Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 08:59
La guerre de Vendée

                           

« Le 26 mars 1792 » - écrit Gilbert Prouteau, « les cloches de six cents églises, muettes depuis plus d’une année, se sont mises à sonner à toute volée. Le tocsin de la croisade levait l’écluse de la grande marée. Un cortège innombrable , jailli des entrailles de la terre, issu des chemins, des breuils, des landes et des guérets, des collines et des métairies, des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, armés de piques, de vieux fusils à broche, de lance-pierres, de hachoirs et de bâtons de néflier, qui se retrouvaient dans le raccordement des sentiers et des routes et qui marchaient vers Machecoul et Montaigu au chant des cantiques. Un seul département contre quatre-vingt-dix gémissait un gentilhomme, nous allons être écrasés … Six mois plus tard, les meilleures troupes de la République reculaient devant cette armée en sabots. »

 

«  Si profitant de leurs étonnants succès, Charette et Cathelineau eussent réuni leurs forces pour marcher sur la capitale, c’en était fait de la République ; rien n’eût arrêté la marche triomphale des armées royales. Le drapeau blanc eût flotté sur les tours de Notre-Dame. Mais il manqua toujours un prince à la tête de la cause vendéenne ».  C’est ainsi que Napoléon juge de l’importance de l’époque vendéenne, dont il parlait encore à Las Cases du fond de son exil à Sainte-Hélène. En fait, ce qui confère à cette guerre meurtrière, son caractère mémorable, c’est qu’il s’agit d’une guerre subversive, conduite au nom des valeurs traditionnelles. Le nouveau régime cherchait à convertir la France à la liberté, à l’égalité et à la fraternité : les Vendéens se dressaient pour servir Dieu et le roi.


Ce qui frappe dans la Vendée pré-révolutionnaire est la solidarité qui unit les paysans et les nobles. Le château protège la chaumière. Les hobereaux, car il y a peu de grands seigneurs en Vendée, vivent en étroite collaboration avec ceux qui les servent. Tous communient dans le même respect de la religion et la pratiquent avec une égale ferveur. Quand survient la Révolution, elle est d’abord accueillie avec enthousiasme. A Beaupréau, proche de Chemillé, un des hauts-lieux de l’insurrection, on célèbre – comme partout ailleurs – un Te Deum en l’honneur de la prise de la Bastille et de l’abolition des privilèges. Mais le 12 juillet 1790, quand l’Assemblée constituante adopte la constitution civile du clergé, œuvre de Talleyrand, la Vendée s’indigne. Au printemps de 1791, le paysan Guillou de Saint-Christophe-du-Ligneron se bat avec une simple fourche contre deux cavaliers républicains. Couvert de vingt-deux blessures, on lui crie : «  Rends-toi ! Il répond : Rends-moi mon Dieu ! L’esprit de l’insurrection vendéenne tient tout entier dans cette réplique.
 

L’Assemblée constituante, au lieu d’agir avec un peu de souplesse, ne trouve rien de mieux pour mettre au pas les Vendéens rebelles, que d’envoyer des bataillons de gardes nationaux pour incendier les châteaux, profaner les églises, arracher les cloches, les vases et les ornements sacrés, briser les statues, pénétrer dans les maisons afin de confisquer les livres de prières, les catéchismes, les chapelets et les croix. C’en est trop. Les Vendéens ne peuvent rester sans réagir. Alors que l’article X de la Déclaration des Droits de l’Homme stipule que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public », la répression s’abat de plus en plus violemment sur les catholiques de l’ouest.


Un peuple entier prend les armes mais réalise très vite que pour mener à bien un tel combat, il lui faut des chefs. La base réclame un sommet. Alors ils se tournent vers ceux qu’ils ont appris à respecter : les nobles. Tout ne va pas sans quelques atermoiements. D’Elbée et Bonchamp hésitent, Charette de la Contrie se fait prier, La Rochejaquelein et Lescure n’interviendront que plus tard, après qu’ils aient été libérés de leur détention en tant que suspects. L’arrivée des nobles permet d’organiser un semblant d’armée, si bien que les victoires succèdent bientôt aux victoires et encouragent les insurgés qui se regroupent sous le nom d’armée catholique et royale.  Devant un tel soulèvement, les républicains commencent à s’inquiéter. Une proclamation est placardée sur les murs : « Nous vous apprenons aujourd’hui que le complot des infâmes prêtres et émigrés est de se servir des malheureux rebelles pour livrer nos côtes aux brigands de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Russie et établir sur ces rebelles eux-mêmes le régime des coups de bâton et l’esclavage le plus odieux. Ce n’est pas une chimère que ce projet enfanté par des traites ; l’auguste convention nationale en a toutes les preuves et la nation tous les moyens de le faire échouer. »


Le mois d’avril nourrit l’espoir des insurgés : victoire de Chemillé, des Aubiers et de Beaupréau. Ces événements exaltent les cœurs. A Fontenay, les Vendéens font trois mille prisonniers, prennent quatre mille fusils et trente canons et s’adressent au peuple français au nom de Louis XVII, le petit roi enfermé dans la prison du temple, afin que le ciel se déclare pour la plus juste et la plus sainte des causes. C’est alors que la convention expédie sur la Vendée la légion du Nord, commandée par le général Westermann et la légion germanique composée de déserteurs allemands passés au service de la République. Bien que peu disciplinées, les armées républicaines bénéficient de sérieux atouts : les ressources nationales, l’appui des autorités et, dans les grandes villes, l’adhésion d’une fraction des habitants. Les représentants de la République, réunis à Saumur, prennent le 27 mai la décision d’écraser envers et contre tout cette insurrection. Il n’y a plus d’autre solution, pour les insurgés, que d’attaquer la ville, ce qu’ils font. Saumur tombe et offre, par la même occasion, un butin énorme : quinze mille fusils, une cinquantaine de canons. Par ailleurs, tenir Saumur, c’est surveiller le passage de la Loire et intercepter la navigation ; en quelque sorte paralyser les communications entre Nantes et Paris. Cela permet également d’entrer en rapport avec les éléments antirévolutionnaires de la Sarthe et de la Mayenne. Les députés nantais, abasourdis par ce fait d’arme, s’écrient : « Nous sommes à la merci d’une ruée paysanne. »

 

Malheureusement les paysans aiment à retourner dans leurs foyers. Ils disent que le pavé des villes leur brûle les pieds. Ils entendent pouvoir échanger le fusil pour la charrue, selon les impératifs du moment. Soldat un jour, cultivateur le lendemain. La Rochejaquelin le confirme : «  L’armée n’était jamais assemblée plus de trois ou quatre jours. L’expédition, réussie ou manquée, rien ne pouvait retenir les paysans, ils retournaient dans leur foyer. » Il est vrai aussi que cette armée mène une guerre d’embuscade et de résistance, faite de coups de mains et de coups de force et qu’elle est plus à l’aise dans son décor naturel, le bocage ou les marais, que dans les plaines monotones, sans arbres, ni repères où leurs combats prennent une tournure plus malhabile.

 

Après l’échec de la prise de Nantes où Cathelineau est mortellement blessé, ce qui provoque le désarroi dans les rangs royalistes qui refluent en emportant leurs blessés, les insurgés subissent un nouveau choc terrible : leur défaite devant Luçon. « Si les Vendéens eussent pris Nantes – affirme Michelet – ils devenaient en réalité les maîtres de la situation. Un si grand événement leur eût donné à la fois la mer, la Loire, plusieurs départements, un vrai royaume de l’Ouest. » Napoléon ira plus loin : « Nantes a sauvé la République. » C’est dire à quel point Nantes et les pays de Loire ne regardaient pas dans la même direction. Aujourd’hui encore, nous subissons les affres de cette rupture qui n’eût pas à connaître l’Angleterre qui a conservé une royauté constitutionnelle. A ce sujet, Jean Dutourd écrit : « Avec la révolution, le peuple français a perdu une virginité qu’il avait conservée jusque-là, quels qu’eussent été ses désordres. Il n’est pas devenu adulte, ainsi qu’on dirait aujourd’hui, il a changé de nature, il a été dépouillée d’une espèce d’innocence historique. »

 

A la suite des défaites de Saumur et de Luçon, les insurgés vont subir une succession d’échecs et de réussites mais, soudain, le vent tourne et l’horizon se charge de lourdes menaces. Charette de la Contrie, en désaccord avec les autres chefs, regagne son marais. Début octobre, les Républicains prennent Châtillon-sur-Sèvre, siège du conseil vendéen et Westermann y massacre des centaines de paysans, ivres de fatigue. Les Vendéens se replient alors sur Cholet et y livrent un combat désespéré. D’Elbée et Bonchamp sont blessés,  Charette, retenu à Noirmoutier n’est pas là, les Vendéens ont perdu la partie et le cœur meurtri refluent vers la Loire dans le but de la traverser au plus vite. Entre Saint Florent-le-Viel et Varades, la Loire est séparée en deux bras par une petite île, ce qui facilite le passage, d’autant qu’en ce mois d’octobre 1793 les eaux basses sont plus aisées à franchir.

 

La Vendée militaire s’installe donc sur la rive droite, hors de la Vendée. Que reste-t-il à faire ? Où aller ? La Rochejaquelein propose de marcher sur Angers ou Nantes. Le 19 octobre, l’armée catholique et royale entre dans Château-Gontier où quelques milliers d’hommes la rejoignent, « ruisseau attiré par la coulée énorme du fleuve vendéen » - écrit Gabory. Peu après, elle occupe Laval. Westermann, qui a franchi la Loire à son tour, essuie un échec à la Croix-Bataille et Kléber en subit un à la hauteur d’Entrammes. A la suite de ce revers, ce dernier juge ainsi les insurgés dans un courrier qu’il adresse au Comité de Salut Public : « Nous avions contre no leur impétuosité vraiment admirable et l’élan qu’un jeune homme (La Rochejaquelein) leur communiquait. Ne vous laissez donc pas endoctriner par tous ces hommes qui vous disent que la Vendée est morte. »

 

Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772 - 1794)

Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772 - 1794)

La guerre de Vendée

Après l’échec de Granville où la flotte anglaise espérée n’est pas au rendez-vous, la question se pose à nouveau : où aller ? A Villedieu, l’armée des paysans vendéens est canardée par les paysans normands qui ne partagent pas leurs convictions et que ces hordes en sabots dérangent dans leur quotidien. La débâcle s’amorce et les vivres manquent. La faim creuse les visages, le froid s’ajoute aux souffrances et la dysenterie commence ses ravages. En sens inverse,  l’armée catholique et royale reprend la route de Fougères et de Laval. Le baron de la Touche décrit la retraite en ces termes : « Cohue famélique avec son pitoyable cortège de malades, de blessés noirâtres couverts de pus, entassés sur la paille des charrettes, des traînards de plus en plus nombreux ; parcours inverse des étapes de l’aller, sinistrement jalonné de charrettes abandonnées. » Les insurgés atteignent Angers le 3 décembre. Leurs rangs se sont éclaircis, ils ont été abandonnés par les Chouans, la fatigue et les épidémies ont fait le reste. Ils laissent sur le terrain pas moins de deux mille morts. Puis ils avancent vers Le Mans par Baugé et La Flèche. L’armée compte encore vingt-cinq mille hommes.

 

Le Mans est une cité peu défendue qu’ils occupent rapidement et qui leur permet au moins de faire main-basse sur les provisions, tandis que La Rochejaquelein et Stofflet tentent de réorganiser un semblant d’armée. Mais les Républicains veillent. Les fuyards sont poursuivis par les hommes de Westermann, ivres de sang. On fusille, on se livre aux pires atrocités. Non loin de Savenay, les Républicains rattrapent le gros de l’armée catholique. Marceau écrit : « On peut considérer cette bataille comme la plus mémorable et la plus sanglante qui ait eu lieu depuis le commencement de la guerre de Vendée. » Sept ou huit mille Vendéens y trouveront la mort. Hébétés, les rescapés franchissent la Loire à Ancenis. Des dizaines d’hommes vont se noyer, des centaines d’autres se feront tuer sur l’autre rive, peu en réchapperont. Le passage de la Loire fut son erreur, l’aide anglaise son mirage. En moins de soixante jours, cette armée de culs terreux héroïques aura parcouru, en un tragique aller-retour, cent-quatre- vingt lieues. Westermann peut proclamer fièrement : « Il n’y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux et massacré les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. »

 

Malgré cela, les têtes pensantes de la République redoutent encore les menaces que l’insurrection vendéenne fait toujours peser sur elles. A Paris, Bertrand Barrère de Vieuzac prononce un discours où s’affirme l’implacable volonté de destruction des conventionnels : « Le Comité de Salut Public a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle des Vendéens, à faire disparaître leur repaire, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes. C’est dans les plaies gangréneuses que le médecin porte le fer. C’est à Mortagne, à Cholet, à Chemillé que la médecine politique doit employer les mêmes moyens et les mêmes remèdes. Détruisez la Vendée et vous sauverez la patrie. »

 

Le jour même de ce discours le 1er août 1793, la Convention publie le décret suivant : « Il sera envoyé en la Vendée par le ministre de la guerre des matières combustibles de toutes espèces pour incendier les bois, les taillis, les genêts. Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées et les bestiaux seront saisis. Les biens des rebelles seront déclarés appartenir à la République. »  L’article 8 de ce même décret prévoyait la déportation des femmes, des enfants et des vieillards qui devront « être soignés avec tous les égards dus à l’humanité » mais qui – foin de ces engagements – seront, en définitive, emprisonnés. Déjà à cette époque de monstrueux desseins s’élaborent. On pense à des moyens chimiques et Carrier, le bourreau de Nantes, intervient en ces termes : « Faites empoisonner les sources d’eau. Empoisonnez le pain, que vous abandonnerez à la voracité de cette misérable armée de brigands, et laissez faire l’effet. Vous tuez les soldats de La Rochejaquelein à coups de baïonnettes, tuez-les à coups d’arsenic ; cela est moins dispendieux et plus commode. »

 

En effet, durant l’été 1793, une grande quantité d’arsenic sera saisi à Palluau par Savin, l’un des lieutenants de Charette. Les douze colonnes, qui seront appelées « les colonnes infernales », se mettent alors en marche avec le projet de tuer, violer, brûler et piller au cours de ce qu’elles qualifient elles-mêmes de « promenades patriotiques », si bien, qu’en avril 1794, deux représentants en mission peuvent écrire dans leur rapport : »Soyez assurés que la Vendée est un désert et qu’elle ne contient pas douze mille personnes vivantes. » L’holocauste est achevé : 44 000 morts pour la seule Vendée et 200 000 si on ajoute les départements des Deux-Sèvres, du Maine et Loire et de la Loire-Atlantique.

 

Il y a une quinzaine d’années, Philippe de Villiers, dont l’ancêtre  Marie-Adélaïde de la Rochefoucauld avait été fusillée sur la plage des Sables-d’Olonne, enlacée à l’homme qu’elle aimait, eut l’idée de redonner souffle à la légende et à la vie de ses ancêtres et d’incanter en un spectacle original la saga des anciens temps. Au Puy du Fou, les femmes se remirent à broder des coiffes, les hommes enfourchèrent les montures des chevaux du bocage et les mots et les expressions revinrent  aux lèvres et aux visages de ceux qui avaient la charge de narrer la tragédie éternelle de la fidélité, de l’exigence, de la foi et du dévouement. Ce spectacle, unique en Europe, vit accourir des quatre coins de l’Occident des millions de spectateurs. L’un d’eux avait pour nom Alexandre Soljenitsyne. Il n’était pas là par hasard, sa visite avait un sens. En effet, le martyre des paysans vendéens rappelait d’étrange façon au dissident russe celui des paysans de son pays. Dans « Le livre noir du communisme » Nicolas Werthe note à ce propos : « Parmi les divers épisodes de la lutte menée par le pouvoir bolchevique contre la paysannerie, la décosaquisation, c’est-à-dire l’élimination des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social occupe une place particulière. Pour la première fois, en effet, le nouveau régime prit un certain nombre de mesures répressives pour éliminer, exterminer, déporter, suivant le principe de la responsabilité collective, l’ensemble de la population d’un territoire que les dirigeants bolcheviques avaient pris l’habitude de qualifier de « Vendée soviétique ». Ainsi, les mêmes régimes produisent-ils les mêmes effets ! 


Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

La guerre de Vendée
La guerre de Vendée
Partager cet article
Repost0
25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 09:17
Le coeur en lesse d'Aurélien Dony

Si vous lisez ce livre, comme moi, vous n’aurez plus qu’une envie celle de visiter le pays d’Aurélien Dony dont il parle avec une telle chaleur et un tel amour. Vous vous précipiterez entre Meuse et Lesse pour comprendre le charme qui a ensorcelé ce jeune poète.

 

 

Le cœur en Lesse

Aurélien Dony (1993 - ….)

 

 

J’ai lu bien des auteurs qui racontent avec un réel amour, une certaine affection et même une pointe de chauvinisme, leur pays natal, la terre qui colle sous leurs semelles, les premières sensations qu’ils ont éprouvées mais, je crois que c’est la première fois que je lis les mots d’un auteur communiant en une telle symbiose avec ses origines. Aurélien semble bien jeune pour ressentir une telle nostalgie en retrouvant son pays après l’avoir quitté pour suivre quelques études, mais en rentrant chez lui, il redécouvre son enfance et son adolescence et tous les petits et grands bonheurs qu’elles comportaient mais aussi des souvenirs moins heureux. « Anseremme d’un côté, et c’est l’enfance ; Dinant de l’autre, et c’est l’adolescence. Entre ces deux pôles, une infinité d’aventures banales qui ont façonné le cœur que je porte en dedans. »

 

Ainsi, il raconte, en une vingtaine de courtes nouvelles, ses souvenirs, mais aussi le pays qu’il affectionne tant. La nature où il aimait se balader avec sa famille ou ses potes, ses « copères » comme on dit par là-bas, les rives et les flots de la Lesse à Anseremme, ceux de la Meuse à Dinant où un de ses personnages, son père ou son grand-père peut-être, faisait naviguer des bateaux pour les touristes. Il décrit aussi avec enthousiasme Dinant et sa Citadelle (avec une majuscule réclame-t-il), sa collégiale, ses maisons alignées, sa croisette. Il fait vivre ou revivre ceux qui habitent cette ville, sa famille, ses copains d’enfance et tous les personnages qui donnent un caractère si particulier à la ville et également à la bourgade d’Anseremme. Il ne faut surtout pas oublier les légendes notamment celle des quatre frères Aymon dont le cheval Bayard a façonné le rocher qui donne un cachet si pittoresque à Dinant. Sans ses légendes, la région serait banale, avec elle, elle a un esprit, une âme, une histoire, elle s’inscrit dans le temps, le temps qui fait la nostalgie.

 

Cette poignée de nouvelles donnent envie de partir le plus vite possible à la découverte de cette région que les guides touristiques ne référencent pas souvent mais qui, sous la plume d’Aurélien, devient brusquement attractive, pleine de charme, magique. On a envie de chevaucher le cheval Bayard et de bondir sur les routes à la découverte de cette région qui semble enchanteresse sous la plume de l’auteur. Je savais qu’Aurélien avait du talent, j’ai déjà  lu et commenté des poèmes qu’il a publiés ailleurs, mais dans ce recueil, j’ai découvert qu’en plus de son talent littéraire, il a une énorme sensibilité et une affection débordante pour sa terre d’origine. Son texte est plein d’amour, de sensibilité et de poésie, il dégage une empathie qui invite à le suivre au long de ses pages et sur les chemins de son enfance et de son adolescence. Surtout, lorsqu'il se fond dans le personnage de Tom. « Tom appartenait à la catégorie de jeunes hommes bercés par quelque conte d’enfance où les chevaliers terrassent les monstres, où les sorciers plient la fortune à leur nécessité, où la vertu est affaire de lance et de bouclier. » Dinant, c’est peut-être le bout du monde, comme le dit le père dans une nouvelle, « On est loin de tout. Pas un théâtre d’envergure, aucune maison de la poésie, pas d’offre culturelle – ou si peu ! ». Mais, à Dinant, il a une Citadelle, il y a des légendes et peut-être aussi une certaine magie qui insuffle l’inspiration aux poètes, aux dramaturges et à tous ceux qui aiment écrire.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer    ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

Le coeur en lesse d'Aurélien Dony
Partager cet article
Repost0
19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 10:10
Petit prélude crépusculaire

Une image semblable à toi
a sombré sous mes paupières.
Dis-moi qu'il existe quelque part une table mise
un pain sur lequel fut tracé une croix,
une cruche d'eau de vie.
N'incline pas la tête mon ami,
que ta haute parole rende l'heure plus claire,
nos peuples plus honorables.


Est-ce le sommeil qui nous gagne ?
Voilà que le fleuve Espérance s'est tari.
Nos âmes sont sèches et l'eau de l'esprit vient à manquer.
Demain, cette terre glanée se couvrira d'ivraies
et un chant d'adieu s'élèvera dans nos coeurs usés.

Le doute ? On dit que Dieu y est présent plus qu'ailleurs.
La lumière s'incarne et vit en ses propres ténèbres.
Est-ce le même visage que le mal empruntait
lorsque nous partagions ses couleurs ?
N'effaçons rien. Menons les ténèbres
au plus profond des ténèbres,
menons-nous au plus profond de nous-mêmes.

 

La tristesse a le regard blessé de la nuit.
Les bourrasques lui tordent les bras.
Me laisseras-tu deviner ce qu'il y a de plus obscur en toi ?
Vie et mort boivent à la même eau.
A peine nous penchons-nous vers le sol nocturne
qu'une voix nous interpelle,
que l'aride lumière nous recompose.


Quand il sera trop tard,
nous chanterons les lieder qui apaisaient notre effroi.
Nous nous blottirons au fond des chapelles
pour ne rien entendre de ce qui s'en va.
Mon ami, prends mon bras.
L'indistincte patrie est loin.
Nos yeux ont bu la lumière du dedans
et celle du dehors est pour un mode
qui ne cesse plus de se défaire.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   ( extraits de « Profil de la Nuit » )
 


Pour consulter la liste des articles de la rubrique ARTICLE ME CONCERNANT, cliquer  ICI

 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 10:39
Les bedaines de coton de Cyril Maguy

Pour une fois, je ne vous offre pas que des mots, je vous propose d’écouter la musique que Cyril Maguy a mise dessus pour raconter l’histoire du célèbre bluesman Charley Patton, le père du delta Blues, le blues du delta du Mississipi. Celui que je suis allé chercher quand j’en ai eu assez des yéyés de mon adolescence. Pour tous les amateurs de blues et pour ceux qui le deviendront après avoir écouté ce CD.

 

 

 

Les bedaines de coton

Cyril Maguy (1984 - ….)

 

 

 

Adolescent, j’ai été nourri à la musique yéyé qui déferlait alors sur l’Europe occidentale, une musique qui m’a vite lassé, m’incitant à chercher du côté de sa source, vers les Buddy Holly, Elvis Presley, Little Richard, Bill Halley, Ray Charles et consorts. Mais là n’était pas réellement l’origine, il fallait grimper encore un peu plus haut sur l’échelle du temps, se rendre dans les champs de coton du vieux sud des Etats-Unis, le fameux Cotton Belt, pour rencontrer les fondateurs de ce courant musical qui est à l’origine de presque toute la musique populaire. Et c’est ainsi que j’ai découvert un peuple de misère qui a transcendé sa douleur en la chantant et en s’accompagnant d’instruments rudimentaires.

 

C’est à ce voyage que nous invite Cyril Maguy en chantant, en treize chapitres, la vie de Charley Patton, l’un des pères du Delta Blues, le blues du delta du Mississipi. Il a demandé à Bertrand Lanche de mettre des images sur les textes de ses chansons, des dessins dignes de ceux qui illustrent les meilleures bandes dessinées. Charley Patton est né en 1891 dans le sud du Mississipi où il a passé une partie de sa vie, à Dockery, avant de voyager pour fuir le racisme imposé par les « Bedaines de Coton », les propriétaires blancs qui exploitaient leurs plantations de coton en usant de leurs esclaves noirs. Cyril Maguy chante, avec Charley, la violence, l’humiliation, la souffrance, la misère du peuple sacrifié sur l’hôtel du coton. Il chante aussi les divertissements pour oublier le malheur, « Les gens bougent, se trémoussent et se secouent le popotin. Toutes les jolies frimousses qui entonnent mes refrains. » Des soirées comme il en existe encore dans des villages entre Houma et la Nouvelle-Orléans, les fameux « fais dodo ». Patton ne fut pas seul, tout un peuple se mit à jouer cette musique que certains disaient être la musique du diable, surtout quand elle coulait des doigts de Robert Johnson à qui Cyril Maguy rend hommage dans cet album. Robert Johnson que j’ai découvert au hasard de mes excursions à la médiathèque et qui m’a enchanté.

 

Suivant Patton, Cyril Maguy prend la route en chantant le départ, l’exil loin vers le nord, la nostalgie, les routes interminables vers des villes inconnues qui resteront à jamais anonymes, simplement des salles de concert pour un soir. Et au bout du chemin, la mort qui vient bien trop tôt emporter l’artiste comme elle en a tant emporté avant l’heure. Et Cyril chante « Oh death » comme d’autres chantent « Oh Lord » dans les églises.

 

J’aime trop cette musique pour rester insensible, elle m’emporte sur la route entre La Nouvelle-Orléans et Natchez où j’ai voyagé juste pour découvrir les vestiges de ce temps où les « Bedaines de coton » exploitaient ceux qui devinrent les pères d’une musique qui inonda le monde. Et, j’ai vite fouillé dans mes vieux CD pour retrouver Lonnie Johnson, Leadbelly, Big Bill Bronzie, Billie Holiday et ses incroyables lamentations, Robert Johnson, Bessie Smith et tant d’autres… Merci à ceux qui ont contribué à la création de ce magnifique moment de musique en couleur. Je crois que je vais garder ce document pour moi et que je le ferai écouter à mes petits-enfants seulement quand ils seront très  sages.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Partager cet article
Repost0
14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 08:40
La panthère des neiges de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson a ce pouvoir d'offrir dans chacun de ses livres le contraire de notre réalité, l’envers de notre décor, l’opposé de notre agitation. Ce voyageur-poète a le don de nous entraîner vers des territoires quasi sauvages, de nous donner à voir les quelques vestiges authentiques d’une planète qu’hélas nous mettons à mal depuis des décennies par stupidité et aveuglement. Son dernier ouvrage « La panthère des neiges », qui vient d’être couronné par le prix Renaudot, use du pouvoir des mots pour reconstituer un monde vierge de toute dégradation humaine et nous rendre proche ce qui est devenu, au fil du temps, tellement lointain, improbable et étranger à notre quotidien.

 

Nous voici au Tibet oriental vers le sud du Kunlun, dans la vallée des yacks, par une température de -25°C. Le décor est posé : celui de montagnes arides, univers minéral où se croisent les antilopes, les ânes sauvages et où, selon Héraclite « la nature aime à se cacher » sous un ciel saupoudré d’or, univers où se sont retirés quelques-uns des plus beaux spécimens du monde animal, dont la panthère des neiges. « Les éboulis cuirassaient de bronze les pentes sombres. La patine reflétait la lumière que nous respirions. Nous allions aveuglés de froid et lavés par le vent. » Ce n’est que par l’effort et la persévérance que les chercheurs d’or de cet espèce vont apercevoir l’idole des cimes. Cette expérience unique, Sylvain Tesson la vit avec son ami Vincent Munier, photographe animalier, et deux compagnons qui se sont lancés eux aussi dans cette aventure exigeante qui se résume à saisir l’insaisissable  « afin d’habiter le monde en poète »*. Sylvain Tesson ne cache pas son admiration pour les animaux sauvages, ceux que l’homme n’est pas parvenu à modifier ou supprimer totalement, malgré la peine qu’il se donne à les bêtifier à son image dans les cirques, ou les femmes qui se parent des plumes du paon en jetant sur leurs épaules un manteau ou une étole en fourrure. En fuyant ces dangereux individus, ces nobles bêtes tentent de sauvegarder leur autonomie, leur indépendance, en quelque sorte leur royauté.


Le principe de gué, d’affût, que Tesson et ses amis ont choisi d’adopter pour surprendre l’animal, est une dette à payer au monde entre vallon et ciel, avant que l’homme achève d’asservir la nature. N’y a-t-il pas déjà 60% de l’espèce sauvage qui a disparu. « Le monde reculait, la vie se retirait, les dieux se cachaient. La race humaine se portait bien. Elle bâtissait les conditions de son enfer, s’apprêtait à franchir la barre des 10 milliards d’individus. » Ainsi allons-nous cheminer avec eux pendant des jours, dans le froid, la solitude et la plénitude si oubliée du silence, enveloppés dans des paysages d'une somptueuse autonomie. Tous est dur, exigeant, absolu en ce temps qui semble se substituer au nôtre, en ces heures qui nous restituent la réalité dans sa genèse. Mais celle du retour est déjà venue. La magnifique panthère les a visités par trois fois avec une égale majesté et un même dédain. Les voyants sont comblés. « Son image, glissée sous mes paupières, vivait en moi. Quand je fermais les yeux, je voyais sa face de chat hautain, ses traits plissés vers un museau délicat et terrible. J’avais vu la panthère, j’avais volé le feu. Je portais en moi le tison. (…) J’avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. »


Dans ce livre d’une portée poétique au sens le plus large et le plus noble, Sylvain Tesson, que les épreuves n’ont pas ménagé ces dernières années, éveille ce qui ne peut mourir en nous, les mystères des arrière-plans et des présences repliées. En quelque sorte les périphéries du réel. L’évocation délicate et pudique de sa mère qui a regagné l'éternité et celle d’un amour perdu, une fille des bois, reine des sources, prêtent à ce voyage en haute altitude une émotion supplémentaire.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

* Hölderlin


Pour prendre connaissance de mes articles sur les précédents ouvrages de Sylvain Tesson, cliquer sur leurs titres :

 

Un été avec Homère de Sylvain Tesson


"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson   


Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson 


Et pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

La panthère des neiges de Sylvain Tesson
La panthère des neiges de Sylvain Tesson
Partager cet article
Repost0
12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 09:11
Tous pour elle de Laurent Malot

Un conte qui séduira toutes les jeunes filles et les moins jeunes et même les garçons en mal d'amour qui rêvent de disposer d’un pouvoir magique pour séduire celui ou celle qui leur plait mais qui n’est pas sensible à leur charme ou pas disponible. C’est drôle, amusant mais pas que…

 

 

 

Tous pour elle

Laurent Malot (1970 - ….)

 

 

 

Clémence pourrait trouver un bout de rôle dans la célèbre série américaine Sex and the city, elle n’a plus vingt ans, elle est jolie sans être une bombe, elle a un job valorisant, elle cherche désespérément l’amour depuis dix ans au moins sans jamais trouver chaussure à son pied. Bien qu’elle ne soit pas particulièrement farouche, elle n’a pas connu la plus petite étreinte depuis longtemps. Elle va avoir trente ans, il faut qu’elle trouve l’homme de sa vie avant qu’il ne soit trop tard, que son tour soit passé, qu’elle soit rangée en bout de table avec les vieilles filles incasables parmi les surnuméraires. Elle multiplie les sorties mais, chaque fois qu’elle trouve un garçon qui rentre dans ses critères, il y a un problème rédhibitoire et le dernier qu’elle rencontre en a un vraiment très gros : il rentre dans les ordres, c’est sa dernière virée.

 

Folle de rage, désespérée, saoule, elle quitte la soirée, s’égare dans le quartier de la Butte aux Cailles (à Paris pour ceux qui ne le connaissent pas) et doit demander son chemin à une femme déjà âgée qui s’inquiète de sa situation. Elle lui raconte son désespoir, la vie solitaire à perpétuité qui se profile devant elle. Voulant la tirer de son embarras, la brave femme lui jette un sort qui lui conférera un pouvoir de séduction sur tous les hommes qu’elle rencontrera mais ce sort s’éteindra à tout jamais à l’heure précise de ses trente ans, et son anniversaire a lieu dans trois semaines, Il ne lui reste donc que trois petites semaines pour dénicher la perle rare et la séduire.

 

Clémence ne croit pas trop à cette histoire de sort mais quand elle passe à la brocante ou qu’elle court au bois, elle se rend vite compte que les hommes s’intéressent à elle, au point de se battre pour elle. Elle tente une première expérience qui lui fait rencontrer un archéologue sympathique mais elle veut avoir davantage de choix et surtout viser plus haut. Elle formule alors le projet de visiter  les palaces parisiens en espérant bien y rencontrer le prince non seulement charmant mais richissime. Commence alors une aventure qui la conduira de ravissement en enchantement avant de la plonger dans les pires déboires. Et, il lui faut absolument trouver l’homme de sa vie avant d’avoir trente ans…

 

Suit une déambulation dans le milieu branché où se rencontrent galeristes comme son ami de toujours, gens de loi comme sa meilleure copine et autres personnes gagnant suffisamment d’argent pour faire la fête dans ce genre d’endroit. Cette virée dans les palaces parisiens, où le luxe dégouline sans jamais combler les clients qui ont recours à des substances artificielles pour trouver les plaisirs capables de tromper leur ennui, ne parviendra pas à satisfaire son attente. Voilà un texte qui n’est nullement un roman à l’eau de rose comme le laisserait croire l’intrigue, c’est surtout une réflexion sur l’âge qui avance inexorablement, sur la solitude qui pourrait se profiler, sur les couples qui se font et se défont trop vite, sur la façon dont la société évalue ses membres : l’avoir et le paraître passant toujours avant l’être et le savoir. En filigrane, cet ouvrage comporte aussi un zeste de morale en rappelant que tout ce qui brille n’est pas d’or et qu’il faut savoir se satisfaire de ce qui correspond à sa propre personne.

 

"Tous pour elle" se lit avec plaisir parce qu'il est alerte, enjoué, pétillant, agrémenté de nombreuses formules imagées, de piques acérées et de quelques formules de style. L’auteur, ayant un petit faible pour les zeugmes, j’en ai relevé certaines mais ne les ai peut-être pas tous vus. Laurent Malot a fait le pari d’écrire ce livre au féminin, il y réussit plutôt bien si on considère que l’amour fleur bleue et romantique convient mieux aux filles sans oublier qu’elles peuvent être aussi très pratiques et pragmatiques quand la situation l’impose. Lisez-le vite, dans trois semaines Clémence aura trente ans et devrait être accompagnée d’un garçon capable d’être un mari fidèle et sérieux, mais aussi un bon père de famille car l’envie de maternité commence à la titiller.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Laurent Malot

Laurent Malot

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 09:00
Eloge du souvenir

 

Les peuples ne perdent la vie que quand ils perdent la mémoire.  Maréchal Foch

 

Journée du souvenir, le 11 novembre nous remet en mémoire un passé que l'on serait souvent enclin à oublier. Les temps ont tellement changé, me direz-vous ! Quel jeune d'aujourd'hui partirait la fleur au fusil guerroyer pendant quatre ans dans le froid, la boue, l'horreur des tranchées ? Quelle guerre mérite qu'on lui sacrifie sa jeunesse, son armée, mais également ses appelés, et que l'on saigne à blanc une génération, se privant ainsi de ses cerveaux, de ses coeurs et de ses bras ? Aucune, bien entendu...si l'on considère qu'il n'y a pas de cause qui justifie un tel sacrifice. Néanmoins, n'est-ce pas ce qu'on fait, au cours des siècles, des millions de jeunes hommes, afin de sauver leur patrie forgée, au cours des âges, par le génie, la volonté, la ferveur, la compétence, le courage de leurs ancêtres ? Un pays a une âme, un visage à nul autre pareil. Une patrie a un sens, un rôle, une raison d'être. La terre est pour chacun de nous un lieu d'ancrage. Si nous nous exilons, c'est le plus souvent contraint et forcé et, à l'heure du soir, rares sont ceux qui ne souhaitent pas s'en retourner mourir au pays.

 

Pas question pour autant de figer un peuple dans la piété archéologique de son passé. La France a toujours préféré une tradition vivante, transmise par le moyen de la coutume qui synthétise les lents et constants apports du temps, à une tradition momifiée dans les formules ou raidie dans les systèmes. Les faiseurs de systèmes et les créateurs de constitutions théoriques ignorent trop souvent que la diversité des pays rend bien difficile l'adoption de plans politiques uniformes et absolus. Seuls demeurent constants les principes premiers de toute société basés sur l'immuabilité de l'essence des choses et de la nature humaine. En effet, cultiver le rêve d’un pays universel dans un monde violemment divisé en groupements rivaux serait condamner une  population à être dupe de ses voisins et à disparaître à plus ou moins brève échéance. Il est donc normal, et ce le fut de tout temps, de défendre la cité menacée. On a trop souvent tendance à mettre l'accent sur la seule amitié d'homme à homme, sur le contrat qui unit ensemble les membres d'un peuple et à exalter la nation au moment même où on lui prêche l'oubli des seules raisons permanentes de sa cohésion : celles que lui donne sa qualité d'héritière. " Car la patrie est l'héritage, la nation l'héritier ".

 

Nous savons à quels excès ont mené ces principes lorsqu'ils furent développés jusqu'en leurs extrêmes conséquences, aussi bien en France qu'en d'autres pays d'Europe. Les nations, qui ne doivent subsister que par l'effort volontaire de leurs membres, sont conduites vers les grandes simplifications mythiques de leur destin (qui n'est plus guère que matériel) et vers des images sublimées où s'accrochent les pires chimères et les pires erreurs, de même que s'exaltent dangereusement des engouements ou des haines irraisonnées envers d'autres peuples de notre vaste univers. Dégoûtés par ces excès, beaucoup de nos citoyens se jettent alors dans la négation même de la patrie et dans l'utopie d'une cité universelle déjà évoquée par la Révolution. Mais cette notion, probablement valable dans le royaume des âmes, ne peut l'être dans l'ordre politique. Pas davantage que ne peut l'être un monde sans racine, ouvert à tous les courants d'air de l'histoire.



Aujourd'hui, nombreux sont ceux - et à juste raison - qui s'épouvantent à l'idée d'empires gigantesques, d'une mondialisation possible devant lesquels le destin des frontières anciennes ressemble à celui fugitif des jardins enfantins. Et le doute se saisit d'eux. Les patries sont-elle condamnées ? Non, car la notion de patrie n'est pas une sclérose de l'être dans la piété de temps révolus, elle n'a en elle-même aucun caractère d'immobilisme, elle ne commande pas à l'homme le ressassement sentimental et vain de thèmes désuets. Ne nous leurrons pas : ce qui nous menace le plus n'est autre que le désamour. Le désamour de nous-mêmes et de nos valeurs. Or, ceux qui ne s'aiment pas ne savent pas aimer les autres. Rien ne se bâtit dans la désillusion et, pire, l'indifférence ou la désespérance. A ces jeunes gens, que la mort a ensevelis dans son suaire, les arrachant à l'aube de leur vie à une actualité dont ils se sont consciemment privés pour permettre à la nôtre de perdurer, demandons-leur de nous transmettre la ferveur du coeur et la clairvoyance de l'esprit.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Mon grand-oncle Marcel Chaillou mort à 25 ans lors des premiers combats en 1914.

Mon grand-oncle Marcel Chaillou mort à 25 ans lors des premiers combats en 1914.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 08:31
Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence

Oscar - Vladislas de Lubicz Milosz, né à Czeréïa en 1877, n’occupe pas la place qui devrait être la sienne dans l’histoire de la poésie française. Ce grand seigneur lituanien, arrivé dans notre pays à l’âge de douze ans, est de ceux qui furent mal aimés et mal perçus de leur vivant et dont le parcours atypique demeure obscur, aujourd’hui encore, à la plupart de nos contemporains. Comme Rimbaud, il avait compris très tôt que la poésie ne pouvait être une fin en soi ; pour lui, elle ne fut jamais que l’attestation de sa quête ou son support et, pour cette raison, il se refusera à toute ambition littéraire, mais, différemment de l’homme aux semelles de vent, il ne fit pas de son existence «  un pur témoignage de perdition »  ; au contraire, il imprimera à la sienne les stigmates de la sainteté.

Son enfance, sans amour, passée dans un château entouré de trente mille hectares de terre et parcouru par une armée de laquais, lui communique l’étrange sentiment d’être tombé, par hasard, dans une fête incompréhensible et de ne savoir, de ce fait, ni d’où il vient, ni où il va.

 

Car je n’ai jamais eu, ô Nourrice, ni père, ni mère,
  Et la folie et la froideur erraient sans but dans la maison. "

                                                                             ( Symphonie de Septembre )

 

Ce monde dépersonnalisé, où rien ne lui semble vrai, le désoriente au point qu’il écrit : « Toute cette belle mobilité, depuis le nuage et la rivière jusqu’à l’oiseau de la vieille allée et la fourmi dans le gazon, était libre et courait où la vie l’appelait. Moi seul je rampais vers la cité hantée de mon désir avec la lenteur des mousses rongeuses dont les pieds s’enfoncent dans le bois et la pierre. »


Ainsi est-il atteint en son âge le plus tendre de cette "lèpre" de l’angoisse existentielle et du goût précoce de la mélancolie et du secret. Sans désespérer de son salut, il le cherchera longtemps dans une errance qui l’égarera à maintes reprises dans les labyrinthes ésotériques auxquels sa mère, familière des spéculations kabbalistiques, l’avait probablement initié. Mais il n’est pas le seul. Des écrivains comme Huysmans et Léon Bloy passèrent par le tunnel inquiétant de l’occultisme et ne trouvèrent la foi qu’après maints détours. Avec l’admirable "Cantique de la Connaissance", qui date de sa quarante-cinquième année, il semble que le pont soit traversé entre le versant profane et le versant sacré de son œuvre. Ce ne sont plus les bois silencieux du domaine paternel, où court la nostalgie propre au pays d’enfance, qui le captivent mais, selon un crescendo logique, son inspiration accompagne dorénavant l’ascension progressive qui mène des nuits de l’âme aux heures ensoleillées de Dieu.


 " Je ne m’adresse qu’aux esprits qui ont reconnu la prière comme le premier entre tous les devoirs de l’homme. / Les plus hautes vertus, la charité, la chasteté, le sacrifice, la science, l’amour même du Père, / Ne seront comptées qu’aux esprits qui, de leur propre mouvement, ont reconnu la nécessité de l’humiliation dans la prière."

La longue pratique des hommes de tous genres et de tous pays lui a appris comment ils aimaient, comment ils pleuraient, et il ne s’est pas privé de stigmatiser leur détresse - nous lui devons quelques-uns des cris les plus poignants de notre misère terrestre : les terrains vagues où le mystère, offusqué par les fêtards, se tapit dans l’ombre, les splendeurs défuntes, le gouffre infini des tentations, l’infamie, l’adultère, le blasphème, les scandales, les faux amours vécus dans la boue et la luxure. Il a pour ainsi dire répertorié tout ce qui prive l’homme de sa ressemblance avec Dieu, ce qui le mutile dans son âme elle-même, l’entrave dans sa quête de l’amour « immense, ténébreux et doux ». 
On lui reprochera d’avoir préféré l’amour à la lutte sociale, la réflexion à l’action. Mais cet homme, qui avait été spolié de son héritage familial, avait connu les méfaits et les excès du marxisme, était naturellement prudent à l’égard des engagements idéologiques. Il travaillera néanmoins, sa vie durant, à la renaissance de son pays.

 

 Il est vrai aussi que, dès sa jeunesse, il s’est situé hors du temps, hors des catégories sociales qui réduisent l’homme. Celui dont il parle, et auquel il s’adresse, est le frère en esprit et en communion, le frère d’oraison et le frère de peine. Le poète dépasse de beaucoup le cercle étroit de ses contemporains. D’ailleurs, Platon, Pascal, Goethe ont-ils jamais écrit pour les hommes de leur temps ? « C’est à la patience qu’on mesure l’amour », écrit-il et c’est par la prière que l’on force le repaire du «  Dieu caché » de Pascal, sensible au cœur, non à la raison, et dont le poète n’hésite pas à dire qu’Il aime être « importuné ». Il a donc fallu traverser quarante-cinq années de tentations, de doutes, d’atermoiements, parmi les faux - semblants de l’amour et de l’espérance, pour que Milosz, exigeant maintenant les pleins pouvoirs, imprime sa marque et, envers et contre les théosophes et les augures, aspire à établir sa propre conscience. Faut-il renoncer à la parole pour mieux céder à la prière, faut-il suspendre le chant pour célébrer l’Homme qui s’est levé et approche ?

 
Il ne lui importe plus guère de savoir d’où il vient et où il va, il…EST, puisqu’il AIME. La pensée qui, selon Descartes, constitue la dignité de l’être, son seul mérite et en laquelle il voit la preuve péremptoire de notre existence, Milosz - qui l’avait acclamée en son temps - la dépasse et affirme son existence sur un autre registre, se décline sur une autre octave. Au  " Je pense donc je suis", il propose son  "J’aime donc je suis". Et il ajoute : "Le cerveau n’est que le satellite du cœur ".  Il faut donc aimer avant de comprendre, proclamer avant de croire. 
Milosz n’est plus, désormais, « un pleureur du passé», il est tout près de la réintégration au royaume du Père et le prône dans son dernier poème : "Le Psaume de l’étoile" 


Voici les choses sont ce qu’elles sont
profond profond est Cela
devant celui qui se prosterne
on se prosternera.
 

 

Les murailles de Jéricho sont-elles enfin tombées pour lui et entre-t-il dans les Arcanes avec «  la clef d’or » de l’adoration ? Il faut prier, telle est sa conclusion, la consécration d’une vie qui a cherché ses concepts supérieurs aussi bien dans ses propres cendres que dans la bibliothèque sacrée de tous les âges, n’a dédaigné ni les rites initiatiques, ni les débordements de l’âme aux prises avec elle-même. Mais l’heure est venue de faire de l’agape, le véhicule de la grâce, de poser la plume, de fermer l’encrier, d’entrer dans le silence où tout est murmure, où le cœur se plait à accompagner le recueillement de Dieu.
Monsieur de la mangeoire, cet oiseleur au profil de héron, qui donne la becquée aux oiseaux, est un homme qui, entre l’intelligence et l’amour, a choisi l’amour.


« Tous les oiseaux le connaissaient. Ils volaient par centaines au-devant de lui dès qu’ils le voyaient paraître dans l’allée des Boulingrins » - dira le propriétaire de l’Aigle, la pension où il se retire en 1926, à Fontainebleau. Lui, qui avait été si inquiet de savoir d’où il venait et où il allait, a enfin trouvé son point d’amarre en Dieu. L’immuabilité du suprême Amour, c’est la Foi - écrira-t-il. La mienne m’attendait au terme de quelle course aride ! 
 

Désormais Milosz se tait et se tient à l’abri sous la mante maternelle de l’orthodoxie catholique. Si le silence de Rimbaud avait été celui d’un ange déchu qui se retire en grondant, celui du poète lituanien est d’autre nature : le silence d’un repenti qui juge inutile de chanter, quand il convient de se prosterner.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles consacrés à des poètes :

 

Paul-Jean TOULET ou une poésie fantasque

Joe Bousquet ou l'horizon chimérique 

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière 

Marie Noël ou la traversée de la nuit 

Yves Bonnefoy ou recommencer une terre

Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure

 

Pour consulter les articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence
Oscar-Vladislas Milosz ou l'entrée dans le silence
Partager cet article
Repost0
4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 08:45
Saison frivole pour un tueur de Stephan Ghreener

Avec la série French Bricolo, Stephan Ghreener a créé un nouveau personnage de polar, Greg Vadim, un tueur à gages implacable, froid comme un iceberg, tireur d’élite à grande distance. Ce n’est plus un débutant, c’est un mercenaire aguerri, il a déjà honoré quatre-vingt-dix-neuf contrats sans laisser la moindre trace. Il exécute le centième dans le tome 1 de cette série sous le titre : L’été des deux pôles, avant de mettre un terme définitif à sa carrière pour vivre une vie normale avec sa fille. Mais ces projets de retraite anticipée ne se concrétisent pas comme il le souhaiterait, certaines personnes s’évertuent à les perturber. Il doit résoudre un nombre important de problèmes dans le tome 2 de la série :  Vadim royal, avant de raccrocher l’artillerie. Dans le présent tome 3, il entre dans sa nouvelle vie en se transformant en homme à tout faire dans le bâtiment : peinture, plâtrerie, électricité, dans le but de s'assurer une couverture de français moyen qui se lève chaque matin pour gagner son pain quotidien. Il espère ainsi  renouer avec sa fille qui le rejette car elle ne sait rien de lui et le soupçonne de commettre des choses peu légales et encore moins avouables.

 

Donc, son centième contrat exécuté (formule acceptable quand il s’agit d’un tueur à gages), Greg Vadim rentre à Paris où il se fond dans la foule des anonymes besogneux. Mais, avant de dormir en toute quiétude, il lui faut éliminer la seule personne qui peut encore l’inquiéter, et renouer des relations correctes avec sa fille. Sa couverture se fissure vite, il rencontre des gens qui connaissent sa véritable identité et surtout sa réputation. Les indices s’accumulent, on le poursuit, on cherche à l’éliminer et le petit jeu du chat et de la souris recommence, sauf que, cette fois, il n'a plus de contrat à honorer, il n’a que sa peau à sauver. Malgré son dégoût pour les solutions sanguinaires, il doit se défendre seul contre tous ou presque, puisqu’il obtient le renfort de son psychologue et d’un tueur à gages reconverti dans le vignoble depuis longtemps.

 

L’énigme semble complexe - il s’agit d’affaires hautement confidentielles qui concernent ceux qui tirent les ficelles des marionnettes qui nous gouvernent - soit la succession de son chef disparu par un autre tueur à gages qui veut renouveler totalement l’équipe. Comment ? En éliminant les anciens tueurs pour les remplacer par des jeunes loups plus sanguinaires et ayant encore moins de scrupules. Ce malfaisant Kimmel est le seul  tueur à gages,  avec Vadim, encore vivant de l’équipe montée dans le monde entier par Périllat, le chef décédé que Kimmel cherche à remplacer en éliminant  les tueurs qui travaillaient pour ce boss de la mort discrète et tarifée. Dans le monde du grand banditisme où les affaires se règlent presque toujours par l’élimination physique d’une faction des protagonistes, il faut organiser des montages à plusieurs ricochets, comme au billard à trois bandes, afin d’atteindre sa cible sans risquer d’être soi-même éclaboussé. Et à ce petit jeu, Vadim, le French Bricolo, est un expert. Il va devoir user de toute sa créativité retorse pour résister à ceux qui veulent le supprimer et  sont souvent très proches de lui.

 

"Saison frivole pour un tueur" est un polar violent certes, mais qui ne se complaît jamais dans l’horreur et l’hémoglobine. Vadim répugne à tuer mais, quand il le faut, il agit vite, très vite, et efficacement. La ruse machiavélique remplace la violence sadique. « Nous sommes des tueurs pas des meurtriers ». Nous rééquilibrons les plateaux de la balance, aime-t-il à dire pour justifier son job. Il est vraiment temps que Greg Vadim prenne du recul avec le métier et qu’il raconte sa vie à sa fille, car il devient trop sensible. La nouvelle génération, qui le poursuit, n’a pas ces états d’âme.

 

Pour info : Les droits d’adaptation de la trilogie de polars FRENCH BRICOLO de l’auteur Stephan Ghreener, mettant en scène GREG VADIM, tueur à gages en quête d’une nouvelle vie, ont été optionnés par BACTERIE FILMS. Le réalisateur Gérard Pautonnier et l’auteur Stephan Ghreener ont démarré leur collaboration en vue de développer une série. 

 

Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 09:25
Un automne sur la colline

Tout va bien sur notre colline, les chaleurs sont derrière nous, les frimas ne sont pas encore là et quelques oiseaux se sont remis à chanter. Parmi eux Rubis, notre rouge-gorge, dont l’éducation des petits est terminée et qui  tient à nouveau compagnie à Yves. Il est vrai que cet été nous l’avons peu vu tant il était requis par l’obligation d’éduquer ses oisillons et de leur apprendre à voler. Mais tout est rentré dans l’ordre, les oisillons ont pris leur envol et Rubis profite du temps dont il dispose pour rejoindre le jardinier et gober les vers de terre que celui-ci offre à sa gourmandise en bêchant la terre. Et, bien entendu, il s'est remis à chanter avec un peu plus de mélancolie qu'au début du printemps et, ce, dès le lever du jour. Il lui arrive de nous accompagner un moment lors d'une promenade dans les environs ou de nous attendre à l'entrée de la résidence.

 

Quant aux moineaux, la fraîcheur a ravivé leur énergie, et ce sont de véritables  G20 qu’ils tiennent dans les buissons avec force pépiements  et envols car il y a parfois du rififi dans l’air. Cela agace d’ailleurs Rubis qui prend  le large quand ces belliqueux n’en finissent pas de s’expliquer dans les ramures. Les mésanges, quant à elles, accompagnées des tourterelles ne se laissent nullement impressionner par ce vacarme et s’empressent à satisfaire leur gourmandise en faisant honneur aux graines qu’Yves distribue en abondance. Il a d’ailleurs disposé dans les branches  les premières boules que les mésanges se plaisent à béqueter avec entrain et qui les aideront à traverser l’hiver sans souci de santé. Très acrobatiques, ces jolis volatiles se suspendent volontiers la tête en bas et dans toutes les positions. Drôles à observer, ils rivalisent avec les moineaux qui batifolent en attendant leur tour,  se présentant sur les lieux en escadrille.

 

 

Un automne sur la colline
Troglodyte

Troglodyte

Le minuscule Troglodyte à queue courte apprécie lui aussi notre jardin et se plaît dans les haies ou les branches mortes. L’hiver, il peut le passer avec quelques confrères dans une cavité de mur qui leur  permet de se pelotonner les uns contre les autres et de maintenir ainsi la chaleur car ils sont frileux. L'habitat troglodyte en quelque sorte ...

 

La Grive musicienne au dos brun et à la poitrine tachetée possède un répertoire étonnant de notes, ainsi qu’une centaine de phrasés différents. Elle peut même imiter des sons familiers comme celui du téléphone mais elle chante surtout au printemps et lorsque le temps s’annonce beau et chaud. Elle remplace aisément le journal météo.

 

Le Pinson est un oiseau bien fardé avec sa poitrine et ses joues orangé, sa tête et sa nuque bleu gris et son dos brun-rouge. Il semble que la palette du peintre se soit plu à le colorer. Il est doté d’un chant puissant et assez monotone avec seulement deux ou trois variantes. Il aime nicher à la fourche d’un arbre ou d’un buisson dans un nid de mousse et de lichen entrelacés et liés par une toile d’araignée. Quant au Verdier au bec robuste, il se  caractérise par une barre jaune sur ses ailes et sa queue et attire l’attention par ses cris nasillards et répétitifs qui ne relèvent pas vraiment du domaine de l’art musical. Pour sa part,  le Chardonneret n’émet que quelques gazouillis clairs et rapides suivis de trilles plus élaborées, de même qu’il charme par sa beauté et la mosaïque jaune vif, noire et blanche qui orne son plumage.

Grive musicienne

Grive musicienne

Pinson

Pinson

Verdier

Verdier

Chardonneret

Chardonneret

Venons-en à Rocco, notre écureuil fétiche qui se consacre actuellement  à la cueillette des noisettes et, croyez-moi, s’y emploie avec énergie. Comme la cueillette semble bonne, il cède sans souci à la tentation d’en croquer quelques-unes au passage, se posant sur son arrière train et cassant les  coques de ses dents solides. Ah, que c’est bon ! Yves l’a, par ailleurs, gratifié d’une ration supplémentaire, disposée dans un panier suspendu à une branche qu’il a aussitôt remarqué et qui a boosté  sa bonne humeur et son entrain. Si bien que nous avons eu droit l’autre jour à un véritable rodéo sur la pelouse et à quelques cabrioles du plus bel effet. Voilà Rocco tranquillisé quant aux réserves nécessaires pour assurer  la saison froide sans trop de souci. On sait que les écureuils dorment beaucoup l’hiver dans les refuges qu’ils s’aménagent avec soin à l’intérieur des troncs et que, prévoyants,  ils ont calculé d’avance ce qui leur sera indispensable pour traverser les rigueurs hivernales.

Les tourterelles ont, elles aussi, adopté notre jardin. Elles y sont au calme, bien nourries et à l’abri des chasseurs. Comme nos palombes d’ailleurs qui logent dans les hautes branches voisines. Ainsi le jardin se prépare-t-il sereinement à traverser  l’hiver. Les oiseaux y seront nourris et protégés autant que faire se peut, car nous avons parfois du enterrer quelques-uns de nos amis à plumes parce que les chats du voisinage viennent y chasser en catimini. Mais, en règle générale, le jardin est une joyeuse cour de récréation à toutes les saisons de l’année pour notre plus grand plaisir.
 

ARMELLE

 

Pour lire le précédent article sue le sujet, cliquer sur son titre :  "UN PRINTEMPS SUR LA COLLINE"

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique  CULTURE,  cliquer   LA


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Tourterelles

Tourterelles

Rocco

Rocco

Une petite noisette en passant. Je les enterrerai ensuite pour l'hiver.

Une petite noisette en passant. Je les enterrerai ensuite pour l'hiver.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche