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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 08:39
Après la guerre, avec mon amie Brigitte à gauche. Elle est décédée en 1995 à 56 ans.

Après la guerre, avec mon amie Brigitte à gauche. Elle est décédée en 1995 à 56 ans.

Ils se sont, au fil du temps, éloignés de nos vies, laissant toute une part d'inachevé qui n'en finit plus de solliciter notre mémoire et notre imagination. Ils sont partis sans laisser d'adresse, celle du cimetière est trop réductrice, nous savons bien qu'ils ne sont pas là et que ce n'est pas ainsi que nous souhaitons les évoquer. Non, ils se sont tellement imbriqués dans nos actes, dans non souvenirs, ils semblent même qu'ils poursuivent leur existence dans nos pensées parce que fatalement ils sont inoubliables. Qui sont-ils ? Nos parents, nos grands-parents, nos oncles et tantes, nos cousins, nos amis, chacun à leur manière ont accompagné une part de notre itinéraire terrestre, alors en s'asseyant ici ou là sur une des bornes qui ponctue notre cheminement en ce monde, nous les revoyons, nous les réentendons : celle-ci avec ses malices et son joli rire, celui-ci avec ses plaidoyers sans fin sur la déstructuration de notre époque, ceux-là avec leurs tics, leurs mimiques, tous avec leurs spécificités, leurs expressions, ce qui les rendait uniques et irremplaçables. Chers disparus !

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Avec le temps, qui ne cesse pas de s'accélérer, vous devenez de plus en plus nombreux à peser de vos absences, à susciter la nostalgie à votre seule évocation, à aggraver nos solitudes. Oui, vous nous manquez. Nous avons certes connu des amours ratés, mais il s'agit ici d'amours perdus Il en fut ainsi de celui de mon amie d'enfance - nos  mères nous plaçaient dans le même parc lorsqu'elles jouaient au bridge - alors que nous jouions déjà à nous fabriquer un avenir, à nouer un lien privilégié qui nous a menées un dernier soir d'un été doux et parfumé à nous questionner sur l'avenir du monde. Ironie du sort, le tien ne pesait plus que quelques mois... Tu mourrais en avril 1995 d'un cancer des os à 56 ans. Quatre semaines avant ma mère, seize mois avant mon père. Trois deuils successifs, j'ai cru perdre pied. C'était trop, je ne pouvais même pas imaginer la vie sans vous ! Et, néanmoins, il a bien fallu le faire, reprendre la route, choisir un nouvel itinéraire plus contemplatif sans doute, nourri d'un passé qui ne peut pas s'éteindre et favorise certaines valeurs essentielles.

 

Et puis, il y a eu l'ami - un second père en quelque sorte - qui m'a aidée à me reconstruire à la suite d'un mariage loupé, très vite soldé par un divorce. J'avais 23 ans et le vide ne s'est jamais comblé. Il en est ainsi de certains passants incomparables. Je n'oublie pas ma chère tante Yvonne que j'imagine cueillant des étoiles comme jadis elle se plaisait à composer des bouquets champêtres, à ma grand-mère paternelle, conteuse intarissable, qui me décrivait la Belle Epoque comme s'il s'agissait d'une parenthèse enchantée, un moment éphémère brièvement paré de toutes les séductions. Vous avez été, au hasard des circonstances, des compagnons de fortune ou d'infortune ; avec vous, nous avons partagé illusions et désillusions, joies et chagrins, larmes et rires. Certains nous ont quittés encore parés des charmes de la jeunesse, d'autres auréolés par la sagesse de leur grand-âge, avec cette bienveillance qui imprime aux visages une tranquille indulgence.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels.

Vous restez tous à nos côtés, compagnons invisibles mais souvent plus présents que nombre de nos contemporains. Vous avez contribué à rédiger quelques-unes des pages de nos vies et formez ainsi la toile de fond de notre univers intérieur, chers disparus !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ARTICLES ME CONCERNANT
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Loic 10/11/2016 13:54

Vous les evoquez avec beaucoup de delicatesse, chere Armelle.

armelle 03/11/2016 18:57

Merci à toutes deux. Oui, nos chers disparus nous manquent mais ils ne cessent de nous accompagner. Ils restent infiniment vivants dans nos mémoires.

Edmée De Xhavée 02/11/2016 19:47

Comment ne pas me délecter de votre billet qui est tellement "assorti" au mien de ce jour... Oui ils nous manquent, ça ne s'apaise pas, la douleur est apaisée mais le manque d'eux ne le peut pas. Et quand je pense à eux, je sens ce qu'ils ont coulé en moi qui vibre joyeusement... Quels beaux grands-parents!

Tania 02/11/2016 18:39

Merci pour ce beau billet, Armelle. Il dit si bien la présence des absents dans notre vie, où un rien nous rappelle l'un, l'une ou l'autre, à tout moment. Nous pensons à ce que ces voix chères auraient pu dire, nous nous demandons comment elles réagiraient, nous marchons dans leurs pas. Nous continuons à leur parler.

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