Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 08:41
Voyage avec mon âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson

 

« Avec l’avènement de la randonnée pédestre et le retour à la nature, l’épopée de Robert Louis Stevenson a fait l’objet, ces dernières années, de très nombreuses publications ». Les Editions de Borée en proposent une nouvelle mais pas une de plus, une autre, une différente, un magnifique ouvrage grand format illustré de plus de deux cents documents d’époque : photographies, cartes postales, notamment, choisis et commentés par Jean-Marie Gazagne et Marius Gibelin. Un magnifique ouvrage, un vrai beau livre !
 

Cet itinéraire est devenu l’un des chemins de randonnée fétiche de la Fédération française de randonnée pédestre, il est parcouru par de très nombreux marcheurs, à tel point que cette fédération a édité un guide spécifique à l’intention de ceux qui souhaitent l’emprunter. Récemment, j’ai aussi lu un recueil de récits de voyages de Francis Navarre (De l’Hexagone considéré comme un exotisme) parmi lesquels figure son périple sur les pas de l’écrivain marcheur. Stevenson n’est pas un aventurier chevronné, l’auteur du propos introductif le présente comme «un jeune homme très « spleen », souffreteux, beau parleur, un peu hâbleur mais surtout quelqu’un qui semble assez mal dans sa peau».  Il m’est surtout apparu comme un grand novice en matière de randonnée pédestre, il connaît mal l’itinéraire qu’il souhaite emprunter, il n'entend rien aux ânes et encore moins à leur conduite, il ne sait pas charger sa monture, pas davantage préparer un paquetage nécessaire et pas trop encombrant. Alors, évidemment, le démarrage est laborieux. Le chargement de l’ânesse s’écroule ou blesse la bête qui traîne les pattes. Il s’égare, fait des détours inutiles mais il est courageux et obstiné, il ne recule nullement devant la difficulté et finit, grâce aux conseils de braves gens rencontrés au cours de son périple, par trouver un rythme de croisière compatible avec ses prévisions. Malgré ses faiblesses pulmonaires, il n’hésite pas à dormir au clair de lune, même sous la pluie battante, affrontant le risque de rencontres avec des animaux ou des vagabonds pas tous toujours bien intentionnés. Il lui fallait une certaine détermination pour affronter ces sentiers peu carrossables, les rencontres hasardeuses et les intempéries.
 

Il démarre son périple dans le Velay à Le Monastier sur Gazeille pour cheminer en direction du sud entre le Gévaudan et le Vivarais et rejoindre les Cévennes et Alès. Douze jours de marche au rythme de Modestine, l’ânesse qu’il a achetée juste avant de partir. Il arrêtera celui-ci un peu avant son terme à Saint-Jean-du-Gard, l’ânesse étant trop fatiguée pour le terminer dans les délais impartis par son compagnon de route. Stevenson décrit quotidiennement sa journée : les paysages qui l’enchantent, les rencontres plus ou moins conviviales qu’il fait, les aléas du voyage, les nuits en plein air ou à l’auberge, les petites villes et villages qu’il traverse, la faune et la flore, les légendes, les faits historiques, les personnages plus ou moins célèbres qui ont laissé une trace dans la mémoire collective. Il consacre une place importante à la religion, notamment au contraste entre le pays catholique du nord et le protestantisme en pays camisard. « D’un seul coup son récit devient plus descriptif, il y met tout son cœur et narre les épopées des Camisards avec une certaine emphase ». Le protestant écossais ne comprend pas très bien les catholiques, il se sent plus proche de ses coreligionnaires protestants. Le vocabulaire de l’époque s’harmonise bien avec les descriptions de l’auteur et leur confère une certaine saveur. « Les filles deviennent belles, le paysage lumineux, bref, il revit et il lui tarde de rejoindre ses amis ». Ce périple semble avoir eu de réelles vertus thérapeutiques sur Stevenson qui repart plein d’enthousiasme vers d’autres cieux après avoir oublié un amour inaccessible sur les chemins cévenols. Cette nouvelle édition, toute en images,  est une belle réussite et, plus qu’une lecture, une plongée au coeur des paysages, des villes et villages que l’auteur a traversés, une rencontre avec les personnes qu’il a croisées.

Denis BILLAMBOZ


pour consulter la liste de mes préécédents articles, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Voyage avec mon âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson
Partager cet article
Repost0
6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 07:45
Suiza de Bénédicte Belpois

 

Tomàs, riche paysan galicien, propriétaire de tout le village, campagnard fruste et brutal, bosseur et cultivé, a suivi des études supérieures, ne s’est jamais remis du décès de sa femme, seule la bouteille peut soulager sa douleur lors des beuveries qu’il s’autorise un peu trop souvent avec son vieux et fidèle commis. Un véritable fauve toujours prêt à se jeter sur sa proie qu’elle soit un adversaire belliqueux ou une femme trop aguichante. Un jour sa route croise celle de Suiza, un nom que les villageois lui ont donné car elle ne parle pas l’espagnol et n’est pas très dégourdie, elle est même un peu attardée, son père ne manquait pas une occasion de le lui rappeler. Les villageois ont cru qu’elle venait de la Suisse et l’ont donc affublée du nom de Suiza mais, en fait, elle est pontissalienne comme l’auteure, habitante de la petite ville de Pontarlier à quelques kilomètres de ma maison natale, tout près de la frontière Suisse. Elle n’est certes pas très intelligente, mais elle a un véritable sens pratique et une belle adresse manuelle. Elle ressent les choses plus qu’elle ne les comprend. Elle est comme un petit animal qui ronronne quand on la caresse, elle ne griffe  jamais et certains l’ont vite compris. Un jour, elle décide d’aller voir la mer. Au foyer, certaines lui ont dit qu’elle était en Espagne, alors elle s’est mise en route pour l’Espagne, en stop… Elle échoue dans un petit village galicien proche de Lugo où elle trouve un petit boulot de serveuse dans le bistrot qui sert de refuge à Tomàs. Et, quand le fauve a croisé la biche, il est tombé en rut, il s’est jeté dessus pour se l’approprier et en faire sa femelle dominante. La biche n’a pas protesté, sa grande douceur et sa tendresse ont vaincu l’animal, foudroyé par un véritable coup de foudre. Il en a fait sa compagne, sa femme même s’il ne l’a pas épousée, la biche a su apprivoiser le fauve. Ils ont alors commencé une histoire commune. Mais celle-ci se complique car le crabe guette le fauve qui se réfugie dans le déni sans pouvoir renier l’éventualité d’une échéance fatale et proche.

 

C’est une jolie histoire d’amour entre deux contraires qui s’attirent, elle recèle toute la violence animale que l’amour peut contenir et déborde d’une émouvante tendresse. Bénédicte a su trouver les mots pour dire la splendeur des paysages, la rusticité des personnages et le débordement des sentiments qu’ils soient dans la force ou la douceur. Par ailleurs, ses paysages sont plus attirants que ceux dépeints par les meilleurs dépliants diffusés par les organismes chargés de promouvoir la région, ses personnages plus vrais que nature, truculents, excessifs, esclaves de la terre qui est leur seul moyen d’existence, tous en dépendent même ceux qui ne peuvent compter que sur la générosité des autres. Ce récit donne ainsi une vraie couleur à ce coin de Galice et à ceux qui l’habitent. Bénédicte a le sens du langage, c’est lui le véritable moteur de ce texte, les formules qu’elles inventent, les mots qu’elle met dans la bouche de ces gens simples, proches de la nature, des réalités, assumant leur quotidien sans se projeter plus loin, texte qui se déguste plus qu’il ne se lit ! Ce langage vif, coloré, direct, fondé sur un vocabulaire proche du parler, enrichi de termes d’une grande richesse, d’une grande justesse et surtout d’une belle saveur, confère au récit, au-delà de la vie dont il déborde, une véritable âme qui se reflète dans les mœurs, les coutumes, les travers, les qualités des personnages qui semblent directement poussés dans le sol de leur région. Une histoire d’amour romantique comme on en écrivait au XIXe siècle, mais mitonnée à la sauce du réalisme, en l’occurrence cru et même cruel, qui a sévi juste après. Sans oublier la modernité qui assaisonne le langage et  lui procure  sa vigueur et son charme.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

L'auteure

L'auteure

Partager cet article
Repost0
30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 07:37
L'amour d'une mère de Julie Maillard

 

A l’approche de la Fête des Mères, les Editions de l’Aube publie ce très joli recueil de nouvelles sélectionnées avec finesse et goût par Julie Maillard. « Tendre et doux ou âpre et violent, l’amour d’une mère est une force qui peut tout emporter sur son passage ». Au travers des neuf textes qu’elle a retenus, elle nous le démontre. J’ai choisi de nommer les auteurs et leur texte afin que chaque lecteur puisse rechercher l’original et éventuellement le situer dans son contexte éditorial ou dans l’œuvre de l’écrivain.

 

Hans Christian Andersen – Histoire d’une mère - Un conte radieux comme Andersen en a beaucoup écrit, plein de poésie et de romantisme mais du romantisme comme on en écrivait au XIXe siècle. « Comment as-tu pu trouver ta route jusqu’ici ? demanda la Mort, et comment as-tu pu t’y rendre plus vite que moi ? ».

 

Jules Renard – L’enfant gras et l’enfant maigre – Une très courte nouvelle comme une réplique, une excuse, une politesse qui ne sert qu’à masquer une cruelle réalité. « Chère Madame, je ne dis point cela parce que vous êtes sa mère, mais savez-vous que je le trouve très bien aussi, le vôtre, dans son genre ! ».

 

Alphonse Daudet – Les mères – Un amour maternel surdimensionné rempli d’une foi inébranlable en son pouvoir qu’une mère éprouve pour son fils soldat. « Quand il parut, la façade du fort en fut toute illuminée ».

 

Marguerite Audoux – Mère et fille – Quand la mère, qui a trop protégé sa fille devient sa rivale, l’affrontement est inéluctable mais l’amour conduira l’une au sacrifice que seule une mère peut consentir pour son enfant. « Va, maman, épouse monsieur Tardi, afin que de nous deux il y en ait au moins une qui ait un peu de bonheur ».

 

Guy de Maupassant – La Mère Sauvage – Une mère même éloignée de son fils ne l’oublie jamais, la Mère Sauvage vengera impitoyablement son fils tué à la guerre. « On trouva la femme assise sur un tronc d’arbre tranquille et satisfaite ».

 

George Sand – Les mères de famille dans le beau monde – Un texte très corrosif, amer et, en même, temps, acide qui dénonce le ridicule des femmes qui veulent encore paraître quand elles devraient se contenter d’être des modèles pour leurs filles. « Jugez donc quelle révolution, quelle fureur chez les femmes, si on les obligeait d’accuser leur âge en prenant à cinquante ans le costume qui conviendrait aux octogénaires ».

 

Maxime Gorki – La mère du traître – L’histoire d’une mère qui voudrait se revêtir du déshonneur de son fils pour lui épargner la honte et la punition qu’il mérite. « Je suis sa mère, je l’aime et je me considère comme coupable de sa trahison ».

 

Léon Bloy – Jocaste sur le trottoir – Comme dans une tragédie grecque, un fils est manipulé par des forces supérieures qui le conduisent à coucher avec sa mère. « Un jour le terrible drôle, qui savait ce qu’il faisait, me donna l’adresse d’une femme charmante, quoiqu’un peu mûre, qui me comblerait de délices ».
 

Charles Dickens – L’histoire de la mère – Comme souvent dans les histoires de Dickens, cette mère est affligée par ce qu’on l’a privée de ses enfants qu’elle ne renoncera jamais à retrouver. «… cette femme simple et naïve, mais grande par l’amour et la foi, semblait déjà appartenir au ciel ».

 

J’ai choisi ces quelques copeaux de textes, à mon sens fort explicites, pour démontrer tous les personnages qu’une mère accepte d’être pour ne pas perdre son ou ses enfants. Souhaitons que les enfants se souviennent de tout ce que leur mère leur a donné, d’autant qu’ils n’auront jamais qu’une seule mère, aussi immense soit son amour, sa générosité et son abnégation. J’ai trouvé ces textes admirables, comme il est agréable de lire la belle langue qui  était encore la nôtre au début de ce siècle et au précédent. Merci à l’éditeur et à Julie Maillard de nous avoir offert de si  jolies phrases. Je rangerai ce recueil aux côtés de « La Mère » de Maxime Gorki, de « La Mère » de Pearl Buck et de quelques autres livres qui évoquent la mère dans tout ce qu’elle représente pour nous tous.
 

Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'amour d'une mère de Julie Maillard
Partager cet article
Repost0
16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 08:34
Faux semblant de Witi Ihimaera

En 1935, en Nouvelle-Zélande, Paraiti, une vieille maorie qui a hérité des connaissances et aptitudes de son père pour guérir, soigner  les corps malades ou abîmés, se prépare à accomplir le périple annuel qui la conduit à la rencontre des malades qu’elle suit régulièrement, ceux qui viennent enrichir cette troupe des esquintés de la vie, de  ceux qui n’ont pas les moyens de payer la médecine des blancs pour conserver ou retrouver leur santé. Son père lui a enseigné l’usage les principes actifs. Il lui a aussi appris comment réparer les os, soulager les muscles et les organes par des massages traditionnels pratiqués par les chamanes qui ne connaissaient pas les médicaments. Dans sa postface, l’auteur raconte comment, lui-même, enfant, a été sauvé par une guérisseuse dont il a donné le nom à son héroïne, alors que tous les médecins ne lui prédisaient qu’un faible espoir de vie.

 

Paraiti est aussi surnommée la Balafrée, la Ravagée, depuis qu’elle a été marquée par un tison ardent alors qu’elle n’était qu’une très jeune enfant, par des soldats blancs qui poursuivaient les gens de son clan accusés d’hérésie révolutionnaire parce qu’ils suivaient la religion prônée par Te Kooti, leur prophète, qui avait créé un rite fondé sur un syncrétisme entre le protestantisme et des croyances animistes ancestrales. Défigurée, elle est restée avec son père qui lui a transmis son savoir afin qu’elle puisse assurer sa vie seule, sans compagnon de route.

 

Dans ce court roman, l’auteur décrit tous les soins qu’elle apporte à la population qui la vénère : de l’accouchement à la réduction de fractures en passant par les fausses-couches et les soins de la peau, des yeux, etc… Mais un jour une servante maorie la reconnait et la recommande à sa maîtresse encombrée d’un bien lourd fardeau que son mari risque de ne pas tolérer. Paraiti refuse de telles pratiques mais elle devine bien vite que la belle bourgeoise blanche ne lui a pas tout dit et que sa situation est bien plus complexe qu’elle ne l'a décrite. Elle s’engage alors dans une aventure périlleuse pour la patiente, pour l’enfant à venir et pour elle et quelques autres encore. « J’ai misé gros, ce soir, … J’ai joué au jeu de la vie et de la mort. Prions que je puisse gagner ».

 

Ceux qui liront ce livre découvriront que cette aventure n’est pas seulement un problème moral, de convenance, de santé, de standing, c’est avant tout un conflit racial bien caché. A cette époque, et même aujourd’hui encore, la cohabitation entre les Maoris et les Blancs n’est pas facile et parfois conflictuelle. Il n’est pas de bon ton de s’allier avec une indigène. Ce racisme qui se glisse jusque dans le jeu de mots que constitue le titre du roman : Faux-semblant ou Faux sang blanc ? L’auteur est un fervent défenseur des us et coutumes locaux et un ardent protecteur du patrimoine des plantes, leur conservation ou leur transformation pour en extraire le naturel local que les Blancs ont souvent détruit à leur seul profit.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
9 août 2021 1 09 /08 /août /2021 08:19
De l'Hexagone considéré comme un exotisme de Francis Navarre

 « L’on ne peut voyager loin si on ne sait voyager près. Il y a cent expéditions à entreprendre à proximité ». Cet aphorisme, qui introduit le dernier recueil de Jean-Pierre Otte, La bonne vie, pourrait parfaitement figurer en incipit du dernier livre de Francis Navarre dans lequel il démontre qu’on peut accomplir de très beaux voyages et de très belles balades sans avoir recours à des moyens de transports surpuissants et gloutons en énergie. La France recèle des merveilles naturelles et des édifices plus ou moins importants et même prestigieux qui enchanteraient le plus exigeant des promeneurs. Alors, suivons Francis Navarre sur les routes et sentes de France qu’il a parcourues pour découvrir des coins et recoins de l’Hexagone qu’on peut visiter sans rien dépenser ou presque… juste un peu de sueur.

 

Que ce soit à pied, à moto - sur sa vieille Guzi ou  même avec un van que j’ai cru apercevoir sur un parking des Vosges - qu’il pleuve à seau, qu’il vente, que le soleil cogne, Francis Navarre parcourt la France, celle des monts et vallées que les grandes voies de circulation boudent depuis des siècles. Les différents périples, qu’il raconte et qu’il nous invite à accomplir, se déroulent sur plusieurs décennies. Ils commencent par une ancienne randonnée à moto partant de l’Aubrac pour traverser le Rhône, remonter les Alpes, retraverser le Rhône dans l’autre sens et parcourir le Massif Central jusqu’à la Corrèze qu’il affectionne tant. Il enchaîne par un périple en Lorraine en démarrant de Champagne à Langres, puis en passant par Domrémy-la-Pucelle, Nancy, plusieurs villes minières avant de revenir au sud, à Contrexéville. Il poursuit par une très longue randonnée pédestre à travers le Massif Central en empruntant un itinéraire proche de celui que Stevenson a parcouru avec son âne. Je découvrirai prochainement cet itinéraire en lisant une nouvelle édition magnifiquement illustrée de ce voyage. Encore un hasard de lecture qui m’entraîne deux fois en une même quinzaine dans des aventures similaires. Au cours de cette randonnée, Francis Navarre nous conte des morceaux de l’histoire de France, celle des régions, celle des habitants. Il nous rapporte des us et coutumes toujours respectés. Il décrit, les villes (Langogne, Le Puy), des bourgs, des villages, des monts (Aigoual), des vallées, des causses (Méjean). Il évoque aussi les personnages nés dans ces régions, comme Lafayette, et tout ce qui a fait leur fortune aux siècles  passés et ce qui a provoqué leur déclin depuis la dernière guerre mondiale. 

 

Dans son langage pétaradant comme sa vieille moto, riche de mots rares et goûteux, Francis Navarre nous convie à une balade le long de la fameuse diagonale du vide qui coupe désormais la France en deux en suivant une ligne qui relierait Strasbourg à Biarritz. Une balade pleine de charme et de nostalgie à la rencontre de la France de nos aïeux, la France authentique et rurale qui ignorait les artifices factices qui encombrent actuellement nos paysages pour essayer de les vendre à des touristes nourris au lait frelaté des médias, à la somme des gens de marketing. « Il est facile aujourd’hui d’être himalayesque ou sibérien, mais comment peut-on être Mussipontain ». Qui peut se vanter aujourd’hui, sans risquer le ridicule, de passer ses vacances dans le Quercy, la Vôge, le Dauphiné et bien d’autres belles régions aux noms qui sonnent la France de notre histoire, la France rurale et authentique dont on sait qu’elle recèle encore tant de merveilles que j’aime moi aussi découvrir au cours de virées  en voiture, ma concession à la civilisation actuelle. Mon penchant à la mollesse voltairienne !


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 09:10
On efface pas les souvenirs de Sophie Renouard

Septembre 2017, Annabelle et Gaspard baptisent leur petite dernière à Paris. La fête est magnifique, mais les parents d’Annabelle souhaitent rejoindre la maison familiale de Lyons-la-Forêt le soir même. Annabelle décide de les accompagner avec ses deux fillettes dans sa propre voiture, son mari les rejoindra après être passé à son bureau pour régler quelques affaires urgentes. Annabelle doit s’arrêter en cours de route pour donner un biberon à son bébé qui pleure très fort. Elle s’arrête devant un café de campagne, s’installe pour faire boire l’enfant, passe aux toilettes pour se laver les mains, et, là, elle est violemment agressée par deux inconnus qui l’emmènent dans le coffre de leur voiture. Personne n’a rien vu, rien entendu… Dans la maison familiale, les proches s’inquiètent de plus en plus, au café la patronne s’étonne de l’absence de la mère, la police est appelée à la rescousse, l’enquête commence mais les indices sont maigres.

A l’autre bout de la France, une voiture s’aventure dans une forêt perdue, à l’écart de toute habitation. Deux hommes en sortent pour exécuter leur contrat, exterminer une jeune femme qu’ils abandonnent sous des branchages. Le lendemain un vieil homme vivant en ermite dans une bergerie désaffectée découvre cette jeune femme et l’emmène dans son logis où il tente de la soigner avec ses remèdes naturels et quelques comprimés que le médecin lui a prescrits et qu’il n’a jamais consommés. L’attente commence, la femme est dans un coma profond, il la veille et la soigne avec patience. Quant à la police, elle piétine. La famille voudrait l’aider petit à petit en recensant de maigres indices, des signaux faibles, gendarmes et famille envisagent une hypothèse plausible. Pendant ce temps, la jeune femme a repris de la vitalité mais elle a totalement perdu le souvenir de ce qui s’est passé avant qu’elle se retrouve dans cette forêt perdue avec un vieillard qui croit encore que la guerre n’est pas terminée. Sophie Renouard noue une intrique bien ficelée qui s’appuie sur les sentiments les plus veules et les plus pervers de la nature humaine : jalousie, envie, mais aussi sur des troubles mentaux comme la schizophrénie. 

Pour l’auteure, ce texte est également l’occasion de mettre en évidence ce qui oppose deux mondes aux antipodes l’un de l’autre : le milieu de la grande bourgeoisie parisienne et le monde de la forêt primaire éloigné de la civilisation ; la vie dans le luxe et la douceur et la vie de l’ermite qui se contente du minimum vital. Le lecteur décidera  laquelle de ces deux vies répond le mieux à ses propres envies et aspirations. Une intrigue haletante, pleine de suspense, une histoire remplie de tendresse et d’amour mais aussi de haine, de perversion et de violence. Un vrai roman noir … très noir !


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

On efface pas les souvenirs de Sophie Renouard
Partager cet article
Repost0
26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 08:51
Dylanographie de Nicolas Livecchi

 

Le 24 mai prochain Robert Allen Zimmerman, alias Bob Dylan, fêtera ses quatre-vingts ans et ses soixante années de carrière. J’écoute ses chansons et sa musique depuis presque aussi longtemps puisque je l’ai découvert grâce à Hugues Auffray avec  son trente-trois tours « Auffray chante Dylan » édité en 1965. Dans notre turne d’étudiant, que nous partagions à trois, ce disque tournait régulièrement selon  la mode de l’époque. Quelle ne fut pas ma joie quand il y a quelques jours j’ai découvert ce livre, soit toute la carrière, ou presque, du Grand Bob dans un seul ouvrage !

 

Profitant de cet anniversaire, « Les Impressions nouvelles » ont décidé d’éditer cet énorme travail de Nicolas Livecchi en en confiant la préface à Arnaud Desplechin. « La discographie dylanienne est un labyrinthe vertigineux » confie l’auteur qui pourtant n’a pas hésité à se lancer dans une recherche digne d’un archéologue immergé dans le monde de la musique. Le recensement des œuvres du maître est particulièrement complexe pour plusieurs raisons, selon l’auteur : la longévité de sa carrière, sa production exceptionnelle de musiques et de textes, sa régularité à enregistrer des albums tout au long des six décennies de sa carrière qui n’est pas encore achevée, sa propension à se produire régulièrement sur scène, notamment au cours de longues, voire très longues, tournées. « Pour se faire une vague idée, on dénombre aujourd’hui 3 049 concerts donnés de par le monde depuis le 7 juin 1988… ». 

 

En 2010, les premiers enregistrements de Dylan tombent dans le domaine public. L’extension de l’Internet et la création des réseaux sociaux provoquent le développement d’un vaste marché parallèle qui amplifie considérablement sa discographie. « Au final en 2020, le site internet Discogs recense désormais 10 173 références d’albums concernant l’artiste Bob Dylan, et 33 456 références où il est crédité… Tapez le nom de bob Dylan sur Amazon, et c’est plus d’un millier de CD et vinyles qui vous seront proposés. ». C’est cette masse énorme de documents musicaux que l’auteur a triée pour établir la discographie la plus complète et la plus accessible possible. Son objectif est double : d’une part, combler un manque en recensant de manière suffisamment complète et ordonnées les références discographiques actuellement disponibles, d’autre part, proposer un guide initiatique à l’intention de ceux qui n’ont pas connu toute la carrière de Dylan et, considérant son âge, ils sont nombreux aujourd’hui. Pour atteindre ses objectifs, après avoir consacré un premier chapitre à ce qu’il considère comme des anthologies et des compilations incontournables, Nicolas Livecchi a découpé son texte en périodes correspondant à la vie du chanteur et au style de musique qu’il adoptait au cours de chacune d’elles. Ainsi, explore-t-il les époques suivantes : les débuts, la période folk, la période rock, la période country, la période bohème, la période gospel, la période MTV, la période blues, Dylan avant Dylan et, bien sûr, Dylan après Dylan. Cet ouvrage ne serait pas complet s’il ne comportait pas une liste d’enregistrements rares, originaux, étonnants, insolites, incongrus, même s’ils ne sont pas les meilleurs du marché. Mais, comme le spécifie l’auteur : « le corpus dylanien est si vaste et éclaté qu’il (…) resterait toujours de nouvelles chansons à découvrir ».

 

Pour chacune des périodes évoquées, l’auteur dresse une courte biographie du chanteur, évoquant sa vie personnelle, ses activités musicales tant dans la création et les sources d’inspiration que dans les enregistrements ou les concerts. A la suite de cette introduction biographique, il propose  les albums studio ou live (où il évoque les concerts), des archives, des livres, des DVD. Tous ces enregistrements et écrits sont présentés avec la photo de leur couverture et des commentaires personnels qui ne sont pas toujours  flatteurs pour le chanteur et ceux qui les ont réalisés et produits. Livecchi explore les fonds officiels, les fonds parallèles et les enregistrements non officiels : répétitions, recherches musicales, chansons jamais produites, morceaux piratés, le corpus est vaste. J’ai beaucoup apprécié que, comme tout bon universitaire doit le faire, l'auteur propose à la fin de son ouvrage la liste de ses sources, un index des chansons citées et un autre des personnes et groupes cités et ils sont tous les deux  très fournis. La technologie évoluant  à  grande  vitesse, les supports musicaux cités deviendront vite des documents d’archives, aussi était-il  nécessaire de faire un point complet de cette œuvre monumentale avant de passer à une nouvelle ère qui verra, sans nul doute, apparaître de nouveaux modes de diffusion de la musique engendrant de nouveaux enregistrements des œuvres de Dylan sur des supports que nous ne connaissons pas  encore.

 

Hugues Auffray m’a amené à Dylan et Dylan m’a emmené vers ses idoles en commençant par celle que j’admire plus que toute autre  Joan Baez qui reste tout en haut de mon panthéon musical. Comme lui, j’étais et je reste un fanatique de James Dean et j’ai eu la chance de connaître dans la foulée ses autres idoles Buddy Holly, Woody Guthrie, Pete Seeger, qui m’ont emporté sur les voies de la musique venant de l’Amérique  des années soixante et soixante-dix. Nicolas Livecchi n’élude pas la polémique créée par l’attitude de Dylan lorsque le Prix Nobel lui fut décerné, il se contente de relater les faits … et  pour le reste : « Ecoute mon ami / Ecoute dans le vent / Ecoute, la réponse dans le vent ».


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Bob Dylan

Bob Dylan

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 08:12
Vingt Stations d'Ahmed Tiab

Le narrateur, un homme hagard, perdu, prend le tramway arrêté justement devant lui, c’est un nouveau mode de transport urbain dans la ville. Il ne sait pas où il va, il se laisse aller au rythme des stations, des montées et des descentes de voyageurs. Son périple devient une traversée de la ville qu’il redécouvre au fur à mesure que défilent les vingt stations du parcours habituel. Chaque station évoque un moment de sa vie et un aspect de la ville et de la vie trépidante qui s’y écoule. A la première station, il se souvient de son enfance en voyant monter les gosses qui rejoignent leur établissement scolaire. A la station suivante, il se souvient de la violence qui a baigné celle-ci : la mère volage et battue par un père violent et encore plus volage, la grand-mère méprisante qui a réussi à chasser cette mère maltraitée et maltraitante, les gamins de l’école qui le prenait pour leur tête de Turc… Et le voyage continue comme ça, enchaînant la répudiation de la mère, l’arrivée d’une jeune marâtre, la découverte de l’amour avec celle-ci, la mort du père.

 

Au fur et à mesure de la montée des passagers et du défilé du nouveau paysage urbain, le voyageur évoque les moments clés  de sa vie, l’aventure qui l’a amené dans la situation déplorable qu’il connait aujourd’hui. Cette histoire c’est l’histoire d’un citoyen tout à fait ordinaire, honnête et travailleur qui ne rêve que de construire un foyer chaleureux et amoureux. Mais l’existence en a décidé autrement dans un pays plein de haine et de tension, il a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit et au mauvais moment. Refusant cette fatalité, il demande la justice qu’il n’obtient pas, alors il crie vengeance !

 

Cette dramatique aventure, c’est celle de l’Algérie coincée entre la violence des « ninjas » nationalistes et celle des islamistes intégristes. Le héros ne veut ni de l’une ni de l’autre mais il les subira tout de même. Ce beau texte est un cri de douleur, de colère, de désespoir qui génère la pitié et l’empathie pour cette innocente victime. Quelle tristesse de voir un pays s’infliger des telles souffrances ! « Plus personne ne lève les yeux pour admirer ces visages pétrifiés, témoins silencieux de la déliquescence d’une ville où chacun demeure le dos cintré sous le poids de sa pénible existence et semble incapable de voir le bleu fabuleux dont le ciel lui fait don tous les jours ».

 

L’auteur n’hésite pas à pointer son doigt dans la direction de ceux qui n’ont rien fait pour sauver le pays mais qui, tout au contraire, ont cultivé la violence et la haine au détriment des innocents. « Ils ont fait comme pour la dernière guerre, arrangé l’histoire pour rendre le présent acceptable ». La plaie est immense, la cicatrisation n’est pas encore envisageable. « Nous le savons tous, le pardon ne suffira pas car il n’est pas né de la justice. Celle-ci fut dispensée avec désinvolture par un pouvoir douteux. Les haines sont toujours là, enfouies sous les faux-semblants ». J’ai admiré ce texte qui s’enroule comme une rapsodie et reconduit le narrateur au début de son histoire oubliée sous la violence des événements. Un réquisitoire sans concession pour dénoncer  ceux qui ont fait de ce pays de cocagne un bagne au service d’un pouvoir dictatorial.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 08:34
Mon coeur restera de glace d'Eric Cherrière

 

Ce roman est construit comme une véritable épopée mythologique et comporte tous les arguments de la tragédie grecque. Il se déroule en trois temps racontés simultanément : en 2020, à Hambourg, où un ancien tortionnaire nazi, « Le Croquemitaine », plus que centenaire, défie son cancer et la maladie d’Alzheimer avec un réel succès ; en 1918, dans la Baie de Somme, où un père de famille recherche son fils qui aurait déserté après avoir appris la terrifiante dégradation de son propre enfant lui aussi mobilisé ; en 1944, dans la Haute-Corrèze où le maire d’un village indique un raccourci fatal à des soldats allemands venus capturés des Juifs pour les pendre pour exemple.

 

En 1918 dans la Somme, Lucien parcourt le front pour chercher son fils qui a disparu après avoir mis son poing dans la tronche d’un colonel, le rendant responsable de la démolition de son fils à lui dont il ne reste qu’un tronc, un morceau de jambe et une tête méconnaissable. En Haute Corrèze, la mère du soldat défiguré et démoli se suicide, son autre fils emporte ce frère estropié au plus profond d‘une forêt impénétrable. En 1944, un groupe de soldats allemands est pris à parti par un être inconnu qui se déplace dans la cime des arbres, les massacrant un par un. Cette épopée mythologique, c’est la traversée des horribles guerres du XXe siècle par Lucien, ses enfants et leurs descendants, une véritable légende de la famille Faure.

 

Eric Cherrière a construit une mécanique infernale qu’on ne peut pas évoquer sans risquer de déflorer l’intrigue qui condense, dans l’incroyable aventure de la famille Faure, les principales horreurs ayant affecté les deux grandes guerres du siècle dernier. Il évoque particulièrement le sort des soldats qui ne voulaient pas porter les armes, perpétrer des violences, tuer leurs congénères… Ceux qui disaient : « Nous ne sommes pas des soldats, nous sommes des hommes normaux. Des gens ordinaires. Comme vous. Comme tous ces villageois. Nous avons été mobilisés. Enrôlés de force. Trop vieux, trop jeunes, pas expérimentés.» Ces soldats nullement motivés, parfois même pacifistes, mauvais combattants, pas doués pour le maniement des armes et peu aptes aux efforts physiques sont enrôlés dans la « Ordnungspolizei » et, pour ceux figurant dans cette histoire, envoyés en Russie pour participer au nettoyage ethnique après le passage des troupes de combat. Ils seront déplacés en France à la fin de la guerre pour lutter notamment contre la Résistance, leurs exploits seront, comme en Haute-Corrèze, souvent d’une ignoble cruauté. La violence quotidienne leur ayant ôté toute l’humanité dont il disposait.

 

Ce roman évoque l’incroyable sauvagerie des massacres de résistants ou de Juifs mais aussi les difficultés rencontrées par les enfants des bourreaux qui doivent assumer leur ascendance tout en rejetant plus ou moins violemment ses opinions et ses actes. L’auteur avoue qu’il a muri son texte en lisant le livre de Christopher R. Browning : « Des hommes ordinaires », consacré à ce thème des soldats devenus des bourreaux malgré eux. Je voudrais également souligner la grande maîtrise dont fait preuve l’auteur pour construire une intrigue qui surprendra plus d’un lecteur, les invitant à considérer tout ce que les guerres ont engendré sans que l’on en parle jamais. Ces histoires sont restées bien au chaud sous des tapis, partout en Europe et même ailleurs.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer    ICI


RETOURA LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 08:11
Nous et les oiseaux de Carino Bucciarelli

 

Je me souviens d’avoir lu un précédent livre de Carino et d’avoir déjà rencontré cette façon qu’il a d’inventer des histoires insolites, fantastiques, impossibles, irréelles qui déstabilisent le lecteur, l’embarquent dans une dimension qu’il ne peut pas appréhender avec sa logique cartésienne. Après cette lecture, j’avais écrit : « Avec ce texte, Carino Bucciarelli bouscule toutes les règles de l’écriture conventionnelle, son narrateur descend dans le roman pour rencontrer les personnages qu’il met en scène ou peut-être que ce sont les personnages qui s’incarnent pour rencontrer celui qui leur a donné une existence plus ou moins réelle, plus ou moins imaginée ». Dans ce nouveau roman, Carino égare sans cesse le lecteur en l’entraînant là où il y a toujours un Delatour, Stéphane ou Pierre, une Delatour qui se prénomme toujours Olga, ou des enfants Delatour, Gabriel et Irina. Mais chaque épisode de l’histoire est raconté par un narrateur différent qui rapporte une version différente des faits connus du lecteur ou une version non compatible avec ce que le lecteur sait déjà. Chaque personnage est multiple, chaque événement a plusieurs dimensions, plusieurs versions, plusieurs vérités.

 

Par une soirée d’hiver glaciale sur une autoroute difficilement praticable Stéphane, ou Pierre Delatour, roule prudemment avec à bord de sa voiture sa femme Olga et ses enfants Irina et Gabriel quand il percute une pierre qui détruit sa roue avant droite. Tous les deux, ils ont oublié leur portable, le mari décide donc de rejoindre à pied la prochaine borne téléphonique sous le regard insistant d’une corneille qui le suit pendant un certain temps. Avant de rejoindre la borne, il remarque, sur le bord de la route, un anorak rouge qui recouvre peut-être un corps. Il appelle une dépanneuse qui ne trouve pas sa voiture, ni sa famille. Le chauffeur l’accompagne au commissariat où les policiers lui disent qu’il n’est qu’un affabulateur, il n’a ni voiture, ni famille… Alors commence la valse des Delatour sous le regard toujours aussi curieux de la corneille. Et l’anorak rouge revient lui aussi régulièrement dans le récit, tout comme la conductrice de la petite voiture qui a tout vu. L’intrigue se complique, l’anorak rouge, fil rouge de cette histoire, pourrait indiquer qu’il y a eu un meurtre mais l’imbroglio est tel que le lecteur devra rester très attentif.

 

L’éditeur, sur la quatrième de couverture, indique qu’il s’agit d’un roman appartenant au genre du «réalisme fantastique», même si je ne fréquente pas assidûment ce genre littéraire, je partagerais volontiers cette opinion mais je voudrais ajouter que, pour ma part, il m’a fait penser à l’école des «illusionnistes», ceux qui, comme Georges Rodenbach, Villiers de L’Isle-Adam ou encore Robert-Louis Stevenson, dans «Le Dynamiteur» notamment, inventent une autre réalité pour donner corps à leurs histoires. Et, montrer ainsi qu’il n’y a pas une vérité unique, que la vérité peut-être perçue différemment selon la vision, l’intention, la faculté de restitution du lecteur. La vérité peut ainsi être quelque chose qu’on manipule, pas forcément  aux fins les plus louables. Une histoire qui interroge sur un sujet qui lui aussi interroge beaucoup ! Un exercice littéraire sur le classique thème du double mais aussi un véritable essai sur le thème de la vérité.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche