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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 08:58

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Nous savons que l’atome, si petit soit-il, n’est pas le plus petit corpuscule connu. Il comprend un noyau entouré d’électrons extrêmement petits qui pirouettent autour du noyau et sont insécables (qu’on ne peut couper).

De son côté, le noyau est composé de protons et de neutrons qui sont eux-mêmes des agglomérats de quarks. On représente souvent l’atome comme ceci, bien qu’il s’agisse d’une image fictive car on n’a jamais vu l’atome : 

Dans cette illustration de l’atome, les billes rouges et bleues représentent le noyau, composé de protons (billes rouges) et de neutrons (billes bleues). Les électrons sont les boules noires.

 


 

Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atomes.

Mais ce qui est étonnant, c’est que les atomes sont surtout faits de vide. Si, comme le disait récemment un de mes amis physiciens, on se représentait le noyau de l’atome comme la pointe d’une aiguille, la taille de l’atome correspondrait au volume de la pièce dans laquelle vous êtes assis à votre ordinateur. Donc un noyau de la taille d’une pointe d’aiguille (qui, incidemment, contient 99,98% de la masse de l’atome) perdue dans l’immensité d’une pièce et tout le reste est un vide sillonné par de minuscules électrons (qui ne représentent que 0,02% de la masse de l’atome, aussi bien dire presque rien). Bizarre n’est-ce pas, de penser que nous sommes faits essentiellement de vide ! (Je vous entends marmonner que, dans mon cas, ça ne vous étonne pas).

Plus étonnant encore est le fait que les lois physiques habituelles, celles qui ont été énoncées particulièrement par le grand Isaac Newton et qui régissent notre comportement quotidien (comme, par exemple, la loi de la gravitation universelle qui vous garde les pieds collés au sol et permet d'interpréter aussi bien la chute des corps que le mouvement de la Lune autour de la Terre), deviennent négligeables sinon inapplicables dans le monde de l'extrêmement petit. Dans ce monde, ce sont d’autres lois qui prennent le devant de la scène : les lois de ce qu’on appelle la mécanique quantique. Cette mécanique décrit le comportement des atomes et des particules qui les composent.

Avec la théorie de la relativité d’Einstein, la mécanique quantique aura été la théorie scientifique la plus révolutionnaire du XXe siècle. Elle nous permet d'accéder au monde de l'extrêmement petit peuplé d'atomes, de photons, de neutrinos, de quarks et autres particules aux noms exotiques. C'est un monde bizarre et déroutant qui semble défier la logique et le bon sens. Pourtant, la théorie quantique a fait ses preuves, puisqu'elle est à l'origine des progrès technologiques fantastiques de notre époque : l'électronique, ses transistors, ses semi-conducteurs, le laser, etc.

Jusque vers les années 1920, on croyait bien connaître la nature de la matière et être en mesure de percer graduellement tous les secrets de l’univers. On prenait pour acquis que si l’on connaissait tous les ingrédients d’un problème, on pouvait le résoudre. Le monde était désormais sans mystères et, peu à peu, on arriverait à tout expliquer.

Le hasard n’avait aucune place dans cet univers déterministe où la raison régnait en maîtresse. Mais voilà que la mécanique quantique vient jeter une pierre dans cet étang de certitude : au niveau de l'extrêmement petit, le monde n'est plus ordonné, déterministe, comme dans notre quotidien. Il devient incertain et soumis au hasard. Le monde scientifique perd pied.

Cette mécanique nous ouvre les yeux sur de bien étranges mystères, particulièrement sur le fait que l’on ne peut plus prédire avec exactitude le comportement des particules mais qu’il faut se contenter de probabilités.

Je m’explique : si je m’installe sur le bord du trottoir et que je regarde une automobile passer devant moi, je peux évidemment situer exactement où se trouve cette automobile et, si j’ai en mains un radar, je peux, simultanément, connaître exactement sa vitesse. Eh bien, dans le monde quantique, rien ne va plus : si j’arrive à localiser un électron, je ne suis plus capable d’établir simultanément sa vitesse de déplacement.

Inversement, si j’établis cette vitesse, je ne sais plus avec exactitude où se trouve ce cachottier d’électron. Je dois me contenter de le situer approximativement. C’est ce que Heisenberg a appelé «le principe d’incertitude». Un sacrilège qui a ébranlé les fondements de la physique classique où l’on ne jurait que sur l’autel de la certitude.

Vous n’y comprenez rien à cette mécanique quantique? Eh bien, vous êtes sur la bonne voie : il n’y a rien à comprendre. « Je pense que je peux dire sans grande crainte de me tromper que personne ne comprend la mécanique quantique », disait le grand physicien Richard Feynman.

Mais il y a encore plus étrange dans ce monde de l'extrêmement petit : des particules qui naissent de rien et disparaissent en un éclair, comme le dit Pierre Yves Morvan :

 

«…pendant des temps très courts, le principe de conservation de l’énergie peut être violé. Ce principe dit en effet qu’on a rien pour rien, que tout se paie, ou encore qu’on ne peut avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre. C’est déjà ce que disaient à leur manière Empédocle et Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée».

Pourtant, les relations d’Heisenberg permettent que des couples particule/antiparticule apparaissent de rien et existent pendant un certain temps.

C’est dire que des particules naissent d’un coup de baguette quantique et entrent, sans aucune invitation dans le grand bal de l’être.»

 

 

Puis, on est incapable de calculer à quel moment un neutron disparaîtra : sa disparition est laissée au pur hasard. Lavoisier se retourne dans sa tombe.

Einstein a combattu toute sa vie la physique quantique, vainement. Il n’arrivait pas à admettre que, au niveau de l’infiniment petit, le comportement des particules soit laissé au hasard. D’où, sa célèbre phrase : «Dieu ne joue pas aux dés». Ce à quoi, son adversaire et pourtant ami, Niels Bohr, lui répondait : «Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire?»

D’autre part, on ne sait plus ce qu’est véritablement la matière. Si, par exemple, on examine la trace qu’un électron laisse sur une plaque métallique, on décèle une particule. Si on lui tourne le dos, il se comporte comme une onde. Certains avancent même une «théorie des cordes» où l’atome ne serait pas un corpuscule mais serait fait de vibrations ??? Qui donc est-il véritablement ? J’aime bien à cet égard rappeler les mots de l’astrophysicien James Dean qui disait que l’univers ressemble parfois plus à une grande pensée qu’à une grande machine.

On peut donc dire que, au niveau de l’extrêmement petit, la réalité nous échappe. Le monde des déterministes, qui s’acheminait vers un monde sans mystère, devient soudain un monde opaque où règnent des fantômes.

 

 

Nous avons vu que la matière est constituée d’atomes qui sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval et tantôt nous-mêmes. Nous avons aussi vu que l’atome comporte un noyau composé de protons et de neutrons et autour duquel tournoient des électrons. Dès lors, nous nous sommes demandé si nous étions enfin arrivés à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables.

Eh bien, non : protons et neutrons sont eux-mêmes composés de quarks ! Ici, nous voilà parvenus dans le très, très petit. Ne pourrait-on pas en rester là ?

Les physiciens sont des gens extrêmement curieux et fouineurs, vous savez. Comme tous les scientifiques du reste. Alors ils ont «patenté» un immense machin pour gratter encore plus creux dans le cœur de la matière. Ils ont installé leur nouveau jouet dans un tunnel de 27 kilomètres de circonférence logé à 100 mètres sous terre et chevauchant la frontière entre la France et la Suisse. Il s’agit d’un collisionneur de particules baptisé le LHC (Large Hadron Collider).

Ils ont entrepris de projeter dans ce collisionneur des protons qu’ils accéléreront graduellement jusqu’à des vitesses proches de celle de la lumière (on se souvient que la lumière circule à 300 000km par seconde). Leur but est de faire entrer en collision ces petites particules pour les faire éclater et, possiblement, faire ainsi surgir des particules encore plus petites et totalement inconnues.

Ils espèrent du même coup éclaircir d’autres mystères, particulièrement recréer des conditions semblables à celles qui prévalaient au moment du Big Bang et découvrir la nature de la matière noire (qui, avec l’énergie noire, compte pour 96% du contenu de l’univers dont nous ignorons totalement la nature). Ce ne seraient pas de minces coups d’éclat.

Pour des images de ce nouveau jouet, il suffit de se rendre sur Internet et de «pitonner» le mot LHC.

Les résultats qu’on obtiendra du LHC, si extraordinaires puissent-ils être, constitueront-ils le fin du fin des mystères de notre Univers ? Rien n’est aussi peu sûr car les scientifiques nous disent que plus on creuse dans le cœur de notre Univers, plus le mystère s’épaissit.

En avant-goût de notre prochaine capsule, rappelons les mots de l’astrophysicien James Jean qui disait que notre Univers ressemble plus parfois à une grande pensée qu’à une grande machine.

La première question que j’aborderai est donc la matière : de quoi est faite la matière ? Tu parles d’une question, me direz-vous, la matière est la matière, ne cherchons pas midi à quatorze heures !

Bon, reprenons la question autrement :



-De quoi est faite la table sur laquelle est posé votre ordinateur ?
-De bois, dites-vous ? 
-Très bien. 
-Et de quelle sorte de bois ?
-De pin. 
-Parfait. Nous savons donc que votre table a été fabriquée avec un matériau qui est du pin. Et ce pin, d’où vient-il ? 
-De la forêt où il a poussé. 
-Et comment s’y est-il pris pour pousser ? 
-Eh bien, une graine s’est sans doute échappée d’une cocotte de pin et a germé à proximité de son pin géniteur. 
-Bien. Maintenant, poussons plus loin notre enquête : comment une toute petite graine de pin a-t-elle pu générer l’immense arbre qu’on a coupé et façonné pour en faire votre table d’ordinateur ?
-Sans doute parce que la petite graine de pin a su puiser dans le sol et dans l’air les nutriments nécessaires à sa croissance.

 


-Voilà qui est bien dit. Mais par quelle opération magique, ces nutriments (oxygène, calcium, fer, etc.) ont-ils pu devenir arbre ? Je ne peux pas transformer mon stylo en torche électrique, n’est-ce pas ? À moins d’être un excellent magicien ou un thaumaturge comme Jésus-Christ qui, à ce qu’on dit, pouvait transformer l’eau en vin. Alors comment ces nutriments peuvent-ils devenir arbre ?


- ???


-Ce n’est pas d’hier que l’homme se pose ce genre de questions. Déjà, dans l’Antiquité, les philosophes grecs (Parménide, Platon, Aristote, Empédocle, Anaxagore, etc.) se posaient la question : comment l’herbe que mange le lapin peut-elle devenir lapin ? C’est finalement Démocrite qui a trouvé la réponse : tout ce qui existe est fait de petites particules interchangeables : les atomes. Ils sont la menue monnaie de l’univers. Ce sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval. C’est ainsi que l’herbe peut se changer en chair de lapin et que les nutriments dans le sol et dans l’air peuvent devenir arbre.

Mais les atomes, dont Démocrite avait eu l’intuition, existent-ils vraiment ? Au XIXe siècle, on en doutait encore. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, grâce particulièrement aux travaux de Jean Perrin, que la réalité des atomes a pu être prouvée. Ainsi donc l’atome est la réponse à notre question : de quoi sont faites votre table d’ordinateur et, plus généralement, toute la matière connue, des étoiles jusqu’aux pucerons.

En ce début du XXe siècle, l’atome est perçu comme la réalité ultime de la matière : il est insécable et on ne peut aller plus loin dans l’infiniment petit. Tout allait bientôt profondément changer. 

À force de scruter l’atome, on découvre qu’il comporte un noyau autour duquel pirouettent et gigotent d’infiniment petites choses : les électrons. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Le noyau lui-même est composé de deux particules : des protons et des neutrons. Est-on enfin arrivé à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables ?

C’est ce que nous saurons dans le prochain épisode de notre palpitante et aventureuse descente au cœur de la matière.

 

 Jean MARCOUX   Hélas il n'y aura pas de prochaine fois car Jean Marcoux nous a quittés pour retourner à jamais dans les étoiles.

 

 Pour lire son précédent article, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

Il était une fois la voie lactée

 

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 09:45
La cité du bonheur

 

La cité du bonheur n'existe pas, sinon cela se saurait, bien que l'homme ait toujours rêvé de l'édifier selon ses désirs, de la construire à la mesure de ses aspirations, de la parer de tous les parangons de façon à y vivre dans une sorte de béatitude matérielle et morale. L'idée d'un paradis le hante depuis le commencement des temps. Mais à ses souhaits, il semble bien que des phénomènes naturels, tels que ouragans, incendies, tremblements de terre, déluges, tsunamis, pandémies n'aient cessé de s'opposer. Alors que les antiques avaient cru l'apercevoir sur l'Olympe, que les Chrétiens ne l'envisageaient que dans l'autre-monde, l'homme moderne, plus pragmatique, a décidé de la construire envers et contre tout de ses propres mains. Et il a en parti réussi. Comparé à l'existence de nos aïeux, avouons que nous bénéficions d'avantages non négligeables : une médecine qui nous soulage de bien des maux, même s'il en existe encore un grand nombre à guérir ; des énergies qui nous éclairent, nous chauffent, nous transportent ;  des ondes colonisées qui nous mettent en relation avec le reste de la planète ; des machines qui lavent, repassent, calculent à notre place, l'ingéniosité de l'homme est sans égale.

 

 

Pour nos arrière grands-parents, cela aurait relevé ni plus, ni moins, de la magie et, certes oui, l'homme a du magicien autant que du prophète. Il est apte à exploiter les ressources de la nature, à défaut des éléments, car les éléments ont cela de singulier : ils ne se laissent pas domestiquer. Il arrive néanmoins que le ciel nous tombe sur la tête et, ce, malgré nos prévisions et nos paratonnerres ; que des pandémies et des ouragans sèment la terreur et la désolation presque autant qu'une guerre dans un monde qui dit aspirer au bonheur sans trop savoir lequel. En vérité, il y a toutes sortes de bonheur, tant il est vrai que le bonheur a peu à voir avec le plaisir. Le plaisir est instantané, fugitif, paroxysmique ; le bonheur a cela d'étrange que pour le goûter il faut s'y installer dans la durée, le savourer, le méditer, après avoir su le conquérir ou l'inspirer. Il est souvent plus intérieur qu'extérieur, plus personnel que communautaire et disparaît si subitement que le malheur lui devient alors aussi proche qu'un frère.

 

 

Les semaines, les mois qui s'achèvent ont décliné le malheur bien davantage que le bonheur : le corona virus, les attentats, les incertitudes, tout concoure à rendre l'avenir sombre et à réveiller chez certains des peurs ancestrales. Il est vrai que notre planète subit trop souvent d'imprévisibles poussées de fièvre. Mais tel est le destin des hommes de rester, au fil des siècles et malgré leur quête permanente de bonheur, des oiseaux sur les branches. 
 

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 


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La cité du bonheur
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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 07:22

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Les amours ne sont pas toujours ce qu’elles semblent. Et semblent souvent être ce qu’elles ne sont pas. Mais le flux de la vie est indomptable qu’on le veuille ou non, et trouve le moyen de surgir et de se faire entendre tôt ou tard : un drame, un suicide, un meurtre, une agonie acceptée, une saine colère, une infidélité… et la vérité explose dans sa nudité légendaire.

Huit nouvelles au cours desquelles la vérité toute nue nous parlera d’amour, faisant un tri sans pitié entre le grain et l’ivraie.

 

Avec ce nouvel ouvrage, Edmée De Xhavée nous entraîne au coeur des sentiments humains, nous rend compte de l'amour avec un petit ou grand A, déception, ressentiment, désenchantement, espoir fou, illusion perdue, notre nouvelliste, qui a peut-être trouvé là l'expression qui lui convient le mieux, pose avec talent le décor avant de cerner la réalité des coeurs au plus près. Edmée est une nouvelliste lucide qui sait traverser les apparences, saisir les détails qui permettent de faire éclater la vérité - les vérités, restituer le son des voix, la justesse des dialogues, le parfum des fleurs ou des plats qui mijotent dans des cuisines qui fleurent bon les herbes fraîches. Le récit est circonscrit en quelques phrases, aussi bien la complexité des personnages que l'ambiance dans laquelle ils évoluent et l'atmosphère particulière qui les entoure. L'écrivaine vous immerge dans un climat  qui s'établit en quelques lignes, vous fait le témoin d'une scène en quelques mots. Sa plume est alerte, ses héros bien campés, aussi vous laissez-vous emporter dans cette intimité qui traverse le temps, les lieux, les êtres. De ce couple qui se déchire avec tellement de drôlerie à ceux que la vie a soudé à tout jamais, l'amour se décline de multiples façons avec tendresse, fureur, ressentiment ou passion dans ces huit nouvelles dont le final de chacune surprend toujours. Deux d'entre elles m'ont particulièrement émue, parce que l'amour y reste une merveilleuse espérance et que ces nouvelles ont un charme indicible dans la façon de se raconter dans leurs infimes événements et détails qui, toujours, sonnent juste :  La joie de Chérie et Le grand amour de Tatia. Mais soyez rassurés, ces huit récits ne manqueront pas de vous étonner, amuser, émouvoir, parce que le style colle bien à la réalité des choses, parce que l'auteure sait rendre le son de la vie avec naturel. Il faut beaucoup de talent pour en arriver là, aussi Lovebirds prolongera longtemps dans votre mémoire sa sonorité.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE 

 

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Lovebirds de Edmée De Xhavée
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 08:24

P1060568

                             

«Si le ciel vire ses voiles,

 Tu sauras que les navires partis au crépuscule,

 Ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,

 Que les hommes voguent vers la haute mer,

 Qu’ils reposent au fond des cales,

 Sous des bâches,

 La tête pleine de chimères.

 Tu connaîtras l’angoisse, l’obsession,

 Quand tout se tord et se tend,

 Que tout s’exaspère

 Que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.

 L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin. »
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( PROFIL de la NUIT)
                                                              

Sacré salon nautique ! Début décembre est le moment propice où s’élaborent les projets de la saison des croisières à venir. J’avais toujours en tête de découvrir l’Irlande que, les circonstances, les programmes, la durée ou la météo avaient contrarié à plusieurs reprises. Quand passant devant le stand « Cap- Anglo » se produit le déclic. Pascal, skipper à la gueule sympathique, me convainc de l’opportunité qu’offre, en juillet, la croisière qu’il organise vers ces destinations auxquelles j’aspirais. De plus sur un gib-sea  445, bateau dont la réputation n’est plus à faire.

Ce samedi 18 juillet, nous nous organisons, douches, petit déjeuner copieux à bord, à 1Oh Pascal nous rejoint au bateau, suit la livraison de l’avitaillement, il faut ranger la cambuse dans les différents coffres et équipés. Déjeuner sympathique dans le carré, puis l’après-midi regard sur la météo qui confirme par B.M.S sur la V.H.F. dépression sur Bretagne, Angleterre Irlande. Sympathique !

Lorsque nous nous glissons dans nos duvets, le vent souffle encore fort en rafales mais nous sommes venus pour en découdre avec Eol ou Poséidon au choix.
 

 

Dimanche 19 Juillet 2OO9

 

O6h branle bas, le réveil sonne, c’est le jour du départ. Le vent a bien viré Sud-Ouest, ce qui nous donne une allure plus confortable. Nous laissons CHAUSEY sur bâbord, voiles réglées, un ris dans la G.V et gênois avec quelques tours. Nous filons sur notre cap, la mer est négociable, la barre douce, en fin de matinée nous laissons JERSEY sur tribord. Puis, en fin d’après-midi, GUERNESEY nous salue.  Le vent est repassé ouest, mais la mer est bleue, 2O, 25 nœuds de vent régulier, le ciel s’éclaircit entre les nuages blancs qui s’évadent, nous prenons le rythme des quarts. La nuit tombant, les grains reviennent et les estomacs pas encore bien amarinés souffrent,  surtout que pour ne rien arranger, une fuite de gaz-oïl s’est répandue dans les fonds, sans que nous puissions en déceler l’origine. Malgré cet inconvénient, les équipes assurent le boulot. Bien que nous soyons mi-juillet, les dépressions se succèdent à cause de notre anti-cyclone des Açores qui a le mauvais goût de jouer au yo-yo. Lorsque je prends le quart de minuit à Oh30 avec Olivier, le ciel est étoilé, la mer s’est apaisée, nous apprécions. Il faut préciser que Pascal est hors de quart pour être disponible selon les circonstances de la nave, donc à cinq nous assurons les quarts de 3h. Au lever du jour, quart de O6h à O9h, nous apercevons nettement les côtes  anglaises et le phare de Salcombe qui éclaire les collines sombres de sa voisine Dartmouth. Il me revient les souvenirs de navigations antérieures ou avec  mon ami écossais  Don, sur son vieux gréement «  Onward of Ito »,  nous abordions de nuit  cette belle rivière riche en méandres. Le plaisir au petit matin de déguster  les breakfasts du légendaire capt’ain Morgan. Cette nuit, nous avons évité un cargo qui croisait notre route, abattant à courte distance pour le passer au cul, son ombre noire laissant filer un sillage aplati, le bruit des moteurs s’estompant peu à peu, il ne deviendra plus qu’une ombre fantomatique qui va s’évanouir dans la nuit. Nous croisons deux bateaux de pêche qui jouent à cache -cache avec nous, offrant tantôt  feu rouge, puis vert et blanc. Devant l’immense baie de Plymouth, les vents et courants nous ayant obligés à nous orienter à l’Est, il nous faut remonter  vers l’Ouest en direction de Lands-End.

 

 

Ce lundi matin 2O juillet 2009 -

 

Le cap est mis sur Lizard-Point, après avoir viré de bord à O6h4O devant Plymouth, nous avons accompli  I32 miles depuis le départ, nous atteignons le Cap Lizard à 17h3O par une journée de navigation calme, le vent à viré sud -ouest, l’allure vent de travers puis grand largue nous permet d’avoir le bateau bien équilibré et plus plat, le temps reste couvert et toujours menaçant. A minuit, nous croisons Long-Ship par le travers puis Lands’End pour  contourner les pointes rocheuses et nous engouffrer dans la mer celtique.

Au petit matin de ce mardi 21 Juillet, la mer devient plus nerveuse et s’enfle de grosses vagues, la dépression confirme les prévisions. A 2hI5 nous prenons un premier ris, vers 11h nous reprenons un force 6 puis 7 avec rafales à 8, aussi nous décidons de prendre un second ris - 38 à 40 nœuds de vent à l’anémo, les vagues  ourlent croisées et fortes, nous sommes proches du vent arrière, le G.P.S. nous affiche une position de 5O°.48’- 4 ‘’Nord et OO7°-17’-1 ‘’ W- La mer vire au gris ardoise, blanchit l’écume des vagues qui se succèdent par train de trois- la barre devient dure à manœuvrer afin d’anticiper la vague prochaine.

Secoués par notre arrière, c’est l’empannage redouté, la grande voile, heurtant les barres de flèche, se déchire, il nous faut affaler et ferler sur la baume dans ce roulis acrobatique et brutal sous les grains. Nous allons donc continuer sous gênois seul jusqu’en Irlande.et poursuivons ce mardi 22 juillet notre route en mer celtique vers Kinsale. Des grains énormes nous accompagnent toute la journée sous un ciel noir virant au gris sombre.

Émouvant moment de voir apparaître, par intermittence, dans une brume de pluie cette côte sauvage noire et déchiquetée, un mur lointain de collines sombres qui se dévoilent au gré des creux. Une impression d’intemporalité plane dans cette vapeur d’eau irisée, une beauté sauvage qui ne manque pas de gueule. Enfin dans l’intermittence de ce brouillard surgit le feu blanc d’alignement, le Cap au O° nous conduit dessus, puis la balise rouge nous indique le chenal d’entrée sur tribord. La mer s’est apaisée, tout devient plus clair, bientôt les lumières de la ville en étage sur ses collines intérieures et le petit port nous accueillent. Il est minuit lorsque tout l’équipage amarre "Etachon" contre un coursier endormi.

 

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Mercredi 22 juillet 2OO9 

 

Ouf ! grand soulagement pour tous, il ne reste plus qu’à éponger et assécher les fonds pour enfin respirer l’odeur des embruns et du goémon. A I7h, nous sommes dégagés de nos tâches, relaxe, dîner à bord dans une sympathique ambiance où tout le monde a retrouvé un bon coup de fourchette. Puis la bordée vers 21h suit son capt’ain  pour une virée à terre, visite du petit port oblige ; direction les jolis pubs colorés ou sans nul doute coulent les Guiness du cru. Nous sommes attirés par un flot de musique typiquement local. La nuit étant douce, les portes sont ouvertes sur les rues pavées et étroites. Nous nous retrouvons autour de ces sympathiques Irlandais, aimables et souriants, qui semblent apprécier la visite des équipages français.

Belle séquence d’immersion dans la langue de Shakespeare, mais il faut élever la voix car notre cow-boy chanteur du coin, dans sa musique country scandée par sa guitare, chauffe l’assistance et les octaves montent entre chaque morceau, surtout qu’il n’oublie pas à chaque pose de s’enfiler une pinte. L’air est doux au moment de regagner nos bannettes. Nous avons remarqué au port de pêche, tout à côté de la marina, quelques chalutiers  du Guilvinec.
 

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Jeudi 23 juillet 2009 

 

Au réveil nous apparaissent les vallonnements verdoyants que l’arrivée de nuit nous avaient représentés comme de sombres collines. Décor pittoresque qu’encadre le sinueux chenal opposé au port-village encastré lui-même et semblant encore endormi.

Nos voisins  écossais  ont déjà pris le large quand  à notre tour à 1Oh, nous appareillons pour une journée de navigation qui s’annonce souriante. Cap sur Glandore-Bay. Nous tirerons des bords le long de la côte, par un petit force 4 - ce qui nous permet d’apprécier  le charme de ces vallonnements tantôt arides et pelés, tantôt souriants, quand le soleil  laisse filtrer quelques rayons pour embellir les pentes vertes et jaunes entrecoupées de bruyères.

Les 42 miles seront avalés dans ce parcours presque régate en tirant de longs bords, sous un ciel bleu et une mer qui danse enfin au fond des golfs clairs ! Avec une visibilité à laquelle nous n’étions plus habitués. A 18h, nous entrons  dans le calme de cette baie magnifique aux reflets argentés, où le silence donne le change au clapot des vagues et au chuintement  du sillage. Nous venons nous amarrer sur un coffre. Annexe gonflée et mise à l’eau, direction le creux de la baie, au pied du village qui domine la rade - visite traditionnelle de l’unique Pub ou bières brunes et ambrées sont devenues notre apéritif quotidien. Chacun en profite pour prendre quelques  photos dans cette lumière du soir où se mêlent  les gris d’une eau tranquille et  le rouge orangé d’un soleil couchant qui joue à cache-cache avec les nuages. Il est 23h lorsque je referme mon journal sur la table à carte. Les copains sont déjà partis dans leurs rêves nocturnes.

 

Vendredi 24 juillet 2OO9

 

Une nouvelle journée de navigation s’annonce plus ensoleillée que la précédente, le moral est au beau fixe, force 3 à 4, aucun grain en vue dans un ciel enfin estival. Suivant le même scénario qu’hier, nous tirons des bords au près, laissons bientôt les stagues  roches noires et sinistres  dans notre sillage, quand vers 16h parait le mythique Fast-net  imposant sur sa forteresse de roches, vigie que semble être placée là  pour mettre en garde  les navigateurs d’Outre-Atlantique et leur rappeler que les côtes de ces parages  sont bien plus dangereuses que l’immense Océan. Tout l’équipage est à poste pour faire crépiter les numériques, photos obligent !  Les images en témoigneront dans l’album des souvenirs. A 17h3O nous embouquons la baie de  Cork-haven - le paysage défile en nous offrant sur tribord les collines festonnées de bruyères mauves et de fougères ; deux tours en pierres crénelées nous rappellent les tours génoises corses. La lumière argentée du soir,  nous permet de découvrir, au fond de ce fjord, un village lilliputien où quelques maisons blanches entourées de pelouses et d’hortensias s’égrainent au bord de l’eau calme. Nous trouvons un rare coffre libre, auprès d’un vieux routier de la région.

Direction la cale de granit, histoire de se dégourdir les jambes. Le vent de face lève un clapot et nous fait progresser avec des ruses des Sioux  pour ne pas mouiller les sacs. Des enfants se baignent dans une eau qui ne doit pas dépasser les 11-12°, les descendants des conquérants des Amériques ont encore la peau dure. Une effervescence règne dans ce village, car aujourd’hui c’est la grande régate qui réunit  les enfants du pays. La place du bourg voit une foule de têtes blondes et rousses s’animer autour des embarcations. Nous croisons une population aimable, calme et disciplinée, dans une ambiance amicale et bon enfant. Une épicerie minuscule trône sur la place du port, mais également quatre pubs ! Tradition oblige, bière payée, nous nous installons dehors sur les bancs rustiques, face  au mouillage d’où nous voyons ‘ Etachon’  se balancer sur son ancre.


 

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Samedi 25 juillet 

 

Nous profitons d’une accalmie, pour naviguer dans ces méandres de cailloux  qui bordent des îlots verdoyants. Nous longeons  Long-Island, puis cap sur Clear Island. Ce matin le plan d’eau est calme. Nous  louvoyons au moteur, vitesse 3,5 nœuds, ce qui donne une idée à Olivier, notre ami Suisse, qui  a très envie de nous procurer une pêche miraculeuse pour ce midi ; la ligne est mise en traîne, il espérait remplir un seau de frétillants sea-bass (bars), nous nous contenterons d’un  seul maquereau  qui avait sans doute l’intention de se suicider et en conclurons que ce n’était pas le jour de chance d’Olivier. Nous entrons dans la calme et étroite baie de cap Clear  pour un arrêt déjeuner ; nous apprécions  le côté sauvage et solitaire  du fond de la baie entouré de landes vertes, seules quelques maisons circonscrivent l’anse. Nous serons le seul bateau ancré dans ce lac tranquille.Vers 13h nous virons l’ancre au guindeau afin de pointer notre étrave vers  South Harbourg Inner, nous nous faufilons dans le méandre des collines rocheuses, mais le ciel se gâte, les cheveux d’ange, précédant la masse blanchâtre qui s’amoncèle par l’ouest, n’annoncent rien d’engageant. Les dépressions atlantiques suivent imperturbablement leur chemin, puisque l’anticyclone des Açores continue régulièrement à se dégonfler. D’ailleurs la VHF nous confirme un gale warning  pour la nuit. Nous mettons le cap sur Baltimor, port de pêche abrité. Lorsque nous entrons dans le chenal, le ciel nous promet des averses et des grains ; à 17h30 nous prenons un coffre et mouillons pour la nuit, abrités des collines. L’annexe mise à l’eau,  nous  nous  dirigeons vers le port de pêche et le meilleur accostage auprès de l’école de voile. Un petit tour au Sulivan, le pub typique du lieu, nous sommes le samedi soir, il est plein comme un œuf, surtout que l’on y fête les régates de la journée.  L’ambiance est amicale et bon enfant, mêlant régatiers, femmes et enfants. Ici, comme en Angleterre, chacun commande sa  consommation  au bar, paye sa pinte et  va s’installer autour des tables basses, banquettes ou tabourets ou bien sort sur le quai  et s’assoie sur les bancs rustiques pour deviser autour des longues tables massives, face à la mer. Une anecdote, qui ne manque pas de délicatesse et donne le ton de l’accueil réservé aux équipages français : un bateau et son équipage ont gagné la régate, ils portent un toast de victoire en ayant rempli dans la coupe un breuvage  indéfinissable  ou fleure des  effluves  de whisky ; un grand gaillard dépassant les 2 m de haut, avec des épaules qui ont du mal à s’encadrer dans la porte, vient  vers nous, tout en nous tendant la coupe et en disant : "  Pour vous les français, partagez notre victoire ! "- nous faisons ainsi circuler la coupe aux lèvres et trinquons  avec plaisir à leur santé. Il est à noter qu’ici les Normands - Guillaume le Conquérant n’a-t-il pas laissé un souvenir prestigieux ? -  et bien entendu  les Bretons,  très présents  sur ces côtes, restent  les cousins naturels  des  Celtes que sont les Irlandais, les Gallois et les Ecossais, avec lesquels nous partageons tant de traditions : musiques et fondement de la langue en particulier. D’Ouessant au Fast-Net, la ligne est continue et nous voyons flotter dans les criques d’Irlande, au vent des haubans, les hermines d’Anne de Bretagne. Nous rentrons pour dîner au bateau sous une pluie fine et pénétrante ; le temps est couvert et le vent commence à piauler  derrière les collines, mais nous serons bien à l’abri  pour préparer notre retour demain. 

 

Texte et photos d' YVES BARGUILLET

autres récits de croisières :

 

Les îles Scilly - croisière

La première Manche

Les îles ou le rêve toujours recommencé

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Croisière en Croatie et au Monténégro

Lettre océane - les Antilles à la voile

Les Grenadines à la voile

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 08:33

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Avec sa tête de baroudeur, sa cigarette vissée aux lèvres, Frédéric-Louis Sauser, né en septembre 1887, devenu Blaise Cendrars en poésie, allait magnifier son existence de façon telle qu'elle deviendra une symphonie étonnante où le vécu et l'imaginé seront indissociables l'un de l'autre. Cendrars inventera tout : sa famille, ses voyages, son enfance, si bien qu'il faut prendre cet affabulateur, créateur de mythe, tel qu'il s'est rêvé, car là se trouve sa part la meilleure. Tout jeune, il préférait les frasques et les dissipations à l'école. Bientôt, l'aventure vagabonde et les livres vont ouvrir à son imagination des perspectives enthousiasmantes. Il est vrai qu'il aime s'étonner et étonner, vivant en constante rupture avec la vie ordinaire. Impensable de le voir entre quatre murs noircir du papier. Ce poète-là a également ... des semelles de vent. De ceux de sa génération, il sera le plus libre et le plus libre dans sa façon d'écrire. Avec lui, la poésie prend le large, de préférence par train. Ce sont, en effet, les trains qui le séduisent, des trains comme le Transsibérien qui traversent  les pays perdus. Il ira en Arménie, en Chine, en Perse, se perdra dans la toundra sibérienne alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme et semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

A New-York, en 1912, il est un vagabond exténué et s'apprête à  vivre un éblouissement mystique qu'il relatera dans l'un de ses plus beaux poèmes " Pâques à New-York ". En 1914, il s'engage dans ce qui sera la future Légion étrangère et part sur le front. Blessé, il sera amputé d'un bras et rédigera "La main coupée", ce qui ne l'empêchera nullement de pratiquer le sport et de piloter des voitures rapides. Avec Cendrars, la vie ne s'envisage jamais qu'avec excès.

 

De 1917 à 1923, il travaille à la fameuse Anthologie de la poésie nègre et avec Abel Gance au film "La roue", car il se passionne pour le 7e Art, les éclairages, les ralentis et accélérés de la pellicule, l'accompagnement musical et le jeu des acteurs et, comme d'habitude, gagne de l'argent et s'empresse à le perdre, pris de court par les univers requin.

 

Après une longue vie, il meurt en janviers 1961, où il aura tout vu, tout envisagé et tout écrit, il se retire à Villefranche-sur-Mer, collaborant à des revues en véritable franc-tireur des lettres françaises. Affamé du monde, homme d'action, poète orpailleur, il reste l'image parfaite de l'homme libre, précurseur et découvreur, délimitant avec sa plume un nouveau continent aussi étrange que fascinant, peuplé d'une humanité humiliée dont il se sentait proche et qui était prête à le suivre ailleurs.

 

Son entrée dans la Pléiade n'étonnera pas ses nombreux admirateurs. Poète des immigrants et des malchanceux, des prostituées et des vagabonds, usant pour cela d'un langage inemployé avant lui, construit à partir de matériaux bruts, sans nonchalance, ni attendrissement, cet aventurier nous convie à son odyssée à la fois baroque, tragique et mystique, en errant émerveillé qui pressent de prochaines  apocalypses et se range toujours aux côtés des gueux, des larrons et des va-nu-pieds.

 

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez de sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.

(...)

 

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches ...

(...)

 

Puis tout à coup, les pigeons du Saint Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi, avec des bruissements d'albatros.

(...)

 

Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe.
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s'ouvrait comme un brasier.

 

( Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France )

 

Blaise Cendrars - La Pléiade - Gallimard   2 volumes - 

 

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         Blaise Cendrars peint par Modigliani

 

 

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 07:44
Le jardin d'incertitude - présentation

 

Roman d'une famille entre les années 1940 et 1990 que les circonstances ont mis provisoirement à l'abri des bouleversements de la modernité. Charles, avocat, et sa très belle épouse vivent au Plessis, au coeur d'un univers bocager avec leur fille Anne-Clémence, sans réaliser que le monde change, se faisant les gardiens vigilants d'une permanence élégante et artistique dans laquelle leur fille puisera, dans un premier temps, son inspiration d'écrivain.

 

L'irruption d'Adeline Charme, d'abord préceptrice d'Anne-Clémence, puis dame de compagnie de sa mère devenue veuve, va être à l'origine d'un changement de perspective, obligeant la jeune femme à envisager son existence et son oeuvre différemment.

 

Confrontée à un quotidien qui voit une société s’altérer et une famille subir de plein fouet les aléas de la fortune et les incertitudes du destin, Anne-Clémence fera en sorte que cette réalité soit transposée par l'écriture.

 

Avec ce nouveau titre, Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE nous propose son quatorzième ouvrage après ceux consacrés à la poésie, à Marcel Proust, aux peuples nomades de l'Afrique de l'est et à la jeunesse. Ses lecteurs retrouveront ses sujets de prédilection : la quête de soi, l'aspiration à la transcendance, le double visage des choses, le refuge de l'imaginaire, de même que la justesse des mots et sa passion pour la vie artistique et ses auteurs - musiciens et écrivains - préférés.

 

Pour consulter certains passages de l'ouvrage, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Arrêt sur image : l'enfance

Arrêt sur image - La collégienne

Arrêt sur image : l'aïeule

Arrêt sur image : Paris

Arrêt sur image : La traversée des apparences

 

En vente dans toutes les librairies, à la Procure, sur internet, à la librairie GALLIMARD, en cliquant    ICI

 

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CRITIQUE  SUR  CRITIQUES LIBRES  en CLIQUANT    ICI

 

CE QU'ILS ONT ECRIT :

 

Un jardin profond comme une vie…

J’ai lu, le long de cet été d’ombre et de lumière que je n’ai pu éviter de vivre, j’ai lu donc « Le jardin d’incertitude » d’Armelle Barguillet Hauteloire. « Lu » est un mot bien nu. Car j’ai vu, entendu, suivi, frémi, ri, compris, craint…

 Un livre en deux temps. Le temps végétal, celui de ce jardin si touffu, odorant, coloré, feuillu, que l’on sait enclore des secrets et des indices au-delà des charmes de ses arbres, petite porte dérobée, parterres, coins sauvages. On y trouve des magnolias, des cerisiers du Japon, des tulipiers de Virginie, des pins de l’Himalaya. Des rives bocagères,  et des spirées cascadant au-dessus des rives… L’Eden d’Anne-Clémence,  lieu de somptueuses rêveries et réflexions. L’endroit dont Anne-Clémence extrait le suc pour en remplir des pages et des pages une fois la nuit venue. Avec sa plume sergent-major qui gratte le papier  d’un graphisme convulsif et arqué.
On pose les yeux sur tout. Les couverts disposés sur une nappe damassée, la bonne qui tire les rideaux qui préserveront l’intimité nocturne, la chaleur des cuisines et la tarte renversée de Renée, la coiffeuse de Marie-Liesse la ravissante où s’alignent les flacons, les brosses à monture d’ivoire, les crèmes et les boites à poudre… La glace piquetée de cabochons d’or et les chalands de nuages.
On respire aussi. De nouveau la tarte renversée de Renée, les cheveux d'Anne-Clémence qui embaument le vent et l’odeur champêtre des graminées.
Et la plume d’Armelle Barguillet Hauteloire se fait tranchante, elle déshabille ce monde trop parfait de sa perfection et nous en livre les artifices : « Regarde ces notables qui se refilent leurs tuyaux et préparent leurs prochaines alliances ! Nous sommes sauvés, le monde tourne rond et ma petite sœur est assurée, à défaut d’amour, de ne pas manquer d’oseille. »


Mais dans ce jardin aux mille secrets il y a celui d’un baiser que j’ai ressenti comme pur, l’expression inattendue d’une reconnaissance de deux êtres que rien ne semble devoir rassembler. Et pourtant ce baiser éphémère a rôdé entre les pages jusqu’à la dernière et me touche encore.
Le second temps du livre est celui d’une vie qui tente, comme toute vie, d’étreindre Anne-Clémence, de l’arracher aux rêves à coups de réalités qui claquent comme des gifles. Mais des gifles si bien dites, avec l’élégance de la belle écriture même lorsqu’elle est cruelle, l’amour des mots choisis et des images qui en jaillissent. Des craquelures apparaissent, les imperfections écornent le vernis, mais au fond, ce nouveau regard ne la blesse que parce qu’Anne-Clémence ne ferme pas les yeux sur ce qu’il est indécent de trop fixer. Tandis que pour son entourage, si leur monde change et s’écroule sans éclat, ils refusent d’en prendre note.

 
« Bien que rassuré par les compétences de Thomas, ses dernières années avaient été endeuillées par les chagrins familiaux, le déclin des valeurs auxquelles il avait cru, la dégradation des postulats auxquels il s’était rallié. C’était un naufrage qui, non seulement l’emportait, mais engloutissait irrémédiablement une société dont la longévité cachait bien des échecs, mais qui avait eu assez de morgue pour tenir debout et faire illusion. »

 
On l’aura deviné, ce thème m’a ravie puisque moi aussi je l’aborde souvent à ma manière. Les personnages sont complets, les recoins de leur psychologie nous sont dévoilés ainsi que leur visage de croisière, ce visage que l’on porte lors d’un long voyage entre passagers. Le récit est si précis qu’on pourrait peindre les scènes qui parfois ont le faste du tout grand cinéma.

 
Vous le dirai-je ? J’ai beaucoup aimé !

 

EDMEE de XHAVEE

 

 

Le parcours de l'enfance à l'âge adulte d'Anne-Clémence. "Tandis qu'elle écrivait, son enfance veillait sur elle …" narre l'auteure. Dès les premières lignes, je me suis retrouvé dans les souvenirs de ma propre enfance. Celle qui m'a protégé, en tout cas. Dans une belle ferme en pleine campagne landaise. Immédiatement j'ai été attiré par l'histoire. Très différente de la mienne, mais pourtant ...

"Ensuite, Anne-Clémence pénétrait dans le domaine des bois. L'entrelacs des branches et leurs arabesques formaient un fouillis généreux, plus rassurant et plus propice à nourrir de confidences et d'abandons le quotidien."

Tout est beau dans la première partie de ce roman. Peut-être trop. Les descriptions de la nature sont magnifiques. Quand Armelle parle de fleurs, leur parfum vous envahit. De page en page, tout sent bon comme les armoires de cette vieille ferme que j'ouvrais, pour le seul plaisir de l'odeur des bouquets de lavande séchée qui s'en dégageait. 


Une question s'est imposée. Autobiographie ou pas ?

" Marie-Liesse se languissait depuis toujours avec volupté. Elle aimait que cette paresse l'engourdisse, l'enserre d'une douceur câline. C'était sa façon gracieuse de se laisser aller au fil des jours, de s'abandonner à leur gré. Aussi l'expression de désaveu qu'elle laissait peser  sur sa fille (dont elle ne s'expliquait pas les goûts ) l'excluait-il de ce lieu magique, en même temps que de son coeur maternel dont, avec maladresse, l'enfant cherchait la faille qui l'y conduirait, comme la petite porte dérobée lui permettait de regagner le parc et de s'introduire dans son secret, et cela au point qu'elle se demandait si sa mère n'était pas toute entière concentrée dans son reflet ..." 

Au quart du roman, les images de l'enfance s'envolent. Un premier mariage, aux couleurs d'hier et les mots deviennent plus violents. Pour tout avouer je n'imaginais pas la plume d'Armelle aussi sarcastique.

"Le visage de Thomas trahissait son introversion, son âpreté, ses lèvres minces livraient à l'observateur la clé d'une sensualité égocentrique, tandis que les narines dilatées laissaient supposer que cet homme avait le goût du pouvoir et de l'action."

L'héroïne découvre Paris. Les premiers amours avec un certain Jean-Baptiste. Et Émilie, aussi. Une grand-mère bien dans son époque, qui s'impose comme par erreur pour effacer le souvenir d'une autre aïeule et les temps heureux de l'adolescence. 

"Bien qu'elle ait eu beaucoup d'amants, Émilie avait veillé à ne pas briser les cœurs. Ce n'était pas dans ses intentions. De plus, elle avait horreur des complications et son existence était trop bien remplie pour qu'elle perdît son temps en atermoiements."

Une femme qui ne se laisse pas ébranler par le malheur. En cela, elle me plaît.

Le temps passe. Le mariage d'Anne-Clémence s'annonce. À peine distillée par quelques mots bien sentis, on saisit dès lors l'erreur de casting. Cette belle-famille ne rentre pas dans les cases de celle de l'héroïne très attachée aux traditions d'hier. À un certain paraître également.
 

Définitivement c'est la fin d'une époque. Même les couleurs, qui ont baigné les presque cent cinquante premières pages du roman, s'altèrent. Il est question de divorce, de trahison et surtout du plus horrible, d'intérêt financier. 

"Et il n'était pas impossible, s'il savait rassurer le père et s'éloigner de la famille sans faire de vague et avec autant de discrétion qu'il avait mis d'outrecuidance à s'en approcher, qu'il obtienne une gratification en espèces sonnantes et trébuchantes qui confirmerait, une fois de plus, son habileté à user des autres à son profit."

La fin se dessine mais promet encore de beaux rebondissements.  "Il n'était clair qu'avec les chiffres, pour le reste, il préférait entretenir les paradoxes"

Une nouvelle ère s'annonce et déjà pointent les regrets et l'amertume. 

"C'était la mémoire infinie de la chose écrite que le vie parcourt encore, au point que dans le mouvement des phrases se perçoit jusqu'au bruit du pas attendu, jusqu'au vacillement de l'ombre aimée"

Un beau roman qui mériterait d'être lu par le plus grand nombre, en tous cas par tous les amateurs d'une belle écriture.

 

ALAIN LHOMME

 

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Le Rondonneau de mon enfance qui m'a inspiré Le Plessis.

Le Rondonneau de mon enfance qui m'a inspiré Le Plessis.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 08:49
Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables

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Le Mont, je le connaissais bien sûr comme beaucoup d'entre vous, mais, bien qu'amoureuse des sables, je n'en avais encore jamais fait le tour à marée basse, quand la lumière se prend dans le filets des eaux stagnantes, les flaques laissées là par la mer retirée si loin et si absente qu'elle n'ait plus, à l'horizon, qu'une ligne fluide, à peine discernable. Randonnée organisée par un ami, nous avons arpenté, avec un guide et durant 4 heures, les alentours du Mont Saint-Michel jusqu'au rocher de Tombelaine immortalisé par la légende d'Hélène, qui se jeta dans le vide en apprenant la mort de son beau chevalier. Ici l'histoire s'est gravée dans la pierre et a été imaginée, rêvée, composée comme un grand poème épique dans ces étendues d'onde marine de 50.000 hectares qui sont comme un immense respir et communiquent à chaque voyageur ou pèlerin un indicible sentiment d'intemporalité. Il faut tenter d'imaginer qu'il y a 10.000 ans, l'homme courait après le mammouth dans ce qui devait ressembler à une toundra, mélange de mousse et de lichens. Pourquoi cette Merveille, qui défie les lois de la pesanteur et même du simple savoir-faire humain, s'est-elle érigée au milieu de cette baie sur une roche à l'accès périlleux, faisant fi de toutes les difficultés, lorsque l'on sait, qu'à l'époque, le Mont était encerclé par les eaux - et que celles-ci peuvent monter, à certains moments de l'année, à la vitesse d'un cheval au galop - mais notre guide a précisé pas d'un anglo-arabe, d'un percheron ! Nul doute que tous les éléments étaient réunis pour faire de cette édification  une bravade, comme il arrive à l'homme de les aimer, afin de se mesurer à l'impossible.

 

Partis à 13h15, nous étions une quinzaine pieds nus à nous engager sur l'étendue qui s'ouvre devant nos yeux d'un paysage habité par le ciel et tout d'or vêtu. Le premier kilomètre n'est pas facile car on commence par une zone de vase, la plus proche du Mont, extrêmement glissante, qui fait que chaque pas s'effectue à la limite du déséquilibre. Obligation d'avancer les bras un peu écartés pour assurer sa marche. Ensuite nous abordons un espace non seulement glissant mais mouvant, qui ondule curieusement à notre passage, si bien qu'il est conseillé de laisser une distance entre nous et d'avancer régulièrement comme le montagnard le fait lors d'une ascension, afin d'éviter l'enlisement, chose toujours possible, ce que notre guide va s'empresser de nous démontrer.  Il s'immobilise un instant et, aussitôt, s'enfonce jusqu'au haut des cuisses. Les appareils de photos crépitent. Pour s'en sortir, il lève d'abord une jambe, s'agenouille, lève l'autre, s'agenouille encore - nous sommes toujours à genoux ici, dit-il avec humour, au pied de Saint Michel - et parvient à s'arracher à la succion exercée par l'eau et le sable, mais il a tout de même prévu des cordes, au cas où ... La fin du trajet sera plus confortable, sauf pour la voûte plantaire mise à rude épreuve par le relief du sable bourrelé par les vagues, qui ne permet jamais au pied de reposer à plat, mais c'est si beau, la lumière y joue une symphonie si éblouissante, les oiseaux une partition si vaste, que les 4 heures de balade nous donnent l'illusion de nous être immergés dans un songe.

 

  
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En 708, Saint Aubert, anachorète comme de nombreux moines de l'époque, à la suite de plusieurs apparitions de l'archange Michel, décide de fonder un sanctuaire qui lui sera dédié. En 711 le roi Childebert III sera le premier pèlerin à venir y prier, très vite suivi par une foule recueillie en provenance de l'Europe entière. En l'an 1000, on compte entre 10 et 20.000 pèlerins par jour et le Mont Tombe est devenu  le lieu le plus fréquenté de l'Occident chrétien. Charlemagne va d'ailleurs mettre la France sous la protection de ce viril archange, capable d'en découdre avec l'ange du mal et d'en triompher. L'importance prise par le Mont incite les bénédictins à s'y installer pour assurer une permanence spirituelle. Ce sont eux qui introduisent les troupeaux de moutons qui  pâtureront allègrement dans les herbus, mais qui ne seront utilisés ni pour leur laine ( d'assez mauvaise qualité ), ni pour leur viande ( les moines n'en mangent pas ), mais pour la fine peau des agneaux qui servira à fabriquer les parchemins avec lesquels ils confectionneront  les admirables manuscrits calligraphiés et enluminés qui sont désormais conservés au musée d'Avranches. Ce musée recèle un trésor d'environ 70 ouvrages, s'échelonnant du Xe au XVe siècle.


Durant la guerre de Cent ans, les Anglais vont occuper la France, à l'exception du Mont qu'ils ne parviendront jamais à annexer. Bien qu'une forteresse ait été bâtie sur Tombelaine, dans l'attente de l'assaut décisif, il semble que l'archange Michel se soit révélé être un protecteur hors pair, car les anglais feront chou blanc devant ce rocher invincible. A la Révolution, tout changera, les bénédictins seront obligés manu militari d'abandonner leur abbaye qui deviendra une prison, jusqu'à ce qu'elle soit réhabilitée par Napoléon III qui, à l'évidence était un homme de goût, et remise en état, car elle était en ruine, par les élèves de Viollet-le-Duc. Cette restauration, sous la surveillance du maître, comprendra la réalisation de la flèche flamboyante - qui rappelle celle de Notre-Dame - surmontée de l'archange qui fut réalisée de 1890 à 1897 par Petitgrand, remplaçant la toiture à 4 pans de jadis.  Ces restaurations, admirablement conduites, eurent le mérite de raviver le souvenir du Mont et d'en refaire, non plus un lieu de pèlerinage, mais de tourisme avec, hélas ! le mercantilisme que cela suppose. Il est de nos jours le monument le plus visité après la tour Eiffel. Aussi est-il difficile de s'isoler un instant de la foule ( sauf en hiver et en semaine ) qui ne cesse d'y déambuler.

 

Mais sur les sables, vous ne croiserez que quelques promeneurs ou cavaliers. Vous serez assurés de n'y entendre que le sifflement du vent et le cri des oiseaux de mer, d'y marcher des heures en silence et d'y contempler le Mont sous tous ses angles, dans son éternelle beauté, ayant surmonté les outrages de l'histoire et du temps. Une petite communauté de la Fraternité de Jérusalem assure les offices et les retraites pour les quelques pèlerins d'aujourd'hui. Ils viennent au monastère ressourcer leur moral et leurs forces, y réapprendre le recueillement, la contemplation, la prière. De toutes parts, ils découvrent les sables à l'infini, les lignes du lointain horizon, ils voient la mer partir et revenir, le flot s'enrouler dans sa vague, la lumière s'y mirer doublement dans le ciel et les sables et la nuit former, autour du Mont, un grand châle de ténèbres. Voilà dressé pour la postérité ce que des hommes qui n'avaient alors, pour travailler la pierre, que leurs mains et leur foi, ont su réaliser ; voilà ce qu'ils nous ont légué à force d'humilité, de patience et de courage ; voilà, à l'égal des cathédrales, des abbayes, des forteresses, des châteaux, des cloîtres, l'oeuvre de leur esprit et de leur coeur qui, même réduite à l'état de ruine, sera belle à voir encore dans 5000 ans, parce que pétrie d'amour et de sagesse. Et nous, hommes et femmes du XXIe siècle, que laisserons-nous ?
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

 

Autres articles concernant des sites exceptionnels assez proches de Paris :

 

La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste

 

Trouville, le havre des artistes

 

La baie de Somme, royaume de la lumière et des oiseaux

 

 

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Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables
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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 08:10
Audrey Hepburn dans "Guerre et paix ", un film de King Vidor

Audrey Hepburn dans "Guerre et paix ", un film de King Vidor

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              1828 - 1910


Roman de Lev Nikolaévitch Tolstoï, Guerre et Paix est considéré comme la plus grande oeuvre de la littérature russe et une des plus importantes de la littérature universelle. En effet, la vie russe y est décrite d'une façon si complète et placée sur un plan d'une si haute humanité, que ce roman peut être envisagé comme l'un des plus beaux monuments de la civilisation européenne. Il a été écrit par son auteur en cinq ans et publié en 1878, ce dernier ayant pris pour fond historique la campagne napoléonienne de 1805-1806 avec Austerlitz et celle de 1812-1813 avec Borodino et l'incendie de Moscou, l'ensemble de ces événements étant vécus dans le complexe de deux familles appartenant à la noblesse : les Bolkonsky et les Rostov. Le comte Pierre Bézoukhov, avec lequel l'auteur s'identifie, en est le personnage central bien qu'il n'occupe pas toujours la scène. Le vieux prince Bolkonsky, qui fut général au temps de la grande Catherine, est un voltairien intelligent mais despotique. Il vit dans ses terres avec sa fille Marie qui n'est plus ni très jeune, ni très belle, mais dont le regard d'une pureté rayonnante et la nature discrète laissent deviner la bonté et la spiritualité. Son fils, le prince André, est un officier intelligent, conscient de sa supériorité mais désabusé et cherchant en vain à utiliser ses dons ; il sera blessé une première fois à la bataille d'Austerlitz et retournera à ses foyers pour assister à la naissance de son premier enfant et à la mort de sa femme. Plus tard, il tombe amoureux de la très jeune et exubérante Natacha Rostov qui lui apparaît comme un idéal de beauté et de pureté. Quand celle-ci se laisse séduire par les avances douteuses du mondain et superficiel Anatole Kouragine, le prince André tombe dans un véritable désespoir et a la prémonition de sa mort. En effet, il sera blessé gravement à la bataille de Borodino et rapatrié au moment où la population quitte Moscou menacé par la grande armée de l'empereur français. Il mourra d'ailleurs auprès de Natacha à laquelle il aura pardonné.

 

La figure attachante de Natacha illumine le livre. C'est une des plus belles créations de Tolstoï et l'une des héroïnes les plus humaines, les plus fascinantes de la littérature mondiale. Natacha  extériorise sa nature pleine de joie, capable d'influencer ceux qui l'entourent par sa sincérité. Elle possède cette lucidité du coeur qui est mieux que l'intelligence, le don inné de comprendre et de partager. La disparition de son jeune frère, tué sur un champ de bataille, marquera un tournant dans l'existence de la jeune fille. A l'instar de la princesse Marie Bolkonsky, elle deviendra une épouse et une mère exemplaire. Quant à la destinée de Pierre Bézoukhov, elle trace une ligne médiane entre la destinée du prince André et celle de Natacha. A la tête d'une immense fortune à la mort de son père, il n'en profitera nullement pour se complaire dans le luxe d'une vie oisive. De nature méditative, il est enclin à considérer les choses avec une simplicité primitive, aussi est-il moqué dans le milieu qu'il fréquente. Le prince Basile Kouraguine parviendra à abuser sa naïveté et à lui faire épouser sa fille, la belle mais extravagante et superficielle Hélène, dont il se séparera et qui le dégoûtera à tout jamais de ce milieu futile. Aussi, lorsque Napoléon entre à Moscou, Pierre se sent-il désigné par le destin pour tuer le tyran et se tient-il prêt à sacrifier sa vie et, cela, d'autant plus facilement qu'il la juge inutile. Il est arrêté par les Français avant d'avoir pu réaliser son projet et, en prison, sera en contact avec des hommes simples comme Platon Karataïev dont la foi sincère et spontanée le touchera au coeur. Sa femme étant morte, il se rapproche de Natacha qui, mûrie par ses souffrances, lui est devenue singulièrement proche. Il l'épousera et ils essaieront d'oublier ensemble les douleurs de la guerre et d'accomplir un parcours en tous points conforme à leurs aspirations.



L'importance de Guerre et Paix s'explique non seulement par la grandeur du cadre et l'ampleur de la vision de l'écrivain, mais surtout par ce que d'aucuns ont appelé l'élément moral ou philosophique, ce qui est tout ensemble de portée universelle et de conception typiquement russe. L'élément universel est la philosophie de l'histoire propre à Tolstoï. Selon lui, ce n'est ni l'esprit de pénétration des généraux et des dirigeants, ni la tactique des Etats-Majors qui doivent être considérés comme les facteurs décisifs dans les grands événements, c'est l'esprit des masses populaires, leur héroïsme, leur relative passivité et la force de volonté des âmes pures unies dans un commun effort.

 


Par ailleurs, l'écrivain est convaincu que cette philosophie trouve sa meilleure expression dans l'âme populaire russe. Les représentants les plus authentiques en sont le soldat Karataïev et, sur un plan plus élevé, le général Koutousov. Karataïev avec sa prière vespérale : " Seigneur fais-moi dormir comme une pierre et me lever comme le pain " - exprime la soumission profondément religieuse de l'homme face à l'absolu qui le gouverne. En lui s'énonce déjà le principe de la non résistance au mal qui, hélas ! conduira plus tard le peuple russe à se soumettre à l'effroyable dictature communiste. Quant à Koutousov, il est le représentant éclairé d'une conception mystique, dont seul ce peuple, contemplatif et patient, peut, selon l'auteur, porter le message au monde - et il est probable que la Russie n'a pas fini de nous surprendre. Koutousov, considérant l'invasion des troupes françaises avec l'intuition d'un villageois, subodore que l'effort de Napoléon est déjà épuisé et destiné à s'évanouir dans l'immensité monotone des steppes. Refusant l'affrontement, dont il prévoit que son armée ne sortira pas victorieuse, et ne voulant en aucun cas la sacrifier, il incite l'empereur à s'enfoncer toujours plus avant dans le pays, supposant que l'hiver russe refermera sur lui, ses officiers et ses soldats, ses mâchoires de neige et de glace.

 

 Aussi ne se préoccupe-t-il pas de se livrer à des batailles rangées ; il attend avec confiance l'heure de la grande retraite. Cette conception, Tolstoï ne craint pas de la développer avec vigueur. L'oeil clair et rêveur de Pierre, ami de la famille Rostov, joue le rôle d'un écran sur lequel se reflète le monde dirigé par une fatalité latente, mystérieusement sage. S'initiant à la contemplation, Pierre restera toutefois impuissant devant l'absolu. Grâce à ces rapports incessants entre le relatif et l'éternel, qui tantôt se révèlent dans l'intimité de la personne, tantôt se manifestent dans la foule des hommes et dans le cadre qui les entoure, un livre comme Guerre et Paix prend rang parmi les oeuvres épiques, plus proche de l'Iliade qu'aucune autre de la littérature européenne moderne. Dans la période complexe que nous vivons, il est intéressant de le relire, pour nous mieux convaincre qu'à toute action de la vie quotidienne correspond, sur le plan supérieur, son double magnifié, en mesure d'ouvrir à chacun une issue spirituelle. "Ainsi Tolstoï parvient-il à retrouver les valeurs fondamentales et à les restituer intactes et riches de promesses à notre monde condamné à se débattre entre les pôles d'un formalisme et d'un naturalisme brutal et irrémissible, plaçant son oeuvre dans une parenthèse de réflexion entre les origines du temps et les fins dernières".

 

Sources : Le dictionnaires des oeuvres - Laffont - Bompiani  ( 1952 )

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Audrey Hepburn interprétant le rôle de Natacha dans le film de King Vidor

 

 

Scène de bataille dans le film de King Vidor.

Scène de bataille dans le film de King Vidor.

Tolstoï à sa table de travail.

Tolstoï à sa table de travail.

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:58
Croisière en Croatie et au Monténégro

 

Il y avait longtemps que je rêvais de faire en bateau la côte dalmate, ce littoral dentelé, escarpé et spectaculaire, qui se caractérise par ses 1185 îles au relief montagneux, séparées le plus souvent du continent que par d’étroits canaux. Une légende raconte que l’archipel des Kornati ne serait qu’une poignée de pierres que Dieu jeta dans la mer après avoir construit le monde. Et il est vrai que certaines d’entre elles ressemblent à des cailloux à fleur d’eau. Arrivés à Dubrovnik par avion, mon mari et moi embarquons le soir même sur « Le belle de l’Adriatique » après avoir suivi, depuis l’aéroport, une route en corniche époustouflante de beauté, nous jetant au visage une mer étincelante ponctuée d’îles aux rochers ocre et l’ancienne Raguse, vigie ceinturée de remparts que Lord Byron, à juste titre, qualifiait de « Perle de l’Adriatique ». On ne s’étonnerait nullement de voir apparaître, dans ce décor immobilisé dans le temps, les rames d’une trirème soulevées en cadence, portant sa cargaison d’amphores. Tout est paisible à cette heure du soir que le soleil déclinant pare d’un éclat indescriptible, au point que la main de l’homme et celle de la nature semblent avoir agi en une égale synergie pour parvenir à composer un paysage aussi attractif. Le résultat de cette union est l’un des coins les plus impressionnants et les plus magnifiques qu’il soit donné de contempler.

  

La fondation de la ville remonte à un passé lointain, presque légendaire, comme il convient à un lieu qui réunit toutes les qualités esthétiques, fondation qui correspondrait à la chute et destruction de la ville romaine d’Epidaure au VIIe siècle. Cette hypothèse serait confirmée par les fouilles archéologiques récentes. Dans les siècles de son âge d’or, Dubrovnik était une république typiquement aristocratique, dont le pouvoir était concentré entre les mains des nobles. C’est également une cité qui, tournée vers la mer, fut celle des navigateurs. Au XVIe siècle, ils étaient au nombre de 4000 et cinglaient vers les ports qui longent l’Adriatique et la Méditerranée, au service du commerce de minerai de plomb, d’argent, de sel et d’orfèvrerie produit dans les environs. C’est à cette époque qu’un tremblement de terre verra mourir plus de 5000 habitants et n’épargnera que les remparts. Si bien que la ville sera repensée et reconstruite mais, dès lors, l’ancienne Raguse ne retrouvera jamais complètement sa puissance passée. La Dalmatie sera annexée par Napoléon en 1806 ; puis l’empire Austro-Hongrois y étendra sa domination jusqu’en 1918, avant que la Croatie ne renaisse à elle-même après bien des conflits, des guerres et des épreuves en 1991.

 

Aujourd’hui se promener dans Dubrovnik est un pur bonheur*. Définie par ses remparts, sa physionomie repose sur un solide système de fortifications qui l’enserre entièrement et lui confère cette allure altière, cette harmonie et unité incomparables, comme le ferait un écrin pour une perle précieuse. Car l’intérieur de la ville en est une, avec ses ruelles étroites à l’ombre bienfaisante, ses places fleuries aux pavés lustrés, ses toits de tuile hérissés de clochers, ses portes architecturées qui s’ouvrent sur de belles cours, ses rues voûtées où il fait bon flâner afin de découvrir, au hasard des pas, des palais, des fontaines, des puits, de nombreuses églises et cloîtres dont la sérénité tranche avec l’agitation bon enfant de la ville. On s’attarde un long moment sur la Placa pour y admirer la statue de Roland (celui de la chanson), la colonnade du palais Sponza, le pittoresque des façades, dans une atmosphère où tout n’est que luxe et beauté. La pierre blanche, la finesse de l’architecture font des monuments de véritables joyaux, comme si une plénitude d’élégance s’était à jamais fixée ici.

 

Après cette journée consacrée à la visite de Dubrovnik, notre bateau largue les amarres en direction de Mljet sur une mer qui, au long des siècles, vit confluer les navires conquérants et marchands, tour à tour hellènes, romains, byzantins, vénitiens, turques, petit paradis encore sauvage où Ulysse aurait été prisonnier de la nymphe Calypso et où nous allons faire une randonnée romantique sous une voûte d’arbres aux essences multiples et parmi le vol des papillons, avant de sauter dans une barque qui nous mènera à un monastère bénédictin oublié sur un îlot. Les moines construisirent jadis, au beau milieu de ce lac qui mêle eau douce et eau salée, une église, merveille de l’architecture romane consacrée à la Vierge, et entourée d’un jardin avec des vues ravissantes sur le lac d’un bleu  de smalt, ombré par des pins d’Alep.

 

Revenus à bord, alors que nous déjeunons, « La belle de l’Adriatique » prend la direction de l’île de Korcula, l’une des plus célèbres de l’archipel, où nous amarrons au cœur de la plaisante cité fortifiée qui ouvre ses ruelles rectilignes aux promeneurs que nous sommes, ainsi que sa chapelle Notre-Dame des Neiges, son musée des icônes, sa cathédrale Saint-Marc et sa maison dite de Marco Polo, où la légende veut que le navigateur naquît au XIIIe siècle, ce qui s’avère peu probable. Avec ses 47 km de long sur 6 à 8 de large, Korcula est la sixième plus grande île de l’Adriatique, nichée entre collines verdoyantes et mer azurée. Le soir nous attend un spectacle inattendu : « la danse des épées », exécutée par des hommes qui perpétuent une coutume vieille de quatre siècles. On y raconte le conflit qui opposa les Chrétiens aux Turcs. La fiancée du roi chrétien ayant été enlevée par le roi maure, celui-ci, épaulé par ses fidèles guerriers, se livre à un combat sans merci au rythme des cornemuses qui s’achèvera par la libération de la fiancée et sa victoire sur le ravisseur.

 

Nous passerons la nuit en navigation pour nous réveiller le lendemain en plein Adriatique, dans un dédale d’îles qui forme un véritable labyrinthe maritime, paradis des amateurs de voile. Ils y naviguent avec plaisir dans ce semis de rocaille lâché sur la mer et cette succession de paysages envoûtants qui nous admirons nous-mêmes depuis le pont-soleil, jusqu’à notre arrivée à Sibenik que l’on atteint à la suite d’un étroit goulet. Ici les roches composent d’impressionnantes corniches, ne concédant que parcimonieusement de la place à la végétation, et plongeant en à pic dans les eaux vertes ou bleues aux transparences inouïes. Et nous voilà à Sibenik, ville fondée au Xe siècle, dont les abords industriels nous arrachent un moment aux visions de cette navigation somptueuse. Il faut prendre le temps de descendre à terre, d’emprunter le court trajet qui conduit jusqu’aux ruelles tortueuses et aux escaliers qui mènent à la citadelle, pour apprécier cette cité pétrie d’histoire. Son vrai trésor culturel n’est autre que la cathédrale Saint Jacques construite de 1431 à 1535 par des artisans italiens et dalmates en styles gothique et Renaissance. Sa beauté et son élégance lui ont valu d’être inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco. A la sortie, sur le parvis, des chanteurs croates nous donnent une aubade a capela de leurs voix chaudes et profondes qui me rappellent celles des Corses ou des Basques.

 

Depuis Sibenik, nous nous rendons au parc national de Krka, où les traces les plus anciennes témoignent de la présence de l’homme dès le paléolithique. Le long de la rive droite de la Krka subsistent des restes d’un aqueduc romain. Un sentier de promenade permet d’atteindre les impressionnantes chutes où l’eau rebondit en cascades sur un dénivelé de 46 mètres, eaux tumultueuses et spectacle grandiose qui favorisent une faune et une flore originales. On ne compte pas moins de 860 espèces et sous-espèces de plantes, 18 de poissons, 222 d’oiseaux dont 18 différentes de chauves-souris. Il faut imaginer ces hautes collines rocailleuses qui se resserrent afin de composer un étroit défilé, où l’eau s’engouffre en un flot ininterrompu et bruyant, cela dans un décor idéalement champêtre.

 

A notre retour au bateau, en fin d’après-midi, alors que le soleil s’abaisse sur l’horizon, départ pour notre navigation de nuit jusqu’à Trogir que nous atteindrons en début de matinée. Aussitôt arrivés et l’ancre jetée, les chaloupes sont mises à l’eau pour nous déposer sur l’île occupée par une attachante cité médiévale classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, tant elle recèle d’atouts avec ses maisons en pierre blanche, sa superbe cathédrale romane, joyau de l’art sacré croate, ses rues étroites enrichies de vieilles enseignes, de loggias à arcades, de porches moulurés, ses palais et son campanile d’inspiration vénitienne. Nous y musardons librement en une matinée chaude, appréciant l’ombre des rues, les échappées sur la mer, les quais du port le long desquels sont amarrés les bateaux dans une atmosphère d’un autre temps. Pendant que nous déjeunons, notre bateau effectue la distance de 26 km qui sépare Trogir de Split, où nous débarquons à 14h15 pour partir immédiatement avec notre guide, une jeune croate parlant un français impeccable, visiter la ville la plus grande de la Dalmatie avec ses 140.000 habitants et célèbre pour le palais que l’empereur Dioclétien y fit construire. Pendant dix ans, des légions d’architecte, des cohortes d’artistes et une multitude d’esclaves dessinèrent, taillèrent et ornèrent l’un des plus admirables édifices romains : un carré fortifié, type castrum, que Dioclétien entendait bâtir pour l’éternité, avec ses seize tours, ses quatre portes monumentales et ses murs de 25 mètres d’épaisseur. La pierre venait de l’île de Brac selon Pline l’Ancien, un calcaire ardent et dur, semblable à celui qui confère au rivage dalmate son austère beauté. L’ensemble pouvait abriter 2000 personnes et c’est là que Dioclétien, un simple soldat devenu empereur, avait choisi de finir ses jours après son abdication en 305 de notre ère. Se promener dans le vieux Split, c’est suivre le fil de deux mille ans d’histoire et se perdre dans un invraisemblable labyrinthe architectural, croiser des sphinx importés d’Egypte, s’asseoir au pied d’un campanile roman, parcourir les salles souterraines qui servaient d’entrepôts aux romains, admirer un péristyle, symbole parfait d’un heureux mariage de styles, et surtout entrer dans l’ancien mausolée octogonal de Dioclétien, transformé en église au VIIe siècle, la cathédrale saint Domnius, par une lourde porte à vantaux considérée comme l’un des plus belles de la sculpture médiévale et qu’animent 28 caissons relatant la vie de Jésus. L’ensemble est resté dans un état de conservation remarquable. Mais pour moi le clou de la journée sera le temple de Jupiter converti en baptistère. A l’extérieur le sphinx vient d’Egypte et à l’intérieur une belle statue en bronze de saint Jean-Baptiste est l’œuvre d’un sculpteur contemporain croate de grand talent : Ivan Mestrovic. Sur la côte dalmate, une centaine d’églises témoignent d’un relais désiré entre l’antiquité tardive et l’époque romane et du souci constant que la population a eu de témoigner de sa foi.

 

Le lendemain, arrivée tôt le matin à l’île de Hvar (prononcer Rouar), l’une des plus touristiques, volontiers considérée comme le St-Tropez croate. Heureusement les touristes ne sont pas encore nombreux. Il fait beau, nous allons pouvoir baguenauder à notre guise dans ce lieu ravissant tapissé de fleurs sauvages, de lavande, de romarin et de bruyère et dont les chemins de promenade, qui conduisent tous à la forteresse espagnole, sont bordés d’agaves et nous offrent de somptueux panoramas sur la mer et les îles voisines. Des Grecs, venus de Pharos, fondèrent ici la première colonie, suivis par les romains qui implantèrent la vigne et les Vénitiens qui en firent un arsenal et l’un des centres intellectuels de la Dalmatie. Comme le vent s’est levé, nous ne pourrons pas faire escale à l’île de Vis, si bien que notre bateau va maintenant, durant la nuit, franchir les 70 km qui nous séparent des Bouches de Kotor au Monténégro, somptueux fjord dans lequel nous entrons au petit matin à travers une succession de baies blotties entre les flancs massifs des montagnes, dont les vagues viennent baigner les rives assoupies dans le calme et la mélancolie. Comment décrire de tels paysages et les sommets environnants qui fondent sous les rayons du soleil, alors que la mer devient d’un outremer intense et que se détachent deux petites îles, celle de la Vierge des Rochers et celle de Saint-Georges posées comme deux perles sur l’eau paisible, avant d’accoster à la ville de Kotor d’une beauté romantique et pittoresque. La paix de la mer, dans ce décor tellurique, a quelque chose d’extraordinaire, tandis que la cité propose à nos regards enchantés la succession de ses églises catholiques et orthodoxes, sa tour de l’Horloge, sa cathédrale saint Tryphon, ses palais, ses places, ses cafés, ses fontaines publiques, symbole de la sérénité intarissable de Kotor, et que l’on surprend le pittoresque des lieux à de nombreux détails : reliefs, portails, blasons, statuettes. Le schéma urbain s’est formé de manière spontanée, sans plan, de sorte que le centre de la ville repose sur un tissu complexe de ruelles sinueuses et de places irrégulières mais toutes séduisantes, délimitées par des façades majestueuses et charmantes.

 

Notre voyage s’achève. Le bateau reprend l’itinéraire inverse à travers les Bouches dans une lumière adoucie qui met l’accent sur les reliefs et décline la mer sur tous les tons de bleu. Nous atteindrons Dubrovnik vers 23 heures, au moment où la sublime citadelle illuminée rayonne d’un éclat rubescent. Demain, à l’aube, ce sera le retour en France après une semaine de croisière au long d’un littoral  qui nous a permis de longer d’impressionnantes falaises, de découvrir d’étonnantes baies, d’aborder des îles qui s’étirent longues et étroites, parfois lunaires, mais le plus souvent couvertes de vignobles et d’une végétation exubérante de cyprès, de pins et de lauriers-roses typiquement méditerranéenne. La population de 4 millions et demie d’habitants est accueillante et nos guides ont toujours été à la hauteur et d’une gentillesse qu’il me faut souligner. L’histoire de ce beau pays peut se lire comme une longue marche vers une indépendance chèrement payée et, ce, au centre d’un damier de petits pays comme un trait d’union entre de nombreuses civilisations et cultures. Enfin reconnue en 1991, la Croatie est aujourd’hui une nation apaisée qui s’ouvre avec une volonté affirmée au tourisme.

 

DOVIDENJA & HVALA PUNO  (au revoir et merci)


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Photos Yves BARGUILLET

 

 

 

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Dubrovnik
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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 08:35
Hannah Arendt et la banalité du mal


LA QUESTION SE POSE DE SAVOIR SI UNE ACTION S'EVALUE D'APRES LES INTENTIONS OU SELON LES RESULTATS.

 

Hannah Arendt est née à Hanovre en 1906, dans une famille d'origine juive. Son père décède alors qu'elle n'a que six ans. Adolescente, elle suit les cours de Martin Heidegger - avec lequel elle aura une liaison passionnée -  puis ceux de Husserl et Jaspers et passera sa thèse de doctorat à l'Université de Heidelberg sur le thème : " Le concept d'amour chez Saint-Augustin ", faisant preuve d'un remarquable esprit oecuménique. Son premier engagement politique date de 1933 et devient un destin personnel avec le début du nazisme. D'où sa réflexion approfondie sur la tradition juive, le judaïsme et le sionisme.



Pour échapper aux camps, elle s'exile en France, puis aux Etats-Unis, où elle apprécie le climat de liberté qui y règne. De 1948 à 1952, elle dirige la reconstruction de la culture juive et prend la nationalité américaine. Elle écrit alors : "L'origine des totalitarismes " où elle essaie de saisir comment ce mal politique a pu naître et se développer. Elle s'efforce de comprendre ce qui s'est passé, comment cela a été possible. Son projet : tenter de se réconcilier avec un monde qui a pu tolérer de telles choses, de tels événements, afin de rendre ce monde de nouveau habitable. Ce mal absolu n'a été réalisable que parce que l'homme a été volontairement ravalé à l'état d'objet, de simple chose. Ainsi a-t-il été privé de son ipséité, de ses droits fondamentaux et moraux. Il a été destitué de toute responsabilité par une nomenklatura qui s'est chargée à elle seule de la gouvernance. Les individus, dès lors, n'avaient plus qu'à obéir. On les privait de leur droit naturel à exercer leur esprit critique, à exprimer leur singularité, à réaliser leurs ambitions. C'était  le retour à l'uniformité primitive.



En 1961, Hannah Arendt assiste au procès d'Adolf Eichmann et publie en 1963 " Eichmann à Jérusalem - Un rapport sur la banalité du mal", ouvrage qui fera grand bruit, à juste titre. La philosophe pensait trouver en Eichmann un monstre, un être d'une perversité et d'une immoralité absolues. Et que découvre-t-elle ? - un homme ordinaire, banalement stupide. Il y a donc une disproportion entre la gravité du mal et l'insignifiance de celui qui l'a fait. L'accusé n'a pas agi en tant qu'homme mais en tant que fonctionnaire. Il n'a fait qu'obéir aux ordres, de façon mécanique. Comment juger une personne qui n'a jamais pris conscience qu'elle faisait le mal ? Son mal n'avait pas de mobile. Il n'était commis ni par esprit de vengeance, ni par intérêt, ni même par vice. Simplement, et cela est peut-être plus terrifiant encore - par absence de réflexion. D'ailleurs Eichmann, tout au long de son procès, ne s'exprimera que par clichés. Il ne pense jamais par lui-même et ne porte aucun jugement personnel. La société est donc en mesure de produire des monstres de ce genre à la pelle...tant il est vrai que nombreux sont les êtres humains incapables d' envisager les conséquences de leurs actes sur le long terme, de se projeter dans l'événement ou de se mettre à la place d'autrui.



La question se pose alors de savoir si une action s'évalue d'après les intentions ou selon les résultats ? Pour des philosophes comme Kant et Jankélévitch, ce sont les conséquences qui priment. Une bonne action serait l'union d'intentions bonnes et de conséquences satisfaisantes. Cependant il arrive que le mal ait été commis pour le bien d'une cause et ce mal peut être fait au nom du bien. A tel point que dire "c'est l'intention qui compte" pose problème. Il est vrai aussi qu'il n'y a pas de bien absolu à l'échelle humaine.  Le bien n'est jamais qu'une aspiration vers le mieux, le meilleur, le préférable. Et il arrive que le bien ait des effets pervers. Alors ? En définitive, le mal réside souvent dans un mauvais usage de la liberté, la liberté incomprise dont j'abuse à partir du moment où ma liberté consiste à nier ou à réduire la liberté des autres. D'où l'extrême gravité de mes choix. Je suis responsable de mes obéissances comme de mes désobéissances. Jamais je ne dois me laisser aveugler par l'opinion générale, par la voix émise par le plus grand nombre. Si la pensée est le propre de l'homme, j'ai le devoir de ne point oublier de penser. L'homme ramené à sa plus simple expression n'est rien.



Hannah Arendt eut l'immense mérite d'approfondir la condition de l'homme moderne, d'analyser l'importance de la déstabilisation qui lui fut infligée au XXe siècle par le totalitarisme nazi et le communisme stalinien. Selon Finkielkraut, la formule même du credo totalitaire fut prononcée par les khmers rouges du Cambodge : perdre n'est pas une perte, conserver n'est d'aucune utilité. Quelle leçon tirer de ces sacrifices perpétrés par des régimes vouant autant d'hommes à l'inutilité ? Hannah Arendt a déjà répondu à ce constat terrible, en écrivant ceci dans "L'humanité perdue" : "La personne déplacée est la catégorie la plus représentative du XXème siècle. Or, la leçon que cette personne est amenée, comme malgré elle, à tirer de son expérience, c'est que l'homme ne conquiert pas son humanité par la liquidation du passé qui le précède, la répudiation de ses origines ou le dessaisissement de la conscience sensible au profit d'une raison surplombante et toute-puissante. Abstraction faite de son appartenance et de son ancrage dans un milieu particulier, l'homme n'est plus rien qu'un homme."



Ce traditionalisme auquel Hannah Arendt se rattache n'a rien à voir avec une crainte qui concernerait toute notion de changement. C'est une inquiétude en ce qui concerne l'existence elle-même, un sentiment aigu de la stabilité du monde, un monde qui a la charge de se soucier de son passé et de son héritage. Car peut-être n'est-il rien de plus apaisant que d'évoquer ce long enfantement de lui-même, le murmure des mille vies qui engendrèrent la nôtre et l'ordre qu'elles ont trouvé pour encadrer les innombrables orages de l'existence humaine ? Hannah Arendt mourut à New-York en 1975, laissant pour héritage aux hommes du XXIe siècle, une oeuvre considérable de par sa puissance, son actualité et son universalisme.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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