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31 mars 2021 3 31 /03 /mars /2021 08:38

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Ainsi étions-nous avant la connaissance,

A l’instant où l’univers se fit image en notre esprit.
La terre était neuve alors, elle brillait d’un feu ardent.
L’homme parlait à ses troupeaux,
La femme sur lui levait un regard de soeur.
En ces temps nos coeurs habitaient nos corps, immensément.
Me penchant à la fenêtre,
Je voyais comme à travers un voile notre jardin.
Comment accède-t-on à l’impénétrable ?
La folie a pris le pas sur la raison.
L’invisible a cessé de nous rêver.
J’écris pour ne pas me perdre.
Je note au fur et à mesure mes impressions.
Souvent la poésie me quitte, je m’égare
Parce qu’en route j’ai lâché le fil ténu de l’enfance.
Ah ! L’enfance ! Nous nous y réfugierons
Lorsque le monde aura achevé de vieillir.
Confiants, nous franchirons des frontières que nous croyions abolies.
La nature s’offrira à nous,
Ce sera l’aube, l’origine,
L’ère du rayonnement, peut-être.

 


On ne lit rien à la surface des mots
Mais feignons d’en deviner le sens.
Personne ne va au-devant de ceux qui s’éveillent,
A moins que l’enfant ne nous ait mis en sommeil pour la vie...
Léogane, une demeure à la pointe d’une île blanche,
Un lieu où descendre au fond de soi.
C’est un cérémonial dans lequel on entre,
Un itinéraire commencé avant l’aube.
L’enfant nous guide d’un pas de sourcier.
Une cloche tinte. Elle nous rappelle que le temps
Laisse en nous l’empreinte de ses dents voraces.
Le péril est au bout de cette longe qui nous tient attentifs.
N’allons pas au-delà du signe sur la pierre,
Du tatouage sur la rive abordée.
A nos épaules le temps pèse de tout son âge
Tandis qu’au loin se perçoit le murmure des orges et des blés.


 

Jadis, sur les plaines,

Il y avait des brumes,

Dans les hêtres pleureurs

Des battements furtifs.

La vie était à son zénith.

Au large, la mer essaimait ses lames grises.

Non, je ne te demanderai pas de te souvenir,

Seulement de me dépeindre le monde

Imprévisible qui t’habite.

L’immensité repose en toi.

Ton regard est plus insondable que l’univers.

Rien qui n’y soit pas depuis toujours.

Une lueur tempère les ténèbres,

Partout se respire une persistante odeur d’oyat.

 

 

Admettons que les choses

Ne fassent que semblant de recommencer.

Lorsque l’œuvre sera accomplie, la parole dite,

Qu’auras-tu à m’apporter de meilleur,

A me confier de nécessaire ?

Une fête s’installera dans son décor gaufré.

Les baraques de tir, les manèges,

Les vieilles mélodies, les clowns plus tristes

Que des soldats à la parade,

Cette joie monotone pour notre avril.

Peut-être me diras-tu : il se fait tard ?

J’aurai un petit rire. Il pleuvra.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( extraits de " PROFIL de la NUIT " )

 

 

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 10:42

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Pour nombre d'entre nous, Boris Pasternak n'est autre que l'auteur d'un roman " Le docteur Jivago " qui inspira au cinéaste David Lean  un film qui, pour plusieurs raisons, reste un grand moment de cinéma : tout d'abord parce qu'il brosse sur la révolution russe une fresque impressionnante, ensuite pour l'admirable interprétation des deux principaux acteurs Omar Sharif et Julie Chritie, enfin pour la beauté glacée des images qui nous rendent fidèlement l'atmosphère du roman. Même s'il est bien vu d'une certaine intelligentsia de moquer l'oeuvre de David Lean et  "le sirop flonflonnant de Maurice Jarre" - ce long métrage a pris rang parmi les oeuvres qui honorent le cinéma et que je revois, personnellement, avec un égal plaisir, simplement parce que les sentiments exprimés  sont justes et souvent poignants et que le réalisateur, sans éviter certaines facilités et simplifications, n'en a pas moins filmé les scènes d'une caméra élégante et sensible. Mais le principal mérite de ces superproductions est de nous donner l'envie d'en savoir davantage sur les romans et les écrivains qui les ont rédigés.


Qui est Boris Pasternak ? Un écrivain russe qui fut, comme la plupart des auteurs de son temps, muselé par le pouvoir bolchevique :

Leurs prophètes se transforment en vent
En cendres leurs poètes
Ils n'auront plus la lumière du jour

Plus d'eau et plus jamais d'été.



Boris était né à Moscou le 10 février 1890 dans une famille d'artistes aisés. Après des études classiques, il se passionna pour la musique, étudia la composition musicale qu'il délaissera au bout de six ans pour s'inscrire à la faculté d'histoire et de philologie. Il s'orientera ensuite vers la philosophie, passera un semestre à l'Université de Marbourg, voyagea en Suisse et en Italie et terminera ses études à Moscou. Bien que plus ou moins marqué par les mouvements littéraires en vogue, les écrits de Pasternak prouvent, en même temps que son effort pour s'intégrer à son époque, son refus d'accepter les normes imposées. Il préconise " une pensée nouvelle plutôt qu'un pur langage". C'est à sa formation musicale et philosophique qu'il devait en partie la facture originale de sa poésie, souvent déroutante et rebelle à la traduction. Mais la double emprise de la musique et de la philosophie n'expliquerait pas tout sans l'apport de sa foi, une foi absolue, totale, confiante, qui donne à l'ensemble de ses textes un ton rare, parfois inspiré.



C'est dans les années 30 que Pasternak découvre avec horreur la violence exercée sur les paysans pour les amener de force dans les kolkhoses, qu'il réalise les traitements infligés aux  artistes, dont la plupart se voient relégués sous les miradors ou proscrits et privés de leur nationalité. Cinq poètes majeurs meurent à la fleur de l'âge : Nicolas Goumilev, époux de la grande Anna Akmatova, est fusillé ; Alexandre Blok meurt d'une sorte de consomption : " Le poète meurt parce qu'il ne peut plus respirer. La vie a perdu son sens " - a-t-il écrit ; Serge Essenine met fin à ses jours comme le feront Maïakoski et Marina Tsvétaïeva. Une nuit polaire s'est abattue sur la pensée russe.

 


Pasternak résiste, mais ce qu'il a vu de ses propres yeux dans la région de l'Oural le remplit de désespoir. Malade, il se cantonne désormais dans sa datcha de Peredelkino, vivant, grâce à sa connaissance approfondie des langues étrangères, de la traduction de grands auteurs comme Rilke, Verlaine, Goethe et presque tout Shakespeare. En 1946, après sa rencontre avec Olga Ivinskaïa - avec laquelle, bien que marié, il vivra une intense passion - il commence à rédiger "Le docteur Jivago" qui raconte la vie d'une famille et la passion amoureuse d'un médecin durant les événements tragiques de la révolution russe et dont le but - disait-il -  est de rendre son peuple à son histoire et son âme à la société à laquelle elle appartient.

 

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En 1956, il adresse son manuscrit à 3 revues soviétiques, en même temps qu'il le fait passer en Italie, où l'éditeur communiste Feltrinelli accepte de le publier. Peu après, le scandale soulevé par la parution du chef-d'oeuvre éclate et il doit refuser le prix Nobel de littérature que lui ont attribué les jurés de Stockholm. Au succès triomphal du romancier dans le monde libre, Nikita Khrouchtchev et son équipe opposent une condamnation de l'oeuvre et l'expulsion de l'auteur de l'Union des Ecrivains. Traité de"mauvaise herbe littéraire", de "criminel", férocement persécuté par ses confrères complices du régime, l'écrivain malade, épié, surveillé, va vivre un calvaire jusqu'à sa mort survenue à la suite d'un cancer le 31 mai 1960. Docteur Jivago ne sera autorisé en URSS qu'en 1988. Boris aura été l'un des premiers à déceler la distance grandissante qui existait entre l'idéal révolutionnaire et la pratique communiste. Mais alors que ses proches seront arrêtés ou fusillés comme Boutcharine, il passe miraculeusement à travers les mailles du filet pendant presque 40 ans. En 1936, il sera visité par deux écrivains français dont la sensibilité était très pro-soviétique : Gide et Malraux. On avancera que Staline n'était pas insensible à la beauté de ses poèmes. 

 

                                                Quelle vilenie ai-je faite ?
                                               Suis-je un assassin - un malfaiteur ?
                                             J'ai seulement fait pleurer le monde entier
                                            Sur la beauté de ma terre.

 

Mais tel que me voilà, aux portes du tombeau,
Je crois qu'un jour viendra
Où les forces du mal et de la lâcheté
devront céder à la bonté...
                                                         

                                           ( Extrait de Samizdat - Janvier / Mars 1959 )


Pasternak a entretenu pendant plusieurs années une correspondance suivie et triangulaire avec Rainer Maria Rilke et Marina Tsvétaïeva, tous deux également poètes. Rainer vivait alors en Suisse et Marina était exilée en France. Elle reviendra en Russie en 1939 pour s'y suicider peu de temps après en 1941 épouvantée et meurtrie pas les horreurs du stalinisme. Cet échange épistolaire publié par Gallimard dans la collection "L'imaginaire" surprend par son intensité tragique. Alors que les deux poètes russes admiraient dans le grand poète autrichien l'incarnation de la vie spirituelle et de la poésie dans l'universel européen, Rilke, quant à lui, revivait à travers eux le souvenir qu'il avait conservé de ses voyages en Russie à la charnière du XIXe et du XXe siècle, fascination pour les richesses multiples et artistiques de ce pays immense qu'avait su entretenir son amie Lou Andréa-Salomé. Aujourd'hui l'oeuvre poétique et romanesque de Pasternak est traduite et lue dans le monde entier et  Docteur Jivago a pris place parmi les monuments de la littérature russe, donnant raison à cette phrase terrible de Meery Devergnas : " Au pays de la mort, la terre sera féconde".

 

Je suis comme un fauve dans un wagon,
Ailleurs, il y a les gens, l'espace, la clarté,
Et derrière moi, le bruit de la poursuite
Sans espoir de fuite.

  

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Olga Ivinskaïa qui inspira le personnage de Lara

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Boris Pasternak et Olga Ivinskaïa

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 10:29
Histoire du juif errant de Jean d'Ormesson

À Venise, au pied de la Douane de mer, en face du palais des Doges et de San Giorgio Maggiore, deux jeunes gens, qui s'aiment, vont écouter, le soir, un personnage surprenant qui, comme la conteuse des mille et une nuits, évoquent des aventures extraordinaires. Ses récits vont les entraîner, à travers l'espace et le temps, dans un tourbillon et une succession d’événements présentés sous des éclairages imprévus et en des lieux et des époques qui ont marqué à jamais l’histoire des hommes. Ainsi se familiariseront-ils, de même que les lecteurs que nous sommes, avec des personnages comme Stendhal et Christophe Colomb, des Chinois et des Arabes, le procurateur de Judée et des guerriers vikings. En leur compagnie, nous suivrons le raid israélien sur Entebbe, nous découvrirons l'invention du zéro, les amours de Chateaubriand et de Natalie de Noailles, ce qui compose le quotidien des hommes et contribue à leurs grandeur et à leur misère. L'homme à l'imperméable raconte, avant de disparaître comme il est apparu, ses souvenirs qui se confondent avec la vie et se prétend condamné à l'immortalité pour avoir refusé, sur le chemin du Calvaire, un verre d'eau à Jésus titubant sous sa croix.

 

Reprenant le célèbre mythe du juif errant, Jean d’Ormesson réécrit l’histoire du monde à sa façon, mêlant la légende et la fable à la réalité, sans oublier de glisser un peu d’humour et de pittoresque dans le récit rocambolesque de ce vagabond qui tente de trouver un sens à son destin entre l’inexorable passage du temps et l’assourdissant silence des dieux. Tant que la terre tourne, les rêves se poursuivent pour ce juif errant qui se dit personne et qui est, en définitive, tout le monde, principalement celui qui marche et ne s’arrête jamais car il est interdit d’amour et de mort.

 

«  Mes enfants, dit Simon, il n’y a rien de plus beau que l’histoire des hommes. Pour la raison la plus simple : il n’y a rien d’autre. Les poissons dans la mer, c’est l’histoire des hommes ; les étoiles les plus lointaines et les galaxies qui s’enfuient à tire-d’aile, c’est encore l’histoire des hommes. Une matière sans la vie serait à peine une matière. Une vie sans la conscience serait à peine une vie. Les étoiles, les poissons, les pierres ne seraient rien, ou presque rien, s’il n’y avait pas l’homme pour les voir, et surtout pour en parler. Pour leur donner un sens. Et pour les empêcher d’être quelque chose comme un néant. Les étoiles, les pierres, les poissons dans la mer, les arbres dans les forêts entretiennent avec les hommes des liens obscurs et secrets. Ils sont des étapes, ou des écarts, sur leur chemin. Ils sont emportés dans la même aventure. Tout ce que nous pouvons nommer et décrire, et même l’ineffable dont nous nous risquons à parler, appartient à l’histoire. Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire. Mais tout ce que nous disons et pensons, et jusqu’au reste dont nous disons que nous ne pouvons rien en dire, est au cœur de l’histoire des hommes. »

 

Jean d’Ormesson a rédigé là un livre éblouissant qui ne nous fait pas seulement voyager dans le temps mais dans l’histoire, un livre d’une grande érudition auquel nous pardonnerons quelques longueurs tant le style est vif, les images séduisantes, la plupart des personnages truculents et plein de panache. Nous sommes ici à Rome, à Thèbes, à Byzance, à Ravenne, dans l’Oural ou au fin fond de la Sibérie, au bord de la mer d’Aral, dans les défilés de l’Hidou Kouch, en Chine et chez les Améridiens, avec Alaric et Frédéric II, Néron et la comtesse Thamar, Démétrios et Poppée, Ponce Pilate et Marie de Magdala, Gengis Khân et François s’Assise, car notre conteur n’est autre qu’un homme mémoire, mémoire sans laquelle le temps et l’histoire n’existeraient pas.

 

«  J’ai le vertige du monde, dit Simon. Vous savez ce que je voudrais ? Je voudrais disparaître. Je voudrais tout effacer. Moi d’abord. Et le reste aussi. Mais rien de s’efface jamais. Tout s’accumule et se poursuit. La malédiction n’est pas de marcher. Elle n’est même pas de ne pas mourir. La malédiction, c’est que l’histoire ne s’arrête pas. La roue n’en finit pas de tourner et aucune force du monde, aucune révolution aucune passion, aucun dieu ne pourrait la freiner. Vous souvenez-vous de Sisyphe qui avait, lui aussi, apprivoisé la mort, qui l’avait enchaînée et qui avait été condamné jusqu’à la fin des temps à pousser un rocher vers le sommet d’une montagne d’où il ne cessait de retomber ? Jusqu’à la fin des temps…Je suis un autre Sisyphe.

 

(…) Il n’y a qu’une chose sous le soleil qui mette un terme pour un temps, à l’écoulement perpétuel : c’est l’amour. L’amour nous fait échapper à l’éternel enchaînement. A l’éternel progrès qui n’est qu’un éternel écroulement. Il nous pousse hors de nous-mêmes. Il brise le cercle infernal. Aimer, c’est oublier le monde, le temps qui passe, le malheur d’exister. C’est s’oublier soi-même au profit d’autre chose. C’est découvrir la vérité au-delà des apparences et choisir ce qui dure contre ce qui s’évanouit. En un sens, un Socrate, un Bouddha, le Christ n’ont rien enseigné d’autre. C’est pour m’être refusé à l’amour que je suis tombé dans l’histoire.

 

Quelle leçon tirer de ce remarquable ouvrage publié en 1993, sinon que l’histoire est ce que nous en faisons et que le souvenir est notre propre histoire, celle qui nous fait exister et durer, puisque nous sommes des êtres incarnés dans le temps et l’espace. L’espace me fait exister, dit Simon, le temps me tue.

 

« Voilà. Je ne crois pas à grand-chose, mais je crois à autre chose. Je crois à autre chose qu’à cette somme d’aventures auxquelles je n’en finis pas d’être mêlé dans ce monde que je vous raconte nuit après nuit dans la splendeur de Venise, image paradoxale et fragile de toute l’histoire des hommes. Oui, je crois à autre chose. J’ai rêvé d’écrire, sur le temps et au-delà du temps, une histoire d’éternité. Et ce qui en est le plus proche, c’est un visage de supplicié entr’aperçu un soir, sous le règne de Tibère, dans un faubourg de Jérusalem, au début du printemps.

 

Ainsi marche Ahasvérus ou Simon Fussgänger qui changera de nom tout au long du récit puisqu'il est condamné à errer pour avoir refusé un verre d'eau à Jésus lors de sa montée sur le mont Calvaire (Golgotha). Un texte épique d'où n'est pas exclu un certain étalage culturel mais qui propose au lecteur une réflexion sur l'histoire humaine absolument passionnante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Jean d'Ormesson et les étrangetés du monde

 

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Histoire du juif errant de Jean d'Ormesson
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18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 09:25
Briser en nous la mer gelée d'Erik Orsenna

Erik Orsenna a bâti son roman comme une carte du Tendre et, en amoureux transi, comme un parcours du combattant qui le mènera jusqu’au Grand Nord, au pays des aurores boréales. Je comprends que certains lecteurs aient trouvé qu’il y avait d’inutiles longueurs dans cet ouvrage de presque 500 pages – et je partage ce sentiment – mais probablement sous le charme de cet intarissable conteur, je lui ai emboîté le pas et me suis retrouvée en sa compagnie sur des terres qu’il m’a fait découvrir en une suite d’images subliminales glacées à plaisir. Le titre l’explique.

 

Erik Orsenna se plait à se dire, que dis-je  à s’écrire, car il s’écrit à lui-même en quelque sorte dans ce long texte – il s’analyse et prend une indéniable jouissance à se mettre le cœur en charpie. Mais c’est ainsi, les écrivains ne se lassent jamais de se disséquer et de se raconter à eux-mêmes le pourquoi du comment. En effet, l’académicien a la plume évocatrice et transfiguratrice. Avec lui, la douleur semble belle et un désert de glace un palais des mille et une nuits. Vous avez compris, j’ai  aimé ce roman pour sa tendresse, ses divagations, ses parenthèses souvent superflues, son inquiétude mais, plus encore, pour cette part si grande d’un subconscient flamboyant. A-t-il rêvée cet amour, l’a-t-il vécu, bien entendu le lecteur ne doute pas un instant qu’il y a une grande part de vrai dans ce qu’il nous conte et que tous ces sentiments, mis en orbite et en pages, ont un goût de vérité. Mais ce récit va tellement plus profond qu’un fait divers, la plume sait si bien user de l’imaginaire, la sensibilité vibre si fort comme une percussion, que le récit d’un homme inconsolable qui part au bout du monde, au pays des chercheurs d’or et des glaces éternelles, pour tenter de redonner forme à sa vie, n’a pas manqué de me toucher.

 

D’un restaurant huppé, où tout commence, il nous propose un certain voyage dans la solitude, la dérision, le remords, nous comprenons, grâce à lui, pour quelle raison les glaces ne parviendront jamais à geler un cœur épris. En quelque sorte, un ouvrage d’initiation. L’amour peut être redoutable mais il réserve aussi bien des surprises. Orsenna, qui se plait à bouger, a trouvé là le meilleur moyen de quitter les horizons trop étriqués de nos villes. Cet homme apprécie de partir, en quelque sorte … de s’éloigner et  c’est là où le bât blesse. Il s’éloigne trop vite de ce qui l’enchante, sans doute par crainte de ne plus être enchanté.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


 

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Briser en nous la mer gelée d'Erik Orsenna
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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 09:20
Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement

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Après une enfance heureuse, Marceline Desbordes-Valmore, née le 20 juin 1786, perd sa mère à 15 ans de la fièvre jaune en Guadeloupe, où mère et fille s'étaient réfugiées auprès d'un cousin pour des raisons mal connues, mais probablement liées à des difficultés conjugales. Si bien que la petite fille rentrera seule en France huit mois plus tard et, pendant la traversée, subira une violente tempête, se faisant attacher à l'un des mâts pour admirer la mer en furie, si bien que l'on conçoit sans peine que la succession de ces épreuves aient d'ores et déjà aguerri son caractère et enfiévré son imagination. Rentrée à Douai chez son père, elle s'engage au théâtre local, puis à celui de Rouen et bientôt, le succès aidant, elle joue à Paris et sur diverses scènes. Mais l'écriture, et particulièrement la poésie, ne cesse de la solliciter et son premier roman, pour une bonne part autobiographique, "L'atelier du peintre" prouve qu'elle est attentive à la création artistique quelle qu'elle soit. Mais, en ce temps-là, la difficulté d'être femme et de s'affirmer, même dans le domaine des arts, est immense et, d'entrée de jeu, elle est considérée comme un auteur mineur juste bon à mettre en valeur le talent des autres et, à propos de cet ouvrage, celui de son oncle le peintre Constant Desbordes.

 

Néanmoins, Marceline refuse d'abandonner, elle veut inscrire son nom parmi les lauréats de l'Ecole française. A l'époque où elle rédige ses premiers poèmes, la société cultivée s'emballe pour des romans comme "Paul et Virginie" de Bernardin de Saint-Pierre ou "Atala" et "René" de Chateaubriand, si bien que tout être qui a de l'ardeur et du sentiment risque d'être entendu, pour peu que sa plume soit à l'égal de son coeur. Chez Marceline, l'ardeur va soudainement s'épanouir avec bonheur lorsqu'elle rencontre l'amour en la personne d'Henri de Latouche, amateur de poésie, sensible à la nouvelle école romantique, à qui l'on doit l'édition des oeuvres d'André Chénier, mais cette passion, médiocrement partagée, sera davantage pour elle l'apprentissage de la souffrance amoureuse.

 

Elle avait fui de mon âme offensée ;

Bien loin de moi je crus l'avoir chassée :

Toute tremblante, un jour, elle arriva,

Sa douce image, et dans mon coeur rentra :

Point n'eus le temps de me mettre en colère ;

Point ne savait ce qu'elle voulait faire ;

Un peu trop tard mon coeur le devina.

 

Sans prévenir, elle dit : " Me voilà !

Ce coeur m'attend. Par l'Amour, que j'implore,

Comme autrefois j'y viens régner encore."

Au nom d'amour ma raison se troubla :

Je voulus fuir, et tout mon coeur trembla.

Je bégayai des plaintes perfides ;

Pour me toucher il prit un air timide ;

Puis à mes pieds en pleurant, il tomba.

J'oubliai tout dès que l'Amour pleura.

 

De cet amour qui " lui avait tout pris jusqu'au bonheur d'attendre ", Marceline émergea, délivrée de ses rêves illusoires. Avec son nouveau compagnon, Lanchantin, dit Valmore, comédien sans grand talent qui l'épousera, elle connaîtra les dures nécessités de la vie d'un acteur pauvre et les épreuves d'une existence précaire que vint assombrir encore la perte d'une enfant toute jeune. La poésie sera le refuge d'une sensibilité à fleur de peau dans des oeuvres où transparaît la volonté de s'inscrire en faux contre le malheur, ce lot commun à l'humanité et où l'on surprend les sanglots de la femme douloureuse habitée d'une indéfectible espérance.

 

L'orage de tes jours a passé sur ma vie ;

J'ai plié sous ton sort, j'ai pleuré de tes pleurs ;

Où ton âme a monté mon âme l'a suivie ;

Pour aider tes chagrins j'en ai fait mes douleurs.

...
 

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j'aime encore ;

J'écarte devant toi les ombres du chemin :

Comme un pâle reflet descendu de l'aurore,

Moi, j'éclaire tes yeux ; moi, j'échauffe ta main.
 

...


Comme un ange accablé qui n'étend plus ses ailes,

Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,

Cache ton auréole aux vives étincelles :

Moi je suis l'humble lampe émue à ton côté.

 

Ou encore :

 

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !

 

Quelle est-elle, en définitive, la poésie de Marceline Desbordes-Valmore durant les années 1830 - 1850, sinon le sentiment et la parole du malheur qui ne cessent de frapper, également la foi religieuse qui se veut consolatrice. Renonçant à chercher l'exceptionnel et le sublime, Marceline privilégie le mouvement d'adhésion, la simplicité émouvante, le chant des larmes et la profération mélancolique, s'approchant d'un Virgile et de ses pastorales. Aussi naïfs qu'apparaissent ses vers, l'aisance du rythme - une rapidité d'eau qui court - assure à jamais la fraîcheur du partage et l'art du songe. Ce sont sans doute "Les roses de Saadi " qui ont le mieux établi sa célébrité au sein de la littérature française: 

 

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;

Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes

Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées

Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.

Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée.

Ce soir, ma robe encor en est toute embaumée...

Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

 

D'autre part, la vie de Marceline sera marquée par la quête du père. Si elle fut le poète de l'adhésion à une terre et à un lieu, il n'en reste pas moins que la figure paternelle sera une constante source d'inspiration. C'est cette présence - ou cette absence - qui l'encourage à "frayer la terre sous l'étoile ". Père biologique mais aussi Père surnaturel vers lequel elle élève sa poétique, Père qui insuffle " le pur amour ", initie son aspiration à la lumière, habite une pensée qui, non loin de "la tendresse réelle" console, glorifie et transcende. Elle meurt le 2" juillet 1859. à l'âge de 73 ans.

 

J'irai, j'irai porter ma couronne effeuillée

Au jardin de mon père où revit toute fleur ;

J'y répandrai longtemps mon âme agenouillée :

Mon père a des secrets pour vaincre ma douleur.

 

J'irai, j'irai lui dire, au moins avec mes larmes :

"Regardez, j'ai souffert..." il me regardera,

Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,

Parce qu'il est mon père il me reconnaîtra. 

 ...

 O clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô père !

Votre enfant qui pleurait vous l'avez entendu !

Je vous obtiens déjà puisque je vous espère

Et que vous possédez tout ce que j'ai perdu.

 

Vous ne rejetez pas la fleur qui n'est plus belle,

Ce crime de la terre au ciel est pardonné.

Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,

Non d'avoir rien vendu, mais d'avoir tout donné.

 

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Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement
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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 09:16
Les coeurs inquiets de Lucie Paye

Pour un premier roman, Lucie Paye a choisi un thème original, celui de deux êtres qui s’interrogent sur une cause essentielle : l’absence. L’absence d’un être aimé pour elle, l’absence d'inspiration pour lui, l'un et l'autre remettant en cause le sens même de  leur  vie. A travers leurs monologues, le lecteur plonge dans la douleur laissée par l'amour sacrifié de la femme et l’inquiétude suscitée par l'œuvre inaccomplie de l'homme, double réflexion qui n’en compose qu’une seule : celle de leur complexité et de leur exigence intérieure.

 

Cette méditation sur un sujet difficile est conduite de main de maître par l'auteure qui évite les pièges avec superbe, entre autres ceux de brouiller les pistes et de noyer le lecteur dans une énigme compliquée, cela grâce au fil sensible qu’elle tisse au long des pages et qui éclaire avec délicatesse la lente évolution de chacun des protagonistes à maîtriser sa vérité intérieure qui est  un amour sacrifié pour l’une et une œuvre en gestation pour l’autre.

 

Si bien que rien ne sera perdu de ces quêtes secrètes, de ces parcours dont le phrasé dénoue peu à peu le mystère et sublime la réalisation finale de l’œuvre du peintre. Car, qu’est-ce qui soudain est apparu sur sa toile lors d’une interrogation qui paraissait sans suite ? Voici la force de ce livre et son dénouement dont chaque lecteur découvrira avec émotion et intérêt la richesse poétique :

 

« Cette composition lui est venue spontanément. Il n’a pas réfléchi. Elle s’est présentée à lui d’un coup. C’est un format plus petit. La femme y est de dos, face à un miroir. L’une de ses mains est posée contre, comme au carreau d’une fenêtre. Le pinceau trouve son chemin. Le reflet de la femme dans la glace naît peu à peu. Son visage émerge comme tiré d’un long sommeil. Une statue repêchée au fond des océans. Les yeux sont sombres, les lèvres entrouvertes. Le pinceau force la matière. La peau s’épaissit et s’échauffe. Il sent et il écoute cette femme. Le chevalet n’existe plus, ni la toile, ni  le temps. Il est la voix et les caresses, la chair et les songes. Il est cette bouche qui prononce des mots oubliés. Une porte s’ouvre. Dans le reflet du miroir la femme le voit enfin, aimante et apaisée. »


Un roman qui ouvre à cette auteure de 45 ans  les portes de l’avenir littéraire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 10:18
Qu'une étoile se lève ... ô mon Prince ! Prière

Qu’une étoile se lève au large de la mer
je te la dédierai,
qu’une lune pose sur l’horizon l’orbe rousse des songes
je l’entretiendrai de toi,
que, sous la cendre bleue, le feu couve
et les légendes se mettent à causer, ô mon prince !
Pareil au seigneur, étranger à son empire,
tu descends parmi les saules et les lentilles,
le cours du temps amoureux de la terre noire.
En quelle ère lointaine, inconnue de la mémoire,
es-tu né pour offrir à la postérité ce visage immuable ?
Semblable au potier, tu modèles ta pensée,
pareil à César, tu effaces les traces
des heures trop vite ensevelies sous la poussière.
Au passé, tu refuses cette épopée du deuil
qui tente parmi les ombres un ultime passage,
comme si la mer, amarrée à sa lande,
s’était engagée à la victoire. Mais non, il faut attendre !
Mon prince résolu n’a point encore armé de flotte pour la conquête,
il regarde les ténèbres se faner dans sa main,
rose funèbre, effeuillée, sans parfum.
Est-il trop tôt, est-il trop tard,
pour que la terre, oublieuse de sa genèse,
se libère des entrailles nocturnes qui la tiennent,
dépréciée et sans règne,
et que, dans un sursaut, elle renaisse enfin,
hors de l’espace et hors du temps,
toute d’espérance et délivrée, ô mon prince,
selon ta volonté et selon ta promesse,
prête à appareiller vers le Royaume
accessible seulement à l'esprit ?

 

 

J’entends des rumeurs :
des voix nous disent
que le temps a achevé son œuvre.
Ne craignons pas,
tout le fini s’efface. Ce n’est plus l’heure
du doute et de l’effroi.
Quels feux illuminent nos saisons,
quelle brume cache le provisoire à nos yeux ?
Et pourquoi nos paupières seraient-elles lasses,
alors que l’on surprend des rires et des chants,
que pas à pas nous avançons
dans l’ivresse sainte du pardon ?

 

Armelle Barguillet Hauteloire Extraits de « Profil de la Nuit – Le temps fragile »

 

 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 07:37
La promesse de l'aube de Romain Gary

En écrivant « La promesse de l’aube », l’écrivain Romain Gary, deux fois prix Goncourt, offre à sa mère le plus vibrant des hommages, un portrait bouleversant d’une femme hors du commun qui, dès la naissance de son unique enfant, en fît le centre de son existence, l’objet de ses ambitions, un univers à lui seul qu’elle contribuera  à bâtir afin qu’il devienne l’homme exceptionnel dont elle rêvait, le seul être auquel elle dédiait son ambition, son exaltation, sa foi :

« Quant à moi, élevé dans ce musée imaginaire de toutes les noblesses et de toutes les vertus, mais n’ayant pas le don extraordinaire de ma mère de ne voir partout que les couleurs de son propre cœur, je passai d’abord mon temps à regarder autour de moi avec stupeur et à me frotter les yeux, et ensuite, l’âge d’homme venu, à livrer à la réalité un combat homérique et désespéré, pour redresser le monde et le faire coïncider avec le rêve naïf qui habitait celle que j’aimais si tendrement. »

 

Après la Pologne où ils résidèrent quelques années, la mère et son fils vinrent habiter Nice, dans cette France à laquelle Mina vouait une sorte d’admiration enfantine et touchante, le plus beau pays du monde, selon elle, celui qui avait conservé le goût de ses valeurs. A cette époque, Mina confectionnait des chapeaux mais avait eu le tort de se faire passer pour une succursale de Paul Poiret, le grand couturier parisien, un rêve de plus qui allait lui coûter sa réputation : « Elle n’eut aucune peine à confondre ses détracteurs, mais la honte, le chagrin, l’indignation comme toujours chez elle, prirent une forme violemment agressive. »

Il est vrai que Mina n’est pas femme à se laisser abattre. Elle se remet de cette mésaventure, crée un salon de couture et, bientôt, la riche clientèle de la ville vient s’habiller chez elle. Les fruits de cette soudaine prospérité vont lui permettre d’offrir à son fils une gouvernante française, d’élégants costumes de velours et  des leçons de maintien, tant elle rêve que son enfant ait un destin hors du commun, ce dont elle ne doute pas un instant. Malheureusement, celui-ci ne parvient jusqu’alors qu’à gagner le championnat de ping-pong en 1932 …

 

Désormais, mère et fils vivent dans cette plaisante station balnéaire de la côte d’azur où Roman  Kacew poursuit ses études au lycée, tandis que Mina tente de vendre les objets précieux qu’elle a rapportés de Russie. Finalement, elle travaille pour une agence, fait du porte à porte et tente encore et toujours de gagner sa vie afin que son fils ne puisse avoir honte de sa condition. Mère courage s’il en est, elle n’a d’autre horizon que celui d’un destin exceptionnel pour Roman : « Ma mère venait s’asseoir en face de moi, le visage fatigué, les yeux traqués, me regardait longuement, avec une admiration et une fierté  sans limites, puis se levait, prenait ma tête entre ses mains, comme pour mieux voir chaque détail de mon visage, et me disait : « Tu seras ambassadeur de France, c’est ta mère qui te le dit. »

Son baccalauréat en poche, Roman Kacew s’oriente vers des études de droit et commence à rédiger des textes, à noircir des cahiers, tant sa mère se persuade qu’il sera un Tolstoï ou un Victor Hugo. Tant qu’à faire, Mina ne lésine jamais sur la qualité et surtout le prestige. « Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à vivre à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. »

 

Tandis que le fils s'applique à composer un chef-d’œuvre immortel, sa mère exerce tous les métiers pour assurer le quotidien, lit les lignes de la main, change leur appartement en pension animale, assure la gérance d’un immeuble et agit comme une intermédiaire dans des ventes de terrain. Car elle ne flanche jamais. Son rêve la tient debout comme la déesse d’un imaginaire qui ne fait jamais la différence entre est et sera.

En 1933, Roman s’inscrit à la faculté de droit d’Aix-en-Provence. Ses examens passés, il est incorporé à Salon-de-Provence le 4 novembre 1938 pour y faire son service militaire avec l’espoir d'obtenir un rang convenable de sous-officier de l’armée de l’air. Hélas ! il est collé pour le simple motif qu’il est naturalisé depuis moins de dix ans et sort simple caporal.

« J’ai toujours regretté, depuis, qu’à défaut du général de Gaulle, le commandement de l’armée française ne fût pas confié à ma mère. Je crois que l’état-major de la percée de Sedan eût trouvé là à qui parler. Elle avait au plus haut point le sens de l’offensive, et ce don très rare d’inculquer son énergie et son esprit d’initiative à ceux-là mêmes qui en étaient dépourvus. »

 

A Bordeaux, où il est transféré, Kacew devient instructeur de navigation sur Potez-540 et nommé sergent. Mais la guerre est déclarée et le succès foudroyant de l’offensive allemande place soudain la France défaite sous la protection du maréchal Pétain et du général Weygand. A Bordeaux, où il se trouve alors, le jeune homme décide de rejoindre l’Angleterre et de Gaulle. Par téléphone, il annonce son départ à sa mère qui, dans un sanglot, s’écrie : «  On les aura ! »  « Ce dernier cri bête du courage humain le plus élémentaire, le plus naïf, est entré dans mon cœur et y est demeuré à tout jamais. – il est mon cœur. »

Cette guerre va être longue, difficile, des cinquante aviateurs que Kacew fréquente sur les aéroports, trois seulement assisteront à l’armistice. Heureusement, pour conserver le moral, le jeune aviateur reçoit de sa mère des lettres fréquentes qui le rassurent sur sa santé et sa vitalité alors que lui-même est atteint en 1941 s’une typhoïde compliquée d’hémorragies intestinales dont il guérit par miracle, l’armée ayant déjà organisé ses funérailles. « Ses premières lettres m’étaient parvenues peu après mon arrivée en Angleterre. Elles étaient acheminées clandestinement par la Suisse, d’où une amie de ma mère me les réexpédiait régulièrement. Aucune n’était datée. Jusqu’à mon retour à Nice, trois ans et six mois plus tard, j’ai été soutenu ainsi par un souffle et une volonté plus grande que la mienne et ce cordon ombilical communiquait à mon sang la vaillance d’un cœur trempé mieux que celui qui m’animait. »

Ainsi cette mère, se sachant atteinte d’un cancer inguérissable, a-t-elle imaginé de rédiger, à l’intention de son fils, ces deux-cent-cinquante lettres qui n’avaient d’autre but que de soutenir le moral, d’insuffler courage et confiance à son dieu vivant, alors qu’elle était morte depuis trois années déjà. En refermant ce livre de mémoire, on ne peut douter un instant que cet amour fut le feu secret qui ne cessa de nourrir et d’animer le destin flamboyant de l’écrivain Romain Gary.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 12:21
La littérature a-t-elle un avenir aujourd'hui ?

Si la poésie est quasi en voie de disparition en cette seconde décade du XXIe siècle, qu'en est-il de la littérature ? Quelle place tient-elle encore dans notre culture et, à la lumière de son passé, qu'en est-il de son avenir ?


La raison d'être de la littérature est d'exprimer l'homme, ses rêves, ses aspirations, sa réalité tout entière. Aussi est-elle au premier chef un témoignage. De La chanson de Roland à Alain Robbe-Grillet elle n'a cessé de témoigner de la grandeur et de l'absurdité des choses, de la fidélité à l'engagement et du désarroi de la culpabilité. Elle est en elle-même un fait vivant, mouvant, remuant et cette vitalité, qui l'anime, n'a d'autre cause que la validité qu'ont les idées à exercer dans les livres une forme de radioactivité. Cela tient également aux auteurs qui ont eu pour objectif d'imprimer à leurs écrits leur force de persuasion et le rayonnement spirituel de leur temps. Ce sont ceux que Maurice Barrès nomme les bienfaiteurs. Sans leur contribution, la pensée et l'art ne bénéficieraient pas du même éclat et notre civilisation du même retentissement. Que serait, en effet, la poésie française sans Villon et Baudelaire, la pensée moderne sans Descartes ? Il y a, d'une part, les hommes et autour d'eux, une époque qu'ils inspirent ou subissent ; d'autre part, les lieux d'influences : les chambres des dames, les cours d'amour, les étapes de pèlerinage, la maison des princes, les champs de bataille, les salons, les cafés, les académies. Et, par-dessus, l'esprit du siècle, s'il est grand. La Renaissance fera Ronsard, le XVIIe Racine, Molière et Bossuet, le XVIIIe Voltaire et Diderot, le XIXe les Romantiques, le XXe Valéry, Proust, Camus et le XXIe ?


Entre ces créateurs et ces créatures, à la fois miroir de la vie, tableau de l'esprit et histoire des hommes, la littérature est à elle seule un monde dans sa pluralité, sa longue coulée ininterrompue. Mais à quel prix ? Rappelons-nous l'autorité, les superstitions, l'injustice, l'esprit de revanche, la routine, la police des moeurs qui n'ont cessé de l'opprimer et de ralentir sa progression. Rutebeuf était un gueux aux pieds nus, Villon se lamentait au fond d'un cachot, Montaigne et Rabelais étaient contraints à des précautions pour ne pas avoir maille à partir avec la Sorbonne et l'Inquisition. Tel est, de siècle en siècle, le prix du talent et la foi en ses idées qui peuvent, de par leur audace ou leur modernité, heurter momentanément l'opinion publique pour la raison qu'ils la devancent dans ses voeux et l’ébranlent dans ses assises.


De nos jours, la critique aime à parler de crise et elle n'a pas tort. Il est évident que le monde l'est en permanence. Et la littérature ne peut y échapper, dans la mesure où elle est l'une des fleurs de la conscience humaine. Au point que le roman s'interroge aujourd'hui sur ses moyens et sur ses fins et que le mélange des genres crée une confusion regrettable, du simple fait que les auteurs se réclament d'une sincérité et d'une vérité qu'ils se refusent à reconnaître dans d'autres miroirs que les leurs. Ici on emprunte au poète, là au philosophe, ailleurs à l'homme de cinéma, voire au peintre abstrait. Le théâtre, lui-même, se cherche entre le film et la tragédie, le travail de laboratoire et le grand jeu populaire, tandis que la critique, au-delà de l'appréciation des formes, tente de définir la nature du langage et les catégories permanentes de l'esprit humain.


Heureusement une crise ne signifie pas nécessairement un appauvrissement... Même si la littérature doit traverser une période de défaveur et le roman céder une part de sa place, le fait littéraire perdure. Lui qui est l'instrument de conservation et d'accroissement par excellence du capital humain. N'est-ce pas un nouvel homme qui prend lentement conscience de lui-même et, ce, au prix d'une inévitable mutation et de réels traumatismes. Car à la crise politique s'est jointe une crise morale : les bouleversements de la logique et des mathématiques n'ont-ils pas suggéré une autre idée de la raison ; ceux de la psychologie et de la psychanalyse une autre idée de la conscience, ceux des sciences physiques et des techniques une autre idée de la puissance ? Enfin le travail des explorateurs a précisé à l'homme sa place sur l'échiquier du monde et celui des grands humanistes une idée plus complète et plus riche de sa diversité ethnique. Dans n'importe quel pays, désormais, un écrivain sait ce qu'il doit à Shakespeare et Montaigne, Goethe et Pascal, Nietzsche et Dostoiëvski, Poe et Faulkner, Cervantès et Dante dans sa formation personnelle, le jeu de ses influences et l'écho qu'il entend donner à son oeuvre.


Si la littérature se refuse à tomber dans les pièges de la sous-culture et du néant, si elle garde la foi en sa vocation de tenir le juste équilibre entre les extrêmes, le rêve et le réel, le chimérique et le possible, équilibre certes provisoire, mais qu'elle a su conserver à travers tant d'épreuves, d'échecs et de fractures, l'espoir demeure qu'elle maintienne sa permanence dans le temps, tout en accompagnant l'esprit dans sa marche et l'homme dans son inquiétude.

 

 

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29 juillet 2020 3 29 /07 /juillet /2020 08:59
Virginia Woolf peinte par Roger Fry

Virginia Woolf peinte par Roger Fry

Les oeuvres romanesques de Virginia Woolf ont fait leur entrée dans la Pléiade, consécration suprême pour l'un des grands écrivains britanniques du XXe siècle, hommage aux variations impressionnistes d'une plume qui se plaisait en une alternance savamment dosée de transparence et d'opacité. Femme douée d'hypersensibilité, Virginia Woolf passait sans transition de la dépression la plus totale à l'exaltation la plus vive, demeurant dans son imaginaire en un halo de songes et de réminiscences très proustiennes comme elle l'exprime dans "Vers le phare" ( 1927 ), évocation d'une petite fille perdue au beau milieu " de cette spacieuse cathédrale " qu'est l'enfance. Elle n'en sortira jamais, captive en permanence du flux et reflux de sa vie intérieure, "ces moments d'être" - précisait-elle en un style délié et ondoyant qui savait si bien dire l'essence des choses, les inflexions de l'âme, les détresses de l'esprit et les caprices du monde.

 

Née en 1882 dans une famille recomposée et érudite, entourée de livres, tout la prédisposait à la littérature à laquelle son père, éminent critique et lecteur assidu, l'entraînera très vite. Sa première épouse n'était autre que la fille de William Thackeray, l'auteur des "Mémoires de Barry Lyndon". Ainsi  Virginia croisera-t-elle, dès son jeune âge, des personnalités comme Henry James à qui elle sera redevable de la technique narrative dite "le courant de conscience" et de quelques autres sommités de l'époque.

 

Peu après le décès de son père en 1904, elle s'installe à Bloomsbury, un quartier bohême londonien où, chaque jeudi, elle recevra quelques-uns des artistes les plus prometteurs, dont le romancier E.M. Forster, le biographe Lytton Strachey, les peintres Roger Fry et Duncan Grant et l'auteur Léonard Woolf qu'elle épousera sans l'aimer pour autant. Tous deux formeront le "Bloomsbury Group", cénacle et foyer d'incubation des arts avant la Grande Guerre avec un côté anti-conformiste affirmé et volontiers hippie avant l'heure. La promiscuité s'y prêtant, les liaisons homosexuelles se multiplieront auxquelles Virginia cédera, ayant connu de nombreuses amitiés féminines dont certaines se transformeront en amour, ce sera le cas avec Katherine Mansfield et Vita Sackville-West qui lui inspireront l'une et l'autre la biographie imaginaire d'Orlando ( 1928 ), créature androgyne et baroque à la croisée des genres.

 

Son mari sera pour elle un père plus qu'un amant, père tyrannique l'accusera-t-elle à tort, car cet homme, ayant renoncé à sa propre carrière littéraire qui s'annonçait prometteuse, se consacrera entièrement à elle, devenant son infirmier, son aide-soignant et lui évitant probablement l'internement. Ensemble, ils lanceront en 1917 l'une des plus fécondes aventures éditoriales de la première moitié du XXe siècle : la Hogarth Press qui publiera des auteurs comme Freud, Eliot, Rilke et quelques autres de même pointure, sans oublier Virginia évidemment.

 

En tant qu'écrivain, elle sera à l'aise dans tous les registres : critique, biographie, lettre, roman, autobiographie, récit, servi par un style fantasque qui sait épouser  les prismes de couleur et se livrer sans retenue à la poésie comme à la fiction, aux descriptions de la nature comme aux aveux intimes. Ainsi couche-t-elle sur le papier, et selon son inspiration et les circonstances, les perfidies humaines et les vérités profondes, cédant tantôt aux désespoirs les plus fous, tantôt aux éblouissements les plus enfantins, avec cette grâce d'écriture qui n'appartient qu'à elle. Sa sensibilité vibrante et sa fragilité assumée lui permettront d'illuminer ses pages de la magie de l'illusion comme l'exprime le titre de l'un de ses ouvrages "La traversée des apparences" ( 1915 ). En définitive, il ne se passe presque rien dans ses livres, l'action est reléguée au second plan au bénéfice des monologues intérieurs, des rêveries précieuses, des réflexions sur le quotidien, le vain, l'inutile, qui tout à coup s'octroient une importance troublante. Si Virginia Woolf a retenu l'insignifiance des choses, c'est qu'elle la considérait comme signifiante de la condition humaine.

 

Chez elle l'écriture était une résurrection, une tentative d'exister et de se perpétuer au-delà de soi. Cet univers étonnamment désincarné évoque l'aquarelle où se promèneraient, à peine visibles, des personnages évanescents, en apesanteur dans un monde qui seul fixe le trait. Dès son adolescence, Virginia se sentira à l'étroit dans une société édouardienne où le rôle des femmes était encore mal défini. C'est ce qui fera d'elle une féministe confirmée qui ne se privera pas de venger son sexe comprimé par les mâles victoriens. Ainsi en sera-t-il dans "Une chambre à soi" ( 1929 ) et "Trois Guinées" ( 1938 ) qui, sans constituer l'essentiel de son oeuvre, lui a mérité la quasi béatification de la part des mouvements féministes.

 

Mais ne la réduisons pas à cela, l'essentiel de sa production romanesque ne met en avant aucune thèse particulière. Ce qui la singularise n'est-ce pas davantage sa féminité étrange, l'imprégnation du mystère qu'elle dégage et la puissance de ses évocations poétiques ? Plus que féministe, elle est intensément féminine et jamais plus que dans ses livres où l'on sent si bien se dessiner les frontières qui séparent les hommes des femmes. L'idée d'être incomprise, tout ensemble futile, subjective et délaissée baigne la plupart de ses oeuvres. Il y a chez elle une délectation morose, mais comment en serait-il autrement de la part d'une femme qui n'a cessé de monologuer avec la mort depuis sa jeunesse ! Cette mort qu'elle rejoindra volontairement le 28 mars 1941 à l'âge de 59 ans. Elle qui avait goûté à l'ivresse et à la folie se savait parvenue au terme de son voyage terrestre et s'accordait l'ultime liberté de choisir son moment et son heure pour quitter le monde des apparences pour l'autre. Lestée de lourdes pierres, elle se laissera glisser dans l'onde glacée d'un cours d'eau, afin de se dissoudre dans l'élément liquide, elle qui avait écrit dans son ultime ouvrage "Entre les actes" ( 1941 ) cette phrase prémonitoire : "Puisse l'eau me recouvrir". Ainsi disparaissait physiquement pour mieux renaître littérairement cette femme-enfant que Marguerite Yourcenar, autre grande dame des lettres, décrivait ainsi : "Un pâle visage de jeune Parque à peine vieillie, mais délicieusement marquée des signes de la pensée et de la lassitude".

 

Oeuvres romanesques de Virginia Woolf - Gallimard/La Pléiade - 2 volumes 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Virginia Woolf et son père

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