Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 09:00
Noël, l'historique d'une tradition
Noël, l'historique d'une tradition

Il faut bien l’admettre : si nos traditions subsistent encore, elles perdent progressivement, sous le coup d’un laïcisme conquérant et un consumérisme roi, leur sens profond. L’heure est venue de cacher ces saints et ces crèches que l’on ne saurait voir et de traquer les manifestations offensantes, aux yeux de nombre d’entre nous, du moindre signe de religiosité. Ainsi la Toussaint a-t-elle été progressivement remplacée par Halloween, ses citrouilles et ses sorcières et Noël transmué en fête de la famille ayant pour but d’en rassembler les membres autour d’un bon repas et d’une distribution de cadeaux. A  croire que nos vieilles traditions sont plus périlleuses que les attaques terroristes  !

 

Existant depuis les premiers siècles, la crèche est le symbole par excellence de Noël. La première célébration de la nuit de Noël aurait eu lieu au VIe siècle dans l’église Ste Marie Majeure de Rome, alors que la première crèche était instaurée au XIIIe siècle par St François d’Assise. En 1223, il organisa dans une grotte de Greccio, en Italie, une crèche avec des personnages et animaux vivants, initiative qui fut reprise dans toute l’Italie avant de gagner la Provence et une grande partie de l’Europe. Peu à peu, les acteurs seront remplacés par des figurines. Au XVIIIe siècle, la crèche entre en résistance dans le foyer familial, crèche domestique qui donne lieu à un véritable engouement. En effet, la Révolution française ayant exigé la fermeture et l’interdiction des églises, elle suscite un élan spontané à la crèche intime. Plus moyen de voir Jésus à l’église, eh bien on l’installera chez soi et les santonniers feront fortune. Rien n’arrêtera les Provençaux qui, avec les matériaux à leur disposition (mie de pain, pâte à papier, argile), reproduiront la scène de la Nativité. « Et ils se sont représentés eux-mêmes, leurs villages et les petits métiers de l’époque » - rappelle Denis Muniglia.

Noël, l'historique d'une tradition

Quant au sapin, il est une coutume enracinée depuis des siècles. En 1738, la reine Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, fera installer le premier arbre de Noël à la cour de Versailles pour ses nombreux enfants, symbole de vie et de fécondité. L’origine païenne de son culte remonte aux Celtes qui avaient pour usage d’associer un arbre à chaque mois lunaire. L’épicéa correspondait à la renaissance de la lumière, fin décembre. Pour les catholiques, c’est St Boniface qui introduira le sapin de Noël au VIIIe siècle mais il faudra attendre 1521 pour découvrir la première mention officielle du sapin de Noël en Alsace.

 

En ce qui concerne le marché de Noël, il date de 1434. Il s’agit d’un document qui l’évoque à Dresde en Allemagne le lundi précédant la fête de la Nativité. Très vite les marchés allemands et alsaciens feront des émules et les villes seront de plus en plus nombreuses à en organiser. Et le père Noël ? Il est attendu depuis près de deux siècles par les enfants du monde entier la nuit du 24 décembre. Selon la tradition, il arrive sur un traîneau chargé de cadeaux, tiré par des rennes et glissant en silence dans un ciel étoilé. Mais tout le monde s’accorde à reconnaître que ses origines sont bien plus anciennes. Ce serait un certain Nicolas, évêque de Myre en Lycie qui, au IVe siècle, devenu célèbre par sa générosité et sa compassion, aurait inspiré ce si sympathique personnage légendaire. A sa mort, il fut immédiatement béatifié et fit l’objet d’un véritable culte. Des centaines d’églises lui furent dédiées et il devint en Europe le saint patron des enfants. Sa fête, célébrée le 6 décembre, donne lieu à une distribution de friandises et de cadeaux aux enfants. Mais St Nicolas, s’il est représenté depuis toujours avec une barbe blanche et un manteau rouge, ne voyageait qu’à dos d’âne. Ce sont les Scandinaves qui lui ont procuré un traîneau et des rennes plus conformes à leur climat. George Sand fut la première, en 1855, à faire référence au bonhomme de Noël et, ainsi, à entrouvrir la porte à son incroyable célébrité en France. Ainsi Noël s’inscrit-il dans des traditions qui ont perduré à travers le temps avec leur joyeuse naïveté, mêlant le fantastique et le merveilleux et plongeant aux sources de notre civilisation, à sa mémoire et à ses rites. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE d'ACCUEIL

 

Noël en Alsace.

Noël en Alsace.

Partager cet article
Repost0
25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 09:47
La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe

 

Quelle est cette femme dont la garde-robe somptueuse fit l'objet d'une exposition au musée Galliera ? Sans doute la femme française la plus admirée et adulée de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, qui tenait rue d'Astorg le salon le mieux fréquenté, où l'on croisait des rois et reines, des hommes politiques de tous bords et les représentants les plus en vue du monde artistique. Proust en fera sa princesse de Guermantes et contribuera à l'immortaliser. Elisabeth de  Riquet de Caraman-Chimay était née le 11 juillet 1860 dans une grande famille européenne franco-belge presque ruinée et avait épousé un homme de noblesse récente, Henry Greffulhe, que les Goncourt trouvaient "commun" mais qui avait l’avantage d’être immensément riche. Il n’aura d’autre intérêt, à l'égard de sa jeune et ravissante épouse, que de lui permettre de vivre comme une impératrice, le plus souvent loin de lui qui se montrera toujours, à son égard, brutal et insultant. Il l’appelait «  la Vénus de Mélo ». D’un narcissisme profond, amoureuse de son image, Elisabeth Greffulhe ne cessera de mettre en scène ses apparitions et saura varier ses toilettes, celles mêmes qui ont fait l’objet d'une exposition au musée Galliera en 2015, nommée, en référence à Marcel Proust,  "La mode retrouvée".
 

 

En effet, quelle mode, sinon celle décrite abondamment dans l’œuvre proustienne et que des couturiers comme Worth, Fortuny, Lanvin créaient pour habiller une petite société de femmes privilégiées ! Cette garde-robe, d’une cinquantaine de modèles, unique de par la qualité des pièces exposées, dont certaines ne furent portées qu’une ou deux fois, se distingue par la richesse des matières, la diversité des motifs et souvent par la présence du vert, un vert sombre que la comtesse appréciait parce qu’il mettait en valeur sa rousseur vénitienne. Son vestiaire, parcourant la Belle Epoque et les Années folles, est à son image : sublime et original, troublant et raffiné. Voici ce que les chroniqueurs de l’époque écrivaient au sujet de son élégance légendaire : « Elle vit dans une séduction obsessionnelle d’elle-même, elle s’aime probablement plus qu’elle ne cherche à plaire ». Ou bien : «  La comtesse se singularise dans le choix des motifs, les flammes, les scarabées. Certaines dentelles me font penser à du Alexander McQueen. Quand on étudie le vêtement de la fin du XIXe siècle, elle se distingue nettement ». Ou encore : « Ses toilettes, inventées pour elle ou par elle, ne doivent ressembler à aucune. Elle les préfère bizarres que semblables à d’autres ».
 

 

Ce sera  à elle que Proust, ébloui par sa beauté et le charme de ses yeux, empruntera le rire cristallin de la duchesse de Guermantes: « Le rire de Mme Greffulhe s'égrène comme le carillon de Bruges », déclarait-ilEn réalité, bien qu'elle l'ait nié à la fin de sa vie, la comtesse Greffulhe appréciait et recherchait la compagnie de Proust, à qui elle envoya de nombreuses invitations, qu'il déclinait pour la plupart parce qu’il était désormais le prisonnier de son oeuvre. De son côté, Proust s'inspira d'elle beaucoup plus qu'il ne l'admit. L'analyse des œuvres de jeunesse de Proust, ainsi que de ses cahiers et carnets de brouillon, montre qu'elle joua un rôle clé dans la genèse de la Recherche et, en particulier, dans l'élaboration du nom magique de Guermantes, nourri des rêveries de l'auteur sur son illustre et très ancienne famille. Voici ce que Marcel écrivait à Robert de Montesquiou le 2 juillet 1893, à la suite de leur première rencontre :
 

« J’ai enfin vu (hier chez Mme de Wagram) la comtesse Greffulhe. Et un même sentiment, qui me décida à vous dire mon émotion à la lecture des Chauves-souris, vous impose comme confident de mon émotion d’hier soir. Elle portait une coiffure d’une grâce polynésienne, et des orchidées mauves descendaient jusqu’à sa nuque, comme les «chapeaux de fleurs» dont parle M. Renan. Elle est difficile à juger, sans doute parce que juger c’est comparer, et qu’aucun élément n’entre en elle qu’on ait pu voir chez aucune autre ni même nulle part ailleurs. Mais tout le mystère de sa beauté est dans l’éclat, dans l’énigme surtout de ses yeux. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle. Je ne me suis pas fait présenter à elle, et je ne demanderai cela pas même à vous, car en dehors de l’indiscrétion qu’il pourrait y avoir à cela, il me semble que j’éprouverais plutôt à lui parler un trouble douloureux. Mais je voudrais bien qu’elle sache la grande impression qu’elle m’a donnée et si, comme je crois, vous la voyez très souvent, voulez-vous la lui dire? J’espère vous déplaire moins en admirant celle que vous admirez par-dessus toutes choses et je l’admirerai dorénavant d’après vous, selon vous, et comme disait Malebranche “en vous”.

Votre respectueux admirateur, Marcel Proust
 

 

Maîtrisant avec une exquise désinvolture ses apparitions et ses disparitions aussi soudaines qu’entretenues, la comtesse Greffulhe fut, en effet, le sujet de prédilection des chroniqueurs et des auteurs. Marcel Proust emprunta sa garde-robe, ses manières, son allure pour imaginer la duchesse de Guermantes. Ses voiles, ses gazes, ses lys et ses orchidées brodées comptent parmi les motifs avec lesquels il édifia son œuvre. Son image devint un phrasé. «Elle - écrit son cousin Robert de Montesquiou - se faisait montrer, chez les couturiers en renom tout ce qui était en vogue; puis quand elle devenait certaine que fut épuisé le nombre des élucubrations fraîchement vantées, elle levait la séance, en jetant aux faiseurs, persuadés de son édification et convaincus de leur maîtrise, cette déconcertante conclusion : Faites-moi tout ce que vous voudrez… qui ne soit pas ça !”».

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Pour consulter mon précédent article sur la Comtesse Greffulhe, cliquer    ICI

 

Et pour prendre connaissances des articles de la rubrique DOSSIER MARCEL PROUST, cliquer   LA


 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
Photographiée par Nadar et peinte par Helleu

Photographiée par Nadar et peinte par Helleu

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 09:50

La-souffrance.jpg

 

 

Oui, quel est donc le rôle de la douleur dans nos vies que si souvent, trop souvent selon nous, elle affecte, blesse, décourage. Et pourquoi, par la même occasion, ne pas s'interroger sur la place qu'elle a occupée dans la vie de nos écrivains et, plus généralement, de nos artistes ? Il est certain que Proust n'aurait pas été Proust sans son asthme, que la phtisie a inspiré quelques-uns des plus beaux vers de la langue française et que, sans le rapport à la souffrance physique ou morale, l'homme aurait eu bien peu de choses à dire. Le bonheur se constate et ne se décrit pas ; le plaisir se prend et ne s'explique point. Curieusement, c'est ce que nous avons perdu qui nous devient cher, ce qui nous échappe qui nous semble précieux. Cioran notait dans ses Cahiers : " Je lis, je lis, et, sauf de rares exceptions, je ne trouve aucune réalité aux oeuvres que je lis. Que leur manque-t-il ? Je ne saurais le dire. Le poids ? Sans doute, mais qui leur confère du poids ? Une passion ou une maladie - rien d'autre. Encore faut-il que les malades et les passionnés aient quelque talent. Ce qui est sûr, c'est qu'un talent sans passion ni maladie ne vaut rien ou presque." (Cahiers page 201) Et page 472, il ajoute : " C'est le Boudha qui a vu juste, qui a touché à l'essentiel. Tout tourne autour de la douleur ; le reste est accessoire, et presque inexistant (puisque aussi bien on ne se souvient que de ce qui fait mal), tandis que le marquis de Custine notait finement dans "Mémoires et voyages d'Astolphe Louis Léonor" : " Nous n'habitons la terre que pour apprendre à désirer ce qu'on n'y trouve pas. L'inquiétude de notre âme est une souffrance, mais ne nous en plaignons pas ; tous nos droits à l'immortalité sont là, et cette inexplicable douleur est notre plus beau titre de noblesse." 

 

 

Il est vrai que la douleur est le passage obligé entre chair et esprit, ce, grâce à notre pouvoir de la transcender à tout moment. Si " le propre de la douleur est de n'avoir pas honte de se répéter ", l'honneur de l'homme est d'en faire bon usage. C'est presque toujours d'elle qu'il a tiré la substance spirituelle de ses oeuvres, au point que Léon Bloy assurait qu'elle était l'auxiliaire de la création. Mozart a rédigé son requiem dans l'antichambre de la mort, Beethoven écrit sa IXe symphonie alors qu'il était sourd, Hugo jeté ses vers les plus émouvants alors qu'il venait d'enterrer sa fille Léopoldine, Charles d'Orléans, ce doulx seigneur, chanté sa France si belle lors de ses vingt-cinq années de détention dans les geôles anglaises et François Villon composé sa Ballade des pendus alors qu'il était condamné au gibet, peine qui sera finalement commuée en bannissement.


 

Frères humains qui apres nous vivez,
N'ayez les cueurs contre nous endurcis,
Car, se pitie de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost que vous mercis.



 Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive, et par là se dénoncer d'elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n'est que pure négation. Aussi n'apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie : la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus."  - écrit Schopenhauer dans " De la vanité et des souffrances de la vie".

 

 

L'homme est donc particulièrement créateur dans l'épreuve, le combat, l'effort, l'opposition. La valeur va à ce qui coûte, à ce qui exige, à ce qui oblige. S'y ajoute souvent une ascèse personnelle. Et qu'apprenons-nous aujourd'hui dans les discours dont on nous abreuve à longueur d'onde ou d'antenne ? Une version opposée, qui ne fait que rarement référence aux mérites de l'effort, à l'excellence du travail, à la noblesse du sacrifice, à l'élan généreux de l'amour et de la compassion, mais prône l'hédonisme glouton et éphémère dont on sait depuis Platon qu'il ne mène nulle part et ne favorise que l'égotisme et l'égocentrisme. Voilà ce que nous transmettons aux générations de demain sans l'ombre d'une mauvaise conscience. Et c'est d'autant plus regrettable que notre jeunesse connaît déjà les affres de la souffrance. Lisons-les ces auteurs adolescents, auxquels nous communiquons notre cynisme, nos divisions idéologiques, notre athéisme triomphant, notre assurance  doublée de suffisance d'avoir tout résolu des mystères de l'univers, et nous comprendrons à quel point leur détresse est grande ! Abreuvée de violence, de sexe, de drogue, de mensonge, de contre-vérité, à quoi peut bien se rattacher une jeunesse que nous avons privée d'idéal et de transcendance ? Que lui donne-t-on à admirer sinon les stars de pacotille et les dieux du stade? Car quelques rais de lumière n'éclairent pas toute la nuit et quelques vagues ne soulèvent pas tout l'océan. Si l'on est optimiste à chaque fois que l'on contemple une fleur ou un bon morceau de pain, et pessimiste chaque fois que l'on pense à ceux qui dénaturent ce pain et sacrifient ces fleurs, on voit que la souffrance veille et demeure, afin que ne se perde jamais la trace de ce qui reste en nous "d'auguste et de divin" et que ce que le temporel ne cesse de désunir, l'intemporel l'unisse à tout jamais.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 10:08
Madame Vigée-Lebrun

Elisabeth Louise Vigée, née à Paris en 1755 sous le règne de Louis XV et morte à Paris en 1842 sous celui de Louis-Philippe,  semble parée, dès sa plus tendre enfance, de tous les dons, particulièrement celui de dessiner et de peindre qui lui méritera d’avoir, au cours de sa longue existence, réalisé plus de 660 toiles que s’arrachait l’Europe entière à des tarifs bien supérieurs à ceux de la plupart de ses confrères masculins. Le Grand Palais a su réparer en 2015 une injustice faite à cette artiste remarquable qui peignait avec assurance et une étonnante maturité dès l’âge de 15 ans des portraits, l’exercice considéré comme le plus difficile, et ajoutait à cela l’art de la conversation, une grande culture et une beauté reconnue de tous. Cette injustice était d’autant plus impardonnable que nous avons peu de femmes peintres parvenues à cette maîtrise, à cette légèreté de touche, à cette élégance et à ces jeux de lumière qui signent définitivement son style.

 

 

Par chance, dès son enfance, son père découvre ses dons, l’encourage et la fait entrer dans l’atelier de Joseph Vernet qui l’incite à copier les anciens, à faire ses gammes en quelque sorte. A 12 ans, à la mort de son père, sa mère se remarie et son beau-père a la bonne idée d’exposer ses  premières œuvres dans la vitrine de sa joaillerie. Sans tarder les commandes affluent, mais le beau-père, peu scrupuleux, s’empresse de faire main basse sur les émoluments, si bien que la jeune fille épouse en 1776 un certain Monsieur Le Brun qui a l’avantage d’être bien né et beau garçon. On sait combien il était difficile à une femme de l’époque de vivre sans mari, mais fine mouche Elisabeth Louise a donné son cœur à un marchand de tableaux de renom européen, si bien que ce galeriste avisé parachèvera son éducation de peintre et fera monter sa cote avec habileté et un incontestable savoir-faire.

 

 

L’art du portrait, qu’elle maîtrise parfaitement, lui vaut des commandes en grand nombre, ses clientes appréciant qu’elle les pare de glacis aux mille grâces et les hommes qu’elle sache souligner leur virilité et leur caractère de manière réaliste. Sa réputation revient bientôt aux oreilles de la cour de France et la jeune Marie-Antoinette, qui n’apprécie aucun des portraits que l’on a  réalisés d’elle jusqu’à présent, sollicite ses bons offices. Entre les deux jeunes femmes, le courant passe immédiatement. Lors des longues séances de pose, Madame Vigée-Lebrun anime la conversation et distrait son royal modèle grâce à sa culture et son sens inné de la répartie. Sa position de peintre officiel de la reine est dès lors assurée. Le seul privilège qu’elle sollicitera auprès de Louis XVI sera de la faire entrer à l’Académie royal où ne siégeaient alors que quatre femmes. D’emblée, elle s’imposera par une toile osée qui prouve son audace et sa modernité : des nus féminins.

 

 

En 1789, menacée à cause de son amitié envers la reine, elle doit s’exiler sans plus tarder. Cet exil ne durera pas moins de treize années et la mènera à travers toute l’Europe. Elisabeth s’installera provisoirement à Rome, Saint-Pétersbourg, Vienne, Londres où les monarques la reçoivent avec les égards qui sont dus à son talent et à sa notoriété. Néanmoins, lorsqu’on lui demandera de faire poser la princesse Murat, sœur de Napoléon, capricieuse et imprévoyante qui la faisait attendre des heures, elle aura ces mots : « J’ai peint de véritables princesses qui ne m’ont jamais tourmentée et ne m’ont jamais fait attendre ».

 

 

Ses goûts, ses amours, ses tendresses resteront liés à l’ancien régime dont elle gardera éternellement la nostalgie. « Mon cœur a de la mémoire » - avouait-elle. Sa seule enfant, sa fille Julie avec laquelle elle ne s’entendra jamais, mourra dans la misère après un mariage malheureux ce qui lui causera un immense chagrin. Mais avait-elle eu le temps d'être mère ?  Sûrement pas, requise en permanence par son art et ses innombrables commandes…

 

 

Elisabeth Louise aura eu la chance de connaitre tous les grands noms de son temps : Madame de Staël, lady Hamilton, Chateaubriand, l’amiral Nelson, Hubert Robert, les rois et les reines d’Europe et tant d’autres avec lesquels elle partageait les mêmes convictions. Rentrée en France en 1809, Madame Vigée-Lebrun achète une maison à Louveciennes, car elle aime la campagne, et s’entourera de nombreux amis, tout en rédigeant ses mémoires, ayant rencontré tant de personnalités et connu tant d’événements ! Elle s’éteint paisiblement à Paris à son domicile de la rue Saint-Lazare le 30 mars 1842, à l’âge de 87 ans, et sera enterrée au cimetière de Louveciennes après une longue existence vécue à un train d’enfer, de façon très autonome, entre pinceaux, plumes et voyages.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Marie-Antoinette et la duchesse de PolignacMarie-Antoinette et la duchesse de Polignac

Marie-Antoinette et la duchesse de Polignac

Julie et Madame de StaëlJulie et Madame de Staël

Julie et Madame de Staël

Hubert Robert

Hubert Robert

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 09:03
Charles Mozin, le peintre de Trouville

 

Entre Trouville-sur-Mer et Charles-Louis Mozin, ce fut une véritable histoire d’amour, un coup de cœur qui a su se prolonger. Bien que né à Paris en 1806 dans une famille de musiciens, le jeune homme découvrira très tôt sa vocation de peintre au contact de la Normandie. C’est au sein de l’atelier de Xavier Leprince qu’il se formera à son art. Ce dernier, peintre paysagiste, a notamment séjourné à Honfleur en compagnie d’Eugène Isabey. Il a également réalisé « Embarquement des bestiaux » à Honfleur », tableau auquel le jeune élève a participé comme petite main. La première cliente de Charles Mozin n’est pas une inconnue puisqu’il s’agit de la duchesse de Berry, la mère du comte de Chambord. Elle assure à Mozin la célébrité dans la capitale française. Louis-Philippe reconnaît également ses talents de peintre de marines en lui commandant une série de batailles navales destinées au château de Versailles.

 

 

Mais Mozin va bientôt partir sous d’autres cieux. C'est par une journée de l'été 1825 qu'il arrive de Honfleur, à marée basse, par le chemin de grève et que, charmé par le paysage qu'il découvre, il installe son chevalet et son parasol sur les bords de la Touques. Il résidera d'abord à l'auberge du Bras d'or. Bien que celle-ci ne soit pas particulièrement confortable, le lieu l'enchante et il ne se lasse pas de dessiner Trouville sous toutes ses facettes : ses collines verdoyantes, ses pêcheuses sur la plage, ses barques, son estuaire au flux et au jusant et, par-dessus tout, les ciels qui varient de couleur et d'intensité à chaque heure du jour. Mozin vient de lancer Trouville sans le savoir. Il a alors 19 ans et, dès 1829,  il se fait construire une maison place de la Cahotte. Il participera donc activement au développement de la ville en en faisant la promotion dans ses œuvres exposées dans les Salons parisiens et en entrant au conseil municipal en 1843.

 

 

Au cours du XIXe siècle, les touristes anglais viennent sur les plages normandes pour pratiquer une toute nouvelle activité, les bains de mer, attirant à leur suite l’aristocratie et la bourgeoisie de la monarchie de Juillet, puis de l’Empire. A Trouville, on sait accueillir, notamment depuis la création du casino en 1838, le premier de la région, sans oublier les salles de spectacle et les grands hôtels, et on le fait avec un savoir-faire certain. « C’est en 1825 que je découvris cette terre promise ; son aspect a bien changé aujourd’hui, et si le touriste y trouve maintenant un certain confort auquel j’ai contribué bien malgré moi, il a perdu la partie pittoresque » - confiera-t-il avec un indiscutable regret. Ses toiles se plairont d’ailleurs à évoquer, en un émouvant réalisme, la beauté sauvage de la côte normande et sa campagne. Les falaises des Roches noires sont l’un des endroits emblématiques de la région entre Trouville et Villerville où Mozin posait volontiers son chevalet et qui étaient prisées des notables. Ils édifièrent, le long de cette plage, d'élégantes demeures et Mozin, lui-même, fera bâtir la tour Malakoff, toujours présente à Trouville de nos jours.

 

 

Passionné de bateau, il lui arrivait de monter à bord des embarcations de pêche afin de mieux dessiner les navires de commerce évoluant au large, toutes voiles dehors. Du rivage, il ne serait pas parvenu à réaliser des portraits au crayon ou à la plume avec autant de réalisme et de poésie. Artiste et marin, il s'appliquait à représenter les bateaux de toute nature sans omettre le moindre détail technique, aussi pouvons-nous accorder une entière confiance à l’exactitude pointilleuse de son travail. D’autre part, à côté des bateaux eux-mêmes, il n’oublie nullement les marins et leurs familles. Le monde des pêcheurs l’inspire et aux paysages côtiers, aux marines, s’ajoutent les humbles intérieurs des familles normandes et les spectacles de la vie quotidienne. Il faut rappeler que, dès 1846, il y avait un service de navigation entre Trouville et Le Havre qui assurait le passage de juillet à septembre deux fois par semaine. Il devint ensuite quotidien. Les bateaux qui assuraient la liaison étaient propulsés par des roues à aubes, ensuite des hélices. En 1883, une société anglaise obtiendra l’autorisation de construire une jetée promenade au pied des Roches noires. Cet ouvrage permettait aux bateaux, venant du Havre, d’aborder à Trouville quelle que soit la marée. Sur cette jetée-promenade, on construira un café-restaurant, des buvettes et des boutiques de souvenirs. Elle sera détruite en 1942 par les Allemands qui redoutaient un éventuel débarquement des alliés et ne fut jamais reconstruite.  Quant à Charles Mozin, il s’éteindra à Trouville à l’âge de 56 ans, dans cet environnement qu’il avait tant aimé et si bien su décrire, le 7 novembre 1862 et repose au cimetière de Montmartre à Paris. Il laisse une oeuvre abondante et de grande qualité qui mériterait d’être mieux connue.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Trouville et les bords de la Touques
Trouville et les bords de la Touques

Trouville et les bords de la Touques

La sortie du port

La sortie du port

Charles Mozin, le peintre de Trouville
Charles Mozin, le peintre de Trouville
Partager cet article
Repost0
30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 09:08
L'été indien

Le mois d’octobre ne cesse de réserver des surprises, de belles surprises, qui confèrent à l'automne son éclat particulier, une douceur inhabituelle et une palette de couleurs qui transforme les végétaux en de flamboyantes torchères, en des oriflammes carminés et en une pluie d’écus qui parsème le sol de leur irradiation. Quelle beauté ! s’écrie-t-on, subjugué par un spectacle dont on ne se lasse pas. L’automne triste selon certains ? Certes non ! L’automne est probablement la saison la plus fastueuse, celle où les couleurs se marient avec le plus de volupté, où les lumières, bien qu’adoucies, font retentir leurs accords somptueux.

 

 

Pas un chemin creux qui ne soit inondé de reflets végétaux, pas un jardin qui ne voit se poser des éclairs iridescents, pas un bosquet qui ne jette au loin des lueurs délicates. Et pas une prairie qu'une palme colorée ne vienne raviver. Où que l’on regarde, on ne peut manquer de s’extasier devant le peintre génial qui pare nos paysages de ces nuances subtiles. 

 

 

D'octobre à la mi-novembre, nos provinces nous réservent de radieuses perspectives. Entre campagne, forêt, montagne, plaine ou colline, les randonnées se déclinent à l’infini, les horizons s’harmonisent avec les reliefs, s'attribuent les uns, les autres, une partition botanique. Oui, octobre nous étourdit, nous suffoque, nous ébaudit, nous  sidère, dans le seul souci de susciter une émotion. N'est-ce pas  la symphonie fantastique de l'automne.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

L'été indien
L'été indien
Partager cet article
Repost0
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 10:12
L'ombre du silence

 

 

Si les jours deviennent lourds à porter

Que rien n’apparaît pour nous émerveiller

Le songe nous prendra dans sa flamme

Et la réalité s’effacera peu à peu.

J’ai entendu frapper, est-ce toi ?

Dans le murmure du songe

Est-ce nous si jeunes encore ?

Nous savions nous parler dans les salles oubliées

Où l’ombre du silence

Dessinait en hâte nos silhouettes.

Nous savions les mots qui consolent et apaisent

Et éclairent les chambres

De leurs lueurs hantées.

Oui, nous connaissions les formules

Qui libèrent les cœurs,

Affirment les esprits.

Tout mouvement de l’âme

Aimante la lumière

Et tisse la vérité de  fils invisibles.

 

 

Reconnais-moi

D’entre toutes et tous

Le souvenir s’émeut d’une voix

Qui évoque le passé,

dessine le présent avec des mots d’amour.

N’oublie pas le jour

Où se sont croisés nos regards et nos attentes

Et nos peines si longues à consoler.

L’avenir fleurait le parfum des ancolies,

Epousait les courbes du bel azur,

Nos corps se nouaient alors

Comme le ciel et la mer

Et l’ardeur fixait les heures

Sur l’horloge du temps.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( inédit - Octobre 2015 )
 

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique   

 


 

 ARTICLES ME CONCERNANT, cliquer  ICI

 

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 08:22
Villequier et la maison Hugo-Vacquerie  et l'abbaye de Saint-Wandrille
Villequier et la maison Hugo-Vacquerie  et l'abbaye de Saint-Wandrille

Villequier et la maison Hugo-Vacquerie et l'abbaye de Saint-Wandrille

Au moment où la saison devient plus intime et que les lumières commencent à se voiler comme une lampe sous son abat-jour, j'avais envie d'une promenade en Normandie et pourquoi pas à Villequier où, dans une boucle harmonieuse de la Seine, la famille Vacquerie possédait une résidence entourée d'un jardin, lieu devenu plus romantique le jour où la famille Hugo s'était jointe à la leur à l'occasion des épousailles de la jeune Léopoldine, fille aînée de Victor, avec Charles Vacquerie. Marié en février 1843, le jeune couple se noie le 4 septembre de la même année lors d'une promenade en barque aux alentours de leur maison. Celle-ci, neuve et mal lestée, s'était retournée et Léopoldine ne savait pas nager. Malgré les efforts de son mari pour tenter de la sauver, ils sombrèrent tous les deux. Ce drame liera étroitement les deux familles et Madame Hugo viendra souvent séjourner auprès de ses amis avec ses quatre enfants, d'autant que Léopoldine et son mari sont enterrés dans le cimetière voisin. Hugo, dont c'était sans doute l'enfant préférée écrira :

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends,
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne,
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo
La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo
La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo

La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo

Ici, tout est beau. Le silence de ce petit village avec sa rue parallèle au fleuve ; la Seine, au loin, déroulant son lent et long ruban gris ou bleu selon les endroits, cela dans une immuable douceur de vivre ; son église avec sa nef en coque de navire et ses vitraux du XVIe siècle, enfin son cimetière qui la ceint comme une couronne et où reposent, non seulement Léopoldine et son époux, mais Adèle Foucher, la femme de Victor Hugo, et sa plus jeune fille morte en 1915 dans un asile où elle était internée depuis de longues années. On aime à s'attarder sur un banc pour voir couler le fleuve aux courbes paresseuses avec, à l'horizon, quelques falaises blanches et les hêtraies touffues appuyées à des vallons qui forment depuis la nuit des temps un paysage inchangé.

 

Non loin se trouve l'abbaye de Saint-Wandrille, haut lieu touristique, fondée au VIIe siècle par un ministre du roi Dagobert épris de solitude, qui souhaitait se retirer en un endroit propice au recueillement et à la prière. Il fixera son choix sur ce paysage de prairies et forêts où tout semble s'harmoniser pour transmettre à chacun la plus parfaite sérénité. Au XIIIe siècle, l'abbaye connut son apogée et il n'y avait pas moins de 300 moines à partager leur existence entre la prière, le travail  manuel et culturel. (Aujourd'hui l'abbaye compte trente moines )

 

Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille
Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille

L'abbatiale, comme celle de sa voisine Jumièges, était alors une véritable cathédrale qui sera peu à peu démantelée à la Révolution par des hommes qui feront de cette merveille une carrière de pierre. Les moines en reprendront possession en 1894. En 1969, après bien des vicissitudes et des difficultés administratives, la communauté monacale acquiert une ancienne grange seigneuriale qui, démontée et remontée pièce par pièce, devient la nouvelle église, superbe par ses proportions et sa simplicité, où l'on peut admirer une descente de croix médiévale d'une extrême beauté. De même que le cloître, splendide dentelle de pierre mi-gothique, mi-Renaissance, dont les remplages assurent un décor toujours différent. Les lumières du soir donnent à ce paysage de pierre certi dans un décor bucolique une splendeur exceptionnelle qui incite à la contemplation. Il y a ainsi, autour de nous et proche de nous, des lieux élus qui nous rappellent qu'il arrive à l'homme de composer avec Dieu.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'ancienne abbatiale et le cloîtreL'ancienne abbatiale et le cloître

L'ancienne abbatiale et le cloître

La nouvelle église et la descente de croix
La nouvelle église et la descente de croix

La nouvelle église et la descente de croix

Partager cet article
Repost0
3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 07:56

BeauneHotelDieu.jpg

        L'Hôtel-Dieu de Beaune ( cour intérieure du XVe siècle )

 

Le début de l'automne est sans doute la période de l'année qui sied le mieux à la Bourgogne, l'ancien duché de Philippe le Hardy, de Jean sans Peur et de Charles-Quint qui a vu l'histoire s'écrire avec un grand H. Oui, les premières teintes de la saison la parent d'un charme enchanteur. Les toits multicolores et la végétation s'harmonisent soudain, mêlant les tons d'or et de rouille, les verts profonds et les incarnats. Ici, on pénétre dans l'une des plus vieilles terres d'Occident qui doit presque toute sa configuration au lent et patient travail de l'homme. Aussi y a-t-il urgence à prendre le temps de goûter à la douceur des paysages, à la saveur des fruits, à l'arôme des vins et à s'émerveiller de ce que le Moyen-Age chrétien a inspiré aux tailleurs de pierre et aux architectes. La Bourgogne doit son nom au peuple scandinave des Burgondes qui fixa ici, au Ve siècle, sa longue errance. Ensuite, les moines assurèrent la relève ; aux vignes et aux pâturages, ils ajoutèrent des millliers d'abbayes et de prieurés qui furent des relais pour la foule des Croisés et que scandaient les huit offices quotidiens. Plus tard, la haute magistrature édifiera un admirable décor urbain. Ce seront Auxerre la joyeuse que chanta la poétesse Marie Noël et Dijon, la ville "énigme", attachante et auguste avec sa place d'Armes que domine la statue équestre du grand roi, ses palais, ses loges, ses forges, sa chapelle des Elus où se tenaient les séances solennelles de l'Assemblée bourguignonne. Des ducs aux rois, le pouvoir était symbolisé par les palais et les tombeaux, si bien que la grandeur subsiste comme rassemblée dans une piété minérale.

 


tournus_et_philibert.jpg   Tournus

 

 

 

Partout est présente la mémoire des pierres. Sur le sol de ce vieux pays se déroule un long chapelet de basiliques, monastères, paroisses, oratoires qui surent résister aux méfaits révolutionnaires et conserver leur authenticité. Nous en aurons l'assurance en revisitant Vézelay, temple des récits bibliques, maison très sainte érigée très près du ciel. En ce lieu s'attardèrent Philippe-Auguste, Richad Coeur de Lion, Saint Bernard qui y prêcha la seconde croisade et Saint Louis en route pour la Terre Sainte, ainsi que quelques autres icônes de l'histoire européenne. A l'heure de la prière du soir, la basilique s'ouvre à vous dans son recueillement majestueux après que vous ayez passé le tympan qui a fixé l'éternité dans la pierre. Vézelay est incontestablement l'une des merveilles de l'Occident, car, nulle part ailleurs, l'art roman n'a mieux maîtrisé ses techniques et son inspiration. Tout, dans ce haut lieu, est cohérence, simplicité, dépouillement et grandeur. A la sortie, un peu de temps est nécessaire pour revenir à la réalité des choses, peut-être en parcourant à pied l'esplanade et les remparts qui cernent la colline afin de contempler la lumière s'éteindre progressivement sur les reliefs environnants en se laissant pénétrer par le silence qui veille ainsi qu'un dieu bienfaiteur.

 


Basilique_de_Vezelay_Narthex_Tympan_central_220608.jpg   Vézelay

 

 

Le lendemain, nous nous rendons à Bazoches, qui n'est éloigné de Vézelay que d'une dizaine de kilomètres, château familial de Vauban où l'élégance n'a d'égale que l'harmonie. C'est à Bazoches que s'arrêtèrent Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion en partance pour Jérusalem. On les imagine soupant et dormant dans cette demeure qui jouit d'un panorama unique sur le Morvan. C'est en 1675 que le Maréchal de Vauban en fit l'acquisition grâce à une gratification que Louis XIV lui avait accordée à la suite du siège de Maestricht. Entre deux voyages, il appréciait de venir s'y reposer auprès de sa femme et de ses enfants, d'autant que la demeure à taille humaine, aux pièces claires et bien distribuées, offrait toutes les commodités. Aujourd'hui, elle est occupée par ses descendants qui l'entretiennent avec un soin jaloux et proposent, à qui le souhaite, de venir s'y marier ou d'organiser une fête.  C'est également dans ce château que Vauban élabora une partie de ses études et les plans de plus de 300 ouvrages et échafauda les méthodes d'attaque et de défense des fortifications et places fortes qui firent de lui le maître incontesté de l'architecture militaire. Enfin, c'est dans cette sobre et belle demeure qu'il composa et rédigea ses réflexions sur les sujets les plus divers que, non sans humour, il appelait "ses oisivetés". Il repose sous une simple dalle dans la modeste église du village auprès de sa femme morte peu de temps avant lui, de l'une de ses filles et d'une petite fille décédée en bas âge. Voilà le tracé de vie d'un des plus grands serviteurs de la France.

 


France--Bazoches-du-Morvan--Chateau--12eme-.jpg eglise-et-vaches.jpg

    Le château de Bazoches et le village

                                                      

 

Mais la Bourgogne n'est pas seulement admirable pour sa romanité, ses villes et villages, ses basiliques, monastères et habitations anciennes, elle l'est également pour ses voies d'eau qui la sillonnnent et l'imbibent d'une fraîche clarté. Réunir les fleuves fut une grande ambition ébauchée dès le XVIe siècle et que réalisera le XVIII ème en entreprenant des travaux gigantesques afin de favoriser le commerce fluvial. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui ont choisi la péniche ou le bateau habitable pour s'offrir une croisière et se laisser doucement porter au fil de l'eau et du temps. Rives ombragées, forêts de hêtres, chasse aux libellules et aux papillons, cueillette des champignons, passage des écluses, les minutes s'égrennent. Il y a celles de l'émerveillement, celles de la méditation dans un silence de cathéadrale que composent les ormes et les saules. Pour nous, ce ne sera que quelques balades à pied le long du rivage, puisque nous sommes descendus chez des amis qui restaurent un château médieval et ont ainsi privilégié l'intemporel à l'éphémère.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 


canal1.jpg

 

 

Château de Bazoches
Château de Bazoches

Château de Bazoches

Intérieur du château et portrait de Vauban
Intérieur du château et portrait de Vauban

Intérieur du château et portrait de Vauban

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:46
La conscience de soi : individu ou personne ?

 

« Je pense donc je suis » - disait Descartes. Mais que suis-je ou qui suis-je ? Je suis d’abord un organisme, un animal très évolué dont la première caractéristique est l’unité organique. Je suis un individu semblable à des millions d’autres et néanmoins unique car je n’ai pas mon pareil. Avoir conscience de soi, c’est en un sens avoir conscience de son corps, mais pas seulement. D’autant que je ne l’ai pas choisi, aussi je me définis davantage et mieux par mes sentiments, mes pensées, mes convictions, mes goûts, ma volonté. Tout cela entre dans l’idée de personne et me permet de ne ressembler à nul autre. Cependant, la conscience de soi exige, pour se développer, la vie en société car que serais-je sans l’autre ? Le petit enfant prend d’abord conscience du nom par lequel on l’appelle, il commence par parler de lui à la troisième personne en se nommant. Quand, vers ses trois ans, il parvient à dire « je », il éprouve le besoin de s’affirmer face aux autres par des refus. Par la suite, le travail scolaire, le rôle qu’il tient dans les jeux, les responsabilités qui lui sont attribuées développeront le sentiment de sa personnalité. Ce sentiment s’épanouit chez les adolescents dans toute sa plénitude et suscite une exigence d’affirmation qui s’accompagne souvent d’originalité et d’esprit d’opposition. Quant à l’adulte, il s’identifie selon son statut social faisant siens les avantages qui lui sont donnés à sa naissance, ses succès personnels ou les circonstances heureuses de sa vie, enfin, naturellement, il se définit par son sexe, sa nationalité, son âge, sa profession. Il est fréquent que la personne se confonde avec sa fonction et il n’est pas rare qu’un désarroi dramatique atteigne celles et ceux qui sont soudain dépossédés de leur assise sociale et de leur renom.

 

 

Blaise Pascal rappelait aux grands de ce monde que leur corps et leur âme « sont d’eux-mêmes indifférents à l’état de batelier ou à l’état de duc » et «qu’il n’y a nul lien naturel qui les attache à une condition plutôt qu’à une autre ». Jean-Paul Sartre, ardent défenseur d’une liberté humaine absolue, affirmait, quant à lui, que se confondre avec son personnage serait abdiquer sa liberté et accepter « d’être une essence ». « Je ne suis pas ce que je suis, parce que je ne suis jamais quelque chose » – écrivait-il dans « L’Etre et le Néant ». Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus riche que les choix définis.

 

 

Et notre caractère, nous est-il donné ? Dépend-t-il de notre choix ? Probablement pas, puisque nous voulons presque toujours être autrement que nous sommes, mais on ne change pas plus le caractère que l’on ne change le tempérament. Il serait irréaliste de nier le donné caractériel auquel nous avons à faire, aussi irréaliste que de nier la nature humaine. Toutefois, notre liberté nous autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les événements auxquels nous sommes confrontés.

 

 

Avec la notion de personne, nous sommes conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique. A cette notion de personne se sont attachés progressivement celle de la réalité dans l’ordre de l’être, c’est-à-dire une réalité métaphysique. Au IIIe siècle, les philosophes néo-platoniciens parlaient volontiers de « singularité substantielle » comme on a parlé plus tard du « principe ultime d’individuation ». Ces définitions sont imparfaites et ont fait dire au philosophe Merleau-Ponty que « l’être-sujet est peut-être la forme absolue de l’être ».

 

 

Chez Emmanuel Kant, la personne a une grande importance en tant que sujet moral et « fin en soi », ce  qui suppose sa valeur absolue. Kant justifie une idée qui s’est imposée fortement à la mentalité moderne, celle du respect de la personne humaine. C’est le point de départ de la justification philosophique des droits de l’homme sur lesquels un accord presqu’universel s’est établi de nos jours. Or, face à la notion de personne, nous avons le sentiment d’être à la recherche d’une réalité qui est au-delà des apparences et qu’il est quasi impossible d’atteindre. C’est pour cette raison que l’idée de personne a été critiquée par les philosophes empiristes, en particulier David Hume, qui la considérait comme purement imaginaire. Chez Hegel, l’individualité n’est qu’un moment du développement de l’esprit universel, ce qui a influencé profondément le marxisme, celui-ci se refusant à la notion de personne et privilégiant celle d’individu plus facilement malléable.

 

 

Aujourd'hui, face aux problèmes politiques et scientifiques auxquels nous sommes confrontés, l’idée de personne comme réalité métaphysique est appelée à jouer un rôle essentiel. Dans les rapports entre l’Etat et les citoyens, dans l’organisation de la société, l’idée de personne permet de reconnaître en chaque homme  un être absolument respectable qui ne peut être utilisé comme « moyen », ni sacrifié à des fins collectives, pire mercantiles. Dans le domaine de la médecine, l’abus des médications psychotropes aussi bien que les manipulations génétiques  doivent trouver leur réglementation et leur limite afin de présever l’intégrité de la personne et la sauvegarder sans l’altérer.

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer   ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche