Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 08:33

sacre-du-chevalier-t6998.jpg

 

 

" Le sacré est ce qui donne vie et ce qui la ravit " ( Roger Caillois) 

  

L'Occident a-t-il évacué le sacré de ses préoccupations ? Certaines orientations pourraient nous le laisser craindre.  Il semblerait, en effet, que le  questionnement existentiel, qui incitait l'homme à s'interroger avec perplexité sur ses origines et sa finalité, ne soit plus d'actualité, puisque l'opinion en vogue tente d'accréditer avec force argumentation l'idée que l'univers est vide de toute pensée et que nous roulons vers le néant, nous condamnant, si nous n'y prenons garde, à n'être plus que des citoyens consommateurs qu'il serait aisé d'asservir comme une masse humaine aussi homogène que possible, astreinte à un prêt-à-penser égalitaire. Voilà ce qui risque de se produire, à plus ou moins brève échéance, si l'homme s'éloigne de ce qui, jusqu'alors, en avait fait une créature à part sur notre planète, pour la raison qu'elle peut, tout à la fois, se penser et penser l'univers, se tourner vers le passé aussi bien que se projeter dans l'avenir, et s'imaginer un destin qui outrepasse les frontières fixées par la matière. Un être qui unit chair et esprit.

 


Surprenant que de nos jours, certains jugent superflu l'enseignement de l'histoire qui, de tout temps, a répondu à la problématique d'une époque et d'un lieu donné ; d'autant que dans un monde qui tend à devenir unique et où les problèmes sont globaux, il est capital de se rappeler les parcours différenciés, ce qui singularise et distingue les nations et les peuples les uns des autres, dans le respect de ce qui, dissemblable de nous, nous reste néanmoins proche. N'oublions jamais que l'uniformisation peut devenir un totalitarisme, dont l'objectif serait de métisser les populations afin de les dissoudre et de les standardiser. Si la conquête de la liberté, sans laquelle l'homme ne peut être une personne, comporte des risques et doit être soumise au doute méthodique, elle ne peut pas être écartée davantage que le sacré de la conceptuelle humaine. Il semble impossible qu'un quelconque avenir - respectueux de l'être - s'envisage sans qu'y soient étroitement associées ces deux notions. N'est-ce pas grâce à l'esprit de liberté que l'on pourra susciter des comportements et des modes de participation basés sur le respect d'autrui et n'est-ce pas grâce à la contribution de chacun que l'on trouvera des solutions aux problèmes qui nous sont communs ? Si je comprends mon prochain en ce qui le distingue de moi et s'il me comprend de la même façon, nous pouvons dialoguer, collaborer, nous mettre d'accord sans perdre une identité à laquelle nous ne saurions renoncer, de façon à bâtir une maison planétaire habitable et supportable, en évitant les rivalités ethniques. Nous savons trop bien, désormais, que notre planète est une, elle est donc la maison commune de l'humanité que nous devons administrer, sans évacuer les valeurs qui ont fondé les grandes civilisations et sans refuser, à chaque peuple, de rester lui-même. Et ces valeurs reposent toutes sur les notions de liberté et de sacré. Sans sa relation au sacré, l'homme n'est qu'une enveloppe vide, sans l'exercice d'une liberté contrôlée, il serait rapidement la victime d'un système déshumanisé, bien incapable de gérer ce que l'on appelle communément le potentiel humain.

 


On a connu cela dans un passé encore proche. En effet, le communisme et le nazisme, qui ont dénaturé le XXe siècle, sont les deux seules idéologies qui se sont refusées, l'une et l'autre, à respecter la liberté individuelle et à se référer à une quelconque relation avec la transcendance. Et on sait où elles ont mené les hommes...

 


Or le mondialisme (qu'il ne faut pas confondre avec la mondialisation, échanges commerciaux légitimes entre les pays) risque d'être une idéologie de nature assez proche, que gouvernerait une synarchie technocratique imposée par la haute finance internationale. C'est un autre danger que nous ne devons pas écarter, aussi avons-nous le devoir de rester vigilants. Comment ? En puisant dans notre passé, notre mémoire, notre histoire, les valeurs qui ont servi d'assises aux civilisations et, à la nôtre en particulier, en nous refusant à dilapider un héritage qui nous a fait héritiers. Le refus du conservatisme est une hérésie, car, privée des structures du passé, la modernité n'est qu'une bulle artificielle, illusoire et éphémère. Et comment ne pas se rappeler que l'on ne dure qu'en se prolongeant, et que celui qui ne voit pas loin dans ce qui est passé ne verra pas loin dans ce qui est à venir, se jetant à corps perdu dans une fuite en avant sans motivation et sans but. Parions que le passé, dont nous disons tant de mal, sans le bien évaluer ou le bien connaître, est la seule lumière en mesure d'éclairer l'actualité...de demain.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique  LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"

