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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 09:23
aquarelle d'Anne-Joëlle

aquarelle d'Anne-Joëlle

                                                                                                                                                                                                                                               

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LA RIVIERE  DES FILLES ET DES MERES d'EDMEE DE XHAVEE

 

DONNE-MOI DES FILS OU JE MEURS de MAUD JAN -AILLERET

 

L'ANE ET LE PETIT CHEVAL  ( FABLE )

 

SUR LE PAS DE MARCEL PROUST AU MUSEE JACQUEMART-ANDRE ET CHEZ DROUANT
 

 

Bienvenue sur INTERLIGNE, un blog consacré à la littérature et aux voyages et comportant plusieurs rubriques que je vous décline ci-dessous et dont vous pouvez consulter les articles en cliquant sur leurs liens :

 


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LA PLUME ET L'IMAGE
 

 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
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Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages

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Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Et pour lire quelques-unes des critiques de poètes, écrivains et journalistes à leur sujet, cliquer  ICI

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA


 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 09:20
La rivière des filles et des mères de Edmée de Xhavée

Avec ce dernier roman, Edmée de Xhavée ouvre un vaste panorama en proposant à ses lecteurs une saga familiale sur cinq générations et, plus précisément, sur les femmes qu’elle évoque avec une saveur toute personnelle. Dès le début, elle frappe fort notre imaginaire, nous immisçant dans le monde des Ojibwés dont Guillaume Goguet, dit Bellefontaine, épouse l’une des très jeunes filles après avoir quitté sa Bretagne natale et ses terres confisquées à la Révolution, afin de vivre sans contrainte tel un coureur des bois. « J’étais membre de la tribu des Ojibwés, née au sud du lac Supérieur. Ma mère et sa sœur avaient été enlevées aux Abénaquis … Et Guillaume Goguet m’a échangée contre du café et du sucre. Peut-être un ou deux fusils. » Voilà ce que précise la première femme du roman qui fonde la dynastie des quatre suivantes, chérit chacune des saisons et connait toutes les choses que les femmes doivent connaître. Cette Belette, tel est son nom, donnera naissance à plusieurs garçons et à Enimie qui sort de la cabane de trappeurs de ses parents pour tracer son destin avec un indéniable panache, abandonnant la vie rurale pour celle de la ville, après avoir été éduquée dans un pensionnat où l’on apprend les bonnes manières. « Lors des retours à la cabane, je commençais à saisir ce qui séparait – et finalement isolait – les miens des autres. Le Goguet, Odon, Lô et ma mère Belette …  ils étaient dans leur élément, oui, parfaitement rodés à la vie des bois, et je n’avais jamais manqué de rien, sauf … du monde. » A la mère nourricière succède ainsi une femme qui forge son avenir avec audace, épouse Calum, qui préfère les hommes mais l’aime tendrement, et attendra quelques années pour attraper «le désir» lors d’une soirée avec le prince Albretcht.
 

 

Après Enimie vient Mackie, la princesse, qui vit un amour fou avec Urbain, et sera la mère de Mariette et de Jules-Nicolas. Ils élèvent des chevaux dans leur ranch, mais Urbain s'accorde de nombreuses libertés financières et trois hommes en colère vont débouler un jour pour assumer leur vengeance, alors qu'il est absent, tuer Wang Shu la servante, Ole Sundquist, l'autre employé, et Chun Hua, avant d'arracher un oeil à Mammackie. "Quand papa revint - écrira Mariette - je me ruai contre lui et m'ancrai à ses jambes, alors il chercha à se libérer aussi doucement qu'il le pouvait mais je sentis ses mains trembler." Défigurée, Mammackie fera face, tandis que l'homme de sa vie sera rattrapé et tué par ses créanciers. La vie est difficile désormais et par une "journée de velours" un nouveau drame se profile. "C'est ainsi que j'ai vu la poussière s'élevant de la route de terre rougeâtre, une poussière qui courait vers nous à vive allure comme un dust devil trapu et décidé." Mariette a compris ce qui s'annonçait, a saisi son arc et lorsque la voiture folle passe près d'elle, vise et lâche sa première flèche. Il en faudra deux autres pour abattre l'homme. Mammackie, qui a assisté à la scène, dira simplement "On n'en parlera jamais, c'est entendu ?" Dans le coffre de cette voiture folle, qu'ils iront immerger dans un lac, Mammackie et ses enfants découvrent un malheureux chien de 7 ou 8 mois qu'ils adopteront et qui remplacera la louve Cheète qui avait été abattue lors du précédent drame. Désormais, la guerre se profile et Jules-Nickie s'en va rejoindre l'armée, se bat au Monte Cassino, devient sourd et, par la suite, renoue avec des cousins qui vont lui proposer de venir les rejoindre en Belgique pour travailler avec eux, ce qu'il fera, et incitera sa soeur à en faire autant. "L'engouement pour la vieille Europe qu'on venait de sauver et l'amour pour la vraie qualité indémodable vinrent au secours de Jules-Nickie, qui enfin vit progresser cette nouvelle aventure, et surtout ... y mit le dévouement que l'on ne met que dans un objectif qui paie en satisfactions d'excellence." 

 


Dans ce beau roman, la poésie des paysages est également constante, évoquant ces vies successives avec d’autant plus de véracité que l’auteure a vécu en Amérique plusieurs années, nous donnant à voir des terres âpres, emplies d’un profond silence, où galopent les chevaux et l’imagination du lecteur. Ainsi ces femmes ont-elles forgé leurs caractères aux exigences d’une réalité dont les temps forts sont ruraux pour la plupart et accordés à la respiration constante de la nature et des êtres qui y résident. Plus tard, Mariette, étant venue poursuivre son existence en Belgique, y perpétue sa descendance qui vogue au gré des événements et ne cesse de forger encore et toujours sa puissante originalité. L’ouvrage nous conduit alors à Trieste où  Louisiane, la petite fille de mammy Ayette, aime Vladimiro, un être instable qui la quittera parce que l’existence est ainsi faite, les artistes (il est sculpteur) sont souvent sujets à des passions folles et éphémères. « Tu es comme Mammackie » - constate Mammy Ayette. « Tu as laissé l’amour allumer un âtre en toi, et tu ne seras jamais sans feu. » Et il est vrai qu’aucune des femmes de ce roman ne l’est. Toutes ont affronté avec audace les divers orages de l’existence. A Liège en 1980, la fille de Louisiane et de son amoureux Vladimiro, baptisé Dracula, referme les pages  de la saga : « Maman me dit que j'ai peut-être brisé la malédiction des mauvais couples dans la famille, ou bien qu'il n'y en avait pas vraiment, ou encore que ce n'était finalement pas si mal que ça puisque la chaîne des enfants a continué, et que nous pouvons remonter de mère en mère jusqu'à une source lointaine, quelque part au Québec. » Nul doute, ces existences, riches et diverses, n'auront jamais connu la banalité et l'ennui. Il y a là, pour les décrire et nous les conter, un souffle, une puissance narrative qui porte haut des destins où s’allient, pour le meilleur et le pire, force et passion. Un roman que l'on quitte à regret parce qu'il sait nous envoûter par la richesse de ses descriptions et l'originalité de ses multiples personnages.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Edmée de Xhavée

Edmée de Xhavée

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 09:16
Donne-moi des fils où je meurs de Maud Jan-Ailleret

« Donne-moi des enfants, des fils, des filles, des mômes, des kids, des gosses. Donne-moi des enfants ou je vais finir par crever ». Laure implore son mari et le ciel, elle veut un enfant à n’importe quel prix, quitte à en mourir. Laure est une femme encore jeune, elle n’a que trente-sept ans, mais elle n’arrive pas à procréer. Fille d’une famille aisée, belle et intelligente, elle exerce un métier valorisant, est mariée avec Antoine, beau et riche garçon descendant lui aussi d’une famille aisée. Ils se sont connus à la faculté, sont nés tous les deux dans les beaux quartiers de la rive gauche parisienne, se sont mariés  jeunes, ont construit chacun une belle carrière, se sont beaucoup amusés, ont beaucoup fait la fête et quand ils ont pensé à assurer leur descendance, ils étaient déjà moins féconds. 

 

Après trois fausses-couches inexpliquées, ils entreprennent le cheminement des familles souhaitant ardemment peupler leur arbre généalogique et leurs vieux jours : analyses diverses, examens de plus en plus complexes, recours éventuels à l’adoption. Mais les délais de réponse sont toujours longs, il faut attendre, attendre et encore attendre… et les résultats sont généralement décevants. Laure n’en peut plus, elle est au bord du gouffre, Antoine s’enfonce dans son boulot et le couple vacille. Alors, elle change de vie en s’inscrivant à un cours de théâtre, essaie de se reconstruire, de trouver une nouvelle raison de vivre, d’oublier son problème. Mais la vie, elle, ne se fie pas toujours au désir et au désespoir de ceux qu’elle habite …

 

Maud Jan-Ailleret a connu des problèmes similaires à ceux qu’elle décrit dans son récit, elle peut ainsi donner beaucoup de véracité à son texte, emporte le lecteur au plus profond de son désespoir et au  plus fort de ses folles espérances. Elle projette son texte comme un cri, un hurlement de mère privée de son enfant, alors qu’elle voudrait le délivrer comme une mère qui donne naissance à son enfant. Ce texte m’a ému et même parfois fait vibrer tant il semble écrit dans l’urgence, la précipitation, car il faut toujours courir devant le temps pour ne pas dépasser les limites, notamment celle de l’âge de la procréation. Et, surtout, dans ce texte, j’ai trouvé beaucoup, beaucoup d’humanité, cette qualité qui manque si souvent à notre société actuelle. Tout ce que Maud raconte ne parait pas seulement vrai, mais est vrai : les grandes tablées à la campagne, la marmaille qui piaille sans cesse, le désir d’enfant, les douleurs, les espoirs, les faux espoirs, le regard des autres, les remarques maladroites, la solitude et le parcours inhumain dans les laboratoires, cliniques et hôpitaux. Le lecteur reste en permanence aux côtés de Maud, il voudrait lui tenir la main, lui dire qu’un jour elle aura un enfant.

 

Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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11 juin 2021 5 11 /06 /juin /2021 08:35

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1305012048_musee-jacquemart-andre-paris.jpg        Musée Jacquemart-André

 

 

On sait que Proust vécut à Paris plus des trois-quart de sa vie et que l’on peut l’y évoquer en maints endroits, ce que le Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec s’emploie à faire chaque printemps avec le souci d’y replacer quelque temps fort ou quelque vision émouvante d’une existence qui fut toute entière consacrée à l’art et à la littérature. Cette année, les références portaient sur trois points précis : la société de la Belle Epoque, le prix Goncourt et les impressionnistes auxquels Proust se rattache pour la simple raison qu’il fût un écrivain impressionniste, usant des mots comme un Monet ou un Pissaro de la couleur. A 10 heurs, ce jeudi 28 avril, nous étions une quarantaine à nous retrouver au musée Jacquemart-André qui, comme le musée Nissim de Camando, a été conçu et réalisé pour être la demeure familiale de riches bourgeois épris de culture. De 1869 à 1875, Edouard André, héritier d’une immense fortune, faisait construire, dans ce Paris que le baron Haussmann s’était chargé de transformer, un hôtel particulier dont la façade, inspirée du Petit Trianon, est toujours encadrée par deux pavillons et s’ouvre sur le boulevard Haussmann, où Proust résida de 1906 à 1919 dans l’appartement que lui louait sa tante, veuve de Louis Weil. Marié en 1881 avec Nélie Jacquemart, une artiste-peintre, Edouard André décida, en accord avec son épouse, de transformer leur résidence en un véritable musée, constituant méthodiquement une collection consacrée à la Renaissance italienne et aux primitifs du XVe siècle. A la mort d’Edouard en 1894, Nélie parachèvera cette collection avant de léguer l’ensemble à l’Institut de France. Cet hôtel illustre idéalement ce que devait être les salons, que de tels lieux abritaient, et dans lesquels le jeune Proust rêvait tant d’être reçu, parce qu’il était assuré alors d’y côtoyer des interlocuteurs cultivés, d’y entendre les meilleurs musiciens et d’y admirer les plus belles œuvres d’art que seules ces personnes riches et averties étaient en mesure d’acquérir. Ce magnifique hôtel dans lequel Proust ne pénétrera jamais, aurait pu tout aussi bien être celui des princesses Mathilde et de Polignac, des comtesses Greffulhe et Potocka, où l’opportunité vous était donnée d’écouter des quatuors de Fauré et de César Franck ou des poèmes de Montesquiou et d’Anna de Noailles qui s’appelait encore Brancovan.

 

 

Dans les pièces sublimement meublées et tendues de soieries, on croisait Charles Haas, les Heredia, les Daudet, les Goncourt, Colette, Madeleine Lemaire, les Straus, toute personne que le jeune Proust, au teint pâle et aux yeux anxieux, enchantait ou irritait par sa très grande politesse et l’attention excessive qu’il vouait à chacune. Il faut imaginer ces soirées et leur faste, alors que la petite musique de Vinteuil égrenait ses notes mystérieuses, que les calèches, tilburys, landaus stationnaient devant les porches et que les femmes rivalisaient de grâce et d’élégance dans un décor où tout n’était qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. D’autre part, il convient de replacer la capitale dans son environnement d’époque, quand les Jacquemart-André donnaient leurs somptueuses soirées et où le jeune Proust s’employait à mémoriser ces heures de l’avant Grande Guerre. Ce n’était pas une zone industrielle, avec ce que cela suppose d’agressif pour l’œil, qui entourait alors la ville, mais la campagne et ses paysages bucoliques tels que nous les admirons sur les toiles des peintres impressionnistes. Au bout des avenues ouvertes par le baron Haussmann, que voyait-on ? des visions pastorales, des champs saupoudrés de bleuets et de coquelicots, des haies buissonnières, des carrioles de laitiers et de maraîchers brinquebalant dans les sentes pour s’en aller livrer leurs produits frais ou encore chauds. Et qu’entendait-on, sinon le chant du coq, le pépiement des oiseaux, le bêlement des agneaux ! Oui imaginons cela, nous qui sommes désormais si loin de ces réalités séduisantes !                  

 

Nous quittons le musée, havre du bon goût et écrin précieux d’œuvres rares choisies par des mécènes éclairés, pour nous rendre chez Drouant, place Gaillon, le restaurant des jurés du Goncourt, après que le Café de Paris les ait réunis les onze premières années, prix dont Proust sera honoré le 10 décembre 1919 grâce à la reconnaissance de six hommes dont il a flatté l’estomac - écrira Noël Garnier dans «Le populaire». Quels sont ces six hommes qui, selon certains, furent si peu perspicaces pour attribuer cette récompense à un mondain décadent épris de duchesses : Léon Daudet, bien entendu, dont le lauréat était l’ami de longue date, après qu’il ait été le petit ami de Lucien pendant quelques mois, Rosny aîné rejoint bientôt par Rosny jeune, Henry Céard, Geoffroy et Elémir Bourges. La fatigue, qu’entraîneront les aléas d’une journée chargée en surprises et émotions, provoquera une crise d’asthme épouvantable à notre écrivain, dont le succès, à la suite de cette distinction, était encore loin d’être acquis. Les jeunes filles en fleurs, à l’évidence, s’adressaient à une élite et l’œuvre sera qualifiée d’infiniment embêtante par nombre de critiques, provoquant la réaction de Jacques Rivière, un converti de la première heure, dans la NRF en date du 1er janvier 1920, où ce dernier souligne vigoureusement la vision profondément originale du roman et le renouvellement de toutes les méthodes de l’analyse psychologique qu’inaugure une œuvre de cette portée. Proust, lui-même, considérait que son prix avait été passablement saboté par une presse plus sensible aux "Croix de bois" de Roland Dorgelès et aux souffrances des poilus, alors même que les canons venaient à peine de se taire, qu’aux intermittences du cœur des gens du Faubourg Saint-Germain. Si bien que le succès du Goncourt 1919 en souffrira et que la vente des Croix sera trois fois supérieure à celle des Jeunes Filles. C’est donc dans ce restaurant de renommée mondiale que nous déjeunerons fort gourmandement, tant les plats sont savoureux et les vins au diapason.

 

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                     chez Drouant

 

La dernière étape de notre périple parisien sur les traces de Marcel Proust sera le musée de l’Orangerie, l’un des temples de l’impressionnisme, mouvement pictural qui déclina la lumière selon divers octaves et dont la préoccupation principale était de s'opposer à la foi aveugle que l’on avait dans l’évidence des réalités concrètes, emboîtant le pas au philosophe Kierkegaard  qui déniait à l’impersonnel et à l’universel le pouvoir de représenter la vérité. Ce qui captivait les peintres de l’époque était les conditions de la vision et la façon dont les choses se transforment sous l’influence de l’énergie, principalement l’énergie de la lumière, modifiant continûment notre perception. On sait que Proust citait l’Olympia de Manet et Les falaises d’Etretat de Monet comme deux de ses huit toiles préférées. On sait également que Monet fut l’un des modèles d’Elstir, l’ami d’Albertine, "dont l’art était d’exprimer l’essence de l’impression qu’une chose produit, essence qui reste impénétrable pour nous tant que le génie ne nous l’a pas dévoilée" - écrira Marcel Proust. L’écrivain s’était rendu à l’exposition des Nymphéas organisée par Durand-Ruel en mai 1909, après qu'il a eu tout loisir d’admirer de nombreuses de ses toiles chez Madame Straus, le marquis de Réveillon, Charles Ephrussi et Edmond de Polignac qui possédait une toile de Monet que Proust appréciait tout spécialement : "Un champ de tulipes près de Haarlem".

 

Or, ces Nymphéas sont là devant nos yeux, images même de la beauté que Marcel, fin connaisseur, définissait subtilement : C’est une espèce de fondu, d’unité transparente où toutes les choses, perdant leur premier aspect des choses, sont venues se ranger les unes à côté des autres dans une espèce d’ordre, pénétrées de la même lumière, vues les unes dans les autres. Ainsi s’achevait une journée dédiée à l’Art dont on sait qu’il rapproche le cœur des hommes du cœur des choses, véritable parcours proustien où les étapes de sa vie terrestre restent comme en suspens, ainsi que le sont les étoiles à jamais disparues, mais dont l’éclat nous parvient encore.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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1305013579_orangerie_cezanne__wince_.jpg      Les nymphéas de Claude Monet

 

CAILLEBOTTE,- Paris

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 07:48
Le silence des bois de Maureen Martineau

Contrairement à toutes les années précédentes, Lorie n’a pas accompagné sa mère pour leur traditionnel séjour en camping sauvage dans une forêt de Haute-Mauricie, au Québec, non loin de La Tuque. Et ce séjour solitaire a tourné au drame, sa mère a été trouvée assassinée. Lorie n’accepte pas les conclusions bâclées de la police locale, elle décide donc, l’année suivante, de se rendre sur place en espérant rencontrer des témoins que la police n’a pas interrogés et même pas identifiés. Elle se met en route par un beau jour de fin d’été avant l’arrivée du froid et à la fin de la période infestée de moustiques. 

 

Elle n’est pas la seule à converger vers cette destination, deux touristes, une blonde et une brune, ont décidé de faire une excursion en kayak dans le secteur ; André Caillas, un gardien de réserve, vient y prendre un nouvel emploi ; Mikona et sa fille Sylvette, deux Indiennes, ont, elles, un compte à régler dans le secteur. Lorie emprunte le taxi de Sylvain Hook pour rejoindre le lieu de son campement au plus profond de la forêt, à proximité d’un lac sur lequel croise à bord de son canot le détective Morneau, celui qui a instruit l’affaire du meurtre d’Agathe, la mère de Lorie. L’espace est immense et pourtant on se croirait dans un huis clos, les acteurs du drame qui va se nouer sont tous là, il ne manque que l’ours affamé, lien entre les personnages qui ne se connaissent pas tous.

 

Les deux Indiennes ont minutieusement préparé leur vengeance mais des grains de sables se glissent dans la belle mécanique du complot qu’elles ont ourdi : Lorie ne devait pas être là, elle ne devait pas être agressée, le policier ne devait pas venir la secourir. La machinerie s’enraie, les faits s’enchaînent, les Indiennes accomplissent leur vengeance, Lorie pense mieux comprendre le meurtre de sa mère … Mais, une autre agression a été commise dans le même secteur et une victime survivante pense reconnaître l’agresseur qui pourrait être coupable d’autres méfaits. Cette histoire, qui démarre assez lentement, et laisse momentanément filer l’attention du lecteur, s’accélère bientôt, les événements s’enchaînent, sont de plus en plus violents, de plus en plus cruels, de plus en plus bouleversants. Cette aventure est à la mesure des espaces qui la comporte, je l’ai ressenti jusqu’au fond de ma mémoire car, en 2018, j’ai eu la chance de séjourner dans une pourvoirie sur les bords d’un petit lac à proximité de La Tuque. Je conserve un souvenir impérissable de cette forêt à la fois inquiétante et magnifique. Je conçois très bien l’intensité que cette histoire peut prendre dans un tel contexte. Si vous prévoyez de séjourner au Canada, n’hésitez pas à faire le détour par ce coin perdu de Haute-Mauricie, les paysages y sont splendides et la nature quasi originelle. Vous sentirez peut-être le souffle d’Agathe sur votre nuque, elle vous guidera sous la sombre canopée et vous expliquera peut-être ce que devrait-être la justice des hommes.


Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 08:23

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Cette belle phrase de Michel Serres me semble particulièrement convenir en un moment où le monde se pose tant de questions essentielles et attend  tant de réponses  fondamentales : "Faisons la paix avec nous-même pour sauver le monde et faisons la paix avec le monde pour nous sauver nous-même."

 

 

En été, c'est le soir que la mer est la plus belle. Elle a tant absorbé de lumière, qu'elle parait la restituer. Son miroir uniforme et lustré nous apparaît soudain brisé en mille éclats. Lorsque le soleil va se poser sur l'horizon, des flammèches  viennent mourir dans son flot, et avant de s'éteindre, tracent de longs sillages mauves. Sur le sable, le ciel compose déjà ses ombres et l'eau absente a creusé ses anses et ses golfes, terre presque aérienne qui oscille avec le vent. Des frissons d'eau la parcourent et ces lointaines vasières partagent en plusieurs zones leurs tranches d'humidité et de brume. On devine ici les vestiges d'un château de sable, là un seau abandonné ; la marée s'est retirée en même temps que celle des enfants rieurs. C'est l'heure où la plage, le ciel, la lumière n'appartiennent plus qu'aux oiseaux et à quelques rêveurs. J'aime ce moment où tout s'efface imperceptiblement. La nuit enténèbre ciel et mer qui reprennent leur confidentiel tête-à-tête.

 

   

Dans les années 50, alors que la Science paraissait bien armée pour la subversion intellectuelle - ne se voulait-elle pas seule vérité, car seule vérifiable - Sartre se demandait : "Pourquoi est-ce qu'il y a de l'être ?" - retournant comme un gant le questionnement d'Aristote : "Qu'est-ce qui fait qu'un être est ce qu'il est ? " Cependant Bergson, peu d'années auparavant, avait écrit courageusement, à l'exemple d'un Etienne Gilson et un Gabriel Marcel, des propos plus gratifiants : "Si la vie mentale déborde la vie cérébrale, alors la survivance devient si vraisemblable que l'obligation de la preuve incombera à celui qui nie". Il est vrai que ce qui occupe la métaphysique n'entre pas dans le domaine du vérifiable, c'est-à-dire du visible et de l'expérimental : Dieu, l'être, la liberté, l'immortalité. La reprise du questionnement s'avère donc urgente en un moment où les valeurs essentielles sont dévaluées, voire même corrompues. Pour ce faire, il est nécessaire d'élargir la réflexion, de frayer un chemin encore inexploré ou exploré partiellement, car reprendre va dans le même sens que poursuivre. De même que le montagnard ouvre une nouvelle voie sans être assuré d'aboutir, le penseur d'aujourd'hui doit tenter d'éclairer davantage et différemment et refonder une science du transcendental, sans laquelle l'homme risquerait de perdre jusqu'à sa trace.

 

 

Réveillée tôt ce matin, je suis allée sur le balcon regarder le jour se lever sur la mer. Tout d'abord  une ligne presque imperceptible qui trace son trait régulier à l'horizon, comme si elle tentait de soulever la lourde chape des ténèbres. Pas de couleur, mais une symphonie en noir et gris. Et puis, sans que l'on puisse voir comment, il semble que la lumière, encore discrète, se mette à boire - ainsi que le ferait un buvard - la surface du ciel et en dissipe les dernières ombres. Peu à peu les couleurs apparaissent, les reliefs se construisent, les objets prennent forme. Une journée neuve disperse ses clartés, assemble ses couleurs, diffuse ses vents et ses orages. Une journée à écrire et à vivre, en y glissant des instants de silence, d'attention, de recueillement, afin que rien ne se perde d'utile et de fécond.

 

 

De prime abord, dialoguer avec l'autre ne devrait faire obstacle à aucune croyance, à aucune conviction car, sans dialogue, pas de recherche de vérité possible, pas d'ouverture à de nouvelles cultures et civilisations. D'autant que penser ensemble, reconsidérer notre destinée, reformuler le sens de notre existence dans un monde en pleine mutation se présentent comme une perspective exaltante pour l'homme d'aujourd'hui. Nous vivons à une époque de pluralisme où civilisations et cultures, souvent hostiles ou indifférentes les unes aux autres, ont été subitement rapprochées par des moyens de communication amplifiés à l'extrême. Malheureusement, le dialogue si en vogue débouche le plus souvent sur un dialogue à l'état sauvage qui sombre dans l'affrontement, pire le bavardage stérile. L'humanité n'a que trop montré son immaturité à s'accomplir et ne parait que plus fragilisée, plus désorientée par la multiplicité des pôles d'urgence, plus affolée par une actualité foisonnante. L'essentiel, stabilisateur par vocation, qui concentre et unifie, est submergé par l'écume de l'éphémère. Ne l'est-il qu'occasionnellement ? On voudrait l'espérer. Mais il faut bien convenir que nous devons opérer des choix et, qu'en l'absence du spirituel, les hommes et femmes que nous sommes restons sceptiques. Dialoguer, certes, mais dans un esprit de ressourcement, en projetant sur l'avenir les lumières du passé, afin de remettre le monde dans la perspective de l'Histoire et, en fils prodigues, en retournant à nos pères.

 

 

Un correspondant me transmet à propos de la phrase de Saint-Augustin que j'avais citée dans l'un de mes articles, des extraits puisés dans  Les cahiers 1957 - 1972  de Cioran, relatifs à la passion, les voici :

"
 Il n'est guère que la passion et l'intérêt qui trouvent immédiatement le langage qu'il faut.  - Ce qui est écrit sans passion finit par ennuyer, même si c'est profond. Mais, à vrai dire, rien ne peut être profond sans une passion visible ou secrète. Secrète de préférence. Quand on lit un livre, on sent où l'auteur a peiné, où il s'escrime et invente ; on s'ennuie avec lui, mais dès qu'il s'anime, une chaleur bienfaisante, même s'il s'agit d'un crime, s'empare de nous. Il ne faudrait écrire que dans un état d'effervescence. - On fait une oeuvre avec de la passion, non avec de la neurasthénie, ni même avec du sarcasme. Même une négation doit avoir quelque chose d'exaltant, quelque chose qui vous relève, qui vous aide, vous assiste. - J'ai eu tort de saper mes passions ; on ne peut rien produire sans elles. Ce qu'on appelle la vie, ce sont elles et rien d'autre. - Dès qu'on écrit sans passion, on ennuie et on s'ennuie. Et c'est pourtant à froid qu'on devrait dire tout ce qu'on a à dire. Je m'y suis essayé en cultivant l'aphorisme, ce feu sans flamme. Aussi bien personne n'a été tenté de s'y réchauffer ."

De la part de Cioran, quelle lucidité à son propre égard ! N'est -ce pas en usant d'elle de cette façon que le philosophe nous parait le plus grand ?

 

 

Peu d'acte plus solitaire que l'écriture. Peu d'acte plus altruiste. On n'écrit rarement pour soi. On écrit pour l'autre. Pour le rencontrer ou le retrouver. L'écriture est un peu comme une échelle de corde que l'on déroulerait le long d'un donjon ou une quille de navire et sa finalité, celle de jeter un pont, tracer une voie, ouvrir une route, combler une absence. S'il lui arrive d'être savante ou embrouillée, pompeuse ou relâchée, hautaine ou suppliante, c'est simplement parce qu'elle nous ressemble. Alors sourions-lui et recevons-la. Il y a également celui qui écrit parce qu'il a quelque chose à dire, un savoir à transmettre. C'est le cas du philosophe, du scientifique, de l'historien. Il détient des connaissances qu'il estime devoir communiquer. Geste altruiste par excellence. Enfin il y a ceux qui écrivent pour guérir de soi ou des autres, parce qu'ils n'ont pu ou su ni s'aimer, ni se faire aimer. L'écriture, alors, n'est pas un don, un élan, une avancée, mais le cri que l'on pousse, l'alerte que l'on déclenche, les feux de détresse que l'on allume - à moins qu'elle ne soit pour le poète, encore attardé dans sa nuit inquiète, la dernière étoile que l'on recense.

  

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

  

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 08:53
Les chambres de Proust reconstituées : celle de la rue Hamelin par le musée Carnavalet et  celle d'Illiers-Combray.
Les chambres de Proust reconstituées : celle de la rue Hamelin par le musée Carnavalet et  celle d'Illiers-Combray.

Les chambres de Proust reconstituées : celle de la rue Hamelin par le musée Carnavalet et celle d'Illiers-Combray.

Il y a dans la vie de Marcel Proust, dans l’œuvre de l’écrivain, beaucoup de chambres. D’abord celle de l’enfant à Combray qui ouvre « Un amour de Swann ». C’est la chambre où se trouve la lanterne magique, celle de l’évasion dans le monde imaginaire. Il y a aussi, dans cette chambre romanesque, l’attente du baiser de maman qui en fait le lieu de cristallisation d’un amour exclusif. Cette chambre d’enfance porte déjà en germe l’œuvre de sa vie et il est vrai que les chambres de Proust ont tenu un grand rôle puisqu’il s’y passe ce auquel  on s’attend le moins : la claustration volontaire d’un créateur dévoré par sa création. Oui, l’enfermement de l’écrivain pendant plus de 8 années, soit de 1914 à 1922, d’où il ne sortait que pour quelques réceptions ou dîners, est pareil à celui de Noé dans son arche comme Marcel Proust l’explique lui-même : «  Quand j’étais enfant, le sort d’aucun personnage de l’Histoire Sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l’arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours, je dus rester ainsi dans ‘l’arche’. Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre. »

Les Plaisirs et les Jours

 

 

En quelque sorte, Proust enclot la réalité pour lui redonner une vie transposée par l’imagination. Ses chambres du boulevard Haussmann et de la rue Hamelin, celles aussi du Grand-Hôtel de Cabourg où il passa une partie de l’été et le début de l'automne de 1908 à 1914 auront été ses lieux de création, ceux où, fermant les yeux aux réalités du monde, il les ouvrait sur les perspectives infinies de la création littéraire. Proust a fondé sur cette simple réflexion toute une part de sa philosophie. Celle-ci peut se résumer en quelques lignes mais elle donne à « La Recherche » une tonalité unique. Selon lui, le monde intérieur – qui peut être symbolisé par la chambre d’écriture et de claustration volontaire – est le seul qui existe vraiment pour la bonne raison qu’il confère aux êtres et aux choses leur réelle dimension. Oui, ce que nous observons au quotidien perd très vite de son intérêt et de son relief mais, que cet environnement vienne à nous manquer, la nostalgie nous envahit et nous commençons à fixer notre esprit sur les souvenirs qui se sont imprimés à notre insu et que notre mémoire involontaire, usant du procédé inverse, va nous restituer par la grâce d’une sensation. Les choses quittées prennent subitement une importance extraordinaire, puisqu’elles nous apprennent que le temps peut renaître à tout moment, mais hors du temps, ce que Proust nommera « un peu de temps à l’état pur ». Etrange et formidable paradoxe qui avise le lecteur qu’il n’y a, en définitive, pas d’autre permanence que celle du passé et du monde reconstitué par la mémoire. L’arche de Noé est devenue la cathédrale de Proust et, dès ce moment, le patriarche biblique et le romancier sont hors d’atteinte. Le premier a sauvé la création, le second le créé, tout en se sauvant eux-mêmes. La chambre est par conséquent l’arche dans laquelle Proust convoque les lieux et les paysages, les brassées d’aubépines et les pommiers en fleurs, les berges de la Vivonne et les clochers de Martainville, les illusions de l’amour et les intermittences du cœur, les jeunes filles et les courtisanes, les liftiers et les princesses, les artistes et les hobereaux, les vices et les vertus, les joies et les douleurs, pour cette traversée du temps qui voit se succéder un passé chargé d’avenir et un avenir embrumé de passé.

 

 

Si la vie est un négatif qu’il faut regarder à l’envers et à la lumière d’une lampe pour que ses contours se dessinent et que se révèle son sens, comme avec la lanterne magique, l’œuvre n’apparaît plus seulement comme la figure de ce que l’on a senti mais comme celle de ce que l’on a voulu, si bien que l’édification se fait et que le destin s’accomplit. Ainsi, par un acte de volonté intense, l’artiste meurt à la réalité des choses et devient un anachorète réfugié dans une chambre  tapissée de liège, arrière-monde ou arrière-pays qui n’est plus régi par les innombrables clichés de la vie affective, les ténèbres de la méconnaissance et des instincts, mais par la joie pure et sereine de l’art qui exorcise le cercle du temps. Selon Marcel Proust, la littérature est la seule vie digne d’être vécue, la seule en mesure de conserver ce qui fuit, d’atteindre à la vérité des êtres sous les mouvements changeants et le mensonge des apparences, et de faire remonter à la surface un équivalent spirituel. Cette construction littéraire, envisagée comme une mosaïque savante, frappe d’autant plus l’esprit que la diversité de ses dessins et la fraîcheur de ses coloris semblent contraindre le temps à faire le deuil de son pouvoir.*

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

*Extraits de « Proust ou le miroir des eaux »

 

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Et chambre reconstituée au Grand-Hôtel de Cabourg

Et chambre reconstituée au Grand-Hôtel de Cabourg

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 08:22
El Curandero de Paul Vanderstappen

Au Chili, Pablo, un Belge marié à une Chilienne, a assisté au transfert des cendres de son amie Gloria décédée beaucoup trop jeune. Il était l’un des témoins de son mariage. De retour en Belgique, il voudrait écrire sa vie pour lui rendre hommage, mais il n’y arrive pas, les mots se défilent comme s’ils étaient bloqués derrière une lourde porte restant obstinément coincée par une pierre aussi pesante que celle qui lui écrase l’estomac. Il consulte un psychologue qui essaie de le sortir de l’ornière, le ramenant sans cesse vers ses chers disparus, morts trop tôt eux aussi comme s’il l’avait abandonné. Le praticien lui demande de faire revivre ses morts pour qu’il puisse évacuer les cauchemars qui l’assaillent régulièrement et le paralysent devant la page blanche. « Ne pensez-vous pas qu’il serait temps de déterrer tous ces morts ? ».
 

 

En réanimant ses souvenirs, il fait progressivement son deuil et libère son esprit du poids qui le paralysait, si bien que, désormais, il peut écrire son hommage, mais il reçoit alors un mot de son psychologue lui dévoilant que sa thérapie n’est pas complète. « Vos aventures au Chili ne sont pas terminées : ce pays vous est redevable de quelque chose. ». En quelque sorte, il doit boucler la boucle ouverte à Vina del Mar quand il prenait des notes sur le carnet qu’il a égaré dans un café, sous le regard de la caissière. Il retourne à Vina del  Mar, retrouve la caissière et le petit carnet oublié et celle-ci l’envoie vers Gabriel, le gardien du musée et de la mémoire de Pablo Neruda, qui lui fait comprendre comment reprendre confiance en soi et comment  domestiquer les mots. Il doit devenir El curandero, celui qui soigne. Il lui montre le chemin du maître : « Je vois, peut-être cherchez-vous trop à les contrôler, à vouloir leur faire dire ce que vous n’arrivez pas à retrouver. Pablo Neruda expliquait qu’il faut laisser venir les mots ; simplement être là pour les accueillir… ». Avec Luisa, Gabriel et Pablo Neruda, il retrouve la confiance perdue depuis trop longtemps, devient le curandero de ses maux et sait désormais qu’il peut écrire l’histoire de son amie Gloria.

 

Ce roman est rédigé avec une grande justesse, on voit que l’auteur a exercé un métier en rapport avec les mots, il les choisit toujours avec une vive attention pour les glisser avec soin là où ils doivent être. Il mène son texte comme une véritable analyse psychologique, suivant son patient au fil des séances pour l’amener vers la résilience qui lui ouvrira les portes de l’écriture, le sortant du cruel dilemme dans lequel il était coincé : « Entre deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Je me sens piégé… ». Quand Gabriel a ouvert les portes du musée dédié à Pablo Neruda, j’ai vu « Le facteur », employé éponyme du film dédié à Pablo Neruda alors qu’il était en exil en Italie, et j’ai entendu cette musique que l’auteur semble énormément apprécier et que j’ai écouté des centaines de fois quand j’étais encore étudiant : « El condor pasa … ».


Denis BILLAMBOZ


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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 08:01
Giverny - Immersion dans le jardin des nymphéas

Il y avait longtemps que je rêvais de visiter la maison et le jardin de Monet. Et bien que je demeure en Normandie, il se trouvait toujours une bonne raison, lorsque nous nous rendions à Paris et passions non loin de Giverny, de ne pas nous y arrêter parce que nous étions pressés, qu'il y avait les urgences et les impératifs, toute la panoplie qui nous fait trop souvent passer à côté de nos désirs. Et il est vrai qu'il est préférable de ne pas être pressé pour entrer dans l'univers de Monet, ce coin de charme et de verdure qu'il aménagea selon son goût et son inspiration entre champs quadrillés de haies et souples collines. Clos délicieux où il s'installera en 1883 avec ses deux fils et sa compagne Alice Hoschédé, mère de six enfants. Rien ne peut exprimer le sentiment de bien-être, l'envoûtement que l'on éprouve lorsqu'on aperçoit la maison rose aux volets verts disparaissant sous sa vêture de vigne-vierge et de roses dans un paysage parcouru par les eaux où croissent en abondance les iris sauvages, l'une des passions de Monet avec les pavots d'Orient. Et devant la demeure, la grande allée que le peintre se plaisait à emprunter, envahie de capucines, qui ouvre sur le jardin dans sa solennelle beauté champêtre et invite à la plus parfaite leçon de botanique qui soit. Car, ici, les fleurs semblent s'être données rendez-vous. Comme nous sommes mi-juin, il y a alentour, en une alliance incomparable de couleurs, les roses blanches, roses et rouges qui s'enroulent et s'épandent, formant une voûte ou s'arrondissant en corbeilles selon l'esthétique, la cadence et le rythme que le compositeur entendait leur donner. A Giverny, rien n'a été planté au hasard, l'ordonnance des lieux répondant aux exigences du maître, car celui-ci, bien qu'épaulé par deux hommes de l'art, éprouvait le constant souci d'améliorer son oeuvre. " En-dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien " - disait-il. Si bien que les portiques de clématites succombent sous le poids de leur efflorescence, les lys, les ancolies, les pois de senteur s'égayent entre les allées, fleurs ordinaires et fleurs rares réunies en une savante alchimie de tons qui mêle les marguerites, les gueules de loup et les giroflées aux asters, aux nigelles de Damas et aux arbres à l'élégance fragile de Chine et du Japon. Et ces fleurs furent travaillées en une harmonie parfaite afin de composer, selon les saisons, un jardin tour à tour safrané, cramoisi, mordoré ou le jardin mauve qui avait tant impressionné Sacha Guitry. Mais le rôle de Monet n'était-il pas d'impressionner selon les déclinaisons les plus audacieuses et les plus sensibles ? 

 

D'autant mieux que nous abordons le jardin des eaux dont le peintre fit l'acquisition en 1893 et où il entreprit de creuser le célèbre bassin aux nymphéas grâce à une prise directe dans l'Epte qu'il obtint du préfet de l'époque. Tout est dense autour de ce miroir tranquille, bordé de graminées, qui offre à l'oeil le loisir de s'émerveiller. Les pivoines arbustives rendent l'endroit serein, tandis que, posées délicatement sur l'eau, les nymphéas ouvrent leurs corolles de nacre et d'opaline. Bambous, saules pleureurs, érable du Japon, agapanthes masquent les courbes des rives qu'enjambent les ponts dont les arches ravissaient le regard du peintre. Insatiable regard qui s'est exercé à tous les angles possibles et se consacre désormais à peindre la surface de l'onde et ce qui peut s'y refléter, étude obsessionnelle qui tente à saisir chaque nuance de lumière et son jeu permanent avec le végétal et le fluide. Monet aime tellement Giverny qu'il s'y fera enterrer dans un simple caveau auprès d'Alice disparue avant lui, ses fils, sa belle-fille Blanche et une partie de la famille Hoschédé.

 

Quant à la maison, spacieuse, claire et joliment meublée, il semble que les propriétaires l'aient quittée la veille. La table est mise, les lits faits, chaque objet est à sa place, on croit encore respirer l'odeur de térébenthine que dégagent les pinceaux ; les collections sont là elles aussi, dont les estampes japonaises, représentation de l'éphémère et de l'instant qui passe joyeux ou douloureux, sans oublier les pastels de Berthe Morisot, d'Edouard Manet, de Vuillard, les fidèles amis ; l'horloge égrène les heures et on ne se lasse pas d'admirer le salon aussi mauve que les iris, lieu de bavardage aux meubles peints, la salle à manger jaune, tellement conviviale et gaie avec sa grande table accueillante aux familles nombreuses, la cuisine couverte de faïences bleues parce que cette couleur a, dit-on, le pouvoir d'éloigner les insectes et particulièrement les mouches, enfin, à l'étage, les chambres donnant sur le jardin où le soleil entre à flot en cette journée particulièrement clémente d'un mois de juin qui ne le fut guère. Et on s'attarde avec plaisir à contempler chaque recoin, à méditer dans l'atelier de l'artiste, un endroit confortable qu'après la construction de son second atelier, Monet transformera en salon et y accrochera les toiles dont il ne voulait pas se séparer. Celui aux nymphéas sera construit sur les ruines d'une masure à l'extrémité de la propriété, permettant au peintre de travailler en paix. Un système de vélum filtrait la lumière de façon à ne pas nuire à son oeil exigeant. Là, il disposait les panneaux de ses nymphéas comme il entendait qu'ils le soient à l'Orangerie. Il y travaillera sans relâche jusqu'à son dernier souffle.

 

Oui, alentour, ce n'est vraiment qu'une symphonie printanière, un kaléidoscope qui mêle les harmonies les plus subtiles, les inclinaisons les plus douces, les reflets les plus tendres ou les plus vifs, les charmilles et les recoins les plus secrets. Aimable maison et admirable jardin qui sont le songe accompli d'un magicien génial. Claude Monet a composé ce lieu, où il vécut une quarantaine d'années, comme un rêveur éveillé qui marie la lumière et l'ombre, l'eau et le végétal en un univers hors du temps. On est entré dans le plus beau tableau jamais réalisé au point qu'il semble encore en suspens dans l'imaginaire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Photo - patrimoine normand

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19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 07:23
Berthe Morisot, la femme en noir de Dominique Bona

 

Dominique Bona a vraiment été inspirée en écrivant la biographie de Berthe Morisot, cette femme exceptionnelle qui a été l’égale des plus grands peintres impressionnistes, leur sœur, leur compagne, et a laissé à sa mort, survenue à l’âge de 54 ans, une œuvre admirable qui est désormais présente dans les plus grands musées internationaux. Une vie qui sera sans faiblesse, une âme sans calcul, une artiste qui se montrera sans concession à l'égard d’elle-même et de son art.
 

Berthe Morisot (1841 - 1895) est d’abord une personne de caractère, une beauté sombre et fascinante, la dame en noir qui figure sur l’un des portraits qu’a fait d’elle son ami Edouard Manet, une femme qui a voué son existence à peindre « jusqu’au mouvement des choses inanimées », écrira à son sujet Arthur Baignières, l'un de ses admirateurs. En effet, il n’y a jamais pour Berthe de vision définitive, celle-ci évolue avec la lumière, ainsi peut-elle travailler des heures devant  un visage ou un coin de jardin. « Tandis que son pinceau se pose en traits vifs et doux, tandis qu’il effleure la toile, elle tire de cette exécution ses effets les plus forts » - précise Dominique Bona. Jamais satisfaite de ce qu’elle a fait, Berthe est une travailleuse infatigable, une femme en quête permanente de la perfection. Dure envers elle-même, elle est toute de verticalité et peut apparaître à certains distante et hautaine, alors qu’intérieurement elle n’est que sensibilité et tendresse. Mais son exigence l’aide à suivre sa voie avec un calme maîtrisé, une claire conscience de ce que la peinture signifie pour elle, un affranchissement, une liberté qu’elle s’octroie. Elle assume son style et mettra tous ses efforts, toute sa tension dans la recherche de cette vérité intérieure si difficile à saisir, mais qui seule l’intéresse. En quelque sorte, elle cherche en elle la source de sa lumière. Elle sera d’ailleurs la seule femme, dans l’aéropage des peintres qui l’entoure, avec lequel elle est unie par des liens profonds d’affection et d’estime : Manet dont elle épousera le frère Eugène, Monet,  Sisley, Pissarro, Puvis de Chavannes qui la courtisera, Degas dont elle redoute les jugements, Renoir l’ami consolateur, auxquels se joint le poète Stéphane Mallarmé qui sera le tuteur de sa fille Julie après sa mort. Ces artistes dissidents se baptiseront d’abord « Les intransigeants » avant de devenir « Les impressionnistes ». Berthe, bien que seule femme, suivra son chemin sans se laisser impressionner par eux mais par sa seule vision personnelle et, non seulement osera exposer ses tableaux, mais fera en sorte de les vendre.
 

Depuis longtemps sa rupture avec l’académisme est consommée. Une autre époque commence dans l’avant-garde, celle d’une oeuvre fluide et légère qui semble ne rien devoir à la matière. La peinture de Berthe est empreinte d’une atmosphère de rêverie qui met en échec la colère ou la rage, la haine et l’esprit de vengeance et offre à ceux qui la contemplent un moment de paix. Elle le dira elle-même : si elle peint, c’est pour tenter de fixer quelque chose de ce qui passe : un sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre, un visage, un champ de blé ployant sous le vent et, parfois, un souvenir plus spirituel. Elle prend goût également à l’aquarelle. C’est cette méthode qui l’incitera à éclaircir sa palette et affinera sa touche, lui enseignant les profondeurs de la légèreté. Berthe peint sans appuyer le pinceau, sans souligner, surtout sans cerner ses divers sujets, par touches qui se juxtaposent, se frôlent, s’enlacent et gardent cette apparence spontanée qui donne le sentiment que la toile est inachevée. « On lui a laissé un peu de blanc, un air de liberté » - souligne Dominique Bona. Berthe usera de l’huile de la même façon, avec cette fantaisie et cette hardiesse, se refusant progressivement aux contrastes trop voyants. Son monde sera purement féminin mais sans mièvrerie aucune. Ce qui lui plaît, ce qu’elle recherche, ce sont moins les plaisirs primaires, la bonne chère ou la chair que cette anorexique déteste, que la lumière qui se dégage des choses, le rayonnement, la séduction de la vie et par-dessus tout la jeunesse.

 

Plus cérébrale que sensuelle, mais évidemment sensible et hypersensible, Berthe Morisot souhaite dépasser la simple apparence des êtres et des choses, saisir et retenir ce qui la surprend et l’intrigue, ce qui l’émeut, ce qui la trouble, elle voudrait en trouver l’origine et en comprendre le sens. Sa longue main fine esquisse une réponse aux questions qu’elle se pose, tandis que sur les toiles vierges surgissent des jardins, des visages enfantins, des jeunes filles en fleurs, des perspectives de ciel et d’eau. Son pinceau est précis, profond, perspicace et léger, il la dirige vers le seul univers qui l’attire, celui des claires apparences qui abritent des secrets.

 

La vie de Berthe sera celle d’une femme de devoir et d’une artiste incomparable, attachée aux siens, à ses parents, à ses deux sœur dont Edma qui fut peintre elle aussi, à son mari Eugène épousé sans passion mais qui se montrera un compagnon gagné à sa cause et d’un dévouement inlassable, et à sa fille Julie, sa seule grande passions avec la peinture. Une vie où les amis ont leur place ; Berthe reçoit chaque jeudi dans son appartement parisien et, aux beaux jours, dans sa propriété du Mesnil. La vie bourgeoise et confortable, entourée de beaux esprits, est vouée à l’art que l’on vénère et auquel  on consacre le plus clair de son temps et de son énergie. Berthe reproche aux femmes d’être trop bavardes. Cette silencieuse apprécie la grâce des jeunes filles toute d’interrogation et celle des enfants qui posent sur le monde un regard curieux et émerveillé. Elle-même a gardé quelque chose de l’enfance ; elle saura se surprendre jusqu’à son dernier souffle, assumer son exigence et mourir lucide et questionnante comme une quêteuse d’absolu. Sa vie durant, Berthe Morisot refusera de se cantonner dans le gynécée ou les antichambres des ateliers, échappant à l’amateurisme qui est la plaie des peintres de salon. C’est toujours à sa vigilance qu’elle fera confiance. Le poète irlandais George Moore écrira après sa mort : « Ses toiles sont les seules toiles peintes par une femme qu’on ne pourrait détruire sans laisser un blanc, un hiatus dans l’histoire de l’art ».

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Berthe Morisot

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Berthe Morisot, la femme en noir de Dominique Bona
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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