Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 08:54
Arbres de Ji Dahai

Pour cette publication, j’ai choisi pour la première fois un livre presque totalement en images qui présente des tableaux d’un peintre sino-français installé en Arles. Ces superbes tableaux sont tous complétés par des idéogrammes chinois et un court poème. C’est un livre magnifique qui enchantera tous ceux qui l’acquerront.

 

 

Arbres

Ji Dahai (1968 - ….)

 

 

Né en Chine, vivant en Provence, Ji Dahai a son atelier en Arles. Cet artiste conjugue la calligraphie, la peinture et la poésie en un seul art et, dans cet ouvrage, rend hommage à la forêt où il se plaît à déambuler en écoutant la voix des arbres.

« … je flâne dans la forêt où les arbres chantent dans toutes les langues, les langues des poètes. »

Ce présent ouvrage n’est pas seulement  un beau livre, c’est un magnifique livre, une merveille qui comporte plus d’une centaine de peintures. Des peintures aux teintes allant du vert d’eau au gris le plus foncé en passant par toute une gamme de bronze, du jaune à l’ocre avec une pointe de rouge, de ce rouge comme la Provence en a tellement produit. Et cela en équilibre entre deux cultures,

« Deux cultures, chinoise et française, me nourrissent. L’une depuis ma naissance, l’autre depuis l’âge de onze ans. Heureuses rencontres en moi de grands esprits parfois, je me retrouve plus souvent au milieu de coutumes qui s’opposent. »
 

Ji Dahai a fondé son œuvre sur la calligraphie qui est la base de tout son art.
 

« L’unique trait qui forme « Un » à l’horizontale marque la séparation entre le Yin et Yang, entre la terre et le ciel … Ce trait fait naître ainsi une civilisation où la peinture, la poésie et la calligraphie ne font qu’un. »
 

Chaque peinture présentée dans cette exposition de papier est ornée d’un texte calligraphié : une citation, une maxime, une pensée … de l’auteur. Et, chacune d’elles, ainsi ornée de son inscription calligraphique, est complétée par un court poème de l’auteur ou d’une citation d’un maître de la littérature classique chinoise.

Ce recueil est dédié aux arbres, aussi bien français que chinois, Ji Dahai passe du cerisier au platane, de l’Extrême-Orient à la Provence, sans aucune transition, comme si ces arbres constituaient une seule et même forêt, un seul et même peuple. Aux arbres considérés comme personnes, comme êtres vivants :

 

« Arbre crie

 Arbre rit

Arbre pleure

Arbre chante

Arbres roucoulent

Arbres bécotent

Arbre rougit

Arbre fait une parade nuptiale à son ombre ».

 

Cet hommage aux arbres et, plus largement à la forêt, évoque, pour moi, le magnifique texte de Kenzaburô Oé, « M/T et l’histoire des merveilles de la forêt » dans lequel il évoque son fils handicapé qui vit en harmonie avec les arbres. Je pense que  Ji Dahai rejoint le grand auteur nippon dans son approche philosophique des relations des hommes avec la nature dans un large panthéisme. Mais Ji Dahai est aussi un très grand poète comme l’atteste les légendes qu’il inscrit sous chacune des peintures qu’il présente :
 

« Le pin tend ses bras pour capturer l’éclat de la pleine lune. »

« Le vin n’est pas fait, mon cœur est déjà ivre. »
 

Comme l’écrit l’éditeur sur la quatrième de couverture, c’est « Le regard neuf et singulier d’un artiste chinois qui vit en Provence et parle le langage des arbres ». Un artiste qui confesse : « Lire les Alpilles avec mon pinceau »


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

Arbres de Ji Dahai
Arbres de Ji Dahai
Ji Dahai

Ji Dahai

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 09:56
Mes voeux pour 2020

En ce nouvel an 2020 qu’exprimer, que dire, lorsqu’on réduit son attention à l’actualité immédiate et que l’on constate, avec affliction, que rien ne va décidément dans le bon sens, que notre pays s’enlise dans des conflits multiples, que la joie et le bonheur deviennent des denrées de plus en plus rares. Cependant, ne cédons pas au pessimisme et n’accordons notre attention qu’à ces choses positives et aimables qui parfois, il est vrai, sont tapies dans l’ombre. Car il y aura toujours en nous le goût irrésistible de la douceur d’aimer, de la joie d’espérer, de l’impatience de désirer qui procurent formes et qualités à nos existences.  En nous laissant guider par elles, nous sommes certains de vivre le meilleur et non le pire, et de mettre un peu de couleur, d’optimisme, de générosité dans la grisaille du quotidien. Belle et bonne année à tous. Sachons cultiver en nous ces choses simples qui  contribuent au bonheur.

ARMELLE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Mes voeux pour 2020
Partager cet article
Repost0
30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 09:12
L'avenue, la kasbah de Daniel Soil

C’est une nouvelle histoire d’amour impossible entre un reporter à la recherche des paysages où il a participé au tournage d’un film et une jeune femme prise dans le tourbillon du printemps arabe en Tunisie. Ils devront, tous deux, choisir entre l’avenir de leur couple et celui de la Tunisie.

 

 

L’Avenue, la Kasbah

Daniel Soil (1949 - ….)

 

 

Daniel Soil est un diplomate belge, il était en poste en Tunisie au moment où les émeutes du Printemps arabe ont éclaté, il y représentait les intérêts de la région Wallonie-Bruxelles. Très fortement marqué par cette insurrection populaire, il a voulu transcrire dans ce roman ce qu’il a vu et entendu mais surtout éprouvé au contact de ce peuple en ébullition, prêt à tout pour construire un monde nouveau, plus juste, plus libre, un monde où les jeunes auraient un avenir à rêver. Il met en scène un caméraman belge et une jeune tunisienne qui sont tombés amoureux lors d’un périple dans le sud tunisien et découvrent ensemble le soulèvement populaire en rentrant à Tunis.

 

A l’automne 2010, Elie, le caméraman, retourne à Guernassa dans le sud tunisien avec un cinéaste qu’il a accompagné en 1975 quand il y tournait un film et il souhaiterait capter les retrouvailles du cinéaste avec la population locale fortement impliquée dans ce tournage. Pour ce pèlerinage dans la rocaille, il est accompagné d’une jeune fille, Alyssa, qu’il tente de séduire depuis qu’il l’a rencontrée à Tunis. Dès lors, le roman se déroule sur deux plans : l’amour qui se noue et se développe entre les jeunes gens avant de se confronter à la révolution et à ses effets secondaires et, surtout, à la haine qui incite le peuple à abattre l’homme au pouvoir  pour construire autre chose. Un roman d’amour et de haine où les deux sentiments ne parviennent pas toujours à s’exprimer simultanément.
 

« - Le pays est à feu, et moi je découvre le bonheur, je me réduis dans tes bras, je suis aux anges.

Désormais, j’ai deux vies, l’une amoureuse, l’autre rivée à une caméra qui grésille au fil de la révolte… »

 

Le pèlerinage dans le sud se déroule comme dans un rêve, les amoureux succombent peu à peu à leurs sentiments et découvrent un pays très arriéré où les populations manquent de tout, alors que les classes dirigeantes affichent une richesse insolente. Le retour vers le monde de la consommation est plein d’enthousiasme, les foules se soulèvent, les provinciaux forment des cortèges et convergent vers la capitale. Elie s’implique de plus en plus dans ce mouvement qu’il veut filmer comme un témoin venu de l’extérieur, mais il ne peut pas vivre ces événements comme Alyssa dont ils bouleversent la vie, l'avenir, le cadre de vie, tout ce qui l’entoure et dicte son avenir.

 

Daniel Soil, quant à lui, prend parti pour ces jeunes qui ont renversé le tyran. Leur mouvement, puissant comme une tornade, est irrépressible et l’oppresseur finit par le comprendre mais, en filigrane, il leur laisse un conseil de sagesse en les invitant à imaginer à ce qui pourrait arriver après, à veiller à ce que certains ne s’approprient pas le fruit de leur lutte sous un quelconque masque. Daniel Soil évoque alternativement, dans ce récit, l’amour d’Alyssa et d’Elie et la haine de la foule envers le pouvoir. Progressivement l’évolution de la situation politique influence leur comportement et leurs sentiments, si bien qu'ils subissent de plus en plus la différence de leur engagement dans la lutte. L’amour et la haine se trouvent désormais  au centre de leur vie et se fondent en un dilemme comme celui qui enserra Didon prise dans l’étau de la raison d’Etat et de son amour pour Enée dans cette même région, bien des siècles auparavant. Elie a usé de la parabole pour justifier l’action violente : « Tu vois la poussière, eh bien si on ne frotte pas, elle ne s’en va pas d’elle-même ». Si la poussière se disperse, il faut veiller à ce qu’elle n’emporte pas tout avec elle car la révolution peut même anéantir la plus belle histoire d’amour. Alyssia, comme Didon, sera confrontée à un choix cornélien entre son avenir dans son pays et son amour qui pourrait s’envoler au-delà des mers. Cette histoire, c’est la parabole du peuple tunisien confronté à un choix compliqué entre des forces corrompues et tyranniques et d’autres forces émergentes qui pourraient s’approprier ce qui a été conquis.

Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer    ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'avenue, la kasbah de Daniel Soil
Partager cet article
Repost0
23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 08:37
Maiba de Russel Soaba

Ce roman est le premier texte de la Papouasie Nouvelle Guinée traduit en français, il raconte la formation de cette nation née dans la douleur, générée par l’opposition violente entre les gardiens des traditions ancestrales et la volonté de ceux qui prônent une ouverture sur le monde moderne.

 

 

Maiba

Russel Soaba (1950 - ….)

 

 

Russell Soaba est un auteur désormais étudié dans les universités anglophones, il est originaire de la Papouasie Nouvelle Guinée et son ouvrage a été le premier livre de ce pays traduit en français en 1979, édition reprise en 2016 par l’excellente maison tahitienne Au vent des îles. Ce texte est un roman qui raconte l’histoire de la Papouasie Nouvelle Guinée à travers les aventures qui opposent ceux qui sont encore attachés aux traditions ancestrales à ceux qui voudraient profiter du changement apporté par les « dimdims » (ceux qui viennent de l’extérieur et tout ce qu’ils apportent avec eux, les idées et croyances comme les marchandises) pour s’approprier le pouvoir en s’appuyant sur celui qui maîtrise le langage apporté par les colons et missionnaires. Seuls les quelques jeunes qui ont étudié chez les missionnaires le comprennent, les autres le croient et le respectent pour le savoir qu’il est sensé insuffler. Ainsi remettent-ils  en cause la lignée au pouvoir en dénonçant son inaction face au progrès.

 

« Nous avons connu beaucoup de changements dans le courant de notre vie, au XXe siècle. Nous sommes passés de l’âge de la pierre à la civilisation plus rapidement que n’importe quelle nation au monde. Nous avons connu plusieurs régimes, nous avons connu le christianisme, nous avons connu le colonialisme, nous avons obtenu notre indépendance, nous sommes devenus autonomes. Mais que signifient toutes ces choses pour nous ? ».

 

Maiba est la dernière héritière du chef trop tôt disparu. Etant orpheline de père et de mère, elle est élevée par le frère de son père, un homme solitaire et sans ambition et par la femme de celui-ci qui ne l’aime pas du tout. Elle, elle voudrait que ce soit son fils qui accède aux fonctions de chef de clan. Maiba a fait des études chez les missionnaires mais elle connait aussi très bien  les pouvoirs qui résident dans la nature, ceux des plantes et ceux des animaux. Elle n’a aucun soin de son corps, elle aime vivre nue au grand dam de sa belle-mère mais elle, elle ne veut pas attirer l’attention des hommes, elle ne veut pas être désirée, elle veut vivre libre en harmonie avec la nature. Avec ce qu’elle a appris à l’école et au contact de son père et de son oncle, elle réalise un syncrétisme qui pourrait apporter de solutions aux problèmes que les villageois rencontrent.

Les usurpateurs cherchent à imposer la force et à user de la manipulation, les guerriers du village sont prêts à les combattre mais les sages interviennent… et l’auteur propose lui aussi sa version du monde, une version plutôt pacifiste, celle d’une société où l’entente et la sagesse permettraient à tous de vivre en harmonie. Une histoire en forme de leçon de morale dont nous pourrions nous inspirer pour régler les problèmes que nous rencontrons dans notre univers dit civilisé. Notre avenir est peut-être autant dans notre passé que dans nos efforts pour dominer notre futur.

 

« Ce n’est pas une bonne histoire, je le sais, mais beaucoup d’anciens la racontent parce que c’est une excellente leçon de vie, qui nous parle du problème de l’humanité contre le développement, le progrès et même l’histoire ».


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Maiba de Russel Soaba
Partager cet article
Repost0
16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 07:43
Les étrangers de Didier Delome

Dans ce nouveau roman, Didier Delome raconte la douloureuse histoire d’un gamin rejeté et mal traité par sa mère. Cette histoire, il la connait bien, c’est la sienne. Une histoire qui pose de nombreuses questions au moment où la famille est au centre de nombreux débats. Les enfants sont eux aussi très concernés mais leur avis n’est jamais sollicité.

 

 

Les étrangers

Didier Delome (1953 - ….)

 

 

Dans son précédent livre, « Jours de dèche », Didier Delome raconte l’irrésistible descente aux enfers d’un flambeur qu’il pourrait bien avoir été. J’avais écrit dans mon commentaire que cette histoire n’était pas close, qu’il lui faudrait un autre développement où il raconterait ses démêlés avec le monde de l’édition pour faire publier son livre, son histoire invraisemblable, son parcours chaotique, l’origine de tous ses travers et de tous ses déboires. Didier a bien écrit cet autre livre mais le sujet est autre et concerne ce qui pourrait être l’origine de ses travers et déboires. En effet, ceux-ci auraient pour origine ses rapports houleux, et même pire que ça, qu’il a entretenus avec sa mère. Il serait donc ce fils rejeté par sa mère qui, caché derrière un pilier de l’église Saint Jean de Montmartre, assiste au baptême de sa petite-fille. « Nous avions beau être du même sang au lieu de me percevoir comme la chair de sa chair, j’incarnais pour elle un corps étranger, qui plus est indésirable parce que masculin. Une entité dégoûtante, insupportable que son propre corps devait à tout prix expulser de son environnement… »

 

Le récit des rapports de ce fils avec sa mère commence par cette phrase lapidaire et foudroyante : « Ma mère était gouine et je ne souhaite pas à mes pires ennemis d’endurer mon adolescence auprès d’Elle. Longtemps les deux mots qui m’ont le mieux évoqué cette femme ont été honte et dégoût ». Cette histoire ne commence pas avec sa naissance à lui mais avec sa naissance à elle, cette période lui étant donc inconnue, il a recours à l’un des meilleurs amis de celle-ci pour reconstituer cette partie de l’histoire qui court de la rencontre de sa mère avec cet ami devenu patron d’un célèbre cabaret pour homosexuels de Pigalle. Françoise, la mère, était au moment de leur encontre une très jeune fille androgyne, belle, mais peu soucieuse de son charme. Ils fréquentaient tous deux une bande qui traînait du côté de Saint-Lazare et s’encanaillait à Pigalle. Sa famille composite avait assez d’argent pour qu’elle donne libre court à ses petits caprices jusqu’au jour où elle est tombée amoureuse d’un bellâtre qui l’a engrossée et entraînée en Algérie où il l’a bien vite délaissée.

 

L’expérience algérienne tourne vite à la débandade et Françoise rentre au pays avec Didier qu’elle confie à sa belle-famille, son frère partant avec son père putatif. Elle reprend ses activités à Pigalle où elle croise une femme richissime qui la prend sous son aile sans jamais pouvoir en faire son amante. Cette union se brise quand une autre femme l’enlève et se met en ménage avec elle. C’est dans ce foyer de deux lesbiennes que Didier débarque un jour pour six années de  malheur. Il subit alors les pires avanies et les pires humiliations jusqu’à ce qu’il décide de s’enfuir afin de construire une autre vie. Une vie, qu’il bâtira à l’image de celle que sa mère a érigée, puisqu’au moment de revivre cette histoire, il observe le fils qu’il a abandonné, comme sa mère l’a lui aussi abandonné, faisant baptiser sa fille en lui donnant, comme pour le narguer et le meurtrir un peu plus, le nom de la mère qui l’a torturé : Françoise.

 

Dans son premier livre, Didier Delome inspirait plutôt la pitié, la commisération, la compassion pour le pauvre type qu'il était, égaré dans le monde des pauvres qu’il ne connaissait pas du tout. Dans ce second opus, plus alerte, plus poignant, plus incisif, il ne se plaint pas, il dénonce les mères qui ne veulent pas aimer leur progéniture et les pères qui les abandonnent à leur triste sort. C’est un véritable réquisitoire contre ceux qui procréent sans se soucier de savoir comment ils élèveront le fruit de leurs étreintes. C’est aussi une page d’histoire du quartier de Pigalle de la fin de la guerre à nos jours, avec la faune, surtout homosexuelle, qui le hante la nuit, du taulier à la prostituée, du barman à l’hôtesse qui fait boire le client et à tous ceux qui y font régulièrement la fête au milieu des touristes et autres gogos. Mais, ce livre n’est pas qu’un documentaire sur Pigalle, qu’un réquisitoire contre les mauvais parents, c’est aussi une œuvre littéraire savamment construite qui retient toute l’attention du lecteur d’un bout à l’autre de sa lecture. Et, peut-être qu’un jour prochain, Didier nous racontera comment il a retrouvé son fils et surtout la petite fille qui lui permettra de pardonner tout ce que sa mère lui a fait subir ?


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Didier Delome

Didier Delome

Partager cet article
Repost0
10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 08:48
Un feu sur la mer de Louis COZAN
Un feu sur la mer de Louis COZAN

Voilà un récit passionnant qui vous tient en haleine de bout en bout, celui d’un de nos derniers gardiens de phare, un breton originaire de l’île d’Ouessant qui sait manier les mots avec virtuosité et vous embarque dans son aventure et son « château des tempêtes » sans passer sous silence la dimension spirituelle de l’aventure. Magnifique témoignage de ces travailleurs isolés, de ces vigiles, ces guetteurs, « drogués de beauté sauvage et de violence, assourdis du fracas incessants des vagues », qui maintiennent les feux sur la mer et guident ainsi les marins plongés dans la nuit océanique. Une existence qui requiert un amour profond de l’univers maritime, une longue intimité avec les tempêtes et avec  les hommes de la mer qui naviguent encore et souvent à l’estime, dans l’angoisse et l’incertitude, et que ces feux guident vers les ports grâce aux fuseaux qui, par tous les temps, percent les brouillards et les pluies.
 


Louis Cozan a d’abord été marin avant de prendre du service dans les phares comme le firent ses ancêtres, phares dont on relevait et  ravitaillait les gardiens  grâce au courage et à l’audace de quelques hommes sans peur et sans reproche qui se tenaient à bord de la Ouessantine. Par la suite, afin d’éviter les innombrables dangers que représentaient les accostages, les phares seront automatisés et aucun homme ne veillera plus  sur ces vastes paysages marins, nouant un dialogue direct  avec les bateaux égarés ou en grande difficulté. Ce sera désormais le rôle des guetteurs sémaphoriques qui contrôlent le trafic maritime depuis la terre.

 

Ce livre n’est pas seulement l’œuvre d’un homme de mer mais celle d’un magicien des mots qui en connait les résonances et nous plonge ainsi en plein cœur de la vie de ces vigiles qui dormaient « en tranches courtes » et subissaient  les « chocs qui ébranlent leur habitat vertical », « spectateurs privilégiés du grand théâtre de la nature ». Louis Cozan souligne toutefois que les gardiens d’alors connaissaient de grands moments de stress « où il est bien difficile d’identifier quel est, de la peur ou du ravissement, le sentiment qui domine ! » Leur existence était une suite d’obligations et d’actes  techniques qu’ils devaient effectuer chaque jour selon une procédure détaillée et dont l’objet était d’agir de sorte que, dans un délai imparti, tout soit garanti de la fiabilité maximum de la  lanterne. Ces phares ont des noms célèbres, ils s’appellent la Jument, Kéréon, Créac’h ou Nividic,  tours  mythiques, où Louis Cozan a longtemps officié. Jamais seul, toujours avec un compagnon avec qui il partageait les travaux minutieux de l’optique et les humbles tâches du nettoyage et de l’entretien. Livre que les amoureux du monde maritime liront avec curiosité et enthousiasme, tant l’auteur nous met en relation directe, vivante, précise, poétique avec les grands vents et le train de  houle qui balaient la mer d’Iroise. Oui, vous saurez tout de ces vies difficiles et exaltantes où nombre de ces guetteurs ont dû leur survie au courage de leurs compagnons, où chaque jour composait son épopée et où les phares étaient encore commandés par des mains expertes et des coeurs ardents.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


Pour consulter la liste des articles  de la rubrique "ESPRIT DES LIEUX", cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Un feu sur la mer de Louis COZAN
Partager cet article
Repost0
9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 08:38
Les contrées des femmes errantes de Jasna Samic

Victime d’une fatwa de la part de certaines autorités religieuses bosniaques, Jasna Samic raconte, à travers l’histoire d’une famille, l’histoire de Sarajevo, celle de la Bosnie et des Balkans. Elle essaie de nous faire comprendre comment l’horreur de Sarajevo a été possible et comment elle peut encore être possible demain.

 

 

Les contrées des âmes errantes

Jasna Samic (1949 - ….)

 

 

« Tous les soirs, Aliocha rentre de son travail chargé de canettes de bière et de quelques bouteilles de vin bon marché. Il s’enferme dans la cuisine et relit ses documents classés dans un dossier : journaux intimes, souvenirs de sa Babouchka Liza, de son Omama Grette, de sa mère Ira, ainsi que leurs correspondances, certificats de naissance, de décès… » Il veut savoir ce que son père a fait pendant la guerre de 1939/1945, quel a été son rôle, s’il a commis des exactions. Tous les papiers familiaux ont été détruits,  il ne trouve aucun indice et se noie dans l’alcool. Il ne reste que les journaux intimes et quelques correspondances de sa mère Irina, et des grands-mères Liza et Grette, des documents bien insuffisants pour lui fournir les réponses qu’il attend.

 

L’arbre généalogique d’Aliocha est une véritable métaphore de la mosaïque des peuples qui constitue la population de l’Europe centrale, principalement des Balkans, depuis que les plaques tectoniques religieuses et culturelles se sont percutées dans cette région : la plaque germanique chrétienne, la plaque slave orthodoxe et la plaque ottomane musulmane. Ces différentes populations cohabitent plus ou moins bien, plutôt bien quand règne la paix, mais cette cohabitation prend vite des allures conflictuelles particulièrement barbares quand les conflits s’enveniment. Ces peuplades ne semblent pas connaître la modération, la violence est leur meilleur argument. L’histoire de l’Europe de l’est est jalonnée de massacres tous plus odieux les uns que les autres, les recenser est impossible et ça serait trop traumatisant. Aliocha est donc le petit-fils de Liza, une Russe née à Kazan ayant épousé un soldat bosnien combattant dans les troupes autrichiennes, et de Grette et Joseph nés à Vienne. Il est le fils d’Ira, la fille de Liza et Rudolff, le fils de Grette. Son arbre généalogique comporte des gènes finlandais, russes, autrichiens, bosniens, juifs, allemands et peut-être d’autres encore tant les populations se mélangent facilement dans cette région.

 

C’est Lena, son épouse, qui raconte cette histoire en recopiant d’abord tous les documents familiaux qui ont échappé à la destruction, elle voudrait aider Aliocha pour ne pas qu’il sombre définitivement mais aussi pour savoir ce que fut et fit Rudolf son beau-père. C’est une Bosnienne native de Sarajevo, la ville qu’elle adule, brillante universitaire spécialiste des langues, littératures et civilisations orientales, elle voyage beaucoup, obtient un passeport français, dispense des cours dans de nombreuses universités en Bosnie, en France, en Amérique, au Canada, en Turquie. Ce n’est pas seulement une  intellectuelle, c’est d’abord une femme de conviction, d’action et de combat, qui n’accepte pas la dictature. Elle se bat pour la liberté sur tous les plans : la liberté des peuples asservis et martyrisés, la liberté des femmes contraintes par la religion, la liberté des cœurs, elle épouse ses amants et les abandonne quand leur histoire commune est épuisée, et la liberté des mœurs, elle couche avec ceux qu’elle aime. C’est elle qui choisit !

 

Toute sa vie elle a lutté avec fougue, à visage découvert, dédaignant le danger, négligeant les conseils de prudence, contre le totalitarisme, contre les héritiers du nazisme qui se manifestent périodiquement, contre les communistes qui ont asservi son peuple comme ils avaient déjà martyrisé les Russes de Kazan au temps de la grand-mère Liza, contre les nationalistes serbes qui voulaient éradiquer les habitants de sa ville, contre les mafias bosniaques déguisées en factions religieuses extrémistes afin d'installer leur pouvoir absolu en asservissant les femmes. Sa générosité dans le combat, son dédain du danger, sa liberté de pensée, de parole et d’écriture l’ont désignée comme une ennemie de premier plan par ceux qui veulent régner en maître sur les ruines de la Bosnie. Elle vit désormais sous la menace d’une demande de fatwa qui pourrait bien lui être infligée un jour. Mais le plus cruel n’est pas cette angoisse mortelle qui pèse en permanence au-dessus de sa tête mais bien l’ostracisme dont elle souffre partout où elle vit, même à Paris ou New-York. On ne soutient pas les faibles, ils n’ont rien à donner…

 

Jasna, c’est Lena, c’est son histoire qu’elle raconte, c’est l’histoire de sa ville, de son pays, des Balkans, de l’Europe centrale. Une nouvelle page d’histoire qui viendra s’ajouter à celle qu’Ivo Andric a déjà écrite il y a bien longtemps et à celles que d’autres auteurs, pas tous Bosniens, ont déjà écrites eux aussi : Danilo Kis, Mirko Kovac, Vidosav Scepanovic, Miroslav Popovic, Dubraska Ugresic, Bora Cosic, Velibor Colic, la petite Zlata Filipovic, Zeljiko Vukovic, Sassa Stanisic, Miljenko Jergovic, Aleksandar Hemon, le témoignage atroce de Slavenska Drakulic… et d’autres encore. Je n’ai pas fait le tri, j’ai lu tout ce que j’ai trouvé. J’espère seulement qu’un jour pas trop lointain chacun pourra vivre à Sarajevo selon ses convictions dans le respect de celles des autres. Chacun de ces auteurs m’a apporté un peu de sa lumière pour éclairer ma compréhension du maelström balkanique, pour que j’analyse au mieux tous les ingrédients qui font bouillir si fort le chaudron des Balkans si souvent en ébullition. Si l’on en croit Jasna, « Sarajevo est désormais un mélange d’infortunés, de mythomanes, d’hypocrites, de narcisses, de mafieux… », alors, rêvons avec elle qu’elle redevienne : « Sajarevo, ville de jardins et de cimetières, de joie et de tristesse, lieu où douceur et grossièreté se fondent depuis la nuit des temps. Immergés dans leur plaisir lent, le merak, ses habitants planent au long des siècles entre le rêve et le réel ».


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Les contrées des femmes errantes de Jasna Samic
Partager cet article
Repost0
2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 09:40
Les dames de l'Elysée de Bertrand-Meyer-Stabley et Lynda Maache

Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache ont une nouvelle fois réuni leurs plumes pour écrire l’histoire des Premières Dames de France qui ont occupé l’Elysée depuis le début de la Ve République, d’Yvonne de Gaulle à Brigitte Macron. Une galerie de portraits hauts en couleur, des femmes très en vue, trop peut-être, des femmes au rôle indéfini et mal aimées qui ont presque toutes détesté la fonction.

 

 

Les dames de l’Elysée

Bertrand Meyer-Stabley (19555 - ….)

Lynda Maache

 

 

On les dénomme souvent « First lady » comme si en France il n’existait aucune expression pour définir ces femmes qui sont les épouses ou les compagnes de ceux qui sont élus à la présidence de la République. Effectivement, leur statut n’est absolument pas défini, elles sont de simples épouses ou compagnes, mais entrent par la force des choses dans le jeu politique national ou international par le seul fait de la place qu’elles occupent aux côtés de celui qui préside et décide. Emmanuel Macron a voulu mettre un terme à ce flou politique, il a « mis le sujet en avant pendant la campagne présidentielle, en expliquant qu’il fallait donner un véritable statut à la Première dame, afin de sortir d’un flou, d’une « hypocrisie » française ». Mais les événements  en ont décidé autrement, le flou demeure même si une charte tend à éclaircir quelque peu cet état de fait, devenu une sorte de fonction.

 

Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache, ont exploré et observé attentivement l’existence de ces dames qui ont vécu aux côtés de nos président depuis la fondation de la Ve République par le Général de Gaulle. Ils ont cherché à comprendre le rôle qu’elles ont joué, la place qu’elles ont occupée, plus ou moins volontairement, avec plus ou moins d’ambition, l’image qu’elles ont donnée de la France, des institutions, du pouvoir, et tout simplement de celui qu’elles accompagnaient dans la lourde mission qui lui incombait. Sous le regard de plus en plus acéré et de moins en moins respectueux des médias, elles n’ont pas souvent vécu l’existence dont elles avaient rêvée avant de s’installer au « Château » ou simplement d’y travailler en résidant ailleurs.

 

Les auteurs ont su éviter les pièges de la médiatisation, ils n’avancent que des faits avérés, ne parlent des rumeurs qu’en évoquant l’impact qu’elles peuvent avoir sur le pouvoir, sur les institutions, sur la France et surtout sur elles-mêmes. Rendons-leur cet hommage de ne pas avoir succombé à cette abominable tentation et d’avoir su dignité garder. Pourtant les opportunités de salir ces femmes tellement exposées ne manquaient pas, elles ont toutes connu leur lot d‘avanies au point, parfois, pour certaines, de prendre la fonction en horreur et de détester la vie de « Château ». Pour chacune, ils racontent leurs origines, leur rencontre avec l’heureux élu, les campagnes électorales, l’installation à l’Elysée, les obstacles à franchir, les affronts à subir et tout ce qui constitue la vie d’une épouse de chef d’Etat. Leur rôle essentiel consistant en la représentation de la France, tout est passé au crible : les tenues, les coiffures, les attitudes, l’organisation des réceptions, les relations mondaines, les sorties à l’étranger….  Elles sont en permanence sous les feux de la rampe.

 

Rien ne leur est pardonné et pourtant toutes n’apportent pas autant de matière aux deux auteurs, elles ont des origines différentes même si elles sont plutôt bourgeoises et fortunées, leurs études sont souvent solides mais leurs parcours sont assez différents, et, surtout, elles ont leur tempérament, leur caractère, leurs ambitions, leurs exigences. Yvonne de Gaulle, par exemple, ne leur  fournit qu’une bien maigre matière pour un long passage à l’Elysée, au regard de ce qu’on put apporter Cécilia Sarkozy, Carla Bruni Sarkozy, Brigitte Macron, des femmes qui avaient déjà une ascendance, une histoire, une réputation, une notoriété, une carrière, des engagements, avant d’entrer à l’Elysée.

 

Il convient aussi de noter qu’en six décennies les mœurs ont changé, les moyens d’information également, qu'ils ont été totalement réinventés, que le statut des élus politiques et de leurs compagnes s’est notoirement dégradé, que de trop nombreuses affaires ont provoqué une forte érosion de la notabilité, du respect, du standing. La distance entre le citoyen et le Président s’est considérablement raccourcie, de nombreux jeunes font des études très poussées et le recrutement des personnels politiques se fait de moins en moins sur la base du talent, de la compétence et du dévouement à la fonction. De ce fait, le Président et celle qui l’accompagne ne sont plus considérés comme des personnages inaccessibles perchés sur leur Olympe.

 

En lisant ce texte très documenté, vous comprendrez mieux pourquoi ces premières  dames n’ont pas éprouvé une énorme douleur au moment de quitter l’Elysée. Certaines ont mal vécu la défaite électorale mais aucune n’a été très fâchée de regagner ses pénates et de sortir de l’œil du cyclone médiatique.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI
 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

 

Les dames de l'Elysée de Bertrand-Meyer-Stabley et Lynda Maache
Partager cet article
Repost0
26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 08:59
La guerre de Vendée

                           

« Le 26 mars 1792 » - écrit Gilbert Prouteau, « les cloches de six cents églises, muettes depuis plus d’une année, se sont mises à sonner à toute volée. Le tocsin de la croisade levait l’écluse de la grande marée. Un cortège innombrable , jailli des entrailles de la terre, issu des chemins, des breuils, des landes et des guérets, des collines et des métairies, des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, armés de piques, de vieux fusils à broche, de lance-pierres, de hachoirs et de bâtons de néflier, qui se retrouvaient dans le raccordement des sentiers et des routes et qui marchaient vers Machecoul et Montaigu au chant des cantiques. Un seul département contre quatre-vingt-dix gémissait un gentilhomme, nous allons être écrasés … Six mois plus tard, les meilleures troupes de la République reculaient devant cette armée en sabots. »

 

«  Si profitant de leurs étonnants succès, Charette et Cathelineau eussent réuni leurs forces pour marcher sur la capitale, c’en était fait de la République ; rien n’eût arrêté la marche triomphale des armées royales. Le drapeau blanc eût flotté sur les tours de Notre-Dame. Mais il manqua toujours un prince à la tête de la cause vendéenne ».  C’est ainsi que Napoléon juge de l’importance de l’époque vendéenne, dont il parlait encore à Las Cases du fond de son exil à Sainte-Hélène. En fait, ce qui confère à cette guerre meurtrière, son caractère mémorable, c’est qu’il s’agit d’une guerre subversive, conduite au nom des valeurs traditionnelles. Le nouveau régime cherchait à convertir la France à la liberté, à l’égalité et à la fraternité : les Vendéens se dressaient pour servir Dieu et le roi.


Ce qui frappe dans la Vendée pré-révolutionnaire est la solidarité qui unit les paysans et les nobles. Le château protège la chaumière. Les hobereaux, car il y a peu de grands seigneurs en Vendée, vivent en étroite collaboration avec ceux qui les servent. Tous communient dans le même respect de la religion et la pratiquent avec une égale ferveur. Quand survient la Révolution, elle est d’abord accueillie avec enthousiasme. A Beaupréau, proche de Chemillé, un des hauts-lieux de l’insurrection, on célèbre – comme partout ailleurs – un Te Deum en l’honneur de la prise de la Bastille et de l’abolition des privilèges. Mais le 12 juillet 1790, quand l’Assemblée constituante adopte la constitution civile du clergé, œuvre de Talleyrand, la Vendée s’indigne. Au printemps de 1791, le paysan Guillou de Saint-Christophe-du-Ligneron se bat avec une simple fourche contre deux cavaliers républicains. Couvert de vingt-deux blessures, on lui crie : «  Rends-toi ! Il répond : Rends-moi mon Dieu ! L’esprit de l’insurrection vendéenne tient tout entier dans cette réplique.
 

L’Assemblée constituante, au lieu d’agir avec un peu de souplesse, ne trouve rien de mieux pour mettre au pas les Vendéens rebelles, que d’envoyer des bataillons de gardes nationaux pour incendier les châteaux, profaner les églises, arracher les cloches, les vases et les ornements sacrés, briser les statues, pénétrer dans les maisons afin de confisquer les livres de prières, les catéchismes, les chapelets et les croix. C’en est trop. Les Vendéens ne peuvent rester sans réagir. Alors que l’article X de la Déclaration des Droits de l’Homme stipule que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public », la répression s’abat de plus en plus violemment sur les catholiques de l’ouest.


Un peuple entier prend les armes mais réalise très vite que pour mener à bien un tel combat, il lui faut des chefs. La base réclame un sommet. Alors ils se tournent vers ceux qu’ils ont appris à respecter : les nobles. Tout ne va pas sans quelques atermoiements. D’Elbée et Bonchamp hésitent, Charette de la Contrie se fait prier, La Rochejaquelein et Lescure n’interviendront que plus tard, après qu’ils aient été libérés de leur détention en tant que suspects. L’arrivée des nobles permet d’organiser un semblant d’armée, si bien que les victoires succèdent bientôt aux victoires et encouragent les insurgés qui se regroupent sous le nom d’armée catholique et royale.  Devant un tel soulèvement, les républicains commencent à s’inquiéter. Une proclamation est placardée sur les murs : « Nous vous apprenons aujourd’hui que le complot des infâmes prêtres et émigrés est de se servir des malheureux rebelles pour livrer nos côtes aux brigands de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Russie et établir sur ces rebelles eux-mêmes le régime des coups de bâton et l’esclavage le plus odieux. Ce n’est pas une chimère que ce projet enfanté par des traites ; l’auguste convention nationale en a toutes les preuves et la nation tous les moyens de le faire échouer. »


Le mois d’avril nourrit l’espoir des insurgés : victoire de Chemillé, des Aubiers et de Beaupréau. Ces événements exaltent les cœurs. A Fontenay, les Vendéens font trois mille prisonniers, prennent quatre mille fusils et trente canons et s’adressent au peuple français au nom de Louis XVII, le petit roi enfermé dans la prison du temple, afin que le ciel se déclare pour la plus juste et la plus sainte des causes. C’est alors que la convention expédie sur la Vendée la légion du Nord, commandée par le général Westermann et la légion germanique composée de déserteurs allemands passés au service de la République. Bien que peu disciplinées, les armées républicaines bénéficient de sérieux atouts : les ressources nationales, l’appui des autorités et, dans les grandes villes, l’adhésion d’une fraction des habitants. Les représentants de la République, réunis à Saumur, prennent le 27 mai la décision d’écraser envers et contre tout cette insurrection. Il n’y a plus d’autre solution, pour les insurgés, que d’attaquer la ville, ce qu’ils font. Saumur tombe et offre, par la même occasion, un butin énorme : quinze mille fusils, une cinquantaine de canons. Par ailleurs, tenir Saumur, c’est surveiller le passage de la Loire et intercepter la navigation ; en quelque sorte paralyser les communications entre Nantes et Paris. Cela permet également d’entrer en rapport avec les éléments antirévolutionnaires de la Sarthe et de la Mayenne. Les députés nantais, abasourdis par ce fait d’arme, s’écrient : « Nous sommes à la merci d’une ruée paysanne. »

 

Malheureusement les paysans aiment à retourner dans leurs foyers. Ils disent que le pavé des villes leur brûle les pieds. Ils entendent pouvoir échanger le fusil pour la charrue, selon les impératifs du moment. Soldat un jour, cultivateur le lendemain. La Rochejaquelin le confirme : «  L’armée n’était jamais assemblée plus de trois ou quatre jours. L’expédition, réussie ou manquée, rien ne pouvait retenir les paysans, ils retournaient dans leur foyer. » Il est vrai aussi que cette armée mène une guerre d’embuscade et de résistance, faite de coups de mains et de coups de force et qu’elle est plus à l’aise dans son décor naturel, le bocage ou les marais, que dans les plaines monotones, sans arbres, ni repères où leurs combats prennent une tournure plus malhabile.

 

Après l’échec de la prise de Nantes où Cathelineau est mortellement blessé, ce qui provoque le désarroi dans les rangs royalistes qui refluent en emportant leurs blessés, les insurgés subissent un nouveau choc terrible : leur défaite devant Luçon. « Si les Vendéens eussent pris Nantes – affirme Michelet – ils devenaient en réalité les maîtres de la situation. Un si grand événement leur eût donné à la fois la mer, la Loire, plusieurs départements, un vrai royaume de l’Ouest. » Napoléon ira plus loin : « Nantes a sauvé la République. » C’est dire à quel point Nantes et les pays de Loire ne regardaient pas dans la même direction. Aujourd’hui encore, nous subissons les affres de cette rupture qui n’eût pas à connaître l’Angleterre qui a conservé une royauté constitutionnelle. A ce sujet, Jean Dutourd écrit : « Avec la révolution, le peuple français a perdu une virginité qu’il avait conservée jusque-là, quels qu’eussent été ses désordres. Il n’est pas devenu adulte, ainsi qu’on dirait aujourd’hui, il a changé de nature, il a été dépouillée d’une espèce d’innocence historique. »

 

A la suite des défaites de Saumur et de Luçon, les insurgés vont subir une succession d’échecs et de réussites mais, soudain, le vent tourne et l’horizon se charge de lourdes menaces. Charette de la Contrie, en désaccord avec les autres chefs, regagne son marais. Début octobre, les Républicains prennent Châtillon-sur-Sèvre, siège du conseil vendéen et Westermann y massacre des centaines de paysans, ivres de fatigue. Les Vendéens se replient alors sur Cholet et y livrent un combat désespéré. D’Elbée et Bonchamp sont blessés,  Charette, retenu à Noirmoutier n’est pas là, les Vendéens ont perdu la partie et le cœur meurtri refluent vers la Loire dans le but de la traverser au plus vite. Entre Saint Florent-le-Viel et Varades, la Loire est séparée en deux bras par une petite île, ce qui facilite le passage, d’autant qu’en ce mois d’octobre 1793 les eaux basses sont plus aisées à franchir.

 

La Vendée militaire s’installe donc sur la rive droite, hors de la Vendée. Que reste-t-il à faire ? Où aller ? La Rochejaquelein propose de marcher sur Angers ou Nantes. Le 19 octobre, l’armée catholique et royale entre dans Château-Gontier où quelques milliers d’hommes la rejoignent, « ruisseau attiré par la coulée énorme du fleuve vendéen » - écrit Gabory. Peu après, elle occupe Laval. Westermann, qui a franchi la Loire à son tour, essuie un échec à la Croix-Bataille et Kléber en subit un à la hauteur d’Entrammes. A la suite de ce revers, ce dernier juge ainsi les insurgés dans un courrier qu’il adresse au Comité de Salut Public : « Nous avions contre no leur impétuosité vraiment admirable et l’élan qu’un jeune homme (La Rochejaquelein) leur communiquait. Ne vous laissez donc pas endoctriner par tous ces hommes qui vous disent que la Vendée est morte. »

 

Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772 - 1794)

Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772 - 1794)

La guerre de Vendée

Après l’échec de Granville où la flotte anglaise espérée n’est pas au rendez-vous, la question se pose à nouveau : où aller ? A Villedieu, l’armée des paysans vendéens est canardée par les paysans normands qui ne partagent pas leurs convictions et que ces hordes en sabots dérangent dans leur quotidien. La débâcle s’amorce et les vivres manquent. La faim creuse les visages, le froid s’ajoute aux souffrances et la dysenterie commence ses ravages. En sens inverse,  l’armée catholique et royale reprend la route de Fougères et de Laval. Le baron de la Touche décrit la retraite en ces termes : « Cohue famélique avec son pitoyable cortège de malades, de blessés noirâtres couverts de pus, entassés sur la paille des charrettes, des traînards de plus en plus nombreux ; parcours inverse des étapes de l’aller, sinistrement jalonné de charrettes abandonnées. » Les insurgés atteignent Angers le 3 décembre. Leurs rangs se sont éclaircis, ils ont été abandonnés par les Chouans, la fatigue et les épidémies ont fait le reste. Ils laissent sur le terrain pas moins de deux mille morts. Puis ils avancent vers Le Mans par Baugé et La Flèche. L’armée compte encore vingt-cinq mille hommes.

 

Le Mans est une cité peu défendue qu’ils occupent rapidement et qui leur permet au moins de faire main-basse sur les provisions, tandis que La Rochejaquelein et Stofflet tentent de réorganiser un semblant d’armée. Mais les Républicains veillent. Les fuyards sont poursuivis par les hommes de Westermann, ivres de sang. On fusille, on se livre aux pires atrocités. Non loin de Savenay, les Républicains rattrapent le gros de l’armée catholique. Marceau écrit : « On peut considérer cette bataille comme la plus mémorable et la plus sanglante qui ait eu lieu depuis le commencement de la guerre de Vendée. » Sept ou huit mille Vendéens y trouveront la mort. Hébétés, les rescapés franchissent la Loire à Ancenis. Des dizaines d’hommes vont se noyer, des centaines d’autres se feront tuer sur l’autre rive, peu en réchapperont. Le passage de la Loire fut son erreur, l’aide anglaise son mirage. En moins de soixante jours, cette armée de culs terreux héroïques aura parcouru, en un tragique aller-retour, cent-quatre- vingt lieues. Westermann peut proclamer fièrement : « Il n’y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux et massacré les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. »

 

Malgré cela, les têtes pensantes de la République redoutent encore les menaces que l’insurrection vendéenne fait toujours peser sur elles. A Paris, Bertrand Barrère de Vieuzac prononce un discours où s’affirme l’implacable volonté de destruction des conventionnels : « Le Comité de Salut Public a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle des Vendéens, à faire disparaître leur repaire, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes. C’est dans les plaies gangréneuses que le médecin porte le fer. C’est à Mortagne, à Cholet, à Chemillé que la médecine politique doit employer les mêmes moyens et les mêmes remèdes. Détruisez la Vendée et vous sauverez la patrie. »

 

Le jour même de ce discours le 1er août 1793, la Convention publie le décret suivant : « Il sera envoyé en la Vendée par le ministre de la guerre des matières combustibles de toutes espèces pour incendier les bois, les taillis, les genêts. Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées et les bestiaux seront saisis. Les biens des rebelles seront déclarés appartenir à la République. »  L’article 8 de ce même décret prévoyait la déportation des femmes, des enfants et des vieillards qui devront « être soignés avec tous les égards dus à l’humanité » mais qui – foin de ces engagements – seront, en définitive, emprisonnés. Déjà à cette époque de monstrueux desseins s’élaborent. On pense à des moyens chimiques et Carrier, le bourreau de Nantes, intervient en ces termes : « Faites empoisonner les sources d’eau. Empoisonnez le pain, que vous abandonnerez à la voracité de cette misérable armée de brigands, et laissez faire l’effet. Vous tuez les soldats de La Rochejaquelein à coups de baïonnettes, tuez-les à coups d’arsenic ; cela est moins dispendieux et plus commode. »

 

En effet, durant l’été 1793, une grande quantité d’arsenic sera saisi à Palluau par Savin, l’un des lieutenants de Charette. Les douze colonnes, qui seront appelées « les colonnes infernales », se mettent alors en marche avec le projet de tuer, violer, brûler et piller au cours de ce qu’elles qualifient elles-mêmes de « promenades patriotiques », si bien, qu’en avril 1794, deux représentants en mission peuvent écrire dans leur rapport : »Soyez assurés que la Vendée est un désert et qu’elle ne contient pas douze mille personnes vivantes. » L’holocauste est achevé : 44 000 morts pour la seule Vendée et 200 000 si on ajoute les départements des Deux-Sèvres, du Maine et Loire et de la Loire-Atlantique.

 

Il y a une quinzaine d’années, Philippe de Villiers, dont l’ancêtre  Marie-Adélaïde de la Rochefoucauld avait été fusillée sur la plage des Sables-d’Olonne, enlacée à l’homme qu’elle aimait, eut l’idée de redonner souffle à la légende et à la vie de ses ancêtres et d’incanter en un spectacle original la saga des anciens temps. Au Puy du Fou, les femmes se remirent à broder des coiffes, les hommes enfourchèrent les montures des chevaux du bocage et les mots et les expressions revinrent  aux lèvres et aux visages de ceux qui avaient la charge de narrer la tragédie éternelle de la fidélité, de l’exigence, de la foi et du dévouement. Ce spectacle, unique en Europe, vit accourir des quatre coins de l’Occident des millions de spectateurs. L’un d’eux avait pour nom Alexandre Soljenitsyne. Il n’était pas là par hasard, sa visite avait un sens. En effet, le martyre des paysans vendéens rappelait d’étrange façon au dissident russe celui des paysans de son pays. Dans « Le livre noir du communisme » Nicolas Werthe note à ce propos : « Parmi les divers épisodes de la lutte menée par le pouvoir bolchevique contre la paysannerie, la décosaquisation, c’est-à-dire l’élimination des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social occupe une place particulière. Pour la première fois, en effet, le nouveau régime prit un certain nombre de mesures répressives pour éliminer, exterminer, déporter, suivant le principe de la responsabilité collective, l’ensemble de la population d’un territoire que les dirigeants bolcheviques avaient pris l’habitude de qualifier de « Vendée soviétique ». Ainsi, les mêmes régimes produisent-ils les mêmes effets ! 


Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

La guerre de Vendée
La guerre de Vendée
Partager cet article
Repost0
25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 09:17
Le coeur en lesse d'Aurélien Dony

Si vous lisez ce livre, comme moi, vous n’aurez plus qu’une envie celle de visiter le pays d’Aurélien Dony dont il parle avec une telle chaleur et un tel amour. Vous vous précipiterez entre Meuse et Lesse pour comprendre le charme qui a ensorcelé ce jeune poète.

 

 

Le cœur en Lesse

Aurélien Dony (1993 - ….)

 

 

J’ai lu bien des auteurs qui racontent avec un réel amour, une certaine affection et même une pointe de chauvinisme, leur pays natal, la terre qui colle sous leurs semelles, les premières sensations qu’ils ont éprouvées mais, je crois que c’est la première fois que je lis les mots d’un auteur communiant en une telle symbiose avec ses origines. Aurélien semble bien jeune pour ressentir une telle nostalgie en retrouvant son pays après l’avoir quitté pour suivre quelques études, mais en rentrant chez lui, il redécouvre son enfance et son adolescence et tous les petits et grands bonheurs qu’elles comportaient mais aussi des souvenirs moins heureux. « Anseremme d’un côté, et c’est l’enfance ; Dinant de l’autre, et c’est l’adolescence. Entre ces deux pôles, une infinité d’aventures banales qui ont façonné le cœur que je porte en dedans. »

 

Ainsi, il raconte, en une vingtaine de courtes nouvelles, ses souvenirs, mais aussi le pays qu’il affectionne tant. La nature où il aimait se balader avec sa famille ou ses potes, ses « copères » comme on dit par là-bas, les rives et les flots de la Lesse à Anseremme, ceux de la Meuse à Dinant où un de ses personnages, son père ou son grand-père peut-être, faisait naviguer des bateaux pour les touristes. Il décrit aussi avec enthousiasme Dinant et sa Citadelle (avec une majuscule réclame-t-il), sa collégiale, ses maisons alignées, sa croisette. Il fait vivre ou revivre ceux qui habitent cette ville, sa famille, ses copains d’enfance et tous les personnages qui donnent un caractère si particulier à la ville et également à la bourgade d’Anseremme. Il ne faut surtout pas oublier les légendes notamment celle des quatre frères Aymon dont le cheval Bayard a façonné le rocher qui donne un cachet si pittoresque à Dinant. Sans ses légendes, la région serait banale, avec elle, elle a un esprit, une âme, une histoire, elle s’inscrit dans le temps, le temps qui fait la nostalgie.

 

Cette poignée de nouvelles donnent envie de partir le plus vite possible à la découverte de cette région que les guides touristiques ne référencent pas souvent mais qui, sous la plume d’Aurélien, devient brusquement attractive, pleine de charme, magique. On a envie de chevaucher le cheval Bayard et de bondir sur les routes à la découverte de cette région qui semble enchanteresse sous la plume de l’auteur. Je savais qu’Aurélien avait du talent, j’ai déjà  lu et commenté des poèmes qu’il a publiés ailleurs, mais dans ce recueil, j’ai découvert qu’en plus de son talent littéraire, il a une énorme sensibilité et une affection débordante pour sa terre d’origine. Son texte est plein d’amour, de sensibilité et de poésie, il dégage une empathie qui invite à le suivre au long de ses pages et sur les chemins de son enfance et de son adolescence. Surtout, lorsqu'il se fond dans le personnage de Tom. « Tom appartenait à la catégorie de jeunes hommes bercés par quelque conte d’enfance où les chevaliers terrassent les monstres, où les sorciers plient la fortune à leur nécessité, où la vertu est affaire de lance et de bouclier. » Dinant, c’est peut-être le bout du monde, comme le dit le père dans une nouvelle, « On est loin de tout. Pas un théâtre d’envergure, aucune maison de la poésie, pas d’offre culturelle – ou si peu ! ». Mais, à Dinant, il a une Citadelle, il y a des légendes et peut-être aussi une certaine magie qui insuffle l’inspiration aux poètes, aux dramaturges et à tous ceux qui aiment écrire.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer    ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

Le coeur en lesse d'Aurélien Dony
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche