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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 09:37
aquarelle d'Anne-Joëlle

aquarelle d'Anne-Joëlle

                                                                                                                                                                                                                                               

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LA PLUME ET L'IMAGE
 

 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 09:33
Pompéi ou l'apocalypse selon Pline le jeune

Quel est l'événement qui inspira à l'apôtre Jean la description si précise de l'Apocalypse ? La question s'est posée et il n'est peut-être pas irréaliste d'établir un rapprochement entre le récit des Evangiles et le désastre survenu dans le sud de la péninsule italienne peu de temps auparavant...

 

Voici le Vésuve, autrefois verdoyant de vignes ;
Ici, le raisin doré a coulé dans les barils.
Voici la montagne que Bacchus aima plus que les collines
de Nisa, sa patrie ;
Sur cette montagne, aujourd'hui, les Satyres dansent.
Elle fut la maison de Vénus préférée à Sparte,
Ce lieu était illustre parce qu'il portait le nom d'Hercule.
Tout gît, enseveli sous les flammes et le terrible incendie !
Les dieux eux-mêmes n'auraient pas voulu que ceci leur soit attribué !

 

Ainsi parle le poète Martial dans un épigramme célèbre rédigé en l'an 88 de notre ère, relatant la terrible désolation et l'anéantissement de deux cités prospères : Pompéi et Herculanum le 25 août 79, après qu'une pluie de feu et de lave se soit abattue sur elles, sous l'effet d'une éruption d'une telle violence que le conduit volcanique fut déplacé et la morphologie du relief modifié pour acquérir celle qu'on lui connaît aujourd'hui.


Ce 25 août, à l'aube, on dit qu'une lumière sale éclairait la ville de "Misène" où demeuraient Pline l'Ancien et son neveu Pline le Jeune. La terre avait tremblé si fort durant la nuit que personne, dans la belle villa patricienne, n'avait fermé l'oeil. Soudain, la mer s'était retirée loin et des poissons avaient échoué sur les sables. Du côté du volcan, une nuée noire effrayante, puis des traînées de flammes et une épaisse fumée s'étaient mises à dévaler les pentes à la vitesse d'un torrent. Le spectacle était fascinant et l'oncle, saisissant l'importance de l'événement en train de se produire, avait demandé que l'on armât un bateau afin d'observer le phénomène de plus près. Victime de sa curiosité, il mourra asphyxié par les gaz dans les bras des deux esclaves qui l'accompagnaient, alors que son neveu, plus prudent, contemplait le spectacle à 30 km de là, voyant le cône du volcan se soulever et une colonne de cendres et de gaz, comme le tronc d'un arbre immense, s'élever jusqu'à 26 km d'altitude, créant des explosions en rafales et un grondement ininterrompu.

 

C'est l'historien Tacite qui demandera à Pline le Jeune de décrire les jours funestes dont il avait été le témoin, faisant de lui le seul et unique historien officiel de ce qui est considéré aujourd'hui comme l'une des éruptions les plus violentes de l'histoire et, de ce témoignage, le plus ancien document de volcanologie. Et qu'écrit-il en 106 après J.C. dans ses deux lettres adressées à Tacite, alors que l'univers s'assombrissait alentour et qu'il percevait les cris de ceux qui mouraient sous un déluge de pierres incandescentes ?  " Je pourrais me vanter qu'au milieu de si affreux dangers, il ne m'échappa ni une plainte ni une parole qui annonçât de la faiblesse ; mais j'étais soutenu par cette pensée déplorable et consolante à la fois que tout l'univers périssait avec moi. "
Lorsque la lumière reparut trois jours plus tard, le jeune homme découvrit un paysage inconnu, comme si tout ce qui l'environnait avait été recouvert d'un immense suaire gris et qu'il ne restait plus du volcan, jadis haut de près de 2000 mètres, que le rebord. Celui-ci sera rehaussé de 90 m lors de l'éruption de 1944 et s'élève aujourd'hui à une altitude de 1276 mètres.


Pendant dix-sept siècles Herculanum et Pompéi et leurs populations vont reposer sous cette couche de cendres, comme pétrifiées, figées à un moment précis de leurs activités et de leurs vies, n'existant plus que dans les souvenirs relatés par l'historien latin. Des fouilles seront entreprises de façon désordonnée dans un premier temps ; puis, à la vue de l'importance des découvertes, se mettra en place une organisation plus contrôlée qui permit à notre monde moderne de voir ré-apparaître, devant ses yeux subjugués, cette grande cité de Pompéi qui s'étendait sur 3 km environ, prospère, dynamique, riche de grandioses édifices publics, de temples, d'un théâtre et d'un amphithéâtre, d'avenues, de maisons particulières, d'échoppes et de boutiques, après qu'elle ait dormi intacte, à l'écart du monde vivant, sous ses sept mètres de cendres.


Cette apocalypse qui, en quelques heures, avait rayé de la carte deux villes splendides, les enterrant vives sous le feu de ses nuées ardentes, a-t-elle influencé Jean l'évangéliste, lorsqu'en 95, à Patmos, soit seize ans après l'événement, il écrivait : " Il se fit un grand tremblement de terre et le soleil devint noir comme un sac de crin, et la lune devint comme du sang. Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme un figuier, agité par un grand vent, jette ses figues vertes. Et le ciel se retira comme un livre qu'on roule ; et toutes les montagnes et les îles furent ôtées de leur place. "


Si rien ne permet d'affirmer quoi que ce soit, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre le texte de l'historien et celui de l'apôtre. Alors même qu'une autre hypothèse nous vient à l'esprit : cette éruption volcanique, par son ampleur et ses conséquences, ne nous rappelle-t-elle pas ce que furent, plus proches de nous, les fins atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki ? Et l'apocalypse, qui hante toujours l'imaginaire de l'homme, si elle se produisait, ne risquerait-elle pas de ressembler à cette pluie de feu et de cendres dépeinte par le témoin ?  " Déjà sur ses vaisseaux volait une cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu'ils approchaient ; déjà tombaient autour d'eux des éclats de rochers, des pierres noires, brûlées et calcinées par le feu ; déjà la mer, abaissée tout à coup, n'avait plus de profondeur." (  La mort de Pline l'Ancien racontée par Pline le Jeune )

