat des champs. Ma grand-mère était aussi peu rurale que possible, elle n’entendait nullement s’investir dans  la culture des magnolias, des roses et des camélias, cette fleur dont l’aînée de ses belles-sœurs connaissait tous les secrets, au point qu’à Nantes on l’appelait « mademoiselle camélia », et qu’elle obligea à sortir du couvent pour venir prêter main forte à son malheureux frère. Le couple ne fut pas long à battre de l’aile malgré la naissance de deux filles, l’aînée Yvonne et la cadette Jeanne, ma mère, qui ne semblaient, ni l’une, ni l’autre, avoir été sensibilisées par leur mère à l’art si délicat des jardins et des fleurs. De plus, n’ayant que deux filles, le dernier des Charles Caillé ne pouvait léguer à un fils, qu’il aurait appelé Charles bien entendu, ce magnifique patrimoine, bien qu'il ait toutefois tenté d’initier ma tante Yvonne au secret de l’horticulture comme il l’avait fait pour sa sœur aînée Charlotte. Hélas ! sa femme allait  bientôt l’obliger à une séparation, suivie d’un divorce, alors que leurs filles n’avaient que 19 et 15 ans. Ce fut un drame pour mon grand-père qui, malgré tous les recours possibles du cœur et de l’esprit, ne parvint pas à raisonner son épouse. Il est vrai que leurs tempéraments, comme leur éducation, étaient à l’opposé l’un de l’autre et que la famille Caillé, austère et pieuse, ne parvint jamais à éveiller un quelconque intérêt chez une jeune femme dont la famille aimait davantage le luxe et les mondanités. Les trois soeurs de mon grand-père étaient restées célibataires, toutes trois consacrées à la famille, à leur foi religieuse et à leur implication dans l’entreprise familiale. La rupture se fit de façon implacable de la part de ma grand-mère qui exigea que ses filles ne revoient jamais leur père qu’elle jugeait taciturne et colérique. Comme elles étaient jolies et auréolées d’un nom connu à Nantes, elles n’eurent pas de peine à trouver des maris à une époque où le divorce avait très mauvaise presse et jetait l’opprobre sur toute une famille. Ni mon grand-père, ni ma grand-mère ne se remarieraient d’ailleurs.

 

L'une des trois soeurs de mon grand-père, la plus jolie : Juliette. Elle consacrera sa vie à sa mère, à son frère, à Dieu et aux fleurs.

L'une des trois soeurs de mon grand-père, la plus jolie : Juliette. Elle consacrera sa vie à sa mère, à son frère, à Dieu et aux fleurs.

Ma grand-mère et ses deux filles.

Ma grand-mère et ses deux filles.

 En 1941, ne pouvant assurer sa succession, mon grand-père  se vit dans l’obligation de vendre cette affaire, qui était sa fierté, à un certain monsieur Kaczorowski. Les pépinières seront alors abandonnées et le château de la Rivière dynamité par les Allemands le 12 août 1944. Reconstruit après la guerre, il ne sera pas de même ampleur et, en 1956, M. Kaczorowski, ne pouvant utiliser à son usage les 18 hectares de terre, les vendra pour la création d’un lotissement de pavillons individuels, appelé aujourd’hui « le lotissement de la Rivière ». Mon grand-père, mort en 1945, à l’âge de 68 ans, n’eut pas à assister au bétonnage inéluctable de ses anciens jardins mais eut la douleur d’abandonner le flambeau que des générations s’était transmis depuis près de deux siècles. Ses trois sœurs resteront seules, à l’abri du besoin certes, et n’en voudront jamais à leurs nièces de leur attitude et comportement en vraies chrétiennes qu’elles étaient, supposant que la mère était la seule responsable. Je me souviens très bien de mes grandes tantes, ces vieilles dames nourries de culture botanique qui m’entouraient de leur tendresse, me couvraient de cadeaux – spécialement des livres sur la vie édifiante des saints et des bienheureux et d’innombrables images à leur effigie – lorsque, nous rendant sur une plage bretonne, nous faisions un détour par Nantes et allions leur rendre visite, leur frère ayant gagné le jardin éternel.

 

Quant à ma grand-mère, elle semblait vivre hors du temps. Bien qu’assez quelconque sur ses photos de jeunesse, elle était devenue belle en vieillissant, sa minceur lui conférant une allure altière et ses cheveux blancs une indiscutable distinction. Pour ne pas rester seule après le mariage de ses filles, elle s’était installée auprès d’elles à Paris avec une dame de compagnie, qui n’était autre que la seconde femme de son frère, une ancienne religieuse qui était sortie du couvent pour élever les trois enfants en bas-âge de cet officier qui avait eu le malheur de perdre, quelques années auparavant, sa jeune femme de 25 ans de la typhoïde. Bien qu’inconsolable, il lui avait fait un enfant, puis était parti guerroyer sur divers fronts avant de mourir, au détour de la cinquantaine, d’un cancer. Les deux femmes s’entendaient bien, d’autant mieux que la belle-sœur se chargeait des tâches ménagères et que ma grand-mère pouvait ainsi passer des heures gourmandes dans les salons de thé. Elle adorait les salons de thé et Paris n’en manque pas.


Lorsque les choses se gâtèrent en 1942, toutes deux partirent se réfugier à Buxières-les-Mines près de Moulins, où vivaient les parents de la belle-sœur, ayant à leur disposition, contrairement aux parisiens, des poules, des lapins, un potager et un verger pour assurer leur alimentation. C’est ainsi que l’on m’envoya petite y passer plusieurs mois pour arrondir ma silhouette qu’affligeait une maigreur inquiétante. J’étais, en effet, une enfant malingre, aux genoux cagneux, que l’air de la campagne, la découverte des fruits et du lait  allaient remettre sur pied. En 1945, trois mois après m’y avoir conduite, mes parents vinrent me rechercher à bicyclette, retrouvant une petite fille aux joues roses et aux genoux moins cagneux. Je me souviens du plaisir que j’avais alors à manger, découvrant les tartes aux fruits, les légumes frais et surtout les laitages comme le riz ou le tapioca dont je léchais les casseroles avec gourmandise pour y apprécier le goût de caramel laissé par les céréales que ma grand-mère avait oubliés sur le feu. Je découvrais également, quelques années avant le Rondonneau, les fleurs, les arbres, les oiseaux, la nature si peu présente à Paris et l’orage dont la foudre tomba un soir sur le clocher du village, suscitant une peur tout aussi grande que celle des sirènes ou du passage des bombardiers allemands qui terrorisaient mes nuits d'enfant.

 

 

Ma grand-mère mourut un an après son mari, en 1946 à l’âge de 65 ans, et ses obsèques furent célébrés  avec faste en l’église Saint-Augustin. Ma cousine et moi suivions le corbillard, tout vêtues de noir, à travers les rues de la capitale qui conduisaient de son appartement à la lourde église parisienne. Bien sûr, je pleurais car j’aimais bien ma grand-mère qui venait souvent passer de longs moments à la maison et avec qui j’avais partagé les heures printanières de Buxières-les-Mines. Mais de mon grand-père, si talentueux, amoureux de la musique et des fleurs - il avait orienté ma mère vers le conservatoire de chant - je n’ai pratiquement rien su car on ne parlait jamais de lui dans la famille. Son absence m’a laissé un vide immense. Cet aïeul aux mains vertes, je l’ai cherché et recherché après la disparition de ma mère, ayant enfin accès aux archives familiales, interrogeant mes cousines, ma tante, qui a quitté ce monde plusieurs années après ma mère et s'est montrée plus loquace sur ces vieux jours, lisant et relisant les lettres, les articles de journaux et, grâce à internet, ayant accès à des documents et photos qui ont confirmé mes impressions. Voilà, cher grand-père, l’hommage que je voulais rendre à ton parcours admirable, à ton talent vanté par tes contemporains ; n'as-tu pas ta rue à Nantes, près du pont de Cens*, en reconnaissance des immenses services que tu as rendus au jardin des Plantes de Nantes et à la beauté des jardins que tu as créés à la Rivière. Quant à moi, je salue  ton sens du devoir, je m'émeus  du souci que tu n’as cessé de te faire au sujet de tes filles, de ton chagrin de les voir s’éloigner et d’avoir tout perdu à la suite de ce divorce qui t’a contraint à vendre la Rivière et à ne pas transmettre à un gendre ou à ta fille aînée l’œuvre de plusieurs générations de jardiniers d’art. Mais vois-tu, il s’est passé quelque chose qui me console un peu, mon père a souhaité que sa femme repose dans le caveau familial au cimetière Saint-Donatien de Nantes, où il l’a rejoint l’année suivante. Alors, vois-tu, grand-père, ta plus jeune fille a fini par rentrer à la maison pour y reposer en paix.
 

ARMELLE

* Il existe également une rue Marie-Biton Caillé, membre de notre famille, dont les terres s'étendaient depuis l'actuelle avenue Charles Caillé jusqu'à la rue du général Buat où se tenaient les bureaux des pépinières, soit au N° 15 de cette artère. La dénomination "Avenue Marie-Biton Caillé" a été officialisée par une lettre d'autorisation du maire Paul Bellamy en date du 22 novembre 1924 adressée à Charles Caillé qui avait présidé lui-même à l'aménagement de cette voie sur ses terrains.


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Mon père aurait eu cent ans
Ma mère aurait eu cent ans

Arthur, mon arrière grand-père, une histoire simple

Le Rondonneau, retour à ma maison d'enfance
Renée ou l'enfance réenchantée

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

Les chiens de mon enfance

Chère tante Yvonne
Le cercle de famille
Chers disparus


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Ma grand-mère et ses deux filles dans le parc de La Rivière.

Ma grand-mère et ses deux filles dans le parc de La Rivière.

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 08:06
Arthur à 20 ans en 1874

Arthur à 20 ans en 1874


Nous sommes gens de Loire depuis toujours. Il y a longtemps que mes deux familles, paternelle et maternelle, s’ancrèrent dans ce terroir de l’Ouest, ouvert sur le large, pays d’eau et de marais. Sise aux portes de la Bretagne et aux frontières de l’Anjou et de la Vendée, Ancenis est un carrefour historique et la première ou la dernière – selon que l’on se place en amont ou aval - des villes bretonnes. L’aspect gracieux des bourgs et des champs quadrillés de haies vives, ce je ne sais quoi d’épanoui et d’un peu alangui dans l’atmosphère ont contribué à donner l’impression qu’ici la vie était plus facile et plus civilisée qu’ailleurs. C’est là que naquit le 24 avril 1854 mon arrière-grand-père, Arthur Chaillou, fils aîné d’une famille de cinq enfants, dont trois filles. Son père entrepreneur de peinture était un homme austère et sa mère, la délicieuse Caroline Marie Martin, une femme douce et attentive qui  veillait avec une prudence joyeuse sur sa nichée. Arthur avait deux passions, la peinture, non celle de son père mais celle d’atelier, et le sport, principalement la marche qui fit de lui un étonnant voyageur à pied. A 20 ans, son père l’envoya travailler chez un entrepreneur de travaux à Paris qui avait une certaine réputation afin qu’il apprenne à diriger une entreprise et à en connaitre les multiples arcanes. Il aspirait à ce que son aîné élargisse sa propre affaire et, par la suite, soit en mesure de former le plus jeune de ses enfants qui allait sur ses 11 ans. A peine arrivé à Paris, Arthur loua un appartement et s’inscrivit, sans tarder, à l’école des Beaux-Arts pour y suivre des cours de dessin en dehors de ses heures de travail. En effet, le dessin et la peinture de chevalet l’intéressaient bien davantage que ce stage dans une entreprise dont l’objectif était de faire de lui  un homme d’affaires rompu aux exercices de la finance et du rendement, si bien que quelques mois plus tard le patron, chargé de sa formation, écrivait à son malheureux père que son rejeton montrait une incapacité évidente aux conseils qu’il tentait vainement de lui inculquer.  Le sang d’Auguste Chaillou ne fit qu’un tour, il sauta dans un train – la ligne de la SNCF avait été inaugurée quelques années plus tôt - débarqua à Paris dans un état de fureur avancée, puis chez son fils auquel il ordonna de le suivre manu militari. Arthur comprit qu’il avait peu d’arguments à opposer à un père qui entendait lui couper les vivres, d’autant qu’il savait que sa peinture de chevalet n’était pas en mesure de lui assurer une existence décente, ainsi qu’à sa petite compagne. Celle-ci était déjà à son travail ce matin-là – elle était coupeuse dans une maison de couture - et ce n’est que le soir, à son retour au bercail, qu’elle réalisa avec stupeur et douleur que l’oiseau s’était envolé. Elle s’appelait Anne Désirée Cochet et avait 3 ans de plus que son compagnon. Fort jolie, elle se marierait quelques années plus tard, tout en conservant longtemps au cœur cette blessure de jeunesse.  Arthur avait donc regagné ses pénates et l’entreprise familiale qui n’avait pas l’heur de le passionner. Mais il fallait vivre et il plia l’échine, partit faire son service militaire dans l’infanterie l’année suivante et rentra dans le rang en épousant le 26 avril 1882, à Chemillé,  Marie-Louise Giraud de  sept ans sa cadette.

 

La petite coupeuse abandonnée à 20 ans et retrouvée 40 ans plus tard : Anne-Désirée Cochet.

La petite coupeuse abandonnée à 20 ans et retrouvée 40 ans plus tard : Anne-Désirée Cochet.

Caroline Marie Martin, la mère d'Arthur, née en 1825. Son grand-père avait été tué pendant les combats de Vendée devant Savenay, laissant sa veuve élever seule leur dernier enfant.

Caroline Marie Martin, la mère d'Arthur, née en 1825. Son grand-père avait été tué pendant les combats de Vendée devant Savenay, laissant sa veuve élever seule leur dernier enfant.

A quelques encablures de Cholet, ce bourg était célèbre pour sa foire aux bestiaux et au beurre. Il est vrai que les grasses prairies d’alentour favorisaient l’élevage du bétail qui affluait par milliers de têtes les jours de foire sur la place de Chemillé. Le père de Marie-Louise était maréchal-ferrant et avait une jolie situation qui permettait à sa femme Anaïse de tenir son rang avec un certain panache. Leur fille avait reçu une parfaite éducation chez les religieuses, passé son brevet avec succès et traînait à ses basques quelques soupirants lorsqu’elle fit la connaissance d’Arthur. Arthur était beau. Grand et mince, une abondante chevelure blonde, des yeux de mouette, il frappait par la virilité de ses traits et bien des élèves de l’école des Beaux-Arts de Paris lui avaient demandé de poser pour eux lorsqu’il travaillait en leur compagnie et, plus tard, Alexandre Saturnin Bertin, élève de Cabanel, d’un an son aîné, réalisera de lui un portrait magnifique. Désormais Arthur pouvait offrir à sa femme une vie décente. Ne venait-il pas de monter sa propre affaire à Nantes, laissant à son frère Eugène le soin de seconder leur père vieillissant. Un an après les noces naissait le 18 mars 1883 leur premier enfant Louise Marie Joséphine, ma grand-mère, et trois ans après, le 29 août 1886, un fils Marcel Jean Auguste.

 

Anaïse Teisseire, épouse Giraud, mère de Marie-Louise.

Anaïse Teisseire, épouse Giraud, mère de Marie-Louise.

Marie-Louise Giraud, née le 23 mars 1861, épouse Arthur le 17 avril 1882.

Marie-Louise Giraud, née le 23 mars 1861, épouse Arthur le 17 avril 1882.

Ce fut dans la nuit du 8 au 9 mars 1888 que se passa un événement dramatique : la disparition soudaine d’Eugène, le frère cadet d'Arthur, celui qui secondait désormais son père dans la boutique d’Ancenis. Un avis de recherche avait été lancé par le parquet et le procureur de la République Henri Baudoin, cela en vain puisque l’on ne retrouvera jamais trace de ce jeune homme de 25 ans. Auguste Chaillou n’allait pas tarder à fermer sa boutique ravagé par le chagrin, tandis que Caroline Marie, sa femme, guetterait en vain les trains dans l’espoir de voir débarquer le plus jeune de ses deux fils. Qu’était-il arrivé à ce garçon trop blond et trop gracieux, on ne le saura jamais ! Sur l’avis de recherche, il était souligné qu’il aimait fréquenter les cafés-concerts. Pour Arthur, ce sera l’occasion de remettre sa vie en question et de se décider à quitter la Bretagne pour la capitale où il lui semblait que l’existence était plus passionnante et où il pourrait participer à la vie culturelle. C’est lors de l’exposition universelle de 1900 qu’il déménage avec femme et enfants pour un appartement sis rue du Théâtre - ce qui est déjà en soi un programme - et où ceux-ci vont découvrir, stupéfaits, un Paris en plein effervescence, que dis-je en pleine  mutation. En effet, les parisiens assistent alors à la naissance de l’art nouveau, à l’inauguration de la première ligne de métro, à la découverte du moteur diesel, à celui d’un trottoir roulant de 3 km de long et croisent dans les rues et avenues pas moins de 48 millions de visiteurs durant les sept mois de l’exposition et sur les 112 hectares qui lui sont consacrés et englobent, entre autres lieux prestigieux, le Cours la Reine, l’esplanade des Invalides, le champs de Mars, la colline de Chaillot. Ma grand-mère me parlait souvent, lorsqu’elle venait déjeuner chez nous chaque jeudi durant les années où j’étais écolière, cette vie parisienne de la belle Epoque qu’elle avait traversée dans un état d’éblouissement. Louise s’était mariée à l’âge de 22 ans avec un homme de 35 ans, Alfred Armand, employé au Crédit lyonnais de Paris, auquel  on prédisait un brillant avenir car il ne cessait de monter en grade en suivant des cours le soir et en travaillant les langues dont l’anglais, déjà si utile à l’époque. Ils se connurent au Crédit Lyonnais des Grands Boulevards où ma grand-mère faisait un stage, ses parents l’y ayant encouragée parce qu’ils jugeaient prudent qu’une femme ait une corde à son arc ; l’avenir leur donnera raison. Alfred Armand était originaire de Bouloire dans le département de la Sarthe où s’était installée sa famille, pays de bocages qui sourit, à travers l’immobilité de ses cultures, à la floraison prometteuse des pommiers, aux vergers familiaux et à ses ciels qui ne sont jamais intensément bleus mais couturés de nuages ou frappés de lourdes nuées. Il était trapu, courageux et travailleur et avait eu le coup de foudre pour ma jeune grand-mère à la taille de guêpe et au rire communicatif. Comme ils se plaisaient et qu’il n’y avait aucun obstacle à leur union – Alfred Armand étant divorcé depuis un certain temps de sa première épouse - on envisagea très vite les noces qui eurent lieu dans une chaude ambiance familiale le 10 juin 1905. Ma grand-mère ne gardait pas de ses premières années de vie commune un souvenir impérissable. Alfred Armand était maladivement jaloux et elle devait prévenir ses amis et collègues d’éviter les regards appuyés ou les aimables compliments tant elle redoutait les scènes que son mari ne manquerait pas de lui faire. Le 5 juillet 1908 mon père naissait à la grande joie de ses parents et à la fierté d’Arthur dont c’était le premier petit enfant. Il n’en aurait pas d’autre d’ailleurs, les événements qui vont suivre  plongeant la famille dans une succession de malheurs que bien des Français connaîtront avec la Première guerre mondiale provoquée par l’assassinat du prince François-Ferdinand d’Autriche et de son épouse la duchesse de Hohenberg le 28 juin 1914 à Sarajevo. Ce drame conduisit l’Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie ce qui, bientôt, enflammera l’Europe entière et provoquera des changements géopolitiques qui marqueront à tout jamais le monde.

 

Le fils d’Arthur, Marcel, était parti à la guerre la fleur au fusil comme la plupart des jeunes gens de son âge, persuadé que cela ne durerait que quelques semaines. C’était un joli garçon qui venait de se marier et qui comptait, à son retour, unir ses efforts à ceux de son père dans l’entreprise familiale de peinture et décoration. Il n’y aurait pas de retour, Marcel fut blessé dès les premiers jours de septembre lors de la bataille de la Marne, bataille durant laquelle l’Armée française tentait de repousser l’inquiétante avancée des Allemands sur Paris. Ne pouvant plus avancer, il pria ses amis de poursuivre leur mission sans lui, de ne pas retarder leur progression, si bien qu’ils le déposèrent contre une meule de foin, prévenant les secours dès qu’ils le purent. Lorsque ceux-ci arrivèrent, les Allemands, qui les avaient devancés, avaient mis le feu à la meule. On ne retrouvera jamais Marcel. Longtemps sa mère espérera que les Allemands l’avaient  recueilli et soigné comme cela se faisait alors entre soldats étrangers. Hélas ! Marcel Chaillou compte parmi les soldats disparus. La médaille de guerre lui sera attribuée à titre posthume et sa jeune femme ne se remariera jamais, fidèle à sa mémoire. Quant à mon grand-père Alfred Armand, il était mort fin 1913 d’une hémorragie cérébrale et la femme d’Arthur sera emportée à son tour par la grippe espagnole au tout début de l’année 1919.

 

Arthur à l'âge de 50 ans peint par Alexandre Saturnin Bertin.

Arthur à l'âge de 50 ans peint par Alexandre Saturnin Bertin.

Marcel Chaillou en 1910 lors de son service militaire dans les fantassins.

Marcel Chaillou en 1910 lors de son service militaire dans les fantassins.

Ma grand-mère Louise en 1905.

Ma grand-mère Louise en 1905.

Mon père enfant en 1913 entre son grand-père et sa grand-mère Chaillou.

Mon père enfant en 1913 entre son grand-père et sa grand-mère Chaillou.

C’est ainsi qu’Arthur se retrouvera seul avec sa fille Louise et son petit-fils Robert dans une France meurtrie. La jeunesse avait été fauchée comme jamais et chacun pleurait ses chers disparus. Arthur poursuivait désormais, sans la présence de son fils, ses activités professionnelles et ses longues randonnées dans la France profonde, toujours à pied pour mieux profiter des paysages. Mais une bonne fée veillait sur son destin et lui permit de retrouver, grâce à l’entremise d’amis communs, sa petite coupeuse qui, un soir de 1874, avait pleuré le foyer déserté. Elle-même était veuve et l’amour n’allait  pas tarder à renaître de ses cendres. Anne Désirée n’avait pas oublié son premier amour et Arthur conservait un bien joli souvenir de ce temps où il s’était imaginé un avenir d’artiste dans ce Paris foisonnant où les talents multiples s’exprimaient en pleine liberté. Ils se marièrent le 21 avril 1921 pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, ce furent les années d’avant la seconde guerre où Arthur, ayant vendu son affaire, pouvait reprendre ses périples au long du littoral français ou dans la campagne et partager les joies familiales avec son épouse. Cet infatigable marcheur aimait saisir la lumière au lever du jour, surprendre le chant des oiseaux et envoyer de multiples cartes postales descriptives à ses neveux et nièces dispersés à l’étranger. La déclaration de guerre le 3 septembre 1939 fut un coup terrible pour lui car son unique petit-fils Robert partait sur le front du côté de Vitry-le-François, affecté dans les transmissions. L’armistice le rassura, bien qu’en pensée il rejoignit très vite le général de Gaulle dont l’appel du 18 juin l’avait touché comme un grand nombre de Français. Reconnaissant envers le maréchal Pétain qui avait permis à son petit-fils de regagner ses foyers sain et sauf, il fut par la suite un inconditionnel gaulliste. Ce dont il souffrit le plus pendant cette guerre fut sans aucun doute le froid. Bien que solide, Arthur allait sur ses 90 ans et les hivers étaient particulièrement rigoureux en ces années-là. Pour se chauffer, rien d’autre que la sciure de bois et peu de vivres à se mettre sous la dent, surtout lorsqu’on se refusait à recourir au marché noir. Atteint d’une pneumonie, il s’éteignit paisiblement le 23 septembre 1943. Folle de douleur, Anne-Désirée plongeât sa tête dans la gazinière pour le rejoindre dès le lendemain de ses obsèques. Elle avait 93 ans.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Ma mère aurait eu cent ans
Mon père aurait eu cent ans    
Renée ou les enchantements de l'enfance
Mon grand-père Charles Caillé, une histoire de jardin
Chère tante Yvonne
Chers Disparus

Les chiens de mon enfance
Les Pâques de mon enfance au Rondonneau
Le Rondonneau : retour à ma maison d'enfance

 

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Arthur en 1939 à La Baule, juste avant la déclaration de guerre.

Arthur en 1939 à La Baule, juste avant la déclaration de guerre.

Me voici bébé assise sur les genoux de mon aïeul. Ma mère à droite et ma cousine germaine.  Né au second empire, Arthur sourit à celle qui connaîtra le XXIe siècle.

Me voici bébé assise sur les genoux de mon aïeul. Ma mère à droite et ma cousine germaine. Né au second empire, Arthur sourit à celle qui connaîtra le XXIe siècle.

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 09:24
Critiques d'écrivains, poètes et journalistes sur quelques-uns de mes ouvrages

 

 

" Je dirai l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets où me semble se déployer la genèse de l'homme tout autant que celle du poème. Je vois en MALABATA l'incarnation du Poète au sens grec, celui qui re-crée le monde en le célébrant ".


                                                           PierreSEGHERS
 


« J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore. »
 

                                                           JeanGUITTON


" L'auteur n'hésite pas à créer et animer un mythe, comme le fit autrefois Patrice de la Tour du Pin, pour mettre en scène une ascension spirituelle. Elle réussit à gagner ce difficile pari en évitant les écueils de l'emphase et de la sentimentalité. Armelle Hauteloire utilise une langue très musicale d'inspiration classique, sur un ton lyrique et chaleureux". 


