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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 10:10
Petit prélude crépusculaire

Une image semblable à toi
a sombré sous mes paupières.
Dis-moi qu'il existe quelque part une table mise
un pain sur lequel fut tracé une croix,
une cruche d'eau de vie.
N'incline pas la tête mon ami,
que ta haute parole rende l'heure plus claire,
nos peuples plus honorables.


Est-ce le sommeil qui nous gagne ?
Voilà que le fleuve Espérance s'est tari.
Nos âmes sont sèches et l'eau de l'esprit vient à manquer.
Demain, cette terre glanée se couvrira d'ivraies
et un chant d'adieu s'élèvera dans nos coeurs usés.

Le doute ? On dit que Dieu y est présent plus qu'ailleurs.
La lumière s'incarne et vit en ses propres ténèbres.
Est-ce le même visage que le mal empruntait
lorsque nous partagions ses couleurs ?
N'effaçons rien. Menons les ténèbres
au plus profond des ténèbres,
menons-nous au plus profond de nous-mêmes.

 

La tristesse a le regard blessé de la nuit.
Les bourrasques lui tordent les bras.
Me laisseras-tu deviner ce qu'il y a de plus obscur en toi ?
Vie et mort boivent à la même eau.
A peine nous penchons-nous vers le sol nocturne
qu'une voix nous interpelle,
que l'aride lumière nous recompose.


Quand il sera trop tard,
nous chanterons les lieder qui apaisaient notre effroi.
Nous nous blottirons au fond des chapelles
pour ne rien entendre de ce qui s'en va.
Mon ami, prends mon bras.
L'indistincte patrie est loin.
Nos yeux ont bu la lumière du dedans
et celle du dehors est pour un mode
qui ne cesse plus de se défaire.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   ( extraits de « Profil de la Nuit » )
 


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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 08:40
La panthère des neiges de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson a ce pouvoir d'offrir dans chacun de ses livres le contraire de notre réalité, l’envers de notre décor, l’opposé de notre agitation. Ce voyageur-poète a le don de nous entraîner vers des territoires quasi sauvages, de nous donner à voir les quelques vestiges authentiques d’une planète qu’hélas nous mettons à mal depuis des décennies par stupidité et aveuglement. Son dernier ouvrage « La panthère des neiges », qui vient d’être couronné par le prix Renaudot, use du pouvoir des mots pour reconstituer un monde vierge de toute dégradation humaine et nous rendre proche ce qui est devenu, au fil du temps, tellement lointain, improbable et étranger à notre quotidien.

 

Nous voici au Tibet oriental vers le sud du Kunlun, dans la vallée des yacks, par une température de -25°C. Le décor est posé : celui de montagnes arides, univers minéral où se croisent les antilopes, les ânes sauvages et où, selon Héraclite « la nature aime à se cacher » sous un ciel saupoudré d’or, univers où se sont retirés quelques-uns des plus beaux spécimens du monde animal, dont la panthère des neiges. « Les éboulis cuirassaient de bronze les pentes sombres. La patine reflétait la lumière que nous respirions. Nous allions aveuglés de froid et lavés par le vent. » Ce n’est que par l’effort et la persévérance que les chercheurs d’or de cet espèce vont apercevoir l’idole des cimes. Cette expérience unique, Sylvain Tesson la vit avec son ami Vincent Munier, photographe animalier, et deux compagnons qui se sont lancés eux aussi dans cette aventure exigeante qui se résume à saisir l’insaisissable  « afin d’habiter le monde en poète »*. Sylvain Tesson ne cache pas son admiration pour les animaux sauvages, ceux que l’homme n’est pas parvenu à modifier ou supprimer totalement, malgré la peine qu’il se donne à les bêtifier à son image dans les cirques, ou les femmes qui se parent des plumes du paon en jetant sur leurs épaules un manteau ou une étole en fourrure. En fuyant ces dangereux individus, ces nobles bêtes tentent de sauvegarder leur autonomie, leur indépendance, en quelque sorte leur royauté.


Le principe de gué, d’affût, que Tesson et ses amis ont choisi d’adopter pour surprendre l’animal, est une dette à payer au monde entre vallon et ciel, avant que l’homme achève d’asservir la nature. N’y a-t-il pas déjà 60% de l’espèce sauvage qui a disparu. « Le monde reculait, la vie se retirait, les dieux se cachaient. La race humaine se portait bien. Elle bâtissait les conditions de son enfer, s’apprêtait à franchir la barre des 10 milliards d’individus. » Ainsi allons-nous cheminer avec eux pendant des jours, dans le froid, la solitude et la plénitude si oubliée du silence, enveloppés dans des paysages d'une somptueuse autonomie. Tous est dur, exigeant, absolu en ce temps qui semble se substituer au nôtre, en ces heures qui nous restituent la réalité dans sa genèse. Mais celle du retour est déjà venue. La magnifique panthère les a visités par trois fois avec une égale majesté et un même dédain. Les voyants sont comblés. « Son image, glissée sous mes paupières, vivait en moi. Quand je fermais les yeux, je voyais sa face de chat hautain, ses traits plissés vers un museau délicat et terrible. J’avais vu la panthère, j’avais volé le feu. Je portais en moi le tison. (…) J’avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. »


Dans ce livre d’une portée poétique au sens le plus large et le plus noble, Sylvain Tesson, que les épreuves n’ont pas ménagé ces dernières années, éveille ce qui ne peut mourir en nous, les mystères des arrière-plans et des présences repliées. En quelque sorte les périphéries du réel. L’évocation délicate et pudique de sa mère qui a regagné l'éternité et celle d’un amour perdu, une fille des bois, reine des sources, prêtent à ce voyage en haute altitude une émotion supplémentaire.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

* Hölderlin


Pour prendre connaissance de mes articles sur les précédents ouvrages de Sylvain Tesson, cliquer sur leurs titres :

 

Un été avec Homère de Sylvain Tesson


"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson   


Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson 


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La panthère des neiges de Sylvain Tesson
La panthère des neiges de Sylvain Tesson
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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 09:00
Eloge du souvenir

 

Les peuples ne perdent la vie que quand ils perdent la mémoire.  Maréchal Foch

 

Journée du souvenir, le 11 novembre nous remet en mémoire un passé que l'on serait souvent enclin à oublier. Les temps ont tellement changé, me direz-vous ! Quel jeune d'aujourd'hui partirait la fleur au fusil guerroyer pendant quatre ans dans le froid, la boue, l'horreur des tranchées ? Quelle guerre mérite qu'on lui sacrifie sa jeunesse, son armée, mais également ses appelés, et que l'on saigne à blanc une génération, se privant ainsi de ses cerveaux, de ses coeurs et de ses bras ? Aucune, bien entendu...si l'on considère qu'il n'y a pas de cause qui justifie un tel sacrifice. Néanmoins, n'est-ce pas ce qu'on fait, au cours des siècles, des millions de jeunes hommes, afin de sauver leur patrie forgée, au cours des âges, par le génie, la volonté, la ferveur, la compétence, le courage de leurs ancêtres ? Un pays a une âme, un visage à nul autre pareil. Une patrie a un sens, un rôle, une raison d'être. La terre est pour chacun de nous un lieu d'ancrage. Si nous nous exilons, c'est le plus souvent contraint et forcé et, à l'heure du soir, rares sont ceux qui ne souhaitent pas s'en retourner mourir au pays.

 

Pas question pour autant de figer un peuple dans la piété archéologique de son passé. La France a toujours préféré une tradition vivante, transmise par le moyen de la coutume qui synthétise les lents et constants apports du temps, à une tradition momifiée dans les formules ou raidie dans les systèmes. Les faiseurs de systèmes et les créateurs de constitutions théoriques ignorent trop souvent que la diversité des pays rend bien difficile l'adoption de plans politiques uniformes et absolus. Seuls demeurent constants les principes premiers de toute société basés sur l'immuabilité de l'essence des choses et de la nature humaine. En effet, cultiver le rêve d’un pays universel dans un monde violemment divisé en groupements rivaux serait condamner une  population à être dupe de ses voisins et à disparaître à plus ou moins brève échéance. Il est donc normal, et ce le fut de tout temps, de défendre la cité menacée. On a trop souvent tendance à mettre l'accent sur la seule amitié d'homme à homme, sur le contrat qui unit ensemble les membres d'un peuple et à exalter la nation au moment même où on lui prêche l'oubli des seules raisons permanentes de sa cohésion : celles que lui donne sa qualité d'héritière. " Car la patrie est l'héritage, la nation l'héritier ".

 

Nous savons à quels excès ont mené ces principes lorsqu'ils furent développés jusqu'en leurs extrêmes conséquences, aussi bien en France qu'en d'autres pays d'Europe. Les nations, qui ne doivent subsister que par l'effort volontaire de leurs membres, sont conduites vers les grandes simplifications mythiques de leur destin (qui n'est plus guère que matériel) et vers des images sublimées où s'accrochent les pires chimères et les pires erreurs, de même que s'exaltent dangereusement des engouements ou des haines irraisonnées envers d'autres peuples de notre vaste univers. Dégoûtés par ces excès, beaucoup de nos citoyens se jettent alors dans la négation même de la patrie et dans l'utopie d'une cité universelle déjà évoquée par la Révolution. Mais cette notion, probablement valable dans le royaume des âmes, ne peut l'être dans l'ordre politique. Pas davantage que ne peut l'être un monde sans racine, ouvert à tous les courants d'air de l'histoire.



Aujourd'hui, nombreux sont ceux - et à juste raison - qui s'épouvantent à l'idée d'empires gigantesques, d'une mondialisation possible devant lesquels le destin des frontières anciennes ressemble à celui fugitif des jardins enfantins. Et le doute se saisit d'eux. Les patries sont-elle condamnées ? Non, car la notion de patrie n'est pas une sclérose de l'être dans la piété de temps révolus, elle n'a en elle-même aucun caractère d'immobilisme, elle ne commande pas à l'homme le ressassement sentimental et vain de thèmes désuets. Ne nous leurrons pas : ce qui nous menace le plus n'est autre que le désamour. Le désamour de nous-mêmes et de nos valeurs. Or, ceux qui ne s'aiment pas ne savent pas aimer les autres. Rien ne se bâtit dans la désillusion et, pire, l'indifférence ou la désespérance. A ces jeunes gens, que la mort a ensevelis dans son suaire, les arrachant à l'aube de leur vie à une actualité dont ils se sont consciemment privés pour permettre à la nôtre de perdurer, demandons-leur de nous transmettre la ferveur du coeur et la clairvoyance de l'esprit.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Mon grand-oncle Marcel Chaillou mort à 25 ans lors des premiers combats en 1914.

Mon grand-oncle Marcel Chaillou mort à 25 ans lors des premiers combats en 1914.

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 08:31
Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence

Oscar - Vladislas de Lubicz Milosz, né à Czeréïa en 1877, n’occupe pas la place qui devrait être la sienne dans l’histoire de la poésie française. Ce grand seigneur lituanien, arrivé dans notre pays à l’âge de douze ans, est de ceux qui furent mal aimés et mal perçus de leur vivant et dont le parcours atypique demeure obscur, aujourd’hui encore, à la plupart de nos contemporains. Comme Rimbaud, il avait compris très tôt que la poésie ne pouvait être une fin en soi ; pour lui, elle ne fut jamais que l’attestation de sa quête ou son support et, pour cette raison, il se refusera à toute ambition littéraire, mais, différemment de l’homme aux semelles de vent, il ne fit pas de son existence «  un pur témoignage de perdition »  ; au contraire, il imprimera à la sienne les stigmates de la sainteté.

Son enfance, sans amour, passée dans un château entouré de trente mille hectares de terre et parcouru par une armée de laquais, lui communique l’étrange sentiment d’être tombé, par hasard, dans une fête incompréhensible et de ne savoir, de ce fait, ni d’où il vient, ni où il va.

 

Car je n’ai jamais eu, ô Nourrice, ni père, ni mère,
  Et la folie et la froideur erraient sans but dans la maison. "

                                                                             ( Symphonie de Septembre )

 

Ce monde dépersonnalisé, où rien ne lui semble vrai, le désoriente au point qu’il écrit : « Toute cette belle mobilité, depuis le nuage et la rivière jusqu’à l’oiseau de la vieille allée et la fourmi dans le gazon, était libre et courait où la vie l’appelait. Moi seul je rampais vers la cité hantée de mon désir avec la lenteur des mousses rongeuses dont les pieds s’enfoncent dans le bois et la pierre. »


Ainsi est-il atteint en son âge le plus tendre de cette "lèpre" de l’angoisse existentielle et du goût précoce de la mélancolie et du secret. Sans désespérer de son salut, il le cherchera longtemps dans une errance qui l’égarera à maintes reprises dans les labyrinthes ésotériques auxquels sa mère, familière des spéculations kabbalistiques, l’avait probablement initié. Mais il n’est pas le seul. Des écrivains comme Huysmans et Léon Bloy passèrent par le tunnel inquiétant de l’occultisme et ne trouvèrent la foi qu’après maints détours. Avec l’admirable "Cantique de la Connaissance", qui date de sa quarante-cinquième année, il semble que le pont soit traversé entre le versant profane et le versant sacré de son œuvre. Ce ne sont plus les bois silencieux du domaine paternel, où court la nostalgie propre au pays d’enfance, qui le captivent mais, selon un crescendo logique, son inspiration accompagne dorénavant l’ascension progressive qui mène des nuits de l’âme aux heures ensoleillées de Dieu.


 " Je ne m’adresse qu’aux esprits qui ont reconnu la prière comme le premier entre tous les devoirs de l’homme. / Les plus hautes vertus, la charité, la chasteté, le sacrifice, la science, l’amour même du Père, / Ne seront comptées qu’aux esprits qui, de leur propre mouvement, ont reconnu la nécessité de l’humiliation dans la prière."

La longue pratique des hommes de tous genres et de tous pays lui a appris comment ils aimaient, comment ils pleuraient, et il ne s’est pas privé de stigmatiser leur détresse - nous lui devons quelques-uns des cris les plus poignants de notre misère terrestre : les terrains vagues où le mystère, offusqué par les fêtards, se tapit dans l’ombre, les splendeurs défuntes, le gouffre infini des tentations, l’infamie, l’adultère, le blasphème, les scandales, les faux amours vécus dans la boue et la luxure. Il a pour ainsi dire répertorié tout ce qui prive l’homme de sa ressemblance avec Dieu, ce qui le mutile dans son âme elle-même, l’entrave dans sa quête de l’amour « immense, ténébreux et doux ». On lui reprochera d’avoir préféré l’amour à la lutte sociale, la réflexion à l’action. Mais cet homme, qui avait été spolié de son héritage familial, avait connu les méfaits et les excès du marxisme, était naturellement prudent à l’égard des engagements idéologiques. Il travaillera néanmoins, sa vie durant, à la renaissance de son pays.

 

 Il est vrai aussi que, dès sa jeunesse, il s’est situé hors du temps, hors des catégories sociales qui réduisent l’homme. Celui dont il parle, et auquel il s’adresse, est le frère en esprit et en communion, le frère d’oraison et le frère de peine. Le poète dépasse de beaucoup le cercle étroit de ses contemporains. D’ailleurs, Platon, Pascal, Goethe ont-ils jamais écrit pour les hommes de leur temps ? « C’est à la patience qu’on mesure l’amour », écrit-il et c’est par la prière que l’on force le repaire du «  Dieu caché » de Pascal, sensible au cœur, non à la raison, et dont le poète n’hésite pas à dire qu’Il aime être « importuné ». Il a donc fallu traverser quarante-cinq années de tentations, de doutes, d’atermoiements, parmi les faux - semblants de l’amour et de l’espérance, pour que Milosz, exigeant maintenant les pleins pouvoirs, imprime sa marque et, envers et contre les théosophes et les augures, aspire à établir sa propre conscience. Faut-il renoncer à la parole pour mieux céder à la prière, faut-il suspendre le chant pour célébrer l’Homme qui s’est levé et approche ?

 
Il ne lui importe plus guère de savoir d’où il vient et où il va, il…EST, puisqu’il AIME. La pensée qui, selon Descartes, constitue la dignité de l’être, son seul mérite et en laquelle il voit la preuve péremptoire de notre existence, Milosz - qui l’avait acclamée en son temps - la dépasse et affirme son existence sur un autre registre, se décline sur une autre octave. Au  " Je pense donc je suis", il propose son  "J’aime donc je suis". Et il ajoute : "Le cerveau n’est que le satellite du cœur ".  Il faut donc aimer avant de comprendre, proclamer avant de croire. Milosz n’est plus, désormais, « un pleureur du passé», il est tout près de la réintégration au royaume du Père et le prône dans son dernier poème : "Le Psaume de l’étoile" 


Voici les choses sont ce qu’elles sont
profond profond est Cela
devant celui qui se prosterne
on se prosternera.
 

 

Les murailles de Jéricho sont-elles enfin tombées pour lui et entre-t-il dans les Arcanes avec «  la clef d’or » de l’adoration ? Il faut prier, telle est sa conclusion, la consécration d’une vie qui a cherché ses concepts supérieurs aussi bien dans ses propres cendres que dans la bibliothèque sacrée de tous les âges, n’a dédaigné ni les rites initiatiques, ni les débordements de l’âme aux prises avec elle-même. Mais l’heure est venue de faire de l’agape, le véhicule de la grâce, de poser la plume, de fermer l’encrier, d’entrer dans le silence où tout est murmure, où le cœur se plait à accompagner le recueillement de Dieu.
Monsieur de la mangeoire, cet oiseleur au profil de héron, qui donne la becquée aux oiseaux, est un homme qui, entre l’intelligence et l’amour, a choisi l’amour.


« Tous les oiseaux le connaissaient. Ils volaient par centaines au-devant de lui dès qu’ils le voyaient paraître dans l’allée des Boulingrins » - dira le propriétaire de l’Aigle, la pension où il se retire en 1926, à Fontainebleau. Lui, qui avait été si inquiet de savoir d’où il venait et où il allait, a enfin trouvé son point d’amarre en Dieu. L’immuabilité du suprême Amour, c’est la Foi - écrira-t-il. La mienne m’attendait au terme de quelle course aride ! 
 

Désormais Milosz se tait et se tient à l’abri sous la mante maternelle de l’orthodoxie catholique. Si le silence de Rimbaud avait été celui d’un ange déchu qui se retire en grondant, celui du poète lituanien est d’autre nature : le silence d’un repenti qui juge inutile de chanter, quand il convient de se prosterner.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles consacrés à des poètes :

 

Paul-Jean TOULET ou une poésie fantasque

Joe Bousquet ou l'horizon chimérique 

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière 

Marie Noël ou la traversée de la nuit 

Yves Bonnefoy ou recommencer une terre

Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure

 

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Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence
Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence
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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 09:25
Un automne sur la colline

Tout va bien sur notre colline, les chaleurs sont derrière nous, les frimas ne sont pas encore là et quelques oiseaux se sont remis à chanter. Parmi eux Rubis, notre rouge-gorge, dont l’éducation des petits est terminée et qui  tient à nouveau compagnie à Yves. Il est vrai que cet été nous l’avons peu vu tant il était requis par l’obligation d’éduquer ses oisillons et de leur apprendre à voler. Mais tout est rentré dans l’ordre, les oisillons ont pris leur envol et Rubis profite du temps dont il dispose pour rejoindre le jardinier et gober les vers de terre que celui-ci offre à sa gourmandise en bêchant la terre. Et, bien entendu, il s'est remis à chanter avec un peu plus de mélancolie qu'au début du printemps et, ce, dès le lever du jour. Il lui arrive de nous accompagner un moment lors d'une promenade dans les environs ou de nous attendre à l'entrée de la résidence.

 

Quant aux moineaux, la fraîcheur a ravivé leur énergie, et ce sont de véritables  G20 qu’ils tiennent dans les buissons avec force pépiements  et envols car il y a parfois du rififi dans l’air. Cela agace d’ailleurs Rubis qui prend  le large quand ces belliqueux n’en finissent pas de s’expliquer dans les ramures. Les mésanges, quant à elles, accompagnées des tourterelles ne se laissent nullement impressionner par ce vacarme et s’empressent à satisfaire leur gourmandise en faisant honneur aux graines qu’Yves distribue en abondance. Il a d’ailleurs disposé dans les branches  les premières boules que les mésanges se plaisent à béqueter avec entrain et qui les aideront à traverser l’hiver sans souci de santé. Très acrobatiques, ces jolis volatiles se suspendent volontiers la tête en bas et dans toutes les positions. Drôles à observer, ils rivalisent avec les moineaux qui batifolent en attendant leur tour,  se présentant sur les lieux en escadrille.

 

 

Un automne sur la colline
Troglodyte

Troglodyte

Le minuscule Troglodyte à queue courte apprécie lui aussi notre jardin et se plaît dans les haies ou les branches mortes. L’hiver, il peut le passer avec quelques confrères dans une cavité de mur qui leur  permet de se pelotonner les uns contre les autres et de maintenir ainsi la chaleur car ils sont frileux. L'habitat troglodyte en quelque sorte ...

 

La Grive musicienne au dos brun et à la poitrine tachetée possède un répertoire étonnant de notes, ainsi qu’une centaine de phrasés différents. Elle peut même imiter des sons familiers comme celui du téléphone mais elle chante surtout au printemps et lorsque le temps s’annonce beau et chaud. Elle remplace aisément le journal météo.

 

Le Pinson est un oiseau bien fardé avec sa poitrine et ses joues orangé, sa tête et sa nuque bleu gris et son dos brun-rouge. Il semble que la palette du peintre se soit plu à le colorer. Il est doté d’un chant puissant et assez monotone avec seulement deux ou trois variantes. Il aime nicher à la fourche d’un arbre ou d’un buisson dans un nid de mousse et de lichen entrelacés et liés par une toile d’araignée. Quant au Verdier au bec robuste, il se  caractérise par une barre jaune sur ses ailes et sa queue et attire l’attention par ses cris nasillards et répétitifs qui ne relèvent pas vraiment du domaine de l’art musical. Pour sa part,  le Chardonneret n’émet que quelques gazouillis clairs et rapides suivis de trilles plus élaborées, de même qu’il charme par sa beauté et la mosaïque jaune vif, noire et blanche qui orne son plumage.

Grive musicienne

Grive musicienne

Pinson

Pinson

Verdier

Verdier

Chardonneret

Chardonneret

Venons-en à Rocco, notre écureuil fétiche qui se consacre actuellement  à la cueillette des noisettes et, croyez-moi, s’y emploie avec énergie. Comme la cueillette semble bonne, il cède sans souci à la tentation d’en croquer quelques-unes au passage, se posant sur son arrière train et cassant les  coques de ses dents solides. Ah, que c’est bon ! Yves l’a, par ailleurs, gratifié d’une ration supplémentaire, disposée dans un panier suspendu à une branche qu’il a aussitôt remarqué et qui a boosté  sa bonne humeur et son entrain. Si bien que nous avons eu droit l’autre jour à un véritable rodéo sur la pelouse et à quelques cabrioles du plus bel effet. Voilà Rocco tranquillisé quant aux réserves nécessaires pour assurer  la saison froide sans trop de souci. On sait que les écureuils dorment beaucoup l’hiver dans les refuges qu’ils s’aménagent avec soin à l’intérieur des troncs et que, prévoyants,  ils ont calculé d’avance ce qui leur sera indispensable pour traverser les rigueurs hivernales.

Les tourterelles ont, elles aussi, adopté notre jardin. Elles y sont au calme, bien nourries et à l’abri des chasseurs. Comme nos palombes d’ailleurs qui logent dans les hautes branches voisines. Ainsi le jardin se prépare-t-il sereinement à traverser  l’hiver. Les oiseaux y seront nourris et protégés autant que faire se peut, car nous avons parfois du enterrer quelques-uns de nos amis à plumes parce que les chats du voisinage viennent y chasser en catimini. Mais, en règle générale, le jardin est une joyeuse cour de récréation à toutes les saisons de l’année pour notre plus grand plaisir.
 

ARMELLE

 

Pour lire le précédent article sue le sujet, cliquer sur son titre :  "UN PRINTEMPS SUR LA COLLINE"

 

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Tourterelles

Tourterelles

Rocco

Rocco

Une petite noisette en passant. Je les enterrerai ensuite pour l'hiver.

Une petite noisette en passant. Je les enterrerai ensuite pour l'hiver.

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 08:39
Marcel Proust, prix Goncourt, une émeute littéraire de Thierry Laget

Thierry Laget nous conte d’une plume alerte l’émeute littéraire que suscita en 1919 la remise du prix Goncourt à Marcel Proust, considéré à l’époque  comme un écrivain mondain, connu d’un petit cercle de privilégiés, riches de préférence, ce qui va orienter le débat non seulement sur le terrain politique mais sur celui de la lutte des classes. D’autant que l’ouvrage couronné se présente aux lecteurs comme un texte qui n’est ni un roman, ni des mémoires, ni un recueil de maximes, qu’il est construit en dépit du bon sens et sans se référer aux règles littéraires habituelles, n’appartient à aucun genre, « mais participe de tous » souligne néanmoins  Pierre Valmont qui tente de remettre les choses à l’endroit.


En effet, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » est en compétition avec un ouvrage qui a ému les foules parce qu'il est un témoignage sur la guerre de 14, soit  « Les Croix de bois » de Roland Dorgelès, et évoque les souffrances des soldats et les plaies qui n’ont pas encore eu le temps de se cicatriser un an après l’armistice. L’auteur n’a-t-il pas traversé l’épreuve des tranchées et rendu palpable ce vécu dans la boue et le sang !  Thierry Laget  nous décrit avec ironie, sans omettre un seul détail et, ce, grâce aux nombreux documents qu'il a consultés, de la polémique qui a entouré le prix et nous en révèle  les dessous qui conduiront les éditions Gallimard à assigner en justice les éditions Albin Michel pour la raison que celles-ci avaient imprimé en gros caractères sur la bande  entourant le livre de Dorgelès : « Prix Goncourt » et en dessous en caractères minuscules « 4 voix contre 10 ». A l’issue du procès, Albin Michel sera prié de supprimer le bandeau et de payer deux mille francs à la librairie Gallimard en dédommagement du préjudice causé.


Parmi les jurés, Marcel bénéficiait de l’appui inconditionnel de Léon Daudet, frère de Lucien, dont on sait l’affection que l’écrivain éprouvait à son endroit, et qui pouvait  influencer son frère aîné. Et puis, pour quelles raisons, préférer les histoires de jeunes filles en fleurs sur une plage normande aux exploits et aux souffrances de nos soldats sur le front de la Marne, à Verdun ou au chemin des Dames ?  Les attaques de la presse vont aller jusqu’à parler de proustitution ou de goncourtisans et Proust souffrira d’avoir reçu le prix dans de telles conditions. Malgré l’émeute provoquée par sa remise à un auteur que certains considéraient comme un « planqué », les jurés ne céderont pas à l’air du temps et prouveront leur discernement à saluer un livre d’une facture exceptionnelle qui, déjà, laissait présager l’écrivain du siècle.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Marcel Proust au temps de l'orchidée à la boutonnière.

Marcel Proust au temps de l'orchidée à la boutonnière.

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 09:13
Photo androuet.com

Photo androuet.com

Je dois l'avouer, j'aime particulièrement l'automne, la diversité de ses teintes, la douceur de ses lumières qui s'apprêtent à clore majestueusement le cycle des saisons avant les frimas de l'hiver. Demeurant dans une station balnéaire fréquentée, ce qui me frappe tout d'abord est la qualité du silence, l'espace revenu à sa solitude et dont les lignes et les reliefs de l'eau et du ciel composent le plus harmonieux et le plus dépouillé des décors. Ce qui étonne ensuite est le ciel qui semble s'être un peu tassé comme s'il voulait se pencher plus intimement vers la terre avec une infinie délicatesse ; ou bien s'est-il voilé, enveloppant dans une déclinaison apaisée le mouvement régulier des marées qui, à leur tour, se font soit plus discrètes, soit plus farouches. Ou bien, à l'heure ultime, il s'enflamme, se saisissant du paysage dans un furieux accord.

 

 

Mais la forêt n'est pas en reste. Contrairement au rivage qui se décline sur le mode mineur sauf au coucher du soleil, les coloris les plus éclatants embrasent la végétation et lui confèrent un rayonnement où dominent l'or et l'incarnat. Quelle beauté que la traversée des bois quand un mince filet de lumière s'immisce entre les feuilles et les fait resplendir. Et puis il y a les odeurs : celle du champignon qui domine dans les sous-bois et que l'on ramasse avec gourmandise, de même que les noisettes, les mûres et bientôt les châtaignes. N'allez pas vous attrister en pensant que l'hiver est proche, que les nuits sont déjà plus fraîches et les jours plus courts ! Nenni,  l'automne n'est-il pas une saison qui nous reconduit progressivement vers l'essentiel ? Les plaisirs de l'été se sont certes éloignés, mais n'y a-t-il pas beaucoup à attendre d'un feu de bois ronflant dans la cheminée, de la lecture que nous reprenons à la tombée du soir, des réunions familiales lors des jours de pluie, des soirées qui se prolongent, des légumes et des fruits goûteux que nous ne tarderons pas à déguster : raisins, figues, noix, potirons, sans oublier le vin nouveau qui s'invitera prochainement à l'étal des magasins. 

 

 

Oui, l'automne est une saison magnifique, un point d'orgue somptueux que nous dédie la nature après les fastes de l'été. C'est la beauté parvenue à son terme qui se plaît à se retirer progressivement avec grandeur et solennité, avant de faire relâche pendant trois mois, de manière à fignoler un retour, plus juvénile que jamais, en mars prochain.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

ODE A L'AUTOMNE

 

Saison des brumes et des tendres moissons !
Automne, ami de coeur du soleil qui sans cesse mûrit ;
Tu conspires avec lui ; tu charges et tu bénis

De fruits les vignes qui s'enroulent autour du toit de chaume ;
Tu fais plier sous les pommes les arbres moussus du verger,
Tu gonfles la courge et tu arrondis la coque des noisettes
Avec une douce amande, tu fais éclore encor
Plus de fleurs d'arrière-saison pour les abeilles,
Pour qu'elles pensent que les jours chauds resteront à jamais
Car l'été emplit à ras-bord leurs moites alvéoles.

 

Qui ne t'a vu souvent parmi tes trésors ?
Parfois celui qui cherche dans les champs te trouve
Assis sans souci sur le sol du grenier à blé,
La chevelure doucement relevée par le vent qui vanne ;
Ou bien endormi dans un sillon à demi moissonné,
Engourdi par la vapeur des pavots, tandis que ta faucille
Epargne l'andoin suivant et toutes ses fleurs nouées ;
Et parfois comme un glaneur chargé tu gardes
La tête droite au-dessus d'un ruisseau,
Ou bien à côté d'un pressoir à cidre, l'oeil patient,
Tu regardes, heure après heure, les gouttes suinter.

 

Où sont les airs de printemps ? Oui, où sont-ils ?
N'y songe pas ; toi aussi, tu as tes harmonies.
Tandis que des nuages bariolés fleurissent le jour qui meurt doucement
Et mettent une teinte rosée sur les plaines de chaume,
Alors, en un choeur attristé, les moucherons se lamentent
Parmi les saules de la rivière, portés vers l'azur
Ou s'enfonçant selon que la brise légère vit ou meurt.
Et les grands moutons bêlent au milieu des collines,
Les criquets chantent dans les haies, et l'on entend les trilles mélodieuses
Du rouge-gorge qui siffle dans l'enclos des jardins,
Et les hirondelles s'assemblent et trissent dans les cieux.

 

John KEATS

 

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Lumière d'automne
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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 08:49
Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure
Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure


Patrice de la Tour du Pin devait faire très jeune une entrée éblouissante dans le monde littéraire avec sa Quête de joie, entrée comparable à ce qu’avait pu être, en son temps, celle de Lamartine et de ses Méditations. Il avait 19 ans et venait d‘écrire un chef-d’œuvre. Difficile de devenir en un âge si tendre presque déjà insurpassable, car si le poète devait produire par la suite avec ce qui deviendra son œuvre unique et colossale "La Somme de Poésie", un travail admirable et admiré, jamais, peut-être, il n’aura été davantage poète que dans cette quête de sa toute jeunesse. C‘est Jules Supervielle qui avait remarqué le manuscrit et souhaité publier une première partie "Les enfants de septembre" à la NRF dès 1933.

 

Les bois étaient tout recouverts de brumes basses,

Déserts, gonflés de pluie et silencieux ;

Longtemps avait soufflé ce vent du nord où passent

Les Enfants sauvages, fuyant vers d’autres cieux,

Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l’espace.

 

La jeunesse ne pouvait que se retrouver dans ces vers romantiques qui lui restituaient une atmosphère proche de celle du Grand Meaulnes. Poésie enchanteresse par cette grâce princière qui a quelque chose du Printemps de Botticelli et de la délicate nostalgie de Charles d’Orléans et n’a jamais rien concédé au confus et à l’obscur. Cette inspiration, Patrice de la Tour du Pin l’a puisée dans le pays de son enfance composé de bois giboyeux, d’étangs, de vertes prairies et de jardins secrets, qu’il aimait à parcourir seul ou avec sa sœur Phylis et son frère Aymar, domaine des vacances familiales dont il héritera par la suite et où il passera la plus grande partie de sa vie.

 

Va dire à ma chère Ile, là-bas, tout là-bas,

Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande,

Que je viendrai vers elle ce soir, qu’elle attende,

Qu’au lever de la lune elle entendra mon pas.

 

Cette "quête de joie" sera donc le premier fruit d’une solitude qui lui apportera une gloire précoce avant que les années de guerre et de captivité en Allemagne fassent de lui, selon la formule de Jean Guitton, non seulement un poète à ses heures mais à toutes les heures, ayant trouvé en soi son cloître intime où il vivrait reclus en poésie. Les autorités allemandes l’ayant relâché, il va se réfugier au Bignon-Mirabeau, la demeure familiale à l’extrême pointe nord-est du Loiret, ancrée au bord d’une vallée :

 

C’était un château de vallée,

L’herbe dressée de trois prairies

Les bois de pentes, aux chemins

Indéfinis qui s’en allaient,

Les Morailles, les Picardies

Avec leurs châteaux de sapins.

 

 

En 1943, il épouse sa cousine Anne de Bernis, dont le visage lui était apparu, lors d’un voyage en train, comme celui de la femme élue : « Suis-je à la fin du voyage ?/ Le monde d’amour n’est pas là ! / - Il ne vint aucune réponse ! / Juste la forme d’un visage, / Comme fut l’archange à l’annonce, / Et ce fut bien trop beau pour moi…".

Désormais le poète va vivre à deux un monde d’amour. Quatre filles viendront égayer ce foyer uni, tandis que le poète se consacre à son aventure spirituelle et poétique en achevant, dès 1946, Le Premier Jeu soit "Le jeu de l’homme en lui-même" et qu’il envisage structurellement ce que seront les deux suivants : "Le jeu de l’homme devant les autres" et "Le jeu de l’homme devant Dieu". Durant une dizaine d’années, de 1948 à 1958, l’auteur traverse une période d’angoisse et se voit confronté à cette traversée du désert que la plupart des mystiques ont connue et qui lui fait douter de ses capacités à mener à bien cette œuvre déjà construite dans sa pensée et que, soudain, en panne d’inspiration, il ne parvient plus à composer. Humble, il accepte l’épreuve d’être ainsi dépossédé par son Seigneur. "Les prières du désert" en font foi : « Si tu m’as conduit là, Seigneur, c’est pour renaître, / Si je renais ce n’est pas homme mais enfant, / Non pas de mon passé, mais de ton testament. / Tant pis pour le poète que j’aurais pu être ! / Tu me reprendras tout, dès le commencement, / Tu n’es pas Dieu qui repousse un enfant.»

 

 

C’est à la suite de ce passage à vide qu’il prend conscience que son intelligence est au service du baptême et sa volonté à celui de l’eucharistie. En 1964, l’Eglise du Concile Vatican II l’ayant appelé à faire partie de la commission des cinq membres choisis par l’épiscopat pour traduire en français les textes liturgiques, il dit oui spontanément sans prendre en considération la mesure de cet engagement. Ce oui contraste avec le non tout aussi spontané qu’il avait adressé aux immortels de l’Académie française lorsqu’ils lui avaient demandé de siéger parmi eux. Ce sont désormais dix années de sa vie qui vont être consacrées à ce travail de traducteur des oraisons de la messe, des préfaces, des quatre prières eucharistiques, des rituels du baptême et du mariage, des Psaumes du Psautier français liturgique, sans compter qu’il composera personnellement une vingtaine d’hymnes pour la liturgie des heures. Son langage audacieux ne fera pas toujours l’unanimité. Pierre Emmanuel écrira à ce propos : "On peut regretter que ceux avec lesquels il coopéra ne l’aient pas poussé à être davantage l’homme qu’il était. Mais sa tentative fut la première - et la seule - pour introduire la poésie dans le culte, dans l’expression canonique de la foi".

 

 

Le poète introverti qu’il est, consacré jusqu’alors à une œuvre personnelle destinée à quelques initiés, s’impose subitement de composer pour le public le plus large et passe sans transition de la solitude à la communion et d’un certain hermétisme à une grande clarté. Ne doutant pas un instant que le Christ travaille en lui, il s’attelle à cette tâche avec ferveur. Ce travail aura une influence sur la poursuite de son œuvre, la Somme dont il aborde "Le jeu de l’homme devant les autres". Ce Jeu, en se greffant à la liturgie, décrit l’état d’homme eucharistique et inscrit le Christ au centre de la vie et de la création. Ainsi l’auteur de "La quête de joie" devient-il théopoète, un peu à la façon d’un Grégoire de Nysse ou d’un Augustin, cultivant une théopoésie qui est, tour à tour, christologique, liturgique et sacramentelle, entièrement ordonnée autour de l’approche eucharistique du Dieu vivant, nous dit Jacques Gauthier, qui a consacré au poète une thèse de doctorat en théologie.

 


L’incroyance de son siècle l’a toujours stimulé et l’incite à opposer la louange à l‘indifférence ambiante. Affaibli par un cancer, il sait que, dorénavant, ses jours sont comptés et il se hâte à donner à la "Somme" et, surtout au dernier Jeu, celui de l’homme devant Dieu, sa forme définitive. L’avant-veille de retourner à son Seigneur, il dicte à sa femme un ultime poème "Ordre de mission" pour conclure ce parcours d’amour qu’ils ont partagé et mené d’un pas égal :

 

Sors de la chambre des enfants

Et du secret de ses trésors,

Et va révéler au-dehors

Ma version de l’homme vivant.

 

Ce mystère qu’on dit obscur

Est tout couvert de l’Eternel :

Il n’est pas vrai que les vents gèlent

En parvenant à ses bordures.

 

C’est un lieu d’une eau toujours vierge

Et qui ne peut se profaner !

Il redevient vierge, il renaît

Quand un rayon de Dieu l’immerge.

 

 

La poésie fut toujours pour Patrice de la Tour du Pin une manière d’être au monde, une façon de chanter l’existence, une expérience ou, plus exactement, une quête de sens. A cet égard, il appartient davantage à la famille des chercheurs d’absolu qu’à la communauté littéraire de son époque qu’il négligea, n’ayant pas avec elle les mêmes préoccupations de langage et d’objectif. Et il est certain que là où l’homme de foi trouve abondamment sa nourriture spirituelle, le simple amateur de poésie risque d’être déconcerté par autant d’exigence et dans l’incapacité de suivre ce premier de cordée à une telle altitude. Le néophyte regrettera l’œuvre première, "La quête de joie" où resplendissaient les poèmes de jeunesse. Indifférent aux modes et peu soucieux de séduire, Patrice de la Tour du Pin visait autre chose que la seule alliance des mots. Il lui avait fallu, pour édifier son grand œuvre, renoncer aux strophes fluides et presque murmurées des vers d’antan pour dire Dieu, ici et maintenant, et se mettre tout entier au service de la connaissance de l’homme dans le Christ. «Seigneur, la vocation d’un poète est tragique / Surtout lorsque pour Toi il veut tout renouveler». Au fil du temps, le désert, la solitude ont changé la quête de joie en quête d’eucharistie et le dernier "Jeu" n’aura d’autre mission que de proclamer les merveilles du Seigneur. Ainsi le théopoète marche-t-il vers des cieux nouveaux en bâtissant, avec les mots qui engagent tout l’être, sa terre nouvelle.

 

 

 

Cependant, Patrice de la Tour du Pin ne pouvait en aucune façon mener son Jeu devant Dieu, si Dieu Lui-même ne le menait pas en premier. L’initiative relève toujours de Lui seul. Nul ne cherche Dieu si Dieu ne l’a pas cherché. «Trouver Dieu pour le chercher davantage»selon la célèbre phrase de Pascal dans "Le Mystère de Jésus". Lors de cette célébration intime qu’est devenu le poème, l’amour est épiphanique et le texte se situe dans la plus pure lignée de ceux traitant de la contemplation. La foi, en dépassant la raison, n’est-elle pas elle-même une quête d’intelligence ? Et la poésie en dépassant l’idée ne s’ouvre-t-elle pas plus pleinement au mystère ? « Mon Dieu, je me heurte à tout autre, / Tout éclair, un versant caché. / Toute créature un abîme / Où ton souffle seul peut passer". 

 

 

En prenant conscience que l’intelligence, elle aussi, a été baptisée, Patrice de la Tour du Pin entendait rendre concevable au penseur honnête la mystique chrétienne. Et, puisque l’action de Dieu était en mesure d’organiser la poésie à cette fin, et, dès lors, qu’elle faisait corps avec l’expérience spirituelle la plus authentique, en vertu de quoi la poésie ne serait-elle pas autorisée à s’associer à la théologie dans l’approche du mystère et la révélation de l’union de Dieu et de l’homme ?   «N’attendez pas que votre chair / Soit déjà morte, / N’hésitez pas, ouvrez la porte, / Demandez Dieu, c’est lui qui sert, / Demandez tout, il vous l’apporte : / Il est le vivre et le couvert». Ici le Christ est choisi en même temps comme objet et sujet de la quête : «Je peux retourner à la terre / Sans peur n’étant pas seulement / Fils de mon père et de ma mère, / Car tu m’as fait dans mon désert / Fils de ta grâce et de mon sang».

 

Ce poème de "La veillée pascale" clôture cette "Somme" édifiée dans le silence. Le poète s’était consumé à l’écrire loin des vanités du monde et des courants littéraires de son temps, si bien qu’il s’en alla les mains vides, mais assuré, ô combien ! que le langage de la prière serait le seul à ne pas passer… Il meurt en 1975 à l'âge de 64 ans.

 

 

 

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Avec sa femme.

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 09:32
Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway

« Le vieil homme et la mer » compte parmi les ouvrages que l’on se plaît à relire tant le sujet fixe un moment de vie qui tient tout ensemble du mythe et de la réalité et parce que l’écrivain a su faire d’une simple aventure de pêcheur une épopée éternelle. Pour la servir, Hemingway a eu recours au style le plus simple, au vocabulaire le plus courant, et cette simplicité d’écriture donne à son aventure marine une acuité rare, un formidable réalisme dans ce temps court qui est le sien. La prose, dont il use, nous plonge dans le quotidien d’un vieil homme qui aspire à capturer le plus gros poisson de toute sa vie afin d’offrir une conclusion heureuse à celle-ci et se prouver à lui-même qu’il est encore en mesure de se surpasser. Ce récit se déroule en une suite de tableaux, une imagerie réaliste et poétique qui s’appuie sur des signes de vie essentiels, des personnages frustes mais auxquels il confère une stature d’officiants. Qui sont-ils ? Un jeune adolescent qui aime le vieil homme et rêve de l’égaler un jour, et un vieil homme qui épouse sa solitude océanique comme le moine celle de sa cellule. L’art d’Hemingway nous immerge d’emblée dans cet univers marin où les poissons eux-mêmes sont des personnages. Santiago, le pêcheur, sait leur parler comme à des êtres respectables, de même qu’il converse avec les nuages, le ciel et les étoiles. Cela avec une certaine et touchante solennité qui n’est pas sans évoquer celle d’un Virgile.

 

« Il se mit à plaindre le grand poisson qu’il avait ferré. Il est merveilleux et étrange et Dieu sait quel âge il a, pensa-t-il. Je n’ai jamais attrapé un poisson aussi fort qui se comporte de façon aussi étrange. (…) Il ne peut savoir qu’il n’a qu’un homme contre lui, ni que c’est un vieil homme. Mais quel grand poisson ! (…) Il a attrapé l’appât comme un mâle, tire comme un mâle et se bat sans s’affoler. Je me demande s’il a un plan de bataille ou si seulement il ne sait plus quoi faire, comme moi. »


Chroniqueur d’une réalité concrète, ne cédant à aucune facilité de style, pas davantage à l’émotivité intime du héros ou à une quelconque subjectivité, l’écrivain se contente d’une prose descriptive qui nous met en phase avec une actualité d’une minutie extrême. Ce narratif dépouillé donne à cette histoire le caractère d’un cérémonial. Livre court, condensé, inoubliable, « Le vieil homme et la mer » traverse le temps car le temps du héros est celui d’un combat perpétuel, celui du courage et de la solitude dans l’univers le plus symbolique qui soit, celui de l’eau. Les scènes se passent au large de La Havane, capitale de l'île de Cuba, que l'écrivain a souvent fréquentée dans les années 50/60 avec sa troisième épouse Martha qui léguera d'ailleurs sa maison au gouvernement cubain, demeure devenue le musée Hemingway. Chasseur et pêcheur, celui-ci aimait se mêler à la population et partir au large taquiner le poisson. Au bar El Floridita, il crée un cocktail encore servi de nos jours sous les appellations de Papa doble ou papa Hemingway. En 1954 il dédiera son prix Nobel de littérature au peuple cubain.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway
Ernest Hemingway pêchant au large de La Havane.

Ernest Hemingway pêchant au large de La Havane.

Sa statue dans le bar de La Havane : El Floridita.

Sa statue dans le bar de La Havane : El Floridita.

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 06:56
Alberto Giacometti, ascèse et passion, de Anca Visdei

Après vous avoir évoqué la musique, je consacre cette chronique à la peinture et à la sculpture avec une superbe biographie du peintre et sculpteur suisse Alberto Giacometti qui vécut longtemps à Montparnasse au temps où ce célèbre boulevard attirait tous les artistes et toutes célébrités férues d’art. Cette biographie est l’œuvre d’une auteure d’origine roumaine qui vit actuellement à Paris où elle a pu marcher sur les traces du maître.

 

 

Alberto Giacometti - Ascèse et passion

Anca Visdei

 

 

Le 11 mai 2015, chez Christie’s à New York, « L’Homme au doigt » une statue de Giacometti est adjugée pour 141.285 millions de dollars, devenant ainsi la statue la plus chère jamais vendue au monde, devançant une autre statue de Giacometti adjugée 103.93 millions de dollars en 2010. Voilà au moins une bonne raison de s’intéresser à cet artiste et de découvrir ce que fut sa vie d’homme et de sculpteur. Anca Visdei a mis ses pieds dans les pas du maître, elle est retournée aux sources, dans le Val Bregaglia, au coeur des Grisons, là où il est né.  Les Grisons c’est le plus grand canton de Suisse mais le moins peuplé, c’est un massif de pics et vallées profondes au rude climat qui attire cependant les touristes fortunés et les hommes d’affaires les plus riches de la planète. Coincé entre l’Italie, l’Autriche, le Liechtenstein, c’est un canton dont beaucoup partent pour exporter leur savoir et en acquérir d’autres.

 

La famille Giacometti est arrivée dans cette vallée au début du XIXe siècle, elle observe strictement la religion réformée qui, sous la férule de sa mère, marquera Alberto toute sa vie. L’art est un gène familial, le père est un peintre reconnu, d’autres membres de la famille sont aussi reconnus pour leur talent artistique. Anca Visdei explore l’arbre généalogique des Giacometti afin d'évaluer l’impact de ce gène artistique. Depuis, son enfance Alberto dessine, peint avec son père qui l’encourage à bouger pour voir d’autres choses, d’autres formes d’art. Le fils voyage mais très vite, vers ses vingt ans, il se fixe dans une baraque, un atelier logis plutôt sommaire, avec son frère Diego, puis à Paris près du célèbre boulevard du Montparnasse. Diego, le frère fêtard, que ses parents lui ont confié, restera toute sa vie avec Alberto dont il est inséparable car c’est lui qui réalise les armatures, les moulages, les patines, les accessoires, il est adroit, il a du talent mais ce n’est pas un artiste, c’est plutôt un artisan d’art qui acquerra une certaine notoriété après la mort de son frère.

 

A Montparnasse Giacometti se consacre totalement à son art, négligeant le confort matériel et les plaisirs de la vie « il renonce même à l’orgueil de la réussite, du succès et de la gloire… Vœu de pauvreté, vœu de chasteté (du cœur), vœu d’humilité ». Les oreillons, dont il a souffert dans son adolescence, ont jeté un doute sur sa virilité et le détournent des femmes sauf de celles qui font payer leurs étreintes. Anca Visdei le suit pendant ses longues séances de travail dans son austère atelier où il respecte la poussière et tyrannise ses modèles, et dans ses longues escapades nocturnes avec les péripatéticiennes de Saint-Denis et de Montparnasse. Il est devenu un sédentaire qui ne voyagera qu’à la toute fin de sa vie. Durant celle-ci, il restera un austère protestant, torturé par la recherche de son art qui ne lui donne jamais satisfaction, par ses œuvres qu’il ne parvient jamais à achever, par les femmes qui l’effraient, soumis à la force tutélaire de sa mère.

 

L’auteure le suit ainsi dans sa traversée artistique du demi-siècle (début des années 1920 – 1965) qu’il vit à Montparnasse, perpétuellement à la recherche de l’aboutissement de son art, « après avoir exploré successivement le cubisme, et même très partiellement le futurisme, connu à Paris, le postimpressionnisme et le fauvisme transmis par son père, Giacometti n’a cessé de chercher plus loin dans l’histoire de l’art ». Passant par Cimabue, Giotto, Piero della Francesca et Le Tintoret, il continuera sa quête jusqu’à l’exploration des arts primitifs pour transposer sa recherche dans son œuvre. Elle l’accompagne aussi quand il rencontre enfin le succès et la gloire de son vivant, contrairement à beaucoup d’autres artistes, mais il n’en profitera que peu, vivant toujours dans son austère demeure avec une femme qu’il n’aime pas et une maîtresse qui lui soutire son argent.

 

La biographie d’Alberto Giacometti, ce n’est pas seulement le récit de la vie d’un immense artiste torturé, c’est aussi un demi-siècle d’histoire de l’art à Montparnasse quand ce quartier de Paris était le centre du monde artistique et culturel, là où tous les grands artistes se sont rencontrés un jour ou l’autre. Et nombreux, très nombreux sont ceux qui ont eu l’honneur de côtoyer le maître. L’auteure nous raconte ses aventures, ses amours, ses querelles, ses disputes, comment Breton l’a expulsé des Surréalistes, comment il a noué une belle amitié avec un cousin d’Anne Frank dont la famille fut elle aussi décimée par les Nazis. Cet ouvrage est une page d’histoire de l’art et même une page d’histoire tout court, au temps où le monde culturel et littéraire ne résistait pas au tropisme de Montparnasse, quand Alberto Giacometti était toujours là entre son atelier, les brasseries (Le Dôme, La Closerie des Lilas, Chez Adrien…) et les trottoirs de Saint-Denis et de son quartier et quelques voyages pèlerinages dans ses Grisons natals lorsque le besoin  de se ressourcer se faisait sentir. Le plus impressionnant dans cette biographie reste, néanmoins, cette foule immense de personnalités aujourd’hui  célèbre que le maître a eu l’occasion de fréquenter et parfois même très intimement.

Editions Odile Jacob

 

Denis BILLAMBOZ


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Alberto Giacometti, ascèse et passion, de Anca Visdei
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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