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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 07:52
La Rinascente d'Edmée de Xhavée

Je l’avoue, j’ai refermé ce livre avec nostalgie, tant l’auteur sait nous rendre proche les personnages de ses huit nouvelles écrites d’une plume délicate et précise, avec l’œil aiguisé de quelqu’un qui connait bien le cœur humain, particulièrement celui des femmes, et nous emmène à sa suite dans des pans d’existence qui tour à tour se parent d’incertitudes, de refoulements, de surprises, de nostalgie ou de rancœur. Chacun de ces courts textes est un roman à lui seul, une vie en raccourci saisie sur le vif avec un suspense qui accélère habilement notre lecture. Tous ont leurs perspectives, leurs mystères, leurs inquiétudes, tous nous dévoilent des secrets inattendus, des caractères forts ou fragiles, des ambitions refoulées ou affirmées, des tensions soudaines, d’autant que le charme de l’écriture contribue à créer mieux qu’un décor, une atmosphère.

 

Edmée de Xhavée a une jolie plume, elle sait attacher de l’importance à de menus détails qui confèrent à ses nouvelles un indiscutable envoûtement. Les objets, qu’elle pose ici et là, ont bien entendu une âme et sont décrits de façon subtile afin de mieux situer l’action et les personnages, à les arrimer dans une actualité, à les environner de manière à ce que le livre devienne également un tableau, que le lecteur voit surgir des images qui se placent à la fois dans le mouvement et dans le temps.

 

Chacun aura sa préférence pour l’un ou l’autre des récits qui tous les huit sollicitent notre imagination et notre sensibilité et ouvrent une fenêtre ou une porte sur un devenir. Le décor immédiatement planté, on entre de plein pied dans ces moments de vie, dans ces amours perdus ou retrouvés, ces sentiments floués, ces belles énigmes du passé qui resurgissent comme pour justifier une actualité poreuse. Que d’amours en suspens, que de joies remémorées dans le silence d’une solitude, que de chemins parcourus avant qu’une rencontre fasse basculer un doute, engendre un renoncement, que de visages doucement flétris par l’usure des jours, enfin que d’espérance mise au tombeau ou ressuscitée de façon soudaine et émouvante.

 

J’avoue avoir eu un coup de cœur particulier pour une merveilleuse nouvelle titrée « Louve story » qui se conte à deux voix, celle de l’ancêtre Octavie et de la contemporaine Louvise, deux jeunes femmes pénétrées par la fatalité d’amours irrévocables où le temps remonté justifie le temps présent et en légitime le sens. Un conte davantage qu’une histoire où le parfum des sous-bois vous prend au cœur et à la gorge quand l’air se charge "de l’odeur des graminées et des troncs chauds." 

 

 

Une autre m’a plue infiniment aussi « La sonate à Malgorzate » où Dacha tente de se persuader qu’elle est la petite fille de … On se promène de Saint-Pétersbourg à Kiev durant les affrontements de la guerre de 14/18 et de la Révolution russe. Et puis il y a le phrasé du piano en filigrane qui occulte les atrocités des combats. Une histoire en pointillé qui redistribue les cartes d’un destin. Oui, Edmée de Xhavée nous propose avec « La Rinascente » peut être son plus beau livre, celui le plus chargé de poésie, de fulgurances, jusqu’à ce tombeau où l’on sait bien que l’amour, comme la vie, n’est là qu’en état d’attente.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer  ICI

 

Et pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées aux ouvrages d'Edmée, cliquer sur leurs titres :

 

Lovebirds       Villa Philadelphie     Les promesses de demain  

Journal d'une verviétoise des boulevards

 

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La Rinascente d'Edmée de Xhavée
La Rinascente d'Edmée de Xhavée
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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 10:01
Ma vie palpitante de KIM Ae-ran

Encore une perle dégotée dans le foisonnement de la littérature coréenne, une histoire émouvante, l’histoire d’un gamin atteint de la maladie qui fait vieillir trop vite. Pathétique mais jamais larmoyant.

 

 

Ma vie palpitante

    Kim Ae-ran (1980 - ….

 

)

« Mes parents avaient seize ans quand ils m’ont eu.

J’ai eu seize ans cette année.

Je ne sais si je vivrai jusqu’à mes dix-huit ans ».

 

Dès les trois premières lignes du prologue, l’histoire est racontée et pourtant l’auteure a beaucoup de choses à dire sur ce sujet qui effraie tellement qu’on n’ose généralement pas le traiter : la maladie qui fait vieillir trop vite. Le gamin, qui raconte cette histoire terrifiante, n’a que seize ans mais il en parait quatre-vingt avec toutes les conséquences accompagnant habituellement la vieillesse : la maladie, le handicap, la faiblesse, la fragilité, le déclin des sens…

 

C’est donc Aerum qui conte l’histoire de ses parents, leur rencontre alors qu’ils sont très jeunes, la grossesse qui en découle, la décision de garder l’enfant, sa naissance, la découverte de la maladie, l’acceptation, la douleur, le découragement, l’accompagnement… L’enfant explique aussi sa maladie, vue de l’intérieur, avec ce qu’il doit subir sans jamais gémir ni larmoyer, seulement en attrapant des mots pour les mettre dans la perspective de ce qu’il subit, cela avant qu’il ne soit trop tard car le temps coule vite dans le sablier de sa vie. Dans ce contexte extrêmement douloureux, l’auteure met beaucoup de douceur, beaucoup de délicatesse, de  poésie, mais pas de révolte, pas de violence, pas de désespoir, seulement du courage et de la résignation. Elle observe que : « Face à la maladie, les gens réagissent souvent par le déni, la colère ou la tristesse ».

 

En plaçant le récit dans la bouche du malade, l’auteure peut lui faire dire que la maladie ne le dispense pas de vivre et de vivre chaque jour avec intensité, que la vie est un cadeau qu’il faut d’autant plus apprécier qu’on risque de n’en disposer que peu de temps. L’enfant ne regrette qu’une seule chose : ne pas être comme les autres. « Je voulais vraiment devenir aussi lamentable qu’eux, commettre les mêmes erreurs, nourrir les mêmes fantasmes. J’espérais leur ressembler ». Elle nous offre aussi un regard distancié sur la famille, le passage à l’âge adulte qui préoccupe beaucoup l’enfant, l’amour conjugal, l’amour filial, la procréation, le respect de la vie, l’acceptation du sort et la mort et son approche.

 

Cette étrange maladie est aussi l’occasion de poser le problème de l’âge qui n’est pas seulement lié au temps qui passe mais aussi à la façon dont nous effaçons le temps qui nous est dévolu. Aerum parait bien vite plus vieux que le père qui a fécondé sa mère et le vieux Jang, le voisin préféré de l’enfant, semble lui aussi plus vieux que son père et pourtant, il ne souffre d’aucune maladie.

 

Ceux qui souffrent, vivent la maladie dans leur chair mais ils la vivent aussi dans le regard et le comportement de ceux qui les entourent. Aerum cherche à faire comprendre à ses parents que sa maladie ne saurait en rien être le résultat de leur relation adultérine alors qu’ils étaient encore trop jeunes pour s’adonner à de telles pratiques. Un acte de résilience fort qui plane au-dessus de ce récit où les tensions sont toujours contenues même quand elles sont très violentes. L’enfant ne demande qu’une chose : « Je ne veux pas de sa pitié, j’ai ma fierté ».

 

Cet ouvrage est aussi l’occasion de mettre en cause la société actuelle fondée sur des innovations technologiques et des moeurs souvent virtuelles : la télé-réalité, les réseaux sociaux, Internet, les jeux vidéo … qui n’apportent souvent que complication et inconvénients supplémentaires, ils ne remplaceront jamais les livres et les rêves qui nourrissent, ni l’amour et l’amitié, les meilleurs remèdes contre la maladie et les meilleurs compagnons à l’approche de la mort.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ma vie palpitante de KIM Ae-ran
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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 09:26
Une jeune peintre nous raconte Hong kong

Je vous avais parlé, il y a de cela quelque temps, dans un article "Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé" ( pour lire l'article cliquer  ICI )  ainsi que de son ouvrage  "Beautiful because of your heart" pour lire l'article : cliquer LA ) de cette jeune artiste, écrivain et peintre, qui nous avait raconté, grâce à sa plume et à ses pinceaux, Bombay, ville dont elle avait su saisir la vie cachée, intime, les visages multiples, l'urbanité colorée et trépidante, la pauvreté digne et fière et qui, aujourd'hui, accompagnant son mari dans sa nouvelle affectation professionnelle, nous raconte Hong Kong en images. Cette mégalopole internationale ultra moderne, formée par une multitude d'îlots, l'île de Hongkong et la presqu'île de Kowloon, cité la plus anglaise des villes chinoises n'en reste pas moins un centre touristique très apprécié des visiteurs, surnommée "La perle de l'Orient" grâce à ses vestiges culturels, à ses plages et au mélange audacieux d'une architecture ultra moderne et d'avant-garde. Au milieu de cette forêt de buildings, l'ancien et l'authentique n'ont pas été totalement oubliés ou sacrifiés, ainsi les marchés populaires, les parcs à la végétation subtropicale et les maisons sur pilotis des îles nombreuses où les derniers sampans résistent encore. Cette métropole gigantesque, à la mixité incroyable, a inspiré à nouveau Véronique Desjonquères qui prépare une exposition avec une amie sculptrice et nous présente un ensemble de toiles d'une beauté évidente parce qu'elle sait retenir de la vie la part essentielle, les beautés secrètes et voilées, les paysages pittoresques chargés de mémoire, qu'elle nous invite à cette contemplation tendre où le silence se fait complice de la noblesse des êtres et des choses. Mais je la laisse vous  conter son parcours qui est, à l'évidence, celui d'une femme sensible et d'une artiste :

 

"Après 8 années passées comme avocat dans un cabinet anglais, notre départ en expatriation en 1998 m’a donné l’occasion de réorienter mes activités professionnelles. Le dessin et les langues ont toujours été ma passion. J'aime la couleur, l'harmonie colorée. La peinture me remplit de joie et m'apaise. Mes parents n'ont pas cherché à valoriser cette passion mais m'avaient inscrite tôt à des cours de piano. Je pouvais y exprimer ma sensibilité.

 

Bien des années après, la peinture m'a rejointe. Je suivis mon mari avec nos 4 puis 5 enfants, en expatriation à Singapour et Madrid. En même temps que les langues, je reprenais mes cours de peinture dans ces deux pays. A Singapour, j’ai été émerveillée par les voyages, l’exotisme, les visages, la lumière sur la végétation luxuriante, l’énergie… Mon séjour à Madrid fut une révélation. J'adorais la luminosité, la vie, la fête, les contrastes, les vieilles dans les régions rurales, les patios, les jeux de lumière sur des objets simples évoquant la chaleur du climat. Quitter l’Espagne fut un arrachement à ce pays que j'aimais tant mais aussi la prise de conscience que la peinture était une passion depuis toujours et que je voulais en faire ma nouvelle carrière professionnelle.

 

En 2010, nous avons cédé à nouveau aux sirènes de l'expatriation. Cette fois, la destination était Bombay en Inde: adaptation difficile, douloureuse dans cette ville de contrastes mais source d’émotions fortes et de création: les femmes dans les  bidonvilles, leurs enfants, les couleurs, la pauvreté, la richesse... Les sens y sont en éveil permanent. Tout de suite, j’ai eu la volonté de raconter Bombay, la ville, les gens, les slums, la vie. Je suis partie à la rencontre des habitants avec une interprète. Ils se sont livrés à moi, m’ont raconté leur vie, leurs désirs, leurs peurs, leurs joies, leurs malheurs, leurs enfants, leurs rêves… Ils se sont laissés photographier; je les ai peints. Il en est résulté un livre intitulé  "Beautiful because of your heart"- Rencontres avec Bombay 2010-2013.”

 

Ma peinture, ce sont des personnages et des lieux de vie. Un de mes tableaux préférés représente le plus grand bidonville de Bombay, Dharavi. Énergie, vitalité, transparence, vérité, humanité, ouverture aux autres, empathie, fidélité, communication, confiance, voici les mots que je veux traduire dans ma peinture. Les personnages que je peins ou que je photographie sont les "petits" de ce monde, les vieillards, les femmes et les enfants, en Inde les plus démunis. Je suis touchée par leurs visages marqués d'histoire, les liens qui les unissent, leurs regards, leurs attitudes, leur pauvreté, la beauté qui émane d’eux malgré la dureté de leur vie, le beau au-delà de la laideur, de la pauvreté, de la saleté, de l'injustice, des conditions de vie. Les matières traduisent l'émotion. J’ai peint Dharavi sur une planche de bois. Les toiles plastiques dont ils revêtent les toits de leurs cahutes et des morceaux de carton sont collés et peints. L’huile appliquée au couteau traduit l’énergie et la violence des lieux. Les harmonies colorées reflètent le tourment. L’Inde n’est pas le pays de la “non violence”. Dharavi, où vivent des centaines de milliers d’Indiens, est l’endroit où leur rêve de prospérité se développe ou s’éteint.

 

Aujourd’hui à Hong Kong, ma nouvelle ville d’expatriation, j’aimerais que là et encore ailleurs, ma peinture continue de traduire la vie; que mon expression artistique touche les gens, les fasse accéder au divin en eux. Qu’elle n’ait de cesse de transcender le petit, le laid pour montrer la beauté de la création et la grandeur de l’homme. Qu’elle capture la vie, partout où elle est, la laisse jaillir, parfois au-delà de la mort. A Hong Kong, il m’a fallu du temps pour retrouver l’inspiration. Progressivement, j’ai découvert les endroits insolites et inattendus, les ruelles sales et obscures de Hong Kong, les villages de pêcheurs, le reflet du soleil sur les immeubles et sur l’eau…"

 
 
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Véronique Desjonquères

Véronique Desjonquères

Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:02
La petite gamberge de Robert Giraud

Une balade truculente dans le Paris de l’après-guerre avec une petite bande de malfrats pas très doués, un retour dans une littérature démodée mais toujours aussi jouissive.

 

 

La petite gamberge

Robert Giraud (1921 – 1997)

 

Encore un ouvrage tiré du cimetière des livres oubliés par le Dilettante, encore une balade dans les rues de la capitale, une croisière dans les rades de la Rive Gauche à la Bastille, de la Moufte à la Rambute, un livre comme je les affectionne, une verve qui rappelle Blondin, Audiard, Fallet et quelques autres encore, un roman de Robert Giraud publié en 1961. L’histoire d’une bande de petits truands aux maigres ambitions, trop émotifs pour supporter l’alcool que ses membres ingurgitent, le venin qui glisse dans la mécanique de leur amitié, le grain de sable qui va remettre en cause leur belle assurance et leur avenir insouciant.

 

Comme l’écrit le préfacier, Olivier Bailly soi-même, biographe de l’auteur : « La Petite Gamberge est un éloge de l’errance. Bob (pseudonyme de Robert Giraud) peint ses personnages avec tendresse. Il les regarde évoluer, échouer lamentablement dans leur entreprise. Mais, il ne les juge jamais ». « Pour une équipe, c’était une belle équipe. Oui, de première, cinq bons gorilles, tous bien potes, qui s’occupaient ensemble et ne se quittaient jamais. Dans le milieu ils n’étaient que de vulgaires voleurs de lapins, mais parmi leur entourage à eux, ils étaient quelqu’un ». Un roman qui commence comme ça, je ne peux pas le lâcher facilement, j’ai envie de savoir qui sont ces petits malfrats et comment ils vont se prendre les pieds dans le tapis des combines mal ficelées.

 

A la Vieille Treille, rue Mouffetard, autour de la table qui leur était réservée dès la fin de la matinée, il y avait là Bouboule, le boss, celui qui dégotait et combinait les bons coups, ceux qui devaient les rendre riches à jamais ; le Manchot qui n’avait pas perdu son bras à la guerre comme il le racontait mais qui savait causer aux serrures les plus récalcitrantes ; Roger-perd-son-froc, toujours fagoté comme l’as de pique avec le bénard en berne ; la Douleur avec son air miséreux et pleurnichard mais aussi avec sa camionnette si précieuse pour le transport des marchandises ; enfin Pierrot la Tenaille, le petit jeunot, celui par qui la poisse a dégouliné sur la bande.

 

Bouboule a monté le plus beau coup de la bande, tout a fonctionné comme prévu, La Douleur a planqué la marchandise nul ne sait où, la petite bande festoie et attend le moment opportun pour liquider les trophées. Mais, les poulets pistent Roger, personne ne croit au hasard, les soupçons naissent, épaississent, se focalisent, accouchent d’une certitude, le drame se noue, la tragédie est jouée.

 

Giraud a écrit l’histoire de l’une de ces petites bandes de truands qui hantaient les bistrots de certains quartiers parisiens, des pauvres gars issus de la guerre sans y avoir brillé, les poches vides, à la marge, pas encore à la cloche, mais pas très éloignés tout de même. Cette classe sociale haute en couleur, forte en gueule, qui a fait le bonheur de quelques écrivains et de certains metteurs en scène.

 

Comme Modiano, « Le Dilettante » prend plaisir à balader ses lecteurs dans les vieux quartiers de Paris, dans ses bouges et ses rades, dans les pas des gens simples et souvent démunis, dans des textes de Mérindol, Calet et autres... Bouboule aurait pu croiser Monsieur Jadis entre le Bar Bac et la Vieille Treille et Robert Giraud a certainement partagé un gorgeon, et même plusieurs, avec Antoine Blondin et sa bande d’assoiffés.

Denis Billamboz

 

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La petite gamberge de Robert Giraud
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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 08:15
Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

Ceux qui aiment Saint-Pétersbourg ou rêvent de s’y rendre un jour se doivent de se procurer ce merveilleux dictionnaire amoureux qui leur révélera, à la suite de chapitres éclairants, l’histoire de la ville, ses beautés cachées, les événements qui ont marqué son existence depuis qu’elle a été édifiée par Pierre le Grand au tout début du XVIIe siècle. « Tsar génial, cruel, tendre et sauvage » - nous dit l’auteur Vladimir Fédorovski, « dont l’imagination et la volonté ont transformé son pays en empire et fait jaillir sa nouvelle capitale des marécages en 1703. » En fondant Saint-Pétersbourg, ce Romanov donnait sa réponse à cette question essentielle : d’où vient la Russie et vers quoi veut-elle aller ? En offrant à son immense pays cette ville miraculeuse, il faisait entrer la beauté, la culture au bord du golfe de Finlande ouvert sur les vents de la Baltique, cette mer qui avait vu à de nombreuses reprises la marine du roi de Suède affronter celle des tsars russes. Pays où les femmes ont tenu des rôles éminents, bâtisseuses comme le furent l'impératrice Elisabeth, fille de Pierre le Grand, ou Catherine II qui contribuèrent grandement à parachever l’œuvre entreprise et parèrent Saint-Pétersbourg et ses environs de palais fabuleux dont le Palais d’Hiver et celui de Tsarkoïe Selo, œuvres de l’italien Francesco Rastrelli « qui inventa son propre style, associant dans une heureuse symbiose des composantes à première vue incompatibles en alliant le rococo autrichien, le goût décoratif à la française et la tradition russe inspirée des églises de Novgorod ». Et cette alliance produisit un décor d’une splendeur à couper le souffle, décor qui se mire dans les eaux de la Neva en un incomparable faste et une féerie inattendue de couleurs qui est la caractéristique de la ville.

 

 

En lisant ce dictionnaire, vous saurez tout sur les personnages incontournables qui ont bâti son histoire, l’ont illustrée, des tsars comme Alexandre Ier, l'empereur mystique, qui combattit Napoléon et occupa Paris après la bataille de Leipzig en 1814 sans commettre de pillages tant il aimait et admirait la France – fait remarquable que soulignera Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe – puis Alexandre II qui initia l’abolition du servage mais n’en fut pas moins assassiné par un groupe de jeunes terroristes. Par la suite, on élèvera la cathédrale « Saint Sauveur sur le sang Versé » sur les lieux du crime avec les deniers de la famille impériale. Quant à son fils Alexandre III, il abolira, dès son investiture, la plupart des  réformes libérales de son père. Nicolas II débutera son règne sous de funestes présages, dont le pire est celui qui se produisit le jour même de son sacre. Au cours d’une bousculade incroyable 1389 personnes périront piétinées par la foule et  1389 seront blessées. Ce souverain tourmenté et indécis ne pourra effacer cette faute originelle. Par ailleurs, ce dictionnaire vous fera découvrir des personnalités diverses et souvent hautes en couleur, le danseur Nijinski, les poètes Alexandre Pouchkine mais également Maïakovski ou Anna Akhmatova, dont l'existence fut une tragédie de tous les instants, le premier ministre de Nicolas II Piotr Stolypine qui voulait moderniser l’empire russe mais fut renvoyé par le tsar trop faible ; le flamboyant Potemkine, grand amour de Catherine II et l’un des plus grands hommes d’état de la Russie : « Potemkine, c’était la Russie même, la Russie colossale et riche, capable du meilleur et du pire, qui oscille entre la fécondité rapide, l’exubérance de l’été et le long et stérile repos de l’hiver ». N’oublions pas non plus des personnages plus étranges et inquiétants comme Grigori Raspoutine, l’âme damnée de Saint-Pétersbourg et de la malheureuse impératrice Alexandra, ou le Chevalier d’Eon qui fut un incontestable mystificateur ; enfin entrons dans les jardins, ceux des palais sont toujours d’une grande harmonie et d’une subtile beauté, irradiés de tulipes et de lilas lors des nuits blanches et pourquoi pas au théâtre Mariinsky, baptisé ainsi  en hommage à Marie, fille du tsar Alexandre II, où Marius Petipa créera ses plus belles chorégraphies. En soixante années de présence, il composera soixante ballets et élargira le lexique de la danse en créant d’innombrables pas. Attardons-nous enfin sur les ponts, pas moins de 342, tant la ville est parcourue par les eaux dont celles de la Neva qui enlace les îles de son cours sinueux avant de se perdre dans la Baltique, si bien que l’on peut considérer la ville comme un musée des ponts. Ces ponts sont tantôt légers ou monumentaux, bossus, énormes ou petits, œuvres d’art possédant chacune sa propre expressivité artistique et procurant à la ville son cachet incomparable. Enfin n'oublions pas Saint-Pétersbourg, ville martyre lors du siège de Léningrad - nom de la ville à l'époque stalinienne - qui subit un siège de 29 mois du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, après que le Führer eut donné l'ordre de la raser parce qu'elle était le symbole du "génie slave". Confrontée à la famine, la population fera preuve d'un courage exceptionnel, mais ce blocus causera la mort de 1 250 000 habitants dans une ambiance apocalyptique. Durant ces trois années, la population affamée, affaiblie, sacrifiée survivra dans des conditions extrêmes. L'armée allemande avait occupé les résidences impériales autour de la ville ; en les quittant, elle fera brûler ces grands palais, sauter la cascade de Peterhof et pillera les collections. A peine libérée, la cité entreprit un travail de restauration qui est sans doute sans précédent dans l'Histoire par son ampleur et sa minutie. 

 

Voici un aperçu des mystères et secrets qui vous seront révélés par cet ouvrage sur une ville qui ne ressemble à aucune autre, vagabondage en des lieux magiques chargés d’épreuves et également d’innovations sublimes, lourds d’un passé qui, tour à tour, fut glorieux et tragique, et d’une architecture dont les murs conservent jalousement la mémoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter mes articles sur la ville de Saint-Pétersbourg et ses palais environnants, cliquer sur leurs titres :
 

SAINT-PETERSBOURG OU LE SONGE DE PIERRE

PETERHOF OU LA MAISON DE PIERRE

TSARSKOIE SELO OU LA SPLENDEUR IMPERIALE

PAVLOVSK OU LE SOURIRE d'UNE NUIT d'ETE

   

 

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Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski
Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 08:14
L'argent de Charles Péguy

Personne n’a oublié Péguy romancier et Péguy poète, mais bien peu doivent se souvenir que cet auteur majeur a été aussi un essayiste qu’on devrait peut-être relire en cette période d’élection sur fond de crise économique.

 

 

                                         L’argent

Charles Péguy (1873 – 1914)

 

Les différentes crises, qui ne sont que les épisodes d’une même et profonde dépression qui affecte l’économie mondiale depuis la fin des Trente Glorieuses, ramènent cet essai de Charles Péguy sur l’argent au cœur de l’actualité. Ce texte publié en 1913, juste avant le conflit mondial qui sera fatal à son auteur, nous rappelle que cet affrontement est aussi l’aboutissement d’une grande effervescence sociale et économique. Il serait donc profitable de méditer ce que Péguy pensait à cette époque avant de se projeter dans un avenir bien incertain.

 

En essayant de comprendre les arguments de Péguy, j’ai eu l’impression de me retrouver dans certains cours d’histoire, juste après 68, où des professeurs très politisés essayaient de faire entrer les idées, les événements, les mouvements de pensée,… dans des grilles de lecture prédéfinies permettant de justifier leur propre engagement politique. J’ai eu ainsi la nette impression que l’auteur se servait de sa propre expérience, de son vécu, pour construire une théorie pouvant servir de fondation à une action politique capable de sortir le monde de la situation dans laquelle il était englué en 1913.

 

La théorie de Péguy est audacieuse, elle cherche à combiner les forces et les idéaux des deux institutions les plus puissantes du pays : les hussards noirs de la République et l’Eglise, deux institutions idéologiquement opposées mais, d’après Péguy, complémentaires dans leur mission. Je n’oserai aucun jugement sur cette théorie, je me contenterai de constater ce que l’auteur a écrit et chacun, après la lecture de cet essai, pourra se faire sa propre opinion. Nombreux sont ceux qui ont cherché à comprendre Péguy mais chacun a eu un avis différent, ce que le préfacier explique dans une note : « on a tourné sur tous les modes autour de l’insaisissable Péguy, nationaliste, libertaire, catholique, socialiste, anticlérical, dreyfusard, réactionnaire… »

 

Dans cet essai, Péguy fait l’apologie d’un temps où le travail n’était pas une vulgaire marchandise, où il était souvent un art, où il n’avait pas encore connu les transformations liées au productivisme et à la rentabilité. Lui-même a connu l’artisanat dans sa famille et le travail qu’il prétend noble. « Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être ». Il présente le travail comme un mode de vie, le travail pour le travail, pour le travail bien fait, pour l’honneur, pas pour l’argent ou un quelconque avantage.

 

Mais les temps ont changé et les valeurs ont été bouleversées. "Le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans". Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe  s’est fortement renforcée : la bourgeoisie a pris le pouvoir, tous les pouvoirs. « C’est parce que la bourgeoisie s’est mise à exercer un chantage perpétuel sur le travail de l’homme que nous vivons sous ce régime de coups de bourse et de chantage perpétuel que sont notamment les grèves ». Et il enfonce fermement le clou : "Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple".

 

Péguy rêve de ce temps où « On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. » « On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heureux ». Ce temps où l’argent était seulement le fruit du travail, l’argent nécessaire à la vie en société mais pas le maître du monde. « L’argent est plus honorable que le gouvernement, car on ne peut pas vivre sans argent, et on peut très bien vivre sans exercer un gouvernement. L’argent n’est point déshonorant, quand il est le salaire, et la rémunération et la paye, par conséquent quand il est le traitement. Quand il est pauvrement gagné. Il n’est déshonorant que quand il est l’argent des gens du monde. »

 

Il conviendrait donc de revenir vers ce temps où l’argent n’avait pas, selon l’auteur, encore pourri le monde. Ce temps où les hussards noirs de la République se contentaient d’enseigner ce qu’il leur rappelle vertement : " Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à compter. Ce n’est pas seulement très utile. Ce n’est pas seulement très honorable. C’est la base de tout " - estimant que, depuis un certain temps, ils auraient failli à leur mission essentielle pour s’intéresser davantage à la politique et au syndicalisme.

 

Le modernisme, sous l’impulsion de la bourgeoisie, aurait perverti la société. « Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence. Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect ». Il conviendrait donc de revenir à des valeurs ancestrales pour oublier les turpitudes crées par l’argent trop facile. La figure emblématique de cette perversion est Jaurès qui l’accuse de tous les maux, notamment de celui de la capitulation sous toutes ses formes. Péguy, fils d’artisan pauvre, pur produit de l’Ecole Normale, pense que le travail à la mode artisanale, l’enseignement intègre et honnête sans pollution politique, le retour aux valeurs traditionnelles pourraient sauver le pays. C’est sa vision, même si elle n’est pas forcément très judicieuse, très pertinente, ni totalement empreinte de justice et d’égalité, chacun jugera et appréciera. En attendant, Louise Bottu a eu diablement raison de nous rappeler que Péguy n’était pas qu’un poète un peu oublié.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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L'argent de Charles Péguy
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 09:35
William Faulkner ou l'homme entravé

Il y a quelque temps de cela, j’avais consacré une année entière à la littérature américaine et ce qui m’avait le plus surprise en découvrant la richesse des œuvres était que ces écrivains participent bien peu à ce que l’on a appelé « le rêve américain ». Pour la plupart d’entre eux, nous avons à faire à des auteurs en proie au pessimisme le plus sombre, à une vision de l’Amérique déchirée entre ses diverses populations européennes, africaines et indiennes condamnées à une existence sociale chahutée et à l'ivresse des bas-fonds. L’un de ceux qui m’a le plus marquée est probablement William Faulkner, né dans l’Etat du Mississippi en septembre 1897 et mort dans ce même Etat à Byhalia en juillet 1962, petit homme au physique à la Charlot, issu d’une famille aisée mais dont le père alcoolique a sûrement eu sur ses jeunes années une influence négative.

 

Faulkner a débuté sa carrière par la poésie, considérant qu’un romancier n’est jamais qu’un poète égaré. Lui-même connaîtra plusieurs comas éthyliques. Quant à sa vie publique, il l’illustre dans un premier temps par des petits boulots, sa plume n’étant  pas en mesure de le nourrir, alors même que sa vocation d’écrivain est précoce. Il sera aide-comptable dans la banque de son grand-père, gardien de nuit dans une université, enfin postier ; jobs divers dont il sera licencié les uns après les autres, sans doute faute d’enthousiasme à les assumer.  Sa première oeuvre publiée sera Monnaie de singe, puis en 1921 il publie Moustiques et part faire un voyage initiatique en Europe, principalement en Italie, en France et en Grande-Bretagne. Est-ce cela qui lui inspire un conte féerique L’arbre aux souhaits  dédié à sa future épouse : Estelle Franklin ? En 1929 parait un ouvrage qui aura un plus grand retentissement Le bruit et la fureur puis l’année suivante  Tandis que j’agonise  et en 1931 Sanctuaire . Après trois romans de cette importance en trois ans, sa renommée commence à se faire dans le monde de l’édition et de la culture, cela grâce à sa capacité à forger des personnages atypiques et à dépeindre le clivage qui existe entre race noire et race blanche. En 1939,  il part pour Hollywood écrire des scénarii, lieu où il ne se plaît guère, considérant ce monde de l’apparence totalement factice.  En 1933 sort néanmoins un film tiré de Sanctuaire, si bien que Howard Hawks le rappelle à Hollywood et lui offre un contrat de 1000 dollars la semaine. C’est ainsi qu’il rencontre la secrétaire du cinéaste qui deviendra sa maîtresse, amour qui durera une quinzaine d’années, son mariage avec Estelle Franklin ayant été un désastre.

 

En 1949, le prix Nobel de littérature le projette au premier plan de l’actualité littéraire mondiale et, à la suite de cela, la sortie de chacune de ses œuvres sera un événement. Il en sera ainsi en 1953 pour la publication de Requiem pour une nonne  adapté au théâtre par Albert Camus. Les Européens n’ont-ils pas reconnu, plus vite que les Américains, son incontestable talent ? Faulkner aime d’ailleurs la France et Gallimard devient son éditeur attitré pour tout ce qui paraît en traduction française. Il sera d’ailleurs décoré de la Légion d’Honneur. Fragile des poumons, il mourra d’un œdème pulmonaire à l’âge de 65 ans. L’ensemble de son œuvre est important, pas moins de 54 romans, de 126 nouvelles et de 6 recueils de poèmes, la plupart d’entre eux déroutants et déconcertants. Ce mythomane a su pointer du doigt presque tous les drames psychologiques d’une humanité sur laquelle il pose un regard pessimiste, fruit d’une observation d’une extrême tension. Comme Balzac, il a promené la plupart de ses personnages dans plusieurs de ses romans, usant ainsi d’une clé de lecture et d’une continuité psychologique, La condition humaine  étant l’une de ses œuvres de référence.

 

En 1929, lorsque paraît Le bruit et la fureur aux Etats-Unis, le fiasco est total auprès d’un public  sans doute mal préparé à recevoir un tel ouvrage. Ce, à l’exception d’une poétesse qui rédige un éloge de six pages, ayant deviné la puissance incroyable de ce texte. Peu d’amour, il est vrai, dans cette œuvre mais beaucoup de haine et de violence et souvent une description de personnages handicapés. Le mal de vivre fait ici son entrée en  pleine page. Ce roman n'est-il pas né d’une image mentale et le titre emprunté à  Shakespeare, soit une histoire vue et racontée par un simple d’esprit, un idiot. Les événements nous parviennent par le biais de monologues intérieurs. La traduction de la plupart des romans de Faulkner sera rendue d’autant plus difficile que l’auteur use d’un vocabulaire d’une incroyable richesse. Par ailleurs, pas de logique affirmée, William s’octroie toutes les libertés d’images et de visions avec une attirance inéluctable pour le néant.

 

Sanctuaire  sera son premier succès commercial sans être pour autant un best-seller. Ce livre est inspiré d’un sordide fait divers : un viol. Tragédie grecque et fable vénéneuse où Jane, une collégienne fugueuse, se retrouve dans une ferme, puis se fait agresser avant de  finir dans une maison close. Récit plus linéaire chronologiquement, ce qui n’est pas toujours le cas de ses autres romans où le temps ne cesse de se contracter, de se crisper dans un climat obsédant. Temps d’un cauchemar éveillé qui laisse un goût amer et durable dans l’esprit du lecteur. Popeye, être maléfique, gringalet, étriqué, monstre hybride aux frontières de l’artifice et de l’humain. Il y a en lui de l’automate et de l’animal dans son désordre permanent. Dans cet ouvrage, les mâles sont des voyeurs et des violeurs en puissance. Tout se passe dans le regard : on s’espionne, on se dénonce et, au final, tout est faux. Chacun porte un masque et la malédiction apparaît partout, entre autre celle qui a nourri et marqué la guerre de Sécession. Pas de regard moral non plus pour condamner l’un ou l’autre des personnages, le romancier laissant une liberté de jugement total à son lecteur.

 

Faulkner considérait que les Noirs devaient avoir les mêmes droits que les Blancs, à une époque où cela n’était pas encore dans  la perspective morale du peuple américain. Mais il n’était pas moins profondément un homme du Sud où l’on pensait que les maîtres étaient blancs et les domestiques noirs. Sa littérature peut se résumer par le grand écart qu’il s’impose entre grandeur et dérision, grand écart qui empêche l’homme de se réaliser pleinement, aussi ses récits ne cessent-ils de prouver que tout accomplissement est un jour ou l’autre empêché, si bien que son  œuvre est proche de la psychanalyse puisque l’on y voit l’homme en proie à des aspirations impossibles, entravées en permanence dans leur réalisation.

Faulkner est publié dans la collection de la Pléiade chez Gallimard depuis 1977 ou 4 tomes sont consacrés à son œuvre romanesque.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 07:54
Soudain j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami

Hiromi Kawakami, une japonaise d’une cinquantaine d’années, raconte avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse une histoire d’amour qui réunit un frère et une sœur. Une histoire qui n’a rien de scandaleux si on considère seulement l’amour qui unit ces deux êtres.

 

 

Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau

Hiromi Kawakami (1958 - ….)

 

 

« Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau », de l’eau que même la Muraille de Chine n’a jamais pu arrêter, de l’eau qui compose nos corps, de l’eau que Ryô répand dans le corps de sa sœur Miyakô. Miyakô et Ryô, un frère et une sœur vivent ensemble depuis que leur mère est morte et qu’ils n’ont pas voulu rester seuls chacun de leur côté. Miyakô, l’héroïne et la narratrice de cette histoire, entraîne le lecteur dans une introspection au sein d’un huis clos familial composé d’elle, la fille aîné de la famille qui travaille à la maison, de Ryô le frère cadet qui vit avec elle, de la mère qui décède trop tôt, du père qui s’éloigne après le décès de la mère, de Takejei celui qui a toujours aimé la mère sans jamais pouvoir l’épouser et d’une seule et unique amie.

 

Miyakô nous conte l’histoire de cette famille dans un texte doux, délicat et tendre sans aucune violence, une prose qui coule paisiblement comme l’eau qui baigne les corps. Totalement plongée dans le passé de cette famille, sans jamais essayer d’entrevoir l’avenir, elle essaie de comprendre comment elle est tombée amoureuse de son frère et comment ils en sont venus à partager leur vie. La mère, qui préférait le frère, rayonnait et attirait l’amour et la sympathie tout en fascinant sa fille qui l’admirait. « Maman était morte mais elle continuait à vivre en moi. Si bien que même si j’étais seule, je ne pouvais pas être seule ». La mère disparue, la fille a reporté cet attachement viscéral sur le frère qu’elle a toujours aimé tendrement et plus encore après qu’ils ont appris que leur père n’était pas leur père biologique.

 

Une réflexion sur la raison d’être, l’amour, la famille, la vieillesse et la mort, une réflexion totalement détachée du contexte historique et social, sauf de la guerre que la narratrice n’a pas vécue mais dont elle connaît bien les méfaits qu’elle a causés à la famille et de l’attentat au gaz sarin en 1995 qui aurait pu être fatal au frère. Une réflexion qui l’amène à penser que le hasard joue un grand rôle dans ce que nous devenons et ce que nous vivons. « Nous ne sommes pas constitués de la signification que revêtent les événements, les choses qui se sont passées. Nous existons simplement au gré de ce qui nous arrive, nous sommes ce que nous sommes par hasard, pas la peine d’aller chercher plus loin ». Si bien que l’existence n’est qu’une évidence simple que les hommes se complaisent à complexifier. «Tu ne crois pas que le monde serait plus supportable si les êtres humains étaient capables de dominer leurs sentiments ?»

 

La narratrice, et peut-être même l’auteure, essait de nous faire comprendre que la vie serait une chose douce et facile si nous acceptions de la prendre comme elle nous est offerte par le hasard et façonnée par notre passé. L’avenir, il suffit de l’affronter et de l’accepter. « Le mot de vieillesse est un mot avec lequel nous n’arrivons pas à nous familiariser. C’est comme s’il ne nous restait plus beaucoup de temps, une impression de ce genre. C’est peut-être aussi que nous ne voulons pas y penser, une sorte de préjugé, une illusion. » Et la famille n’est pas un débat, c’est comme ça, car les sentiments ne se gouvernent pas, pas plus que le cours de l’eau ne peut être entravé. « Dans la mesure où nous sommes ensemble depuis l’enfance, nous formons une famille, non ? »  A chacun sa vie, à chacun ses amours !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:40

 

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Voilà Pâques et ses carillons, ses bouquets de fleurs, quelque chose dans l'air d'allégé, dans les vitrines des pâtisseries les gros oeufs en chocolat, enrubannés de couleurs vives. Lorsque j'étais petite fille, j'achetais toujours à ma mère un lapin en nougat, parce que j'étais sûre qu'elle le partagerait avec moi. Une fois, je n'avais pu résister et osé croquer l'une des oreilles. Mes parents avaient ri sous cape, puis, gentiment admonestée pour ma gourmandise.

 

 

J'aime à évoquer les Pâques de mon enfance. Curieusement, dans mon souvenir, il faisait toujours beau. Est-ce parce que j'étais en vacances et que nous nous réjouissions à l'idée de découvrir, cachées dans les bosquets, les friandises que les adultes y avaient déposées. Il suffit de peu de choses pour enluminer le passé. La mémoire s'y emploie avec brio. Je me souviens que les pelouses se piquetaient de coucous et de jonquilles, que les cerisiers et les prunus étaient en fleurs et que les cloches, qui carillonnaient, annonçaient la plus belle des résurrections : celle de la nature. Pour ceux qui croient au ciel, ce jour est différent des autres. Et pour cause : quelqu'un est venu leur dire que la Création était le fruit d'un projet, que la vie avait un sens et que la mort n'était qu'un passage obligé. C'est réconfortant, même si la Science a décrété que l'on ne pouvait croire qu'à ce qui était vérifiable. Or l'homme qui croit au ciel pense que tout n'est pas vérifiable. L'univers existe, bien que nous ignorions son origine, ne puissions contrôler chacun des éléments qui le composent, ni même nous assurer de l'ampleur de l'espace-temps qu'il occupe. Tant de données et de paramètres nous échappent. Notre esprit est encombré de suppositions et de conjectures qui resteront à jamais à l'état d'hypothèse. Alors, puisque nous sommes si souvent contraints aux postulats, une transcendance souhaitée, à défaut d'être assurée, n'est-elle pas la plus noble des espérances, le pari de Pascal revisité, un peu de rêve tenu en haleine, auquel les humains que nous sommes, cernés de tous côtés par le mystère, aspirent en secret.

 

 
Je reproche à notre époque son refus du sacré, refus comme institutionnalisé qui suscite fatalement de profondes divisions entre les êtres. Nous vivons dans une société dont le socle fondateur se fissure. On évoque à tous propos les guerres de religion, mais c'est au nom du refus du religieux et du sacré que les guerres de demain risquent de se produire. Le sacré représentait un refuge, assurait une stabilité. Un refuge opposé au néant qui engloutit, anéantit, annihile. " Le néant conçu comme une absence de tout" - écrivait Bergson. Et il est vrai que le matérialisme n'ouvre aucune perspective ... Une société matérialiste n'a d'autre aspiration que de satisfaire au mieux  ses envies et de jouir des biens de consommation qui lui sont proposés. Cela dans l'immédiat sans parvenir à inclure cette fiction permanente dans la durée. Ainsi va-t-elle dans le sens de l'asservissement qui, tôt ou tard, lui sera imposé par les tenants d'un pouvoir qu'elle subira sans broncher, puisqu'elle n'a ni ambition, ni idéal. Les grands trusts l'ont compris et savent où placer leur intérêt : ils la tentent, la flattent et l'assurent que tout se monnaye, qu'il suffit d'y mettre le prix ... Mais l'amour, la foi, l'espérance s'achètent-ils ? 
Pâques pour celui qui croit au ciel est la conviction intime que rien n'est définitivement fermé et que ce que l'église appelle la communion des Saints est d'abord et avant tout la communion des Vivants, à l'égard desquels nous avons chacun un devoir et une responsabilité, afin que ces vivants nous deviennent proches, nous deviennent frères, et que ma liberté ne soit jamais que l'assurance de la leur.


Alors à ceux qui croient au ciel et à ceux qui n'y croient pas  JOYEUSES  PAQUES !

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Pâques au son des nouvelles cloches de Notre-Dame

 

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

 

 

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Joyeuses Pâques
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 07:52
La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney

Encore un peu de poésie et encore un Prix Nobel, l’Irlandais Seamus Heaney distingué en 1995, qui propose un chant de paix et de réconciliation à ses compatriotes divisés depuis près d’un siècle maintenant.

 

 

La lanterne de l’aubépine

  Seamus Heaney (1939 – 2013)

 

 

Dans ce recueil de poésie, Seamus Heaney chante sa famille, ses amis, son village perdu dans la campagne, l’Ulster, l’Irlande, les héros mythiques fondateurs de cette nation éclatée après l’intrusion du voisin saxon. Il n’oublie pas les racines mythiques de ce peuple fier, cherchant ses références aussi bien dans la Bible, Beowulf ou les poètes et prosateurs des siècles derniers dans un œcuménisme littéraire qui pourrait réconcilier les comtés séparés.

J’étais le dernier comte à cheval dans le courant

Parlementant toujours, à portée de voix de ses pairs.

 

Un peuple fier et courageux mais aussi très bagarreur, croyant facilement en tout ce qu’on peut lui faire croire.

que le percement du canal de Panama

provoquerait l’écoulement de l’océan

et la disparition de l’île par agrandissement.

Un peuple divisé qui n’arrive pas à oublier les vieilles haines qui ont opposé leurs ancêtres.

Un pavé lancé il y a un siècle

Continue de me parvenir, première pierre

Jetée au front d’une arrière grand-mère renégate.

Le poney bronche et c’est l’émeute.

 

Deux clans qui ne parviennent plus à communiquer, où, à l’époque où Heaney a écrit ses vers, il était encore bien difficile de passer d’une partie à l’autre de l’île.

 

Et soudain tu es au-delà, suspect mais libre,

comme ayant gagné au travers d’une cascade

le sombre courant d’une route asphaltée.

 

Heaney, catholique, né dans la partie protestante de l’île, implore dans ses vers ses concitoyens d’oublier les vieilles querelles et de refonder la belle et fière nation qui peuplait l’Irlande avant l’arrivée des Saxons.

 

Aussi, avant de quitter ta maison bien rangée,

Prions. Que l’humus et le guéret,

Noircis par le sang des Celtes et des Saxons ...

 

Seamus a été entendu, en partie au moins, son chant ne s’est pas perdu dans les landes de la verte Erin même si certains peinent encore à oublier et à pardonner.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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