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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 08:22
Philosophie et croyance sont-elles les fruits de notre liberté ?

Il y a une différence entre ce qui est vrai et ce que l’on croit, tant la vérité est une certitude démontrable qui se doit d’être objective, alors que la croyance est une adhésion subjective non démontrable. Ainsi y-a t-il trois formes de croyance :


la superstition = croire à

l’opinion = croire que

la foi = croire en
 

et, à ces trois formes de croyance, l’objectivité s’oppose. Quant à la superstition, c’est une croyance irrationnelle qui admet l’existence de puissances occultes et risque de faire sombrer la personne dans l’irrationnel, souvent par peur ou anxiété. La superstition est le plus souvent le fruit de l’ignorance et de l’inquiétude, sorte de pensée magique qui concerne tous les humains depuis la petite enfance où le nourrisson crie pour que la mère apparaisse aussitôt. Alors quelle différence entre la pensée magique et la religion puisque le religieux a tendance à renvoyer l’homme à un au-delà transcendant ?

Il est vrai que la foi exige un engagement total mais n’est pas fondée sur des arguments rationnels. Croire n’est pas savoir, si bien que le philosophe se refuse à toute croyance, redoutant que la foi opère un déplacement face à la réalité. Lucrèce disait que l’homme a volontiers peur des dieux et de l’au-delà. Epicure, que les dieux de l’Olympe ne peuvent être que bons et parfaits et que l’homme n’a rien à craindre d’eux. Alors que Xénophane s’élevait contre ceux qui projetait l’image des hommes sur les dieux. Descartes, philosophe plus proche de nous, a eu l'audace d'établi trois preuves de l’existence de Dieu. « Il faut nécessairement conclure que Dieu existe ; car je n’aurais pas l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait pas été en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie. »

Selon lui, l’erreur avait pour origine le concours de deux causes : la faculté de connaitre et le libre arbitre. Il fut d’ailleurs poursuivi pour ces propos, péché d’orgueil, assurait-on.  Comment osait-il prouver l’existence de dieu ! On affirmait que ni Dieu, ni l’âme ne pouvaient être démontrés et que la connaissance devait s’astreindre à certaines limites, autrement elle risquait de sombrer dans l’illusion. Les mystiques disent qu’il y a des vérités qui dépassent le savoir et qu’il faut alors s’obliger à une forme supérieure de certitude. A ce propos, Saint Bonaventure soulignait qu’il y a en nous trois regards possibles : celui de la chair, celui de la raison et celui de la contemplation. Or la philosophie entend s’appuyer sur le seul regard de la raison parce que l’on ne peut démontrer que ce que l’on est en mesure de comprendre et de vérifier. D’où la différence de domaine impartie à chacun d’eux. Je peux certes communiquer mon savoir mais je ne puis communiquer ma foi. La foi relevant de l’arbitraire individuel. Sceptique, le philosophe se méfie de tout ce qui n’est pas le fruit de la raison alors que la foi dépend de l’ordre de la croyance.

L’opinion, quant à elle, est bien entendu le fruit de la pensée. Socrate et Platon furent les premiers à partir en guerre contre l’opinion parce qu’il y a deux formes d’opinion : l’opinion juste et l’opinion vraie. Ainsi, arrive-t-il à chacun de nous de dire une chose vraie sans être en mesure de la justifier. Oui, l’opinion énonce très souvent  une vérité sans être capable de la connaître réellement, seulement de la supposer … Dans « La République », Platon précise la différence qui existe entre l’opinion et la réflexion. A chaque chose de notre monde correspond une idée et, en nous tournant vers l’idée de ces choses, nous pouvons atteindre leur connaissance. Quant à l’opinion, elle s’établit sur des réalités sensibles alors même que le monde sensible change et que seul le monde des idées est éternel. Si bien qu’entre vérité et erreur, quelle marge de manœuvre avons-nous pour déceler une vérité ?

Pour ne point les confondre, il faut saisir le mécanisme de la connaissance. Descartes, encore lui, écrit que le pouvoir de comprendre et le pouvoir de juger relèvent de deux facultés différentes : l’entendement et la volonté. Notre entendement est limité, alors que notre volonté peut être totale. Et l’homme s’apparente à Dieu par la volonté, celle qui lui permet de dire oui ou non. Il n’y a rien que la volonté ne puisse s’approprier, tant elle adhère à ce que l’entendement propose. L’erreur n’est pas du côté de la raison mais de la faculté d’affirmer par la volonté que cette idée est vraie ou fausse. Une idée claire est tout de suite présente à l’esprit. Elle ne passe pas par la mémoire, elle est irrésistiblement actuelle. Admettons que le monde soit construit par l’esprit, si bien que c’est lui qui élabore notre univers et lui donne sens. C’est parce que nous avons une liberté et une volonté que nous pouvons adhérer ou nous tromper, coupables d’avoir mal usé de notre entendement et fait mauvais usage de notre liberté. Si bien que nos erreurs sont le résultat de notre liberté, alors qu’une machine peut dijoncter mais ne se trompe pas pour autant puisqu’elle ne peut user d’une quelconque liberté.

Dans l’opinion, n’en doutons pas, la vérité est constamment à l’œuvre. C’est en quelque sorte l’enfance de l’esprit et son pouvoir inaliénable. Si bien que contrairement au corps, l’esprit invite à la vie et évoque le souffle intérieur qui s’oppose à l’attachement aux seules réalités visibles.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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10 juin 2022 5 10 /06 /juin /2022 08:09
Rêver, oser, se dépasser de Justine Hutteau

Si vous avez le moral en berne,  si vous vous sentez tant soit peu déprimé et sans réel projet, si vous avez de 15 à 85 ans, je vous conseille de prendre une bonne dose de vitamines requinquantes en vous procurant le livre publié chez Marabout de la jeune entrepreneuse de « Respire » Justine Hutteau, dont le titre annonce le programme : « Rêver, oser, se dépasser ». Grâce à ces 290 pages, vous allez à coup sûr offrir une cure de désintoxication à votre moral et l’envie immédiate de revoir à la hausse vos semaines à venir, tant chapitre après chapitre, et avec l’appui de quelques collaborateurs du monde du sport et de la santé, Justine Hutteau va vous aider à vous remettre d’aplomb dans votre tête et sur vos orteils, en vous confiant les secrets d’un équilibre psychique et physique à toute épreuve et les recettes pour avancer malgré vos doutes.

 

Justine n’a pas 30 ans, mais elle a déjà fait ses preuves en quittant très tôt le confort de la vie familiale afin de poursuivre ses études à HEC au Canada et en se lançant dans ses premiers marathons sans avoir encore pratiqué à fond la course à pied. Pour cette jeune fille, l’essentiel était de s’engager. La force du corps et la puissance du mental seront les déterminants qui, en mobilisant son énergie et en l’incitant à se dépasser, l’assureront d’une source intarissable d’épanouissement. Avec Justine, on navigue au plus près de l’essentiel de façon à rester en permanence actif et positif. Bien entendu, le repos n’est pas oublié, au contraire nous devons le cultiver et faire de notre existence un ensemble harmonieux qui allie corps et esprit. Chacun de nous éprouve à tout moment des doutes et des inquiétudes. Bien sûr, aucune vie n’est un long fleuve tranquille mais, malgré nos craintes, nous devons avancer, surmonter nos angoisses, nous allier continument à notre corps qui saura adapter son rythme, nous mener au but.

 

Justine a connu des soucis de santé, elle a connu l’inquiétude, mais elle se focalise toujours sur l'important, le fondamental. Courses à pieds et marathons menés à leurs termes, enjeux professionnels conduits avec discernement, voilà comment  progresser pour atteindre ses objectifs sans faillir… Certes, ce livre n’est pas proposé comme un exemple à suivre, plutôt comme un mode d’emploi à mettre en œuvre pour nous éviter les erreurs, les maladresses, les fausses pistes et nous soumettre des objectifs astucieux qui nous inciteront à nous engager en confiance,  avec optimisme et sagesse, même si les résultats tardent à se produire. Ces textes emplis de bonne humeur sont déjà une cure de santé, un bréviaire où puiser des recettes de sagesse, une piste proposée pour que, chacun de nous, quel que soit notre âge et notre parcours, l’envisagions et le menions de manière à atteindre nos objectifs et à assurer ce que l’on appelle  le plaisir de vivre.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Justine présentant l'un de ses produits et avec sa mère au départ d'un marathon
Justine présentant l'un de ses produits et avec sa mère au départ d'un marathon

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 09:23
Les passeurs de mots de Chloé Dusigne

 

Dans l’univers de l’économie sociale et solidaire où je me suis investi pendant de nombreuses années, on promeut et développe le concept d’économie circulaire. En lisant ce texte de Chloé Dusigne, j’ai eu l’impression qu’elle cherchait à inventer une forme de littérature circulaire où l’auteur transmet son texte à celui qui le rend accessible au public par des textes édités sous forme de livres ou déclamés sur des scènes de théâtre. Le public peut alors se nourrir de ces livres et de ces spectacles pour créer de nouveaux textes qui, à leur tour, sont invités à emprunter le même parcours. La boucle est ainsi bouclée, un livre ou un spectacle peut toujours faire naître un autre livre ou un autre spectacle.

 

Dans ce texte, Maurice, vieux libraire solitaire, gère une librairie artisanale traditionnelle comme il n’en existe plus que très peu. Il vend les livres qu’il aime, ceux qu’il voudrait que ses clients lisent. Un jour Maurice reçoit un carton de dossiers qu’il pense écrits par son ami parti en Afghanistan défendre un peuple et une culture qu’il aime et dont il traduit l’une des langues, le farsi. Il transcrit vite ses textes pour qu’ils soient accessibles et les propose à un metteur en scène qui veut bien en faire une pièce de théâtre mais à une condition : que l’auteur, qui a quitté la troupe, revienne pour jouer la pièce. Maurice est chargé de convaincre cet acteur de réintégrer la troupe alors qu’il joue un texte traduit du farsi dans un autre théâtre. C’est au cours des entretiens successifs qu’il a avec cet acteur que Maurice découvre le véritable nom de l’auteur des cahiers qu’il a reçus. La boucle semble ainsi se refermer : la pièce afghane a donné envie à un auteur d’écrire des cahiers qu’un mystérieux donateur a déposés à la librairie de Maurice qui veut les faire éditer dans ce même théâtre, dans une version forte et originale. J’ai trouvé que le travail d’écriture était lui aussi très intéressant dans ce texte elliptique où Chloé Dusigne donne la parole à plusieurs narrateurs apportant chacun un éclairage sur l’intrigue, utilise plusieurs procédés littéraires en insérant dans le corps du roman des passages pour décrire des lieux, des scènes, des personnages ou des objets et même des dialogues afin d'éclairer certains aspects de l’intrigue. A mon sens, ce texte est un véritable exercice de style littéraire qui évoque le circuit du livre, la mise en scène des beaux textes, les événements les plus marquants de notre époque et la grande faiblesse d’une humanité incapable de se gérer autrement que par la force et la violence.

 

On ressent bien, dans cet ouvrage, l’amour de l’écrivaine pour les mots, les textes, les livres, l’écriture, la lecture… « On ne brade pas un livre. Cela ne se fait pas. On le caresse, on le respire, on le tord, on le plie, on le dévore, mais on ne le brade pas ». On comprend bien que le titre est un hommage destiné à tous ceux qui, au long de la chaîne du livre, le font vivre, respirer, circuler, exister pour enchanter, instruire, divertir… les lecteurs ! Tous les inconnus dont on ne lit jamais le nom sur les pages de début ou de fin, toute la pièce  mise  en scène par la même réalisatrice est jouée, s’il le veut bien, par le même acteur. Cette intrigue circulaire n’est peut-être pas le principal intérêt de l'ouvrage, même s’il en est un argument  anonyme qui le fait passer d’une étape à l’autre, parfois même jusqu’à ce qu’il revienne au départ de son périple pour renaître sous une autre forme…


Denis BILLAMBOZ


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Les passeurs de mots de Chloé Dusigne
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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 09:06
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi

 

C'était un temps délicieusement lent,
On se tenait serré comme une meute d'enfants.
Nous avions des refuges, des territoires
Pour braconner les songes,
Des goélettes ancrées en des ports défunts.

 

Lorsque la souffrance se défroissait
Les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
Et ne savaient quel voyage poursuivre ;
Dans quel château hanté s'ébattent les licornes,
Vers quel contre-jour on navigue.

 

Ce chemin, à l'orée, est celui
Où, sans fin, je reviens.
Il y aurait mille possibilités de se perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi.

 

Nous avançons et nos rêves
Sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Ils ont inventorié nos appeaux,
Ils ont l'oeil que nous n'avons pas,
La force que nous n'osons libérer.
Nous pourrions les suivre
Mais, au-delà du seuil, est l'inconnaissable
Que nous n'osons nommer ...

 


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d'hiver
Et nous y vieillirons parmi des arbres
Aux anxieuses ramures.

 


Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
Sans rien attendre de l'empire des songes,
Nous tisserons notre destin
Qui nous fera aigle ou colombe.

 

Extraits de mon recueil de poèmes " Profil de la nuit, un itinéraire en poésie "


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi
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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 09:22
Le rire à travers le temps

Les philosophes grecs avaient de la gaieté et du rire une vision assez surprenante. Pour eux, le rire était le signe d’une perte de la maîtrise de soi. En effet, selon eux, le rieur était précipité hors de lui-même alors que cela ne doit jamais être le fait d’un philosophe. Celui-ci  ne devrait ni rire, ni pleurer. Platon redoutait le théâtre pour cette raison parce que le théâtre a recours à une magie qui incite à rire ou à pleurer. Le rire est toujours lié au corps et entraine un bouleversement de l’âme. On cède à une réaction incontrôlable, si bien que Platon n’hésite pas à écrire que le visible est lié à l’ignorance de soi, alors que la sagesse est  « connais-toi toi-même ».
 

Aristote, disciple de Platon, prétendait  qu’il y a une juste mesure à respecter et un juste milieu entre le sérieux et le risible. Gens enjoués, gens d’esprit, aucun animal ne rit, sauf l’homme soulignait Aristote. Selon lui, l’homme est un animal doué de raison. Il est le seul à expérimenter ses tentations, aussi doit-il veiller à n’en  point trop faire. Selon Aristote encore, la comédie est vulgaire parce qu’elle est tentée de souligner exagérément son propos. Ce qui nous fait rire est, le plus souvent, la laideur physique ou morale. On abaisse volontiers ce qui est noble, on hausse ce qui est bas et on sombre fatalement dans une vulgarité coupable. Aussi les philosophes grecs se méfiaient-ils de la comédie, divertissement léger lié à ce qui est superficiel et commun. On rit du mari trompé, des personnalités en vogue, on décèle trop aisément la transgression, la diablerie. Le rire fait alors l’objet d’un questionnement : doit-on le condamner parce qu’il a un aspect négatif ou le considère-t-on comme le propre de l’homme. « A la bouche des sots, le rire abonde » - était un dicton en vogue à l’époque.  Le rire n’a rien à voir avec la sérénité, la joie spirituelle – soulignait volontiers l’église de l'époque, car il est inspiré par un manque évident d’humilité. C’est en quelque sorte un péché de suffisance et d’orgueil. Enfin le rire n’apparait pas dans les Evangiles. Le rire serait alors le propre de l’homme déchu.

 

Avec Rabelais, le rire revient à la mode. Dans ses satires, il entend instruire par le rire et dénoncer avec humour les abus dont celui-ci a été la victime dans le passé. Si bien qu’il met les rieurs de son côté comme le fera Molière quelque temps plus tard. Se livrer à une thérapie par le rire semble souhaitable à nombre d’entre nous. Au 18e siècle, la comédie s’embourgeoise pour s’allier à l’ordre du réalisme social. Bergson, en 1900, fera paraître un ouvrage sur le rire. Il y souligne « que le comique est proprement humain car on ne rit ni d’un paysage, ni d’un animal ». Le rire est le plus souvent celui d’un groupe. On rit rarement seul et cela implique une certaine dose d’insensibilité, une anesthésie momentanée du cœur. Le philosophe considère  que la raison du rire est la dégradation du vivant. Le rire fuse lorsqu’une raideur s’installe dans l’individu : raideur du caractère, de l’intelligence et, effet comique, lorsque  corps et esprit s’apparentent à une simple mécanique. Le timide nous fait rire ou le distrait ou le bègue, dès lors que le corps et l’esprit s’immobilisent. Le rire constitue aussi une brimade sociale. Il a alors pour fonction de châtier, d’humilier celui qui a cherché à se singulariser du groupe.

 

Pour Freud, l’homme est un quêteur infatigable de plaisir. Chaque renoncement crée un sentiment de frustration, d’où l’aspiration au rêve qui permet de satisfaire les pulsions insatiables. Le rire permet également de supprimer une inhibition et suscite alors un effet cathartique. Dans son ouvrage « Malaise dans la civilisation » consacré à l’agressivité, une des composantes de la nature humaine, Freud tente de convaincre son lecteur de se débarrasser de ses pulsions belliqueuses. Le mot obscène, en relation avec esprit obscène, pointe le doigt sur ce mal-être humain et sur nos pulsions voyeuristes. Il décrit une scène interdite, la femme réduite à l’image de putain et l’homme satisfait à peu de frais de son voyeurisme. Plaisir de type pervers qui discrédite la femme de façon cynique. La loi est alors traitée avec dérision. On s’insurge contre le pouvoir et on fait abstraction du complexe de castration. Le père est visé, le complexe d’Œdipe étant ressenti par presque tous les humains et le rire dénaturé, si bien qu’à travers le temps et l’interprétation que l’on veut bien accorder au rire, ce dernier est soit un bienfait, soit une offense, soit un remède ou son contraire, dont aucune civilisation ne saurait se priver sans risquer d’être profondément dénaturée. Le rire est la capacité humaine à faire abstraction momentanément des dangers, à suspendre les mécanismes de surveillance, à se libérer partiellement de l'environnement - contrairement à l'animal - à lâcher prise, si bien que nous pouvons conclure en affirmant que le rire est bien le propre de l'homme.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Le rire à travers le temps
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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 07:53
Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares

Passé le dernier amer, le dernier cap, la salutations des phares,
l’eau souveraine jusqu’au débordement des astres !
Voie royale sous l’arc de triomphe du ciel,
elle est immensité mouvante au regard,
chaussée d’écume pour la marche océanique des dieux.
L’ère du songe s’ouvre aux hommes qui s’éloignent.
Ils laissent ici leurs instances, leurs lois et leurs réquisitoires.
Hommes, qui d’entre vous fut pris à défaut ?
Délivrez-vous de l’assistance servile des masses,
honorez votre âme d’un règne nouveau,
délestez la quille des parures et artifices
dont vous fûtes ceints et vêtus,
elle est votre île sur les flots.
Plus nus êtes-vous, plus affranchis dans la lumière.
Votre regard s’accoutume à la blancheur du sel sur les vagues,
à l’éclat du couchant qui saupoudre les eaux
d’une manne d’étoiles.
Solitude en mer dans un lit de plancton et d’algues,
votre couche est quelque part dans l’enfléchure des haubans.
Hommes, vous voici légataires d’une vie sans offense
Au seuil de l’empire des eaux, au seuil de votre âme marine.


Et l’eau toujours dans sa profusion !


Eux, debouts ainsi que des ressuscités,
avec leurs beaux visages marqués aux tempes du signe d’élection,
scrutent des lointains qui se dérobent.
Il savent qu’ils peuvent tendre les mains,
rien ne viendra de ces espaces démesurément grands
que le ciel semble boire.
La carène est de ce bois dont, autrefois,
ils firent leurs cases, puis leurs chaumières,
et puis leurs croix.
Le départ a tranché les liens d’angoisse.
Désormais, il n’y a plus de regrets à avoir,
il faut seulement aller, selon l’allure du vent,
à son amble, la voile bien étarquée.


Quand ils partirent,
le jour vibrait sur une élingue
aussi sensible qu’un violon,
tremblait aux lignes qui, hier,
marquaient son couchant.
Eux, comme sont les hommes qui se lèvent,
s’arrachant aux linges humides de la nuit,
ils venaient d’un pays
dont ils gardaient un peu de poussière sous les ongles.


Et la mer dans son effusion !


La vague toujours montante
et toujours renaissante
et qui ne s’affaisse que pour mieux se hausser
et se hausse encore et se grandit
pour ne décroître que faiblement,
puis s’élève si fort qu’elle joint les deux pôles
d’un même embrassement.
Le charroi des eaux jusques à elle
et l’onde liliale parcourue de risées
ainsi qu’un esprit qui se pense,
la soif inextinguible de l’être d’un coup, tout étanchée …


Rien ici qui ne fût conçu pour l’homme,
rien qui lui ressemblât en cette agora cosmique
où s’affrontent les dieux .
L’homme les côtoie avec effroi.
N’entend-il pas leurs curieux cris ?
Et ce firmament occlus qui se rompt
au passage d’un oiseau aux ailes
alourdies d’un vol prémonitoire !
Toutes ces légions, tout ce ciel
dans un mouvement vaste de houle,
submergeant les trop sages écluses,
sanctuaire doublement mobile
qui déroule ses cercles à l’infini.
N’est-ce pas l’empyrée qui, vers la haute porte scellée,
hâte son fleuve flamboyant tacheté d’azurite ?
Voici le reflet des choses quotidiennes
et leur profusion fauchée, démembrée par l’éclair,
là furent peut-être les lèvres aimées …
Unis jusqu’à la confluence des déserts
que le geste rituel du passeur désunit,
la mer languide sur son patchwork de corail
veille en songe les girandoles de la nuit.
Son chant ne fut jamais que l’austère murmure
des siècles qui se rongent.


Et l’eau dans sa rumination !


Ecoutons-là qui psalmodie sa longue phrase audible,
sa longue et interminable phrase, sa phrase intarissable,
qui nous dit l’ampleur de l’espace, l’indicible.
Une cloche tinte au cœur des eaux
et cette voix est celle d’un autre âge,
d’un âge de vieille mer, de vieux naufrage,
elle est celle d’un temps différent des autres.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   « Cantate pour un monde défunt » Ed. Librairie bleue  1991 – Prix  Renaissance de poésie 1993


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16 mai 2022 1 16 /05 /mai /2022 08:23
Le serment de l'espoir de Parme Ceriset

 

En décembre dernier, j’ai eu la chance de lire le très joli recueil de poésie de Parme dans lequel elle évoque sa maladie, sa lutte, ses espoirs et le souffle retrouvé après une lourde intervention chirurgicale. Ce combat, elle le fait raconter par Rose dans un texte autobiographique très poignant. Rose et ses parents découvrent très tôt dans son enfance qu’elle est atteinte d’une maladie rare qui lui détruit les poumons, les médecins sont formels son espérance de vie est  limitée mais ses parents ne veulent pas baisser les bras, ils entendent se battre encore et encore, dénicher et tester tous les traitements possibles pour la maintenir en vie jusqu’à ce qu’une greffe lui rende le souffle et la vie. Après avoir triomphé du mal, elle souhaite témoigner, raconter son histoire, ses souffrances, sa vie entourée de l’amour de ses proches, de son petit frère adulé, de son ami d’enfance, celui avec lequel elle a construit sa vie et mené son combat. « J’ai grandi avec une maladie pulmonaire grave mais l’espoir m’a toujours accompagnée comme un ami fidèle. Lui et moi avions fait le serment que je réussirais à accéder au bonheur ». 

 

Pour simplifier cet article, j’ai découpé le récit en trois parties : une première très poétique, bucolique, enjouée, en mode majeur, dans laquelle l’auteure décrit son enfance dans la joie de la famille régulièrement ébréchée par ses crises, ses visites à l’hôpital, les divers soins et toutes les contraintes que sa maladie l’oblige à accepter. Elle évoque aussi son adolescence plus sereine au cours de laquelle la maladie se fait moins prégnante et lui laisse beaucoup de temps pour vivre de belles aventures en famille avec son frère et Adrien, l’ami du frère, qui devient progressivement son amoureux, son ange gardien, son tuteur… Mais, à vingt-trois ans, une mauvaise grippe l’éprouve gravement et accélère l’évolution de sa maladie, elle veut encore se battre mais à vingt-cinq ans le médecin est formel : il faut penser à la greffe et, à l’approche de la trentaine, elle est inscrite sur la liste des patients en attente. Vient alors le moment de la greffe : les examens préliminaires, l’attente du greffon, l’intervention, mais surtout la longue, très longue, période de réanimation et de rééducation avec tous les incidents, aléas, arias et problèmes divers qui l’accompagnent. Dans cette partie du récit, Rose prend un ton plus direct, moins poétique, plus technique, plus réaliste, plus pragmatique afin de conter cette étape pleine de doutes et d’espoir, de souffrances et de complicité avec son entourage. Le combat est sans pitié, les rejets et effets secondaires  tapis dans les moindres recoins de son organisme.

 

Un jour, néanmoins, le médecin décide qu'elle doit rentrer à la maison pour parfaire sa rééducation. Commence alors une nouvelle existence avec un  souffle nouveau. Une vie où elle retrouve la poésie mais cette fois une poésie en mode mineur car il faut payer le prix de ce nouveau souffle, de cette vie à l’espérance tellement plus grande. Elle doit  accepter désormais de voir s'éloigner ceux qu’elle aime, alors qu’elle n’y avait jamais songé. Ce sont les grands parents, les oncles et les tantes, des amis qui cèdent leur place à une nouvelle génération, des deuils à faire. Le combat contre la maladie a aussi transformé les protagonistes comme la paix relègue les meilleurs combattants au rang de citoyens lambda et même parfois inutiles (Je me souviens du Capitaine Conan dans le roman de Roger Vercel). C’est peut-être le passage le plus difficile, le plus cruel : la séparation d’avec le mari qui l’a accompagné depuis l’enfance jusque à la résurrection. Il faut un jour aussi qu’elle voie mourir son petit chien adoré, compagnon essentiel des jours sans souffle, acteur fondamental de son long combat.  Ce texte est un témoignage bouleversant sur la résilience face à la maladie, le courage pour affronter le mal et la lourde intervention chirurgicale, la capacité à croire toujours et encore à la vie, mais aussi un témoignage lucide et pragmatique sur le parcours d’un greffé. Parme a exercé la médecine, elle sait de quoi elle parle, c’est un acte de foi dans la vie, un message d’espoir, un véritable don du souffle pour ceux qui subissent une maladie lourde mais aussi une prise de conscience sur le prix à payer pour vivre encore et encore à pleins poumons. J’ai reçu ce texte comme un message d’empathie, j’ai accompagné la patiente tout au long de ses épreuves, espérant et souffrant avec elle, la soutenant comme tous ses proches l’ont épaulée, portée au propre comme au figuré. Il faut bien accepter de payer le prix de la vie mais certaines dépenses sont plus difficiles à accepter que d’autres et je ne suis pas convaincu que Rose n’éprouve pas encore une certaine douleur en pensant à certaines séparations. J’ai relu les quelques lignes que j’avais écrites après ma lecture de son recueil de poésie, je crois que je conserverai ce passage dans son intégralité après la lecture de ce récit autobiographique :

« Parme, elle est eau, elle est ciel, elle est paysage, elle est flore, …, elle est courage, elle est résilience, elle est émotion, elle est sensibilité, elle est sensualité, elle est la vie, elle est l’amour qui la sauvera. Elle snobe la maladie, la combat, l’ignore, la rejette, la repousse loin … « J’ai un compte à régler avec la vie », « J’ai encore foi en la vie, en l’espoir, et en moi » ».


Denis BILLAMBOZ


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Parme Ceriset

Parme Ceriset

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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 08:31
Entendez-vous dans les campagnes de Ahmed Tiab

 

L’inspecteur Lofti Benattar de la police marseillaise est détaché en renfort des gendarmes locaux pour élucider la disparition d’un jeune de Verniers-en-Morvan, trou perdu dans le brouillard noyant presque quotidiennement la campagne morvandelle. Lofti est un miraculé, il a survécu, a pu se remettre debout et marcher après une fâcheuse défenestration. Son handicap le fait toujours souffrir mais ne l’empêche pas d’exercer son activité policière et n’a surtout pas altéré son flair. Néanmoins, il a quelques autres problèmes à régler avec sa famille et d’autres encore. Sur place, il rencontre Marie-Aliénor Castel de Fontaube, Ali pour faire plus simple, une jeune journaliste stagiaire qui nourrit des ambitions dans la profession. Elle voudrait prouver à sa famille qu’elle peut faire carrière hors des circuits réservés à l’aristocratie et qu’elle peut réussir sans l’appui de son père.

 

Le corps du jeune disparu est rapidement retrouvé, l’enquête devient alors une enquête pour meurtre confiée à Lofti. Il bénéficie pour conduire ses investigations de l’appui des gendarmes locaux,  notamment des deux adeptes de la musculation, amateurs de belles filles et de belles mécaniques et un brin fachos. Pour corser l’enquête, un centre de déradicalisation installé dans les environs voit ses derniers pensionnaires s’évaporer dans la nature, générant l’inquiétude des autochtones et exacerbant le nationalisme des gendarmes.

 

L’enquête se déroule sur fond d’affaire familiale impliquant le père de la victime et son frère, tous deux usufruitiers d’une ferme devant revenir à leurs enfants : la victime, un cousin un peu attardé et une demi-sœur, elle plutôt en avance surtout en ce qui concerne la gaudriole. Ces divers univers se percutent sur ce territoire noyé dans un brouillard permanent : ploucs de paysans crasseux et prompts à la bastonnade, jeunes radicalisés en cours de déradicalisation mais surtout trafiquants de drogues, une bande de fachos, anciens miliciens, aguerris aux combats violents et, pour corser l’ensemble, les inévitables zadistes qui sillonnent la France à la recherche d’un emplacement pour établir un camp de base provisoire et une fonctionnaire un peu portée sur le sexe. Dans ces pays perdus, noyés dans la brume, il faut bien trouver quelques activités réjouissantes pour ne pas sombrer dans l’ennui et la morosité et s’enfermer dans la déprime. Au milieu de ce microcosme en ébullition, Lofti essaie de comprendre, avec l’appui plus ou moins volontaire de la stagiaire de la télévision, comment et pourquoi ces meurtres et ces disparitions ont pu se dérouler dans ce coin de France profonde où ce polar ose s’égarer loin des banlieues en perpétuelle effervescence.

 

Denis BILLAMBOZ


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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 08:54
Marcel Proust, esthétique et mystique, de Paul Mommaers

Mieux vaut avoir goûté à « La Recherche » avant de se plonger dans l’ouvrage de Paul Mommaers « Marcel Proust, esthétique et mystique » qui nous livre une étude savante et approfondie, mais parfois un peu hermétique, de l’inspiration et de la méthodologie proustienne. D’où vient la lumière créatrice propose l’auteur de l’ouvrage et n’est-ce pas l’accès à la réalité intérieure qui permet de découvrir la réalité de la nature qui est en nous et de nous éprouver dans la durée ? C’est, par ailleurs, l’art d’analyser qui permet à l’artiste de faire d’une simple expérience une réalité mystérieuse. En effet, chez Proust, le monde intérieur et le monde extérieur s’imbriquent mais n’existent que par la grâce d’une expérience à deux composantes. Pour la première, il s’agit du rôle de la mémoire involontaire dont les manifestations servent à la construction du récit ; pour la seconde, de la « félicité » incomparable qui envahit le narrateur lorsque resurgissent en lui les moments perdus. Dans cette révélation de son moi profond – souligne-t-il – « il lui est donné de ne plus s’éprouver comme un être médiocre, contingent, mortel. » Paul Mommers s’emploie ainsi à approfondir la nature de cette expérience quasi sacrée qui ouvre sur une réalité autre et sans lien avec une simple perception, mais se fonde sur une réalité incomparable, débordant largement la seule esthétique pour aboutir à la propre création de beauté du narrateur. La genèse de l’oeuvre fait alterner la narration proprement dite et l’explication de la gestation d’une vocation d’écrivain qui s’actualise comme par miracle et s’éprouve comme un moi amplifié grâce aux phénomènes de la mémoire involontaire. Celle-ci voile non une sensation d’autrefois mais une vérité nouvelle.

 

Au chapitre IV de son livre, Paul Mommaers s’interroge à propos des caractéristiques de l’expérience mystique qui adhérent au coeur de l’expérience habituelle et déterminent différemment le destin du narrateur. Certes, il y a des ressemblances indéniables mais il suffit d’en considérer quelques-unes pour s’apercevoir qu’il ne s’agit pas d’extase mais d’attention, d’une attention intense et spécifique provoquée par le souvenir involontaire. Néanmoins, souligne Mommaers, nous pouvons dire qu’il y a entre l’expérience mystique et l’expérience du narrateur une ressemblance frappante, peut-être même une parenté. En quelque sorte, pour Marcel Proust, le monde qui nous entoure ne prend sa vraie valeur et sa vraie authenticité que lorsque nous le recréons, lorsque nous faisons de la réalité, une réalité autre.
« La véritable réalité n’étant dégagée que par l’esprit … nous ne connaissons vraiment que ce que nous sommes obligés de recréer par la pensée, ce que nous cache la vie de tous les jours. » Sodome et Gomorrhe

 

Reste à définir le caractère propre de l’art, celui du musicien, du peintre et de l’écrivain, afin de faire entrer l’Expérience dans la vie et de lui donner un aspect sensible et intelligible. L’incompatibilité qui apparait dans le monde avec ce qui se manifeste dans l’Expérience est telle que le narrateur a « cru irréalisable » l’idée de faire en sorte que, dans un art qui s’y conforme, l’Expérience puisse prendre forme. Ainsi Proust tente-t-il de fixer ce qui « ne dure pas » et d’attribuer un caractère permanent à ce qui ne se présente que par intervalles, incorporant ainsi quelque chose de perpétuel dans ce monde qui s’écoule et fuit. Si bien que « la vraie vie, c’est la littérature. » En effet, si Marcel Proust s’est attaché à réaliser littérairement l’Expérience, c’est afin de changer sa fugacité en un trésor durable, et s’il s’exerce à rendre la complexité des impressions immédiates, c’est encore parce qu’il espère leur conférer une existence permanente. « On ne connait les autres qu’en soi. » - précise-t-il dans " Albertine disparue".


Que l’Expérience soit ainsi reconnue comme « la matière première » de La Recherche n’implique pas que soient réduits à des à-côtés les autres éléments que le narrateur considère comme « la matière de son livre ». En effet, deux thèmes sont étroitement liés à celui de l’Expérience, soit « la sensation du temps » auquel s’ajoute la question du « moi individuel » et permanent. Si bien que le lecteur ne peut que rester pensif quand, sous la plume de Marcel Proust, apparaissent les paroles évangéliques « car si le grain de froment ne meurt après qu’on l’a semé, il restera seul, mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits » - conclut Paul Mommaers qui nous livre là une étude qui décrypte l’essentiel et nous fait entrer plus profondément encore dans l’imagerie féconde de la réalité intérieure proustienne.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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2 mai 2022 1 02 /05 /mai /2022 08:20
Les ailes battantes de Martine Rouhart

J’ai connu Martine Rouhart grâce à l'un de ses recueils de poésie dans lequel elle peint « un monde où seules la musique et la lumière éclaireraient le vol des oiseaux, des oiseaux comme des colombes de la paix, des oiseaux pour égayer un monde qui serait trop calme dans la seule lumière du silence.» Jamais après cette lecture irénique, je n’aurais cru qu’elle avait traversé une bien pénible épreuve, qu’elle avait dû batailler ferme contre un mal implacable. Il a fallu que je lise le récit qu’elle a écrit dès 2009 mais qu’elle vient seulement de publier grâce à l’intervention de Philippe Remy Wilkin, préfacier de cette édition, pour apprendre le long combat qu’elle a su verbaliser pour mieux le vivre et peut-être aussi pour le gagner. Elle a décrit  cette lutte comme elle écrivait ses poèmes, l’a mis en forme dans des textes courts qu’elle a rassemblés pour en faire un récit biographique, peut-être l’évocation de la partie la plus importante de sa vie. Quand elle parle du mal dont elle est affectée, et qu’elle doit combattre, elle a beaucoup de difficulté à le nommer, il faut attendre de nombreuses pages avant de se convaincre qu’elle a bien été atteinte d’un « cancer », ce mal terrible dont on redoute tellement que la médecine l’évoque quand on consulte. Ce cancer qui semble tellement l’inquiéter, elle apprend à l’apprivoiser pour mieux l’accepter et surtout mieux le combattre. « La maladie, il faut bien l’accepter. Mais si je peux y voir certains jours une chance, un moyen de m’enrichir, de me rapprocher des autres, de me dépasser… ».

 

« Des angoisses dans la tête / épaisses comme la nuit, / une sensation de vide qui me tire vers le bas, / la vie qui s’échappe trop vite / tel du sable dans mes doigts ». La poésie est aussi une arme pour dire le mal et ensuite le défier. Martine est une maitresse en la matière. Le combat et surtout Montaigne vers qui elle revient sans cesse lui ont appris la résilience, cette arme qui nous aide à mieux accepter pour mieux nous défendre. Mais le combat, c’est aussi les autres et tout ce qu’ils peuvent apporter, même si in fine on se retrouve seul au moment crucial où la vie peut basculer. Martine le dit clairement : « Je suis convaincue que l’écoute et le partage, la générosité et la gratitude peuvent alléger nos fardeaux. / Il n’empêche, il reste la solitude de l’impartageable ». Avec la musique de Bach, son autre fidèle compagnon de douleur, elle a découvert dans les pensées de Montaigne des raisons de croire en la guérison et d’espérer voir un jour le bout du tunnel même s’il faut régulièrement repasser un angoissant examen et vivre avec une certaine crainte au ventre. Elle croit comme le philosophe l’a écrit que : « Les maux (aussi) ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leur santé ». Martine nous offre, une fois encore, un texte plein de délicatesse, de courage pour lutter en espérant vaincre un mal qu’on ne nomme encore qu’avec une grande inquiétude dans la voix et une grosse boule dans le ventre. Sa lecture pourrait être un début d’espoir pour ceux qui  hélas ! sont atteints de ce mal implacable qu’il faut, comme Martine, toujours espérer vaincre.

 

Denis BILLAMBOZ


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  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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