 

Car si les séismes causés par la nature peuvent être terribles, ceux, dont l'homme menace l'homme, pourraient se révéler plus effroyables encore... Pensons aux armes chimiques, par exemple.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Pompéi ou l'apocalypse selon Pline le jeune
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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 09:24
Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

 

A propos de ce livre, Christian Berg parle de « pari illusionniste », cette école littéraire qui cherchait l’illusion de l’être perdu dans une forme quelconque de supplétif. Mais ce qui m’a personnellement  attiré vers ce livre, c’est tout d’abord la ville de Bruges qui attise ma curiosité depuis qu’elle faisait partie de mon programme d’études à la faculté des lettres. Cette ville, que j’ai enfin découverte passionnément quand j’ai atteint l’âge de la retraite, assouvissant ainsi cette vieille passion. Et, par la même occasion, cette lecture m’a fait découvrir un auteur dont je ne connaissais même pas le nom. En évoquant l’œuvre de Georges Rodenbach (1855-1898), une amie, lectrice assidue, a réveillé en moi la passion que j’ai pour Bruges, cette ville que l’écrivain a qualifiée de « morte » alors que, moi, je l’ai toujours considérée comme l’expression de la vitalité flamboyante d’une région qui toisait l’Occident médiéval du haut de sa puissance et de ses beffrois. J’ai donc voulu savoir ce que Georges Rodenbach avait trouvé.

 

Bruges-la-morte, ville éteinte coincée entre son opulence médiévale que j’ai fantasmée longtemps après mes études d’histoire médiévale et l’agitation touristique que j’y ai trouvée quand je l’ai enfin découverte. Bruges-la-morte, peut-être la Bruges évoquée par Baudelaire dans « La Belgique déshabillée », - « Ville fantôme, ville momie, à peu près conservée. Cela sent la mort, le Moyen Age, Venise, les spectres, les tombeaux. Une grande œuvre attribuée à Michel Ange – Grand Béguinage. Carillon. Cependant Bruges s’en va, elle aussi. » Un cadre idéal pour planter le décor du drame qu’il se proposait d’écrire, une ville qui pouvait s’identifier à l’être adoré qu’Hugues Viane avait perdu cinq ans avant de s’installer dans ce décor. L’auteur prévient le lecteur dans son avertissement, il a choisi cette ville : « …afin que ceux qui nous liront subissent aussi la présence et l’influence de la Ville, éprouvent la contagion des eaux mieux voisines, sentent à leur tour l’ombre des hautes tours allongée sur le texte. »

 

Un jour, au hasard de l’une de ses promenade vespérales, Viane rencontre une femme en tous points semblable à son épouse décédée, il la suit jusqu’au théâtre où elle est danseuse, l’installe dans un appartement et l’admire comme il admirait son amour disparu. « Et c’est si bien la morte qu’il continuait à honorer dans le simulacre de cette ressemblance, qu’il n’avait jamais cru un instant manquer de fidélité à son culte ou à sa mémoire. » Mais l’habitude érode les apparences de la ressemblance, l’admiration s’étiole peu à peu… La Vivante n’était destinée qu’à faire survivre la Morte, tant qu’elle était à distance, mais quand elle avait voulu se confondre avec elle, sans même le savoir, elle l’avait détruite définitivement car elle ne pouvait pas prendre sa place. « La ressemblance est la ligne d’horizon de l’habitude et de la nouveauté. » La résurrection, la réincarnation, la pérennité sont impossibles, elles sont du seul domaine de Dieu qui est l’unique maître dans ce roman empreint de religiosité ; et l’illusion s’est évanouie quand le double a voulu se fondre dans son original comme quand « l’Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam a voulu suppléer son modèle.

 

Roman d’une grande sensualité qui donne un visage humain à la ville pour l’identifier à la femme perdue qu’« Il (l’)avait mieux revue, mieux entendue, retrouvant au fil des canaux son visage d’Ophélie en allée, écoutant sa voix dans la chanson grêle et lointaine des carillons », dans une écriture élégante, poétique, lyrique, qui soutient le drame et accompagne sa montée, représentative de son époque au contour du XIXe et du XXe siècles. Même si la « mélancolie de ce gris des rues de Bruges où tous les jours ont l’air de Toussaint », inonde ce roman d’une brume chère aux auteurs de ce mouvement littéraire, Bruges restera toujours, pour moi, une ville magique aux charmes comparables seulement à ceux qui parèrent la belle que Viane cherchait dans son double. Et avec Pierre Selos je me souviens :

 

« Et j'entendais le carillon de Bruges

Le carillon de Bruges

Monter dans le matin

Et j'entendais le carillon de Bruges

Le carillon de Bruges

Au lointain »

 

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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L'auteur

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 10:00
Venise et les écrivains

 

Elle les a inspirés presque tous, les poètes et les écrivains, venus des quatre coins du monde pour que leurs mots disent à leur tour ce que cette muse unique au monde ne pouvait manquer de leur dicter. La littérature vénitienne commença, il y a plus de sept siècles, dans une geôle génoise : c'est là qu'en 1295 Messire Marco Polo, citoyen de Venise, croupit en attendant sa libération et trompe son ennui en couchant par écrit le récit de son épopée en Orient qui le mena jusqu'à la cour du grand Khan, empereur des Mongols. C'est ainsi que naît "Le livre des merveilles". Depuis lors, les écrivains vont se suivre sans se ressembler, fascinés par la cité et les mystères qu'ils y devinent. On pourrait presque - parodiant le titre d'un récent ouvrage - écrire Venise ou la tentation de l'écriture. Chacun d'eux aura sa propre vision de la Sérénissime. Ainsi Dante, fasciné par celle infernale de l'Arsenal, Petrarque séduit par les institutions et la beauté de la cité des eaux, un mirage qui tient ses promesses, Commynes éblouit par le Grand Canal et ses palais qu'il décrivait : " la plus belle rue que je crois qui soit en tout le monde, et la mieux maisonnée". Il est vrai que le mirage vénitien a de quoi enflammer l'imagination. Peu de temps après lui, Montaigne sera saisi par le spectacle de la place Saint-Marc, l'Aretin qui, arrivé à Venise en 1527 et tient son nom de sa ville natale Arezzo - y rédigera et y fera imprimer "Le maréchal " et "La courtisane" qui figurent parmi les comédies les plus réussies du XVIe siècle. L'Aretin sut, en effet, utiliser de manière vivante la langue dite "vulgaire" et la mettre au service d'une indéniable liberté de pensée et d'action. C'est à partir de cette époque que Venise devient un centre important de l'édition du livre, ne comptant pas moins de plusieurs centaines d'éditeurs auxquels, désormais, une foule d'auteurs vont proposer leurs manuscrits.

 

Mais c'est plus précisément le théâtre qui passionne les Vénitiens. Il y a pléthore de spectacles et presque tous sont des produits du cru. Son plus illustre représentant sera Carlo Goldoni, auteur prolifique, qui introduit dans la tradition populaire son sens aigu de l'observation et ses personnages hauts en couleurs, comme son "Arlequin, valet de deux maîtres" qui peut être considéré comme l'exemple type du divertissement vénitien de l'époque. Un autre orfèvre en la matière sera Giacomo Casanova (1725 - 1798) qui, entre deux rendez-vous galants, trouvait le temps de rédiger d'intéressants mémoires, tandis que Goethe viendra y rêver un moment mais préférera Rome à la Sérénissime et que Shakespeare y mettra en scène son "Othello" et "Le marchand de Venise".

 

L'ère du libertinage achevée, c'est une Venise tout différente, passée aux mains des Autrichiens après le traité de Campoformio (1797) que les romantiques vont découvrir. La cité des merveilles est à l'abandon, les splendeurs des siècles précédents sont oubliées, les lampions de la fête permanente éteints, Venise est exsangue. Mais cette cité funèbre n'en reste pas moins attirante. Chateaubriand y vient en 1806 et écrit : "que ne puis-je m'enfermer dans cette ville en harmonie avec ma destinée, dans cette ville des poètes, où Dante, Pétrarque passèrent". Lord Byron, qui y séjourna plusieurs années et y mènera une existence fort tapageuse, fera passer dans son oeuvre, principalement dans "Childe Harold et Beppo", la noire et magnétique poésie de la cité lagunaire. Les Anglo-Saxons, qui se plaisent lors de leur voyage d'études artistiques à faire halte à Venise, seront nombreux à la décrire. Ce sera le cas d'Elisabeth et Robert Browning, de Charles Dickens et, plus particulièrement, de l'historien d'art John Ruskin qui, le premier, dans "Les pierres de Venise", disserte longuement sur l'architecture gothique de la ville. Madame de Stael trouve Venise éblouissante, George Sand, qui y vit des amours tumultueuses avec Alfred de Musset à l'hôtel Danieli, nous plonge dans la douceur des clairs de lune sur le Grand Canal, comme le fera Théophile Gautier. Taine et Stendhal, ainsi que les frères Goncourt, ne seront pas en reste pour écrire des pages élogieuses sur les incomparables beautés de Venise et de sa lagune, alors même que Henry James avec "Les carnets d'Asper Jorn" et "Les ailes de la colombe" l'élève au rang de mythe littéraire. Quant à Gabriele d'Annunzio, il lui consacrera quelques-unes de ses plus belles pages. D'autres verront la mort s'y profiler. C'est Balzac qui, en 1837, écrit : "cette pauvre ville qui craque de tous côtés et qui s'enfonce d'heure en heure dans la tombe". Ce thème de l'inévitable disparition sera repris par Barrès et Zola, ce dernier notant que ce qui a fait sa force, son isolement au milieu des flots, fera demain sa faiblesse et sa mort. Et nous en venons à  "La mort à Venise", titre du roman de Thomas Mann, celui qui communique au plus haut point ce sentiment de lente désagrégation. La quête funèbre de Gustav von Aschenbach illustre un des aspects de Venise les plus sombres et les plus désenchantés.

 

Plus proches de nous, à l'aube du XXe siécle, on croise dans les calli le souvenir de Marcel Proust dont j'ai déjà parlé (voir mon article : Proust et Venise), Henri de Regnier qui y rédige "L'Altana ou la vie vénitienne", André Suares et son "Voyage du condottiere", Ezra Pound et son "Cantos", Ernest Hemingway et son "Au-delà du fleuve sous les arbres" qui aimait séjourner dans l'île de Torcello ou consommer un montgomery (cocktail à base de martini) au Harry'bar au bord du Grand Canal. Il y a, d'autre part, parmi les célébrités, James Hadley Chase et son "Eva", Daphné du Maurier et "Ne vous retournez pas", Paul Morand, l'homme pressé qui ne dédaignait pas s'y attarder et rédigea son "Venises", Marcel Schneider et "La fin du Carnaval", Hugo Pratt et sa "Fable de Venise", Frédéric Vitoux qui l'évoque dans "Charles et Camille", enfin André Pieyre de Mandiargues et Philippe Sollers, sans oublier Jean d'Ormesson et "La douane de mer", qui ne passait pas une année, je crois, sans aller y ressourcer son imaginaire. La belle ne manque pas d'admirateurs, elle que certains virent semblable à un vaisseau à demi englouti dans les eaux, d'autres comme une inépuisable et impérissable inspiratrice à laquelle ils ne cessent de rendre vie et jeunesse par la grâce et la ferveur de leurs mots.

 

Pour lire l'article sur Proust à Venise, cliquer sur son titre : 

 

Marcel Proust à Venise

 

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22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 08:47
Les étés de Jeanne de Nicole Marlière

 

Jeanne est une jeune Belge choyée par ses parents qui l’ont inscrite dans une institution privée pour suivre ses études. C’est une bonne élève qui séduit le plus beau garçon de la classe et mène une vie heureuse et insouciante. Elle sort progressivement de l’adolescence en conservant toute sa fraîcheur, sa spontanéité, son naturel  joyeux et son envie de dévorer la vie à pleines dents. Elle est de la même génération que moi, nous avons connu les mêmes idoles de l’écran, les mêmes chanteuses et chanteurs, nous avons dansé des slows langoureux, cette éternité de tendresse et de bonheur hors du temps et du monde dans les bras d’une personne du « sexe qu’on n’a pas » comme disait à cette époque une chanson de Guy Béart. 

 

Comme pour de nombreux jeunes, les changements se manifestent souvent quand la routine scolaire et la surveillance des professeurs disparaissent l’espace d’un été. C’est donc pendant les vacances scolaires 1962, 1963, 1964, au début des fameuses sixties, que la vie de Jeanne bascule. C’est à cette époque qu’elle va quitter sa famille pour la première fois, prendre un peu d’indépendance, vivre libre, gagner un peu d’argent, découvrir le monde de la nuit avec ses bars, ses dancings, danser des rocks effrénés, des slows langoureux dans les bras d’adolescents à la découverte de l’autre sexe. Elle entre ainsi dans le monde des grands qui lui apparait plein de paillettes, de musique et de joie de vivre. C’est aussi  l’âge où se nouent les premières amourettes sans conséquence mais bientôt les amourettes deviennent plus sérieuses, plus pérennes et se transforment vite en amour pour la vie. Jeanne vit ces changements à cent à l’heure en toute insouciance sans se rendre compte qu’elle bascule progressivement dans le monde des adultes où elle sombre brutalement comme de nombreuses jeunes filles trop naïves et trop candides pour  l’affronter sans courir des risques qu’elles ne maitrisent pas suffisamment. Alors, les vacances changent brusquement, il lui faut désormais penser à son avenir, trouver des solutions aux problèmes auxquels elle doit faire face avec son amoureux. L’insouciance s’est muée en urgence, en nécessité, en besoin…
 

Dans un texte d’une grande poésie, certains passages sont de véritables vers, Nicole Marlière raconte comment cette jeune fille insouciante est devenue l’espace de quelques étés une femme responsable, capable d’affronter la vie avec ses joies et ses malheurs. Un roman initiatique à l’usage des jeunes filles trop candides et peut-être un ouvrage à l’usage des parents qui laissent leurs adolescentes démunies face aux dures réalités de l’existence.


Denis BILLAMBOZ


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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 09:31
Le Chant de Malabata -  Final - Edition Les Cahiers Bleus/librairie Bleue (2001)

Cette seconde publication du "Chant de Malabata",  faite par Les Cahiers Bleus/Librairie bleue de Dominique Daguet en  juin 2001, comprend ce final que j'ai ajouté à la suite du premier poème publié en 1986 par les éditions "Le pont de l'Epée" de Guy Chambelland et qui fut couronné par l'Académie française l'année suivante.
 


MALABATA

Quelle est cette voix qui me hèle,
quelles sont ces lèvres qui me nomment,
alors que nul ne connait mon nom ?
Y a-t-il autre psalmiste que le vent
sur cette aire offerte au labour du temps ?
Non, cette voix vient d’ailleurs,
elle est battement de cœur et de ferveur
et aucun mot ne peut traduire ce que j’entends.
Erreur, de t’avoir trop longtemps contestée,
m’a conforté en toi et voici que j’avance
tel le puisatier en quête de silence.
(Seul le pèlerin connaît le lieu où il se rend.)
Ah ! les églises pleines de lampes et de cierges
et de mots laissés en attente,
légers et inconsistants comme l’encens !
Ces prières, ces plaintes, ces chants
contenus que les lèvres,
ces têtes inclinées que j’aime,
cela auquel je crois,
que j’effleure de mes mains,
icônes pâlies par les caresses.
Perce l’ultime rayon de connaissance,
l’ailleurs pénètre au plus profond du réel.
Enfin je me redresse.
Mon pas n’est plus pour les seules migrations terrestres,
mon regard pour les seuls horizons humains.


Le Chœur :


Mais toujours nous aurons ces visages et ces larmes
et ces mains désertées dans l’attente du soir.

 

Le Récitant :


Alors, devant la Face de Dieu, le silence,
le grand, le vrai, l’intransgressable silence,
qui du haut des hauteurs
domine encore de haut ces hauteurs,
de ce silence, plus enclos en lui-même,
qu’en ses pétales la fleur.
Un silence qui, d’un pôle à l’autre,
a tout empli et tout comblé,
aile tendue comme voile sur l’océan
et le souffle arrache ce qui est épars.

Alors, devant la Face de Dieu,
la juste mesure,
l’homme contenant et contenu,
plein de son propre silence,
univers sans poids, ni altitude,
voyageur revenu du plus lointain exode,
de la planète la plus éloignée
de celles qui sont au loin,
de la planète grise et plus grise encore
dans la multitude des autres.
Homme pour qui et par qui
Dieu acheva la Création,
homme pour lequel  Il n’achève pas de la recréer ;
le plus aimé du seigneur,
lui le premier et qui s’en vient le dernier,
lui pour qui tout se donne et rien ne se retire,
conquérant et preux chevalier,
voué à la disgrâce du trépas.

Ô ami trop aimé,
avec qui Dieu partagera-t-il sa souveraineté,
sinon avec toi, homme deux fois nommé ?
Ton étoile était bien petite en ton exil,
aussi vaste sera-t-elle vaste la terre promise.
Que le temps fut long en ton absence,
pécheur égaré en des tâches mesquines.


Et voilà l’achèvement,
homme encore et toujours recommencé,
n’est-ce pas en toi que finit l’infini ?
Faiblesse et faute en Dieu,
grandeur et plénitude en LUI.
Tu entres dans le silence de l’Esprit
et dans l’incandescence de ce silence
comme en une eau baptismale.
Vois le Maître qui, à ton devant s’avance,
homme du plus long entravement,
sur la nef que guident les vents,
tu remontes le fleuve au Levant
et au port l’Hôte t’attend …


Le Chœur :


Alors, nous serons à la pointe extrême de la terre,
au-delà de l’au-delà même,
en ce lieu où il n’y a plus de jointure,
et de nos bouches montera le chant du poème,
jusqu’à tes assises, ô Seigneur juge,
que tu tiens éternellement,
ce chant d’humanité plénière,
ce chant, ce dernier chant jusqu’à Toi,
cette dernière prosodie, cette dernière psalmodie jusqu’à Toi,
cette dernière prière jusqu’à Toi,
et sur la face de la terre,
où si longtemps se croisèrent nos errances,
Seigneur,
il n’y aura plus que le flot du verbe qui revient à Toi,
ce flot condensé où les mots sont vagues articulées,
ce flot vers Toi remonté,
comme cours du fleuve à sa source,
comme chatoiement  du vent à son cap.

 

Armelle B.Hauteloire  (Extraits du « Chant de Malabara » version 2001 publié par les Cahiers Bleus/Librairie Bleue


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Le Chant de Malabata -  Final - Edition Les Cahiers Bleus/librairie Bleue (2001)
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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 09:10
La femme de l'autre rive de Roger Faindt

 

Dans ce roman, Roger Faindt nous conte l’histoire de Lucien, un jeune Bisontin habitant le quartier Villarceau dans la rue où j’ai travaillé pendant les dernières années de ma carrière professionnelle. En 1936, Lucien est un jeune homme modeste qui a eu la chance de recevoir deux héritages qui l’ont dispensé de travailler pour gagner sa vie, mais nullement de militer dans un groupe de révolutionnaires pour défendre la cause des moins bien lotis, notamment des ouvriers exploités par le patronat toujours avide de gains plus importants.

 

Ce roman est aussi un roman d’amour car Lucien aime les belles filles qu’il courtise assidument comme Anita, la jeune musicienne pas compliquée qui accepte volontiers de partager son lit sans autre forme d’engagement, ou comme les belles espagnoles qui croisent le chemin du jeune Don Juan : Estrella,  la fière Catalane émigrée à Besançon ou Elena la belle Andalouse qu’il rencontre lors d’une mission sanglante lors de la guerre civile espagnole. Peut-être que la femme idéale, qu’il recherche au cours de ses hésitations amoureuses entre les deux Ibères, résiderait dans une synthèse des trois femmes qu’il honore dans ce roman.

 

Ses élans amoureux sont aussi fortement marqués par son engagement politique. Lucien considère Estrella comme une bourgeoise fidèle aux phalangistes et Elena comme une franquiste à laquelle il a sauvé la vie lors d’un raid contre sa famille à Balaguer. Il met ses idées en pratique, l’auteur raconte comment il s’est engagé à plusieurs reprises dans les Brigades internationales pour lutter contre les fascistes. Ce roman est aussi un texte politique et militaire démontrant la violence et la cruauté du conflit qui oppose souvent des amis ou des membres d’une même famille comme Jean Ferrat l’a chanté dans sa magnifique chanson : « Maria ». L’auteur insiste fortement sur l’engagement politique de Lucien, tant dans la lutte contre le patronat exploiteur que contre les fascistes conquérants.

 

Mais le fil rouge de ce livre reste la musique, la musique jouée sur une guitare en suivant une partition d’un auteur espagnol de préférence. Ce texte est une véritable  anthologie de la musique espagnole pour guitare. On y croise tous les grands musiciens ibériques : Rodrigo, Albéniz, de Falla, Granados et bien d'autres avec une liste des meilleurs morceaux qu’ils ont écrits pour la guitare, l’instrument dont joue magnifiquement Lucien et Estrella et dont Elena a elle aussi joué avant de se consacrer, en bonne Andalouse, à la danse. L’auteur lui-même joue de cet instrument.

 

In fine, un roman très ambitieux : une histoire d’amour aux allures de tragédie grecque, un regard sans concession sur la guerre civile espagnole, une page de culture sur la musique de ce pays et, pour moi, une balade pleine de nostalgie sur les chemins que j’empruntais pour me rendre au boulot au début de ce siècle.


Denis BILLAMBOZ
 


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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 10:37

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" Et sur cette mer figée, soudain, une caravelle de vie et d'espérance immobilisée là depuis des siècles."

 

Il y a d'abord le désert, un monde minéral, surprenant, qui déploie à l'infini ses entablements rocheux, ses monts sculptés, ses pistes caillouteuses ou ses bombements de sable qui prennent au soleil la couleur de l'or et du feu. Etrange, fabuleux labyrinthe en plein vent, où, il y a de cela très longtemps, Dieu parlait à l'oreille de Moïse. Oui, terre originelle que les siècles n'ont point changée et qui semble nous offrir, dans le silence et la solitude, un cliché véridique de ce que fût, au commencement des temps, l'aurore du monde. Est-ce donc ici que tout commence ou que tout finit ?  Est-ce ici que nous est présenté la géologie primitive de notre planète, sa face immémoriale que le passage des siècles n'est pas parvenu à changer ? Car, en ces lieux, règnent le chaos, celui qui présida à la naissance de la terre, avant que l'homme ne vienne y inscrire son oeuvre personnelle. C'est sans doute l'absence de civilisation qui frappe, parce que rien du quotidien de l'existence humaine n'y est visible. La route est comme une piste, celle que quelques nomades empruntent (on en recense 80.000) pour le traverser à dos de chameaux et que l'on surprend, de loin en loin, fragiles esquifs dans cette mer de sable et de pierre où la température peut atteindre les 50°. Mer figée, immense à parcourir. On imagine ce qu'éprouvèrent les enfants d'Israël errant quarante ans dans ce territoire inhospitalier où la nature a oublié de sourire !  Par chance, le Sinaï est resté à l'écart des invasions touristiques, encore préservé des migrations contemporaines, d'où la sensation exaltante de pénétrer en un désert, mythique pour les uns, mystique pour les autres.

 

Néanmoins, le Sinaï est, depuis les temps les plus reculés, un carrefour important, une porte entre l'Afrique et l'Asie et un pont entre la Méditerranée et la Mer Rouge. Au XVIe siècle avant notre ère, les pharaons avaient construit la route de Shur qui les menait jusqu'à Beersheba et Jérusalem. Les Nabatéens, puis les Romains, utilisaient, quant à eux, une autre voie que l'on nomme aujourd'hui Darb-el-Hadj, ce qui signifie "route des pèlerins". Malgré son aridité terrifiante, le Sinaï surprend ses rares visiteurs par sa beauté. Si la terre ne se prête pas à l'agriculture et si les Bédouins n'y survivent que grâce aux palmiers-dattiers, aux légumes qui poussent autour des points d'eau et à leurs troupeaux qui paissent sur les collines, elle n'en est pas moins grandiose. En dehors de ces quelques vies humaines, elle appartient au loup et au renard, la hyène et la chèvre sauvage, l'aigle et la gazelle. Car elle ne semble être là pour personne, que pour elle-même...

 

Quelle route fut celle des enfants d'Israël, en ce territoire sévère et hostile, quand ils quittèrent l'Egypte pour se rendre à Canaan sous la conduite de Moïse ? Bien que le tracé exact soit controversé par les érudits, il semblerait que celui-ci, une fois la Mer Rouge traversée, passait par Elim (ce que l'on pense être l'actuel El-Tur) avec ses 12 puits et ses 70 palmiers, puis par la plaine d'Ebran (Wadi Hebran) et, ce, jusqu'au Mont Horeb, où il leur avait été demandé de fonder une organisation religieuse et sociale. Tandis que notre car progresse, soudain nous apercevons, dans une étroite vallée pierreuse, les murs de la forteresse monastique construite par l'empereur Justinien au VIe siècle et qui est devenue le monastère Ste Catherine, au pied du Mt Moïse. A l'intérieur de l'enceinte, qui conserve sa silhouette primitive, et ne fut jamais, au cours des siècles, ni conquise, ni détruite, se regroupent des constructions d'époques diverses, dont une église, une mosquée, un musée, une bibliothèque, un ossuaire et les bâtiments conventuels du plus vieux monastère chrétien élevé à l'endroit précis où Dieu se serait révélé à Moïse dans le miracle du Buisson Ardent.


Les premiers moines vécurent dans une extrême pauvreté et certains furent victimes des nomades maraudeurs jusqu'au moment où ils envoyèrent une requête à Médine en 625 pour demander à Mahomet sa protection politique. Celle-ci leur fut accordée et la preuve en est toujours visible grâce à un document (l'original se trouve en Crète) que Mahomet en personne signa avec la paume de sa main. On raconte qu'il séjourna au monastère alors qu'il était encore marchand, ce qui est plausible, le Coran mentionnant les lieux sacrés du Sinaï. Si bien que lors de la présence ottomane dans la Péninsule, le monastère fut épargné. La Mosquée, construite vers le Xe siècle, est là pour rappeler que le Sinaï est aussi un carrefour des religions. D'ailleurs, à l'intérieur de l'enceinte, on croise autant de Chrétiens que de Musulmans ou de Juifs, venus en famille avec leurs enfants, se recueillir et admirer les pièces rares que recèle le musée, dont des icônes de la période byzantine (du  IVe au Xe siècle) réalisées selon la technique de la cire fondue. La plus belle, selon moi, est un Christ Pantocrator de la fin du VIe siècle qui plonge son regard dans le vôtre comme s'il lisait au plus profond de vous. Saisissant !

 

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 Christ Pantocrator du musée Ste Catherine du Sinaï


Le musée contient également de très beaux objets du culte comme une mitre en vermeil datant de 1678, don de la Crète, et un somptueux reliquaire de la même provenance, ainsi que des vêtements sacerdotaux et une bibliothèque réputée comme la plus grande et la plus importante après celle du Vatican. La pièce d'exception est le Codex Syriacus que l'on date du milieu du IVe siècle et qui est considéré comme le manuscrit le plus précieux au monde. Malgré les merveilles qu'il abrite, le monastère frappe par sa simplicité. Tout y reflète le calme, tout y est imprégné de recueillement. On peut vraiment dire qu'ici le temps suspend son vol. Plus loin, le jardin s'étend comme un long triangle et forme une véritable oasis au milieu des montagnes abruptes. A force d'efforts, les moines, appartenant à l'Eglise grecque orthodoxe, sont parvenus à faire pousser quelques palmiers, des plantes aromatiques et médicinales. A l'est,  se trouve une colline où vivaient Jethro et ses sept filles, dont l'une devint l'épouse de Moïse. De là, on aperçoit deux sommets : celui de Moïse ou Sinaï ou Saint Sommet ou encore Mont Horeb selon la Bible, qui culmine à 2285m et celui de Sainte Catherine (2637 m), du nom de cette jeune fille née à Alexandrie qui tint tête à l'empereur Maxence au début du IVe siècle. L'empereur, ayant donné l'ordre à cinquante sages de lui faire adjurer sa foi chrétienne, la jeune fille réussit à les convertir par la force de ses arguments. Sous la torture, au lieu de plier, son courage et ses convictions eurent pour conséquence de subjuguer l'impératrice elle-même et quelques-uns des membres de la Cour. Ses restes, retrouvés non loin du monastère par un religieux, font dorénavant l'objet d'une vénération et reposent dans un reliquaire au coeur de l'église.
Il est midi, les cloches sonnent, joyeux carillon au coeur de cette sévérité. Notre dernière visite sera pour la chapelle du Buisson Ardent de style byzantin. En cet endroit, le pèlerin entre en se déchaussant, en souvenir du commandement de Dieu à Moïse : " Ote les sandales de tes pieds, car l'endroit où tu te trouves est saint ". Fait inhabituel, l'autel n'est pas érigé au-dessus de reliques, mais sur les racines du Buisson. Dans l'abside, la mosaïque de la Transfiguration est la plus ancienne d'Orient. Quant au buisson, il pousse toujours à quelques mètres de la chapelle où il a été transporté. C'est le seul buisson de son espèce dans la péninsule du Sinaï.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE    (Photos Yves Barguillet lors de notre voyage en 2013)

                       

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Le monastère Sainte Catherine
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Le désert du Sinaï

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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 09:42
A La Recherche du temps perdu, un livre appelé à dominer son siècle

Cent huit ans nous séparent de la publication, en 1913, d’un livre appelé à dominer son siècle, immense cathédrale de mots qui monopolisera son auteur jusqu’à sa mort. Et cette œuvre qui le dévorera et à laquelle il emploiera ses forces, son énergie et sa ferveur, comment l'écrivain l’envisageait-il, qu’avait-il à écrire de si important pour qu’il y sacrifiât son existence et acceptât une ascèse unique dans l’histoire de la littérature ? On avait cru qu'il se consacrait en priorité à décrire des femmes à la mode, à étudier à la loupe les sentiments les plus anodins alors que l’élève de Darlu s’attachait à exprimer, dans un roman, toute une philosophie. Il a avoué dans une lettre à la princesse Bibesco "que son rôle était analogue à celui d’Einstein", et il est vrai que le travail colossal de la « Recherche » s’apparente à celui d’un savant et a nécessité des qualités identiques aux siennes : le don d’observation, la volonté de découvrir des lois et la probité devant les faits. Le premier thème est celui du temps qui détruit, ce temps dont l’écoulement transforme nos corps et nos pensées, le second celui de la mémoire qui conserve. Lorsque, plongeant une petite madeleine dans une tasse de thé ou de tilleul il tressaille, attentif à ce qui se passe en lui, à ce moment-là le temps perdu est retrouvé et, par voie de conséquence, il est vaincu   « puisque toute une part du passé a pu devenir une part du présent ». Pour l’écrivain, ce n’est que par la création que l’homme, meurtri par la réalité, déstabilisé par les mouvements désordonnés de la vie, tente de sauver quelque chose du naufrage et de le fixer dans l’œuvre d’art. Aussi, au sommet de l’échelle humaine, Proust place-t-il les poètes et les artistes, car leur combat est de chercher l’absolu hors du monde et du temps, et, grâce à l’art qui réalise cette gageure, d’en sortir vainqueurs. A ce propos, il est intéressant de souligner que Baudelaire plaçait les hommes dans un ordre assez semblable : «  Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet »  - écrit-il dans « Mon cœur mis à nu ».

 

Chez Proust, la recherche du temps perdu est en quelque sorte la recherche du moi égaré ; le moi retrouvé étant pour chacun la possibilité de sauver quelque chose de soi-même grâce à la création. Il semble que nous ayons affaire ici à un moi superficiel qui se disperse dans les futilités mondaines, dans un dilettantisme pédant de la phrase et de la métaphore, or, il n’en est rien, car derrière cette apparence trompeuse se cache un Proust tragique, qui se cherche soit dans l’intensité de la sensation esthétique, soit par la révélation que suggère la mémoire involontaire. « Les idées formées par l’intelligence pure - note Proust - n’ont qu’une véritable logique, une vérité possible, leur élection est arbitraire – seule l’impression, si chétive qu’en semble la matière, si invraisemblable la trace, est un critérium de vérité et à cause de cela mérite seule d’être appréhendée par l’esprit ». L’auteur nous livre ici l’un des fondements de sa philosophie qui attribue à la résurrection de l’impression, en partie modifiée par l’oubli, mais de nouveau vivante dans le phénomène du souvenir involontaire, le pouvoir de susciter en nous le sentiment fugitif de l’extra-temporalité et du temps vécu à l’état pur. Il semble donc que Proust ait dévolu à l’art un rôle privilégié qui peut se définir d’un mot, celui de révélateur, et que le problème posé soit celui de l’élargissement de la perception. Révélation et également traduction de l’impression, telle est la tâche de l’art et, par conséquent, celle de l’homme qui a décidé de conformer sa vie à l’authenticité d’une vérité intérieure. C’est pourquoi, il y a dans la « Recherche » un mode d’emploi et une éthique pour s’en approcher.

 

Proust, réaliste et scientifique, constate et enregistre les métamorphoses et les destructions que le temps inflige aux êtres, tandis que le philosophe, qu’il est également, se refuse à accepter la mort lente des personnages qu’il a animés et aimés, parce qu’en des moments rares, l’intuition de lui-même l’a révélé comme « une être absolu ». Cette certitude, il est vrai, Proust l’a éprouvée en de brefs instants où, soudain, une part du passé redevenait présente par le seul pouvoir de la mémoire et que les sentiments, qu’il croyait abolis, réapparaissaient au plus profond de lui en des flashs saisissants. C’est ainsi que la saveur de la petite madeleine, que l’enfant Proust trempait autrefois dans la tasse de thé ou de tilleul de sa tante Léonie, fait remonter chez l’adulte qu’il ait devenu et qui accomplit alors le même geste, non seulement des souvenirs mais des vies mortes, ensevelies au plus secret de la mémoire. Grâce au souvenir involontaire, nous ne participons pas seulement à une renaissance des choses mais à la résurrection d’une part perdue de nous-mêmes. Le génie  - avait écrit Baudelaire – c’est l’enfance retrouvée à volonté.

 

Depuis Stendhal, le roman, c’était la province et une certaine conquête d’un génie provincial sur Paris, capitale de l’ambition, tels Lucien Leuwen ou Jean Sorel. Aussi le roman de Proust est-il, peut-être, le premier exemple d’un roman parisien. Combray et Balbec n’y figurent que comme des lieux de villégiature, les classes moyennes n’y apparaissent que dans la domesticité ; le monde qui nous est dépeint est bien celui de la puissance et de la fortune. Que tant d’inépuisables réalités aient pu être tirées de ce milieu étroit, arbitraire et fragile ne cessait pas d’émerveiller André Maurois, alors que Jean Guitton soulignait que l’ingéniosité de l’écrivain avait été de comprendre que plus la matière est banale, plus le talent se révèle et qu’un écart si visible rend sensible au lecteur l’opération même de l’art.

 

Proust n’a cessé de jouer avec l’illusion en prestidigitateur : tout en usant des outils les plus tangibles, des faits les plus concrets, il a, grâce à sa méthode d’introspection, modifié notre perception. Sa « Recherche », bien que privée d’action, est en définitive une épopée de l’âme. On y est en transhumance dans des steppes de perplexité et de solitude, on a l’impression que pèse un ciel d’apocalypse, on y devine, dans le rire d’une jeune fille, une détresse qui confine au désespoir. On ne peut nier l’influence que Proust exerce sur son lecteur. Peu d’écrivains ont suscité un tel engouement, une telle dévotion. Peu sont lus avec autant de curiosité, peu ont inspiré un si grand nombre d’études. Cette "Recherche" est à l’origine de centaines d’autres, comme si on renvoyait, par un jeu de miroir, à cet auteur qui s’est intéressé à presque tout ce qui concerne l’homme, son image magnifiée par les effets causés par sa propre réflexion. Rien d’étonnant que des créateurs tels que lui, dont l’esprit fut si fécond, produisent bien après leur mort des résonances telles qu’elles nous prouvent que l’univers rêvé peut s’établir en une unité plus probante que la réalité perdue. C’est dont que la « Recherche » est sortie victorieuse des ornières du temps. Elle ne s’y est pas enlisée à l’exemple d’autres romans trop encombrés d’un réalisme pesant. Rien ne pèse dans l’univers de Proust. D’autant moins, que ce qui compte pour l’écrivain, c’est que l’art libère les énergies, transgresse les frontières, éclaire les ténèbres et outrepasse les limites du temps, si bien que l’artiste, enseveli dans la nuit du tombeau, ne cesse plus de dialoguer avec les générations futures.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 08:33
Les couleurs de la peur d'Isabelle Fable

 

Dans ce recueil Isabelle Fable propose dix nouvelles où le monde actuel se mêlerait, dans certaines circonstances, à des univers moins cartésiens, des univers qui échappent à notre raison, des univers plus ou moins fantastiques, fantasmagoriques, comme la nouvelle dans laquelle l’héroïne séduite par un beau jeune homme se retrouve captive dans un château médiéval où elle subit quelques tourments avant de réussir à s’évader et à se venger. Elle passe du monde puérile d’aujourd’hui à un monde gothique, violent, terrifiant, angoissant avant de revenir dans notre monde plus calme et plus serein mais peut-être avec un souvenir de cet épisode terrorisant. On pourrait aussi évoquer la jeune fille inquiétée par un promeneur indélicat qu’elle réussit à enfermer dans un placard qu’elle ferme hermétiquement comme Jeanne Moreau dans « La mariée était en noir », soit le passage d’un monde d’adolescente révoltée contre sa mère à celui de victime potentielle d’un pseudo psychopathe. 

 

Plusieurs nouvelles sont construites sur ce principe : une scène banale de la vie courante est brusquement perturbée par un événement irrationnel, étrange, qui conduit le héros aux frontières de la mort sans jamais, ou presque, la franchir, avant de le ramener sous des cieux plus cléments. Ainsi, le jeune homme qui prépare son mariage avec la fille du gardien du château, est brusquement assailli par un monstre aux deux visages : un géant débile et un chien empaillé. Il est quasiment étouffé quand la fille le sauve et le ramène vers des temps plus propices pour lui et celle qu’il doit épouser. Ce thème de la mort tutoyée me rappelle un précédent roman d’Isabelle dans lequel elle évoque toutes les personnes de son proche entourage qui sont décédées brutalement. J’ai eu l’impression de voir dans ces nouvelles comme un refus de la fatalité de la mort qu’elle dénonçait déjà dans son précédent ouvrage. Je me souviens de ces deux vers :

 

« Ecrire pour évacuer la douleur

. Ecrire pour conjurer la mort. »

 

La violence et l’irrationalité de certaines scènes peuvent émouvoir ceux qui ne sont pas, comme moi, des lecteurs réguliers de la littérature fantastique. Mais, l’écriture d’Isabelle les rassurera vite, elle est élégante, fluide, riche de mots rares et ornée de formules de style toujours judicieusement placées. L’auteure n’étale jamais l’horreur pour l’horreur, ne cherche pas comme certains à écœurer le lecteur mais seulement à donner toute sa dimension fantastique aux scènes qui font vivre ses nouvelles. Moi, j’ai bien aimé l’angoisse qu’elle crée en utilisant les jeux de double, voire de triple. Un homme d’âge mûr est pris d’une réelle panique quand il croise dans le métro un homme qui pourrait être lui quand il avait une vingtaine d’années de moins. Un jeune homme accompagne la fille qu’il aime bien à la fête où il est vite perturbé par deux autres filles qui semblent être l’une et l’autre un double de son amie mais chacune avec un handicap. Le recueil s’achève sur un texte moins étrange mais plus bouleversant encore, il raconte comment une jeune fille retourne sur sa terre natale en Afrique où sa grand-mère l’a purifiée à jamais, elle l’a excisée et infibulée. Et si l’horreur au quotidien était plus violente que l’horreur distillée dans la fiction littéraire.
 

Denis BILLAMBOZ


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