Je reviens d'un pays où ne moutonne que le sable
où la grande vague levée est d'or et de sang éclatée.
Je reviens d'un pays où la raison parfois divague
et l'espérance, belle et fatale,
entre les bras du vent se meurt.
Voici l'heure où s'avance, venue du large horizon
où ne repose plus le temps,
l'éternité, plane et totale,
la terrible exigence et l'absence redoutable.
Ici, il n'y a plus de marge qui se calcule et s'aménage,
rien d'autre que l'infini du sable.
Je reviens d'un pays
où le bonheur parfois s'estompe ,
léger comme le plus léger nuage,
où le doute et la tristesse,
comme autant de lointains mirages,
s'éclipsent en fluides vagues.
Point de vaste océan naviguant sous les voiles,
point de cathédrale, haut vaisseau des rivages,
et pas de cénotaphe,
mais la mer rouleuse de vagues,
écaillée d'or sur ses crêtes.
Je marche dans un désert
aussi vaste que mon avidité.
Tout est clair. Je trace une ligne
qui s'efface au fur et à mesure de mes pas.
Rien ne rappellera mon passage,
car il n'y a pas d'écriture,
pas de pierre dure à la main,
seulement la coulée du sable.
Cette solitude dans le désert
ne me choque pas,
la misère n'y a pas de regard,
le feu absorde tout.
L'homme y devient un géant
dans le gigantesque espace.
Au-dessus de lui, le ciel,
lavé par la houle des vents,
devant lui, la terre dévorée de silence,
mouvante et tendre à son pied.
Point de tour pour guetter l'ennemi,
les ennemis sont la faim et la soif,
des ennemis naturels que l'on ne saisit jamais.
Et l'on se couche et l'on s'endort
un peu las dans ses membres,
délivré des désirs,
avec des rondes de lumière dans les yeux
et le seul souvenir d'une marche
longue et pénétrante comme une attente.
Je ne reconnais plus le monde,
et le monde ne connait plus mon visage,
le sable a tout recouvert,
et le temps et l'heure et le voyage.
Je reviens d'un pays
où ne moutonne que le sable,
où la grande vague levée
est d'or et de feu éclatée.
Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( extraits de « INCANDESCENCE » Ed. Saint-Germain-des-Prés 1983 )
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