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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 09:33
Les pas perdus du Paradis de Catherine Deschepper

 

Dans ce texte à la fois drôle, vif, alerte, truculent, émouvant, touchant, Catherine Deschepper évoque des problèmes graves, préoccupants, dramatiques, sans jamais sombrer dans la sinistrose démoralisante, ni l’angoisse d’un futur tragique ou même apocalyptique. La gravité de la situation, qu’elle décrit, ne disparait jamais derrière la drôlerie de la situation, au contraire, la cocasserie de cette aventure la rend encore plus réelle, plus concrète, plus sensible.

 

C’est une histoire de migrants et une belle histoire d’amour impossible entre deux adolescents de seize ans, un Français  et une Erythréenne cherchant un lieu de vie pérenne en Europe pour fuir son pays en guerre. Ils sont jeunes, Cupidon les foudroie de sa première flèche. Dans un contexte qui englobe la problématique des migrants, qui errent à travers l’Europe pour gagner la Grande-Bretagne, l’auteure juge préférable de prêter sa plume à Nathan afin qu'il conte lui-même sa rencontre avec Saïma. Leurs mères se connaissent, la jeune fille  fréquente la même école que lui et ses potes Nico, Ben et Tom. Tous les quatre apprivoisent peu à peu la jeune africaine qui essaie de s’intégrer le mieux possible à ce nouveau milieu. Mais, par un soir de pluie, la jeune fille sonne chez Nathan en pleurs, elle annonce que la police a arrêté sa mère et sa sœur et qu’elle s’est sauvée pour se réfugier dans la seule maison qu’elle connaît, celle de la famille de Nathan. 

 

La mère de Nathan héberge la fille pour la nuit en espérant que celle-ci leur portera conseil. Elle portera surtout conseil à Nathan et Saïma qui échafaudent un plan audacieux consistant à planquer la jeune fille chez la grand-mère de Nathan, en assurant la logistique de l’opération avec l’aide de leurs trois amis. Ils embarquent Mamynou, la grand-mère excentrique qui commence à perdre un peu la boule, dans cette téméraire aventure. Une folle épopée s'amorce. Par chance, la grand-mère et la jeune fille font bon ménage et deviennent très complices, mais les frasques de la grand-mère ne peuvent pas éternellement rester à l’écart des regards. Les trois amis doivent élaborer d’autres plans, faire face à de nombreux aléas imprévus et à la virulence de la police et de l’administration peu enclines à laisser des migrants roder dans le pays.

 

Les quatre amis vont déployer des trésors d’imagination et de débrouillardise pour que la jeune Erythréenne puisse rester en France où les tourtereaux pourraient poursuivre leur belle histoire d’amour. Leur imagination, leur intelligence, leur maturité forcent l’admiration des adultes qui finissent par se rallier à leur cause. Une plaisante histoire d’amour, de tolérance et d’amitié, une bonne réflexion sur l’acceptation étrangère et la cohabitation entre les générations, les jeunes pouvant aider les vieux qui les hébergent, les adultes pouvant écouter les jeunes qui, eux aussi, ont quelques idées … Et une histoire drôle et touchante, amusante et émouvante, un récit qui peut faire rire, sourire et mouiller les yeux.

 

Catherine Deschepper est née à Louvain-La-Neuve, l’année où naissait… Louvain-la-Neuve (Belgique). Elle est docteure en langue et littérature médiévales et enseigne la didactique du français aux futurs instituteurs. Elle intervient également en formation continue des enseignants et collabore à des projets de recherche en maîtrise de la langue.

Outre ses publications plus scientifiques, elle est co-auteure d’une collection de manuels destinés à proposer aux enseignants du primaire des activités pour développer les compétences orales des élèves (Ça te parle ? - Éditions Erasme, 2014).

Elle vit à Bruxelles.

 

Denis  BILLAMBOZ

 

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L'auteure

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31 mars 2021 3 31 /03 /mars /2021 08:38

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Ainsi étions-nous avant la connaissance,

A l’instant où l’univers se fit image en notre esprit.
La terre était neuve alors, elle brillait d’un feu ardent.
L’homme parlait à ses troupeaux,
La femme sur lui levait un regard de soeur.
En ces temps nos coeurs habitaient nos corps, immensément.
Me penchant à la fenêtre,
Je voyais comme à travers un voile notre jardin.
Comment accède-t-on à l’impénétrable ?
La folie a pris le pas sur la raison.
L’invisible a cessé de nous rêver.
J’écris pour ne pas me perdre.
Je note au fur et à mesure mes impressions.
Souvent la poésie me quitte, je m’égare
Parce qu’en route j’ai lâché le fil ténu de l’enfance.
Ah ! L’enfance ! Nous nous y réfugierons
Lorsque le monde aura achevé de vieillir.
Confiants, nous franchirons des frontières que nous croyions abolies.
La nature s’offrira à nous,
Ce sera l’aube, l’origine,
L’ère du rayonnement, peut-être.

 


On ne lit rien à la surface des mots
Mais feignons d’en deviner le sens.
Personne ne va au-devant de ceux qui s’éveillent,
A moins que l’enfant ne nous ait mis en sommeil pour la vie...
Léogane, une demeure à la pointe d’une île blanche,
Un lieu où descendre au fond de soi.
C’est un cérémonial dans lequel on entre,
Un itinéraire commencé avant l’aube.
L’enfant nous guide d’un pas de sourcier.
Une cloche tinte. Elle nous rappelle que le temps
Laisse en nous l’empreinte de ses dents voraces.
Le péril est au bout de cette longe qui nous tient attentifs.
N’allons pas au-delà du signe sur la pierre,
Du tatouage sur la rive abordée.
A nos épaules le temps pèse de tout son âge
Tandis qu’au loin se perçoit le murmure des orges et des blés.


 

Jadis, sur les plaines,

Il y avait des brumes,

Dans les hêtres pleureurs

Des battements furtifs.

La vie était à son zénith.

Au large, la mer essaimait ses lames grises.

Non, je ne te demanderai pas de te souvenir,

Seulement de me dépeindre le monde

Imprévisible qui t’habite.

L’immensité repose en toi.

Ton regard est plus insondable que l’univers.

Rien qui n’y soit pas depuis toujours.

Une lueur tempère les ténèbres,

Partout se respire une persistante odeur d’oyat.

 

 

Admettons que les choses

Ne fassent que semblant de recommencer.

Lorsque l’œuvre sera accomplie, la parole dite,

Qu’auras-tu à m’apporter de meilleur,

A me confier de nécessaire ?

Une fête s’installera dans son décor gaufré.

Les baraques de tir, les manèges,

Les vieilles mélodies, les clowns plus tristes

Que des soldats à la parade,

Cette joie monotone pour notre avril.

Peut-être me diras-tu : il se fait tard ?

J’aurai un petit rire. Il pleuvra.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( extraits de " PROFIL de la NUIT " )

 

 

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 08:16
Une falaise au bout du monde de Carl Nixon

 

Le 4 avril 1978, John Chamberlain conduit sa famille pour une visite touristique dans la région la plus sauvage de Nouvelle-Zélande, la West Coast de l’île du sud. Il est en retard, la nuit tombe, la pluie aussi, la route est très dangereuse, la voiture dérape sur une large flaque d’eau, dévale le ravin avant de plonger dans les gorges d’une rivière en crue. La famille est portée disparue : John, sa femme Julia, leurs enfants Katherine, Maurice, Tommy et la petite dernière Emma, aucune trace n’est visible depuis la route, personne ne soupçonnera cet accident. Arrivé directement de Londres pour prendre un nouvel emploi à Wellington, personne n’attend John avant plusieurs jours. En novembre 2010, Suzanne, la sœur de Julia, apprend que des ossements appartenant à Maurice ont été retrouvés au pied d’une falaise bordant la Mer de Tasman. Ces reliques montrent qu’il aurait vécu plusieurs années après l’accident.

 

Dans un texte très construit, constitué de scènes comme des pièces de puzzle que le lecteur assemble pour découvrir l’aventure de la famille Chamberlain ou du moins de ce qu’il en reste, Carl Nixon raconte l’histoire des trois plus grands enfants qui ont survécu à l’accident, parallèlement aux démarches entreprises par Suzanne pour savoir ce qui est advenu de la famille de sa sœur. Les trois aînés ont survécu à l’accident, ils ont été recueillis par un homme rustre et brutal, seul habitant d’un minuscule hameau avec une vieille femme tout aussi fruste. Ils vivent dans une autarcie presque parfaite dans laquelle ils veulent inclure les enfants en les faisant travailler durement sans leur laisser la possibilité de chercher une issue à leur situation. Ils n’ont plus que le choix d’accepter leur sort en se fondant définitivement dans la vie de la vallée avec les deux rustres ou tenter une évasion périlleuse aux risques de leur vie.

 

Dans ce roman noir, Carl Nixon évoque une région particulièrement sauvage et bien peu connue de la Nouvelle-Zélande, une région propice à ceux qui voudraient essayer de vivre en totale autarcie et en parfaite harmonie avec la nature comme certains le prône actuellement. Mais, aussi, une région très accueillante pour ceux qui auraient un passé à faire oublier ou des frasques à dissimuler. Les infrastructures y sont sommaires et les habitants plutôt sauvages, seuls des touristes  avides de sensations fortes s’aventurent dans cette région. Suzanne y fera plusieurs expéditions et une enquête sérieuse.

 

Le nœud de ce roman réside dans le dilemme qui s’impose aux enfants : le retour définitif à la nature avec deux êtres frustes mais simples avec leurs vices, leurs secrets et leurs combines ou le retour à la civilisation en affrontant leurs geôliers et l’exubérance naturelle et géographique qui les encercle. In fine, un très bon roman, une belle histoire d’aventure comme personne ne soupçonne qu’il peut encore en exister et un dilemme qui peut faire réfléchir ceux qui rêvent d’un retour définitif et absolu à la nature d’origine. La construction de l’intrigue est particulièrement efficace et agréable, elle permet de faire avancer le récit sans aucune longueur et sans sombrer dans les traditionnelles scènes d’horreur, plus souvent pathétiques et grotesques qu’épouvantables.

 

Denis BILLAMBOZ


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L'auteur

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 10:42

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Pour nombre d'entre nous, Boris Pasternak n'est autre que l'auteur d'un roman " Le docteur Jivago " qui inspira au cinéaste David Lean  un film qui, pour plusieurs raisons, reste un grand moment de cinéma : tout d'abord parce qu'il brosse sur la révolution russe une fresque impressionnante, ensuite pour l'admirable interprétation des deux principaux acteurs Omar Sharif et Julie Chritie, enfin pour la beauté glacée des images qui nous rendent fidèlement l'atmosphère du roman. Même s'il est bien vu d'une certaine intelligentsia de moquer l'oeuvre de David Lean et  "le sirop flonflonnant de Maurice Jarre" - ce long métrage a pris rang parmi les oeuvres qui honorent le cinéma et que je revois, personnellement, avec un égal plaisir, simplement parce que les sentiments exprimés  sont justes et souvent poignants et que le réalisateur, sans éviter certaines facilités et simplifications, n'en a pas moins filmé les scènes d'une caméra élégante et sensible. Mais le principal mérite de ces superproductions est de nous donner l'envie d'en savoir davantage sur les romans et les écrivains qui les ont rédigés.


Qui est Boris Pasternak ? Un écrivain russe qui fut, comme la plupart des auteurs de son temps, muselé par le pouvoir bolchevique :

Leurs prophètes se transforment en vent
En cendres leurs poètes
Ils n'auront plus la lumière du jour

Plus d'eau et plus jamais d'été.



Boris était né à Moscou le 10 février 1890 dans une famille d'artistes aisés. Après des études classiques, il se passionna pour la musique, étudia la composition musicale qu'il délaissera au bout de six ans pour s'inscrire à la faculté d'histoire et de philologie. Il s'orientera ensuite vers la philosophie, passera un semestre à l'Université de Marbourg, voyagea en Suisse et en Italie et terminera ses études à Moscou. Bien que plus ou moins marqué par les mouvements littéraires en vogue, les écrits de Pasternak prouvent, en même temps que son effort pour s'intégrer à son époque, son refus d'accepter les normes imposées. Il préconise " une pensée nouvelle plutôt qu'un pur langage". C'est à sa formation musicale et philosophique qu'il devait en partie la facture originale de sa poésie, souvent déroutante et rebelle à la traduction. Mais la double emprise de la musique et de la philosophie n'expliquerait pas tout sans l'apport de sa foi, une foi absolue, totale, confiante, qui donne à l'ensemble de ses textes un ton rare, parfois inspiré.



C'est dans les années 30 que Pasternak découvre avec horreur la violence exercée sur les paysans pour les amener de force dans les kolkhoses, qu'il réalise les traitements infligés aux  artistes, dont la plupart se voient relégués sous les miradors ou proscrits et privés de leur nationalité. Cinq poètes majeurs meurent à la fleur de l'âge : Nicolas Goumilev, époux de la grande Anna Akmatova, est fusillé ; Alexandre Blok meurt d'une sorte de consomption : " Le poète meurt parce qu'il ne peut plus respirer. La vie a perdu son sens " - a-t-il écrit ; Serge Essenine met fin à ses jours comme le feront Maïakoski et Marina Tsvétaïeva. Une nuit polaire s'est abattue sur la pensée russe.

 


Pasternak résiste, mais ce qu'il a vu de ses propres yeux dans la région de l'Oural le remplit de désespoir. Malade, il se cantonne désormais dans sa datcha de Peredelkino, vivant, grâce à sa connaissance approfondie des langues étrangères, de la traduction de grands auteurs comme Rilke, Verlaine, Goethe et presque tout Shakespeare. En 1946, après sa rencontre avec Olga Ivinskaïa - avec laquelle, bien que marié, il vivra une intense passion - il commence à rédiger "Le docteur Jivago" qui raconte la vie d'une famille et la passion amoureuse d'un médecin durant les événements tragiques de la révolution russe et dont le but - disait-il -  est de rendre son peuple à son histoire et son âme à la société à laquelle elle appartient.

 

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En 1956, il adresse son manuscrit à 3 revues soviétiques, en même temps qu'il le fait passer en Italie, où l'éditeur communiste Feltrinelli accepte de le publier. Peu après, le scandale soulevé par la parution du chef-d'oeuvre éclate et il doit refuser le prix Nobel de littérature que lui ont attribué les jurés de Stockholm. Au succès triomphal du romancier dans le monde libre, Nikita Khrouchtchev et son équipe opposent une condamnation de l'oeuvre et l'expulsion de l'auteur de l'Union des Ecrivains. Traité de"mauvaise herbe littéraire", de "criminel", férocement persécuté par ses confrères complices du régime, l'écrivain malade, épié, surveillé, va vivre un calvaire jusqu'à sa mort survenue à la suite d'un cancer le 31 mai 1960. Docteur Jivago ne sera autorisé en URSS qu'en 1988. Boris aura été l'un des premiers à déceler la distance grandissante qui existait entre l'idéal révolutionnaire et la pratique communiste. Mais alors que ses proches seront arrêtés ou fusillés comme Boutcharine, il passe miraculeusement à travers les mailles du filet pendant presque 40 ans. En 1936, il sera visité par deux écrivains français dont la sensibilité était très pro-soviétique : Gide et Malraux. On avancera que Staline n'était pas insensible à la beauté de ses poèmes. 

 

                                                Quelle vilenie ai-je faite ?
                                               Suis-je un assassin - un malfaiteur ?
                                             J'ai seulement fait pleurer le monde entier
                                            Sur la beauté de ma terre.

 

Mais tel que me voilà, aux portes du tombeau,
Je crois qu'un jour viendra
Où les forces du mal et de la lâcheté
devront céder à la bonté...
                                                         

                                           ( Extrait de Samizdat - Janvier / Mars 1959 )


Pasternak a entretenu pendant plusieurs années une correspondance suivie et triangulaire avec Rainer Maria Rilke et Marina Tsvétaïeva, tous deux également poètes. Rainer vivait alors en Suisse et Marina était exilée en France. Elle reviendra en Russie en 1939 pour s'y suicider peu de temps après en 1941 épouvantée et meurtrie pas les horreurs du stalinisme. Cet échange épistolaire publié par Gallimard dans la collection "L'imaginaire" surprend par son intensité tragique. Alors que les deux poètes russes admiraient dans le grand poète autrichien l'incarnation de la vie spirituelle et de la poésie dans l'universel européen, Rilke, quant à lui, revivait à travers eux le souvenir qu'il avait conservé de ses voyages en Russie à la charnière du XIXe et du XXe siècle, fascination pour les richesses multiples et artistiques de ce pays immense qu'avait su entretenir son amie Lou Andréa-Salomé. Aujourd'hui l'oeuvre poétique et romanesque de Pasternak est traduite et lue dans le monde entier et  Docteur Jivago a pris place parmi les monuments de la littérature russe, donnant raison à cette phrase terrible de Meery Devergnas : " Au pays de la mort, la terre sera féconde".

 

Je suis comme un fauve dans un wagon,
Ailleurs, il y a les gens, l'espace, la clarté,
Et derrière moi, le bruit de la poursuite
Sans espoir de fuite.

  

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Olga Ivinskaïa qui inspira le personnage de Lara

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Boris Pasternak et Olga Ivinskaïa

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 09:28
L'homme qui voulait boire la mer de Pan Bouyoucas

A cinquante-huit ans, Lukas, un Grec exilé à Montréal où il a réussi dans la restauration, est visité dans ses rêves par la jeune fille dont il était amoureux depuis l’école primaire et qu’il a abandonnée sur une plage de Leros, leur île natale, un soir, alors qu’il avait dix-sept ans et elle douze. Il n’a pas eu le courage de résister à la volonté de ses parents souhaitant le voir rompre avec cette fille pas assez bien pour lui. Avant de quitter ce monde, il voudrait lui demander de lui accorder son pardon pour ce lâche abandon, un pardon sans lequel il croit qu’il ne pourrait pas trouver la paix dans l’autre monde.

 

Un soir, après avoir dérogé à son poker rituel, il rentre tard et reste dans sa voiture après l’avoir remisée au garage, prend un somnifère afin d’être certain de dormir pour que la jeune fille Zéphira lui rende visite et qu’il puisse lui implorer son pardon. Mais il a omis de couper le moteur de l'automobile qui dégage des fumées toxiques, ce qui lui fait très vite perdre conscience. Heureusement, la locataire du rez-de-chaussée s'inquiète de ce long séjour au garage, s'y rend et le découvre agonisant. Son intervention permet l’évacuation de Lukas vers un hôpital où les médecins, le supposant perdu, voudraient lui prélever quelques organes encore sains mais son épouse résiste contre vent et marée.

 

Pendant son transfert à l’hôpital et les longues négociations entre les médecins et sa famille, Lukas accomplit un long périple héroïque, digne d’une odyssée mythologique, au sein d’un immense cimetière où il rencontre des gens qu’il a connus, des gens qui l’aiment, d’autres qui lui en veulent un peu, beaucoup, passionnément, lui tendant les pires traquenards auxquels il échappe grâce à l’intervention de Zéphira. Mais, à son grand dam, celle-ci s’esquive avant qu’il ait pu lui quémander son pardon, si bien qu’il reste en équilibre entre le monde des vivants et celui des morts, espérant vivre encore grâce au pardon de la jeune fille. 

 

Ainsi l’auteur propose-t-il au lecteur une aventure onirique et l’invite-t-il à explorer l’espace qui, comme dans la mythologie grecque, existerait entre la vie et la mort. Lukas naviguerait ainsi dans cet entredeux, là où les anciens évoluaient. Ce texte puise son intrigue au cœur des légendes grecques et dans certaines croyances issues d’un syncrétisme entre les religions antiques et les religions monothéistes plus récentes. Comme dans la mythologie, on retrouve les mêmes symboles sexuels, chaque personnage a une aventure, un désir, un écart qu’il lui faudra bien avouer un jour.

« Je n’ai jamais dit qu’on pouvait se servir des rêves pour changer le passé, mon ange. On peut faire de petites visites en rêve à ceux qu’on aime, oui, mais refaire l’histoire ? Personne n’a ce pouvoir… »

 

Dans cette épopée, Pan Bouyoucas évoque non seulement la culpabilité et le culte nécessaire qu’il faut rendre aux aïeux pour accéder au monde des morts et y être accueilli en paix et la recherche de la vérité qu’il faut transmettre à sa descendance, tant il est convaincu que la sérénité éternelle ne sera accessible qu'à ceux qui  l’auront méritée. 

 

« Je me suis lancé dans ce rêve pour redresser le tort que je lui avais fait et dire tout ce que je n’avais pas su lui dire par le passé, afin de m’en libérer et de vivre en paix, avec ma famille, les années qui me restaient… »

 

C’est avec grand plaisir que j’ai acquis ce texte dans une vente de livres d’occasion, ainsi que plusieurs autres  titres, et j’ai toujours été ravi de ces lectures. Je trouve celui-ci un peu rocambolesque mais l’Odyssée, l’Iliade et de nombreuses légendes grecques ne le sont-elles pas aussi ?


Denis BILLAMBOZ


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Pan Bouyoucas

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 09:55
Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens
Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens

Marcel Proust n’a jamais foulé le sol de l’Angleterre, pas plus qu’il ne parlait l’anglais. L’écrivain s’est même opposé de son vivant à la traduction de son œuvre qui, selon lui, en aurait été déformée. Homme de toutes les contradictions, Marcel Proust s’est pourtant lancé dans une entreprise surprenante : la traduction depuis l’anglais des écrits esthétiques de John Ruskin alors même qu’il maîtrisait mal la langue. En cela il fut aidé par sa mère et quelques amis. Par ailleurs, la préface que Proust consacre à « La Bible d’Amiens »  éclaire non seulement la pensée de Ruskin, mais aussi sa propre pensée et sa conception de l’art. Au fil de la lecture s’esquisse les préoccupations de Proust sur l’esthétique et la place qu’il donnera à l’art dans ses ouvrages. John Ruskin se mue en révélateur de la pensée proustienne et son influence marque incontestablement « La Recherche du temps perdu ». Voyons comment.

 

Tout d’abord cette influence ne se fera qu’à travers les œuvres de John Ruskin puisque Proust ne le rencontrera jamais. Celui-ci naît à Londres en 1819 et mourra à Brantwood en 1900 d’un père négociant en alcools et d’une mère sans profession. Il est fils unique et quittera très vite le foyer familial pour voyager. Il est fasciné par la beauté des Alpes, l’architecture gothique, Venise et, en esprit éclectique, s’intéresse à des choses très diverses : les oiseaux, les plantes, l’art de Turner, l’économie sociale, l’éducation des ouvriers, les pré-raphaéliques … Critique d’art et soucieux de sociabilité, il va beaucoup écrire et cherchera toujours à rendre l’art accessible aux plus humbles. En effet, il condamnait  les tâches qui ôtaient à l’homme son libre arbitre. Il s’intéressera même à la pollution industrielle en précurseur, et à la nécessaire prudence qui doit guider toute opération de restauration des bâtiments patrimoniaux. Proust, quant à lui, ne manquera pas de souligner combien la « restauration » de la mémoire involontaire  peut elle aussi engendrer des risques en trahissant ou en modifiant le réel ou encore en l’aménageant autrement.


Ruskin visitera Amiens à maintes reprises, en 1844, 1849, 1854, 1856, 1868 et 1880. Sa première visite le déçoit. On pourrait  comparer sa déception à celle de Swann vis-à-vis d’Odette qui n’est pas son genre de femme. Il est vrai qu’Amiens, au premier abord, n’est pas le genre de cathédrale qu’aime John Ruskin, il la trouve un peu mièvre, cédant trop au … joli. Mais en 1854  son avis  est plus enthousiaste et il reconnait que cet ouvrage, célébré dans toute l’Europe, mérite sa réputation. Il rédigera « La Bible d’Amiens » de 1880 à 1882. En réalité, il souhaitait écrire une histoire de la chrétienté à l’usage des garçons et filles qui avaient été tenus sur les fonts baptismaux. Malheureusement, il ne parviendra à rédiger qu’un seul volume, alors qu’il envisageait de parler également de Vérone, de Pise, de Rome, de Chartres, de Rouen. « Travaillez quand vous avez encore la lumière », précepte de l’Evangile selon Saint Jean qui figure dans la préface que Proust a consacré à « Sésame et les lys ». Comme Ruskin, Marcel Proust redoutera de ne pas pouvoir achever son œuvre.

 

La cathédrale.

La cathédrale.

Ruskin raconte dans « La Bible d’Amiens » les origines de la cathédrale, l’installation des Francs à Amiens et l’évangélisation de la ville, Chilpéric, le père de Clovis, puis Clovis, bien que celui-ci n’ait pas été baptisé à Amiens, cheminement des transgressions que s’autorisera l’auteur. Et puisque la cathédrale a été conçue et bâtie par les descendants des Francs, Ruskin évoque plus longuement, dans le chapitre II, l’histoire de ce peuple et son arrivée en France en provenance de l’Allemagne.  Dans la troisième partie de l’ouvrage, il évoque la propagation des écritures saintes, le rôle que tient saint Jérôme, premier traducteur de la Bible qui donne son nom à ce chapitre III.

 

Le IVe chapitre est sans doute le plus beau parce qu’il parle vraiment de la cathédrale. Ruskin y détaille certains aspects du monument, principalement les sculptures des porches. Puis il évoque les stalles du XVIe siècle, ce qu’il faut voir en priorité : «  sous la main du sculpteur, le bois semble s’être modelé comme de l’argile, s’être plié comme de la soie, avoir poussé comme des branches vivantes, avoir jailli comme de la flamme vivante… » Curieusement, il n’apprécie guère la Vierge dorée à laquelle il trouve de la joliesse et un gai sourire de soubrette, madone nourrice raphaélique, peintre qu’il n’aime guère car il considère qu’il a représenté la Vierge de façon trop humaine, pas assez divine. La madone de la façade ouest lui plaît davantage, madone franque, normande, madone reine, calme, pleine de puissance. Pour Ruskin, la cathédrale est comme l’envers d’une étoffe qui nous aide à comprendre les fils qui produisent le dessin tissé ou brodé du dessus. A ce sujet, et on ne peut manquer de le relever, l’œuvre de Proust sera envisagée comme une cathédrale et également comme une robe : « car épinglant de ci delà un feuillet supplémentaire, je bâtirai mon livre, je n’ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe. » - écrira Marcel Proust. Le livre de Ruskin reste toutefois assez confus avec des phrases alambiquées, souligne  Jérôme Bastianelli car celui-ci est atteint, à l’époque où il le rédige, de « fièvres cérébrales » susceptibles d’altérer son jugement. Alors pour quelle raison, Proust choisit-il de traduire cet ouvrage, alors qu’il maîtrise mal l’anglais et y consacre-t-il tant d’années de sa vie, soit de 1889 à 1906 ? Certainement pour plusieurs. Tout d’abord le prestige dont jouit John Ruskin, son immense culture, et parce qu’à cette époque il est bien vu d’être traducteur. Baudelaire, Mallarmé, Robert d’Humières le seront. Il y a également une mode en vogue, celle des cathédrales : Monet les peint, Huysmans les évoque, Debussy s’en inspire. Proust tente aussi d’effacer le côté un peu décadent de son unique ouvrage « Les plaisirs et les jours » que certains critiques ont comparé à « une serre chaude ».  Et puis la cathédrale d’Amiens parle de la France, ce qui plaît à Proust. Par ailleurs, le choix d’un sujet chrétien rassurera les salons aristocratiques et mondains qu’il fréquente assidûment en pleine affaire Dreyfus et au moment où se discute le projet de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

 

 

La vierge dorée et la madone franque.La vierge dorée et la madone franque.

La vierge dorée et la madone franque.

Les stalles d'Amiens.

Les stalles d'Amiens.

Néanmoins, malgré son souci d’excellence, Proust commet bien des erreurs de traduction assez drôles et inattendues. Mais qu’importe ! Comme Ruskin, il considère que l’essentiel est de donner à penser aux lecteurs, de solliciter leur imagination, de les inciter à mettre leurs pas dans ceux de l’auteur et de partir à la découverte de ce magnifique monument. En quelque sorte de servir l’art qui est la part la plus haute de l’homme. Ruskin lui insuffle le goût de l’architecture et Proust ne manquera pas de concevoir son œuvre comme un monument que l’on bâtit pierre à pierre ou mot à mot. Cette traduction lui conférera un matériau littéraire indéniable. S’il juge que Ruskin a parfois cédé à l’idolâtrie, ce qui signifie qu’il a apprécié certaines choses pour des raisons qui leur sont étrangères et qu’il a placé en elles des valeurs qu’elles n’expriment pas, lui-même n’échappera pas à cette idolâtrie en souhaitant que figure, à la porte de la cathédrale d’Amiens, Ruskin en personne comme le cinquième prophète, suscitant la moquerie inévitable de quelques lecteurs. Par la suite, il partira sur les traces de Ruskin à Venise en mai 1900 avec sa mère, Reynaldo Hahn et Marie Nordlinger, puis seul en octobre de la même année, voyages que l’on retrouvera réinterprétés et magnifiés dans La Recherche. Ce qui confirme que Ruskin fut bien pour Marcel Proust un initiateur. L'écrivain Jérôme Bastanelli nous éclaire sur ce sujet dans un dictionnaire passionnant "Proust et Ruskin" publié par les Classiques Garnier.

 

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JOHN RUSKIN OU LE CULTE DE LA BEAUTE
 

 

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Jérôme Bastianelli est critique musical  pour le magazine Diapason.

Il est l'auteur de quatre essais biographiques :

Jérôme Bastianelli a également collaboré à la rédaction des ouvrages suivants :

 

 

Détails des stalles d'Amiens.
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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 10:32
Chambre avec vur sur l'océan de Jasna Samic

Ce livre est le seul de la tétralogie que Jasna Samic a consacré à Sarajevo, sa ville de cœur et d’origine, rédigé en serbo-croate avec une traduction de Gérard Adam en collaboration avec l’auteure et il est désormais, comme les trois autres tomes, disponible en français. Cet opus est divisé en trois parties : la première écrite comme un durant la guerre de Bosnie, la seconde comme un avant et la troisième comme un après. Quand la guerre éclate en Bosnie, Mira, qui est un peu Jasna elle-même, se trouve à Paris où elle séjourne pour les nécessités de son métier de musicienne. Totalement démoralisée par le martyr infligé à Sarajevo, par les souffrances et les privations insupportables endurées par la population, notamment sa famille et ses amis, elle perd progressivement tout espoir en assistant au triste spectacle donné par ses compatriotes en exil à Paris. Ils sont tout autant désorganisés que les factions bosniennes sur le terrain, peut-être plus encore, division irréversible qui conduit à la haine et à la violence, aux règlement de comptes et aux manipulations.

 

Mira se démène dans la capitale française pour essayer de vivre de sa musique tout en apportant une aide précieuse à ceux restés au pays. Elle se rend rapidement compte que toutes les manifestations, où elle est invitée ou convoquée, ne servent qu’à faire valoir les intérêts de ceux qui les organisent. De même qu’elle constate bien vite que les promesses, qu’on lui fait, ne sont que très rarement honorées. Elle ne supporte plus la condescendance de ceux qui font semblant de compatir au drame bosnien, ne supporte plus de quémander sans cesse, ne supporte plus les profiteurs et manipulateurs qui l’entraînent dans des démarches dont ils sont les seuls à pouvoir espérer tirer un quelconque profit.

 

La passivité de ceux qui devraient être les alliés de son pays la démoralise, le déracinement lui pèse, la santé des siens restés au pays la mine, l’attitude de ses concitoyens la dégoute, elle ne tolère même plus l’aigreur passive de son mari, son couple part à vau l’eau, elle voudrait rentrer au pays où sa tante se meurt, mais c’est impossible. Alors, pour trouver une raison de vivre encore, elle se souvient de la saga familiale, comment ses aïeux ont construit une famille multiethnique, puisant dans des origines diverses et pratiquant, ou ne pratiquant pas, des religions différentes. Elle raconte comment chacun des membres de cette famille a parcouru le chemin, parfois douloureux, parfois plus joyeux qui a conduit le Bosnie au cœur d’un conflit où trop de choses concourraient à construire un immense foyer de haine pour qu’un avenir paisible soit envisageable. 

 

Et, quand les canons se sont tus, elle est rentrée au pays pour retrouver les siens mais tous n’étaient pas là, et ceux qui étaient toujours là n’étaient plus les mêmes, la terreur avait laissé des stigmates trop profonds pour être sans effets, des traumatismes inguérissables, des déchirures encore plus douloureuses que celles qui existaient avant. Les obus tombaient mais les rumeurs, les manipulations, les coups bas causaient encore davantage de dégâts. Les projectiles frappaient aveuglément, les coups bas avec une plus grande précision. La Bosnie était devenue le champ de bataille de nombreux conflits internationaux, la chasse gardée de très nombreuses organisations plus ou moins mafieuses, la plaque tournante de tous les trafics possibles. Trop d’intérêts y sont encore en jeu pour qu’un jour les Bosniens espèrent retrouver la paix sous les frondaisons des forêts et terrasses de ce qui fut leur beau pays. La paix semble pire que la guerre, Mira a perdu espoir, les coups bas ne l’ont pas épargnée, Jasna non plus. Elle n’était pas là quand les Bosniens de tous les camps souffraient et mouraient, certains ne le lui pardonnent pas et d’autres utilisent cet argument pour rejeter ceux qui pourraient jouer un rôle dans le nouveau pays. Aux confins des grands empires d’Orient et d’Occident, la Bosnie serait-elle condamnée à vivre perpétuellement dans la terreur, la haine et la violence ?


Denis BILLAMBOZ


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Chambre avec vur sur l'océan de Jasna Samic
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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 10:29
Histoire du juif errant de Jean d'Ormesson

À Venise, au pied de la Douane de mer, en face du palais des Doges et de San Giorgio Maggiore, deux jeunes gens, qui s'aiment, vont écouter, le soir, un personnage surprenant qui, comme la conteuse des mille et une nuits, évoquent des aventures extraordinaires. Ses récits vont les entraîner, à travers l'espace et le temps, dans un tourbillon et une succession d’événements présentés sous des éclairages imprévus et en des lieux et des époques qui ont marqué à jamais l’histoire des hommes. Ainsi se familiariseront-ils, de même que les lecteurs que nous sommes, avec des personnages comme Stendhal et Christophe Colomb, des Chinois et des Arabes, le procurateur de Judée et des guerriers vikings. En leur compagnie, nous suivrons le raid israélien sur Entebbe, nous découvrirons l'invention du zéro, les amours de Chateaubriand et de Natalie de Noailles, ce qui compose le quotidien des hommes et contribue à leurs grandeur et à leur misère. L'homme à l'imperméable raconte, avant de disparaître comme il est apparu, ses souvenirs qui se confondent avec la vie et se prétend condamné à l'immortalité pour avoir refusé, sur le chemin du Calvaire, un verre d'eau à Jésus titubant sous sa croix.

 

Reprenant le célèbre mythe du juif errant, Jean d’Ormesson réécrit l’histoire du monde à sa façon, mêlant la légende et la fable à la réalité, sans oublier de glisser un peu d’humour et de pittoresque dans le récit rocambolesque de ce vagabond qui tente de trouver un sens à son destin entre l’inexorable passage du temps et l’assourdissant silence des dieux. Tant que la terre tourne, les rêves se poursuivent pour ce juif errant qui se dit personne et qui est, en définitive, tout le monde, principalement celui qui marche et ne s’arrête jamais car il est interdit d’amour et de mort.

 

«  Mes enfants, dit Simon, il n’y a rien de plus beau que l’histoire des hommes. Pour la raison la plus simple : il n’y a rien d’autre. Les poissons dans la mer, c’est l’histoire des hommes ; les étoiles les plus lointaines et les galaxies qui s’enfuient à tire-d’aile, c’est encore l’histoire des hommes. Une matière sans la vie serait à peine une matière. Une vie sans la conscience serait à peine une vie. Les étoiles, les poissons, les pierres ne seraient rien, ou presque rien, s’il n’y avait pas l’homme pour les voir, et surtout pour en parler. Pour leur donner un sens. Et pour les empêcher d’être quelque chose comme un néant. Les étoiles, les pierres, les poissons dans la mer, les arbres dans les forêts entretiennent avec les hommes des liens obscurs et secrets. Ils sont des étapes, ou des écarts, sur leur chemin. Ils sont emportés dans la même aventure. Tout ce que nous pouvons nommer et décrire, et même l’ineffable dont nous nous risquons à parler, appartient à l’histoire. Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire. Mais tout ce que nous disons et pensons, et jusqu’au reste dont nous disons que nous ne pouvons rien en dire, est au cœur de l’histoire des hommes. »

 

Jean d’Ormesson a rédigé là un livre éblouissant qui ne nous fait pas seulement voyager dans le temps mais dans l’histoire, un livre d’une grande érudition auquel nous pardonnerons quelques longueurs tant le style est vif, les images séduisantes, la plupart des personnages truculents et plein de panache. Nous sommes ici à Rome, à Thèbes, à Byzance, à Ravenne, dans l’Oural ou au fin fond de la Sibérie, au bord de la mer d’Aral, dans les défilés de l’Hidou Kouch, en Chine et chez les Améridiens, avec Alaric et Frédéric II, Néron et la comtesse Thamar, Démétrios et Poppée, Ponce Pilate et Marie de Magdala, Gengis Khân et François s’Assise, car notre conteur n’est autre qu’un homme mémoire, mémoire sans laquelle le temps et l’histoire n’existeraient pas.

 

«  J’ai le vertige du monde, dit Simon. Vous savez ce que je voudrais ? Je voudrais disparaître. Je voudrais tout effacer. Moi d’abord. Et le reste aussi. Mais rien de s’efface jamais. Tout s’accumule et se poursuit. La malédiction n’est pas de marcher. Elle n’est même pas de ne pas mourir. La malédiction, c’est que l’histoire ne s’arrête pas. La roue n’en finit pas de tourner et aucune force du monde, aucune révolution aucune passion, aucun dieu ne pourrait la freiner. Vous souvenez-vous de Sisyphe qui avait, lui aussi, apprivoisé la mort, qui l’avait enchaînée et qui avait été condamné jusqu’à la fin des temps à pousser un rocher vers le sommet d’une montagne d’où il ne cessait de retomber ? Jusqu’à la fin des temps…Je suis un autre Sisyphe.

 

(…) Il n’y a qu’une chose sous le soleil qui mette un terme pour un temps, à l’écoulement perpétuel : c’est l’amour. L’amour nous fait échapper à l’éternel enchaînement. A l’éternel progrès qui n’est qu’un éternel écroulement. Il nous pousse hors de nous-mêmes. Il brise le cercle infernal. Aimer, c’est oublier le monde, le temps qui passe, le malheur d’exister. C’est s’oublier soi-même au profit d’autre chose. C’est découvrir la vérité au-delà des apparences et choisir ce qui dure contre ce qui s’évanouit. En un sens, un Socrate, un Bouddha, le Christ n’ont rien enseigné d’autre. C’est pour m’être refusé à l’amour que je suis tombé dans l’histoire.

 

Quelle leçon tirer de ce remarquable ouvrage publié en 1993, sinon que l’histoire est ce que nous en faisons et que le souvenir est notre propre histoire, celle qui nous fait exister et durer, puisque nous sommes des êtres incarnés dans le temps et l’espace. L’espace me fait exister, dit Simon, le temps me tue.

 

« Voilà. Je ne crois pas à grand-chose, mais je crois à autre chose. Je crois à autre chose qu’à cette somme d’aventures auxquelles je n’en finis pas d’être mêlé dans ce monde que je vous raconte nuit après nuit dans la splendeur de Venise, image paradoxale et fragile de toute l’histoire des hommes. Oui, je crois à autre chose. J’ai rêvé d’écrire, sur le temps et au-delà du temps, une histoire d’éternité. Et ce qui en est le plus proche, c’est un visage de supplicié entr’aperçu un soir, sous le règne de Tibère, dans un faubourg de Jérusalem, au début du printemps.

 

Ainsi marche Ahasvérus ou Simon Fussgänger qui changera de nom tout au long du récit puisqu'il est condamné à errer pour avoir refusé un verre d'eau à Jésus lors de sa montée sur le mont Calvaire (Golgotha). Un texte épique d'où n'est pas exclu un certain étalage culturel mais qui propose au lecteur une réflexion sur l'histoire humaine absolument passionnante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Jean d'Ormesson et les étrangetés du monde

 

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 09:25
Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson

Dans la petite ville suédoise de Sigtuna, entre Stockholm et Uppsala, une pasteure à la retraite est découverte morte baignant dans une mare de sang. La police, ne constatant aucune blessure apparente sur la dépouille, décide de ne pas ouvrir d’enquête et de transférer celle-ci au service d’anatomopathologie chargé d’élucider les décès inexpliqués par mort non violente. Mais un examen un peu plus poussé laisse entrevoir l’hypothèse d’une mort relevant du domaine de compétence de la médecine légale. Après bien des discussions, le corps est transporté dans ce service où il est autopsié par un jeune assistant français sous la houlette de son mentor, un médecin légiste hongrois particulièrement sourcilleux et pointilleux. Celui-ci demande des analyses complémentaires, jugées inutiles par son disciple, pour détecter l’éventuelle présence d’arsenic et de métaux lourds dans le corps de la victime.

 

L’arsenic et le plomb étant bien présents à forte dose, de nouvelles hypothèses sont donc possibles. Assistés par un praticien spécialiste de la médecine environnementale, par une pomologue, médecin en retraite elle aussi, et par quelques autres spécialistes des sciences environnementales et des métaux lourds, les deux légistes échafaudent des hypothèses toutes plus complexes et aléatoires les unes que les autres. Aucune ne donnent entière satisfaction, toutes contredisent un ou plusieurs détails constatés lors de l’analyse. Le mystère semble s’épaissir au fur et à mesure que l’enquête progresse.

 

Dans ce roman, j’ai eu l’impression que l’auteur ne cherchait pas essentiellement à trouver une solution particulièrement astucieuse à son intrigue, j’ai  eu davantage le sentiment qu’il tentait d'expliquer comment la victime était décédée en construisant une enquête menée par deux légistes férues de chimie et plus particulièrement de la chimie de l’arsenic et des métaux lourds. La partie de l’enquête consacrée à l’action de ces éléments est très détaillée, elle s’appuie sur des analyses et des connaissances extrêmement pointues. Les légistes, et ceux qui les assistent, s’affrontent sur la base d’arguments faisant appel à des notions chimiques très élaborées.

 

D'autant que l'ouvrage  ne concerne pas seulement la chimie et les méfaits de l’arsenic et des métaux lourds dans l’environnement en Suède, il dresse un portrait de la société suédoise en mettant en évidence ce qui peut éventuellement contraster avec celle de la France : une plus grande ouverture aux étrangers dans l’accès aux responsabilités, une plus grande place réservée aux femmes dans la hiérarchie administrative, y compris la police, des différences notoires dans l’organisation des divers services concernés par cette enquête. Il dépeint aussi les Suédois par opposition aux Français en illustrant les différences à travers cette citation : « … si on voulait conserver son emploi dans un pays où l’évitement du conflit était poussé jusqu’à l’absurde et où la moindre remarque était prise comme une attaque personnelle insupportable ». Les Suédois ont un tempérament bien trempé, ils sont respectueux des lois et règlements mais se révèlent susceptibles et délicats dans leurs rapports sociaux. Peut-être les Français sont-ils moins respectueux des contraintes administratives et de leurs prochains? Au final, un roman plus social et scientifique que policier, une intrigue plus touffue que logique, l’enquête ne progressant pas en éliminant les hypothèses les unes après les autres mais  en les additionnant, et un auteur qui connait bien la Suède et la France, la Suède pour en être un ressortissant, la France pour y vivre. Le meilleur compromis pour sous-entendre certaines comparaisons entre les deux pays.

 

Denis BILLAMBOZ


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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 10:16
Marcel Proust, lecteur

Difficile d’imaginer qu’un grand écrivain n’ait pas été d’abord un grand lecteur. Il en fut ainsi pour l’enfant Proust qui découvrit, grâce à la lecture, sa vocation, de même que son attirance irrésistible pour la chose écrite. Il eut la chance d’avoir en sa mère et sa grand-mère maternelle deux initiatrices de tout premier ordre, l’une et l’autre férues de lecture considéraient comme absurde de ne pas proposer à un enfant des œuvres de réelle qualité. Elles lui laissèrent par conséquent une totale liberté dans le choix des ouvrages et Proust eut d’instinct une attirance pour les écrivains qui avaient du style et étaient fidèles à leur réalité intérieure. Le petit Marcel fut un lecteur attentif et passionné, d’une curiosité insatiable, d’une réceptivité peu commune et il a d’ailleurs décrit dans son texte sur la lecture les moments inoubliables que celle-ci lui aura permis de vivre. "Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré"

 

Proust fut un enfant qu’il fallait sans cesse consoler. Sa mère s’y est employée avec ferveur et entre eux se tissera un lien privilégié que la lecture ne fera que renforcer et que l’écrivain raconte dans « Un amour de Swann », choisissant curieusement  « François le Champi » de George Sand, qui n’est probablement pas le meilleur ouvrage cet auteur, mais a l’avantage de nous dévoiler le sentiment excessif, quasi incestueux, que Marcel éprouvait pour sa mère, puisque le récit de Sand raconte l’amour d’un petit garçon pour la femme d’un meunier qui l’a adopté et qu’il épousera plus tard, étant donné qu’il n’y a pas entre eux de lien de parenté. Il y a là l’ambiguïté qu’aime à susciter Proust et que l’on retrouvera plus tard dans La Recherche lors de la scène à la piscine Deligny, où sa mère en maillot de bain lui apparaîtra alors comme une déesse désirable, hantise probable du désir oedipien et culpabilité permanente qu’il entretint avec un certain masochisme. Dans « Le Temps Retrouvé », il apercevra un exemplaire de « François le Champi » dans la bibliothèque du duc de Guermantes et la vue de l’ouvrage sera comme la madeleine ou le pavé inégal de la cour des Guermantes, un rappel émouvant et un instant vécu à l’état pur, grâce au phénomène de la mémoire involontaire.

 

 Il n’en reste pas moins étrange que George Sand soit le seul auteur que Proust cite dans « La Recherche » à propos de ses lectures enfantines, alors qu’il en avait de nombreuses dans la réalité. Ainsi il se passionnera pour « Le capitaine Fracasse » de Théophile Gautier, une histoire de cape et d’épée comme les aiment en général les garçons  et il le dira dans « Jean Santeuil » : «  Un auteur que l’on aime devient une sorte d’oracle que nous aimons à consulter » - ainsi la littérature a-t-elle eu dans sa vie et dans son œuvre un attrait considérable, illustré, entre autre, par le personnage de Bergotte, mais il sut, néanmoins, à propos de la lecture en limiter l’importance. Adolescent, Alexandre Dumas sera également l’un de ses auteurs de prédilection, enfin la lecture des « Mille et une nuits », qu’il lût dans une traduction de Galland, l’impressionnera à un point tel qu’il lui réservera une place importante dans « La Recherche », tout en veillant à bien signifier sa différence.

 

Proust fut, par ailleurs un oiseau de nuit. On sait l’importance qu’il accorde à ce royaume de la transposition et du rêve où l’on envisage le monde autrement en consacrant davantage de place à l’imagination. Très tôt aussi, il se plaira à parodier les auteurs qu’il aimait. Il avait un don pour l’imitation vocale mais également pour le pastiche littéraire. D’ailleurs, il s’en méfiera par la suite et, passé le temps des pastiches qu’il publiera dans le Figaro, il trouvera sa voix car, disait-il, « chaque écrivain est obligé de faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de faire son son ». Il s’est d’ailleurs toujours attaché à analyser le style et la technique des écrivains mais, prudent, fera en sorte de n’en extraire que ce qui pouvait le servir – chaque écrivain ayant ses sources – et Dieu sait que Proust eut les siennes avant de devenir source à son tour pour ses successeurs nombreux à venir s’y désaltérer - et n’en usera qu’avec intelligence et en donnant une vie comme revisitée, réinventée, aux techniques diverses de ses prédécesseurs. Il connaissait trop le danger d’annihiler ses propres facultés créatives au contact de ses auteurs favoris, faute menaçante et grave qu’il dénoncera à plusieurs reprises : - «  la capacité de lecture profitable, si l’on peut ainsi dire, est beaucoup plus grande chez les penseurs que chez les écrivains d’imagination. Schopenhauer, par exemple, nous offre l’image d’un esprit dont la vitalité porte légèrement la plus énorme lecture, chaque connaissance nouvelle étant immédiatement réduite à la part de réalité, à la portion vivante qu’elle contient ». Et encore : «  Un esprit original sait subordonner la lecture à son activité personnelle ».

 

Etudiant en propédeutique, il se passionnera pour les traductions d’Homère par Leconte de Lisle qui fondent le mythe du premier écrivain. Il interprétera d’ailleurs la cécité d’Homère comme une cécité métaphysique, le regard se fermant au monde extérieur pour mieux s’ouvrir à l’essentiel : monde intérieur délivrant un message selon lequel le véritable artiste doit fermer ses yeux au monde pour entrer en résonance avec lui-même. Dans « Essais et Articles », on lit d’ailleurs ceci à propos d’Homère représenté dans une toile de Rembrandt, toile qui sert ainsi à illustrer la métaphore du regard visionnaire : Voilà  - ce regard qui a compris et doux, du Christ devant la femme adultère,  ce regard du poète qui se redit les vers avec tout leur sens, de l’Homère, ce  regard qui voit toutes les misères, du Christ des pèlerins d’Emmaüs et qui, Christ près des femmes adultères, Homère, Christ des Pèlerins d’Emmaüs, ont le corps étriqué, le geste détendu, dont tout le corps est attentif à leur pensée, et dont les yeux non pas droits et fiers, mais fixes, remplis d’une pensée que c’est notre pensée qui recueille et reconnaît dans leurs orbites respectueuses de ce qu’ils contiennent, et tendus à ne pas la laisser échapper, et le dos voûté volontiers et l’air humble, comme si toute grande pensée, d’Homère ou du Christ, était plus grande qu’eux-mêmes, comme si penser grandement, profondément, c’était justement penser avec un tel respect qu’on ne laisse rien échapper de la pensée.

 

Un peu plus âgé, encouragé en cela par sa grand-mère, il se plonge dans l’œuvre  de Balzac qui ne lui plaît que modérément car son obsession pour la fortune l’agaçait, de même que certaines négligences de style, mais il admirait la puissance de son imagination et le trait de génie du retour de certains des personnages comme Vautrin et Eugène de Rastignac dans plusieurs de ses livres, ainsi que d’avoir parlé de l’homosexualité sans proférer de jugements moraux à cet égard. D’ailleurs les rapprochements entre Charlus et Vautrin sont très significatifs et prouvent l’influence que l’auteur de la « Comédie humaine » eut sur celui de « La Recherche du temps perdu ». Néanmoins, à son sujet, il avoue lors d’une visite à Bernard Fay : « Croyez-vous que ces interminables descriptions, placées au début de la plupart de ses romans, soient distrayantes ou faciles à lire Pourtant le lecteur averti discerne que là réside le nœud de l’intrigue, la solution de tous les problèmes qui seront posés au cours du récit ». Cela, avant de s’enthousiasmer pour Baudelaire, Leconte de Lisle, dont il appréciait la précision de langage et la richesse des références classiques, puis pour Tolstoï, Dickens et George Eliot. Enfin ce seront Racine et Saint-Simon qui l’encouragèrent à ne point se plier aux règles habituelles de la grammaire afin d’obtenir plus de force dans l’expression. Mais si Proust considère qu’un écrivain n’a pas à se soumettre aveuglément aux règles de grammaire, il entend respecter scrupuleusement le sens exact des mots, les mots communs devant être utilisés avec la plus grande précision. Toutefois, si le style le préoccupait, la mémoire, et plus particulièrement le phénomène de la mémoire involontaire et son rôle dans la création artistique, l’obsédait littéralement. Trois écrivains, qu’il appréciait, Chateaubriand, Nerval et Baudelaire y attachaient eux aussi une semblable importance. Ces prédécesseurs lui donnèrent ainsi le sentiment qu’il était sur la bonne voie et qu’il devait s’y engager et en analyser les ressources immenses. Le passage de la madeleine n’est pas sans rappeler le chant de la grive dans les bois de Combourg dont usa le vicomte. Proust ne manqua pas de reconnaître, à sa façon, sa dette envers son aîné : « N’est-ce pas à une sensation du genre de la madeleine qu’est suspendue la plus belle partie des Mémoires d’Outre-Tombe ? » - écrira-t-il avec une certaine mauvaise foi, car c’est le contraire qu’il aurait dû dire : «  N’est-ce pas à une sensation du genre du chant de la grive qu’est suspendue la plus belle partie de « A la Recherche du Temps perdu » ?

 

Par ailleurs, « Les Fleurs du mal », dont il souligne : « Ce livre sublime mais grimaçant, où la pitié ricane, où la débauche fait le signe de la croix, où le soin d’enseigner la plus profonde théologie est confié à Satan » - l’interpelle à coup sûr. Tout au long de sa vie et de ses écrits, Proust cite Baudelaire et le considère comme le plus grand poète du XIXe siècle. Selon lui, le poète jouit du verbe  « le plus puissant qui ait éclaté des lèvres humaines », un verbe cent fois plus fort  que celui de Victor Hugo et une poésie qui a le mérite de n’avoir d’autre but qu’elle-même. Il souligne que « ressentir toutes les douleurs mais être assez maître de soi pour ne pas se déplaire à les regarder » - éclaire la conception esthétique et morale du poète qui apparaît presque aussi hanté par le mal que Dostoïevski. Comme Proust, Baudelaire avait la nostalgie du paradis perdu de l’enfance et souffrait de son manque de détermination ; comme lui, il aimait passionnément sa mère et s’adonnait aux narcotiques. Ces écrivains étaient sa véritable parentèle. Il s’inscrivait déjà dans leur lignée prestigieuse.

 

Depuis sa plus tendre enfance, Marcel Proust a été sensible à la poésie et lui-même écrivit quelques poèmes qui ne sont pas mémorables, du moins la poésie aura-t-elle inspiré sa prose et, le lire à voix haute, est l’assurance qu’il fût à sa façon, et en prosateur, un grand poète. Oui, la poésie a agi à la manière d’une irradiation. Que ce soit Baudelaire, Vigny, Nerval, Sully Prudhomme, ces poètes lus avec passion et attention auront laissé leur empreinte dans sa sensibilité  et tissé des réseaux thématiques importants, ne serait-ce que dans les fondations et soubassements de son grand-œuvre : La RechercheNous savons, d’autre part, que le fait de trouver sa voix personnelle est survenu tardivement dans sa vie, d’où l’intérêt, la curiosité qu’il a accordé à écouter, entendre, disséquer celles des autres. Ainsi ses lectures ont-elles participé au dynamisme permanent de son évolution créatrice, sans qu’il ne cède jamais à la tentation de les imiter. Sa formidable culture littéraire est un des éléments constitutif de son génie, de cette structure interne qui lui a permis d’élever son œuvre à la hauteur de ses aspirations.  Aurait-il été l’écrivain qu’il fût s’il n’avait pas été un pareil lecteur ? Probablement pas ! C’est d’ailleurs grâce à ses lectures, nombreuses et attentives, qu’il a pu truffer de citations les dialogues de ses personnages et donner à chacun une voix particulière et étonnement personnelle. Ses amis prétendaient qu’il avait tout lu et rien oublié.

 

Parmi les grands textes qui l’ont forgé et ont fait de lui un héritier, il faut citer les incontournables : Racine, Madame de Sévigné, Ruskin, Edgar Poe et Dostoïevski. A Edgar Poe, par exemple, il empruntera ni plus, ni moins, sa méthode de composition, celle-ci étant capitale pour tout écrivain et elle le sera d’autant plus que celle de Poe est originale : commencer par la fin. Proust n’hésitera pas à suivre ce conseil après avoir lu Poe et écrira, dans une lettre à Mme Straus, cette phrase énigmatique à l’époque : « Je viens de commencer – et de finir – tout un long livre. » La suggestion d’Edgar Poe vient de rencontrer un émule. On voit qu’aucun acquis théorique n’est perdu pour Marcel et qu’il récolte son miel au fur et à mesure de ses lectures, sachant les sucs des fleurs qui lui sont les plus favorables. Et il poursuit : « Ce n’est qu’à la fin du livre, et une fois les leçons de la vie comprises, que ma pensée se dévoilera. » Ainsi obéit-il aux impératifs d’un plan secret, transposant une construction en un parcours de vie, la vie étant le symbole incarné d’une existence.  Que faisait d’autre Baudelaire en notant à son tour : « Un bon auteur a déjà sa dernière ligne en vue quand il écrit les premières. », sinon de paraphraser Poe qui considérait toute œuvre comme une « totalité préconçue ». Chez Madame de Sévigné, ce que Proust admirera le plus, à la suite de sa grand-mère et de sa mère, sera l’élégance du style, et à ces deux êtres indissociables de sa vie réelle, il ajoutera le personnage fictif de Mme de Villeparisis qui aura, au sujet de l’épistolière, une longue discussion avec le baron de Charlus dans « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » ; ainsi Proust se plaît-il à nous plonger dans le Grand-Siècle avec ses formules et gestes de politesse inculqués comme un art.

 

Par ailleurs, le fait que John Ruskin, Stevenson, George Eliot ou Thomas Hardy soient peu mentionnés dans La Recherche ne signifie nullement qu’ils ont eu peu d’influence auprès du lecteur Proust. Comme Baudelaire, peu cité également, ils ont été entièrement intériorisés. Dans une lettre à Robert de Billy, Proust s’en explique : « C’est curieux que dans tous les genres les plus différents, de George Eliot à Hardy, de Stevenson à Emerson, il n’y a pas de littérature qui ait sur moi un pouvoir comparable à la littérature anglaise et américaine. L’Allemagne, l’Italie, bien souvent la France me laissent indifférent. Mais deux pages du « Moulin sur la Floss »  (d’Eliot) me font pleurer. » Et dans cette lettre, Proust ne fait même pas allusion à  Ruskin, pas plus que dans son œuvre d’ailleurs, alors que son influence fut, à maints égards, déterminante. Voilà un auteur qu’il a traduit avec l’aide de sa mère et qui l’a ouvert à la beauté de l’art médiéval, tout en lui inspirant nombre des propos qu’il placera dans la bouche du peintre Elstir. Proust passera neuf années dans l’obsession de Ruskin et finira par s’éloigner, car il lui fallait désormais – pour exister lui-même – se détacher du vieux maître, tuer le père, de façon « à renoncer à ce qu’on aime pour le recréer ». Du moins le chroniqueur anglais aura-il eu le mérite d’ouvrir les yeux du jeune Marcel sur l'art en général : peinture, architecture, littérature, mais également géologie, botanique, ornithologie, économie politique, il semble que presqu’aucun sujet n’ait échappé à la curiosité et à l’esprit d’analyse de Ruskin. Proust le découvrit grâce à Robert de la Sizeranne et à son étude « Ruskin et la religion de la beauté », dont le titre ne pouvait manquer de retenir son attention. Pour Ruskin, l’artiste était le lien entre la nature et l’homme et, son obligation, celle de ne dépeindre que ce qu’il voit, considération qui confortait Proust, celui-ci estimant ne pas avoir d’imagination. Sa passion naissante pour le philosophe anglais sera si totale qu’il abandonnera la rédaction un peu brouillonne de «Jean Santeuil» pour s’atteler à la traduction de «La bible d’Amiens». Cette traduction se fera avec l’aide de sa mère, qui maîtrisait parfaitement l’anglais, contrairement à son fils, et les rapprochera d’autant plus qu’Adrien Proust venait de mourir. Mais le traducteur de Ruskin cherchait déjà la forme d’une œuvre personnelle et celle-ci avait le mérite de lui révéler une structure dont il recueillait précieusement les éléments constitutifs pour se les appliquer à lui-même. Ainsi Ruskin et Poe auront-ils largement contribué à forger la technique de la construction de La Recherche. Ce qui n’est pas une mince influence !
 

Sa relation avec la littérature russe est différente. D’abord Tolstoï, « ce dieu serein » qu’il place très haut dans le panthéon de ses artistes, bien au-dessus de Balzac, pour la simple raison qu’il considérait sa conception romanesque proche de l’idéal littéraire. Il écrira dans « Contre Sainte-Beuve » :
« L’impression de puissance et de vie chez Tolstoï vient précisément de ce qui n’est pas observé, mais que chaque geste, chaque parole, chaque action n’étant que la signification d’une loi, on se sent mouvoir au sein d’une multitude de lois. »
Quant à Dostoïevski, c’est l’obsession du crime qui le fascinait : « Tout cela me semble aussi loin de moi que possible, à moins que j’aie en moi des parties que j’ignore, car on ne se réalise que successivement. » Un jour, alors qu’un journaliste lui demandait quel était le plus beau roman du monde qu’il ait lu, Proust avait répondu : L’idiot de Dostoïevski. Il avouera même à Gaston Gallimard qu’il y a beaucoup de Dostoïevski dans la conception de « Du côté de Guermantes ». Dans « La Prisonnière », il s’en explique longuement à Albertine qui devait trouver cela bien ennuyeux :

 

Mais est-ce qu’il a jamais assassiné quelqu’un, Dostoïevsky ? Les romans que je connais de lui pourraient tous s’appeler l’Histoire d’un Crime. C’est une obsession chez lui, ce n’est pas naturel qu’il parle toujours de ça. – Je ne crois pas, ma petite Albertine, je connais mal sa vie. Il est certain que comme tout le monde il a connu le péché, sous une forme ou sous une autre, et probablement sous une forme que les lois interdisent. En ce sens-là il devait être un peu criminel, comme ses héros, qui ne le sont d’ailleurs pas tout à fait, qu’on condamne avec des circonstances atténuantes. Et ce n’était même peut-être pas la peine qu’il fût criminel. Je ne suis pas romancier ; il est possible que les créateurs soient tentés par certaines formes de vie qu’ils n’ont pas personnellement éprouvées. Si je viens avec vous à Versailles comme nous avons convenu, je vous montrerai le portrait de l’honnête homme par excellence, du meilleur des maris, Choderlos de Laclos, qui a écrit le plus effroyablement pervers des livres, et juste en face de celui de Mme de Genlis qui écrivit des contes moraux et ne se contentera pas de tromper la duchesse d’Orléans, mais la supplicia en détournant d’elle ses enfants. Je reconnais tout de même que chez Dostoïevsky cette préoccupation de l’assassinat  a quelque chose d’extraordinaire et qui me le rend très étranger. Je suis déjà stupéfait quand j’entends Baudelaire dire :

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie…

C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

Mais je peux au moins croire que Baudelaire n’est pas sincère. Tandis que Dostoïevsky … Tout cela me semble aussi loin de moi que possible, à moins que j’aie en moi des parties que j’ignore, car on ne se réalise que successivement. Mais c’est un grand créateur. D’abord, le monde qu’il peint a vraiment l’air d’avoir été créé pour lui. Tous ces bouffons qui reviennent sans cesse, tous les Lebedev, Karamazov, Ivolguine, Segrev, cet incroyable cortège, c’est une humanité plus fantastique que celle qui peuple la ronde de Nuit de Rembrandt. Et peut-être pourtant n’est-elle fantastique que de la même manière, par l’éclairage et le costume, et est-elle au fond courante. En tout cas elle est à la fois pleine de vérités, profonde et unique, n’appartenant qu’à Dostoïevsky.
 

 

Proust s’insérait ainsi dans une lignée en digne héritier de la littérature, celle qui a façonné son art puisqu’il sut toujours s’abreuver aux sources les plus pures. Racine, en particulier, tient un rôle capital dans « La Recherche », car de tous les écrivains qui ont accompagné, nourri l’imaginaire proustien, aucun n’occupe la place dévolue à Racine, essentielle pour la compréhension du personnage du narrateur. Lors de ses études, Proust avait rédigé une composition française qui consistait à comparer Corneille et Racine et l’élève Proust, sans chercher à dissimuler un penchant évident pour l’auteur de Bérénice, « le poète de la rébellion farouche », soulignait honnêtement les évidentes qualités du « précurseur génial ». « Aimer passionnément Racine, ce sera simplement aimer la plus profonde, la plus tendre, la plus douloureuse, la plus sincère intuition de tant de vies charmantes et martyrisées, comme aimer passionnément Corneille, ce serait aimer dans toute son intègre beauté, dans sa fierté inaltérable, la plus haute réalisation d’un idéal héroïque » - écrira-t-il plus tard dans « Contre Sainte-Beuve ». Dans « La Recherche », il faut avouer que Corneille est passablement oublié au profit de Racine, présent et même omniprésent depuis l’enfance du narrateur à Combray. Il saura, comme le souligne finement Mme Muhlstein dans son ouvrage « La bibliothèque de Marcel Proust », fausser le sens de certaines tirades et créer une lecture homosexuelle d’un comique inégalable d’ « Athalie » ou d’ « Esther » et utiliser « Phèdre » afin d’illustrer les tragiques ravages provoqués par la jalousie et l’amour repoussé dans « La Fugitive », Phèdre étant pour Proust le symbole même de l’amour maladie.

 
Ainsi, dans l’ensemble de « La Recherche », les citations de Racine sont-elles nombreuses et diverses pour souligner les sentiments éternels ou particuliers éprouvés par les personnages. L’auteur ne cessera d’avoir recours aux vers d’ « Athalie » pour décrire la chute de Nissim Bernard, l’oncle de Bloch, qui se plaît à débaucher un commis du Grand Hôtel ou un garçon de ferme et use de sa majestueuse sévérité pour pointer du doigt les manœuvres de ce vieux vicieux vantard et sans scrupules. Cette symbiose entre deux écrivains de génie permet au plus moderne des deux d’oser utiliser le langage classique de l’aîné avec aisance et une indiscutable audace. Nous voyons que la lecture a non seulement contribué à élaborer la culture de l’enfant, puis de l’adolescent Proust, mais qu’elle l’a éveillé à des mondes divers dont celui très vaste des idées, a provoqué en lui des émotions nombreuses et l’a éclairé intellectuellement, tout en façonnant ses goûts. Le lecteur qu’il a été, si attentif, si curieux, si avide, si exigeant,  se retrouve dans l’écrivain qu’il sera tout aussi attentif et soucieux de s’insérer dans une filiation et de n’accepter l’héritage qu’en veillant à l’élargir,  l’approfondir, le renouveler. Si, dans un premier temps, il se consacre aux livres des autres comme ce sera le cas avec la traduction de « La Bible d’Amiens » de John Ruskin et ose des pastiches grâce à son talent d’imitateur, une fois ces étapes franchies, il lui faut se lancer et épouser la grande aventure qui est celle de l’écrivain vivant dans l’impatience, la jubilation, le doute, la douleur de la gestation, consacrant ses ultimes forces «  à la transcription d’un univers qui est à redessiner tout entier » - soulignera-t-il. Mais l’idée de lecteur ne le quittera jamais, conscient qu’il ne travaille que dans le but d’éveiller l’intelligence de milliers de lecteurs à venir, afin, qu’à leur tour, ils se penchent sur «  le grand miroir de l’esprit (qui) reflète une réalité nouvelle ».

 

Si lire, c’est partager, écrire, c’est se donner et, en se donnant, se multiplier, s’universaliser. Il est vrai que pour Proust, la vie est avant tout une recréation de l’intelligence, le vrai réel est celui que notre imagination recompose et transcende, tant il est vrai que l’essentiel – et là il rejoint Saint-Exupéry – est invisible pour les yeux et ne l’est que pour l’œil intérieur, c’est-à-dire le coeur. C’est la force de notre esprit qui est en mesure de surmonter nos tares, c’est la puissance de notre pensée qui nous délivre de notre enfermement psychique (rappelons-nous La Prisonnière) et nous permet de passer outre aux contraintes de l’espace et du temps. Proust a eu le mérite de chercher le salut dans la contrainte. Si, dans un premier temps, il s’est immolé dans la douloureuse gestation de l’œuvre et si, en épuisant ce vécu, il s’est exercé à en vaincre la faiblesse, sa rédemption est avant tout envisagée dans une optique humaine. Proust ne demande pas à un dieu de lui prêter sa force, il s’honore de la trouver en soi. Il ne prie pas les anges et les saints de le délivrer du mal, il s’en délivre seul. Mais là où il diffère de Nietzsche et s’approche de Dostoïevski, c’est que, dans son élan, il entraîne le lecteur, son frère humain. Se sauver ? Sans doute, mais ensemble. Car c’est l’œuvre qui est immortelle, elle qui est sanctifiante et rédemptrice, elle qui se partage. Elle est le lieu de rencontre privilégié, comme l’est le chœur de la cathédrale que Proust s’est plu à édifier afin que l’auteur et le lecteur soient unis dans une semblable communion d’esprit. C’est bien là la seule forme de communion dont il avait rêvé lorsqu’il nous demandait de nous pencher sur nous-mêmes, de nous examiner avec probité afin de déceler en nous des traits communs à tous les hommes. En le lisant, nous devenons les lecteurs de nous-mêmes comme autrefois, en lisant les autres, Proust s’était déjà révélé son propre lecteur.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

*« Proust ou la recherche de la rédemption » Armelle Barguillet Hauteloire  - Editions de Paris

 

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