                                                              GeorgesSEDIR

" L'auteur perpétue un lyrisme, un souffle, une anima qui tendent assurément à se perdre dans notre temps d'hyper-intellectualité. Mais j'ajouterai ceci : la qualité pour moi de ce texte n'est pas seulement dans son déroulement harmonieux, mais dans cette sorte de paradoxe que l'élévation de la pensée et du sentiment se garde de déboucher sur un langage trop philosophique et s'accompagne au contraire d'une expression limpide, simple, transparente. Le poète réussit l'équilibre entre la pulsion et l'ordre, la passion et la raison, l'écologie du coeur et l'économie du langage". 


                                                               Guy CHAMBELLAND

 

"Voici construit comme un office religieux avec Prologue, Graduel, Antienne, Stances, Final, le livre sacramentel de l'amour humain, transcendé, magnifié par le chant lyrique du don mutuel, prolongé bien au-delà du temps où il s'accomplit. Car il ne s'agit pas ici d'un recueil présentant des poèmes réunis pour constituer un ensemble, mais d'un ouvrage bâti dans sa totalité sur une ligne de pensée bien établie, sur des données terrestres et métaphysiques qui en constituent, de la première à la dernière page, la trame, l'armature, l'ossature... Ouvrant la porte à une vision plus vaste de l'amour, qui englobe à la fois le vouloir humain et le dessein divin, en une fresque lyrique où " les mots de la tribu " ont pris cette fois encore, leur sens le plus pur et le plus exaltant. "

 

                                                            Jehan DESPERT  ( Les nouvelles de Versailles )


" Il y a dans cette sorte de saga de l'âme quelque chose du souffle qui anime le Lamartine de " La chute d'un ange " mais aussi de la méditation du Vigny de " La maison du berger ", le tout baignant dans un lyrisme proche de St John Perse. Parfois, l'auteur a des accents de ferveur dignes du " Cantique des Cantiques " et il faut la louer à une époque où l'érotisme le plus vulgaire envahit tout, d'avoir su évoquer la rencontre de Malabata et de la Femme avec une admirable pudeur. C'est elle qui donne la vision d'un amour nouveau, en invitant l'homme et la femme à dépasser ensemble " leurs visions éphémères ". Et cela donne naissance à cette magnifique recréation de la salutation angélique que je tiens pour ma part pour un des points culminants du livre. Oui, ce poème révèle une grande élévation de pensée, une spiritualité profondément inspirée, servies par une sensibilité qui se traduit, à la fois, par la musique des vers et par le foisonnement des images, nouvelles et belles. "

 

                                                             Raoul BECOUSSE ( poète, écrivain et critique )



"Nous sommes très loin ici d'un divertissement léger ou précieux. LE CHANT DE MALABATA est parole inspirée, haute incandescence, rumeur de ciel entrouvert. Par quelle intuition profonde, éblouissante, Armelle Hauteloire a-t-elle pu exhumer ce chant d'amour somptueux qui ressemble à une épopée de l'âme humaine ? La grâce est au rendez-vous de sa poésie. Sa langue rejoint celle du Cantique des Cantiques et du Château de l'âme de Thérèse d'Avila. Lisez ce grand texte à haute voix. Tendez l'oreille. Sa musique vient de très loin." 

 

                                                           Jean-Yves BOULIC  ( journaliste à Ouest-France et écrivain )

 

 

"En main vos ouvrages. Restez personnelle si cela fait partie de votre inspiration. Surtout si cela doit donner d'aussi beaux fruits que LE CHANT DE MALABATA et CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT. Ils sont parfaitement contenus par la mesure et l'élévation du ton, avec ces accents contemplatifs, ce mouvement inflexible - qui empruntent par moment à l'épique - les purifient du rauque accent personnel. Au demeurant, la poésie peut être élégiaque ou rester au bord de l'élégie, avec plus ou moins de saisons et d'oiseaux migrateurs. C'est un genre à part entière de grande mémoire. Nos joies et nos peines méritent d'être exhaussées. Par le rythme réglé sur le sentiment qui nous apprend à être triste. L'esprit dominant toujours comme un bon navire sur la vague. Par l'espérance aussi qui nous prépare à être des enfants de la Promesse. La poésie peut être prise de nostalgie pour reconstituer le mythe primitif, en deçà de la diaspora des formes culturelles. Affaire d'équilibre. Les dangers (dont vous êtes heureusement indemne)  : sans doute la confusion, la capture". 


                                                                            Francis JACQUES

                                                        (Professeur émérite à la Sorbonne - Philosophe )


 

" La nuit, les peurs enfantines, le vent, l'éclair, le foyer clos, la luxuriance des sèves, les parfums entêtants inspirent Armelle Hauteloire. Elle est le poète des sensations, des mouvements, des chuchotements à  " quelque oreille si réellement cosmique et attentive". De Terre Promise (1959) à Incandescence (1983) et Le Chant de Malabata (1986) un sens éveillé de l'accueil des choses dans un lyrisme envoûtant".  

 
                                                                           Robert SABATIER

                                          (  Histoire de la Poésie française - XXe siècle - Tome III )

 

 

 

" Lire la poésie d'Armelle Barguillet Hauteloire, c'est d'abord se surprendre à remuer les lèvres jusqu'à déclamer à haute voix des séquences de mots et de phrases. Impossible de se contenter de susurrer des textes d'une telle richesse de sonorité et d'images. Dans " Le Chant de Malabata", la grâce est au rendez-vous, la langue retrouve l'inspiration musicale du Cantique des Cantiques :

"Ma fiancée, mon amante, / plus douce à mes lèvres que pulpe de mangue, / plus belle à mes yeux que feuille d'acanthe, / à ma langue plus suave que grain de coriandre... "

Au-delà de" la parole incandescente" de cette musique océane, qui fait de chaque stance une aquarelle de la pensée-émotion, l'auteure nous livre sa vérité sur l'état de ce monde :

Il y avait eu une fête / et les hommes n'avaient laissé / que des débris de regards et de voix... / ... Ne comptez pas sur moi / pour rire de l'infâme drôlerie des choses /  avec déploiements de gorge / gloussements et borborygmes. / N'y comptez pas, l'heure est trop grave".

Imprégné d'une profonde spiritualité, le poète a senti et compris là où le philosophe ânonne et le théologien tâtonne :

Voilà que le fleuve Espérance s'est tari. / Nos âmes sont sèches et l'eau de l'esprit vient à manquer".

Mais Armelle Hauteloire n'est jamais plus émouvante que lorsqu'elle célèbre l'amour :

Deviner ton pas quand tu viens, / quand tu pars, le supporter qui s'éloigne, / à chaque instant te découvrir, / te rejoindre en chaque pensée, / dans l'aube qui se défroisse, / ô songeuse espérance, / ne point laisser place à l'angoisse."

Comme elle l'écrit elle-même à propos du poète en général, qui ne cherche pas à " décrire le réel, mais à le faire apparaître autrement", ainsi sa parole "creuse et oscille à la lisière mouvante du visible et de l'invisible". Cela s'appelle la grâce poétique.

 

     Jean-Yves BOULIC    ( Ecrivain, journaliste ) Ouest-France du lundi 13 mars 2006

                                             


" Le démon ( dans le sens socratique du terme ) de l'écriture a tôt saisi Armelle Barguillet Hauteloire. Son premier recueil de poèmes " Terre Promise" date de ses vingt ans. Dans la suite, des spicilèges poétiques remarqués par la critique et couronnés de plusieurs prix : IncandescenceLe Chant de MalabataJe t'écris d'Atlantique et Cantate pour un monde défunt. Sans compter, aux éditions Clovis des ouvrages pour la jeunesse et un essai sur Proust, un second ouvrage « Proust et le miroir des eaux » - joli titre ! - est annoncé aux éditions de Paris).

Le présent recueil, sous-titré Un itinéraire en poésie, rassemble les textes les plus significatifs écrits entre 1956 et 2004. Il permet de mesurer l'élévation de la pensée et la profondeur de la quête, quête de soi, de l'autre (des autres), de Dieu enfin qui lui donne son sens. Tout du long, un souffle, une vibration. Un rythme parfois haletant que permet l'usage du vers libre et qui rappelle parfois le verset claudélien. Une ferveur qui faisait écrire à Jean Guitton : " J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore."

Si la poésie contemporaine hésite entre pédantisme abscons et mièvrerie, si elle est, pour cela même, réduite à la portion congrue dans les catalogues d'éditeurs et boudée par le public, Armelle Barguillet Hauteloire a l'immense mérite de lui redonner une âme. Elle renoue avec la création au sens le plus noble, consciente que l'expérience poétique et l'expérience mystique entretiennent entre elles des liens de parenté. Car, dit-elle, "on crée moins pour faire une oeuvre que pour être dans la Création". Voilà pourquoi Profil de la nuit vaut d'être savouré et médité. "

 

        P.L. MOUDENC  -   Rivarol du vendredi 28 avril 2006

 

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Critiques d'écrivains, poètes et journalistes sur quelques-uns de mes ouvrages
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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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