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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 08:23
aquarelle d'Anne-Joëlle

aquarelle d'Anne-Joëlle

                                                                                                                                                                                                                                               

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PROMENADE NORMANDE : VILLEQUIER ET SAINT-WANDRILLE

 

 

LA BIBLIOTHEQUE DE MARCEL PROUST de ANKA MUHLSTEIN

 

 

VOYAGE AVEC UN ÂNE DANS LES CEVENNES de ROBERT LOUIS STEVENSON
 

 

JE SUIS PARTIE AU-DEVANT DE MOI  (Extraits de "Terre Promise")



 

 

Bienvenue sur INTERLIGNE, un blog consacré à la littérature et aux voyages et comportant plusieurs rubriques que je vous décline ci-dessous et dont vous pouvez consulter les articles en cliquant sur leurs liens :

 


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LA PLUME ET L'IMAGE
 

 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
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Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Et pour lire quelques-unes des critiques de poètes, écrivains et journalistes à leur sujet, cliquer  ICI

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA


 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 08:37
La bibliothèque de Marcel Proust de Anka Muhlstein

 

Le remarquable ouvrage d’Anka Muhlstein «La bibliothèque de Marcel Proust» chez Odile Jacob est d’une lecture agréable et peut être recommandé à ceux qui souhaitent connaître Proust à travers ses lectures, car on sait que les écrivains sont aussi de grands lecteurs. C’est grâce à la lecture que l’enfant Proust découvrit sa vocation, de même que son attirance irrésistible pour la chose écrite. Il eut la chance d’avoir en sa mère et sa grand-mère maternelle deux initiatrices de tout premier ordre, l’une et l’autre férues de lecture considéraient comme absurde de ne pas proposer à un enfant des œuvres de réelle qualité, supposant à juste raison que «les grands souffles du génie» ont une influence aussi vivifiante sur l’esprit que le grand air et le vent du large sur le corps et qu’il serait regrettable d’en priver les apprentis lecteurs. Elles lui laissèrent par conséquent une grande liberté dans le choix des ouvrages et Proust eut d’instinct une attirance pour les écrivains qui avaient du style et étaient fidèles à leur réalité intérieure. Ainsi, inspiré par Racine et Saint-Simon, Proust affirmait-il que «chaque écrivain est obligé de faire sa langue comme chaque violoniste son son.» Très tôt, il s’est attaché à analyser la technique des auteurs qu’il lisait et à les imiter. Pour se purger de cette facilité qui risquait de lui jouer des tours,  il composait des pastiches, c’était sa façon de faire sortir de sa tête les tics et les rythmes d’un Balzac ou d’un Flaubert. Ce goût des pastiches lui fut tout particulièrement utile dès lors qu’il souhaita doter quelques-uns des personnages de "La Recherche" des manières propres aux fétichistes de la littérature qui n'hésitaient pas à s’exprimer comme certains écrivains célèbres. Il en est ainsi de Mr Legrandin dont la préciosité de langage doit beaucoup aux Goncourt et à Anatole France.

 

On sait aussi que les premiers enthousiasmes de l’enfant Proust ont été pour « Le capitaine Fracasse » de Théophile Gautier, «Le Chevalier d’Harmenthal» de Dumas et « Les mille et une Nuits » qui l’impressionnèrent tellement qu’il s’en souvint lorsqu’il écrivit dans «Le temps retrouvé» : «qu’il lui faudrait beaucoup de nuits, peut-être cent, peut-être mille…pour rédiger un livre aussi long que « Les mille et une Nuits » mais tout autre».  Un peu plus âgé, encouragé par sa grand-mère, il se plongea dans l’œuvre  de Balzac avant de s’enthousiasmer pour Baudelaire – son poète de prédilection – Leconte de Lisle dont il admirait la précision de langage et la richesse des références classiques, pour Tolstoï, Dickens et George Eliot. Enfin ce sera Racine et Saint-Simon qui encouragèrent son refus à se plier aux règles habituelles de la grammaire afin d’obtenir plus de force dans l’expression. Mais si Proust considère qu’un écrivain n’a pas à se soumettre aveuglément aux règles de grammaire, il entend respecter scrupuleusement le sens exact des mots, les mots communs devant être utilisés avec la plus grande précision. Toutefois, si le style le préoccupait, la mémoire, et plus particulièrement le phénomène de la mémoire involontaire et son rôle dans la création artistique, l’obsédait littéralement. Trois écrivains, qu’il appréciait, Chateaubriand, Nerval et Baudelaire y attachaient une semblable importance. Ces prédécesseurs lui donnèrent ainsi le sentiment qu’il était sur la bonne voie et qu’il devait s’y engager et en analyser les ressources immenses. Le passage de la madeleine n’est pas sans rappeler le chant de la grive dans les bois de Combourg dont usa le vicomte. Proust ne manqua pas de reconnaître sa dette envers son aîné : «N’est-ce pas à une sensation du genre de la madeleine qu’est suspendue la plus belle partie des Mémoires dOutre-Tombe ?» - écrira-t-il.

 

Chez Baudelaire, qu’il ne cessait de lire et relire, Proust admirait la juxtaposition de cruauté apparente et de tendresse invisible et l’originalité frappante, et même parfois choquante, de ses images. Et il s’indignait de l’aveuglement des critiques qui n’avaient pas décelé l’immense sensibilité du poète dans ses évocations précises et cruelles de la pauvreté, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. «Peut-être cette subordination de la sensibilité à la vérité est-elle au fond une marque du génie, de la force de l’art supérieure à la pitié individuelle.» - écrira-t-il dans «Contre Sainte-Beuve». Enfin, on ne peut dissocier Proust de Ruskin, un auteur qu’il a traduit avec l’aide de sa mère et qui l’a ouvert à la beauté de l’art médiéval, tout en lui inspirant nombre des propos qu’il placera dans la bouche du peintre Elstir. Proust passera 9 ans dans l’obsession de Ruskin et finira par s’éloigner, car il lui fallait désormais – pour exister lui-même – se détacher du vieux maître, de façon «à renoncer à ce qu’on aime pour le recréer». Du moins le chroniqueur anglais avait-il eu le mérite d’ouvrir les yeux du jeune Marcel sur l'art en général.

 

A lire l’étude de madame Muhlstein, il semble qu’il n’y ait eu que la littérature allemande, malgré Goethe, qui le laissera indifférent. L’anglo-saxonne et la russe l’enthousiasmèrent. Il plaçait Tolstoï, «un dieu serein», très haut dans le panthéon de ses artistes, au-dessus de Balzac pour la raison qu’il jugeait «Anna Karénine» non comme une œuvre d’observation mais de construction intellectuelle. A propos des Russes, Proust analyse également l’œuvre de Dostoïevski, véritable cours de littérature qu’il inflige à Albertine. Il remarquait que l’écrivain ne divulguait jamais, au début d’une intrigue, la véritable nature de ses personnages. Proust fera de même, ce qui prouve que les auteurs russes ont eu de l’influence sur la conception de La Recherche. Il arrive aussi qu’un auteur serve de lien entre deux personnages proustiens. Ce sera le cas de Swann, le dandy élégant, membre du Jockey-club, et le grand-père provincial qu’unit un même amour pour Saint-Simon alors que tout, dans leurs personnalités et leur style de vie, les sépare. Même chose pour Charlus et la grand-mère qui partagent un égal enthousiasme pour Madame de Sévigné. Cette complicité littéraire permet une sorte de langage secret entre des personnes totalement opposées. Par ailleurs, Saint-Simon sera utilisé pour caricaturer les bizarreries de Charlus.

 

Cependant, de tous les écrivains qui ont nourri Proust, aucun n’est plus présent dans son roman, ne serait-ce que pour la compréhension du personnage du Narrateur, que Racine et, ce, au-travers de trois de ses tragédies : Phèdre, Esther et Athalie. Phèdre est même le leitmotiv qui accompagne le Narrateur – souligne Anka Muhlstein. La pièce est liée à son premier amour pour Gilberte, puis au second pour Albertine. Le Narrateur découvre dans " La Prisonnière" et " La Fugitive " que les vers du dramaturge, lus, relus et récités si souvent, sont l’expression de lois auxquelles il a été assujetti toute sa vie. Il est en train de vivre Phèdre. Phèdre n’est-il pas le symbole de l’amour-maladie ? – précise Anka Muhlstein. Et elle poursuit : «Cet amour maladif, qui ne peut pas apporter le bonheur, est annoncé et illustré par les malheurs sentimentaux de Swann et de Saint-Loup qui démontrent que l’on n’aime jamais autant que lorsque la personne aimée se refuse».

 

Quant aux Goncourt, Proust posera sur leur œuvre un regard chargé d’ironie. Bien que non cités dans "La Recherche", ils sont à l’origine d’anecdotes qui servent à l’enrichissement du caractère de quelques-uns des personnages. Leur influence sera donc plus négative que positive, car Proust en use comme repoussoir pour prêter certains traits ou travers à Mr Legrandin ou Mme Aubernon. C’est d’eux aussi que vient le ton si souvent vulgaire de Madame Verdurin. Pour les Goncourt, l’impression générale supplantait l’impression personnelle qui mène à la littérature. Ce que Proust dénonçait haut et fort. Pour lui, la source de l’art résidait non dans l’apparence mais dans la profondeur. La réalité se devait d’être recréée par l’imaginaire et ne pouvait en aucune façon se rencontrer dans la simple description. Manifestement les Goncourt avaient une conception de la littérature aux antipodes de celle de Proust. La bibliothèque proustienne a tenu, à l’évidence, un rôle central dans sa vie. Elle en a occupé également un, tout aussi capital dans son œuvre. Ce n’est pas sans raison que l’un des personnages, Bergotte, est un écrivain fictif mais ô combien présent. Il est en quelque sorte le double de l’auteur, la créature devenant créateur. Ce n’est plus le Narrateur qui s’insinue dans la tête de Bergotte mais Proust lui-même. La mort de l’écrivain dans le roman sera à peu de chose près celle de Marcel. Mais il ne faut pas oublier que Proust est présent dans les personnages de tante Léonie, de Charlus et de Swann, bien que Bergotte ait sur eux un appréciable privilège : sa survie est assurée par ses livres. Comme elle l’est, le sera pour Marcel Proust.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 08:41
Voyage avec mon âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson

 

« Avec l’avènement de la randonnée pédestre et le retour à la nature, l’épopée de Robert Louis Stevenson a fait l’objet, ces dernières années, de très nombreuses publications ». Les Editions de Borée en proposent une nouvelle mais pas une de plus, une autre, une différente, un magnifique ouvrage grand format illustré de plus de deux cents documents d’époque : photographies, cartes postales, notamment, choisis et commentés par Jean-Marie Gazagne et Marius Gibelin. Un magnifique ouvrage, un vrai beau livre !
 

Cet itinéraire est devenu l’un des chemins de randonnée fétiche de la Fédération française de randonnée pédestre, il est parcouru par de très nombreux marcheurs, à tel point que cette fédération a édité un guide spécifique à l’intention de ceux qui souhaitent l’emprunter. Récemment, j’ai aussi lu un recueil de récits de voyages de Francis Navarre (De l’Hexagone considéré comme un exotisme) parmi lesquels figure son périple sur les pas de l’écrivain marcheur. Stevenson n’est pas un aventurier chevronné, l’auteur du propos introductif le présente comme «un jeune homme très « spleen », souffreteux, beau parleur, un peu hâbleur mais surtout quelqu’un qui semble assez mal dans sa peau».  Il m’est surtout apparu comme un grand novice en matière de randonnée pédestre, il connaît mal l’itinéraire qu’il souhaite emprunter, il n'entend rien aux ânes et encore moins à leur conduite, il ne sait pas charger sa monture, pas davantage préparer un paquetage nécessaire et pas trop encombrant. Alors, évidemment, le démarrage est laborieux. Le chargement de l’ânesse s’écroule ou blesse la bête qui traîne les pattes. Il s’égare, fait des détours inutiles mais il est courageux et obstiné, il ne recule nullement devant la difficulté et finit, grâce aux conseils de braves gens rencontrés au cours de son périple, par trouver un rythme de croisière compatible avec ses prévisions. Malgré ses faiblesses pulmonaires, il n’hésite pas à dormir au clair de lune, même sous la pluie battante, affrontant le risque de rencontres avec des animaux ou des vagabonds pas tous toujours bien intentionnés. Il lui fallait une certaine détermination pour affronter ces sentiers peu carrossables, les rencontres hasardeuses et les intempéries.
 

Il démarre son périple dans le Velay à Le Monastier sur Gazeille pour cheminer en direction du sud entre le Gévaudan et le Vivarais et rejoindre les Cévennes et Alès. Douze jours de marche au rythme de Modestine, l’ânesse qu’il a achetée juste avant de partir. Il arrêtera celui-ci un peu avant son terme à Saint-Jean-du-Gard, l’ânesse étant trop fatiguée pour le terminer dans les délais impartis par son compagnon de route. Stevenson décrit quotidiennement sa journée : les paysages qui l’enchantent, les rencontres plus ou moins conviviales qu’il fait, les aléas du voyage, les nuits en plein air ou à l’auberge, les petites villes et villages qu’il traverse, la faune et la flore, les légendes, les faits historiques, les personnages plus ou moins célèbres qui ont laissé une trace dans la mémoire collective. Il consacre une place importante à la religion, notamment au contraste entre le pays catholique du nord et le protestantisme en pays camisard. « D’un seul coup son récit devient plus descriptif, il y met tout son cœur et narre les épopées des Camisards avec une certaine emphase ». Le protestant écossais ne comprend pas très bien les catholiques, il se sent plus proche de ses coreligionnaires protestants. Le vocabulaire de l’époque s’harmonise bien avec les descriptions de l’auteur et leur confère une certaine saveur. « Les filles deviennent belles, le paysage lumineux, bref, il revit et il lui tarde de rejoindre ses amis ». Ce périple semble avoir eu de réelles vertus thérapeutiques sur Stevenson qui repart plein d’enthousiasme vers d’autres cieux après avoir oublié un amour inaccessible sur les chemins cévenols. Cette nouvelle édition, toute en images,  est une belle réussite et, plus qu’une lecture, une plongée au coeur des paysages, des villes et villages que l’auteur a traversés, une rencontre avec les personnes qu’il a croisées.

Denis BILLAMBOZ


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Voyage avec mon âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson
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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 08:27
La dédicace de "Terre Promise" à mes parents en 1959, j'avais 20 ans.

La dédicace de "Terre Promise" à mes parents en 1959, j'avais 20 ans.

Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine.
Je n’ai ni âge, ni nom, ni forme et mon apparence attend au monde des hommes.
Je vis des femmes nues avec leurs cheveux noués
et des hommes à leurs pieds les genoux sur des pierres,
des défilés d’hommes, d’enfants, de vieillard à travers des ruelles endimanchées.
J’eus  envie de la rue au pavé lourd de bruit, de l’église qui se veut familière,
du cierge pour allumer le silence.
J’eus envie d’une bouche pour confier mes lèvres et d’une voix pour donner mes mots.
La solitude venait vers moi les griffes en avant pour me saisir,la patte lourde et velue,
le corps de l'araignée.
Je m’assis. Je sentais mon corps pesant comme les choses. Cette fête qui expirait
et ces hommes qui s’étaient enfuis, enfuis parce qu’ils avaient peur d’eux-mêmes.
Je descendais lentement l’escalier d’étrange fête. Le vide était par-dessus moi
et par-dessous moi il y avait le vide encore. Je fermais les yeux. Sous mes paumières closes,
j’avais le ciel entrouvert, la course des nuages dans le néant, les lueurs qui structurent l’ombre
et seule parmi la foule je dansais la folle danse de la vierge folle.
Un homme s’avança. J’avais les cheveux dénoués, il les saisit dans ses mains
et les noua à ses poignets. Il parla et alors qu’il parlait, mes yeux devinèrent son visage.
Je te cherche à travers les jours et demain je te chercherai encore.
Tu n’as pas de nom et tu n’as pas d’âge, tu t’engloutis en moi comme le rayon du cercle.
Tu n’as que ce que je t’ai donné, la couleur de tes yeux et le son de ton pas.
Le jour t’enlèvera ton apparence et je te chercherai jusqu’à la nuit.

 

Je repris la route et le chemin divers parce que je n’étais pas satisfaite.
Sa voix s’était tue à l’arche du pont, il n’avait plus de mots pour moi.
Je repris la route et le chemin divers parce qu’il n’avait pas mis ses mots
à l’échelle de mes rêves, la route large pavée en dominos.
J’avais la source claire dans les yeux et le ciel renversé,
mes lèvres avaient le goût du fruit qui mûrit et mon cœur battait le rythme du temps.
Il y avait eu une fête au milieu de la plaine immense
où se cognent l’espace et le vide et le temps, où s’essouffle la voix de l’appel,
où s’aperçoit la silhouette qui part à la recherche du vide,
la plaine qui joue aux quatre coins avec le ciel,
la plaine, mer immense, avec les ressacs du vent, les vagues des semailles et des blés en herbe.
Il y avait eu une fête et les hommes n’avaient laissé que des débris de regards et de voix.



Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine,
je demandais si toutes les routes menaient au même rond-point ? Elles y menaient.
Je revins sur mes pas. Je voulais le chemin de l’abîme, le bord du cercle
où chancelle le pas du vieillard, où éclot le regard du poète,
où blasphèment sagesse et raison, où s’épuisent toutes parallèles,
où Dieu se contemple face à face.
Je voulais l’aveu qui ne ment pas, la poussière des corps dans ma main
et l’immensité dans mes yeux. Je voulais la fin du chemin,
la fin de l’onde et de ses rives, la fin de la phrase,
la fin de toute symphonie et de toute lumière.
Je demandais si les routes menaient au même rond-point. Elles y menaient.
Je revins sur mes pas.
Je demandais si toutes les voix avaient les mêmes mots :
mot à la lèvre du lépreux, mot à la mère en douleur, mot à la fête,
mot à l'amour, mot à la mort, outil journalier usé par la paume journalière,
mots qui ne savent plus prier, qui ne savent plus chanter, qui ne savent plus absoudre.
Je suis la muse de l’heure insouciante et sereine. Je n’ai ni nom, ni âge, ni forme,
j’ai pris le chemin qui mène ou mène tout chemin,
celui du moine en prière et de la vierge folle,
j'ai pris le chemin qui mène où mène tout chemin,
phrase inachevée au bord d’un monde inachevé.
Peut-être suis-je partie à la recherche du sphinx de vérité impassible comme la cathédrale ?
Terre promise ou paradis perdu ? Des yeux grimacent dans mes yeux,
des rires claironnent à mes oreilles, mes lèvres ont le goût aigre du poison.
Croix de l’homme en croix. Sur le pavé du bruit, le corps s’est brisé comme le verre,
le verre rouge du bar. Gibet de l’innocent, le pavé grisé de poussière bouscule les parallèles,
enchevêtre les regards. Je suis celle qui voit le gibet de l’innocent, l’égout des ordures
le long du trottoir qui luit. Croix de l'homme en croix, blasphème des vivants,
j’ai pris le chemin qui mène où mène tout chemin,

Terre promise ou Paradis perdu, des yeux grimacent dans mes yeux.
 

Armelle B.  HAUTELOIRE  (texte rédigé en 1958/ publié en 1959)  Extraits de «TERRE PROMISE »

 

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Ce qu'ils ont écrit :

 

Je vous remercie de m’avoir fait  connaitre le poème de mademoiselle Hauteloire. Il est rare de trouver une voix féminine apte à des rythmes aussi rigoureux, des images aussi  vastes. Il y a là une poésie d’inspiration et d’expression originale, un paysage moyenâgeux développé avec souffle et ferveur. Dites-lui que je regrette sincèrement cette connaissance trop tardive de sa publication et faites lui aussi savoir qu’elle est poète, si par hasard elle en doutait. 

Pierre Seghers  (poète et éditeur)

 

Je vous remercie d’avoir bien voulu me faire le service de presse de cet intéressant ouvrage. L’auteur a des images qui enchantent : « Dans des faïences anciennes mouraient des bougies rouges. » « Le vieux lustre du salon servait d’encensoir ». Mais je préfère encore ces affirmations : « Je suis partie au-devant de moi ». « Tes yeux auront leur transcendance ». « Mon pas inscrit des révoltes ». C’est à de telles notations que l’on mesure la maturité poétique de l’écrivain. Brochure bien pensée, bien écrite, ne manquant pas de souffle et présentant un grand caractère d’unité. Pourquoi cette réflexion désabusée : 
« Je me réfugierai dans l’insouciance ». Peut-être Armelle Hauteloire a-t-elle le sentiment confus que tout ce que l’on écrit est vain et que les plus heureux sont les « pauvres en esprit ». Cependant, cette plaquette est plus qu’une promesse. Elle devrait susciter la faveur de ceux qui aiment une pensée métaphysique noblement exprimée. Présentez, je vous prie, mes compliments à l’auteur est dites-lui de nous révéler son identité. Jeanne Evian et moi serons heureux de la suivre dans ses nouveaux travaux.

Paul Chevassus  (Président de l’Académie Rhodanienne des Lettres)

 

J’ai lu avec soin les vers de Mademoiselle Hauteloire. Ils m’ont beaucoup plu, et pour le sens du rythme et pour la beauté des images et pour la force, l’intensité et la profondeur des émotions qui s’y expriment. Ces vers révèlent plus qu’un talent d’amateur, un véritable don d’invention poétique, un sens cosmique qui joint la largeur des vers à la précision du détail. « Je ne serai plus poète » - écrit-elle à la fin d’un poème. J’espère bien que si ! Et que la vie nourrira au lieu de l’étouffer ce don si visible. J’aime beaucoup ce Vlaminck des pages 26-27, les dernières. Mais aussi l’évocation qui précède, les souvenirs baignés d’étrangeté, mystère des heures défuntes. J’aime ces voix alternées et ces visions balancées de « la plaine qui joue aux quatre coins avec le ciel … » et des « dieux égorgés des trottoirs et des pavés », de  « la « rue  moisie et souillée », voix et visions qui se réconcilient dans un intense sentiment du tragique de la vie.
Présentez à mademoiselle Hauteloire mes félicitations et dites-lui, je vous prie, le plaisir ému (et combien rare à propos de ce genre d’œuvre !) que j’ai pris à lire ses vers.

Paul Van Tieghem  (professeur de littérature comparée à la Sorbonne)

 

Je suis partie au-devant de moi (Extraits de Terre Promise)
Je suis partie au-devant de moi (Extraits de Terre Promise)
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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 07:45
Suiza de Bénédicte Belpois

 

Tomàs, riche paysan galicien, propriétaire de tout le village, campagnard fruste et brutal, bosseur et cultivé, a suivi des études supérieures, ne s’est jamais remis du décès de sa femme, seule la bouteille peut soulager sa douleur lors des beuveries qu’il s’autorise un peu trop souvent avec son vieux et fidèle commis. Un véritable fauve toujours prêt à se jeter sur sa proie qu’elle soit un adversaire belliqueux ou une femme trop aguichante. Un jour sa route croise celle de Suiza, un nom que les villageois lui ont donné car elle ne parle pas l’espagnol et n’est pas très dégourdie, elle est même un peu attardée, son père ne manquait pas une occasion de le lui rappeler. Les villageois ont cru qu’elle venait de la Suisse et l’ont donc affublée du nom de Suiza mais, en fait, elle est pontissalienne comme l’auteure, habitante de la petite ville de Pontarlier à quelques kilomètres de ma maison natale, tout près de la frontière Suisse. Elle n’est certes pas très intelligente, mais elle a un véritable sens pratique et une belle adresse manuelle. Elle ressent les choses plus qu’elle ne les comprend. Elle est comme un petit animal qui ronronne quand on la caresse, elle ne griffe  jamais et certains l’ont vite compris. Un jour, elle décide d’aller voir la mer. Au foyer, certaines lui ont dit qu’elle était en Espagne, alors elle s’est mise en route pour l’Espagne, en stop… Elle échoue dans un petit village galicien proche de Lugo où elle trouve un petit boulot de serveuse dans le bistrot qui sert de refuge à Tomàs. Et, quand le fauve a croisé la biche, il est tombé en rut, il s’est jeté dessus pour se l’approprier et en faire sa femelle dominante. La biche n’a pas protesté, sa grande douceur et sa tendresse ont vaincu l’animal, foudroyé par un véritable coup de foudre. Il en a fait sa compagne, sa femme même s’il ne l’a pas épousée, la biche a su apprivoiser le fauve. Ils ont alors commencé une histoire commune. Mais celle-ci se complique car le crabe guette le fauve qui se réfugie dans le déni sans pouvoir renier l’éventualité d’une échéance fatale et proche.

 

C’est une jolie histoire d’amour entre deux contraires qui s’attirent, elle recèle toute la violence animale que l’amour peut contenir et déborde d’une émouvante tendresse. Bénédicte a su trouver les mots pour dire la splendeur des paysages, la rusticité des personnages et le débordement des sentiments qu’ils soient dans la force ou la douceur. Par ailleurs, ses paysages sont plus attirants que ceux dépeints par les meilleurs dépliants diffusés par les organismes chargés de promouvoir la région, ses personnages plus vrais que nature, truculents, excessifs, esclaves de la terre qui est leur seul moyen d’existence, tous en dépendent même ceux qui ne peuvent compter que sur la générosité des autres. Ce récit donne ainsi une vraie couleur à ce coin de Galice et à ceux qui l’habitent. Bénédicte a le sens du langage, c’est lui le véritable moteur de ce texte, les formules qu’elles inventent, les mots qu’elle met dans la bouche de ces gens simples, proches de la nature, des réalités, assumant leur quotidien sans se projeter plus loin, texte qui se déguste plus qu’il ne se lit ! Ce langage vif, coloré, direct, fondé sur un vocabulaire proche du parler, enrichi de termes d’une grande richesse, d’une grande justesse et surtout d’une belle saveur, confère au récit, au-delà de la vie dont il déborde, une véritable âme qui se reflète dans les mœurs, les coutumes, les travers, les qualités des personnages qui semblent directement poussés dans le sol de leur région. Une histoire d’amour romantique comme on en écrivait au XIXe siècle, mais mitonnée à la sauce du réalisme, en l’occurrence cru et même cruel, qui a sévi juste après. Sans oublier la modernité qui assaisonne le langage et  lui procure  sa vigueur et son charme.


Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 09:30

atlantique-273722.jpg

 

 

Nuit irisée, nuit haubanée
De mercure tout enchâssée, de givre tout opalisée,
les amants se sont avancés, le seuil est proche.
Le vent, dans la moirure des phares, couve l'attente,
là où le soulèvement de la vague
forge l'écume dans le quartz.
Le temps, au goût d'écorce amère,
s'ensable sous les ombelles pures des sources,
alors, qu'encore lointaine, sous son mât de misaine,
dans ses diaprures de plancton,
la mer conduit au large de ses dunes ses légions de phaétons.

 

Cet exode fut long, cependant ne crois pas que j'en revienne.
On ne revient pas de nulle part. Je me tiens au milieu de l'océan.
Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.
Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi.
J'écris sur un cahier blanc. Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,
chaque mot esquisse une trajectoire. Je sui bien.
Ici il n'y a pas de route, pas de cité.
Dans le clair-obscur d'alentour, je vois les lourdes charpentes de l'univers s'abattre.
Quelle erreur de le dire immortel.
De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.


Tu me demanderas : que faisais-tu ?
Patiente je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.
On ne peut enclore la vie.
Avide, je cherche des signes, des points de ralliement.
J'entretiens ces feux. J'écris parce que les mots gardent intacts

le pouvoir de ranimer nos chimères, qu'ils tissent les fils
qui, lentement, me reconduiront vers toi.
Il y a tant à voir, tant à louer.
Je me rappelle la périssoire, l'étrave qui soulevait l'embrun,
la carène qui modelait l'eau. L'arche se dévoilait dans sa pure beauté,
arabesque de lumière, longs effilages des palmes

 

 Il me faut cette soif, cette faim pour tenir.
Ailleurs le provisoire, l'inaccompli,
L'astre qui clôt la nuit de son avènement.
Hier le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.
Lorsque nous aurons résolu l'énigme,
Le rivage refluant, nous quitterons les môles
Où nichent des colonies d'oiseaux.
Sourciers, sorciers, pour l'ultime écoulement vers la terre absente.
Ainsi l'image du premier jour, ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps. J'ai peur,
parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon, que le coq s'est tu,
que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis. 
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne qui n'est pas l'horizon,
mais une trace originelle. La matière s'estompe enfin.
A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.


Je t'écris d'Atlantique.
La mer, ce soir, se couronne de phosphore.
Il serait simple d'y mourir, d'y revivre,
laissant filer l'haussière, gagner l'infini,
y pénétrer, bien que l'incohérence
nous suive et nous approche.

                                                                     

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

PROFIL DE LA NUIT   ( extraits )    Editions  : L'Etoile du Berger

 

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Je t'écris d'Atlantique - poème
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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 07:37
L'amour d'une mère de Julie Maillard

 

A l’approche de la Fête des Mères, les Editions de l’Aube publie ce très joli recueil de nouvelles sélectionnées avec finesse et goût par Julie Maillard. « Tendre et doux ou âpre et violent, l’amour d’une mère est une force qui peut tout emporter sur son passage ». Au travers des neuf textes qu’elle a retenus, elle nous le démontre. J’ai choisi de nommer les auteurs et leur texte afin que chaque lecteur puisse rechercher l’original et éventuellement le situer dans son contexte éditorial ou dans l’œuvre de l’écrivain.

 

Hans Christian Andersen – Histoire d’une mère - Un conte radieux comme Andersen en a beaucoup écrit, plein de poésie et de romantisme mais du romantisme comme on en écrivait au XIXe siècle. « Comment as-tu pu trouver ta route jusqu’ici ? demanda la Mort, et comment as-tu pu t’y rendre plus vite que moi ? ».

 

Jules Renard – L’enfant gras et l’enfant maigre – Une très courte nouvelle comme une réplique, une excuse, une politesse qui ne sert qu’à masquer une cruelle réalité. « Chère Madame, je ne dis point cela parce que vous êtes sa mère, mais savez-vous que je le trouve très bien aussi, le vôtre, dans son genre ! ».

 

Alphonse Daudet – Les mères – Un amour maternel surdimensionné rempli d’une foi inébranlable en son pouvoir qu’une mère éprouve pour son fils soldat. « Quand il parut, la façade du fort en fut toute illuminée ».

 

Marguerite Audoux – Mère et fille – Quand la mère, qui a trop protégé sa fille devient sa rivale, l’affrontement est inéluctable mais l’amour conduira l’une au sacrifice que seule une mère peut consentir pour son enfant. « Va, maman, épouse monsieur Tardi, afin que de nous deux il y en ait au moins une qui ait un peu de bonheur ».

 

Guy de Maupassant – La Mère Sauvage – Une mère même éloignée de son fils ne l’oublie jamais, la Mère Sauvage vengera impitoyablement son fils tué à la guerre. « On trouva la femme assise sur un tronc d’arbre tranquille et satisfaite ».

 

George Sand – Les mères de famille dans le beau monde – Un texte très corrosif, amer et, en même, temps, acide qui dénonce le ridicule des femmes qui veulent encore paraître quand elles devraient se contenter d’être des modèles pour leurs filles. « Jugez donc quelle révolution, quelle fureur chez les femmes, si on les obligeait d’accuser leur âge en prenant à cinquante ans le costume qui conviendrait aux octogénaires ».

 

Maxime Gorki – La mère du traître – L’histoire d’une mère qui voudrait se revêtir du déshonneur de son fils pour lui épargner la honte et la punition qu’il mérite. « Je suis sa mère, je l’aime et je me considère comme coupable de sa trahison ».

 

Léon Bloy – Jocaste sur le trottoir – Comme dans une tragédie grecque, un fils est manipulé par des forces supérieures qui le conduisent à coucher avec sa mère. « Un jour le terrible drôle, qui savait ce qu’il faisait, me donna l’adresse d’une femme charmante, quoiqu’un peu mûre, qui me comblerait de délices ».
 

Charles Dickens – L’histoire de la mère – Comme souvent dans les histoires de Dickens, cette mère est affligée par ce qu’on l’a privée de ses enfants qu’elle ne renoncera jamais à retrouver. «… cette femme simple et naïve, mais grande par l’amour et la foi, semblait déjà appartenir au ciel ».

 

J’ai choisi ces quelques copeaux de textes, à mon sens fort explicites, pour démontrer tous les personnages qu’une mère accepte d’être pour ne pas perdre son ou ses enfants. Souhaitons que les enfants se souviennent de tout ce que leur mère leur a donné, d’autant qu’ils n’auront jamais qu’une seule mère, aussi immense soit son amour, sa générosité et son abnégation. J’ai trouvé ces textes admirables, comme il est agréable de lire la belle langue qui  était encore la nôtre au début de ce siècle et au précédent. Merci à l’éditeur et à Julie Maillard de nous avoir offert de si  jolies phrases. Je rangerai ce recueil aux côtés de « La Mère » de Maxime Gorki, de « La Mère » de Pearl Buck et de quelques autres livres qui évoquent la mère dans tout ce qu’elle représente pour nous tous.
 

Denis BILLAMBOZ


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L'amour d'une mère de Julie Maillard
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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 08:39
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste

 

En 1807, de retour de Jérusalem, François-René de Chateaubriand se vit contraint de s'éloigner de Paris à la suite d'un article dans lequel il fustigeait la tyrannie exercée par l'empereur Napoléon Ier, dont on sait qu'il ne partageait pas les idées et auquel il ne pardonnait pas d'avoir fait fusiller le jeune duc d'Enghien. L'écrivain aspirait à travailler dans le calme et acheta la propriété de la Vallée-aux-Loups, dans le coteau boisé du val d'Aulnay, à la croisée des Deux-Forêts reliant les bois de Verrières à la forêt de Meudon.


De l'histoire de cette maison avant l'arrivée de Chateaubriand, nous connaissons peu de choses, sinon qu'elle avait appartenu à un certain André-Arnoult Aclocque, brasseur parisien et membre de la garde nationale qui avait sauvé la vie du roi Louis XVI en le coiffant du bonnet rouge. Espérant recevoir, à titre de remerciement, la visite du souverain, il avait fait construire dans son parc la tour Velléda, dans laquelle Chateaubriand installera sa bibliothèque et se retirera pour écrire.
En achetant La Vallée- aux -Loups, l'écrivain accomplissait un rêve ancien. Déjà en Angleterre, où la Révolution l'avait chassé, il aspirait à cette paix de l'âme, loin de toute société : " Je pourrais encore être heureux à peu de frais. Il ne s'agirait que de trouver quelqu'un qui voulût me prendre à la campagne. Là, je pourrais écrire, herboriser, me promener tout à mon aise...pourvu qu'on me laissât tranquille et livré à mon humeur sauvage."


Cette communion avec la nature, Chateaubriand l'avait éprouvée dès son enfance dans l'austère château familial de Combourg, entouré de bois et de landes qu'il se plaisait à parcourir seul : " C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis."  La Vallée-aux-Loups avait tout pour lui plaire : " J'étais dans des enchantements sans fin ; sans être Mme de Sévigné, j'allais muni d'une paire de sabots, planter mes arbres dans la boue, passer et repasser dans les mêmes allées, voir et revoir tous les petits coins, me cacher partout où il y avait une broussaille, me représentant ce que serait mon parc dans l'avenir, car alors l'avenir ne manquait point. (...) Je fis quelques additions à ma chaumière ; j'embellis sa muraille de briques d'un portique soutenu par deux colonnes de marbre noir et deux cariatides de femmes de marbre blanc : je me souvenais d'avoir passé à Athènes. Mon projet était d'ajouter une tour au bout de mon pavillon ; en attendant, je simulai des créneaux sur le mur qui me séparait du chemin : je précédais ainsi la manie du Moyen-Age, qui nous hébète à présent. La Vallée-aux-Loups, de toutes les choses qui me sont échappées, est la seule que je regrette ; il est écrit que rien ne me restera." ( Mémoires d'Outre-Tombe )

 

Dans ce lieu devait naître plusieurs de ses oeuvres dont L'itinéraire de Paris à Jérusalem, qui relatait, en l'embellissant, son voyage en Terre-Sainte, Les Martyrs, et principalement ses Mémoires qui sont avec La Comédie Humaine de Balzac et La Recherche du Temps Perdu de Proust, un monument de notre littérature. Et que racontent-elles : la fuite du temps, la mort, l'isolement, l'écroulement d'un empire, le déclin de l'amour et comme l'écrit superbement Julien Gracq dans la préface de l'oeuvre aux éditions Flammarion ( collection Bouquins ) : " Cette voix qui clame à travers les deux mille pages des Mémoires que le Grand Pan est mort, et dont l'Empire Romain finissant n'a pas connu le timbre unique - l'écho ample de palais vide et de planète démeublée - c'est celle des grandes mises au tombeau de l'Histoire. "

 

Mais en ce 4 octobre 1811, Chateaubriand est heureux chez lui et écrit ceci :

" Il y a quatre ans qu'à mon retour de Terre-Sainte, j'achetai près du hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n'était qu'un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances. Les arbres que j'y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l'ai pu des divers climats où j'ai erré, ils me rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon coeur d'autres illusions. (... ) Tout chevalier errant que je suis, j'ai les goûts sédentaires d'un moine : depuis que j'habite cette retraite, je ne crois pas avoir mis trois fois les pieds hors de mon enclos. Mes pins, mes sapins, mes mélèzes, mes cèdres tenant jamais ce qu'ils promettent, la Vallée-aux-Loups deviendra une véritable chartreuse. ( ... ) Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l'ai payé du produit de mes rêves et de mes veilles ; c'est au grand désert d'Atala que je dois le petit désert d'Aulnay ; et pour me créer ce refuge, je n'ai pas, comme les colons américains, dépouillé l'Indien des Florides. Je me suis attaché à mes arbres ; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'aie soigné de mes propres mains, que je n'aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille ; je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants : c'est ma famille, je n'en ai pas d'autre, j'espère mourir au milieu d'elle. "

 

Malheureusement, l'écrivain n'aura pas ce bonheur. Pour des raisons financières, il se verra dans l'obligation de vendre sa propriété et cela lui sera un déchirement. Mais miraculeusement préservée, elle demeure aujourd'hui un haut lieu où chaque arbre planté par l'auteur des Mémoires fait écho à son monde imaginaire. Alors que les cèdres sont des réminiscences du Liban, les pins des évocations de Jérusalem, les platanes des souvenirs de Grèce, jusqu'aux chênes d'Armorique qui rappellent les racines bretonnes de l'écrivain, les cyprès chauves, les magnolias, les catalpas furent  plantés en souvenir de l'aventure américaine. Ainsi s'élabora un parc d'écrivain, oeuvre de mémoire, conçue par un homme qui était, tout à la fois, un amoureux des arbres et de la nature, un féru de botanique et un créateur romantique de par sa plume et ses goûts.

 

Après lui, cette Vallée ne cessa d'attirer les artistes. De nombreux poètes ont célébré sa profonde solitude et la riante disposition de ses collines. De nos jours, on visite la maison et le parc et chacun peut à loisir se promener, s'attarder, rêver devant le cornouiller panaché, le cerisier pleureur, les glycines géantes, le cèdre de l'Atlas, le feuillage éblouissant du Sophora, l'if d'Irlande, le tulipier de Virginie, les roseaux de Chine, le cyprès chauve de Louisiane, le chêne écarlate et le hêtre de Serbie. La Vallée-aux-Loups demeure, au-delà du temps, un lieu d'évasion, où le passé et le présent se rejoignent sans heurt dans la permanence de la beauté et le puissant éclat du souvenir.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
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La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.
La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.

La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.

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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 08:34
Faux semblant de Witi Ihimaera

En 1935, en Nouvelle-Zélande, Paraiti, une vieille maorie qui a hérité des connaissances et aptitudes de son père pour guérir, soigner  les corps malades ou abîmés, se prépare à accomplir le périple annuel qui la conduit à la rencontre des malades qu’elle suit régulièrement, ceux qui viennent enrichir cette troupe des esquintés de la vie, de  ceux qui n’ont pas les moyens de payer la médecine des blancs pour conserver ou retrouver leur santé. Son père lui a enseigné l’usage les principes actifs. Il lui a aussi appris comment réparer les os, soulager les muscles et les organes par des massages traditionnels pratiqués par les chamanes qui ne connaissaient pas les médicaments. Dans sa postface, l’auteur raconte comment, lui-même, enfant, a été sauvé par une guérisseuse dont il a donné le nom à son héroïne, alors que tous les médecins ne lui prédisaient qu’un faible espoir de vie.

 

Paraiti est aussi surnommée la Balafrée, la Ravagée, depuis qu’elle a été marquée par un tison ardent alors qu’elle n’était qu’une très jeune enfant, par des soldats blancs qui poursuivaient les gens de son clan accusés d’hérésie révolutionnaire parce qu’ils suivaient la religion prônée par Te Kooti, leur prophète, qui avait créé un rite fondé sur un syncrétisme entre le protestantisme et des croyances animistes ancestrales. Défigurée, elle est restée avec son père qui lui a transmis son savoir afin qu’elle puisse assurer sa vie seule, sans compagnon de route.

 

Dans ce court roman, l’auteur décrit tous les soins qu’elle apporte à la population qui la vénère : de l’accouchement à la réduction de fractures en passant par les fausses-couches et les soins de la peau, des yeux, etc… Mais un jour une servante maorie la reconnait et la recommande à sa maîtresse encombrée d’un bien lourd fardeau que son mari risque de ne pas tolérer. Paraiti refuse de telles pratiques mais elle devine bien vite que la belle bourgeoise blanche ne lui a pas tout dit et que sa situation est bien plus complexe qu’elle ne l'a décrite. Elle s’engage alors dans une aventure périlleuse pour la patiente, pour l’enfant à venir et pour elle et quelques autres encore. « J’ai misé gros, ce soir, … J’ai joué au jeu de la vie et de la mort. Prions que je puisse gagner ».

 

Ceux qui liront ce livre découvriront que cette aventure n’est pas seulement un problème moral, de convenance, de santé, de standing, c’est avant tout un conflit racial bien caché. A cette époque, et même aujourd’hui encore, la cohabitation entre les Maoris et les Blancs n’est pas facile et parfois conflictuelle. Il n’est pas de bon ton de s’allier avec une indigène. Ce racisme qui se glisse jusque dans le jeu de mots que constitue le titre du roman : Faux-semblant ou Faux sang blanc ? L’auteur est un fervent défenseur des us et coutumes locaux et un ardent protecteur du patrimoine des plantes, leur conservation ou leur transformation pour en extraire le naturel local que les Blancs ont souvent détruit à leur seul profit.


Denis BILLAMBOZ


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9 août 2021 1 09 /08 /août /2021 08:19
De l'Hexagone considéré comme un exotisme de Francis Navarre

 « L’on ne peut voyager loin si on ne sait voyager près. Il y a cent expéditions à entreprendre à proximité ». Cet aphorisme, qui introduit le dernier recueil de Jean-Pierre Otte, La bonne vie, pourrait parfaitement figurer en incipit du dernier livre de Francis Navarre dans lequel il démontre qu’on peut accomplir de très beaux voyages et de très belles balades sans avoir recours à des moyens de transports surpuissants et gloutons en énergie. La France recèle des merveilles naturelles et des édifices plus ou moins importants et même prestigieux qui enchanteraient le plus exigeant des promeneurs. Alors, suivons Francis Navarre sur les routes et sentes de France qu’il a parcourues pour découvrir des coins et recoins de l’Hexagone qu’on peut visiter sans rien dépenser ou presque… juste un peu de sueur.

 

Que ce soit à pied, à moto - sur sa vieille Guzi ou  même avec un van que j’ai cru apercevoir sur un parking des Vosges - qu’il pleuve à seau, qu’il vente, que le soleil cogne, Francis Navarre parcourt la France, celle des monts et vallées que les grandes voies de circulation boudent depuis des siècles. Les différents périples, qu’il raconte et qu’il nous invite à accomplir, se déroulent sur plusieurs décennies. Ils commencent par une ancienne randonnée à moto partant de l’Aubrac pour traverser le Rhône, remonter les Alpes, retraverser le Rhône dans l’autre sens et parcourir le Massif Central jusqu’à la Corrèze qu’il affectionne tant. Il enchaîne par un périple en Lorraine en démarrant de Champagne à Langres, puis en passant par Domrémy-la-Pucelle, Nancy, plusieurs villes minières avant de revenir au sud, à Contrexéville. Il poursuit par une très longue randonnée pédestre à travers le Massif Central en empruntant un itinéraire proche de celui que Stevenson a parcouru avec son âne. Je découvrirai prochainement cet itinéraire en lisant une nouvelle édition magnifiquement illustrée de ce voyage. Encore un hasard de lecture qui m’entraîne deux fois en une même quinzaine dans des aventures similaires. Au cours de cette randonnée, Francis Navarre nous conte des morceaux de l’histoire de France, celle des régions, celle des habitants. Il nous rapporte des us et coutumes toujours respectés. Il décrit, les villes (Langogne, Le Puy), des bourgs, des villages, des monts (Aigoual), des vallées, des causses (Méjean). Il évoque aussi les personnages nés dans ces régions, comme Lafayette, et tout ce qui a fait leur fortune aux siècles  passés et ce qui a provoqué leur déclin depuis la dernière guerre mondiale. 

 

Dans son langage pétaradant comme sa vieille moto, riche de mots rares et goûteux, Francis Navarre nous convie à une balade le long de la fameuse diagonale du vide qui coupe désormais la France en deux en suivant une ligne qui relierait Strasbourg à Biarritz. Une balade pleine de charme et de nostalgie à la rencontre de la France de nos aïeux, la France authentique et rurale qui ignorait les artifices factices qui encombrent actuellement nos paysages pour essayer de les vendre à des touristes nourris au lait frelaté des médias, à la somme des gens de marketing. « Il est facile aujourd’hui d’être himalayesque ou sibérien, mais comment peut-on être Mussipontain ». Qui peut se vanter aujourd’hui, sans risquer le ridicule, de passer ses vacances dans le Quercy, la Vôge, le Dauphiné et bien d’autres belles régions aux noms qui sonnent la France de notre histoire, la France rurale et authentique dont on sait qu’elle recèle encore tant de merveilles que j’aime moi aussi découvrir au cours de virées  en voiture, ma concession à la civilisation actuelle. Mon penchant à la mollesse voltairienne !


Denis BILLAMBOZ


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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

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