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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 09:27
Entre les mains de Juliana Leite

Cette lecture me rappelle celle de « Fado Alexandrino » d’Antonio Lobo Antunes, que j’ai faite il y a bien longtemps. J’ai retrouvé, dans ce texte, cette même façon de déstructurer en racontant simultanément, par bribes, plusieurs histoires qui se mêlent, se mélangent, se rejoignent pour façonner l’intrigue principale du roman en laissant le soin aux lecteurs d’assembler ces diverses parcelles d’histoires. Juliana Leite va peut-être moins loin qu’Antonio Lobo Antunes qui peut changer de sujet ou de narrateur à l’intérieur d’une même phrase ; elle, elle reste au moins quelques lignes sur le même événement, la même description, le même personnage, mais, en contrepartie, elle va plus loin dans l’anonymisation textuelle et les personnages ont très rarement un nom ;  ils sont le plus souvent définis par une caractéristique ou une fonction. De même, elle ne nomme jamais les lieux, seuls les bus sont bien identifiés par le numéro de leur ligne, le lecteur sait seulement qu’il s'agit du marché, de l’hôpital, du logement quitté, du chalet loué pour les vacances. C’est ainsi qu’elle reconstitue, en mêlant les époques, en naviguant d’un lieu à l’autre, en évoquant un personnage et puis un autre, la vie de Magdalena, une jeune créatrice de tapisseries qui se retrouve dans le coma à l’hôpital après avoir été renversée par un autobus. Elle insère dans son récit, en italique, des petits passages qui évoquent le séjour de l’accidentée à l’hôpital, les traitements subis par la patiente, sa convalescence, sa vie avant l’accident, le retour à la maison, la rééducation, l’avenir qui s'offre à elle. Ce roman, c’est le long chemin emprunté par les victimes d’un accident grave avec son lot de souffrances, d’espoir, de bonnes nouvelles, de doute et de séquelles à surmonter, à oublier ou peut-être à accepter pour vivre avec. Il évoque aussi l’énorme élan de solidarité déployé par l’entourage de la jeune fille : les tantes (les trois sœurs), le meilleur ami, l’employé de banque, les copines, toute une petite société évocatrice des classes populaires brésiliennes qui conjugue très bien débrouille et générosité.

 

"Entre les mains" est une histoire simple comme en naissent de nouvelles, hélas, chaque matin, mais aucune n’est racontée avec une telle empathie dans un tel style. Juliana est une grande écrivaine, elle possède un art très affuté de la narration en interprétant son texte par bribes - « Mais tu aimais bien, tu aimes toujours, les histoires racontées par petits bouts…» - en ne se consacrant qu’aux impressions, aux ressentis, aux personnages, aux lieux, tout le reste n’est qu’accessoire. Le lecteur ne ressent que ce que la malade éprouve, ce que son entourage ressent et craint. Ces petits faits, mis bout à bout, constituent un tableau à la fois sensuel et réaliste de la société brésilienne de notre époque. Accident, incident, suicide ? Le sujet n’est que sous-jacent dans ce récit en couleur où l’orange apporte régulièrement son chatoiement au fil des pages et même une odeur lorsque le fruit s'étale au marché sur le stand du marchand voisin de la jeune tapissière. Bleu aussi dans la collection de scarabées de la jeune fille. Un texte chatoyant comme les couleurs d’un défilé carioca un jour de carnaval. Une histoire de reconquête des mains, les mains qui servent aussi bien à tisser qu’à écrire, « Tisser et écrire, deux choses qui se font avec les mains ». Magdalena devra donc « Utiliser ses mains pour survivre. »


Denis BILLAMBOZ

 

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 09:12
La malédiction des mots d'Evelyne Guzy

 

Descendante de familles juives ayant subi les terribles épreuves qui leur ont été infligées tout au long du XXe siècle, Evelyne Guzy confie sa plume à une narratrice anonyme pour raconter la morbide épopée de ses ancêtres à travers l’Europe trop souvent antisémite. Elle a choisi la fiction car les sources qu’elle possède, ou qu’elle dépouille dans de nombreux gisements d’archives, laissent quelques béances dans la biographie de ces aïeux, de même qu’elle n’a pas écrit à la première personne, sous le nom d’Eva qui figure dans le roman. L’auteure anonyme raconte donc la vie des aïeux d’Eva/Evelyne dans une fiction très proche de la réalité. Elle veut décrire la vie de sa famille en mémoire de ceux qui sont morts dans les différentes épreuves infligées au peuple juif au long de ce terrible siècle ; elle l'évoque également à l'intention de ceux qui doivent perpétuer la culture yiddish et surtout témoigner que les Juifs ne se sont pas laissés mener dans les camps comme des moutons à l’abattoir. Elle veut prouver, décrire, expliquer leurs combats, leur résistance, leur rébellion.

