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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 08:19
ARDS de Jean-Louis Vanherweghem

 

L’ARDS est l’acronyme anglo-saxon équivalent en français de SRAS qui signifie : syndrome respiratoire aigu sévère. Jean-Louis Vanherweghem, spécialiste en médecine interne et néphrologie, professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles, ex-doyen de la Faculté et recteur de l’Université de la capitale belge a écrit ce court récit pour raconter les dix-sept jours passés par Michèle, l’épouse du narrateur, dans les services de soins intensifs de l’Hôpital universitaire de cette même ville. Je ne sais pas si l’auteur et le narrateur sont confondus dans le même personnage, le texte ne permet pas d’en juger. Affectée depuis un certain temps par des douleurs d’origine apparemment liées au nerf sciatique, Michèle souffre terriblement, elle doit prendre régulièrement des médicaments de plus en plus forts : corticoïdes, dérivés de la morphine, etc. Lors d’une dernière crise, son mari, le narrateur, décide d’augmenter encore la dose et d’emmener son épouse dans le sud de la France, à Fontvieille, pour changer d’air, se reposer et se détendre en essayant d’oublier la douleur sous l’effet de l’augmentation des doses médicamenteuses. Mais, une nuit, après une belle soirée passée au restaurant sous un ciel étoilé, Michèle est prise de violentes douleurs à l’abdomen. 

 

De retour en Belgique, un matin son mari ne peut la réveiller, elle est dans le coma. Celui-ci la fait immédiatement  hospitaliser et soigner par les meilleurs praticiens de la ville qui diagnostiquent un choc septique des suites d’une occlusion du colon. Les antidouleurs ont occulté les douleurs abdominales qui auraient dû alerter la patiente et son entourage. Dès lors, la course est engagée entre l’infection qui détruit ses poumons et les soins que lui prodiguent les médecins. Son mari est là tous les jours à son chevet, il dialogue avec les soignants, les guide, les stimule, les écoute et parfois refuse de les entendre. Cette lutte dure dix-sept jours, pendant lesquels patient, soignants, époux se soutiennent, se confrontent, s’affrontent dans un combat mortifère, tout en sachant que le conjoint est, par sa formation et les relations qu’il entretient avec le corps médical, en même temps soignant et conjoint. Ce court récit expose avec précision et empathie les soins que doivent subir les malades atteints du SRAS, soins qui sont les mêmes que ceux reçus par les malades atteints d’une forme grave de la covid 19. Le récit montre également comment la tragédie se noue rapidement autour d’un malade souffrant de cette affection.

 

Dans ce texte l’auteur met aussi en évidence un sujet qu’il a déjà exploré dans d’autres ouvrages : la confrontation du point de vue de la personne qui tente d’oublier sa douleur, et de son entourage, avec celui de la médecine qui cherche plutôt à éradiquer les origines du mal pour le vaincre définitivement. Une incompréhension qui risque d’entraver des traitements nécessaires et même indispensables à la guérison, une incompréhension qui démontre la nécessité d’un meilleur dialogue malade/soignant. Ce petit livre documenté et précis peut apporter à chacun un éclairage à méditer au moment où une pandémie sévit violemment sur nos territoires.


Denis BILLAMBOZ

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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 08:06
Que l'immensité ouvre ses livres et ses grimoires !
Que l'immensité ouvre ses livres et ses grimoires !

Ils étaient hommes de labeur, sur l’oratoire des eaux
pour la première aurore.
Quelle fuite, à peine feinte, a fiché sa foëne en leur cœur !
Quelles ramures jointes par l’écho ont orné la voûte de feuilles de silène !
L’immensité ouvre ses livres et ses grimoires et c’est le néant qui dégorge,
mieux qu’une gargouille, son trop plein de savoir.
Ah ! que d’archives empoussièrent leurs cénacles,
que de dossiers encombrent leurs prétoires ! Assez ! Assez !
Que cette aire soit libre et ouverte sur la tranche
en l’honneur … d’une race à naître.
Poème à leurs lèvres profanes né de la phrase et de la vague,
dans le même ressac. Et l’élite des mots pour le métissage des eaux !


Partout la clameur s’amplifie
et c’est l’élocution et le récitatif pour une grandeur à venir.
Hommes de fier lignage sous l’apostrophe divine,
la face offerte aux alizés et à l’aquilon,
l’acuité de leurs regards anticipe les échéances prochaines.
J’ai trop de charges à leur soumettre
pour que cette rigueur ne soit pas lourde à leurs reins.
J’entends leurs souffles de garde-freins,
j’entends les cantilènes de leurs femmes,
mais à la vigilance de leurs rives,
je préfère la faction feuillée des agaves.


La mer en  ses  euphémismes,
initiatrice et belle diseuse d’énigmes,
voie  d’un seul jet jusqu’aux lisières de l’invisible.
Les hommes regardent approcher la mort,
non en voleuse de jours mais en donneuse de promesses
sur cet océan blanchi par le soleil,
sur cette mer équarrie aux quatre points du globe,
la mort ainsi qu’un porche gothique ouvert sur l’élégie marine.
Les larmes des enfants ameutent les colonies  d’oiseaux,
les pluviers, les sternes, les puffins, les labbes prédateurs,
ceux qui, avec les vents, tracent dans les plis hercyniens de leurs ailes,
les pistes des grandes migrations.


A  la métrique de la stance, l’allégeance des hautes voiles en mer,
au pays lointain des ibis et des caïmans,
des crabes arboricoles et des cycas nains.
Entendez-vous les fleuves souterrains
conduire la strophe sémantique,
entendez-vous la voix du vieux monde qui se déplace
et psalmodie la prière  de l’ermite ?
Sur le forum des eaux se perpétue l’éloquence des tribuns,
tandis qu’en son hypogée de sel, en ses prairies de diatomées
veille le poème  informel.


La terre en croix vogue à la dérive.
Ah ! que le temps sur elle n'ait plus jamais pouvoir !
Venu des profondeurs aquatiques, un étrange froissement d'épave
et une lame aiguisée par l'écume qui hausse le débat !
Le lamparo du poète répond aux présomptions du jour.
L'espèrance est sur ses cils comme une fleur ombellée.
Des jetées luminescentes se dessinent sur le ciel.
N'est-ce pas l'Esprit qui repose,
n'est-ce pas la dynastie des hommes qui navigue
au plus près du mystère ?
Les vents ont cessé leurs outrances. 
Un souffle, à peine, fait naître de légers plis à leurs fronts.
L'eau tiède des moussons étanche leur soif
et l'ascèse des flots mène à son terme leur destin d'apatrides.
Au passage des hémisphères s'est révélé l'autre face du monde,
le revers du réel.
L'attente dresse sa flamme arborescente.
Là se joignent les pôles en leur nombre radiant.
Là, dans le bleu aigu des glaciers,
s'abolit toute chose consommable.


Le poète, à la proue, porteur du Verbe
et le peuple debout dans les bras de la croix
qui scrute les faveurs d'une constellation.
Est-ce le songe de l'homme qui s'achève
et tourne ainsi sur son socle comme rose des vents ?
Exorcisme du thème qui fut votre gréement
et d'aventure vos coeurs d'affamés pour des jeûnes mystiques.
C'est là que l'eau insubmersible, cataracte à face de Gordone,
établit ses frontières.
Et ce nectar encore à vos lèvres
et votre défaite comme un sanglot de mer !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE   
 

 (Extaits de "Cantate pour un monde défunt " - Librairie Bleue - Prix Renaissance 1993 )
 


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Remise de mon Prix Renaissanc de poésie en juin 1993 par madame Brigitte Level

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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 08:52
Anne Ancelin Schützenberger, psychodrame d'une vie de Colette Glasman

 

Rédigé par l’une de ses élèves, ce texte est une très riche biographie de la grande psychologue qui a introduit en Europe les théories de Jacob Levy Moreno, le créateur du psychodrame comme outil de la psychologie sociale. Une biographie d’autant plus riche qu’Anne Ancelin Schützenberger a vécu jusqu’à presque cent ans et que, jusqu’à sa mort, elle a eu une vie particulièrement riche, laborieuse et mouvementée. Fille d’une riche famille de l’intelligentzia juive russe peu pratiquante, évoluant dans la classe sociale supérieure, elle est baptisée Anna selon les désirs de son père mais sa mère l’appelle toujours Assia. Elle devient Anne quand elle rejoint la France à l’âge de six ans et elle se prénommera Elodie pour échapper aux Allemands et leur résister pendant la guerre. Elle est née Eynoch, du nom de son père, est devenue Schützenberger en épousant un protestant d’origine autrichienne et, lors de sa naturalisation en 1946, elle choisit définitivement de se nommer Ancelin Schützenberger en associant son nom de résistante à celui de son mari qu’elle a conservé malgré leur rapide divorce.

 

Son chemin de rupture commence dès son jeune âge, les Bolchévik ayant provoqué une dégradation notoire de leur condition de vie et de leur statut social et finalement mis en danger leur existence. Sa mère choisit alors de quitter la Russie par des chemins détournés sans son mari mais avec ses deux petites filles, Nina était la cadette d’Assia/Anna. Première rupture avec son pays, son milieu social, sa culture, sa gastronomie et son père qui ne rejoint Paris que plus tard. Rupture à l’école où elle est stigmatisée et persécutée en tant qu’étrangère, rupture avec sa mère avec laquelle elle est toujours en conflit. Mais la rupture devient plus cruelle avec la perte de la petite sœur adorée. Plus tard, la famille échappe de justesse à la rafle des Juifs et prend le nom d’Ancelin. Le père, séparé de la mère, reste à Paris et est déporté, il mourra avant d’arriver à Auschwitz. Nouvelle vague de ruptures quand les Allemands les pourchassent et incendient leur retraite en Lozère. Toute sa vie ne sera que rupture avec ses amis, ses collègues, sa famille, son caractère fort, très fort, souvent trop fort, son intransigeance, sa passion l’emportent souvent sur la raison, l’amour et l’affection.

 

Sa famille ne souhaitant pas qu’elle apprenne la médecine, Anna fait du droit mais doit s’enfuir avec sa mère en Lozère où elle participe activement à la résistance. Après la guerre, elle obtient une licence de psychologie et donne naissance à sa fille Hélène qu’elle emmène avec elle aux Etats-Unis où elle intègre les cours de Jacob Levy Moreno, le fondateur du psychodrame en psychologie. Elle rentre en France où elle s’attache à propager les thèses de Moreno dans les divers emplois qu’elle occupe, dans les congrès auxquels elle participe, dans les groupes qu’elle anime. Elle devient la référence en la matière pour l’ensemble de l’Europe. Elle est partout, se démène avec frénésie, on cherche sa compagnie, son enseignement, son expérience mais elle n’a pas d’emploi fixe.  Elle finit tout de même par terminer sa thèse, ce qui lui permet de postuler à un poste de professeur à la Faculté de Nice qu’elle obtient de justesse. Son intransigeance et son tempérament tempétueux lui valent de nombreuses inimitiés qui s’ajoutent au fait qu’elle ne soit pas française d’origine. Mais sa vie est toujours aussi en dents de scie, elle est de toutes les causes qui concernent son domaine, elle mène de nombreux combats personnels ou collectifs. Elle paie souvent de sa personne et même de son argent, argent qu’elle n’a pas toujours. 

 

Il est vrai qu’elle  n’est pas une bonne gestionnaire, qu’elle n’est pas organisée, qu’elle se consacre essentiellement au développement de la psychologie de groupe, la psychologie sociale et surtout le psychodrame. Elle veut être au sommet, gouverner, décider. Elle ne sait pas bien s’entourer, même si elle a de nombreux amis fidèles et souvent de bon secours. C’est une femme hyper active, de santé fragile, une mère de famille peu attentionnée mais le temps n’a aucune prise sur elle. Quand son corps commence à faiblir, quand sa mobilité se réduit, quand sa vue baisse, elle n’abandonne jamais, elle veut toujours être en action. Jusqu’à sa mort, transportée sur un fauteuil, elle est partante pour assister à une manifestation qu’elle juge importante, Outre-Atlantique ou ailleurs encore. Anne est une boule d’énergie, animée d’une détermination à toute épreuve, d’un caractère bien trempé souvent impulsif et même colérique, d’une volonté d’acier, d’une passion débordante pour son métier et sa spécialité. Mère peu attentive à sa fille elle est une grand-mère affectueuse mais trop exigeante. Nombre  de ses collègues l’admirent et l’adorent mais elle sait aussi se faire de nombreux ennemis qui entraveront certaines de ses entreprises. Anne, malgré une santé souvent défaillante - elle ne se soigne pas ou mal - est une personnalité  en perpétuel mouvement, toujours en avance sur les autres, la véritable fondatrice en Europe du psychodrame en psychologie. Elle fait partie de ceux qui ont contribué à la naissance de la psychologie de groupe comme une science sociale, comme une thérapie, comme une nouvelle matière universitaire. Par ailleurs, elle était une femme libre de ses choix de vie, d’enseignement, d’amitié et d’amour, d’engagement et de spiritualité. Une grande figure du féminisme à travers ses actes, davantage qu’à travers un militantisme tapageur. Avec cet ouvrage, Colette Esmenjaud Glasman dresse une biographie très fine, très complète, très riche de celle qui fut son modèle, son inspiratrice, sa référence. Elle a suivi son enseignement, fait partie de ses proches, et on sent dans cet ouvrage combien elle l’admire, combien elle l’affectionne, même si elle ne cache aucun des défauts de son professeur, de son modèle, de son amie. Cette biographie deviendra certainement un ouvrage de référence dans toutes les universités et partout où l’on enseigne la psychologie.


Denis BILLAMBOZ


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Anne Ancelin Schützenberger

Anne Ancelin Schützenberger

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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 07:59

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Il y a l'art d'écrire mais il y a aussi l'art de lire ou du moins le goût de lire qui remonte le plus souvent à l'enfance et que l'on s'exerce à cultiver à l'âge adulte avec plus ou moins de talent et de passion. La plupart des écrivains ont été de bons lecteurs, des lecteurs assidus qui se sont formés au beau langage en découvrant celui des autres. La plupart en ont parlé avec sensibilité et nous ont permis de découvrir dans des pages émouvantes comment tel ou tel auteur avait su éveiller leur esprit à la poésie et à la littérature. Ce fut le cas de Mauriac, de Julien Green, de Julien Gracq, de Proust, qui a rédigé sur la lecture une page inoubliable. Ce l'est également d'auteurs contemporains comme Jean d'Ormesson  qui dans " Saveur du temps" évoque avec humour et tendresse aussi bien Chateaubriand que Plutarque, Soljenitsyne et l'obscur Nicolas Fromaget et se plaît à rappeler que la culture, c'est d'abord le plaisir. Il y a nouvellement sorti des presses le dernier Déon " Lettres de château", où l'académicien parle de la littérature d'une plume délicate et élégante comme à son habitude. Il nous entretient de ses compagnons de voyage qui ne sont autres que Stendhal, Larbaud, Toulet ou Conrad et nous donne, à travers ses lignes, l'envie irrépressible de les relire ou de les découvrir. Car c'est l'art même de l'écriture de faire naître celui de la lecture et vice et versa. Ces écrivains ne seraient pas ce qu'ils sont s'ils n'avaient un jour découvert des auteurs capables de leur inspirer leur vocation. Le troisième est un philosophe Alain Finkielkraut, dont l'ouvrage récent "Un coeur intelligent" a le don de rendre le nôtre meilleur et plus perspicace. Ce lecteur-là est un apprenti sorcier qui pose sur notre temps un regard sans complaisance avec un discernement inquiet.



Nous vivons aujourd'hui un déclin de la lecture - dit-il - qui me semble irréversible. Dans un époque qui bouge, et qui bouge trop et tout le temps, les lettres, elles, sont en repos dans le livre. Or, l'écran met fin à cette immobilité. Il est par ailleurs symptomatique qu'on parle de plus en plus de "pratiques culturelles". Des pratiques culturelles ! Le meilleur moyen d'effacer la différence entre la culture et l'inculture. Parmi ces pratiques : le copier/coller, le picorage, la communication. Tout ce qui relève de l'immédiateté et de l'impatience. Alors, quelle place le monde d'aujourd'hui, et à fortiori le monde de demain, fera-t-il à la lecture, activité ruminante et méditative ? La question est posée. La lecture et, par voie de conséquence la culture, sont-elles réellement en danger ? Il semblerait qu'il y ait quelques bonnes raisons de s'inquiéter, sans pour autant désespérer, car nous ne sommes pas en panne d'auteurs mais plutôt de lecteurs. Et le philosophe poursuit à propos de la lecture : " Je persiste dans mon inquiétude. Les jeunes lisent de moins en moins de livre. Et il est peu probable qu'ils liront plus tard. Car ils ont changé d'élément : ils vivent dans le numérique. Dans le numérique, la lecture littéraire est un anachronisme. Elle se raréfiera donc inexorablement. En revanche, il y aura pléiade d'écrivains. Toujours plus de livres publiés, en effet, et dans ces livres, toujours plus de pseudo-romans, qui ne sont que des autobiographies déguisées. Certes, l'autofiction peut produire de vraies oeuvres, mais la plupart se placent sous ce que Renaud Camus appelle le  soi-mêmisme. Aujourd'hui il faut être soi-même. Parce que paraître, c'est mentir. J'ai en mémoire la scène d'un film récent ""de Danièle Thompson. Auteur d'un best-seller, l'une des héroïnes du film est invitée dans une émission littéraire par Guillaume Durand, qui lui demande comment elle s'y est prise pour écrire son roman. Sa réponse est extraordinairement révélatrice : " Je me suis débarrassée de la dictature des apparences et j'ai décidé de mettre mes tripes sur la table". Si la littérature, c'est mettre ses tripes sur la table, autant passer à autre chose ! Si le soi-mêmisme s'empare de la littérature même, alors vraiment nous sommes dans une très mauvaise passe. Socrate disait qu'une vie qui n'est pas examinée ne mérite pas d'être vécue. Et nous pensons que c'est par le détour de la culture qu'on arrive à examiner sa vie. Mais est-ce qu'on devient meilleur ? Il est très difficile de répondre à une telle question."

 


Et Finkielkraut poursuit : "Toujours est-il que la beauté des découvertes adolescentes, c'est de rencontrer des livres qui nous dépassent. C'est pour cela que je n'aime pas l'idée de la littérature pour la jeunesse. Il est merveilleux de lire à 14ans, 15 ans, des romans qui ne vous sont pas destinés. Quand j'ai lu "Les Carnets du sous-sol" de Dostoïevski à 15 ans, j'ai été bouleversé. Et l'ayant relu récemment, le choc a été le même ". Aujourd'hui notre société est davantage portée à la dérision qu'à l'admiration. Et ne serait-ce pas là le grand mal du XXIe siècle naissant, ce goût de la dérision, ce refus à toute référence admirative ? Oui -  répond Alain Finkielkraut -  la dérision est un sujet en soi. Nous vivons de nos jours sous le régime cauchemardesque de l'hilarité perpétuelle. Une hilarité qui accompagne l'actualité et même la préempte. Le rire léger de l'humour porté par la littérature est détrôné par le rire-massue de l'incivilité. Un nouvel usage est entré en vigueur sur les antennes du service-public : quelques minutes avant d'arriver dans le studio où elle a été invitée, une personnalité se fait tailler en pièces par un professionnel de la dérision. Ce lynchage est devenu systématique et vise de plus en plus de personnalités du monde culturel. A la radio ou ailleurs. C'est là que se fait jour l'horreur de notre société, qui est le ressentiment démocratique. Il y a, dans les temps d'égalité, une joie mauvaise à voir quelqu'un tomber de son piédestal et mordre la poussière. Ce fut le cas pour l'affaire Polanski. Ce déchaînement m'épouvante. Parce que la démocratie a deux possibilités. Soit elle se rêve comme une aristocratie universelle, soit elle passe son temps à décapiter Marie-Antoinette.



La lecture a du moins le mérite de nous isoler un moment de toute pression environnementale. C'est un retour à la vie secrète de nous-même, une plongée dans un monde imaginaire qui parfois charrie plus d'audace, de vérité et de valeur que celui où nous vivons quotidiennement. Et puis, n'est-ce pas le monde où nous évoluons en toute liberté et où cette liberté est la plus précieuse ? Proust, dans son texte consacré à la lecture publié en préface à l'ouvrage de John Ruskin " Sésame et le lys ", notait  : " Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré". Et quelques pages plus loin : " Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire, est de nous donner des désirs". Quant à Julien Gracq, il  n'hésita pas à faire le procès du mercantilisme et de la mondanité qui affligent la République des Lettres  dans un ouvrage " La littérature à l'estomac" dont le titre annonce la couleur et dans lequel il fait une analyse fine et d'une actualité vibrante du mal-être de la culture et de la littérature d'aujourd'hui. En son âme et conscience, il part en guerre contre une soi-disant élite qui ne lit pas ( ou pas vraiment ) et se permet des jugements que la foule reçoit comme parole d'évangile. De sa plume exceptionnelle, il fustige le bruit, le mauvais bruit qui alimente les discussions marchandes de certains intellectuels, journalistes et critiques et lutte ainsi contre l'air du temps et le goût du jour qui faussent l'un et l'autre la donne et encensent un écrivain par rapport à un public et non par rapport à son oeuvre. Alors que la lecture relève d'une autre audience et que le vrai lecteur - celui qui ne se laisse pas influencer par la rumeur -  saura découvrir les oeuvres capables de susciter en lui " l'extase littéraire".

 

« A partir du moment où il existe un public littéraire (c’est-à-dire depuis qu’il y a une littérature) le lecteur, placé en face d’une variété d’écrivains et d’œuvres, y réagit de deux manières: par un goût et par une opinion. Placé en tête-à-tête avec un texte, le même déclic intérieur qui joue en nous, sans règle et sans raisons, à la rencontre d’un être va se produire en lui : il «aime» ou il «n’aime pas», il est, ou il n’est pas, à son affaire, il éprouve, ou n’éprouve pas, au fil des pages ce sentiment de légèreté, de liberté délestée et pourtant happée à mesure, qu’on pourrait comparer à la sensation du stayer aspiré dans le remous de son entraîneur; et en effet, dans le cas d’une conjonction heureuse, on peut dire que le lecteur colle à l’œuvre, vient combler de seconde en seconde la capacité exacte du moule d’air creusé par sa rapidité vorace, forme avec elle au vent égal des pages tournées ce bloc de vitesse huilée et sans défaillance dont le souvenir, lorsque la dernière page est venue brutalement «couper les gaz», nous laisse étourdis, un peu vacillants sur notre lancée, comme en proie à un début de nausée et à cette sensation si particulière des «jambes de coton». Quiconque a lu un livre de cette manière y tient par un lien fort, une sorte d’adhérence, et quelque chose comme le vague sentiment d’avoir été miraculé: au cours d’une conversation chacun saura reconnaître chez l’autre, ne fût-ce qu’à une inflexion de voix particulière, ce sentiment lorsqu’il s’exprime, avec parfois les mêmes détours et la même pudeur que l’amour: si une certaine résonance se rencontre, on dirait que se touchent deux fils électrisés. C’est ce sentiment, et lui seul, qui transforme le lecteur en prosélyte fanatique, n’ayant de cesse (et c’est peut-être le sentiment le plus désintéressé qui soit) qu’il n’ait fait partager à la ronde son émoi singulier; nous connaissons tous ces livres qui nous brûlent les mains et qu’on sème comme par enchantement – nous les avons rachetés une demi-douzaine de fois, toujours contents de ne point les voir revenir. Cinquante lecteurs de ce genre, sans cesse vibrionnant à la ronde, sont autant de porteurs de virus filtrants qui suffisent à contaminer un vaste public: il n’y faut que quelques dizaines d’années, parfois un peu plus, souvent beaucoup moins: la gloire de Mallarmé, comme on sait, n’a pas eu d’autre véhicule – cinquante lecteurs qui se seraient fait tuer pour lui. » *  


 * Julien Gracq - La littérature à l'estomac - Ed Corti

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 08:29
La chambre du premier de Monique Bernier

Sylvie s’est mariée jeune, très jeune même, avec Jean qui l’a emmenée en Australie qu’elle quitte, au début de cette histoire,  pour rejoindre sa Belgique natale. Elle ne supporte plus la vie que son mari lui inflige, elle a économisé sou par sou pour payer ce long voyage et ses enfants sont désormais assez grands pour comprendre son désarroi et vivre sans elle. Elle rentre au pays où personne ne l’attend, elle découvre que sa grand-mère adorée vient de décéder. Elle se réfugie auprès de son frère avec lequel elle a rompu depuis son départ. Elle n’a plus aucune relation avec sa mère avec laquelle elle ne s’est jamais entendue et elle a l’impression de n’avoir jamais eu de père. Elle découvre petit à petit que la vie qu’elle a menée avec sa grand-mère ne correspondait peut-être pas à la réalité familiale, que sa mère n’était peut-être pour rien dans la mort de son père, qu’elle a sans doute été manipulée pour qu’elle prenne sa mère, soutenue par son frère, pour un bourreau. L’ouverture du testament de la grand-mère pose de nouvelles questions. Sylvie se lance alors dans une véritable quête en interrogeant ceux qui l’ont côtoyée quand elle vivait avec elle ou après son départ, lors du long silence familial infligé par son mari. Sylvie découvre ainsi que la famille qu’elle a connue n’est peut-être pas vraiment celle dont elle se souvient, de nombreuses pièces viennent s’ajouter au puzzle familial conservé dans sa mémoire. Elle peut, après avoir fait le tri, recoller les pièces de ce puzzle  complexe et entrevoir enfin une vie exempte de secrets, de non-dits et vérités déformées. 

 

 

Ce texte est une véritable enquête familiale conduite avec beaucoup d’adresse et de finesse par Monique Bernier qui semble connaître les arcanes des familles décomposées, recomposées pour terminer par être complètement éclatées. C’est aussi, d’une certaine façon, un réquisitoire contre la manie, voire le vice, que certains prennent à manipuler la vérité pour éviter des scandales ou des situations gênantes, au risque de créer des cataclysmes familiaux beaucoup plus violents lorsque les générations suivantes sont mises devant les faits accomplis par leurs aïeux. C’est aussi un bel exemple de famille à l’arbre généalogique falsifié pour faire passer des unions peu glorieuses, des fautes inacceptables à l’époque et des naissances pour le moins inattendues et pas franchement désirées. Ceux qui, aujourd’hui, s’acharnent à révolutionner les structures et les valeurs familiales devraient impérativement lire ce livre pour bien comprendre où leurs manipulations, pas toujours très réfléchies, risquent de les conduire.


Denis BILLAMBOZ


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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 08:23
Manies ennemies de Pauline Liétar

 

Lucie, brillante chercheuse, ayant perdu une bonne partie des crédits alloués à ses travaux sur la maladie de la pierre,  profite d’une mutation de son mari au Pays Basque pour cesser son emploi et devenir mère au foyer en élevant ses deux enfants. Mais Lucie est atteinte de troubles obsessionnels du comportement, son cerveau hyper actif est perturbé pas son nouvel emploi du temps qui la sollicite insuffisamment, alors elle fantasme en construisant des histoires abracadabrantès. Elle a perdu sa mère alors qu’elle n’avait que dix-huit ans et elle est persuadée qu’elle est indirectement responsable de cette disparition brutale. Depuis ses TOCS ont pris une nouvelle acuité, elle doit  vérifier tout ce qu’elle fait, craignant qu’un oubli génère une nouvelle catastrophe. Ainsi, redoute-t-elle de n’avoir pas serré son frein à main, de ne pas avoir fermé la porte correctement, de n’avoir pas éteint la plaque de cuisson, parfois d’avoir renversé le cycliste ou le piéton qu’elle vient de croiser, ainsi  fait-elle demi- tour pour constater qu’il est toujours bien sur la route. Et, une fois, elle ne revoit pas dans son rétroviseur le jeune garçon qui marchait sur le bord de la route quand elle est passée à sa hauteur. Elle essaie de se persuader que ce n’est qu’un trouble de son cerveau en ébullition mais un appel lancé sur la Toile signale la disparition d’un gamin qui pourrait être celui-ci. Alors, elle panique, se convainc qu’elle l’a poussé dans le ravin, essaie de se raisonner, participe aux recherches, fouine partout pour tenter de trouver des indices propres à l’innocenter, mais rien n’y fait, ses troubles ne font qu’empirer. Elle doit  avoir recours aux médicaments qu’elle  dissimule dans son placard secret.

 

Ses recherches prennent alors l’allure d’une véritable enquête qu’elle conduit avec l’aide des nouveaux outils de gestion de l’information qu’elle utilise avec une grande agilité. Au cours de ses recherches, elle découvre des indices qui lui évoquent le décès de sa mère et la rapproche de plus en plus de sa quête d’information sur la disparition du jeune garçon qu’elle pense avoir poussé dans le fossé. En trouvant ce qui relierait cette disparition à ce décès, elle espère prouver son innocence dans ces deux événements dramatiques et, ainsi, échapper à son addiction médicamenteuse. Voilà un sujet original où celle, qui pense être la coupable, mène l’enquête elle-même, enquête qui, de ce fait, échappe aux  codes habituels du polar. Un texte rythmé, alerte, qui entraîne le lecteur page après page sans lui laisser le temps d’envisager, ne serait-ce que brièvement, la conclusion de cette quête inédite. Un livre qui se lit d’une traite, vous aspirant vers son dénouement. Une illustration des perturbations que subissent ceux qui sont atteints de troubles obsessionnels du comportement et de la dépendance qui les asservit quotidiennement à la médication.


Denis BILLAMBOZ


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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 07:01
Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Voici la nouvelle rubrique que nous propose notre ami de longue date : Denis BILLAMBOZ. Grand lecteur devant l'éternel, Denis nous a déjà offert pendant deux années un tour du monde littéraire de grande qualité, nous menant à travers les livres choisis dans un formidable voyage au royaume des mots. Aujourd'hui, il va nous livrer ses coups de coeur, ses moments d'enthousiasme, les romans qui ont marqué tout particulièrement sa mémoire. Il a voulu ouvrir cette rubrique sur mon dernier né "Le jardin d'incertitude" auquel il a trouvé des qualité, ce qui m'honore. D'autres coups de coeur suivront chaque lundi, Denis aimant d'un vrai amour les écrivains et les poètes. Alors accompagnons-le dans cette équipée qui ouvre ce matin sa première page.

 

 

Le jardin d'incertitude de Armelle Barguillet Hauteloire

Léo Ferré, le poète vagabond  

Irène,Nestor et la vérité de Catherine Ysmal

Le sang et la mer de Gary Victor

Cortés et son double de Christian Duverger

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Les couleurs de l'hirondelle de Marius Daniel Popescu

Mourir est un art comme tout le reste de Oriane Jeancourt Galignani

A l'exemple de mon père de Uwe Timm

L'accordeur de silences de Mia Couto

Le renard était déjà le chasseur de Herta Müller

La compagnie des Tripolitaines de Kamal Ben Hameda

Adieu ma mère, adieu mon coeur de Jules Roy

Hammerstein ou l'intransigeance de Hans Magnus Enzensberger

Dans la grande nuit des temps de Antonio Munoz Molina

Les immortelles de Makenzy Orcel

Les feux de Shohei Ooka

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas Vinau

Muette de Eric Pessan

Le son de ma voix de Ron Butlin

Ici ou nulle part de Rocio Duran Barba

Rue des voleurs de Mathias Enard

Volt de Alan Heatcock

"Du domaine des murmures" de Carole Martinez

un domaine au Cap-Vert de Henrique Teixiera de Sousa 

"S'inventer un autre jour" de Anne Bert

Folie de Ivan Vladislavic

Un bon musulman de Tahmima Anam

L'hom Wazo de Dora Wadrawane

Christie Malry règle ses comptes de Brian Stanley Johnson

Souvenirs d'un enfant des rues de Mansour El Souwaim

Kyôto de Yasunari Kawabata

Le grand absent de Laurent Graff

La petite de Michèle Halberstadt

La carte du monde invisible de Tash Aw

Le général Della Rovere de Indro Montanelli

Monsieur le commandant de Romain Slocombe

Le colonel et l'appât 455 de Fariba Hachtroudi

Les mouettes de Sandor Marai

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

L'amant imaginaire de Taos Amrouche

Poèmes du Temps de Isidore Hiro

La belle amour humaine de Lyonel Trouillot

Le triomphe de la mort de Patrick Weiller

Les fées penchées de Véronique Janzyk

Deux nouvelles de Alberto Barrera Tyszka

Un garçon singulier de Philippe Grimbert

Mon doux amour de Raoul Mille

Comme un karatéka belge qui fait du cinéma de J.C. Lalumière

Faillir être flingué de Céline Minard

Ana Marija ne m'aimait pas de Lijljana Durovic

La preuve par le miel de Salwa Al Neimi

Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

Le maître bonsaï de Antoine Buéno

Coeurs multicolores de Eduard von Keyserling

Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît

Tirza de Ali Abassi

"ICI" de Christine Van Acker

Les hommes forts de Georges Magnane

La mauvaise pente de Chris Womersley

Le vicomte pourfendu de Italo Calvino

Le verrou de Laetitia Kermel

Un privé à bas bilan d'Eric DEJAEGER

Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre

De Goupil à Margot de Louis Pergaud

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet

Les aphorismes selon André STAS

La cloche de détresse de Sylvia Plath

L'automne des incompris de Hugo Ehrhard

 

L'audience de Oriane Joncourt Galignani

Matin perdu de Vergilio Ferreira

Willenbrock de Christoph Hein

"14" de JEAN ECHENOZ

Pereira prétend de Antonio Tabucchi

Première neige sur le Mont Fugi de Yasunari Kawabata

J'ai eu des nuits ridicules d'Anna ROZEN

Cannibales de Mahi Binebine

Les trois lumières de Claire Keegan

L'ironie du sort de Didier da Sylva

Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

Un petit nuage de James Joyce

Le trône d'Adoulis de Glen W. Bowersock

L'echappée de Valentine Gobi

Le cuisinier de Talleyrand de J.Christophe Duchon-Duris

Nue de Jean-Philippe Toussaint

Tristano meurt d'Antonio Tabucchi

La claire fontaine de David Bosc

Un certain sourire de Françoise Sagan

Le dynamiteur de Robert Louis Stevenson

Tu seras un raté, mon fils de Frédéric Ferney

Le démon avance toujours en ligne droite d'Eric Pessan

De l'influence du lancer de minibars sur l'engagement humanitaire de Marc Salbert

Création d'Antonia Susan Byatt

Histoire de la Grande Maison de Charif Majdalani

Une seconde vie de Dermot Bolger

Moi et toi de Nicolo Ammaniti

Du côté de Canaan de Sebastian Barry

Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

La mer, le matin de Margaret Mazzantini

Leon et Louise d'Alex Capus

La folie que c'est d'écrire d'Alexandra Bitouzet

Annabel de Kathleen Winter

La soudure d'Alain Guyard

L'important, c'est la sauce de Michel Thauvoye

Au nom de Sa Majesté de Laurent Graff

Autrefois le rivage de Paul Yoon

Parabole du failli de Lyonel Trouillot

Le génocide arménien de Michel Marian

Huit quartiers de roture de Henri Calet

La fraternité des atomes de Gauthier Hiernaux

Ma mémoire assassine de Kim Young-ha

Des jours en trop de Hassan Daoud

Elek Bacsik, un homme dans la nuit de Balval Ekel

Une pièce montée de Blandine Le Callet

22h22 de Denis Daniels

Prisonniers du ciel de James Lee Burke

Deux d'un coup de Liviu Rebreanu

L'accordéon de la mer et autres formes de Kim Myong-in

Les affligés de Chris Womersley

Mijn vater is groot de Dominique Watrin

Figurante de Dominique Pascaud

Petits plats de résistance de Pascale Pujol

Kokoro de Delphine Roux

L'envie de Iouri Olécha

Le Livre du thé de Kakuzo Okakura

La porte rouge de Valentine Goby

Histoire de Milad de Rafik Schami

A l'enseigne des coeur épris de Jean-François Pigeat

Le p'tit cheval de retour de Michel Audiard

Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic

Ce qui reste de Rachid O.

Fuir de Jean-Philippe Toussaint

Le bunker de Balval Ekel

Dictionnaire de trois fois rien de Marc-Emile Thinez

Ozu de Marce Pautrel

Kinderzimmer de Valentine Goby

Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque

Confidences et solitudes de plus en plus courtes de Thierry Radière

L'équation du nénuphar de Pascale Petit

La mort et la belle vie de Richard Hugo

L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

L'or de Blaise Cendrars

 

Tant et tant de chevaux de Luiz Ruffato

Le dieu du tourment de Hugo Ehrhard

Un peu plus bas vers la terre de Renaud Cerqueux

Après l'orage de Selva Almada

Le bunker - premier témoignage - de Thierry Radière

Nosaka aime les chats de Akiyuki Nosaka

Mon amour pour la vie en moi de Gérard Sendrey

La pluie ébahie de Mia Couto

Animots de Jean Jacques Marimbert

Le Bateau-usine de Kobayashi  Takiji

Fausse route de Pierre Mérindol

Il est minuit Monsieur K de Patrice Franceschi

Les effrois de la glace et des ténèbres de Christoph Ransmayr

La dénonciation de Bandi

Toujours plus à l'Est de Benjamin Pelletier

Toutes les choses de notre vie de Hwang Sok-Yong

L'amour en super 8 de Chefdeville

Le bouffon de la montagne de Christophe Bigot

Bestiolerie potagère de Louis Bubost

Jardin de printemps de Shibasaki Tomoka

Les lièvres de jade d'Eric Allard et Denys-Louis Colaux

Allons z'enfants d'Yves Gibeau

Sympa de Alain Schifres

La concessions française de Xiao Bai

Call-Boy de Ira Ishida

Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Tête dure de Francesco Pittau

Bleu de travail de Thomas Vinau

Les enfants du grand jardin de Carine-Laure Desguin

Adriana de Théodora Dimova

Copies de Thierry Radière

Un ours qui danse de Vincent Jolit

Métamorphose d'un crabe de Sylvie Dazy

La semaine des martyrs de Gilles Sebhan

Comment apprendre à s'aimer de Motoya Yukiko

Bonneville de Laurent Saulnier

Le jardin Arc-en-Ciel de Ito Ogawa

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki

Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy

Le petit oeuvre poétique de Claude Louis-Combet

Pas Liev de Philippe Annocque

 

 

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de Imre Kertész

La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney

Soudain j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami

L'argent de Charles Péguy

Narayama de Schichiro Fukazawa

La mer noire de Kéthévace Davrichewy

La petite gamberge de Robert Giraud

Ma vie palpitante de KIM Ae-ran

Fable d'amour d'Antonio Moresco

Les pauvres parents de Ludmila Oulitskaïa

Un serpent à Alemdag de Sait Faik Abasiyanik

A un moment donné de Thierry Radière

La vie et l'oeuvre du compositeur Foltyn de Karel Capek

Le pont sans retour de Vincent-Paul Brochard

Izo de Pascal de Duve

Contes espagnols de Lorenzo Cecchi

Ma voisine a hurlé toute la nuit de Anne-Michèle Hamesse

Bingo (Père & fils) de Jean-François Pigeat

Relations secrètes de LI Jingze

Amour, gloire et dentiers de Marc Salbert

Sous le ciel de l'Altaï de LI Juan

Comment ma femme s'est mariée de PARK Hyun-Wook

Un livre de raison de Joan Didion

Les mensonges de la mer de Kaho Nashiki

Visions de Kerouac d'Yves Budin

La femme qui court de Jennifer Johnston

Tout un été sans facebook de Romain Puértolas

Déséquilibres ordinaires de Françoise Steurs

Sans Abuelo Petite de Cécile Guivarch

La fille de Souslov de Habib Abdulrab Sarori

Vie et mort de Katie Olson de James Garner

Afin que rien ne change de Bruno Cerqueux

2401 de Bob Boutique

Le dimanche des mères de Graham Swift

Les liens du sang de Errol Henrot

Sous une pluie d'épines de Vu Tran

Mariage contre nature de Yukiko Motoya

Les vagues de Virginia Woolf

Oursins et moineaux de Sjon

La vie du bon côté de Keisuke Hada

Mémoires d'une fleur de Jacques Pimpaneau

Les petites épiceries de mon enfance de Lee Mekyeoung

 

 

Au nom du pire de Pierre Charras

Le chat qui venait du ciel de Takashi Hiraide

Mes chats écrivent des haïkus de Minami Shinbô

Crépuscule du tourment de Leonora Miano

Le vin des rues de Robert Giraud

Kvar Io de Sabine Huynh

Les anges ne reviendront plus de Firouz Nadji-Ghazvini

Le naufragé de Zocalo de Fabrizio Méjia-Madrid

Plaisirs d'été d'Herman Bang

La méthode Sisik de Laurent Graff

Les aventures des quatre derviches de Mir Amman

Ma très chère grande soeur de Gong Ji-Young

Armaguédon Strip de Frédérick Houdaer

Blues Social Club de Lorenzo Cecchi

Le rêve de Dieu de Krsté Tchatchanski

Lumière dans les ténèbres de Philippe Remy-Wilkin

L'autre côté de la mer d'Arnold Couchard

Elise et Lise de Philippe Annocque

Au nord de Mogador de William Cliff

Siddhartha de Hermann Hesse

Désordres amoureux de Ama Ata Aidoo

La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba

Un début loin de la vie d'André Blanchard

Tout dort paisiblement sauf l'amour de Claude Pujade-Renaud

Courtisane de Muneera Swar

Berlin secret de Franz Hessel

Généalogie du mal de Yu-Jeong Jeong

Noir sur blanc de Jun'ichirô Tanizaki

Tombe, tombe au fond de l'eau de Mia Couto

La toile du paradis de Maha Harada

By the rivers of Babylon de Kei Miller

Idaho d'Emily Ruskovich

La vie brève de Jan Palach d'Anthony Sitruk

La fille de mon meilleur ami d'Yves Ravey

Nouvelles septentrionales de Thierry Radière

Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin

Jours de dèche de Didier Delome

La passion selon Saint-Mars de Gérard Adam

Un paradis de Sheng Keyi

Récit d'un naufragé de Gabriel Garcia Marquez

Le voisin de la cité Villène d'Elodie Wilbaux

Un été immobile de Claude Donnay

La disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez

Johnny Guitar de Roy Chanslor

La couleur de l'aube de Yanick Lahens

Les dupes de Jean Dutourd

Il est grand temps de rallumer les étoiles de Reinhardt Wagner

Yves Saint Laurent, le soleil et les ombres de Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache

Deuil pour deuils de Christophe Stolowicki

Célébration du chat d'Anne Davis

Les radis bleus de Pierre Autin-Grenier

Roman d'un saltimbanque de Jacques Pimpaneau

Peine Perdue de Kent

Le camp de l'humiliation de Kim Yu-kyeong

Zam de Zam Martino Ebale

Le neuvième orgasme est toujours le meilleur d'Anne-Michèle Hamesse

Apre coeur de Jenny Zhang

Le modèle oublié de Pierre Perrin

Lalala est là de Julie Bonnie

L'Ukraine, une histoire entre deux destins de Pierre Lorrain

Beau comme une éclipse de Françoise Pirart

L'embâcle de Sylvie Dazy

A la cime des montagnes de Chi Zijian

L'ordre des choses de Jean-François Pigeat

Tempête rouge de Tsering Dondrup

Un amour de psy d'Anne Duvivier

My heart belongs to Oscar de Romain Villet

Albert Giacometti, ascèse et passion de Anca Visdei

Lily sans logis de Frédérique-Sophie Braize

Tignasse étoile d'Evelyne Wilwerth

Deux personnes seules au monde de Kim Young-ha

Des écrivains imaginés de Cécile Villaumé

Mon hôte s'appelait Mal Waldron de Carino Bucciarelli

Saison frivole pour un tueur de Stephan Ghreener

Tous pour elle de Laurent Malot

Les bedaines de coton de Cyril Maguy

Le coeur en lesse d'Aurélien Dony

Les dames de l'Elysée de Bertrand  Meyer-Stabley et Lynda Maache

Les contrées des femmes errantes de Jasna Samic

Les étrangers de Didier Delome

Maiba de Russel Soaba

L'avenue, la kasbah de Daniel Soil

Arbres de Ji Dahai

Dans l'oeil du démon de Jun'ichirô Tanizaki

 

 

La vie des abeilles de Maurice Maeterlinck

La vie des termites de Maurice Maeterlinck

La vie des fourmis de Maurice Maeterlinck

Courrier prioritaire d'Anita Vaillancourt

Les fables de Jean de la Fontaine illustrées d'estampes japonaises (Picquier)

Ces trous dans mon coeur d'Isabelle Fable

Lettres à un jeune homme de Max Jacob

Etranger dans mon pays de Xu Zhiyuan

Le renaissance de la liberté de Paul Valéry

Petites chroniques des printemps et automnes de Li Jingze

Un sandwich à Ginza de Yokô Hiramatsu

Vague inquiétude d'Alexandre Bergamini

Panne de secteur de Philippe B. Grimbert

L'esprit européen en exil de Stefan Zweig

L'ombre d'une vie de Jirô Asada

Loin des querelles du monde d'Anna Rozen

Notre lâcheté d'Alain Berthier

Protection rapprochée de Lorenzo Cecchi

Neige et corbeaux de Chi Zijian

La défense et illustration de la langue française de Joachim du Bellay

Les beaux jours d'Annie Preaux

On ne coupe pas les ailes aux anges de Claude Donnay

Baie Saint Paul de Jean-Manuel Saëz

L'histoire de Chicago May de Nuala O'Faolain

Le choix de Mia de Jean-Pierre Balfroid

La lune éclaboussée - Meurtres à Maubeuge de Carine-Laure Desguin

Le tambour des larmes de Beyrouk

En avant la chronique de Philippe Chauché

Pourquoi ont-ils tué Jaurès de Stéphane Bret

Les hibiscus sont toujours en fleurs de Monique Bernier

La lumière de l'archange de Gérard Adam

L'Ecclésiaste

La république du bonheur de Ito Ogawa

Debussy pour toujours de Zoran Belacevic

Le ciel sous nos pas de Leïla Balsaïn

La position du schuss de Loris Bardi

Monsieur Minus de Laurent Graff

Mon grand-frère de Thierry Radière

A propos de Pre de Daniel Charneux

Joailliers de légende de Bertrand Meyer-Stabley et Laurence Catinot-Crost

Les chats ne rient pas de Kosuke Mukai

Les secrets de la forge d'Isabelle Artiges

Duncan et la petite tour Eiffel de Jérôme Attal

Pas faite pour de Véronique Adam

La sainte entreprise de Pascale Cornuel

Une histoire belge de Robert Massart

Le cabinet Lambda de Paul Lambda

Les effacés d'Anne Staquet

Entre la source et l'estuaire de Grégoire Domenach

La boussole des rêves de Jean-Jacques Marimbert

C'était le jour des morts de Natalia Sylvester

Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson

Chambre avec vue sur l'océan de Jasna Samic

L'homme qui voulait boire la mer de Pan Bouyoucas

Les pas perdus du Paradis de Catherine Deschepper

La maison du Belge d'Isabelle Bielecki

La théorie du parapluie de Ralph Vendôme

Pourquoi je t'aime de Francis Huster

La malédiction des mots d'Evelyne Guzy

El Curandero de Paul Vanderstappen

Le silence des bois de Maureen Martineau

Donne-moi des fils où je meurs de Maud-Jan Ailleret

Nous et les oiseaux de Carino Bucciarelli

Mon coeur restera de glace d'Eric Cherrière

Dylanographie de Nicolas Levecchi

On efface  pas les souvenirs de Sophie Renouard

L'hexagone considéré comme un exotisme de Francis Navarre

Suiza deBénédicte Belpois

Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson

Diagnostic à haut risque de Patrick Guillain

Les 9 vies d'Ezio de Jean-Marie Darmian

Mes trente glorieuses d'Anne Gallois

Au revoir Lisa de Françoise Houdart

Et si Notre-Dame la nuit ... de Catherine Bessonart

Les couleurs de la peur d'Isabelle Fable

La femme de l'autre rive de Roger Faindt

Les étés de Jeanne de Nicole Marlière

Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

Les demeurées de Jeanne Benameur

La petite vendeuse loin de la plage de Nadine Thirault

L'arche de mésalliance de Marin de Viry

Antonietta de Gérard Haddad

Le ventre des hommes de Samira El Ayachi

Pierre Hubermont, écrivain prolétarien de Charneux, Duray et Fourmanoit

Les orages possibles de Claude Raucy

Un après-midi dans le désert de Mustapha Tlili

L'été de la petite de Jo Hubert

L'heure des olives de Claude Donnay

Manies ennemies de Pauline Liétar

La chambre du premier de Monique Bernier

Anne Ancelin Schützenberger - Psychodrame d'une vie de Colette Glasman

ARDS de Jean-Louis Vanherweghem

Les ailes battantes de Martine Rouhart

Entendez-vous dans les campagnes de Ahmed Tiab

Le serment de l'espoir de Parme Ceriset

Les passeurs de mots de Chloé Dusigne

Signe de terre d'Yves Hughes

La mort en partage de Thierry Rocher

Parc fermé d'Olivier Duculot

La mangeuse de guêpes d'Anita Nair

Présence au monde - Plaisir d'exister de Jean-Pierre Otte

Si l'Histoire m'était contée de Mark Twain

Femmes empêchées de Leïla Zerhouni

Retour à Salem d'Hélène Grimaud
 


 

Et pour prendre connaissance des articles de sa rubrique précédente, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS
 

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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 08:50
L'heure des olives de Claude Donnay

 

Nathan simule un burn out pour quitter son job et retrouver sa liberté car sa femme est en train de le quitter et qu'il se sent un peu coupable. Il ne veut plus de cette vie avec une belle famille qui ne connait pour seule préoccupation que le pouvoir et l’argent, une sœur qu’il ne voit presque plus et un job qui ne le passionne nullement. Il rêve d’une vie simple et authentique, il ne veut plus des faux semblants et des artifices. Sa sœur réussit à l’emmener à la campagne pour un week-end de détente où il rencontre Alex, une femme plus âgée que lui qui l’attire franchement, elle l’entraîne en balades dans la campagne où ils finissent par se séduire mutuellement. 

 

Il a menti à Alex, Alexandra lui a menti elle aussi, ils ont inventé des personnages compatibles pour vivre une aventure en cachette, loin de leur monde réciproque. Mais leur histoire bascule quand Nathan, voulant en savoir plus sur sa belle, découvre qu’elle est avec sa collègue une égérie du monde parisien de l’édition, qu’elles font et défont les carrières littéraires des plus grands auteurs. Alors, pour l’épater et redorer son image personnelle, il lui dit qu’il écrit et le prouve en lui adressant, sous son nom, le manuscrit que son père a rédigé. Hélas pour lui, ce texte est très bon, il est promis à une belle carrière éditoriale. Nathan bascule alors dans une double vie, dans un imbroglio insoluble dont il ne pourra sortir qu’à l’aide d’une écrivaine qui le confie à son père.

 

Ce texte d’une très grande richesse comporte plusieurs entrées, c’est tout d’abord une réflexion sur le mensonge, le mensonge provoqué par les vices de notre société où il faut souvent mentir pour ne pas perdre la face et tout ce qui s’en suit. Nicole trompe Nathan qui le quitte, Alex ment à Nathan sur sa double vie, mais c’est surtout Nathan qui ment à tout le monde (employeur, épouse, famille) en laissant croire qu’il souffre d’un « burn out » et aussi à son père à qui il a volé son manuscrit pour le faire éditer sous un pseudo personnel. Donnay semble se demander comment est-il possible de vivre dans notre monde en disant toujours la vérité ? Est-elle seulement bonne à être dévoilée ? C’est aussi un livre militant où, à travers le récit escroqué au père qu’il plonge en abyme dans l’histoire de Nathan - ou peut-être est-ce l’histoire de Nathan qui tombe en abyme dans le récit paternel,  l'auteur défend farouchement la cause de ceux qui aident les migrants à trouver une meilleure vie dans un univers où ils sont contraints de se réfugier sans y être acceptés.

 

On peut y voir aussi une belle image de la femme moderne, libre, indépendante, chargée de hautes responsabilités : Nicole est une executive woman, Pénélope et Jasmine règnent sur le monde littéraire germanopratin, Pénélope et Nicole ont des amants de passage, Ludmilla et Ingrid sont des artistes reconnues. Toutes sont des femmes séduisantes et entreprenantes qui n’hésitent pas à séduire quand elles en ont envie, ce sont elles qui décident.  Ce livre est aussi un « témoignage » sur l’écriture et le cahoteux parcours que doivent emprunter ceux qui veulent recevoir la reconnaissance de l’édition qui n’est hélas, pour bon nombre, qu’une illusion éphémère. Mais, à mon avis, ce roman est avant tout un grand texte sur l’amour, pas toujours possible, mais l’amour sous toutes ses formes : Nicole et Nathan aurait pu construire un bon couple mais la barre parentale était trop haute, Pénélope a aimé John, Ludmilla aime Ingrid, Côme tombe amoureux d’une migrante, et l’amour n’est pas que sexuel, il existe aussi entre le père et le fils, le frère et la sœur, et il peut se muer en amitié comme celle de Nathan et d'Anton. Cet ouvrage est avant tout un grand roman d’amour impossible, une histoire d’amour comme il n’en existe que dans les grandes œuvres littéraires qui surpassent le temps.


Denis BILLAMBOZ


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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 09:31
Lorsque la poésie se pare des traits de la jeunesse - Isabelle Prêtre

On me croit solitaire, mais tu es toujours là,
vivant comme un dieu fou au plus profond de moi.
Mon amour insensé et déjà trop lointain
n'a pas voulu mourir quand j'ai lâché ta main.

 

Dis-moi, homme cruel, quel est ce sortilège
qui a su faire de moi ton jouet à tout jamais,
le jour où j'ai quitté ton beau pays de neige,
tu riais de mes larmes et moi je t'adorais.

 

Quand lasse de pleurer, enfin je suis partie,
j'ai cru avoir détruit ce fol amour de femme,
mais je ne savais pas, ce jour où je t'ai fui,
que tu continuerais à habiter mon âme.

 

Il me semble souvent qu'au fond de mon regard,
tous ces gens qui me croisent pourraient t'apercevoir.
Plus puissant que la vie, que la mort, que l'oubli,
ton amour m'a menée au bord de la folie.

 

Aucun homme jamais n'aura eu ton pouvoir,
tu n'as aucun rival, je n'ai aucun espoir.
Les  hommes les plus beaux s'effacent devant toi,
au-delà de l'absence, tu gagnes à chaque fois.

 

Ils t'envient, ils t'admirent, bien sûr ils te haïssent,
mais toujours ils ignorent que tu es mon complice.
Je te parle tout bas, j'entends encore ton rire,
et je préfère t'aimer, ne pouvant te maudire.

 

On me croit solitaire, mais tu es toujours là,
vivant comme un dieu fou au plus profond de moi.
Mon amours insensé et déjà trop lointain
n'a pas voulu mourir quand j'ai lâché ta main.

 

 

Isabelle Prêtre - fille du grand chef-d'orchestre Georges Prêtre  -  a une vingtaine d'années lorsqu'elle publie son premier ouvrage chez Jean Grassin avec une préface d'une personnalité qui, à l'époque, anime une émission très écoutée sur le poésie : Jean-Pierre Rosnay. Sans doute par discrétion, et parce que elle ne sait pas très bien comment ses parents prendront la chose, elle se choisit un nom d'emprunt Isa Kerlaine, sans toutefois oublier de dédicacer l'ouvrage à ce père si admiré. Le tour est joué, voici cette toute jeune et ravissante jeune fille entrée dans le monde de l'édition grâce à des poèmes que Jean-Pierre Rosnay qualifie ainsi dans sa préface  : "Comme d'autres tricotent - un point à l'endroit un point à l'envers - ajustant bien ses mots, Isa projette de poème en poème, toute la magie de sa féminité. La boucle d'or est bouclée. Isa est poète, mais aussi poème et c'est comme si, tout à coup, par miracle, des lys et des coquelicots surgissaient entre les pavés du présent." 
Elle est par ailleurs très souvent invitée à participer à l'émission qu'anime Rosnay "Le club des poètes" dans les années 1970. Malgré le succès de ce premier ouvrage, Isabelle Prêtre cesse de publier cette poésie si ardente que lui a inspiré ses années de jeunesse pour se consacrer à des études de philosophie, devenant professeur et également auteur de plusieurs ouvrages. ( Voir mes articles consacrés à deux d'entre eux)

 

Onze leçons de philosophie pour réussir sa vie       


Les lumières de Saint Augustin                                                               

 

 

J'ai connu Isabelle Prêtre lors d'une conférence que je faisais sur Marcel Proust à la mairie de Louveciennes. A la suite de cette rencontre, nous avons noué une amitié animée par notre amour de la littérature et de la poésie. Comme elle, j'ai débuté  jeune dans l'édition ; j'avais vingt ans également lors de la publication de mon premier recueil "Terre promise", si bien que nous  trouvions en permanence des sujets d'entente et de compréhension, de sensibilité et de partage. J'ai lu son recueil avec un réel plaisir. Il est d'une telle fraîcheur, d'une telle qualité dans la musicalité des vers, dans l'expression, que l'on est non seulement charmé mais émerveillé par ce don d'écriture si évident.

Lorsque la poésie se pare des traits de la jeunesse - Isabelle Prêtre

Depuis lors, Isabelle Prêtre a changé de registre, peut-être parce qu'elle pensait que la poésie ne pouvait exprimer que des sentiments d'une haute intensité. Elle s'est tournée alors vers la philosophie qui nous guide et nous interpelle tout au long de notre existence et s'alimente à l'aune de l'expérience et de la réflexion. Professeur et auteur, elle n'a cessé de nuancer et d'adapter ses propos  avec intelligence et conviction.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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L'un de ses poèmes et Isabelle Prêtre à 20 ans.
L'un de ses poèmes et Isabelle Prêtre à 20 ans.

L'un de ses poèmes et Isabelle Prêtre à 20 ans.

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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 09:55
Le complexe du gastéropode de Catherine Deschepper

 

Un aristocrate terrien s’ennuyant dans sa campagne wallonne décide, sous l’impulsion de son épouse désireuse de jouer les égéries littéraires, de créer une résidence d’écrivains dans son château.  Quatre auteurs « en devenir » sont sélectionnés pour résider un mois dans la propriété en y écrivant leur deuxième livre, celui qui compte réellement, celui qui assure le succès et la réputation. Le meilleur des textes sera édité. Sont donc réunis dans le château Emile qui n’est là que pour profiter d’un logement le temps d’en trouver un autre après avoir été chassé du sien, Jean Paul qui n’est là que par la force de la conviction de sa nouvelle compagne Nadine qui jouit déjà d’une réputation suffisante pour entraîner avec elle une bande de fans surexcités, et Nicolas celui qui se sent le plus à même de remporter le trophée. « Ils étaient quatre auteurs présents dans un même endroit, pendant un mois, pour obtenir une promesse d’édition, le livre second, celui qui compte, celui qui ferait décoller sa carrière. Il faudrait donc que Nicolas élimine un à un tous ses concurrents. » Nicolas est décidé, il éliminera ses adversaires en écrivant son forfait : « Ce n’était pas bien compliqué à imaginer un huis clos dans un château, un trophée à l’arrivée, une concurrence à éliminer.»

 

Dans un texte un peu surréaliste mais surtout burlesque, nourri de néologismes destinés à actualiser le langage, à le mettre en phase avec la langue parler actuelle, Catherine raconte les tribulations rocambolesques de ces quatre auteurs, tous un peu déjantés, qui subissent les événements avant même de commencer leur copie. Avec ce texte elle entend  montrer ce qu’est la littérature belge aujourd’hui, ce qui la motive : le besoin d’écrire, l’argent, la gloire, la reconnaissance, le besoin de paraître, l’art pour l’art. Un exposé brossant un tableau comme un condensé de la littérature belge contemporaine. C’est aussi une métaphore de tous les problèmes rencontrés par les auteurs contemporains : la difficulté de se faire éditer, le tropisme parisien, le manque de notoriété, la faiblesse de la médiatisation, le manque de reconnaissance, l’insuffisance des structures et des relais de promotion, tout ce qui prive les auteurs belges de rayonner sur l’ensemble de la francophonie. Les fans de Nadine ne sont que des énergumènes aculturés. « Elle mesurait aussi que son enfermement avait renforcé chez ses lecteurs cet effet d’empathie voyeuriste et de curiosité malsaine qu’on observait chez les amateurs de télé-réalité. » La littérature n’échappe pas aux travers humains, au contraire, elle pourrait peut-être les aviver.

 

L’échec du plan de Nicolas, les déconvenues essuyées par les autres, l’extravagance et l’inconsistance de ces pseudos auteurs provoquent une véritable débandade qui atteint son paroxysme au moment de la conférence de presse décisive pour l’attribution du prix. La soirée se termine en une lamentable déconfiture qui laisse présager des lendemains bien difficiles pour les lettres belges. La maîtresse des lieux comprend vite l’étendue du désastre, « Elle ressentit un dégoût proche de la nausée et le besoin urgent de lire des livres sans rien connaitre de ceux qui les écrivent, les produisent, les commentent, les promeuvent ». Comme disait un auteur de ma connaissance : « le texte, que le texte »,  je le crois de plus en plus.
 

Denis BILLAMBOZ


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