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14 janvier 2023 6 14 /01 /janvier /2023 10:01
Dans le murmure du songe  (Extraits) Prix Renée Vivien 2022
A l’origine la vie n’était qu’éclat de lune,
doigt incandescent sur les ronces,
quelque chose sans substance, de si léger,
que l’on pouvait croire qu’il n’existait d’elle que son essence.
Souvent aux premières heures de la nuit,
on entendait gronder la colère du monde.
Alors, la vie se retirait, se mettait en attente,
oiseau prolongeant en rêve sa volée.
 
*****
 
Si les jours deviennent lourds à porter
que rien n’apparaît pour nous émerveiller,
le songe nous prendra dans sa flamme
et la réalité s’effacera peu à peu.
J’ai entendu frapper, est-ce toi ?
Dans le murmure du songe
est-ce nous si jeunes encore ?
Nous savions nous parler dans les salles oubliées
où l’ombre du silence dessinait en hâte nos silhouettes.
Nous savions les mots qui consolent et apaisent
et éclairent les chambres de leurs lueurs hantées.
Oui, nous connaissions les formules
qui libèrent les cœurs, affirment les esprits.
Tout mouvement de l’âme aimante la lumière
et tisse la vérité de fils invisibles.
 
Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 
 
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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 08:34
Renée VIVIEN

Renée VIVIEN

 

 

Le Prix Renée Vivien 2022
a été attribué à 
Armelle Barguillet-Hauteloire 
pour son recueil 
« Dans le murmure du songe »

 

 

Le trophée offert par l'Académie Renée Vivien pour couronner mon prix.

Le trophée offert par l'Académie Renée Vivien pour couronner mon prix.

 

 

Courts extraits :

 

Nous douterons. Ce sera notre dernière sueur.
Viendra le remords taillé dans le vieux tissu du jour.
On ne poursuit sa route que la tête tournée vers le couchant.
Nous avons pris ce siècle à bras-le-corps et c’est tant pis si nos désirs
ne forment plus qu’une croix sur la terre dure.
Demain, l’un de nous dessinera une lampe
et nous serons oublieux de la lumière.
Ce chemin, à l’orée, est celui où, sans fin, nous revenons.
Il y aurait mille possibilités de nous perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n’est jamais autre part qu’en soi.
Ne restons pas à pleurer ce qui n’est plus.
Sur nos épaules, prenons ce restant de lumière.
Rafraîchissons-nous de cette eau de cendre
que le désert exsude encore.
L’horizon s’oblitère. Il n’est plus qu’un vestige au fond de l’esprit.
De l’avoir trop contemplé nous rendit aveugles.


Nous avançons et nos rêves
sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Nous pourrions les suivre
mais, au-delà du seuil, est l’inconnaissable
que nous n’osons nommer …


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
on y moissonne des chagrins d’hiver
et nous y vieillirons parmi des arbres aux anxieuses ramures.
Quand nous aurons cessé d’aimer,
une félicité curieuse nous gagnera.
Nous aurons lavé jusqu’au revers de nos mémoires
et l’enfant, sans bruit, ira ensevelir nos ombres.

 

                               *****************

 

 

Voici quelques remarques des membres du Conseil littéraire qui ont motivé ce choix :

 

Très beau texte, empreint d'une poésie ancrée dans une terre, dans une mémoire donnant une puissance extrême, assurant au lecteur un incroyable voyage.
 

Superbe oeuvre poétique au sens plein du terme. Il y souffle un lyrisme parfaitement maîtrisé qui perce le fond des choses. J'ai cru entendre comme un écho, affaibli certes mais bien présent, à la voix de Saint-John Perse. "Nous avançons et nos rêves sont comme des faucons sur nos poings. Ils savent où nous allons." Quelle profondeur et quelle justesse dans cette image qui nous fait toucher du doigt l'impalpable !

 

Inattendu ! Exceptionnel ! Etonnant poème ! Mais est-ce vraiment un poème ? Etiquette sans doute peu compatible avec une conception formaliste de ce genre littéraire. La poésie n'est donc pas le bien privilégié des poètes patentés. Texte dont la forme est comparable à un clip-vidéo. Des mots qui dessinent les images dont la juxtaposition, qui n'a rien d'aléatoire, élabore la dimension sensorielle, au propre comme au figuré. C'est la magie de ce processus qui subjugue le lecteur, sans jamais lui imposer une interprétation univoque.

 

Des images très fortes. "Mes pensées sont restées prisonnières des saules" - "Alors qu'à la fourche d'un arbre mort, un oiseau aiguise son cri, que dans un ciel marbré de gris une lune ancienne se profile." - "Tenons-nous à l'abri de la songeuse espérance. Au-dehors, laissons le bruit battre à la vitre." - "Alors que la nuit vient s'éteindre à nos lampes." Une voix puissante, quasi prophétique parfois, mais aussi proche, très intime : "Car nous régnerons, nous qui avons épousé la jeunesse de l'eau, nous régnerons dans l'immobile noyau de notre songe."

 

Dialogue intérieur. Epopée de l'âme humaine. Profondeur de l'inspiration. Force de l'évocation servie par de belles images. Souffle, ferveur, lyrisme, grande élévation de pensée, une spiritualité. Musique des vers, foisonnement des images, nouvelles et belles. "L'ombre du silence dessinait en hâte nos silhouettes." - "Nous aurons lavé jusqu'au revers de nos mémoires et l'enfant, sans bruit, ira ensevelir nos ombres."

 

Le prix Renée Vivien 2022

 

Histoire du Prix Renée VIVIEN :

 

Le prix a vu le jour le 23 juillet 1935, à l'initiative de la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar, l'une des amoureuses de Renée Vivien, avec qui elle a écrit et publié de la poésie sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale. Dès le début, la Société des gens de Lettres prend la responsabilité de l'attribution du prix. Décerné pour la première fois en 1936, le tout jeune prix de poésie doit être abandonné dès 1939, après trois cérémonies de remise, dans des circonstances incertaines, alors que le Troisième Reich fait basculer l'Europe dans la guerre.

En 1949, deux ans après la mort d'Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar, le prix Renée-Vivien est rétabli avec une subvention financière et il est maintenu pendant plusieurs années par Natalie Clifford Barney, qui se charge de la présidence du jury en 1950, sous l'égide de la Société des Gens de lettres. Le prix littéraire ressuscité est attribué, sans aucune considération de nationalité, à des femmes qui ont publié un ou plusieurs volumes de poésie française, et permet à Natalie Clifford Barney de rendre hommage à la vie et à l'œuvre de Renée Vivien. Après plus d'une décennie passée à couronner les efforts de poétesses, le prix Renée-Vivien est retiré en 1962.

Après trois décennies de latence, l'Académie Renée Vivien, une association française à but non lucratif située à Rivery, renouvelle le prix Renée-Vivien en 1994, sous la présidence des poètes cofondateurs Marie Vermunt et Claude Evrard. Ce prix, qui n'est plus doté, rend hommage à des œuvres remarquables de la poésie française qui quelquefois servent le thème de l'hellénisme éclairé, présent dans l’œuvre de Renée Vivien, et ce, désormais, quels que soient le sexe de l'auteur. Marie Vermunt, présidente de l'Académie Renée Vivien, située depuis 2022 à Châteauroux-les-Alpes maintient le prix, le récompense et l'ouvre à l'international.

 

Parmi les lauréates  : Lucie Delarue-Mardrus en 1936, Louise de Vilmorin en 1949 et Marguerite Yourcenar en 1958.

 

 

 

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14 décembre 2022 3 14 /12 /décembre /2022 10:20
Mon père, retour sur le passé

Né sous le signe du cancer, ascendant cancer, mon père était un homme posé et réfléchi, d’une sensibilité extrême, épris d’art et de littérature et d’une vaste culture. C’est lui qui m’a initiée aux auteurs qu’il affectionnait et m’a mise sur la voie de l’écriture. La vie, sans le secours de l’art, lui paraissait impossible. Il s’y est immergé dès qu’il a eu quelques moyens financiers à y consacrer. Bibliophile et collectionneur, il a sans cesse été en quête d’œuvres rares et y consacrait une grande part de ses loisirs. Il avait épousé une femme qui partageait ses goûts. Maman, élève au conservatoire de Nantes, avait une voix délicieuse de soprano légère qui enchantait mon père. Il l’a d’ailleurs encouragée à donner des concerts et à enregistrer des disques qui, hélas, à l’époque, n’étaient pas d’une qualité irréprochable.

 

Ils s’étaient rencontrés à Nantes lors d’une fête de famille, et mon père avait eu un immédiat coup de foudre pour cette jolie jeune fille qui venait de leur chanter du Fauré et sortait du conservatoire. Aussi s’était-il empressé auprès de sa mère pour retenir son aimable attention, supposant sans difficulté que cette jeune fille devait avoir plus d’un soupirant. Sans doute avait-il su y faire car ils se fiançaient un an plus tard et se mariaient à Houdon aux premiers jours de l’été 1933. Mon père avait désormais une situation, terminé son service militaire au Maroc et s'empressait de louer un appartement à Paris sur les bords de la Seine. Tous deux découvraient alors les multiples plaisirs de l’amour et de la vie parisienne. La déclaration de guerre, le 1er septembre 1939, fut un choc comme pour la plupart des français. C’en était fini d’une vie agréable qu’ils supposaient éternelle. Mon père partait sous les drapeaux et confiait ma mère à son grand-père qui demeurait à Houdon et qui l’accueillait ainsi que sa sœur et leur mère. L’appartement neuf, où ils venaient de s’installer à Neuilly, allait être occupé par des officiers allemands, alors que son propriétaire partait servir la France dans les transports. Cela dura un an puisque la France signait l’armistice en 1940. Ma mère vit revenir son jeune époux, certes amaigri, mais en vie. Que pouvaient-ils souhaiter de plus, d’autant que ma naissance les avait rendu parents ... Le temps de la guerre à Paris de 1940 à 1945 fut rude et éprouvant. Le froid dès la fin de l’automne, le manque d’alimentation, la présence obsédante de l’ennemi, les bombardements fréquents, les nuits passées dans les caves, oui ce furent des années difficiles dont je conserve un lointain mais pénible souvenir. Le manque d’alimentation incita mes parents à m’envoyer passer le printemps 1944 à la campagne chez des cousins avec ma grand-mère maternelle et ma cousine, tant ma maigreur les inquiétait.

 

La fin de la seconde guerre mondiale s'achève le 8 mai 1945 en Europe, au lendemain de la capitulation sans condition de l'Allemagne, si bien que la vie reprend peu à peu un cours normal, et ma mère, ayant hérité quelques années plus tard de ses parents, eut la bonne idée d’acheter une propriété dans le Loiret afin que nous puissions quitter Paris pour les vacances, petites et grandes, ce qui fut pour moi un véritable enchantement car je suis davantage rat des champs que rat des villes. Mes parents, disposant d’un bel espace, se plaisaient à recevoir des amis et, ce, volontiers avec leurs enfants, afin que je sois un peu moins « fille unique ». Lorsque mariée, je partis habiter plusieurs années à Annecy, ils vendirent le Rondonneau où ils n’avaient plus guère le goût de s’y rendre seuls et cette page fut tournée. Une autre s’ouvrait, lorsque je revins vivre, non loin d’eux, à Louveciennes, remariée et désormais maman de deux enfants. Mes parents adorèrent leurs rôles de grands-parents et cette proximité retrouvée, mais, hélas, mon père fut frappé alors d’un infarctus si grave qu’il n’était pas même possible de l’opérer. Et pourtant il s’en remit miraculeusement et s’ouvrit à lui et à ma mère une ère nouvelle, celle qui les incita à quitter Paris pour la Normandie, et Trouville en particulier, et d’y vivre 20 années très heureuses avec de fréquents séjours à Louveciennes où nous demeurions mon mari et moi. Mon père qui, jusqu’alors, aimait tant la capitale, ses libraires, ses antiquaires, devint un provincial convaincu, un amoureux des ciels, des éclairages sur la mer, du silence des bois, du flamboiement des couchers de soleil et il devait m’avouer, peu de temps avant sa mort, que cela avait été les plus belles années de sa vie.

 

L’amour que mes parents se portaient l’un, l’autre, a duré 61 ans, avec quelques nuages certes, mais si peu. Maman est partie la première, un an après leurs noces de diamant. Mon père ne s’en est pas remis et n’a plus pensé qu’à la rejoindre. Ce qui fut fait 15 mois plus tard. Mon rôle auprès de lui, puisqu’il habitait une résidence voisine sur les hauteurs de Trouville, a été de lui maintenir la tête hors de l’eau. Nous avons connu de ce fait une intimité à laquelle nous n’étions nullement préparés. Mon père n’avait jamais été occupé sentimentalement que de sa femme. Sa fille, il l’a découverte durant cette ultime année de sa vie, et cela a créé les liens que l’on avait omis de tisser auparavant. Au milieu de ce couple uni et fusionnel, l’enfant unique, que j’étais, s’était toujours sentie un peu à l’écart, aussi m’étais-je entourée d’un monde qui n’appartenait qu’à moi et où m’accompagnaient des personnages imaginaires qui avaient vocation à me tenir  chaud. Mes parents s’étaient à jamais statufiés sur une sorte d’Olympe, comme des demi-dieux. Ils y régnaient en silence car nous n’étions pas une famille bavarde. Mariée jeune, car j’avais envie de connaître autre chose et qu’il y avait en moi une certaine appétence pour l’aventure, même conjugale, je suis restée attachée à ma famille et surtout à mes parents. On s’écrivait trois fois par semaine lorsque j’étais éloignée, ainsi nous tenions-nous au courant des joies et soucis quotidiens.

 

Ce sont peu d'années avant leur disparition que je suis venue habiter auprès d’eux. Ils me l’avaient demandé et comme cela était possible pour mon mari comme pour moi, nous avons pris la décision de les rejoindre en Normandie et nous ne le regrettons pas. Mes parents ont vécu, dans cet environnement mer/campagne, les vingt plus belles années de leur vie ; nous vivons à notre tour une expérience semblable  face au même paysage de la mer surprise entre l’arceau des arbres. Je leur dois d’avoir choisi un itinéraire géographique assez proche du leur et d’y avoir découvert des émotions et des joies identiques. Les derniers mois que j’ai vécus auprès de mon père m’ont permis de partager l’intimité d’une âme profondément spirituelle, d’une existence qui fut gouvernée par deux impératifs : son goût de la beauté et son souci de la rectitude. Le monde d’aujourd’hui ne lui plairait pas. Attaché à ses convictions, chrétien converti sur le tard, il avait une haute idée des devoirs de l’homme et détestait le mot «profit». Aujourd’hui les devoirs ont été relégués au second plan, le profit placé au tout premier. Alors, papa, reposes en paix.

 

ARMELLE

 

 

AUTRES ARTICLES CONSACRES A MA FAMILLE :

 

 

Mon grand-père Charles Caillé ou l'art des jardins

 

Arthur, mon arrière grand-père - Une histoire simple

 

Ma mère à la lumière des souvenirs

  

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

 

Les chiens de mon enfance

 
Renée ou les enchantements de l'enfance

 
Chers disparus

 

Chère tante Yvonne

 

Le Rondonneau : retour à ma maison d'enfance

 

Le Cercle de famille

 


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Mon père enfant en compagnie de son grand-père et de sa grand-mère maternels

Mon père enfant en compagnie de son grand-père et de sa grand-mère maternels

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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 09:18
Vint le poète ...

Vint le poète,
celui qui habitait sur l’autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l’invisible et les âmes,
il arguait sur le devoir, sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu’il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

 

Il venait de l’autre rive,
celle minérale et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l’or et des étoiles,
à l’écoute de l’ample chœur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L’écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d’éternité.
Cet homme avait connu la marche lente des caravanes et les ergs
et la méditation grave de l’espace.

Il parlait une langue
qu’aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue nulle part,
ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves.
Peut-être en avait-il saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :
« Je suis venu assumer l’inexprimable ».

 

Soudain, le ciel étamé et les hommes,
(ceux dont je vous conte l’histoire)
les yeux brûlés qui regardaient s’ensevelir le monde
dans le désordre cendreux des laves.
Tout alentour tremblait et la terre,
jadis bien écobuée, s’affaissait,
déliant l’épissure sacrificielle de l’espace.

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l’herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l’avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur virginale des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n’était point de jachère
mais terre à blé, terre d’amarante,
façonnée dans l’argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux dénudés qui lui faisaient l’épaule ronde,
l’allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l’universel, l’âpre désir a cette approche,
ce renouement aux flancs qu’enfièvre le temps seul.

 

Elle, couchée en croix,
la foule massée entre ses bras,
flottant sur l’eau incantatoire.
La parole du poète dressait un mât,
forgeait des hampes de courage.
Elle disait l’eau souple, rapide, proche l’échéance,
toutefois, l’heure s’annonçait grave,
l’évidence ne suffisant plus à justifier leur foi.

 

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres, ils allaient,
selon l’allure du vent, à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l’Histoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE    (extraits de « Cantate pour un monde défunt » Librairie bleue – avril 1991 – Prix Renaissance -

 

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Vint le poète ...
Vint le poète ...
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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 09:06
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi

 

C'était un temps délicieusement lent,
On se tenait serré comme une meute d'enfants.
Nous avions des refuges, des territoires
Pour braconner les songes,
Des goélettes ancrées en des ports défunts.

 

Lorsque la souffrance se défroissait
Les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
Et ne savaient quel voyage poursuivre ;
Dans quel château hanté s'ébattent les licornes,
Vers quel contre-jour on navigue.

 

Ce chemin, à l'orée, est celui
Où, sans fin, je reviens.
Il y aurait mille possibilités de se perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi.

 

Nous avançons et nos rêves
Sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Ils ont inventorié nos appeaux,
Ils ont l'oeil que nous n'avons pas,
La force que nous n'osons libérer.
Nous pourrions les suivre
Mais, au-delà du seuil, est l'inconnaissable
Que nous n'osons nommer ...

 


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d'hiver
Et nous y vieillirons parmi des arbres
Aux anxieuses ramures.

 


Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
Sans rien attendre de l'empire des songes,
Nous tisserons notre destin
Qui nous fera aigle ou colombe.

 

Extraits de mon recueil de poèmes " Profil de la nuit, un itinéraire en poésie "


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi
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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 07:53
Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares

Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares,
l’eau souveraine jusqu’au débordement des astres !
Voie royale sous l’arc de triomphe du ciel,
elle est immensité mouvante au regard,
chaussée d’écume pour la marche océanique des dieux.
L’ère du songe s’ouvre aux hommes qui s’éloignent.
Ils laissent ici leurs instances, leurs lois et leurs réquisitoires.
Hommes, qui d’entre vous fut pris à défaut ?
Délivrez-vous de l’assistance servile des masses,
honorez votre âme d’un règne nouveau,
délestez la quille des parures et artifices
dont vous fûtes ceints et vêtus,
elle est votre île sur les flots.
Plus nus êtes-vous, plus affranchis dans la lumière.
Votre regard s’accoutume à la blancheur du sel sur les vagues,
à l’éclat du couchant qui saupoudre les eaux
d’une manne d’étoiles.
Solitude en mer dans un lit de plancton et d’algues,
votre couche est quelque part dans l’enfléchure des haubans.
Hommes, vous voici légataires d’une vie sans offense
Au seuil de l’empire des eaux, au seuil de votre âme marine.


Et l’eau toujours dans sa profusion !


Eux, debouts ainsi que des ressuscités,
avec leurs beaux visages marqués aux tempes du signe d’élection,
scrutent des lointains qui se dérobent.
Il savent qu’ils peuvent tendre les mains,
rien ne viendra de ces espaces démesurément grands
que le ciel semble boire.
La carène est de ce bois dont, autrefois,
ils firent leurs cases, puis leurs chaumières,
et puis leurs croix.
Le départ a tranché les liens d’angoisse.
Désormais, il n’y a plus de regrets à avoir,
il faut seulement aller, selon l’allure du vent,
à son amble, la voile bien étarquée.


Quand ils partirent,
le jour vibrait sur une élingue
aussi sensible qu’un violon,
tremblait aux lignes qui, hier,
marquaient son couchant.
Eux, comme sont les hommes qui se lèvent,
s’arrachant aux linges humides de la nuit,
ils venaient d’un pays
dont ils gardaient un peu de poussière sous les ongles.


Et la mer dans son effusion !


La vague toujours montante
et toujours renaissante
et qui ne s’affaisse que pour mieux se hausser
et se hausse encore et se grandit
pour ne décroître que faiblement,
puis s’élève si fort qu’elle joint les deux pôles
d’un même embrassement.
Le charroi des eaux jusques à elle
et l’onde liliale parcourue de risées
ainsi qu’un esprit qui se pense,
la soif inextinguible de l’être d’un coup, tout étanchée …


Rien ici qui ne fût conçu pour l’homme,
rien qui lui ressemblât en cette agora cosmique
où s’affrontent les dieux .
L’homme les côtoie avec effroi.
N’entend-il pas leurs curieux cris ?
Et ce firmament occlus qui se rompt
au passage d’un oiseau aux ailes
alourdies d’un vol prémonitoire !
Toutes ces légions, tout ce ciel
dans un mouvement vaste de houle,
submergeant les trop sages écluses,
sanctuaire doublement mobile
qui déroule ses cercles à l’infini.
N’est-ce pas l’empyrée qui, vers la haute porte scellée,
hâte son fleuve flamboyant tacheté d’azurite ?
Voici le reflet des choses quotidiennes
et leur profusion fauchée, démembrée par l’éclair,
là furent peut-être les lèvres aimées …
Unis jusqu’à la confluence des déserts
que le geste rituel du passeur désunit,
la mer languide sur son patchwork de corail
veille en songe les girandoles de la nuit.
Son chant ne fut jamais que l’austère murmure
des siècles qui se rongent.


Et l’eau dans sa rumination !


Ecoutons-là qui psalmodie sa longue phrase audible,
sa longue et interminable phrase, sa phrase intarissable,
qui nous dit l’ampleur de l’espace, l’indicible.
Une cloche tinte au cœur des eaux
et cette voix est celle d’un autre âge,
d’un âge de vieille mer, de vieux naufrage,
elle est celle d’un temps différent des autres.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   « Cantate pour un monde défunt » Ed. Librairie bleue  1991 – Prix  Renaissance de poésie 1993


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Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 08:06
Que l'immensité ouvre ses livres et ses grimoires !
Que l'immensité ouvre ses livres et ses grimoires !

Ils étaient hommes de labeur, sur l’oratoire des eaux
pour la première aurore.
Quelle fuite, à peine feinte, a fiché sa foëne en leur cœur !
Quelles ramures jointes par l’écho ont orné la voûte de feuilles de silène !
L’immensité ouvre ses livres et ses grimoires et c’est le néant qui dégorge,
mieux qu’une gargouille, son trop plein de savoir.
Ah ! que d’archives empoussièrent leurs cénacles,
que de dossiers encombrent leurs prétoires ! Assez ! Assez !
Que cette aire soit libre et ouverte sur la tranche
en l’honneur … d’une race à naître.
Poème à leurs lèvres profanes né de la phrase et de la vague,
dans le même ressac. Et l’élite des mots pour le métissage des eaux !


Partout la clameur s’amplifie
et c’est l’élocution et le récitatif pour une grandeur à venir.
Hommes de fier lignage sous l’apostrophe divine,
la face offerte aux alizés et à l’aquilon,
l’acuité de leurs regards anticipe les échéances prochaines.
J’ai trop de charges à leur soumettre
pour que cette rigueur ne soit pas lourde à leurs reins.
J’entends leurs souffles de garde-freins,
j’entends les cantilènes de leurs femmes,
mais à la vigilance de leurs rives,
je préfère la faction feuillée des agaves.


La mer en  ses  euphémismes,
initiatrice et belle diseuse d’énigmes,
voie  d’un seul jet jusqu’aux lisières de l’invisible.
Les hommes regardent approcher la mort,
non en voleuse de jours mais en donneuse de promesses
sur cet océan blanchi par le soleil,
sur cette mer équarrie aux quatre points du globe,
la mort ainsi qu’un porche gothique ouvert sur l’élégie marine.
Les larmes des enfants ameutent les colonies  d’oiseaux,
les pluviers, les sternes, les puffins, les labbes prédateurs,
ceux qui, avec les vents, tracent dans les plis hercyniens de leurs ailes,
les pistes des grandes migrations.


A  la métrique de la stance, l’allégeance des hautes voiles en mer,
au pays lointain des ibis et des caïmans,
des crabes arboricoles et des cycas nains.
Entendez-vous les fleuves souterrains
conduire la strophe sémantique,
entendez-vous la voix du vieux monde qui se déplace
et psalmodie la prière  de l’ermite ?
Sur le forum des eaux se perpétue l’éloquence des tribuns,
tandis qu’en son hypogée de sel, en ses prairies de diatomées
veille le poème  informel.


La terre en croix vogue à la dérive.
Ah ! que le temps sur elle n'ait plus jamais pouvoir !
Venu des profondeurs aquatiques, un étrange froissement d'épave
et une lame aiguisée par l'écume qui hausse le débat !
Le lamparo du poète répond aux présomptions du jour.
L'espèrance est sur ses cils comme une fleur ombellée.
Des jetées luminescentes se dessinent sur le ciel.
N'est-ce pas l'Esprit qui repose,
n'est-ce pas la dynastie des hommes qui navigue
au plus près du mystère ?
Les vents ont cessé leurs outrances. 
Un souffle, à peine, fait naître de légers plis à leurs fronts.
L'eau tiède des moussons étanche leur soif
et l'ascèse des flots mène à son terme leur destin d'apatrides.
Au passage des hémisphères s'est révélé l'autre face du monde,
le revers du réel.
L'attente dresse sa flamme arborescente.
Là se joignent les pôles en leur nombre radiant.
Là, dans le bleu aigu des glaciers,
s'abolit toute chose consommable.


Le poète, à la proue, porteur du Verbe
et le peuple debout dans les bras de la croix
qui scrute les faveurs d'une constellation.
Est-ce le songe de l'homme qui s'achève
et tourne ainsi sur son socle comme rose des vents ?
Exorcisme du thème qui fut votre gréement
et d'aventure vos coeurs d'affamés pour des jeûnes mystiques.
C'est là que l'eau insubmersible, cataracte à face de Gordone,
établit ses frontières.
Et ce nectar encore à vos lèvres
et votre défaite comme un sanglot de mer !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE   
 

 (Extaits de "Cantate pour un monde défunt " - Librairie Bleue - Prix Renaissance 1993 )
 


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Remise de mon Prix Renaissanc de poésie en juin 1993 par madame Brigitte Level

Remise de mon Prix Renaissanc de poésie en juin 1993 par madame Brigitte Level

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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 08:47
Peinture de Véronique Heim

Peinture de Véronique Heim

 

 

J’ai à vous narrer l’histoire d’un peuple
qu’une lune maussade défigurât.
Epopée grandiose qui court à la surface des choses dérisoires.
C’est ainsi qu’il faut entrer dans la conscience des vivants …
Voyez combien nos pensées ont fière allure
quand elles avancent à pas de géant dans les plaines et les lagunes
avec le glissement sourd de l’engoulevent,
l’envergure altière des milans !
Fière allure ! Mais la demeure des sages
ne s’est pas échouée comme un panthéon d’immortels
à la cime de quelque mont Ararat !
L’intelligence referme son tabernacle.
Ce peuple s’affranchira des dieux, son instinct le guidera.
Il sera nomade et voyagera avec les vents. 
Ha ! qu’un souffle détende le front des eaux et ils traceront leur route
dans la mouvance craintive des herbages,
au long des sentes oisives des steppes et de la pampa,
quelque part sur l’étendue inconnaissable
où une chimère comme eux s’attarde.


Oui, je  vous parlerai d’un peuple à nul autre semblable,
peuple pétri de glaise et nourri de froment
que l’étincelle du silex, un jour,
mit en marche vers le ponant.
Solitude de l’homme en l’homme,
terre sans partage, hamada d’un cœur qui ne prend, ni ne donne,
vacance de l’espace.
Ensemble, nous parlerons de leur passé qui stratifie le temps,
car ils sont, gerbes de couleurs et de races,
des hommes d’écriture et de langage,
vague humaine qui se détache,
haute vague, houle insécable de pensée et de mémoire.
Puissance qui se disperse et s’élance à l’assaut
d’un donjon, d’un rempart ou d’une médina,
croisade au pieux visage,
les serfs ont dérobé le sceptre et l’étendard,
un clerc a donné ordre que brûlent nos vaisseaux.
De quelque lieu qu’elle soit,
la volonté des hommes fixe les héritages.

 

Il y avait longtemps que leur mémoire les avait trahis,
qu’ils ne forgeaient plus le métal, ne taillaient plus la pierre,
ne bâtissaient plus de cathédrales.
Le temps filait entre leurs doigts sans laisser la moindre trace,
coulée de vent sur la chair vivante de l’espace.
Rives dolentes, monde futile,
ils y épanouissaient leurs coroles et fanaient en une nuit.
Néanmoins, ils savaient qu’ils étaient hommes de labeur
et de peine ! Jusqu’aux confins des mers,
le retour et l’accord de leurs pas sur la plaine,
quand l’aube minérale disperse ses fanaux.
La pierre à vif, le trumeau et l’ogive
poinçonnaient le silence.
Eux, se souvenaient de ces lents convoyages qui,
des siècles passés aux siècles à venir,
dévidaient le temps et illustraient l’histoire.


J’irai où bon me semble,
les vents sont avec moi.
Je détourne ma reine,
je recule mon fou, j’avance quelque pion …
Des roseaux blonds se penchent,
l’onde coule majestueuse sous l’arche d’un vieux pont.
Les fils d’argent se croisent sur l’étoffe de tussah,
l’un se mêle à l’autre, gaves, ravines, affluents,
c’est un jeu tumultueux que se livrent les eaux.
Venues des couches profondes ou des grands promontoires,
toutes s’affrontent et s’écoulent,
toutes dévalent ensemble.
Chant mémoriel de l’homme,
chant souverain de l’âme,
des sages eaux fluviales aux tourmentes océanes.
Ainsi vide de sang, vide de forces vives,
la terre, épave grise de poussière et de cendre,
écluses rompues, vannes levées, cède aux cris sourds,
épeurés des haleurs.



A peine, les flammes scellaient-elles l’enceinte de mortier
Que, remontant des contrées plus anciennes,
les routes s’égaraient, menées en pure perte
dans la touffeur des halliers.
Soudain, le mouvement dans l’argile,
la matière transmuée qui s’oppose à l’ardente quête du sourcier.
Et l’eau coulait, elle s’épandait,
c’est toute la terre qui s’en allait dans un délire.
La main pressentant la douleur
cherchait là où le sang affleure cette forme indécise
qui est l’offrande d’un dieu muet.



Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (Extraits de « Cantate pour un monde défunt »
Prix Renaissance 1991)

 

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Publication Librairie bleue

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 09:47
L'urgence approche avec ses feux

Alors que tu dormais, le ciel s’était enflammé.
Je murmurais contre ton oreille un aveu impossible à entendre,
une promesse impossible à tenir.
Eveille-toi ! L’urgence approche avec ses feux.
Ce sont des navires qui partent,
ne sachant plus rien des terres où nous sommes,
ce sont des villes qui sombrent en nos mémoires.
Avancer … et l’eau porteuse jusqu’à ses rives succinctes,
qui viendraient comme d’une nébuleuse,
jusqu’à  ses seuils qui s’affranchiraient comme d’un deuil.
Il faut le temps du passage pour que le mystère se décèle,
une porte inaccessible pour qu’il pénètre en nous.
Et sur les eaux fatales, que cette voix d’ombre s’époumone
afin de redonner vie à la vie, frontières humaines au monde.

 

Si le ciel vire ses voiles,
tu sauras que les navires partis au crépuscule
ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu’ils reposent au fond des cales sous des bâches,
la tête pleine de chimères.
Tu connaitras l’angoisse, l’obsession, quand tout se tord et se tend,
que tout s’exaspère, que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin.

Dans cette pénombre des signaux brefs nous disent
qu’ailleurs est un espace familier et meilleur.
Au loin, alors qu’un cap se profile,
notre faim s’accroît d’un dernier désir.
Les marins, l’oreille en alerte, surprennent le bruit sourd des vents
qui remontent à leur base. Désormais, il n’y a plus d’attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?


Ecoutons respirer les éléments, voyons le ciel se mouvoir.
Qui s’avance, qui va dans la nuit ?
Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !
Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.
Force nous est de scruter, d’imaginer des contrées
où s’honoreraient des bêtes mythiques.
L’oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

Reflet qu’un chemin de solitude propage.
Demain nous apprendra que la fin est proche,
que le jour tarde à se lever.
Il hésite à la frontière des mondes.
N’est-ce pas des galaxies qui neigent dans l’univers,
n’est-ce pas l’éclipse qui s’accomplit avec majesté ?
Il faut se refuser à la médiation, accepter que la route aboutisse
ou bien reprendre l’océan. En Atlantique, rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre, un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Le désert est immense, quel océan pour m’abreuver,
quelle terre pour, à son terme, accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence, que son destin tragique.

 

La nuit sur tous les fronts. Elle gave la terre.
Un limon putride tapisse les ruisseaux.
Le ciel germe ses feux, l’éclosion d’une flamme assemble les cris.
On brise les sceaux de tout un peuple, on saccage les villes bâties à la hâte
sur des éperons rocheux. L’Atlantique est une contrée au-delà du possible.
D’étranges choses s’y passent. On ne hisse pas les voiles,
on ne lève pas l’ancre pour s’affranchir, mais pour se porter secours.
Celui qui revient porte son deuil.
De là ou je suis, je prends en compte l’éternité.
Avec  elle je dérive, je l’étarque fort,
je la mène vers ce point que je refais chaque jour,
à  chaque heure, un point qui sursoit à ma vision.


Cet exode fut long, cependant ne crois pas que j'en revienne.
On ne revient pas de nulle part. Je me tiens au milieu de l'océan.
Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.
Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi. J'écris sur un cahier blanc.
Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,
chaque mot esquisse une trajectoire.
Je suis bien. Ici il n'y a pas de route, pas de cité.
Dans le clair-obscur d'alentour,
je vois les lourdes charpentes de l'univers s'abattre.
Quelle erreur de le dire immortel.
De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.


Tu me demanderas : que faisais-tu ?
Patiente, je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.
On ne peut enclore la vie.
Avide, je cherche des signes, des points de ralliement.
J'entretiens ces feux.
J'écris parce que les mots garde intact le pouvoir de ranimer nos légendes,
qu'ils tissent les fils qui, lentement, me reconduiront à toi.
Il y a tant à voir, tant à louer.
Je me rappelle de la périssoire, l'étrave soulevait l'embrun,
la carène modelait l'eau. L'arche se dévoilait dans sa pure beauté,
arabesque de lumière, long effilage des palmes.


Il me faut cette soif, cette faim pour tenir. 
Ailleurs le provisoire, l'inaccompli, l'astre qui clôt la nuit de son avènement.
Hier, le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.
Lorsque nous aurons saisi l'énigme, le rivage refluant,
nous quitterons les môles où nichent des colonies d'oiseaux.
Sourciers, sorciers pour l'ultime écoulement vers une terre absente.
Ainsi l'image du premier jour,
ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps.
J'ai peur, parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon,
que le coq s'est tu, que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis.
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne
qui n'est pas l'horizon mais une trace originelle.
La matière s'estompe enfin. A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (Extraits de Profil de la nuit - Je t'écris d'Atlantique)


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L'urgence approche avec ses feux
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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 10:27
Cantate pour un monde défunt

 

Vint le temps où l’homme s’emmura dans les villes,
artères bruyantes qui n’ont que l’apparence de la vie,
balafres sur la face condamnée du monde.
On y parlait d’abondance,
on s’y livrait parfois à de sombres pratiques.
De grands arums ornaient des vases de Lalique,
quelques glaïeuls aussi et quelques orchidées.
Mais ceux des villes avaient oublié le parfum âpre de la savane et des marais.

 

Luisance des toits qui encombraient le ciel,
cortège funambulesque des cheminées,
les enfants ne jouaient pas à un-deux-trois, nous n’irons plus au bois,
ni à colin-maillard, ni même à la marelle,
ils sombraient dans l’irréalité des corolles lancéolées sur les bras.
Loin d’eux les alpages enluminés de trolles et les clarines,
les ciels mouvants qui s’ennuageaient, les embellies.
Parfois on célébrait de grandes fêtes, des pâques solennelles
et la lumière, qui s’endiguait, creusait nuitamment de larges fosses
aux ombres qui venaient.
Soudain, le mouvement dans l’argile,
la matière transmuée qui s’oppose à l’ardente quête du sourcier.
Et l’eau coulait, elle s’épandait, c’est toute la terre qui s’en allait …
La main pressentant la douleur cherchait, là où le sang affleure,
cette forme indécise qui est l’offrande d’un dieu muet.


Ô langage des hommes qui ont tout oublié du sens sacré des mots !
Langage, jusqu’où forer ?
Un mot exalte ou pacifie, jamais lassé d’être roulé,
d’être brassé par la phrase qui le charrie.
(Phrase sans césure comme la houle insécable.)
N’être plus le décret, ne plus être la motion,
mais la tige assouplie dans la main du vannier.
Ne plus être l’orage mais le feu qu’on transmet,
n’être plus que l’épi à terme des moissons.


Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
 

(Extraits de « Cantate pour un monde défunt » - Librairie Bleue/Les Cahiers bleus) Prix Renaissance de poésie


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Cantate pour un monde défunt
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Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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