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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 07:12
Le neuvième orgasme est toujours le meilleur de Anne-Michèle Hamesse

Contrairement à ce que son titre suggère, ce livre n’est surtout pas un recueil de textes érotiques. Il propose des nouvelles mettant en scènes principalement des femmes qui ont perdu leurs repères après un événement douloureux mais croient toujours en l’amour pour sortir du mauvais dans lequel elles sont tombées.

 

 

Le neuvième orgasme est toujours le meilleur

Anne-Michèle Hamesse (1948 - ….)

 

 

Après un premier recueil de nouvelles, « Ma voisine a hurlé toute la nuit », publié au « Cactus Inébranlable Editions » en 2016, Anne-Michèle Hamesse récidive avec ce nouvel ouvrage où elle déploie les mêmes qualités que celles que j’avais soulignées lors de la première publication. « Avec son style limpide, académique, précis, appuyé sur des phrases plutôt courtes même si elles sont suffisamment longues pour être souples et agréables à lire …. l’auteure démontre ses talents de conteuse. Elle sait très bien nous entretenir des pires histoires, créer des personnages diaboliques, sans jamais sombrer dans la vulgarité ou l’approximatif. En toute innocence, elle peut laisser supposer les pires horreurs… ». Dans ce nouveau recueil elle convoque encore les deux inséparables, Eros et son collègue Thanatos, Eros décoche ses flèches dans la presque totalité des quatorze nouvelles qui composent le présent recueil, et Thanatos le suit de près car de nombreuses histoires connaissent une chute plutôt macabre.

 

Les héros d’Anne-Michèle Hamesse sont, le plus souvent, des êtres en errance, plutôt des femmes mais aussi des hommes, qui ont sombré momentanément à la suite d'un décès, d'un accident, d'un viol, de violences, de souffrances ou d'autres douleurs physiques, morales ou psychologiques. Mais, malgré tout, ils croient encore en l’amour pour sortir de leur isolement, construire une nouvelle vie, trouver un nouveau bonheur, alors que le sort leur est rarement favorable et, la plupart du temps, plutôt  fatal. Une jeune veuve séduit des vieux uniquement pour accaparer leur héritage ; un homme abandonné par sa femme la retrouve avec un autre lors de la célébration du Nouvel An chinois ; une femme abandonnée trouve un ami fidèle à la SPA, un chien, qui crève dans le bus en rentrant à la maison ; une femme admise aux urgences ne reconnait pas la prostituée qui prétend être son amie mais rêve des étreintes qu’elle a connues dans un bar à filles… Ainsi, chacune des quatorze nouvelles rassemblées dans ce recueil, surprendront-elles le lecteur par leur dénouement insolite.

 

Dans cette dernière publication, Anne-Michèle Hamesse ne révèle pas si « Ma voisine (qui) a hurlé toute la nuit » est celle qui trouve que « Le neuvième orgasme est toujours le meilleur ». On ne peut donc pas avancer qu’elle aurait hurlé toute la nuit en connaissant ce fameux neuvième orgasme que Catulle avait promis à Lesbie et que l’auteure met en scène dans l’une de ces nouvelles. Pas plus qu’on ne peut déduire qu’un lien intertextuel relie les deux ouvrages, même si l’inspiration semble sourdre du même puits. Du moins la facture reste-telle semblable et mérite bien de figurer dans la collection « Nouvelle » créée par « Cactus Inébranlable Editions » qui ne comporte, jusqu’à présent, que des textes de grande qualité.


Denis BILLAMBOZ

 

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 08:42
Zam de Zam Martino Ebale

Dans cette autobiographie, Zam, danseur, chanteur, chorégraphe, raconte sa vie d’enfant protée qui a dû quitter son pays, le Cameroun, où il ne pouvait vivre son homosexualité qu’au risque d’une lourde condamnation. Arrivé en Belgique où il n’est rien, c’est d'autres combats qu’il doit livrer, l'un contre l’administration pour se faire accepter, l'autre avec les médias et les organisateurs de spectacles pour faire reconnaître son talent.

 

 

Zam

Zam Martino Ebale (1969 - ….)

 

 

Zam, sur la scène, est désormais un quinquagénaire camerounais, naturalisé Belge, qui exerce les trois facettes de son talent : la danse, la chorégraphie et le chant sur les podiums européens, belges notamment, et africains à travers des projets estampillés nord-sud par différentes institutions internationales. Dans cet ouvrage autobiographique, il raconte comment la danse l’a saisi dès son enfance, pourquoi il a dû quitter son pays et se réfugier en Belgique où, après un long combat, il a obtenu un statut pérenne tout en développant son art.

 

Petit-fils de lépreux, fils d’une importante personnalité politique proche du président camerounais, il appartient à une famille nombreuse où le père pratique la bigamie. Il est l’un des enfants de la première épouse délaissée et s’entend très bien avec la seconde. Il a une grand-mère métisse dont il a hérité une part de son talent. « Ils ont d’abord vécu à Yaoundé, puis mon père a été muté à Garoua …. C’est donc là que je suis venu au monde le 10 avril 1969, dans une famille bigame de la bourgeoisie protestante camerounaise ». Cette famille, très aisée, connait le malheur quand le père décède beaucoup trop jeune. Si la seconde épouse sait faire fructifier son héritage, sa mère, une artiste, dilapide sa part très vite. La première fratrie vit alors dans la précarité et Zam Martino décide de quitter l’école pour alléger les charges familiales et améliorer ses revenus en donnant des cours de danse. Il possède un réel don pour la danse et le chant et réussit rapidement à acquérir une certaine notoriété dans son pays. Ce succès fait des jaloux qui dénoncent son homosexualité, un délit au Cameroun, aussi doit-il s’enfuir pour échapper à la prison.

 

Après un long périple et bien des démarches, il se fixe en Belgique grâce à l’aide de personnes qui croient en son talent, talent qu’il a toujours cultivé en suivant de nombreuses formations. Quand il n’était encore qu’un enfant, sa grand-mère l’avait introduit dans le cercle de la danse des femmes, elle lui avait prédit : « Tu danseras et chanteras toute ta vie ! ». « Les trois piliers de mon existence sont réunis en un flash : la danse, la féminité, la spiritualité ». La grand-mère avait décelé son talent pour la danse et son ambiguïté sexuelle, il serait un homme/femme, un être inquiétant et respecté dans l’univers animiste pour son rôle d’intermédiaire entre le monde des morts et le monde des vivants. Sa mère avait prédit : « Toi, si tu étais une femme, tu serais un scandale dans la société. Tu iras très loin ! ».

 

La vie de Zam s’articule autour de ces trois facettes, il danse dans de nombreuses structures avec des partenaires venus d’horizon très divers, mais il ne se contente pas de danser, il crée des chorégraphies dont certaines ont un incontestable succès. Il assume sa féminité en découvrant la spiritualité dans le bouddhisme qui deviendra sa voie, son chemin dans la vie. « Le bouddhisme m’a fait comprendre que tout est question de conscience. Nous avons tout en nous. Il suffit d’un déclic pour nous le révéler ». Le bouddhisme lui ouvre la voie de la spiritualité qu’il cultive par des  séances de méditation lui permettant de surmonter les crises graves qu’il doit parfois traverser. Il a connu l’expérience de la mort, échappé à deux noyades, et éprouve de la douleur lorsque  d’autres souffrent ou meurent.  Il perd deux frères, une sœur adoptive, son père trop tôt et plusieurs amis très chers. La pratique de la méditation bouddhiste est la bouée de sauvetage qui lui permet de traverser toutes ces épreuves et de croire en une vie après la mort. « Je suis persuadé que, lorsque l’on meurt, notre âme rejoint la grande conscience universelle pour revenir dans un autre corps, et que ce qu’on a accompli dans la vie … peut devenir immortel. »

 

Toute son existence s’articule alors autour de son art qu’il pratique en puisant dans sa part de féminité et dans la spiritualité bouddhiste. Il devient un défenseur de la cause des homosexuels au Cameroun, mais partout ailleurs aussi, en élargissant son combat à la lutte contre les discriminations. Lui-même est imprégné d’un profond humanisme qu’il essaie de transmettre dans ses spectacles et ses enseignements. « Il s’agit en dernière analyse de ramener l’humain à l’humain. Et cet humain est digne de respect, quel qu’il soit, homme ou femme, noir ou blanc, hétéro ou homosexuel, chrétien, bouddhiste ou animiste… »

 

Dans ce poignant témoignage, j’ai retrouvé quelques expériences que j’ai personnellement connues : la jungle des financements publics qui semble aussi inextricable en Belgique qu’au sein des méandres des institutions européennes. « Les financements publics sont d’ailleurs très contraignants, ils requièrent énormément d’énergie pour les tâches administratives au détriment du travail sur le terrain ». Je confirme.  Je me suis aussi souvenu que, quand je m’étais investi dans la gestion du sport, une grande compagnie nationale avait, pour son mécénat, décidé d’investir dans ce qui appartient à chacun d’entre nous : le geste et la parole. Elle avait recherché des activités qui exprimaient la quintessence de ces deux attributs humains et avait choisi la gymnastique pour l’épure du geste (elle aurait pu choisir la danse) et le chant pour la parole. Zam aurait pu répondre à ces attentes.

 

Zam a transcendé son art grâce à la spiritualité qu’il y intègre et l’humanité qu’il y insuffle, éclairant ainsi la citation d’Ellen Degeneres que la préfacière, Maria Arena, députée européenne, a placée en exergue de son texte : : « Il est temps que nous aimions les gens pour ce qu’ils sont et qu’ils aiment qui ils veulent ».


Denis BILLAMBOZ


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L'artiste Zam Martino

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 08:51
De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers

 

Au départ de la plage de Perros-Guirec, devant le casino, le Conservatoire du littoral a mis à la disposition des randonneurs un chemin préservé, car balisé, qui longe la côte et conduit, si on est bon marcheur, jusqu'à Trébeurden ; c'est le sentier des douaniers de la côte rose, un itinéraire qui ne cessera de vous offrir, tout au long de votre marche, des vues d'une constante et surprenante beauté. Il faut compter une heure trente pour vous rendre de Perros à Ploumanac'h, première étape qui permet de se restaurer et de se rafraîchir, avant de poursuivre jusqu'à Trébeurden. Nous nous sommes contentés, mon mari et moi lors de ce court séjour, de faire la première tranche en quittant Perros le matin, afin de nous rendre à Ploumanac'h  par un temps délibérément capricieux et de  déjeuner dans une charmante auberge où les fruits de mer et les galettes de sarrasin étaient particulièrement goûteux,  avant de retourner sur Perros où nous avions laissé notre voiture.

 

Alentour voletaient des milliers de couples d'oiseaux que l'on préserve de la main destructrice de l'homme. Celui-ci avait en effet exterminé presque toute la faune qui occupait la côte et, plus au large, les sept îles, sous le prétexte imbécile de la chasse, sans épargner la flore de bruyères cendrées et d'ajoncs d'or qu'il détruisait implacablement en parcourant la lande dans tous les sens sans aucune précaution pour les pousses fragiles et que le Conservatoire a replanté, faisant réapparaître une diversité végétale qui rend  au littoral son authenticité.

 

 

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Dès lors érigé en " site naturel" protégé, cette côte est redevenue le paradis des Fous de Bassan, seule véritable colonie des côtes françaises. Mais, l'homme, non content de ces désastres successifs, parviendra encore à rompre l'équilibre des lieux en le polluant par le pétrole. Les marées noires, emblèmes du fric-roi par excellence, s'attaqueront à plusieurs reprises aux occupants de ce sanctuaire, les macareux moines, les cormorans huppés, les guillemots de troll, les petits pingouins, les fulmars et goélands qui en sont les hôtes presque permanents et auxquels viennent s'ajouter, en période de migration, des milliers d'oiseaux de passage.

 

 

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Le rivage, aux environs de Perros-Guirec, est hérissé de rochers de granit rose qui font la célébrité de la région et l'admiration des promeneurs. A ces rochers admirables, d'un ton rubescent dès que le soleil apparaît, l'imagination bretonne a attribué, pour les distinguer les uns des autres, les noms les plus surprenants. C'est ainsi que l'on croit distinguer une sorcière, un korrigan, une tête de cheval, un homme assoupi, un oiseau. A Ploumanac'h, non loin d'une chapelle, les rochers portent un oratoire du XIIe siècle, dédié à saint Kireg et bien connu des jeunes filles à marier. Un peu plus loin, des archéologues ont mis au jour les restes d'un oppidum romain, prouvant que ces lieux ont été occupés depuis des millénaires. Il est vrai qu'ici tout est d'une beauté à couper le souffle, tant le paysage ombré de pins maritimes s'ouvre à perte de vue sur l'horizon marin. A la lande gansée de fougères  succède un monde minéral et chaotique qui défie parfois les lois de l'équilibre et qui, depuis 130.000 ans, a été sculpté par le burin inlassable des pluies, du vent et de la mer, composant un étrange tableau de sculptures géantes. Ces témoins d'un très vieux combat géologique reposent au coeur de plages de sable fin qui viennent couturer les terres, royauté du granit omniprésent et monarchie de la mer qui prête son ampleur à ces panoramas. Les kilomètres défilent sans que nous éprouvions la moindre fatigue, tant l'oeil est continûment sollicité par cette alliance magistrale de l'océan, de la terre et du ciel qui en Bretagne ne cesse de sublimer la nature.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

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Ile de Bréhat - la perle rose         Paimpol et ses environs - l'échappée bretonne

 

Houat ou la Bretagne insulaire     Le Golfe du Morbihan, terre de légende

 

 

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De Perros-Guirec à Ploumanac'h, le sentier des douaniers
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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 07:38
Le camp de l'humiliation de Kim Yu-kyeong

 

Ce livre, bien évidemment écrit sous un pseudonyme, raconte la terrible vie des prisonniers politiques dans un camp de réclusion en Corée du Nord. C’est un document très rare car peu de prisonniers peuvent quitter ces camps et fuir ensuite à l’étranger. De façon plus générale, peu de témoignages attestent de la vie dans cette partie de la Corée.


 

 

 

Le camp de l’humiliation

Kim Yu-Kyeong

 

 

Pour bien comprendre la dimension dramatique qui imprègne l’ouvrage, il faut savoir que l’auteure est une romancière nord-coréenne qui s'est évadée de son pays pour se réfugier au Sud au début des années deux mille. Elle se cache derrière ce pseudonyme pour protéger les parents qu’elle a encore là-bas et certainement aussi les amis qui l’ont aidée à s’expatrier pour préserver sa vie. On peut ainsi remarquer que le chapitre qu’elle consacre au passage au Sud de l’un des héros est schématique, comme si elle n’avait pas voulu dévoiler les stratagèmes usités par ceux qui franchissent la frontière entre les deux Corée, pour ne pas mettre en danger ceux qui aident les fuyards à traverser cette frontière quasiment hermétique. Le nombre de Nord-Coréens qui réussissent à la franchir est  faible tant cette frontière est  bien surveillée.


 

Wonho est un fonctionnaire zélé qui compte faire carrière, c’est un fidèle soutien du régime, aussi est-il surpris quand, un soir, en rentrant du travail, il trouve sa maison sens dessus dessous et sa femme et sa mère recroquevillées, terrorisées dans un coin de la pièce principale. La police politique les emmène, après un long voyage sur le plateau d’un camion rustique, au nord du pays, dans un camp pour prisonniers politiques. Ils ne comprennent pas la raison de cette déportation. Ils ne font pas de politique, sa mère et son épouse sont des musiciennes de talent dans un orchestre de la capitale. Elles sont très connues des élites. Ils apprendront plus tard que la punition, qui leur est infligée, est due à la défection du père de Wonho, espion infiltré au Sud, selon le sacro-saint principe de la punition collective appliqué immuablement dans de telles circonstances.

 

La vie dans le camp dépasse largement le cadre de l’humiliation. Les gardiens ont recours à la cruauté la plus féroce avec un cynisme glaçant. Un prisonnier politique n’est rien, sa vie n’est qu’un détail, s’il meurt on l’enterre sans tombe pour que personne ne puisse situer sa sépulture. Dans les premiers mois, le trio souffre le martyre, affamés le couple et la mère n’ont pas la force d’accomplir les tâches qui leur sont assignées. Ils auraient disparu bien vite si un hasard n’avait pas mis sur leur route un responsable follement amoureux de Su-ryeon, l’épouse de Wonho qu’il avait connue quand ils habitaient la même petite ville. Il lui fait une cour très pressante en lui donnant de quoi améliorer leur ordinaire. Elle finit par céder pour que son mari et sa belle-mère subsistent. La tragédie prend alors une autre dimension, le cadre politique est dépassé, la famille entre désormais dans le cadre de la tragédie grecque. L’épouse accepte une relation avec son geôlier pour protéger son mari qui subit sans broncher cette situation jusqu’à ce que sa femme tombe enceinte. Une autre histoire commence alors…, elle connaîtra moult rebondissements. « Su-ryeon est devenue une prisonnière politique. Il (le geôlier amoureux) est contraint de la traiter non comme un être humain mais comme une bête et une ennemie de classe », mais aussi comme la mère de celui qui est peut-être son enfant.

 

Kim Yu-kyeong a écrit ce livre principalement pour dénoncer l’arbitraire d’un gouvernement, celui de la Corée du Nord, qui piétine sans vergogne les droits de l’homme, notion dont le peuple ignore jusqu’à l’existence. Mais elle va bien au-delà, elle emmène le lecteur sur le chemin de croix parcouru par les prisonniers politiques, un long calvaire auquel bien peu de détenus survivent. « J’ai choisi un camp de prisonniers politiques comme toile de fond mais l’existence en général de la population nord-coréenne n’est pas tellement différente de celles des protagonistes du roman ». Cette histoire bouleversante dénonce  la méthode appliquée par les dirigeants en Corée du Nord : le pouvoir absolu, l’arbitraire, la peur, la terreur, la punition collective, la soumission complète, l’endoctrinement total, … toute la panoplie de la dictature la plus abjecte qui soit.

 

Au fil de la lecture, une autre dimension se profile, la dimension humaine : soit la capacité de l’homme à résister, à faire face, à se rebeller, à composer avec le pouvoir le plus arbitraire et le plus cruel pour vivre encore un peu sans abandonner sa dignité, soit en se vendant comme vil sicaire pour survivre, même en tremblant comme une feuille au vent. Kim Yu-kyeong esquisse des personnages qui, chacun à leur façon, affronteront les tortures qui leur seront infligées avec leur force et leurs faiblesse et réalise ainsi une plongée au tréfonds de l’âme humaine en nous proposant une étude sans concession de la nature humaine quand celle-ci est poussée dans ses derniers retranchements.

« J’ai eu mal en me remémorant mes souffrances, et peur en me demandant si ces histoires si tragiques et épouvantables pourraient attirer l’attention et l’empathie des gens vivant dans le monde libre et si ceux-ci s’intéresseraient vraiment au calvaire qu’endure le peuple du Nord ».  Yu-kyeong, cette histoire m’a bouleversé, elle m’intéressera toujours, j’ai une profonde empathie pour ce peuple martyrisé, je voudrais pouvoir voler à son secours !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 07:59
Peine Perdue de Kent

C’est très touchant de constater comment une idole des jeunes, qui se démenait sur scène dans un torrent de décibels pour émoustiller des jeunes filles jusqu’à la pâmoison, a pu devenir un écrivain romantique un peu fleur bleue même.

 

 

                                                  Peine Perdue

                                                Kent (1957 - ….)

 

 

Ceux qui écoutaient le rock alternatif, à la fin des années soixante-dix, se souviennent certainement de Kent, le chanteur du groupe français à la mode à l’époque : Starshooter. Aujourd’hui, ce chanteur  consacre une partie de son temps à l’écriture. Il publie en ce début d’année un roman qui met en scène un personnage qui lui ressemble un peu, Vincent, une ex-future idole des jeunes qui,  l’âge du pastis  venu et les illusions perdues, mène une petite vie peinarde auprès d’une femme active dans le monde des arts de la rue qui l’amène à fréquenter des milieux branchés où sa carrière et sa réputation prennent vite reconnaissance et notoriété. Mais cette belle vie tranquille, qui lui laisse  le temps de se consacrer à la musique et à  la sonorisation d’événements, s’effondre le jour où sa compagne Karen (K-Reine dans le monde des arts de la rue) se tue sur le périphérique.

 

Bizarrement, il n’éprouve pas de chagrin, il se rend compte qu’il n’aimait plus sa femme et qu’elle ne bénéficiait plus de l’importance qu’elle avait eu autrefois lorsqu’elle avait déposé ses bagages chez lui. N’avait-elle pas révolutionné la maison en se chargeant de la déco, de sa garde-robe, du jardin et même de son boulot, lui fournissant la majeure partie de son travail, même la sonorisation des événements qu’elle était chargée de mettre en scène. Tournant avec la nouvelle vedette de la chanson française et des musiciens ayant la moitié de son âge, il fuit sa vie d’avant, sa maison, les amis de sa femme et surtout la dépression qui s’installe sournoisement.  Il cherche à comprendre sa vie d‘avant, son désamour, son manque de chagrin, jusqu’à ce que la voisine lui révèle enfin combien sa femme l’aimait et comment elle lui avait préparé une énorme surprise. Tout alors bascule une nouvelle fois, il culpabilise d’avoir douté de Karen, de ne l’avoir pas assez aimée. « Sans elle, il ressemblerait aujourd’hui à ses collègues musiciens dépassés, handicapés du présent et privés de futur. »

 

Une histoire d’amour d’un romantisme oublié, et c’est bien dommage, une réflexion sur le deuil, l’absence de l’autre, la solitude, le temps qui passe, la jeunesse qui fout le camp, l’amour et les amourettes, la fidélité, l’affection, la notoriété à peine ressentie, la gloire juste aperçue, les illusions qu’il faut enterrer…  Une histoire écrite dans une langue et un style qui collent particulièrement  bien à ce scénario, et, je tiens à le souligner, en évitant le plus possible le jargon « globish » qui a noyé sous son flot nauséeux le monde de la musique et de l’art contemporain où évoluaient les deux héros.

 

J’avais déjà passé l’âge d’écouter les groupes à la mode quand Starshooter inondait les ondes de ses rythmes endiablés, ce groupe ne fait donc pas partie de ma culture musicale mais Kent m’a séduit et il restera parmi les auteurs que j’ai envie de lire encore. J’ai aimé sa sensibilité, sa délicatesse et surtout sa franchise, il n’hésite pas à verser une petite rasade d’amertume dans sa potion. Une amertume qu’il a peut-être récoltée quand il rêvait encore de devenir une star éternelle, s’est égaré dans le monde impitoyable des crocodiles créateurs intéressés et mangeurs voraces d’idoles des jeunes.
 

Denis BILLAMBOZ


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L'auteur-musicien

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 09:50
Proust et Versailles

Comment Proust n’aurait-il pas aimé Versailles ? A eux seuls le château et le parc proposent à nos regards un monde de connaissances et nous offrent un héritage culturel incomparable. Proust a beaucoup lu sur Versailles, soit d’anciens écrivains, à commencer par Saint-Simon et Madame de Sévigné, soit des contemporains comme Henri de Régnier. De Saint-Simon, Proust s’est tout particulièrement rappelé l’extrême ritualisation imposée par le protocole qu’il évoque lui-même au sujet de l’existence de sa tante Léonie et de la servante Françoise,  dont « la mécanique domestique » n’était pas sans évoquer celle du Grand roi. Luc Fraisse, qui a dirigé la publication de l’ouvrage sur « Proust et Versailles », et à laquelle a participé un certain nombre d’écrivains, grands spécialistes de Proust, dont le professeur Jean-Yves Tadié, précise dans son introduction que Marcel Proust fut toujours particulièrement sensible à la littérature du XVIIe siècle et si totalement apolitique qu’il sût apprécier la grandeur et les beautés de l’Ancienne France. Il est vrai aussi qu’une partie de sa famille et de ses amis y résidaient : les Weil, les Nathan, Reynaldo Hahn et sa sœur Maria qui y demeura à partir de 1910, Robert de Montesquiou qui y donna des fêtes et s’inspira de Versailles dans ses poèmes « Les perles rouges », Henri de Régnier, les Daudet, les Madrazo, Jacques de Lacretelle en étaient également les familiers. Une folie pour Versailles régnait à l’époque chez les gens du Boulevard Saint-Germain qui avaient ainsi transporté la vie fastueuse de Versailles à Paris.

 

Marcel, après la mort de sa mère en 1905 et avant d’emménager Bd Haussmann dans l’appartement de son oncle Weil, s’installe à l’hôtel des Réservoirs, ancienne demeure de madame de Pompadour, qui est un palace réputé et ouvre directement sur le parc, dans l’attente de son emménagement. « C’est un appartement genre historique, de ces endroits où le guide vous dit que c’est là que Charles IX est mort, où on jette un regard furtif en se dépêchant d’en sortir. » - écrira-t-il. Il  y séjournera néanmoins plusieurs mois, de juin à fin décembre 1906. Comme il en a terminé avec les traductions de Ruskin, il lit beaucoup et se promène dans le parc où l’univers de Louis XIV surgit à tout instant, celui d’une époque classique que l’on étudiait particulièrement, car le Moyen-Age proposait une langue que l’on jugeait  trop obscure et que le XVIIIe siècle était encore empreint de revendications révolutionnaires. Ainsi, Marcel Proust se livre-t-il volontiers à un dialogue intérieur entre histoire et littérature. Le monde décapité par la Révolution incite à la nostalgie et la dernière décennie du XIXe et la première du XXe siècle sont friandes de ce mélange entre culture et impressions vécues. C’est un vague à l’âme évident, une sorte de grand effeuillage des choses, nous dit Proust. Versailles évoque en continu un monde disparu et englouti depuis la mort de Louis XVI. Paul-César Helleu a peint une toile de l’automne à Versailles toute empreinte de la mélancolie d’une saison qui jette ses derniers feux. Versailles est la matrice des épisodes relatifs à la mémoire. Séjour dans l’obscurité de la chambre où Proust rédige ses carnets et note ses impressions. Les pavés du palais des Guermantes lui ont peut-être été inspirés par ceux de l’hôtel des Réservoirs ou mieux encore par la cour d’honneur  du château lui-même. Ainsi le veut l’univers d’une conscience isolée de tous.
 

La résurrection du domaine doit beaucoup à Pierre de Nolhac, le conservateur de l’époque, qui se consacre à rendre au château sa vocation première de demeure royale. Il s’attachera à libérer les espaces historiques et à restituer ceux qui avaient été malmenés au temps de Louis-Philippe. Aussi, rien de surprenant à ce que l’importance accordée par le conservateur au décor du grand siècle, trouve chez Proust, Montesquiou et les Cercles d’esthètes qu’ils fréquentaient, un accueil favorable. D’autant plus que Proust ouvrira lui aussi de nouvelles perspectives et les réserves, qui les alimenteront, ne seront autres que ses Cahiers. Il est le Pierre de Nolhac de son propre monument, son œuvre littéraire. Mais davantage encore que le château, le parc exerce sur l’écriture une fascination évidente. Les allusions y sont nombreuses dans sa correspondance comme dans son oeuvre et révèlent à quel point les promenades en ces lieux, comme hors du temps, favorisent les aspirations de l’écrivain et nourrissent son imagination et sa sensibilité. Le sentiment monarchique existait chez lui, souligne Stéphane  Chaudier, car  « dans le monde proustien, l’esprit ou l’imagination des hommes ne peut pas travailler sans se doter d’un point de perfection que circonscrit précisément la notion de royauté. (…) Mais pour Rousseau comme pour Proust, c’est le cœur qui juge. Que le cœur défaille et tout l’édifice vacille. »
 

Alors Versailles est-il le paradis ? – interroge Jean-Yves Tadié dans le dernier chapitre de l’ouvrage. Probablement non, puisqu’il est dans l’œuvre proustienne le royaume d’Albertine et celui de l’homosexualité historique. Ainsi le passé royal est-il confronté - précise-t-il - à la modernité symbolisée par le passage d’un aéroplane aperçu lors d’une promenade avec la jeune femme et nous savons combien l’avion est lié à la personne du principal modèle de l’héroïne, Agostinelli, mort en avion. « Si je viens avec vous à Versailles comme nous en avons convenu, je vous montrerai le portrait de l’honnête homme par excellence, du meilleur des maris, Choderlos de Laclos, qui a écrit le plus effroyablement pervers des livres, et juste en face de celui de Mme de Genlis qui écrivit des contes moraux et ne se contenta pas de tromper la duchesse d’Orléans mais la supplicia en détournant d’elle ses enfants » - écrit-il dans « La Prisonnière ». Aussi, insiste le professeur Tadié, «dans ce dernier trait d’érudition, né du double visage de Versailles, Proust a mis toute sa conception des relations entre la biographie et l’art » - ce qui nous rappelle combien la symbolique de Versailles est  présente dans l’ensemble de son œuvre.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Proust et Versailles
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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 07:34
Roman d'un saltimbanque de Jacques Pimpaneau

Grand sinologue, Jacques Pimpaneau fait revivre dans ses romans la Chine ancienne à travers des personnages caractéristiques de leur époque et de la région où ils vivaient. Dans le présent opus, il raconte la vie d’un saltimbanque, né en 1596 dans une province reculée de l ’Empire du Milieu, qui a voulu vivre de sa passion.

 

 

Roman d’un saltimbanque

Jacques Pimpaneau (1937 - ….)

 

 

Après Monsieur Wu dans « Les quatre saisons de Monsieur Wu » et Saxifrage dans « Mémoires d’une fleur », Jacques Pimpaneau invente un nouveau personnage pour emmener ses lecteurs dans une nouvelle excursion au coeur de la Chine profonde. Cette fois, il s’agit d’un intellectuel raté qui a préféré suivre une troupe de saltimbanques plutôt que d’envisager une carrière de lettré dans l’administration vers laquelle le poussait son père. Cette histoire commence quand un riche orphelin chinois reçoit des mains du jardinier d’un monastère un manuscrit racontant la vie qu’il a menée avant de la finir en cultivant des plantes pour les moines du lieu.

 

Le manuscrit s’ouvre sur cette précision : « Je suis né dans la province du Sichuan la vingt-sixième année du règne de l’empereur Shenzong de la dynastie Ming », l’auteur à la grande mansuétude de préciser que cette année correspond à l’année 1596 de notre calendrier. Le jardinier raconte comment, encore enfant, ayant très tôt accompagné son père, conteur réputé ayant construit lui-même son théâtre d’ombres, il s'est initié  aux histoires mises en scène par les conteurs de la région. Progressivement son père lui a confié des rôles, espérant le voir un jour prendre sa suite. Mais une fois adulte, il a préféré voir du pays et il est parti chercher un emploi de conteur qu’il n’a jamais trouvé. Ainsi, est-il devenu successivement serveur dans un restaurant, puis homme de confiance d’une riche commerçante en thé, avant de suivre une troupe de théâtre comme manœuvre et cuisinier et obtenir des rôles de plus en plus importants jusqu’à ce que les Mandchous envahissent la région, provoquant un grand nombre de victimes. La troupe amaigrie, les spectateurs moins nombreux et moins fortunés, les comédiens doivent alors se disperser.

 

Sur les traces de ce personnage poursuivant son rêve en exerçant divers métiers fort disparates, Jacques Pimpaneau nous convie à un véritable voyage initiatique au cours duquel le héros acquiert suffisamment de sagesse pour savoir se contenter d’un modeste emploi de jardinier dans un monastère aux confins de la Chine et du Tibet. Une forme de réconciliation entre la terre nourricière, le ciel et les esprits qui le peuplent. Comme si, de l’union de Chthonos et Ouranos, pouvait naître la sagesse transmise par des générations de moines et de lamas.

 

« Je préférais la décadence et le désordre au silence imposé par l’ordre, et la loi de la nature à celle des institutions, dont la morale et si souvent cruelle ». En lisant cette réflexion mise par Pimpaneau dans la bouche d’un des sages qui peuple ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il nous lançait à travers ces mots une forme d’avertissement que nous n’avons toujours pas compris et qu’il faudra au moins une bonne révolte pour que nous le prenions en considération. Les derniers événements semblent bien lui donner raison…


Denis BILLAMBOZ


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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 08:46
Un printemps sur la colline
Un printemps sur la colline

Lorsque nous avons quitté la région parisienne pour venir habiter Trouville-sur-Mer, mon mari travaillait encore et il n'était pas question pour lui de se consacrer au jardinage. Mais lorsqu'il a pris sa retraite, la vision affligeante de l'arrière de notre immeuble a commencé à le titiller. Et pourquoi, nous disions-nous, ne pas aménager cette colline couronnée d'arbres en un jardin à l'anglaise où arbustes et fleurs remplaceraient les ronces et les orties qui ne cessent de l'envahir ? Les copropriétaires ne voyaient aucune raison valable d'empêcher l'un des leurs de fleurir les lieux, à la seule condition que cela ne leur coûte pas un iota. C'était d'ailleurs ce que nous envisagions, les frais seraient à notre charge. C'est ainsi qu'Yves a pris goût à ce second violon d'Ingres : après la voile, le jardinage.

Débroussailler fut son premier souci. Il fallait rendre cette colline, penchée au-dessus de notre immeuble, plus attrayante, plus aimable, et se rappeler que, jadis, des poètes, peintres et écrivains s'étaient promenés en ces lieux et s'étaient inspiré de leur charme bucolique. Yves a donc peu à peu planté des  rhododendrons, des azalées, un seringa, un forsythia, un ajonc, un arbre à papillons, des camélias, des bruyères mauves et blanches, des pivoines, des giroflées, des capucines, des pensées, des pièris, des campanules, sans compter la jolie allée d'hortensias qui jette sa note de couleur de fin juin à fin août et les aubépiniers, lauriers, noisetiers qui nous séparent harmonieusement du manoir voisin, où Madame Straus, l'amie de Marcel Proust, l'a reçu en maintes occasions dans son jardin de roses.

Un printemps sur la colline
Un printemps sur la colline
Un printemps sur la colline
Un printemps sur la colline

Désormais sous nos fenêtres, voilà un joli fouillis floral que les oiseaux n'ont pas tardé à investir pour en faire leur cour de récréation. Visiblement ils s'y plaisent autant que nous et nichent dans ce coin de verdure avec une évidente satisfaction.

Au tout début, il y eut les moineaux bavards et enjoués qui occupent les taillis et volettent en groupe  autour de notre demeure. Puis vinrent les mésanges charbonnières et les mésanges bleues tout aussi vives et primesautières qui ont pris d'assaut les trous d'arbres de la colline en guise de logement, enfin le merle dont le répertoire de vocalises, les variations mélodiques et les improvisations ne peuvent laisser aucune oreille indifférente. En cas de danger, il alerte les alentour en émettant des "poks, poks " très reconnaissables. C'est signe qu'il y a du rififi dans l'air. Les pies se sont bientôt jointes à eux, un couple surtout qui a bâti son nid au sommet d'un conifère, nid architecturé avec soin et embelli par des objets brillants car la pie cède volontiers au bling bling. N'oublions pas les pies-verts plutôt discrets et les ramiers à col blanc dont l'un d'eux, une certaine "Collerette", s'est imposé d'emblée comme la reine du territoire, se haussant volontiers du col et se déplaçant d'une démarche élégante et un rien précieuse. C'est un oiseau  sédentaire dont le vol lourd se charge de surprendre un chasseur embusqué et de détourner son tir car nous savons combien les palombes font les choux gras de nombreux gourmets ... Pour compléter le tableau, nous avons aussi un couple de tourterelles adorablement fines et gracieuses.

 

moineau

moineau

Collerette

Collerette

Une mésange charbonnière

Une mésange charbonnière

Dans cette cour de récréation animée, chacun a trouvé sa place et une bonne entente règne dans notre jardin. Il arrive parfois que notre petit écureuil Rocco vienne se joindre à la gente ailée et partage quelques graines avec elle. Son plus grand plaisir est d'user de la pelouse comme d'une salle de sport et d'exécuter, sous nos yeux admiratifs, une série de prouesses acrobatiques qui ne sont pas sans me rappeler celles de mon petit poisson Nautilius.
 

Lorsqu'Yves descend avec son sac de victuailles, l'ensemble des oiseaux est suspendu à ses gestes. On ne perçoit plus un ramage, un pépiement, mais derrière la feuillée les yeux sont braqués sur lui. "Allez à table les petits" ... dit-il à la cantonade. Les premiers à se lancer, audacieux de nature, sont les moineaux et les mésanges, suivis de près par les merles, les pies, Collerette et sa bande de copains, les tourterelles et le reste de la colonie. Rubis, notre adorable rouge-gorge et sa compagne, attendront que le calme soit revenu pour s'aventurer sur le terrain et satisfaire leur appétit. Car le rouge-gorge, considéré comme l'ami du jardinier, aime la solitude. L'agitation des moineaux lui altère l'humeur et il lui arrive de piquer une colère lorsque les bavardages incessants troublent sa tranquillité. Sa face, sa gorge et sa poitrine sont d'un beau rouge orangé bordé de gris sous le ventre et le front et ses yeux vifs d'un noir profond. Son chant mélodieux est ravissant. Il amorce ses trilles dès le levée du jour, à peine la chouette hulotte l'a-t-elle prévenu qu'elle partait se coucher et lui laissait le "champs" libre. Rubis se charge dès lors à réveiller la nature, à sortir de sa léthargie nocturne le monde des bois et des champs. Une lumière rose pose un éclat poudré sur le ciel et peu à peu la vie s'anime, les moineaux et les mésanges bavardent dans les ronciers, les ramiers lustrent leurs plumes, les insectes émettent un bourdonnement sourd et persistant. Le soir, face à la mer que l'on voit depuis l'autre façade de l'immeuble, il se plaira à célébrer les couchers de soleil spectaculaires de sa voix de ténor. Il est le représentant de la troisième génération de rouges-gorges depuis que mon mari s'est saisi de la bêche et du râteau. Son grand-père avait une voix stupéfiante. Rubis tient de lui la sienne qui est exceptionnelle par sa densité et sa diversité. Il gratifie Yves de son chant lorsque celui-ci travaille au jardin et lui tient compagnie des heures entières. Il arrive aussi qu'il nous suive en promenade et nous surprenne alors que nous ne n'y attendions pas, car il est malicieux.

Ainsi vivons-nous le printemps sur notre colline.

 

Armelle BARGUILLET

 

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Rubis sait où se trouve la réserve de graines et se fige devant la jardinerie pour rappeler à Yves qu'il est temps d'en distribuer.
Rubis sait où se trouve la réserve de graines et se fige devant la jardinerie pour rappeler à Yves qu'il est temps d'en distribuer.

Rubis sait où se trouve la réserve de graines et se fige devant la jardinerie pour rappeler à Yves qu'il est temps d'en distribuer.

Rocco saisi par l'objectif lors de ses chorégraphies.
Rocco saisi par l'objectif lors de ses chorégraphies.

Rocco saisi par l'objectif lors de ses chorégraphies.

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 08:26
Les radis bleus de Pierre Autin-Grenier

Les radis bleus de Pierre Autin-Grenier est un journal d’une année complète qui pourrait-être l’année 1983 d’après les indices qu’il a semés dans son texte. Dans ce journal, il déverse toute l’aigreur et l’amertume qu’il a accumulée tant il se sent floué par les belles promesses jamais tenues qu’on a adressées à la jeunesse quand il avait vingt ans.

 

 

Les radis bleus

Pierre Autin-Grenier

 

 

Comme l‘écrivent de nombreux chroniqueurs, ce texte est un journal que Pierre Autin-Grenier aurait inventé pour oublier les radis bleus dont il chercha vainement, durant son enfance, le pot de confiture dont on lui avait fait miroiter l'extrême douceur. Dans ce journal d’une grande poésie, il mêle aphorismes (RIEN. Voilà le mot qui résume tout.), avis littéraires, maximes sentencieuses, réflexions morales et anecdotes diverses avec beaucoup de sensibilité, d’humour, de dérision, un certain désespoir et même une touche de nihilisme considérant la vie comme un fardeau et non comme un cadeau.

 

« Le désastre d’exister n’aurait plus d’aussi sombres conséquences sur notre quotidien si nous étions enfin totalement convaincus de la profonde inutilité de tout et que vivre n’est qu’une fantastique illusion ».

 

Ce journal couvre une année complète du 17 janvier au 16 janvier de l’année suivante mais l’auteur ne précise pas laquelle. Il est pourtant aisé de trouver de quelle année il s’agit puisqu’il précise à la date du 25 février :

« En Assam, d’après la presse, les massacres se poursuivraient.

Et dans une chambre d’hôtel, à New York, meurt ce jour l’écrivain américain Tennessee Williams ».

 

Il s’agirait donc bien du 25 février 1983, date du décès du dramaturge américain et époque à laquelle l’Assam connu des émeutes sanglantes. Le journal de Pierre Autin-Grenier couvrirait donc bien la période courant du 17 janvier 1983 au 16 janvier 1984.Il n’indique pas non plus où il a écrit ce journal, mais il est aisé de comprendre que la majorité des textes a été rédigée dans un milieu paisible et bucolique, peut-être entre sa ville natale Lyon et le Vaucluse.

 

Dans ce journal, Autin-Grenier apparaît comme un être inapte au bonheur et épris de liberté : « Il m’arrive parfois – oh,  rarement, d’être heureux ! Ce sont alors des instants atroces. » « Être libre, c’est ne pas avoir peur. », mais oppressé par le carcan de son entourage qui voit en lui un talentueux écrivain capable de gagner de l’argent avec sa plume, ce qui le hérisse particulièrement. « Roulent ainsi dans ma tête des pensées assassines envers ceux qui, manifestement, voudraient que je travaille. Pouah !... Attendent que je devienne « un grand écrivain ». »

 

Pour lui le poète reste comme n’importe quel homme, ou femme, un être vivant sans aucun avenir ni destinée, « Ainsi le poète, de l’ambition et du souci de postérité, devrait-il bien vite faire son deuil ; faute de quoi, l’une et l’autre pourriront avec lui dans le même cercueil. » L’écriture n’est pas un don, pas une chance, pas un espoir, pas un moyen de sortir des ornières de la vie.  « Dérisoire destinée que celle d’écrire !... Dire l’âme avec des mots ! Exhibitionnisme futile pour banlieusardes fillettes ! Travail de naïf à mourir aux soupes populaires… ». Comme il est difficile de lire sous plume si élégante, si acérée d’Autin-Grenier des propos aussi sombres, aussi désespérés, « Ayant mis quelque quarante ans à comprendre que je n’étais rien, toute mon ambition maintenant est d’être moins encore. »

 

Ces radis bleus n’ont sans doute, dans l’esprit du poète, jamais effacés l’humiliation qu’on lui a infligée en lui faisant croire à l’existence des délicieuses confitures. « Ces quelques mots arrachés à la banalité des jours ne sont qu’épluchures du temps qui passe. » Et ceux qui, comme moi, sont nés presque le même jour que lui comprendront bien cette autre frustration qu’il dût aussi supporter quand il avait à peine plus de vingt ans. « Elles ont fait long feu les fracassantes utopies de nos vingt ans qui devaient nous conduire, flamberge au vent, aux rivages de nouvelles Ethiopies. ». En cette année 1983, il débordait d’aigreur et d’amertume ce poète deux fois floué, par ses parents puis par ses concitoyens, aussi avait-il un cruel besoin de le dire en dénonçant les marchands d’illusions, les semeurs de fausses promesses. Il était blessé, ne croyant même plus en son talent qui pourtant était immense. Ne trouvant même pas une lueur de consolation dans cette formule lapidaire : « Vivre, c’est rien ; ça passera. ». Mais tout ne passera pas aussi vite : « … la tristesse, dans tout cela, qu’est-ce que vous en faites ? »

 

Ce texte fait partie de ceux qui doivent être régulièrement réédités pour que chaque génération puisse découvrir l’immense talent de cet auteur et l’incroyable leçon d’humilité qu’il nous transmet.

 

Denis BILLAMBOZ


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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 07:40
Célébration du chat d'Anne Davis

Le chat est le plus fidèle compagnon de l’écrivain, surtout des poètes qui l’ont très souvent célébré dans leurs vers. Anne Davis a choisi de publier un certain nombre des poèmes que des écrivains célèbres ont écrits en l’honneur de leur « meilleur ami » ronronnant les jours d’inspiration comme les jours de doute quand la rime se défile.


 

 

Célébration du chat

Anne Davis

 

 

Dans son avant-propos à ce florilège de poèmes célébrant les chats, Anne Davis prétend que ce fidèle félin est le meilleur ami du poète car c’est « une sorte d’artisan en chambre ». « Avec l’écrivain ou le poète, le chat est tranquille. Il peut dormir sur ses deux oreilles pendant que son maître écrit ». Il est aussi bien son plus fidèle complice dans l’euphorie de la création que son amical compagnon de misère devant la feuille blanche qui refuse obstinément de se noircir. Nombreux sont les écrivains qui ont eu cet animal pour leur tenir compagnie dans l’exercice solitaire de leur art. Anne Davis a ainsi regroupé quarante-huit poèmes écrits par presque autant d’auteurs différents pour célébrer le chat dans tous ses états à travers cette anthologie qu’elle a mis en forme.

 

Elle a puisé aux meilleures sources empruntant des vers à du Bellay et la Fontaine aussi bien qu’à Apollinaire dont nous venons de célébrer le centième anniversaire de la mort, Baudelaire, Rostand, Boris Vian ou d’autres poètes tout aussi talentueux. Elle ne s’est pas limitée à la littérature française, elle a trouvé de très jolis vers célébrant les chats dans des poèmes de Yeats, Wordsworth, Rilke, Garcia Lorca, Borges… pour ne citer que les plus connus.

 

En ce qui me concerne, j’ai surtout rencontré des chats dans mes lectures nippones, et l’auteure et l’éditeur ont eu la bonne idée de choisir, en connaissance de cause, une estampe japonaise pour illustrer la couverture de ce recueil. Je me souviens que Yasuchi Nosaka,  l’auteur de la si émouvante nouvelle, « La tombe des lucioles », a écrit « Nosaka aime les chats », tandis que Takashi Hiraide a rédigé « Le chat qui venait du ciel » et Minami Shinbô « Mes chats écrivent des haïkus ». Mais ce sont-là deux textes en prose  et un recueil de haïkus, alors qu’ Anne Davis a choisi de proposer une anthologie en vers. Les chats sont tellement nombreux à se faufiler entre les lignes entassées sur les rayons des bibliothèques que je retiendrai surtout ceux qui ont inspiré les poètes choisis par Anne Davis. Comme ce mignon chaton niché au creux de la première strophe du poème « Nous les chats » de Marc Alyn :

 

« Si vous saviez ce qu’il y a

Dans l’œil sans fond d’un petit chat,

Qu’il soit jaune, vert ou lilas

Vrai, vous n’en reviendrez pas ! »

 

Et celui qu’Apollinaire voudrait voir chez lui au côté de sa femme et de ses amis pour faire belle compagnie en toute saison :

 

« Je souhaite dans ma maison :

Une femme ayant sa raison,

Un chat passant parmi les livres,

Des amis en toute saison

Sans lesquels je ne peux pas vivre ».

Et tous ceux que l’illustrateur a joliment dispersés au fil des pages de ce recueil.


Denis BILLAMBOZ


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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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