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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 06:28

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Allongé sur le sable ou alangui dans un transat, vous passerez un bon moment avec ce petit polar qui se déroule dans le milieu de la peinture et vous pourrez étoffer votre culture tout en vous détendant et en prenant même du plaisir si, comme moi, vous aimez les maîtres flamands.

 

 

Le Triomphe de la mort

Patrick Weiller ( ? - ….)

 

 

Il était joli ce livre, il a attiré mon regard, je l’ai empoigné, la une de couverture évoquait Bruegel, un peintre, en fait une famille de peintres, je l’ai feuilleté, il parlait de la peinture de l’Âge d’or de la Flandre, il avait donc beaucoup d’arguments pour me séduire, alors je l’ai choisi et je l’ai lu très vite, dès le lendemain.  Je n’ai été ni déçu ni comblé. Le livre est présenté comme un polar qui se déroule dans le milieu de l’art et plus spécialement dans le milieu restreint des marchands de tableaux qui s’intéressent aux petits maîtres flamands, mais l’intrigue policière se résume à très peu de choses, même pas le tiers du livre donc, ceux, qui aiment les belles enquêtes avec des limiers rompus à toutes les combines pour déjouer les assassins les plus retors, seront certainement déçus. Moi, je me suis consolé avec tout ce que j’ai appris sur la vaste famille Bruegel, j’en connaissais deux ou trois qui avaient magné le pinceau avec agilité mais le récit en dénombre au moins cinq qui sont présentés dans un arbre généalogique bien pratique pour comprendre le fonctionnement de cette large fratrie. J’ai aussi voyagé avec le héros dans les plus grands musées d’Europe et chez les galeristes les plus célèbres même s’ils sont purement fictifs, leurs affaires ressemblent certainement à celles des marchands d’art des grandes capitales européennes.


 Ainsi ai-je accompagné le héros, contacté par la police après l’assassinat d’un marchand d’art parisien, bientôt suivi par le meurtre d’un autre marchand à Londres et d’un troisième à nouveau à Paris, qui remarque que ces meurtres figurent tous les trois dans un tableau attribué à un Bruegel et recopié en plusieurs exemplaires par ce même Bruegel et même par un autre membre de la famille. La police, évidemment, ne veut pas suivre l’artiste dans son hypothèse pas assez cartésienne, mais le héros, marchand d’art avisé tout comme les trois victimes, a l’œil affuté, peut-être encore plus affuté que le nez des policiers chargés de l’enquête à Londres, Paris et Stockholm.


Un moment de détente agréable, seulement troublé par l’usage un peu agaçant de formules toutes faites, de mots du jargon déjà beaucoup trop utilisés, d’un vocabulaire un peu trop banal pour parler d’art et surtout des maîtres flamands.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 07:27

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Vous savez certainement depuis plusieurs années désormais que j’ai un petit faible pour la littérature caribéenne et notamment la littérature haïtienne : tant de talent au milieu de tant de misère. Cette fois, j’ai sombré sous le charme de Lyonel Trouillot et de ce texte qui est un véritable coup de cœur.

 

 

La belle amour humaine

Lyonel Trouillot (1956 - ….)

 

 

Anaïse vient à Haïti chercher les traces de son père qu’elle a à peine connu, elle entreprend un  long  voyage vers le petit village côtier où il vivait avant le grand incendie que le chauffeur de son taxi raconte, il raconte comment ce jour-là la pêche a été bonne, comment les hommes ont bu et chanté et comment les femmes les ont embrassés sans se rendre compte que les deux maisons jumelles brûlaient. Dans ces deux solides maisons vivaient une brute noire, un ancien colonel sanguinaire, et un vieux mulâtre escroc, arnaqueur, usurier impitoyable. Deux êtres malfaisants que le sort avait réunis pour le malheur de ceux qui les rencontraient ou presque, deux êtres qui conjuguaient à merveille leurs vices et leur violence pour construire leur fortune. « Rien, mis à part la cruauté, ne pouvait justifier l’amitié qui lia jusque dans la mort le colonel… et l’homme d’affaires… ». Le mulâtre, l’homme d’affaires, était le grand-père d’Anaïse, le père de celui qu’elle recherche et qui a disparu après le grand incendie sans laisser la moindre trace.

La route est longue entre la capitale et Anse-à-Fôleur, le village du grand-père, et le chauffeur raconte, raconte ce qu’il sait mais surtout ce qu’il ne sait pas, ce qu’il ne veut pas dire, ce qu’il ne peut pas dire car raconter ce qui a été ne sert à rien, ce qui compte c’est aujourd’hui et peut-être demain s’il existe pour ces gens de misère qui vivent selon le temps haïtien, le temps présent, l’immédiateté ; le passé est révolu il n’a pas de futur à nourrir, l’avenir est trop aléatoire. La justice en ce pays n’a pas de sens, quelle forme peut-elle prendre pour avoir une signification pour la jeune fille ?

