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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 09:18
Vint le poète ...

Vint le poète,
celui qui habitait sur l’autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l’invisible et les âmes,
il arguait sur le devoir, sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu’il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

 

Il venait de l’autre rive,
celle minérale et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l’or et des étoiles,
à l’écoute de l’ample chœur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L’écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d’éternité.
Cet homme avait connu la marche lente des caravanes et les ergs
et la méditation grave de l’espace.

Il parlait une langue
qu’aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue nulle part,
ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves.
Peut-être en avait-il saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :
« Je suis venu assumer l’inexprimable ».

 

Soudain, le ciel étamé et les hommes,
(ceux dont je vous conte l’histoire)
les yeux brûlés qui regardaient s’ensevelir le monde
dans le désordre cendreux des laves.
Tout alentour tremblait et la terre,
jadis bien écobuée, s’affaissait,
déliant l’épissure sacrificielle de l’espace.

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l’herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l’avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur virginale des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n’était point de jachère
mais terre à blé, terre d’amarante,
façonnée dans l’argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux dénudés qui lui faisaient l’épaule ronde,
l’allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l’universel, l’âpre désir a cette approche,
ce renouement aux flancs qu’enfièvre le temps seul.

 

Elle, couchée en croix,
la foule massée entre ses bras,
flottant sur l’eau incantatoire.
La parole du poète dressait un mât,
forgeait des hampes de courage.
Elle disait l’eau souple, rapide, proche l’échéance,
toutefois, l’heure s’annonçait grave,
l’évidence ne suffisant plus à justifier leur foi.

 

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres, ils allaient,
selon l’allure du vent, à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l’Histoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE    (extraits de « Cantate pour un monde défunt » Librairie bleue – avril 1991 – Prix Renaissance -

 

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Vint le poète ...
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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 09:06
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi

 

C'était un temps délicieusement lent,
On se tenait serré comme une meute d'enfants.
Nous avions des refuges, des territoires
Pour braconner les songes,
Des goélettes ancrées en des ports défunts.

 

Lorsque la souffrance se défroissait
Les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
Et ne savaient quel voyage poursuivre ;
Dans quel château hanté s'ébattent les licornes,
Vers quel contre-jour on navigue.

 

Ce chemin, à l'orée, est celui
Où, sans fin, je reviens.
Il y aurait mille possibilités de se perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi.

 

Nous avançons et nos rêves
Sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Ils ont inventorié nos appeaux,
Ils ont l'oeil que nous n'avons pas,
La force que nous n'osons libérer.
Nous pourrions les suivre
Mais, au-delà du seuil, est l'inconnaissable
Que nous n'osons nommer ...

 


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d'hiver
Et nous y vieillirons parmi des arbres
Aux anxieuses ramures.

 


Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
Sans rien attendre de l'empire des songes,
Nous tisserons notre destin
Qui nous fera aigle ou colombe.

 

Extraits de mon recueil de poèmes " Profil de la nuit, un itinéraire en poésie "


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi
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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 07:53
Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares

Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares,
l’eau souveraine jusqu’au débordement des astres !
Voie royale sous l’arc de triomphe du ciel,
elle est immensité mouvante au regard,
chaussée d’écume pour la marche océanique des dieux.
L’ère du songe s’ouvre aux hommes qui s’éloignent.
Ils laissent ici leurs instances, leurs lois et leurs réquisitoires.
Hommes, qui d’entre vous fut pris à défaut ?
Délivrez-vous de l’assistance servile des masses,
honorez votre âme d’un règne nouveau,
délestez la quille des parures et artifices
dont vous fûtes ceints et vêtus,
elle est votre île sur les flots.
Plus nus êtes-vous, plus affranchis dans la lumière.
Votre regard s’accoutume à la blancheur du sel sur les vagues,
à l’éclat du couchant qui saupoudre les eaux
d’une manne d’étoiles.
Solitude en mer dans un lit de plancton et d’algues,
votre couche est quelque part dans l’enfléchure des haubans.
Hommes, vous voici légataires d’une vie sans offense
Au seuil de l’empire des eaux, au seuil de votre âme marine.


Et l’eau toujours dans sa profusion !


Eux, debouts ainsi que des ressuscités,
avec leurs beaux visages marqués aux tempes du signe d’élection,
scrutent des lointains qui se dérobent.
Il savent qu’ils peuvent tendre les mains,
rien ne viendra de ces espaces démesurément grands
que le ciel semble boire.
La carène est de ce bois dont, autrefois,
ils firent leurs cases, puis leurs chaumières,
et puis leurs croix.
Le départ a tranché les liens d’angoisse.
Désormais, il n’y a plus de regrets à avoir,
il faut seulement aller, selon l’allure du vent,
à son amble, la voile bien étarquée.


Quand ils partirent,
le jour vibrait sur une élingue
aussi sensible qu’un violon,
tremblait aux lignes qui, hier,
marquaient son couchant.
Eux, comme sont les hommes qui se lèvent,
s’arrachant aux linges humides de la nuit,
ils venaient d’un pays
dont ils gardaient un peu de poussière sous les ongles.


Et la mer dans son effusion !


La vague toujours montante
et toujours renaissante
et qui ne s’affaisse que pour mieux se hausser
et se hausse encore et se grandit
pour ne décroître que faiblement,
puis s’élève si fort qu’elle joint les deux pôles
d’un même embrassement.
Le charroi des eaux jusques à elle
et l’onde liliale parcourue de risées
ainsi qu’un esprit qui se pense,
la soif inextinguible de l’être d’un coup, tout étanchée …


Rien ici qui ne fût conçu pour l’homme,
rien qui lui ressemblât en cette agora cosmique
où s’affrontent les dieux .
L’homme les côtoie avec effroi.
N’entend-il pas leurs curieux cris ?
Et ce firmament occlus qui se rompt
au passage d’un oiseau aux ailes
alourdies d’un vol prémonitoire !
Toutes ces légions, tout ce ciel
dans un mouvement vaste de houle,
submergeant les trop sages écluses,
sanctuaire doublement mobile
qui déroule ses cercles à l’infini.
N’est-ce pas l’empyrée qui, vers la haute porte scellée,
hâte son fleuve flamboyant tacheté d’azurite ?
Voici le reflet des choses quotidiennes
et leur profusion fauchée, démembrée par l’éclair,
là furent peut-être les lèvres aimées …
Unis jusqu’à la confluence des déserts
que le geste rituel du passeur désunit,
la mer languide sur son patchwork de corail
veille en songe les girandoles de la nuit.
Son chant ne fut jamais que l’austère murmure
des siècles qui se rongent.


Et l’eau dans sa rumination !


Ecoutons-là qui psalmodie sa longue phrase audible,
sa longue et interminable phrase, sa phrase intarissable,
qui nous dit l’ampleur de l’espace, l’indicible.
Une cloche tinte au cœur des eaux
et cette voix est celle d’un autre âge,
d’un âge de vieille mer, de vieux naufrage,
elle est celle d’un temps différent des autres.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   « Cantate pour un monde défunt » Ed. Librairie bleue  1991 – Prix  Renaissance de poésie 1993


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Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 08:06
Que l'immensité ouvre ses livres et ses grimoires !
Que l'immensité ouvre ses livres et ses grimoires !

Ils étaient hommes de labeur, sur l’oratoire des eaux
pour la première aurore.
Quelle fuite, à peine feinte, a fiché sa foëne en leur cœur !
Quelles ramures jointes par l’écho ont orné la voûte de feuilles de silène !
L’immensité ouvre ses livres et ses grimoires et c’est le néant qui dégorge,
mieux qu’une gargouille, son trop plein de savoir.
Ah ! que d’archives empoussièrent leurs cénacles,
que de dossiers encombrent leurs prétoires ! Assez ! Assez !
Que cette aire soit libre et ouverte sur la tranche
en l’honneur … d’une race à naître.
Poème à leurs lèvres profanes né de la phrase et de la vague,
dans le même ressac. Et l’élite des mots pour le métissage des eaux !


Partout la clameur s’amplifie
et c’est l’élocution et le récitatif pour une grandeur à venir.
Hommes de fier lignage sous l’apostrophe divine,
la face offerte aux alizés et à l’aquilon,
l’acuité de leurs regards anticipe les échéances prochaines.
J’ai trop de charges à leur soumettre
pour que cette rigueur ne soit pas lourde à leurs reins.
J’entends leurs souffles de garde-freins,
j’entends les cantilènes de leurs femmes,
mais à la vigilance de leurs rives,
je préfère la faction feuillée des agaves.


La mer en  ses  euphémismes,
initiatrice et belle diseuse d’énigmes,
voie  d’un seul jet jusqu’aux lisières de l’invisible.
Les hommes regardent approcher la mort,
non en voleuse de jours mais en donneuse de promesses
sur cet océan blanchi par le soleil,
sur cette mer équarrie aux quatre points du globe,
la mort ainsi qu’un porche gothique ouvert sur l’élégie marine.
Les larmes des enfants ameutent les colonies  d’oiseaux,
les pluviers, les sternes, les puffins, les labbes prédateurs,
ceux qui, avec les vents, tracent dans les plis hercyniens de leurs ailes,
les pistes des grandes migrations.


A  la métrique de la stance, l’allégeance des hautes voiles en mer,
au pays lointain des ibis et des caïmans,
des crabes arboricoles et des cycas nains.
Entendez-vous les fleuves souterrains
conduire la strophe sémantique,
entendez-vous la voix du vieux monde qui se déplace
et psalmodie la prière  de l’ermite ?
Sur le forum des eaux se perpétue l’éloquence des tribuns,
tandis qu’en son hypogée de sel, en ses prairies de diatomées
veille le poème  informel.


La terre en croix vogue à la dérive.
Ah ! que le temps sur elle n'ait plus jamais pouvoir !
Venu des profondeurs aquatiques, un étrange froissement d'épave
et une lame aiguisée par l'écume qui hausse le débat !
Le lamparo du poète répond aux présomptions du jour.
L'espèrance est sur ses cils comme une fleur ombellée.
Des jetées luminescentes se dessinent sur le ciel.
N'est-ce pas l'Esprit qui repose,
n'est-ce pas la dynastie des hommes qui navigue
au plus près du mystère ?
Les vents ont cessé leurs outrances. 
Un souffle, à peine, fait naître de légers plis à leurs fronts.
L'eau tiède des moussons étanche leur soif
et l'ascèse des flots mène à son terme leur destin d'apatrides.
Au passage des hémisphères s'est révélé l'autre face du monde,
le revers du réel.
L'attente dresse sa flamme arborescente.
Là se joignent les pôles en leur nombre radiant.
Là, dans le bleu aigu des glaciers,
s'abolit toute chose consommable.


Le poète, à la proue, porteur du Verbe
et le peuple debout dans les bras de la croix
qui scrute les faveurs d'une constellation.
Est-ce le songe de l'homme qui s'achève
et tourne ainsi sur son socle comme rose des vents ?
Exorcisme du thème qui fut votre gréement
et d'aventure vos coeurs d'affamés pour des jeûnes mystiques.
C'est là que l'eau insubmersible, cataracte à face de Gordone,
établit ses frontières.
Et ce nectar encore à vos lèvres
et votre défaite comme un sanglot de mer !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE   
 

 (Extaits de "Cantate pour un monde défunt " - Librairie Bleue - Prix Renaissance 1993 )
 


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Remise de mon Prix Renaissanc de poésie en juin 1993 par madame Brigitte Level

Remise de mon Prix Renaissanc de poésie en juin 1993 par madame Brigitte Level

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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 08:47
Peinture de Véronique Heim

Peinture de Véronique Heim

 

 

J’ai à vous narrer l’histoire d’un peuple
qu’une lune maussade défigurât.
Epopée grandiose qui court à la surface des choses dérisoires.
C’est ainsi qu’il faut entrer dans la conscience des vivants …
Voyez combien nos pensées ont fière allure
quand elles avancent à pas de géant dans les plaines et les lagunes
avec le glissement sourd de l’engoulevent,
l’envergure altière des milans !
Fière allure ! Mais la demeure des sages
ne s’est pas échouée comme un panthéon d’immortels
à la cime de quelque mont Ararat !
L’intelligence referme son tabernacle.
Ce peuple s’affranchira des dieux, son instinct le guidera.
Il sera nomade et voyagera avec les vents. 
Ha ! qu’un souffle détende le front des eaux et ils traceront leur route
dans la mouvance craintive des herbages,
au long des sentes oisives des steppes et de la pampa,
quelque part sur l’étendue inconnaissable
où une chimère comme eux s’attarde.


Oui, je  vous parlerai d’un peuple à nul autre semblable,
peuple pétri de glaise et nourri de froment
que l’étincelle du silex, un jour,
mit en marche vers le ponant.
Solitude de l’homme en l’homme,
terre sans partage, hamada d’un cœur qui ne prend, ni ne donne,
vacance de l’espace.
Ensemble, nous parlerons de leur passé qui stratifie le temps,
car ils sont, gerbes de couleurs et de races,
des hommes d’écriture et de langage,
vague humaine qui se détache,
haute vague, houle insécable de pensée et de mémoire.
Puissance qui se disperse et s’élance à l’assaut
d’un donjon, d’un rempart ou d’une médina,
croisade au pieux visage,
les serfs ont dérobé le sceptre et l’étendard,
un clerc a donné ordre que brûlent nos vaisseaux.
De quelque lieu qu’elle soit,
la volonté des hommes fixe les héritages.

 

Il y avait longtemps que leur mémoire les avait trahis,
qu’ils ne forgeaient plus le métal, ne taillaient plus la pierre,
ne bâtissaient plus de cathédrales.
Le temps filait entre leurs doigts sans laisser la moindre trace,
coulée de vent sur la chair vivante de l’espace.
Rives dolentes, monde futile,
ils y épanouissaient leurs coroles et fanaient en une nuit.
Néanmoins, ils savaient qu’ils étaient hommes de labeur
et de peine ! Jusqu’aux confins des mers,
le retour et l’accord de leurs pas sur la plaine,
quand l’aube minérale disperse ses fanaux.
La pierre à vif, le trumeau et l’ogive
poinçonnaient le silence.
Eux, se souvenaient de ces lents convoyages qui,
des siècles passés aux siècles à venir,
dévidaient le temps et illustraient l’histoire.


J’irai où bon me semble,
les vents sont avec moi.
Je détourne ma reine,
je recule mon fou, j’avance quelque pion …
Des roseaux blonds se penchent,
l’onde coule majestueuse sous l’arche d’un vieux pont.
Les fils d’argent se croisent sur l’étoffe de tussah,
l’un se mêle à l’autre, gaves, ravines, affluents,
c’est un jeu tumultueux que se livrent les eaux.
Venues des couches profondes ou des grands promontoires,
toutes s’affrontent et s’écoulent,
toutes dévalent ensemble.
Chant mémoriel de l’homme,
chant souverain de l’âme,
des sages eaux fluviales aux tourmentes océanes.
Ainsi vide de sang, vide de forces vives,
la terre, épave grise de poussière et de cendre,
écluses rompues, vannes levées, cède aux cris sourds,
épeurés des haleurs.



A peine, les flammes scellaient-elles l’enceinte de mortier
Que, remontant des contrées plus anciennes,
les routes s’égaraient, menées en pure perte
dans la touffeur des halliers.
Soudain, le mouvement dans l’argile,
la matière transmuée qui s’oppose à l’ardente quête du sourcier.
Et l’eau coulait, elle s’épandait,
c’est toute la terre qui s’en allait dans un délire.
La main pressentant la douleur
cherchait là où le sang affleure cette forme indécise
qui est l’offrande d’un dieu muet.



Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (Extraits de « Cantate pour un monde défunt »
Prix Renaissance 1991)

 

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Publication Librairie bleue

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 09:47
L'urgence approche avec ses feux

Alors que tu dormais, le ciel s’était enflammé.
Je murmurais contre ton oreille un aveu impossible à entendre,
une promesse impossible à tenir.
Eveille-toi ! L’urgence approche avec ses feux.
Ce sont des navires qui partent,
ne sachant plus rien des terres où nous sommes,
ce sont des villes qui sombrent en nos mémoires.
Avancer … et l’eau porteuse jusqu’à ses rives succinctes,
qui viendraient comme d’une nébuleuse,
jusqu’à  ses seuils qui s’affranchiraient comme d’un deuil.
Il faut le temps du passage pour que le mystère se décèle,
une porte inaccessible pour qu’il pénètre en nous.
Et sur les eaux fatales, que cette voix d’ombre s’époumone
afin de redonner vie à la vie, frontières humaines au monde.

 

Si le ciel vire ses voiles,
tu sauras que les navires partis au crépuscule
ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu’ils reposent au fond des cales sous des bâches,
la tête pleine de chimères.
Tu connaitras l’angoisse, l’obsession, quand tout se tord et se tend,
que tout s’exaspère, que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin.

Dans cette pénombre des signaux brefs nous disent
qu’ailleurs est un espace familier et meilleur.
Au loin, alors qu’un cap se profile,
notre faim s’accroît d’un dernier désir.
Les marins, l’oreille en alerte, surprennent le bruit sourd des vents
qui remontent à leur base. Désormais, il n’y a plus d’attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?


Ecoutons respirer les éléments, voyons le ciel se mouvoir.
Qui s’avance, qui va dans la nuit ?
Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !
Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.
Force nous est de scruter, d’imaginer des contrées
où s’honoreraient des bêtes mythiques.
L’oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

Reflet qu’un chemin de solitude propage.
Demain nous apprendra que la fin est proche,
que le jour tarde à se lever.
Il hésite à la frontière des mondes.
N’est-ce pas des galaxies qui neigent dans l’univers,
n’est-ce pas l’éclipse qui s’accomplit avec majesté ?
Il faut se refuser à la médiation, accepter que la route aboutisse
ou bien reprendre l’océan. En Atlantique, rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre, un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Le désert est immense, quel océan pour m’abreuver,
quelle terre pour, à son terme, accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence, que son destin tragique.

 

La nuit sur tous les fronts. Elle gave la terre.
Un limon putride tapisse les ruisseaux.
Le ciel germe ses feux, l’éclosion d’une flamme assemble les cris.
On brise les sceaux de tout un peuple, on saccage les villes bâties à la hâte
sur des éperons rocheux. L’Atlantique est une contrée au-delà du possible.
D’étranges choses s’y passent. On ne hisse pas les voiles,
on ne lève pas l’ancre pour s’affranchir, mais pour se porter secours.
Celui qui revient porte son deuil.
De là ou je suis, je prends en compte l’éternité.
Avec  elle je dérive, je l’étarque fort,
je la mène vers ce point que je refais chaque jour,
à  chaque heure, un point qui sursoit à ma vision.


Cet exode fut long, cependant ne crois pas que j'en revienne.
On ne revient pas de nulle part. Je me tiens au milieu de l'océan.
Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.
Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi. J'écris sur un cahier blanc.
Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,
chaque mot esquisse une trajectoire.
Je suis bien. Ici il n'y a pas de route, pas de cité.
Dans le clair-obscur d'alentour,
je vois les lourdes charpentes de l'univers s'abattre.
Quelle erreur de le dire immortel.
De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.


Tu me demanderas : que faisais-tu ?
Patiente, je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.
On ne peut enclore la vie.
Avide, je cherche des signes, des points de ralliement.
J'entretiens ces feux.
J'écris parce que les mots garde intact le pouvoir de ranimer nos légendes,
qu'ils tissent les fils qui, lentement, me reconduiront à toi.
Il y a tant à voir, tant à louer.
Je me rappelle de la périssoire, l'étrave soulevait l'embrun,
la carène modelait l'eau. L'arche se dévoilait dans sa pure beauté,
arabesque de lumière, long effilage des palmes.


Il me faut cette soif, cette faim pour tenir. 
Ailleurs le provisoire, l'inaccompli, l'astre qui clôt la nuit de son avènement.
Hier, le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.
Lorsque nous aurons saisi l'énigme, le rivage refluant,
nous quitterons les môles où nichent des colonies d'oiseaux.
Sourciers, sorciers pour l'ultime écoulement vers une terre absente.
Ainsi l'image du premier jour,
ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps.
J'ai peur, parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon,
que le coq s'est tu, que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis.
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne
qui n'est pas l'horizon mais une trace originelle.
La matière s'estompe enfin. A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (Extraits de Profil de la nuit - Je t'écris d'Atlantique)


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L'urgence approche avec ses feux
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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 10:27
Cantate pour un monde défunt

 

Vint le temps où l’homme s’emmura dans les villes,
artères bruyantes qui n’ont que l’apparence de la vie,
balafres sur la face condamnée du monde.
On y parlait d’abondance,
on s’y livrait parfois à de sombres pratiques.
De grands arums ornaient des vases de Lalique,
quelques glaïeuls aussi et quelques orchidées.
Mais ceux des villes avaient oublié le parfum âpre de la savane et des marais.

 

Luisance des toits qui encombraient le ciel,
cortège funambulesque des cheminées,
les enfants ne jouaient pas à un-deux-trois, nous n’irons plus au bois,
ni à colin-maillard, ni même à la marelle,
ils sombraient dans l’irréalité des corolles lancéolées sur les bras.
Loin d’eux les alpages enluminés de trolles et les clarines,
les ciels mouvants qui s’ennuageaient, les embellies.
Parfois on célébrait de grandes fêtes, des pâques solennelles
et la lumière, qui s’endiguait, creusait nuitamment de larges fosses
aux ombres qui venaient.
Soudain, le mouvement dans l’argile,
la matière transmuée qui s’oppose à l’ardente quête du sourcier.
Et l’eau coulait, elle s’épandait, c’est toute la terre qui s’en allait …
La main pressentant la douleur cherchait, là où le sang affleure,
cette forme indécise qui est l’offrande d’un dieu muet.


Ô langage des hommes qui ont tout oublié du sens sacré des mots !
Langage, jusqu’où forer ?
Un mot exalte ou pacifie, jamais lassé d’être roulé,
d’être brassé par la phrase qui le charrie.
(Phrase sans césure comme la houle insécable.)
N’être plus le décret, ne plus être la motion,
mais la tige assouplie dans la main du vannier.
Ne plus être l’orage mais le feu qu’on transmet,
n’être plus que l’épi à terme des moissons.


Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
 

(Extraits de « Cantate pour un monde défunt » - Librairie Bleue/Les Cahiers bleus) Prix Renaissance de poésie


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Cantate pour un monde défunt
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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 09:31
Le Chant de Malabata -  Final - Edition Les Cahiers Bleus/librairie Bleue (2001)

Cette seconde publication du "Chant de Malabata",  faite par Les Cahiers Bleus/Librairie bleue de Dominique Daguet en  juin 2001, comprend ce final que j'ai ajouté à la suite du premier poème publié en 1986 par les éditions "Le pont de l'Epée" de Guy Chambelland et qui fut couronné par l'Académie française l'année suivante.
 


MALABATA

Quelle est cette voix qui me hèle,
quelles sont ces lèvres qui me nomment,
alors que nul ne connait mon nom ?
Y a-t-il autre psalmiste que le vent
sur cette aire offerte au labour du temps ?
Non, cette voix vient d’ailleurs,
elle est battement de cœur et de ferveur
et aucun mot ne peut traduire ce que j’entends.
Erreur, de t’avoir trop longtemps contestée,
m’a conforté en toi et voici que j’avance
tel le puisatier en quête de silence.
(Seul le pèlerin connaît le lieu où il se rend.)
Ah ! les églises pleines de lampes et de cierges
et de mots laissés en attente,
légers et inconsistants comme l’encens !
Ces prières, ces plaintes, ces chants
contenus que les lèvres,
ces têtes inclinées que j’aime,
cela auquel je crois,
que j’effleure de mes mains,
icônes pâlies par les caresses.
Perce l’ultime rayon de connaissance,
l’ailleurs pénètre au plus profond du réel.
Enfin je me redresse.
Mon pas n’est plus pour les seules migrations terrestres,
mon regard pour les seuls horizons humains.


Le Chœur :


Mais toujours nous aurons ces visages et ces larmes
et ces mains désertées dans l’attente du soir.

 

Le Récitant :


Alors, devant la Face de Dieu, le silence,
le grand, le vrai, l’intransgressable silence,
qui du haut des hauteurs
domine encore de haut ces hauteurs,
de ce silence, plus enclos en lui-même,
qu’en ses pétales la fleur.
Un silence qui, d’un pôle à l’autre,
a tout empli et tout comblé,
aile tendue comme voile sur l’océan
et le souffle arrache ce qui est épars.

Alors, devant la Face de Dieu,
la juste mesure,
l’homme contenant et contenu,
plein de son propre silence,
univers sans poids, ni altitude,
voyageur revenu du plus lointain exode,
de la planète la plus éloignée
de celles qui sont au loin,
de la planète grise et plus grise encore
dans la multitude des autres.
Homme pour qui et par qui
Dieu acheva la Création,
homme pour lequel  Il n’achève pas de la recréer ;
le plus aimé du seigneur,
lui le premier et qui s’en vient le dernier,
lui pour qui tout se donne et rien ne se retire,
conquérant et preux chevalier,
voué à la disgrâce du trépas.

Ô ami trop aimé,
avec qui Dieu partagera-t-il sa souveraineté,
sinon avec toi, homme deux fois nommé ?
Ton étoile était bien petite en ton exil,
aussi vaste sera-t-elle vaste la terre promise.
Que le temps fut long en ton absence,
pécheur égaré en des tâches mesquines.


Et voilà l’achèvement,
homme encore et toujours recommencé,
n’est-ce pas en toi que finit l’infini ?
Faiblesse et faute en Dieu,
grandeur et plénitude en LUI.
Tu entres dans le silence de l’Esprit
et dans l’incandescence de ce silence
comme en une eau baptismale.
Vois le Maître qui, à ton devant s’avance,
homme du plus long entravement,
sur la nef que guident les vents,
tu remontes le fleuve au Levant
et au port l’Hôte t’attend …


Le Chœur :


Alors, nous serons à la pointe extrême de la terre,
au-delà de l’au-delà même,
en ce lieu où il n’y a plus de jointure,
et de nos bouches montera le chant du poème,
jusqu’à tes assises, ô Seigneur juge,
que tu tiens éternellement,
ce chant d’humanité plénière,
ce chant, ce dernier chant jusqu’à Toi,
cette dernière prosodie, cette dernière psalmodie jusqu’à Toi,
cette dernière prière jusqu’à Toi,
et sur la face de la terre,
où si longtemps se croisèrent nos errances,
Seigneur,
il n’y aura plus que le flot du verbe qui revient à Toi,
ce flot condensé où les mots sont vagues articulées,
ce flot vers Toi remonté,
comme cours du fleuve à sa source,
comme chatoiement  du vent à son cap.

 

Armelle B.Hauteloire  (Extraits du « Chant de Malabara » version 2001 publié par les Cahiers Bleus/Librairie Bleue


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Le Chant de Malabata -  Final - Edition Les Cahiers Bleus/librairie Bleue (2001)
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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 09:33
Incandescence

 

Eclatez frontières, élargis-toi  terre
arrondis tes flancs comme une mère  puissante
car tu portes ton propre enfantement
et tu es la porte et la vestale à cette porte
qui s’ouvre sur le flot ininterrompu de l’éternité.
Alors il se fera sur le monde, de par le monde, un étonnant silence
de celui que l’on appelle et qui vient, de ce silence où le fil à plomb
qui, entre les éléments, est tendu une fois pour toute n’a plus de poids
un silence si gravement éloquent que le silence de l’enfant est un rire
pour qui tout  se mêle et se démêle, couleurs, voix, artifices
ô miracle des recouvrances, l’intransigeance s’étrangle de sa propre forfaiture
et l’indigence pleure les anciennes ingratitudes qui l’ont rendue orpheline.

 

Terre, il était écrit dans le livre sacré à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin, où les fleurs par grappes s’épandent
où agenouillés dans l’intensité de nos prières
nous accordons nos cœurs à nos pensées.
Lac plus calme qu’un iris, où ne passe rien d’autre que de très tranquille
laissez-moi marcher dans la sueur de mes souliers
dix millénaires n’ont pas rendu l’homme plus sage.

 

Au bord des mausolées, les guerres fratricides heurtent du front la mort.
Plus sombres que le deuil qu’elles n’osent plus porter
des femmes s’en vont pleurer leurs croyances bafouées.
Que les croix soient rompues et les mâts démâtés
au courant des marées les fûts sont entrainés
et les navires coulés retournent au fond des mers
se figer à jamais dans leur éternité.
Terre, tu es la mesure immesurable, la sablier  géant
au pied de la plus haute investiture
tu es et n’es plus tant de fois désavouée
que poids qui roule dans le voile bleu des nuits sans lune.
Trop de fois tu as gémi sous la contrainte,
l’homme a trop de fois jeté sur toi sa semence
trop de fois creusé le sillon où l’âge aspire le temps en un souffle éperdu.
Jeunes horizons aux lignes fraîchement taillées
vous dessinez des obstacles  imparfaits
sur la trace inépuisable de la perfection
vous contraignez les différences à s’allier
vous établissez sur toute surface irréprochable le reproche vivant.
Soyez des brises lames hautement dressés
au sommet des vagues et des nuages.


Temps mille fois plus mort que la mort mortelle
te voilà l’allié de sa perversité
moisissure sur l’auvent des vallées
le volcan a craché pas trois fois, dans la nuit,  sa colère implacable.
Terre que ravinent fleuves et affluents, cluses profondes et rides altières à ton front
tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l’haleine mauvaise
tu as l’âge de tes fièvres et de tes cancers.
Le monde a tant de fois sombré dans le péché
O oreilles distraites, écoutez-moi parler.
L’onde a sa source revient, la loi à son contraire
que faisons-nous derrière nos murailles de pierre ?

 

Trompettes et cymbales, l’appel a  retenti
il déchire l’écho et agrandit l’espace.
Un lent frissonnement a parcouru le ventre de la femme fatale.
Le plaisir a gémi sous la caresse obscène du César redoutable.
La lèpre se propage de villes en villages
le monde est si malade et sa face si terne
qu’aucun linge n’osera en recueillir l’image.
Temps  où la lâcheté se caresse à mains nues
poussières sur la margelle du puits sans profondeur
hommes de tous lignages, levez vos faces saintes
le temps est revenu et l’aveu et l’outrage.
Au bord  des mausolées, les guerres fratricides
heurtent la mort au front, au front des destinées.
Plus sombres que le deuil qu’elles n’osent plus porter
des femmes s’en vont pleurer leurs croyances bafouées.
Que les croix soient rompues et les mâts démâtés
au courant des marées les fûts sont entraînés
et les navires coulés retournent au fonds des mers
se figer à jamais dans leur éternité.
La ligne de partage entre les hémisphères
a rendu plus sommaire l’alliance des contraires
la faute est de douter de la souveraineté
de l’homme passager sur cette humble planète.


Midi sonne à l’horloge, la terre et l’océan
suspendent un instant leur duel millénaire.
Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité
ce vêtement étroit te rend le cœur amer
la terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule  pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d’adjectifs et de superlatifs
les pauvres se taisaient.
L’agneau fut immolé un vendredi au soir
un homme et une femme veillaient à  ses côtés
le monde faisait silence. Trois jours seulement
à la mort furent confiés, le grain à la terre s’en était retourné
Pâques sur Israël naissait à son salut
O heures enfin offertes  à tous les héritages
à l’alliance renouvelée !


Les prophètes sont morts, les dieux sont profanés
le monde a trois de fois sombré dans le péché
O destin, O douleur, nous voilant écoutant la parole sacrée.
Le champ reçoit la sueur et l’homme son salaire, la moisson est ailleurs.
Peuple, il n’est plus de larmes pour pouvoir te pleurer
il n’est plus de  révolte pour vouloir te venger
les semailles formeront de grandes gerbes d’or
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté …
car le monde fait silence. Poète, lève-toi
il est temps de parler, rends ta voix plus tonnante
que l’airain plus sonnante, dis-leur la vérité.


 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (extraits de «Incandescence »  Edition  Saint- Germain- des- prés  Collection Blanche  1983)

 

Ce qu'ils ont écrit :

"La poésie féminine se différencie-t-elle de la poésie masculine ? Dans la préface du beau recueil de Armelle Hauteloire "Incandescence", M.A. Costa de Beauregard essaie de répondre à cette question : "La femme, dit-il, a été plus souvent muse et l'homme poète. Mais elle est appelée aussi à être poète, porte-parole : grand mystère de la femme porteuse du Verbe, enceinte et mère du Verbe ... Son destin n'est pas de s'exprimer elle-même. Sa vocation est d'énoncer la Parole. Ceci est très frappant dans "Incandescence". L'écueil était de s'exprimer. Armelle Hauteloire a su y renoncer pour manifester une parole qui n'est pas la sienne mais celle de tous les humains. C'est la poésie."
Armelle Hauteloire nous dit qu'elle a tenté un pèlerinage aux sources de l'amour, transfiguration du désir en offrande. Son chant profond émeut, bouleverse. Dans les palpitations de son coeur, elle découvre les douleurs et les aspirations de tous les humains. En se dépassant, l'auteur a rencontré Dieu. Pour elle, il n'y a pas de doute, le problème des espoirs humains est lié à la foi. Elle le crie de toutes ses forces. Une telle certitude devrait ébranler les hommes et les femmes qui tâtonnent dans la nuit.

Maurice MONNOYER  (Nord Eclair - 27 février 1984)

 

Remettre l'homme debout, voilà bien le propos d'Armelle Hauteloire. Son recueil "Incandescence" est celui d'une parole qui se déplace dans les zones d'ombre ou de gel de la destinée humaine et qui appelle une dimension où la beauté intemporelle, l'amour en ses sources vives, la transfiguration du désir en offrande font partie de l'humain voyage. Dans une belle langue sobre et imagée, le poète fait au long de ses pages pèlerinage vers le Verbe qui est le Seigneur Lui-même.

Luc NORIN   ( Libre Belgique  -  13 juin 1984 )

 

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Incandescence
Incandescence
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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 08:27
La dédicace de "Terre Promise" à mes parents en 1959, j'avais 20 ans.

La dédicace de "Terre Promise" à mes parents en 1959, j'avais 20 ans.

Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine.
Je n’ai ni âge, ni nom, ni forme et mon apparence attend au monde des hommes.
Je vis des femmes nues avec leurs cheveux noués
et des hommes à leurs pieds les genoux sur des pierres,
des défilés d’hommes, d’enfants, de vieillard à travers des ruelles endimanchées.
J’eus  envie de la rue au pavé lourd de bruit, de l’église qui se veut familière,
du cierge pour allumer le silence.
J’eus envie d’une bouche pour confier mes lèvres et d’une voix pour donner mes mots.
La solitude venait vers moi les griffes en avant pour me saisir,la patte lourde et velue,
le corps de l'araignée.
Je m’assis. Je sentais mon corps pesant comme les choses. Cette fête qui expirait
et ces hommes qui s’étaient enfuis, enfuis parce qu’ils avaient peur d’eux-mêmes.
Je descendais lentement l’escalier d’étrange fête. Le vide était par-dessus moi
et par-dessous moi il y avait le vide encore. Je fermais les yeux. Sous mes paumières closes,
j’avais le ciel entrouvert, la course des nuages dans le néant, les lueurs qui structurent l’ombre
et seule parmi la foule je dansais la folle danse de la vierge folle.
Un homme s’avança. J’avais les cheveux dénoués, il les saisit dans ses mains
et les noua à ses poignets. Il parla et alors qu’il parlait, mes yeux devinèrent son visage.
Je te cherche à travers les jours et demain je te chercherai encore.
Tu n’as pas de nom et tu n’as pas d’âge, tu t’engloutis en moi comme le rayon du cercle.
Tu n’as que ce que je t’ai donné, la couleur de tes yeux et le son de ton pas.
Le jour t’enlèvera ton apparence et je te chercherai jusqu’à la nuit.

 

Je repris la route et le chemin divers parce que je n’étais pas satisfaite.
Sa voix s’était tue à l’arche du pont, il n’avait plus de mots pour moi.
Je repris la route et le chemin divers parce qu’il n’avait pas mis ses mots
à l’échelle de mes rêves, la route large pavée en dominos.
J’avais la source claire dans les yeux et le ciel renversé,
mes lèvres avaient le goût du fruit qui mûrit et mon cœur battait le rythme du temps.
Il y avait eu une fête au milieu de la plaine immense
où se cognent l’espace et le vide et le temps, où s’essouffle la voix de l’appel,
où s’aperçoit la silhouette qui part à la recherche du vide,
la plaine qui joue aux quatre coins avec le ciel,
la plaine, mer immense, avec les ressacs du vent, les vagues des semailles et des blés en herbe.
Il y avait eu une fête et les hommes n’avaient laissé que des débris de regards et de voix.



Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine,
je demandais si toutes les routes menaient au même rond-point ? Elles y menaient.
Je revins sur mes pas. Je voulais le chemin de l’abîme, le bord du cercle
où chancelle le pas du vieillard, où éclot le regard du poète,
où blasphèment sagesse et raison, où s’épuisent toutes parallèles,
où Dieu se contemple face à face.
Je voulais l’aveu qui ne ment pas, la poussière des corps dans ma main
et l’immensité dans mes yeux. Je voulais la fin du chemin,
la fin de l’onde et de ses rives, la fin de la phrase,
la fin de toute symphonie et de toute lumière.
Je demandais si les routes menaient au même rond-point. Elles y menaient.
Je revins sur mes pas.
Je demandais si toutes les voix avaient les mêmes mots :
mot à la lèvre du lépreux, mot à la mère en douleur, mot à la fête,
mot à l'amour, mot à la mort, outil journalier usé par la paume journalière,
mots qui ne savent plus prier, qui ne savent plus chanter, qui ne savent plus absoudre.
Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine. Je n’ai ni nom, ni âge, ni forme,
j’ai pris le chemin qui mène ou mène tout chemin,
celui du moine en prière et de la vierge folle,
j'ai pris le chemin qui mène où mène tout chemin,
phrase inachevée au bord d’un monde inachevé.
Peut-être suis-je partie à la recherche du sphinx de vérité impassible comme la cathédrale ?
Terre promise ou paradis perdu ? Des yeux grimacent dans mes yeux,
des rires claironnent à mes oreilles, mes lèvres ont le goût aigre du poison.
Croix de l’homme en croix. Sur le pavé du bruit, le corps s’est brisé comme le verre,
le verre rouge du bar. Gibet de l’innocent, le pavé grisé de poussière bouscule les parallèles,
enchevêtre les regards. Je suis celle qui voit le gibet de l’innocent, l’égout des ordures
le long du trottoir qui luit. Croix de l'homme en croix, blasphème des vivants,
j’ai pris le chemin qui mène où mène tout chemin,

Terre promise ou Paradis perdu, des yeux grimacent dans mes yeux.
 

Armelle B.  HAUTELOIRE  (texte rédigé en 1958/ publié en 1959)  Extraits de «TERRE PROMISE »

 

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Ce qu'ils ont écrit :

 

Je vous remercie de m’avoir fait  connaitre le poème de mademoiselle Hauteloire. Il est rare de trouver une voix féminine apte à des rythmes aussi rigoureux, des images aussi  vastes. Il y a là une poésie d’inspiration et d’expression originale, un paysage moyenâgeux développé avec souffle et ferveur. Dites-lui que je regrette sincèrement cette connaissance trop tardive de sa publication et faites lui aussi savoir qu’elle est poète, si par hasard elle en doutait. 

Pierre Seghers  (poète et éditeur)

 

Je vous remercie d’avoir bien voulu me faire le service de presse de cet intéressant ouvrage. L’auteur a des images qui enchantent : « Dans des faïences anciennes mouraient des bougies rouges. » « Le vieux lustre du salon servait d’encensoir ». Mais je préfère encore ces affirmations : « Je suis partie au-devant de moi ». « Tes yeux auront leur transcendance ». « Mon pas inscrit des révoltes ». C’est à de telles notations que l’on mesure la maturité poétique de l’écrivain. Brochure bien pensée, bien écrite, ne manquant pas de souffle et présentant un grand caractère d’unité. Pourquoi cette réflexion désabusée : 
« Je me réfugierai dans l’insouciance ». Peut-être Armelle Hauteloire a-t-elle le sentiment confus que tout ce que l’on écrit est vain et que les plus heureux sont les « pauvres en esprit ». Cependant, cette plaquette est plus qu’une promesse. Elle devrait susciter la faveur de ceux qui aiment une pensée métaphysique noblement exprimée. Présentez, je vous prie, mes compliments à l’auteur est dites-lui de nous révéler son identité. Jeanne Evian et moi serons heureux de la suivre dans ses nouveaux travaux.

Paul Chevassus  (Président de l’Académie Rhodanienne des Lettres)

 

J’ai lu avec soin les vers de Mademoiselle Hauteloire. Ils m’ont beaucoup plu, et pour le sens du rythme et pour la beauté des images et pour la force, l’intensité et la profondeur des émotions qui s’y expriment. Ces vers révèlent plus qu’un talent d’amateur, un véritable don d’invention poétique, un sens cosmique qui joint la largeur des vers à la précision du détail. « Je ne serai plus poète » - écrit-elle à la fin d’un poème. J’espère bien que si ! Et que la vie nourrira au lieu de l’étouffer ce don si visible. J’aime beaucoup ce Vlaminck des pages 26-27, les dernières. Mais aussi l’évocation qui précède, les souvenirs baignés d’étrangeté, mystère des heures défuntes. J’aime ces voix alternées et ces visions balancées de « la plaine qui joue aux quatre coins avec le ciel … » et des « dieux égorgés des trottoirs et des pavés », de  « la « rue  moisie et souillée », voix et visions qui se réconcilient dans un intense sentiment du tragique de la vie.
Présentez à mademoiselle Hauteloire mes félicitations et dites-lui, je vous prie, le plaisir ému (et combien rare à propos de ce genre d’œuvre !) que j’ai pris à lire ses vers.

Paul Van Tieghem  (professeur de littérature comparée à la Sorbonne)

 

Je suis partie au-devant de moi (Extraits de Terre Promise)
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