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8 août 2022 1 08 /08 /août /2022 08:08
aquarelle d'Anne-Joëlle

aquarelle d'Anne-Joëlle

                                                                                                                                                                                                                                               

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LES ÎLES, DE LA REALITE A L'IMAGINAIRE DES HOMMES

 

 

 

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LA PLUME ET L'IMAGE
 

 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
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Quelques-uns de mes ouvrages

Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Et pour lire quelques-unes des critiques de poètes, écrivains et journalistes à leur sujet, cliquer  ICI

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA


 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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8 août 2022 1 08 /08 /août /2022 08:06

P1000464.JPG

 

 

J’ai lu ce livre car je voulais voir si l’immense pianiste mettait autant de feu et de passion dans ces textes que dans sa musique. Je n’ai pas été déçu, j’ai même été parfois débordé par ce roman évoquant de multiples sujets qui ramènent toujours à l’avenir de notre planète qu’Hélène Grimaud voudrait défendre envers et contre tout. C’est un cri d’alarme, un cri de colère, un appel à la révolte que lance Hélène Grimaud dans ce livre où elle explique le chemin qu’elle a parcouru pour essayer de comprendre les raisons qui lui restent de vivre dans notre monde profondément altéré, le chemin qui conduit des légendes saxonnes à la folie de Schumann puis aux récits de Brahms et Hugo Wolf, par effet miroir, et enfin à sa décision de revenir à Salem pour reprendre le combat écologique auprès de ses loups. Mêlant la fiction fantastique et les récits mythologiques, la prédiction écologique et apocalyptique et sa propre vie militante avec les loups, Hélène Grimaud explique, argumente, s’insurge contre l’imbécilité de l’humanité qui construit son destin apocalyptique à travers sa goinfrerie et son opulence. Si l’humanité n’était pas animée par une force destructrice puérile et imbécile, le monde vivrait dans une parfaite harmonie : « le monde, flore et faune ensemble, composait une symphonie, non pas improvisée mais accordée, comme si de tout temps une partition cosmique présidait à l’harmonie générale… »

 

A Hambourg, l’héroïne, Hélène Grimaud, répète le Deuxième Concerto pour piano de Johannes Brahms, au cours d’une pause, elle s’égare dans un quartier perdu de la ville et se réfugie dans un magasin vétuste, irréel, pour appeler un taxi. En l’attendant, elle trouve un étrange manuscrit où « alternaient des partitions parfois couvertes d’eaux-fortes signées d’un certain Max Klinger, des dialogues, des dessins, l’extrait d’un journal et, enfin, deux photos jaunies … » Les textes, que l’auteur rapporte, seraient de Brahms lui-même, sous la signature d’un pseudonyme. Ils racontent une balade dans une forêt fantomatique comme on en trouve dans la littérature fantastique mais aussi dans les légendes saxonnes, souvent reprises par les auteurs romantiques, une forêt sans vie, en voie de minéralisation, tuée par les hommes. « Le compositeur avait-il pressenti, dans le grand élan du romantisme allemand, les horreurs promises par la technique et le progrès ? »

 

Hélène Grimaud est au monde sonore ce que Yann Artus Bertrand est à l’image, elle décrit un monde déliquescent, en voie de décomposition, un monde «volodinien» dans des forêts dignes de JG Ballard. L’apocalypse écologique est en cours, les dégâts sont considérables, les légendes saxonnes prévoyaient déjà cette catastrophe, cette fin du monde par la destruction du milieu naturel. Mais cette fin du monde n’est pas forcément rédhibitoire, il y a un autre monde, un envers du paradis dont il faudrait trouver la clé, celle qui est égarée dans une légende germanique… celle qui ouvrirait la porte du changement à l’intérieur de nos modes de  vie. Ce texte se nourrit à la source des légendes saxonnes qui ont inspiré tant d’œuvres littéraires et musicales, mais aussi d’idéologies pas toujours recommandables (voir Eroïca d’Andrzej Kusniewicz pour s’en convaincre). L’enchaînement des coïncidences que l’héroïne rencontre, ne peut pas être le fruit du hasard, il relie trop évidemment la musique aux légendes, à la littérature, à la vie de Brahms et à la sienne même. Tout est prévu à l’avance, le hasard n’existe pas, la destinée de chacun est tracée et chacun à son double qui le précède et le dessine a priori, Schumann était le double précédent Brahms et elle, Hélène Grimaud, voit en Brahms son double comme Hugo Wolf le voyait lui aussi. Tout s’enchaîne et se transmet dans un jeu de miroir entre ces doubles. « Ce qui m’intéressait, c’était…le thème qui m’était cher, celui du double et des jeux de miroirs entre les différents artistes, les différents destins ».

 

Ce livre est un cri de colère et d’indignation mais aussi un texte lyrique et romantique comportant de magnifiques pages sur la musique en général et Brahms en particulier, avec lequel elle partage des affinités évidentes. Un livre où elle montre l’immensité de sa culture, la pertinence de ses intuitions – l’intuition joue un rôle essentiel dans les démonstrations de l’auteur - et peut-être la justesse de sa prémonition, mais il est difficile de la suivre dans son raisonnement, ses analyses, ses perceptions sensorielles, elle vole souvent trop haut, plane au-dessus de nos têtes, et nous laisse souvent pantois et sceptiques, dubitatifs, égarés … Alors colère noire, indignation exacerbée, angoisse existentielle, alerte prémonitoire, justification de ses choix personnels, déclaration de guerre… un peu de  tout cela dans une vaste fresque qui naît dans la légende, passe par la folie, nourrit le récit et s’égare jusque dans le massacre des Indiens Arawak et le jugement des sorcières de Salem pour trouver son prolongement dans un retour auprès des loups, puis reprendre le combat et retrouver une nouvelle raison de vivre. Ce qu’Hélène Grimaud fit en quittant la Suisse afin de rejoindre ses loups à Salem. « J’ai pris la résolution d’écrire, tous les jours, dans mon journal, un compte rendu des souffrances de notre planète…de me battre aux côtés des loups de toutes mes forces et toutes celles de la musique. Sur ce sujet, j’ai décidé de devenir méchante. De ne plus épargner personne ». La guerre est déclarée, Hélène Grimaud est en campagne.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 07:30
Femmes empêchées de Leïla Zerhouni

 

Dans un petit village de l’Ardenne belge, Ania, un gamine née sous x dans une clinique de Lille, est adoptée par la boulangère restée célibataire avec un fort désir d’enfant insatisfait. Quand la petite atteint sa dixième année, la boulangère décide de lui parler de ses origines en lui révélant qu’elle n’est pas sa mère biologique mais sa mère affective et nourricière. Tout s’embrouille dans la tête de la gamine qui ne sait plus très bien qui elle est et d’où elle vient. En proie à une véritable crise identitaire, Ania se réfugie dans le rayon librairie du bazar ouvert récemment au village par une femme seule, elle aussi. Cette dernière initie la jeune fille à la littérature et l’emploie pour l’assister dans le classement des livres. C’est là qu’elle rencontre un jeune journaliste dont elle s’éprend mais qui, hélas, la quitte pour parcourir le monde et sauver ceux qui sont en danger.

 

Son amoureux parti vers des contrées sous pression, Ania poursuit son voyage sédentaire dans les livres, devient l’héritière de la libraire et conseille ceux qui cherchent des ouvrages pour élargir leurs connaissances. Un jour, elle rencontre son presque double, une jeune fille qui essaie de voler le livre qu’elle voudrait lire parce qu’elle n’a pas les moyens de se l'offrir. Ania lui prête le livre, devient  son amie et, plus tard, après des années d’amitié, la marraine de sa fille.

 

Leïla Zerhouni, je l’ai déjà croisée dans un recueil de poésie édité chez Bleu d’encre où elle traitait de la séparation douloureuse. Dans ce roman, comportant lui aussi quelques poèmes incrustés dans le texte, elle évoque la filiation, la vie que l’on perpétue avec ou sans désir, par hasard ou avec le souhait de transmettre sa propre vie, de perpétuer la famille… Dans ce texte, l'auteure met en scène une femme abandonnant son enfant qu’elle n’a pas désiré et qu’elle n’a pas les moyens d’élever, une femme qui n'a pas trouvé de géniteur pour lui donner l’enfant auquel elle aspirait ardemment, une femme qui accouche  d’enfants jumeaux, une autre qui met volontairement terme à sa grossesse pour ne pas accoucher d’un enfant sans père. Explorant tous les aspects de la maternité, elle met aussi en scène un médecin charitable qui assiste les femmes enceintes dans le plus profond désarroi.

 

Elle évoque également dans ce roman la mixité dont elle est elle-même issue, avec toute la richesse qu’elle suppose. C’est aussi, pour l'auteure, l’occasion d’établir un pont culturel entre l’Ardenne belge cloîtrée dans sa paisible vie campagnarde et l’Algérie des années noires où la violence et la mort régnaient sans discernement. L’Algérie où le régime avait encore sensiblement altéré la condition des femmes déjà peu reluisante auparavant. Bien que publié avant la guerre qui y règne actuellement, l’Ukraine fait une petite apparition dans ce livre comme pays où les artistes ont du mal à exister. Ainsi, Leïla pointe-t-elle du doigt les nombreux problèmes de la société d’aujourd’hui tout en évoquant largement la littérature qu’elle semble beaucoup apprécier. Au long de ce récit, elle cite de nombreux auteurs que j’ai, pour la plupart lus et appréciés, mais c’est avec un plaisir particulier et une certaine surprise que j’ai vu qu’elle citait Louis Scutenaire, Achille Chavée, Jean Amrouche (même si j’aurais apprécié d’y voir aussi sa sœur Taos, une de mes idoles littéraires), de grands auteurs trop souvent ignorés et quelque peu oubliés. La transmission de la vie est  un exercice compliqué, il faut que deux êtres partagent le même désir, puissent le faire perdurer dans le temps, se décident ensemble et que la nature et la société ne se mettent pas en travers de leur souhait commun. La vie est une chose précieuse qu’il faut savoir choyer pour la transmettre avec amour sans que les femmes soient empêchées…


Denis BILLAMBOZ


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Femmes empêchées de Leïla Zerhouni
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25 juillet 2022 1 25 /07 /juillet /2022 08:58
Si l'Histoire m'était contée de Mark Twain

Dans ce recueil, l’éditeur a choisi de publier cinq textes de Mark Twain, relativement courts et fort différents les uns des autres, réunis par le seul fait qu’ils racontent tous des histoires particulières de la grande Histoire. Des histoires contées qui pourraient appartenir aux « Contes choisis » que j’ai lus il y a déjà plusieurs décennies. Les deux premiers textes peuvent être lus ensemble puisqu’ils racontent le quotidien du premier couple de l’humanité en combinant « Extrait du Journal d’Adam » et « Le Journal d’Eve ». Dans ces deux textes, présentés de façon à constituer une seule et même histoire, Mark Twain explique comment Adam a découvert le monde terrestre et comment il a rencontré Eve qui, elle, décrit ceux qui animent et peuplent ce monde, les éléments et les animaux. Elle rapporte aussi comment elle a su s’adapter dans cet univers, en tirer profit pour rendre sa vie, puis leur vie, plus confortable afin d’y créer une famille. Cette vision de la création de l’humanité respecte bien les codes bibliques mais les détails de la vie quotidienne du couple ne sont que le fruit de la seule imagination de l’auteur.

 

Dans le troisième texte, Mark Twain reprend sa plume de journaliste en présentant le récit de la mort de Jules César comme un article de presse qui aurait été publié dans le journal romain Les Faisceaux du soir. En traitant ce fait historique comme un fait divers, l’auteur propose une autre vision de ce tragique événement qui a changé la face du monde. Le quatrième texte pourrait appartenir intégralement à la geste médiévale, il nous narre une histoire digne des romans installés sur les rayons « héroïque fantaisie » des bibliothèques et librairies. Tous les ingrédients de cette littérature y figurent : le seigneur ambitieux et félon, la jolie princesse instrumentalisée, les intrigues machiavéliques, la justice immanente, le dénouement sanglant. Dans ce récit, Mark Twain a pu donner libre court à sa folle imagination tout en respectant bien les codes de ce genre littéraire.

 

Pour conclure ce recueil, l’éditeur a astucieusement choisi de publier un petit essai de Mark Twain évoquant l’art de raconter une histoire pour faire rire son auditoire. Avant de révéler le secret de l’art de faire rire, l’auteur précise qu’il existe deux sortes d’histoires humoristiques : les histoires américaines et les histoires françaises et anglaises dont la mécanique humoristique n’est pas identique. La diversité des textes proposés dans ce recueil démontre l’ampleur du talent de Mark Twain en mettant en évidence sa capacité à écrire, avec le même talent et le même bonheur, dans des genres littéraires fort différents : journal, article de presse, épopée médiévale, essai littéraire. De nombreux auteurs montrent souvent comment les petites histoires contribuent à écrire la grande Histoire. En entreprenant une démarche inverse, Mark Twain montre comment la grande Histoire peut accoucher de petites histoires fort alléchantes.  


Denis BILLAMBOZ
 


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Mark Twain

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18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 08:59
Présence au monde Plaisir d'exister de Jean-Pierre Otte

J’ai découvert Jean-Pierre Otte en lisant son P’tit Cactus, « La bonne vie » un titre qui, à lui seul, pourrait déjà résumer cet écrivain et peintre au talent protéiforme et à la culture aussi vaste qu’un domaine en Quercy. Ces impressions ont été totalement confirmées par ses amis qui ont participé au bel hommage rendu par la revue Traversée avec l’édition d’un numéro spécial particulièrement élogieux. C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais la lecture de ce recueil de chroniques, impatient de retrouver l’ami chaleureux, l’amoureux de la nature, l’auteur inspiré et le peintre talentueux dépeint par les artistes réunis pour rédiger l’hommage qu’il méritait tant.

 

Dans ce recueil Jean-Pierre Otte démontre  le talent que j’avais déjà découvert dans les deux ouvrages cités ci-dessus : le contemplatif qui s’enthousiasme devant le moindre brin d’herbe qui est pour lui une merveille pure, l’ami  nostalgique, le compagnon de tous les souvenirs qu’il décrit avec son grand talent littéraire et beaucoup d’émotion. Cette évocation de son enfance en Ardennes belges est un véritable bain de jouvence ; il narre avec tellement de douceur, d’émotion, d’empathie le pays qui l’a vu naître et grandir, ceux qu’il a aimés, sa famille et ses amis, et quelques femmes accortes, et tout le bestiaire qui peuplait les plaines et les bois environnants. En lisant ce livre j’ai senti mon environnement se dissoudre progressivement, s’effacer, laisser la place à cet autre monde où enfant j’inventais, seul ou avec les gamins de mon quartier, des aventures fabuleuses, héroïques, rocambolesques, des aventures qui n’avaient rien à voir avec celles que nous avons vécues l’âge adulte venu. Nostalgie ! Nostalgie !

 

Ce recueil comporte aussi des chroniques relatant les impressions et sensations qu’il a ressenties lors d’un séjour dans le Sud-Ouest. Mais la partie la plus conséquente, et peut-être la plus riche, est celle qu’il consacre à sa vision de la littérature, aux auteurs qui l’ont fait vibrer. Là encore, j’ai retrouvé des émotions, des sensations, des idées que je partage volontiers. Et pour clore ce copieux recueil, Jean-Pierre Otte ajoute une série de réflexions, parfois générales, parfois très précises, sur l’existence et les aléas de la vie. Ces chroniques sont de véritables poésies en prose, le vocabulaire en est particulièrement riche et j’ai beaucoup apprécié la volonté de l’auteur de réintroduire dans son langage des mots que certains jugent désuets et qui ont presque disparus malgré leur grande précision et leur saveur littéraire. Otte attache une importance  particulière  aux mots, tout comme au langage et à sa relation avec la terre, le terroir et même la gastronomie. Ils forment ensemble notre patrimoine identitaire et culturel, constituent l’empreinte de nos corps, le fond de notre pensée et la sensibilité de nos cœurs. Ce recueil pourrait être l’ébauche d’un texte testamentaire que Jean-Pierre écrira peut-être dans des années que nous espérons encore lointaines. Je me souviens d’avoir écrit à l’occasion d’une autre chronique les quelques mots ci-dessous qui me semblent plus que jamais de circonstance. « J’adopterais volontiers toute la philosophie contenue dans la quasi-totalité des pensées qui figurent dans ce recueil, tant elles m’ont semblé emplies de sagesse, de bon sens, de détermination et de clairvoyance, … ».


Denis BILLAMBOZ
 


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L'auteur

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11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 08:19
La mangeuse de guêpes d'Anita Nair

« Le jour où je me suis donné la mort, il faisait un temps radieux. C’était un lundi. Un début de semaine ». L’héroïne de ce roman introduit l’histoire qu’elle raconte par cette phrase choc, celle d’une femme indienne résidant dans le Kerala, là où Arundhati Roy a elle aussi situé certaines de ses magnifiques romances. Poétesse, écrivaine à succès, enseignante, biologiste, Anita Nair n’a pas accepté un mariage arrangé, elle a écrit des livres où les femmes expriment leur désir de liberté et leurs envies des plaisirs de la chair. Elle est rejetée par tous, sa famille, son amant, ses amis, ceux qui l’emploient, ses étudiants, ses collègues, elle est bannie.

 

Ainsi erre-t-elle dans l’entre-deux mondes car son amant a dérobé l’une de ses phalanges après la crémation rituelle et un squelette incomplet ne peut pas accéder à l’autre monde. Il a caché cette phalange en souvenir de son amour, mais un jour une fillette trouve le petit os qui commence alors un long périple de main en main que la victime raconte en mettant en scène la vie des femmes qui détiennent provisoirement cet os, banal pour celles qui le possèdent mais si précieux pour celle qui ne l’a plus. L’histoire, qu’elle nous décrit, est celle des femmes indiennes soumises aux dures lois des religions, des traditions, des coutumes et surtout des hommes. C’est l’histoire de celle qui quitte son mari pour retrouver un amant, de la fillette maltraitée, violée par un sbire de son père, d’une fille défigurée par celui qu’elle repousse ; Anita Nair nous ouvre ainsi le véritable catalogue de ce que peuvent endurer les femmes dans la société indienne contemporaine. Les réseaux sociaux n’ont rien arrangé, ils n’ont qu’envenimé la situation en facilitant les contacts entre les deux sexes qui ont toujours été très réglementés.

 

Ce roman se présente comme un recueil de nouvelles décrivant chacune les mésaventures d’une épouse, le plus souvent délaissée, d’une amante condamnée au pire si elle est démasquée, d’une fillette abusée, d’une fille, toujours donnée en mariage à un homme qui parfois la répugne, de toutes ces femmes soumises à un code rigide que la romancière dénonce et voudrait briser. L’os qui voyage de main en main est le témoin qui relie les divers récits pour qu’ils constituent un véritable ouvrage et non un recueil de nouvelles. Un roman dans lequel, Anita Nair ose, comme son héroïne, évoquer le droit de choisir pour les femmes au même titre que les hommes et aussi leur droit au plaisir de la chair. Elle glisse dans ses textes beaucoup de sensualité et même une certaine dose d’érotisme pour affirmer ce droit.

 

Ainsi, les pages de ce livre grouillent-elles de personnages les plus divers comme les rues de Bangalore où se déroulent certaines histoires de ce roman et pourtant dans cette foule exubérante, il est interdit de montrer un  amour qui n’est pas accepté par l’ensemble du corpus coutumier et religieux, comme il n’est pas convenable pour une femme d’écrire surtout quand elle évoque ses sentiments et ses états d’âmes. L’héroïne, comme l’auteure, a choisi son sort et son destin : « Je décrétais la poursuite de ma liaison défendue et ma thèse en même temps. J’allais m’atteler aux deux projets avec autant de sérieux que de rigueur. En science comme en amour, il ne faut pas craindre d’enfreindre les règles et de subir les conséquences de sa passion ». Ainsi mène-t-elle son combat pour que les femmes indiennes se libèrent de leur carcan et accèdent au savoir et aux arts sans contraindre pour autant  leurs amours.


Denis BILLAMBOZ

 


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L'auteure

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4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 08:55
Parc fermé d'Olivier Duculot

Arnaud, jeune gamin de sept ans, vit dans la banlieue liégeoise avec son père, brillant commercial dans les assurances, et sa mère, une femme au foyer totalement étouffée par un mari qui l’aime trop et lui laisse bien peu d'occasions de s’exprimer. Il y a aussi sa sœur jumelle gavée par le père au point d’être une enfant obèse et, comme si elle n’était pas assez handicapée, elle est dysleptique. Le talent commercial du papa leur permet de se payer des vacances sur la Côte d’Azur dans une petite ville où j’ai moi-même séjourné pendant une douzaine d’années, (mais moi j’étais invité), Peymeinade, sur la route de Draguignan, en sortant de Grasse. Là, le père, en bon m’as-tu vu, étale son train de vie et ses pseudos talents, alors que la mère et les enfants profitent de la piscine de la résidence.

 

Un beau soir, pendant que résidents et vacanciers communient autour d’une bonne table, la mère s’écarte avec un bel homme et commet ce que son fils ne devrait pas voir mais a pourtant vu. Rentrée en Belgique, la famille retrouve sa vie monotone, le père travaille, la mère et les enfants s’ennuient. Un jour, ne pouvant joindre sa femme pour des raisons insignifiantes, le mari panique et commet l’irréparable, la mère quitte alors le foyer en abandonnant sa famille. Depuis son écart, elle sait qu’elle peut refaire sa vie, elle plait encore, aussi s'empresse-t-elle de reprendre le travail qu’elle exerçait avant la naissance de ses enfants afin d'assurer son indépendance.

 

Une nouvelle vie s’organise, le père travaille moins, la mère gravit l’échelle sociale, les enfants sont ballotés de l’un à l’autre. La fille soigne son obésité et sa dyslexie mais Arnaud n’arrive pas à s’intégrer au lycée, il devient vite un cancre et ne supporte pas que sa petite amie le quitte pour un fils à papa nouvellement arrivé dans l’établissement. Dans une crise de colère, il commet un geste fatal qui l’expédie dans un centre pour mineurs ayant commis un acte grave. Dans ce centre, sa vie s’écoule lentement jusqu’à ce qu’il soit libéré et cherche à donner un sens à son existence. Son passé lui laisse bien peu de solutions mais il a une passion qu’il pourrait peut-être valoriser… ?

 

Ce texte, c’est l’histoire d’une des nombreuses familles qui aujourd’hui se décomposent, souvent trop facilement parce que les couples ne vivent plus comme avant, les tâches ne sont plus réparties de la même façon, les deux sexes ont les mêmes droits et devoirs et tout le monde ne l’a pas compris. Les adultes résolvent souvent le problème en se séparant au détriment des enfants qui cherchent un avenir possible entre les allées et venues des parents qui n’ont plus le même mode de vie, ni les mêmes aspirations. Heureusement, certains d’entre eux rencontrent des personne avec qui ils peuvent partager un savoir, une passion, un espoir et  trouvent ainsi un avenir possible. Olivier semble bien connaître le problème des couples décomposés, recomposés ou pas, son histoire a le mérite de sentir le vécu …


Denis BILLAMBOZ


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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 08:51
La mort en partage de Thierry Rocher

 

Fidèle téléspectateur de la revue de presse de  "Paris première" et admirateur inconditionnel de Thierry Rocher, j’avais hâte de découvrir ce roman que je l’ai lu avec beaucoup de plaisir. C’est l’horrible histoire d’un comique, tout comme l’auteur, dont l’épouse et la fille unique ont été les victimes d’une tuerie sauvage comme celle du Bataclan. Après une courte période de deuil bien sombre, Pierre Chalet, le comique en question, décide de remonter sur scène. La vie continue et il faut bien occuper le temps qu’elle nous concède encore. Il lui faut aussi rompre le cercle de la solitude qui l’enserre, il n’a plus de famille dans la capitale, ses parents et ceux de son épouse habitent la province. Seule la sœur de sa femme, Sophie, réside à Paris, elle le soutient de toute son affection en espérant se rapprocher de lui afin d’unir leur solitude respective. Comme le clown triste, Pierre Chalet ravit ses admirateurs quand il monte sur les planches mais broie beaucoup de noir quand il se retrouve seul chez lui ou dans les rues et restaurants qu’il fréquente. Il n’arrive pas à accomplir son deuils et sa souffrance ne fait que croître de jour en jour. Pour tenter de la calmer, il collectionne les articles de presse relatant ou commentant l’assassinat de ces deux êtres les plus chers et ceux des islamistes radicalisés cités comme comparses possibles lors de cette tuerie.

 

Un soir, il donne une représentation en compagnie d’une jeune humoriste très prometteuse qu’il rencontre à l’occasion des réglages du spectacle. Elle l’admire, il est ébloui, mais il ne peut pas l’aimer, elle l’a compris, elle appartient à la communauté de ceux qui ont détruit les siens. Il sait qu’il est injuste, il sait qu’un jour il l’aimera. Bien sûr, ils se rencontrent le plus souvent possible, ils sont fusionnels. Mais les assassinats par des jeunes radicalisés se multiplient comme si un règlement de compte généralisé était en cours. Entre amour et vengeance, l’humoriste se maintient en équilibre entre résilience et pardon d’une part, rage et violence vengeresse de l’autre. Il incarne ce dilemme en invoquant sur scène l’apaisement et le pardon et en cultivant, en privé, la douleur qui le ronge et le pousse à souhaiter la punition de tous ceux qui seraient impliqués dans l’horrible massacre. Mais, peut-être que l’amour lui indiquera un autre chemin vers une autre passion …

 

Cette histoire, c’est l’éternel débat entre le bien et le mal, la réflexion cérébrale et les pulsions reptiliennes - débat arbitré par la raison, raison pas toujours raisonnable - et du coeur sur fond de description de la carrière d’un saltimbanque adulé qui se lasse des attentions et de la compassion de ses admirateurs jusqu’à ce qu’une artiste plus jeune  vienne réveiller ses hormones en berne. J’ai aimé ce texte émouvant, parfois bouleversant, plein d’empathie, j’ai une vraie admiration pour le chansonnier atypique qui se cache derrière l’auteur. On ne peut pas ne pas apprécier un homme qui aime la bonne chair, le Saint Véran, les vins de Loire et fréquente avec plaisir cette brasserie de la rue du Commerce à Paris qui a conservé le charme des belles brasseries parisiennes en voie de disparition, que je fréquente, moi aussi, avec gourmandise quand je passe par la capitale. Et pour terminer sur un clin d’œil, notez bien les maximes qui concluent chaque chapitre, elles sont dignes des pensées du célèbre philosophe chinois, Qi Shi Tsu, inventé par Thierry Rocher pour illuminer ses chroniques télévisuelles.


Denis BILLAMBOZ


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L'auteur

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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 09:18
Vint le poète ...

Vint le poète,
celui qui habitait sur l’autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l’invisible et les âmes,
il arguait sur le devoir, sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu’il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

 

Il venait de l’autre rive,
celle minérale et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l’or et des étoiles,
à l’écoute de l’ample chœur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L’écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d’éternité.
Cet homme avait connu la marche lente des caravanes et les ergs
et la méditation grave de l’espace.

Il parlait une langue
qu’aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue nulle part,
ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves.
Peut-être en avait-il saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :
« Je suis venu assumer l’inexprimable ».

 

Soudain, le ciel étamé et les hommes,
(ceux dont je vous conte l’histoire)
les yeux brûlés qui regardaient s’ensevelir le monde
dans le désordre cendreux des laves.
Tout alentour tremblait et la terre,
jadis bien écobuée, s’affaissait,
déliant l’épissure sacrificielle de l’espace.

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l’herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l’avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur virginale des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n’était point de jachère
mais terre à blé, terre d’amarante,
façonnée dans l’argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux dénudés qui lui faisaient l’épaule ronde,
l’allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l’universel, l’âpre désir a cette approche,
ce renouement aux flancs qu’enfièvre le temps seul.

 

Elle, couchée en croix,
la foule massée entre ses bras,
flottant sur l’eau incantatoire.
La parole du poète dressait un mât,
forgeait des hampes de courage.
Elle disait l’eau souple, rapide, proche l’échéance,
toutefois, l’heure s’annonçait grave,
l’évidence ne suffisant plus à justifier leur foi.

 

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres, ils allaient,
selon l’allure du vent, à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l’Histoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE    (extraits de « Cantate pour un monde défunt » Librairie bleue – avril 1991 – Prix Renaissance -

 

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Vint le poète ...
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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 08:24
Signe de terre d'Yves Hughes

Yann, son fils, et Valentine, la femme qui partage sa vie, reviennent de l’aéroport où ils ont accueilli la mère de sa concubine de retour d’un long périple en Amérique latine. Pendant ce temps, alors qu’ils longent les larges halls de la Porte de Versailles abritant le Salon de l’agriculture qui vient d’ouvrir ses portes, un truie chinoise de trois-cent-trente kilos déchiquettent un quidam arrivé Dieu sait comment dans son box. Au petit matin, Yann est appelé pour résoudre cette énigme tout aussi ténébreuse qu’incongrue.
 

Il mène son enquête à la mode Maigret. De toute façon, les technologies les plus pointues s’avèrent peu efficaces car la truie n’a laissé que des lambeaux du cadavre qui n’avait rien dans ses poches. Dans ces conditions, son identification s’avère déjà problématique. Yann décide alors de s’immerger dans les coulisses du salon en interrogeant les vigiles de garde la nuit et les exposants dormant sur place dans l’espace qui leur est réservé. La victime est bientôt identifiée mais sa présence dans le salon intrigue les enquêteurs : c’est un Auvergnat monté à la capitale non pas, comme beaucoup de ses compatriotes, pour travailler dans une brasserie mais pour investir les planches comme saltimbanque dans des cabarets minables qui ont presque tous disparus. Des cabarets comme Maigret en visitait souvent pour prendre la température du milieu .
 

En apprenant que la victime est originaire d’Auvergne, Yann, comme aurait fait Maigret, se rend dans sa campagne natale pour tenter de comprendre pourquoi ce brave fils de la terre est venu à Paris et comment il a pu rencontrer au Salon de l’agriculture des concitoyens qui auraient pu avoir, dans un temps lointain, des problèmes avec lui. L’affaire pourrait impliquer des exposants avec, éventuellement, certaines complicités … Avec cette histoire de paysans montés à la capitale, Yves Hughes renoue avec le bon polar à la Simenon dans lequel le commissaire passe beaucoup de temps à renifler les lieux pour s’imprégner de la mentalité des protagonistes et découvrir leurs histoires réciproques. Moi-même enfant de la terre, je me suis senti très à l’aise au milieu du cheptel rassemblé Porte de Versailles ou dans les fermes du Cantal. Je me souviens que ma première visite à Paris fut pour visiter de la famille rue de Dantzig, là où Yann a garé sa voiture avant de rejoindre le salon. Ce polar bucolique m’a soufflé un grand courant de nostalgie et a fait remonter à ma mémoire une belle grosse vague de souvenirs personnels…

 

Denis BILLAMBOZ


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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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