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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 09:59
Les effacés d'Anne Staquet

Quand, en avril dernier, Anne Staquet, professeur de philosophie à l’Université de Mons, entend l’appel aux bénévoles des autorités belges pour renforcer les effectifs des institutions chargés d’accueillir les personnes âgées ou en perte d’autonomie pour diverses raisons, débordés et décimés par la pandémie, elle n’hésite pas longtemps et  s’inscrit sur les listes. Elle pense qu’il est de son devoir de secourir les plus faibles, de participer activement au mouvement de solidarité et au combat contre le fléau. Elle concède toutefois qu’elle trouve dans cette action héroïque une belle opportunité pour mettre un terme au confinement qui commence sérieusement à l’étouffer.

 

Quelques jours plus tard, elle est appelée dans une institution privée accueillant des personnes âgées. Elle est à la fois heureuse de pouvoir se rendre utile, d’échapper à son enferment à domicile mais, néanmoins, inquiète, car elle redoute la maladie, ayant  subi une intervention chirurgicale dans un passé récent. La peur, elle la découvre partout, les héroïnes et les héros qu’on applaudit au balcon tous le soir, ont eux aussi peur pour eux-mêmes, leur famille, leur entourage, leurs patients. La peur est un moteur puissant qui incite à la réaction pour maitriser les causes génératrices qui la provoque. Mais la peur est aussi une arme très puissante dans les mains des dirigeants qui peuvent la distiller pour justifier les politiques et les actes qu’ils entreprennent et qui n’ont pas toujours pour seul but de juguler la pandémie.

 

An contact des pensionnaires, Anne apprend peu à peu à surmonter ses angoisses ? Ces personnes ont souvent d’autres problèmes qui les préoccupent davantage qu’une épidémie dont elles ignorent tout. Ainsi, elle arrive à prendre un peu de recul et, après réflexion, à comprendre que cette épidémie ne concerne qu’une très faible partie de la population quand on la considère à travers des données relatives. Elle découvre d’autres réalités notamment le toucher, peu habituel dans le monde intellectuel, qui lui préfère la parole, le discours, le dialogue. Si bien que le contact des corps suscite en elle des sensations nouvelles qu’elle doit apprivoiser, de même qu’elle s'émeut de la décrépitude de la plupart des pensionnaires  sous les assauts de la maladie ou plus simplement de l’isolement et de la peur.

 

Son séjour dans cet établissement la sensibilise à une nouvelle donnée qu’elle n’imaginait pas jusque là : la descente au plus bas de la pyramide hiérarchique, là où sont les débutants, ceux qui n’ont aucune connaissance, pas plus pratique que théorique, ceux qui doivent tout apprendre. Pour elle, qui se situait proche de la pointe de la pyramide, celle de Maslow, voilà une belle leçon d’humilité. Elle doit tout apprendre, accepter de se tromper, de mal faire, recevoir les leçons des simples aides-soignantes. Et, pourtant, elle finit par comprendre qu’elle reçoit beaucoup au contact des pensionnaires et de ses collègues de circonstance. Simple bénévole, novice dans son emploi, elle découvre qu’il existe une autre façon d’obtenir une certaine reconnaissance, de réussir sa vie, de valoriser son existence, de jouer un rôle dans la société. L’argent n’est pas le nerf de tous les combats, il est parfois possible de triompher en n’étant qu’un modeste bénévole.

 

De ce séjour, elle tire bien des enseignements qu’elle confronte à ses connaissances universitaires, soit les théories philosophiques et sociologiques qu’elle avait acquises sur le socle des enseignements des grands maîtres en la matière. La connaissance pratique, les acquis d’expérience, l’écoute des autres, surtout ceux qui souffrent, peuvent enrichir et élargir tous ces savoirs, ouvrir de nouveaux horizons, faire comprendre qu’il  existe diverses façons d’aborder les problèmes, que les solutions ne sont pas exclusivement dans les livres. Cette crise ne changera peut-être pas  les lois naturelles qui régissent le fonctionnement de l’humanité depuis qu’elle est apparue sur terre, mais elle aura à coup sûr un impact social évident, les barrières sociales imposées évolueront, peut-être, vers une forme  moins rigide dans les comportements sociaux.

 

Enfin, l'auteure a compris l’importance du vécu, le rôle de la pratique, les limites du savoir, l’importance des valeurs humaines dans le travail et la vie sociale. A l’avenir, elle saura relativiser l’importance des qualités intellectuelles en comprenant que la perception sensorielle, l’adresse physique, l’intelligence pratique jouent aussi un grand rôle dans le fonctionnement de la société, quelle qu’elle soit. Tout ce qu’elle a expérimenté au long de ce parcours bénévole percute ce que nos dirigeants voudraient nous inculquer et  ce que les médias n’arrivent pas à expliquer, empêtrés dans leurs querelles audiovisuelles pour triompher dans le combat de l’audimat. Je partage totalement avec elle cette réflexion : « il convient de repenser tant l’éducation que la pertinence du modèle démocratique tel que nous le connaissons à l’époque des médias de masse ».


Denis BILLAMBOZ


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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 09:20
Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement

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Après une enfance heureuse, Marceline Desbordes-Valmore, née le 20 juin 1786, perd sa mère à 15 ans de la fièvre jaune en Guadeloupe, où mère et fille s'étaient réfugiées auprès d'un cousin pour des raisons mal connues, mais probablement liées à des difficultés conjugales. Si bien que la petite fille rentrera seule en France huit mois plus tard et, pendant la traversée, subira une violente tempête, se faisant attacher à l'un des mâts pour admirer la mer en furie, si bien que l'on conçoit sans peine que la succession de ces épreuves aient d'ores et déjà aguerri son caractère et enfiévré son imagination. Rentrée à Douai chez son père, elle s'engage au théâtre local, puis à celui de Rouen et bientôt, le succès aidant, elle joue à Paris et sur diverses scènes. Mais l'écriture, et particulièrement la poésie, ne cesse de la solliciter et son premier roman, pour une bonne part autobiographique, "L'atelier du peintre" prouve qu'elle est attentive à la création artistique quelle qu'elle soit. Mais, en ce temps-là, la difficulté d'être femme et de s'affirmer, même dans le domaine des arts, est immense et, d'entrée de jeu, elle est considérée comme un auteur mineur juste bon à mettre en valeur le talent des autres et, à propos de cet ouvrage, celui de son oncle le peintre Constant Desbordes.

 

Néanmoins, Marceline refuse d'abandonner, elle veut inscrire son nom parmi les lauréats de l'Ecole française. A l'époque où elle rédige ses premiers poèmes, la société cultivée s'emballe pour des romans comme "Paul et Virginie" de Bernardin de Saint-Pierre ou "Atala" et "René" de Chateaubriand, si bien que tout être qui a de l'ardeur et du sentiment risque d'être entendu, pour peu que sa plume soit à l'égal de son coeur. Chez Marceline, l'ardeur va soudainement s'épanouir avec bonheur lorsqu'elle rencontre l'amour en la personne d'Henri de Latouche, amateur de poésie, sensible à la nouvelle école romantique, à qui l'on doit l'édition des oeuvres d'André Chénier, mais cette passion, médiocrement partagée, sera davantage pour elle l'apprentissage de la souffrance amoureuse.

 

Elle avait fui de mon âme offensée ;

Bien loin de moi je crus l'avoir chassée :

Toute tremblante, un jour, elle arriva,

Sa douce image, et dans mon coeur rentra :

Point n'eus le temps de me mettre en colère ;

Point ne savait ce qu'elle voulait faire ;

Un peu trop tard mon coeur le devina.

 

Sans prévenir, elle dit : " Me voilà !

Ce coeur m'attend. Par l'Amour, que j'implore,

Comme autrefois j'y viens régner encore."

Au nom d'amour ma raison se troubla :

Je voulus fuir, et tout mon coeur trembla.

Je bégayai des plaintes perfides ;

Pour me toucher il prit un air timide ;

Puis à mes pieds en pleurant, il tomba.

J'oubliai tout dès que l'Amour pleura.

 

De cet amour qui " lui avait tout pris jusqu'au bonheur d'attendre ", Marceline émergea, délivrée de ses rêves illusoires. Avec son nouveau compagnon, Lanchantin, dit Valmore, comédien sans grand talent qui l'épousera, elle connaîtra les dures nécessités de la vie d'un acteur pauvre et les épreuves d'une existence précaire que vint assombrir encore la perte d'une enfant toute jeune. La poésie sera le refuge d'une sensibilité à fleur de peau dans des oeuvres où transparaît la volonté de s'inscrire en faux contre le malheur, ce lot commun à l'humanité et où l'on surprend les sanglots de la femme douloureuse habitée d'une indéfectible espérance.

 

L'orage de tes jours a passé sur ma vie ;

J'ai plié sous ton sort, j'ai pleuré de tes pleurs ;

Où ton âme a monté mon âme l'a suivie ;

Pour aider tes chagrins j'en ai fait mes douleurs.

...
 

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j'aime encore ;

J'écarte devant toi les ombres du chemin :

Comme un pâle reflet descendu de l'aurore,

Moi, j'éclaire tes yeux ; moi, j'échauffe ta main.
 

...


Comme un ange accablé qui n'étend plus ses ailes,

Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,

Cache ton auréole aux vives étincelles :

Moi je suis l'humble lampe émue à ton côté.

 

Ou encore :

 

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !

 

Quelle est-elle, en définitive, la poésie de Marceline Desbordes-Valmore durant les années 1830 - 1850, sinon le sentiment et la parole du malheur qui ne cessent de frapper, également la foi religieuse qui se veut consolatrice. Renonçant à chercher l'exceptionnel et le sublime, Marceline privilégie le mouvement d'adhésion, la simplicité émouvante, le chant des larmes et la profération mélancolique, s'approchant d'un Virgile et de ses pastorales. Aussi naïfs qu'apparaissent ses vers, l'aisance du rythme - une rapidité d'eau qui court - assure à jamais la fraîcheur du partage et l'art du songe. Ce sont sans doute "Les roses de Saadi " qui ont le mieux établi sa célébrité au sein de la littérature française: 

 

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;

Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes

Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées

Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.

Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée.

Ce soir, ma robe encor en est toute embaumée...

Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

 

D'autre part, la vie de Marceline sera marquée par la quête du père. Si elle fut le poète de l'adhésion à une terre et à un lieu, il n'en reste pas moins que la figure paternelle sera une constante source d'inspiration. C'est cette présence - ou cette absence - qui l'encourage à "frayer la terre sous l'étoile ". Père biologique mais aussi Père surnaturel vers lequel elle élève sa poétique, Père qui insuffle " le pur amour ", initie son aspiration à la lumière, habite une pensée qui, non loin de "la tendresse réelle" console, glorifie et transcende. Elle meurt le 2" juillet 1859. à l'âge de 73 ans.

 

J'irai, j'irai porter ma couronne effeuillée

Au jardin de mon père où revit toute fleur ;

J'y répandrai longtemps mon âme agenouillée :

Mon père a des secrets pour vaincre ma douleur.

 

J'irai, j'irai lui dire, au moins avec mes larmes :

"Regardez, j'ai souffert..." il me regardera,

Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,

Parce qu'il est mon père il me reconnaîtra. 

 ...

 O clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô père !

Votre enfant qui pleurait vous l'avez entendu !

Je vous obtiens déjà puisque je vous espère

Et que vous possédez tout ce que j'ai perdu.

 

Vous ne rejetez pas la fleur qui n'est plus belle,

Ce crime de la terre au ciel est pardonné.

Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,

Non d'avoir rien vendu, mais d'avoir tout donné.

 

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Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement
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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 09:45
Le cabinet Lambda de Paul Lambda

Voici un aperçu de l’énorme travail de recherche et de compilation effectué par l’auteur pour rassembler  plus de 5 000 citations, un véritable gisement de bons mots, traits d’esprit  et autres formes courtes et fulgurantes pour illustrer un texte ou exprimer en quelques mots une idée, une pensée. « 5 014 citations à siroter, croquer, injecter ou infuser », une formidable sélection qui, si elle n’avait pas été aussi productive, aurait pu provoquer la fabrication d’un immense collier de perles mais il y a beaucoup trop de perles dans ce recueil pour un seul collier. J’ai moi-même commencé, au moins deux fois dans ma vie, un tel travail mais je l’ai bien vite abandonné tant il est astreignant, j’apprécie ainsi d’autant mieux l’œuvre de l’auteur. Bien évidemment, je n’aurais jamais pu lire ces quelques milliers de citations avant de rédiger une chronique dans des délais raisonnables, j’ai donc appliqué la méthode prônée par Paul Lambda, j’ai feuilleté, j’ai pioché, je me suis baladé dans l’ouvrage guettant les mots que je voulais voir illustrés par un grand esprit et me suis laissé accrocher par quelques citations que j’ai trouvées particulièrement spirituelles, drôles, surprenantes, étonnantes et parfois même éblouissantes.

 

Pour donner aux lecteurs, qui liront cette chronique, une idée aussi concrète que possible de l’immense travail commis par le compilateur, j’ai reproduit ci-dessous quelques-unes des citations qui ont le plus attiré mon attention et qui, je l’espère, titilleront leur curiosité et les inciteront à se procurer l’original. Un livre comme celui-ci, on ne le lit pas, on le dépose précieusement sur le coin de son bureau et on y revient chaque fois qu’on a besoin d’un trait d’esprit, lorsque l'on veut retrouver la source originelle d’un mot, ou simplement lorsque l'envie vous prend de savourer de la littérature spirituelle condensée comme une essence dans son huile. Cet ouvrage était nécessaire, il est là mais les auteurs écrivent et écriront encore longtemps et il faudra alors remettre une nouvelle compilation en chantier. Paul, une nouvelle mission d’intérêt littéraire attend ton talent et ta pugnacité pour donner une suite à ce formidable travail.

 

Voici les quelques citations qui ont attiré mon attention mais j’aurais pu en ajouter beaucoup, beaucoup d’autres, presque toutes, il n’y a aucun déchet dans la sélection de l’auteur. 
 

Aphorisme – Eric Chevillard : « L’aphorisme parfait serait un mot d’enfant filtré par la barbe d’un vieux sage. »

 

Briller – Jean-René Huguenin : «  tu ne brilleras jamais pour moi que du côté où je t’éclaire. »

 

Chant – Emil Cioran : « Dans ton âme il y avait un chant : qui l’a tué ? »

 

Désirer – Roland Barthes : « On écrit avec son désir et je n’en finis pas de désirer. »

 

Ecrire – Philippe Djian : « Ce qui pousse un type à écrire, c’est que ne pas écrire est encore plus effrayant. »

 

Foi – Louis Scutenaire : « J’ai une foi inébranlable en je ne sais quoi. »

 

Grave – Arto Paasilinna : « Le plus grave dans la vie c’est la mort, mais ce n’est quand même pas si grave. »

 

Histoire – Arno : « Les humains resteront dans l’histoire comme ceux qui ont cru la faire. »

 

Innocence – Charles Nodier : « Quiconque est parvenu à discerner le bien et le mal a déjà perdu son innocence. »

 

Journalisme – André Gide : « J’appelle journalisme, en littérature, tout ce qui intéressera demain moins qu’aujourd’hui. »


 

Kafka, Franz – Daniel Desmarquets : « Le vrai portrait de Kafka, n’est-ce pas ‘L’homme qui chavire », la sculpture de Giacometti. »

 

Livre – Hervé Gulbert : « Un livre en soi n’est rien, ou n’est que peu :  c’est l’imagination des autres qui le fait, qui le refabrique (…). »

 

Modestie – Georges Perros : « Il y a pire que la modestie. C’est la peur de l’orgueil. »

 

Noir – Guy Goffette : « Maintenant c’est le noir. Les mots c’était hier. »

 

Oser – Soren Kierkegaard : « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même. »

 

Perdu – Antonin Artaud : « Laissons se perdre les perdus. »

 

Quitter – Louis Calaferte : « Ce qu’on croit quitter ne nous quitte pas. On ne quitte pas : on s’éloigne. »

 

Réalité – Mahmoud Darwich : « J’affronte la réalité brutale en insistant sur son contraire. »

 

Savoir – Pétrarque : « Beaucoup quittent cette vie sans avoir su ce qu’ils voulaient. »

 

Talent – Jules Renard : « Le talent, c’est le génie rectifié. »

 

Urgence – Daniel Pennac : « L’urgence n’est pas de le noter mais de le vivre. »

 

Vie – Eugenio Montale : « Il faut trop de vie pour en faire une. »

 

Whisky – Olivier Hervy : « Le whisky voudrait nous faire croire qu’en vieillissant on devient meilleur. »

 

L’auteur conclut cette compilation avec cette citation : « « L’art de citer, c’est savoir où s’arrêter. »

 

Robertson Davies ». Alors, peut-être ai-je failli ?


Denis BILLAMBOZ


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Le cabinet Lambda de Paul Lambda
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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 09:59

 

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A la recherche du temps perdu, un livre appelé à dominer le siècle

 

A la Recherche de Céleste Albaret de Laure Hillerin

 

La comtesse Greffulhe, l'ombre des Guermantes de Laure Hillerin

 

Eloge des clochers selon Marcel Proust

 

Marcel Proust et les amitiés électives

 

Une page se tourne ...

 

Proust et Cabourg de Jean-Paul Henriet

 

Le sommeil de Marcel Proust de Dominique MABIN

 

Fortuny, l'enchanteur de Venise

 

Marcel Proust, jeunesse et initiation

 

Choisir Marcel Proust

 

Marcel Proust et l'art de la transposition

 

Pour le meilleur et pour le pire - La vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane de Laure Hillerin

 

Marcel Proust en 1919

 

Proust à Trouville ou un après-midi à la Raspelière

 

Proust, prix Goncourt - Une émeute littéraire de Thierry Laget

 

Proust et Versailles

 

Le chemin des aubépines

 

Mort des cathédrales - article de Marcel Proust

 

Marcel Proust et l'art

 

Marcel Proust du côté de Cabourg de Dominique Bussillet

 

Marcel Proust et le labyrinthe

 

Marcel Proust, de la rédemption de l'homme à la résurrection du temps  

 

L'herbier de Marcel Proust de Dane Mc Dowell

 

Qui se cache derrière le personnage de Charles Morel dans La Recherche du Temps Perdu ?

 

Proust et Flaubert


Marcel PROUST en 1918

 

Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens 

 

Marcel Proust et Anna de Noailles

 

"Professeur Marcel Proust" de François-Bernard MICHEL

 

A la recherche de Robert Proust de Diane de Margerie

 

Proust et la musique : concert/lecture à Cabourg

 

Marcel Proust en 1916

 

L'arche de Marcel Proust

 

Marcel Proust et Colette

 

Marcel Proust, une vie à s'écrire de Jérôme Picon

 

La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe

 

Proust, lecteur    ( texte de la conférence donnée à la mairie de Cabourg le 10 août 2015 )
 

 

Marcel Proust et les eaux violentes ( Reynaldo Hahn et Alfred Agostinelli)
 

 

Proust et les eaux réfléchissantes

 

Proust et les eaux frontalières - les deux côtés de La Recherche

 

Proust et les eaux troubles

 

Proust et les eaux marines

 

Proust et les eaux familiales

 

Marcel Proust et l'Eau-mère

 

PROUST VOUS ATTEND A L'HOTEL SWANN

 

Marcel Proust et 1914

 

La bibliothèque de Marcel Proust de Anka Muhlstein

 

Proust ou le regard d'un visionnaire

 

Proust et l'hôtel Ritz

 

Marcel Proust contre Cocteau de Claude Arnaud, la 7e Madeleine d'or du Cercle proustien

 

A la recherche des lieux proustiens de Michel Blain  

 

John Ruskin ou le culte de la beauté

 

Proust et Venise  

 

Qui se cache derrière Mme de Villeparisis dans l'oeuvre de Proust ?

 

Qui se cache derrière Rachel dans l'oeuvre de Proust ?

 

Qui se cache derrière Odette Swann dans l'oeuvre de Proust ?

 

6ème Madeleine d'or du Cercle proustien de Cabourg-Balbec

 

Le temps retrouvé de Raoul Ruiz

 

A Paris sur les pas de Marcel Proust, au musée Jacquemart-André et chez Drouant

 

 

Sur les pas de Marcel Proust, au musée Camondo et chez Maxim's

 

Marcel Proust à Venise

 

Proust à Trouville

 

Le thème de l'eau dans la Recherche du temps perdu

 

 

1246695768 le temps retrouve Le-Grand-Hotel-De-Cabourg-photos-Interior

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 09:16
Les coeurs inquiets de Lucie Paye

Pour un premier roman, Lucie Paye a choisi un thème original, celui de deux êtres qui s’interrogent sur une cause essentielle : l’absence. L’absence d’un être aimé pour elle, l’absence d'inspiration pour lui, l'un et l'autre remettant en cause le sens même de  leur  vie. A travers leurs monologues, le lecteur plonge dans la douleur laissée par l'amour sacrifié de la femme et l’inquiétude suscitée par l'œuvre inaccomplie de l'homme, double réflexion qui n’en compose qu’une seule : celle de leur complexité et de leur exigence intérieure.

 

Cette méditation sur un sujet difficile est conduite de main de maître par l'auteure qui évite les pièges avec superbe, entre autres ceux de brouiller les pistes et de noyer le lecteur dans une énigme compliquée, cela grâce au fil sensible qu’elle tisse au long des pages et qui éclaire avec délicatesse la lente évolution de chacun des protagonistes à maîtriser sa vérité intérieure qui est  un amour sacrifié pour l’une et une œuvre en gestation pour l’autre.

 

Si bien que rien ne sera perdu de ces quêtes secrètes, de ces parcours dont le phrasé dénoue peu à peu le mystère et sublime la réalisation finale de l’œuvre du peintre. Car, qu’est-ce qui soudain est apparu sur sa toile lors d’une interrogation qui paraissait sans suite ? Voici la force de ce livre et son dénouement dont chaque lecteur découvrira avec émotion et intérêt la richesse poétique :

 

« Cette composition lui est venue spontanément. Il n’a pas réfléchi. Elle s’est présentée à lui d’un coup. C’est un format plus petit. La femme y est de dos, face à un miroir. L’une de ses mains est posée contre, comme au carreau d’une fenêtre. Le pinceau trouve son chemin. Le reflet de la femme dans la glace naît peu à peu. Son visage émerge comme tiré d’un long sommeil. Une statue repêchée au fond des océans. Les yeux sont sombres, les lèvres entrouvertes. Le pinceau force la matière. La peau s’épaissit et s’échauffe. Il sent et il écoute cette femme. Le chevalet n’existe plus, ni la toile, ni  le temps. Il est la voix et les caresses, la chair et les songes. Il est cette bouche qui prononce des mots oubliés. Une porte s’ouvre. Dans le reflet du miroir la femme le voit enfin, aimante et apaisée. »


Un roman qui ouvre à cette auteure de 45 ans  les portes de l’avenir littéraire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 08:57
Une histoire belge de Robert Massart

En narrant la rencontre entre un Wallon et un Flamand et l’histoire qui en découle, l’auteur démontre tout ce qui oppose la Wallonie à la Flandre et les Wallons aux Flamands. On a l’impression qu’il essaie d’expliquer qu’il existe bien deux Belgique qui ne peuvent que très difficilement se fondre en une seule et même nation. Cette histoire belge commence à la Gare du Midi, la porte que je pousse quand j’arrive à Bruxelles pour visiter mes amis amoureux des livres : éditeurs, auteurs ou simplement lecteurs passionnés. Robert Massart conduit son premier personnage, Baert Kommer, un Flamand de Bruxelles, comme on appelle dans cette ville les Bruxellois de langue flamande, dans les toilettes de cette gare où il recopie les graffitis qui fleurissent sur les murs des sanitaires. La dame pipi, trouvant qu’il passe beaucoup de temps dans ses toilettes, le gronde fermement et lui interdit de venir à l’avenir se soulager dans les lieux qu'elle est chargée de surveiller. Ernest Dubois, un Bruxellois francophone, assiste à la scène et compatit avec la victime qui l’invite à boire un verre. Ainsi, les deux hommes, le Flamand et le francophone, font-ils plus ample connaissance en évoquant leur vie, leur travail, leurs occupations, leurs passions.  Ils sont tous les deux sans épouses même si Kommer fricote avec la serveuse du bar où ils sont installés et donc libres de leur temps sauf quand Dubois, professeur de français, doit assurer ses cours.

 

L’amitié se renforce peu à peu entre les deux hommes jusqu’à ce qu’une nouvelle serveuse débarque dans le salon de thé qu’ils fréquentent de plus en plus assidûment. Elle est roumaine et mignonne et, bien sûr, ils en sont tous les deux amoureux. La tension s’installe de plus en plus entre les deux amis qui s’opposent bientôt  sur fond de querelle linguistique. La jalousie et l’opposition culturelle et linguistique prennent bientôt des proportions de plus en plus violentes jusqu’à ce que leur relation devienne explosive et provoque des dégâts collatéraux inattendus.

 

Cette histoire belge est la métaphore de l’histoire de Bruxelles et plus généralement de la Belgique créée principalement par la réunion de deux provinces de langue et de culture différentes. Robert Massart, professeur dans l’enseignement supérieur, grand spécialiste de la langue française, nous propose cette métaphore qui illustre cette opposition. Il utilise ses  connaissances linguistiques pour affuter les arguments de chacun des deux protagonistes qui tentent  de s’accaparer non seulement l’amour mais aussi l’appui de la jolie serveuse qui, étant roumaine, peut être concernée par cette querelle linguistique puisque sa langue est latine comme le français mais elle pourrait aussi descendre du flamand comme l’explique Kommer.

 

Moi-même, et je pense comme la plupart de mes concitoyens français, je ne comprends pas très bien  les arcanes des querelles qui opposent wallons et flamands. Robert Massart  les explique avec beaucoup d’humour et d’ironie, mais je n’ai pas eu l’impression qu’il pensait une réconciliation culturelle et linguistique possible, le fossé étant trop large entre les deux communautés. Grand défenseur de la langue française qu’il promeut beaucoup mieux que nombre de Français obnubilés par le jargon pseudo anglais très en vogue actuellement en France, il ne m’a pas semblé totalement objectif dans le tableau qu’il dresse. Si Dubois est un intellectuel, pleutre, phobique, pas très dynamique et un peu geignard, il charge le Flamand de quelques défauts un peu plus lourds, il ne travaille pas, il est assez riche pour très bien vivre sans dépenser sa sueur, il est violent, arrogant, vindicatif et plutôt extrémiste. Le tableau est  dressé, il n’est pas sans fondement certes, mais l’auteur s’est bien amusé en écrivant son livre et en chargeant avec dérision ce flamand revendicatif. Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-le écrire la suite, si l’envie lui en prend …


Denis BILLAMBOZ


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Robert Massart

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 09:32
Mes voeux pour 2021

Aujourd'hui, à minuit, s'achève l'an 2020 qui laissera à la plupart d'entre nous un goût amer. Année qui aura fait souffrir de nombreuses familles et appauvri la France. Mais il y a eu pire. Cette pandémie n'est ni la guerre de 14, ni celle de 40, et tout laisse espérer que nous allons prochainement neutraliser le virus. Mais nous avons vécu une épreuve, celle du confinement, des lendemains incertains, de la perte du pouvoir d'achat, de l'inquiétude des malades et surtout celle d'avoir vu disparaître des êtres chers. Cela doit nous exhorter à relever la tête, à affermir notre courage, à agir de manière à s'assurer un meilleur avenir car notre monde mérite mieux et, pour l'obtenir, nous devons tous nous remettre en question. Oui, chaque nation a l'obligation d'assumer ses responsabilités, de mesurer ses risques, de prévoir ses lendemains, de faire face à ses périls qui sont inquiétants et nombreux.

 

L'année, qui se profile, aura besoin de davantage d'énergie, de détermination, de vigueur morale et physique qu'aucune autre. Est venue l'heure de ne plus se voiler la face, de ne pas attendre tout d'un gouvernement qui, visiblement, a ses faiblesses et cède à ses penchants. Nous disposons de tant d'atouts, mettons-les en valeur. Retrouvons une unité qui est si souvent menacée. Plutôt que de nous diviser, rassemblons-nous, ne laissons pas le port du masque nous désocialiser. Remettons en perspective l'espérance et la bienveillance. Un pays ne s'assume-t-il pas comme une famille, ne se régénère-t-il pas grâce à sa cohésion, sa foi en lui-même, son enthousiasme. Oui, reprisons à petits points les dégâts qui ont été affligés au tissu social.. N'est-ce pas ainsi que nous rebâtirons un pays qui s'appelle la France et non l'hexagone. Bonne et vaillante année à toutes et à tous.


ARMELLE

 

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 10:10
La sainte entreprise de Pascale Cornuel

Pour une fois, je vous propose une lecture studieuse, à la fois une biographie et une page de l’histoire de France, de l’histoire des colonies, de la transition après l’esclavagisme, de la condition féminine et surtout l’aventure d’une femme d’exception qui a pris le voile pour fonder une congrégation religieuse consacrée aux soins aux malades et à l’enseignement à destination des moins favorisés.

 

Pascale Cornuel, agrégée de l’université, docteur ès lettres, a consacré sa thèse et l’ensemble de ses travaux à Anne Javouhey, sœur Anne-Marie en religion, fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny au début du XIXe siècle. Elle a tiré de ses travaux le présent ouvrage dans lequel elle raconte la vie et l’œuvre de cette religieuse particulièrement déterminée qui, contre vents et marées, contre l’administration et le clergé quand ils s’opposaient à sa vocation, a fondé un ordre qui, aujourd’hui encore, est présent sur les cinq continents où il poursuit son œuvre d’enseignement et de soins aux malades.

 

Anne Javouhey est née en 1779, aux confins de la Bourgogne et de la Franche-Comté, dans un petit village à proximité de la bourgade de Seurre. Contrairement à ce qu’elle a souvent dit, sa famille était relativement aisée, son père était un paysan suffisamment fortuné pour posséder de belles terres qu’il pensait confier à Anne au moment de prendre sa retraite. Mais son vœu ne s’est jamais réalisé, sa fille, après des débats houleux avec lui, s’est enfuie pour entrer en religion. C’est ainsi qu’elle rencontre, à Besançon, Jeanne Antide Thouret la fondatrice des Sœurs de la Charité. Et c’est dans cette ville qu’elle eût une vision qui la montrait entourée d’enfants de toutes les couleurs auxquels elle enseignait la religion, la lecture et l’écriture et ce que l'on apprenait aux enfants à cette époque. Après moult voyages entre la France et la Suisse autant pour échapper aux sicaires de la Révolution que pour trouver l’ordre qui conviendrait le mieux à sa vocation, elle finit par fonder le sien,  les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny dans lequel elle entrainera ses trois sœurs, puis une nièce.

 

Rapidement, elle installe un établissement à Paris qui se fait remarquer de ceux qui avaient en charge les colonies et pensaient que les méthodes, qu’elle appliquait, pourraient y avoir de bons résultats. C’est donc à Saint Louis du Sénégal qu’elle conçut ce qui devait être sa grande œuvre, la Sainte Entreprise comme certains la dénommèrent rapidement. Elle voulait construire un village qui pourrait être reproduit à moult exemplaires, autant que nécessaire pour accueillir les esclaves libérés. Elle heurta de nombreux milieux, notamment les colons, qui supportaient mal d’être privés d’une main d’œuvre gratuite et n’admettaient pas que des Noirs puissent être considérés à l’égal des Blancs, que des femmes occupent des postes réservés aux hommes. Son projet, au regard des colons, n’avaient que des inconvénients, les esclaves libérés, installés au village noir de Mana, cultivaient ce dont ils avaient besoin et non des productions exportables et donc lucratives pour les maîtres. Le monde d’Anne Javouhey était un monde égalitaire où chacun pouvait manger à sa faim, recevoir un enseignement, être soigné correctement dans le respect de sa dignité. Mais c’était aussi, et même surtout, un monde catholique qui vénérait le Dieu des chrétiens, un monde qui pourrait produire son propre clergé, un monde qui pourrait se passer des Blancs. C’était la meilleure manière de se faire des ennemis particulièrement tenaces et féroces, sa vie fut donc une lutte perpétuelle contre ceux qui ne respectaient pas le sens de sa vocation.

 

Pour comprendre l’œuvre d’Anne Javouhey, il faut aussi se replonger dans son enfance, lorsque le choc révolutionnaire atteignit le fond des campagnes, lorsque les églises furent pillées, les prêtres martyrisés, les ordres religieux dispersés. Cette haine anticléricale attisa la foi de certains qui devinrent encore plus déterminés et, parfois même, intégristes dans leurs pratiques. Anne et sa famille combattirent aux côtés des catholiques pour sauver ce qui pouvait l’être et, plus tard, reconstruire un clergé régulier et séculier capable de réimplanter la religion chrétienne en France. En créant son ordre, elle a participé à la recréation du clergé français mais elle a aussi fourni de nombreuses sœurs hospitalières dont le pays, avec toutes les guerres qu’il menait, avait un urgent besoin. Son œuvre en gênait certains mais trouvait beaucoup d’encouragements auprès de ceux qui défendaient l’enseignement pour tous, des soins dignes même pour les fous et les lépreux souvent fort mal traités et, surtout, l’émancipation des esclaves afin qu’ils ne sombrent pas dans un statut encore plus contraignant que celui qu’ils quittaient. 

 

Jusqu’à son dernier souffle elle a lutté, parcourant la France et le monde pour visiter, mobiliser, restaurer, relever ses fondations mises à mal. Elle avait peut-être un défaut qui était, en définitive, sa plus grande qualité, elle n’acceptait aucune autorité qui fut contraire à sa mission divine. Son énergie, sa détermination, sa ténacité étaient immenses ; quand toutes et tous croyaient qu’il n’y avait plus de solution, elle s’en remettait à Dieu et les événements lui donnaient presque toujours raison. Le clergé ne fut pas son plus mince adversaire. De nombreux évêques et clercs acceptaient mal qu’une femme puisse avoir de si énormes responsabilités, qu’elle s’impose face à la hiérarchie cléricale, qu’elle punisse un homme ayant battu sa femme. Sa vision d’une société égalitaire, quelle que soit la condition sociale, l'origine ou le sexe, n’était pas acceptée par tous, mais nombre d’humanistes la soutinrent comme le poète Lamartine et elle fit preuve, en certaines circonstances, d’un réel œcuménisme. Si sa vision du monde ne fut pas acceptée par tous à son époque, elle est considérée aujourd’hui, sur bien des points, comme une pionnière. Elle n’était certes pas diplomate, pas bonne gestionnaire non plus, mais elle avait un objectif dont elle ne changeait jamais et ceci la rendait crédible. Elle savait où elle allait, sans savoir toujours comment elle pourrait y aller, mais la plupart du temps elle atteignait son but car vouloir est plus fort que savoir et pouvoir.

 

Saluons l'énorme travail qu’a accompli Pascale Cornuel. Son  livre n’est pas seulement une biographie extrêmement précise mais l’analyse, presque au jour le jour, de la mission à laquelle cette religieuse s’est consacrée et une formidable page d’histoire qu’on a un peu oubliée aujourd’hui : la reconstruction du clergé séculier et régulier après son anéantissement par la Révolution, la participation du clergé à la colonisation, le rôle du clergé dans l’émancipation des esclaves libérés, le rôle des sœurs dans la reconnaissance des compétences des femmes. N’ont-elles pas largement contribué à démontrer ce que le sexe, dit faible, était en mesure d’accomplir. Et, bien d’autres choses encore tant le champ de l’œuvre est vaste dans le temps, l’espace et la diversité des actions et des engagements. Et félicitations encore à l'auteure qui, en historienne avisée, n’est jamais tombée dans les pièges des différentes idéologies et courants de pensée … Son texte est d’une clarté absolue et d’une impartialité exemplaire.


Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 09:21
Eloge des clochers selon Marcel Proust

 

J'ai tendu des cordes de clocher à clocher,
Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre,
Des chaînes d'or d'étoile à étoile,
Et je danse.
                      
( Rimbaud )

 

Oui, pourquoi ne pas faire l'éloge de nos clochers que les poètes et les écrivains n'ont cessé d'évoquer et de chanter. Non seulement ils font partie du paysage mais la vie des villages s'est organisée, depuis des siècles, autour des églises qu'ils coiffent élégamment et de leurs cloches qui ont sonné, au fil du temps, les simples heures et les grands événements. Ainsi le glas annonçait-il les guerres, les carillons, les pâques et les victoires. Jusqu'alors les étapes de l'existence, du baptême à l'enterrement, étaient liées aux offices religieux qui rassemblaient les communautés de quartier ou de village soudées dans la joie comme dans la peine. Or il est question aujourd'hui, faute de moyens financiers, sur 15000 églises rurales recensées d'en démolir 2800* que les mairies et les communes ne sont plus en mesure d'entretenir. Et ne dit-on pas, ici et là, qu'il vaudrait peut-être mieux construire à la place des salles des fêtes puisque, dorénavant, il n'y a plus suffisamment de prêtres et de paroissiens pour assurer leur permanence ? Ainsi envisage-t-on, prudemment certes, la progressive disparition de ces clochers qui ont contribué à forger le visage de la France. Et quelle sera-t-elle sans eux ? Quelle France subsistera après leur disparition ? Une France qui aura tourné le dos à son passé, à ses tailleurs de pierre, à ses modestes artisans, à ses pèlerins de Compostelle, alors que, sur l'ensemble des continents, des peuples, soucieux de préserver et de perpétuer leur patrimoine, reconstruisent ou rénovent leurs temples et leurs mosquées. Partout on sent cette vitalité qui anime et soude des populations entières autour d'un objectif exaltant et fédérateur : celui de maintenir envers et contre tout l'héritage des anciens. La France serait-elle la seule, de par le monde, à accepter de rompre avec près de 2000 ans d'histoire ? On n'ose y penser !

 

Que l'on soit croyant ou non, une civilisation a un sens, elle s'est fondée sur un patrimoine spirituel et moral autant que matériel et sur des actes autant que sur des engagements. Il se trouve que la nôtre, qui est celle de l'Europe, a été imprégnée jusqu'en ses fibres les plus intimes par le Christianisme, comme les Indes par l'Hindouisme et le Boudhisme, le Moyen-Orient par l'Islam. C'est ainsi. Et nous avons toutes les raisons d'en être fier, car la part de civilisation qui nous vient du christianisme nous a valu un art rayonnant. Cet art a élevé et enluminé nos cathédrales, inspiré nos peintres et nos sculpteurs, fait retentir nos grandes orgues, semé des calvaires au long de nos routes. L'abandon est toujours un signe de décadence : abandon de la foi, de l'espérance, de la permanence. Et que lègue-t-on en contrepartie, sinon du fatalisme, du détachement, de l'indifférence. Là où certains de nos jeunes mouraient pour une cause ou pour leur patrie, des adolescents, aujourd'hui, se suicident pour rien et c'est désespérant. 

 

En 1903, voici ce qu'un de nos plus grands auteurs, Marcel Proust, que l'on ne peut taxer de militantisme catholique, écrivait à l'un de ses amis**, propos qui me paraissent d'une actualité stupéfiante :

 

 "Mais je vous dirai qu'à Illiers, petite commune où mon père présidait avant hier la distribution des prix, depuis les lois Ferry on n'invite plus le curé à la distribution des prix. On habitue les élèves à considérer ceux qui les fréquentent comme des gens à ne pas voir et de ce côté-là tout autant que de l'autre, on travaille à faire deux France et moi qui me rappelle ce petit village tout penché vers la terre avare, et mère de l'avarice, où le seul élan vers le ciel, souvent pommelé de nuages mais souvent aussi d'un bleu divin et chaque soir transfiguré au couchant de la Beauce où le seul élan vers le ciel est encore  celui du joli clocher de l'église, moi qui me rappelle le curé qui m'a appris le latin et les noms des fleurs de son jardin, moi surtout qui connais la mentalité du beau-frère de mon père, adjoint anti-clérical de là-bas qui ne salue plus le curé depuis les " décrets" et lit L'intransigeant, il me semble que ce n'est pas bien que le vieux curé ne soit plus invité à la distribution des prix comme représentant dans le village quelque chose de plus difficile à définir que l'Office social symbolisé par le pharmacien, l'ingénieur des tabacs retiré et l'opticien, mais qui est tout de même assez respectable, ne fusse que pour l'intelligence du joli clocher, spiritualisé qui pointe vers le couchant et se fond dans ses nuées roses avec tant d'amour et qui tout de même à la première vue d'un étranger débarquant dans le village a meilleur air, plus de noblesse, plus de désintéressement, plus d'intelligence et ce que nous voulons, plus d'amour que les autres constructions si votées soient-elles par les lois les plus récentes".

 

 

Promenades avec Marcel Proust

Article paru dans Le Figaro du mardi 3 septembre 1912,sur 3 colonnes en première page.

 

 

 

 

L'EGLISE de VILLAGE

 


L’admirable auteur du vrai « Génie du Christianisme » - je veux dire Maurice Barrès – va sans doute trouver un redoublement d’écho pour son appel en faveur des églises de village : c’est, en effet, le moment où reprennent contact avec le leur beaucoup d’entre nous. Et à ceux même qui ne passeront pas leurs vacances dans les lieux où ils ont grandi, les réminiscences de la saison feront revivre le temps où ils allaient se reposer chaque année au pied de leur église.
 

 

On reconnaissait de bien loin le clocher de la nôtre, inscrivant à l’horizon sa figure inoubliable. Quand mon père, du train qui nous amenait de Paris, l’apercevait qui filait tour à tour sur tous les sillons du ciel, faisant courir en tous sens son petit coq de fer, il nous disait : « Préparez vos couvertures, nous allons bientôt arriver. » Et dans une des plus grandes promenades que nous faisions autour de la petite ville, à un endroit où la route resserrée débouche sur un immense plateau, il nous montrait au loin la fine pointe de notre clocher qui dépassait seule, mais si mince, si rose, qu’il semblait rayé sur le ciel par un ongle qui aurait voulu donner à ce paysage, à ce tableau rien que de nature, cette petite marque d’art, cette unique indication humaine.
 

 

Quand on se rapprochait et qu’on pouvait apercevoir le reste de la tour carrée et à demi détruite qui subsistait à côté de lui, on était frappé surtout du ton rougeâtre et sombre des pierres ; et, par un matin brumeux d’automne, on aurait dit, s’élevant au-dessus du violet orageux des vignobles, une ruine de pourpre presque de la couleur de la vigne vierge.
 

 

De là elle n’était encore qu’une église isolée, résumant la ville, parlant d’elle et pour elle aux lointains, puis, quand on était plus près, dominant de sa haute mante sombre, en pleins champs, contre le vent, comme une pastoure ses brebis, les dos gris et laineux des maisons rassemblées.
 

 

Comme je la revois bien notre église ! Familière ; mitoyenne, dans la rue où était son porche principal, de la maison où habitait le pharmacien et de l’épicerie ; simple citoyenne de notre petite ville et qui, semblait-il, aurait pu avoir son numéro dans la rue, si les rues de ce simple chef-lieu de canton avaient eu des numéros, où le facteur aurait pu entrer quand il faisait sa distribution, après avoir quitté l’épicier et avant d’entrer chez le pharmacien, il y avait pourtant entre elle et tout ce qui n’était pas elle une démarcation que mon esprit ne pouvait pas arriver à franchir. Le voisin avait beau avoir des fuchsias qui avaient la mauvaise habitude de laisser leurs branches courir partout tête baissée et dont les fleurs n’avaient rien de plus pressé quand elles étaient assez grandes, que d’aller rafraîchir leurs joues violettes et congestionnées contre la sombre façade de l’église. Elles ne devenaient pas sacrées pour cela, et entre elles et la pierre noircie à laquelle elles s’appuyaient, si mes yeux ne percevaient pas d’intervalle, mon esprit réservait un abîme.
 

 

Son vieux porche, grêlé comme une écumoire, était dévié et profondément creusé aux angles (de même que le bénitier où il conduisait), comme si le doux effleurement des mantes des paysannes entrant à l’église et de leurs doigts timides prenant de l’eau bénite, pouvait, répété pendant des siècles, acquérir une force destructive, infléchir la pierre et l’entailler de sillons comme en trace la roue des carrioles dans la borne contre laquelle elle bute tous les jours. Ses pierres tombales, sous lesquelles la noble poussière des grands abbés lettrés du monastère, enterrés là, faisait au chœur comme un pavage spirituel, n’étaient plus elles-mêmes de la matière inerte et dure, car le temps les avait rendues douces et fait couler comme du miel hors des limites de leur propre équarissure qu’ici elles avaient dépassé d’un flot blond, entraînant à la dérive une majuscule gothique en fleurs, et en deçà desquelles, ailleurs, elles s’étaient résorbées, contractant encore l’elliptique inscription latine, introduisant un caprice de plus dans la disposition de ces caractères abrégés, rapprochant deux lettres d’un mot dont les autres avaient été démesurément distendues.
 

 

Ses vitraux ne chatoyaient jamais tant que les jours où le soleil ne se montrait pas, de sorte que fît-il gris dehors on était sûr qu’il ferait beau dans l’église ; je revois l’un rempli dans toute sa grandeur par un seul personnage pareil à un Roi de jeu de cartes, qui vivait là-haut entre ciel et terre ; et un autre où une montagne de neige rose, au pied de laquelle se livrait un combat, semblait avoir givré à même la verrière qu’elle boursouflait de son trouble grésil ; comme une vitre à laquelle il serait resté des flocons, mais des flocons éclairés par quelque aurore (par la même sans doute qui empourprait le retable de l’autel de tons si frais qu’ils semblaient plutôt posés là momentanément par une lueur prête à s’évanouir que par des couleurs attachées à jamais à la pierre) ; et tous étaient si anciens qu’on voyait çà et là leur vieillesse argentée étinceler de la poussière des siècles et montrer brillante et usée jusqu’à la corde la trame de leur douce tapisserie de verre. Dans la sacristie, il y avait deux tapisseries de haute lisse, représentant le couronnement d’Esther, et à qui leurs couleurs, en fondant, avaient ajouté une expression, un relief, un éclairage : un peu de rose flottait aux lèvres d’Esther au-delà du dessin de leur contour, le jaune de sa robe s’étalait si onctueusement, si grassement, qu’elle en prenait une sorte de consistance et s’élevait vivement sur l’atmosphère refoulée, et la verdure des arbres restée vive dans les parties basses du panneau de soie et de laine, mais ayant « passé » dans le haut, faisait se détacher en plus pâle, au-dessus des troncs foncés, les hautes branches jaunissantes, dorées et comme à demi effacées par la brusque et oblique illumination d’un soleil invisible.
 

 

Toutes ces choses antiques achevaient de faire pour moi de l’église quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville ; un édifice occupant, si l’on peut dire, un espace à quatre dimensions – la quatrième était celle du Temps, - déployant à travers les siècles son vaisseau qui, de travée en travée et de chapelle en chapelle, semblait vaincre, et franchir non pas seulement quelques mètres, mais des époques successives d’où elle sortait victorieuse ; dérobant le rude et farouche onzième siècle dans l’épaisseur de ses murs, d’où il n’apparaissait avec ses lourds cintres bouchés et aveuglés de grossiers moellons que par la profonde entaille que creusait près du porche l’escalier du clocher, et même là dissimulé par les gracieuses arcades gothiques qui se pressaient coquettement devant lui comme de plus grandes sœurs, pour le cacher aux étrangers, se mettent en souriant devant un jeune frère rustre, grognon et mal vêtu ; et élevant dans le ciel au-dessus de la place, son clocher qui avait contemplé Saint Louis et semblait le voir encore.
 

 

Des fenêtres de sa tour, placées deux par deux les unes au-dessus des autres – avec cette juste et originale proportion dans les distances qui ne donne pas de la beauté et de la dignité qu’aux visages humains – le clocher lâchait, laissait tomber à intervalles réguliers des volées de corbeaux qui, pendant un moment, tournoyaient en criant comme si les vieilles pierres qui les laissaient s’ébattre sans paraître les voir, devenues tout à coup inhabitables et dégageant un principe d’agitation infinie, les avait frappés et repoussés. Puis, après avoir rayé en tous sens le velours violet de l’air du soir, brusquement calmés ils revenaient s’absorber dans la tour, de néfaste redevenue propice, quelques-uns posés çà et là, ne semblant pas bouger, mais happant peut-être quelque insecte, sur la pointe d’un clocheton comme une mouette arrêtée avec l’immobilité d’un pêcheur à la crête des vagues.
 

 

Souvent, quand je passais devant le clocher au retour de la promenade, en regardant la douce tension, l’inclinaison fervente de ses pentes de pierres qui se rapprochaient en s’élevant comme des mains jointes qui prient, je m’unissais si bien à l’effusion de la flèche, que mon regard semblait s’élancer avec elle ; et en même temps je souriais amicalement aux vieilles pierres usées dont le couchant n’éclairait plus que le faîte et qui, à partir du moment où elles entraient dans cette zone ensoleillée, adoucies par la lumière, paraissaient tout d’un coup montées bien plus haut, lointaines comme un chant repris « en voix de tête » une octave au-dessus.

 

L’autre porche qui était de ce côté était complètement recouvert par le lierre, et il fallait pour reconnaître une église dans le bloc de verdure faire un effort qui ne me faisait d’ailleurs serrer que de plus près l’idée d’église (comme il arrive dans une version ou dans un thème où on approfondit d’autant mieux une pensée qu’on la dépouille des formes accoutumées), pour reconnaître que le cintre d’une touffe de lierre était celui d’un vitrail, ou qu’une saillie de verdure était due au relief d’un chapiteau. Mais alors un peu de vent soufflait ; les feuilles déferlaient les unes contre les autres ; et, frissonnante, la façade végétale semblait embrasser avec elle les piliers onduleux, caressés et fuyants.
 

 

C’était le clocher de notre église qui donnait à toutes les occupations, à toutes les heures, à tous les points de vue de la ville, leur figure, leur couronnement, leur consécration. De ma chambre, je ne pouvais apercevoir que sa base qui avait été recouverte d’ardoises ; mais quand le dimanche, encore couché, par une chaude matinée d’été, je les voyais flamboyer comme un soleil noir, je me disais : «  Déjà neuf heures ! Il faut se lever vite pour aller à la messe » ; et je savais exactement la couleur qu’avait le soleil sur la place, l’ombre qu’y faisait le store du magasin, la chaleur et la poussière du marché.
 

 

Quand après la messe, on entrait dire au suisse d’apporter une brioche plus grosse que d’habitude parce que de nos amis avaient profité du beau temps pour venir déjeuner, on avait devant soi le clocher qui, doré et cuit lui-même comme une plus grande brioche bénie, avec des écailles et des égouttements gommeux de soleil, piquait sa pointe aiguë dans le ciel bleu. Et le soir, quand je rentrais de promenade, il était au contraire si doux, dans la journée finissante, qu’il avait l’air d’être posé et enfoncé comme un coussin de velours brun sur le ciel pâli qui avait cédé sous sa pression, s’était creusé légèrement pour lui faire sa place et refluait sur ses bords ; et les cris des oiseaux qui tournaient autour de lui semblaient accroître son silence, élancer encore sa flèche et lui donner quelque chose d’ineffable.
 

 

Même dans les courses qu’on avait à faire derrière l’église, là où on ne la voyait pas, tout semblait ordonné par rapport au clocher surgi ici ou là entre les maisons, peut-être plus émouvant encore quand il apparaissait ainsi sans l’église. Et certes, il y en a bien d’autres qui sont plus beaux vus de cette façon, et j’ai dans mon souvenir des vignettes de clochers dépassant les toits qui ont un autre caractère d’art.
 

 

Je n’oublierai jamais, dans une curieuse cité de Normandie, deux charmants hôtels du dix-huitième siècle qui me sont à beaucoup d’égards chers et vénérables et entre lesquels, quand on la regarde du beau jardin qui descend des perrons vers la rivière, la flèche gothique d’une église qu’ils cachent s’élance, ayant l’air de terminer, de surmonter leurs façades, mais d’une matière si différente, si précieuse, si annelée, si rose, si vernie, qu’on voit bien qu’elle n’en fait pas plus partie que de deux beaux galets unis, entre lesquels elle est prise sur la plage, la flèche purpurine et crénelée de quelque coquillage fuselé en tourelle et glacé d’émail.
 

 

Même à Paris, dans un des quartiers les plus laids de la ville, je sais une fenêtre où on voit après un premier, un second et même un troisième plan, fait des toits amoncelés de plusieurs rues, une cloche violette, parfois rougeâtre, parfois aussi, dans les plus nobles « épreuves » qu’en tire l’atmosphère, d’un noir décanté de cendres, laquelle n’est autre que le dôme de Saint-Augustin et qui donne à cette vue de Paris le caractère de certaines vues de Rome par Piranesi. Mais aucune de ces petites gravures, avec quelque goût que ma mémoire ait pu les exécuter, ne tient sous sa dépendance toute une partie profonde de ma vie, comme fait le souvenir de ces aspects de notre clocher dans les rues derrière l’église. Qu’on l’eût vu à cinq heures, quand on allait chercher les lettres à la poste, à quelques maisons de soi à gauche, surélevant brusquement d’une cime isolée la ligne de faîte des toits ; ou que, poussant plus loin, si on allait à la gare, on le vit obliquement, montrant de profil des arêtes et des surfaces nouvelles comme un solide surpris à un moment inconnu de sa révolution, c’était toujours à lui qu’il fallait revenir, toujours lui qui dominait tout, sommant les maisons d’un pinacle inattendu, levé devant moi comme le doigt de Dieu dont le corps eût pu être caché dans la foule des humains sans que je le confonde malgré cela avec elle.
 

 

Et aujourd’hui encore, si dans une grande ville de province ou dans un quartier de Paris que je connais mal, un passant qui m’a « mis dans mon chemin » me montre au loin comme point de repère tel beffroi d’hôpital, tel clocher de couvent levant la pointe de son bonnet ecclésiastique au coin d’une rue que je dois prendre, pour peu que ma mémoire puisse obscurément lui trouver quelque trait de ressemblance avec la figure chère et lointaine, le passant, s’il se retourne pour s’assurer que je ne m’égare pas, peut à son étonnement m’apercevoir qui, oublieux de la promenade entreprise ou de la course obligée, reste là devant le clocher, essayant de me souvenir, sentant au fond de moi des terres reconquises sur l’oubli qui s’assèchent et se rebâtissent ; et sans doute alors, plus anxieusement que tout à l’heure quand je lui demandais de me renseigner, je cherche encore mon chemin, je tourne une rue… mais… c’est dans mon cœur…

 

 

Marcel Proust

 

* selon la direction du Nouvel Observatoire du patrimoine religieux -

** Lettre à Georges de Lauris en date du 29 juillet 1903 -

 

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Le clocher d'Illiers-Combray
Le clocher d'Illiers-Combray

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21 décembre 2020 1 21 /12 /décembre /2020 10:18
Pas faite pour de Véronique Adam

A Bruxelles, une jeune femme, un peu en perdition, reçoit en cadeau un abonnement dans une salle de remise en forme. Ses amies voudraient la voir prendre soin de son corps et de son moral, pensant qu’elle pourrait faire de belles rencontres dans ce lieu de détente. La trentaine allègrement passée, Cécile, sans enfant, se retrouve seule après s’être fait larguer par son dernier compagnon. La vie qu’elle mène ne lui apporte aucune satisfaction. Elle donne des cours de violon car n’ayant pas cultivé sérieusement le petit talent qu’elle avait, elle n’a pas pu intégrer une grande formation. Elle se trouve moche, inintéressante, pas très intelligente, pas douée, elle pense qu’elle n’a rien pour attirer un nouveau compagnon, elle se résigne donc à écouter le récit des exploits de ses deux amies en buvant plus que de raison. Inquiétées par ce laisser aller et cette aigreur, les deux copines lui offrent pour son anniversaire un abonnement dans une salle de sport. Celui-ci, et les efforts qu'il nécessite, est ce qu’elle déteste le plus. Elle tente tout de même l’expérience et bien lui en prend, le dandy, qui fait tourner la tête à toutes les filles qui fréquentent la salle, tombe amoureux d’elle au moment où sa femme le trompe. Une idylle enchanteresse naît entre les deux tourtereaux, une nouvelle vie commence pour Cécile, elle fait du sport pour retrouver tonus et allure et surtout reprend confiance en elle. Mais, à l’approche du mitant de la vie, l’amour est capricieux, il faut composer avec son histoire, avec ce que le passé a déposé dans la corbeille de chacun.

 

 

Avec son écriture vive, incisive, qui emmène le lecteur au cœur des aventures qu’elle a un peu vécues, Véronique raconte un bout de sa vie : le violon, le fitness qu’elle a pratiqué et pratique peut-être encore, mais pour le reste je préfère croire qu’il s’agit d’une aventure advenue à la narratrice. Cette histoire, c’est l’histoire de nombreuses filles qui, approchant de la quarantaine, voient apparaître les premiers signes du vieillissement annonçant le déclin de leur pouvoir de séduction et donc la possibilité de finir leur vie seule ou avec le gars qu’elle n’aime plus. Elles se comportent alors comme des adolescentes en quête de leur premier amour, cherchant tous les artifices qui pourraient les faire paraître plus belles, plus séduisantes, plus avenantes, plus « compagnes » pour la fin de la vie. Comme le souligne l’auteure, ce sont désormais les femmes qui prennent les initiatives en la matière : « Maintenant, ce sont les femmes qui trompent et qui quittent, toujours en quête de l’homme idéal, beau riche, intelligent, qui mettra la main à la pâte dans le ménage et l’éducation des enfants ». Elles s’activent avec d’autant plus d’ardeur que leur âge avance, il faut trouver la perle rare avant qu’il soit trop tard pour espérer encore.

 

Pour Véronique, la meilleure solution est celle qu’elle a adoptée : l’activité sportive, notamment le fitness. Les filles viennent y chercher : «  ce moment hors de leur réalité monotone, où elles peuvent durant quelques instants oublier leurs complexes et se laisser aller à vivre, sans avoir à affronter le jugement des inquisiteurs de la perfection ». Et si elles oublient pendant un moment au moins le regard d’autrui conditionné par les critères, tous plus abscons les uns que les autres, diffusés par les médias, télévision, réseaux sociaux, presse spécialisée, elles auront déjà une bien meilleure opinion d’elle-même et pourront regagner la confiance qu’elles ont perdue. La douleur des courbatures égalise les prétentions et érode l’arrogance.

 

Denis BILLAMBOZ


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