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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 10:41

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Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée 
Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau 
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie, 
Elle allume aux lèvres le sourire. 

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, 
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ? 
Elle dit "La peine sera de courte durée"
Elle dit "La belle saison est proche."

Ne l'entendez-vous pas ?

 

 

Ces quelques strophes de Robert Desnos dans " Contrées ", que nous apprenions à l'école lorsque nous étions enfants, m'inspirent une réflexion personnelle, que je vous livre dans l'espoir et l'attente des vôtres, car tout poème est là comme une chambre d'écho, afin de répercuter l'émotion de coeur à coeur, de sensibilité à sensibilité, mots que la voix humaine susurre ou murmure, crie ou psalmodie, chante ou prononce.  

 

Oui, j'entends, je perçois, j'écoute, tant la voix est multiple. Elle est la mienne, celle qui me donne à exprimer mes sentiments et mes pensées : elle est la tienne, époux, ami (e), partenaire, compagnon, inconnu qui, en échange, me renseigne sur tes souhaits et tes motivations, établit la relation et le dialogue.


Pour certains, ce seront aussi " les voix chères qui se sont tues", celles de l'amant, du confident, du père, de la grand-mère que l'on n'entendra plus que dans le silence de la mémoire. La voix peut être le chant, elle peut être le cri : cri de révolte, de peine, d'espoir, de joie, d'agonie, de naissance et de re-naissance ; voix d'apaisement, de pardon qui, tour à tour, accompagnent, distinguent, perdent ou rachètent ; voix qui profèrent l'ordre, l'avertissement, la condamnation, la réhabilitation ; voix d'ici et d'ailleurs, voix proches et étrangères, voix perçues, reçues, craintes, espérées.


Mais également voix du vent, de l'océan et des forêts, voix des cascades et des fleuves, voix du tonnerre et des tempêtes, voix de l'univers et des astres que des scientifiques parviennent à surprendre. " Est-il possible, dans le souvenir, de restituer non pas simplement le timbre des voix, mais encore la résonance de toutes les chambres de la maison sonore ? - interroge Gaston Bachelard. Certes, il nous faut souligner que, grâce aux moyens techniques d'aujourd'hui, les voix d'hier nous sont encore présentes. Voix d'hommes aux prises avec le temps, voix remontées du silence, voix ré-entendues et ré-écoutées, voix revenues d'un passé faussement défunt, voix douce du violon et de la harpe, voix tonnante des orgues et des trombones, voix angéliques des enfants, voix célestes des divas, voix du peuple qui fonde l'opinion, voix publique qui exprime le sentiment général. Et n'omettons pas la voix du silence où se réfugie le grand écho de l'indicible et la voix intérieure qui ne parle qu'à soi-même. En somme les voix sont diverses et plurielles, car si l'homme a sa voix, la nature a la sienne, les événements ont les leurs. Et ces voix, qui s'unissent et se confondent, sont  ensemble notre vie propre et notre vie commune.

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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VOIX
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 08:30
La Callas, légendaire et tragique

            

Plus de 40 ans après sa mort le 16 septembre 1977, Maria Callas émeut toujours par ce mystère qui lui était particulier et mêlait l'art lyrique aux scandales des revues et journaux " people ", tant cette femme se mit en danger aussi bien sur les scènes du monde entier que dans sa vie personnelle. Elle doit ses débuts dans l'art lyrique à un remplacement de tout dernière minute dans le rôle-titre de la Tosca de Puccini à l'Opéra d'Athènes. Voilà pour son premier succès. Puis, revenue en 1945 à New-York, où elle était née, elle passe dix-huit mois à arpenter désespérément les coulisses des théâtres, auditionne à voix que veux-tu et essuie refus sur refus. Voilà pour les premiers échecs. Heureusement la jeune femme avait du caractère, de ces caractères trempés dans l'acier qui font les êtres d'exception. Par chance aussi, un ami de son père finit par lui décrocher un rendez-vous avec Giovanni Zenatello, un homme à la recherche de voix nouvelles qui, dès les premières mesures de son audition, l'engage pour le rôle-titre de la Gioconda de Ponchielli où elle sera acclamée à Vérone. Le 11 septembre 2014 sortait un coffret de tous ses enregistrements qui fut l'événement de l'année. 

 


Une autre rencontre va définitivement orienter sa vie de cantatrice : celle de Giovanni Meneghini qui devient son imprésario, ensuite son amant, en 1949 son mari et conduit sa carrière d'une poigne de fer mais avec discernement et compétence, au point de l'imposer sur les plus grandes scènes de la planète et de faire de chacune de ses apparitions un triomphe sans partage. Les représentations de mai 1955 à Milan, sous la baguette de Carlo Maria Giulini et dans la mise en scène de Luchino Visconti, sont entrées dans la légende du bel Canto comme inoubliables, incomparables, en quelque sorte historiques, voire même... du siècle.

 


C'est à cette époque que La Callas perd 40 kg du quintal qui l'alourdissait et se métamorphose en une déesse sublime qui séduit non seulement par la tessiture de sa voix mais par son talent d'interprète capable de conférer à ses personnages une puissance expressive peu habituelle sur les scènes lyriques. Hubert von Karajan la dirigera à Milan en 1955, lui arrachant des accents impressionnants dans Madame Butterfly de Puccini ; Leonard Bernstein, la même année, la fera vibrer dans La Somnanbule de Bellini et Tullio Serafin en fera autant avec Lucia di Lammermoor de Donizetti. Ainsi Maria Callas fonde-t-elle son art sur un travail acharné de chanteuse et de tragédienne et consume-t-elle sa vie sur les planches afin de convaincre son public et l'initier à l'art suprême de la musique. Et elle y parviendra... tant elle sait être émouvante, pénétrée par le destin de celles qu'elle a à charge d'incarner. Avec Georges Prêtre, nous sommes en présence de deux personnalités charismatiques qui se vouaient une admiration réciproque et donnèrent ensemble le meilleurs d'eux-mêmes. Ils ont enregistrés Carmen de Bizet, Tosca de Puccini et, en 1961, un magnifique album d'airs d'opéra pour EMI (aujourd'hui Warner Ckassics) Et puis, le chef d'orchestre a dirigé les derniers concerts de la diva à Paris et à Londres. Elle disait qu'il était son maestro préféré et le célèbre chef d'orchestre eut sa vie durant un portrait d'elle grandeur nature près de son piano.


L'événement qui va changer la vie de Callas est sa rencontre avec Aristote Onassis, un grec comme elle, qui, enfant, mendiait sa pitance avec des raisins secs et qui, désormais, écrase sous ses dollars jusqu'à son rival Niarchos. Pour Maria Callas, l'idylle qui s'amorce sur le yacht de l'armateur annonce déjà la fin de sa carrière. L'amour qu'elle éprouve pour cet homme sans cesse absent mais qui sait la couvrir de fleurs et de bijoux quand il le faut, portera un coup fatal à sa voix qu'elle ne travaille plus assez. En 1965, elle fait ses adieux à Paris, puis à Londres, avec une dernière Tosca qui arrache des larmes à ses adorateurs. Son destin est scellé, d'autant plus que Meneghini n'est plus là pour la conseiller sur le plan professionnel. La plus grande voix du siècle, aux dires de nombreux mélomanes, vient de se taire à jamais. Ne reste plus que le chagrin et les scandales qu'une presse avide à suivre ses faits et gestes et à se gausser du mariage surprise d'Onassis avec Jackie Kennedy se plaira à perpétrer, sans se soucier des dégâts qu'elle génère. Pour Maria, toujours amoureuse, c'est le coup de grâce. Elle dira un jour : " J'ai commencé à perdre du poids, ensuite ma voix et pour finir Aristote ". C'en est trop. La pharmacopée va peu à peu prendre le pas sur la nourriture et l'écoute réitérée de ses propres disques sur l'enregistrement de nouvelles gravures. Malgré une carrière brisée trop tôt, Maria Callas aura tracé, sans l'avoir réellement voulu, les frontières entre un avant et un après, ce, grâce à un tempérament hors du commun, à une sorte de démesure dans l'interprétation, à sa façon d'habiter un texte, n'autorisant plus les chanteurs, qui assureront la relève, à débiter le leur sans s'y investir. Dans ce domaine de l'art lyrique, elle fut une véritable novatrice, une magicienne qui transportait le spectateur tout ensemble par son timbre vocal et par la passion, la ferveur qui l'animaient. La cantatrice savait, ô combien ! que la voix est un bien fragile, qu'elle n'est là qu'un moment, miraculeuse, qu'elle passe et ne revient pas. Tel est ce dur métier, si proche de celui de l'équilibriste sur son fil, dont les badauds guettent anxieusement la chute. Tel fut aussi son mérite : s'effacer et renaître sans cesse. Eternelle Callas.
 


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Avec Georges Prêtre à l'Opéra de Paris en 1963.

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 09:35

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Paris rayonnait en cet après-midi d’automne. Une clarté, où se mêlaient quelques touches de rose et de violet, pailletait le ciel d’un fugace éclat. Ce qu’Anne-Clémence apercevait, au fil de sa promenade, qui la menait de la Sorbonne aux quais de la Seine, après qu’elle soit passée par Notre-Dame, le Pont-Neuf, le palais de Justice, était des sites, des points de vue qui avaient su concilier les tons artistement dissous et satinés de l’aquarelle. Paris avait son beau visage. La quiétude émanait des monuments sur lesquels le temps ne pesait plus. Transfigurée par l’éclat de ce nuancier, la capitale lui apparaissait comme une symphonie de volumes d’une inégalable beauté. Il faisait bon musarder en s’arrêtant, ici et là, à feuilleter les livres qu’offraient à la curiosité des passants les étals des bouquinistes, à scruter un lointain qui d’ébauche devient forme, à observer un pan de mur à demi enfoui sous le lierre, à surprendre l’onde ardoisée, la déclivité d’un toit ou la luisance d’un pavement. Anne-Clémence éprouvait un sentiment intense de liberté. Elle se sentait pareille à ces péniches qui s’attardent sur l’eau, en suivent l’écoulement et parcourent la ville dont les édifices les accompagneront un moment, tant la capitale est accouplée à son fleuve au point que son architecture s’inscrit dans ses méandres. La jeune fille s’était assise dans le square du Vert Galant qui occupe l’étrave de cette île-vaisseau engravée dans son port. Sur la gauche, elle voyait l’Institut et sa coupole ; sur la droite, l’imposant édifice du Louvre. Quant aux ponts, ils ressemblaient à des haussières qui maintenaient le vaisseau à égale distance des rives.

 

L’étudiante découvrait Paris avec ravissement, en appréciant l’atmosphère, la diversité des quartiers dont l’aspect bon enfant de certains lui rappelaient sa province, dont d’autres la frappaient par leur étrangeté et ce que le passé y a accumulé et y cache derrière des porches moulurés ou à l’abri de ruelles tortueuses. Enfin, elle se laissait séduire par les parcs, les ambassades, les ministères, les avenues bordées par quatre rangées d’arbres, les places aussi vastes que des arènes et autour desquelles s’ouvrent les grandes artères qui vont déverser au loin leur flot sonore. Ici, la vie est autre. Le passage du temps a déposé ses  empreintes et inscrit un cheminement qui trahit une conquête, une usure, un défi. Si bien que l’histoire se lit à l’œil nu et que jamais, peut-être, plus fugitives n’y sont apparues les choses. Toutes y reflètent l’homme, ainsi que les eaux réfléchissent son œuvre. Anne-Clémence aimait ce que cette ville lui en contait. Elle aimait le langage de la pierre taillée par ses soins, ce qu’elle lui a coûté de labeur, ce qu’il a tenté d’édifier pour que la mort recule un peu devant lui. Mais ce qui la touchait le plus étaient les palpitations sourdes, les remuements confus, cette circulation de vie qui traverse les lieux, leur impulsant une infatigable vitalité.

 

Le jour commençait de décroître et il semblait que les pierres aient acquis une patine à baigner dans cette lumière pré-crépusculaire. Anne-Clémence avait repris sa marche le long des quais, en direction de la Concorde. L’eau coulait paisible, le cœur de la ville battait avec calme. Elle venait de s’engager sur le pont des Arts et s’apprêtait à traverser le jardin des Tuileries. Les bassins, les arbres s’y agençaient avec ordre, tandis que la perspective offerte par les Champs-Elysées semblait se dissoudre dans une douce somnolence. La jeune fille avait accéléré le pas. Elle retrouvait le rythme, qui était le sien, lorsqu’elle parcourait la plaine. La ville commençait de s’illuminer et vous donnait le sentiment d’être en proie à un mirage, au point que la jeune fille se sentait comme immergée dans une terrestre voie lactée. N’était-ce pas l’heure entre chien et loup ? A la campagne elle se charge d’angoisse ; ici elle triomphait comme un feu en attente qui couve et qui court, allumé en même temps par d’innombrables brandons.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE     ( extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude" )

 

