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17 juillet 2026 5 17 /07 /juillet /2026 08:04
Toile d'Anne-Joëlle

Toile d'Anne-Joëlle

                                                                                                                                                                                                                                               

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LA PLUME ET L'IMAGE
 

 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
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Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Et pour lire quelques-unes des critiques de poètes, écrivains et journalistes à leur sujet, cliquer  ICI

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA


 

 

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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 08:52
Dans quel monde vivons-nous ?

Il y a quelque temps de cela je posais déjà la question : dans quel monde vivons-nous ? Il est vrai que le monde change à une vitesse vertigineuse, au point que la plupart de nos références sont bousculées et que l’on sent dans la société une crispation et une inquiétude dues à la conjonction de l’emprise idéologique et du matérialisme. Notre société occidentale a valorisé à un point tel la matière au détriment de l’esprit, le superficiel au détriment du profond, la théorie plutôt que la réalité, que nous avançons dans un univers qui semble n’avoir d’autre horizon que celui du profit. Or, lorsque l’enrichissement devient l’unique souci de la plupart d’entre nous, lorsque les aspirations spirituelles sont moquées et couvertes de dérision, alors il n’est pas rare que le mensonge et la tricherie fassent une entrée en force. Et c’est bien le cas aujourd’hui.

 

Chaque jour nous dévoile son lot de fraudeurs tant il est vrai que le matérialisme est le levain d’une immense tricherie généralisée. Ne faut-il pas dissimuler et travestir la vérité pour faire oublier que le but auquel on aspire est tout simplement illusoire et irréalisable ? L’idéologie est une immense machine à tricoter du rêve et son discours destiné à être appliqué par les autres : les naïfs, les dupes, les pauvres gens trompés auxquels ont fait miroiter un avenir factice.  Oui, le paraître semble avoir pris le pas sur l’être, l’individu sur la personne que l'on robotise à force de la priver de sa liberté d’expression et de l’accabler sous les diktats d'une pensée unique. Jusqu’où cela ira-t-il ? « Dans ce genre de société – écrit la philosophe  Chantal Delsol – tout est si superficiel que bien souvent les gouvernants font semblant de gouverner, les journalistes font semblant d’informer, les banques font semblant de prêter, et tout est à l’avenant ». Le temps est venu de s’en inquiéter et de démasquer les vendeurs d’illusions, les tricheurs, les fossoyeurs d’une société qui avait ses faiblesses mais aussi ses grandeurs et ne se complaisait pas dans la posture et l'imposture. 

 

Néanmoins, les réponses aux questions que l'on se pose, c'est à chacun de les trouver en soi. Elles ne doivent nullement s'imposer au terme d'une démonstration péremptoire. Dans l'ordre de l'absolu et de la valeur, la vérité se montre mais ne se démontre pas. L'intervention de la liberté est indispensable à tout jugement. C'est la raison pour laquelle nous devons la défendre comme notre bien le plus précieux. Nous sentons d'ailleurs la nécessité de rassembler les hommes sur quelques principes de sagesse et sur quelques valeurs fondamentales. La sagesse correspond d'ailleurs à un immense besoin de nos jours. Bergson faisait observer qu'à tout progrès matériel devrait correspondre "un supplément d'âme". Car les savants ne sont pas forcément les...sages. De même que les psychiatres, les sociologues, les économistes, les hommes politiques. Cette élite n'est pas toujours éclairée, hélas ! Aussi chacun a-t-il la responsabilité totale du degré de clarté de sa propre pensée. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 09:34

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Pourquoi ne pas se poser la question et tenter de l'élucider, en se demandant, par la même occasion, si le rire n'est pas davantage conformiste que libérateur ? Kierkegaard reconnaissait que l'ironie était la marque du solitaire : " Quand l'ironie devient collective - écrivait-il - on passe à autre chose, à cette grossièreté de la foule qui sanctionne ce qui la dérange ". On croit souvent que le rire est une expression de l'indignation, qu'il montre du doigt les injustices et les abus, que l'on rit de ce qui est répréhensible, choquant, grotesque, inconvenant. On le sait depuis Bergson : le rire précède de peu l'insensibilité ; il fait donc mauvais ménage avec la colère. On peut raconter des blagues sur le tyran, cela ne l'atteint pas : le plus souvent, dans le même mouvement, le rieur brise le ressort de sa révolte. En définitive, le rire dénonce les ridicules, nullement les fautes.

 


Tourner en ridicule le Christianisme ou l'Islamisme ou un grand de ce monde, est-ce que cela leur donne tort ? Car qui rit de tout, ne s'indigne plus de rien, ou, pire, ne respecte plus rien. Est-ce du ridicule qu'il faut se garder ou de la violence : violence des propos, des attaques verbales, des préjugés, des a priori ? Il n'est pas dit que les esprits y gagnent en liberté. Bien au contraire ! La liberté de la presse ne garantit pas la liberté des esprits. La relaxe obtenue, jadis, par le journal Charlie Hebdo nous rassure sur cette liberté de la presse, mais la question reste posée sur la liberté en tant que telle et sur la capacité du rire à être libérateur. Cette culture de la dérision, que nous entretenons avec une certaine complaisance, nous rend-t-elle plus libres, plus efficaces, plus clairvoyants ? Rire à bon compte, n'est-ce pas réducteur ?  On se cache alors derrière le rire comme derrière un écran. Le rire de dérision offense toujours et ne résout pas.

 

 

Et la caricature, qui est le propre de la dérision, ne s'efforce-t-elle pas de rendre visible, en l'agrandissant, tout mouvement de l'être, réalisant ainsi des déformations et disproportions, art de l'exagération et de l'outrance par excellence ? Nous voyons alors le comique s'opposer à la grâce et à la beauté et s'accommoder à bon compte de la raideur, voire de la laideur. Le rire devient ainsi une brimade sociale. Il est là pour inventer un mode de correction dont on use volontiers à l'égard des petites sociétés qui se forment au sein des grandes. A l'insociabilité supposée des personnages visés s'érige l'insensibilité des censeurs. " Le rire ne peut pas être absolument juste - écrivait Bergson - répétons qu'il ne doit pas non plus être bon. Il a pour fonction d'intimider en humiliant. Il n'y réussirait pas si la nature n'avait laissé à cet effet, dans les meilleurs d'entre les hommes, un petit fonds de méchanceté, ou tout du moins de malice. Peut-être vaudra-t-il mieux que nous n'approfondissions pas trop ce point. Nous n'y trouverions rien de très flatteur pour nous. Nous verrions que le mouvement de détente ou d'expansion n'est qu'un prélude au rire, que le rieur rentre tout de suite en soi, s'affirme plus ou moins orgueilleusement lui-même, et tendrait à considérer le personnage d'autrui comme une marionnette dont il tient les ficelles. Dans cette présomption, nous démêlerions d'ailleurs bien vite un peu d'égoïsme, et, derrière l'égoïsme lui-même, quelque chose de moins spontané et de plus amer, je ne sais quel pessimisme naissant... quelle amertume". En effet, peut-on se permettre de ne pas penser comme tout le monde ?

 

A l'évidence, le sarcasme ne peut rien contre le fanatisme, celui-ci n'étant jamais qu'une arme de dérision... dérisoire. Il est vrai, par ailleurs, que la caricature annihile toute forme de confiance, si bien que, contrairement à ce que nous serions tentés de croire, le scepticisme ne neutralisera jamais aucun fanatisme. Il aurait même tendance à l'exacerber. La seule chose que l'on puisse opposer à l'excès est la modération, au fanatisme .... le discernement, ce qui manque trop souvent, hélas ! à nos élites. 

 

 

Armelle Barguillet Hauteloire

 

 

 

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16 mars 2026 1 16 /03 /mars /2026 09:05
Choisir Marcel Proust

Lorsque je me suis immergée dans l’œuvre de Proust, peu d’auteurs n’avaient, jusqu’alors, produit sur moi une telle impression. Il m’avait fallu attendre mes trente ans pour m’engager dans une expérience dont je ne doutais pas de l’importance révélatrice, mais qu’il me paraissait préférable de n’aborder qu’après avoir accompli un certain parcours intérieur. Ce que l’on m’avait enseigné de Proust, durant mes études, m’avait permis d’apprécier la finesse de ses analyses, le charme envoûtant de ses phrases qui ne nous lâchent qu’après nous avoir conduits là où nous devons aller, c’est-à-dire au plus profond. A la suite de La Recherche, j’avais lu un certain nombre d’ouvrages consacrés à l’écrivain, entre autres celui de George D. Painter dont le parti pris freudien avait pour conséquence de circonscrire l’auteur du Temps retrouvé dans l’enclos fécond mais fangeux de ses névroses, déviations sexuelles et obsessions, ce qui m’avait particulièrement irritée. La démonstration du dramaturge anglais, pour savante et laborieuse qu’elle fût, ne pouvait me convaincre que le génie de Proust ait pu jaillir de ces seuls désordres psychiques. Il y avait autre chose, ce miracle qu’il avait si bien su évoquer dans Contre Sainte-Beuve, cette rencontre inouïe avec l’inspiration, ce dépassement de soi irrésistible, cette entrée dans la demeure de l’esprit où les légendes se fondent et qui permet au créateur d’affronter sa création et de la rendre possible.

 

L’être humain ne peut se résumer à ses instincts, ses pulsions, ses humeurs sans en être dangereusement réduit : non, l’homme selon Proust est habité de songes, d’impressions qui se conservent intactes et que la mémoire peut réactualiser à tous moments, aussi est-ce notre intuition et notre capacité de ressouvenance qui éclairent notre conscience et nous aident à défier le temps. C’est la raison pour laquelle il m’a paru intéressant, en réaction à cette approche trop psychanalytique, d’aller au-devant de Proust par une autre voie, celle qu’emprunta cet auteur qui n’eut de cesse de percevoir l’envers du réel afin d’atteindre l’essence des choses et où il se laisse plus volontiers aborder. Ce compagnonnage ne s’est pas affadi depuis ; la providence a même voulu que j’habite dans une avenue qui porte son nom, à proximité du manoir que fit construire, dans les années 1890, l’une de ses amies les plus chères, Madame Straus. La pérennité du souvenir est notre éternité et il n’y a rien d’éphémère que nous ne soyons capables de faire revivre, si bien que nous possédons, malgré nos faiblesse et nos insuffisances, le pouvoir de rendre au passé la fraîcheur et la réalité du présent, de le faire réapparaître dans une plénitude plus parfaite et mieux accomplie, comme si les événements et les scènes de jadis revenaient à nous dans l’éclat d’un jour meilleur, comme si les chemins, où nous nous égarions, convergeaient soudain afin de nous convaincre que la vérité ne se dévoile qu’après que nous l’ayons croisée, ainsi que ces fruits exotiques qui ne parviennent à maturité que longtemps après avoir été cueillis.


La Recherche n’est pas une lecture innocente et nombreux sont ceux qui la délaissent dès le premier tome, parce qu’ils ne voient en cette suite de romans qu’une fastidieuse introspection, qu’une maniaque quête de soi. Ils vous diront que Balzac avait conduit une semblable démarche, mais en élargissant le spectre à tous les milieux sociaux, que Saint Simon l’avait également fait mais en y incluant un fantastique témoignage historique. Mais Proust ? Le milieu étroit où il situe La Recherche, ce parisianisme mondain du XIXe et du début du XXe siècle méritaient-ils autant de pages, de patientes descriptions et un inventaire aussi scrupuleux des faiblesses humaines, car ces personnages ne sont-ils  pas désespérément banals ? Mais, c’est parce qu’ils le sont, et que les plus menus soucis les agitent, qu’ils nous semblent si vrais !


Rien ne va plus loin que ce subit ralentissement où Proust plonge son roman comme si, avec sa plume, il agissait à la façon d’un cinéaste qui projette son film à une vitesse inférieure à la normale, fractionnant ainsi chaque geste. Proust a peint ses personnages de cette manière, en décomposant le temps, en freinant l’image, en représentant les scènes  en sur-dimension, au point qu’elles se livrent de l’intérieur, comme si nous étions happés par ce temps tellement décalé qu’il épouse le rythme du nôtre. Proust n’a pas cessé de jouer avec l’illusion en prestidigitateur : tout en usant des outils les plus tangibles, des faits les plus concrets, il a, grâce à la cadence qu’il a adoptée, modifié notre perception. Sa Recherche, bien que privée d’action, est, en définitive, une épopée de l’âme. On y est en transhumance dans des steppes de perplexité et de solitude, on a l’impression que pèse un ciel d’apocalypse, on y devine dans le rire d’une jeune fille une détresse qui confine au désespoir et on s’y sent d’autant plus humain que l’humain parait s’y briser.


Proust nous a pris par la main. Ce n’est plus seulement le montreur de marionnettes, le ventriloque, il est devenu notre ami, notre confident et sa phrase murmurante ne cesse plus d’éveiller au secret du cœur un surprenant écho. Quelle est cette voix venue d’ailleurs avec l’intonation de la nôtre ? On ne peut nier l’influence que Proust exerce sur son lecteur. Peu d’écrivains ont suscité un tel engouement, une telle dévotion. Peu sont lus avec autant de curiosité, peu ont inspiré un aussi grand nombre d’études. Cette Recherche est à l’origine de centaines d’autres, comme si on renvoyait par un jeu de miroir à cet auteur qui s’est intéressé à presque tout ce qui concerne l’homme, son image magnifiée par les effets causés par sa propre réflexion. On rejoint là cette communion des esprits à laquelle il croyait et, qu’en avance sur son temps, il pensait scientifiquement possible. Il devinait que le néant contient toujours quelque chose. Aussi, je suppose que les découvertes de la mécanique quantique l’auraient enthousiasmé et conforté dans cette idée que la pensée a assez de force pour animer la matière et lui donner un sens.

 

Rien d’étonnant qu'un créateur tel que lui, dont l’esprit fut si fécond, produise bien après sa mort un réseau d’ondes pensantes qui nous prouve que l’univers rêvé peut s’établir en une unité plus probante que la réalité perdue. C’est donc que La Recherche est sortie victorieuse des ornières du temps. Elle ne s’y est pas enlisée, à l’exemple d’autres romans, trop encombrés d’un réalisme pesant. Rien ne pèse dans l’univers de Proust. D'autant plus que, ce qui compte pour l’écrivain, est que l’art libère les énergies, transgresse les frontières, éclaire les ténèbres et outrepasse les limites du temps. Si bien que l’artiste, enseveli dans la nuit du tombeau, ne cesse plus de dialoguer avec les générations futures.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 09:35

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Après une carrière en droit et en administration, Jean Marcoux, qui vient de prendre un aller simple pour les étoiles, écrivait des nouvelles les jours de pluie et aussi de beau temps. Il parlait avec passion de l’univers et osait parfois abjurer sa foi dans le «law and order» pour  s'aventurer dans la poésie. Auteur de "Les nouveaux Gulliver ".

 

 

 

Après avoir lu cet article clair et précis, vous ne pourrez, au sujet de l'atome et de la mécanique quantique, qu'étonner vos amis ... car vous aurez compris quelques-uns des mystères de l'univers.

 

Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atome. Mais ce qui est étonnant, c’est que les atomes sont surtout faits de vide. Si, comme le disait récemment un de mes amis physiciens, on se représentait le noyau de l’atome comme la pointe d’une aiguille, la taille de l’atome correspondrait au volume de la pièce dans laquelle vous êtes assis devant votre ordinateur. Donc un noyau de la taille d’une pointe d’aiguille(qui, incidemment, contient 99,98% de la masse de l’atome) perdue dans l’immensité d’une pièce et tout le reste est un vide sillonné par de minuscules électrons (qui ne représentent que 0,02% de la masse de l’atome, aussi bien dire presque rien). Bizarre n’est-ce pas, de penser que nous sommes faits essentiellement de vide ! 

 

Plus étonnant encore est le fait que les lois physiques habituelles, celles qui ont été énoncées particulièrement par Isaac Newton et qui régissent notre comportement quotidien (comme, par exemple, la loi de la gravitation universelle qui nous garde les pieds collés au sol et permet d'interpréter aussi bien la chute des corps que le mouvement de la Lune autour de la Terre), deviennent négligeables sinon inapplicables dans le monde de l'extrêmement petit. Dans ce monde, ce sont d’autres lois qui prennent le devant de la scène : les lois de ce qu’on appelle la mécanique quantique. Cette mécanique décrit le comportement des atomes et des particules qui les composent.

 

Avec la théorie de la relativité d’Einstein, la mécanique quantique aura été la théorie scientifique la plus révolutionnaire du XXe siècle. Elle nous permet d'accéder au monde de l'extrêmement petit peuplé d'atomes, de photons, de neutrinos, de quarks et autres particules aux noms exotiques. C'est un monde bizarre et déroutant qui semble défier la logique et le bon sens. Pourtant, la théorie quantique a fait ses preuves, puisqu'elle est à l'origine des progrès technologiques fantastiques de notre époque : l'électronique, ses transistors, ses semi-conducteurs, le laser, etc. Jusque vers les années 1920, on croyait bien connaître la nature de la matière et être en mesure de percer graduellement tous les secrets de l’univers. On prenait pour acquis que si l’on connaissait tous les ingrédients d’un problème, on pouvait le résoudre. Le monde était désormais sans mystères et, peu à peu, on arriverait à tout expliquer.

 

Le hasard n’avait aucune place dans cet univers déterministe où la raison régnait en maîtresse. Mais voilà que la mécanique quantique vient jeter une pierre dans cet étang de certitude : au niveau de l'extrêmement petit, le monde n'est plus ordonné, déterministe, comme dans notre quotidien. Il devient incertain et soumis au hasard. Le monde scientifique perd pied. Cette mécanique nous ouvre les yeux sur de bien étranges mystères, particulièrement sur le fait que l’on ne peut plus prédire avec exactitude le comportement des particules mais qu’il faut se contenter de probabilités. Je m’explique : si je m’installe sur le bord du trottoir et que je regarde une automobile passer devant moi, je peux évidemment situer exactement où se trouve cette automobile et, si j’ai en mains un radar, je peux, simultanément, connaître exactement sa vitesse. Eh bien, dans le monde quantique, rien ne va plus : si j’arrive à localiser un électron, je ne suis plus capable d’établir simultanément sa vitesse de déplacement. Inversement, si j’établis cette vitesse, je ne sais plus avec exactitude où se trouve ce cachottier d’électron. Je dois me contenter de le situer approximativement. C’est ce que Heisenberg a appelé «le principe d’incertitude». Un sacrilège qui a ébranlé les fondements de la physique classique où l’on ne jurait que sur l’autel de la certitude.

 

 

Vous n’y comprenez rien à cette mécanique quantique? Eh bien, vous êtes sur la bonne voie : il n’y a rien à comprendre. « Je pense que je peux dire sans grande crainte de me tromper que personne ne comprend la mécanique quantique » - disait le grand physicien Richard Feynman. Mais il y a encore plus étrange dans ce monde de l'extrêmement petit : des particules qui naissent de rien et disparaissent en un éclair, comme le dit Pierre Yves Morvan 

 

«…pendant des temps très courts, le principe de conservation de l’énergie peut être violé. Ce principe dit en effet qu’on a rien pour rien, que tout se paie, ou encore qu’on ne peut avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre. C’est déjà ce que disaient à leur manière Empédocle et Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée».

Pourtant, les relations d’Heisenberg permettent que des couples particule/antiparticule apparaissent de rien et existent pendant un certain temps.

C’est dire que des particules naissent d’un coup de baguette quantique et entrent, sans aucune invitation dans le grand bal de l’être.»

 

Par ailleurs, nous sommes incapables de calculer à quel moment un neutron disparaîtra : sa disparition est laissée au pur hasard. Lavoisier se retourne dans sa tombe. Einstein a combattu toute sa vie la physique quantique,vainement. Il n’arrivait pas à admettre que, au niveau de l’infiniment petit, le comportement des particules soit laissé au hasard. D’où, sa célèbre phrase : «Dieu ne joue pas aux dés». Ce à quoi, son adversaire et pourtant ami, Niels Bohr, lui répondait : «Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire?»

D’autre part, on ne sait plus ce qu’est véritablement la matière. Si, par exemple, on examine la trace qu’un électron laisse sur une plaque métallique, on décèle une particule. Si on lui tourne le dos, il se comporte comme une onde. Certains avancent même une «théorie des cordes» où l’atome ne serait pas un corpuscule mais serait fait de vibrations ??? Qui donc est-il véritablement ? J’aime bien à cet égard rappeler les mots de l’astrophysicien James Dean qui disait que l’univers ressemble parfois plus à une grande pensée qu’à une grande machine.

On peut donc dire que, au niveau de l’extrêmement petit, la réalité nous échappe. Le monde des déterministes, qui s’acheminait vers un monde sans mystère, devient soudain un monde opaque où règnent des fantômes.

 

 

 

 

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25 septembre 2025 4 25 /09 /septembre /2025 08:00

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D'où vient cette légende qui a frappé l'imaginaire de générations de lecteurs, passionné savants et écrivains et peuplé le folklore celtique de ses principaux thèmes d'inspiration ? Spécialiste du moyen-Age anglais et historien rigoureux, Alban Gautier s'est attelé à cette rude tâche afin de faire revivre l'une des plus attachantes figures d'épopée du monde occidental. Car, c'est bien un univers qui vibre dès que l'on évoque le cycle arthurien : merveilles de Brocéliande, forêts mystérieuses, landes désolées, fées belles et redoutables, damoiselles éplorées, chevaliers vaillants, magiciens facétieux, châteaux nimbés de brume, rois glorieux et reines ardentes. Et les premières questions qui se posent sont celles-ci : Qui est le roi Arthur ? D'où vient-il ? Est-ce un personnage historique et si oui, quels documents nous renseignent à son sujet ? Ou est-ce simplement une création littéraire d'un auteur hors du commun ? La question s'impose d'autant plus que les textes nous apportent des éclairages très divers sur le personnage : " tantôt enfant débrouillard et prédestiné, tantôt guerrier solaire, tantôt roi faible et rejeté, tantôt homme fragile et sensible, tantôt vieillard héroïque affrontant la trahison, tantôt espoir de tout un peuple croyant à son retour glorieux ".



Il y a de quoi aborder le sujet avec une certaine perplexité. Mais Alban Gautier n'a pas été découragé par les milliers de titres qu'il a eu à consulter, puisque l'on sait que les ouvrages concernant ce héros et ses légendaires compagnons sont pléthore. Pour Arthur, la piste la plus identifiable fut celle de L'Histoire des rois de Bretagne, rédigée entre 1135 et 1138 par l'évêque Geoffroy de Monmouth. Cet Arturus, né à la fin du Ve siècle dans un château de Cornouailles, aurait été le fils du roi Uter Pentragon et d'Ingerna et pouvait s'honorer d'une ascendance prestigieuse : petit-fils et neveu de rois, il aurait même eu du sang de l'empereur romain Constantin. Devenu roi ( des Bretons) à quinze ans, il aurait épousé la princesse Guenhuuara et soumis les Saxons qui avaient envahi la Bretagne ( future Grande-Bretagne ), si bien que les souverains de Gaule, de Germanie, d'Irlande et de Sandinavie n'avaient pas tardé à le reconnaître comme leur suzerain. 



Mais, hélas ! tout cela est faux, archi-faux, car Geoffroy de Monmouth, qui a vécu six siècles après cet Arturus, n'a jamais écrit qu'un récit romancé, légendaire et enjolivé. Néanmoins, il n'a pas tout inventé et a eu recours à des textes attribués à Nennius  Historia Brittonum, composés vers 830 au pays de Galles par cet auteur qui avait lui-même utilisé des textes préexistants comme les Annales galloises, composition littéraire témoignant déjà de l'existence d'un personnage légendaire. Aussi, à la suite de ces révélations, trois hypothèses de travail sont-elles possibles : soit Arthur est un personnage complètement imaginaire appartenant au folklore des peuples britanniques ; soit il a existé mais les sources des Ve et VIe siècles le connaissent sous un autre nom ; soit encore,  ces sources ne le mentionnent que parce qu'elles ne voulaient pas le mettre en avant ?
La première hypothèse a la faveur de la plupart des chercheurs. La racine celtique semble indiquer qu'Arthur est une figure quasi mythologique, d'autant que le héros est à rapprocher d'un conte populaire qui se nomme "Jean de l'Ours", dont les racines plongent au plus profond de la culture indo-européenne*. Cela renvoie aux thèmes des "hommes-ours", dont Arthur serait une incarnation,  avatar de ces croyances immémoriales liées aux calendriers des astres et des saisons.* Et n'oublions pas que le nom d'Arthur est associé à  des lieux baignés de mystères, liés aux anciens cultes ou à des pratiques religieuses à peine christianisées.* Il peut également s'agir  d'un modèle de folklorisation qui aurait agrégé autour d'un personnage réel des motifs remontant à la nuit des temps.*



Enfin ultime possibilité : Arthur serait bel et bien un personnage historique que la légende se serait plu à idéaliser. C'est la raison pour laquelle Alban Gautier a souligné qu'il écrivait la possible biographie d'un possible Arthur.  Une chose reste certaine : ces récits n'en finissent pas de nous enchanter, "comme si le charme jeté par Merlin poursuivait son action au-delà des années".*

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

* Alban Gautier " Arthur " Ed. Ellipses

 

autres articles concernant le roi Arthur et la légende du Graal :

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ?

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande


  

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Liste des articles "Les questions que l'on se pose"

 

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19 septembre 2025 5 19 /09 /septembre /2025 11:02
Elégie du coeur de Céline Posson-Girouard
 

Voila un titre qui situe d'emblée l'histoire, qu'il nous conte, dans le domaine de la sensibilité et de l'émotion, une histoire où plusieurs amours se dévoilent avec gravité et s'épanouissent dans une ferveur poétique très agréable de lecture, le style s'y employant avec talent. Lysia, l'héroïne, connait plusieurs amours mais chacun a sa part de gravité, de complémentarité et place la sensibilité dans une nouvelle perspective, celui où la nature vibre de façon différente, s'accomplit pleinement et façonne l'existence selon des impacts romanesques. 

 

Un ouvrage qui se dévoile comme un concerto de l'amour sur plusieurs portées, celles de Karel, de Raphaël et de Cyril :

 

 

"Le soleil déclinait trop vite derrière la baie vitrée, nimbait d'or les façades. Ils célébraient le mystère de leurs corps en communion à la hauteur des toits de Paris. Toute la verticalité de leur amour lui apparaissait soudain. Tout allait trop vite. Le crépuscule décolorait déjà le ciel."

 

 

Roman qui propose son chemin riche en silences bruissants, en évocations artistiques, en symphonies multiples qui laissent planer leurs mystères. 

 

 

"La saison de leurs amours  avait pris la couleur du temps, doré et rougissant. Le temps des soupirs, des plaintes : l'élégie du coeur."

 

 

Une réussite.

 

 

Armelle

 

 

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22 août 2025 5 22 /08 /août /2025 07:18
Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé
Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé

Dans l’art d’aujourd’hui, une absence ne peut manquer de frapper l’observateur : celle du visage humain. Alors qu’il était depuis le VIe siècle au centre de la tradition artistique européenne, nous l’avons vu disparaître au fur et à mesure que le christianisme, religion de l’incarnation, s’est abimé dans l’oubli. Rares sont les peintres d’aujourd’hui qui entendent consacrer leur attention et leur inspiration au visage humain afin de lui restituer la place, qui est la sienne, de toute éternité. Hölderlin soulignait que « l’homme habite poétiquement cette terre ». En effet, la poésie a vocation à traverser l’art qui n’est autre que la découverte de l’être dans la beauté. Or, nous assistons chaque jour davantage à l’oubli de l’être dans sa prolongation métaphysique, à l’oubli du sens. Il semble que l’art contemporain soit devenu autiste et ne souhaite plus révéler les trésors de la vie intérieure, alors que la descente en soi appelle le besoin de transmettre et de communiquer. Apparu vers 1910, le cubisme disloque et concasse ; de ses débris épars – nous dit René Huygue – « il recompose selon des lois qui ne sont pas celles de la vraisemblance et de la logique, le tableau, objet gratuit et neuf ».  Désormais, l’art remplace la véracité des apparences par des rapports d’harmonie quasi mathématiques. Picasso ne cessera de dénigrer les apparences du monde visible et d’instruire une logique nouvelle, interne et arbitraire, qui débouchera fatalement sur une absurdité visuelle, se plaisant à déstructurer les apparences, à déformer les visages, à plonger l’homme dans les aléas d’une position inférieure. Si bien que, dans la plupart de ces toiles, l’être humain n’est plus celui qui se pense mais celui qui se subit.

 

L’homme du XXIe siècle, désormais enchaîné à la technique et à la matérialité, voit s’effacer progressivement de notre paysage spirituel sa  réalité intérieure. Est-ce l’image de l’homme tragique qui fait peur à nos contemporains et la raison pour laquelle il la supprime de ses représentations ? Ou serait-ce parce que le visage nous rappelle trop que chacun de nous est unique et que toute tentative d’uniformisation relève de l’utopie ?  Oui, celui-ci n’est plus l’objet d’une constante réflexion, d’un questionnement universel et sombre irrémédiablement dans l’anecdotique. L’esprit ressent le malaise de cette navigation désespérée au point que l’existentialiste Jean-Paul Sartre l’a nommée « la nausée », ainsi l’homme s’est-il peu à peu condamné à en explorer la nuit inhumaine, gouffre violent et invivable où des puissances étranges disposent en cachette de nos forces et de nos pensées. Heidegger notait que nous nous sentions flotter dans le vide. Toute réalité solide nous fait défaut sans que nous puissions arrêter cette désagrégation, nous retenir à quoi que ce soit. Mais fi de ces amertumes, il y a encore dans le monde des veilleurs qui entendent rendre à l’homme son visage, sa beauté, son mystère, sa transcendance. Quelques peintres ont relevé le défi et maintenu le dialogue avec le visage qui est bien le reflet de l’âme, le livre ouvert qui mène aux méditations essentielles. Des peintres de l’envergure d’un Michel Ciry ( voir l’article que je lui ai consacré en cliquant  ICI ), ce maître de l’interrogation spirituelle, ou bien François-Xavier de Boissoudy qui a récemment consacré une exposition à la galerie Guillaume à Paris sur le thème de la miséricorde.

 

Véronique Desjonquères s’inscrit dans cette lignée. Elle aussi entend pratiquer un art qui s’associe à une spiritualité incarnée et universelle, dans une quête assumée de la personne humaine. Répondant aux aspirations d’un écrivain comme Jean Clair, elle s’est donné pour tâche de rendre plus évidente la part invisible de l’être, soit « la part de l’ange ». Cette part de l’être surpris dans son intimité, sa détresse, son recueillement, son innocence, sa singularité, ses interrogations. L’artiste peintre, qu’elle est, aime à représenter ses modèles dans leur quotidien, leurs gestes journaliers, leurs regards tournés vers le dedans afin de capter leur propre silence, de rendre aux mains si expressives leur histoire simple, enfin de traverser le temps et l’espace de manière à donner à voir cette éternité en germe en chacun de nous.

 

Ayant passé plusieurs année à Bombay, Véronique ne s’est pas contentée de vivre en vase clos, elle a voué la majorité de ses heures à l’écriture et à la peinture, de manière à entrer en contact avec une population dont la difficile réalité sera pour elle une expérience inouïe et un enrichissement tant sur le plan humain qu’artistique. Elle y a même consacré un livre, dont j’ai parlé sur mon blog (pour consulter l’article, cliquer LA ), sous la forme de dessins et d’interviews, livre-témoignage qui l’a conduite au cœur d’un univers coloré, vibrant, souvent pathétique et toujours digne. Aujourd’hui, elle se trouve – pour les raisons professionnelles de son mari – à Hong-Kong, où elle expose les 27 - 28 et 29 mai certaines de ses œuvres, dont quelques-unes ont été réalisées en Inde. L’ensemble est d’une qualité indiscutable comme vous pouvez en juger en regardant la vidéo et le diaporama qui se trouvent au bas de l’article. La plupart sont des portraits dont les regards, les expressions trahissent tantôt la solitude de la personne âgée, tantôt la fragilité de l’enfance, tantôt le labeur de l’homme, en quelque sorte le visage humain dans la plénitude de sa diversité.

 

Ces visages d’une belle intensité baignent tous dans des tons harmonieux qui exaltent ou apaisent ou mieux transcendent ce que la vie a blessé, mortifié, parfois abaissé. Van Gogh disait que la couleur « c’est l’enthousiasme de la vie ». Véronique Desjonquères adhère à cet enthousiasme, d’autant plus et mieux qu’il signifie  "Dieu dans sa vie". Et la foi, dans sa grandeur et souvent sa misère, n’est-elle pas dans la sienne, dans la nôtre ? C’est pourquoi ces toiles magnifiques et d’une mélancolie enjouée et confiante parlent-elles à nos coeurs et prolongent-elles nos interrogations et nos espérances.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 


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Pour lire mon article sur "L'univers floral de Véronique Desjonquères", cliquer   LA

Sur celui consacré  à "Une jeune peintre nous raconte Hong Kong"  cliquer   LA

Enfin sur "Desjonquères et Boissoudy ou l'humain réhabilité", cliquer   ICI

 

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Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé
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11 août 2025 1 11 /08 /août /2025 07:42
Marcel Proust en 1914

 

1914 ne sera pas seulement pour la France mais pour Marcel Proust une année noire que l'écrivain détaillera à travers son roman, ajoutant à son drame personnel l'apocalypse collective. La guerre intervient comme un coup de tonnerre le 2 août et Proust pense alors que "des millions d'hommes vont être massacrés dans une guerre des mondes comparable à celle de Wells."  Il accompagnera à la gare de l'Est son frère Robert, mobilisé comme médecin major à l'hôpital de Verdun, et dira ne plus penser qu'à la guerre à partir de cet instant-là, d'autant qu'Odilon Albaret, son chauffeur,  le mari de Céleste, et Nicolas Cottin, son secrétaire, partent à leur tour. Ces malheurs s'ajoutent à celui qu'il a vécu en mai de la même année, lorsque Agostinelli s'aventure à bord de son avion, malgré les instructions qui lui ont été données, au-dessus de la Méditerranée et se tue. Son chagrin s'exprimera de façon émouvante dans une lettre à Léon Daudet : "Enfin, moi qui avais si bien supporté d'être malade, qui ne me trouvais nullement à plaindre, j'ai su ce que c'était, chaque fois que je montais en taxi, d'espérer de tout mon coeur que l'autobus qui venait allait m'écraser." Fin août, il décide malgré tout de partir pour Cabourg, ainsi qu'il le fait chaque été depuis 1907, avec Céleste Albaret qui s'est définitivement installée auprès de lui, afin d'y retrouver la mer et de s'évader un moment d'une capitale dont il croit le siège imminent et qu'il décrit ainsi dans une lettre à Albufera, après s'y être promené un soir de clair de lune : "Je sais que moi, deux ou trois jours avant la victoire de la Marne, quand on croyait le siège de Paris imminent, je me suis levé un soir, je suis sorti, par un clair de lune lucide, éclatant, réprobateur, serein, ironique et maternel, et en voyant cet immense Paris que je ne savais pas tant aimer, attendant dans son inutile beauté la ruée que rien ne semblait plus pouvoir empêcher, je n'ai pu m'empêcher de sangloter. Ces lignes, il les reprendra dans le  "Temps Retrouvé" et l'importante partie qu'il consacre au Paris de la guerre : "Dans ce Paris dont, en 1914, j'avais vu la beauté presque sans défense attendre la menace de l'ennemi qui se rapprochait, il y avait certes, maintenant comme alors, la splendeur antique inchangée d'une lune cruellement, mystérieusement sereine, qui versait aux monuments encore intacts l'inutile beauté de sa lumière." 

 

A son tour, Reynaldo Hahn rejoint le front et Proust ne vit plus à l'idée de son frère et de ses amis en danger, faisant de cette période funeste le temps du deuil et du désespoir. Les interférences entre le deuil collectif et le deuil personnel ne vont plus cesser de s'entrecouper, conférant à son écriture une gravité supplémentaire. Ainsi "La Recherche" va-t-elle devenir un peu le "Guerre et Paix" français. Contrairement à Zola ou à Flaubert, Marcel Proust n'est pas antimilitariste, mais il n'en dénoncera pas moins l'horreur des combats, l'aveuglement des hommes politiques et la propagande inspirée par les partis pris arbitraires. Nourri de littérature héroïque, il a le culte des hauts faits et surtout le sens du sacrifice qui honore des hommes comme Bertrand de Fénélon qui mourra à la tête de son régiment et inspirera grandement le personnage de Saint-Loup. La guerre va donc s'insinuer dans une "Recherche" qui ne l'avait pas prévue, de même que le personnage d'Albertine prendra une importance capitale après la disparition d'Agostinelli, d'où la répercussion des événements vécus sur l'orientation de l'oeuvre qui ira en s'amplifiant de façon imprévue. 

 

Néanmoins, les lettres de Marcel n'entretiennent pas seulement ses correspondants de son deuil, de sa tristesse, de ses inquiétudes, mais également de ses soucis financiers qui sont importants à cette époque, à la suite d'opérations désastreuses et de frais engagés pour tenter de retenir Agostinelli grâce à l'achat d'un avion que ce dernier finira par refuser, et, ce, pour la coquette somme de 27.000 francs. Aussi ne cesse-t-il de donner des ordres de bourse, souvent contradictoires, dans le souci de sauver ce qui peut l'être encore du naufrage annoncé. Odilon Albaret, se trouvant dans les tranchées, Proust cherche un remplaçant et, après quelques essais infructueux, engage un Suédois d'une extrême beauté, Ernst Forssgren dont la vanité va très vite l'exaspérer. Par ailleurs, Marcel Proust ne veut pas passer pour un embusqué, alors que des amis de son âge servent sous les drapeaux. Il n'aura plus de cesse que de prouver au conseil de Contre-réforme son impossibilité absolue à rendre aucun service dans l'armée et, par la suite, sa radiation des cadres de l'armée le déliera de toute obligation militaire, sans pour autant le détourner des événements et de l'actualité dont il rendra compte avec une particulière intelligence.

 

Paris abandonné par une partie de sa population, l'écrivain part pour Cabourg. Il n'y arrivera qu'après 22 heures de voyage dans un train bondé de voyageurs qui fuient Paris, terrorisés à l'idée de cette invasion allemande déferlant sur la capitale. Marcel s'était chargé ce jour-là  d'une lourde malle à roulettes qui contenait outre sa pelisse en vigogne, ses vêtements, ses couvertures et toute une pharmacie, une partie de ses manuscrits. Il a réservé au Grand-Hôtel, où il a ses habitudes, trois chambres pour lui, Céleste et  Forssgren avec salles-de-bains indépendantes de façon à s'y trouver...comme chez lui. Le casino, fermé pour cause de guerre, Proust travaille à son livre une grande partie de la journée et ne s'accorde que le soir une courte promenade sur la jetée en compagnie de Céleste. Il juge également qu'il est trop absorbé  et las pour recevoir le comte Greffulhe ou Montesquiou, préférant la solitude, surtout en un moment où l'hôtel commence à accueillir des blessés dans les deux premiers étages, réquisitionnés à cet usage. 

 

Soucieux des autres, l'écrivain offrira des jeux de dames à de malheureux Sénégalais et Marocains enrôlés dans les troupes coloniales. Forssgren notera à ce propos : "Que vous fussiez domestique ou homme du monde, il n'y avait pour lui, à cet égard, aucune différence."  Malgré sa vanité, le charme du jeune homme opère et probablement aide moralement Marcel à brouiller, ne serait-ce qu'un peu, l'image obsédante d'un autre secrétaire/chauffeur dont le chagrin reste prégnant. Le retour à Paris s'effectuera vers le 14 ou 15 octobre et sera à l'origine d'un incident grave. En effet, l'écrivain est pris d'une soudaine crise d'étouffement alors que ses médicaments sont restés dans le fourgon à bagages. Ce sera à grand peine que Céleste parviendra à les récupérer et que Marcel sera enfin soulagé, après avoir frôlé une fois encore le seuil de l'autre monde. Dorénavant, il ne bougera plus de Paris, s'y enfermera définitivement pour se consacrer à son oeuvre, loin de la mer dont la contemplation lui manquera tellement qu'il en parlera encore l'avant-veille de sa mort et  loin des lieux bucoliques qu'il sût si bien évoquer dans sa Recherche. 

 

Il n'en conserve pas moins une lucidité extraordinaire sur le guerre, guerre qui se pare d'une vision négative et suscite un bouleversement tel que toute une société - celle que l'écrivain n'a cessé de côtoyer - s'y engloutit à jamais et que vices et ambitions se perpétuent en une France implacablement divisée. D'ailleurs Proust ne manquera pas d'établir une étroite relation entre guerre et homosexualité, en décrivant avec justesse et réalisme de vaillants jeunes soldats allant se prostituer pour quelques sous dans des maisons particulières, comme celle tenue par Jupien dans le livre. Il ne se lasse pas davantage de dénoncer les clichés et les contradictions de l'époque à travers un personnage comme Legrandin, tant la langue-cliché l'exaspère. Paris n'est-il pas devenu un lieu érotique et insolite où les planqués usent et abusent des plaisirs comme pour oublier tout simplement ce qu'ils sont ? Le milieu bourgeois d'une Madame Verdurin, d'une Odette ou d'une Madame Bontemps ne sort pas grandi de ces épreuves, ayant à tort utilisé la guerre à des fins personnelles. La littérature, selon Proust, n'a pas vocation à servir la patrie, elle doit avant tout servir l'art littéraire. Et il déplorera grandement que les illusions de la croyance ressemblent aux illusions de l'amour et que, pour ces raisons, il est rare de faire un grand livre avec de grands événements. Idée forte qui veut que les événements historiques ne soient  que rarement de grands événements culturels.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 juillet 2025 5 25 /07 /juillet /2025 07:57
OCEAN' SONGS d'OLIVIER DE KERSAUSON

"Je suis issu d'une génération qui a rêvé de grands espaces" - souligne dans "Ocean's songs" Olivier de Kersauson  qui se dévoile davantage dans ce livre que dans les précédents, car "prendre la mer, c'est tout sauf une fuite, c'est au contraire une discipline et une contrainte" - pousuit-il et il nous livre comment et pourquoi cette discipline est la seule qui l'ait tentée "tant il lui est apparu indécent de ne pas aller partout dans le monde voir de ses yeux l'extraordinaire tentation" de se frotter aux couleurs de l'absolu. Il a connu toutes les mers et les océans, a vécu pauvrement, chichement mais quelle vie ! Ce monde émouvant et brutal lui a toujours plu.

 

Mais la navigation n'est pas simple et Kersauson a traversé des moments  difficiles car le passage du Horn et beaucoup d'autres ne sont pas aisés, sont même épouvantables. Il lui est arrivé de passer 11 jours dans l'entresol de l'enfer. L'archipel des délices reste pour lui la Polynésie car son métier  lui a permis de naviguer  sur toutes les mers du globe et ces tours du monde se présentent selon lui comme le cours le plus magistral de géographie. Partir d'un point et y revenir nous assure que notre existence a été sensée, parfaite et achevée, et il précise qu'il n'est jamais fatigué de la solitude. Il lui est redevable car c'est elle qui a conduit sa vie. "Je peux rester ainsi une demi-journée à la lisière de mes reves et de mes souffrances". "La miséricorde" - ajoute-t-il - "est un engrais dont je fais grand usage". Et il est certain que ce livre ajoute à son oeuvre une magie émouvante.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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