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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 10:27
Dans le murmure du songe

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

 


            DANS LE MURMURE DU SONGE     
                (Prix Renée Vivien 2022)

 

 


Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutation des phares,
L’eau souveraine jusqu’au débordement des astres !
Voie royale, sous l’arc de triomphe du ciel,
elle est immensité mouvante au regard
chaussée d’écume pour la marche océanique des dieux.
L’ère du songe s’ouvre aux hommes qui s’éloignent.
Ils laissent ici leurs instances, leurs lois et leurs réquisitoires.
Hommes, qui d’entre vous fut pris à défaut ?
Délivrez-vous de l’assistance servile des masses,
honorez votre âme d’un règne nouveau.
Délestez la quille des parures et artifices dont vous fûtes ceints et vêtus.
Elle est votre île sur les flots.
Plus nus êtes-vous, plus affranchis dans la lumière.
Votre regard s’accoutume à la blancheur du sel sur les vagues,
à l’éclat du couchant qui saupoudre les eaux d’une manne d’étoiles.
Solitude en mer dans un lit de plancton et d’algues,
votre couche est quelque part dans l’enfléchure des haubans.
Hommes, vous voici légataires d’une vie sans offense
au seuil de l’empire des eaux, au seuil de votre âme marine.

 


                                                 *

 

Au commencement, il y eut le pas qui éloigne, 
la main qui sépare, indistinctement l’élan qui engendre l’aventure,
l’exploit, le voyage. Si nous disons : c’était hier,
nous voilà destitués de notre présent, ayant ouvert le flot, la sente, le passage.
Pourquoi s’étonner du son fêlé qu’émet le temps !
Apprentis-sorciers, avons-nous oublié quel souffle nous traverse ?
Où le seuil, où la haute chambre du festin ?
Nous connaîtrons la fièvre, le remugle des villes
au bas d’un ciel sans couleur. Est-ce cela qui nous fut promis
lorsque la vie nous pénétra, de part en part, nous transfusa d’un sang
qui de l’irrévélé perpétue le cheminement ?
Le feu festoie avec le bois, le silence étend ses ailes
et plane au-dessus des vents.
Où l’arbre, encore dans l’étreinte du sommeil déploie ses branches,
la promesse, telle un nectar de corossol sur la langue,
est à notre mémoire l’attente confuse d’une naissance.

 


                                     *

 

A l’origine, la vie n’était qu’éclat de lune,
doigt incandescent sur les ronces,
quelque chose sans substance, de si léger,
que l’on pouvait croire qu’il n’existait d’elle que son essence.
Souvent aux premières heures de la nuit,
on entendait gronder la colère du monde.
Alors, la vie se retirait, se mettait en attente,
oiseau prolongeant en rêve sa volée.


Si les jours deviennent lourds à porter
que rien n’apparaît pour nous émerveiller,
le songe nous prendra dans sa flamme
et la réalité s’effacera peu à peu.
J’ai entendu frapper, est-ce toi ?
Dans le murmure du songe est-ce nous si jeunes encore ?
Nous savions nous parler dans les salles oubliées
où l’ombre du silence dessinait en hâte nos silhouettes.
Nous savions les mots qui consolent et apaisent
et éclairent les chambres de leurs lueurs hantées.
Oui, nous connaissions les formules
qui libèrent les coeurs, affirment les esprits.
Tout mouvement de l’âme aimante la lumière
et tisse la vérité de fils invisibles.

 

                            *
 

Reconnais-moi d’entre toutes et tous,
le souvenir s’émeut d’une voix qui évoque le passé,
dessine le présent avec des mots d’amour.
N’oublie pas le jour
où se sont croisés nos regards et nos attentes
et nos peines si longues à consoler.
L’avenir fleurait le parfum des ancolies,
épousait les courbes du bel azur,
nos corps se nouaient  comme le ciel et la mer
et l’ardeur fixait les heures sur l’horloge du temps.
Lorsque la souffrance se défroissait,
les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
et ne savaient quel voyage poursuivre,
dans quel château hanté s’ébattent les licornes,
vers quel contre-jour on navigue.
C’était un temps délicieusement lent,
on se tenait serré comme une meute d’enfants,
nous avions des refuges, des territoires pour braconner les songes,
des goélettes ancrées en des ports défunts.
Sans hâte nous approchions de la terre qui nous ressemble.
On y vendange le vin de l’ivresse mystique.
Est-ce si loin en nos mémoires
que nous n’osons en franchir le seuil ?
L’homme de toutes les soifs marche en quête d’eau vive
alors que le temps saigne encore de quelque mal.


                                         *

 

Nous douterons. Ce sera notre dernière sueur.
Viendra le remords taillé dans le vieux tissu du jour.
On ne poursuit sa route que la tête tournée vers le couchant.
Nous avons pris ce siècle à bras-le-corps et c’est tant pis si nos désirs
ne forment plus qu’une croix sur la terre dure.
Demain, l’un de nous dessinera une lampe
et nous serons oublieux de la lumière.
Ce chemin, à l’orée, est celui où, sans fin, nous revenons.
Il y aurait mille possibilités de nous perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n’est jamais autre part qu’en soi.
Ne restons pas à pleurer ce qui n’est plus.
Sur nos épaules, prenons ce restant de lumière.
Rafraîchissons-nous de cette eau de cendre que le désert exsude encore.
L’horizon s’oblitère. Il n’est plus qu’un vestige au fond de l’esprit.
De l’avoir trop contemplé nous rendit aveugles.


Nous avançons et nos rêves
sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Nous pourrions les suivre
mais, au-delà du seuil, est l’inconnaissable
que nous n’osons nommer …


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
on y moissonne des chagrins d’hiver
et nous y vieillirons parmi des arbres aux anxieuses ramures.
Quand nous aurons cessé d’aimer,
une félicité curieuse nous gagnera.
Nous aurons lavé jusqu’au revers de nos mémoires
et l’enfant, sans bruit, ira ensevelir nos ombres.

 


                                        *

 

Quelle clarté nocturne s’est aventurée dans tes yeux,
alors que je te contemple, que l’ombre te redessine,
que peut-être je t’invente, que sans doute je te fais roi ?
Car nous régnerons,
nous qui avons épousé la jeunesse de l’eau,
nous régnerons dans l’immobile noyau de notre songe.
Probablement est-ce là
que les choses cesseront d’être mortelles,
que l’éternité prendra feu, que ta royauté me fera reine.


Mes pensées sont restées prisonnière des saules
dans la nuit musicale où les ténèbres parlent à mon oreille.
Le temps a mis en gerbes ses moissons
disjoint les pierres qui jaunissent au soleil.
Tout avait commencé, ainsi tout va finir,
le vent comme la pluie scelleront en nos mémoires de tragiques espoirs.
Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
sans rien attendre de l’empire des songes,
nous tisserons notre destin qui nous fera aigle ou colombe.


                                          *


Ici, nous avons cru la nuit définitive,
peuplée de grands ducs et de dames blanches.
Crois-moi si je te rappelle que l’enfance
a le goût des cerises et des pommes sures.
Crois-moi si je t’évoque le parc empli de mystères
où s’empannent les ailes des oiseaux nocturnes.
La demeure resplendit comme une châsse
au bout de la nef d’arbres centenaires,
un peuple de fantômes s’y ébat
à la lueur mourante des chandelles.
Entends le bruit de leurs bottines
qui claquent sur les dalles de marbre noir !
Non, nous ne pouvons plus vivre ici,
trop obsédante est l’attentive sollicitude des branches,
le frémissement des trembles,
alors que passe l’étranger.
Et puis, au large de la plaine,
le ciel a la couleur de l'ambre.

 


                                          *

 


Il faut que tu le saches : je marche dans ce pays depuis toujours.
J’en fais le tour maintes fois. La nature y sort de sa dormance végétale
comme d’une extase prolongée. De ses pores, on sent la vie sourdre,
des frissons de sève passer sous l’écorce des bouleaux poudrés d’un
blanc lunaire ou sous la livrée rousse des cyprès chauves.
C’est là que poussent les caroubiers, les marronniers rouges,
que la mésange nonette, le sansonnet et le rossignol des murailles, les sittelles
et les troglodytes abritent leurs amours. C’est là que les champs
s’émaillent de coquelicots et de chrysanthèmes des prés, que les talus
se fleurissent de stellaires et de centaurées. Dans l’étang roselier,
les lueurs s’épanouissent comme des jaunets d’eau.
Alors qu’à la fourche d’un arbre mort,
un oiseau aiguise son cri, que dans un ciel marbré de gris
une lune ancienne se profile. Demain, peut-être,
des paroles donneront sens à ce qui s’achève. Tout va,
mais, dans tes bras, ces heures trop brèves
comment les investir qu’elles demeurent ?

 


                                              *

 


Ne dis rien. Préservons ensemble le temps qui dort,
tenons-nous à l’abri de la songeuse espérance.
Au-dehors, laissons le bruit battre à la vitre,
l’horloge égrener son chant funèbre,
écoutons le râle de la mer et les vents venus d’ailleurs,
nous bercer de la complainte des lointaines terres.
Regarde-moi, dans ce demi-jour ou cette demi-nuit
me chauffer au feu qui décline, me taire pour te mieux entendre,
pour te mieux connaître me recueillir dans ton absence.
Tout en moi se fait l’écho de toi,
c’est une vibration intime qui s’exaspère,
un prolongement irrésistible ; de l’un à l’autre
vers ce qui recule et s’espère.

 


                                   *

 


Qu’une étoile se lève au large de la mer, je te la dédierai,
qu’une lune pose sur l’horizon l’orbe rousse des songes,
je l’entretiendrai de toi,
que sous la cendre bleue le feu couve
et les légendes se mettent à causer, ô mon prince !
Pareil au seigneur, étranger à son empire,
tu descends parmi les saules et les lentilles,
le cours du temps amoureux de la terre noire.
En quelle ère lointaine, inconnue de la mémoire,
es-tu né pour offrir à la postérité ce visage immuable ?
Semblable au potier, tu modèles ta pensée,
pareil à César, tu effaces les traces
des heures trop vite ensevelies sous la poussière.
Au passé, tu refuses cette épopée du deuil
qui tente parmi les ombres un ultime passage,
comme si la mer, amarrées à sa lande,
s’était engagée à la victoire. Mais non, il faut attendre !
Mon prince résolu n’a point encore armé de flotte pour la conquête,
il regarde les ténèbres se faner dans sa main,
rose funèbre, effeuillée, sans parfum.
Est-il trop tôt, est-il trop tard,
pour que la terre, oublieuse de sa genèse,
se libère des entrailles nocturnes qui la tiennent,
dépréciée et sans règne,
et que, dans un sursaut, elle renaisse enfin,
hors de l’espace et hors du temps,
toute d’espérance et délivrée, ô mon prince,
selon ta volonté et selon ta promesse,
prête à appareiller vers le royaume
accessible seulement à l’esprit.

 


                              *


Encore une octave et nous serons sur cette portée
où les choses ne sont plus visibles.
Au travers de la demeure, l’écho du vent passe.
Nous avons éteint le feu qui nous tenait en éveil,
fermé la porte sur l’incommunicable matière.
Tout est en ordre, n’est-ce pas ?
Mais quel frémissement trop humain nous agite,
alors que la nuit vient s’éteindre à nos lampes,
que l’insolente lumière commence à nous ronger ?
A celui qui veille, ce vieil adage de mémoire …
Et nous, dans la splendeur naissante,
heurtant de front l’aurore,
là où des lueurs incisent l’infini.
Nulle trace de passage sur la terre durcie,
nulle emphase de feuilles et d’arbres,
mais délivrance des captifs sur la rive,
mais coulée de fièvre dans le sable,
et toujours sur la pierre le signe du sacré.

 


                                    *

 


J’ai à vous narrer l’histoire d’un peuple
qu’une lune maussade défigurât.
Epopée grandiose qui court
à la surface des choses provisoires.
C’est ainsi qu’il faut entrer
dans la conscience des vivants.
Voyez combien nos pensées ont fière allure
quand elles avancent à pas de géants
dans les plaines et les lagunes
avec le glissement sourd de l’engoulevent,
l’envergure altière des milans ! 

Fière allure ! Mais la demeure
des sages ne s’est pas échouée ainsi qu’un panthéon
à la cime de quelque mont Ararat !
L’intelligence referme son tabernacle.
Ce peuple s’affranchira des dieux. Son instinct le guidera.
Il sera nomade et voyagera avec les vents.
Ah ! qu’un souffle détende le front des eaux
et je serai à vous dans la mouvance craintive des herbages,
au long des sentes oisives des steppes et de la pampa,
quelque part sur l’étendue inconnaissable
où une chimère, comme moi, s’attarde.

 


                                       *

 


Je vous parlerai de ce peuple à nul autre semblable,
peuple pétri de glaise et nourri de froment
que l’étincelle du silex, un jour,
mit en marche vers le ponant.
Solitude de l’homme en l’homme,
terre sans partage,
hamada d’un coeur qui ne prend, ni ne donne,
vacance de l’espace.
Ensemble nous parlerons de ce passé
qui stratifie le temps.
Car ils étaient, gerbes de couleurs et de races,
des hommes d’écriture et de langage,
vague humaine qui se détache,
haute vague, houle insécable de pensée et de mémoire.
Puissance qui se disperse et s’élance
à l’assaut d’un donjon, d’un rempart
ou d’une médina,
croisade au pieux visage,
les serfs ont dérobé le sceptre et l’étendard,
un clerc a donné ordre que brûlent nos vaisseaux.
De quelque lieu qu’elle soit, la volonté des hommes fixe les héritages.

 


                                               *

 


Vint le poète,
celui qui habitait sur l’autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l’invisible et les âmes,
arguait sur le devoir, la souffrance et le mal.
Cet homme parlait de ce qu’il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.
Il venait de l’autre rive,
celle minérale et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l’or et des étoiles,
à l’écoute de l’ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L’écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d’éternité.
Il y avait connu aussi
la marche lente des caravanes et les ergs
et la méditation grave de l’espace.
Il parlait une langue
qu’aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue nulle part.
Ni dans les colloques des princes
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves,
peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets,
et cet homme avouait :
« je suis venu assumer l’inexprimable ».

 


                                       *

 


Reflet qu’un chemin de solitude propage.
Demain nous apprendra que la fin est proche,
que le jour tarde à se lever.
Il hésite à la frontière des mondes.
N’est-ce pas des galaxies qui neigent dans l’univers,
n’est-ce pas l’éclipse qui s’accomplit avec majesté ?
Il faut se refuser à la médiation,
accepter que la route aboutisse ou bien reprendre l’océan.
En Atlantique rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre,
un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Le désert est immense.
Quel océan pour m’abreuver ?
Quelle terre pour à son terme accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence,
que son destin tragique.

 

Armelle B.HAUTELOIRE

 


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COMMENTAIRES DES JURES :

 

Très beau texte, empreint d'une poésie ancrée dans une terre, dans une mémoire donnant une puissance extrême, assurant au lecteur un incroyable voyage.
 

Superbe oeuvre poétique au sens plein du terme. Il y souffle un lyrisme parfaitement maîtrisé qui perce le fond des choses. J'ai cru entendre comme un écho, affaibli certes mais bien présent, à la voix de Saint-John Perse. "Nous avançons et nos rêves sont comme des faucons sur nos poings. Ils savent où nous allons." Quelle profondeur et quelle justesse dans cette image qui nous fait toucher du doigt l'impalpable !

 

Inattendu ! Exceptionnel ! Etonnant poème ! Mais est-ce vraiment un poème ? Etiquette sans doute peu compatible avec une conception formaliste de ce genre littéraire. La poésie n'est donc pas le bien privilégié des poètes patentés. Texte dont la forme est comparable à un clip-vidéo. Des mots qui dessinent les images dont la juxtaposition, qui n'a rien d'aléatoire, élabore la dimension sensorielle, au propre comme au figuré. C'est la magie de ce processus qui subjugue le lecteur, sans jamais lui imposer une interprétation univoque.

 

Des images très fortes. "Mes pensées sont restées prisonnières des saules" - "Alors qu'à la fourche d'un arbre mort, un oiseau aiguise son cri, que dans un ciel marbré de gris une lune ancienne se profile." - "Tenons-nous à l'abri de la songeuse espérance. Au-dehors, laissons le bruit battre à la vitre." - "Alors que la nuit vient s'éteindre à nos lampes." Une voix puissante, quasi prophétique parfois, mais aussi proche, très intime : "Car nous régnerons, nous qui avons épousé la jeunesse de l'eau, nous régnerons dans l'immobile noyau de notre songe."

 

Dialogue intérieur. Epopée de l'âme humaine. Profondeur de l'inspiration. Force de l'évocation servie par de belles images. Souffle, ferveur, lyrisme, grande élévation de pensée, une spiritualité. Musique des vers, foisonnement des images, nouvelles et belles. "L'ombre du silence dessinait en hâte nos silhouettes." - "Nous aurons lavé jusqu'au revers de nos mémoires et l'enfant, sans bruit, ira ensevelir nos ombres."

 

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2 mars 2023 4 02 /03 /mars /2023 08:01
Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Voici la nouvelle rubrique que nous propose notre ami de longue date : Denis BILLAMBOZ. Grand lecteur devant l'éternel, Denis nous a déjà offert pendant deux années un tour du monde littéraire de grande qualité, nous menant à travers les livres choisis dans un formidable voyage au royaume des mots. Aujourd'hui, il nous livre ses coups de coeur, ses moments d'enthousiasme, les romans qui ont marqué tout particulièrement sa mémoire. Il a voulu ouvrir cette rubrique sur mon dernier né "Le jardin d'incertitude" auquel il a trouvé des qualité, ce qui m'honore. D'autres coups de coeur suivront chaque lundi, Denis aimant d'un vrai amour les écrivains et les poètes. 

 

Le jardin d'incertitude de Armelle Barguillet Hauteloire

Adieu ma mère, adieu mon coeur de Jules Roy

Les mouettes de Sandor Marai

Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît

Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre

Un petit nuage de James Joyce

L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

Le modèle oublié de Pierre Perrin

L'or de Blaise Cendrars

L'argent de Charles Péguy

Récit d'un naufragé de Gabriel Garcia Marquez

Un certain sourire de Françoise Sagan

Les dupes de Jean Dutourd

Alberto Giacometti, ascèse et passion de Anca Visdei

Yves Saint Laurent, le soleil et les ombres de Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache

Courrier prioritaire d'Anita Vaillancourt

Les vagues de Virginia Woolf

 

 

La vie des abeilles de Maurice Maeterlinck

La vie des termites de Maurice Maeterlinck

La vie des fourmis de Maurice Maeterlinck

Les fables de Jean de la Fontaine illustrées d'estampes japonaises (Picquier)

Lettres à un jeune homme de Max Jacob

Le renaissance de la liberté de Paul Valéry

L'esprit européen en exil de Stefan Zweig

La défense et illustration de la langue française de Joachim du Bellay

On ne coupe pas les ailes aux anges de Claude Donnay

L'Ecclésiaste

Debussy pour toujours de Zoran Belacevic

Mon grand-frère de Thierry Radière

Pourquoi je t'aime de Francis Huster

Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson

Mes trente glorieuses d'Anne Gallois

Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

Les demeurées de Jeanne Benameur

Antonietta de Gérard Haddad

L'heure des olives de Claude Donnay

Le serment de l'espoir de Parme Ceriset

Si l'Histoire m'était contée de Mark Twain

Retour à Salem d'Hélène Grimaud

Une légère oscillation de Clément Baudouin

Une colonne pour le paradis de Philippe Fiévet

La source d'incandescence de Monique Thomassettie

Histoires de Noël au coin du feu de Erkman, Chatrian, Leroux et Leblanc

Eden Beach d'Anne Duvivier

Célébration du chat d'Anne Davis

Révélations et autres nouvelles de Katherine Mansfield

Le reste sans changement d'André Blanchard

Le livre du thé de Kakurô Okakura

Lavinia suivi de Cora d'après George Sand

Un pas de deux de Serge Peker

Ozu de Marc Pautrel

Maître Eckhart : du détachement et autres textes

Autrefois  le rivage de Paul Yoon

Il voulait peindre la nuit de Paul G. Dulieu

L'être que je suis de Pierre-Michel Sivadier

Le tueur au caillou d'Alessandro Robecchi

Irréversible de Liliane Schraûwen

 

Les signes pourpres d'Armelle Barguillet Hauteloire

 


 

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1 mars 2023 3 01 /03 /mars /2023 12:52
Mademoiselle de la Ferté de Pierre BenoÎt

Cette fois encore, je ne renierai pas mon penchant pour les textes un peu datés, même s’ils sont parfois un peu désuets, j’aime leur saveur et leur justesse. La langue avait encore un sens à leur époque. Cependant je ne pensais pas que je me tournerais un jour vers Pierre Benoît, il a fallu un concours de circonstances bien heureux pour que j’ouvre un de ces livres. J’espère qu’un jour vous partagerai mon enthousiasme.

Bucolique, diabolique, machiavélique, ce roman évoque Giono mais Giono assaisonné à la sauce William Wilkie Collins. Il trainait depuis des années au fond d’une de mes armoires, habillé d’une jaquette qui aurait certainement mieux convenu à un roman à l’eau de rose des années soixante, et c’est sans doute pour cette raison que je l’ai si longtemps boudé. Heureusement certains lecteurs avisés m’ont averti que ce récit n’était absolument ce que cette couverture pouvait laisser croire, que c’était en réalité un des meilleurs titres de ce célèbre auteur. Et quel bonheur de retrouver un beau texte, certes un peu désuet mais tellement savoureux, rempli de ces mots gourmands et goûteux que nous avons souvent remplacés par un jargon abscons.

 

Mademoiselle de la Ferté, « épouse ou mère, eût été sans doute le modèle des mères et des épouses », mais la vie, ses parents, sa famille, les autres ne lui ont jamais rien donné, ils lui ont même tout pris. Son père trop inconséquent a dilapidé la fortune familiale dans des affaires pitoyables, sa mère était trop faible pour se faire respecter, sa famille, enrichie dans le commerce du rhum à Bordeaux, ne la trouvait pas assez riche, pas bien élevée, les braves curés ne voyaient en elle qu’une sainte virginale et tous ceux qui l’entouraient ne l’ont jamais comprise. Surtout cette gentille et riche créole qui lui a enlevé le fiancé assez riche, qu’elle avait patiemment appâté, pour l’entretenir décemment et redorer le portrait bien écorné de la famille.

Alors quand le hasard voulut que cette belle créole devienne rapidement  veuve puis pulmonaire et qu’elle se réfugie dans ce coin de Chalosse, pas très éloigné de Dax, elle a saisi tout le parti qu’elle pouvait tirer de la situation en se comportant aux yeux de tous comme la parfaite compagne dévouée corps et âme à son ex- rivale et désormais amie. Elle fomentera un plan impitoyable avec un cynisme glacial et un pragmatisme diabolique afin de reconquérir ce qu’elle pensait être son dû, mais également pour se venger de ceux qui l’avaient méprisée et humiliée.

Un grand texte campagnard et romantique qui se fonde dans le paysage avec un luxe de détails qui fait renaître cette région et ses habitants, gens, faune et flore, comme elle vivait à la fin du XIXe siècle, comme George Sand a fait revivre sous sa plume le Berry de son époque. Mais cette histoire n’est pas seulement une intrigue sophistiquée et savamment huilée, une peinture sociale  fidèle, c’est aussi une  exploration de ce mince espace qui sépare l’amour de la haine sous la funeste férule de la jalousie, du désir de vengeance et de la trahison.

 

Denis BILLAMBOZ


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Mademoiselle de la Ferté de Pierre BenoÎt
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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 09:11
Nicolas de Stael - Lumière du nord, lumière du sud

Saint-Pétersbourg janvier 1914 - Antibes mars 1955

 

 

L'oeuvre de Nicolas de Stael est celle d'un artiste épris de lumière et d'espace dont chacune des oeuvres est transcendée par la lumière du nord ou du sud. Entre figuration et abstraction, le génie de Stael s'impose par sa quête d'absolu, son immense liberté et sa poésie. Voici un homme qui, en dix années étonnement fécondes, aura posé le problème de la peinture aux lendemains de la guerre de 39/45. Son succès, l'évolution rapide de son art, sa mort prématurée (il se suicide à 41 ans en se jetant du haut d'une terrasse) semblent illustrer le conflit qui divise alors les tenants de l'abstraction et ceux de la figuration. Ce débat, qui pouvait paraître factice et superficiel, était le fruit des influences contradictoires exercées par les maîtres de l'art moderne présents en France : Picasso, Kandinsky, Braque, Bonnard et Matisse. Stael choisira de peindre selon son inspiration et surtout sans se référer à aucune école, usant, selon les circonstances, d'un oeil exercé à voir plus loin que les apparences, sans toutefois les neutraliser. 

 

Les harmonies tendres et chaudes qu'il utilise sont souvent éclairées d'une lueur délicate et donnent à ses toiles une incomparable poésie, alors que le coloriste, qu'il reste indéniablement et qui allie les tonalités comme personne, se plaît à faire rayonner la lumière et que le couteau remplace parfois le pinceau pour ajouter un peu de matière à l'immatériel. Artiste influent, en quelques années, ce météorite a tout dit en un parcours remarquable et tragique où  la beauté et la liberté sont les maîtres mots. Plus de mille toiles en témoignent, expression d'une passion et d'une inquiétude permanente, d'où le lyrisme n'est jamais exclu. " Toute ma vie, j'ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m'aider à vivre " - écrira-t-il.  Sa vie trop courte aura été une trajectoire pour dépasser le réel et passer de la composition à la constellation. Ami du poète René Char, le peintre partageait avec l'auteur la même vision transcendante des choses qui veut que l'esprit excède la forme, si bien que Char a précisé dans l'un de ses textes : "Stael et moi, nous ne sommes pas, hélas, des yetis ! mais nous nous approchons quelquefois, plus près qu'il est permis, des vivants et des étoiles."

 

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Nicolas de Stael - Lumière du nord, lumière du sud
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20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 09:32
La source d'incandescence de Monique Thomassettie

Ce conte a été publié aux « Editions de la Page » en 2004, il était nécessaire de le remettre sur les rayons des libraires d’où il avait disparu depuis un certain temps. Ce texte est né de deux parents : une vision d’un arbre mort inondé par la lumière incandescente d’un soleil couchant et, derrière lui, un voyage, effectué par l’auteure dans l’Inde du Sud. Monique est une plume exceptionnelle, une finesse poétique patinée par l’écriture de nombreux poèmes dont certains ont été publiés, un style d’une légèreté vaporeuse et d’une profondeur philosophique. Ce conte est l’histoire du voyage effectué, et en même temps rêvé, par Monique Thomassettie, fiction autobiographique, onirique et mystique…

 

L’auteure qui devient, telle une déesse du panthéon hindouiste, selon ses dires personnels, les deux principaux personnages qui traversent ce conte, la voyageuse, celle qui parcourt le pays pour aller à la rencontre de ses habitants et de son patrimoine, et l’oratrice, celle qui dit, celle qui raconte le pays, celle qui donne du sens à ce que l’autre voit et vit. Monique entreprend ce voyage initiatique, mystique, poétique, onirique, où tout se mêle en paraboles et hyperboles. Elle rencontre l’oratrice, son autre moi, le gardien de la source de l’incandescence, voit Rimbaud dans le personnage du moinillon qui lui prend la main… tous lui disent l’Inde, sa spiritualité et son mysticisme, naviguent entre la réalité floue de ce voyage étrange et une vision mythologique de l’Inde hindouiste.

 

Ce parcours, l’auteure veut l’écrire car « Pour moi, l’audace d’écrire rejoint peut-être celle d’exister ». Elle veut « se souvenir au passé imparfait, s’interroger au futur compliqué, parler impérativement au présent quotidien ». Dans ce conte, elle dit ce qu’elle ressent, ce qu’elle éprouve, ce qu’elle voudrait, dans un syncrétisme entre spiritualité hindouiste et réalité européenne symbolisé par la présence récurrente de l’Europe, à la fois continent et déesse du panthéon grec, panthéon qui s’est souvent nourri aux sources de la spiritualité orientale. Ce conte n’est pas une histoire, mais une suite de sensations, d’impressions, d’interrogations, de réflexions, où la notion de temps devient floue. La voyageuse voudrait combiner les acquis de l’expérience avec la fraîcheur de la jeunesse afin de pouvoir se réaliser pleinement. « Dans cette seule et intemporelle Légende, où commencent et finissent l’Histoire et le Mythe, l’homme et les dieux ? Le monde et le théâtre. » L’Histoire est un temps court sans cesse remis en cause, le Mythe est le temps long qui se nourrit perpétuellement du temps présent. 

 

Bien qu'onirique, ce conte vient parfois se heurter à la dure réalité matérialisée par le passage dans un temple où l’arnaque mercantile, dans un décor circassien, donne à ce lieu cultuel un air de bazar oriental. Le récit montre l'ambigüité entre l’image d’une Inde de bonzes en robe safran invoquant le dieu aux bras multiples, Shiwa, et Parvati et Ganesh, qui ne sont jamais cités mais sont fort présents. Un texte qui comporte de très nombreuses références à des poètes, écrivains, peintres, musiciens et autres artistes appartenant tous, ou presque, à la civilisation occidentale. Je voudrais aussi signaler l’usage fréquent de l’inversion de l’adjectif avant le nominatif, une manière de qualifier avant de désigner les choses pour en donner l’aspect, le sens, les qualités, les défauts. Ce mélange, ce syncrétisme, ce choc des cultures, la double origine de ce texte interrogent l’auteure comme ils pourraient aussi interpeller le lecteur au sujet de l’existence même :  « Suis-je  se demandait l’âme. Et si je suis, comment suis-je, comment être ici ? En ce temps-ci ? »


Denis BILLAMBOZ

 


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13 février 2023 1 13 /02 /février /2023 09:31
Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

    

 

Elégie du coeur de Céline Posson-Girouard

 

Bellême, mon Combray de Céline Posson-Girouard

 

Mario Vargas Llosa ou le porteur de flambeau

 

Poeme à l'absent

 

La promesse de l'aube de Romain Gary

 

La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grümberg

 

L'Homme entravé de William Faulkner

 

La chanson du poète

 

Roger Kowalski ou l'ombre crépusculaire

 

Ces amis qui enchantent la vie de Jean-Marie Rouart

 

Milan Kundera ou l'insignifiance des choses

 

Mon prix Renée Vivien 2022  - Intégral du poème 'Dans le murmure du songe"

 

Dans le murmure du songe (Extraits) Mon prix Renée Vivien 2022

 

Mon prix Renée Vivien 2022

 

Une jeunesse à l'ombre de la lumière de Jean-Marie Rouart

 

Au-delà du tableau de Céline Posson-Girouard

 

Les lilas de Bellême de Céline Posson-Girouard

 

Lovely Brunette, tout simplement d'Edmée de Xhavée

 

Villa Philadelphie de Edmée de Xhavée

 

La Rinascente d'Edmée de Xhavée

 

Les promesses de demain de Edmée de Xhavée

 

Lovebirds de Edmée De Xhavée

 

La rivière des filles et des mères d'Edmée de Xhavée

 

Couronne en feu de Yannick Girouard (poème)

 

Adieu Christain Bobin, l'homme-joie

 

Avec les fées de Sylvain Tesson

 

Blanc de Sylvain Tesson

 

La panthère des neiges de Sylvain Tesson

 

Un été avec Homère de Sylvain Tesson

 

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
 


"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson   

 

Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutation des phares ...  Poème

 

Le goût de lire

 

Lorsque la poésie se pare des traits de la jeunesse - Isabelle Prêtre

 

Je vous parle d'un peuple à nul autre semblable ( Poème )

 

L'urgence approche avec ses feux ( poème)
 

François Mauriac, épistolier

 

Venise et les écrivains

 

Un itinéraire en poésie

 

Incandescence (Poème)

 

Poètes d'aujourd'hui : Yannick Girouard et Yveline Vallée

 

Premier sang d'Amélie Nothomb

 

Les coeurs inquiets de Lucie Paye

 

La littérature a-t-elle un avenir aujourd'hui ?

 

Virginia Woolf ou la magie des illusions

 

Paul-Jean Toulet ou une poésie fantasque

 

Alain-Fournier à l'heure du Grand Meaulnes et de son entrée dans la Pléiade

 

Jean-Marie Le Clézio ou le nomade mystique

 

Emmanuel Levinas ou l'autre plus que soi-même

 

Fedor Dostoïevski ou la fraternité universelle

 

Petit prélude crépusculaire  ( poème )

 

Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence

 

Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure

 

Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway

 

La poésie d'hier à aujourd'hui

 

L'indistincte patrie - poème -

 

Alexandre Soljenitsyne, témoin et prophète

 

 ILES ( poème)

 

Les partisans de Dominique Bona

 

Romain Gary de Dominique Bona

 

Mes vies secrètes de Dominique Bona

 

Berthe Morisot, la femme en noir de Dominique Bona

 

Je suis fou de toi - Le grand amour de Paul Valery de Dominique Bona

 

"Deux soeurs" de Dominique Bona


Le coeur révélé  ( Poème )  

 

"L'enfant qui " de Jeanne Benameur

 

Songeuse espérance

 

Quand nos amis les animaux se plaignent des trop doctes humains ( fable)

 

Marie Noël ou la traversée de la nuit - Cinquantenaire de sa mort et procès en béatification

 

Stefan Zweig ou la nostalgie de l'ancienne Europe

 

Jules de Didier van Cauwelaert

 

Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet

 

24 heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig

 

Michel Déon ou l'invitation au voyage

 

"De l'âme" de François CHENG

 

Plus rien ne sera jamais semblable - poème

 

L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine

 

Qu'une étoile se lève ... ô mon Prince ! Prière

 

Yves Bonnefoy ou recommencer une terre

 

"Marcel Proust, une vie à s'écrire" de Jérôme Picon

 

Les larmes de la mer  ( poème )

 

La part de l'ange de Jean Clair

 

La primevère ( fable )

 

Enfance : les lueurs persistantes ( poème )

 

Saint Valentin - L'ombre improbable - poème

 

La société des abeilles - fable

 

Le peintre d'éventail de Hubert Haddad

 

La coccinelle et l'éléphant - fable

 

L'ombre du silence

 

On l'appelle "TERRE" - Poème

 

Les couleurs de l'enfance ou le bel été

 

Le lieu de réminiscence ( poème )

 

Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern

 

Ensemble, nous veillerons le feu

 

Stances à la bien-aimée en ce jour de la saint Valentin

 

L'adieu

 

Parole d'ombre

 

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit de Jean d'Ormesson

 

Histoire du juif errant de Jean d'Ormesson

 

René Depestre, une voix haïtienne

 

Jean-Michel Maulpoix ou la poésie du seuil

 

Jules Supervielle ou l'enfance de l'univers

 

L'âne et le petit cheval - fable


Le Chant de Malabata  (poème)

 

Terre Promise

 

Le coeur cousu de Carole Martinez

 

Le grand Coeur de Jean-Christophe Rufin

 

Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin

 

Blaise Cendrars, le poète vagabond

 

Le jardin d'incertitude - présentation  

 

Léon Tolstoï : relire Guerre et paix

 

Hannah Arendt et la banalité du mal  

 

Mélodie d'Avril  ( poèmes )

 

Joe Bousquet ou l'horizon chimérique

 

Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement

 

L'hiver des poètes  

 

Fitzgerald le magnifique entre dans la Pléïade  

 

Scholastique Mukasonga ou la quête du paradis perdu

 

L'automne des poètes

 

Le pays du lieutenant Schreiber d'Andreï Makine

 

L'art d'écrire selon Andreï Makine  

 

Andreï Makine ou l'héritage accablant  

 

Colette ou les voluptés joyeuses

 

Sandor Marai, une oeuvre crépusculaire

 

Poèmes à l'absent   

 

Réflexions sur la poésie       

    

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière           

 

Les signes pourpres d'Armelle Barguillet Hauteloire     

 

Autoportrait à quatre mains - Channe questionne Armelle

 

Profil de la nuit, un itinéraire en poésie        

 

Gaston Bachelard ou le droit de rêver      

 

André Comte-Sponville ou le gai désespoir 

 

Alain Finkielkraut ou le coeur intelligent          

 

Jean d'Ormesson et les étrangetés du monde      

 

Le silence selon Emile Cioran


La solitude selon Emile Cioran 

 

Alexandre Pouchkine ou l'empire des mots           
 

Boris Pasternak ou l'intensité tragique           

 

Julien Gracq, prince des lettres

    

        

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 09:27
Couronne en feu de Yannick Girouard

Yannick Girouard a déjà publié une douzaine de recueils de poésie, plusieurs romans et une pièce de théâtre, sans compter que poète mais également peintre, il illustre ses publications et mêle harmonieusement aquarelle et poésie. Quelle chance de pouvoir allier les deux registres, soit les mots et les couleurs. Ses poèmes, comme ses dessins, touchent par leur extrême sensibilité le cœur du lecteur et du contemplatif parce que les uns comme les autres savent parler à la sensibilité et merveilleusement allier le son et l’image. Amoureux des choses belles de la vie, Yannick Girouard est également un mystique, un homme qui écrit comme on prie. Ses évocations sont toujours reliées à l’invisible, ses mots éveillent les aspirations les plus hautes, avec lui le partage est constamment en éveil comme une source d’eau vive.

 

Son dernier recueil « Couronne en feu » publié chez « Les impliqués-Editeur » est une longue prière, un constat de nos errances et de nos souffrances :

« Je respire et l’ogive pure s’élève comme deux mains en prière abritent le silence. … Quelque chose respire en moi qui n’est pas moi mais ce geste qui soulèverait le chapeau de la voûte et saluerait l’Esprit, douceur pénétrante. Cette parole écrite devient maintenant acte de foi. »

On sent vibrer dans ses phrases le souffle de la prière comme dans l’ensemble des autres textes où la foi la plus profonde tremble et s’affirme. On ne peut douter, en parcourant ces pages, que Yannick Girouard soit un homme de prière, sa poésie en est empreinte et sa sensibilité si vive émeut le lecteur tant il y a de sa part les mots de la consécration, le phrasé recueilli et vibrant de l’homme qui se dénude et s’agenouille face à l’ineffable mystère, ce que ne cesse d'insuffler la divinité proclamée. Néanmoins, dans l’ensemble de cette couronne en feu, la guerre entre l’Ukraine et la Russie est présente, l’humanité crucifiée l’est pleinement, les mots portent le sceau d’un temps déchiré. Yannick Girouard se veut témoin des douleurs de l’homme en croix, des constantes peines humaines, il s’affirme le témoin d’un monde en souffrance. Cependant l’espérance n’est jamais absente des visions que le poète  évoque :

« Les cerisiers en fleurs / buisson de blancheur/ annonçant le mois de Marie / signent l’exil des réfugiés.

Merci à Yannick Girouard de nous donner à lire et à entendre dans ces pages, qui nomment les choses sans concession,  le chœur des âmes inspirées.

 

"Ton silence devant le mendiant / déjà creuse le cratère / où mijote le feu dont tu brûles / l'aumône de ton regard convoque / ses frères et parents défunts et blessés / Voici l'humilité de plain-pied / avec le vent porteur de louange./

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Couronne en feu de Yannick Girouard
Couronne en feu de Yannick Girouard
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23 janvier 2023 1 23 /01 /janvier /2023 10:05
Une colonne pour le paradis de Philippe Fiévet

Philippe Fiévet, pour mettre en scène l’histoire d’Antioche au Ve siècle, rapporte les propos de deux témoins, que tout oppose, à des enquêteurs qui resteront inconnus. Ceux-ci interrogent tout d’abord Alef, un très vieux moine, né muet à Antioche en 410, et ensuite la servante de Rufin un patricien romain ayant fui Rome détruite en 415 par les Goths. Alef raconte la vie de Paphnuce, moine comme lui mais plus âgé, qui quitte son monastère pour s’isoler dans le désert. A cette époque, la chrétienté réduit les derniers foyers de paganisme et de nombreux moines, ermites, anachorètes, stylites et autres reclus choisissent le dénuement, la souffrance, la frugalité dans l’isolement. Ils sont considérés très souvent comme des saints, des intermédiaires entre les croyants et Dieu. Paphnuce est un condensé de tous ces reclus, il quitte son monastère pour vivre dans une profonde citerne avant de se faire enchaîner à un rocher, pour finalement s’installer sur une colonne où il sera tour à tour persécuté et adulé, et même adoré. Il changera de colonne deux fois pour, à chaque fois, monter sur une plus haute, plus près du ciel, plus loin des malheurs et péchés terrestres. Quant à Rufin, patricien romain débauché, il a quitté Rome pour échapper au saccage des hordes d’Alaric ; sa servante raconte la vie de débauche menée à Constantinople qu’il quitte sous la menace avant de se réfugier à Antioche où il rencontre une comédienne qui devient son épouse. Par ailleurs, Alef et la servante évoquent les fastes de l’Orient qui brillent particulièrement à Antioche, ville réputée pour sa joie de vivre et son riche patrimoine, où la foi chrétienne s’exprime souvent à travers une forte spiritualité et des pratiques extrêmes comme celle de Paphnuce. Mais cette belle époque connaît un déclin tragique, notamment à l’occasion d’un tremblement de terre d’une rare violence qui détruit une partie de la ville. Dès lors Alep lui volera la vedette dans cette partie de l’Orient.

 

L’histoire de Paphnuce et de Rufin est celle d’Antioche au Ve siècle avec son versant et religieux et spirituel qui symbolise la christianisation de cette partie des empires et royaumes orientaux et, d’autres part, avec Rufin, le luxe et la luxure des empires décadents, notamment la disparition de l’Empire romain de la partie orientale de la Méditerranée après la prise définitive de Rome par Genséric en 455. C’est aussi une façon de rappeler que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement et que la situation, que connait le Moyen-Orient aujourd’hui, n’est pas très éloignée de celle qu’il connaissait au Ve siècle. Cette lecture m’a rappelé le livre de Glen W. Bowersock, « Le trône d'Adoulis » qui, en évoquant les guerres de la mer Rouge à la veille de l'islam, dresse une cartographie politique de cette région juste après la fin du roman de Philippe Fiévet. Le déclin des grands empires constatés par Browersock au VIe siècle était déjà bien visible au Ve et ce roman le montre bien.

 

Antioche a connu l’extrémisme et les violents conflits religieux qui se déchaînent toujours dans cette région de la Méditerranée, la spiritualité y a toujours une place, mais surtout dans le monde musulman. Les Perses ont laissé la place aux Iraniens qui cherchent toujours à imposer leur pouvoir. Le bouillonnement provoqué par la naissance successive des grandes religions monothéistes agite perpétuellement ces lieux. Philippe Fiévet  l’explicite à travers cet ouvrage qui s’inspire des textes anciens et met en scène des personnages historiques même s’il arrange leur biographie à sa façon et leur donne un rôle qu’ils n’ont pas forcément eu. Peu importe, les événements restent fort crédibles, la Méditerranée orientale prenait déjà la configuration géopolitique qui allait favoriser, au VIIe siècle, la foudroyante conquête musulmane.

 

Je pourrais conclure cet article par le clin d’œil à la Reine de Saba dont j’ai déjà usé lors de ma chronique du livre de Bowersock : « Du haut de son paradis, la Reine de Saba, qui visita le Roi Salomon, doit sourire, elle reste très présente dans la légende éthiopienne aussi bien que dans l’histoire perse ou que dans l’épopée biblique. Elle était au confluent de toutes les puissances de la région : chrétiens d’Ethiopie, juifs d’Himyar, Sassanides de Perse et autres tribus encore. Elle doit cependant soupirer, en voyant tous les enfants qu’elle a fait rêver, s’entredéchirer à propos de différences qui n’en sont pas. Et si tous ces peuples en guerre perpétuelle priaient tous la Reine de Saba pour obtenir la paix éternelle ? ».

 

Denis BILLAMBOZ


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Une colonne pour le paradis de Philippe Fiévet
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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 08:34
Renée VIVIEN

Renée VIVIEN

 

Le Prix Renée Vivien 2022
a été attribué à 
Armelle Barguillet-Hauteloire 
pour son recueil 
« Dans le murmure du songe »

 

 

Le trophée offert par l'Académie Renée Vivien pour couronner mon prix.

Le trophée offert par l'Académie Renée Vivien pour couronner mon prix.

 

 

Courts extraits :

 

Nous douterons. Ce sera notre dernière sueur.
Viendra le remords taillé dans le vieux tissu du jour.
On ne poursuit sa route que la tête tournée vers le couchant.
Nous avons pris ce siècle à bras-le-corps et c’est tant pis si nos désirs
ne forment plus qu’une croix sur la terre dure.
Demain, l’un de nous dessinera une lampe
et nous serons oublieux de la lumière.
Ce chemin, à l’orée, est celui où, sans fin, nous revenons.
Il y aurait mille possibilités de nous perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n’est jamais autre part qu’en soi.
Ne restons pas à pleurer ce qui n’est plus.
Sur nos épaules, prenons ce restant de lumière.
Rafraîchissons-nous de cette eau de cendre
que le désert exsude encore.
L’horizon s’oblitère. Il n’est plus qu’un vestige au fond de l’esprit.
De l’avoir trop contemplé nous rendit aveugles.


Nous avançons et nos rêves
sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Nous pourrions les suivre
mais, au-delà du seuil, est l’inconnaissable
que nous n’osons nommer …


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
on y moissonne des chagrins d’hiver
et nous y vieillirons parmi des arbres aux anxieuses ramures.
Quand nous aurons cessé d’aimer,
une félicité curieuse nous gagnera.
Nous aurons lavé jusqu’au revers de nos mémoires
et l’enfant, sans bruit, ira ensevelir nos ombres.

 

                               *****************

 

 

Voici quelques remarques des membres du Conseil littéraire qui ont motivé ce choix :

 

Très beau texte, empreint d'une poésie ancrée dans une terre, dans une mémoire donnant une puissance extrême, assurant au lecteur un incroyable voyage.
 

Superbe oeuvre poétique au sens plein du terme. Il y souffle un lyrisme parfaitement maîtrisé qui perce le fond des choses. J'ai cru entendre comme un écho, affaibli certes mais bien présent, à la voix de Saint-John Perse. "Nous avançons et nos rêves sont comme des faucons sur nos poings. Ils savent où nous allons." Quelle profondeur et quelle justesse dans cette image qui nous fait toucher du doigt l'impalpable !

 

Inattendu ! Exceptionnel ! Etonnant poème ! Mais est-ce vraiment un poème ? Etiquette sans doute peu compatible avec une conception formaliste de ce genre littéraire. La poésie n'est donc pas le bien privilégié des poètes patentés. Texte dont la forme est comparable à un clip-vidéo. Des mots qui dessinent les images dont la juxtaposition, qui n'a rien d'aléatoire, élabore la dimension sensorielle, au propre comme au figuré. C'est la magie de ce processus qui subjugue le lecteur, sans jamais lui imposer une interprétation univoque.

 

Des images très fortes. "Mes pensées sont restées prisonnières des saules" - "Alors qu'à la fourche d'un arbre mort, un oiseau aiguise son cri, que dans un ciel marbré de gris une lune ancienne se profile." - "Tenons-nous à l'abri de la songeuse espérance. Au-dehors, laissons le bruit battre à la vitre." - "Alors que la nuit vient s'éteindre à nos lampes." Une voix puissante, quasi prophétique parfois, mais aussi proche, très intime : "Car nous régnerons, nous qui avons épousé la jeunesse de l'eau, nous régnerons dans l'immobile noyau de notre songe."

 

Dialogue intérieur. Epopée de l'âme humaine. Profondeur de l'inspiration. Force de l'évocation servie par de belles images. Souffle, ferveur, lyrisme, grande élévation de pensée, une spiritualité. Musique des vers, foisonnement des images, nouvelles et belles. "L'ombre du silence dessinait en hâte nos silhouettes." - "Nous aurons lavé jusqu'au revers de nos mémoires et l'enfant, sans bruit, ira ensevelir nos ombres."

 

Le prix Renée Vivien 2022

 

Histoire du Prix Renée VIVIEN :

 

Le prix a vu le jour le 23 juillet 1935, à l'initiative de la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar, l'une des amoureuses de Renée Vivien, avec qui elle a écrit et publié de la poésie sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale. Dès le début, la Société des gens de Lettres prend la responsabilité de l'attribution du prix. Décerné pour la première fois en 1936, le tout jeune prix de poésie doit être abandonné dès 1939, après trois cérémonies de remise, dans des circonstances incertaines, alors que le Troisième Reich fait basculer l'Europe dans la guerre.

En 1949, deux ans après la mort d'Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar, le prix Renée-Vivien est rétabli avec une subvention financière et il est maintenu pendant plusieurs années par Natalie Clifford Barney, qui se charge de la présidence du jury en 1950, sous l'égide de la Société des Gens de lettres. Le prix littéraire ressuscité est attribué, sans aucune considération de nationalité, à des femmes qui ont publié un ou plusieurs volumes de poésie française, et permet à Natalie Clifford Barney de rendre hommage à la vie et à l'œuvre de Renée Vivien. Après plus d'une décennie passée à couronner les efforts de poétesses, le prix Renée-Vivien est retiré en 1962.

Après trois décennies de latence, l'Académie Renée Vivien, une association française à but non lucratif située à Rivery, renouvelle le prix Renée-Vivien en 1994, sous la présidence des poètes cofondateurs Marie Vermunt et Claude Evrard. Ce prix, qui n'est plus doté, rend hommage à des œuvres remarquables de la poésie française qui quelquefois servent le thème de l'hellénisme éclairé, présent dans l’œuvre de Renée Vivien, et ce, désormais, quels que soient le sexe de l'auteur. Marie Vermunt, présidente de l'Académie Renée Vivien, située depuis 2022 à Châteauroux-les-Alpes maintient le prix, le récompense et l'ouvre à l'international.

 

Parmi les lauréates  : Lucie Delarue-Mardrus en 1936, Louise de Vilmorin en 1949 et Marguerite Yourcenar en 1958.

 

 

 

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9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 10:02
Une légère oscillation de Clément Baudoin

 

Thomas Dutertre arrive dans un centre qui ressemble étrangement à un ashram indien ou une lamaserie tibétaine pour suivre avec attention et application  - comme il l’a promis à sa femme - la retraite méditative qui devrait le tirer de la profonde dépression dans laquelle il a sombré après avoir connu de graves ennuis professionnels. Dans ce centre, Arnaud, celui qui fait office de gourou,  et son équipe, organisent des stages de Vipassana, une pratique de méditation tibétaine importée par un Anglais l’ayant récupérée auprès d’un Rempoche quelconque, dans les récits ésotériques tibétains.

 

Thomas entre dans le jeu sans enthousiasme et se rend vite compte que la méthode appliquée n’est qu’un attrape nigaud destiné à tirer le maximum d’argent à des gogos trop crédules et pas assez pauvres pour s’interroger sur le bienfondé de cette retraite. Il découvre vite les divers subterfuges utilisés par le gourou dans un décorum destiné à mettre le patient trop crédule dans les meilleures conditions pour avaler tout ce qu’il leur propose. Il considère cette retraite comme un véritable abus de faiblesse envers des personnes psychologiquement fragiles. Conduisant sa propre réflexion, il mitonne un plan pour s’échapper de ce sinistre lieu niché dans la montagne ardéchoise et ourdit une machinerie diabolique pour régler ses problèmes professionnels sans se préoccuper des conséquences pour sa personne.

 

Thomas Dutertre  exerçait de hautes fonctions à l’Agence régionale de l’ANPE de Toulouse quand un nouveau directeur régional était  arrivé subitement, en même temps que de nouvelles orientations et de nouveaux objectifs. Il fallait réduire de façon drastique le nombre de chômeurs et, pour cela, le nouveau directeur  importait ses propres méthodes de management, les mêmes que celles que tous ceux qui, comme moi, ont travaillé dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ont subies. Des méthodes fondées sur des chiffres, des pourcentages, des courbes, des moyennes, des écarts types et une méthodologie productiviste n’ayant pas plus d’égards pour les allocataires que pour les salariés de l’Agence. La machine infernale en a fait craquer plus d’un, dont Thomas. Celui-ci décide de se rebeller et de détruire le système qui le met sur la touche.

 

Dans ce roman, qui pourrait presque être un témoignage, Clément Baudouin décrit, avec une grande précision, l’exploitation de la crédulité humaine par les marchands de spiritualité à deux sous et la tout aussi perverse utilisation des employés d’une agence nationale à des fins économiques, mais surtout politiques. L’explication est simple, claire, limpide, on a l’impression que l’auteur a travaillé dans cette agence à cette époque et a fait lui-même cette retraite bidon. J’ajouterai que j’ai noté de nombreux mots rares dans le texte, ceci démontre la belle érudition de son auteur.

 

Denis BILLAMBOZ

 


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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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