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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:05

1266336675_633596__wince_.jpg  Le Sphinx de Giseh  

 

 

Le voyage commence dès le survol, depuis Roissy via Le Caire, des Alpes, de la baie de Naples, de la Méditerranée. La vue des montagnes enneigées, des côtes découpées dans la lumière du soir assure la rupture avec le quotidien et, ce, dans une bienheureuse apesanteur. Naviguer au-dessus des nuages avant de naviguer sur les vagues, quelle meilleure transition ! Mais avant de rejoindre notre bateau à Sharm-el-Sheikh pour une croisière en mer Rouge, nous nous sommes accordés 3 journées au Caire, ville tentaculaire, bruyante, poussiéreuse, dont seuls le musée et les monuments environnants de Saqqarah et de Giseh sauront nous séduire. Cette mégapole semble la proie d’une constante effervescence, labyrinthe de rues et de ruelles qui s’entrechoquent, de quartiers poussés au hasard d’une démographie galopante, où l’on surprend à tous moments des scènes cocasses : des jeunes gens assis sur les capots des voitures quand la place vient à manquer à l’intérieur, cyclistes remontant les avenues et même les autoroutes à contresens, les ânes et leurs fardeaux mêlés aux voitures les plus modernes dans un bruit discordant de klaxons et, toujours, ce spectacle anachronique d’une femme voilée jusqu’aux yeux qui traverse les rues son portable à l’oreille. Aujourd’hui, il n’y a pas moins de 20 millions d’habitants au Caire, la plupart tassés dans les bidonvilles ou les immeubles insalubres aux façades lépreuses. Une grande misère y règne, sans nul doute, mais comment gérer un pays de 72 millions d’âmes quand 4% seulement du territoire est habitable - soit les abords du Nil - le reste étant occupé par le désert arabique, libyque et celui grandiose du Sinaï. On peut se poser la question de savoir s’il n’était pas préférable de vivre ici du temps d’Aménophis III ou de Ramsès II, il y a quelques 3600 ans plutôt que de nos jours dans une surpopulation, une pollution et une circulation qui enlèvent beaucoup d’attrait à cette capitale. Nous découvrirons plus tard que le long des canaux d’irrigation proches du Nil où vivent les agriculteurs qui possèdent tous, depuis Nasser, leur lopin de terre et bénéficient de 3 récoltes de céréales par an, la situation n’est guère plus enviable. Sans être malheureux, nous assure notre guide local, ils s’accommodent d’une existence incroyablement primitive au milieu de leurs bêtes, à même la terre battue et parmi leurs immondices qui jonchent chemins, villages, cours d’eau, le plastic étant parvenu jusqu’ici, hélas ! Ces images ne peuvent manquer de frapper le touriste éberlué à la vue des splendeurs des sites archéologiques et le charme indéniable des berges du Nil et stupéfait du contraste qui existe entre ces beautés insurpassables et la misère endémique, la violence rampante que l’on perçoit à tout instant, ce qui oblige la police a être omniprésente et le voyageur à se plier à des contrôles militaires permanents sur les routes. Il est compréhensible que le gouvernement égyptien tienne à veiller sur le tourisme, qui est l’une des ressources principales du pays avec le canal de Suez et le pétrole exploité dans le Sinaï, mais cela gâche un peu le plaisir de la visite.

 

Tout est différent en Jordanie, où nous nous rendrons au cours de notre croisière. Ce pays évolue dans une relative sérénité, bien qu’entouré de nations qui ne sont pas de tout repos, entre la Syrie au nord, l’Irak au nord-est, l’Arabie Saoudite au sud et sud-est, Israël et la Palestine à l'ouest, ce qui ne le met nullement à l’abri d’un embrasement mais qui, grâce à la politique pacifiste du roi Hussein poursuivie par son fils Abdallah, optant l’un et l’autre pour la neutralité, a fait d’Amman, sa capitale, un refuge propice aux investissements et assure à ce petit pays, sans ressources pétrolières, une existence honorable et l’éclosion d’une élite cultivée et assez francophone.
Il n’en reste pas moins vrai que Le Caire fascine, ne serait-ce que par les trésors que recèlent son musée, la nécropole de Saqqarah et l’ensemble funéraire de Zoser, enfin par l’énigmatique visage du Sphinx de Giseh et les trois pyramides de Kheops, Khephren et Mykérinos disposées en diagonale, de façon à ce qu’aucune ne cache le soleil aux deux autres. Le spectacle qui s’offre au visiteur est certainement l’un des plus beaux que la main de l’homme ait pu concevoir. Sans aucun doute, ces œuvres gigantesques ont été édifiées par une civilisation qui croyait en la permanence des choses, le contraire de la nôtre centrée sur le profit et l’éphémère. Le même émerveillement nous saisira, lorsque ayant embarqués sur notre bateau à Sharm-el-Sheikh, nous ferons escale au port de Safaga pour nous rendre, à travers le désert arabique, à Louxor, l’ancienne Thèbes, où s’étend le domaine monumental de Karnak, dont les dimensions sont stupéfiantes. Un monument qui pourrait contenir Notre-Dame de Paris toute entière et dont l’hypostyle continue à défier les siècles et à susciter les hypothèses les plus folles, car comment des hommes sont-ils parvenus à poser sur les colonnes de 23m de hauteur des travées de 450 tonnes ? On a cru, à tort, que les pharaons avaient eu recours à des esclaves. Cette thèse n’est plus retenue de nos jours, tant il est vrai que des hommes maltraités et humiliés n’auraient jamais été en mesure de réaliser des monuments pareils, des fresques, bas-reliefs, statues, frises etc. d’une telle perfection. Non, il s’agissait d’ouvriers, d’artisans, d’artistes, qui travaillaient sur les lieux plusieurs mois par an, en dehors des moments de crue du Nil, avaient leurs villages, y demeuraient avec leurs familles et bénéficièrent de leurs propres tombes, puisque l’on a retrouvé, proche de la vallée funéraire des rois et des reines, la vallée des ouvriers où ils étaient inhumés selon les rites en vigueur à leur époque.


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                 Une felouque sur le Nil

 

Revenus à Safaga, nous ré-embarquons pour nous rendre en Jordanie, très précisément au port d’Aqaba, le seul que possède ce pays, en longeant l’étroit golfe qui sépare l’Arabie Saoudite de la presqu’île du Sinaï. De part et d’autre, les berges sont superbes, abruptes ou sableuses puisque viennent y mourir des déserts et qu’au loin se dessinent les vagues minérales de roches couleur ocre qui ont donné à la mer son nom de «  mer Rouge ». Au coucher du soleil, les paysages flamboient, tandis que le bateau navigue dans une eau corallienne et cristalline, la plus salée et la plus chaude de la planète, ce qui a fait d’elle le paradis des amateurs de plongée sous-marine. Aqaba est lié au nom de Lawrence d’Arabie qui, à la tête d’une troupe de Bédouins, vint déloger les Ottomans réfugiés dans le Qasr - le Fort - construction massive datant du XVIe siècle qui avait pour fonction de protéger les pèlerins qui se rendaient à la Mecque. La défaite de la garnison, qui s’en suivit, marque le début de la marche victorieuse vers l’indépendance et la naissance de l’actuel royaume de Jordanie. L’intérêt principal de notre escale est de nous permettre de nous rendre sur les lieux les plus prestigieux du pays : le désert de Wadi Rum, considéré à juste titre comme le plus beau du globe, et à Petra, le complexe monumental plusieurs fois mentionné dans la Bible, qui abrita la civilisation disparue des Nabatéens.


Comment décrire Petra sans user de superlatifs, tant l'émotion est au rendez-vous, lorsque débouchant du Siq étroit qui y conduit, on découvre soudain le monument que l’on nomme le Trésor, un temple funéraire taillé dans la roche et sur la façade duquel le soleil fait chatoyer les couleurs. L’envoûtante beauté de ce monument et sa position scénographique laisse littéralement bouche bée et notre émerveillement est amplifié par son état de conservation presque parfait. Aujourd’hui encore quelques familles de Bédouins sont établies dans l’aire archéologique de Petra : ce sont eux les actuels habitants de la ville pourpre. Car l’antique capitale nabatéenne avec ses rochers multicolores, ses gorges profondes et ses extraordinaires structures sculptées dans le grès il y a deux mille ans, s’étend sur une zone très vaste, au croisement de plusieurs défilés. Elle fut élevée au rang de capitale pour des raisons de sécurité par ces peuples de marchands : bien cachée dans la montagne et difficilement accessible, elle constituait un refuge idéal. La possibilité de rejoindre rapidement la mer Rouge favorisait les échanges avec l’Arabie et la Mésopotamie, alors que la piste qui traversait le Néguev vers Gaza assurait l’accès à la Méditerranée.

 

 1266422854_498__wince_.jpg   Petra - le trésor                        

 

 

Après Petra, ce sera le lendemain, en jeep, une longue randonnée dans le désert de Wadi Rum, paysage féerique et étendue lunaire absolument grandiose, qui, durant des siècles, a permis de relier l’Arabie à la Palestine. Cela peut paraître incroyable, mais c’est une région où les sources abondent, si bien que ce désert était une étape obligée pour les caravanes qui transportaient les épices et l’encens du royaume de Saba aux portes de la Méditerranée. De nombreuses inscriptions rupestres témoignent d’une occupation humaine dès le paléolithique. Célèbre pour ses rochers aux formes surréelles, sculptés par le vent, le Wadi Rum est aussi un symbole de l’indépendance nationale jordanienne. En effet, pendant la Première Guerre mondiale, les troupes commandées par le colonel Lawrence ont planté ici leurs tentes avant de se lancer à l’assaut de la forteresse d’Aqaba occupée par les Turcs. C’est ici également que l’agent anglais écrivit ses mémoires «  Les sept piliers de la sagesse », où il dresse un tableau épique de la beauté sauvage de ces paysages parmi les plus beaux du monde, et que fut tourné le film de David Lean qui retrace son épopée. Les yeux emplis de ces visions exceptionnelles, et après une tasse de thé et quelques dattes offertes par des Bédouins, nous regagnons notre bateau pour une ultime navigation vers notre point de départ : Sharm-el-Sheikh.


Depuis cette station balnéaire sans autre intérêt que la plongée, nous avions programmé la visite d’un dernier haut lieu : le monastère Sainte Catherine dans le Sinaï. Le plus petit diocèse est en même temps le plus ancien monastère chrétien connu et aussi la plus riche collection d’icônes et de manuscrits précieux. Ce fut l’impératrice Hélène, mère de l’empereur Constantin, qui, impressionnée par la sacralité des lieux, commanda l’élévation d’une chapelle à l’endroit où se trouvaient le puits de Moïse et le buisson ardent. Plus tard l’empereur Justinien ordonna la construction d’une forteresse qui incluait l’édifice de Sainte Hélène. Le couvent est habité, de nos jours, par une trentaine de moines de confession grecque orthodoxe et abrite également une mosquée, car les moines avaient demandé au VIIe siècle la protection de Mahomet, alors simple bédouin ( on voit encore le manuscrit signé de sa paume de main ), face aux dangers que faisait peser sur eux la présence arabe dans la péninsule, si bien que cette Mosquée a eu comme avantage de les protéger de l’occupation ottomane des siècles suivants et de garantir leur indépendance. La grandeur solitaire du Sinaï se révèle d’une spectaculaire beauté. Peu d’êtres humains y vivent. A part les villes de la côte, la Péninsule n’est habitée que par une poignée de Bédouins qui subsistent grâce aux palmiers dattiers et au lait de leurs chèvres et de leurs brebis. Le désert appartient au loup et au renard, à l’aigle et à la gazelle, et aux touristes attirés par la grandeur de cette terre biblique. C’est ainsi que parvenus, après cette dernière visite, au terme de notre voyage, nous reprendrons l’avion à l’aube du lendemain afin de regagner une France sous la neige et livrée aux derniers frimas d'un long hiver.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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1266426964_jordanie-egypte-740__wince_.jpg    Le mont Moïse dans le Sinaï

 

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:53

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La grandeur et la beauté de Saint-Pétersbourg, sauvées par la Providence des cataclysmes du XXe siècle, sont inséparables de la splendeur  des résidences d'été des empereurs de Russie proches de la capitale. Ces ensembles constituent des merveilles artistiques et personnalisent l'activité, les goûts, les prédilections des monarques qui avaient choisi d'y résider. L'ensemble de Peterhof, avec ses palais, ses fontaines, ses cascades et ses jardins est intimement lié à la personnalité hors du commun de Pierre le Grand qui avait élu ce lieu à cause de la proximité de la mer, face à la Suède son ennemi.


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En effet, Pierre le Grand avait décidé de faire construire Peterhof afin de surveiller les travaux de Cronstadt, son futur arsenal, sur l’île Kotline. Par la suite, il envisagea d’amplifier le projet d’origine et d’établir un domaine comparable à Versailles qui l’avait tant impressionné lors de son séjour en France en 1717. Il chargea d’ailleurs un français Jean-Baptiste Le Blond d’en élaborer les plans et ensuite de surveiller la construction du Grand Palais. La merveille, que représente le parc, le palais principal et les bâtiments annexes dont Marly, Monplaisir et le pavillon de l’Ermitage, eut à souffrir de la guerre de 39/45, du fait de sa proximité avec la ligne de front. En 1944, soixante dix mille arbres avaient été abattus dans le parc et seuls subsistaient les murs du Palais. Les travaux de restauration commencèrent dès la fin du conflit, à partir des documents, photos et dessins nombreux que l’URSS possédait toujours. Il fallut 20 ans pour redonner à Peterhof sa splendeur d’antan, mais le résultat est stupéfiant.

 

Il était une fois un tsar qui avait une haute idée de son pays pour lequel rien n’était ni trop grand, ni trop beau. Il fallait qu’à l’égal des autres rois et empereurs d’Europe, Pierre le Grand ait à offrir à son immense empire, non seulement une capitale - Saint-Pétersbourg - qui jetait un défi à la nature, mais un palais capable de rivaliser avec ceux qu’il avait admirés hors de ses frontières. Ce tsar bâtisseur, souverain omniprésent, marin infatigable, travailleur acharné, qu’aucune tâche ne rebutait, souhaitait présenter à ses visiteurs un monument en mesure d’incarner les transformations qui s’opéraient en Russie et une résidence maritime d’apparat. Car Peterhof est tourné vers la mer. Cette résidence est comme un balcon glorieux surplombant le golfe de Finlande et affrontant de loin l’ennemi d’alors : la Suède. A Peterhof, l’eau est le dominateur commun, celui qui conjugue les innombrables tours et détours de l’architecture paysagère et c’est à ses fontaines et à leur système hydraulique unique qu’il doit sa renommée. Le rêve est tout d’abord un rêve d’eau. Elles surgissent de partout et de nulle part, eaux scintillantes des cascades qui, ce jour-là, s’irisaient sous l’ardeur des rayons solaires en une apothéose aquatique.



Ici les eaux s’approprient l’espace en des formes et variations diverses, si bien que dans ce parc de 102 hectares elles jaillissent comme des soleils, des champignons, des gerbes de fleurs, des pyramides, tandis que leur bruit cristallin évoque le chuchotement d’une paisible conversation. Le clou est bien entendu la Grande Cascade ornée de statues et de bas-reliefs occupée en son centre par la fontaine de Samson déchirant la gueule du lion, allégorie en l’honneur de la célèbre bataille de Poltava, où l’armée commandée par Pierre Ier mit en déroute celle du roi de Suède Charles XII le 27 juin 1709, jour de la saint Samson l’Hospitalier.

 

Depuis le château, la vue est féerique et porte jusqu’à la mer en une succession de plans, l’eau se déversant de vasques en vasques pour composer un véritable spectacle, où le chant des fontaines et le murmure des flots s’unissent en un hymne solennel. Pour le tsar, la grandeur de son empire fut son unique souci, celui auquel il sacrifia toutes ses forces et s’obligea parfois à une dureté implacable. «  Lorsqu’on a assuré la sécurité de l’Etat face à ses ennemis, il convient de s’efforcer de conquérir pour lui la gloire par le moyen des arts et des sciences » - écrivait-il peu de temps avant de mourir. Initiateur de la Russie moderne, il porta ses efforts sur le maintien des positions russes en Baltique et eut à cœur de fonder une capitale - Saint-Pétersbourg - capable de rivaliser avec les grandes cités européennes. En même temps, il dotait son pays d’un port sur la Baltique destiné à contenir la menace suédoise et à devenir « une fenêtre sur l’Europe » correspondant à sa puissance.
 


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                         Monplaisir

 

Or cet homme, qui avait tant d’orgueil pour sa patrie, se plaisait à vivre simplement. Chez lui le marin et le guerrier l’emportaient sur le monarque. La rusticité lui convenait mieux. A Peterhof, il n’occupa que rarement le Grand Palais réservé aux fêtes commémoratives et aux réceptions. Il préférait se retirer à Monplaisir, une demeure aux proportions modestes dont le toit, en forme de tente, rappelle ses goûts hollandais, de même que les innombrables parterres de tulipes, qu’amoureux de ces fleurs découvertes lors de son voyage européen, il dispersa à l’envi dans ses jardins et qui étaient en pleine floraison fin mai lors de notre voyage. L’architecte Le Blond prit part à la construction de ce pavillon, ainsi que le sculpteur Bartoloméo Rastrelli et le peintre François Pillement. La galerie et les salles renferment une précieuse collection de peintures, on parle de 200 tableaux, une première en Russie initiée par le tsar en personne. On sait qu’il transmettra son goût de collectionneur à sa fille Elisabeth (1741 - 1761 ), cultivée et poète à ses heures et que, plus tard, Catherine II suivra son exemple et réunira, avec le soutien de son conseiller et favori Potemkine, la collection fabuleuse d’objets rares et de toiles de maîtres que l’on admire aujourd’hui au musée de l’Ermitage.

 

Où que l’on soit et d’où que l’on regarde, Peterhof éblouit. L’intimité et la grandeur s’y côtoient et l’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, de l’architecture des jardins ou de celle des palais, de la grâce des pavillons délicatement posés sur les eaux ou des parterres de fleurs aux teintes vives, de la paisible et grandiose ordonnance des lieux ou de l’immensité qui ne cesse de vous captiver. Quant au Grand Palais, qui fut profondément remanié sous le règne de Elisabeth par Rastrelli, il resplendissait de l’or de ses coupoles et de sa statuaire en cette matinée printanière. L’architecte et décorateur italien fit élargir l’édifice de Pierre en y ajoutant de chaque côté des galeries couvertes aboutissant à deux pavillons à étage : celui de la Chapelle et celui des Armoiries. A l’intérieur, de nombreuses salles furent transformées à leur tour par Catherine II qui entendait marquer son passage et dont on sait les goûts classiques alors en vogue dans toute l’Europe. A Peterhof règne sur 360° l’art, le luxe et la beauté et l’on ne peut que s’émerveiller de l’immense travail des restaurateurs qui surent retrouver les gestes, le savoir-faire et la patience des artistes et artisans de jadis. Belle preuve, qui aurait conforté Fedor Dostoïevski, que la beauté demeure et peut renaître ainsi des cendres et des larmes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


autres articles consacrés à la Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale


Moscou : pleins feux sur la capitale russe


La Russie, de la Volga à la Neva

 

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Peterhof ou la maison de Pierre
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:26
Olympie

Olympie

Corinthe

Corinthe

 

On ne se lasse jamais de rediriger ses pas vers la Grèce et le Péloponnèse, ces lieux qui ont vu la naissance de notre civilisation, ce pays dans lequel le passé se pare de toutes les grâces :

 

" La colline au pied de laquelle je me trouvais était donc la colline de la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle ; la ruine que je voyais sur cette colline était donc le temple de Minerve- Chalcioescos, puisque celui-ci était dans la citadelle ; les débris, et le long mur que j'avais passé plus bas, faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville. Sparte était donc sous mes yeux ; et son théâtre que j'avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments. Je mis pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.
Comme j'arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle ! mais qu'il était triste ! L'Eurotas coulait solitaire sous les débris du pont Babyx ; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines ! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée ; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas ! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié."

 

Chateaubriand ( Itinéraire de Paris à Jérusalem )

 

De l'antique Lacédémone ( Sparte ), il est vrai qu'il ne reste plus grand chose. De ce peuple qui fit trembler les Athéniens, de la ville de Pausinias, de la maison de Ménélas, l'époux d'Hélène, du tombeau de Léonidas, rien d'autres ne subsiste que quelques colonnes, les vestiges de l'ancien sanctuaire d'Artémis Orphia, un lion rugissant, les assises du théâtre de l'époque romaine, cela enseveli dans une vaste étendue d'oliviers, au coeur de la vallée de la Laconie arrosée par l'Eurotas et dominée par les cimes du Taygète. Les lois qui furent instituées par Lycurgue, illustre législateur, et prévalurent sur la Cité de Sparte, en firent une ville austère, un lieu où l'éducation des jeunes et la coordination sociale s'appuyaient sur des critères essentiellement militaires. Cette organisation qu'imposa Lycurgue conduisit la ville à s'affirmer de façon autoritaire dans tout le Péloponnèse, puis peu à peu à instaurer son hégémonie sur l'ensemble de la Grèce, enfin à vaincre Athènes elle-même. Mais la gloire fut de courte durée et bientôt la ville fut supplantée par Thèbes, avant de plier sous le joug romain. Du grand commandant spartiate Léonidas, qui s'illustra par son courage et mourut vaillamment dans le défilé des Thermopyles ( portes chaudes ) en Thessalie, où il opposa une défense héroïque avec ses 300 guerriers contre l'armée perse de Xerxès Ier, il ne reste qu'une statue en marbre exposée dans le musée local et que l'on identifie romantiquement au héros, ainsi qu'un petit temple hellénique hors de l'acropole. Sparte s'est endormie pour toujours et c'est l'impression qu'elle donne. On s'y sent en état de veille comme devant un tombeau.


" Si des ruines où s'attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici bas, il faut pourtant convenir que des noms qui survivent à des Empires et qui immortalisent des temps et des lieux, sont quelque chose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire ; rien n'est plus beau qu'elle, si ce n'est la vertu."    ( Chateaubriand )

 

     

   MYCENES OU LE TEMPS LEGENDAIRE

 

La nécessité de convaincre avant de commander aiguisa l'esprit des Grecs dès les temps les plus reculés. Libres dans leur organisation politique, ils l'étaient plus encore dans leur organisation religieuse. Point de prêtres ou mieux pas de clergé constitué et point de livre saint, ce qui signifie pas de doctrines consacrées. Néanmoins, la superstition étant l'un des instincts les plus naturels de l'homme, ce peuple n'eut de cesse de se référer à des devins, des mages qui voyaient le monde invisible et interprétaient les signes célestes par des convulsions, des gémissements, des sentences, comme le faisait la Pythie de Delphes qui sentait le dieu remuer en elle et exprimait ainsi ses volontés. Les Grecs croyaient tellement en leurs prophètes qu'ils les consultaient en toute confiance.



Par ailleurs, il est curieux de constater que l'étude de l'histoire primitive du pays nous ramène constamment à l'Asie, où les Grecs semblent avoir découvert la plupart de leurs dieux. Une légende, celle du Crétois Minos, confirme le fait de ces relations étroites entre l'Asie et la Grèce. Peut-être venaient-ils de ces lointains pays ces mythiques cyclopes qui sont sensés avoir édifié les fondations de Mycènes, la ville de Persée, ce personnage légendaire né de l'union de Zeus et de Danaé. A sa suite, le pouvoir se transmit à Atrée et Thyeste qui se réfugièrent dans la ville, après avoir subi la malédiction paternelle, et y fondèrent la dynastie glorieuse et maudite des Atrides. Cette dynastie s'attira, en effet, les foudres divines après le funeste banquet qu'Atrée se crut devoir offrir à son frère, en lui servant la chair de ses propres enfants. On dit que le soleil se retira alors, pour ne pas éclairer un forfait aussi atroce.
Agamemnon, le héros d'Homère et d'Eschyle, chef de l'armée achéenne, n'était autre que le fils d'Atrée et résume à lui seul, au travers de sa fin tragique, le sort de cette famille. Après qu'il eût combattu à Troie pour venger l'honneur d'Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Pâris, sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à sa flotte encalminée à Aulis, il revint à Mycènes pour y être assassiné par Egisthe, l'amant de sa femme Clytemnestre. A leur tour, huit ans plus tard, les amants périront de la main du fils de Clytemnestre, Oreste, qui  souffrira mille tourments pour avoir commis ce parricide. Avec lui disparaissaient la famille des Atrides et leur sombre destin.

 

J'étais d'autant plus curieuse de découvrir Mycènes, d'où le roi Agamemnon s'était embarqué pour Troie, que j'avais visité, il y a de cela une trentaine d'années, ce qui reste en Asie mineure de cette ville qui fut le théâtre d'une semblable épopée. Selon certains, mais cette hypothèse est par ailleurs controversée, nous devons à l'archéologue Schliemann, non seulement la découverte des ruines troyennes, mais les fouilles des glorieuses tombes de l'acropole mycénienne. Il rêvait depuis longtemps d'extraire, de cette accumulation de ruines, les vestiges des mythiques dynasties homériques et il y parvint en dégageant du sol de nombreux objets, dont le masque d'or que l'on pense être celui du roi Agamemnon et qui se trouve, aujoud'hui, au musée national d'Athènes.

 

 

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Tholos d'Atrée ou tombe supposée d'Agamemnon       

 

On pénètre dans la citadelle par la Porte des Lions, symbole de la puissance des Atrides. La porte est le seul exemple de  sculpture de l'époque ( 1400 à 1200 av. J. C. ), représentant  deux  fauves se faisant face et que sépare une colonne centrale. De la Porte des Lions, on monte ensuite, en empruntant la grande rampe, jusqu'au palais, dont l'intérieur s'articule autour d'une vaste cour. On peut alors se diriger vers la porte arrière, celle qu'avait franchi Oreste après qu'il eût tué sa mère, accomplissant ainsi le tragique destin de la maison royale d'Atrée.

 

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                       La porte des Lions 

 

Au-delà de la citadelle, qui domine la vallée de sa puissance, on accède aux tombes d'Egisthe et de Clytemnestre et on termine la visite de Mycènes par la Tholos d'Atrée, l'un des exemples les plus représentatifs de la sépulture royale d'âge antique. Autant Sparte inspire la mélancolie, autant Mycènes impressionne le visiteur par la force qu'elle dégage encore, volonté forcenée de ceux qui édifièrent ces murailles et assemblèrent ces pierres gigantesques comme pour défier le ciel et les dieux.

 

 .
    LA GRECE SOURIANTE
 

 

CORINTHE, située à l'ouest de l'isthme du même nom, est le chef-lieu de la Corinthie en Argolide. Les ruines se trouvent rassemblées au pied de l'Acrocorinthe, rocher de 575 mètres qui s'élève comme une imposante forteresse, témoignant de l'emplacement de la ville antique, une cité opulente qui contrôlait l'isthme, c'est -à -dire le trafic maritime de l'époque entre la mer Ionienne et la mer Egée. La tradition fait de Sisyphe le fondateur de la cité, qui se nommait alors Ephyre. Ce héros de la mythologie grecque était représenté comme le plus rusé des hommes et on alla jusqu'à lui donner pour fils Ulysse, tant il y avait de ressemblance entre eux. Ce fut lui qui dénonça au fleuve Asopos le rapt de sa fille Egine par Zeus. Furieux, Asopos lui envoya Thanatos, mais le rusé Sisyphe parvint à enchaîner le dieu des morts et il fallut l'intervention d'Arès pour le délivrer. Cette fois Sisyphe dut subir son destin, mais, avant de mourir, il recommanda à sa femme de ne pas lui rendre les honneurs funèbres. A peine arrivé aux Enfers, il s'empressa de dénoncer à Hadès la négligence de celle-ci et lui demanda de revenir un moment sur terre pour la punir. Rendu à la lumière et à la vie, Sisyphe se refusa à retourner au royaume des Ombres. Hermès dut se déplacer en personne pour ramener au bercail le mort récalcitrant. Pour pénitence, Sisyphe fut condamné à rouler sur la pente d'une montagne un énorme rocher qui redescendait chaque fois qu'il approchait du sommet. Bien entendu, ce rocher ne peut être, pour les habitant de l'Argolide, que l'Acrocorinthe.
C'est au VII et VIe siècle avant J.C. que la ville affirma sa puissance et fonda les colonies de Corcyre, Potidée et Syracuse. En perpétuelle compétition avec Athènes pour la maîtrise des mers, à laquelle elle dut renoncer lorsque Sparte s'assura l'hégémonie sur les Grecs, elle fut ensuite rasée et humiliée par les troupes romaines du consul Mummius. Rebâtie sous César cent ans plus tard, Corinthe redevint une cité florissante, dont la réputation de luxe et de plaisir était connue de tout l'Empire. Les anciens poètes, nous dit Thucydide, l'appelaient Corinthe la riche. Ce sont dans ses chantiers que fut construite la première trirème en l'an 700. Corinthe fut aussi la première ville à mouler des figures et elle précéda les autres cités grecques dans l'art du dessin. Plus tard, elle donnera son nom au plus riche des ordres d'architecture, cet art corinthien végétal qui exprime la grâce et l'insouciance.

 

Depuis Corinthe, quand le temps est serein - et c'était le cas pour nous ce jour-là - on découvre par-delà la mer de Crissa les cimes de l'Helicon et du Parnasse et, au nord, le mont Oneïus couvert de myrtes. Mais on ne voit pas de la ville antique la mer Saronique, il faut, pour l'apercevoir, monter sur l'Acrocorinthe. C'est - disait Spon - l'une des plus belles vues de l'univers. On sait que Paul l'Evangéliste y passa avec ses compagnons Crispus et Caïus et qu'il y prêcha ses célèbres Epitres, afin de ramener les habitants, perdus dans les effluves de vin et d'alcool, vers des préoccupations plus spirituelles. Il faut croire qu'il y réussit, car la Grèce est restée très profondément chrétienne, malgré quatre siècles de domination ottomane, et l'Argolide est couvert de monastères et de chapelles, comme ceux de Mistra et de Monemvassia.
Les ruines de Corinthe, dont le temple d'Apollon, sont majestueuses. Ce temple servit de modèle à celui d'Athéna sur l'acropole d'Athènes. Ensuite, on gagne l'agora en empruntant la route du Lechaion bordée de portiques, de boutiques et de bains publics qui, jadis, conduisait à l'ancien port. On peut imaginer ce que ce devait être, lorsque les voiles des trirèmes claquaient au vent... Plus loin encore se trouve l'un des plus beaux monuments de l'époque impériale : la fontaine Pirène. Elle  doit son nom à la jeune Pirène qui, ayant versé tellement de larmes à la mort de son fils, fut changée en fontaine.

 

     EPIDAURE

 

Le théâtre d'Epidaure est peut-être ce que j'ai vu de plus beau dans le Grèce antique, une merveille que l'on peut à peine décrire, car les mots manquent pour exprimer ce que l'on ressent, lorsque, presque seule au centre de cet amphithéâtre, ceint par un cirque de montagnes à l'abondante végétation, dans  le silence recueilli de la nature, à l' heure du soir où la lumière est blonde et rose, on le contemple dans sa splendeur intemporelle. On comprend que Pausanias, extasié à sa vue, le définit comme la construction la plus harmonieuse réalisée par les Grecs. Il fut élevé au IVe siècle avant notre ère par le même architecte que la tholos, Polyclète le jeune, et comprend un orchestre circulaire et 34 rangées de gradins. Ce théâtre bénéficiait, et bénéficie aujourd'hui encore, d'une acoustique exceptionnelle, au point que le moindre soupir est perçu du spectateur placé au plus haut des gradins.
D'une perfection absolue de par son architecture, il jouit d'autre part d'une parfaite insertion dans l'environnement naturel. Quel génie eurent les hommes de cette époque de savoir à ce point marier leur oeuvre de bâtisseur à l'oeuvre des dieux ! Le choix du lieu ne pouvait être meilleur, plus grandiose, mieux adapté à ce que l'on voulait y vivre et y représenter : ce compagnonnage intime avec les voix secrètes de l'univers.

 

Le théâtre avait beaucoup d'importance pour les Grecs, car, hormis le drame satirique et la comédie, il était, grâce aux oeuvres des grands auteurs tragiques, une école de morale. Les représentations dramatiques furent à l'origine des fêtes religieuses. On croyait la prospérité de la ville intéressée à ce que les solennités fussent célébrées avec une magnificence qui plût aux dieux. Du milieu des glorieuses manifestations de la pensée et de l'art qui se produisirent alors, la place d'honneur n'en revient pas moins à la poésie qui semble habiter le génie de ce peuple.
On peut établir deux périodes qui résument l'histoire générale du théâtre grec : dans la première les mystères ou drame religieux ; dans la seconde, le drame humain. Euripide appartenait à la seconde. Il a annoncé le théâtre moderne en portant sur la scène les passions de tous les temps. L'un des traits caractéristique de sa tragédie est la place qu'il réserve aux femmes et à l'amour.
Q
uant à la comédie, qui était née aux fêtes de Dionysos, elle fut dans les mains d'Aristophane une arme de combat avec laquelle il frappa surtout la philosophie et la science, les généraux les plus braves et les orateurs les plus éloquents. Il ne manqua à ce grand rieur devant l'éternel que de rire de lui-même. Il alla même jusqu'à malmener les prophètes et les devins, ce qui prouve l'avancée intellectuelle qu'avait effectuée la Grèce de l'époque.

 


La danse était aussi très présente dans les spectacles, parce qu'elle faisait partie des solennités religieuses. On attribuait au corps, à sa beauté, une grande importance et la danse était une façon d'exalter les perfections que les dieux avaient accordé aux hommes. L'art des choeurs comprenait le chant et la danse. Platon écrit à ce propos dans son Traité des lois : " Ces divinités qui président à nos solennités nous donnent le sentiment de l'ordre, de la mesure, de l'harmonie ; et ce sentiment qui, sous leur direction, règle nos mouvements, nous apprend à former par nos chants et nos danses une chaîne qui nous enlace et nous unit." Loin de craindre les exercices qui, en d'autres temps, ne servent qu'au plaisir, le philosophe les regarde comme nécessaires au bon ordre des cités et des âmes.

 

1153219684 g10    Le temple d'Hera à Olympie

                                  

  

     OLYMPIE

   

Si Epidaure représente l'harmonie à son plus haut degré de perfection, Olympie m'est apparue comme le sourire de la Grèce antique. Il y règne une paix à nulle autre pareille. On y voit partout des colombes, on y perçoit des roucoulements, on s'y sent dans une pastorale si pleinement sereine, comme si le temps s'arrêtait un moment pour écouter battre le coeur de la terre. Cette plénitude vous envahit dès que vous pénétrez dans ce site bucolique de l'Elide, baigné par le fleuve Alphée, et qui fut voué au culte de Zeus et d'Hera, son épouse. Fière de sa vertu, la reine de l'Olympe supportait mal les infidélités de Zeus, et ses vaines révoltes lui valurent de rudes châtiments. Parce que la fille de Laomédon, Antigone, s'était vantée d'avoir une chevelure plus belle que la sienne, Héra changea sa chevelure en serpents. De même qu'elle ne pardonna pas au Troyen Pâris de lui avoir préféré Aphrodite, lors du fameux concours des trois déesses sur l'Ida, et sa rancune ne fut satisfaite que lorsque toute la race des Troyens eut été anéantie.

 

Toujours selon la légende, les jeux furent créés par le mythique Pélops, qui, pour obtenir la main d'Hippodamie, usa d'un stratagème et tua le père de celle-ci lors d'une course de chars.  Les jeux Olympiques furent donc célébrés pour la première fois en l'honneur d'un roi mort. Ils furent ensuite abandonnés et rétablis plus tard par Héraclès. La date officielle du début des jeux se situe en 776 avant J.C. Cette année-là, Iphitos roi d'Elide, contemporain de Lycurgue, suivant les conseils de l'Oracle de Delphes, réorganisa les jeux pour mettre fin aux fléaux et aux divisions politiques qui dévastaient la Grèce. Cette grande fête sportive, dédiée à Zeus et à laquelle tous les hommes du pays pouvaient participer, avait lieu tous les quatre ans. Ces fêtes Olympiques commençaient avec la pleine lune. Les plaisirs pouvaient donc se poursuivre durant ces nuits de Grèce plus lumineuses que bien des jours nordiques. "Les dieux, disait Pindare, sont amis des jeux". Ceux de Delphes et d'Olympie éclipsaient tous les autres.

 

 

1153220813_g9.jpg  Entrée du stade à Olympie

                                                                    

 

Ni l'or, ni l'argent, ni l'airain ne récompensaient les victoires si vivement disputées. Une couronne de laurier ou d'olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Mais, à quelque jeu que ce fût, c'était un insigne honneur de vaincre. Pour le vainqueur lui-même, mais également pour sa Cité. A son retour, on le recevait avec faste, ou lui donnait l'immunité d'impôt et le droit de s'asseoir aux premières places dans les spectacles ; les poètes le chantaient, les sculpteurs reproduisaient son image. Des pères moururent de joie en embrassant leur fils victorieux.

 

La zone sacrée, dite de l'Altis, est délimitée par deux enceintes, l'une datant du IV ème siècle av. J.C., l'autre de la période romaine. Hors de l'enceinte, on passe un portique et un gymnase, puis un palestre avec un portique à double colonnade, le Theokoléon construit pour accueillir les hauts fonctionnaires, un atelier ( ergasterion )où Phidias travailla avec ses élèves. Plus loin, le temple de Zeus, construit en 471 - 456 av. J.C., illustre l'apogée du style dorique. L'intérieur devait être dominé par la statue monumentale de Zeus, une oeuvre de Phidias. Une maquette, à l'entré du musée, permet de se représenter ce que devait être Olympie du temps des Jeux et de l'illustre Phidias. On peut admirer encore l'endroit où brûlait la flamme olympique et le stade où se déroulaient les épreuves. Dans le musée, parmi les magnifiques objets que les archéologues ont pu retrouver lors des fouilles, figure le célèbre Hermès tenant Dyonisos enfant sur son bras, oeuvre attribuée à Praxitèle et dont la beauté vous coupe le souffle. Me revenaient alors en mémoire dans ce site mémorable d'Olympie et après avoir eu la chance d'admirer tant de merveilles, cette phrase de Cicéron :


" Souvenez-vous, Quintius, que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples, en leur enseignant la douceur et l'humanité, et à qui Rome doit les lumières qu'elle possède."

  

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Corinthe

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Epidaure, le théâtre

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 07:47
Saint-Barthélémy

Saint-Barthélémy

 

Juillet 1989

L'année dernière, je vous contais ma première Manche, cette année je vous écris d'Atlantique. Pas celui qui baigne les côtes de Belle-Ile, mais celui qui étreint Marie-Galante, à l'autre bout de l'horizon, dans ce semis d'îles dispersées comme un vol d'oiseaux dans l'immensité turquoise. La Guadeloupe, les Saintes, je connaissais déjà. J'y étais allée en 1982 ainsi que l'on va quelque part ( lorsque l'on parle de tourisme). Aujourd'hui, c'est autre chose : je pars ailleurs, car en bateau, à la voile, au grand largue, au grand large. Découvrir une île à pied, à cheval, en voiture, est une aventure tout autre que de l'approcher par mer, de la voir naître et se dessiner à la façon d'une esquisse, d'un mirage, ou d'une vision qui vous subjugue. On a l'impression non d'aller à elle mais de la voir venir à nous, frissonnante de toutes ses palmes, couronnée d'un dais de nuages, cerclée d'un anneau de sable blanc

        .
Notre First 325 nous attendait ce samedi 15 juillet à la Marina de Point-à-Pitre. Une journée au port pour l'avitaillement, mais à notre étonnement, notre agence de location ne se met guère en frais pour nous accueillir et nous familiariser avec le bateau. La marina n'offre, quant à elle, qu'un confort succinct. Des douches certes, mais une grande surface mal achalandée en fruits et légumes. Nous nous contentons de faire le plein en eaux minérales et en produits de base. Dès le surlendemain lundi, nous appareillons. Les amarres sont larguées, le quai s'éloigne. Dès la sortie de la passe, nous ratons une bouée rouge ( système B international inversé). La quille flirte quelques instants avec le sable à notre vive inquiétude car les fonds, ici, passent très vite de 7m50 à 1m20, aussi virement de bord sur la cardinale nord que nous n'avions pas vue afin de nous retrouver dans la bonne direction. Bientôt le chenal ouest s'ouvre, l'île Cochon sur tribord, Caye Plate et Mouchoir Carré sont en vue. Il est temps de stopper le moteur. Face au vent, la grande voile se hisse avec un plaisir retrouvé. La mer est assez formée. Nous prenons le foc n°2. Et soudain, c'est le silence, avec le seul  feulement de l'eau sur l'étrave. Cap sur les Saintes. Tandis que nous longeons la côte de Basseterre,  nous voyons au loin se profiler, radieuses dans la claire lumière, les croupes vertes et bosselées de l'archipel et, plus loin encore, devinons Marie-Galante, l'île au rhum. A éviter, les deux baleines mal signalées qui moussent entre l'île Cabrit et la Terre d'en Haut. Enfin nous approchons assez pour apercevoir le charmant bourg avec ses toits rouges entourant le clocher et le célèbre amer de la maison en proue de navire. Notre bateau contourne le Pain de Sucre pour mouiller dans l'anse à Cointe, entre la plage du Bois-Joli et celle autrefois sauvage ( elle l'est un peu moins aujourd'hui ) qui s'ouvre, ainsi qu'une porte à double vantaux, sur les deux côtés de la mer. Premier bain tant attendu, car je m'étais promis de revenir un jour ici. C'est chose faite. Quelques maisons supplémentaires trouent la verdure mais, malgré elles, les Saintes conservent leur beauté et leur charme. Même animation dans le village de poupée qui ressemble au royaume des sept nains de Blanche-Neige. On a le sentiment qu'il doit être plus facile ici qu'ailleurs de prier dans la petite église pimpante et que le cimetière - semblable à une plage de sable où se seraient rassemblés les plus beaux coquillages - doit vous assurer la paix pour l'éternité. 

 
20/7 - Départ à 9H - 16° nord - 63° ouest. Alizés force 4. Brise légère. Le soleil commence à monter. Nous levons l'ancre. Cap au 322. Nous nous dirigeons vers Vieux-Fort. En réalité nous irons mouiller à Rivière-Sens. La traversée sous voile s'effectuerait aisément si nous n'essuyions un grain blanc, qui nous procurera de fortes rafales (35-40 noeuds). Brutalement le nuage crève, la visibilité devient extrêmement réduite. Parler de grain blanc est une expression juste, car l'horizon sur 360° se crible de mitraille de pluie qui confond en une unité aquatique ciel et terre. Tout siffle, souffle, crépite durant quelques minutes  interminables. Après que nous ayons bagarré avec le réglage des voiles, les choses s'apaisent. Les nuages, qui déboulaient de la Soufrière, s'en vont porter leurs grains ailleurs. Il est 10h30. Nous sommes en vue de la passe de Rivière-Sens. Une jetée de pierres sombres, un phare à sa mesure nous indiquent la chicane à prendre pour entrer dans ce mouillage. Il est utile de viser le milieu du chenal, car les fonds sont réduits ( 2m50 à 3m environ ). La marina n'offre que deux places libres. Nous choisissons celle qui se trouve entre un vieux bateau de pêche et un cruiser redondant, hérissé d'antennes. Par chance, un branchement d'eau à quai, juste devant nous, nous permet de nous rafraîchir, car la chaleur est particulièrement torride et la bâche, sensée nous tenir lieu de taud, n'est pas adaptée au bateau.
Quelques minutes ont suffi pour que surgisse un nonchalant galonné. C'est sûrement le grand chef de la capitainerie... En effet, il nous donne les consignes à suivre pour passer au bureau du port remplir les formalités ( à l'évidence, ils ne sont pas encore mûrs pour le marché commun de 1993). Avons-nous des douches ? Oui, mais elles sont en panne. Y a-t-il du fuel ? Normalement oui, mais la première station est fermée aujourd'hui et la pompe du port a été dévalisée par un bateau américain qui, le matin, a pris plus de 1000 litres. Cela commence bien. A la capitainerie, après avoir rempli les formalités d'usage, nous devons revenir après le déjeuner pour payer, car la personne qui encaisse s'est...absentée. A 15 h, puis 16h, elle n'est toujours pas revenue. La sieste doit être bonne. Nous réglerons notre dû à un employé blasé qui condescendra à encaisser notre monnaie. Pas non plus de ravitaillement à la marina. Heureusement pour nous, le stop existe et trois jeunes gens nous embarquent à bord d'une vieille peugeot  bringuebalante avec notre jerrycan pour le plein à la station du Vieux-Fort. Puis ils nous déposeront devant le supermarché, nous attendront et nous reconduiront à la marina. Cela, c'est de la complaisance gratuite dans la bonne humeur. Il est réconfortant de rencontrer autant de gentillesse et de désintéressement. Aux Saintes, on nous avait dit que Rivière-Sens était l'une des meilleures marinas de la Guadeloupe. Nous restons sceptiques et nous demandons ce que doivent être les autres.  En vérité, vive les mouillages forains !


21/7 - 8h15, aidés de la bourrique, nous mettons en marche pour assurer la sortie. Nous prenons la route cap au 13 avec une vitesse de 5 à 6 noeuds sous grand voile et génois en direction de l'anse Deshaies. Vieux-Port s'éloigne. Nous longeons la côte sous le vent, donc peu de vent. Nous ferons pas mal de moteur sous grand voile, ce qui nous permettra de recharger batteries et frigidaire. 21 miles parcourus par temps de demoiselle avec de jolis paysages, de beaux reliefs d'un vert intense parsemés, ici et là, par les efflorescences purpurines des flamboyants. Il a beaucoup plu, nous a-t-on dit, cette année, d'où la luxuriance et l'éclat des fleurs. Nous sommes enclins à le croire car nous constatons que nous sommes gratifiés de pas mal d'ondées et de vent. A 13h45, nous obliquons sur l'anse, après avoir laissé loin à bâbord l'île Pigeon. Splendide spectacle que celui de ce village de pêcheurs typiquement africain, bordant la courbe douce de sa plage, avec des maisons claires encadrant son église telles que les dessinent les enfants de la maternelle. Quelques cotres et sloops se balancent au mouillage. Nous prenons le nôtre : 4m, 3m50, 3m, on jette l'ancre.
Le soir, nous décidons de nous offrir un dîner au bistrot du port. Une fringale de poissons et une pépie de ti-punchs nous ont saisis. Au retour, ciel criblé d'étoiles, clapotis mélodieux des vagues qui viennent mourir sur les carènes. Nuit admirablement lustrée où les astres voguent ainsi que des parcelles de lumières oubliées dans l'infini.


22/7 - Au réveil, surprise ! Notre annexe a disparu. Il est vrai que l'on a omis de nous remettre la chaîne et le cadenas que, prévoyants, nous avions demandés au départ. Par chance, le propriétaire d'un bateau voisin accepte de conduire l'un d'entre nous au village, d'où il téléphonera à notre agence de location. Nous ne sommes qu'à 43 km de Point-à-Pitre. Dans la journée une autre annexe nous est livrée qui, quant à elle, nous réserve un autre genre de surprise. L'un des boudins se dégonfle à vue d'oeil et on a simplement oublié de joindre les pagaies. Heureusement, il nous reste le moteur  et puis, comme nous le dira plus tard avec ironie le responsable de l'agence ( on comprend après cela l'engouement de nombreux plaisanciers français pour le sérieux des compagnies de location américaines), si le moteur était tombé en panne, vous pouviez toujours ramer avec les mains... Ah ces latins !

 

24 / 7 -  Réveil à 6h. La météo n'est pas mauvaise. Mer agitée et onde tropicale en formation. Houle annoncée de 2m-2m50. Nous quittons l'anse au moteur pour nous positionner au vent et hisser la voile. Parés pour la traversée. Test du bateau et de l'équipage. Là, nous prenons vraiment la mesure de la mer. Cap au 327-331 pour tenir compte du vent et de la houle 3/4 arrière. A peine avons-nous effectué quelques miles - nous en avons 33 jusqu'à Montserrat - que le vent force et que la mer, très formée, rend la barre dure mais toujours manoeuvrable (phénomène des canaux). Le bateau se comporte bien, le barreur négocie les vagues qui s'abattent par rangs de trois, avec adresse. Nous filons à la vitesse de 5 à 6 noeuds malgré un ris et vivons quelques belles émotions à tanguer ainsi, par cette allure grand largue, à la limite parfois du vent arrière. Montserrat nous apparaît aride après la verdoyante, la fastueuse Guadeloupe. Une île pelée sans attrait particulier, offrant pour mouillage l'abri d'un débarcadère qui porte le nom présomptueux de Plymouth. Une sorte de décharge ingrate où rien n'a été prévu pour l'accueil des bateaux de plaisance venant de la Guadeloupe et faisant route vers Nevis, St Kitts et surtout St Barthélémy. Quelques maisons sans grâce, une jetée faite d'un assemblage grossier de roches, des toits en tôle ondulée, une morne vision de ces Antilles qui ont bercé nos rêves. Il nous faut cependant rester un après-midi, une soirée et une nuit sur ce mouillage rouleur, en espérant que la météo de demain matin nous permettra de poursuivre notre route vers Nevis. A terre, nous nous acquittons des formalités sous une chaleur écrasante, dans la torpeur poussiéreuse des quais où, visiblement, on n'attend guère ceux qui, par malchance, y font escale.


25/7 - Bonne traversée jusqu'à Nevis qui signifie neige. Cette image s'étant imposée à Christophe Colomb lorsqu'il découvrit l'île avec son volcan éternellement encapuchonné de nuages blancs. Cap 330 en laissant sur tribord le gros rocher de Redonda d'environ 2km2,  aride et battu par les vents, revendiqué par un certain irlandais pour son fils qu'il avait déjà surnommé Felipe Ier. L'histoire n'eut pas de suite. On s'en doute. 35 miles en six heures, à une moyenne de 5 noeuds et un vent d'est moins fort que la veille, nous menant grand largue. Vue de loin, Montserrat prend une allure plus imposante, tandis que se profilent déjà les côtes de Nevis.  Après avoir contourné le Fort Charles, nous voyons apparaître le petit port de Charlestown et ses modestes installations : une seule jetée où se trouve amarré un splendide 4 mâts- école. A l'ouest de cette digue, réservée à l'usage des vedettes et des bateaux de commerce, le mouillage est laissé libre aux plaisanciers qui ont loisir de jeter l'ancre où bon leur semble dans cette baie assez bien protégée, face aux simples et typiques maisons de pêcheurs qui bordent le littoral.
Plus à gauche, au-delà d'un hôtel bleu turquoise d'un détestable mauvais goût, qui évoque le temps où les ladies anglaises venaient prendre les eaux à Nevis, s'étend à perte de vue une immense plage, frangée de plusieurs rangs de cocotiers, qui s'adosse à la montagne et va se perdre au loin dans un halo de palmes qu'agitent faiblement les alizés. Nous ancrons à quelques mètres du rivage, alors que des pélicans rasent les eaux de leur vol puissant, si différent de celui élégant et gracieux du paille-en-queue. A Charlestown, nous trouverons presque tout, une fois que nous aurons accompli consciencieusement aux douanes, puis à la police, les formalités obligatoires : du carburant, un marché pas trop mal achalandé en fruits et légumes, plusieurs superettes, enfin de l'eau - certainement pleine de propriétés extraordinaires - mais affligée d'une odeur d'oeuf pourris ( comme toutes les eaux sulfureuses) qui empoisonnera les 200 litres de notre réserve pour le restant de la croisière. A part cela, la ville a beaucoup de caractère, un charme désuet qui allie celui de la flibuste à un passé colonial encore proche. Alexander Hamilton, principal rédacteur de la Constitution américaine et proche collaborateur de George Washington, naquit ici en 1755 ainsi que l'épouse de Nelson, au temps d'une splendeur à jamais perdue et dont les traces, encore visibles par instant, entretiennent juste ce qu'il faut de nostalgie.

 

27/7 - Les plus belles heures se payent chères. C'est la rude loi de la navigation. Aux innombrables corvées, aux risques de vols, aux traversées mouvementées, aux incidents divers, aux coups de chien s'ajoute parfois une panne de moteur. C'est ce qui vient de survenir en ce début d'après-midi, alors que nous nous apprêtions à aller mouiller un peu plus loin, face à la montagne, au bord de la plage solitaire, dans ce décor d'où est absent tout signe de civilisation et où des ibis blancs s'ébattent dans un marigot. Demain, probablement, l'adorable île de Nevis ne sera plus ce qu'elle est encore aujourd'hui.... si vraie, si authentique. Ici et là, on construit, on échafaude. Le tourisme pointe son nez avec ce que cela suppose de facilités relatives et d'immenses désagréments. Mais voilà le moteur se refuse à démarrer. Batteries à plat. Aurions-nous trop abusé de la voile ? En fait non, les bateaux loués sont souvent révisés avec trop de légèreté et de plus le branchement de nos batteries a été inversé. Nous en sommes quitte pour le déplacement d'un mécanicien du cru et une journée de perdue.

 

29 / 7 -  Réveil à quatre heures et demi et départ à 6h. pour la plus longue traversée de notre voyage : Nevis - St Barthélémy. La météo difficilement captée ( cela arrivera souvent) sur le petit poste que nous avons eu la bonne idée d'emporter ( ainsi que des lampes torches et une lampe tempête) - nous annonce un temps sans surprise, une mer agitée et bien formée, ce qui s'avère exact. Quatre à cinq noeuds de moyenne puisque, par prudence,  Yves étant le seul homme opérationnel à bord, nous avons gardé un ris. Route par les Narrows, cap 352 sur Major Baie, puis 57 sur la pointe ( alignement sur Mosquito Bluff), ensuite 350 sur St Barth. Toujours vent d'est de travers balançant agréablement le bateau sous une pluie de feu entre 11 et 15 heures. Nous longeons la partie est de l'île de St Christopher( St Kitts). Sauvage et âpre au sud, elle devient sur son flanc nord-est verdoyante et grasse, rappelant davantage les côtes irlandaises et leurs verts pâturages que les Caraïbes. Belles prairies se lovant paresseusement au-dessus d'une côte rocheuse bien découpée. Puis, au loin apparaît à bâbord St Eustache et, devant l'étrave, l'ébauche de St Barth. L'approche est magnifique mais délicate. Joliment dessinée, elle est entourée de nombreux rochers, tels le Pain de Sucre et les Saintes, ce qui n'est pas sans évoquer des souvenirs - et c'est vrai que ces reliefs verdoyants, souplement arrondis, évoquent l'harmonieuse géographie du célèbre archipel. Fatigués par nos huit heures de mer et nos 40 miles, nous préférons, pour le premier soir, un ancrage tranquille dans la petite baie de Corossol.
On nous avait beaucoup parlé de St Barth. Des navigateurs rencontrés dans les ports nous répondaient, lorsque nous les questionnions sur cette île, d'un air blasé : ça pue le fric ! Ce n'est plus ce que cela a été ! Vraiment rien n'a été prévu au port pour les plaisanciers ! Je n'y avais encore jamais accosté, mais je tiens à donner mon humble témoignage. St Barthélémy est une île ravissante, parfaitement accueillante, qui fait honneur à la France. Ce que devait être autrefois, à quelques détails près, St Tropez au temps où Colette écrivait " La naissance du jour" et où son ami Dunoyer de Segonzac peignait les pinèdes qui n'étaient pas encore ravagées par les flammes. Quand on connaît Monte-Carlo ou Marbella, dire que St Barth pue le fric est à hurler de rire. Bien sûr, il y a quelques jolies boutiques, des maisons coquettes mais jamais tapageuses, de riches hôtels mais la plupart du temps discrets, un art de vivre bon enfant, un charme irrésistible. Non, St Barth n'est pas une femme fatale, seulement une belle fille saine qui a le souci de plaire.

 

30/7 - Dès notre lever, toujours de bon matin, nous décidons - puisqu'il y a beaucoup de places disponibles - d'aller nous mettre à quai dans la marina. C'est chose faite en une demi -heure et nous voilà bien placés dans le décor du port de Gustavia, tant célébré par les cartes postales, avec son harmonieuse succession de volumes, ses maisons aux toits verts et rouges, ses quais bordés de boutiques et de cafés et les voiles au large. Tout est serein et calme car nous sommes à la morte saison. Il nous semble que l'île nous appartient. Les restaurateurs sont aux petits soins et, par ailleurs, un plaisancier trouve en ce lieu béni tout ce qu'il peut souhaiter : ravitaillement en eau ( il suffit de demander la clé à la Capitainerie pour que le tuyau vienne emplir votre nable pour une somme dérisoire), carburant, choix important de fruits et légumes et même de viande, ce qui nous change de nos boîtes de corn-beef - installation sanitaire correcte et propre de surcroît. Puisque nous avons l'intention de séjourner ici quelques jours, nous louons une Susuki afin de faire le tour de l'île, car la chaleur ne permet pas de crapahuter à pied. Chaque tournant nous dévoile une vue pittoresque. Ce n'est qu'une suite de collines, de vallées, d'anses, de plages nacrées, le tout cerné par l'anneau émeraude de la mer. Un chef-d'oeuvre de la nature, une sorte de variation symphonique bien tempérée.

 

2/8 - L'onde tropicale, qui s'annonçait depuis plusieurs jours, se précise. En fait d'onde, on parle ce matin à la Capitainerie, où nous allons nous enquérir de la météo, de tornade cyclonique. Elle est prévue pour la nuit prochaine et le responsable du port nous suggère de partir dès maintenant, car Gustavia n'assure pas un ancrage suffisamment protégé en cas de tempête. Bonne route jusqu'à Simsonbaaï à l'île Saint-Martin où on nous a conseillé de nous réfugier. Ce conseil a dû être donné à beaucoup d'autres navigateurs car, à midi, ce sont déjà plusieurs dizaines de bateaux qui stationnent ou font des ronds dans l'eau, en pleine canicule, en attendant la levée du pont qui leur permettra d'entrer dans le lagoon. Nous jetons l'ancre et déjeunons, tandis que l'affluence s'accroît. Nous nous approchons pour prendre rang. C'est alors la grande pagaille. Dans ces cas-là, hélas ! la courtoisie marine ne paraît plus de mise. Quand le pont se lève enfin à 17 heures, c'est la ruée de 200 bateaux, un infernal entremêlement de coques, d'étraves qui se heurtent - certaines annexes sont littéralement broyées- et la panique est bientôt à son comble... car un bateau ne se manie pas comme une automobile. L'élément liquide ne permet pas de stopper net. De plus, le vent qui souffle nous fait dériver, soit sur les cailloux, soit sur les autres bateaux. Jacques, au moteur, a heureusement un bon réflexe. Il avance et force le passage, en repoussant doucement mais fermement les autres quilles, au lieu de se laisser entraîner à reculer et à s'éventrer sur les rochers. Patricia et moi nous chargeons - autant que faire se peut - d'amortir les chocs en courant d'un bord à l'autre. Enfin nous parvenons à nous dégager et à passer sans avoir rien abîmé, ni cassé. Un bateau fait même son entrée en marche arrière sous les applaudissements de la foule massée sur les rives pour ne pas manquer le spectacle... Nous mouillons vers le fond du lac, à l'abri d'un petit tertre verdoyant, sous une pluie soudain torrentielle. Le ciel a la couleur de l'encre, l'ambiance se fait menaçante. C'est une veillée étrange avec au-dessus de nos têtes une onde pathétique, un ciel plombé, lourd, traversé d'éclairs. Puis une paix comme si le ciel lui-même se mettait à l'écoute de ce qui allait survenir, tendait sa grande oreille cosmique. A la radio locale, on prévoit le cyclone pour minuit par 19° nord et 63° ouest. Il est demandé aux habitants ( alerte n° 2) de s'enfermer chez eux, d'éteindre électricité et batteries, de ne pas se promener sur les routes, de ne pas circuler en quelque endroit que ce soit. Puis, le ministre termine son allocution par : que Dieu protège nos familles ! Il n'y a plus qu'à attendre. Nous dînons en silence, rangeons, calons les objets, ne laissant rien traîner. A 21 heures, un léger souffle, comme si Poséidon s'amusait à nous agacer l'oreille. Mais la journée a été si fatigante, nous obligeant à une telle tension et vigilance, que je sombre dans un profond sommeil jusqu'à 6 heures le lendemain matin.

 

3/8 - DIN a finalement dévié de son trajet initial. Il est passé plus au nord et a épargné St Martin et St Barthélémy où on l'attendait sur le pied de guerre. Le vent a soufflé mais sans excès. La nature ne nous a offert qu'un décor de tragédie sans acteurs. C'est probablement mieux ainsi car, de l'avis des marins bretons qui viennent nous saluer dans la matinée en apercevant notre pavillon maloin, il y aurait eu beaucoup de casse. Mais nous voici néanmoins coincés pour un moment, si bien que le projet de se rendre à Anguilla s'anéantit au fil des heures. A nouveau le vent force. DIN laisse derrière lui quelques turbulences, que nous ressentirons  encore cinq jours plus tard, lors de notre retour en avion. Une journée complète de pluie tropicale rend cet étang plus mélancolique que ceux de la Sologne à la fin de l'automne.


Notre nuit du 4 août ? Pour nous, point de privilèges à abolir. Yves qui, chaque nuit, ne dort que d'un oeil est resté en alerte. Une intuition. Avec des rafales de 35 à 40 noeuds, ses craintes sont fondées. Le bateau tire sur les ancres, craque, s'agite comme s'il voulait se cabrer. Oh10, on dérape. Il faut reprendre les alignements. Pas de doute, nous filons vers la côte. Nous ne sommes plus qu'à une vingtaine de mètres d'un gros bateau blanc. Branle-bas ! Il faut secouer les endormis. Debout ! Moteur en marche. Yves relève les ancres, le vent force encore. Nous slalomons entre les bateaux ( environ 500 au lieu des 250 habituels). Nous reprenons un mouillage. Opération réussie. Nous laissons filer les chaînes au maximum, car nous sommes sur un fond de sable et d'algues. Tandis que l'équipage retourne aux bannettes, Yves poursuit son quart qui se transforme en quatre quart, son équipage ne s'étant pas proposé pour la relève... Deux heures -quarante- cinq, ça recommence. Les deux ancres décrochent. La tension est telle qu'il nous aurait fallu une ancre supplémentaire. Nous ferons sans. Cinq heures du matin, après une troisième alerte, nous tenons enfin. Le jour lève une pauvre face chiffonnée. Ouf ! le vent faiblit. Yves en aura été quitte pour une nuit blanche et quelques émotions.
Tant bien que mal, nous allons, durant quarante -huit heures, nous tenir informés de l'évolution du temps. C'est chose rendue difficile si par malheur vous ne comprenez pas l'anglais ou si vous êtes distrait, car la radio locale semble davantage affectionner la chansonnette et le reggae que l'information météorologique. C'est avec bien des difficultés que nous parvenons à capter quelques bribes sur une radio anglaise. Puisque nous n'avons plus guère de provisions, hormis des boîtes de corn-beef et des pâtes - le bateau étant à l'arrêt, ainsi que le moteur, le frigidaire ne fonctionne plus et nous devons jeter de la nourriture qui, au propre comme  au figuré, a déjà viré de bord. - il nous faut donc aller chercher à terre, ne serait-ce que quelques vivres. Mais impossible d'utiliser, pour un aussi long parcours et avec ce clapot,  notre annexe dégonflable. Une barque, hélée au passage, accepte d'emmener deux d'entre nous au bourg de Marigot. Il nous en coûtera 120FF. C'est payer cher la baguette de pain.
Le vent s'est apaisé. Le ciel se dégage, les oiseaux sont de retour. Autant de signes annonciateurs du beau temps. Demain matin, il nous faudra profiter de la levée du pont à 6 heures pour quitter cet étang où nous nous sentons prisonniers et gagner l'anse Marcelle, au nord de l'île, où il est convenu que nous laissions le bateau. Le passage sous le pont est moins encombré qu'à l'aller et s'effectue dans la sérénité. La mer reste agitée jusqu'à la pointe du Canonnier, puis elle s'apaise progressivement et nous longeons la côte sous un ciel redevenu clément, avec juste ce qu'il faut de brise pour gonfler le génois. Ce qui nous attend à l'arrivée au port de Lonvilliers est une surprise, de celle que l'on aimerait avoir souvent.

Une petite baie ravissante, nichée au creux de sa verte montagne, avec une plage corallienne ombrée de palmiers, un décor digne d'un film de James Bond. Hôtels de luxe, marina confortable au long de laquelle s'alignent quelques magnifiques yachts, jardins, boutiques, profusion de fleurs et de papillons et, qui plus est, ni foule, ni bruit, ni affluence, ni encombrement. Comme si le caméraman ébloui avait, un instant, stoppé le moteur. Deux jours ici pour nous reposer comme le font les milliardaires désoeuvrés : bains, farniente, p'ti-punchs, on oublie tout et on recommence. En fait, cela n'a pas si mal marché ! Point-à-Pitre / St Martin, ce n'était pas rien Yves pour ton baptême du feu ! Skippeur pour la première fois sur une mer que tu ne connaissais pas, avec un 10m40, le plus souvent par fort vent, et un équipage aussi peu reluisant , bravo ! Certes le First 325 est un bon bateau, ardent, rapide, qui a de l'influx. Mais tu as été presque seul pour tirer sur les winches, barrer jusqu'à six heures d'affilé, régler les voiles et veiller lors des ancrages forains. Ton visage a pris la patine des jours où tu as sué sous le soleil. Tu es heureux, car tu rends ton bateau " en l'état" et aucun bobo n'est à déplorer.
Salut, marin, depuis l'Atlantique sud !

 

                                         20 juillet- 10 août 1989

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Les Saintes et un paysage de la Guadeloupe
Les Saintes et un paysage de la Guadeloupe

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 09:39

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Louer un voilier ( quillard ou catamaran ) pour une croisière aux Antilles, c'est là le meilleur moyen de s'assurer un périple inoubliable, à condition d'avoir à bord un équipage confirmé. Pour nous, ce fut un quillard à quatre pour une croisière vers les Grenadines. 

 

Aujourd'hui dimanche 10 février, notre bateau va quitter la marina du Marin à La Martinique. Il y a un vent bien établi et une forte houle avec des vagues de 2m50 à 3m. Décidément, je ne suis pas abonnée au temps de demoiselle. Dès que je mets les pieds sur un bateau, la mer se montre, belle mais impérieuse. C'est sportif et un peu rude. Les passages entre les îles sont connus pour être agités. Les courants s'y croisent, s'y heurtent et provoquent une houle hachée. Heureusement nous avons une bonne quille de 2m de tirant d'eau qui nous assure une excellente stabilité. Le monocoque n'est-il pas un vieux routier des mers ? On n'a jamais fait mieux que ces carènes profondes qui ont sillonné les océans et fait leur preuve. Notre ami nous met de la musique de Wagner dont il est amateur, ne ratant pas un festival de Bayreuth ( il est vrai qu'il demeure à 60 km du temple wagnérien ) et j'avoue apprécier, dans cet amphithéâtre marin, d'entendre cette musique si bien inspirée des grands espaces et des éléments.
La Martinique s'éloigne et c'est Sainte-Lucie qui apparaît après 7 heures de nave, semblant sortir des eaux. Comme elle, elle se compose de reliefs harmonieux, lustrés d'une végétation abondante, allongeant sur les flots sa silhouette de naïade. Des anses, des baies ont été dessinées avec art par l'océan sculpteur. Eau et vent ont travaillé patiemment cette matière avec laquelle ils n'ont cessé de faire alliance. L'île de Sainte-Lucie a la réputation d'être belle et, de loin, on la devine déjà élégante et racée, toute en courbes, fuselée et souple, sous un dais de nuages, gonflés comme des spinnakers régatant dans l'azur. Découverte comme La Martinique en 1502, lors du quatrième voyage de Christophe Colomb, les Caraïbes restèrent néanmoins les maîtres de leur terre jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Après avoir massacrés une colonie d'anglais en 1639, ils acceptèrent un traité avec les Français en 1660. A partir de cette époque, les combats entre Français et Anglais furent continuels et Sainte Lucie changea plus de 14 fois de mains pour devenir définitivement britannique en 1814, mais a conservé l'empreinte de la présence française. Aujourd'hui, l'île vit principalement du tourisme, de la culture du cacao, de la banane et des agrumes.

 
A l'approche de notre premier mouillage à Marigot Bay, la mer se fait plus calme et nous entrons sans problème dans ce goulet étroit où se balancent quelques sloops avec, pour toile de fond, une mangrove et une forêt de cocotiers. Premier bain merveilleux autour du bateau dans une eau à 27° et premier punch. 

 

Lundi 11 février, quittons Marigot Bay pour longer la côte Ouest de Saint -Lucie jusqu'aux deux Pitons où s'ouvre, dans une passe  exiguë, l'anse de la Soufrière. Deux noirs, coiffés d'épaisses rastas sur lesquelles sont posés des bonnets tricotés de couleurs vives, viennent à notre devant à bord de leurs périssoires et nous proposent toutes sortes de services : nous amarrer à une bouée, ce qui est appréciable, ensuite nous conduire à la douane pour les papiers, enfin nous retenir un taxi qui nous mènera au jardin botanique et à la Soufrière. Nous sommes d'accord et visitons le jardin avec émerveillement, subjugués par la diversité des fleurs, plantes, arbres, végétaux qui s'y épandent. Certaines fleurs comme les gloriosa évoquent la crête d'un oiseau de paradis et arborent des colorations bigarrées du plus bel effet. J'aimerais les cueillir toutes, mais il est signalé à l'entrée que l'on n'a le droit de toucher qu'avec les yeux... Aussi, nous contentons-nous d'apprécier leurs corolles précieuses comme de la soie, fines et délicates comme de la porcelaine ou, encore, transparentes comme du cristal. Elles ont noms : shrimp plant, petrea, thumbergia, croton. Quant aux arbres, ils sont si nombreux que je ne pourrais les nommer, mêlant leurs épais feuillages, se dressant sur leurs racines comme sur des échasses, déployant leurs palmes, agrippant des morceaux de ciel comme des confettis de lumière. On reste ébloui par les ressources de la nature que l'imagination de l'homme ne pourra jamais ni égaler, ni surpasser.


Après le jardin botanique, le cratère de la Soufrière est bien décevant, chaudron soufré, d'où s'exhale une odeur caractéristique et dont les entrailles fermentent des grondements peu avenants. Toutefois, il ne s'est pas manifesté depuis 3 siècles, contrairement à ceux de La Guadeloupe et de La Martinique et, plus proche de nous, de Montserrat. Pour finir, une cascade qui unit, en un savant désordre, roches et végétation, et forme une baignoire d'eau chaude dans laquelle des touristes barbotent visiblement comblés. Retour au quai où nos deux pilotes nous reconduisent au bateau. Ils nous avaient, dès le matin, proposé de nous préparer un dîner typique local que nous devions prendre dans un restaurant du village. A 17h30, ils nous confirment qu'à 19h ils viendront nous chercher pour le dîner. Mais à 19h, la nuit est noire d'encre, leur barque glisse doucement éclairée par des torches, ils se présentent à notre bord : changement de programme. Nous devons mettre dans leur canot couverts, assiettes et verres pour aller prendre le repas, non plus au village, mais sous une paillote à la plage, à cette heure-ci complètement déserte, en lisière d'une véritable jungle. Prudents, nous refusons et leur demandons de nous apporter le repas au bateau, sentant le contrat louche et craignant de nous faire détrousser. Ce qui est sage car, au final, ils nous réclameront 6OO dollarsUS pour les services de la journée, note extravagante qui sera ramenée à 250.

 

Mardi 12 février, départ à 8 heures. Tout est calme mais la nuit n'a pas été bonne sur un mouillage rouleur qui nous a balancés d'un bord sur l'autre. Et à peine sortis de la baie, nous allons être pris à nouveau dans le courant d'une mer nerveuse, pâle et écrêtée, de force 7/8 avec rafales et cela ne cessera pas jusqu'à l'île Saint-Vincent qui - dans le train de celles qui s'égrènent de La Martinique à Grenade, succède à Sainte-Lucie - si bien que nous allons vivre une traversée musclée, pour la raison que les vagues contrariées qui se  croisent et s'entrecroisent, se choquent et s'entrechoquent, malmènent le bateau. Le vent siffle dans les haubans et c'est à peine si nous nous entendons parler tellement le bruit est assourdissant. Les îles se méritent à coup sûr, mais n'est-ce pas par la mer que l'approche est la plus belle, la plus conforme à leur singularité ? Après Sainte-Lucie et ses pitons majestueux, voici Saint-Vincent, âpre et sauvage qui dresse au-dessus des flots sa silhouette austère, chapeautée de nuages, belle isolée comme le sont toutes ses soeurs dans leur altière insularité. Nous mouillons dans l'anse de Wallilabu qui serait plaisante si l'équipe de cinéma, qui a tourné ici le premier film de la série des " Pirates des Caraïbes ", n'y avait laissé son décor qui, en se dégradant, abîme le paysage. Celui-ci se compose d'une ravine profonde où s'engouffre une végétation débordante comme un fleuve végétal mal canalisé et ourlée d'une palmeraie. Nous sommes une quinzaine de bateaux au coucher du soleil sagement alignés grâce à l'aide active des jeunes gens du cru. Bon bain et un petit punch savoureux après une journée de navigation mouvementée.

 

1204376998_caraibe_8.jpg      Marigot Bay

 

Mercredi 13 février, réveil à 6 heures. C'est au lever du jour que l'on apprécie le mieux la nature tropicale qui se dore comme une galette et dégage une lumière indescriptible.Tout y est calme, comme si le premier matin du monde se levait sur ces paysages dont certains sont encore vierges de civilisation. 
Là encore, la traversée de 5 heures entre les deux îles ( Saint-Vincent et Béquia ) nous réserve quelques surprises, " La table du diable" étant fidèle à sa réputation de secouer le plaisancier, avant de lui permettre l'accès  à des baies paisibles. Celle où nous entrons à Port Elisabeth est superbe, bien dessinée avec des arrière-plans en terrasses, où la végétation s'épand en grappes abondantes et où les toits des maisons jettent leur note claire. Tout y est charmant, bien distribué, avec les bateaux au mouillage qui embellissent encore le décor. Nous amarrons le nôtre, toujours avec l'aide des petits gars du port, efficaces et aimables, qui nous aident à tendre les cordages, puis déjeunons tranquillement à bord, à l'ombre du bimini.

 

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       Béquia - Admiralty Bay ( Port Elisabeth )

L'après-midi, nous mettons à l'eau l'annexe pour nous rendre sur l'une des plages ravissantes et quasi désertes qui ourlent la baie, d'où la vue est enchanteresse sur l'ensemble du paysage. Nos amis ont choisi, quant à eux, de se rendre au village faire quelques emplettes et reviendront les bras chargés de fruits, dont des papayes qui rafraîchiront notre dîner.

 

Jeudi 14 février, la nuit a été tempétueuse et le sommeil rendu difficile par les bruits occasionnés par les bourrasques qui font vibrer les gréements et grincer la chaîne de mouillage. Au réveil toujours autant de vent, mais le baromètre amorce une remontée. Nous nous rendons au village de Béquia qui nous rappelle la petite ville des Saintes, joliment encadré par les arrière-plans de collines qui s'échancrent sur la mer. Béquia est une escale très appréciée des plaisanciers, aussi rien d'étonnant à ce que l'on y croise le bateau du Club Med ou le Royal Clipper. De nombreuses vedettes du show-biz international et des célébrités du cinéma ont ici une résidence secondaire, raison pour laquelle s'étagent sur les collines autant de jolies demeures coloniales. L'après-midi, nous retournons sur la plage faire un peu de farniente et nous baigner, les rouleaux nous assurant une excellente friction. Comme nous sommes le jour de la Saint Valentin, nos amis nous ont fait la surprise de langoustes cuisinées qu'on nous livre le soir à bord. Délicate intention à laquelle nous faisons honneur de bon appétit.

 

Vendredi 15 février, départ à 8h15 pour l'île Mustique. Trois heures d'une navigation moins venteuse que ces jours derniers. Nous longeons Béquia, avant de nous engager dans une passe entre de hauts récifs et d'approcher de Mustique, festonnée de sable rose comme d'un collier de corail. On a beaucoup écrit sur cette île de 5 km2 que le riche promoteur Colin Tennant investit dans les années 60, attirant la gentry internationale grâce à son carnet d'adresses prestigieux, dont celle de la princesse Margaret ( qui fut l'une des premières à y faire construire une luxueuse résidence ) suivie par plusieurs célébrités, parmi lesquelles Raquel Welch, Mick Jagger ou David Bowie. Mais si Mustique est en partie privée, elle réserve néanmoins aux plaisanciers que nous sommes des coins encore sauvages. Une fois assuré notre mouillage, grâce à l'aide de plaisanciers suisses car, avec le vent et le courant, la bouée est difficile à prendre et qu' il n'y a personne pour vous accueillir, seulement un taxi-boat qui vient soutirer sa contribution exorbitante pour le peu de service offert, soit 130 dollars US au lieu de 15 à 20 dollars ailleurs, et avalé notre déjeuner, Jean-Philippe nous dépose gentiment avec l'annexe à terre pour une grande balade le long de la côte inhabitée de l'île, laissée à sa splendeur originelle, celle que connut sans doute Christophe Colomb lors de son premier débarquement ( en l'occurrence sur l'actuelle Haïti ) et qui lui fit s'exclamer : O quelle merveille ! C'est ce que nous inspire le paysage que nous parcourons entre eau turquoise et mangrove et où le sable est semblable à de la farine sous nos pieds. Pas âme qui vive ! Seulement le vol gracieux des pailles-en-queue et le chant des petits bananaquits. Et pour compléter l'illusion, nous voyons se profiler au large un trois-mâts barque. Nul besoin de se rendre dans une salle obscure pour imaginer la découverte du Nouveau Monde. Nous avons sous les yeux un spectacle digne de ce que dut être, pour ces hommes venus de si loin, l'apparition des îles Caraïbes, qui semblent avoir été semées sur l'océan par un artiste inspiré. Nous revenons à pas lents vers le ponton. Nous aurons vu de Mustique, l'île des milliardaires, ce visage qui doit leur être inconnu : un morceau de littoral encore préservé dans son paisible isolement.

 

1204465913_caraibe_11.jpg  l'île Mustique

 

Samedi 16 février : Finalement nous nous voyons dans l'obligation de renoncer à faire des escales prolongées dans les Tobago Cays, comme nous le souhaitions, à cause du vent et des mouillages incertains en milieu corallien et nous contenterons de les approcher et de les longer, de sorte qu'elles resteront l'objet d'un rêve inaccessible...Que sont les Tobago Cays ? Cinq petits îlots égarés parmi les coraux et entourés d'une barrière de corail nommée " fer à cheval ". Les Tobago font penser aux Maldives avec leurs plages splendides, leurs fonds clairs et les poissons multicolores que les amateurs de plongée se plaisent à admirer. Mais ce sont vraiment des mouillages du bout du monde, perdus au milieu de la houle atlantique et qui nécessitent une mer relativement calme, ce qui n'est pas le cas actuellement, puisque nous sommes affligés, en permanence, d'un vent d'Est qui ne cèdera pas d'un pouce pendant toute la durée de notre croisière. Nous n'aurons donc qu'une approche lointaine et émerveillée de ces lieux idylliques qui invitent à la robinsonnade.

Nous voici donc sur le chemin du retour à Béquia où nous retrouvons sans peine notre bouée dans cet environnement accueillant où viennent mouiller, en toute sécurité, des bateaux magnifiques : des trois-mâts, des vedettes somptueusement profilées et des pur-sang des mers, comme " nuage de mer ", battant pavillon de la Royal Navy.  Une nuit de 9 heures qui nous remet en forme après celle de Mustique où nous avons été victimes d'un roulis incessant et nous voilà prêts à partir en taxi à la découverte de l'intérieur de l'île qui offre aux visiteurs des panoramas exceptionnels.

Béquia, d'une superficie de 18km2, est la plus grande des dépendances de St Vincent. Son relief d'origine volcanique est très accidenté. La population d'environ 6000 habitants est panachée entre caraïbes noirs et métis, anglais, espagnols, canadiens, américains, français et allemands ; cet échantillonnage impressionnant par sa diversité s'entend très bien, les uns ayant besoin des autres et vice versa, tout le monde s'accepte et se supporte ; les pauvres étant reconnaissants aux riches de leur fournir du travail et de favoriser, par leurs investissements, le tourisme qui est leur seule ressource, car l'île, ne disposant que de l'eau du ciel ( pas la moindre cascade ou rivière ), est impropre à l'agriculture. 
 
Notre chauffeur nous conduit d'abord au Fort Hamilton qui rappelle les conquêtes anglaises et d'où l'on peut embrasser l'étendue d'Admiralty Bay où nous sommes ancrés, puis nous promène dans des paysages d'une beauté suffocante où se côtoient, dans une luxueuse efflorescence, les hibiscus, lauriers, bougainvilliers, frangipaniers, fleurs du matin, ainsi que les manguiers, amandiers, bananiers, pamplemoussiers et le mancenillier, dont le fruit et les feuilles contiennent un acide proche du vitriol, capable de provoquer de redoutables brûlures à ceux qui auraient l'imprudence de goûter à son fruit ou de s'abriter sous son feuillage. On imagine facilement les dégâts que cet arbre a dû causer aux premiers navigateurs qui posèrent le pied sur ces îles. Décidément, le paradis n'existe nulle part ! Nous finissons par un élevage de tortues marines, dont certaines ont dépassé depuis longtemps l'âge de l'adolescence. En général, le responsable ne les rend à la mer qu'au bout de 5 ans, quand elle sont en mesure d'affronter les dangers qui les menacent : oiseaux prédateurs qui se régalent des bébés tortues et gros poissons qui ne dédaignent pas d'en faire leur repas de fête.
Avant de nous déposer au port ( il est midi ), notre guide nous fait assister à la sortie du lycée qui est un modèle du genre : une cinquantaine de jeune gens et jeunes filles en uniforme, d'une tenue irréprochable, sortent en ordre et en silence de leurs classes. Pas de cris, pas de bousculade, une souriante bonne humeur, un comportement élégant et discret qui pourrait servir d'exemple à nos collégiens français.L'après-midi, baignade sur notre belle plage et le soir, dîner en ville. Mais oui, pour une fois nous nous accordons une petite folie, nous réservons une table au Gingerbread afin de goûter à la délicieuse cuisine locale : tranches de papaye à la sauce au miel, espadon grillé accompagné de riz, légumes et bananes sautées, enfin une succulente glace à la vanille, cela au son d'un orchestre qui joue et chante avec autant de conviction que de ferveur. Certains airs me rappellent les chants maori, mais cela n'a rien de surprenant lorsqu'on sait les relations étroites qu'entretiennent ces îles atlantiques avec les îles pacifiques depuis que le capitaine William Bligh, après la mutinerie du Bounty, introduisit les plants de l'arbre à pain dans les Caraïbes.
Nous rentrons à notre bateau vers 22 heures sous une presque pleine lune qui illumine la baie, alors que les lumières des mâts des voiliers et celles des habitations qui constellent les reliefs, laissent croire qu'une pluie d'étoiles s'est abattue sur les lieux.

 

1204477396_caraibe_14.jpg La plage "Margaret" à Béquia

 

 

Mardi 19 février : il y a eu des rafales de vent toute la nuit et nous nous demandons ce que la mer nous réserve pour notre traversée de ce matin entre Admiralty bay et l'anse Cumberland à St Vincent. Par chance, elle sera moins agitée que prévu malgré un ciel plombé et une mer plus grise que bleue, ce qui prouve que le mauvais temps existe sous toutes les latitudes. Mais ce qui est plaisant ici, c'est que la mer est chaude et l'air tiède. Là où nous serions équipés de pulls et de vestes de quart en Manche, en mer caraïbe un tee-shirt suffit amplement. Partis à 7h, nous entrons dans l'anse Cumberland à 10h30. Celle-ci est creusée dans un rivage à la végétation dense, appuyé contre des versants abrupts et impénétrables, nous donnant l'impression d'un retour à la vie sauvage. Quelques cabanes de pêcheurs et le " tavern black baron " qu'a monté récemment un couple de français, visiblement très marqué par le film  Pirates des Caraïbes,dont une partie fut tournée dans l'anse voisine de Wallilabu où nous avions ancré, il y a quelques jours. Et il est vrai que celle-ci évoque peut-être plus encore  ce que pouvait être le repaire de ces écumeurs des mers, végétation abondante qui monte à l'assaut des reliefs de cette île réputée austère à cause de ses roches sombres, mais qui se pare quelquefois de couleurs surprenantes d'une rare beauté. L'île fut aperçue en 1498, le jour de la Saint Vincent, par Christophe Colomb, qui ne s'y attarda pas. C'est là que le capitaine Bligh, comme je le signalais plus haut, transporta sur le voilier " La Providence ", plus de 500 plants d'arbre à pain en provenance de Polynésie, qui eurent vite fait de se répandre dans toutes les Antilles. Dans ces anses où rien n'est vraiment prévu pour l'amarrage, la difficulté est d'opérer avec précaution afin de stabiliser le bateau par un mouillage en bermudienne ( cela signifie que le bateau est fixé par son ancre et retenu à la terre par une haussière le plus souvent enroulée autour d'un tronc de cocotier ). Aussitôt deux ou trois embarcations s'approchent de la nôtre et les petits gars viennent nous proposer des fruits, du pain, des colifichets. L'un d'eux est si craquant ( il doit avoir 13 ans ) que je lui achète un lot de bracelets en perles de bois colorées que sa maman fabrique et que j'offrirai à mes amies au retour. L'air est si doux, le soir, que nous dînons dans le cockpit. La mer est comme un lac et l'air imprégné de parfums. Quant à la lune, qui n'était qu'un croissant à notre arrivée, elle profile, dorénavant, au-dessus de quelques nuages blancs et de l'éventail des palmes de cocotiers, sa belle face lumineuse, tandis que nous écoutons des rythmes caraïbes à la lueur tremblotante d'une bougie.

 

Mercredi 20 février, réveil à 6h et départ à 7h15. Il y a du vent et la mer force dès que nous nous éloignons sous le vent de l'île et que nous gagnons au large, une mer formée, nerveuse, qui vient frapper l'étrave et nous balance des paquets d'embruns, rendant nos visages et nos lèvres salés. Le bateau gîte et nous sommes tenus de nous attacher en mettant nos harnais de sécurité, afin d'éviter le pire accident qui soit : un homme à la mer. Nicolitta s'est couchée dans sa cabine ; je préfère rester à l'extérieur en me calant dans la descente du carré, en compagnie de nos deux marins qui ont déroulé une partie du foc et la grande voile, ce qui nous assure une allure régulière de 6,5 noeuds. Nous longeons la côte Ouest de St Vincent sur tribord et déjà nous devinons au loin Ste Lucie. Le canal, qui les sépare, est, à cette saison, un couloir à vent qui nous vaut quelques embardées, mais l'air n'est jamais froid et plein de cette vigueur marine que j'aime.
Ce vent, venu d'Afrique, est, à l'évidence, particulièrement violent cette année et dépasse la force 5 habituelle. Il se fait sentir aux débouchés des vallons et entre les îles où les rafales, surtout sous grains, nous obligent à réduire la toile sans tarder. Et voilà qu'apparaissent au loin les deux Pitons, laurés de quelques nuées. Ces cônes, visibles à plus de 20 milles, sont l'emblème du pavillon national de Sainte Lucie. Hauts de près de 800m, leurs parois plongent à pic dans les eaux sombres. Ils sont là comme deux vigiles, protégeant l'île qui se dessine sur l'horizon avec ses reliefs arrondis, sa croupe légèrement soulevée et sa tête penchée sur le côté, telle une belle alanguie. Si différente de sa voisine Saint Vincent, hérissée de roches et couverte d'épaisses forêts. L'une est toute volupté, l'autre toute rébellion. Finalement, nous renonçons à aller jusqu'à Marigot bay que nous connaissons déjà et entrons dans l'anse des deux Pitons, occupée désormais par le luxueux hôtel " The Jalousy Hilton " qui va quérir ses clients en hélicoptère. Le site est beau et impressionnant entre ces deux pitons et se borde d'une superbe cocoteraie, dont les palmes immenses, manteau vert et mordoré, recouvrent les flancs du vallon. Devant nous, une propriété splendide, peut-être celle du directeur de l'hôtel, rappelle les demeures des plantations de coton de la Louisiane d'antan. Ce soir, je vais m'écrouler dans ma bannette, saoulée par nos 7 heures de voile, nez au vent. Mais pas avant d'avoir pris, dans cette baie éclairée par la lune, un dernier bain de nuit.

 

Jeudi 21 février : A 8 heures, une fois pris un petit déjeuner copieux qui nous permettra de tenir jusqu'au soir, nous quittons la baie des deux Pitons,  car nous avons encore 48 milles à parcourir et que nous nous attendons, ayant le vent de face, à faire un près serré mouvementé. Ce sera le cas, en effet. A peine quittons-nous la protection de la côte de Ste Lucie et commençons la traversée du large chenal qui la sépare de la Martinique, que les nuages, les grains, les rafales sont au rendez-vous et je suis même obligée, pour ne pas être trempée, de rester un long moment dans le carré à respirer l'odeur de gaz-oil - car toutes les ouvertures ont été fermées pour éviter aux vagues, qui submergent la proue, de pénétrer à l'intérieur. Par chance, je suis allergique au mal de mer. J'attends de tenir à peu près en équilibre pour préparer des sandwichs à mes deux marins, qui officient sur le pont, négociant de front, et le mieux possible, les rouleaux hachés qui se succèdent. Tout craque, crisse, vibre, geint. Bien que le bateau soit d'excellente tenue, les secousses, sous 35 noeuds de vent, sont suffisamment fortes pour que la coque, en frappant durement les lames, ébranle sa  membrure. Il y a toujours quelques risques quand on s'aventure en mer, car les mers d'huile et les temps de demoiselle sont rares. Mais qu'avons-nous à nous plaindre ? De nos jours, la navigation est tellement facilitée par les cartes détaillées, les GPS, les focs enrouleurs, le confort des bateaux, les ancres sur guindeau électrique.  Mais, oui ! le plaisancier de 2008 n'a plus à subir ce que subissait celui d'autrefois qui découvrait ces îles, venant de la lointaine Europe, à bord de caravelles rudimentaires où la vie était dure, l'aventure totale, les conditions d'existence terribles et qui n'était guidé que par son instinct, sa connaissance de la mer et sa foi en la Providence...ils ne furent pas moins nos devanciers et nos initiateurs. Aussi, salut à vous marins d'hier ! qui avaient ouvert et balisé les routes des océans pour nos générations, à force de courage, d'intrépidité et d'intelligence ! 


A 15 heures, nous jetons l'ancre dans la magnifique baie de Ste Anne à la Martinique, qui nous découvre un vaste panorama depuis le rocher du Diamant jusqu'à la Pointe Dunkerque, juste à l'entrée du cul de sac du Marin où, demain, nous ramènerons le bateau à son quai. C'est dans l'anse Ste Anne que le club Méditerranée a choisi d'installer son village " Les Boucaniers ", bénéficiant de la beauté du paysage et d'une plage de sable.

Vendredi 22 février : Voici arrivé le dernier jour de cette croisière. La nuit a été bonne sur le mouillage de Ste Anne qui n'est pas rouleur et, bien que le vent n'ait cessé de souffler, la baie est bien protégée des vagues du large et garantit un abri agréable dans un cadre enchanteur. Après un dernier bain, une ultime photo, nous lèverons l'ancre pour ramener le bateau à sa base. Ce sera l'inventaire, les bagages et, demain, après un tour dans l'île de La Martinique, si charmante et accueillante, l'aéroport et le retour vers Paris- Orly- Ouest.
La croisière a été réussie, même si le temps a parfois contrarié certains de nos projets. Merci à vous skipper et co-skipper, vous avez bien mené le bateau. Pas une avarie, pas une égratignure à déplorer. Et salut à vous, mes chères îles, qui avez sans cesse aiguilloné notre voyage et vers lesquelles ont porté nos regards, avides de vous découvrir dans votre silencieuse beauté !


QUELQUES RENSEIGNEMENTS UTILES :  A partir du Port du Marin, location facile de catamarans avec ou sans skipper, où, comme nous, d'un monocoque à partager à 4, 6 ou 8, avec l'un des participants responsable en tant que skipper - entre autre pour la caution à verser au départ, rendue au retour s'il n'y a pas d'avarie grave.
Air-France, 8 heures de vol et 5 heures de décalage horaire. Période la plus favorable : du 15 mars au 15 juin. Pas de risque de cyclone en principe. Nécessaires : passeport pour les îles anglaises, dollars US et euros en liquide, cartes bancaires acceptées pour hôtels, restaurants et achats en boutique. Vêtements légers bien sûr, mais toujours prévoir un imper et un lainage. Les douanes au départ de La Martinique, à Ste Lucie et à St Vincent pour le reste des Grenadines. Le ravitaillement en eau et gaz-oil est possible, à Béquia entre autre.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Les îles ou le rêve toujours recommencé

 

Lettre océane - les Antilles à la voile


Les îles Scilly - croisière       


La première Manche


Balade irlandaise       

 

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