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 08:25

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C’est donc chez cette grand-mère qu’Anne-Clémence se rendait en cet après-midi de février. Un vent vif lui rougissait le nez, une lumière plombée aiguisait les façades, l’angle des rues, le relief des pierres. Emilie habitait dans le XVe, non loin du métro aérien, une petite rue qui formait une boucle entre deux squares exigus. C’était l’un de ces quartiers parisiens dénué de caractère qui alignait ses rues avec monotonie. Les gosses, qui écrasaient leurs frimousses contre les vitrines, dessinaient avec leur souffle des ronds de buée qui effaçaient l’apparition  et les obligeaient à se déplacer afin de la revoir un peu plus loin et avant que ne se forment à nouveau, sur la surface de la glace, ces curieux soleils blancs. Anne-Clémence connaissait peu de choses d’Emilie. Il pesait sur elle une chape de plomb qui en disait long sur la distance que l’on avait toujours maintenue à son égard. Elle était le genre de personne que les Amory jugeaient prudent de tenir éloignée, parce que, comme le disait sa mère, elle ne faisait pas bien dans le paysage. On ne l’évoquait qu’à mots couverts et le moins souvent possible. D’ailleurs, pas plus Charles que Marie-Liesse ne s’étaient chargés de lui recommander : - surtout ne manque pas d’aller rendre visite à ta grand-mère  - ou - prends régulièrement de ses nouvelles  - ainsi qu’ils l’auraient fait pour n’importe qui d’autre. Et il est vrai que la femme, qui lui ouvrait la porte de son cinquième étage, avait dans son expression quelque chose de railleur et d’irrévérencieux de vieille dame un peu indigne et enchantée de l’être. Pour accueillir sa petite-fille, Emilie s’était mise en frais : robe à imitation  soie, violemment chamarrée, qui avait le tort de la boudiner et dont elle était la première à rire :

- J’ai dû passer trois jours à me poser la question. Est-ce que je joue les mères grand ou est-ce que je triche un chouïa ? C’est suffisamment désagréable de regarder sa bobine chaque matin dans la glace et de constater que ça va décidément de mal en pis. Ah ! mais que tu es donc mignonne ! Entre mon petit, entre ! Ce n’est pas grand chez moi, bien sûr, mais je n’y suis jamais. Cela se voyait. Au choix des meubles, à la disposition des objets, on devinait que cette femme n’avait jamais aimé son intérieur.

- Ce qui me plait, vois-tu, c’est que je n’ai pas de vis-à-vis. Regarde ! Elle avait tiré les rideaux et découvert la lame massive des cheminées. Le reflet métallique des toits vous donnait l’étrange impression d’être en plein cœur de la capitale mais au-dessus de la mêlée. Le ciel se découpait comme un pavage dans les dégradés de gris. Dans cet appartement citadin, la nature avait été évincée et les seules fleurs qui épanouissaient leurs corolles sans grâce et sans parfum étaient des fleurs artificielles, une sorte de pied de nez à la splendeur florale qui régnait une grande partie de l’année au Plessis.

 

Tandis qu’Emilie lui présentait les lieux, Anne-Clémence pensait : finalement elle est plutôt mieux que je ne l’imaginais. Trop clinquante sans doute, mais le geste est naturel. La bouche un peu vulgaire. Jadis, elle devait être mutine. Mais ce genre de bouche vieillit mal. Un soupçon de défi dans le regard qui a dû être plein de convoitise. Teint éclatant, yeux à fleur de tête, dommage ! Mais le sourire est resté jeune. La silhouette un peu épaisse : le résultat du manque d’exercice et des grignotages intempestifs. Dans le même temps, Emilie, avec une semblable rapidité rétinienne, détaillait la jeune fille qui lui faisait face. Vraiment elle n’a rien pris de ma bru. C’est une Chaumet. Un beau visage grave, un peu sévère comme son père. Ah les yeux ! Admirable liqueur d’un brun profond. Ils me rappellent ceux d’Arthur. Arthur était le père d’Emilie, un homme qui avait été si beau que les peintres de son époque se disputaient l’honneur de le portraiturer.

- Quelle agréable surprise de voir que tu es devenue une jolie jeune fille ! Ah ! Je suis sûre que ce n’est pas Charles qui t’aura incitée à me rendre visite, mais ta curiosité. On est donc venu voir cette grand-mère qui, chez les Amory, a si mauvaise réputation. Non, non, ne te défends pas ! Je suis trop contente de te voir. Assieds-toi que je puisse te contempler à loisir et raconte-moi ta vie parisienne. Anne-Clémence avait sauté sur l’occasion. Voilà qui lui offrait un sujet de conversation sans risque. En l’enjolivant de quelques digressions, il pourrait les mener jusqu’à l’heure du thé. Alors qu’Anne-Clémence contait sa vie d’étudiante, Emilie poursuivait son adage : cette petite n’est pas gaie. J’ai toujours pensé que la campagne rendait neurasthénique. C’est bien là l’idée d’un mari ombrageux que de s’enfermer avec sa femme dans un trou pareil. Ce que je n’ai jamais compris, c’est que sa femme se soit accommodée de cette situation car, enfin, cette Marie-Liesse est aussi peu faite pour la campagne que moi ! Elle qui aime les boutiques, les spectacles, la mode, que peut-elle faire de ses journées au Plessis avec un mari absent les trois-quarts du temps et en compagnie d’une domestique aussi revêche qu’une brosse à chiendent ? Oui, vraiment, cette petite a pris de son père. A n’en pas douter, elle cherchera à expliquer la vie au lieu de la vivre, tentera de refaire le monde au lieu de le parcourir, se demandera le pourquoi des choses sans prendre le temps de les apprécier. Après lui avoir servi le thé avec des biscuits, Emilie avait ouvert un tiroir :

- Je pense que cela te fera plaisir de voir les photos de tes oncles, tantes, grands-parents Chaumet ? La jeune fille avait acquiescé avec empressement. Tandis qu’Emilie sortait les albums et les disposait sur la table, Anne-Clémence contemplait le visage de sa grand-mère, ses pommettes hautes - sans doute le grand-oncle russe -  ses yeux globuleux qu’une expression rieuse rafraîchissait. Il semblait que cette femme, que les épreuves n’avaient pas épargnée, les eût traversées dans un éclat de rire. Nulle aigreur, pas la plus légère mélancolie qui ne viennent affleurer sur ce visage, comme il arrivait qu’une onde douloureuse ombrât celui de Charles, pas davantage que ne se découpait quelque sévérité semblable à celle qui imprégnait le noble profil de Charlotte.

- Une femme qui travaille est toujours assez mal perçue par une bourgeoisie provinciale qui apprécie que chaque chose soit à sa place et que, surtout, chaque être ne bouge pas de la sienne - disait Emilie, qui subodorait sans peine les questions qui se pressaient dans la tête de sa petite-fille. Oh les Amory se sont toujours montrés courtois envers moi ! Ta grand-mère maternelle, parce qu’elle était d’une extrême bienveillance, ton grand-père, parce qu’adorant les femmes, il se montrait affable envers elles, mais il n’en est pas moins vrai que je devinais leur hostilité. Tiens, voici ton grand-père et moi le jour de nos noces ! Cela se passait en ce printemps 1900 qui avait transformé Paris en capitale du monde. Il n’était pas nécessaire de partir en voyage ; en faisant le tour de la ville, nous avions l’impression d’avoir fait le tour de la planète. Tu ne peux imaginer ce que c’était : l’élégance, les fêtes, l’ambiance, les feux d’artifice, les bals dans tous les quartiers. Paris pétillait à longueur de jour et de nuit sous l’effet de la fée électricité. Ah ! une telle insouciance, des lumières qui ruisselaient de partout, des choses si incroyables, si inattendues à découvrir, comme un trottoir roulant, les projections sur écran géant des premiers films de Louis Lumière, notre capitale était devenue le centre  artistique, culturel et scientifique du monde et toutes les espérances étaient permises ! Quelle belle année pour se marier ! Il n’y en eut jamais de plus belle.

 

(...) 

 

 

Les festivités de l’exposition universelle inaugurée le 14 avril par le président Emile Loubet venaient de s’achever. Paris s’arrachait à de longs mois de frénésie pour retrouver des plaisirs plus discrets. Dans les rues, on ne s’interpellait plus avec la même hâblerie, on ne s’autorisait plus les mêmes privautés, pas plus qu’on ne croisait ces étranges peuplades qui migraient depuis cinq continents. La capitale se ramassait dans ses frontières. Un moment, on avait cru que le temps avait été pris de folie. Il est vrai qu’en l’espace de quelques mois, on était remonté jusqu’aux origines de l’homme  et, descendu si loin, qu’on lui avait supposé une descendance d’extra-terrestres. Tout avait été envisagé, au point d’inventer une nouvelle forme d’espoir, de tentation et de bonheur. Bien que dégrisé, il arrivait que l’on cédât à la désillusion, parce qu’un moment on avait supposé sans limite le pouvoir des hommes. A nouveau, certains quartiers s’étaient mis à ressembler à des petites villes de province. En faisant son marché rue Mouffetard ou rue de Grenelle, en se rendant aux bals du samedi soir sous les marronniers ou les grappes mauves des paulownias, on soupirait un peu et des nostalgies s’implantaient dans les mémoires.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

( extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude - chapitre 9 )

 

à suivre 

 

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 08:29

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La directrice des études, mère Marie de l’Assomption, régentait cette petite communauté avec une élégante autorité. Chaque élève lui adressait  le regard ébloui que l’on réserve aux gens d’exception. D’une grande beauté, elle promenait dans les couloirs et les salles de classe une silhouette mince et un visage pré-raphaélique dont la perfection impressionnait. Il arrivait certains jours que la religieuse assistât à un cours, assise au fond de la pièce. Lorsque le professeur en avait terminé, elle montait sur l’estrade et interrogeait les élèves, afin de s’assurer de leur bon entendement. Ses questions étaient posées sur le mode inquisiteur, ce qui jetait sur le professeur et les fillettes une onde de confusion. On craignait de se faire mal juger, de paraître ridicule ; on redoutait plus que tout de décevoir. Certaines se seraient damnées pour éveiller, dans l’œil de la directrice, ne serait-ce qu’une lueur d’approbation ou de s’entendre complimentées devant l’assistance. A la récréation, des gamines n’hésitaient pas à affirmer que la révérende mère les avait distinguées et qu’elles auraient probablement des annotations favorables sur leur prochain carnet de notes.


 

Anne-Clémence répugnait à ces stratagèmes qu’elle jugeait peu gratifiants. Gagner l’estime de la directrice des études relevait de la haute lutte, de la course de fond, du parcours initiatique. Pour ce faire, elle s’était mise au travail avec un acharnement qui, bientôt, et dans plusieurs matières, la plaçait en tête de classe. Elle éprouvait de la fierté à être nommée, félicitée pour ses devoirs rédigés avec style. Elle se grisait à l’idée d’intriguer son entourage. D’être appelée de temps à autre dans le bureau de la révérende mère pour des entretiens particuliers lui conférait un prestige dont elle savait user. Elle se sentait choisie et, à la réflexion, il lui semblait que cela s’inscrivait dans le destin de sa famille. Mère Marie de l’Assomption la questionnait sur ses goûts, ses aspirations. Elle prenait le temps de l’écouter, s’amusait de ses propos et lui portait une attention dont la fillette s’émerveillait. A cause de ces entretiens, sa vie de pensionnaire lui paraissait moins morne. Il y avait désormais à conduire ce jeu de la séduction, à parfaire sa personnalité de façon à prolonger l’intérêt qu’elle suscitait de la part d’une femme qu’elle admirait à l’égale de sa grand-mère Charlotte. Cependant, c’est à sa mère que la religieuse ne cessait de lui faire penser. Elle s’isolait dans sa grandeur comme Marie-Liesse dans sa beauté. Il émanait de l’une et de l’autre quelque chose de désincarné, de distant ; il leur manquait cette épaisseur charnelle qui caractérisait Charlotte. Bien que celle-ci fût morte depuis plus de deux ans, Anne-Clémence la sentait plus proche que ne l’étaient ces deux vivantes, comme si la mort allouait à certains êtres des atouts supplémentaires.

 

Il arrivait aussi que la religieuse entraînât Anne-Clémence à la chapelle afin qu’elles prient ensemble car, et elle prenait soin de le souligner, il n’y a que la prière qui puisse unir les âmes. Anne-Clémence la suivait dans les couloirs qu’elle connaissait si bien qu’elle aurait pu les parcourir les yeux fermés. Des parquets, des plinthes, des boiseries s’exhalait l’odeur résineuse de la cire. A l’avenir, elle lui évoquerait le collège aussi sûrement que le roucoulement d’un pigeon la reconduirait au Plessis. La chapelle était un lieu qu’elle n’aimait pas, gâté par un déploiement superflu de flèches, d’arcs, de colonnettes et de rosaces. Sur les murs, entre des encadrements de stuc, se déroulaient des scènes de la vie mariale qui proposaient à l’œil une débauche d’expressions mièvres et de visages extatiques. Mère Marie de l’Assomption s’agenouillait au premier rang, plongeait la tête dans ses mains et restait ainsi des minutes qui s’éternisaient. Anne-Clémence rejoignait son banc habituel, le quatrième sur la droite. Dans le dossier, qui lui servait d’accoudoir, elle avait tracé trois C. Le premier signifiait Charlotte, le second Catherine, le troisième Clémence, trace puérile qui n’avait pour mandat que de lui rappeler quelques-uns de ses signes identitaires préférés et, dans ce lieu spirituel, de lui évoquer des faits concrets. Bien que la fillette fît en sorte d’imiter la religieuse, rien d’exaltant ne survenait dans son esprit. Elle avait l’impression de rester en marge d’un paradis où seules des formules magiques, une inclination spéciale de l’âme avaient le pouvoir de vous introduire. Elle s’en affligeait, mais supposait que la sainteté relève d’actes héroïques et procède d’une démarche sublime réservée à quelques initiés. Et il lui plaisait assez de ne pas en être. Quand mère Marie de l’Assomption lui laissait entendre qu’elle était peut-être appelée à la vie religieuse, la fillette secouait la tête. Tant de magnanimité l’intimidait, autant de vaillance spirituelle l’assurait de son impuissance.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   ( extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude" )

 

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 07:11
Arrêt sur image : l'enfance

 

Tandis qu’elle écrivait, son enfance semblait veiller sur elle, d’autant que rien n’avait changé dans cette chambre depuis l’époque où la fillette revenait de ses vagabondages les genoux écorchés et que sa mère, trop occupée d’elle-même, ne lui accordait qu’une distraite attention. Cette enfance vécue en étroite intimité avec la nature lui avait appris que rien de bon ne lève qu’il n’ait longuement germé et que tout accomplissement ne se réalise qu’au rythme des saisons, des pluies et des ensoleillements. Son enfance, puis son adolescence, avaient été bercées par nombre de temps forts, alternance de jachère et de culture, de semailles et de moissons, de véraisons et de vendanges, selon un cycle liturgique qui s’ouvre sur l’introït des labours, se poursuit par la consécration des pampres, l’élévation et l’eucharistie des blés, le gloria des mûrissages et se conclut par le grand alléluia des récoltes.

 

La jeune femme restait parfois de longs moments à regarder cette chambre où les objets, qu’elle distinguait à peine dans la pénombre, se chargeaient d’une somme d'évocations et que les murs, sur lesquels s’accrochait son regard, suintaient leur vie invisible qu’elle était la seule à appréhender, comme si devant ses yeux défilaient - sur l’écran de ces murs si banals tapissés du même papier lavande que sa mère avait fait poser quinze années auparavant - un recel d’images, de sons, de scènes qui se dévidaient ainsi que le ferait une pellicule cinématographique que l’on aurait volontairement programmée à l’envers. C’était toujours au plus loin qu’elle allait, jusqu’à ces caches creusées par l’enfance qui se réaniment comme au cœur d’un livre s’intensifie le mystère, au fond d’un puits s’accroît l’eau dormante.

 

 

Et il arrivait que victime d’une défaillance de mémoire, elle prenne plaisir à s’attarder dans une pièce parce qu’un détail lui échappait, qu’une scène en cours de déroulement se brisât sur un cap d’oubli, qu’une couleur, un son, un parfum ne veuillent pas lui restituer leur fragrance ou leur tonalité, et elle entrait alors dans l’un de ces sanctuaires encore pénétré du souvenir des défunts, comme elle entrait autrefois par la petite porte du fond du parc dans le monde magique de son enfance, peuplé d’arbres et de nuages où, à la vaste plaine offerte aux variations de la lumière, succédait celle tamisée des bois peuplés de silence. Et c’était le même émerveillement, mais aussi la même attente anxieuse d’un phénomène qui se livre puis se dérobe, se révèle partiellement et s’efface. Il lui semblait que régnait ici un ordre différent, sans qu’elle sût en expliquer la raison, et, beaucoup plus tard, s’interrogeant à ce sujet, ce qui se détachait avec le plus de relief était la fraîcheur du cliché, la profondeur du champ, la précision des détails, comme si sa mémoire lui permettait d’en discerner encore les résidus lointains. Elle considérait qu’avec cet agrégat de sentiments, d’expériences, d’émotions rassemblé durant son passé, elle contribuerait à jeter les fondations du futur, le devoir de l’écrivain étant d’aller chercher très loin dans les profondeurs de ses souvenirs ce qu’il se consacrera ensuite à hisser vers les hauteurs. Si bien qu’à travers les lignes le visage de l’enfant tremblait encore, semblable aux reflets que cent fois la rivière avait rendu à la fillette pensive attardée au-dessus de son onde. Mais celle décrite ne pouvait plus être celle qui s’immisçait dans les heures de la vie, ainsi qu’elle s’introduisait dans le parc, grâce à la petite porte en bois. Celle que l’on percevait dans l’entrelacs des lignes était une fillette pensée, éclairée par les projecteurs d’une intelligence adulte, qui analysait, comparait, disséquait, restituant à l’enfant plus de richesse et moins de légèreté. Et cette fillette avait pris une importance capitale, elle était la clé de mille tours fantomatiques, le guide innocent et fatal de mille chemins, elle semblait être le carrefour de plusieurs routes comme si, d’où que l’on vienne et d’où l’on se plaçât, il était impossible de ne pas revenir à elle, de ne pas être conduit au centre qu’elle occupait pareille à une petite impératrice de légende. N’est-ce pas durant l’enfance que se tisse la trame sensible, que se compose cette partition qui se joue à la dérobée, en sourdine, sans que nous y prêtions attention, parce que notre cœur - comme notre vie et le monde qui nous entoure - participe de cette double appartenance qui nous fait doublement ce que nous sommes ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

(Extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude )

 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 08:26

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Ce serait réduire Deauville que de la considérer seulement comme une station balnéaire, certes luxueuse, mais qui ne devrait son intérêt, et surtout son charme, qu'au seul miroir des eaux, surtout si l'on se rappelle la phrase de Tristan Bernard : " Deauville, qui est si près de Paris et si loin de la mer." Située à l'embouchure de la Touques, sur la côte basse et marécageuse qui fait suite aux falaises des Roches Noires, elle a très vite séduit une élite parisienne par son goût marqué pour les innovations les plus à l'avant-garde de l'époque : rallyes automobiles, régates nautiques, meetings d'aviation et d'hydravion. Si bien qu'on peut parler d'elle à plus d'un titre et qu'elle a toujours dans sa ... manche quelques surprises à nous offrir. Aujourd'hui, parmi ses nombreux atouts, choisissons de lui laisser abattre l'un de ceux qui a le plus contribué à sa célébrité internationale : les courses de chevaux.

 

En effet, du temps du duc de Morny, frère adultérin de Napoléon III, il était impératif de la parer d'un attrait supplémentaire, qu'elle n'ait pas à partager avec sa rivale Trouville, qui, bien avant elle, avait bénéficié d'une plage réputée, d'un casino et d'une activité portuaire ; en quelque sorte de lui octroyer un agrément qui lui serait personnel. Le duc, propriétaire d'une écurie à Viroflay, membre du Jockey-Club, initiateur de l'hippodrome de Longchamp, n'eut pas à s'interroger longtemps. Pour prolonger la saison parisienne, il fallait créer à Deauville un hippodrome afin d'attirer les amateurs vers la cité normande, en prolongeant ainsi la saison des courses dans un lieu qui offrait, par ailleurs, tant d'autres divertissements.

 

Dès la première édition en août 1863, les "courses plates" de Deauville s'affirmaient comme l'événement sportif et mondain qu'il ne fallait pas manquer. L'hippodrome de la Touques, qui s'étend sur 75 hectares, venait de voir le jour pour le meilleur et pour le pire, car il fut l'objet de remaniements successifs, la mort du duc de Morny et la chute du Second Empire ayant porté un coup décisif au développement de la station. Après les fastes de l'Empire, il y eut heureusement ceux de la Belle Epoque où, grâce à l'impulsion donnée par Désiré Le Hoc, la ville se dota des derniers progrès techniques, ce qui eut, pour effet immédiat, de ramener une clientèle que flattaient les innombrables distractions offertes à ses loisirs : tir au pigeon, tennis, golf, et, bien entendu, les traditionnelles courses hippiques qui retrouvaient leur lustre. Dans la continuité des travaux entrepris pour la relance de la station, les tribunes furent construites en 1919 à l'initiative du comte Jacques Le Marois, tandis que les architectes Louis Lefranc et Alfred Pigny concevaient un édifice capable d'accueillir deux mille spectateurs.

 

Les courses de chevaux, telles que nous les connaissons de nos jours, ont pris naissance en Angleterre au XVIIe siècle et leur développement est indissociable de celui du pur-sang, race particulière de cheval sélectionnée pour sa vitesse et son endurance. Alors que les éleveurs s'efforçaient d'affiner l'animal, la compétition ( comme ce fut également le cas pour l'automobile ) était le meilleur moyen de mesurer les progrès accomplis. L'invention du chemin de fer allait rendre plus accessible les champs de courses qui ont le plus souvent pour décor de vastes espaces bucoliques et agrestes, loin des villes, tels ceux d'Epsom, d'Ascot, de Chester, de Chantilly, de Longchamp, de Saint-Cloud, permettant à un large public de s'enthousiasmer pour ces spectacles qui se déploient autant sur le terrain que dans les tribunes.

 

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En France, l'élevage sélectif du cheval fut encouragé par la Royauté pour des raisons militaires. Le premier haras royal, le Haras du Pin, fut construit par Louis XIV, et les courses se révélèrent être un passe-temps très apprécié à la Cour. Comme l'atteste l'art de l'époque, les courses devinrent bientôt un sport populaire, certes encore sous l'influence de l'aristocratie, mais qui avait cessé d'être limité à elle. Le champ de courses de Longchamp s'ouvrit en 1857 pour remplacer le Champ de Mars trop marécageux et le Grand Prix de Paris y fut couru la même année que l'inauguration de l'hippodrome de Deauville. Aujourd'hui, la saison des courses n'est en aucun cas une suite d'épreuves qui se dérouleraient au hasard, mais constitue un programme rigoureux et coordonné qui soumet les chevaux, arrivés à maturité et au sommet de leur forme, à des confrontations de plus en plus dures et sur des distances de plus en plus longues. Aux qualités de l'animal s'ajoutent celles du jockey, tant il est vrai que monter un cheval n'est pas seulement une science mais un art ; de même que,     plus en amont, le rôle de l'entraîneur s'avère capital et sous-entend que celui-ci soit un habile stratège et un fin psychologue. Ces talents réunis nous offrent d'assister à des courses  haletantes qui attirent un public toujours plus nombreux. Deauville, avec son meeting d'août, complété par le polo et les ventes de yearlings, est devenue la capitale estivale du cheval, perpétuant, dans la mémoire de l'homme, la trace ancestrale qu'a imprimé en lui l'attrait de l'action et du risque.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 07:29

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S’il existait un ordre protocolaire parmi les sports équestres, le polo occuperait la première à titre d’ancienneté. Il a été non seulement le sport des rois et des princes, mais également celui des rajahs et des maharajahs, c’est-à-dire des riches et des puissants, si bien qu’il est paré, aux yeux du commun des mortels, d’une aura prestigieuse. L’historien Tabari  (838-923) relate de quelles manière le roi persan Darius III, qui vécut aux alentours de 330, admonesta Alexandre le Grand en l’assurant que ce sport conviendrait mieux à son inexpérience que ses activités guerrières. D’autres écrivains orientaux des IXe et Xe siècles nous décrivent les règles d’un jeu qui était bien connu de tout l’Orient. C’est, en effet, le plus ancien jeu de balle et de maillet du monde. La participation du cheval le différencie des autres jeux de balle et lui donne son originalité et sa beauté spectaculaire. Des peintures chinoises et persanes nous informent qu’il était le passe-temps favori des cours d’Asie et d’Asie Mineure. D’ailleurs, l’origine du mot vient du tibétain pu-lu qui signifie racine de saule, bois dans lequel on fabrique les balles.

 

Au XIIe siècle, on retrouve le polo dans la Grèce ancienne, tandis que l’auteur arabe Nakrisi se fait l’écho de l’impulsion donnée par le sultan égyptien El Nacer à tout ce qui a trait à l’élevage du cheval et aux sports équestres. Le polo était alors baptisé « balle à cheval ». Inconnu jusqu’alors du monde occidental, il fut découvert par les officiers de cavalerie de l’Empire britannique qui séjournaient en Inde dans les années 1850. Ce sport, qui convenait parfaitement à des cavaliers entraînés et aux poneys maniables qu’ils avaient à leur disposition, deviendra un de leurs loisirs préférés. Le premier club de polo fut fondé en 1859 par des officiers de l’armée indienne du Cachemire, fiers de redonner vie à leur héritage sportif. Puis, d’autres clubs se créèrent en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et dans diverses régions de l’Empire britannique et les premières règles furent rédigées en 1875 à Hurlingham qui avait organisé le premier match l’année précédente. Aux Etats-Unis, il fut introduit par un magnat de la presse et s’y implanta si bien et si vite que les deux Amériques s’enflammèrent à leur tour pour ce jeu et que la coupe des Amériques, qui oppose depuis 1928 l’Argentine aux Etats-Unis, est probablement le trophée de polo le plus convoité du monde.

 

Le polo a été inscrit cinq fois discipline olympique en 1900-1908-1920-1924 et 1936 et les membres, officiellement inscrits, sont environ au nombre de six cents en Angleterre, cent en France, deux mille cinq cents  aux Etats-Unis, six mille en Argentine, et les chiffres ne cessent de progresser. La réputation élitiste du polo subsiste, bien qu’il soit plus démocratique qu’il y paraît, et s’ouvre de plus en plus à une jeunesse aux moyens modestes. Bien entendu, le mécénat reste indispensable et repose sur des sponsorisations commerciales assurées par des fabricants de champagne, des joailliers internationaux, des marques automobiles de luxe qui bénéficient de l’image prestigieuse associée à ce sport. On a souvent représenté le joueur de polo comme un beau et riche dandy qui menait grand train, était entouré de jolies femmes, et le souvenir laissé par un Aly Khan, un Rubirosa ou un Terrail n’y est pas étranger. Cependant, aucun play-boy ne pourrait envisager d’exercer un sport aussi difficile qui exige non seulement des qualités équestres, mais de l’endurance, de l’anticipation, d’excellents réflexes, de la concentration, de la souplesse et de la coordination dans les gestes, un sens du jeu en équipe, de la stratégie, voire même de l’agressivité. Aussi est-ce un travail à plein temps pour celui qui veut maintenir un handicap de 6-7 ou plus. D’ailleurs la plupart des meilleurs joueurs sont des professionnels.

 

Le polo est un jeu dans lequel deux équipes de quatre cavaliers s’efforcent d’envoyer une balle en plastique de 130 grammes dans le but adverse à l’aide d’un maillet. Il se pratique sur un terrain gazonné de 275 mètres de long sur 145 mètres de large, auquel s’ajoutent des zones de décélération. A chaque extrémité du terrain, deux poteaux distants de 7,30m font office de buts. Les joueurs, par souci de sécurité, portent un casque souvent muni d’une grille de protection et des genouillères. Les jambes des chevaux sont également protégées, leur crinière rasée, leurs queues tressées pour éviter que les mains des cavaliers et les maillets s’emmêlent dans les crins. Les joueurs sont classés et reçoivent un handicap qui matérialise le niveau de leur jeu. Les débutants commencent à l’handicap -2 et les meilleurs mondiaux culminent à l’handicap 10. Deux arbitres à cheval officient sur le terrain, au plus près de l’action, mais, en cas de litige, peuvent demander l’aide d’un troisième qui se tient en bordure de terrain. Un match est divisé en quatre à huit périodes de 7 minutes 30 secondes entrecoupées de pauses de 3 minutes pour changer de cheval. Après chaque but (goal) inscrit, les équipes changent de camp et le jeu reprend par un lancer de balle au centre du terrain. A l’heure actuelle, la saison dure toute l’année : l’hiver en Floride, au Texas, en Californie ; au printemps en Angleterre ; en août à Deauville et, au début de l’hiver, en Argentine ; entre temps en Australie et en Nouvelle-Zélande. C’est le circuit du plus haut niveau.

 

En France, les meilleurs joueurs de ces dernières années furent les frères Macaire, dont le père a su relancer le polo après la dernière guerre, à Paris, Deauville et Vichy. L’association sportive « Polo de Deauville » fut fondée en 1892 et le duc de Gramont en devint le Président en 1907. Dans sa forme actuelle, le Polo de Deauville a été déclaré le 3 mars 1951 à la sous-préfecture de Lisieux. Sous l’impulsion de la comtesse Anne d’Ornano, de la chaîne Barrière et de Monsieur Zorbibe, fondateur de la « Lancel Polo Cup », le polo fait partie de l’image valorisante de la station normande. C’est sans contexte la vitrine internationale du polo français et le rendez-vous le plus élégant et le plus chic. Les présidents, qui se sont succédés depuis 1957, n’ont pas manqué de promouvoir cette renommée et d’y participer par leur prestige personnel. Ils eurent noms : duc de Gramont, baron Elie de Rothschild, duc de Noailles, Philippe de Nicolay, Jean-Paul N’Goumou Jikam et, depuis 2012, Philippe Bouchara. Ainsi la coupe d’or de Deauville est-elle le tournoi français de plus haut niveau joué chaque année dans un cadre qui a toujours su mériter et maintenir sa réputation de luxe, de calme, d’ordre et de beauté.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


 

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DEAUVILLE, à l'heure du Polo
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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 08:55

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Qu’ont-ils en commun le cavalier et le marin ?  En lâchant la bride, en levant l’ancre, que cherchent-ils ? Est-ce seulement le goût du départ, est-ce de se confronter au vent, à l’espace, est-ce encore et toujours l’aventure, le voyage ? Il faut se souvenir que le cheval et le bateau furent pendant des siècles les seuls moyens de reculer l’horizon devant soi. Le pas du cheval accompagnait le pas de l’homme. On sait aussi que le cavalier aime sa monture comme le marin son bateau. Entre eux se sont tissés des liens indéfectibles. C’est par eux et avec eux que l’homme se libère des entraves, s’engage dans un itinéraire qui le mènera ailleurs.

 

Mener ? Voilà un mot que le marin et le cavalier interprètent de même façon. En effet, on mène son bateau dans la mesure où l’on est maître à bord, on conduit sa monture dans la mesure où on la maîtrise. La comparaison s’arrête là, car si on peut dominer le cheval, jamais l’homme ne dominera les éléments et le bateau est aussi ce qu’en fait la mer. Les couples marin-bateau, cavalier-cheval ont en commun le goût de la conquête. Si des expéditions ont été possibles, si des terres ont été découvertes, le mérite en revient à ceux qui ont armé des flottes, enrôlés des cavaliers, tant il est vrai qu’ils furent des conquistadores jamais lassés de mettre le cap au large pour les uns, au loin pour les autres.

 

La genèse du navire se perd dans la nuit des temps. L’homme primitif transportait des marchandises au moyen de radeaux. Et, au cours des siècles, les navigateurs n’eurent plus de cesse que de modifier l’architecture de leurs embarcations, de façon à les rendre plus performantes, plus sûres et surtout plus rapides. Les noms de ces bateaux font rêver : il y eut les felouques égyptiennes, les jonques chinoises, les drakkars vikings, puis apparurent les caravelles, les frégates, les trois-mâts barques, les clippers, ces coursiers dont la coque effilée fendait les eaux pour porter d’un continent à l’autre le coton, le thé, la soie.

 

Quand apparut la vapeur, c’était pour aller plus vite encore et on demandait : Combien de centaines de chevaux y-a-t-il sous les moteurs ? Le navire servait au transport des marchandises, le paquebot à celui des troupes ou des passagers, les cuirassés, les croiseurs, les destroyers à la guerre. Avec le cheval, l’évolution fut à peu près semblable. Lui aussi fut utilisé pour le combat, le transport, puis pour l’équitation et le sport. Dans les siècles anciens, le cheval était employé comme destrier. La charge de l’armure des chevaliers médiévaux était telle que la robustesse de l’animal comptait davantage que sa vélocité. Les Croisades révolutionnèrent l’art de la guerre. En découvrant la supériorité des montures arabes plus mobiles, les Occidentaux eurent l’idée de croiser des étalons d’Orient avec leurs juments locales et, au fur et à mesure de leurs progrès, parvinrent à donner naissance au pur-sang. Ne fallait-il pas que le cheval file à vive allure, qu’il transporte non seulement le cavalier mais achemine les nouvelles à une époque où n’existait pas le télégraphe ? Il avait par ailleurs la charge de tirer la charrue et la diligence, le carrosse et la simple carriole. Il fut le compagnon de l’homme dans le travail, dans le combat, dans le jeu. Comme le bateau.

 

Il est arrivé que le navire transporte le cavalier et sa monture ; de même que l’on peut surprendre, en longeant une berge, le spectacle rare de chevaux qui halent une péniche. Destins croisés ? Sans nul doute ! Et Deauville ne l’ignore pas, elle qui voit dans sa baie, aux feux du soir, se disputer des régates et, perçoit, venant de ses champs de course, le martèlement des sabots. Tout est joué. Les voiles se ferlent et les chevaux reviennent au paddock.

 

Demain matin, si vous vous levez à l’aube et prenez le chemin de la plage, que verrez-vous dans le petit jour qui frémit, au bout de la jetée ? Des voiles qui claquent au vent du large et, au long des vagues, là où la mer vient lécher le sable, des chevaux qui galopent leur crinière au vent du bord…

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 08:16
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit de Jean d'Ormesson

Dans cet avant dernier ouvrage, puisque Jean d’Ormesson, intarissable auteur, venait d’en publier un nouveau « Comme un chant d’espérance », l’écrivain bien connu se livrait déjà à un bilan de ce que fut sa quête personnelle, ses joies, ses peines, ses convictions, en quelque sorte sa vie et son œuvre. D’un style alerte, qui se tricote avec d’astucieuses répétitions, il nous brossait un tableau de son univers et également du nôtre, étant donné qu’il y a immanquablement perméabilité entre un écrivain et ses lecteurs. Que serait-il sans eux, que serions-nous sans lui ? Il arrive que les livres nous construisent, que les œuvres nous éclairent, que le monde se traduise à travers eux. Il y a deux choses que j’apprécie énormément chez Jean d’Ormesson, c’est son amour de  la vie qu’il avouait sans fard et son admiration pour le monde, la beauté et les œuvres qu’il reconnaissait sans fatuité. Il est rare que quelqu’un admire et s’émerveille encore à 86 ans - c'est l'âge qu'il avait lors de la publication de cet ouvrage - de ce qui l’entoure, du monde tel qu’il est avec ses faiblesse et ses tares, nourrisse sans cesse des projets, des attentes et cède à des enthousiasmes. Et c'était précisément le cas de Jean d'O qui attendait, écrivait, s’emballait et, malgré l’âge et la maladie, se comportait comme le jeune homme qui ne semblait pas vouloir mourir en lui. Alors, reprenant l’un de ses titres, je dirai : «  C’est bien ! »

 

«  N’en déplaise à quelques-uns, la vie n’est pas si drôle. Il lui arrive même d’être ennuyeuse et banale, souvent partiale et cruelle. Alors il faut nous arranger et subvenir à ses lacunes, à ses insuffisances, vivre à ses côtés sans se laisser dévorer par elle. La vie s’est imposée à nous à notre naissance et nous n’en serons délivrés qu’à notre mort, ce qui rend insupportable cette délivrance, mais en attendant comment la supporter sans trop de dégâts ? L’avenir est toujours plein d’interrogations, le passé empli de regrets et de mélancolie. Quant au présent, il se contente de nous inoculer l’énergie de la réalité. L’action a toujours été un dérivatif salutaire. On pense que nous existons parce que nous vivons. Et si nous vivions sans exister ? Je vis parce que j’agis ou bien est-ce que j’existe parce que je pense ? »

 

Ainsi ces questions sont-elles posées de façon très simple. Il semble même que ce soit nous qui les posions. Jean d’Ormesson avait cela d’agréable : il écrivait comme un ami nous parlerait à l’oreille de façon directe, de tout et de rien, de l’ordinaire des choses et de l’extraordinaire de la vie, du temps et de l’univers car, depuis quelques années, l’univers était devenu sa grande affaire, la plus belle histoire à raconter tant elle embrase tout : le passé, le présent et l’avenir, qu’elle pose les bonnes questions sans apporter de vraies réponses, c’est-à-dire qu’elle assure un suspense permanent. Qu’est-ce qu’un écrivain peut souhaiter de mieux ?

 

«  Le XXe siècle a été abominable sur le plan de l’Histoire, mais formidable sur le plan de la science. Celle-ci nous a appris que l’univers possède une histoire. Les anciens pensaient qu’il était éternel, immobile, or nous savons qu’il a eu un début et qu’il aura une fin. Il se développe comme un opéra ou un roman-fleuve sous la conduite d’un romancier inouï qui n’est autre que Dieu. Après m’être occupé de tout ce qui s’est passé entre le big bang et nous, je vais désormais m’interroger sur ce qu’il y avait avant le big bang. Qu’est-ce qu’il y aura après notre mort ? Rien, mais ce Rien est Tout. »

 

Avec de telles questions, comment ne pas éveiller l'intérêt d'un public que la marche du temps ne cesse d’intriguer, voire d’inquiéter. L’écrivain ne gomme nullement cette inquiétude existentielle. S’il reste  plus optimiste sur le fond que sur la forme, il n’en est pas moins tourmenté par une époque comme la nôtre et il ne s’en cache pas. Ce souci du permanent fait de lui un confident du quotidien, un ami avec lequel on partage ce questionnement sur les bouleversements d’un monde en pleine mutation.

 

« Un homme de mon âge a vu davantage de changements dans sa vie que plusieurs générations n’en avaient connu il y a un siècle à peine. Or, la plupart des gens ne supportent pas ce rythme effréné et ne s’y adaptent pas. C’est la raison pour laquelle la société française est en état de révolte. Changer pour un mieux est acceptable, même si le prix à payer est élevé, mais changer pour changer est une folie. »

 

Nous voilà loin de la science, replongés dans les troublantes angoisses de l’existence, dans l’irréversibilité des choses qui font qu’un écrivain laisse une marque dans son époque, surtout s’il a su traduire les tourments inhérents à son temps. Et Jean d’Ormesson est de ceux-là, d’où son entrée dans la prestigieuse collection de la Pléiade, une consécration qu’il a reçue de son vivant, ce qui jusqu’alors n’a été le privilège que de quelques rares écrivains et fut, sans nul doute, sa joie dernière.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

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Le juif errant de Jean d'Ormesson           

Jean d'Ormesson et les étrangetés du monde

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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