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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 17:11
Michel Deon ou l'invitation au voyage

Michel Déon, qui s'est éclipsé à l'âge de 97 ans le 28 décembre 2016 après une vie toute entière empreinte d'élégance et de ferveur, nous laisse heureusement une oeuvre où ce sont exprimés le portraitiste éloquent et le paysagiste précis et qu'il faut s'empresser de relire ou de découvrir tant elle est "un miroir du bonheur et un objet magique", affirmait son ami André Fraigneau. Michel Déon s'est plu à courtiser la beauté et à nomadiser, de préférence à travers l'Europe, parce qu'il y avait des repères culturels : en Grèce et ce seront "Les rendez-vous de Patmos", en Irlande où il habita et où il est mort et ce seront "Les poneys sauvages" réécrit 50 ans plus tard et "Un taxi mauve", mais également en Suisse, en Italie, au Portugal sans oublier les Etats-Unis et le Canada. Il avait écrit : " Je crois m'être beaucoup promené en flâneur sur cette terre et dans les livres d'écrivains que j'aimais." En effet, Michel Déon n'envisageait pas le voyage en touriste mais bien en promeneur. Il le voyait semblable aux pérégrinations d'un Ulysse, voire d'un Flaubert en Egypte ou d'un Chateaubriand en Grèce. Selon lui, l'aventure se vivait comme une suite de hasards qui font se croiser et se recouper les chemins. Quand il se fixa en Irlande, la question lui fut posée : pourquoi l'Irlande ? "Je n'en sais rien au juste" - avouait-il.  "Il faut bien vivre quelque part. Au fond, il s'agissait peut-être d'une envie, mûrie depuis longtemps, un obscur besoin de pluie, de vent, de prairies vertes, l'attrait que peuvent exercer une terre mouillée, de vastes paysages, la présence de l'Océan et le bruit sourd et continu de la houle se brisant sur les falaises de Moher. L'Europe s'achève ici, plus loin c'est l'aventure". 

 

Rappelons-nous aussi qu'il fût l'un de ces jeunes hussards qui entendait refaire le monde et réinventer la littérature. Leurs noms : Blondin, Laurent, Nimier et Déon. A eux quatre, ils ont usé de la plus grande liberté en lui ajoutant ... la grâce. J'ai eu cette chance de rencontrer Michel Déon sous la Coupole, où il siégeait, en décembre 1987. A l'énoncé de mon prix de poésie, qui me valait d'être là, il m'avait dit : "vous avez fait le bon choix". En effet, Michel Déon aimait la poésie et son oeuvre en est l'écho constant. En amoureux des mots, et parce qu'il entendait respirer à une certaine altitude, il n'a eu d'autre urgence que de faire preuve d'une constante exigence, remettant cent fois sur le métier son ouvrage, sans cesse le polissant et le repolissant, au point de réécrire un livre cinquante ans après sa première publication, sans oublier de parer l'ensemble d'une secrète mélancolie et d'une discrète ironie. Si bien que sa rêverie fut féconde : "Je ne suis pas un désespéré" - avouait-il "mais je suis un chimérique plein de sérénité".

 

Il est vrai aussi qu'il mît toujours entre lui et le réel une certaine distance et qu'il a coloré son romanesque d'un zeste de nostalgie. L'âge venant, il avait pris du recul et s'était volontiers consacré à dépeindre les crépuscules, les choses qui nous quittent, les lueurs vespérales. J'ai beaucoup aimé "La montée du soir" et "Les gens de la nuit", sans oublier "Les trompeuses espérances", où Michel Déon évoque non seulement le vieillissement des êtres mais la décadence irrémédiable d'une civilisation : la nôtre. Cela sans alourdir ses propos d'une quelconque rancoeur. Son humour le sauvait de la désillusion, si tant est qu'il en eût, et sa générosité naturelle le portait volontiers à écouter les autres, surtout les jeunes. Mais il n'avait rien d'un universitaire arrogant toujours bien disposé à jouer les censeurs. Déon était naturellement bienveillant, considérant que la vie l'avait été avec lui.

 

Oui,  il faut relire cet auteur qui aimait les grands espaces et la liberté de ton et de pensée, cet homme attentif et délicat qui a constamment trempé sa plume dans une encre indélébile. " J'ai eu la vie que je voulais, j'ai écrit les livres que je pouvais écrire, et le destin a été plutôt généreux avec moi, c'est déjà beaucoup, et j'ai reçu de la littérature plus que je ne lui ai donné." Ce mélancolique savait se méfier tout autant d'un scepticisme douteux que d'un brumeux désenchantement.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 09:13
Les enfants du grand jardin de Carine-Laure Desguin

Je voudrais commencer cette nouvelle année avec ce texte très poétique, plein de fraîcheur enfantine afin d'oublier, l’espace de cette lecture, la noirceur de l’époque que nous vivons. Merci Carine-Laure pour cette parenthèse de lumière, de joie et d’insouciance.

 

 

                          Les enfants du Grand jardin

                             Carine-Laure Desguin (1963 - ….)

 

 

« D’accord on serait des … », tous les parents de plusieurs enfants ont entendu leurs charmants bambins formuler une hypothèse commençant par cette formule qui laisse une porte largement ouverte à leur imagination débordante. Si vous avez oublié votre imagination enfantine vous risquez de vous perdre dans les méandres de la magie de Carine-Laure car, elle aussi, elle a dû, en flânant dans un parc quelconque entendre des petites filles se lancer dans un grand délire que les adultes ne peuvent pas comprendre. Elle a confié au petit Vérone le soin de raconter l’histoire inventée dans le Grand Jardin, par deux fillettes, Nicole et Marianne, pour vivre le jeu qu’elles ont créé dans un monde qu’elles seules peuvent comprendre. Peut-être que Carine-Laure a aussi lu le fameux livre de Salman Rushdie, « Les enfants de minuit » et qu’elle a voulu à son tour essayer de percer le mystère de l'enchantement que les enfants sont capables de susciter pour échapper à la vie si mal construite des adultes.

 

Dans le parc du "Grand Jardin", Marianne et Nicole « grandes comme deux guirlandes du troisième jour ressuscité, cousues ensemble », imaginent un monde de guirlandes d’enfants, « les têtes à trous », qu’elles nomment par des noms de villes, de pays, certainement des noms qu’elles ont puisés dans la bouche des adultes. « On asperge aux Amériques, on rêve en Europe, on picore au milieu de l’Afrique. Pour l’Asie et l’Océanie, ça dépend des jours. Et puis, je ne comprends pas tout moi-même, alors… » Elles ont voulu les faire vivre à leur façon comme les parents semblent les faire vivre à la leur. C’est comme cela que j’ai lu ce livre car Carine-Laure s’est laissée emporter dans le monde imaginaire, magique, fantasmagorique concocté par ces deux gamines sans se soucier de ce qu’en tireront les pauvres lecteurs égarés dans ses lignes.  Et de toute façon, une fois édité, le livre appartient au lecteur qui en fait la lecture qu’il comprend ou ressent. Cette lecture m’a enchanté, elle m’a ramené dans un temps très lointain où je n’étais pas plus haut que ces deux fillettes, dans un temps où la réalité n’était que celle que nous voulions concevoir puisque celle des adultes nous échappait totalement et nous semblait bien difficile à appréhender.

 

En se glissant dans la peau du petit Vérone qui nous conte les histoires des deux fillettes, Carine-Laure a retrouvé sa fraîcheur enfantine, elle a redécouvert un langage, même si ce dernier est plus élaboré que celui dont elle usait alors lorsqu’elle n’était qu’une fillette candide. Un langage truffé de mots inventés, déformés, d’expressions très imagées mais aussi un langage rempli de jeux de mots, de calembours, d’aphorismes, de jeux d’assonance, de termes détournés de leur sens initial, des mots venus, eux, de son présent et non pas de son enfance. Un vrai bonheur de lecture pour ceux et celles qui aiment jouer avec les mots, leur faire dire ce qu’ils n’ont pas prévu de dire, leur narrer une autre histoire. « Moi, Vérone, le p’tit gars qui vous raconte du fantastique dans cette histoire, je suis haut de forme de pot de ne rien sans voiler, de tout vous tanguer. » Vérone raconte ce qu’il peut avec les mots que Carine-Laure lui prête. « Alors nous, on absorbe ces vérités-là. On ne sait que celles-là, ce sont celles qui coulent toutes humides de rires et de larmes de la bouche des deux fées. » Il ne sait peut-être pas, le petit Vérone, que son texte est formidablement poétique et qu’il est beau. « C’est du beau derrière les yeux, du baume sur le cœur, du rêve jamais entamé avant cette glorieuse journée de rois couronnés. »

 

Et dans le Grand Jardin, « Avec une voix isocèle de clairière cristalline et équilatérale de victoire. Nicole et Marianne chantent en gesticulant de leurs doigts de fée et secouent la démesure… » pour que le monde des enfants vivent toujours et qu’un jour, peut-être, il remplace le triste monde des adultes.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 08:38
Bleu de travail de Thomas Vinau

Exercice de style

 

Un petit recueil de textes courts, souvent très courts dans lesquels Thomas Vinau, véritable alchimiste du vocabulaire, redonne ses lettres de noblesse à l’écriture redevenant sous sa plume un art à part entière.

 

 

Bleu de travail

   Thomas Vinau (1978 - ….)

 

 

« Chronique des manches retroussées du ciel et des matins qui passent. Textes de rien, de faim et de soif. Il y a chaque jour des gris à habiter et des couleurs à faire pousser. Il faut chaque jour plonger ses mains dans le cambouis… » « Le jour met son bleu de travail. Je mets le mien aussi. » Et pourtant, après avoir lu les quelques quatre-vingt textes constituant ce recueil, j’ai l’impression qu’il y a mal donne, que l’auteur cherche à égarer le lecteur, je ne l’imagine absolument pas en bleu de chauffe, je le vois plutôt déguisé en alchimiste, se démenant comme un diable derrière sa paillasse, précipitant des mots dans des éprouvettes et des cornues pour en tirer l’essence, le nectar, qu’il distillera ensuite.

 

Avec le produit de sa distillation solidifié en mots comme des briques de texte, Vinau  constitue des morceaux de phrases ou des phrases ultra courtes qu’il assemble pour rédiger des textes courts, souvent très courts, mais très forts, des textes pour dire le nécessaire, l’essentiel, juste ce qu’il faut pour faire vivre les petites choses invisibles mais nécessaire à notre vie, les choses qui paraissent inconséquentes, anodines, vénielles mais qui, finalement, donnent un sens à notre vie. On dirait que Vinau a lu les maîtres japonais, il écrit un peu comme eux : il pose précieusement ses mots/briques par petits groupes en vérifiant très attentivement leur assemblage et leur sonorité avant de les placer entre les deux points qui délimitent la phrase et de les relier à une autre phase pour produire un texte  soupesé, ciselé, clair, sonnant bien.

 

Avec Vinau, l’écriture redevient un art, il écrit tout d’abord pour proposer de beaux textes, des textes travaillés comme des sanguines, des fusains, des esquisses, des épures, des œuvres dépouillées mais expressives,…,  des textes sonnant  comme un fragment de musique, un « Stück Musik » de Schubert par exemple ou une petite pièce de Satie. Au-delà de la forme, ceux-ci ont une signification, ils évoquent le monde froid, austère, sans richesses ni fioritures, le monde des êtres faibles, des petites choses, des pauvres gens, le monde de ceux qui semblent ne pas compter et qui pourtant donnent beaucoup de sens à notre vie. Des textes à lire comme on mange une friandise, sans se poser de questions, juste en dégustant. « Les arbres se gonflent et se dégonflent. Ils expriment le vide froid. Les branches sont des bronches. Poitrine de lumière. Et le ciel qui ronfle. Et nos peines soufflées. Là. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 09:36
Tête dure de Francesco Pittau

                                               Une vie d’immigré

Francesco Pittau raconte avec beaucoup de talent, de verve, de justesse et de drôlerie, la vie d’un gamin dans une famille d’immigrés italiens en Belgique. Un livre que j’ai dégusté avec grand plaisir tant il sonne juste et rend un bel hommage à ces courageuses familles « bringuebalées » dans un monde qui n’était pas le leur.

 

 

                                      Tête-dure

Francesco Pittau – 1956 - ….)

 

 

«Tête-Dure», est le môme d’une famille d’immigrés italiens, famille qui est venue travailler en Belgique pour gagner quelques sous pour survivre. On appelle cet enfant «Tête-Dure», non parce qu’il a un mauvais caractère, une forte tête ou un tempérament irascible, seulement parce qu’il semble insensible à tout, son père lui a appris que lorsque l'on était un homme on ne pleurait pas, on n’avait pas mal, il suffisait de serrer les dents. Le gamin a vite compris que pour avoir la paix et éviter les roustes, il était préférable de la fermer et de se réfugier dans son monde, son monde à lui, celui des jouets qu’il fait vivre dans des univers qu’il crée sous la table, dans un angle de la pièce, dans n’importe quel coin que les adultes ne fréquentent pas ou peu.

 

L’histoire de ce garçon et de sa famille est tellement vraie, sonne tellement juste, le langage et le vocabulaire sont tellement savoureux, tellement en adéquation avec le récit qu’on croirait que l'auteur a réellement vécu dans cette famille ou dans une qui lui ressemblerait étrangement. Pittau nous raconte la vie de ce môme comme si c’était la sienne, il évoque un week-end en particulier, celui des 27 et 28 octobre 1962, resté célèbre dans la mémoire collective car c’est celui où les Américains et les Russes se sont dressés comme deux coqs au point de prendre le risque de déclencher une guerre nucléaire à propos des missiles installés à Cuba par les Soviétiques. En ce week-end, les nerfs étaient à vif, le père buvait des bières avec le voisin jusqu’à l’ivresse, se chamaillant à propos de politique, et la mère était en retard pour faire la cuisine, elle avait rencontré une voisine au marché. Le père a gueulé, la mère s’est rebiffée et les beignes sont parties, le père a claqué la porte et, lorsqu’il est revenu, il a emmené le gamin chez le coiffeur, artisan occasionnel et coupeur d’oreille par maladresse. Néanmoins, l'enfant ne pleure pas, c’est un homme. Pour ne pas rentrer trop vite à la maison, le père entreprend la tournée des bistrots en laissant le petit dans des familles à peu près semblables, des familles où les femmes la ferment, où les hommes travaillent comme des brutes et se comportent comme telles.

 

Résumée en un seul week-end, c’est toute la vie des immigrés italiens, qui ont quitté leur pays pour gagner une vie miséreuse en Belgique, qui nous est contée, mais cela aurait pu être celle d’immigrés d’autres origines, l’histoire aurait été peu différente. C’est l’existence d’une société de mâles exploités pour quelques sous qui tyrannisent leur femme comme pour se venger du traitement qu’ils subissent. Madame Giovanna a tout compris, elle sait ce qu'il advint en général dans un couple italien : « Lui, c’est l’homme, dit Madame Giovanna. Il travaille, il rapporte des sous, et moi je suis là pour la maison et les enfants. Il ne manquerait plus que je commande ! Non, non, moi à ma place et lui à la sienne. S’il met les mains sur une casserole, je l’assassine ! » Mais la voisine belge n’est pas d’accord, elle ne comprend pas que la mère encaisse les taloches et les beignes et qu’en plus elle culpabilise, « qu’un homme reste un homme malgré tout, et qu’il a le droit de, et qu’il peut se permettre de, et que, Chez Eux, ce sont les hommes qui commandent et que c’est mieux comme ça… » La voisine, elle ne supporte pas, elle hurle : « Tu es folle ! Tu es folle malade ! C’est lui qui lève la main sur toi, et tu vas dire qu’il a raison ? »

 

Quant au gamin, il souhaiterait qu’on ne s’occupe plus de lui, qu’on ne le mêle pas aux histoires des grands, qu’on ne le traîne pas dans des familles encore plus pénibles, qu’il puisse rester dans son monde à l’écoute de ses rêves.

 

Un texte extrêmement goûteux que j’ai dégusté, une écriture taillée sur mesure pour raconter la vie de cette société de travailleurs exploités, de femmes avilies, dominées et même battues et d'enfants qui s’élèvent seuls à l’écart des querelles des adultes.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:30
Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Un vampire pour guide

Un recueil de nouvelles brèves qui racontent, en n’allant qu’à l’essentiel, des petites choses du quotidien qui finissent par déterminer l’existence de chacun. Un vampire, certainement un personnage réel ou virtuel, qui aurait eu une influence déterminante sur la vie de la narratrice.

 

                                    Le vampire de Clichy

                                    de Véronique Janzyk 

 

 

 « La dernière nuit de l’an dernier, j’ai été mordue  à la gorge par un vampire ». Cette morsure a bizarrement engendrée des rencontres « particulières » que l’auteure raconte dans ce recueil de vingt-trois textes que l’on peut présenter comme autant de nouvelles construites avec des phrases courtes, souvent même très courtes, qui toutefois n’accélèrent jamais le texte, lui conservant toujours le rythme approprié à l’intrigue et à l’intensité que Véronique Janzyk cherche à lui donner. Des phrases dépouillées contenant seulement l’essentiel, l’essentiel c’est  toutes les petites choses qu’on ne remarque pas forcément mais qui constituent le quotidien de la vie et qui finissent par déterminer notre l’existence. L’essentiel, ce sont aussi les mots car l’auteure a fait un vrai travail sur le langage choisissant avec beaucoup d’attention le terme le plus juste, le mieux approprié pour décrire les situations que le vampire lui impose tout en les revendiquant. L’essentiel, c’est aussi le corps qui fait l’objet de plusieurs textes, le corps qu’on exhibe, le corps réceptacle de la souffrance, le corps que le vampire mord.

 

J’ai bien aimé le procédé très adroit dont Véronique use afin d’introduire ses nouvelles qui  ne sont pas sans rappeler celles de son précédent recueil, la mise en scène d’un vampire qui serait comme un guide de sa vie mais aussi l’inspirateur de ses récits. Un être imaginaire qui aurait une double mission : inspirateur de la vie que l’auteure raconte et inspirateur des récits, un rôle dans l’histoire racontée et un rôle dans la rédaction de cette histoire. Mais si ce vampire est tellement impliqué dans la vie de la narratrice, une question se pose inéluctablement : qui est ce vampire ? Ou qui se cache derrière ce vampire ? Certains textes portent peut-être des indices, ceux notamment qui évoquent les grandes faillites de notre société, les monstres inhumains indignes de la vie qui leur a été donnée, les violences cruelles et inutiles, les douleurs et les souffrances injustes… La narratrice semble supporter de plus en plus mal le comportement de ses congénères et le vampire est celui qui intervient pour marquer une rupture, un changement, elle l’en remercie d’ailleurs dans le texte liminaire : « … je l’ai croisé, et qu’il en soit ici remercié ».  Le vampire pourrait être celui qui, avec la nouvelle année, apporte une nouvelle résolution, une autre façon de voir le monde et ses misères, une autre appréhension de la vie et de ses malheurs.

Les vampires ne sont peut-être pas tous des monstres !
 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 09:20
De l'âme de François CHENG

Je viens de refermer un livre qui n’est ni un roman, ni un essai, mais une méditation sur l’âme, méditation sous la forme de lettres adressées à une âme sœur, à une bien-aimée lointaine. Cette méditation, à une époque où celle-ci est tombée en totale désuétude, a quelque chose de revigorant ou, mieux, de réconfortant. Quelqu’un, de nos jours, ose ainsi nous entretenir de ce vocable désuet qui n’est plus guère d’actualité en France, « ce coin de terre censé être le plus tolérant et le plus libre, où règne néanmoins comme une « terreur » intellectuelle, visualisée par le ricanement voltairien » – précise l’auteur.

 

Et quel est cet auteur qui prend la liberté de donner à son ouvrage un titre "De l'âme" qui n’est pas sans évoquer le traité d’Aristote et peut impressionner les éventuels lecteurs ? Que ceux-ci se rassurent : le livre se lit avec bonheur parce qu’il ravive en nous les souvenirs les plus purs, les aspirations les plus hautes, les sentiments les plus nobles. Les mots tombent sur nous pareils à une rosée et les phrases parlent comme une merveilleuse symphonie musicale pour la simple raison que l’écrivain, à qui l’on doit ces quelques 156 pages illuminantes, est d’abord un poète avant d’être un romancier, un philosophe, un essayiste et un critique d’art. Pas moins de 34 ouvrages à son actif et plusieurs prix à son palmarès dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française (2001), le prix Fémina (1998), le prix André Malraux (1998) et le prix Roger Caillois (1998).

 

Cet homme est Cheng Chi-Hsen, né à Nanchang en 1929 et naturalisé français en 1971 sous le nom de Cheng et le prénom de François, en hommage à St François d’Assise. Après des études commencées à l’université de Nankin, il suit ses parents à Paris, son père venant d’obtenir un poste à l’Unesco. Mais alors que sa famille émigre bientôt aux Etats-Unis, le jeune Cheng, définitivement séduit par la culture française, reste seul dans notre capitale afin de poursuivre, dans des conditions très difficiles, des études universitaires de lettre, tout en traduisant, de façon à subvenir à ses besoins, des poètes chinois en français et des poètes français en chinois. Taoïste et chrétien, il est aujourd’hui membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux, association multiconfessionnelle qui œuvre pour la préservation et le rayonnement "cultuel" français, à une époque où tant de nos ressortissants s’offusquent que l’on puisse encore installer une crèche dans un de nos lieux publics. De même qu’il est le premier asiatique à être élu à l’Académie française (juin 2002). Parcours exceptionnel et écrivain exceptionnel d’une œuvre qui saisit par sa profondeur, son élévation, sa délicatesse, alors que tout ce qui relève de la spiritualité est volontiers traité de ringard et relégué dans les oubliettes par une intelligentsia convertie à la seule dualité corps/esprit.

 

« Je ne voudrais surtout pas que vous vous mépreniez sur la portée de mes propos : je ne cherche en rien à diminuer l’importance de l’esprit. Disons qu’au niveau d’un individu, l’esprit est grand et l’âme essentielle, que le rôle de l’esprit est central et celui de l’âme fondamental ». Et plus loin, François Cheng poursuit : « L’âme ne peut être négligée ou mise en sourdine, escamotée voire ignorée par le sujet conscient, elle est là, entière, conservant en elle désir de vie et mémoire de vie, élans et blessures emmêlés, joies et peines confondues. »


De cette lecture, où l’on rencontre, pour n’en citer que quelques-uns, Gaston Bachelard, Krishna, Platon, Maître Eckhart, Léonard de Vinci, Hildegarde de Bingen, le poète persan Attar, Pascal, Simone Weil, nous côtoyons en permanence les esprits les mieux à même de nous éclairer dans les catacombes que nous traversons. L’auteur n’oublie pas de souligner que corps et âme sont solidaires. Sans âme, le corps n’est pas animé ; sans corps, l’âme n’est pas  incarnée. Et il nous rappelle également les beaux vers de Pierre Emmanuel :

 

Toute âme ayant brisé la prison où la peur d’être aimée l’enferme

Est sur le monde comme un grand vent, une insurrection d’écume et de sel

Une haute parole de vie dans et contre le corps éphémère

(…)

Qui monte dans l’humilité triomphale comme une grappe de cieux superposés.

Je te laisse, dit Dieu. Tu es heureux. Je te laisse car tu es certain.

Toi, premier sauvé de Babel, non par verbe singulier

Mais simplement parce que tu aimes. »

 

Ainsi, avec François Cheng, naviguons-nous en altitude avec une vue panoramique sur les espérances humaines et ses constants prolongements spirituels, fouetté par un souffle qui nous libère de nos entraves provisoires et ranime au fond de nos âmes délaissées la lumière vacillante de « l’éternel désirant ». Puisque « l’esprit raisonne alors que l’âme résonne, que l’esprit se meut tandis que l’âme s’émeut, que l’esprit communique là où l’âme communie »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 09:34
Ma lettre au Père Noël 2016

Cher Père Noël,

 

Il m'arrive de me demander si, par hasard, tu n'aurais pas pris ta retraite sans prévenir personne et  si, lassé de voir la planète se déchirer en permanence, tu ne te serais pas enfui vers des cieux plus cléments ? Néanmoins, je tente encore de t'écrire cette lettre que je confie à la bonne grâce de quelque pigeon voyageur, de quelque oie sauvage, de quelque oiseau migrateur qui connaissent mieux que moi les voies rapides du firmament. Vois-tu, j'avais une idée à te proposer cette année car tu sais bien qu'il n'est pas question que je charge davantage ta lourde hotte en te réclamant des cadeaux pour mes petits-enfants. Ma suggestion est simple : celle que tu te refuses à gâter qui que ce soit, même le plus adorable, le plus tendre, le plus sage des enfants, tant que des bombes iront en tuer des milliers dans certains pays. Oui, pas de gâteries pour les uns alors que les autres voient tomber du ciel une mort cruelle !

 

Sans doute mon idée rejoint-elle la tienne et hoches-tu du chef en te disant intérieurement que prendre ta retraite signifierait que tu éteins la dernière étincelle de merveilleux qui subsiste dans l'univers ? Mieux vaut que tu te contentes de faire grève aussi longtemps que le bruit des armes retentira, semant la mort alentour. Trêve de Noël ou mieux que cela : sainte colère face à l'inadmissible cruauté qui inspire aux hommes des actes barbares. 

 

Ta hotte restera probablement vide en ce mois de décembre 2016. Je te suppose blême de rage et invitant tes rennes à un repos partagé jusqu'à nouvel ordre, confiant  aux parents le soin d'assumer eux-mêmes le Noël de leurs petits. "Où sont mes frères, mes amis, mes semblables" - te désoles-tu - "dans ce monde fracturé de toutes parts ?" Je ne doute pas qu'une larme de mélancolie glisse au long de ta joue. Cher Père Noël, je t'embrasse en souhaitant que le monde devienne meilleur et que tu nous reviennes l'an prochain avec la "petite espérance" blottie sur ton épaule.

 

Armelle

 

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Lettre au Père Noël 2017

Lettre au Père Noël 2015

Lettre au Père Noël 2013

Lettre au Père Noël 2012

 

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Ma lettre au Père Noël 2016
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 08:59
Call-boy de Ira Ishida

De la sexualité à la sensualité

 

Un livre qui raconte la vie d’un call-boy payé pour satisfaire les besoins particuliers de certaines femmes dans un texte plein de pudeur et de sensualité qui est plutôt une ode à la différence et au droit de chacun de conduire ses plaisirs selon sa nature et ses envies.

 

 

                                          Call-boy

Ira Ishida (1960 - ….)

 

 

« J’entends souvent résonner des bruits de pas dans mes rêves ». Un livre qui commence par une telle phrase ne pouvait que m’aspirer et je fus bien inspiré de le lire. Ces bruits de pas sont ceux de la mère de Ryô que celui-ci continue d’entendre, bien qu’il l'ait perdue à l'âge de dix ans. Ce bruit est associé à la douce main de sa mère qui effleurait son visage d’enfant en lui procurant des sensations liées aux prémices de ses premiers émois. Devenu jeune homme, Ryô entend toujours ces pas dans ses rêves même si sa sexualité est plutôt banale jusqu’à ce qu’il rencontre la femme qui va changer sa vie. Madame Midoh sent rapidement en ce jeune homme une sensibilité et une sensualité qui pourraient combler la libido de bien des femmes qui s’adressent à elle pour assouvir leurs désirs. Ryô devient ainsi un call-boy, un jeune homme qui se prostitue pour satisfaire les désirs de femmes souvent beaucoup plus âgées que lui.

 

Peu porté sur le sexe, il est surpris par la proposition de sa protectrice mais accepte tout de même de tenter l’expérience afin de gagner l’argent nécessaire pour payer les études qu’il ne suit pas assidûment faute de temps. Mais l’argent passe vite au second plan, derrière les découvertes qu’il fait au contact de ses « clientes » chez lesquelles il trouve des motivations diverses. Il comprend vite que la sexualité n’est pas associée aux seules relations sexuelles, qu’elle peut être également cérébrale, liée à une simple évocation du passé, à un souvenir sensuel ou à une première expérience particulièrement marquante. Il devient vite un amant recherché, un jeune homme qui sait satisfaire les désirs qu’il décèle facilement chez les femmes, même les plus âgées.

 

Ce livre, qui raconte les rencontres les plus excentriques du jeune homme, n’est pas un catalogue des pratiques sexuelles jugées souvent déviantes, c’est plutôt une ode à la sensualité amoureuse et à la liberté sexuelle. Selon l'auteur, il n’y a pas de sexualités déviantes, il n’y a que des façons différentes de satisfaire ses envies et de trouver son plaisir. Il s’élève contre ceux qui jugent les pratiques des autres sans en connaître les raisons profondes : « Il y a plein de gens dans ce monde qui souffrent de problèmes qui ne les concernent pas, qui jugent autrui sans réfléchir, à partir de valeurs qui ne sont pas les leurs. J’en ai vu tellement…. »

 

Ishida parle avec une grande liberté de sexualité mais aussi avec une certaine pudeur, sans pudibonderie, cette fameuse pudibonderie religieuse qui, selon certains psychanalystes, aurait tellement gâché la sexualité et la vie de nombreuses personnes. Il s’efforce de faire comprendre à ses amis que son emploi à un sens : « Tu devrais savoir que faire l’amour est toujours une transaction. Quelqu’un achète. Quelqu’un vend. Et en même temps, l’âme joue un grand rôle aussi. Il est difficile de distinguer les deux ». Ishida et son héros auraient ainsi dépassé les motifs de conflits qui ont récemment agité la société française. « J’avais dépassé à ce moment-là les différences sexuées entre hommes et femmes. Je ne savais plus de quel sexe était Azuma. Je le voyais comme un être aussi charmant que déroutant… ». Pour eux le sexe n’est plus motif de différence, il n’est que le vecteur de la sexualité et le moyen de satisfaire son être.

 

Toutes les références culturelles de ce livre sont occidentales, l’auteur semble avoir une très large culture européenne et américaine mais il n’en demeure pas moins que son texte évoque profondément les mœurs et les lettres japonaises. On retrouve dans ce roman cette liberté d’évocation de la chose sexuelle avec pudeur mais sans pudibonderie qui rappelle Kafu, Kawabata, mais aussi des lectures plus récentes que j’ai eues le plaisir de faire des textes de Ryû Murakami, Rieko Matsuura,  Banana Yoshimoto. Et il semble que lui aussi ait beaucoup lu : « Après la mort de ma mère, je me suis retrouvé tout seul. Je n’avais personne avec qui parler. Et comme je passais mon temps à lire, peut-être que finalement, je parle comme un livre », comme un très bon livre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Call-boy de Ira Ishida
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:29
La concession française de Xiao Bai

 

Dans ce vaste roman, Xiao Bai propose une histoire à la croisée du polar, du roman d’espionnage, du roman historique et encore d’autres genres littéraires, qui fait revivre la ville de Shanghai et les concessions qui y étaient implantées de la fin des années vingt à la fin des années trente.

 

La concession française

Xiao Bai (1968 - ….)

 

Shanghai porte de l’Occident entrouverte sur l’immense Empire du milieu, Shanghai lieu de confrontation entre les cultures orientales et occidentales, Shanghai lieu de rencontre de toutes les puissances officielles et occultes, Shanghai objet de fasciation pour de nombreux écrivains : Malraux, « La condition humaine », Xiao Li « Shanghai Triad », Weihui, « Shanghai baby . Ainsi, après beaucoup d’autres, Xiao Bai met en scène cette ville cosmopolite avec ses « concessions » et son « settlement », ses sociétés secrètes, ses espions, ses forces révolutionnaires, ses aventuriers spéculateurs, ses polices locales ou étrangères. Et, comme tous ceux qui l’ont précédé, Xiao Bai propose une histoire à la croisée du polar, du roman d’espionnage, du roman historique et encore d’autres genres littéraires.

 

Mai 1931, dans la concession française, un officier de l’armée du Kuomintang est abattu à sa descente d’un bateau par un membre de la Société des Forces Unies qui représente, dans cette ville, les communistes subversifs qui veulent déstabiliser les concessions pour affaiblir la Chine et y exporter leur révolution. Ce meurtre agite les multiples forces qui règnent sur les concessions ou qui voudraient s’y implanter : les Français et les Anglais qui y sont déjà bien installés, les Allemands qui cherchent un point d’ancrage en Orient, la « Bande Noire », une société secrète qui aide les Français à faire régner l’ordre dans leur concession, d’autres organisations occultes, les agents communistes infiltrés, les représentants du pouvoir officiel, celui de Nankin à cette époque, et une série de trafiquants et d’aventuriers qui profitent des divers conflits plus ou moins latents opposant les Chinois entre eux ou aux Japonais pour trafiquer toutes sortes de marchandises, principalement des armes.

 

Dans un tel contexte, tout le monde espionne tout le monde, les informations secrètes circulent un peu partout colportées par des informateurs à la botte du plus offrant, mangeant parfois à plusieurs râteliers. Un grand remue-ménage agite la concession française et le settlement anglais, les diverses polices, les diverses sociétés secrètes, tandis que les partis politiques s’opposent au gré des intérêts qu’ils représentent mais, également, au gré des liens personnels qui unissent certains des protagonistes. Un terrain de jeux idéal pour un auteur de roman policier qui peut y construire les intrigues les plus folles et les plus complexes, si tordues qu’il n’est pas possible de les résumer en quelques lignes. Mais, Xiao ne s’est pas laissé griser par toutes les possibilités qui s’offraient à lui, il s’est extrêmement bien documenté, il connait parfaitement l’histoire de cette époque, le fonctionnement, les coulisses, les concessions multiples et toutes les carambouilles qui se nouent autour. On croirait qu’il a vécu à Shanghai dans les années trente, échappé du célèbre roman de Malraux  « La condition humaine ».

 

Ce texte est bâti autour de quelques événements avérés, il est nourri d’informations réelles issues d’une véritable documentation écrite : archives, coupures de journaux et il doit beaucoup à l’imagination de l’auteur qui a su dans ce roman fleuve reconstituer ce qui était probablement la vie à Shanghai après l’échec du soulèvement de 1927 et avant l’invasion japonaise de 1937. Un monde grouillant, agité, effervescent, où toutes les forces en présence défendent leurs intérêts ou en cherchent de nouveaux. Un portrait réaliste de la ville à cette époque d’expansion, de croissance et d’agitation, d’ouverture de plus en plus large au monde occidental, de nouveaux conflits se profilant à l’horizon. Un récit lent, comme un roman chinois, qui campe le décor avec précision, dessine des personnages au profil très affiné, où l’intrigue sert surtout à faire revivre la ville comme elle était au début des années trente, à l’inverse des polars habituels où la ville sert plutôt de cadre à l’intrigue. J’ai eu l’impression que le héros principal de ce polar était Shanghai et non l’intrigue qui est complexe, tortueuse et semble plutôt écrite pour faire revivre la mégapole. Cette intrigue n’a pas réellement de début ni de fin, c’est un moment, certes remuant de la vie de la cité, un moment décrit avec soin par l’auteur qui met un point d’honneur à créer ou évoquer des personnages qui ont eu un réel rôle historique ou social afin que son tableau gagne une véritable crédibilité historique.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Xiao Bai

Xiao Bai

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 08:47
Sympa de Alain Schifres

Je ne serai peut-être pas très objectif en commentant ce livre car je partage l’agacement et la plupart des remarques que l’auteur a explicitées dans plus de trente textes courts, au sujet de l’évolution de notre langage, de notre mode de penser et de réflexion et de notre comportement.  Je le suis sans aucune réserve quand il déclare que « Les mots n’ont plus de sens dans ce pays », on en use sans aucune connaissance de leur sens réel, on leur fait dire n’importe quoi, ils deviennent interchangeables au gré des locuteurs, de leur jargon et de leur culture. Plus les médias sont nombreux, plus l’information est standardisée, formatée, plus la pensée est unique. Il suffit de voir comment une vidéo d’une incommensurable banalité peut-être vue des millions de fois en seul jour. Désormais, la formule fait office de discours, l’adjectif (ou l’anglicisme nébuleux) à la mode qualifie tout et n’importe quoi, tout ce qui est in devient cool, tout ce qui est chômage est à résorber, il suffit de répéter sans cesse les mêmes mots pour convaincre les foules mais, il y a un problème, ces formules et ces mots ne sont pas souvent compris de la même façon, ce qui fait que chacun a capté ce qu’il veut bien comprendre. Et, ainsi, on construit des clichés, des lieux communs, des idées toute faites qui sont absolument sans fondement. On n’hésitera pas à vous persuader que le vin n’est pas de l’alcool, qu’une flûte est une coupe de champagne, etc.…

 

Ce langage minimum fondé sur un vocabulaire approximatif contribue fortement à construire des belles idées destinées à satisfaire nos égos, à taire nos éventuelles culpabilités, et à calmer nos angoisses. Elles peuvent aussi,  a contrario, alimenter de sordides rumeurs ou répandre de fausses vérités, tout justes bonnes à jeter le doute et même parfois l’angoisse dans l’esprit des populations bien crédules. L’information en continu demande matière, matière qui se niche dans les fameux marronniers qui fleurissent en toute saison : la rentrée scolaire, la Toussaint, le 11 novembre et toutes les fêtes, tous les événements qui chaque année jalonnent notre calendrier. L’événement peut-être aussi soudain, brutal,  violent… et il faut tout savoir très vite, avant les autres, même si on ne sait absolument rien il faut dire quelque chose, le faire dire à des experts ou à des témoins qui n’ont rien vu. Les chaînes de télévision d’information en continu ont inventé l’information sans information, la question contenant la réponse, l’événement inexistant, l’art de faire du vent dans le vide.

 

Et ainsi, par le bouche-à-oreilles, la télé rabâcheuse, les fameux réseaux sociaux, le mythique Internet, … se transmettent de nouvelles vérités, très virtuelles, qui constituent un socle de croyances aussi irréfutables que le dogme de n’importe quelle religion. Rien ne sera plus comme avant où seuls le journal et la radio détenaient le pouvoir de fabriquer la vérité. Nous aurons beau en appeler au bon sens, aux Français, aux Françaises, aux grand’mères, aux quadras, aux mousquetaires ou Mousquetaires, aux voisins, aux bêtes politiques, aux ténors du barreau, ce sont là des clichés qui viennent combler aisément la déficience langagière de ceux qui ont pour mission de transmettre l’information, premier vecteur du savoir populaire. Même les séries télévisées sont atteintes par les stéréotypes, les mêmes formules reviennent régulièrement sur les mêmes images habitées par les mêmes personnages.

 

"Sympa", ce livre l’est comme tout ce qu’on ne sait pas qualifier justement ou tout ce que l’on ne veut pas évoquer avec les mots que l’on pense réellement. Voilà ! Un livre sympa ! Et tout est dit, il suffit de lire le catalogue dressé avec malice par Alain Schifres pour s’en convaincre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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Sympa de Alain Schifres
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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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