Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 09:31
Le Chant de Malabata -  Final - Edition Les Cahiers Bleus/librairie Bleue (2001)

Cette seconde publication du "Chant de Malabata",  faite par Les Cahiers Bleus/Librairie bleue de Dominique Daguet en  juin 2001, comprend ce final que j'ai ajouté à la suite du premier poème publié en 1986 par les éditions "Le pont de l'Epée" de Guy Chambelland et qui fut couronné par l'Académie française l'année suivante.
 


MALABATA

Quelle est cette voix qui me hèle,
quelles sont ces lèvres qui me nomment,
alors que nul ne connait mon nom ?
Y a-t-il autre psalmiste que le vent
sur cette aire offerte au labour du temps ?
Non, cette voix vient d’ailleurs,
elle est battement de cœur et de ferveur
et aucun mot ne peut traduire ce que j’entends.
Erreur, de t’avoir trop longtemps contestée,
m’a conforté en toi et voici que j’avance
tel le puisatier en quête de silence.
(Seul le pèlerin connaît le lieu où il se rend.)
Ah ! les églises pleines de lampes et de cierges
et de mots laissés en attente,
légers et inconsistants comme l’encens !
Ces prières, ces plaintes, ces chants
contenus que les lèvres,
ces têtes inclinées que j’aime,
cela auquel je crois,
que j’effleure de mes mains,
icônes pâlies par les caresses.
Perce l’ultime rayon de connaissance,
l’ailleurs pénètre au plus profond du réel.
Enfin je me redresse.
Mon pas n’est plus pour les seules migrations terrestres,
mon regard pour les seuls horizons humains.


Le Chœur :


Mais toujours nous aurons ces visages et ces larmes
et ces mains désertées dans l’attente du soir.

 

Le Récitant :


Alors, devant la Face de Dieu, le silence,
le grand, le vrai, l’intransgressable silence,
qui du haut des hauteurs
domine encore de haut ces hauteurs,
de ce silence, plus enclos en lui-même,
qu’en ses pétales la fleur.
Un silence qui, d’un pôle à l’autre,
a tout empli et tout comblé,
aile tendue comme voile sur l’océan
et le souffle arrache ce qui est épars.

Alors, devant la Face de Dieu,
la juste mesure,
l’homme contenant et contenu,
plein de son propre silence,
univers sans poids, ni altitude,
voyageur revenu du plus lointain exode,
de la planète la plus éloignée
de celles qui sont au loin,
de la planète grise et plus grise encore
dans la multitude des autres.
Homme pour qui et par qui
Dieu acheva la Création,
homme pour lequel  Il n’achève pas de la recréer ;
le plus aimé du seigneur,
lui le premier et qui s’en vient le dernier,
lui pour qui tout se donne et rien ne se retire,
conquérant et preux chevalier,
voué à la disgrâce du trépas.

Ô ami trop aimé,
avec qui Dieu partagera-t-il sa souveraineté,
sinon avec toi, homme deux fois nommé ?
Ton étoile était bien petite en ton exil,
aussi vaste sera-t-elle vaste la terre promise.
Que le temps fut long en ton absence,
pécheur égaré en des tâches mesquines.


Et voilà l’achèvement,
homme encore et toujours recommencé,
n’est-ce pas en toi que finit l’infini ?
Faiblesse et faute en Dieu,
grandeur et plénitude en LUI.
Tu entres dans le silence de l’Esprit
et dans l’incandescence de ce silence
comme en une eau baptismale.
Vois le Maître qui, à ton devant s’avance,
homme du plus long entravement,
sur la nef que guident les vents,
tu remontes le fleuve au Levant
et au port l’Hôte t’attend …


Le Chœur :


Alors, nous serons à la pointe extrême de la terre,
au-delà de l’au-delà même,
en ce lieu où il n’y a plus de jointure,
et de nos bouches montera le chant du poème,
jusqu’à tes assises, ô Seigneur juge,
que tu tiens éternellement,
ce chant d’humanité plénière,
ce chant, ce dernier chant jusqu’à Toi,
cette dernière prosodie, cette dernière psalmodie jusqu’à Toi,
cette dernière prière jusqu’à Toi,
et sur la face de la terre,
où si longtemps se croisèrent nos errances,
Seigneur,
il n’y aura plus que le flot du verbe qui revient à Toi,
ce flot condensé où les mots sont vagues articulées,
ce flot vers Toi remonté,
comme cours du fleuve à sa source,
comme chatoiement  du vent à son cap.

 

Armelle B.Hauteloire  (Extraits du « Chant de Malabara » version 2001 publié par les Cahiers Bleus/Librairie Bleue


Pour consulter la liste des articles de la rubique ARTICLES ME CONCERNANT, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Le Chant de Malabata -  Final - Edition Les Cahiers Bleus/librairie Bleue (2001)
Partager cet article
Repost0
15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 09:33
Incandescence

 

Eclatez frontières, élargis-toi  terre
arrondis tes flancs comme une mère  puissante
car tu portes ton propre enfantement
et tu es la porte et la vestale à cette porte
qui s’ouvre sur le flot ininterrompu de l’éternité.
Alors il se fera sur le monde, de par le monde, un étonnant silence
de celui que l’on appelle et qui vient, de ce silence où le fil à plomb
qui, entre les éléments, est tendu une fois pour toute n’a plus de poids
un silence si gravement éloquent que le silence de l’enfant est un rire
pour qui tout  se mêle et se démêle, couleurs, voix, artifices
ô miracle des recouvrances, l’intransigeance s’étrangle de sa propre forfaiture
et l’indigence pleure les anciennes ingratitudes qui l’ont rendue orpheline.

 

Terre, il était écrit dans le livre sacré à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin, où les fleurs par grappes s’épandent
où agenouillés dans l’intensité de nos prières
nous accordons nos cœurs à nos pensées.
Lac plus calme qu’un iris, où ne passe rien d’autre que de très tranquille
laissez-moi marcher dans la sueur de mes souliers
dix millénaires n’ont pas rendu l’homme plus sage.

 

Au bord des mausolées, les guerres fratricides heurtent du front la mort.
Plus sombres que le deuil qu’elles n’osent plus porter
des femmes s’en vont pleurer leurs croyances bafouées.
Que les croix soient rompues et les mâts démâtés
au courant des marées les fûts sont entrainés
et les navires coulés retournent au fond des mers
se figer à jamais dans leur éternité.
Terre, tu es la mesure immesurable, la sablier  géant
au pied de la plus haute investiture
tu es et n’es plus tant de fois désavouée
que poids qui roule dans le voile bleu des nuits sans lune.
Trop de fois tu as gémi sous la contrainte,
l’homme a trop de fois jeté sur toi sa semence
trop de fois creusé le sillon où l’âge aspire le temps en un souffle éperdu.
Jeunes horizons aux lignes fraîchement taillées
vous dessinez des obstacles  imparfaits
sur la trace inépuisable de la perfection
vous contraignez les différences à s’allier
vous établissez sur toute surface irréprochable le reproche vivant.
Soyez des brises lames hautement dressés
au sommet des vagues et des nuages.


Temps mille fois plus mort que la mort mortelle
te voilà l’allié de sa perversité
moisissure sur l’auvent des vallées
le volcan a craché pas trois fois, dans la nuit,  sa colère implacable.
Terre que ravinent fleuves et affluents, cluses profondes et rides altières à ton front
tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l’haleine mauvaise
tu as l’âge de tes fièvres et de tes cancers.
Le monde a tant de fois sombré dans le péché
O oreilles distraites, écoutez-moi parler.
L’onde a sa source revient, la loi à son contraire
que faisons-nous derrière nos murailles de pierre ?

 

Trompettes et cymbales, l’appel a  retenti
il déchire l’écho et agrandit l’espace.
Un lent frissonnement a parcouru le ventre de la femme fatale.
Le plaisir a gémi sous la caresse obscène du César redoutable.
La lèpre se propage de villes en villages
le monde est si malade et sa face si terne
qu’aucun linge n’osera en recueillir l’image.
Temps  où la lâcheté se caresse à mains nues
poussières sur la margelle du puits sans profondeur
hommes de tous lignages, levez vos faces saintes
le temps est revenu et l’aveu et l’outrage.
Au bord  des mausolées, les guerres fratricides
heurtent la mort au front, au front des destinées.
Plus sombres que le deuil qu’elles n’osent plus porter
des femmes s’en vont pleurer leurs croyances bafouées.
Que les croix soient rompues et les mâts démâtés
au courant des marées les fûts sont entraînés
et les navires coulés retournent au fonds des mers
se figer à jamais dans leur éternité.
La ligne de partage entre les hémisphères
a rendu plus sommaire l’alliance des contraires
la faute est de douter de la souveraineté
de l’homme passager sur cette humble planète.


Midi sonne à l’horloge, la terre et l’océan
suspendent un instant leur duel millénaire.
Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité
ce vêtement étroit te rend le cœur amer
la terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule  pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d’adjectifs et de superlatifs
les pauvres se taisaient.
L’agneau fut immolé un vendredi au soir
un homme et une femme veillaient à  ses côtés
le monde faisait silence. Trois jours seulement
à la mort furent confiés, le grain à la terre s’en était retourné
Pâques sur Israël naissait à son salut
O heures enfin offertes  à tous les héritages
à l’alliance renouvelée !


Les prophètes sont morts, les dieux sont profanés
le monde a trois de fois sombré dans le péché
O destin, O douleur, nous voilant écoutant la parole sacrée.
Le champ reçoit la sueur et l’homme son salaire, la moisson est ailleurs.
Peuple, il n’est plus de larmes pour pouvoir te pleurer
il n’est plus de  révolte pour vouloir te venger
les semailles formeront de grandes gerbes d’or
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté …
car le monde fait silence. Poète, lève-toi
il est temps de parler, rends ta voix plus tonnante
que l’airain plus sonnante, dis-leur la vérité.


 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (extraits de «Incandescence »  Edition  Saint- Germain- des- prés  Collection Blanche  1983)

 

Ce qu'ils ont écrit :

"La poésie féminine se différencie-t-elle de la poésie masculine ? Dans la préface du beau recueil de Armelle Hauteloire "Incandescence", M.A. Costa de Beauregard essaie de répondre à cette question : "La femme, dit-il, a été plus souvent muse et l'homme poète. Mais elle est appelée aussi à être poète, porte-parole : grand mystère de la femme porteuse du Verbe, enceinte et mère du Verbe ... Son destin n'est pas de s'exprimer elle-même. Sa vocation est d'énoncer la Parole. Ceci est très frappant dans "Incandescence". L'écueil était de s'exprimer. Armelle Hauteloire a su y renoncer pour manifester une parole qui n'est pas la sienne mais celle de tous les humains. C'est la poésie."
Armelle Hauteloire nous dit qu'elle a tenté un pèlerinage aux sources de l'amour, transfiguration du désir en offrande. Son chant profond émeut, bouleverse. Dans les palpitations de son coeur, elle découvre les douleurs et les aspirations de tous les humains. En se dépassant, l'auteur a rencontré Dieu. Pour elle, il n'y a pas de doute, le problème des espoirs humains est lié à la foi. Elle le crie de toutes ses forces. Une telle certitude devrait ébranler les hommes et les femmes qui tâtonnent dans la nuit.

Maurice MONNOYER  (Nord Eclair - 27 février 1984)

 

Remettre l'homme debout, voilà bien le propos d'Armelle Hauteloire. Son recueil "Incandescence" est celui d'une parole qui se déplace dans les zones d'ombre ou de gel de la destinée humaine et qui appelle une dimension où la beauté intemporelle, l'amour en ses sources vives, la transfiguration du désir en offrande font partie de l'humain voyage. Dans une belle langue sobre et imagée, le poète fait au long de ses pages pèlerinage vers le Verbe qui est le Seigneur Lui-même.

Luc NORIN   ( Libre Belgique  -  13 juin 1984 )

 

Pour consulter les articles de la rubrique "ARTICLES ME CONCERNANT", cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Incandescence
Incandescence
Partager cet article
Repost0
14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 08:27
La dédicace de "Terre Promise" à mes parents en 1959, j'avais 20 ans.

La dédicace de "Terre Promise" à mes parents en 1959, j'avais 20 ans.

Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine.
Je n’ai ni âge, ni nom, ni forme et mon apparence attend au monde des hommes.
Je vis des femmes nues avec leurs cheveux noués
et des hommes à leurs pieds les genoux sur des pierres,
des défilés d’hommes, d’enfants, de vieillard à travers des ruelles endimanchées.
J’eus  envie de la rue au pavé lourd de bruit, de l’église qui se veut familière,
du cierge pour allumer le silence.
J’eus envie d’une bouche pour confier mes lèvres et d’une voix pour donner mes mots.
La solitude venait vers moi les griffes en avant pour me saisir,la patte lourde et velue,
le corps de l'araignée.
Je m’assis. Je sentais mon corps pesant comme les choses. Cette fête qui expirait
et ces hommes qui s’étaient enfuis, enfuis parce qu’ils avaient peur d’eux-mêmes.
Je descendais lentement l’escalier d’étrange fête. Le vide était par-dessus moi
et par-dessous moi il y avait le vide encore. Je fermais les yeux. Sous mes paumières closes,
j’avais le ciel entrouvert, la course des nuages dans le néant, les lueurs qui structurent l’ombre
et seule parmi la foule je dansais la folle danse de la vierge folle.
Un homme s’avança. J’avais les cheveux dénoués, il les saisit dans ses mains
et les noua à ses poignets. Il parla et alors qu’il parlait, mes yeux devinèrent son visage.
Je te cherche à travers les jours et demain je te chercherai encore.
Tu n’as pas de nom et tu n’as pas d’âge, tu t’engloutis en moi comme le rayon du cercle.
Tu n’as que ce que je t’ai donné, la couleur de tes yeux et le son de ton pas.
Le jour t’enlèvera ton apparence et je te chercherai jusqu’à la nuit.

 

Je repris la route et le chemin divers parce que je n’étais pas satisfaite.
Sa voix s’était tue à l’arche du pont, il n’avait plus de mots pour moi.
Je repris la route et le chemin divers parce qu’il n’avait pas mis ses mots
à l’échelle de mes rêves, la route large pavée en dominos.
J’avais la source claire dans les yeux et le ciel renversé,
mes lèvres avaient le goût du fruit qui mûrit et mon cœur battait le rythme du temps.
Il y avait eu une fête au milieu de la plaine immense
où se cognent l’espace et le vide et le temps, où s’essouffle la voix de l’appel,
où s’aperçoit la silhouette qui part à la recherche du vide,
la plaine qui joue aux quatre coins avec le ciel,
la plaine, mer immense, avec les ressacs du vent, les vagues des semailles et des blés en herbe.
Il y avait eu une fête et les hommes n’avaient laissé que des débris de regards et de voix.



Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine,
je demandais si toutes les routes menaient au même rond-point ? Elles y menaient.
Je revins sur mes pas. Je voulais le chemin de l’abîme, le bord du cercle
où chancelle le pas du vieillard, où éclot le regard du poète,
où blasphèment sagesse et raison, où s’épuisent toutes parallèles,
où Dieu se contemple face à face.
Je voulais l’aveu qui ne ment pas, la poussière des corps dans ma main
et l’immensité dans mes yeux. Je voulais la fin du chemin,
la fin de l’onde et de ses rives, la fin de la phrase,
la fin de toute symphonie et de toute lumière.
Je demandais si les routes menaient au même rond-point. Elles y menaient.
Je revins sur mes pas.
Je demandais si toutes les voix avaient les mêmes mots :
mot à la lèvre du lépreux, mot à la mère en douleur, mot à la fête,
mot à l'amour, mot à la mort, outil journalier usé par la paume journalière,
mots qui ne savent plus prier, qui ne savent plus chanter, qui ne savent plus absoudre.
Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine. Je n’ai ni nom, ni âge, ni forme,
j’ai pris le chemin qui mène ou mène tout chemin,
celui du moine en prière et de la vierge folle,
j'ai pris le chemin qui mène où mène tout chemin,
phrase inachevée au bord d’un monde inachevé.
Peut-être suis-je partie à la recherche du sphinx de vérité impassible comme la cathédrale ?
Terre promise ou paradis perdu ? Des yeux grimacent dans mes yeux,
des rires claironnent à mes oreilles, mes lèvres ont le goût aigre du poison.
Croix de l’homme en croix. Sur le pavé du bruit, le corps s’est brisé comme le verre,
le verre rouge du bar. Gibet de l’innocent, le pavé grisé de poussière bouscule les parallèles,
enchevêtre les regards. Je suis celle qui voit le gibet de l’innocent, l’égout des ordures
le long du trottoir qui luit. Croix de l'homme en croix, blasphème des vivants,
j’ai pris le chemin qui mène où mène tout chemin,

Terre promise ou Paradis perdu, des yeux grimacent dans mes yeux.
 

Armelle B.  HAUTELOIRE  (texte rédigé en 1958/ publié en 1959)  Extraits de «TERRE PROMISE »

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique "ARTICLES ME CONCERNANT" cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Ce qu'ils ont écrit :

 

Je vous remercie de m’avoir fait  connaitre le poème de mademoiselle Hauteloire. Il est rare de trouver une voix féminine apte à des rythmes aussi rigoureux, des images aussi  vastes. Il y a là une poésie d’inspiration et d’expression originale, un paysage moyenâgeux développé avec souffle et ferveur. Dites-lui que je regrette sincèrement cette connaissance trop tardive de sa publication et faites lui aussi savoir qu’elle est poète, si par hasard elle en doutait. 

Pierre Seghers  (poète et éditeur)

 

Je vous remercie d’avoir bien voulu me faire le service de presse de cet intéressant ouvrage. L’auteur a des images qui enchantent : « Dans des faïences anciennes mouraient des bougies rouges. » « Le vieux lustre du salon servait d’encensoir ». Mais je préfère encore ces affirmations : « Je suis partie au-devant de moi ». « Tes yeux auront leur transcendance ». « Mon pas inscrit des révoltes ». C’est à de telles notations que l’on mesure la maturité poétique de l’écrivain. Brochure bien pensée, bien écrite, ne manquant pas de souffle et présentant un grand caractère d’unité. Pourquoi cette réflexion désabusée : 
« Je me réfugierai dans l’insouciance ». Peut-être Armelle Hauteloire a-t-elle le sentiment confus que tout ce que l’on écrit est vain et que les plus heureux sont les « pauvres en esprit ». Cependant, cette plaquette est plus qu’une promesse. Elle devrait susciter la faveur de ceux qui aiment une pensée métaphysique noblement exprimée. Présentez, je vous prie, mes compliments à l’auteur est dites-lui de nous révéler son identité. Jeanne Evian et moi serons heureux de la suivre dans ses nouveaux travaux.

Paul Chevassus  (Président de l’Académie Rhodanienne des Lettres)

 

J’ai lu avec soin les vers de Mademoiselle Hauteloire. Ils m’ont beaucoup plu, et pour le sens du rythme et pour la beauté des images et pour la force, l’intensité et la profondeur des émotions qui s’y expriment. Ces vers révèlent plus qu’un talent d’amateur, un véritable don d’invention poétique, un sens cosmique qui joint la largeur des vers à la précision du détail. « Je ne serai plus poète » - écrit-elle à la fin d’un poème. J’espère bien que si ! Et que la vie nourrira au lieu de l’étouffer ce don si visible. J’aime beaucoup ce Vlaminck des pages 26-27, les dernières. Mais aussi l’évocation qui précède, les souvenirs baignés d’étrangeté, mystère des heures défuntes. J’aime ces voix alternées et ces visions balancées de « la plaine qui joue aux quatre coins avec le ciel … » et des « dieux égorgés des trottoirs et des pavés », de  « la « rue  moisie et souillée », voix et visions qui se réconcilient dans un intense sentiment du tragique de la vie.
Présentez à mademoiselle Hauteloire mes félicitations et dites-lui, je vous prie, le plaisir ému (et combien rare à propos de ce genre d’œuvre !) que j’ai pris à lire ses vers.

Paul Van Tieghem  (professeur de littérature comparée à la Sorbonne)

 

Je suis partie au-devant de moi (Extraits de Terre Promise)
Je suis partie au-devant de moi (Extraits de Terre Promise)
Partager cet article
Repost0
1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 09:30

atlantique-273722.jpg

 

 

Nuit irisée, nuit haubanée
De mercure tout enchâssée, de givre tout opalisée,
les amants se sont avancés, le seuil est proche.
Le vent, dans la moirure des phares, couve l'attente,
là où le soulèvement de la vague
forge l'écume dans le quartz.
Le temps, au goût d'écorce amère,
s'ensable sous les ombelles pures des sources,
alors, qu'encore lointaine, sous son mât de misaine,
dans ses diaprures de plancton,
la mer conduit au large de ses dunes ses légions de phaétons.

 

Cet exode fut long, cependant ne crois pas que j'en revienne.
On ne revient pas de nulle part. Je me tiens au milieu de l'océan.
Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.
Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi.
J'écris sur un cahier blanc. Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,
chaque mot esquisse une trajectoire. Je sui bien.
Ici il n'y a pas de route, pas de cité.
Dans le clair-obscur d'alentour, je vois les lourdes charpentes de l'univers s'abattre.
Quelle erreur de le dire immortel.
De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.


Tu me demanderas : que faisais-tu ?
Patiente je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.
On ne peut enclore la vie.
Avide, je cherche des signes, des points de ralliement.
J'entretiens ces feux. J'écris parce que les mots gardent intacts

le pouvoir de ranimer nos chimères, qu'ils tissent les fils
qui, lentement, me reconduiront vers toi.
Il y a tant à voir, tant à louer.
Je me rappelle la périssoire, l'étrave qui soulevait l'embrun,
la carène qui modelait l'eau. L'arche se dévoilait dans sa pure beauté,
arabesque de lumière, longs effilages des palmes

 

 Il me faut cette soif, cette faim pour tenir.
Ailleurs le provisoire, l'inaccompli,
L'astre qui clôt la nuit de son avènement.
Hier le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.
Lorsque nous aurons résolu l'énigme,
Le rivage refluant, nous quitterons les môles
Où nichent des colonies d'oiseaux.
Sourciers, sorciers, pour l'ultime écoulement vers la terre absente.
Ainsi l'image du premier jour, ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps. J'ai peur,
parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon, que le coq s'est tu,
que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis. 
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne qui n'est pas l'horizon,
mais une trace originelle. La matière s'estompe enfin.
A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.


Je t'écris d'Atlantique.
La mer, ce soir, se couronne de phosphore.
Il serait simple d'y mourir, d'y revivre,
laissant filer l'haussière, gagner l'infini,
y pénétrer, bien que l'incohérence
nous suive et nous approche.

                                                                     

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

PROFIL DE LA NUIT   ( extraits )    Editions  : L'Etoile du Berger

 

Pour se procurer  PROFIL de la NUIT, cliquer   ICI

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique ARTICLES ME CONCERNANT, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES ME CONCERNANT

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Je t'écris d'Atlantique - poème
Partager cet article
Repost0
13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 09:00
L'homme de toutes les soifs

 

A l’origine, la vie n’était qu’éclat de lune,

Doigt incandescent sur les ronces,

Quelque chose sans substance, de si léger,

Que l’on pouvait croire qu’il n’existait d’elle

Que son essence.

 

Souvent aux premières heures de la nuit,

On entendait gronder la colère du monde.

Alors la vie se retirait, se mettait en attente,

Oiseau prolongeant en rêve sa volée.

 

Sans hâte, nous approchions de la terre qui nous ressemble.

On y vendange le vin de l’ivresse mystique.

Est-ce si loin en nos mémoires que nous n’osions en franchir le seuil ?

L’homme de toutes les soifs marche en quête d’eau vive

Alors que le temps saigne encore de quelque mal.

 

Nous douterons. Ce sera notre dernière sueur.

Viendra le remords taillé dans le vieux tissu du jour.

On ne poursuit sa route que la tête tournée vers le couchant.

Nous avons pris ce siècle à bras-le-corps

Et c’est tant pis si nos désirs

Ne forment  plus qu’une croix sur la terre dure.

Demain, l’un de nous dessinera une lampe

Et nous serons oublieux de la lumière.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique  "ARTICLES ME CONCERNANT" cliquer   ICI
 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

 

Partager cet article
Repost0
14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 09:30
Sculpture Natacha Mondon et Eric Pierre

Sculpture Natacha Mondon et Eric Pierre

 

Alors que l'aube
déchire le voile de la nuit,
attardé en ses ténèbres,
voilà que l'absent m'apparaît enfin.
A moi, qui me tiens à l'écart,
il offre sa main fraternelle.
Ai-je mérité son attention
ou sait-il que je l'attends depuis toujours ?
Il sait et je sais que ses yeux ne peuvent mentir,
que j'existe depuis longtemps dans son désir.

 

Nous venons l'un et l'autre de si loin,
lourds de nos tâches et de nos peines
et de ce passé qui s'étend à l'infini
comme une plaine.
Nul obstacle ne décourage
ceux qui tentent de se rejoindre.
Déjà nos lèvres se cherchent,
déjà se mêlent nos paroles
et un vocable s'instaure
qui dit ce qu'ensemble nous sommes,
lui le désir de mon attente
moi l'attente de son désir.

 

Ne doute pas mon ami, mon frère,
l'amour est autre qu'un songe vague,
que la promesse du jeune matin,
que l'eau du puits fraîche à notre soif.
C'est la relation sensible au coeur qui se révèle,
c'est la voie qui conduit à l'indicible.
Que je naisse de ton désir
comme tu nais de mon attente,
et que je ne puisse plus me mouvoir
que dans le rayon de ton regard
où je me veux à jamais captive.
J'ai laissé ce vide à mon côté
pour que tu y prennes place.
Installe-toi, mets-toi à l'aise,
que toute entière je t'appartienne.
A gestes lents et solennels,
apprends-moi comme je t'apprends,
car ni hier, ni demain,
ne pourront plus nous reconnaître.
Parce que tu as investi ma pensée,
qu'en secret tu y demeures,
que tu es lumière pour l'esprit,
source de chaleur pour le coeur,
parce que tu es l'absent le plus présent qui soit,
que le bonheur nous soit partage
et même l'absence de bonheur.

 

Le feu prend, l'âtre fume.
C'en est fini de mon attente.
Me vois-tu désormais
ton attentive, ta patiente ?
Le jour se lève à pas furtifs,
l'oiseau émet un cri posthume.
Soyons ensemble dans l'orbite
du Regard qui nous dépasse,
sur ces mondes qui gravitent,
éphémères et nomades.



M'entends-tu dire adieu
à ce qui tente de nous restreindre ?
Le temps n'exerce sa tyrannie que sur les incrédules
qui emboîtent son pas.
Où finit ce qui en nous finit,
où commence ce qui ne finit pas ?
L'espérance a-t-elle pouvoir de nous tromper et de nous perdre ?
Non, mon aimé, ne faiblis pas,
toujours vers elle les yeux tournés,
comme le passeur qui guette en vain
l'horizon qui, sans cesse, se soustrait.



Si d'autres mondes se découvrent,
c'est toi encore qui apparais,
aube sur ma vie recommencée.
Je suis bien quand tes bras me tiennent et me confortent,
que je m'accepte ton enchaînée aux seules chaînes de ton désir.
Mais puis-je aspirer à me confondre
sans briser l'élan qui me porte ?
Je ne le puis et je rends grâce.

 

Le jour s'approprie le ciel
qui a rincé jusqu'à l'écume des nuages.
Ainsi que des expatriés,
les pieds lourds d'une marche incessante,
nous rentrons chez nous, dans notre humanité
qui ne desserre pas son embrassement.
Assumons-là, jusqu'à ce que l'outre-temps
nous soulève dans sa houle, et osons dire
ce qu'avec elle et contre elle nous devenons.

 

L'éternité n'est qu'un fruit vert
et, en ce monde,
notre union ne peut aboutir,
à moins qu'en songe elle ne transgresse
la mesure invariable de l'être.
Ce sera le passage auquel nul ne déroge,
pas davantage l'homme oublieux
que les amants que l'on surprend enlacés,
tant ils craignent que l'épée du jugement ne les sépare.



Nous, qui rendons ce jour maussade plus clair,
notre amour est comme le message du feu, de la pierre et du vent !
Il est le sourire des jours perdus.
Non, la beauté ne sera pas défaite,
pas plus que l'amour rassasié.
Prends dans ma main ma main de femme
et ensemble poussons l'octroi de la ville-songe.
A l'abri de son enceinte,
on murmure que l'ineffable subsiste.
C'est ainsi qu'une certitude s'avance,
que, soudain, les peuples se recueillent.



Mon cavalier, emporte-moi !
Ta monture est ardente, nous irons loin.
Certains proféreront des sentences qui troubleront notre repos.
Elles nous indiqueront les choses qui n'ont pas franchi les seuils.
Elles souffleront un vent contraire et nous saurons, alors,
combien insignifiant est le poids du visible.
Donne-moi un baiser, emmène-moi,
aussi confondus que la parole à son souffle,
le crépuscule à sa nuit
et jamais autrement que nous-mêmes.

 

Nous étions seuls,
nous voici innombrables et tout recommence.
Soyons confiants, la mort ne nous touchera pas
de son aile sombre,
l'Amour n'a pas de sépulcre,
il est le Songe inconsolé de Dieu,
car, au-delà de nos attentes,
au-delà de nos désirs,

est la permanence de nos coeurs.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Extraits de "Profil de la Nuit - un itinéraire en poésie "

  

Pour se procurer l'ouvrage : cliquer   ICI

 

Et pour consulter la liste des articles me concernant, cliquer   LA
 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Le coeur révélé - Poème
Partager cet article
Repost0
27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 08:49
Avec mon amie Brigitte au Rondonneau. Mes parents venaient d'acquérir cette maison qui nécessitait beaucoup de travaux.

Avec mon amie Brigitte au Rondonneau. Mes parents venaient d'acquérir cette maison qui nécessitait beaucoup de travaux.

Ils se sont, au fil du temps, éloignés de nos vies, laissant toute une part d'inachevé qui n'en finit plus de solliciter notre mémoire et notre imagination. Ils sont partis sans laisser d'adresse, celle du cimetière est trop réductrice, nous savons bien qu'ils ne sont pas là et que ce n'est pas ainsi que nous souhaitons les évoquer. Non, ils se sont tellement imbriqués dans nos actes, dans notre mémoire, ils semblent même qu'ils poursuivent leur existence dans nos pensées parce que fatalement ils sont inoubliables. Qui sont-ils ? Nos parents, nos grands-parents, nos oncles et tantes, nos cousins, nos amis, chacun à leur manière ont accompagné une part de notre itinéraire terrestre, alors en s'asseyant ici ou là sur une des bornes qui ponctue notre cheminement en ce monde, nous les revoyons, nous les réentendons : celle-ci avec ses malices et son joli rire, celui-ci avec ses plaidoyers sans fin sur la déstructuration de notre époque, ceux-là avec leurs tics, leurs mimiques, tous avec leurs spécificités, leurs expressions, ce qui les rendait uniques et irremplaçables. Chers disparus !

 

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Avec le temps, qui ne cesse pas de s'accélérer, vous devenez de plus en plus nombreux à peser de vos absences, à susciter la nostalgie à votre seule évocation, à aggraver nos solitudes. Oui, vous nous manquez. Nous avons certes connu des amours ratés, mais il s'agit ici d'amours perdus. Il en fut ainsi de celui de mon amie d'enfance - nos  mères nous plaçaient dans le même parc lorsqu'elles jouaient au bridge - alors que nous jouions déjà à nous fabriquer un avenir, à nouer un lien privilégié qui nous a menées un dernier soir d'un été doux et parfumé à nous questionner sur l'avenir du monde. Ironie du sort, le tien ne pesait plus que quelques mois ... Tu mourrais en avril 1994 d'un cancer des os à 54 ans. Quatre semaines avant ma mère, seize mois avant mon père. Trois deuils successifs, j'ai cru perdre pied. C'était trop, je ne pouvais même pas imaginer la vie sans vous ! Et, néanmoins, il a bien fallu le faire, reprendre la route, choisir un nouvel itinéraire plus contemplatif sans doute, nourri d'un passé qui ne peut pas s'éteindre et favorise certaines valeurs essentielles.

 

Et puis, il y a eu l'ami - un second père en quelque sorte - qui m'a aidée à me reconstruire à la suite d'un mariage loupé, très vite soldé par un divorce. J'avais 23 ans et le vide ne s'est jamais comblé. Il en est ainsi de certains passants incomparables. Je n'oublie pas ma chère tante Yvonne que j'imagine cueillant des étoiles comme jadis elle se plaisait à composer des bouquets champêtres, à ma grand-mère paternelle, conteuse intarissable, qui me décrivait la Belle Epoque comme s'il s'agissait d'une parenthèse enchantée, un moment éphémère brièvement paré de toutes les séductions. Vous avez été, au hasard des circonstances, des compagnons de fortune ou d'infortune ; avec vous, nous avons partagé illusions et désillusions, joies et chagrins, larmes et rires. Certains nous ont quittés encore parés des charmes de la jeunesse, d'autres auréolés par la sagesse de leur grand-âge, avec cette bienveillance qui imprime aux visages une tranquille indulgence.

 

Mais vous restez tous à nos côtés, compagnons invisibles et souvent plus présents que nombre de nos contemporains. Vous avez contribué à rédiger quelques-unes des pages de nos vies et formez ainsi la toile de fond de notre univers intérieur, chers disparus !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ARTICLES ME CONCERNANT, cliquer  ICI

 

Mon père aurait eu cent ans
Ma mère aurait eu cent ans

Arthur, mon arrière grand-père, une histoire simple

Mon grand-père Charles Caillé ou l'art des jardins

Le Rondonneau, retour à ma maison d'enfance
Renée ou l'enfance réenchantée

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

Les chiens de mon enfance

Chère tante Yvonne
Le Cercle de famille

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 15:14
Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

  

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN 
 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se réapparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )


 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 )   

                                          

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux hommes que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

 

  

LE CHANT de MALABATA                                                                 

Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha,  femme aux rives immortelles, l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes. La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour ... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.

 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

       Chant de Malabata - Stance III 

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture radiophonique et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986.

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

 

 

CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT

 

Editions des Cahiers Bleus / Librairie Bleue 1991

 

Poème lyrique, il raconte l'épopée des hommes en quête de destin. La terre, qu'ils ont aimée et cependant réduite à n'être qu'une hôtesse servile, retrouve - grâce à la parole innovante du poète - sa virginité native et redevient le lieu de toutes les mémoires, de toutes les promesses. Si bien qu'à bord de cette terre, soudainement détachée du Vieux Continent, s'effectue le passage salvateur entre l'ancien et le nouveau monde.

  

Vint le poète,
celui qui habitait sur l'autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l'invisible et les âmes.
Il arguait sur le devoir,
sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu'il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

Il venait de l'autre rive,
celle minérale et réflectante et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l'or et des étoiles,
à l'écoute de l'ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L'écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d'éternité.
Il avait connu aussi la marche lente des caravanes
et les ergs
et la méditation grave de l'espace.

Il parlait une langue
qu'aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue, nulle part.
Ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves...
Peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :

je suis venu assumer l'inexprimable. 

( ... ) 

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l'herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l'avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n'était point de jachère
mais terre à blé, terre d'amarante,
façonnée dans l'argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux qui lui faisaient l'épaule ronde,
l'allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l'universel, l'âpre désir à cette approche,
ce renouement aux flancs qu'enfièvre le temps seul.


 ( ... )

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres,
ils allaient selon l'allure du vent,
à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l'histoire.

 

Pour se procurer l'ouvrage, cliquer    ICI

Pour se procurer PROFIL de la NUIT ( un itinéraire en poésie ),  cliquer   ICI 

 

Et pour consulter la liste complète des articles me concernant, cliquer    LA

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?
Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?
Partager cet article
Repost0
19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 08:51
Le cercle de famille

Chacun de nous a eu à un moment de sa vie, à la suite d'un changement de situation, d'un déménagement ou simplement du départ des enfants vers leur vie d'adulte, l'obligation de se désencombrer. Mais, entre ce qu'il est indispensable de conserver et sage de sacrifier, comment faire la juste part ? L'adieu aux choses s'auréole volontiers d'une mélancolie passagère dont je guéris aisément, parce que j'aime assez cette idée d'allègement, cette façon d'aborder l'avenir avec le moins de bagage possible. Oui, s'alléger, se délester me conviennent. Il y eut une époque où je me disais que j'aurais pu vivre à l'hôtel, être ainsi de passage comme quelqu'un en transit entre plusieurs destinations. Mais cela était impossible, dès lors que je fondais une famille, souhaitais des enfants. Il  y eut donc un havre plein de rires et de projets, un lieu d'accostage où il a fait si bon vivre ensemble. Puis les enfants sont partis. C'était normal : nous leur avions appris à nous quitter afin de devenir adultes, autonomes à leur tour. Et mon mari et moi nous sommes retrouvés nomades, dans une parenthèse flottante, prêts à recommencer une nouvelle vie, à envisager d'autres escales. L'eau a toujours été présente. Enfant, ce furent les rives de la Loire, le bord des Mauves ; jeune femme, le lac d'Annecy avec ses courbes gracieuses, de toutes parts gaves et avens qui creusent plus profondément leur lit. Aujourd'hui, c'est la mer autour et devant moi, invitation permanente au voyage. Aussi est-il bon d'alléger la carène qui nous mènera un matin ou un soir au terme du périple.

 

L'appartement étant devenu un peu grand, nous avons jugé sage de réduire notre espace vital et de passer de 130m2 à 80m2. Pour y parvenir, nous avons trié, jeté, donné, classé documents, archives, lettres et surtout photos qui sont venues discrètement se réanimer dans mes mains : amours défunts, visages saisis au hasard des jours, papiers jaunis qui parlent d'une actualité ensevelie dans le suaire du temps, sourires fugitifs, regards qui semblent prolonger l'interrogation. Pour mieux appréhender l'immensité de ces absences, j'y ai volontiers attardé ma pensée. Nostalgie de ce qui n'a jamais cessé de s'éloigner et de se perdre, inquiétude face à la temporalité dans laquelle nous baignons, caravaniers des sables dont les traces s'effacent au fur et à mesure de nos pas et nous confinent dans l'éphémère.

 

Il est vrai qu'il faut beaucoup de temps pour devenir adulte et peu pour devenir vieux. Soudain on se retourne et notre avenir s'éloigne. Aurions-nous tourné en rond ? Ce que l'on découvre sont des choses que, curieusement, nous reconnaissons comme si nous les portions en nous depuis toujours. Nous ne traversons plus l'inconnu mais l'une de ces bonnes vieilles terres qui nous colle aux talons. Ne sommes-nous pas les enfants d'une civilisation,  d'un pays qui a une âme et un visage et s'ordonne autour d'un axe qui se nomme  "le Cercle de famille". En feuilletant les albums, en nous attardant sur les témoignages et les photos, n'est-ce pas une ressemblance que nous quêtons, quelque chose d'indicible que l'objectif a fixé tant il est vrai que sans passé il n'y a pas d'avenir, point d'arbre sans racine, pas d'homme sans mémoire. Grâce aux promesses du futur, nos vies ne sombreront pas dans l'oubli ainsi que des péninsules isolées. Elles deviendront des légendes profondes, des fleuves qui, de leur source à leur estuaire, laisseront une trace sur l'atlas immatériel du temps. Nous ne sommes pas apparus ici ou là par hasard, non ! Notre existence prend un sens, s'inscrit dans une lignée, porte un message. Rien ne s'arrête, rien ne se fige, notre descendance amorce son voyage inexorable  dans le temps.   

                                         

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique  "ARTICLE ME CONCERNANT", cliquer  ICI

 

 

Mon grand-père Charles Caillé ou l'art des jardins

 

Arthur, mon arrière grand-père - Une histoire simple

 

Ma mère aurait eu cent ans

 

Mon père aurait eu cent ans

 

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

 

Les chiens de mon enfance 


Renée ou les enchantements de l'enfance

 
Chers disparus

 

Chère tante Yvonne

 

Le Rondonneau : retour à ma maison d'enfance

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Mes enfants  Laurence et Erwann.Mes enfants  Laurence et Erwann.

Mes enfants Laurence et Erwann.

Mes petits-enfants  ( Nicolas, Céline et Margaux )

Mes petits-enfants ( Nicolas, Céline et Margaux )

Ma petite fille Margaux  tenant dans ses bras sa fille Adèle, mon arrière petite-fille.

Ma petite fille Margaux tenant dans ses bras sa fille Adèle, mon arrière petite-fille.

Mes petits-enfants  (Antoine et Owen) avec leur père.

Mes petits-enfants (Antoine et Owen) avec leur père.

Deux de mes arrière petits-enfants Hadrien. et Adèle
Deux de mes arrière petits-enfants Hadrien. et Adèle

Deux de mes arrière petits-enfants Hadrien. et Adèle

Partager cet article
Repost0
29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 09:04
Lors d'un concert - lecture au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia et Marie Pascale Talbot

Lors d'un concert - lecture au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia et Marie Pascale Talbot

Une page se tourne pour moi en cette fin de mois d'août 2020 après douze années où j'ai eu la chance d'être l'un des membres du conseil d’administration du Cercle proustien de Cabourg-Balbec, créé en 2000 par Pierre Henry et le maire en place à l’époque Jean-Paul Henriet. Il n’y avait rien alors à Cabourg, pas davantage à Trouville d’ailleurs, sur cet écrivain qui a fait entrer les deux stations balnéaires normandes dans quelques-unes des plus belles pages de la littérature. Cet oubli réparé, le Cercle s’est édifié grâce au travail de chacun, dont l’inoubliable Yvette Le Roux qui  sut fédérer un groupe solide autour de la mémoire vivante de l’écrivain. Après sa mort, Laurent Fraisse d’abord, puis Jean-Paul Henriet ont assuré la relève et contribué à amplifier sans cesse ce patchwork qui propose des conférences, des visites, des évocations nombreuses et également un prix « La Madeleine d’or » attribué tous les deux ans à un ouvrage sur Proust et que préside l’auteure de « Madame Proust », Evelyne Bloch-Dano.

 

 

Premier dîner au Grand Hôtel avec mon mari en 2005.

Premier dîner au Grand Hôtel avec mon mari en 2005.

Jean-Paul Henriet remettant le prix de la Madeleine d'or à Claude Arnaud en 2013 pour "Proust contre Cocteau".

Jean-Paul Henriet remettant le prix de la Madeleine d'or à Claude Arnaud en 2013 pour "Proust contre Cocteau".

 

A Cabourg, nous avons reçu quelques-uns des plus grands spécialistes et écrivains proustiens dont Jean-Yves Tadié, Luc Fraisse, les professeurs japonais et américain Yoshikawa et Carter et permis à nos adhérents de visiter des lieux jamais ouverts au public où Proust focalisa quelques-unes des images qui illustrent sa Recherche. Il y avait, par ailleurs, les réceptions au Grand-Hôtel dans un cadre empreint du souvenir de Proust où se sont succédés concerts, conférences et, fin novembre, les fameux dîners, mettant un terme hautement gustatif aux événements qui avaient jalonné l’année. Il faut imaginer la salle-à-manger, l'aquarium, décrite par l’écrivain, où il dînait durant ses étés cabourgeais et où nous avons eu le bonheur, à plusieurs reprises, d’écouter les mélodies de Reynaldo Hahn, de Fauré ou de César Franck qui ont  initié la petite musique de Vinteuil. Beaux moments qui nous mettaient en phase avec cette Recherche, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature et que le Cercle se prépare à prolonger avec une nouvelle équipe, assurant ainsi un travail de mémoire.


Ces moments restent pour moi inoubliables. Ils ont contribué à me permettre d’approfondir une oeuvre de première grandeur, à mieux entrer en osmose avec  une sensibilité qui a su tout évoquer de l’homme, à me familiariser avec un environnement qui n’a cessé de m’inspirer à mon tour et de me fondre dans des paysages que l’écrivain a contemplés et aimés. C’est une sorte de voyage que nous avons fait en sa compagnie et cela reste une expérience unique qui a nourri quelques-unes des plus riches heures de ma vie.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique "ARTICLES ME CONCERNANT" cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Une de nos assemblées générales. Madame Leroux présidait encore entre Jean-Paul Henriet à sa droite et Laurent Fraisse à sa gauche.

Une de nos assemblées générales. Madame Leroux présidait encore entre Jean-Paul Henriet à sa droite et Laurent Fraisse à sa gauche.

Avec mon amie Anne Herdt lors d'une conférence en juillet 2015. Elle lisait les textes de Proust qui illustraient mes propos.

Avec mon amie Anne Herdt lors d'une conférence en juillet 2015. Elle lisait les textes de Proust qui illustraient mes propos.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche