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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 08:47
Peinture de Véronique Heim

Peinture de Véronique Heim

 

 

J’ai à vous narrer l’histoire d’un peuple
qu’une lune maussade défigurât.
Epopée grandiose qui court à la surface des choses dérisoires.
C’est ainsi qu’il faut entrer dans la conscience des vivants …
Voyez combien nos pensées ont fière allure
quand elles avancent à pas de géant dans les plaines et les lagunes
avec le glissement sourd de l’engoulevent,
l’envergure altière des milans !
Fière allure ! Mais la demeure des sages
ne s’est pas échouée comme un panthéon d’immortels
à la cime de quelque mont Ararat !
L’intelligence referme son tabernacle.
Ce peuple s’affranchira des dieux, son instinct le guidera.
Il sera nomade et voyagera avec les vents. 
Ha ! qu’un souffle détende le front des eaux et ils traceront leur route
dans la mouvance craintive des herbages,
au long des sentes oisives des steppes et de la pampa,
quelque part sur l’étendue inconnaissable
où une chimère comme eux s’attarde.


Oui, je  vous parlerai d’un peuple à nul autre semblable,
peuple pétri de glaise et nourri de froment
que l’étincelle du silex, un jour,
mit en marche vers le ponant.
Solitude de l’homme en l’homme,
terre sans partage, hamada d’un cœur qui ne prend, ni ne donne,
vacance de l’espace.
Ensemble, nous parlerons de leur passé qui stratifie le temps,
car ils sont, gerbes de couleurs et de races,
des hommes d’écriture et de langage,
vague humaine qui se détache,
haute vague, houle insécable de pensée et de mémoire.
Puissance qui se disperse et s’élance à l’assaut
d’un donjon, d’un rempart ou d’une médina,
croisade au pieux visage,
les serfs ont dérobé le sceptre et l’étendard,
un clerc a donné ordre que brûlent nos vaisseaux.
De quelque lieu qu’elle soit,
la volonté des hommes fixe les héritages.

 

Il y avait longtemps que leur mémoire les avait trahis,
qu’ils ne forgeaient plus le métal, ne taillaient plus la pierre,
ne bâtissaient plus de cathédrales.
Le temps filait entre leurs doigts sans laisser la moindre trace,
coulée de vent sur la chair vivante de l’espace.
Rives dolentes, monde futile,
ils y épanouissaient leurs coroles et fanaient en une nuit.
Néanmoins, ils savaient qu’ils étaient hommes de labeur
et de peine ! Jusqu’aux confins des mers,
le retour et l’accord de leurs pas sur la plaine,
quand l’aube minérale disperse ses fanaux.
La pierre à vif, le trumeau et l’ogive
poinçonnaient le silence.
Eux, se souvenaient de ces lents convoyages qui,
des siècles passés aux siècles à venir,
dévidaient le temps et illustraient l’histoire.


J’irai où bon me semble,
les vents sont avec moi.
Je détourne ma reine,
je recule mon fou, j’avance quelque pion …
Des roseaux blonds se penchent,
l’onde coule majestueuse sous l’arche d’un vieux pont.
Les fils d’argent se croisent sur l’étoffe de tussah,
l’un se mêle à l’autre, gaves, ravines, affluents,
c’est un jeu tumultueux que se livrent les eaux.
Venues des couches profondes ou des grands promontoires,
toutes s’affrontent et s’écoulent,
toutes dévalent ensemble.
Chant mémoriel de l’homme,
chant souverain de l’âme,
des sages eaux fluviales aux tourmentes océanes.
Ainsi vide de sang, vide de forces vives,
la terre, épave grise de poussière et de cendre,
écluses rompues, vannes levées, cède aux cris sourds,
épeurés des haleurs.



A peine, les flammes scellaient-elles l’enceinte de mortier
Que, remontant des contrées plus anciennes,
les routes s’égaraient, menées en pure perte
dans la touffeur des halliers.
Soudain, le mouvement dans l’argile,
la matière transmuée qui s’oppose à l’ardente quête du sourcier.
Et l’eau coulait, elle s’épandait,
c’est toute la terre qui s’en allait dans un délire.
La main pressentant la douleur
cherchait là où le sang affleure cette forme indécise
qui est l’offrande d’un dieu muet.



Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (Extraits de « Cantate pour un monde défunt »
Prix Renaissance 1991)

 

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Publication Librairie bleue

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 08:41
L'été de la petite de Jo Hubert

 

La mère et la Petite, son enfant unique, vivent dans le bourbier de la banlieue industrielle de Liège chez les grands-parents. On ne parle jamais de son père, on ne sait rien à son sujet, seulement qu’il n’est pas là. C’est une question qu’il est interdit d’évoquer, la grand-mère ne le tolérerait pas. La grand-mère, c’est elle qui dirige avec autorité cette famille et  veille à une éducation très stricte de l’enfant. L’ambiance à la maison est souvent lourde, la Petite sent, tout comme le lecteur, qu’un lourd non-dit plane sur cette famille, notamment sur la mère, une femme seule, veuve ou abandonnée. Nul ne peut et ne veut le dire, il ne faut surtout pas en parler devant la Petite, ça pourrait la perturber.

 

Chaque année, celle-ci  attend avec impatience le retour de l’été car, avec sa mère, elle passe tout le mois d’août à la campagne chez Tante Estelle, la sœur de la grand-mère acariâtre, une tante qui est tout le contraire, douce et aimante. Elle choie la Petite qui a beaucoup de liberté pour jouer aux alentours, sur les rives de l’Ourthe. C’est un véritable bonheur pour la fillette qui aime la nature au point d’embrasser les arbres et ne comprend pas bien pourquoi les gens du village disent « La pauvre petite » quand ils la voientMais cette année le cousin Léon trouble l’ambiance avec sa belle voiture américaine, ses cadeaux, son argent. Il enlève la mère que la Petite ne voit plus assez, elle a peur que le cousin l’emporte loin là-bas « à la Colonie ». La Petite n’est pas la seule à s’inquiéter, la famille est en ébullition, les sorties du cousin et de la mère contrarient sérieusement les grands-parents, l’oncle et la tante. La Petite ne comprend pas ce qui se passe, alors elle met les pieds dans le plat sans vraiment savoir ce qu’elle fait.

 

C’est un  joli texte plein d’empathie que livre l’auteure, un texte qui oscille entre un récit de vacances bucoliques et une tragédie larvée sous le tapis des non-dits familiaux. Un texte écrit comme le suggère l’éditeur : « en petites vignettes à la manière des impressionnistes ». Moi, j’ai pensé à une  épopée campagnarde en vers, à la taille de la Petite, avec ses héros et sa tragédie elle aussi à la dimension de l’enfant. Même si l’ambiance est  pesante et que le drame finit par éclater, l’atmosphère campagnarde reste conviviale,  légère,  sereine,  irénique, la nature est un puits de paix et on se prend à penser que le monde serait meilleur si les humains étaient aussi calmes et paisibles que les arbres et leur environnement naturel.


Denis BILLAMBOZ


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7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 09:12
L'année du jardinier de Karel Capek


Après ma lecture de « Le compositeur Foltyn », il y a déjà plusieurs années, j’avais été frappé par la parenté littéraire entre Karel Capek et Stefan Zweig. Ils appartiennent tous les deux à la brillante génération culturelle qui a sévi  dans la Mitteleuropa au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe. Capek est né en 1890 en Bohème, Zweig en 1881 à Vienne, le premier est décédé en 1938 et le second s’est donné la mort en 1942, ils sont donc  parfaitement contemporains. Le Tchèque est moins connu, il n’a pas non plus le même talent que Zweig que je place personnellement au-dessus de tous, mais il a lui aussi un vrai talent littéraire. Il siège parmi les auteurs majeurs de la littérature européenne de cette époque. J’ai tout autant apprécié le premier roman que j’ai lu que ce présent texte consacré aux jardins et ceux qui les cultivent. Dans le présent texte, il évoque, plus que le jardin, le travail du jardinier. Il présente son texte comme les bons vieux almanachs que mes parents achetaient chaque année pour savoir quand il fallait semer, planter, re-piquer,  ainsi, son livre est-il  découpé en douze chapitres  présentant chacun un mois de l’année. Et, dans chaque chapitre, il intègre un focus traitant d’un point particulier concernant plus spécifiquement le mois en question.

 

Il évoque le jardinier passionné, obnubilé par ses plantations, leurs pousses, leurs besoins, les soins qu’elles requièrent et toutes les misères que leur cause la météorologie et les divers parasites et maladies qui les altèrent. Sous la plume de Capek, le jardinier est un être un peu particulier, plus familier de ses plantations que de ses congénères, il le dépeint avec humour et un brin de moquerie comme un être rongé par sa passion qu’il voudrait transmettre à ses interlocuteurs et visiteurs, persuadé qu’ils sont tout autant que lui passionnés par le travail du jardin. Il le montre perpétuellement les fesses en l’air pour biner, bêcher, désherber, planter, repiquer, arroser au plus près, inquiet du temps qu’il fait, des mille petites choses qui pourraient contrarier le développement de ses chères plantes. 

 

Ce livre est tout d’abord un magnifique objet avec une couverture cartonnée portant un titre en lettres dorées, légèrement en relief, il est par ailleurs magnifiquement illustré de dessins humoristiques de la main même de son frère Josef. C’est aussi un manuel de jardinage, une leçon d’écologie avant la lettre, un vrai catalogue des plantes pouvant figurer dans un jardin, un véritable dictionnaire des termes botaniques et, aussi, un texte savoureux où les piques narquoises et ironiques apportent le sel nécessaire à toute œuvre littéraire. Je crois qu’il a inspiré de nombreux auteurs français et aussi, du Japon qui sont tout aussi férus de jardinage que le héros de Capek. Ce texte sonne tellement vrai que je suis convaincu que Capek était  un fervent disciple de Saint Fiacre. Pour conclure, nous pourrions dire avec l’auteur : « … un vrai jardinier n’est pas un homme qui cultive les fleurs : c’est un homme qui cultive la terre, c’est une créature qui s’enfouit dans le sol, laissant le spectacle de ce qui est en dessus, à nous les badauds, bons à rien.» Quel bel hommage rendu au jardinier et à ceux qui cultivent la terre pour nourrir  les autres.

 

Denis BILLAMBOZ


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4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 09:37
L'autorité est-elle toujours légitime ?


Autorité, du mot Auctoritas, vient du verbe augere qui signifie augmenter. Elle est la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. L'idéal est d'obtenir cette obéissance sans menace et de ne l'exercer que dans le but de sécuriser. Car le vide d'autorité engendre vite l'affolement et le désarroi. Or, en ce début de XXIème siècle si prompt à tout remettre en cause, posons-nous la question : l'autorité a-t-elle conservé sa légitimité, est-elle toujours recevable, est-elle toujours d'actualité ? Nous ne sommes plus, en effet, en un temps où le peuple, illettré et privé de savoir, reconnaissait volontiers son incompétence et acceptait d'être dirigé par les puissants de ce monde. Là où la société d'antan se fondait sur l'obéissance, celle d'aujourd'hui privilégie la concertation et l'autonomie individuelle. Ainsi a-t-on transposé peu à peu, dans la réalité quotidienne, le principe d'égalité entre les hommes et le droit accordé a chacun d'accéder, selon ses mérites, aux fonctions les plus hautes, sans discrimination d'origine et de race. Les idées démocratiques ont fait leur chemin et le droit de vote n'est pas autre chose que la participation du peuple aux affaires de l'Etat. Car nul n'est définitivement soumis au cours inexorable de l'histoire : les hommes peuvent toujours, grâce à leurs actions, changer le monde. Pour reprendre un propos d'Hannah Arendt: "Chacun a le droit d'exercer sa liberté en participant au pouvoir politique".
 


D'où la difficulté de l'exercice pour ceux qui sont mandatés : politiques, magistrats, enseignants. Car, peut-on soumettre à l'autorité un homme qui, par essence, est libre ? Cependant, aussi libre soit-il, il n'en est pas moins intégré dans un tissu social, une communauté d'appartenance et se doit d'agir de façon telle qu'il ne puisse nuire à la liberté d'autrui. C'est ce que nous pourrions considérer comme une astreinte normale au bien public. Aussi, n'y a-t-il aucune raison probante d'envisager la disparition de l'autorité et de supposer que nous sommes parvenus à un moment de l'histoire où elle ne serait plus bénéfique à la société des hommes. De toute évidence, non ! l'autorité est encore et toujours nécessaire, parfois même souhaitée. Parce que l'homme vit en communauté et que cette communauté a besoin d'un chef comme l'enfant d'un maître, quelqu'un qui, avant d'être celui qui commande, est celui qui réfléchit, juge et décide pour le bien des autres. C'est ainsi que l'on fait régner l'ordre et, par voie de conséquence, la paix. Il n'y a pas d'accomplissement humain sans une part d'autorité admise et reconnue. L'autorité nous autorise à être et à faire être ceux qui nous sont proches. C'est alors que l'autorité bien comprise et bien exercée devient service. On remplit une fonction et les responsabilités qui s'y rapportent ; on assume une charge et les conséquences qui s'en suivent. Et l'autorité est d'autant mieux exercée qu'elle est consentie.
 


Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a plusieurs formes d'autorité : de l'autorité personnelle, parentale, éducative à l'autorité politique, morale, spirituelle, et qu'il est préférable de remettre chacune d'elles à sa place avant de les distinguer dans leur singularité. Il appartient, en effet, à chaque époque de réorganiser les autorités qui lui sont propres. L'erreur serait de réduire l'autorité à un pouvoir, ce pouvoir à une  autocratie, cette autocratie à une tyrannie illégitime et abusive. Pour que l'acte d'autorité soit accepté, encore faut-il qu'il soit appliqué de façon exemplaire ; c'est seulement dans ces conditions que l'autorité se justifie et s'accrédite par sa capacité à produire et maintenir des normes de comportement reconnues de tous. L'autorité est admise alors comme une règle qui fait autorité et référence, pose sa légitimité comme un droit. Cela permet d'établir aux yeux de chacun un critère de valeurs, une hiérarchie entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, entre l'usage supérieur et l'usage inférieur de l'action, de l'intelligence, du langage, de la force, entre ce qui est acceptable et ce qui ne peut être accepté. 
 


L'autorité a donc obligation de refaire sans cesse la preuve de sa légitimité. Mais on ne peut s'en passer, car, en face d'une absence de repères, l'homme est pris de vertige. Une route non balisée risque fort de ne mener nulle part. L'autorité implique évidemment le respect du groupe, du système et des liens qui se tissent à l'intérieur de cette collectivité afin de former le tissu social. Les émeutes de banlieue, les règlements de compte inspirés par la tentation de disqualifier ce qui est en place, signent la perte de la croyance dans le bien-fondé de l'autorité et cette perte de respect débouche fatalement sur une perte du respect de soi. C'est alors que la morale a toutes les chances d'être désirée et de nous sembler bonne et ce, d'autant plus, si l'homme s'emploie à la promouvoir avec sagesse et équité. "Une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ; cette disposition consiste à se gouverner selon la raison ; par suite, une âme juste maîtrise ses passions ; enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu'elle se tient à l'écart de l'injuste et du dérèglement des passions" - écrivait Platon. Qui pourrait remettre en cause une aussi belle profession de foi ? Foi en l'homme, foi en l'exercice d'une autorité au service du citoyen et de la nation. Le mieux serait que cette autorité suscite non l'obéissance mais le consentement, s'organise autour de références qui permettraient à l'individu de se réaliser dans un environnement favorable, contribueraient à accroître ses facultés et justifieraient parfaitement le sens premier du mot autorité : celui  d'augmenter, ce qui exhorte à la promotion et à la régénérescence d'un idéal. Il semble, hélas, que l'idéal platonicien soit loin des réalités d'aujourd'hui.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 09:47
L'urgence approche avec ses feux

Alors que tu dormais, le ciel s’était enflammé.
Je murmurais contre ton oreille un aveu impossible à entendre,
une promesse impossible à tenir.
Eveille-toi ! L’urgence approche avec ses feux.
Ce sont des navires qui partent,
ne sachant plus rien des terres où nous sommes,
ce sont des villes qui sombrent en nos mémoires.
Avancer … et l’eau porteuse jusqu’à ses rives succinctes,
qui viendraient comme d’une nébuleuse,
jusqu’à  ses seuils qui s’affranchiraient comme d’un deuil.
Il faut le temps du passage pour que le mystère se décèle,
une porte inaccessible pour qu’il pénètre en nous.
Et sur les eaux fatales, que cette voix d’ombre s’époumone
afin de redonner vie à la vie, frontières humaines au monde.

 

Si le ciel vire ses voiles,
tu sauras que les navires partis au crépuscule
ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu’ils reposent au fond des cales sous des bâches,
la tête pleine de chimères.
Tu connaitras l’angoisse, l’obsession, quand tout se tord et se tend,
que tout s’exaspère, que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin.

Dans cette pénombre des signaux brefs nous disent
qu’ailleurs est un espace familier et meilleur.
Au loin, alors qu’un cap se profile,
notre faim s’accroît d’un dernier désir.
Les marins, l’oreille en alerte, surprennent le bruit sourd des vents
qui remontent à leur base. Désormais, il n’y a plus d’attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?


Ecoutons respirer les éléments, voyons le ciel se mouvoir.
Qui s’avance, qui va dans la nuit ?
Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !
Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.
Force nous est de scruter, d’imaginer des contrées
où s’honoreraient des bêtes mythiques.
L’oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

Reflet qu’un chemin de solitude propage.
Demain nous apprendra que la fin est proche,
que le jour tarde à se lever.
Il hésite à la frontière des mondes.
N’est-ce pas des galaxies qui neigent dans l’univers,
n’est-ce pas l’éclipse qui s’accomplit avec majesté ?
Il faut se refuser à la médiation, accepter que la route aboutisse
ou bien reprendre l’océan. En Atlantique, rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre, un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Le désert est immense, quel océan pour m’abreuver,
quelle terre pour, à son terme, accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence, que son destin tragique.

 

La nuit sur tous les fronts. Elle gave la terre.
Un limon putride tapisse les ruisseaux.
Le ciel germe ses feux, l’éclosion d’une flamme assemble les cris.
On brise les sceaux de tout un peuple, on saccage les villes bâties à la hâte
sur des éperons rocheux. L’Atlantique est une contrée au-delà du possible.
D’étranges choses s’y passent. On ne hisse pas les voiles,
on ne lève pas l’ancre pour s’affranchir, mais pour se porter secours.
Celui qui revient porte son deuil.
De là ou je suis, je prends en compte l’éternité.
Avec  elle je dérive, je l’étarque fort,
je la mène vers ce point que je refais chaque jour,
à  chaque heure, un point qui sursoit à ma vision.


Cet exode fut long, cependant ne crois pas que j'en revienne.
On ne revient pas de nulle part. Je me tiens au milieu de l'océan.
Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.
Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi. J'écris sur un cahier blanc.
Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,
chaque mot esquisse une trajectoire.
Je suis bien. Ici il n'y a pas de route, pas de cité.
Dans le clair-obscur d'alentour,
je vois les lourdes charpentes de l'univers s'abattre.
Quelle erreur de le dire immortel.
De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.


Tu me demanderas : que faisais-tu ?
Patiente, je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.
On ne peut enclore la vie.
Avide, je cherche des signes, des points de ralliement.
J'entretiens ces feux.
J'écris parce que les mots garde intact le pouvoir de ranimer nos légendes,
qu'ils tissent les fils qui, lentement, me reconduiront à toi.
Il y a tant à voir, tant à louer.
Je me rappelle de la périssoire, l'étrave soulevait l'embrun,
la carène modelait l'eau. L'arche se dévoilait dans sa pure beauté,
arabesque de lumière, long effilage des palmes.


Il me faut cette soif, cette faim pour tenir. 
Ailleurs le provisoire, l'inaccompli, l'astre qui clôt la nuit de son avènement.
Hier, le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.
Lorsque nous aurons saisi l'énigme, le rivage refluant,
nous quitterons les môles où nichent des colonies d'oiseaux.
Sourciers, sorciers pour l'ultime écoulement vers une terre absente.
Ainsi l'image du premier jour,
ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps.
J'ai peur, parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon,
que le coq s'est tu, que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis.
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne
qui n'est pas l'horizon mais une trace originelle.
La matière s'estompe enfin. A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  (Extraits de Profil de la nuit - Je t'écris d'Atlantique)


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L'urgence approche avec ses feux
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28 février 2022 1 28 /02 /février /2022 09:44
Un après-midi dans le désert de Mustapha Tlili

 

 

J’ai bien aimé cette parabole de l’histoire de la Tunisie plantée dans un bled perdu aux confins du désert où quelques survivants restent fossilisés dans le souvenir de ce que fut la ville avant l’indépendance quand il y avait encore des Européens et que les jeunes ne s’enfuyaient pas de l’autre côté de la mer ou de l’océan. Un texte fin, dépouillé, poétique … Un après-midi, en 1992, comme chaque fin de mois, dans un bled isolé aux confins du Sahara, Sam le facteur reçoit le sac de courrier qui apporte des morceaux de vie dans ce trou que le désert ronge lentement mais sûrement, des bouts de vie mais aussi des subsides venus de l’étranger pour faire vivre une population ruinée. Il trie et ouvre les lettres qu’il devra distribuer, et souvent lire, à tous les vieux appauvris vivant encore dans ce coin perdu, abandonné par les Européens (l’instituteur, le facteur, les gendarmes, les légionnaires) et déserté par les jeunes qui vont chercher fortune ailleurs.  

 

Aujourd’hui, Sam le facteur reçoit une lettre de Petit-Frère, le rebelle qu’on croyait mort, un courrier qui pourrait mettre un point définitif à une histoire qui s’est déroulée en 1957 et qui fait remonter beaucoup de souvenirs à sa mémoire, des souvenirs qu’on lui a racontés, datant d’avant sa naissance, en 1947, après le départ des combattants du désert ; des souvenirs de son enfance avec Petit-Frère, en 1955, avant que celui-ci poursuive ses études dans la capitale, puis à l’étranger ; des souvenirs de la vie dans ce village isolé où se nouent des amours, des passions, où se règlent des comptes, où s’écrit un autre avenir pour ces naufragés des confins du désert. Egalement des souvenirs de l’histoire d’Hafnawi, seul survivant d’une grande famille de bédouins décimée par la famine de 1947, qui s’est imposé par la force aux légionnaires et par la séduction à l’hôtelière et à toute la colonie européenne ; il est l’acteur principal des événements qui pourraient trouver leur dénouement définitif dans la missive reçue par Sam, missive qu'il a cachée dans son bureau sans l’ouvrir.

 

 Un roman en forme de parabole de l’histoire de la Tunisie depuis la fin de la dernière guerre mondiale, dans un huis clos installé aux confins du désert nord-africain par un auteur ayant lui-même connu l’exil. Un huis clos qui rassemble  tout ce qui composait la Tunisie pendant cette période : les Européens arrogants et méprisants mais vecteurs d’instruction et de modernisation, garants de la paix ; le village de La Source et le douar ; les dictateurs et leurs sicaires, loin là-bas dans la capitale ; les frères extrêmistes comme Petit-Frère ; les exilés comme l’Américain, frère de Petit-frère, qui a fait le choix de l’instruction à l’étranger (comme l’auteur) ; ceux qui se fossilisent au pays comme Sam le facteur et les femmes veuves ou abandonnées ; le juif ; les affairistes chinois et le seul qui est peut-être à sa place, celui qui affirme la pérennité de l’Afrique désolée, souffrante mais toujours vivante, celle des peuples premiers en osmose avec la nature, le bédouin qui a survécu à la catastrophe, au mépris et aux intrigues des blancs et aux luttes pour le pouvoir. Une parabole de l’affrontement entre les colons et les autochtones, entre les indigènes favorables au pouvoir et les extrêmistes révoltés et violents, de l’Afrique livrée aux envahisseurs et de l’Afrique permanente des peuples premiers. Enfin, une parabole de l’Afrique du nord qui s’effrite, rongée par le désert, comme ce village qui se vide par les extrêmités : les vieux qui meurent et les jeunes qui partent. Un morceau de l’histoire d’un pays au nord du Sahara, les lieux ne sont jamais nommés, en Tunisie probablement, terre natale de l’auteur, raconté par un narrateur, lui aussi exilé, qui laisse la parole à Sam le facteur pour évoquer les événements contemporains du récit et à Hafnawi le bédouin pour parler des faits plus anciens.

 

Une évocation de tous les malheurs qui accablent régulièrement ce pays ; une pointe de nostalgie pour la paix et le calme qui régnaient dans ces villages perdus quand les Européens y apportaient la culture, l’instruction et un certains confort ; une manière de déplorer  les errements des dictateurs et l’obscurantisme des extrêmistes qui ont conduit les indigènes à choisir trop souvent entre l’exil, comme l’Américain, et le terrorisme, comme Petit-Frère ; une façon de déplorer la dépendance financière du pays par rapport à l’étranger et finalement un regret très fort de constater que l’affrontement religieux est devenu inéluctable entre musulmans et chrétiens. « Depuis plus d’un demi-siècle, sous nos yeux effarés, un monde meurt inexorablement et un autre naît et n’en finit pas de naître… Et domine… les esprits et les consciences, une violence qui semble sans fin. Comme hier, elle oppose, hélas !, musulmans et chrétiens. Et hier comme aujourd’hui, ce sont des individus innocents qui font les frais de ces vicissitudes de la fortune. »

 

Finalement un regard  pessimiste sur l’Afrique du Nord, malgré la présence intemporelle des peuples premiers, un regard empreint de désillusion, de résignation, de fatalité et d’acceptation de la catastrophe qui revient sans cesse, envahissant même le texte.

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un après-midi dans le désert de Mustapha Tlili
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21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 09:35
Les orages possibles de Claude Raucy

Dans une petite ville de Belgique, Charlotte vend des fileurs, elle se laisse courtiser par un jeune plâtrier qu’elle épouse bien vite mais, hélas, le jeune homme tombe rapidement malade, la silicose disent les médecins, et décède. Accablée  par ce deuil, la jeune femme n’a plus le cœur à vendre des fleurs, elle décide alors de rentrer chez les Sœurs de la Charité où elle se montre, malgré son bon caractère et ses bonnes intentions, trop peu humble et soumise aux yeux de la mère supérieure. 

 

Dans le couvent, Charlotte, devenue Sœur Marthe de la Croix, s’occupe, au sein de l’orphelinat, des plus petits surtout du petit Gino qu’elle affectionne particulièrement. Le doux cocon du couvent n’échappe pas aux affres de la guerre qui sévit à l’extérieur, Charlotte doit effectuer une tournée dans le pays où vit sa sœur, afin de récolter quelques fonds et quelques victuailles pour nourrir les sœurs et leurs  petits pensionnaires. A cette occasion, elle rencontre son frère aussi courageux que téméraire dans son engagement dans la résistance.

 

Rentrée au couvent, elle apprend qu’un aviateur américain, dont l’avion a été abattu par l’occupant, est caché par la mère supérieure dans les greniers de l’orphelinat, seules quelques sœurs sont au courant. Lors d’une perquisition des Allemands, Charlotte sauve la vie du jeune homme en le laissant passer par sa fenêtre pour se cacher à l’extérieur du couvent. Quelques jours plus tard, l’aviateur frappe à sa porte, il veut la remercier, elle tombe sous son charme et se laisse étreindre. Le fruit de cette étreinte murit rapidement dans le sein de la jeune nonne. Une autre vie commence pour elle, une vie que le lecteur découvrira quand il lira les rapports que nouent deux jeunes Liégeois qui se rencontrent à Prague au moment où les Russes y font leur première apparition pour dompter le fameux printemps qu’ils craignent tellement.

 

Ce livre est l’histoire d’une jeune femme qui a connu des amours contrariés et une maternité malheureuse avant de vivre une existence meilleure, comme une rédemption. Mais, c’est surtout une réflexion sur la famille et sur les secrets dissimulés ou parfaitement inconnus des personnages concernés. Au moment où les fondements de la famille traditionnelle sont remis en cause, cette histoire montre que la destinée pourvoit déjà largement aux aléas qui dessinent les contours familiaux. Henri Salvador chantait un truc dans ce genre : « Ton père n’est pas ton père mas ton père ne le sait pas », Claude Raucy a  écrit une histoire différente mais dans le même esprit.


Denis BILLAMBOZ


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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 09:09
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

 

Jacques-Emile Blanche est né le 31 janvier 1861 dans une famille de médecins aliénistes. Son grand-père, Esprit Blanche, avait fondé la maison de santé de Passy, très réputée, que son fils Antoine Blanche (1820–1893) continuera de diriger. Experts médico-légal, les docteurs Blanche soignaient les célébrités de leur temps comme le musicien Fromentin Halévy, le poète Gérard de Nerval et Guy de Maupassant qui finira ses jours dans leur clinique. La famille Blanche habitait rue de la Source à Auteuil une villa voisine de celle de Louis Weil, l’oncle de Marcel Proust, maison où l’écrivain naquit d’ailleurs et passa de nombreux séjours. Les deux familles se fréquentaient. Jacques-Emile était un riche héritier et avait déjà un pied dans cette vie mondaine à laquelle il s'initiera dès l’adolescence et qu'il conduisit avec élégance ; il en tirera la matière des quelques 1500 portraits réalisés tout au long de sa carrière. Mais son œuvre ne se circonscrit nullement dans le cadre étroit d’une simple chronique mondaine, elle est, de par sa qualité, une œuvre dans toute l’exception du terme, celle d’un artiste qui sut capter, comme le fera Proust avec sa plume, le moi profond et le mystère inhérent à chacun de ses modèles. Et ils seront nombreux.

 

Elève de Gervex et Humbert, Jacques-Emile a hésité un moment entre la musique et la peinture. Il est vrai que son père recevait de nombreux musiciens comme Gounod, Berlioz, Bizet et que le jeune homme fut très tôt un excellent pianiste. Mais l’amour de la peinture sera le plus fort et son admiration pour Manet et Whistler une probable incitation à opter pour le pinceau plutôt que pour le clavier. Blanche va très vite se spécialiser dans le portrait : «  Je ne suis qu’un portraitiste qui raconte ce qu’il voit » - dira-t-il. Il connaitra la célébrité en réalisant le portrait de Marcel Proust (celui du musée d’Orsay) dont l’ébauche avait été faite en 1891 au manoir des Frémonts, sur les hauteurs de Trouville, où le peintre et le futur écrivain  étaient les invités d’Arthur Baignières. Par la suite, Blanche fixera sur la toile les visages des personnalités les plus emblématiques de son temps : Montesquiou, Henri de Régnier, Anna de Noailles, André Gide, Jean Cocteau, Maurice Barrès, Henri de Montherlant, Mauriac, Stravinski, Bergson et quelques autres. Sa sensibilité s’exprimera également dans le pastel qu’il utilisera avec virtuosité, notamment dans ses portraits de femme dont le très beau qu’il consacrera à sa mère. De même que le délicieux portrait du fils de Paul-César Helleu, autre peintre qui résidait souvent sur son yacht à Deauville. Ce portrait de Jean Helleu enfant, en habit de pierrot, est d’une facture particulièrement délicate.

 

Jacques-Emile Blanche sera également un écrivain et un critique d’art avisé. Dans son ouvrage « Propos de peintre – de David à Degas », il rend compte et exalte les œuvres de ses contemporains et prédécesseurs d’une plume alerte et éprouvée. Marcel Proust, qui rédigera la préface, ne partageait pas son point de vue, considérant que l’œuvre est toujours supérieure à son auteur et ne l’explique nullement, si bien qu’il ne craindra pas de le contredire sur ce point précis  : «  Le défaut de Jacques Blanche critique, comme Sainte-Beuve, c’est de refaire l’inverse du trajet qu’accomplit l’artiste pour se réaliser, c’est d’expliquer le Fantin ou le Manet véritable, celui que l’on ne trouve que dans leur œuvre, à l’aide de l’homme périssable, pareil à ses contemporains, pétri de défauts, auquel une âme originale était enchaînée, et contre lequel elle protestait, dont elle essayait de se séparer, de se délivrer par le travail. » Tous deux se connaissaient bien et fréquentaient les mêmes salons, particulièrement celui de Madame Straus, née Halévy, et épouse en premières noces de Georges Bizet, qui aimait à poursuivre son salon de Paris à Trouville où, après avoir loué plusieurs années le manoir de « La Cour-Brûlée » à Madame Aubernon, fit construire le sien tout à côté : le Manoir des Mûriers ». Proust ira à plusieurs reprises la visiter, ainsi que Helleu, Blanche, Maupassant, Fauré … Blanche sera élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1935.

 

Comme Marcel Proust, le peintre aimait la Normandie, ses jardins, ses chemins creux, ses champs quadrillés de haies vives, ses clochers qui pointent à l’horizon, ses lointains de mer qui semblent absorbés par le ciel et ses gris qui se déclinent en de multiples nuances et donnent une gravité lumineuse aux paysages. Quittant les mondanités parisiennes, il appréciait cette communion harmonieuse et vivifiante avec la nature. Après avoir séjourné de 1896 à 1901 au château de Tout-la-Ville entre Deauville et Pont-L’Evêque, lui et sa femme Rose louèrent le manoir de Tôt à Offranville, en Seine-Maritime, où ils aimaient à poursuivre à la campagne leurs relations urbaines avec les personnes les plus en vue du monde littéraire, artistique et politique d’alors. Les frères Goncourt, qui n’avaient pas la plume tendre, s’amusaient à dire que Jacques Blanche était susceptible et cancanier. Il n’y a qu’à lire « La Recherche du Temps Perdu » pour savoir que les propos aigres-doux étaient en vogue et animaient bien des conversations. La Normandie sera donc pour Jacques-Emile Blanche un lieu d’ancrage privilégié et est-ce ses liens particuliers avec le monde artistique et culturel qui offrent aujourd'hui à notre regard un ensemble de portraits qui nous assure que le temps … peut être retrouvé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Quelques-unes des toiles de l'artiste.
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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 09:58
La Crète entre réalité et légende

Ce qui frappe, tout d'abord, c'est la lumière, celle intense de la mer, cette Méditerranée qui a choisi d'être passionnément bleue, de ce bleu profond que l'on nommait autrefois le bleu roi. Car elle est royale, qu'on le veuille ou non, la mer qui a vu naître, au long de son littoral, les civilisations européenne, africaine, asiatique, mis au monde ce qu'il y a eu, au cours de toute l'histoire et de tous les temps, de plus raffiné, de plus abouti, de plus admirable, de plus puissant, de plus captivant. Arriver à Héraklion, ce n'est certes pas poser le pied sur une terre nouvelle mais sur la plus ancienne, un monde qui n'est autre que l'ancêtre du nôtre par l'écriture, la culture, si bien qu'on y vient pour remonter le cours de l'histoire, boire à la source, ré-écouter les légendes qui ont bâti des univers et fécondé des mondes, le nôtre en particulier. L'île ne se livre pas en quelques jours. Il faut du temps, de l'attention, de la curiosité. Ce n'est pas à la hâte que vous pourrez la connaître tant elle a de replis secrets, une si longue histoire, tant de blessures à cicatriser, mais également tant de merveilles à offrir. La Crète, il est nécessaire de l'aborder sans à-priori, d'y flâner, de s'y attarder, d'y méditer dans les sentiers muletiers qui découvrent sans cesse des panoramas surprenants, d'y contempler les jours autant que les nuits, les ciels autant que les terres, d'en gravir les roches et les collines, d'y réapprendre à vivre.


Il y a de cela très longtemps, une île avait jailli de nulle part au milieu de la mer. Les dieux l'avaient aussitôt polie de leurs mains, de leurs yeux, y avaient aimé des déesses et des reines, conçu des intrigues, élevé des palais dont les ruines constituent l'une des merveilles du monde. L'histoire de l'île s'est tissée à deux fils, celui de la légende et celui de la réalité, en un point si serré que l'on ne peut les dissocier l'un de l'autre. Pensez, les premières traces du peuplement humain remontent à 6000 ans av. J.C. Si un noyau primitif existait en des temps plus reculés, il est probable que le peuplement s'est accompli par l'apport de populations venues de l'extérieur. Les Phéniciens entre autres y apportèrent des éléments de leur civilisation. C'est en 2800 av. J.C. que la Crète entre dans une période florissante qui durera 15 siècles et sera d'un niveau de civilisation exceptionnel. A cette époque a lieu la construction du premier palais de Knossos, ainsi que ceux de Phaistos, Malia, Haghia, Triada qui témoignent tous d'une vie confortable et évoluée avec, notamment, des salles de bains et des systèmes de canalisation amenant l'eau potable de très loin. La vie artistique, quant à elle, révèle un niveau culturel élevé ; de même que l'apparition d'une première forme d'écriture hiéroglyphique. Par ailleurs, l'intensité des échanges commerciaux avec des pays proches ou lointains incitent les Minoens à accroître leur flotte et à devenir une importante puissance maritime. Les premiers palais seront détruits par une catastrophe naturelle, sans doute une série de séismes fréquents dans l'île, vers 1750 à 1700 av. J.C. Cependant, après cette catastrophe, les palais seront reconstruits et d'autres verront le jour à Tylissos, Praissos, Zakros et on assiste à une expansion économique sans précédent. Les villes se développent et se multiplient, l'écriture linéaire apparaît et l'influence de cette civilisation se répand sur l'ensemble des îles de la mer Egée et jusqu'au Péloponnèse. Et cette civilisation a cela de surprenant qu'elle pose, sur le monde qui l'entoure, un regard réjoui et émerveillé, qu'elle est subjuguée par la beauté et ne se lasse pas de l'exalter dans ses fresques et ses poteries. Ce ne sont, en effet, que débauche de coquillages, poissons, oiseaux, lys, papyrii ; un univers transcrit et magnifié fait d'ombelles, d'orbes, d'oves, de tentacules, de méandres, de spirales " comme un labyrinthe de tiges et de bras où la beauté est prise au piège" - écrit Jacques Lacarrière dans "L'été grec".


Et, il est vrai, que cet art est une ode à la vie dans la forme et la couleur et rend compte d'une philosophie et religion heureuses où les dieux ressemblent aux hommes, ce qui est attestée par leurs fantastiques hauts faits, dont beaucoup se situent en Crète même (rappelons-nous le minotaure, Ariane, Thésée, le géant Talos, Icare, Parsiphae, Phèdre etc.) D'autre part, c'est un monde spirituel complexe et organisé que nous dévoilent les sépultures, dont les trousseaux funéraires confirment une croyance en une vie supraterrestre, après une traversée assez longue de la mort qui nécessite l'aide des vivants (nourriture, vêtements) jusqu'au moment où le défunt, totalement détaché du monde terrestre, entre définitivement dans le monde divin. A la suite du premier tremblement de terre, l'ère mycénienne (1450-1100 av.J.C.) succède à l'ère minoenne, les populations venues du Péloponnèse n'ayant eu aucune difficulté à s'implanter et à conquérir les villes d'une Crète brutalement affaiblie et à se couler dans le prolongement de la civilisation minoenne qui l'avait largement influencée. Cette ère fut d'ailleurs pour l'île une période de splendeur et de puissance et c'est de ce temps-là que datent les récits épiques et les mythes relatés par Homère dans L'iliade et l'Odyssée. C'est également à ce moment qu'apparaît l'écriture linéaire.


Vers 1050 av. J.C., l'invasion de populations de souche dorienne marque la fin du mycénien et le début de la civilisation classique grecque. Occupant une position stratégique, la Crète poursuit ses relations avec l'Orient et les intensifie. Aussi est-ce chargée d'un potentiel remarquable de traditions qu'elle tombe, dès le 1er siècle av. J.C., aux mains des Romains, les nouveaux maîtres de la Méditerranée et que le consul Métellus place l'île sous la domination de la ville éternelle. A partir de là, l'île des dieux convoitée par tous les peuples, l'île heureuse entre dans une période plus confuse, entachée de perpétuelles agressions. Annexée comme le reste de la Grèce en 324 par l'empire byzantin, elle est conquise en 823 par les Arabes jusqu'à ce que la Sérénissime parvienne, à son tour, à la faire sienne. Sa longue mais prospère domination durera plus de 4 siècles (1204-1669). Afin de consolider sa conquête, Venise divise la Crète en 200 fiefs qu'elle distribue à de nobles vénitiens auxquels il incombe de la défendre mais aussi de livrer à la sérénissime République la quasi-totalité de sa production agricole. Pour cela, on met en place un statut juridique centralisé avec imposition de corvées, service obligatoire aux galères, sans parler d'une oppressante fiscalité qui ne vont pas tarder à susciter de vives résistances et contraindre Venise à des concessions. Mais les révoltes ne cesseront pas pour autant et aboutiront finalement (surtout lorsque se profilera le danger ottoman) à un rapprochement entre les archontes crétois et les autorités vénitiennes. Si bien que le 16e siècle voit le retour à la paix qui permet à l'île de connaître un grand moment de prospérité.


Mais la menace ottomane se fait de plus en plus inquiétante et les Vénitiens entreprennent, dès 1550, des travaux de défense. Les fortifications de Héraklion, de La Canée, de Réthymnon en sont les précieux vestiges. Cela a pour résultat de tenir les Ottomans en respect durant un certain temps, mais leur avance en Méditerranée est inexorable. Le 23 juin 1645, la Crète, dernière colonie vénitienne, est attaquée par l'armée du sultan Ibrahim qui débarque dans la baie de La Canée. L'année suivante, Réthymnon tombe à son tour et en 1647 les Ottomans se rendent maîtres du reste de l'île, à l'exception de la ville de Candie (l'actuelle Héraklion) qui résiste toujours. Son siège, célèbre par sa durée et l'émotion qu'il inspirera à l'Europe chrétienne, fera de nombreuses victimes. En 1669, l'armée ottomane parvient à investir la forteresse et les Crétois, malgré leur résistance héroïque, seront soumis à leurs impitoyables dominateurs qui auront tôt fait d'expédier enfants, jeunes filles et jeunes femmes à Constantinople pour y être vendus comme esclaves.

Comme est changeant le cours des choses ! / Il est pareil aux eaux d'un fleuve / qui s'écoulent et fuient / à jamais, sans retour, / il est pareil à la pluie qui tombe. / N'en cherchez pas loin les exemples : / qu'il vous suffise de songer aux calamités, / au châtiment que la Crète a subis / et de pleurer sur son sort.     Gérasime Palladas

                     
Hauts lieux de cette résistance, la grotte de Mélidoni et le monastère d'Arkadiou, que l'on ne peut visiter sans avoir la gorge nouée. A l'automne 1866, partisans et moines sont assiégés au monastère par l'armée ottomane. Un premier assaut est repoussé, mais un second pulvérise l'entrée du monastère. Plutôt que de se rendre, les assiégés préfèrent se donner la mort en détruisant leurs ultimes munitions auxquelles ils mettent le feu. L'explosion est connue dans le monde entier et nombreux sont ceux qui épousent la cause de l'indépendance crétoise, parmi lesquels Garibaldi et Victor Hugo. La grotte de Mélidoni est tout aussi émouvante. A la fin de septembre 1823, alors que la région est ravagée par l'armée turque commandée par Hussein pacha, 370 personnes y trouvent refuge, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards. Les assiégés, refusant de se rendre, l'entrée de la grotte est obstruée avec des broussailles auxquelles les assaillants mettent le feu, asphyxiant ainsi les malheureux rebelles. Les ossements des martyrs sont aujourd'hui conservés dans un ossuaire. Mais la résistance ne faiblit pas. Avec le soutien de l'Europe, la Crète proclame son indépendance en 1896 et, finalement, grâce à la puissante influence d'une personnalité hors du commun, Elefthérios Venizélos, elle se rattachera à la Grèce en 1913. Mais ses malheurs ne sont pas terminés pour autant : elle tombe aux mains des Allemands lors de la seconde guerre mondiale et subit d'importants bombardements aériens qui auront raison des villes crétoises, évacuées les unes après les autres par les Anglais qui ont subi de lourdes pertes. La résistance, une fois encore, s'organise, harcelant l'occupant jusqu'à la libération. Ainsi s'est écrite l'histoire d'une île que les épreuves n'ont pas épargnée et qui a connu successivement la lumière la plus éclatante et les ténèbres les plus profondes. A l'image du taureau, qui fut l'emblème de Zeus, dont on dit qu'il avait trouvé refuge enfant dans une grotte du mont Ida, elle a défié la mort et justifié la légende qui voulait qu'elle sorte victorieuse de tous les combats.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Autre article concernant la Crète :    La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

 

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Knossos
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La Crète entre réalité et légende
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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 08:29
Pierre Hubermont, écrivain prolétarien de Charneux, Duray et Fourmanoit

Avant d’ouvrir ce livre, je ne connaissais même pas le nom de Pierre Hubermont et je pense, d’après ce que disent les auteurs, que de nombreux lecteurs, même parmi les plus assidus, étaient dans la même ignorance que moi. Ces trois auteurs ont rassemblé leurs connaissances, leurs  compétences et leur talent pour produire une biographie de cet écrivain fortement engagé dans les enjeux socio-politiques de son époque. Léon Fourmanoit, auteur de plusieurs ouvrages concernant le Borinage, a eu le privilège de rencontrer Hubermont et de recueillir quelques textes restés inédits, Claude Duray spécialiste de l’histoire sociale du Borinage et Daniel Charneux qui, après avoir découvert cet écrivain disparu dans les catacombes de l’histoire, a lu toute son œuvre disponible se sont associés pour composer une biographie et une bibliographie complète de cet homme tellement controversé en situant son histoire personnelle et son œuvre littéraire, syndicale et politique dans l’histoire boraine, belge et même européenne. En ce temps-là, le monde ne connaissait plus les frontières, la violence des tensions socio-politiques et les conflits sanglants passaient aisément par-dessus les limites et frontières qu’elles soient physiques, morales ou humaines.

 

Pierre Hubermont n’est qu’un pseudonyme qui masque en réalité Joseph Jumeau né en 1903 (il est l’exact contemporain de Georges Simenon) dans un petit village à la limite entre le Borinage et le Haut-Pays ; c’est alors un bambin fragile qui connait une enfance difficile, l’incitant même à faire une tentative de suicide à l’âge de dix ans. Son père est un mineur fortement engagé dans l’action syndicale et la vie politique locale, son frère s’est lui aussi engagé dans l’action syndicale et dans l’écriture mais connut moins de succès. Sa faible constitution l’oriente vers les métiers de bureau, notamment le journalisme où il exerce pendant de longues années, puis se passionne pour la vie politique où il sera, pendant une longue période, membre du Parti ouvrier belge. Les auteurs suivent son action au travers des conflits qui ont marqués la vie du bassin minier borain au cours de la première moitié du XXe siècle et encore après le grand conflit mondial. Son influence dans les milieux politiques n’était pas négligeable, il avait l’oreille de nombreux dirigeants syndicaux et politiques.

 

Les auteurs égrènent aussi ses écrits littéraires au fil de sa carrière professionnelle, syndicale et politique. Ils citent de très larges extraits des principaux romans qu’il a écrits dès son plus jeune âge dont, pour n’en citer que quelques-uns « Treize hommes dans la mine », « Hardi ! Montarchain », « Germain Péron, chômeur » et plusieurs autres ensuite. Ces premiers romans se situent dans la ligné des œuvres de Zola, ils évoquent la rude vie des mineurs et les catastrophes qui souvent ont affecté l’histoire minière. Fidèle membre du parti ouvrier, socialiste convaincu, Pierre Hubermont a changé de trajectoire pendant le conflit, bien qu’il n’ait jamais adhéré aux partis extrémistes, il est progressivement devenu un fidèle héraut de la doctrine nazie et tout aussi fidèle soutien de leur combat pour une Europe nouvelle. A la fin de la guerre, il sera traduit devant la justice, condamné à mort, mais sa peine sera commuée en détention à vie, les experts estimant qu’il n’était pas en possession de toutes ses facultés quand il a écrit les textes qui lui ont valu ce jugement. Il sera libéré bien avant sa mort.

 

Cet  ouvrage est un texte essentiel pour plusieurs raisons  : c’est tout d’abord un document qui pourra orienter les recherches sur l’histoire belge de cette époque, c’est une redécouverte littéraire qui provoquera peut-être des rééditions, et c’est surtout l’occasion de reposer les questions fondamentales sur la responsabilité, sur l’engagement politique, sur la justice (Brasillach a eu moins de chance qu’Hubermont, son procès ne s’est pas déroulé dans le même contexte), et surtout sur la fameuse question soulevée chaque fois qu’on écrit sur Louis-Ferdinand Céline, faut-il séparer l’œuvre de l’auteur ? Le débat reste de plus en plus d’actualité et le restera encore longtemps.


Denis BILLAMBOZ


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Le personnage du livre lors d'un de ses discours

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