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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 09:00
Mémoires d'une fleur de Jacques Pimpaneau

Jacques Pimpaneau, sinologue réputé, propose une petite devinette : l’histoire, qu’il raconte de la fille de joie vivant au IXe  siècle en Chine,  sort-elle tout droit de son imagination et de son immense culture ou d’un document miraculeusement retrouvé ? Lisez le livre et donnez-nous votre avis ?

 

 

Mémoires d’une fleur

   Jacques Pimpaneau (1937 - ….)

 

 

« L’éditeur a voulu mettre mon nom comme celui de l’auteur, car il est persuadé, je ne sais pas pourquoi, que c’est moi qui ai écrit ce livre », précise Jacques Pimpaneau dans sa préface. C’est de la simple coquetterie de sa part, tous les lecteurs comprendront vite qu’il est certainement l’auteur de ce texte. Il a une connaissance suffisante de la culture et de la civilisation chinoises pour mener à bien une telle tâche. Son histoire de livre, retiré par un bouquiniste zélé d’un autodafé commis par les brigades rouges, ne semble pas très crédible et n’a certainement pas l’intention de l’être particulièrement. Faire raconter l’histoire par l’héroïne elle-même, comme si elle écrivait ses mémoires, ce n’est pour Pimpaneau qu’une façon de mettre en scène la vie d’une courtisane chinoise au IXe siècle avec le maximum de conviction et de crédibilité.

 

Saxifrage, dont le nom est tiré de celui d’une plante à petites fleurs qui pousse dans les rochers des régions froides, raconte comment elle est devenue courtisane et comment elle a mené cette vie pendant de longues années avant de se retirer. Elle était la fille d’un haut fonctionnaire du royaume, sévère et austère, qui lui avait fait donner la meilleure éducation, même si elle n’était qu’une fille dont la mère avait déserté le foyer pour rejoindre  un autre homme. Cette fillette avait  été formée aux textes de Confucius et des maîtres taoïstes, à la poésie, à la musique, éveillée à la spiritualité et à l’astrologie. A travers cette formation très éclectique et très raffinée, l’auteur cherche à nous convaincre de l’étendue de la culture des lettrés chinois de cette époque afin que nous ne restions pas persuadés qu’ils n’étaient que des rustres sanguinaires. Malgré l’opposition formelle de son père, Saxifrage devient nonne taoïste et parfait son éducation et son instruction dans un monastère. A sa majorité, elle est initiée sans ménagement ni préliminaires aux pratiques sexuelles.

 

Trouvant la vie monacale un peu monotone, elle décide de quitter son monastère pour rejoindre la capitale où la responsable d’une maison un peu spéciale, possédant une poignée de courtisanes, veut bien l’accueillir sur la recommandation de l’une de ses initiatrices. Elle mène là la vie des courtisanes, une vie dégradante pour la société mais une vie de femme raffinée qui choisit ses amants et ne fréquente que les personnages importants du chef-lieu. Ces courtisanes sont davantage des dames de compagnie raffinées que des prostituées vénales, elles possèdent toutes au moins un art ou un talent particulier qui leur permet de briller en bonne compagnie sans sombrer dans la vulgarité ou l’exhibitionnisme.

 

A travers ce petit texte extrêmement pudique, Pimpaneau décrit le raffinement de la société chinoise du Haut Moyen-Age. Mais il dit aussi que les pratiques sexuelles hors mariage ne sont pas dégradantes, la sexualité est une fonction biologique qui doit s’exercer comme n’importe quelle autre fonction du corps humain dans le respect mutuel des individus concernés. Un bon coup de pied aux fesses de tous les tabous véhiculés par de nombreuses religions ou idéologies.

Je laisserai la conclusion à l’auteur : « Mémoires ou roman ? Peu importe, l’important est qu’on prenne plaisir à lire ce livre. C’est au lecteur de choisir et je ne répondrai à cette question que par le sourire ». Ma réponse, je vous l’ai donnée à vous de juger !

 

Denis Billamboz

 

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 09:47
Quand nos amis les animaux se plaignent des trop doctes humains

 

LES ETATS GENERAUX DE NOS AMIS, LES ANIMAUX

 

Un jour qu’au centre de la forêt,

Se tenaient les Etats généraux de nos amis les animaux,

Les uns et les autres se plaignirent

Qu’à leur égard les humains affichaient trop de dédain.

Ecoutez plutôt ce que le tigre, le premier,

Vint raconter à l’assemblée.

Bigre ! dit-il non sans courroux, ne sommes-nous pas traités de jaloux

Par des quidams qui le sont bien davantage que nous ?

Jaloux comme un tigre, disent-ils.

 

Ah ! Ah ! s’exclama une oie, qui se trouvait à passer par là,

A votre tour comprenez mon émoi quand je surprends, alentour,

Des propos fort discourtois.

Il me revient aux oreilles que l’on traite telle jouvencelle

De bête comme une …

 

Ces ragots sont intolérables, s’indigna le chimpanzé.

Heureusement que j’ai la chance d’être mieux considéré.

Ne voyez pas d’irrévérence si je vous confie, mes amis,

Que l’on me subodore plus malin que bon nombre de pékins.

Suffit ! répliqua le corbeau qui, du haut de son perchoir,

Drapé dans sa houppelande noire,

Jouait, non sans morgue, au tribun vénérable.

Malin comme un singe, dites-vous ?

Voilà un compliment qui recèle plus de fiel que de miel.

A votre place, mon cher, je ne serais pas si fier

Qu’on me flattât de cette manière.

 

C’est alors qu’entra en scène sa majesté le lion.

Sa présence suscita une vive émotion.

Vous parlez à tort, dit-il, plus sentencieux encore que le docte corbeau.

Les hommes, comme nous autres, n’ont jamais respecté que la loi du plus fort.

Aussi, ne soyez pas étonnés si je passe pour bien né.

Ils m’ont proclamé roi et sachez que chez eux

Ce titre-là est prestigieux.

Hélas ! gémit la colombe, d’une voix d’outre-tombe,

N’arrive-t-il pas que, parfois, au milieu de leur peuple en liesse,

On coupât la tête des rois ?

 

Certes, certes, poursuivit le lion, les hommes ne sont pas des agneaux,

Ils ont même tant de défauts qu’ils nous les mettent sur le dos.

Les doléances n’en finissaient pas.

C’est ainsi qu’une tortue se plaignait qu’on la jugeât lente,

Qu’un renard se demandait s’il devait se vexer qu’on le prit pour rusé,

Alors que dans l’hémicycle, un paon protestait contre ceux

Qui osaient lui reprocher d’être un brin vaniteux.

 

Pour clôturer le débat, une couleuvre demanda :

Qui de moi ou de la gente humaine, qui me juge paresseuse,

Vous semble la plus venimeuse ?

La réponse allait de soi. Les hommes, qui ne sont pas charitables,

A trop médire, ne retirent que des succès peu louables,

Tant il est vrai que l’on est plus enclin à rire des autres que de soi.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   - La ronde des fabliaux -

 

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 09:15
Parce que je déteste la Corée de Chang Kang-myoung

Elle ne supporte plus le régime autoritaire en Corée, elle décide d’aller vivre en Australie qu’elle considère comme un paradis, hélas l’Australie n’est pas l’eldorado qu’elle croyait mais, malgré tout, elle ne reviendra jamais en Corée.

 

 

Parce que je déteste la Corée

Chang Kang-myoung (1975 - ….)

 

 

Kyena, jeune femme de vingt-sept ans, n’imagine pas son avenir en Corée. Elle dit : «… je n’ai pas d’avenir en Corée. Je ne suis pas sortie d’une grande université, je ne viens pas d’une famille riche, ne suis pas aussi belle que Kim Tae-hui. Si je reste en Corée, je finirai ramasseuse de détritus dans le métro ». Elle exagère à peine, sa famille est modeste, son père n’est que concierge dans un immeuble de bureaux, elle n’a fréquenté qu’une université de seconde zone, elle ne se trouve pas jolie, son travail est peu lucratif et encore moins valorisant… elle est convaincue qu’elle n’a aucun avenir dans son pays natal.  « Mon pays natal, la Corée du Sud, s’aime d’abord lui-même. Il chérit uniquement les membres de la société qui lui font honneur….Et il colle une étiquette infamante sur ceux qui ternissent son image ». Elle est convaincue qu’elle fait partie de ceux qui devraient être aidés par l’Etat, de ceux qui ne pourraient que ternir l’image du pays si on ne les aide pas.

 

Alors germe en elle l’idée de quitter ce pays sans avenir pour rejoindre l’Australie où de nombreux jeunes Coréens émigrent pensant trouver de meilleurs conditions pour gagner leur vie, poursuivre leurs études et éventuellement s’installer définitivement. Son père ayant offert un voyage à ses sœurs qui ne gagnent pas leur vie, avec l’argent qu’il lui a emprunté, elle met son projet à exécution. En Australie, elle ne trouve pas le paradis qu’elle croyait découvrir, elle navigue de petits boulots en petits boulots, de « poulaillers » (dortoirs surchargés) en « poulaillers », de garçons peu fiables en garçons peu fiables, mais elle s’accroche, travaille encore et encore même quand elle perd tout. Elle retourne parfois en Corée où elle rencontre toujours les mêmes problèmes.

 

Elle hésite, ne sait quel pays adopter, jusqu’au jour où elle construit une théorie très personnelle qui influencera définitivement son choix. « … je me suis dit que le bonheur était peut-être comme l’argent. Dans le bonheur aussi il y a les « capitaux » et les « liquidités ». Certains bonheurs viennent du fait qu’on accomplit quelque chose. Le souvenir de cette réussite reste en mémoire et rend les gens heureux un peu chaque jour pendant longtemps. C’est leur capital bonheur ». Désormais la recherche du bonheur guidera sa vie.

 

Ce livre est une charge contre le régime autoritaire qui sévit alors en Corée du Sud, laissant bien peu de choix aux jeunes qui ne sont considérés que comme les suppôts d’une nation qui n’a aucune considération pour eux. L’hymne national coréen exprime clairement l’attente de la nation envers les citoyens alors que celui de l’Australie met les citoyens en avant, le pays devant assurer leur bonheur. Le choix de Kyena trouvera-t-il sa solution dans les paroles de ces hymnes nationaux ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 10:29
La vie du bon côté de Keisuke HADA

Dans une ville nouvelle de la banlieue de Tokyo, Kento, un jeune homme de vingt-huit ans souffreteux, sujet au rhume des foins, vit avec sa mère qui fait bouillir la marmite et son grand-père âgé de quatre-vingt-sept ans. Le vieil homme répète sans cesse qu’il souhaite mourir doucement et rapidement pour ne plus gêner les autres qui le supportent de moins en moins bien. Kento a quitté un emploi trop stressant et étudie seul à la maison pour chercher une autre situation.

 

Un ami médecin lui ayant confié que l’effort physique maintenait en bonne santé corporelle et psychique et que son insuffisance provoquait un état léthargique grevant notoirement l’espérance de vie, il décide concomitamment  de s’occuper du grand-père en lui évitant le maximum d’efforts afin qu’il se ramollisse encore plus vite et s’éteigne doucement, et de se mettre à la pratique sportive pour retrouver une meilleure forme physique. Il espère ainsi satisfaire le vœu du grand père : mourir vite et en douceur,  soulager sa mère qui ne supporte plus son père et trouver rapidement un nouvel emploi. Mais la vie c’est comme un sparadrap aux doigts du Capitaine Haddock, on ne s’en débarrasse pas comme ça. Le grand père veut-il réellement mourir ? Kento est-il vraiment prêt à voir son grand père partir dans un autre monde ?

 

Ce roman qui parait plutôt léger au premier abord pose cependant des problèmes qui sont bien réels, encore plus au Japon qu’ailleurs où la population est nettement vieillissante. Il évoque bien sûr celui de la vie qui devient de plus en plus difficile à supporter au fur et à mesure que l’âge avance, et de la mort qui, à la fois, attire et effraie. Il pose aussi celui de la vieillesse, de la place des personnes âgées dans la société, dans la famille, et de leur poids économique, sans occulter les contraintes sociales et affectives toujours sous-jacents même quand les aïeux deviennent un véritable souci pour leurs descendants. L’auteur traite également le problème d’une jeunesse usée par un système économique sans pitié qui les maintient perpétuellement sous pression. Il est tellement difficile de trouver un emploi que beaucoup sont prêts à accepter n’importe quelles conditions de travail pour conserver celui qu’ils occupent.

 

La pudeur orientale empêche souvent les auteurs nippons de dire crûment ce qu’ils pensent, il faut soulever le coin du tapis pour découvrir ce qu’il y a dessous les apparences du texte.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 09:01
La galette des rois - son histoire

Il n'est pas de tradition plus en vogue en France que celle de la galette des Rois et le petit objet noyé dans la pâte, la fève, son inséparable compagne. On tire désormais les rois pendant quinze jours, parfois davantage, avec les raffinements régionaux conformes à notre gastronomie qui n'est pas la même du nord au sud. Dans le Nord, au XVe siècle, on préparait un dessert à base de pâte sablée et de crème d'amandes, pâtisserie qui, au fil du temps, devint une pâte levée à la levure de bière. Dans le Sud, en revanche, on préparait "le gâteau des Rois", une brioche aux fruits confits en forme de couronne, parfumée à la fleur d'oranger. Aujourd'hui, un peu partout dans notre pays, on se régale de galettes en pâte feuilletée accompagnées de confiture, frangipane ou compote de pommes, dont le but, en dehors de satisfaire nos papilles, est d'obtenir la fameuse fève, objet à l'histoire originale s'il en est.

 

Celle-ci, je parle de la fève, existe depuis la nuit des temps. Grosse graine comestible, elle fut souvent identifiée à l'embryon humain comme symbole de vie et de fécondité. Attestée au Pérou sept mille ans avant notre ère, elle fut bien connue des Egyptiens et des Grecs qui l'offraient lors des mariages. Pour les Romains, elle servait, aux calendes de janvier, à élire un roi lors des saturnales, cette fête d'inversion qui avait pour mission de déjouer les jours néfastes de Saturne. La fève du gâteau était alors utilisée comme bulletin de vote pour élire le prince de ces réjouissances du désordre. Durant une journée, celui-ci pouvait exaucer tous ses désirs avant de retourner à son existence habituelle.

 

Ces festivités persistèrent chez nous au Moyen-Age, sous la forme de la fête des Fous, jusqu'au jour où l'église la fit coïncider avec "L'épiphanie", au mois de janvier, associant la fève à l'enfant Jésus, annonciateur d'une "nouvelle vie" pour les hommes. Plus tard, la galette et sa fève symbolisèrent l'offrande des Rois mages qui, douze jours après la Nativité, vinrent déposer leurs présents d'or, d'encens et de myrrhe au pied du Nouveau Né, d'où le mot épiphanie dont la racine grecque epiphanës signifie "illustre" ou "éclatant". De nos jours, ces offrandes sont symbolisées par la galette qui remplace ainsi la myrrhe, l'or et l'encens.

 

Les premières fèves en ivoire, en os, en argent ou en porcelaine apparaissent au XIXe siècle, au grand regret de certains défenseurs de la tradition ou de la dentition..., Guy de Maupassant ayant manqué de se casser une dent sur un bébé jouflu en porcelaine. Chaque pâtissier entend bien avoir sa propre fève, ce qui donne lieu à une production annuelle de milliers de modèles. L'objet a d'ailleurs son musée à Blain, en Loire-Atlantique. Avec ses quelques 20 000 fèves, cette institution associative d'arts et de traditions populaires, fondée en 1975 par Jean Doucet, est la référence pour les collectionneurs, les "fabophiles", dont la plupart sont des femmes. Ils s'y retrouvent chaque année, en mars, lors de la Bourse aux fèves où les négociations peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros.

 

Les Allemands, férus de bibelots, seront les premiers producteurs de fève, bientôt suivis par les fabricants limousins Ranque-Ducongé, Laplagne et Limoges Castel. De 1920 aux années 1970, quelques 500 modèles accompagnent la galette, soit à peine 10 nouveautés par an. Aux côtés des croix d'honneur, coqs gaulois ou cochons coiffés d'un casque allemand, paradent le pingouin Alfred, compagnon de Zig et Puce, et les clowns, tandis que les "cassez-moi", sorte de petits étuis, attendent qu'on les ouvre pour lire leur poème secret.

 

Longtemps limitée à un petit nombre de modèles classiques, la fève tient aujourd'hui une extravagante chronique de notre époque, suivant avec plus ou moins de goût l'actualité. De la Coupe du monde de football au dernier dessin animé, aucun événement ne lui échappe et il y a gros à parier que les fèves du mois de janvier 2017 s'inspireront des moments les plus festifs de l'année écoulée.

 

Source : Valérie Collet

 

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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 09:41
Oursins et moineaux de Sjon

« vingt-six ans et il m’arrive de rêver que je suis debout devant le grand portail du cimetière au coin sud-est du mur d’enceinte. l’image est baignée de lune j’ai cinq à sept ans je suis pieds nus en pyjama… »

« à chaque fois la limite entre rêve et souvenir d’enfance devient floue… »

En lisant ces lignes qui débutent ce recueil, j’ai eu  l’impression de surfer sur une des vagues éponymes du long texte de Virginia Woolf que je lis parallèlement à ces textes de Sjon. Mais cette impression s’efface vite, l’auteur nous ramène immédiatement à la mythologie islandaise, aux vieilles légendes qui constituent l’histoire de l’île dans une langue jamais altérée faute d’apports extérieurs.

« …

et plutôt que se réjouir de l’ardeur de sa progéniture

la déesse de l’origine

se mit à déprimer »

Dans ses textes Sjon fait revivre les vieilles sagas islandaises qui constituent le socle fondateur de la littérature, de l’histoire et de la culture de ce peuple. Dans le poème ci-dessous, j’ai vu dans les corps des douze femmes une métaphore des douze siècles d’histoire que compte aujourd’hui l’Islande.

« corps

ni beau

ni terrifiant corps

ni incroyable ni insignifiant corps

juste immense d’une femme immense

composé des corps de douze femmes

juste mortes

         chacune traçant sa route

tenant sa place

vivant son siècle

à l’abandon ».

 

L’histoire de l’Islande, une histoire qui oscille sans cesse entre légendes, mythes et réalité, une existence suspendue dans le temps, enfoncée dans un passé inquiétant, sombre, surgi du feu des entrailles de la terre ou en vagues déferlantes des flots déchaînés de l’océan. C’est la terre de Sjon, la terre à laquelle il est attaché, la terre qui héberge le peuple qu’il raconte dans ses poèmes en prose ou en vers très libres, sans aucune contrainte de ponctuation, ni de calligraphie (les majuscules sont bannies du texte).

Ces textes réduits au maximum, concentré sur l’essentiel, condensé en quelques mots, sont d’une puissance expressive peu courante. Je ne connais rien à l’Islandais mais, à la lecture du rendu, j’imagine le formidable travail que la traductrice à dû accomplir pour obtenir un recueil de cette qualité.


Denis Billamboz

 

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 09:53
Les vagues de Virginia Woolf

Il est bien prétentieux de vouloir écrire sur un  texte de Virginia Woolf, tant de personnes talentueuses et qualifiées l’ayant déjà fait et souvent brillamment. Je me contenterai donc, en toute modestie, d’évoquer la lecture que j’ai faite de ce texte. Michel Cuzin, le traducteur et préfacier, tout comme l’auteure elle–même, précise qu’il ne s’agit nullement d’un roman et pas davantage d’un texte biographique. Pour ma part, je n’ai pas lu ce texte comme un roman, il y a bien des personnages mais très peu d’interactions entre eux, et pas réellement comme une histoire dont ils seraient les protagonistes. J’ai ressenti cette lecture comme une confidence, comme si l’auteure voulait nous dire qui elle est, ce qu’elle ressent, ce qui l’émeut, ce qui l’afflige, ce qui l’angoisse, … comment elle traverse sa vie. Elle achève la rédaction de  ce texte vers la cinquantaine et se jettera à l’eau dix ans plus tard.

 

Virginia Woolf construit son propos en réunissant, l’un à la suite de l’autre, les longs soliloques des sept personnages qu’elle met en scène. Ainsi prennent-ils la parole tour à tour pour rapporter ce qu’ils vivent, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils éprouvent, … tout ce que Virginia souhaite confier aux lecteurs. A mon sens, elle utilise la multiplicité des narrateurs pour élargir le champ des possibilités, multiplier les émotions, les sentiments, les sensations, les observations minutieuses, ce qu’une seule personne ne pourrait ni éprouver, ni ressentir. D’ailleurs elle confie à plusieurs occasions qu’elle n’est pas une, qu’elle est complexe : « … je ne suis pas une seule personne ; je suis beaucoup de gens ; je ne sais pas vraiment qui je suis – Jinny, Susan, Neville, Rhoda ou Louis ; ni comment distinguer ma vie de la leur ».

 

L’interrogation identitaire traverse son texte : « Mais qui suis-je appuyée sur cette barrière ? Je crois parfois que je ne suis pas une femme, mais la lumière qui tombe sur cette barrière, sur ce sol. Je suis les saisons, je le crois parfois, janvier, mai, novembre ; la boue, la brume, l’aurore ». L’écrivaine tente de se réfugier dans des personnages innombrables ou dans une abstraction corporelle afin d’y loger ce qu’elle ressent, pas vraiment la façon la meilleure de façonner un seul être cohérent. Elle parait ne pas trouver sa place dans le monde, elle n’existe qu’à travers un tout qui déborde de son être. « Nous avons terriblement souffert en devenant des corps séparés ». Ainsi, à travers ses personnalités multiples, chacune s’attribue un profil bien déterminé : il y a le poète, l’homosexuel, l’exilé, celui qui meurt  trop tôt, etc. , l’auteure fait rouler les vagues de son texte qui portent tout ce qu’elle cherche à faire comprendre, ressentir sous des aspects divers. Chacun apportant sa version, Virginia Woolf peut multiplier les facettes des différents événements qu’elle vit, des sentiments qu’elle éprouve, des émotions qu’elle ressent. Elle n’est pas une, elle est multiple, elle est complexe quand elle évoque l’enfance et la nostalgie de cette époque, alors que la petite troupe s’ébattait à la campagne, au sud de l’Angleterre. Elle n’est pas davantage seule sur la vague des sensations qui la traversent devant un paysage, un animal petit ou grand. Pas seule non plus sur la vague des sentiments qui agitent son hypersensibilité ; pas plus seule sur la vague des impressions qu’elle devine  en regardant et écoutant les autres ; jamais seule, toujours multiple sur les  vagues qui véhiculent le bonheur, les contraintes, les souvenirs, ce qui, en permanence, constitue la vie qu’elle a menée jusqu’à ce jour terrible où ils apprirent la mort de l’un d’entre eux. Qui sonne comme la mort de Thoby, le frère adulé, dont elle ne s’est jamais remise.

 

Ces vagues, ce sont tout ce qui revient sans cesse sur le sable de la vie de Virginia, ce qui agite la petite troupe du roman jusqu’à ce que la mort fauche l’être le plus précieux de la fratrie. Cette partie du texte concerne ce que Virginia a connu avant la mort de son frère, ce qu’elle voudrait faire resurgir. Le nœud de ce récit est la rencontre de la petite troupe après la mort de Percival, le moment où chacun dit ce qu’il pense des autres sans aucune retenue. Les masques sont tombés, la mort a mis les âmes à nu. La vague de la vieillesse, la vague de la déchéance, la vague des souffrances … viennent clore le récit. Virginia nous l’a dit, elle a la nostalgie de son enfance avec frères et sœurs, cousins, cousines, amis, amies, elle n’est jamais réellement sortie de cette enfance, elle s’est réfugiée dans le monde des mots : « Ils attrapent au vol des phrases qui font des bulles » - mais elle culpabilise d’être aussi sensible, aussi fragile, elle voudrait aller de l’avant, être « comme les enfants nous nous racontons des histoires, et pour les enjoliver nous fabriquons ces belles phrases ridicules, flamboyantes. Comme je suis fatiguée des histoires, comme je suis fatiguée des belles phrases qui retombent si merveilleusement bien sur leurs pieds !» Mais la vie est cruelle, la douleur laissée par l’horreur de la guerre avec son cortège de morts et d’estropiés, les deuils familiaux se nichent au creux des pages comme dans le cœur de Virginia. Comme ses personnages, elle lutte pour aller de l’avant. « Petit animal que je suis, les flancs pantelants de peur, je reste là, palpitante, tremblante. Mais je ne veux pas avoir peur. Je vais me donner le fouet à mes flancs. Je ne suis qu’un petit animal pleurnichard qui cherche l’ombre ».

 

Ainsi la lutte semble veine : « Je vois des oiseaux sauvages ; et des pulsions plus sauvages que les oiseaux les plus sauvages surgissent de mon cœur sauvage ». Quel désespoir et quelle phrase ! Je ne peux pas juger le travail des traducteurs, mais le rendu est magnifique. En ouvrant ce livre,  je craignais de me noyer dans ces vagues mais j’ai flotté sur celle du plaisir en lisant ces lignes d’une poésie pure et délicate. Même le désespoir est beau dans ce texte, hélas, il annonce une fin malheureuse et attristante : « Le lys éphémère est bien plus beau que le chêne qui dure trois cents ans ». Le destin de l’auteure s'annonçait déjà dans cette phrase prémonitoire.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 08:57
Marie Noël  - Auxerre 16 février 1883 - 23 décembre 1967

Marie Noël - Auxerre 16 février 1883 - 23 décembre 1967

 

Sœur de Baudelaire et peut-être même d’Antonin Artaud, selon André Blanchet, cette poétesse, que certains ont trop vite confinée «  dans des bergeries délicieusement apprêtées », parle secrètement, à voix basse, presque tue, à ses frères emmurés, à ceux qui n’ont jamais pu donner de nouvelles de leur nuit noire. Cette nuit noire, qu’est-ce , sinon celle du doute ? Tout d’abord le doute de soi. Qui suis-je, moi, condamnée à ourler à petits points l’ouvrage de la vie, dans une morne existence provinciale ?

"J'ai été tentée par l'Ange noir et vous le savez bien. J'ai douté, j'ai perdu la foi, j'ai aperçu la férocité des lois éternelles ... Par amour, j'ai tout accepté, mais il y a toujours en moi ce puits fermé où une vérité se débat" - écrit-elle traversée constamment par cette épreuve du doute.                 

Puisque rien ne peut être outre-passé, à quoi bon ? - pense-t-elle. Fuir, mais où ? Feu éternellement allumé dans les ténèbres de cet enfer intérieur, le désir se précise :

 

                        « Je suis là, goutte à goutte, en train de disparaître…

 

                           Je ne suis rien…N’approche pas. »

 

Le vœu est prononcé de ne plus avoir de moi, de guérir d’être immortelle. Impossible, tant l’amour est plus obstiné que l’enfer. Fuyant un monde usé par l’habitude et une religiosité confite dans ses images pieuses, Marie Noël, incroyable aventurière de l’esprit, va prendre possession de son âme. L’âme ne s’impose pas, elle se laisse éclore. Il faut à chacun la patience et le don de faire apparaître cette part secrète, voilée, déjà chargée d’éternité qui est en nous déjà plus que nous-même.

 

                       «  J’ai mon âme rencontrée,

 

                           Comme en l’herbe haute un puits

 

                          Ouvert à la dérobée,

 

                         Mon âme, béante nuit…

 

                    Et dedans je suis tombée. »

   

Qui mieux que les poètes et les mystiques, et particulièrement les poètes mystiques,savent exprimer cette peur du lieu où l’âme, en proie à la détresse, entre dans ses profondeurs et l’intimité de Dieu, affichant au regard de tous l’urgence de l’option spirituelle ? Dieu est là, également la tentation de s’en détourner. Il faut choisir.

 

                        «Personne n’était Vous, ni chair, ni sang, ni voix,

                         Ni regard, ni pitié, dans le vide, personne !

                  …. Dieu trop grand, trop noir, que je ne connais pas. »

 

N’est-ce pas la nuit qui enfante le jour, les ténèbres qui engendrent la lumière ? Cette amoureuse que désire-t-elle ? L’amour, certes, mais quel amour ? Quel homme peut satisfaire l’exigence d’une âme à tel point habitée ? Le désir métaphysique aspire à l’au-delà de tout. A ce moment, le Désiré ne comble pas, il creuse, et le désirant s’épuise dans sa propre démesure à désirer l’absolu, non l’égal, mais l’Inconnaissable, l’absolument Autre, Celui qui a aimé avant d’être aimé.

Devant ce mystère insondable, Marie Noël ne se dérobe pas. Elle se laisse simplement couler à pic :

 

                             « Je laisse en m’endormant couler mon cœur en Vous

 

                                Comme un vase tombé dans l’eau de la fontaine

 

                               Et que vous remplissez de Vous-même sans nous. »

   

La femme poète avoue : « Quand Dieu a soufflé sur ma boue pour y faire prendre mon âme, Il a dû souffler trop fort. Je ne me suis jamais remise du souffle de Dieu. »

 

Puis l’âge venant, cette voix qui a si bien su chanter dans l’œuvre poétique devient dans ses « notes intimes » une voix aux audaces incroyables. Bien que restée sa vie entière à l'ombre de son clocher, ce n’est plus le carillon qui sonne les heures de la vie liturgique, mais une cloche d’airain qui tente de réveiller les consciences assoupies, de les sensibiliser au coriace, à l’irréductible problème du Mal. Si le Mal se rencontre partout, comment ne serait-il pas d’abord dans le Créateur ? Et comment concevoir que subsiste face à Dieu, quoi que ce soit qui résiste à Dieu ? A l’incroyant qui s’octroie trop souvent le monopole de l’inquiétude, des poètes comme Marie Noël sont là pour témoigner que cette inquiétude habite aussi le cœur du croyant. Comme elle le dit, elle est descendue aussi loin que possible dans la « grande nuit où personne ne guide personne. » Pas même l’église, aucun prêtre, aucune philosophie chrétienne, aucun théologien. Il est vrai qu’à l’inverse des idéologies, la foi ne nous circonscrit pas dans les limites d’un quelconque système et que le doute lui-même est priant. Ce qui nous éclaire est que Dieu n’est absent nulle part, ni dans le dangereux espace où le poète s’aventure, ni dans le naufrage où il croit s’ensevelir.

 

« Ah que les mystères de la Religion , les mystères révélés sont harmonieux et doux à l’homme à côté de ce Mystère du Commencement, le Mystère du Mal, le seul où Dieu ne nous donne pas à croire, mais à penser ! »

   

Témoin des deux guerres, du nazisme comme du communisme et des totalitarismes qui ont défiguré le XXème siècle, Marie Noël habite son inquiétude avec une incontestable violence, qu’il était difficile de soupçonner de la part de la discrète demoiselle d’Auxerre. Elle ose même dire à Dieu : «  Si vous aimiez tant les morts, pourquoi avez-Vous créé les vivants ? » Contre cette Nécessité de Dieu, sa pensée se débat, se brise, sans que la parole ne cesse d’être prière. A ce mal auquel chacun est initié par la vie, qu’opposer d’autre que l’amour ? D’autant qu’il n’y a pas de bien absolu. « Si nous connaissons le mal, il est difficile de discerner ce qui est bon » écrivait Pascal. Une morale trop rigide ne risque-t-elle pas de transformer l’homme en monstre ? Privée de cœur, la vertu serait privée de sympathie. Dans l’ordre éthique du bien, il n’y a pas de situation acquise, mais c’est parce que le bien est quasi impossible qu’il faut s’essayer à le réaliser. Le génie nocturne du poète évolue désormais entre deux mondes : le monde visible qui la fait vivre dans son « étouffement » et le monde invisible qu’elle interroge en vain. Le silence de Dieu la torture, alors que la loi de l’Eglise pèse de tout son poids humain et l’oppresse. Elle redoute plus que tout «  l’effrayant paradis » et « les justes » et aspire au tête à tête avec la Vérité , avec Dieu. En définitive, le Péril est en Dieu, non en l’homme. « Vous aurez été, dira-t-elle à Dieu, mon unique adversaire, le risque ténébreux où j’ai couru sans armes ».

 

               « L’âme comme une île déserte entourée de Dieu de tous côtés.

 

                 Et dans le cercle, prise au piège, cette petite fille qui a peur. »

   

Cependant elle l’admet, malgré l’inquiétude, la perplexité, elle se sait, elle se veut, elle s’accepte déjà « à l’intérieur de Dieu » Elle est doucement encerclée, abandonnée, priante, acceptante. Elle est amour.

 

Puisque l’amour est folie, soyons folle, soyons ce chant qui déborde les lèvres, cette eau vive qui déborde les berges.

 

                          « Est-elle folle ? Est-elle morte ?

 

                                         Un grand cri

 

                              Jusqu’au bout de l’angoisse emporte

 

                                        Son esprit. »

 

Ainsi que Thérèse de Lisieux et tant d’autres, Marie Noël a connu l’épouvantement, c’est-à-dire la Nuit spirituelle, l’absence de Dieu qui est déjà présence, école de la sainteté dont on meurt avant de re-naître et de se re-connaître dans l’Amour retrouvé. Comme elle, comme eux, nous sommes appelés à cette sainteté de l’amour qui est le don de soi à l’autre, au tout Autre, afin de lui retourner cet Amour dont nous sommes aimés. Cette épreuve n’a probablement d’autre conséquence que d’élargir les limites de la raison, de façon à ce que l’être soit saisi par le seul Amour en mesure de le satisfaire et de le contenir. L’amoureuse a laissé place à la mystique, la peur à l’allégresse, le dogme au Mystère.

Après les cris de désespoir et de colère, presque rimbaldiens :

   

                          « Que me veut-on ? Que j’aille et prie,

 

                                     Quand vient le soir,

 

                            Leur Dieu, leurs saints et leur Marie

 

                                    Pour te revoir ?

 

                          C’est contre eux tous que mon sang crie

 

                                   De désespoir ! 

 

                         Ces loups du ciel, voleurs de vie ! »

 

 

voilà enfin le fiat ( que cela soit), le fiat bouleversant du consentement. L’Amour, cet Amour qui répond à toutes les attentes,  se veut peut-être à ce prix ?

 

                           « Quand tu verras ton Dieu cessant de te défendre,  

                              qu’à jamais tout regard s’est retiré de Lui,

                              Rien ne te sera plus que vide, sauf apprendre

                             Un seul mot, ta leçon, un seul sans autre : OUI.  

 

                             Dis-le docile et coule. Avale tout l’abîme  

                             Où le ciel renversé sombrement s’engloutit.

                            Coule, joignant les mains…C’est au fond qu’est la cime…

                            Ah ! quelle délivrance est au fond de l’abîme !

                           Voici ma joie avec son glaive de vainqueur. »

   

Marie Noël n’aura pas cherché en vain sa place dans un monde où « l’ordre de la maison » et « la loi de l’Eglise » étouffaient un cœur qui criait  « sauver la désobéissance » et se cabrait devant ce qui cherchait à définir Dieu, l’Indéfinissable. L’amour humain ayant été incapable de lui offrir cet espace libre où elle puisse respirer, elle n’aura plus eu de cesse que de le chercher ailleurs, le chercher jusqu’à se perdre. Mais ayant perdu le peu qu’elle possédait ( la foi), elle a tout retrouvé, ainsi que le promet l’Evangile : «  Qui s’attache à soi se perd, qui se perd pour moi se trouve ».

 

L’Amour aura eu raison de Marie Noël. Aujourd'hui, jour du cinquantième anniversaire de sa mort, l'église se penche sur son cas dans l'objectif d'une béatification. L'humble servante des mots, la douce amoureuse de Dieu est en marche sur une route inondée de lumière.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Marie Noël ou la traversée de la nuit - Cinquantenaire de sa mort et procès en béatification
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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 08:37
Mariage contre nature de Yukiko Motoya

La littérature japonaise se préoccupe souvent des problèmes relationnels entre les êtres notamment au sein des couples et Yukiko Motoya semble y trouver matière à roman puisque c’est son deuxième livre sur ce sujet que je lis. C’est un plaisir car sa prose est légère et élégante.

 

 

Mariage contre nature

Yukiko Motoya (1979 - ….)

 

J’ai déjà lu l’an dernier un autre roman de Yukiko Motoya « Comment apprendre à s’aimer » qui évoquait les difficultés relationnelles apparaissant au fil du temps entre les époux ou les amis, il semblait conclure qu’il suffirait peut-être que nous soyons tous un peu plus tolérants pour que les frictions et autres contrariétés cessent de polluer notre vie. Et, dans ce présent roman, elle reprend le thème de la relation entre époux comme pour pénétrer, plus à fond dans leur union, ce qui l’a constituée et surtout ce qui la perturbe et l’altère.

 

San, une jeune femme n’aimant pas beaucoup son travail est heureuse de le quitter quand elle épouse un homme qui gagne suffisamment d’argent pour lui permettre de rester à la maison où elle se plait bien. Mais un beau jour elle découvre qu’elle ressemble de plus en plus à son mari et que celui-ci vieillit, ses traits s’avachissent, sa silhouette se tasse. « Les pensées de l’autre, ses goûts, ses paroles, ses actes supplantaient peu à peu les miens à mon insu et quand je m’apercevais que je me comportais comme si j’avais toujours été ainsi, cela me paniquait ». Son mari est plutôt grossier, peu attentif à sa femme, peu affectueux, c’est un rustre avec lequel elle n’arrive même pas à échanger sur leur avenir commun. Elle n’a de contacts qu’avec sa voisine plus âgée qui est fort attachée à son chat dont il faut absolument qu’elle se sépare.

San assiste la voisine dans sa séparation et réfléchit à sa situation, son mari prend de plus en plus sa place à la maison, elle doit prendre l’initiative pour reconquérir son territoire. « J’avais toujours laissé les hommes se repaître de moi », elle veut changer cet état de fait. Yukiko Motoya a trouvé une fin surprenante, poétique, fantastique à cette histoire d’amour diluée dans le flot de la vie quotidienne. On reste ensemble parce que c’est plus pratique, plus confortable… mais la vie perd son goût, ses émois, ses émotions…

 

Comme son précédent roman, celui-ci est tout aussi léger, délicat, fin, les choses graves se diluent dans une fantaisie poétique tout à fait charmante même si celle-ci masque mal les difficultés du couple à constituer la famille solide et pérenne à laquelle aspire San et peut-être de nombreux jeunes japonais qui semblent plutôt subir leur vie que la vivre.


Denis BILLAMBOZ

 

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 09:19
Sous une pluie d'épines de Vu Tran

Vu Tran a fait partie des « boat people » qui ont quitté le Vietnam après la débâcle des Américains. Dans ce recueil de nouvelles, il raconte la vie des combattants pendant la guerre de libération mais aussi des histoires inspirées de la mythologie vietnamienne. Tous ces textes ont en filigrane l’affrontement inéluctable entre le nord et le sud du pays qui ne peuvent pourtant vivre l’un sans l’autre.

 

 

Sous une pluie d’épines

Vu Tran (1975 - ….)

 

 

Tran Vu a quitté le Vietnam alors qu’il n’était encore qu’un grand adolescent, à bord de l’un de ces bateaux qui ont constitué les boat people, ce peuple fuyant le pays après la défaite des Américains en défiant l’océan en grappes humaines entassées dans des rafiots de fortune au risque de leur vie. Après avoir séjourné dans un camp aux Philippines, il a été recueilli en France où il vit toujours. « Nous sommes encore très jeunes. Cela ne se voit pas sur nos visages, dans nos yeux mais dans nos inextinguibles rêves ».

 

Ce recueil comprend six nouvelles qui racontent, dans une langue luxuriante, colorée, chatoyante, les relations violentes, cyniques, sadiques qui ont souvent régné entre les deux parties du Vietnam. Une relation indestructible, comme une fatalité qui unit deux frères qui s’aiment  sans jamais pouvoir vivre en paix. Dans la première nouvelle, il narre la dernière année d’un jeune homme dans ce pays, ses premières beuveries, ses cauchemars d’après la guerre, ses premières expériences sexuelles, la désillusion d’une révolution détournée, la naissance d’un nouveau capitalisme, les carnages récurrents qu’on ne peut pas oublier.

 

Dans la deuxième nouvelle, Tran propose une hypothèse pour résoudre l’assassinat   mystérieux dont a été victime Huê, le roi sanguinaire qui a unifié les deux parties du Vietnam, celle du sud et celle du nord. Dans la troisième, il met en scène la relation sadomasochiste qui unit une femme et son amant sous les yeux de son mari indifférent ou ignorant. La quatrième raconte l’histoire cruelle d’une fille qui rentre dans sa famille qu’elle a dénoncée aux révolutionnaires. La cinquième est consacrée à la vie, notamment celle des jeunes femmes dans les souterrains Viêt-Cong où la claustration rend les gens fous, cruels, sadiques, déshumanisés. La dernière est un texte magnifique, une histoire horrible, celle d’un jeune totalement défiguré qui oblige sa sœur à l’aimer car aucune autre femme ne le pourra. La chute est totalement inattendue et clôture remarquablement le recueil.

 

J’ai admiré l’écriture de ce Vietnamien réfugié en France, il a l’art de dire des choses d’une cruauté et d’une horreur abominables dans un langage d’une grande beauté. J’ai aussi cru déceler dans ces nouvelles l’évocation du désamour permanent séparant les deux parties du pays qui ne peuvent cependant pas vivre l’une sans l’autre. « L’amour entre Loan et Lu s’enfonçait de jour en jour dans une lugubre débauche. Comme l’histoire des Viêts à l’instant irrésistible où ils envahissaient le sud, massacraient les peuplades plus faibles qui y vivaient ». Comme une malédiction qui pousserait les deux pôles du pays à se confronter dans les pires violences pour vivre dans une union qui semble inéluctable mais difficilement accessible.

 

Je suis resté cependant interrogatif en imaginant cet auteur affrontant les pires tourments pour sauver sa vie et gagner la liberté et semblant regretter de n’avoir pas été plus actif dans le combat qui opposait les deux parties du pays. « Je veux vivre cette guerre. Je veux participer. Prendre ma part de crimes. Faire face. Assumer mes responsabilités. Je veux voir de mes yeux les fosses engloutir les cadavres de mes frères, je veux pour une fois tuer… » On dirait que, dans son exil, il lui manque un bout de son histoire sans bien savoir lequel, peut-être celui qui n’a pas existé, celui qui aurait créé un pays libre où les peuples auraient pu vivre dans la quiétude et la paix ? Car il déplore vivement les perpétuels affrontements qui déchaînent les gens du nord contre ceux du sud et vice-versa. « … pitoyables sont ceux qui doivent vivre dans un pays qui ne connait pas d’autres normes au gouvernement des hommes que « Tuer ».

Denis BILLAMBOZ

 

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