Ce texte est une image grandeur nature d’Haïti à notre époque avec ces deux vieux qui représentent la corruption sans vergogne, la violence cynique et toute la théorie des malheurs et misères qui accablent cette demi-île damnée depuis qu’elle a conquis son indépendance ;  et avec cette cohorte de miséreux qui vivent au jour le jour en attendant la prochaine catastrophe ou la prochaine machination funeste fomentée par le pouvoir souvent très autoritaire. « La mort demeure pour le vivant la plus banale des occurrences, la seule qui soit inévitable. La mort ne nous appartient pas, puisqu’elle nous précède ». Mais les gueux ont leurs secrets, leurs traditions, leur façon de transmettre leur culture dans les chants et les danses qu’eux seuls comprennent. Et Anaïse trouvera peut-être la clé de son avenir dans ses rites…

Et moi, je garderai de cette lecture l’extraordinaire exubérance de Lyonel Trouillot qui me rappelle la truculence de René Depestre, cette façon de mettre du soleil, de la musique, de la joie, du rythme dans les mots pour que les histoires paraissent moins cruelles, moins douloureuses, que la vie semble plus joyeuse sous le soleil des Caraïbes. Je crois l’avoir déjà écrit, avec eux la misère paraît moins pénible au soleil. Cette misère que les touristes croient comprendre et que les associations humanitaires essaient de vaincre sous le regard ironique de l’auteur qui sait, lui, depuis toujours faire la part de la fatalité et de la révolte. «Si tu vas là-bas, il te faudra trouver quelque chose à leur donner. Ce n’est pas dans leur habitude de demander, mais qui c’est qui n’aime pas recevoir ! ». Miséreux éternellement mais dignes toujours !

« On dirait que tout, ici, … renvoie à la question : Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ? A quel piège suis-je venue me livrer comme la plus naïve des voyageuses ? »

 

Denis BILLAMBOZ


 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 07:39

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Les vacances approchent, je vous propose donc un petit voyage en Polynésie, à Moorea plus précisément, en lisant quelques poèmes d’Isidore Hiro, l’aède local.


 

Poème du temps

Isidore Hiro (1947 - ….)

 

Ce court recueil de poèmes est introduit par la généalogie et une biographie de l’auteur car « c’est notre façon traditionnelle de procéder : celui qui va parler se présente, dit d’où il vient, qui sont ses ancêtres, qui il est. Il n’y a pas d’anonymat chez nous (en Polynésie) ».

Isidore Hiro nous rappelle ainsi le lien très fort qui unit l’homme à sa terre. On doit se présenter en disant d’où l’on vient et d’où viennent ses parents. Il n’écrit pas spécialement pour faire œuvre de littérature mais essentiellement pour rappeler aux Polynésiens, ceux de Moorea notamment, où il est né et où il est revenu pour terminer sa carrière et vivre sa retraite, parce qu’il appartient corps et âme à un peuple qui a une terre, une langue, une culture. Ce qu'il déplore, c'est que trop d'entre eux abandonnent leur culture au profit d'une modernité apportée par ceux qui se sont appropriés cette terre qui ne leur appartient pas. C’est à une leçon de bonne conduite polynésienne qu'il entend se livrer. « Puisse ces textes redonner courage et espoir à ceux qui luttent pour conserver leur identité et donner ou redonner à d’autres le goût de leur culture et de leur langue si précieuses et irremplaçables ».


Le temps est aussi une grande préoccupation de l’auteur, « j’ai écrit pour parler du Temps : l’ancien temps, le temps présent et le temps à venir… » car le temps est immuable, seuls, les hommes changent et en Polynésie, ils ne changent pas pour la bonne cause, pour la défense de leur identité.

 

« Ô, toi le temps,

Tu es toujours le même

Dans les temps anciens,

Hier,

Aujourd’hui,

Demain et après demain,

Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. »

 

La modernité a envahi la Polynésie comme elle a submergé le reste du monde et Isidore Hiro cherche à stigmatiser cette déviance :


« C’est ainsi… C’est l’époque moderne.

C’est le temps des bradeurs de terres, des voleurs de terres, »

 

C’est aussi le temps de l’inquiétude et de l’angoisse, le temps du désespoir mais peut-être aussi le temps de tout changer, de renouer avec la tradition de tout récurer pour que vive le peuple mäôhi.

 

« Ma culture en train de sombrer dans l’oubli,

Mon identité mäôhi en train de s’anéantir,

Le nom de mes ancêtres en train de s’effacer,

C’est l’époque du grand nettoyage. »

 

Ce recueil a été écrit en 1999, publié en 2000 en langue tahitienne et réédité en 2009 en version bilingue tahitien et français. Je l’ai acheté au Salon du livre de Paris, l’année de l’Océanie.


Denis BILLAMBOZ

 

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 08:26

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Ce roman est présenté comme un journal intime autobiographique débuté le 13 octobre 1952 et achevé le 19 août 1953. Mais comment reconnaître dans ce texte la fière « Jacinthe noire », étudiante rebelle dans une institution où elle était mal acceptée, où la jeune fille rêveuse et romantique qui déambulait dans la « Rue des Tambourins » à Tunis ?

 

 « L’amant imaginaire » n’est qu’une longue plainte, une jérémiade, un cri de souffrance, un avilissement insupportable devant un homme indigne d’elle, d’une femme mal mariée, encore assez jeune pour séduire un bel homme, d’une femme que les hommes qu’elle a rencontrés, n’ont pas su éveiller quand elle n’était encore qu’une jeune fille à la recherche de son identité sexuelle et des émois de la chair. Une jeune femme qui rêvait d’avoir été Constance Chatterley devant son vaillant garde forestier et qui devenait frigide devant son mari, résignée devant un amant qui lui préférait des amis de son sexe et inaccessible aux autres hommes et même aux femmes qu’elle a approchées timidement. C’est, selon l’éditeur, l’histoire de Taos Amrouche elle-même quand elle avait trente-cinq ans, qu’elle vivait platoniquement avec un peintre sans succès, épousé pour fuir la solitude, alors qu’elle était folle amoureuse d’un écrivain célèbre, âgé de vingt ans de plus qu’elle, mais plus attiré par les jeunes gens que par cette femme qui le suppliait de l’aimer, même pudiquement.

 

Ce livre, c’est presque une année du calvaire d’une femme éperdument amoureuse qui ne peut pas se séparer de son mari qui lui préfère une de ses amies, pour rejoindre un amant trop âgé pour s’engager avec une jeune femme et manifestant des penchants homosexuels. Déchirée entre ces deux hommes qu’elle ne peut pas quitter mais qui ne sont pas très attachés à elle, elle pleure, geint, se lamente, écrit, écrit des lettres émouvantes, des lettres pleurnichardes, des lettres de colère, de rébellion, de supplication, et même d’abaissement indigne.

 

Cette femme serait Taos Amrouche, la seule fille d’une fratrie kabyle émigrée à Tunis dans le but de vivre la religion chrétienne qu’elle a choisie et la culture française dont elle veut s’imprégner afin d’accéder à un bon niveau d’éducation et d’instruction. Enfant, elle n’était pas la préférée de la famille, elle n’était qu’une fille, Jean le frère, le grand poète ami de Camus, mobilisait l’attention des siens, et le jeune frère s’appropriait l’affection de la maisonnée. Adolescente, elle est restée longtemps pure et romantique, son premier amoureux n’a pas voulu la souiller et l’a laissée insatisfaite, d’autres garçons l’ont abandonnée, et elle a fini par se marier pour ne pas rester seule, loin du pays qu’elle avait quitté pour poursuivre ses études. Mariage sans amour, vie de bohême entre un peintre qui ne veut plus peindre, un amant qui ne veut qu’écrire et ne vivre que pour son œuvre, et, elle, occupée par son propre livre qu’elle n’arrive pas à terminer. Vie de frustration, de malheur et de misère qui s'étire au fil des nombreuses pages de ce gros ouvrage jusqu’à donner la nausée au lecteur qui ne peut que se révolter de voir cette femme jeune et belle  dépérir entre un mari qui ne l’aime plus, un amant qui ne l’aime pas assez et un frère félon.

 

Un grand moment de désespoir à partager avec elle, cette femme qui se sent rejetée par tous, ceux de sa terre natale qui ne veulent pas davantage de sa religion que de sa culture et ceux de son pays d’adoption qui n’ont pas su l’aimer. Un grand vide, une grande solitude dans laquelle elle s’évanouit, se disloque, s’évapore pour n’exister qu’à travers le cahier rouge où elle consigne son malheur et le seul bonheur qui lui reste, celui d’écrire à son amant, même s’il ne répond pas toujours à ses lettres qu’elle recopie dans ce cahier fétiche avec les rares missives de cet amant lointain, très lointain. Cette femme semble construire son malheur avec ses états d’âme, on pourrait croire qu’elle a besoin de souffrir pour vivre mais, en définitive, elle n’a pas été initiée au plaisir et au bonheur, elle est fragile, hypersensible, exaltée, elle a besoin d’être aimée et choyée, elle a besoin d’un amant qui lui enseigne la joute des corps pour lui faire connaître des plaisirs qui lui sont restés inconnus, même si elle s’adonne au plaisir solitaire dans cette vie vouée à la solitude.

« Curieuse nature que la mienne : où le commun des mortels éprouve un paroxysme, en amour, je n’éprouve, moi, qu’un bonheur calme. C’est que ma vie courante est faite de paroxysmes, quand celle des autres est faite surtout de monotonie. »

 

Des pages difficiles à accepter qui donnent envie de secouer cette femme qui semble se complaire dans son malheur, de balancer un grand coup de pied aux fesses de ces hommes qui n’ont pas su et ne savent pas, au moment où ces pages sont écrites, aimer cette femme comme elle le mérite et malgré cela un grand moment de bonheur, un grand moment de lecture, si Aména se lamente, Taos écrit son malheur merveilleusement, ses maîtres n’ont pas prêché en vain, Gide, Giono, Camus ont reconnu ce talent, ce bijou, ils l’ont poli et c’est d’abord ce que je conserverai de cette lecture.

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 07:19

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Eh oui, l’auteure ne m’avait pas convaincu lors de la présentation de ce bouquin et pourtant je l’ai beaucoup aimé, ça démontre qu’il n’est pas toujours facile de bien parler d’un livre et que l’auteur n’est peut-être pas le meilleur avocat de son œuvre. Pour une fois au moins, je vous présente un véritable coup de cœur.

 

 

Il pleuvait des oiseaux

Jocelyne Saucier (1948 - ….)

 

 

Lorsque Jocelyne Saucier a promu ce livre dans la médiathèque que je fréquente habituellement, je n’ai pas été conquis par sa présentation, elle ne m’a pas donné envie de lire ce livre que j’ai finalement lu dans le cadre d’une sélection littéraire. Et, là, j’ai découvert une grande et belle histoire d’amour qu’elle nous avait un peu cachée dans son exposé. Elle nous avait abondamment parlé des grands feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario entre 1910 et 1925 mais moins des personnages qu’elle a mis en scène. Ce roman est avant tout un formidable roman d’amour et d’espoir, un hymne à la vie, au bonheur.

 

Ce récit polyphonique est en partie fondé sur des événements qui se sont réellement passé. Lassée de faire, pour des botanistes, des photos de plantes au fond des forêts presque encore vierges du nord de l’Ontario, une photographe part à la recherche des derniers survivants des grands feux qui ont ravagé cette région, et notamment d’un certain Ed, Ted, Edward selon les circonstances, qui serait l’un des personnages mythiques ayant survécu, en 1916, à l’incendie de Matheson. Au fond de la forêt elle rencontre deux ermites ayant fui la civilisation pour des raisons diverses qui lui disent qu’Ed, Ted, Edward, est décédé depuis peu. Elle prend ainsi connaissance de cette microsociété composée des deux vieillards qui l’ont accueillie et de deux jeunes gens, un planteur de marijuana et le gardien d’un hôtel abandonné. Cette compagnie érémitique, un peu marginale, change complètement de vie quand l’un des deux jeunes ramène au campement une vieille tante internée à tort dans un asile d’aliénés depuis soixante-six ans. La vieille, pas folle du tout, bouscule la vie trop bien réglée de ces ermites de la forêt et se révèle d’une grande utilité pour décrypter les très nombreux tableaux qu’Ed, Ted, Edward a laissés avant de décéder.

 

Les vieillards nonagénaires, malgré leur grand âge, trouvent une nouvelle raison de vivre avec cette fragile octogénaire experte innée en art pictural, et redécouvrent des sentiments, des émotions, des petits plaisirs, qu’ils avaient oubliés ; le roman se transforme alors en une belle et très émouvante histoire d’amour, peut-être l’histoire d’amour impossible qu’Ed, Ted, Edward a voulu décrire dans ses tableaux énigmatiques.

 

Dans un style alerte, frais, pétillant où il est difficile de distinguer les expressions propres à l’auteure de celles issues de la langue québécoise, Jocelyne Saucier propose un grand message d’espoir, l’amour reste possible à tout âge et dans les pires conditions, la tendresse ne meurt jamais et le feu peut renaître sous les cendres les plus froides. Et c’est bien sous les cendres froides des grands incendies du nord de l’Ontario que la photographe découvre l’amour d’un jeune homme indécis qui n’a jamais pu dire son amour, cet amour que la vieille dame lira sans difficulté sur les toiles qu’il a laissées et qu’elle répandra autour d’elle. Une histoire fraîche, émouvante, touchante, pleine de tendresse, une quête du bonheur racontée avec une grande finesse par l’auteure.

 

« Le bonheur a simplement besoin qu’on y consente »


Denis BILLAMBOZ

 

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:55

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J’ai choisi aujourd’hui de vous emmener en Islande pour vous montrer que la littérature peut fleurir sous le pire des climats et dans les pires conditions. Dans ce pays où la langue n’a pas été altérée par des apports extérieurs, où la tradition est encore très prégnante, où le confinement pèse lourdement sur les mentalités, les belles histoires d’aujourd’hui perpétuent avec bonheur les sagas ancestrales.

 

 

La lettre à Helga

Bergsveinn Birgisson ( 1971 - ….)

 

 

Au soir d’une longue vie d’éleveur de moutons, un vieux paysan islandais écrit une lettre à celle qui fut son vrai et unique amour même s’il dut un jour lui dire non. Il lui raconte sa vie avant elle, sa vie avec elle, sa vie après elle, son indéfectible amour pour elle,  et toute la douleur qu’il a supportée de ne pas pouvoir vivre avec elle comme il l’aurait voulu.  Marié avec une femme qui ne pouvait pas lui donner l’enfant qu’il désirait tant et qui ne pouvait pas satisfaire ses désirs suite à une malheureuse intervention chirurgicale, il n’a pas pu résister longtemps aux avances de la belle Helga et l’inévitable arriva bientôt sous la forme d’une adorable fillette. Helga voulait divorcer, lui ne voulait pas la suivre à la ville où il pensait ne pas pouvoir vivre heureux, il préférait la nature hostile et souvent ingrate du nord-est de l’Islande où sa famille avait toujours vécu dans la même ferme.

 


« La terre où l’on a vu le jour

N’est-elle pas chère à notre cœur ?

Où la lumière est pleine de vie,

Où le petit devient grand. »


 

Encore une histoire d’amour impossible comme la littérature nous en livre régulièrement, cette fois le héros ne peut pas épouser sa belle qui est déjà mariée et refuse qu’elle divorce pour l’arracher à sa terre, à son milieu, à son histoire. Une belle évocation de l’Islande la plus austère, là où le climat est très rude, la mer très souvent hostile et la terre peu généreuse mais elle est la terre du héros, il l’aime autant qu’il aime la belle Helga. Dans ce texte empreint de l’esprit des sagas islandaises, les esprits, les êtres et les animaux vivent dans une très grande proximité et les rapports entre les humains ne sont pas très éloignés de ceux qu’ils ont avec les animaux. Mais sous ces apparences rustres, les sentiments entre les amoureux n’en sont pas moins tendres et affectueux comme dans toutes les belles histoires d’amour. Et les belles histoires d’amour sont toujours contrariées.

 


« L’amour le plus ardent

Est l’amour impossible.

Mieux vaut donc n’aimer personne. »


 

Si le narrateur, l’amoureux, l’auteur de la lettre, évoque avec tant de conviction la nostalgie du temps passé, les traditions, les méthodes agricoles des ancêtres, ce n’est pas pour rester figé dans le temps des sagas mais simplement pour dénoncer avec véhémence le manque de respect actuel pour la nature, la malnutrition, la recherche du profit pour le profit, la puérilité qui s’installe au détriment de l’authenticité... Un cri de rassemblement pour réunir  ceux qui croient encore en l’avenir de la planète, en Islande comme ailleurs. Même si son amour a été déçu, le vieil éleveur pense avoir eu une belle et honnête vie et nous laisse ce message d’espoir avant de rejoindre le pays de ses ancêtres.

 

 

Denis BILLAMBOZ


 

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 08:06

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J’ai été très heureux de recevoir une réédition récente de ce magnifique texte de Sandor Màrai (1900-1989) qui emporte le lecteur au-delà des explications cartésiennes qui essaient de nous faire comprendre le pourquoi de l’ignoble conflit qui déchira le monde au milieu du XXe siècle. Les Editions Albin Michel ont eu une bien belle idée en rééditant ce grand classique de la littérature hongroise.  

En Hongrie, en 1942, dans un ministère, un conseiller quadragénaire, qui vient de rédiger un texte en mesure de changer la vie de millions de personnes, voit arriver une belle femme, Aino Laine, qui se dit Finlandaise (comme Eino Laino le grand poète ?) en tous points identique à celle dont il était follement amoureux cinq années auparavant et qu’il a malheureusement enterrée après qu’elle se soit suicidée. Il se souvient de ces moments d’amour et de douleur et se remémore la rencontre avec le père de la jeune femme qui accusait un grand scientifique d’avoir provoqué la mort de sa fille. Qui est cette jeune femme sosie de son amoureuse décédée ? Une morte-vivante venue lui rappeler son passé ? Une Mata Hari qui cherche à infiltrer les organes dirigeants de son pays ? Une simple coïncidence fortuite « Se peut-il que d’autres exemplaires de moi se promènent à travers le temps et l’espace » ? Un étrange jeu de double s’instaure alors entre les deux membres de ce couple finno-ougrien, deux membres d’une tribu éclatée depuis des millénaires, dans le huis clos d’une nuit qui va décider de l’avenir d'un peuple. Tout semble double, les êtres paraissent être créés par paires, seuls d’infimes nuances peuvent les distinguer, des nuances fondamentales, déterminantes, essentielles.
 

Ce texte est aussi une interrogation sur l’identité, qui est qui dans ce sibyllin jeu de double, et un questionnement sur le bonheur : « Le bonheur n’existe pas, mon garçon. Au fond de l’existence, il y a l’ennui et la faiblesse », soit un discours sur la destinée qui dirige et relie les êtres au-delà de leur volonté, « car il y a des couples, …, qu’une vague unique entraîne réellement l’un vers l’autre dans le cosmos et contraint à se rencontrer, ils ne peuvent échapper l’un à l’autre, même en fuyant, au Nord, à l’Ouest, fût-ce aux Indes ou même dans la mort… », enfin une réflexion sur le fonctionnement de la société : tout peut se répéter à l’infini, recommencer éternellement comme si le nombre des scénarii possibles était limité.
 

Cette lecture m’a laissé une curieuse impression, au cœur de la guerre, Sandor Màrai n’écrit pas sur les actes de bravoure, les faits militaires, la haine, l’horreur, la bassesse, la traîtrise, l’héroïsme, … non, il écrit sur l’aspect merveilleux de la vie que nous ne savons pas voir et sur la puissance des relations qui rapproche les êtres et peut transcender les forces du mal. « La femme lui avait dit que l’on ne pouvait pas juger d’un simple point de vue humain tout ce qui se produit ». Peut-être souhaite-t--il nous conduire au-delà des analyses rationnelles dans un questionnement dont il ne connaît pas forcément la réponse afin de chercher des explications à un comportement qui fut tellement inhumain. Une formidable capacité à prendre beaucoup de recul pour échapper aux explications trop évidentes, trop usitées et à envisager autre chose, d’autres comportements, d’autres aspects de la nature humaine. Des questions fondamentales profondes, dérangeantes, dans un livre magnifique, écrit dans un style raffiné, élégant, rappelant les grands textes de la littérature d’Europe centrale. Il faut remercier l’éditeur de redonner à la littérature hongroise, écrasée sous la chape du communisme, la place fondamentale qui est la sienne et saluer la traductrice qui a si bien su restituer l’ambiance et la sensibilité de cet ouvrage si représentatif de la culture qui prévalait encore dans « la Mitteleuropa » durant la première moitié du XXe siècle, sublimant le romantisme et colorant d'un charme désuet et d'une grande profondeur ce texte de Màrai.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Sandor Marai, une oeuvre crépusculaire


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L'écrivain hongrois

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 08:04

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Je vous propose ce livre sorti récemment car il m’a beaucoup intéressé par son sujet mais aussi sa densité et sa complexité qui montrent bien que les choix dans la vie ne sont pas aussi simples que certains le pensent. J’ai bien aimé aussi ce texte à deux voies qui accélère souvent le récit et lui donne de la vie.

 

 

Le colonel et l’appât 455

Fariba Hachtroudi (1951 - ….)

 

 

Dans un pays nordique non cité, un officier supérieur iranien, demandeur d’asile, rencontre lors d’un interrogatoire une femme qu’il a connue, sans qu’elle le sache, dans les prisons des ayatollahs. Il était chargé de comprendre comment elle pouvait résister à toutes les tortures et, si éventuellement, elle ne bénéficiait pas de la complicité de certains de ses gardiens. Lors de cet ultime entretien qui décidera de son accueil dans ce pays d’asile, elle est chargée de jouer le rôle de l’interprète. Se noue ainsi une relation complexe qui réunit un complice des tortionnaires et la victime la plus coriace de ces abominables gardiens.


Le colonel, jeune soldat brillant et héroïque de la guerre contre l’Irak, connait une carrière fulgurante qui le conduit dans le saint des saints auprès du « Commandeur », l’ayatollah suprême, pour accomplir des missions de plus en plus stratégiques et de plus en plus secrètes. Mais, quand le « Commandeur » en personne lui demande de devenir le chef de sa garde personnelle, il refuse, il ne gravira pas un échelon supplémentaire dans l’horreur, il a déjà travaillé à la restructuration des prisons, il ne veut pas franchir ce nouveau palier en organisant l’élimination discrète et brutale des opposants. Sous la pression de sa femme, grande scientifique, résistante à toutes les pressions du régime théocratique, il planifie son exil après avoir préparé celui de la détenue la plus sévèrement torturée de la célèbre geôle de Devine où sont rassemblés les prisonniers politiques jugés les plus dangereux.


Dans ce texte à deux voix, dense, intense, écrit dans une langue vive, rapide, percutante, Fariba Hachtroudi réunit un duo dont les deux protagonistes ne devraient que se détester et s’agonir mais qui finalement, dans un contexte étranger, presque hostile, arrivent à mettre en commun l’horreur qui les a fait se rencontrer. Le colonel est follement amoureux de la femme qu’il a laissée au pays et qui porte le même non que l’interprète, alors il demande à cette dernière d’intercéder auprès de sa femme pour qu’elle lui pardonne son passé et sa complicité même si elle était passive. Vima l’épouse, Vima la prisonnière torturée, se fondent alors en un jeu de double, de dédoublement, de jalousie, de complicité…


Ce texte, d’une très forte intensité dramatique et émotionnelle, dresse en quelques pages un portrait décapant du régime des ayatollahs, du sort de ceux qui ne veulent pas les suivre et de la condition, de ceux qui ont choisi l’exil où ceux qui n’étaient pas du même côté de la barrière et qui finissent par se comprendre car ils ont connu ce que les mots ne peuvent pas faire admettre aux autres. Ce récit pourrait être aussi un grand roman d’amour mais c’est plutôt un livre qui parle de l’amour comme relation entre les femmes et les hommes et comme moyen de parvenir à ses fins. Il oppose le cynisme froid du scientifique qui ne juge que les faits à la chaleur enflammée du poète qui ne voit que les intentions et les sentiments. Tout un discours sur la dualité entre le mathématicien et le poète, entre le calcul objectif et les sentiments subjectifs, entre la raison et la passion, entre le cerveau et le cœur. Une recherche sur la nature humaine et ses raisons d’agir même dans les démarches les plus odieuses.


Un roman court pour un très grand texte qui démontre une fois de plus que quantité n’est pas forcément qualité, que l’espoir n’est jamais tout à fait mort, que personne ne détient seul toute la vérité et beaucoup d’autres choses encore comme cette pensée qui pourraient évoquer les grands philosophes orientaux : « … les vraies rencontres ne sont qu’instants, magie fugace que l’on appelle bonheur pour donner sens à ce terme ».

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 07:44

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Ce livre, dans sa conception, m’a un peu surpris mais je ne pouvais pas vous priver de cet excellent texte qui plonge au cœur de l’horreur pour montrer jusqu’où l’abomination a pu conduire certains lors de la dernière guerre.

 

Mon Commandant

Richard Slocombe (1953 - ….)

 

 

Avant d’évoquer toutes les richesses de ce texte, je voudrais parler du problème de conception qu’il  me pose, en effet la note liminaire de l’éditeur - qui fait partie de la fiction - parle d’une lettre adressée par un ancien combattant, académicien, au Commandant de la place militaire d’une sous-préfecture normande. Or le texte que nous possédons ne ressemble pas beaucoup à une lettre mais plutôt à un récit, à un témoignage, à une analyse de la situation de la France déliquescente, déconfite, collaborationniste, … des années trente et du début de la guerre, la lettre étant datée de septembre 1942. Il est en effet bien difficile de concevoir qu’un ancien combattant français, même académicien, puisse apprendre quelque chose à un officier allemand concernant  les faits militaires, l’état de la France, les projets de l’Allemagne, etc.… J’ai nettement eu l’impression que l’auteur s’adressait plutôt aux lecteurs et non qu’il mettait une missive sous la plume d’un délateur à l’adresse d’un officier ennemi. Et pourquoi précise-t-il qu’il change les noms propres, notamment celui de l’académicien alors qu’il précise qu’il est manchot et officier supérieur en retraite, je parierais qu’il y a eu bien peu de manchots ayant fait une carrière militaire avant de siéger sous la coupole. Ces incohérences littéraires restent plutôt formelles mais ont tout de même pollué ma lecture.

 

La lettre de délation aurait très bien pu se concentrer, comme une tragédie grecque, sur la dénonciation de la situation créée autour d’un amour impossible sur fond d’antisémitisme exacerbé par le contexte historique. Le vieil académicien ne trouve nulle autre porte de sortie à sa situation personnelle que cette dénonciation veule et infâmante. Mais, et je le comprends, l’auteur ne pouvait pas traiter le  sujet qu’il a mis en scène, sans évoquer la situation de la France et de l’Europe en général à cette époque si particulière. Son texte est très intéressant mais il ne relève pas du projet annoncé, il relève d’une étude, ou d’une fiction, concernant la situation de la France avant la guerre et des raisons qui l’ont conduite à la grande débâcle qu’elle a connue devant les forces de l’Axe. Ainsi Slocombe explique longuement aux lecteurs, et non à l’officier allemand, les événements, leurs  causes et leurs conséquences en une analyse qui serait celle d’un antisémite forcené, une façon de dénoncer cette vision en mettant en évidence ses errements, ses abus et sa profonde inhumanité.

 

L’auteur profite aussi largement de l’occasion pour régler quelques comptes, il n’hésite pas à rappeler, à longueur de pages, le rôle joué par certains hommes politiques et surtout par certains intellectuels qui se sont fait bien petits après la guerre pour laisser passer la marée de l’épuration et resurgir en pleine lumière quand le temps eut encombré les mémoires d’autres événements plus préoccupants. Mais, à mon avis, le véritable souci de Slocombe était de montrer que ce qui a été abominablement possible l’est toujours, son livre s’adresse bien à la France d’aujourd’hui, tentée de plus en plus par les vieux démons qui l’ont déjà conduite dans l’infamie et la barbarie. L’actualité semble hélas lui donner raison. Le message est clair, dans un style qui rappelle les écrits d’avant-guerre, avec des belles phrases harmonieusement construites qui coulent paisiblement même pour dire les pires horreurs. Cette lettre n’était qu’un prétexte pour formuler ce rappel historique, lancer un appel à la vigilance et dire que le courage n’est peut-être pas de fuir devant les difficultés mais de les affronter avec toute la détermination nécessaire.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 08:13

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 Affiche du film de Roberto Rossellini avec Vittorio de Sica    

 

 

Je vous propose ce petit livre qui est déjà ancien mais que je viens seulement de découvrir. Il évoque un fait très méconnu de la dernière guerre en Italie, une imposture transformée en acte d’héroïsme par l’imposteur malgré lui. Un héros de la résistance italienne est mort bien avant les actes qui l’ont rendu célèbre, l’occupant allemand l’a remplacé par une fripouille qui s’est mué en héros dans la peau de résistant.


 

Le Général Della Rovere

Indro Montanelli (1909 – 2001)


 

Difficile de parler de ce livre sans en dévoiler le contenu, de toute façon, la préface explicite clairement l’énigme que l’auteur propose d’éclaircir. Ceux qui voudraient découvrir cet épisode de la libération de l’Italie veilleront donc à ne pas lire cette préface et le commentaire que je propose ci-dessous.


 

Printemps 1944, un sous-marin anglais débarque le Général Della Rovere sur la côte méditerranéenne de l’Italie encore occupée par les Allemands. Il doit prendre,  au nom de Général Badoglio, la tête de la résistance dans cette partie de la Péninsule. Mais ce débarquement a été éventé par la Gestapo qui attend le Général sur le rivage et l’exécute par maladresse se privant ainsi d’une source d’informations fondamentale. Pour pallier cette bévue, un colonel allemand remplace le général décédé par un sordide escroc qui soutire de l’argent aux parents des détenus des geôles allemandes en échange de quelques faveurs à l’intention de leurs chers détenus, faveurs accordées par des occupants corrompus.


 

L’escroc est interné dans une prison où il sert d’appât pour identifier lequel des détenus est un chef important de la résistance italienne et se glisse avec une si grande aisance dans la peau du Général qu’il apparait vite très crédible aux yeux des détenus, au point qu’il devient lui-même prisonnier de son personnage et se mue progressivement en un véritable chef résistant qui catalyse toute l’énergie des autres prisonniers. Le Général se façonne ainsi, pour l’éternité, la réputation d’un véritable héros de la résistance à l’occupant, dans la peau d’un vulgaire escroc et gagne l’estime de tout un peuple alors que l’escroc restera pour chacun un vulgaire malfrat qui essayait de s’enrichir sur le dos de la mort et du désarroi. Il fait sienne la devise qu’il transmet à ses codétenus : « Quand on ne sait pas qu’elle est la voie du devoir, il faut choisir la plus difficile ».


 

Dans ce court texte, Montanelli essaie de réhabiliter ce pauvre malfrat qui a sublimé son rôle de pion dans le jeu de la Gestapo contre les résistants italiens, en transformant son personnage en un héros qu’il n’a jamais été et en restant lui-même parfaitement anonyme. L’auteur a croisé ce général/escroc quand ils étaient incarcérés tous les deux dans la  même prison. La narration de cet épisode un peu rocambolesque de la guerre mondiale en Italie montre bien comment naissent les légendes et les héros et comment on écrit l’histoire dans des espaces géographiques et temporels où le pouvoir n’est que très provisoire et la manipulation souveraine. Une leçon que devrait méditer  les historiens et érudits et ceux qui vénèrent volontiers les héros qu’on leur propose souvent un peu trop vite. Et aussi un hommage à la gloire des véritables héros, ceux qui sont restés totalement anonymes, qui n’ont ni rue, ni monument, à leur mémoire. Le malfrat peut devenir le héros comme le blanc peut devenir le noir et le mal le bien, rien n’est jamais définitif, tout peut changer, l’espoir ne disparait jamais.


 

Ce texte est aussi un bel exercice littéraire sur le jeu du double, l’auteur conduit ses personnages avec une grande adresse pour dissocier les personnages des personnes quand il s’agit d’évoquer les faits et de les confondre quand il s‘agit d’évoquer les êtres.


 

Denis BILLAMBOZ


 

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