Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 juillet 2024 5 19 /07 /juillet /2024 08:32
Toile d'Anne-Joëlle

Toile d'Anne-Joëlle

                                                                                                                                                                                                                                               

Derniers articles publiés :

 

 

 

 

COLETTE OU LES VOLUPTES JOYEUSES

 

 

AILLEURS N'EST JAMAIS AUTRE PART QU'EN SOI   (POEME)

 

 

CHENONCEAU OU UN REVE DE DAME

 


 

Bienvenue sur INTERLIGNE, un blog consacré à la littérature et aux voyages et comportant plusieurs rubriques que je vous décline ci-dessous et dont vous pouvez consulter les articles en cliquant sur leurs liens :

 


LISTE DES ARTICLES ME CONCERNANT  

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX

Liste des articles de la rubrique CULTURE

Liste des articles de la rubrique : DOSSIER MARCEL PROUST

Liste des articles de la rubrique : LES COUPS DE COEUR de DENIS

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE" 

 

 

ET NE MANQUEZ PAS DE CONSULTER MON BLOG CINEMA 

 



LA PLUME ET L'IMAGE
 

 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
BIENVENUE SUR INTERLIGNE

Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages

Quelques-uns de mes ouvrages

Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Et pour lire quelques-unes des critiques de poètes, écrivains et journalistes à leur sujet, cliquer  ICI

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA


 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
Partager cet article
Repost0
24 juin 2024 1 24 /06 /juin /2024 08:09

symbole-justice.jpg

 

L'égalité, comment la décliner ? Et d'abord, de quelle égalité s'agit-il, à quel propos, dans quelles circonstances et à quelle fin l'envisager ? Aspirons-nous, en tant qu'hommes, à l'égalité ou bien nous en méfions-nous ? Bien qu'elle soit inscrite sur le fronton de nos édifices publics au côté de la liberté et de la fraternité, son sens ne nous apparait-il pas autrement ambigu ? Egalité des droits ? Oui, bien entendu. Chaque citoyen doit avoir accès aux mêmes droits au sein de sa nation, mais aussi aux mêmes devoirs : entre autre celui de payer ses impôts et de se plier aux lois. Egalité des sexes ? Parlons-en ! Cette égalité supposée fut sans doute la plus bafouée au cours des siècles et l'est encore aujourd'hui, où des femmes sont toujours réduites par la force (ou la misère) à la prostitution. Egalité des chances ? Chacun sait qu'elle est impossible, car aucun de nous ne vient au monde avec les mêmes atouts, la même vitalité, la même santé et dans les mêmes conditions... Et même, placés dans des conditions identiques, la chance ne fera jamais, comme à son habitude, que de tourner au gré des vents et de favoriser l'un au dépens de l'autre. A aucun moment, nos chances ne se révèlent égales. Paul Valéry a eu une phrase assez assassine à l'encontre des aspirations de la société contemporaine à cette égalité des individus qui, nécessairement et malheureusement, tend à les réduire " vers le modèle le plus bas". Le mot est enfin lâché. Cette forme d'égalité concerne davantage l'individu, c'est-à-dire le citoyen lambda que l'on aimerait niveler, façonner, conditionner, de manière à ce que les hautes instances du monde puissent obtenir de lui ce qu'elles souhaitent et qu'ainsi les sociétés soient soumises aux desiderata d'une poignée de gouvernants et de technocrates, oligarchie toute puissante, plutôt qu'à l'être humain en tant que personne. Cela ne fut-il pas déjà l'idéal imposé par des totalitarismes comme le nazisme et le communisme ; demain, peut-être, par le mondialisme ?



Car, par nature, la personne humaine est unique.  Contrairement à l'individu que l'on ne voit que comme une unité distincte dans une classification, comptant avec la communauté et... singulièrement innombrable, il en va autrement de la personne qui se définit traditionnellement par sa capacité à assumer ses responsabilités et à disposer de son libre arbitre. Si bien que dans cette perspective, aucun de nous n'est l'égal de l'autre, si ce n'est dans le respect qu'il inspire. Chacun est différent, non seulement dans son apparence, ses attitudes, sa voix, mais dans l'élaboration de son être, le développement intime de sa personne qui, selon la belle formule de Jean-Paul II n'a pas seulement le droit "d'avoir plus", mais "d'être plus". D'ailleurs, on parle de l'individu en général et de la personne en particulier. C'est ainsi que je puis être le proche, le frère de l'autre, mais  ne serai jamais l'autre. L'autre m'est inéluctablement autre et il est bien qu'il en fût ainsi, car chaque personne a, de ce fait, le privilège d'être soi.




Il est curieux de constater à quel point notre époque cultive les paradoxes. Alors qu'elle cède volontiers aux chants des sirènes égalitaires, dans le même temps elle prône avec vigueur le respect des différences. Alors acceptons bien volontiers ce prédicat de la différence, parce qu'il est à l'évidence celui de nos origines, de nos milieux, de nos formations, de nos choix, de nos sensibilités, de nos goûts, de notre identité, de nos caractères et de nos désirs. Mais rappelons-nous le danger qu'il y a, dans la majorité des régimes connus, à ce que les personnes, au lieu de cultiver le dialogue et la communication, soient tentées de se tourner ensemble vers l'oeuvre collective par incitation de l'Etat, enclin à prêcher dans ce sens. Néanmoins, pourrions-nous imaginer un seul instant un monde où régnerait l'uniformité, comme ce fut le cas dans la Russie soviétique des tsars rouges ? L'ennui en serait le sceptre et la couronne. Mais, par chance, Dieu (ou le Hasard) a voulu que multitude ne rime pas avec monotonie et que la Nature soit le premier exemple de la pluralité et de la diversité. L'égalité, je ne la vois belle et compréhensible que dans l'amour. Cet amour de l'autre qui n'en fait point mon égal, mais mon...semblable. En définitive, l'égalité reste une aspiration spirituelle et ne peut être envisagée que comme une ultime fiction. Comme le disait si bien  Madame de Staël : " Le Christianisme a véritablement apporté l'égalité devant Dieu, dont l'égalité devant la loi n'est qu'une image imparfaite". 
Si bien que le principe d'égalité - si proche de l'égalitarisme - risque fort au XXIe siècle de représenter un danger plutôt qu'un idéal, tant l'égalité sert bien la cause de toutes les formes possibles de totalitarisme, en faisant des êtres une multitude uniforme et conforme à leurs aspirations et à leurs voeux.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
10 juin 2024 1 10 /06 /juin /2024 07:57

dualite1.jpg

 

Si le paradoxe conserve son actualité, c'est bien parce qu'il a obéré notre capacité de jugement, agissant de telle sorte que le discernement et le bon sens semblent parfois déserter les préoccupations de nos sociétés contemporaines ; alors que discernement et bon sens restent des notions essentielles face à ce principe qui prend  le contre-pied des certitudes logiques de la vraisemblance. De par leur complémentarité, le discernement et le bon sens impliquent la réflexion, la méditation, l'expérience, la lucidité. Relevant du domaine de la spéculation abstraite, ces notions sont au coeur du raisonnement et du questionnement humain. Depuis la nuit des temps, de la maïeutique de Socrate, la théorie des Idées de Platon jusqu'au positivisme d'Auguste Comte, en passant par la logique cartésienne, il semble que discernement et bon sens soient allés de conserve.
 

Tout en accordant une valeur préférentielle au discernement que les sages et  les penseurs ont toujours envisagé comme la capacité supérieure de l'esprit, la faculté de synthèse et d'analyse en mesure de formuler le concept et de distinguer ce qu'il y a d'intelligible dans le sensible, ils n'ont pu éliminer les ressources du bon sens et faire l'impasse sur le paradoxe qui pose les assises de la contradiction, ainsi le paradoxe de Socrate : " subir l'injustice vaut mieux que de la commettre". Les premiers obstacles à franchir seront donc la crédulité naïve et le goût du confort intellectuel qui font préférer l'esprit de certitude à l'esprit de vérité. De là dérivent la mauvaise foi, le fanatisme et les violences. Le doute méthodique est donc une saine et souhaitable pratique si, faisant la part des choses, nous ne cédons pas à un scepticisme réactionnel. Il est bon de se rappeler que la vérité se montre davantage qu'elle ne se démontre et que l'homme la distingue fréquemment sans être capable de la prouver.
 

Quant au bon sens, il  apparaît comme un outil que le peuple, d'instinct, s'est plu à utiliser et dont il a fait bon usage en regard de ses expériences propres. Plus ressenti que pensé, il rejoint l'esprit logique et prémunit des dangers où les idéologues et utopistes risqueraient de l'entraîner. Il est donc un contre-poids nécessaire aux divagations abusives et perverses, car l'homme de bon sens perçoit naturellement ce qui est bon de ce qui est mal, ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, guidé par cet instinct qui l'avertit des égarements toujours possibles de l'intelligence. C'est  ce qu'il conviendrait de nommer "le jugement droit".


Le paradoxe semble s'immiscer comme un dé-régulateur, un empêcheur de tourner en rond, un trouble-fête qui exploite à plaisir nos ambiguïtés, nos divergences, nos excès ; nécessaire, il mise sur l'objection pour nous obliger à remettre en cause le procédé de nos réflexions et combinaisons les plus élaborées.  Ainsi le paradoxe pose-t-il un doigt insidieux sur nos contradictions, se ressouvenant qu'il existe entre le concept et le jugement la même différence qu'entre l'intuition intellectuelle et  l'affirmation réfléchie. Par ailleurs, il a également son utilité lorsqu'il soumet à notre discernement des opinions qui vont à l'encontre de celles communément admises. Proust, en fin psychologue, ne craignait pas d'affirmer que  les paradoxes d'aujourd'hui seraient les préjugés de demain. 
 

 
En faisant obstacle au parti-pris, le paradoxe repose l'interrogation, en maniant et en jouant adroitement de la réfutation et de la protestation. Mais dans certaines circonstances, il nous accule, sans complaisance, jusque dans nos retranchements et peut alors nous conduire, si nous sommes faibles et influençables, à nous déjuger et, s'il est gouverné avec habileté et éloquence, à nous inciter à des compromis et à un désaveu regrettable. Tout dépend de nos certitudes. Arrivés à ce point de non retour, nous ne sommes plus seulement en phase avec le bon sens et le raisonnement, mais avec notre intime conviction, voire avec notre foi. Le domaine de l'évidence intellectuelle est étroit. Et la nature humaine si complexe qu'elle ne mène pas obligatoirement à des solutions simples et des réponses évidentes. Si aujourd'hui, le paradoxe sévit en permanence, il serait temps de lui adjoindre bon sens, discernement et conviction, que nous avons trop souvent laissés sur le bord du chemin. Ainsi retrouverons-nous la sérénité de jugement, ne serait-ce que pour combattre le nivellement de la pensée qui nous guette,  la désinformation qui nous assourdit, l'abêtissement qui nous menace. Les exemples sont légion, les convictions ont en urgence le droit de cité.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"



RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
31 mai 2024 5 31 /05 /mai /2024 09:39
Proust et le miroir des eaux

 

Pour quelle raison choisir de parler d'une oeuvre comme celle de Marcel Proust en prenant l'eau comme thème de réflexion ? Parce que jusqu'à ce jour, je n'ai pas eu connaissance d'un ouvrage qui traitait de ce sujet, alors que l'eau me parait habiter l'oeuvre ou, plus précisément, la parcourir, ainsi que le feraient un ruisseau, une rivière un fleuve, de même qu'elle la codifie et l'explique. Oui, cette recherche, qui se referme sur elle-même, cet univers clos n'est pas sans évoquer la configuration d'un lac qui, lentement, déroulerait ses berges imaginaires dans une lumière déjà gagnée par les ombres du passé, temps retrouvé qui viendrait boucler le cercle parfait du temps perdu.

 

A la suite de cette constatation, il m'a paru intéressant de m'interroger sur la place que tient l'eau dans le roman, sur le message qu'elle délivre, sur la force imaginante qu'elle anime, surtout si l'on tient compte que cet élément produit un type particulier d'inspiration. Déjà le titre retient l'attention : la recherche du temps perdu. Le temps qui passe n'est-il pas, en effet, pareil à l'eau qui coule et chacun de nous, dans le courant de sa vie, ne subit-il pas l'inexorable sort de l'eau qui s'épanche et fuit ? Ainsi l'eau coule comme nos jours, symbolisant mieux que les autres éléments la traversée, le voyage, la pureté, les profondeurs abyssales. Jamais l'homme ne se baigne deux fois dans le même fleuve, parce qu'ayant un destin identique au sien, il est à chaque seconde de sa vie semblable et différent. Et l'eau n'est-elle pas, par excellence, le symbole de ce qui se dérobe ? Prenons deux images : celle de la rivière qui s'égare définitivement dans le fleuve, celle du fleuve qui s'épuise à jamais dans la mer. L'eau est vouée à se perdre. Contrairement à la terre, elle est l'élément qui oublie de prendre forme. Elle favorise autant une rêverie du mouvant, du changeant, du transitoire, qu'elle s'associe au vertige de l'homme au prise avec l'insondable. Elle est enfin et surtout l'eau réfléchissante qui modifie jusqu'à l'apparence du monde. Le mouvement romanesque de La Recherche, épousant celui de l'eau, va osciller et s'inscrire dans l'espace qui se développe entre l'instant vécu et celui de sa mue poétique, entre la réalité de la vie et celle de la littérature, de manière à redoubler, comme le ferait un miroir, l'illusion créatrice et pour que cet univers réfléchi soit reformé par l'esprit. L'oeuvre ne prend définitivement son sens qu'au moment où elle s'affranchit de l'ordre du temps et de la vie et se métamorphose en une substance modifiée qui est celle de l'art. A l'art revient la mission de ré-imaginer la réalité, de la ré-inventer, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots, quelque chose de différent, de façon à ce qu'elle ne soit ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, ainsi que le paysage reflété n'est ni tout à fait réel, ni tout à fait vrai.

 

A l'évidence, l'eau parcourt l'oeuvre, donnant aux lieux, aux émotions leur coloration, leur lumière, leur expression, nous les offrant comme des visages aimés. Ce sont Combray et sa rivière fleurie de nymphéas, Balbec et la mer que le soleil brûle comme une topaze, la faisant fermenter, devenir blonde et laiteuse comme de la bière, écumante comme du lait, tandis que, par moments, s'y promènent çà et là de grandes ombres bleues que quelque dieu parait déplacer en bougeant un miroir dans le ciel. C'est encore Venise et ses canaux, comme la main mystérieuse d'un génie qui conduirait le poète dans les détours et lacis de cette ville d'Orient, semblant au fur et à mesure qu'il avance lui ouvrir un chemin creusé en plein coeur.

 

Dans Venise, ville d'illusion, où tout est reflet et mirage, où la terre n'est autre que de la vase solidifiée, Proust sent bien que chacun de nous est une suite de dédales et d'impasses où notre psychisme se meut en des espaces inexplorés. En suivant les calli, d'où les brouillards montent comme de la cendre humide, devant ces palais désertés, ces façades embrumées, l'écrivain poursuit un songe automnal fait de re-souvenirs et de nostalgie. On s'explique mieux que sur un être aussi sensible à la douleur, aussi marqué par l'écoulement du temps, un environnement aquatique ait laissé une empreinte indélébile et des images qui chargent le réel de son propre reflet et le retourne à ses ombres. L'eau est devenue l'eau-mère du chagrin comme elle fut jadis celle de la rêverie douce, de la souvenance maternelle, de la jeunesse impatiente. La rêverie commence devant l'eau courante d'un ruisseau, l'eau dormante d'un étang, l'eau imprévisible de la mer, elle s'achève au sein d'une eau ténébreuse qui transmet d'étranges et funèbres murmures. L'écrivain y respire l'atmosphère qui sera celle de son roman, ce monde qui s'enfonce lentement dans la mort, cette société qui s'évanouit dans les splendeurs décadentes de la dernière matinée chez la princesse de Guermantes mais qui, grâce à la plume de l'écrivain, renaîtra un jour, remontera à la surface comme un reflet retrouvé.

 

Toujours est-il qu'à Venise, l'eau y est plus qu'ailleurs toute entière consacrée à ses reflets, à ceux qu'elle donne d'elle-même et de sa ville, cette ville qui ne serait pas sans elle et cette eau qui ne serait pas semblable sans sa ville. Parvenu à ce point du roman, La Recherche prend une autre dimension : construction en boucle, en spirale, où chaque scène accentue sa force narratrice, où chaque personnage se dévoile et s'épaissit, construction topographique comme un pavage de mosaïque et topologique comme le colossal Evangile de Venise - la réminiscence la met sur une orbite où la mémoire devient pour l'homme ce que le reflet est pour l'eau.

 

Le message est simple et grandiose. Il peut se circonscrire de la façon suivante : ainsi que le miroir des eaux, La Recherche tend à chacun de ses lecteurs la vision réfléchissante de sa propre vie. Tout est vrai et rien n'est pareil. En effet, l'écrivain trouve dans l'eau substantielle l'équivalent à sa propre démarche qui est de rendre au monde la vision de lui-même non déformée mais transformée, ou mieux transmuée, car qui sait si de nos noces avec la mort ne naîtra pas notre consciente immortalité - écrit-il.

 

Ainsi l'oeuvre, comme l'eau, participe-t-elle à ce que j'ose appeler " la liturgie de la rénovation". A l'union du sensible et du sensuel vient s'ajouter une composante supplémentaire, la compassion, afin que l'homme, penché au-dessus de cette psyché, ne se voit pas seulement tel qu'il est, mais tel qu'il peut être, tel qu'il pourrait être. Si bien que ce double miroir donne accès à une réalité nouvelle, où la mémoire involontaire et le reflet jouent un rôle identique : en introduisant le passé dans le présent, ils suppriment cette grande dimension du Temps où la vie ne cesse de se briser.

                                                                                                                             

Armelle Barguillet Hauteloire  Extraits de  "  Proust et le miroir des eaux "  Ed. de Paris

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique "DOSSIER PROUST", cliquer sur le lien ci-dessous : 

 

 

Liste des articles de la rubrique dossier Marcel Proust

 

 

Et pour prendre connaissance d'extraits de cet ouvrage, cliquer sur les titres ci-dessous :

 

Marcel Proust ou les eaux enfantines

 

Proust et les eaux marines

 

Proust et les eaux violentes - Reynaldo Hahn

 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

La vue de la mer depuis le manoir des Frémonts où Proust séjourna en 1881 et 1882.

La vue de la mer depuis le manoir des Frémonts où Proust séjourna en 1881 et 1882.

Les eaux de la Vivonne.

Les eaux de la Vivonne.

Partager cet article
Repost0
24 mai 2024 5 24 /05 /mai /2024 08:32

 


3760100780093

 

"Le sillage s'étire, blanc et dense de vie le jour, lumineux la nuit comme une longue chevelure de rêve et d'étoiles. L'eau court sur la carène et gronde ou chante ou bruisse, selon le vent, selon le ciel, selon que le couchant était rouge ou gris".  (  La longue route )

 

En 1968, un suprême défi excite les marins : le tour du monde à la voile en solitaire et sans escale. Plusieurs navigateurs s'apprêtent à tenter l'aventure imaginée par un hebdomadaire britannique. Bien qu'il ait exprimé son désaccord sur cette initiative qui, selon lui, ôte toute pureté à ce qui devrait être avant tout une quête d'absolu, le français Bernard Moitessier ( 1925 - 1994 ) s'engage. Né en Indochine, où il a vécu les vingt-six premières années de sa vie, cet amoureux de la mer a appris à naviguer avec les pêcheurs du golfe de Siam et reste imprégné de sagesse orientale. La révolte du Viêt-minh lui a infligé une blessure jamais cicatrisée : les compagnons de jeu de son enfance sont devenus des ennemis. Parti en solitaire sur une jonque, Moitessier est arrivé en France en 1958 démoralisé par la perte de deux bateaux. Avec une rare énergie, il s'est construit un ketch en acier, simple et robuste, dans le but de réussir à réaliser en solitaire un premier tour du monde sans escale qui serait comme une revanche sur les déceptions qu'il vient de subir. Neuf navigateurs prennent avec lui le départ, mais cinq abandonnent très vite devant les difficultés qui incombent à un homme seul face aux éléments, si bien que Moitessier, plus rapide que les trois autres survivants, est en passe de l'emporter. Il a doublé trois caps et il ne lui reste plus qu'à remonter l'Atlantique pour aller recueillir, des mains des organisateurs, le prix de son exploit : un globe en or et cinq mille Livres Sterling. Surtout, il sera sacré le meilleur marin de son temps.

 


Mais alors qu'on l'attend pour un accueil triomphal, le vainqueur surgit le 18 mars 1969 dans la baie de Cape Town et, d'un coup de lance-pierres, projette sur le pont d'un cargo en patrouille ce message stupéfiant : " Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme". L'annonce de cette décision fait l'effet d'une bombe : ainsi le navigateur tourne le dos à l'argent, à la célébrité pour poursuivre seul une aventure pleine d'embûches...Mais pour cet homme-là, sa course dans les océans les plus dangereux du monde a pris une dimension philosophique. Dans l'intimité de la mer et du ciel, il a noué des liens avec la Création, comme il le dira lorsque, arrivé à Tahiti après un tour du monde et demi, il écrira son livre, véritable bible qui suscitera des vocations de coureurs et d'aventuriers des mers sur plusieurs générations : La longue route.

 


Son refus de revenir vers L'Europe et ses faux dieux est riche de signification. Il a compris, dans son périple en osmose avec les éléments, que le monde moderne détruit notre planète et piétine l'âme de l'homme. Notre fonction sur terre, estime-t-il, est de participer à la création permanente du monde, d'oeuvrer dans le gigantesque combat de l'intelligence contre l'imbécillité. Bénéficiant de son aura de marin hors du commun, Moitessier milite pour la désescalade nucléaire et préconise la plantation, dans les villes et villages, d'arbres fruitiers à la disposition de tous, symbole de partage et de générosité et doux rêve d'un idéaliste irréductible. Installé dorénavant dans un atoll des Tuamotu, il y vit avec sa famille en contact intime avec la nature, espérant, par son exemple, encourager les Pomotus à mieux gérer les ressources de leurs îles. Il conseille l'enseignement des caractères chinois, moyen de communication universel. Malgré l'incompréhension, les échecs, la difficulté à vaincre l'apathie et la routine, il ne se décourage nullement et gagne le surnom que lui donnent les Polynésiens "Tamata ", ce qui signifie " essayer". Ce sera le titre du livre qu'il publiera peu de temps avant sa mort survenue le 16 juin 1994 "Tamata et l'Alliane", message de fraternité où, enfin en paix avec lui-même, il délivre cet ultime enseignement : " On ne se trompe jamais en pardonnant".

 


"Le beau voyage est presque au bout du long ruban d'écume. Et moi, je suis presque au bout de moi-même. Et Joshua aussi. Là-bas dans le Sud, c'était l'automne, puis l'hiver déjà. Huit coups de vent depuis Bonne-Espérance, en trois mois. Et deux chavirages dans l'océan Indien, avant l'Australie. Deux encore dans le Pacifique, après la nouvelle-Zélande. ( ... ) Les haubans sont fatigués dans l'ensemble, Joshua est fatigué lui aussi. Moi, je ne sais pas si je suis fatigué ou pas, ça dépend comment on regarde les choses. Et il faudra que je fasse ses yeux à mon bateau, quand nous serons arrivés ensemble dans l'Ile paisible de l'Alizé, là où on a le temps de faire les choses qui comptent. Et je ne risque plus d'aller trop loin, ni pas assez. Car le rêve est allé d'abord jusqu'au bout du rêve...ensuite il a dépassé le rêve".  ( La longue route )

 

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

                                 

Joshua, le voilier de Moitessier

Joshua, le voilier de Moitessier

Partager cet article
Repost0
13 mai 2024 1 13 /05 /mai /2024 08:23

12689010.jpg

 

 

Ce poète peu connu du grand public fut pourtant l'un des plus délicats et des plus émouvants du XXe siècle. Mort à l'âge de 41 ans en 1975, il a laissé une oeuvre qui semble lever sur les lettres françaises une aube crépusculaire.

 

Roger Kowalski (1934 - 1975) serait-il davantage le poète des aubes que des crépuscules, allez savoir ? Toujours est-il que sa poésie est imprégnée du clair-obscur de ce qui commence ou de ce qui finit. Son nom n'apparait qu'au cours des années 60 dans les pages de La Licorne, puis du numéro 12 du Pont de l'Epée, la revue de Guy Chambelland, réputé talentueux et révélateur du talent des autres. Le poète-éditeur l'avait présenté à ses lecteurs à la façon chaleureuse et bourrue qui lui était habituelle. Néanmoins, lorsque le poète lyonnais mourut en 1975 à l'âge de 41 ans, sa disparition passa inaperçue dans le monde des lettres. Historiquement parlant, son oeuvre n'avait pas eu sa chance. Elle avait traversé les courants sans se laisser happer par eux, belle, fuyante, intemporelle, si pareille à son créateur. Certes, Kowalski n'était pas un bateleur génial comme Cocteau, il ne s'était pas drapé dans l'épopée de la résistance ( et pour cause il  n'avait que 11 ans en 1945 ) comme René Char, il n'avait pas le verbe haut et prophétique d'un Saint-John Perse ou d'un Paul Claudel. C'était un jeune homme silencieux, venu d'un royaume où tombait la neige et où voletaient des colombes. Il était rare qu'il fasse allusion à notre monde contemporain, non qu'il le méprisât mais simplement parce qu'il avait oublié de l'habiter : forcément il demeurait ailleurs...dans la chambre secrète, parmi les roses de novembre.  Charmons l'ombre  écrivait-il, et, ce faisant, que faisait-il d'autre que de nous charmer ?

 

LA CHAMBRE SECRETE

 

Que j'entre dans le songe et qu'à tes pieds, licorne mâle,
tremble un fil de brume !
Il faut donner au feu quelques sarments d'hiver,
l'ombre de nos demeures et maints poèmes ;
il faut aussi que tu me comptes parmi celles-là de tes
créatures qui ne sont plus de ce monde,
et qu'à travers le hêtre, loin derrière l'écorce, tu devines
mes chambres les plus secrètes, celles que moi-même
je n'ose pas ouvrir.

Un soir nous avions découvert une ombre
lisse aux combes de Novembre
les vents inclinaient nos songes à loisir

Je savais qu'à tes pieds flambait la mousse
une odeur de gibier épuisé
une saveur de vieux miel sur la pierre

Ce jour-là nous nous étions rencontrés
sur les dalles amères du silence et dès lors
vers nous se hâtaient les oiseaux couleur d'ambre.

 

DEMAIN

 

Le vent demain lèvera mes ombres ;
le poisson arrondira ses lèvres blanches sur mon nom ;
la voix du feu secondera la mienne et le fil n'aura jamais
été plus tendu ni plus musical.
Demain.

L'eau, la première, la très noire, dans ses gestes lavera
le souffle qui ne m'appartient plus,
la bouche que je n'ouvrirai pas sinon pour entrer dans
la tendre mort - et vous aurez tenu mes mains dans les
vôtres -


Ah, demain, seulement demain ;
il faut pour l'heure s'efforcer de ne pas défaillir à tâcher
de pénétrer dans l'aiguille par sa pointe.

 

        ( A l'oiseau, à la miséricorde )

 

 

Je ferai ici le poème de la bougie consumée, de la pluie que
nous attendions et qui ne tomba point ; et j'évoquerai
l'apparence de Bérénice même, dont le visage ne m'est point connu ;

 

Etait-ce le nom d'un vaisseau de haut bord, le dernier cri
des oiseaux qui venaient de Septembre et ne s'attardaient point
au-dessus de notre demeure ?

 

Un chien jaune aboyait derrière la métairie ; nous venions
de quitter nos travaux pour cette randonnée vers l'auberge à 
la croisée des vents,

 

Et vous me contiez une histoire qui me rappela le dit de la vieille Jeanne,
celui de Margoton et la solitude aux approches de
l'hiver, entre les livres et le tabac parfumé.

 

 

 

Né à Lyon, il fut professeur et dût enchanter ses élèves par ce qu'il y avait en lui d'ailé et d'aérien, Ariel amoureux des neiges anciennes, des tremblements imperceptibles, des songes et des pays immatériels. C'est le poète des murmures qui ne clôt jamais ses poèmes afin que son chant se prolonge, voix douce et amicale qui a fait de la tendresse et de l'émerveillement le meilleur de son inspiration.

 

Sept recueils jalonnent son itinéraire poétique :

 

Le Silenciaire  ( Guy Chambelland ) 1960
La Pierre Milliaire ( Les Cahiers de la Licorne ) 1961
Augurales ( L.E.O. ) 1964
Le Ban ( Guy Chambelland )  1964
Les Hautes Erres ( Seghers ) 1966
Sommeils (Grasset ) 1968
A l'Oiseau, à la Miséricorde ( Guy Chambelland ) 1976

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
29 avril 2024 1 29 /04 /avril /2024 08:12

atome.jpg

 

 

Après une carrière en droit et en administration, Jean Marcoux, qui vient de prendre un aller simple pour les étoiles, écrivait des nouvelles les jours de pluie et aussi de beau temps. Il parlait avec passion de l’univers et osait parfois abjurer sa foi dans le «law and order» pour  s'aventurer dans la poésie. Auteur de "Les nouveaux Gulliver ".

 

 

 

Après avoir lu cet article clair et précis, vous ne pourrez, au sujet de l'atome et de la mécanique quantique, qu'étonner vos amis ... car vous aurez compris quelques-uns des mystères de l'univers.

 

Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atome. Mais ce qui est étonnant, c’est que les atomes sont surtout faits de vide. Si, comme le disait récemment un de mes amis physiciens, on se représentait le noyau de l’atome comme la pointe d’une aiguille, la taille de l’atome correspondrait au volume de la pièce dans laquelle vous êtes assis devant votre ordinateur. Donc un noyau de la taille d’une pointe d’aiguille(qui, incidemment, contient 99,98% de la masse de l’atome) perdue dans l’immensité d’une pièce et tout le reste est un vide sillonné par de minuscules électrons (qui ne représentent que 0,02% de la masse de l’atome, aussi bien dire presque rien). Bizarre n’est-ce pas, de penser que nous sommes faits essentiellement de vide ! 

 

Plus étonnant encore est le fait que les lois physiques habituelles, celles qui ont été énoncées particulièrement par Isaac Newton et qui régissent notre comportement quotidien (comme, par exemple, la loi de la gravitation universelle qui nous garde les pieds collés au sol et permet d'interpréter aussi bien la chute des corps que le mouvement de la Lune autour de la Terre), deviennent négligeables sinon inapplicables dans le monde de l'extrêmement petit. Dans ce monde, ce sont d’autres lois qui prennent le devant de la scène : les lois de ce qu’on appelle la mécanique quantique. Cette mécanique décrit le comportement des atomes et des particules qui les composent.

 

Avec la théorie de la relativité d’Einstein, la mécanique quantique aura été la théorie scientifique la plus révolutionnaire du XXe siècle. Elle nous permet d'accéder au monde de l'extrêmement petit peuplé d'atomes, de photons, de neutrinos, de quarks et autres particules aux noms exotiques. C'est un monde bizarre et déroutant qui semble défier la logique et le bon sens. Pourtant, la théorie quantique a fait ses preuves, puisqu'elle est à l'origine des progrès technologiques fantastiques de notre époque : l'électronique, ses transistors, ses semi-conducteurs, le laser, etc. Jusque vers les années 1920, on croyait bien connaître la nature de la matière et être en mesure de percer graduellement tous les secrets de l’univers. On prenait pour acquis que si l’on connaissait tous les ingrédients d’un problème, on pouvait le résoudre. Le monde était désormais sans mystères et, peu à peu, on arriverait à tout expliquer.

 

Le hasard n’avait aucune place dans cet univers déterministe où la raison régnait en maîtresse. Mais voilà que la mécanique quantique vient jeter une pierre dans cet étang de certitude : au niveau de l'extrêmement petit, le monde n'est plus ordonné, déterministe, comme dans notre quotidien. Il devient incertain et soumis au hasard. Le monde scientifique perd pied. Cette mécanique nous ouvre les yeux sur de bien étranges mystères, particulièrement sur le fait que l’on ne peut plus prédire avec exactitude le comportement des particules mais qu’il faut se contenter de probabilités. Je m’explique : si je m’installe sur le bord du trottoir et que je regarde une automobile passer devant moi, je peux évidemment situer exactement où se trouve cette automobile et, si j’ai en mains un radar, je peux, simultanément, connaître exactement sa vitesse. Eh bien, dans le monde quantique, rien ne va plus : si j’arrive à localiser un électron, je ne suis plus capable d’établir simultanément sa vitesse de déplacement. Inversement, si j’établis cette vitesse, je ne sais plus avec exactitude où se trouve ce cachottier d’électron. Je dois me contenter de le situer approximativement. C’est ce que Heisenberg a appelé «le principe d’incertitude». Un sacrilège qui a ébranlé les fondements de la physique classique où l’on ne jurait que sur l’autel de la certitude.

 

 

Vous n’y comprenez rien à cette mécanique quantique? Eh bien, vous êtes sur la bonne voie : il n’y a rien à comprendre. « Je pense que je peux dire sans grande crainte de me tromper que personne ne comprend la mécanique quantique » - disait le grand physicien Richard Feynman. Mais il y a encore plus étrange dans ce monde de l'extrêmement petit : des particules qui naissent de rien et disparaissent en un éclair, comme le dit Pierre Yves Morvan 

 

«…pendant des temps très courts, le principe de conservation de l’énergie peut être violé. Ce principe dit en effet qu’on a rien pour rien, que tout se paie, ou encore qu’on ne peut avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre. C’est déjà ce que disaient à leur manière Empédocle et Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée».

Pourtant, les relations d’Heisenberg permettent que des couples particule/antiparticule apparaissent de rien et existent pendant un certain temps.

C’est dire que des particules naissent d’un coup de baguette quantique et entrent, sans aucune invitation dans le grand bal de l’être.»

 

Par ailleurs, nous sommes incapables de calculer à quel moment un neutron disparaîtra : sa disparition est laissée au pur hasard. Lavoisier se retourne dans sa tombe. Einstein a combattu toute sa vie la physique quantique,vainement. Il n’arrivait pas à admettre que, au niveau de l’infiniment petit, le comportement des particules soit laissé au hasard. D’où, sa célèbre phrase : «Dieu ne joue pas aux dés». Ce à quoi, son adversaire et pourtant ami, Niels Bohr, lui répondait : «Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire?»

D’autre part, on ne sait plus ce qu’est véritablement la matière. Si, par exemple, on examine la trace qu’un électron laisse sur une plaque métallique, on décèle une particule. Si on lui tourne le dos, il se comporte comme une onde. Certains avancent même une «théorie des cordes» où l’atome ne serait pas un corpuscule mais serait fait de vibrations ??? Qui donc est-il véritablement ? J’aime bien à cet égard rappeler les mots de l’astrophysicien James Dean qui disait que l’univers ressemble parfois plus à une grande pensée qu’à une grande machine.

On peut donc dire que, au niveau de l’extrêmement petit, la réalité nous échappe. Le monde des déterministes, qui s’acheminait vers un monde sans mystère, devient soudain un monde opaque où règnent des fantômes.

 

 

 

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

atome.png

 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2024 1 22 /04 /avril /2024 08:20

AVT_Mario-Vargas-Llosa_8966.jpg

 


Avec une oeuvre riche d'une trentaine d'ouvrages, de multiples récompenses dont le Nobel 2010 de littérature, une carrière de cinq décades, maints combats politiques et engagements qui vont du tiers-mondiste à l'ultra libéralisme, Mario Vargas Llosa est un écrivain incontournable de la littérature internationale, traduit dans presque toutes les langues et auteur d'une oeuvre solidement ancrée dans la réalité politique sud-américaine. Cette oeuvre, a-t-il avoué devant les jurés de Stockholm - " exalte la résistance de l'individu, de sa révolte à son échec " - et prend sa source au plus intime de son auteur.

 

Né en 1936 dans la ville d'Arequipa au Pérou, l'écrivain a passé la plus grande partie de son enfance en Bolivie auprès d'un grand-père qui aura la bonne idée de l'initier à la lecture - " ce qui m'est arrivé de plus important dans ma vie" - confiera Llosa, reconnaissant à cet ancêtre éclairé. Mais en 1948, sa mère avec laquelle il vit - son père étant resté au pays auprès d'une autre femme - s'installe à Piura au Pérou et c'est alors que la figure paternelle réapparait et que ce père inscrit son fils, qui lui semble trop confiné dans son imaginaire, au collège militaire de Leoncia-Prado, où l'adolescent va vivre un véritable enfer. Après cette expérience douloureuse, Llosa prend son destin en main et choisit l'université et des études littéraires pour lesquelles il se sent depuis toujours une vocation. Très vite, encouragé par la lecture de Sartre, il rejoint l'organe clandestin du Parti communiste et devient un militant de gauche qui combat la dictature du général Odria, expérience qui nourrira l'un de ses grands romans "Conversation à la cathédrale". Puis, il part pour l'Europe afin de rédiger sa thèse de doctorat, lit Flaubert, Sartre et Camus, ce dernier l'éloignant progressivement du dogmatisme sartrien. C'est à Paris que naît son amitié pour des écrivains comme le Colombien Gabriel Garcia Marquez, l'Argentin Julio Cortazar et le Mexicain Carlos Fuentes.

 

Son premier roman "La ville et les chiens"  sera publié en 1963, vision sombre du Pérou d'alors à travers la description d'un collège militaire où le jeune homme avait passé tant d'heures difficiles. Ce premier ouvrage sera salué d'emblée par la presse qui le considère d'ores et déjà comme un novateur. Cela grâce à une construction rigoureuse et au don de conteur de Mario Vargas qui sait utiliser à bon escient les techniques modernes. A 30 ans à peine, le voilà salué comme le chef de file de la littérature sud-américaine. Fort de cette notoriété naissante,Vargas se retire quelques années dans son pays natal et y rédige "La maison verte" ( 1966 ), récit touffu qui lui vaut néanmoins son premier prix, l'international de littérature Romulo-Gallegos. C'est à l'occasion de son discours de réception qu' il définit sa conception de la littérature : - "La littérature est feu, cela signifie non-conformisme et rébellion ; la raison d'être de l'écrivain est la protestation, la contradiction et la critique." Il ne dira pas davantage, ni mieux, 43 ans plus tard à Stockholm : - " Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas." -

 

Lors d'un voyage à Cuba, l'affaire Padilla, du nom d'un poète cubain emprisonné pour ses écrits subversifs contre le totalitarisme de Castro, lui fait prendre conscience de l'anormalité de la situation et le décide à rompre avec son engagement castriste. A la suite de cet événement, sa conscience politique évolue à la faveur de faits marquants, ainsi le Printemps de Prague ( 1968 ), la lecture de "L'Archipel du goulag" de Soljenitsyne ( 1973 ), les analyses politiques d'un Aron et d'un Revel, ces maîtres en lucidité, et il reconnaîtra bien volontiers ses propres erreurs de jugement en écrivant " que l'intelligentsia occidentale semblait alors, par frivolité ou opportunisme, avoir succombé au charme du socialisme soviétique ou, pis encore, au sabbat sanguinaire de la révolution culturelle chinoise." Aveu courageux que tous les acteurs de cet opportunisme ou cet aveuglement n'ont pas formulé.

 

C'est probablement avec "La guerre de la fin du monde" que Mario Vargas Llosa atteint le sommet de son art romanesque. Pour la première fois, celui qui se définit comme agnostique, aborde un thème religieux et décrit un épisode fascinant que les historiens nomment la guerre des Canudos (1896 - 1897), où une poignée de chrétiens défie la République brésilienne et édifie une communauté ascétique, qui n'est pas sans rappeler ce que fut chez nous la guerre de Vendée. De retour au Pérou, l'écrivain quitte l'ambiance feutrée des salons littéraires pour se jeter dans l'arène politique et se confronter aux rudes réalités de son pays alors en pleine déroute économique. Il fonde le mouvement "Liberté" et présentera sa candidature à l'élection présidentielle de 1990. Battu au second tour de scrutin, il s'estime humilié et s'expatrie cette fois définitivement. En 1997, il publie Les Cahiers de Don Rigoterto où il résume sa philosophie au travers de propos tenus par son personnage Ayn Rand : " Tout mouvement qui prétendrait transcender ou reléguer au second plan le combat pour la souveraineté individuelle, en faisant passer d'abord les intérêts de l'élément collectif - classe, race, genre, nation, sexe, ethnie, église, vice ou profession -, ressortirait à mes yeux à une conjuration pour brider encore davantage la liberté humaine déjà bien maltraitée." Profession de foi qu'il reprend et réaffirme dans "La fête du bouc" paru en 2000. Ainsi, non content d'être un conteur, un passeur, Mario Vargas Llosa, tout au long d'une oeuvre pleinement engagée, s'est-il voulu porteur de flambeau.

 

L’écrivain péruvien rejoindra Jean d’Ormesson parmi les auteurs pléiadisés de leur vivant. À 80 ans, il ne boudera pas son plaisir : « La Pléiade, c'est le rêve de toute ma vie d'écrivain. Un miracle français qui me permettra désormais d'être lu en tout temps et dans tous les pays. C'est plus important que le Nobel ». Nobélisé en 2010, il boucle la boucle. Les deux volumes, qui furent publiés dans la célèbre collection, regroupent dans une nouvelle traduction quelques-uns de ses meilleurs romans comme "La Ville et les Chiens" (paru en 1963) et "Conversation à La Cathédrale", tous deux classés parmi les 100 meilleurs romans en espagnol du XXe siècle. Mais aussi  "La Fête au Bouc" et "Le Paradis un peu plus loin", qui connurent au tournant des années 2000 d'immenses succès publics en France.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter les articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
13 avril 2024 6 13 /04 /avril /2024 08:51
Voyage en Polynésie française

 

 1263894188 iles 1 wince 

 

Mon mari et moi en rêvions depuis longtemps. S’envoler un jour vers ces îles lointaines qui semblent posées sur l’océan et serties comme des perles précieuses dans l’anneau émeraude des lagons, connaître la couleur du Pacifique, le parfum des fleurs de tiaré avec leurs corolles blanches et cireuses, celles du jasmin, de l’ylang-ylang et du frangipanier que les navigateurs d’autrefois respiraient avant même de discerner les contours des îles, comme une fragrance envoûtante. Puis, découvrir, ainsi qu’ils le faisaient, les paysages somptueux avec Mooréa au premier plan, Tahiti au fond, le bleu dur de la mer, le liserai d’écume qui ourle le littoral, surplombé par la masse sombre des montagnes, auxquelles s’accrochent les nuages, avant d’entrer en contact avec une population dont la légende veut qu’elle soit d’origine améridienne, arrivée en Polynésie à bord de pirogues depuis les rives sud-américaines, il y a de cela plusieurs millénaires. Aujourd’hui, il semble plus probable que cette population soit austronésienne, les Océaniens poursuivant leur lente avancée dans le Pacifique plus d’un millier d’années avant J.C. Excellents navigateurs, ils connaissaient déjà les ciels nocturnes et leurs moindres constellations et le langage de la houle et des vents. En un millénaire, ils s’implantèrent dans la Polynésie centrale et orientale, des îles Cook et de la Société à Hawaï et à l’île de Pâques. Oui, nous désirions connaître cela et, pour y parvenir, nous n’avons pas hésité à casser notre tirelire, d’autant plus que le franc pacifique, en cette année 1984, était le double du franc métropole. Aussi le voyage se ferait-il dans des hôtels ou pensions de famille au coût raisonnable, avec un seul repas par jour et les caboteurs chargés du courrier et du ravitaillement comme moyen de transport entre les îles, à l’exception de Bora-Bora, trop éloignée de Tahiti et, pour laquelle, nous serions tenus de prendre l’avion.

 

C’est un 21 juillet que nous avons décollé de Roissy pour Los Angeles dans un boeing 747. Douze heures de vol par le sud du Groenland, la baie d’Hudson et une partie des Etats-Unis, avec l’immensité des champs de céréales découpant géographiquement le sol en plaques de couleur. A Los Angeles, escale de 4 heures, ce qui paraît long en pleine nuit et ré-embarquement sur un DC 10 pour Papeete. Lorsque nous descendons de l’avion à Faa, je suis pieds nus, tant mes chevilles ont gonflé durant ces 22 heures de voyage. Le parcours en car depuis l’aéroport jusqu’à notre modeste hôtel, en pleine nuit, ne nous laissera aucun souvenir. Il faudra attendre le lever du soleil pour que nous découvrions les premiers paysages et au loin l’île de Mooréa se découpant dans la brume nacrée de l’aube. Pas question de dormir. Nous ne voulons pas passer au lit notre première matinée polynésienne. Une douche effacera les fatigues de ce long voyage. Le petit déjeuner avalé, nous nous enquérons d’une plage pour aller prendre notre premier bain dans le Pacifique. Mais les Maoris ne sont guère loquaces. Un battement de cil très fiu vous tiendra lieu d’explication. Comme il n’y a pas de truck le dimanche, nous voilà partis à pied vers une hypothétique plage que nous imaginons immaculément blanche. Mais il y a peu de belles plages à Tahiti, île volcanique. Par chance, nous sommes logés au sud de Papeete, non loin de Punaania qui est l’une des plus belles, frangée de bois de fer et de cocotiers. Ce premier bain dans le Pacifique n’en est pas moins décevant. Si la plage est sublime, la baignade est rendue difficile par les coraux qui abondent jusqu’aux abords du sable. Le réseau routier tahitien est limité au littoral, car l’intérieur des terres est occupé par le relief montagneux qui aligne ses flancs escarpés couverts d’une abondante végétation de pandanus, de bancouliers et de purau et que zèbrent une profusion de cascades. De là-haut les vues sont superbes mais difficilement accessibles, sinon à dos de mulet ou en 4x4 et cela coûte cher. Nous en serons réduits à quelques excursions pédestres, épuisantes par la chaleur, mais toujours récompensées par des points de vue d’une étonnante beauté.

 

C’est non loin de Punaania que Gauguin vécut de 1897 à 1901 et produisit une soixantaine de toiles dont  "D’où venons-nous" qui se trouve au musée de Boston. Dans les scènes familières, qu’il a croquées, comme "La sieste", "Le silence", "Le repos", l’artiste a su saisir les essences parfumées de l’île, les survivances des croyances ancestrales et l’insouciance lasse des femmes aux postures alanguies. Il est amusant de souligner que presque toutes les jeunes filles du coin disent descendre du peintre, leur grand-mère ayant été son modèle et son amante. Alors Dieu sait qu’il a dû en avoir !

 

Mais Tahiti ne parviendra pas à nous captiver, peut-être par son absence de chaleur humaine et les barrières infranchissables qui existent entre les diverses communautés : les Maoris, les Chinois et les Européens vivant les uns à côté des autres sans parvenir à dialoguer. Il n’y a qu’au marché de Papeete, le matin de bonne heure, que l’on est gentiment apostrophé par la gouaille des matrones qui vendent des chapeaux, des paréos, des fleurs, des multitudes de fruits et légumes, sans oublier les poissons aux écailles argentées. Il y a là une atmosphère bon enfant inoubliable, un parfum de vanille, des couleurs étincelantes et un petit quelque chose qui vous donne soudain l’impression d’être un peu moins loin de la mère patrie.

 

1303632043_moorea_baie_cook__wince_.jpg    1303632125_cook-s-bay-moorea-french__wince_.jpg

 

                            Mooréa

 

Il faudra attendre Mooréa pour que nous ressentions le premier choc, lorsque le bateau, après un long travelling le long des côtes, approche de la merveilleuse baie de Cook (Pao Pao), d’une beauté à couper le souffle. Elle se détache majestueuse avec ses pitons rocheux comme d’altières sentinelles, dominant l’arc parfait d’une anse ceinturée de cocotiers d’un vert profond, rehaussée par l’intense indigo du la mer. Nous débarquons à Vaiare et retrouvons d’un coup le charme d’un univers paisible où défilent, dans le désordre, les plages d’or, les villages blottis à l’ombre des manguiers et des filaos, les églises coquettes, les taches vert-de-gris que font les plantations d’ananas ou celles plus sombres des forêts de calfata, heureusement égayées par les toits rouges des farés qui jettent leur éclat sur la fastueuse déclinaison des verts polynésiens. Mooréa, en 1984, était un véritable paradis, à l’abri du tourisme de masse et des laideurs commerciales et industrielles, dont le rythme de vie s’avérait lent et la population plus hospitalière. Ici, nous allons beaucoup marcher, afin de découvrir les coins propices à goûter la vie polynésienne dans ce qu’elle a de plus authentique. Empruntant les sentiers, nous aimions à accéder aux belvédères et apercevoir les baies se profilant dans de larges échancrures marines, contempler la montagne transpercée par la flèche de Pai ( Mont Mauaputa ), parcourir des lieux humanisés par les cultures soignées des vanilliers ou assister aux sorties des messes du dimanche lorsque les paroissiens s’échangent des nouvelles et des salutations et que les vaches se prélassent insouciantes dans les rues. Au loin, des pirogues dessinent leurs sillages blancs sur l’eau étale, tandis que l’air saturé du parfum enivrant de la fleur de tiaré vient à vous dans un souffle tiède et que quelques cumulus s’attardent à auréoler les sommets.

 

1303635997_borabora3331__wince_.jpg  1303636112_lesbiscuitsatahiti_depart-de-mon-homme_tahiti-ov.jpg


                    BORA-BORA

 

Mais ce qui nous attend sera plus beau encore, bien qu'il ne soit plus possible, arrivé à ce degré, d’ajouter un superlatif au superlatif. Car l’île mythique par excellence, le havre de paix, la nature même du rêve dans sa perfection quasi indépassable, est sans aucun doute l’île de Bora-Bora. Il suffit de la survoler pour que les mots chargés de la décrire deviennent subitement impuissants. Oui, comment dépeindre cette merveille sortie des entrailles océanes et que l’on survole ébahi, avec l’impression d’apercevoir un territoire perdu dans l’immensité de l’océan, île nue comme devait l’être Vénus sortant de l’onde, paradis mis à l’abri  par un dieu protecteur, comme un saphir étincelant. Après l’avoir découverte d’avion, nous en ferons le tour à bicyclette, puis en pirogue, afin d’aller donner à manger aux requins dans les passes qui séparent les lagons de la mer et irons même passer une journée entière sur un motu mais, comme le paradis n’existe pas, nous y serons dévorés par les no-no, minuscules moustiques blancs très friands de chair humaine. A l’époque où nous y séjournions, Paul-Emile Victor résidait encore dans le sien, le motu Tane, avec sa femme et son fils, et les touristes étaient peu nombreux, surtout en juillet, qui est la basse-saison ( hiver ) en Polynésie. Aussi aucune affluence à déplorer et partout une tranquillité débonnaire qui nous sied à merveille. La seule chose, que nous redoutions, était de recevoir sur la tête une noix de coco, car toutes les routes de Bora-Bora sont ombragées de cocotiers, arbre emblématique par excellence. Ils sont tellement chez eux ici qu’ils parviennent à monter à l’assaut du Mt Pahia, festonnent les plages, ombrent les bungalows recouverts de pandanus et s’agitent, sous le moindre alizé, pareils aux longues chevelures des vahinés.
 

Vaitape, la capitale, semble sortir d’un conte de fée. On y entend sans cesse des rires, des chants, on surprend des couples en train de danser avec leurs couronnes de fleurs sur la tête, comme si la fête était l’occupation principale de cette population insouciante et enjouée. Sur la place du bourg ( car cette capitale n’est jamais qu’un délicieux petit bourg, du moins l'était-elle encore en 1984 ), un ahu évoque le souvenir du navigateur solitaire Alain Gerbault qui aima tant et tant l’endroit qu’il demanda à y être enterré. Ce qui fut fait. A Bora-Bora, nous n’aurons manqué ni les danses villageoises, ni le repas des requins, ni la douceur languissante d’une journée sur un motu, ni la vision des poissons multicolores qui se déplacent par bancs et font miroiter l’eau à chacun de leur passage, ni les couchers de soleil solennels et somptueux comme des apothéoses, ni les veillées la nuit pour voir le ciel se peupler de milliers d’étoiles, au point de ne plus savoir où commence le ciel et où finit la terre, ni ce qui relève du rêve ou de la simple réalité.  IA ORANA.

 

Armelle BARGUILLET

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique " ESPRIT DES LIEUX" cliquer  ICI

 

 

 

RETOUR A LA PAGE  D'ACCUEIL

 

 

 

 1303636260_fdansedeloiseau61__wince_.jpg

 

Bora-Bora

Bora-Bora

Mooréa

Mooréa

Partager cet article
Repost0
8 avril 2024 1 08 /04 /avril /2024 07:56

La_Muse_de_la_Poesie_lyrique.jpg

 

 

Si nous nous posons les questions suivantes : en quoi la poésie est-elle singulière, qu'apporte-t-elle à chacun de nous, qu'entend-t-on par phénomène poétique, que répondre pour cerner le sujet au plus près ? De même que si j'ouvre le dictionnaire sur le mot  "poésie", quelle n'est pas ma surprise de trouver une formulation brève qui ne peut en aucun cas me satisfaire : " Poésie, art du langage visant à exprimer ou suggérer quelque chose par le rythme, l'harmonie ou l'image". Déjà à art du langage, que je récuse, je choisis art de la parole qui me semble mieux approprié, parce que la parole instaure et fonde. En nommant les choses, je leur donne existence. A ce propos Yves Bonnefoy écrit : "Recommencer une terre, c'est en quelque sorte définir un monde second, comme le lieu d'une nouvelle vie, d'une unité différente, par quoi la perte du monde premier puisse être réparée". Ainsi la poésie a-t-elle vocation à fonder, mais à fonder en réparant un monde premier qui serait imparfait, comme si une faute originelle avait rompu un pacte initial, que par l'acte poétique on tentait de rénover. Réparer, rénover, renouer, trois verbes qui illustrent ce que devrait être toute démarche poétique. Est-elle réservée aux seuls initiés ? Certes non ! La poésie habite en chacun de nous, elle est présente à tous moments de notre vie. Il me suffit de dire : le soleil se couche - pour me convaincre que je cède à une interprétation poétique, car le soleil ne se couche pas, je le sais, mais cette image est belle et me comble.

 

De tout temps, la vocation du poète fut de retrouver le songe archaïque des origines. Et aujourd'hui, davantage, que notre vertigineux passé nous a éloignés de nos sources. Il s'agit donc de porter sur les choses le regard du premier matin et de rendre aux mots leur étymologie la plus juste. C'est alors que le langage s'attribue une puissance de restitution, qu'il se veut célébrant. Peu importe que l'auteur soit fils de prince ( Charles d'Orléans) ou de rempailleuse de chaises ( Péguy), mais qu'un jour son coeur s'ouvre à la beauté et c'est la face du monde qui en est changée. Pourquoi ? Parce que le monde n'existe que si nous y posons le regard et que si nous accompagnons ce regard d'une interprétation. Ce qui dessine notre vie, ajuste notre pensée ne sont que les conséquences de ce jeu subtil. Et à ce jeu, l'artiste est particulièrement bien préparé. Tandis que le scientifique fournit des données et que le philosophe invite l'homme à la réflexion, le poète trace un sillage et nous convie à le suivre. C'est lui qui invente le futur et revigore le passé, qui lie le monde des sens à celui des sentiments, qui met, à sa façon audacieuse, souvent étrange et parfois excentrique, l'univers en partitions.  "L'écrivain véritable est quelqu'un qui ne trouve pas ses mots, disait Paul Valéry, alors il les cherche et il trouve mieux..."

 

Aujourd'hui nombreux sont ceux qui s'affligent que la poésie soit condamnée à disparaître de notre univers culturel, les médias l'ayant réduite à la portion congrue. Mais l'activité souterraine où elle survit, ainsi qu'en des catacombes, et où elle a appris à résister afin de se perpétuer, nous garde d'un trop grand pessimisme. Qu'importe qu'elle ne soit qu'un filet d'eau sur une terre aride, si notre soif demeure...N'oublions pas que ce qui nous entoure est toujours en mesure de recommencer.

 

Puisque les scientifiques nous assurent que le cosmos se compose de 90% de matière invisible, il reste au poète un vaste territoire à défricher. Ce fondateur d'un ordre nouveau, selon Saint-John-Perse, a mis l'énigmatique sous son aile, afin d'en attester la permanence parmi nous, de remettre l'ineffable, l'indicible sur la voie royale. On pourrait presque dire que l'artiste est entré dans le Songe de Dieu ainsi qu'Adam s'y était introduit après que le Seigneur ait fait tomber sur lui le sommeil qui le rendait complice de sa Création. Mais si l'homme est le songe de Dieu, quel est le songe de l'homme ?

 

Dès lors que le sacré ne se réfugie plus dans les concepts religieux autant qu'il le faisait autrefois, il incombe aussi au poète la charge de relever le défi qui a voulu réduire Dieu à n'être qu'une hypothèse parmi d'autres. Aux certitudes de jadis qui plaçaient l'homme face à Son Créateur succède le douloureux questionnement du poète en quête du Créé. Au-delà d'un soi fatalement narcissique, l'univers sollicite plus que jamais notre intérêt. C'est parce que nous sommes aptes à le concevoir, que nous nous l'approprions. Dépassement que la science circonscrit en une aire d'enquête rigoureuse dont le poète ne peut se satisfaire. Il entrerait alors dans le domaine dogmatique et s'autodétruirait. C'est pourquoi il lui faut faire appel à son imaginaire, afin de redonner pouvoir au songe créateur, car on ne crée pas pour faire une oeuvre, on crée pour entrer dans la Création. Et cela n'est possible que si notre premier regard est chargé d'humanité, que si le visible ne meurt en nous qu'afin que l'invisible y renaisse.

 

Plutôt que le sens de la chose vue, il semble que c'est l'essence de la chose supposée qui fonde les mythologies, que ce soit la nostalgie du leurre et l'anxiété de l'invisible matière qui ne cessent de nous mobiliser. Débarrassé d'un passéisme stérile, l'homme de la parole use de sa mémoire en visionnaire. Il nomme les choses, non pour les réintroduire dans leurs fonctions, mais pour les ré-habiliter dans leur innocence. Ce n'est plus le  réalisme du réel qui l'inspire mais l'improbable réalité, comme si l'existence n'avait d'autre cause que la méditation de l'existant. La poésie, dans sa pure rigueur, n'est-elle pas une avancée dans la lumière ? Semblable au rayonnement fossile qui baigne notre univers, elle est notre rayonnement intérieur, notre mémoire divine. Grâce à elle, nous pouvons accéder à une réalité supérieure, atteindre une plus haute humanité.

 

Mais comment rendre compte d'un pays qui se tient à l'écart, comment rendre structure à ce qui se dérobe, alors que le livre aveuglant n'est pas encore écrit ?  L'éternité est d'abord la mort éternelle, perpétrée par notre impossibilité à rendre la parole incandescente. C'est la raison pour laquelle le poète se contente d'accomplir son destin en deçà de l'indistincte patrie où fusionnent les songes. Le sien a eu le mérite de lui faire pressentir l'immensurable, de le mener jusqu'à une limite que les mots rédempteurs lui permettront peut-être un jour de franchir, car rappelons-nous que l'énigmatique n'est pas fatalement l'obscur. C'est parce qu'elle est empreinte de charme et de sortilèges que la poésie est cette " magie suggestive" dont parle Baudelaire ; c'est parce qu'elle est douée du pouvoir d'évoquer, de suggérer, de substituer un monde à un autre qu'elle opère une sorte de distanciation quasi métaphysique, métamorphosant l'ordinaire qui nous cerne en un extraordinaire qui nous enchante. On goûte alors, quand le poète atteint ces sommets, à cette "magie recueillante" qu'évoquent les mystiques. La poésie, contrairement à la prose, qui nous entraîne loin de nous-même, nous rappelle vers les profondeurs de l'être, vers cette " chaleur sainte" écrivait Keats.

Pour terminer, car il serait déplacé de conclure quoi que ce soit en poésie, citons cette belle méditation de Thierry Maulnier qui, en quelques mots, explique ce qu'est l'art suprême du poète :

 

Il y avait le silence,
il y eut le cri,
au-dessus du cri
vint le chant,
au-dessus du chant
vint la musique,
au-dessus de la musique
vint le langage,
au-dessus du langage
la poésie,
au-dessus de la poésie,
     quoi ?
le silence.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous:

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Réflexions sur la poésie
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche