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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 09:03
Stances à la bien-aimée

 

Maintenant que tu m’as quitté,
je vais te célébrer ô ma beauté,
mon épouse, ma bien- aimée,
de mon amer exil, je vais louer la grâce
dont je suis habité.
Mon chant sera mon effusion.
Par lui, j’accéderai à l’ultime langage
des anges et des étoiles
et toi, ma compagne, seras seule à comprendre
leurs mystiques fusions
et l'éther me rendra plus suave sa musique.
Voilà que devant moi l’horizon s’élargit,
que de multiples sphères déroulent leurs anneaux,
que l’espace se dévoile et s’ouvre et s’agrandit,
que j’entends murmurer de si étranges mots !
La poésie est devenue ma terre promise.
Elle fleurit sous mes pas.
Voyez les lys blancs et les jaunes narcisses
et voyez le feuillage de ce kaïcedrat !
Ma muse s’approche et me conduit,
vers quelle rémanence, vers quelle théophanie ?
D'elle s'exhale une douce,
une très douce odeur de pluie.
Et ce chemin qui va entre lilas et buis
où nous mènera-t-il ?
Vers quelle île de lumière, vers quel paradis ?
Mon chant a sur mes lèvres un goût de miel.

 


Je t’ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l’infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur ma vie, tu règnes plus faste qu’un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu’à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,
déposer mes présents de pure gratuité.
Quelle force tranquille a usé l'impatience
jusqu'à sa trame la plus intime,
qui a joint la tunique d'un seul fil-à-fil ?
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,
ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m’y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l’éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
O ma femme, mon aimée,
pour un pacte d’amour qui n’a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s’enlise et où l’ingratitude
cueille les fleurs pauvres de l’infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être d'un trop plein de pensée.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

(Le Chant de Malabata – extraits de STANCES )

 

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 11:16
11-15 rue de Constantinople

11-15 rue de Constantinople

Il y a cent ans, le 14 novembre 1913, paraissait le premier tome d' À la recherche du temps perdu, de l'écrivain Marcel Proust. Et c'est cette date symbolique qu'a choisie le bibliophile et propriétaire d'hôtels Jacques Letertre pour inaugurer l'hôtel Swann, à Paris, dédié à l'œuvre romanesque la plus singulière de la littérature française.
 

Rue de Constantinople, derrière la gare Saint-Lazare, l'établissement correspond en partie à ce que fut, au début du siècle dernier, le grand hôtel de l'Europe que fréquentait en voisin Guillaume Apollinaire. Il est également proche du boulevard Haussmann où Proust demeurera après la mort de sa mère en 1905, au numéro 102, et qu’il dût quitter lorsque sa tante mit en vente l’immeuble pour aller finir ses jours rue Hamelin, dans un incontestable inconfort. L’appartement se situait au second étage. C’est là que se trouvait la célèbre chambre tapissée en 1910 de plaques de liège afin d’atténuer les bruits du voisinage. Une grande partie de La Recherche y a été écrite. L’ensemble de l’appartement ne fut jamais aménagé, ce qui fit dire à l’écrivain Oscar Wilde : Que c’est laid chez vous ! En effet, les salons ressemblaient davantage à un garde-meuble qu’à des pièces de réception. Céleste était chargée d’y faire attendre les visiteurs que Marcel Proust acceptait de recevoir, le plus souvent dans son lit. Non loin se trouve le lycée Condorcet où Proust entra en classe de Cinquième en 1882, alors que l’établissement s’appelait encore lycée Fontanes. Dans ce lycée fréquenté par des enfants et adolescents de la bourgeoisie aisée, Marcel fit des études en dents de scie à cause de sa mauvaise santé et de ses absences, mais eut la chance d’avoir en terminale pour professeur Alphonse Darlu qui jouera un rôle décisif dans sa formation philosophique. C’est également avec les élèves de Condorcet qu’il noue des amitiés solides : ils ont pour noms Fernand Gregh, Paul Baignères, Horace Finaly, Robert de Flers, Jacques Bizet et Daniel Halévy. Ensemble, ils collaboreront à deux revues : la Revue de Seconde et la Revue Lilas. Ce quartier de la gare St Lazare et des Grands Boulevards est en quelque sorte le village parisien de l’écrivain. Moins encombré de voitures qu’aujourd’hui, on s’y promenait agréablement à pied ou en calèche, d’autant qu’il était à l’époque, grâce aux travaux colossaux du baron Haussmann, un environnement neuf, fonctionnel et cossu. Durant la guerre de 14/18, Proust fit de longues balades nocturnes dans la capitale livrée aux bombardements de la grosse Bertha, écrivant que  « le ciel ressemblait à une mer qui se retire » ou bien à  « Pompéi sous la lave du Vésuve ».

 

L'hôtel Swann, où l’écrivain est notre hôte imaginaire, compte 82 chambres réparties sur six étages, correspondant chacun à six univers du roman : Combray, Balbec, Faubourg Saint-Germain, Verdurin, Venise, et les peintres (tous mentionnés par Proust).

 

Les quatre-vingt une chambres en étage, car il y en a une quatre-vingt deuxième au rez-de-chaussée, celle du narrateur de La Recherche, portent le nom d'un personnage de l’oeuvre. Ainsi la 101 dédiée à Charles Hass, la 104 à Françoise et la 106 à Odette … Dans chacune d’elles, un texte en français (traduit en anglais), encadré et illustré d’une aquarelle, situe le protagoniste dans "La Recherche". Gravé sur la cloison vitrée des salles de bain, il y a le manuscrit d'une lettre de Proust et, sur les tables de nuit, l'une de ses plus célèbres photographies. Dans l'escalier, qui conduit au rez-de-chaussée, une pièce unique : le mantelet en perles de jais que portait la marquise d'Aligre  (elle est le modèle de Madame de Cambremer), vêtement dans un état de conservation parfait sur lequel Marcel Proust a posé les yeux lorsqu’il croisait la marquise à l’Opéra et qu'il décrit dans Sodome et Gomorrhe. Il a été acquis par Jacques Letertre, il y a deux ans, lors d’une vente aux enchères.

 

Le "lobby" de l'établissement a, quant à lui, été transformé en bibliothèque proustienne de 500 ouvrages (300 titres différents) dans toutes les langues, y compris le lituanien ! Étourdi par tant de «prousteries», on en oublierait presque que l’on se trouve dans un hôtel, si on n’entendait pas certains puristes, devant l'utilisation qui est faite de leur héros, crier au scandale, alors que d'autres, enchantés par cette évocation littéraire qui convie l’œuvre à leur table et dans leur chambre, n'avaient, à ce sujet, aucune raison de réprimer leur satisfaction ou de formuler un mécontentement. Le confort de ce 4 étoiles est, il est vrai, irréprochable : des lits doublés d'un surmatelas, des couettes moelleuses comme des nuages, un mobilier épuré, des éclairages dotés de variateurs, des écrans plats, des bases iPhone et des machines à café Nespresso dans toutes les chambres, voilà bien un confort que n’a pas connu Proust ! Pour autant, l’écrivain n'est jamais bien loin… sur la table de la chambre entre capsules de café ou de crème, le symbole proustien par excellence repose, enveloppé dans sa cellophane… une madeleine!

 

Le "Swann" est le premier hôtel littéraire entièrement consacré à l’écrivain. Au coeur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint-Augustin, il présente une prestigieuse collection d'oeuvres originales sur le romancier dont le souci est de faire découvrir et aimer Proust dans un cadre chaleureux et confortable. Une belle aventure d'une nuit ou plus, une immersion dans l'un des univers les plus exceptionnels de la littérature française. Le" Swann" est unique parce qu'il a été conçu par un amoureux de l'oeuvre, un érudit qui a imaginé cette nouvelle adresse parisienne afin de faire partager sa passion à tous ses visiteurs.

 

Depuis l'hôtel, les itinéraires les plus divers sont permis pour visiter cette capitale que Proust a su à tous moments transfigurer et réinventer et qu’un lecteur averti pourra, en prenant son temps, reconstituer le livre en mains, pèlerinant ainsi dans les dédales des rues, à l’ombre des églises, dans les salons de thé comme celui du Ritz qui vit tant de fois Marcel s’attabler seul ou avec des amis, n’oubliant jamais d’interroger Olivier Dabescat, le maître d’hôtel en chef, qui ouvrit à l’écrivain de nouveaux champs d’investigation sociologique. Interrogé à ce sujet des années plus tard, Dabescat devait confier : « Marcel Proust venait ici de façon très inattendue, cinq fois dans une semaine et disparaissait quinze jours qu’il passait couché, sans jamais que sa fenêtre fût ouverte. J’allais chez lui, plutôt vers minuit. Je restais là jusqu’à 3 ou 4 heures du matin sans m’en apercevoir, car son charme était tel. Il arrivait à vous tirer les vers du nez, et on le regrettait ensuite de lui avoir confié des choses à garder pour soi. Il ne parlait jamais de l’amour et des femmes. C’était un corps usé, un cérébral ; il était tout cerveau. Il n’a pu vivre que par le miracle de son cerveau. Son cerveau a seul soutenu cette chose abîmée, son corps, qu’il n’entretenait plus depuis longtemps qu’avec des litres de café, des litres par jour, surtout dans ces longs espaces où il ne mangeait pas ».

 

L’univers de "La Recherche" se prête particulièrement à ces déambulations au cœur de la capitale, et il est sympathique qu’un hôtel se soit ouvert comme un lieu d’accueil luxueux d’où rayonner dans ceux mythiques qui ont fait d’elle une œuvre d’art littéraire.

 

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Proust vous attend à l'hôtel Swann
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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 09:54

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On sait que les tortues sont lentes de nature.
Qu'à cela ne tienne, disent-elles,
Si les oiseaux vont à tire d'aile,
Il arrive que nous-mêmes fassions fortune autrement.
Il était donc une tortue qui vivait discrètement.
Son voisin de palier n'était autre qu'un flambeur de goéland.
Tout ce qui lui passait sous le bec, il l'avalait d'un coup sec,
Et se souciait comme d'une guigne des lendemains difficiles.

 

Il arriva qu'une famine tomba inopinément.
Aussitôt notre goéland de se vanter étourdiment
Qu'il irait tenter ailleurs une aventure meilleure.
Dame Tortue s'était tue. Bien lui prit. Voyez comment,
De son pas égal et lent, elle se mit à amasser
Ce qui risquait de lui manquer.
Le goéland, pour sa part, s'usait en mille voyages.
Mais, nenni, de près ou de loin, 
il n'y avait  en vue,  
Pas le moindre festin.

 

Le bougre s'en revint contrit loger auprès de sa voisine,
Espérant, que le destin, lui permettrait de mettre à mal,
Les économies de la dame.

Mais, supputant ces avanies, sous quelques arpents de gazon,
La tortue avait mis à l'abri les précieux fruits de sa moisson.
Elle avait engrangé tant de biens et mené une vie si rangée,
Qu'apprenez qu'elle vécut plus d'une centaine d'années.
Et le goéland ? Pauvre de lui ! Quand la famine fut finie,
Il banqueta tout à loisir et plus que de raison, semble-t-il.
C'est dans un état alarmant que dame Tortue le surprit.
Le soir, le mal s'aggravant, il se coucha sur le côté
Pour ne jamais plus s'envoler.

Ainsi fut-il la victime de son ultime goinfrerie.

 

Pour terminer ce récit, sur une note plus optimiste,
Osons cette conclusion : que ce ne fut pas sans raison,
Mais dans un souci de partage et pour sauver la morale,
Que l'oiseau eut à coeur d'assurer 
Le banquet de son semblable.
Si bien qu'un corbeau qui se trouvait là,
En fit, sans plus d'embarras, son menu de gala.

 


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 


Cette fable est extraite de mon ouvrage pour enfants : "La ronde des fabliaux"

 

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La tortue et le goéland - fable
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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 10:01

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Comment l'ont-ils chanté l'hiver et sa blancheur silencieuse, ses ramures défeuillées et sa bise maligne qui siffle dans les branches, nos chers poètes ? La blancheur cristalline, le givre qui immobilise les paysages, l'oiseau en peine de nourriture, ont-ils inspiré leurs plumes vagabondes ? Oui, je m'en suis assurée et voici quelques-unes de ces mélodies douces qui disent la plaine blanche, immobile et sans voix et requièrent si bien la leur...

 


NUIT DE NEIGE


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.


Guy de MAUPASSANT

 


Ah! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
A la douleur que j'ai, que j'ai !

Tous les étangs gisent gelés.
Mon âme est noire : Où vis-je ? Où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses.
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du génévrier.


 Emile NELLIGAN


LA MORT DES OISEAUX

Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois
A la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois.
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver !
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d'avril où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?

 

François COPPEE

 


LES NEIGES d'ANTAN

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ni Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine
Mais où sont les neiges d'antan?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Abelard à Saint-Denis?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fut jeté en un sac en Seine?
Mais où sont les neiges d'antan?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiges d'antan?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous remaine:
Mais où sont les neiges d'antan?

 

François VILLON

 

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 15:42
Les patineurs de Pieter Brueghel

Les patineurs de Pieter Brueghel

                
Nous avons la chance d'habiter une région tempérée qui voit se succéder les saisons et varier les paysages. Il semble que ce qui était normal, habituel autrefois, le soit moins aujourd'hui, comme si le froid, la neige, le verglas n'étaient pas les conditions météorologiques habituelles en période hivernale. Alors oublions un peu les regrettables cafouillages et les désagréments qui surviennent fréquemment en ces mois de froidure et disons-nous que l'hiver est beau. Bien sûr il fait froid, bien sûr les routes sont parfois difficiles et dangereuses, bien sûr nous avons le bout du nez rouge, mais diantre ! que la neige est belle quand elle est là, que le froid est tonique et que les ciels semblent avoir été taillés dans le cristal !



Blanche la nature en hiver ? Oui ! Mais aussi verte, brune ou rousse, selon le lieu, la nature du sol, la végétation. Saison du froid, du givre et de la neige, l'hiver est aussi celle des fêtes. Elles sont nombreuses à parsemer le calendrier : Noël, la fête de l'enfance par excellence, celle de la naissance et de la re-naissance symbolisée par un Dieu qui s'incarne pour épouser notre condition, le Nouvel an qui marque le passage d'une année à une autre avec son cortège de voeux, l'Epiphanie et sa galette des rois, la Chandeleur et ses crêpes, Mardi-Gras et sa bonne table avant Carême, le Carnaval avec ses chars et ses masques et la Saint-Valentin avec ses billets doux. Autant de fêtes dont les racines remontent aussi loin que la mémoire des hommes et autant d'occasions de se réjouir ensemble.



Certes la nature paraît ensommeillée et comme immobile dans son corset de givre. Mais nenni, il n'en est rien ! Car, à l'abri des regards indiscrets, fleurs et plantes préparent patiemment le printemps et le spectacle de la nature ne fait relâche ... qu'en apparence. Regardez bien ! Ici une rose jette son ultime éclat ; là, un iris semble défier les frimas et bientôt les perce-neige, les crocus, le jasmin d'hiver feront leur apparition. Dans les arbres défeuillés, le gui vit toujours. Cette plante née des fientes des oiseaux est un des miracles de l'hiver, une trace de vie dans un univers glacé. Et si les fruits frais sont trop chers, profitons des fruits secs. Riches en protéines et en substances grasses, ils sont énergétiques et allient saveur et qualités nutritives. Quant aux légumes, ils ne manquent pas et sont peu coûteux. Ré-apprenons à cuisiner les lentilles, les choux, les endives, les poireaux, la pomme de terre, sans oublier le navet dont on disait jadis qu'il était l'allié idéal pour soigner les maladies de poitrine.



Quant à la galette des rois que l'on déguste volontiers les dimanches de janvier avec famille et amis, voici une recette simple qui vous prendra peu de temps à réaliser :

 

300g de farine - 150 g de sucre - 150 g d'amandes en poudre - 200 g de beurre - 4 oeufs

Mélanger la poudre d'amande et la farine. Ajouter le sucre, une pincée de sel, le beurre ramolli, les oeufs et un peu d'eau, puis travailler la pâte du bout des doigts. Avec un rouleau former la galette et y introduire la fève. Dorer au jaune d'oeuf le dessus de la galette et enfourner à four chaud pour environ 30 minutes.

 

 

L'hiver est une si belle saison qu'elle n'a cessé d'inspirer les artistes : les musiciens - pensons à Vivaldi et ses quatre saisons, Ravel et son Noël des jouets, Schubert et son Voyage d'hiver ; ainsi que les peintres depuis Brueghel l'ancien en passant par Arcimboldo, les impressionniste qui se sont plus à fixer sur leurs toiles les paysages enneigés, le norvégien Edvard Munch et les Japonais dont le thème des saisons se retrouve à la fois dans les peintures, les paravents, les portes coulissantes, les éventails. Les poètes ne l'ont pas dédaigné non plus, que ce soit Charles d'Orléans et son Rondeau de l'hiver, Théophile Gautier et son Bonhomme de neige, Pierre Emmanuel et son Adoration des bergers, Francis Jammes et son âne était petit, Jean Richepin et son Noël misérable, Guillaume Apollinaire et son Mardi-Gras ; enfin les écrivains ne l'ont pas mis sous le boisseau, depuis L'hiver chez les Scythes de Virgile jusqu'à Séraphîta de Balzac, Le voyage égoïste de Colette, Le petit jour de Marie Noël, La dinde de Noël de Moravia ou Un balcon en forêt de Julien Gracq.

 


Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L'hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d'une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Haendel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

 

          Théophile Gautier

 


Si les températures de l'hiver restreignent certains de nos loisirs pratiqués en extérieur, elles favorisent ceux qui sont liés à la neige et à la glace : le patinage et le ski. Les sports d'hiver ont connu un extraordinaire engouement depuis l'après-guerre et ont constamment su se renouveler avec l'apparition de nouvelles techniques et de nouvelles disciplines. Aucun sport d'été n'en égale la saine et parfaite volupté. C'est la mort de la neurasthénie, la ruine des médecins, le krach des drogues. Un week-end à la montagne suffit à booster votre énergie pour le restant de l'hiver.

 

 

Quant aux mots de l'hiver, ils émaillent nos proverbes et nos dictons. Lorsque l'année commence, regardons bien le ciel. Cela nous permettra de savoir ce que seront les conditions météorologiques de l'année à venir. C'est du moins ce que prédit le dicton : Les douze premiers jours de janvier indiquent le temps qu'il fera les douze mois de l'année. Et ce que confirme cet autre : Les jours entre Noël et les Rois indiquent le temps des douze mois.

 


En janvier, un temps doux n'est apprécié que des citadins. A la campagne, cela n'augure rien de bon. Un mois de janvier sans gelée, n'amène guère une bonne année. Ou : Il vaut mieux voir un voleur dans son grenier qu'un laboureur en chemise en janvier. Le jour de la Saint Vincent ( 22 janvier ) est un jour important en zone rurale : c'est la fête des vignerons. Il semblerait que ce jour-là, l'hiver hésite : soit il s'achève, soit il redouble. A la Saint Vincent, l'hiver monte ou descend. Ou : A la Saint Vincent, tout dégèle ou tout fend.


Alors ...  JOYEUX HIVER !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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                                Neige - Claude MONET  ( 1879 )

 

 

 

Route enneigée à Trouville de Monet

Route enneigée à Trouville de Monet

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:26

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Il est à craindre aujourd'hui que le développement du numérique fasse perdre à l’art épistolaire l’importance qu’il avait jusqu'alors et qu'un pan de notre mémoire familiale et collective se voit réduit à quelques cartes postales rédigées à la hâte dans le même style télégraphique que les sms, aussi l'initiative de Shaun Usher de rassembler en une anthologie drôle, tragique ou incisive 125 lettres où se reflètent les joies, les drames et le quotidien d'inconnus comme des grands noms de ce monde, est à saluer avec enthousiasme. En effet, que serait la littérature sans les lettres de Madame de Sévigné, de George Sand, de Flaubert, de Proust ; n'est-ce pas un pan entier de notre histoire qui aurait disparu, sans compter les lettres retrouvées de nos poilus qui ont été le témoignage le plus authentique de la guerre de 14, nous donnant à toucher du doigt et du cœur ce que furent ces années d’héroïsme dans les tranchées ?

 

 

L’idée de Shaun Usher mérite sans nul doute attention et  intérêt, tant ce beau libre est une mine de découvertes surprenantes, sorte de livre-musée de la correspondance, illustrant son charme à l’ancienne au moment même où l’art épistolaire s’évanouit sous nos yeux. Oui, celui-ci est bien un art à part entière qui reflète la vie, la nôtre et celle des autres, au jour le jour, selon l’émotion du moment, l’amour, l’attente, les larmes, les ruptures, les retrouvailles. Tout nous est conté des choses sensibles, c’est-à-dire de ces faits quotidiens et intimes qui nous concernent. Au-travers des lettres choisies avec éclectisme, nous découvrons des documents concernant aussi bien Andy Warhol que les Rolling Stones, la reine Elisabeth II donnant une recette de cuisine à Eisenhower, mais oui ! celle des drop scones ; la réplique d’un esclave noir affranchi à son maître ; la lettre de Virginia Woolf, peu avant son suicide, faisant ses adieux à son époux ; un soldat de la guerre de Sécession – peut-être la lettre la plus émouvante – s’excusant auprès de sa femme et de ses fils de devoir mourir au combat ; une lettre de motivation inattendue de la part de Léonard de Vinci ; des conseils de Clémentine Churchill à son illustre époux ; une missive datant de 1666 écrite durant l’incendie de Londres par le maître de Poste James Hicks ; enfin un courrier du scientifique Francis Crick à son fils pour lui annoncer la découverte de l’ADN. Et, chose passionnante pour une graphologue, la plupart d’entre elles sont manuscrites, proposant à notre lecture non seulement un texte, mais les composantes du caractère du rédacteur en herbe ou en maturité ( n'y a-t-il pas un courrier de Fidel Castro, alors âgé de 14 ans, au président Franklin D. Roosevelt ! ), sa façon de se positionner sur le parchemin comme il le fait dans la société. Tracé épais qui dit l’attachement au monde dans ce qu’il a de plus concret ; tracé peu encré, aérien, qui suppose l’abstraction, l’importance de la fonction pensée.

 

 

Oui, ce recueil est un hommage au graphisme dans son élégance, sa spontanéité, ses élans, ses pudeurs, ses retenues, ses politesses ; également l’assurance d’émotions en direct depuis une tablette d’argile datant du XIVe siècle avant Jésus Christ jusqu’à aujourd’hui, suite de lignes tracées sur la pierre, le parchemin ou le simple papier, façon la plus probante de traverser le temps et d’être en prise avec les morts et les vivants de cette vieille histoire humaine qui est la nôtre.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Il est à craindre aujourd'hui que le développement du numérique fasse perdre à l’art épistolaire l’importance qu’il avait jusque alors et que tout un pan de notre mémoire familiale et collective se voit réduit à quelques cartes postales rédigées à la hâte dans un style aussi télégraphique que les sms, aussi l'initiative de Shaun Usher de rassembler en une anthologie drôle, tragique ou incisive 125 lettres où se reflètent les joies, les drames et le quotidien de l'inconnu comme des grands noms de ce monde, est à saluer avec enthousiasme. En effet, que serait la littérature sans les lettres de Madame de Sévigné, de George Sand, de Flaubert, de Proust ; n'est-ce pas un pan entier de notre histoire qui aurait disparu, sans compter les lettres retrouvées de nos poilus qui ont été le témoignage le plus authentique de la guerre de 14, nous donnant à toucher du doigt et du cœur ce que furent ces années d’héroïsme dans les tranchées ?
Au bonheur des lettres de Shaun Usher
Au bonheur des lettres de Shaun Usher
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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 10:10

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Cher Père Noël,

Je ne pensais pas t’écrire cette année tant l’abattement a réduit en miettes mon inspiration. Que dire, en effet, face à une actualité qui ne cesse de se dégrader, que demander lorsque les convictions sont mises à mal, et que solliciter lorsque, année après année,  nos souhaits restent à l’état de vœux pieux ? Rappelle-toi, cher Père Noël, en 2012, je te conseillais d’alléger ta hotte en renonçant à distribuer aux enfants et aux hommes des bonbons, chocolats, huîtres ou foie gras, les remplaçant par des denrées non périssables comme la bienveillance, le désintéressement, l’humilité, le discernement. En 2013, j’avais même eu l’audace de t’exhorter à te mettre en grève, afin que les terriens que nous sommes soient pour une fois à égalité devant leurs pantoufles vides, espérant que les enfants, et pourquoi pas les adultes, réapprennent, à la suite de cet avertissement de ta part, à jouer avec le vent, le voisin de palier, l’inconnu d’en face, s’obligeant, par la force des choses, à devenir plus raisonnables, plus coopératifs, en quelque sorte plus humains.

 

En cette avant-veille des fêtes 2014, le bilan est toujours aussi négatif. Aux guerres, au chômage, à la pauvreté galopante, aux injustices diverses, se sont ajoutées les catastrophes d’origine climatique dues au réchauffement de la planète et à l’inconséquence des hommes qui bétonnent à tout va, polluent sans se soucier des lendemains et de l’état dans lequel ils laisseront la terre aux générations à venir. Oui, le journal télévisé quotidien ne cesse de faire défiler devant nos yeux des tragédies sans fin. Les grands de ce monde sont devenus fous et la discorde règne partout, menaçant les plus faibles, aveuglant les plus forts, annulant leurs promesses chimériques.

 

Alors que faire, qui croire, cher Père Noël, en pareilles circonstances ? Toi qui œuvres depuis tant d’années pour apporter un soir par an une once de bonheur, un soupçon de joie, une aune de plaisir, n’es-tu pas à ton tour frappé de stupeur devant l’inconséquence humaine, la mégalomanie de quelques-uns, l’effroyable cruauté de certains autres et, parfois, les bras ne t’en tombent-ils pas devant la tâche épuisante qui t’attend pour tenter d’adoucir le sort de ces malheureux ? Je sais que tu feras ton boulot jusqu’au bout mais il est à craindre que la féerie qui t’entoure soit dorénavant plus marchande que poétique et n’est-ce pas la poésie qui t’a porté à bout de bras jusqu’à nos jours ? Aussi je redoute  fort que ton avenir ne se réduise à une peau de chagrin … comme les crèches que l’on s’emploie à supprimer, et que le chagrin des uns ne soit pas la consolation des autres.

  

Mais ne cédons pas au découragement et à la plume chagrine, ce serait faire fi de l’espérance, aussi cher Père Noël laisse parler ton cœur et fais en sorte que chacun reçoive en mesure de ses efforts ou de ses épreuves. Ce serait mettre à nouveau la réalité dans le bon sens. Et surtout ne charge pas trop ta hotte de portables, au lieu de rapprocher les hommes, ils les séparent et fatiguent leurs neurones. Alors sois prudent dans tes choix et ne te laisse pas abuser par la publicité consumériste …

 

ARMELLE

 

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:07

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TU ES BELLE A L'INTERIEUR DE TON COEUR


Ce  livre est d’abord, lorsque vous le prenez dans les mains et le feuilletez, un  bel objet : papier glacé, magnifiques illustrations composées des photos et des reproductions des dessins et toiles de l’auteur qui ne se contente pas d’écrire mais dessine et peint, artiste complète et sensible  qui sait percer les mystères du cœur humain. Après Madrid et Singapour où son mari était en poste, Véronique Desjonquères s’est retrouvée avec ses enfants à Bombay en 2010 lors de sa nouvelle affectation professionnelle, plongée soudainement dans une  mégapole où elle s’est installée  avec le projet immédiat de ne pas se contenter d’y  vivre en vase clos avec la colonie française, mais de s’ouvrir à une population très diverse, à un monde bruyant et coloré dont la découverte demande du temps, de la disponibilité et des nerfs d’acier.


«  Voir la beauté de Bombay ne va pas de soi. Cela nécessite d’aller au-delà d’un extérieur sale et repoussant. Où est la beauté des bidonvilles et des barres d’immeubles décrépits par la mousson et le manque d’entretien ? Qui n’a jamais perdu ses nerfs en raison d’une circulation souvent infernale ? Comment ne pas être révoltée par ces familles entières dormant sur le trottoir, par ces enfants marchant pieds nus dans les détritus,  forcés de faire la manche aux carrefours plutôt que d’aller à l’école ? Bombay est la ville de tous les contrastes : à la fois frustrante, déconcertante et fascinante, elle est aussi le lieu où la plus grande des richesses côtoie la plus dégradante des pauvretés » - écrit-elle en préambule et on imagine le désarroi, l’inquiétude des premières semaines lorsqu’il lui a fallu s’immerger dans cette ville tentaculaire, tenter de s’y adapter et surtout de communiquer avec une population aussi composite. C’est cependant ce qu’elle a su faire avec une intelligence qui a été à l’origine de l’ouvrage dans lequel on plonge avec émotion et que l’on dévore d’une traite tant les êtres, qui vous parlent, semblent proches, tant ils ont à dire et le font avec simplicité et  une dignité bouleversante. Qui sont-ils ces hommes et femmes de milieux divers, ces adolescents, ces enfants, ces vieillards qui se confient avec retenue et pudeur et  de façon si naturelle, sans que soit exclu de leurs propos, humour, tendresse et malice.


« Il a fallu dépasser mes peurs de déranger, d’être mal reçue. Mes interlocuteurs, choisis au hasard, au gré de mon inspiration, se sont souvent livrés avec gentillesse, se sont rendus disponibles pour répondre, n’hésitant pas à arrêter leur travail pendant plusieurs dizaines de minutes. Peut-être étaient-ils heureux qu’une étrangère s’intéresse à eux ? Parfois, mais rarement,  j’ai été rejetée. J’ai fait ici une des plus riches expériences humaines que j’ai connues, elle a contribué à donner un sens à ces quatre années vécues à Bombay » - avoue Véronique Desjonquères dès les premières pages de son livre.

 

Et de ces quatre années difficiles mais intenses, elle n’est pas ressortie indemne, elle ne s’est pas investie sans en être profondément changée, enrichie, fortifiée. Ces êtres approchés et écoutés ont su créer en elle un paysage intérieur, faire naître une sensibilité plus vive à l’autre, une écoute sans doute plus précise, une inspiration probablement plus humaine. Sa peinture s’en ressent : colorée, sensitive, vibrante. Ses interlocuteurs sont là non seulement dans les mots mais dans les images :  les Samy, les Manhar, les Kamal, les Shekar, le doux sourire de Ratan ou le beau visage de Nikita. Les enfants sont si confiants, les jeunes filles si gracieuses, malgré la pauvreté, le dénuement même. L’espérance ne faiblit pas, vigilante, comme une bougie qui donne aux visages leur clarté. Et ces hommes et  femmes nous content leur quotidien sans détours, dans l’intimité de leurs humbles masures, au travail ou sur les marchés, sans oublier de souligner leurs  espérances secrètes, la foi qui les anime et les aide à rester vertical. Ce livre a, entre autre pouvoir, de vous rendre proche un univers lointain, de vous conduire au cœur d’une réalité dure mais vraie, émouvante, courageuse et toujours sobre et digne. Quelle belle leçon de vie !  Merci à l’auteure d’avoir su consacrer ces quatre années à ce témoignage en mots et en images d’une vérité et d’une authenticité qui nous incitent à partager son expérience. 


« En décidant de faire ce livre au lendemain de mon arrivée en Inde, j’avais l’intuition et j’espérais qu’il m’aiderait à voir la beauté de Bombay. Par le témoignage de ces hommes et de ces femmes,  j’ai voulu traduire la diversité de la mégapole. J’ai abordé des quartiers proches que je côtoyais dans mon quotidien et des lieux touristiques plus connus. J’ai cherché à comprendre comment les gens vivaient, travaillaient, ce qu’ils ressentaient, quels étaient leurs rêves. Ces rencontres personnelles m’ont transformée de l’intérieur. »


 Nous aussi Véronique à vous lire…


 

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 08:37

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C’est le deux-centième anniversaire de la mort de Bernardin de Saint-Pierre, peut-être une raison suffisante pour lui rendre hommage en publiant cette chronique sur le roman qui l’a rendu célèbre à jamais. Mais, je confirme, ce texte n’est pas aussi insipide que certains se complaisent à le dire, il mérite bien une lecture que j’ai faite récemment et j’en suis ravi.


 

Paul et Virginie

Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737 – 1814)


 

Depuis très longtemps, j’avais envie de lire ce livre car je ne comprends pas très bien pourquoi on dit et écrit tant de choses désobligeantes sur ce roman dont le succès génère régulièrement des rééditions depuis plus de deux siècles. Il doit exister un petit brin de magie ramenant sans cesse de nouveaux lecteurs vers cet ouvrage qui raconte une histoire plutôt simple, romantique et très pathétique.

 

Dans la seconde moitié du XVIIIe  siècle, à Maurice, l’Ile de France à l’époque, une jeune veuve enceinte trouve refuge avec son esclave noire dans les montagnes avoisinantes de Port Louis où elle rencontre une jeune femme, mère d’un petit Paul, qui vit là aussi avec son esclave. Bientôt cette veuve met au monde une petite Virginie et les deux familles vivent alors en parfaite osmose une existence largement inspirée des thèses de Jean Jacques Rousseau, ami de l’auteur. Une vie simple, pieuse, laborieuse et vertueuse, en harmonie avec la nature et le voisinage. Les enfants sont élevés selon des principes que l’Emile de Jean Jacques Rousseau n’aurait certainement pas reniés. « Jamais les leçons d’une triste morale ne les avaient remplis d’ennui». « On ne les avait jamais effrayés en leur disant que Dieu réserve des punitions terribles aux enfants ingrats ».

 

Cette vie de vertu et de dénuement matériel mais de grande richesse affective et sentimentale ne dure pas très longtemps, bientôt ces deux familles sont confrontées à la violence et aux vices de la société européenne par l’entremise d’une tante riche et mauvaise qui veut faire le bonheur de sa petite-nièce malgré elle. C’est le grain de sable qui vient perturber la belle mécanique amoureuse qui s’était mise en marche entre les deux adolescents, et transforme cette  histoire d’amour en une Love story des temps modernes aussi pathétique que celle d’Erich Segal.

 

Les histoires d’amour tragiques séduisent souvent un large public mais ce livre, même s’il est un peu naïf et candide, pathétique et plein de bons sentiments, a une autre dimension, il prône un modèle de société idéal, certainement inaccessible, mais porteur de valeurs qui pourraient grandement améliorer la vie sur terre si elles étaient mises en pratique, en Europe notamment mère de tous les vices. C’est une véritable leçon de morale et d’éducation que l’auteur dispense aux lecteurs en s’appuyant sur les théories de Jean-Jacques Rousseau mais c’est aussi, en creux, une critique à peine voilée de tout ce qu’entreprennent et manigancent ceux qui détiennent les pouvoirs politiques, économiques, religieux … On sent nettement sous la plume de cet érudit une grosse pointe d’aigreur personnelle, on dirait qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait et qu’il en rend responsables ses semblables qui ont oublié les sacro-saints principes du maître de l’Emile.

 

Il ne faut surtout pas nier que Bernardin de Saint Pierre est un excellent homme de plume, son écriture est riche, fluide, parfois recherchée et il maîtrise son roman de bout en bout et, même si son histoire peut paraître mièvre, elle comporte aussi des élans d’héroïsme stoïque face à la mort : « j’ai été trouvée fidèle aux lois de la nature, de l’amour, et de la vertu. J’ai traversé les mers  pour obéir à mes parents ; j’ai renoncé aux richesses pour conserver ma foi : et j’ai mieux aimé perdre la vie que de violer la pudeur ». Le testament de Virginie pourrait être aussi celui de l’auteur, le message qu’il voulait nous laisser… mais aussi la vie qu’il a menée parce qu’il n’a pas réussi à faire fortune ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 11:27

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Un projet longtemps ajourné, comme le sera plus tard un voyage à Venise, va poursuivre l’adolescent qui, après les eaux claires de son enfance, aspire à celles violentes et sauvages des océans. La mer est un élément que l’on peut qualifier d’inhumain dans la mesure où il ne sert pas directement l’homme. « Le goût de la mer  - écrit Swinburne,  le baiser des flots sont amers ». C’est probablement une perversion de la nature qui a salé les océans remarque Gaston Bachelard, car le sel entrave une rêverie de la douceur. Nous sommes loin des eaux maternelles comparées par le poète à un lait intarissable. Affronter la mer est une lutte en soi. Les héros des romans de mer reviennent toujours de loin, ce sont des êtres sans rivages plongés dans l’inconnu d’un au-delà sans frontières. L’eau violente est un schème de vitalité et de courage et commander aux flots tient, soit de la volonté du génie qui ne veut se mesurer qu’à l’extrême, soit de la volonté de l’enfant qui ne vit pas encore dans la dépendance de la raison et se plaît à envisager l’impossible. Chez Proust, l’enfant et le génie ne cesseront de cohabiter, l’écrivain étant de ceux qui refont sans cesse leur enfance, car elle est le temps privilégié des découvertes et des émerveillements et que le poète, qui ne sait plus s’émerveiller, ne sait plus écrire. Certes Proust n’est pas un sportif, il n’ambitionne pas de traverser l’Atlantique, pas même la Manche, ni de s’engager dans un voyage autre que celui au long cours de sa vie intérieure – on sait que le moindre changement d’habitude le laissait désemparé – mais la mer n’en est pas moins une séductrice. Son spectacle suscitera en lui des émotions puissantes et sa contemplation, durant les séjours  prolongés qu’il fera régulièrement dans ce Balbec qui englobe, tout à la fois, Trouville, Cabourg et l’ensemble des stations de la Côte Fleurie, ne manquera pas d’amplifier son propos, de donner à sa prose le goût relevé du sel et de l’embrun.

 

 

« La mer est pleine de griffes » écrivait Victor Hugo dans « Les travailleurs de la mer » ; c’est pour cette raison que, tel un fabuleux animal, elle se prête à symboliser ce qui a trait à la furie et à la rage. On dit d’elle qu’elle gronde et rugit, aussi les métaphores de la mer furieuse sont-elles plus nombreuses que celles de la mer placide. Proust, devenu un jeune adulte, éprouvait sans doute le besoin de la présence d’un élément fort, d’un environnement moins bucolique, moins champêtre que l’univers de prairies et de vallons qui avait prévalu durant ses jeunes années. Sa tante Elisabeth étant morte et son père ne s’étant jamais décidé à acquérir une maison dans son bourg natal, il n’avait plus l’occasion de revenir à Illiers que l’on jugeait par ailleurs, à cause des pollens qui se dégageaient des nombreuses essences d’arbres, déconseillé pour son asthme. Le Combray de son enfance s’était à jamais cristallisé dans sa mémoire avec ses rivières, ses nymphéas, ses saules, ses châteaux, ses aubépines et ses deux côtés, comme deux pays rivaux qui se contemplent de loin, de part et d’autre du barrage des eaux, et où, dans l’un des deux vivait, à jamais captive de son destin, la tendre figure de Geneviève de Brabant. Marcher contre le vent et non loin de la mer est une image d’action valorisante qui a souvent été utilisée en littérature, illustrant un combat sans défaite. C’est la devise du marcheur intrépide que rien ne décourage et qui se courbe en avant pour offrir plus de résistance aux brusques rafales. « Dynamiquement le marcheur dans le vent est l’inverse du roseau », souligne Gaston Bachelard. Nul doute que le promeneur drapé dans la tempête n’arbore un profil victorieux : la victoire du lutteur contre les éléments. Nietzsche, auquel n’échappaient pas ces analogies, disait que le rythme énergique de Zarathoustra était dû à sa vie en plein vent sur les sommets.

 

 

Proust est à ce moment de la sienne (il a passé le cap des vingt ans) où il lui faut s’affirmer, non seulement vis-à-vis de sa famille, mais plus particulièrement de son frère, de deux ans son cadet, qui mène sa vie d’étudiant au pas de charge et à vingt et un ans prépare son internat. Aussi l’aîné fait-il pâle figure, n’ayant à proposer que des aspirations. Il a bien suivi des cours à la faculté et à la Sorbonne, obtenu une licence de droit et une licence ès lettres, il est entré à Sciences Po mais en est sorti sans diplôme et n’a malheureusement aucun projet capable de rassurer un père au sommet de sa carrière, professeur à la faculté de médecine, inspecteur général des services sanitaires, médecin honoraire de l’Hôtel-Dieu, membre de l’Académie de médecine et Commandeur de la Légion d’honneur. Ce ne sont pas les quelques articles qu’il publie dans la mince revue Le Mensuel et, par la suite, Le Banquet, dont la plupart ont le tour ampoulé d’une demi-parodie et où, pour les besoins de ses lecteurs, il se transforme en chroniqueur mondain, échotier, polémiste, qui sont en mesure de rassurer  les siens sur ses chances d’avenir. La mer aura-t-elle le pouvoir de fouetter cette indolence, de renouveler son inspiration et de le mettre en présence du thème puissant auquel il aspire ? Malheureusement la tempête ne sera pas au rendez-vous, remplacée par l’apparition d’un groupe de jeunes filles dans les tons d’aquarelle d’une calme matinée estivale. L’une d’elle sera l’incomparable Albertine, dont les amours avec le narrateur vont occuper plusieurs volumes de l’œuvre. Une telle passion, traversée de bourrasques, meurtrie de jalousie, qui s’achèvera dans la mort, ne pouvait prendre naissance qu’en ce lieu, au bord d’une plage que la marée basse transforme « en un vaste cirque éblouissant », là où la mer ourle indéfiniment ses vagues, comme si la jeune fille naissait, telle Vénus de l’océan, et tenait de cette parenté marine sa fausse douceur et son indomptable sauvagerie.

 

« L’être qui sort de l’eau est un reflet qui, peu à peu, se matérialise ; il est une image avant d’être un être, un désir avant d’être une image » - écrit Gaston Bachelard. Dans le monde imaginaire, les êtres nus sortent toujours d’un océan. C’est la déesse des eaux, ce sont les innombrables naïades et nymphes qui encombrent une littérature souvent factice. Il semble que ce qui se reflète dans l’eau porte une empreinte féminine. Le cygne n’est-il pas, par excellence, l’ersatz de la femme nue qui s’identifie au désir, et le chant du cygne l’ode de la mort amoureuse ? « Or il n’y a qu’un seul désir, souligne encore Gaston Bachelard, qui chante en mourant et qui meure en chantant, c’est le désir sexuel ». Le cygne allie donc le mythe tragique de la femme inaccessible et du désir à son point culminant. Cela n’a pas échappé à Proust qui a féminisé la mer au point de prêter à ses jeunes filles en fleurs, aperçues la première fois au bout de la digue de Balbec, comme un vol de mouettes, « un flottement harmonieux », une beauté « fluide, collective et mobile ».

 

Alors que la Vivonne et les étangs de Combray avaient symbolisé le monde réfléchi par les eaux comme la vie peut l'être par l'imaginaire, eaux réflectantes qui transposent et transfigurent, frontières idéales qui délimitent mais peuvent, à l'occasion, absorber les lieux de mémoire, la mer, dont on va entendre le ressac tout au long de "A l'ombre des jeunes filles en fleurs" et des tomes suivants jusqu'au "Temps retrouvé", exprime ce qui, en chacun de nous, ne cesse de recommencer, de continûment naître et mourir, diversité des moi qui se succèdent, nous décomposent et nous recomposent. La pluralité de l'homme est confondante, d'autant plus aux heures de sa vie d'adulte, lorsqu'il est confronté à ses amours, à ses oeuvres, à ses deuils.


Mieux que le spectacle d'une tempête, c'est davantage la mer au quotidien qui ensorcelle l'écrivain, ses lumières, ses humeurs, ses frémissements qui s'accordent avec les sentiments d'amour qu'Albertine fait bientôt naître en lui et l'émotion que produisent invariablement les peintures marines d'Elstir. Celui-ci goûtait à ce point la profondeur de l'élément, qu'il rapportait sur ses toiles son imperceptible reflux et ses métamorphoses, lorsqu'il arrivait, certains jours de chaleur, que la mer atteigne un état presque gazeux. A la recherche du temps perdu s'ajoute inlassablement la quête des  moi égarés, l'aspiration à une impossible unité. L'homme, victime des intermittences du coeur, parvient difficilement à s'accorder avec lui-même. Aux vicissitudes infligées par le temps s'ajoute la discontinuité que lui font subir les oscillations de sa sensibilité, si bien que la conclusion, à laquelle l'écrivain aboutit, est que notre être se disperse et se désagrège sans cesse et qu'il ne parvient à refaire son unité que dans l'oeuvre d'art, seule en mesure de reconstituer les innombrables morceaux du puzzle où la réalité s'est plu à le disperser. En cela, Proust est assez proche de la formule émise par Rimbaud : "Je est un autre". La mer qu'il contemple des Frémonts et de l'hôtel des Roches Noires à Trouville, puis celle qu'il contemplera au Grand Hôtel de Cabourg quelques années plus tard, lui parait d'autant plus surprenante que son apparente unité est un leurre :

" Mais avant tout j'avais ouvert mes rideaux dans l'impatience de savoir qu'elle était la Mer qui jouait ce matin-là au bord du rivage, comme une Néréïde. Car chacune de ces Mers ne restait jamais plus qu'un jour. Le lendemain il y en avait une autre qui parfois lui ressemblait. Mais je ne vis jamais deux fois la même." - écrit-il dans "Les jeunes filles en fleurs".

 

 

La mer est ainsi tout à la fois l’être de fuite qui le captive et la conscience insaisissable qui le désespère. Qui suis-je ? se demande-t-il encore à travers les centaines de pages de La Recherche. Elstir, que le narrateur va visiter dans son atelier de Balbec, est – comme la plupart de ses personnages – un amalgame de plusieurs peintres qu’il eût l’occasion de rencontrer et dont il connaissait les œuvres. Monet, bien sûr, dont il admirait les toiles dans les salons qu’il fréquentait et auquel il fut présenté par Madeleine Lemaire lors d’un séjour qu’il fît chez elle à Dieppe avec Reynaldo Hahn ; Whistler, probablement ; mais sur le plan strictement humain, Elstir ressemble davantage à Paul César Helleu qu’il croisa souvent sur la côte normande et dont il fut l’intime.

 

Le peintre Elstir avec le musicien Vinteuil et l’écrivain Bergotte composent ainsi le trio artistique de La Recherche. Le narrateur les a connus plus ou moins intimement, mais la contemplation de leurs œuvres lui ont permis de toucher à leur humanité profonde et de voir comment, avec des ressemblances voulues et des différences apparentes, ils se sont inscrits dans une continuité tout en cultivant leur style et en nous ouvrant aux vérités éternelles. Et puis ces artistes donnent à l’auteur l’occasion de parler de l’art, de leur attribuer des propos qui sont les siens, dans sa façon d’envisager la création artistique, de la pratiquer et d’alimenter, avec le constant souci de substituer à la vie courante cette autre vie qui est la révélation de la « vraie vie ». La démarche de certains peintres vers l’abstraction prouve que cette idée ne resta pas sans écho. En quelque sorte construire, à partir de morceaux séparés et d’ajouts, un flux incessant qui ouvre sur l’infini, ainsi que l’avaient pressenti des Beethoven, Wagner, Dostoïevski, Vermeer, Baudelaire. Il fallait faire en sorte de briser le cercle tragique de l’enfermement dans le temps, dont des écrivains comme Flaubert et Balzac ne surent se délivrer. Aussi Proust voyait-il dans l’expérience des impressionnistes une tentative similaire à la sienne, qui leur faisait rompre l’unité de lieu là où il brisait l’unité de temps, comme s’ils répondaient tous à l’appel fameux de Victor Hugo : « L’art, c’est la pensée humaine qui va brisant toute chaîne ». Ainsi fait-il d’Elstir un curieux Socrate, sensé lui apprendre à se connaître lui-même, à se délivrer des limites du réel, à différencier le « ce que nous savons » du «ce que nous sentons» et à dissoudre cet agrégat de raisonnements que nous appelons vision. Par sa bouche sont proférées quelques-unes des vérités qui tiennent le plus au cœur de l’écrivain, véritable profession de foi qui donne à Elstir une épaisseur incontestable dans l’ensemble du roman.

 

Ce que nous apprend le peintre où, plutôt, ce que nous apprend Proust par la voix d’Elstir est que l’art met en lumière certaines lois et que chaque artiste est tenu à recommencer sans fin et, pour son compte, un effort individuel afin de séparer le vrai réel du faux vrai. L’une des métaphores, qu’il se plaisait à utiliser pour que ce qui n’était que faussement réel devienne réellement vrai, était justement celle qui, comparant la terre à la mer dans ces marines, supprimait entre elles toute démarcation et c’était cette comparaison, tacitement et inlassablement répétée dans une même toile, qui y introduisait « une multiforme et puissante unité », si bien que l’on voyait soudain surgir, comme une flottille, les églises de Criquebec dans un poudroiement de soleil et la ceinture d’un arc-en-ciel comme un tableau irréel et mystique. Ne faut-il pas que l’artiste se fasse sans cesse « passeur de muraille » ou mieux créateur d’un nouveau monde pour que le mot mort n’ait plus de sens pour lui ?

 

L’essentiel  pour un artiste n’est pas de se contenter d’un acquis mais de tendre toujours vers autre chose, d’où la révolution que ces créateurs ont eu le mérite d’opérer en nous démontrant de la façon la plus juste et la plus sensible que les révélations de l’intuition peuvent avoir plus d’importance que les conquêtes de l’intelligence.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Extraits de mon essai « Proust et le miroir des eaux »

 

Pour consulter l'article consacré à la présentation de mon ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Le thème de l'eau dans la Recherche du temps perdu

 

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Proust et les eaux familiales

 

Proust et les eaux frontalières - les deux côtés de La Recherche

 

Marcel Proust ou les eaux troubles

 

Proust et les eaux réfléchissantes

 

 

 

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