 

La narratrice raconte tout d’abord, l’histoire de ses grands-parents paternels venus de Pologne, de Czestochowa, là où se déroule le célèbre pèlerinage à la Vierge noire, là où le grand-père fabriquait des casquettes et comment ils ont fui avec la grand-mère issue d’une famille terrienne venue de la région de Vilnius. Le grand-père a quitté la Pologne après avoir défendu son pays les armes à la main malgré les mauvais traitements infligés par ses collègues militaires et après avoir assisté à quelques pogroms particulièrement sanglants. Il est arrivé à Charleroi où, après bien des épreuves, il a pu créer un commerce prospère jusqu’à ce qu’un résistant communiste lui dise de filer vite avant que les SS débarquent chez lui et l’embarquent pour un retour morbide en Pologne. Eva a peu de souvenir de ce grand-père falot, sans grande envergure apparente mais, lors de ses recherches, elle découvre un grand-père discret mais courageux et une grand-mère un peu rustre mais volontaire et tenace qui se sont battus ensemble, et avec détermination, pour exercer leurs activités commerciales et artisanales mais surtout pour donner la meilleure instruction possible à leur fils.

 

Ce fils, qui est leur seul enfant, a connu la débâcle au cours de laquelle, il a traversé seul la France du nord au sud après avoir égaré ses parents dans l’indescriptible cohue mais qui, revenu à la maison a pu poursuivre ses étude pour devenir un brillant ingénieur. Caché dans une institution religieuse catholique pendant la guerre, il en sort affecté d'une sorte de schizophrénie judéo-catholique qu’il conservera toute sa vie. Ayant épousé la fille d’un grand résistant juif, il a honte de ses parents petits commerçants médiocres, à son avis. Eva sera la petite-fille de son grand-père maternel beaucoup plus que celle du pauvre petit commerçant.

 

Le grand-père maternel, Juif de Pologne lui aussi, a vu sa famille décimée, il s’est engagé très tôt dans la résistance où il est devenu un personnage important, encore plus important après la guerre au moment d’écrire l’histoire mais seulement jusqu’à ce qu’un historien, juif et communiste, mette en doute la véracité des faits de résistance qu’il s’attribue. Eva ne pourra jamais découvrir la vérité, plusieurs témoignages non concordants circulent, chacun cherchant à exploiter la guerre, ses misères, ses morts et les faits glorieux pour étayer sa propre théorie et sa propre vision de l’évolution du judaïsme avec la création de l’état d’Israël. Eva a laissé des blancs dans son récit, ils sont peut-être encore plus importants que tout ce qu’elle a découvert car ils interrogent et, ainsi, évitent que l’oubli gomme ceux qui ont participé à cette terrible épreuve. Mais, avec sa petite-fille, elle pourra toujours témoigner que « Nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes un peuple de mémoire ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 07:51
Pourquoi je t'aime de Francis Huster

Après la rupture de son couple, Francis Huster s’interroge sur la séparation qui, finalement, brise toutes les unions quelle que soit leur nature. Tous les couples se séparent un jour sauf quand les deux personnes, qui le constituent, décèdent simultanément. Pour que tout soit bien clair, je tiens à préciser que ce que j’écris ici n’est que le fruit de ma compréhension de ce texte et du ressenti après ma lecture, rien n’est vérité démontrée, tout est très subjectif.

 

Dans l'ouvrage, Francis Huster dissèque l’amour qu’il a partagé avec une femme, un amour qui s’est effiloché, défait, anéanti dans le désert de l’incompréhension mutuelle. Ils n’avaient pas les mêmes attentes, les mêmes aspirations, ils n’avaient pas le même statut, la même expérience de la vie, ils voulaient explorer des chemins différents. Lui, dans une démarche progressive, cherche à comprendre ce qu’est l’amour, à se comprendre lui-même, à comprendre l’autre, à se faire comprendre à l’autre, aux autres, à se justifier, à expliquer pourquoi il a raison, à vider son sac d’un reste de  rancœur, à dire comment il s’est sacrifié pour tenter de  se donner raison.

 

Sa réflexion commence par une question  :  qu’est-ce qu’aimer ? Elle évolue ensuite par un exposé sur ce qui peut influencer la réponse : la force naturelle qui pousse l’homme à aller de l’avant, à aimer pour se reproduire, à assurer la pérennité de l’espèce ; l’éducation reçue - « J’accuse à la fois les parents, l’éducation – qu’elle soit civile ou religieuse -, de ne pas avoir su, dans la majorité des cas, nous apprendre à bien nous conduire » ; le rôle du destin qui fait se rencontrer deux êtres qui vont s’aimer pour toujours ou pour un bout de temps. Aimer, c’est cette alchimie qui résulte de la rencontre de deux personnes qui trouvent chacune dans l’autre, ce qui leur donne envie de vivre ensemble et de participer à la pérennité de l’espèce.  « Oui, aimer, c’est faire croire à l’autre que notre jardin secret, lui seul aura le droit de le connaître ».

 

Dans une écriture enfiévrée qui suinte encore  la souffrance de la rupture, Francis Huster explique ce qu’il pense de l’amour en général et de son amour en particulier. Il pose en préalable qu’aimer c’est d’abord s’aimer soi-même, qu’il est impossible d’aimer sans s’aimer soi-même. Il rapporte ensuite ce qu’il a compris, ce qui change entre deux êtres qui s’aiment et pourquoi l’amour fait changer. En passant du « vous » au « il », au « vous » pour accuser, au « il » pour prendre à témoin, prévenir, avertir, généraliser, il dissèque l’échec qu’il partage avec sa compagne, précisant que les lecteurs pourront en tirer quelque enseignement : « J’écris ce livre pour que les gens qui s'aiment puissent réussir ce que je n’ai pas su réussir, moi : savoir aimer ».

 

J’ai lu ce livre comme le récit d’une débandade amoureuse écrit par l’un des membres du couple essayant d’évacuer sa souffrance en l’étalant largement, mais aussi en accusant l’autre de ne pas l’avoir compris, de n’avoir pas su le comprendre, cela avec le souci et  la grandeur d’âme de dévoiler sa propre culpabilité. Et pour conclure,  je cite cette phrase qui ne manque pas de noblesse et d’abnégation : « La beauté de la vie, c’est de tout laisser derrière soi. Pour les autres. Par amour ». Que tous les amoureux en fassent bon usage !

 

Denis BILLAMBOZ


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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 08:15
La théorie du parapluie de Ralph Vendôme

Né à Beyrouth, résidant à Bruxelles depuis de longues années, Ralph Vendôme m’a fait découvrir avec ce recueil de nouvelles, Le Scalde, un éditeur que je ne connaissais pas encore. Ce premier recueil comporte une quinzaine de nouvelles relativement courtes qui mettent en scène des personnages ayant une expérience déjà conséquente de la vie ou au contraire des jeunes moins expérimentés mais nourris des connaissances plus actuelles. Une façon de faire cohabiter deux générations complémentaires, la première ayant notamment beaucoup de choses à apprendre à la seconde qui, elle, peut aussi apporter certaines connaissances liées aux technologies, mœurs, œuvres artistiques ou culturelles plus actuelles. 

 

L’auteur met en scène ces personnages dans des situations plutôt banales de la vie quotidienne, des scènes paisibles où se cachent cependant des failles, des lacunes, des absences, des frustrations, des rêves irréalisés, des attentes oubliées, des désespoirs acceptés. Des situations où brusquement un grain de sable grippe la machine et, comme un battement d’ailes de papillon déclenchant un ouragan en Mer de Chine, entraînent brutalement les protagonistes dans des chutes irrémédiables. La double culture méditerranéenne et nord-européenne de l’auteur se retrouve dans ses textes où de nombreux personnages viennent d’ailleurs, comme lui, avec leurs cultures et leurs mœurs dont ils nourrissent les histoires qu’il met en scène et en écriture. Une écriture qui ressemble à ses histoires, paisible, calme, tranquille, empathique, mais qui cache souvent des événements d’une cruelle réalité, voire d’une réelle violence.

 

Ce livre est un vrai lien intergénérationnel entre ceux qui jettent un regard en arrière sur la vie qu’ils ont vécue et ceux qui essaient d’imaginer la vie qu’ils vont construire. Ce sont aussi des nouvelles qui soulignent parfois, d’un vif trait de plume, les défauts de notre société comme celui-ci par exemple : « Son grand-père observe la scène avec satisfaction. Son petit-fils est gros, paresseux et poltron. « Mais il aime les filles, c’est déjà ça. »  Voilà qui est souligné en douceur mais  pique en plein de cœur de la cible sans esbroufes inutiles.

 

Denis BILLAMBOZ


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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 08:13
La maison du Belge d'Isabelle Bielecki

Dans ce troisième tome d’une trilogie qui comporte « Les mots de Russie », évoquant les origines russes de son père, et « Les tulipes du Japon », racontant l’époque où elle travaillait dans une société nippone, Isabelle Bielecki raconte la vie d’Elisabeth, une femme qui lui ressemble étrangement, quand elle est tombée amoureuse d’un homme riche exerçant de nombreux mandats dans la sphère économique et financière bruxelloise. Un soir, en revenant chez elle, elle entre dans le logement de sa voisine et amie décédée, prise de nostalgie, elle lui rappelle la vie qu’elle menait quand elle vivait encore et la vie qu’elle mène maintenant qu’elle n’est plus là pour la soutenir et la conseiller.

 

La vie d’Elisabeth est  compliquée, elle a déjà vécu avec deux hommes, elle est mère de famille, elle a la cinquantaine mais elle vit seule, elle n’en peut plus, son corps demande de l’amour et son cœur de l’affection. Elle a besoin d’une présence, il lui faut un homme qui l’aime et la fasse vibrer. Un jour, un bel homme distingué, Ludo, l’accroche, il est riche et puissant, il s’intéresse à elle, Cupidon les réunit, leur histoire commence par de folles étreintes. Désormais la vie d’Elisabeth déborde, elle doit composer avec ses activités professionnelles de plus en plus accaparantes, son irrépressible besoin d’écrire et sa vie amoureuse et mondaine avec Ludo. Elisabeth sort d’un burn out et d’une longue période d’amnésie provoqués par un patron nippon très méprisant. Sa vie professionnelle dans cette société a été compliquée, elle l’a racontée dans l’opus précédent. Dans celui-ci, elle parle peu de son emploi si ce n’est pour dire qu’il devient de plus en plus accaparant et qu’il empiète davantage  sur le temps qu’elle pourrait consacrer à ses écrits ou réserver à son amant. 

 

Sa vie littéraire est la plus importante pour elle, c’est une activité nécessaire à sa reconstruction, un devoir envers son père décédé qui lui avait demandé d’écrire ses mémoires pour défendre sa cause et donner sa version de ce dont on l’accusait, soit les relations qu’il aurait eues pendant la guerre avec les Allemands alors qu’il était encore citoyen russe. Elle n’a pas pu écrire ce texte, elle était trop jeune pour comprendre les motifs qu’on la priait de soutenir. Et, depuis, elle culpabilise. Elle s’est lancée dans l’écriture d’un roman pour  rendre justice à son père et étouffer la culpabilité qui l’étreint de ne pas l'avoir fait plus tôt. Elle écrit aussi de la poésie et du théâtre qu’elle s’efforce de faire jouer sans grand succès.

 

Mais, c’est Ludo qui occupe la place principale dans ce livre, Ludo qui la sort dans les premières, l’invite au spectacle et au restaurant, l’emmène en vacances, en week-end, en croisière dans des résidences  de luxe. Ludo qui la comble physiquement. Ludo avec qui elle partage de véritables orgies bachiques. Ludo dont elle est le complément parfait. Mais, Ludo qui est aussi un grand manipulateur, lui laissant espérer le mariage sans jamais lui proposer, lui promettant son soutien éditorial sans rien faire dans ce sens, l'assurant d'un prêt dont elle ne verra pas le premier sou, etc.  Ludo qu’elle voudrait quitter mais elle ne le peut pas et il ne le veut pas. Ludo qui vieillit et décline irrésistiblement. 

 

Dans ce texte d’une grande densité, écrit comme dans l’urgence, Isabelle embarque le lecteur dans son histoire d’amour qui remonte à la surface, son enfance malheureuse avec une mère violente et méprisante. D’une écriture fébrile, passionnée, une écriture évoquant le tempérament slave avec tous les excès qu’il peut générer : sentiments débordants, réactions impulsives, passions exubérantes, amours subversifs, cuites phénoménales. Elisabeth est sortie de son angoisse et de son amnésie, mais elle est tombée sous  la coupe de son tempérament et dans les rets de son amant. Son amour peut mourir, sa carrière littéraire décoller, sa vie prendre un autre tour. Elle se raconte à Marina, son amie décédée qui ne peut, hélas, plus entendre ses confidences et lui proférer des conseils pleins de bon sens et surtout lui demander d’écrire, d’écrire encore et encore …


Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 09:33
Les pas perdus du Paradis de Catherine Deschepper

 

Dans ce texte à la fois drôle, vif, alerte, truculent, émouvant, touchant, Catherine Deschepper évoque des problèmes graves, préoccupants, dramatiques, sans jamais sombrer dans la sinistrose démoralisante, ni l’angoisse d’un futur tragique ou même apocalyptique. La gravité de la situation, qu’elle décrit, ne disparait jamais derrière la drôlerie de la situation, au contraire, la cocasserie de cette aventure la rend encore plus réelle, plus concrète, plus sensible.

 

C’est une histoire de migrants et une belle histoire d’amour impossible entre deux adolescents de seize ans, un Français  et une Erythréenne cherchant un lieu de vie pérenne en Europe pour fuir son pays en guerre. Ils sont jeunes, Cupidon les foudroie de sa première flèche. Dans un contexte qui englobe la problématique des migrants, qui errent à travers l’Europe pour gagner la Grande-Bretagne, l’auteure juge préférable de prêter sa plume à Nathan afin qu'il conte lui-même sa rencontre avec Saïma. Leurs mères se connaissent, la jeune fille  fréquente la même école que lui et ses potes Nico, Ben et Tom. Tous les quatre apprivoisent peu à peu la jeune africaine qui essaie de s’intégrer le mieux possible à ce nouveau milieu. Mais, par un soir de pluie, la jeune fille sonne chez Nathan en pleurs, elle annonce que la police a arrêté sa mère et sa sœur et qu’elle s’est sauvée pour se réfugier dans la seule maison qu’elle connaît, celle de la famille de Nathan. 

 

La mère de Nathan héberge la fille pour la nuit en espérant que celle-ci leur portera conseil. Elle portera surtout conseil à Nathan et Saïma qui échafaudent un plan audacieux consistant à planquer la jeune fille chez la grand-mère de Nathan, en assurant la logistique de l’opération avec l’aide de leurs trois amis. Ils embarquent Mamynou, la grand-mère excentrique qui commence à perdre un peu la boule, dans cette téméraire aventure. Une folle épopée s'amorce. Par chance, la grand-mère et la jeune fille font bon ménage et deviennent très complices, mais les frasques de la grand-mère ne peuvent pas éternellement rester à l’écart des regards. Les trois amis doivent élaborer d’autres plans, faire face à de nombreux aléas imprévus et à la virulence de la police et de l’administration peu enclines à laisser des migrants roder dans le pays.

 

Les quatre amis vont déployer des trésors d’imagination et de débrouillardise pour que la jeune Erythréenne puisse rester en France où les tourtereaux pourraient poursuivre leur belle histoire d’amour. Leur imagination, leur intelligence, leur maturité forcent l’admiration des adultes qui finissent par se rallier à leur cause. Une plaisante histoire d’amour, de tolérance et d’amitié, une bonne réflexion sur l’acceptation étrangère et la cohabitation entre les générations, les jeunes pouvant aider les vieux qui les hébergent, les adultes pouvant écouter les jeunes qui, eux aussi, ont quelques idées … Et une histoire drôle et touchante, amusante et émouvante, un récit qui peut faire rire, sourire et mouiller les yeux.

 

Catherine Deschepper est née à Louvain-La-Neuve, l’année où naissait… Louvain-la-Neuve (Belgique). Elle est docteure en langue et littérature médiévales et enseigne la didactique du français aux futurs instituteurs. Elle intervient également en formation continue des enseignants et collabore à des projets de recherche en maîtrise de la langue.

Outre ses publications plus scientifiques, elle est co-auteure d’une collection de manuels destinés à proposer aux enseignants du primaire des activités pour développer les compétences orales des élèves (Ça te parle ? - Éditions Erasme, 2014).

Elle vit à Bruxelles.

 

Denis  BILLAMBOZ

 

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 08:16
Une falaise au bout du monde de Carl Nixon

 

Le 4 avril 1978, John Chamberlain conduit sa famille pour une visite touristique dans la région la plus sauvage de Nouvelle-Zélande, la West Coast de l’île du sud. Il est en retard, la nuit tombe, la pluie aussi, la route est très dangereuse, la voiture dérape sur une large flaque d’eau, dévale le ravin avant de plonger dans les gorges d’une rivière en crue. La famille est portée disparue : John, sa femme Julia, leurs enfants Katherine, Maurice, Tommy et la petite dernière Emma, aucune trace n’est visible depuis la route, personne ne soupçonnera cet accident. Arrivé directement de Londres pour prendre un nouvel emploi à Wellington, personne n’attend John avant plusieurs jours. En novembre 2010, Suzanne, la sœur de Julia, apprend que des ossements appartenant à Maurice ont été retrouvés au pied d’une falaise bordant la Mer de Tasman. Ces reliques montrent qu’il aurait vécu plusieurs années après l’accident.

 

Dans un texte très construit, constitué de scènes comme des pièces de puzzle que le lecteur assemble pour découvrir l’aventure de la famille Chamberlain ou du moins de ce qu’il en reste, Carl Nixon raconte l’histoire des trois plus grands enfants qui ont survécu à l’accident, parallèlement aux démarches entreprises par Suzanne pour savoir ce qui est advenu de la famille de sa sœur. Les trois aînés ont survécu à l’accident, ils ont été recueillis par un homme rustre et brutal, seul habitant d’un minuscule hameau avec une vieille femme tout aussi fruste. Ils vivent dans une autarcie presque parfaite dans laquelle ils veulent inclure les enfants en les faisant travailler durement sans leur laisser la possibilité de chercher une issue à leur situation. Ils n’ont plus que le choix d’accepter leur sort en se fondant définitivement dans la vie de la vallée avec les deux rustres ou tenter une évasion périlleuse aux risques de leur vie.

 

Dans ce roman noir, Carl Nixon évoque une région particulièrement sauvage et bien peu connue de la Nouvelle-Zélande, une région propice à ceux qui voudraient essayer de vivre en totale autarcie et en parfaite harmonie avec la nature comme certains le prône actuellement. Mais, aussi, une région très accueillante pour ceux qui auraient un passé à faire oublier ou des frasques à dissimuler. Les infrastructures y sont sommaires et les habitants plutôt sauvages, seuls des touristes  avides de sensations fortes s’aventurent dans cette région. Suzanne y fera plusieurs expéditions et une enquête sérieuse.

 

Le nœud de ce roman réside dans le dilemme qui s’impose aux enfants : le retour définitif à la nature avec deux êtres frustes mais simples avec leurs vices, leurs secrets et leurs combines ou le retour à la civilisation en affrontant leurs geôliers et l’exubérance naturelle et géographique qui les encercle. In fine, un très bon roman, une belle histoire d’aventure comme personne ne soupçonne qu’il peut encore en exister et un dilemme qui peut faire réfléchir ceux qui rêvent d’un retour définitif et absolu à la nature d’origine. La construction de l’intrigue est particulièrement efficace et agréable, elle permet de faire avancer le récit sans aucune longueur et sans sombrer dans les traditionnelles scènes d’horreur, plus souvent pathétiques et grotesques qu’épouvantables.

 

Denis BILLAMBOZ


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L'auteur

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 09:28
L'homme qui voulait boire la mer de Pan Bouyoucas

A cinquante-huit ans, Lukas, un Grec exilé à Montréal où il a réussi dans la restauration, est visité dans ses rêves par la jeune fille dont il était amoureux depuis l’école primaire et qu’il a abandonnée sur une plage de Leros, leur île natale, un soir, alors qu’il avait dix-sept ans et elle douze. Il n’a pas eu le courage de résister à la volonté de ses parents souhaitant le voir rompre avec cette fille pas assez bien pour lui. Avant de quitter ce monde, il voudrait lui demander de lui accorder son pardon pour ce lâche abandon, un pardon sans lequel il croit qu’il ne pourrait pas trouver la paix dans l’autre monde.

 

Un soir, après avoir dérogé à son poker rituel, il rentre tard et reste dans sa voiture après l’avoir remisée au garage, prend un somnifère afin d’être certain de dormir pour que la jeune fille Zéphira lui rende visite et qu’il puisse lui implorer son pardon. Mais il a omis de couper le moteur de l'automobile qui dégage des fumées toxiques, ce qui lui fait très vite perdre conscience. Heureusement, la locataire du rez-de-chaussée s'inquiète de ce long séjour au garage, s'y rend et le découvre agonisant. Son intervention permet l’évacuation de Lukas vers un hôpital où les médecins, le supposant perdu, voudraient lui prélever quelques organes encore sains mais son épouse résiste contre vent et marée.

 

Pendant son transfert à l’hôpital et les longues négociations entre les médecins et sa famille, Lukas accomplit un long périple héroïque, digne d’une odyssée mythologique, au sein d’un immense cimetière où il rencontre des gens qu’il a connus, des gens qui l’aiment, d’autres qui lui en veulent un peu, beaucoup, passionnément, lui tendant les pires traquenards auxquels il échappe grâce à l’intervention de Zéphira. Mais, à son grand dam, celle-ci s’esquive avant qu’il ait pu lui quémander son pardon, si bien qu’il reste en équilibre entre le monde des vivants et celui des morts, espérant vivre encore grâce au pardon de la jeune fille. 

 

Ainsi l’auteur propose-t-il au lecteur une aventure onirique et l’invite-t-il à explorer l’espace qui, comme dans la mythologie grecque, existerait entre la vie et la mort. Lukas naviguerait ainsi dans cet entredeux, là où les anciens évoluaient. Ce texte puise son intrigue au cœur des légendes grecques et dans certaines croyances issues d’un syncrétisme entre les religions antiques et les religions monothéistes plus récentes. Comme dans la mythologie, on retrouve les mêmes symboles sexuels, chaque personnage a une aventure, un désir, un écart qu’il lui faudra bien avouer un jour.

« Je n’ai jamais dit qu’on pouvait se servir des rêves pour changer le passé, mon ange. On peut faire de petites visites en rêve à ceux qu’on aime, oui, mais refaire l’histoire ? Personne n’a ce pouvoir… »

 

Dans cette épopée, Pan Bouyoucas évoque non seulement la culpabilité et le culte nécessaire qu’il faut rendre aux aïeux pour accéder au monde des morts et y être accueilli en paix et la recherche de la vérité qu’il faut transmettre à sa descendance, tant il est convaincu que la sérénité éternelle ne sera accessible qu'à ceux qui  l’auront méritée. 

 

« Je me suis lancé dans ce rêve pour redresser le tort que je lui avais fait et dire tout ce que je n’avais pas su lui dire par le passé, afin de m’en libérer et de vivre en paix, avec ma famille, les années qui me restaient… »

 

C’est avec grand plaisir que j’ai acquis ce texte dans une vente de livres d’occasion, ainsi que plusieurs autres  titres, et j’ai toujours été ravi de ces lectures. Je trouve celui-ci un peu rocambolesque mais l’Odyssée, l’Iliade et de nombreuses légendes grecques ne le sont-elles pas aussi ?


Denis BILLAMBOZ


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Pan Bouyoucas

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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 10:32
Chambre avec vur sur l'océan de Jasna Samic

Ce livre est le seul de la tétralogie que Jasna Samic a consacré à Sarajevo, sa ville de cœur et d’origine, rédigé en serbo-croate avec une traduction de Gérard Adam en collaboration avec l’auteure et il est désormais, comme les trois autres tomes, disponible en français. Cet opus est divisé en trois parties : la première écrite comme un durant la guerre de Bosnie, la seconde comme un avant et la troisième comme un après. Quand la guerre éclate en Bosnie, Mira, qui est un peu Jasna elle-même, se trouve à Paris où elle séjourne pour les nécessités de son métier de musicienne. Totalement démoralisée par le martyr infligé à Sarajevo, par les souffrances et les privations insupportables endurées par la population, notamment sa famille et ses amis, elle perd progressivement tout espoir en assistant au triste spectacle donné par ses compatriotes en exil à Paris. Ils sont tout autant désorganisés que les factions bosniennes sur le terrain, peut-être plus encore, division irréversible qui conduit à la haine et à la violence, aux règlement de comptes et aux manipulations.

 

Mira se démène dans la capitale française pour essayer de vivre de sa musique tout en apportant une aide précieuse à ceux restés au pays. Elle se rend rapidement compte que toutes les manifestations, où elle est invitée ou convoquée, ne servent qu’à faire valoir les intérêts de ceux qui les organisent. De même qu’elle constate bien vite que les promesses, qu’on lui fait, ne sont que très rarement honorées. Elle ne supporte plus la condescendance de ceux qui font semblant de compatir au drame bosnien, ne supporte plus de quémander sans cesse, ne supporte plus les profiteurs et manipulateurs qui l’entraînent dans des démarches dont ils sont les seuls à pouvoir espérer tirer un quelconque profit.

 

La passivité de ceux qui devraient être les alliés de son pays la démoralise, le déracinement lui pèse, la santé des siens restés au pays la mine, l’attitude de ses concitoyens la dégoute, elle ne tolère même plus l’aigreur passive de son mari, son couple part à vau l’eau, elle voudrait rentrer au pays où sa tante se meurt, mais c’est impossible. Alors, pour trouver une raison de vivre encore, elle se souvient de la saga familiale, comment ses aïeux ont construit une famille multiethnique, puisant dans des origines diverses et pratiquant, ou ne pratiquant pas, des religions différentes. Elle raconte comment chacun des membres de cette famille a parcouru le chemin, parfois douloureux, parfois plus joyeux qui a conduit le Bosnie au cœur d’un conflit où trop de choses concourraient à construire un immense foyer de haine pour qu’un avenir paisible soit envisageable. 

 

Et, quand les canons se sont tus, elle est rentrée au pays pour retrouver les siens mais tous n’étaient pas là, et ceux qui étaient toujours là n’étaient plus les mêmes, la terreur avait laissé des stigmates trop profonds pour être sans effets, des traumatismes inguérissables, des déchirures encore plus douloureuses que celles qui existaient avant. Les obus tombaient mais les rumeurs, les manipulations, les coups bas causaient encore davantage de dégâts. Les projectiles frappaient aveuglément, les coups bas avec une plus grande précision. La Bosnie était devenue le champ de bataille de nombreux conflits internationaux, la chasse gardée de très nombreuses organisations plus ou moins mafieuses, la plaque tournante de tous les trafics possibles. Trop d’intérêts y sont encore en jeu pour qu’un jour les Bosniens espèrent retrouver la paix sous les frondaisons des forêts et terrasses de ce qui fut leur beau pays. La paix semble pire que la guerre, Mira a perdu espoir, les coups bas ne l’ont pas épargnée, Jasna non plus. Elle n’était pas là quand les Bosniens de tous les camps souffraient et mouraient, certains ne le lui pardonnent pas et d’autres utilisent cet argument pour rejeter ceux qui pourraient jouer un rôle dans le nouveau pays. Aux confins des grands empires d’Orient et d’Occident, la Bosnie serait-elle condamnée à vivre perpétuellement dans la terreur, la haine et la violence ?


Denis BILLAMBOZ


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Chambre avec vur sur l'océan de Jasna Samic
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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 09:25
Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson

Dans la petite ville suédoise de Sigtuna, entre Stockholm et Uppsala, une pasteure à la retraite est découverte morte baignant dans une mare de sang. La police, ne constatant aucune blessure apparente sur la dépouille, décide de ne pas ouvrir d’enquête et de transférer celle-ci au service d’anatomopathologie chargé d’élucider les décès inexpliqués par mort non violente. Mais un examen un peu plus poussé laisse entrevoir l’hypothèse d’une mort relevant du domaine de compétence de la médecine légale. Après bien des discussions, le corps est transporté dans ce service où il est autopsié par un jeune assistant français sous la houlette de son mentor, un médecin légiste hongrois particulièrement sourcilleux et pointilleux. Celui-ci demande des analyses complémentaires, jugées inutiles par son disciple, pour détecter l’éventuelle présence d’arsenic et de métaux lourds dans le corps de la victime.

 

L’arsenic et le plomb étant bien présents à forte dose, de nouvelles hypothèses sont donc possibles. Assistés par un praticien spécialiste de la médecine environnementale, par une pomologue, médecin en retraite elle aussi, et par quelques autres spécialistes des sciences environnementales et des métaux lourds, les deux légistes échafaudent des hypothèses toutes plus complexes et aléatoires les unes que les autres. Aucune ne donnent entière satisfaction, toutes contredisent un ou plusieurs détails constatés lors de l’analyse. Le mystère semble s’épaissir au fur et à mesure que l’enquête progresse.

 

Dans ce roman, j’ai eu l’impression que l’auteur ne cherchait pas essentiellement à trouver une solution particulièrement astucieuse à son intrigue, j’ai  eu davantage le sentiment qu’il tentait d'expliquer comment la victime était décédée en construisant une enquête menée par deux légistes férues de chimie et plus particulièrement de la chimie de l’arsenic et des métaux lourds. La partie de l’enquête consacrée à l’action de ces éléments est très détaillée, elle s’appuie sur des analyses et des connaissances extrêmement pointues. Les légistes, et ceux qui les assistent, s’affrontent sur la base d’arguments faisant appel à des notions chimiques très élaborées.

 

D'autant que l'ouvrage  ne concerne pas seulement la chimie et les méfaits de l’arsenic et des métaux lourds dans l’environnement en Suède, il dresse un portrait de la société suédoise en mettant en évidence ce qui peut éventuellement contraster avec celle de la France : une plus grande ouverture aux étrangers dans l’accès aux responsabilités, une plus grande place réservée aux femmes dans la hiérarchie administrative, y compris la police, des différences notoires dans l’organisation des divers services concernés par cette enquête. Il dépeint aussi les Suédois par opposition aux Français en illustrant les différences à travers cette citation : « … si on voulait conserver son emploi dans un pays où l’évitement du conflit était poussé jusqu’à l’absurde et où la moindre remarque était prise comme une attaque personnelle insupportable ». Les Suédois ont un tempérament bien trempé, ils sont respectueux des lois et règlements mais se révèlent susceptibles et délicats dans leurs rapports sociaux. Peut-être les Français sont-ils moins respectueux des contraintes administratives et de leurs prochains? Au final, un roman plus social et scientifique que policier, une intrigue plus touffue que logique, l’enquête ne progressant pas en éliminant les hypothèses les unes après les autres mais  en les additionnant, et un auteur qui connait bien la Suède et la France, la Suède pour en être un ressortissant, la France pour y vivre. Le meilleur compromis pour sous-entendre certaines comparaisons entre les deux pays.

 

Denis BILLAMBOZ


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