 

​RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'occident a-t-il évacué la notion de sacré ?
Partager cet article
Repost0
6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 08:13
Lumière dans les ténèbres de Philippe Remy-Wilkin

Ceux qui ont apprécié les histoires de Robert Charles Mathurin, William Wilkie Collins, Joseph Sheridan Le Fanu, Umberto Eco, etc… et les romans historiques, ésotériques, mythologiques, en un mots les grandes énigmes occultes, devraient vite acquérir cet excellent bouquin qui pourrait leur procurer, pendant les prochaines vacances, de grands moments de lecture enthousiasmante au bord de l’eau ou sous un frais ombrage.

 

 

Lumière dans les ténèbres

Philippe Remy-Wilkin (1961 - ….)

 

 

Il y a longtemps que je n’avais pas croisé, au creux d’un paragraphe, le comte de Saint-Germain ou Cagliostro ou, sous d’autres noms d’emprunt, ce personnage qui erre dans l’espace et le temps sans jamais vieillir. Philippe Remy-Wilkin le fait revivre, non il ne meurt jamais, le fait vivre tout simplement dans son épais roman sous le nom du comte de Smaragda. Il en fait l’un des principaux protagonistes de l’étonnante affaire qu’il met en scène, une histoire qui commence par une disparition mystérieuse dans une chambre close. Les éléments essentiels du roman gothique sont présents : la chambre close, la disparition mystérieuse, l’occultisme, un personnage de légende échappant aux lois de la nature…

 

« … nous avons appris avec consternation la disparition du baron d’Alladières… Il était aux environs de 23 heures, cette nuit (13 juillet 1865), quand la police bruxelloise a été mandée au numéro… de la chaussée de Waterloo, à Uccle… Les gardiens de la paix discutaient dans le hall avec leur hôtesse quand d’horribles hurlements ont jailli depuis le premier étage, … Tous se sont précipités. La plus jeune fille du baron… se trouvait devant la porte de son père, prostrée à même le sol… la porte était fermée et le silence seul a répondu aux appels angoissés… A l’intérieur, tout parait en l’état habituel, mais de d’Alladières nulle race. Le silence absolu.

….

Que s’est-il donc passé derrière le mur du castel ? Où sont passés le criminel et sa victime ?.... ».
 

Cet extrait de L’Indépendance belge du 14 juillet 1865 expose l’essentiel de l’énigme, que l’auteur va développer au long de son vaste roman, en mettant en scène outre le baron d’Alladières, son épouse, ses enfants, ses amis, héros de l’indépendance belge, ses ennemis de diverses origines, et toute une armada de personnages plus louches et aussi mystérieux les uns que les autres. On rencontre parmi eux l’incontournable comte de Saint-Germain sous diverses identités comme de coutume, Baudelaire lui-même, des personnages historiques, des personnages de légende, des personnages mythiques, une troupe que l’auteur dirige avec la maestria d’un général napoléonien sur le champ de bataille. Il est difficile d’en dire plus sur l’enquête menée, dans un premier temps, par le Vidocq belge de l’époque et le Rouletabille de service, sans risquer de dévoiler le fil de l’intrigue fort complexe élaborée par l’auteur. Les personnages sont nombreux, pas toujours définis, souvent grimés, changeant d’apparence et d’identité, apparaissant, disparaissant, réapparaissant, il faut être  vigilant pour essayer de comprendre qui est qui car, de plus, comme le dit la voyante instrumentalisée tout est à l’inverse.

« Quand l’esprit galope à rebours, pour assembler les pièces du puzzle ?

La chambre close

Le baron d’Alladières, un personnage si fascinant. Jan Venegoor of Hesselinck. Le comte Smaragda et Hugo Kacelenbogen, le Mélomane. Charles Baudelaire et Gérard de Valnère. Vivien et Aymon de Sainte-Marie. Disparitions et apparitions. Le fantôme. Le baron. Dans le cimetière. Rajeuni. »

 

Avec ce long roman gothique, Philippe Remy-Wilkin s’inscrit dans une lignée d’auteurs qui ont fait la fortune du roman d’énigme, plus ou moins ésotérique, plus ou moins noir, plus ou moins historique, plus ou moins légendaire. Ma lecture m’a rappelé celle de certains écrivains, cités ou non par l’auteur, qui ont une part de familiarité avec ce texte. J’ai pensé d’abord au plus ancien d’entre eux, Charles Robert Maturin et son Melmoth, l’homme errant, puis à William Wilkie Collins, à Joseph Sheridan Le Fanu, à Victor Hugo, à Ponson du Terrail et d’autres encore pour terminer par Umberto Eco et Le pendule de Foucault. Il en fait intervenir certains par le truchement de Baudelaire : de Quincey, Poe, Dickens. Ce livre pourra donc être rangé sur le rayon des grandes énigmes occultes qui ont excité et titillent encore des milliers de lecteurs. Les  romans noirs de notre époque puisent directement leurs racines dans ce riche terreau.

L’auteur fait dire à l’un de ses personnages :

« L’on tend désormais à préférer les ténèbres à la lumière, et c’est le règne de la gothic novel, Sade et la sexualité, les vampires et l’horreur, Vidocq et le crime. On quitte les salons pour fouiller dans les poubelles ou les bas-fonds de l’âme. Et ce n’est pas dégoûtant, c’est passionnant, neuf, vivifiant. Adieu perruques et poudres, artifices et mensonges. »

 

La force et l’habilité de Philippe Remy-Wilkin a été de mêler, sans jamais s’emmêler, des personnages et des événements issus directement de l’histoire, celle de la naissance de la Belgique notamment, des légendes dont celle du Hollandais volant dont il raconte longuement la naissance au son du Vaisseau fantôme de Wagner qu’il fait intervenir dans le récit, des extraits de la tradition ésotérique rosicrucienne et d’autres, notamment celle de Cagliostro, le comte de Saint-Germain ou de Smaragda pour la circonstance, des personnages traditionnels et des événements des folklores et des croyances belges et hollandaises. Un roman qui serait presque une somme de tout ce qui a été écrit précédemment dans ce domaine depuis deux siècles, excellente source pour se remettre en mémoire cette littérature mais aussi l’histoire de la Belgique que certains, comme moi, connaissent mal. Et, comme ce livre est  agréable à lire, les pages tournent vite, et comme il y a au moins un mystère par chapitre, voilà une façon festive de s’instruire.

 

Pour clore mon propos, je voudrais reproduire cette citation pleine de sagesse que l’auteur a mise dans la bouche de l’un des protagonistes : « Recherche la beauté, qu’elle soit fille de la Nature ou de l’Artifice. Ne te contente pas d’être. L’animal est, quand l’homme devient ».

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0
4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 07:36
La place d'Espagne à Séville

La place d'Espagne à Séville

Il y a longtemps que j’aspirais à retourner en Andalousie que je n’avais qu’entrevue, il y a une trentaine d’années, lors d’un séjour au club Méditerranée de Cadix. Mon mari et moi avions programmé alors une visite éclair à Séville par une chaleur caniculaire qui ne m’avait laissé que le triste sentiment d’un rêve inachevé. Il était temps que des villes comme Grenade, Cordoue et Séville s’immortalisent à jamais dans ma mémoire. C’est désormais chose faite avec l’avantage de les avoir visitées au moment où la végétation est dans son plus bel éclat avec ses bosquets de lauriers roses, rouges ou blancs, ses jacarandas aux fleurs pulpeuses d’un bleu violet et ses buissons ardents formés par les bougainvilliers. Car si l’architecture est tellement présente, le monde végétal n’est pas oublié. L’Andalousie est une terre de jardins, de parfums, d’essences rares et semble avoir été composée comme un lieu d’exception offrant à l’homme ce auquel il aspire le plus : la richesse agricole, la mer proche et les routes maritimes ouvertes sur l’océan Atlantique et la Méditerranée, un fleuve navigable le Guadalquivir, un climat idéalement tempéré et doucement rafraîchi par les vents et une situation géographique exceptionnelle.

 

Rien d’étonnant à ce que, très tôt, le sud de la Péninsule Ibérique ait été convoité par différentes civilisations. Déjà les navigateurs orientaux élaborèrent des plans de voyage et d’ambitieux projets coloniaux pour annexer ce pays de Cocagne, dont les Phéniciens, bientôt rejoints par les Carthaginois et les Romains. Almilcar, général carthaginois, débarquera à Cadix en 237 av. J.C. et ne mit pas moins de dix ans pour assurer sa suprématie. La péninsule fut ainsi le théâtre de luttes violentes où s’affrontèrent, à la suite des Carthaginois et des Romains, les Wisigoths puis les Arabes qui donnèrent au  pays le nom de al-Andalous, d’où celui d’Andalousie, conférant à cette terre conquise une splendeur civilisationnelle incomparable qui ne cesse de nous éblouir aujourd’hui. Durant les sept siècles de domination arabe apparurent de nombreuses inventions techniques, artistiques, scientifiques, botaniques et économiques et furent conçus quelques-uns des plus beaux fleurons de leur inspiration, ne serait-ce que l’Alcazar de Séville, la mosquée de Cordoue et l’Alhambra de Grenade. Par la suite, les rois catholiques ne seront pas en reste et poursuivront sur cette voie artistique et architecturale, imprimant leur marque grâce à leurs palais, leurs cathédrales, leurs places, leurs musées, si bien que l’Andalousie est peut-être le patchwork le plus saisissant de ce que l’homme peut imaginer de plus rare et de plus élaboré.

La Giralda de Séville

La Giralda de Séville

L'alcazar
L'alcazar

L'alcazar

Ce n’est pas sans raison que ces trois villes sont considérées comme le triangle d’or andalou et composent l’empreinte savante des civilisations musulmane, juive et chrétienne, illuminant la région de leurs trésors architecturaux. La richesse de la terre autour du Guadalquivir et l’eau qui descend en abondance des hauteurs de la Sierra Nevada ont permis à l’homme de construire des palais et des jardins d’une grande beauté et d’une parfaite harmonie. Pour les poètes arabes, l’Andalousie était « le pays à deux doigts du paradis ». Par chance, elle a conservé le goût de ses traditions : le flamenco bien sûr, les fêtes religieuses, les processions innombrables et l'élevage des taureaux et des chevaux, animaux virils et emblématiques de l’Andalousie. Les oiseaux sont également nombreux à nicher dans les marais, dans les déserts dignes du Far West ou le long des plages blanches inondées de soleil. Il n’est pas rare d’apercevoir des cigognes, des flamands roses au long des berges du fleuve et d’innombrables oiseaux de mer dans le golf de Cadix. En Andalousie, aucune ville ne ressemble à l’autre, tant chacune d’elles a son caractère et a veillé à le conserver. Entre les villes s’étendent des plaines couvertes de céréales, des champs de coton, des vignes, des oliveraies et d’amples reliefs qui posent leur ombre imposante sur les cultures.

 

La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.
La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.

La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.

Au bord d’un méandre du Guadalquivir, Cordoue la rêveuse exprime le charme ensorcelant de l’Orient. Avec sa mosquée aux 850 colonnes, monument allégorique de l’architecture musulmane et chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, elle est la plus belle cité médiévale d’Espagne, celle qui envoûte ; tandis que Séville, la joyeuse, est la cité phare de l’histoire espagnole où les cultures chrétienne et musulmane ont vécu une stimulante cohabitation. Quant à Grenade, la romantique, elle se résume à la splendeur des palais des princes Nasrides édifiés sur leur colline inspirée. Rien n’est plus beau, sans doute, que l’ensemble de ces palais et leurs jardins de myrrhe,  de roses et de jasmins où le temps ne cesse plus de s’éterniser. C’est dans le palais « Los Leones » que, de retour de Jérusalem, Chateaubriand avait rendez-vous avec son amour d’alors, la belle Nathalie de Noailles, probablement  parce que ce lieu résume ce que l’on peut imaginer de plus éloquent dans l’expression de la douceur de vivre. «  L’Alhambra semble être l’habitation des génies ; c’est un de ces édifices des Mille et une Nuits que l’on croit voir moins en réalité qu’en songe. On peut se faire une juste idée de ces plâtres moulés et découpés à jour, de cette architecture de dentelles, de ces bains, de ces fontaines, de ces jardins intérieurs où des orangers et des grenadiers sauvages se mêlent à des ruines légères. Rien n’égale la finesse et la variété des arabesques de l’Alhambra. Les murs chargés de ces ornements ressemblent à ces étoffes de l’Orient que brodent, dans l’ennui du harem, des femmes esclaves. Quelque chose de voluptueux, de religieux et de guerrier, fait le caractère de ce singulier édifice » - écrira-t-il.

Que puis-je ajouter à cette description d’un ensemble architectural hors du temps qui résume à lui seul ce que l’art et la poésie ont su associer dans une perfection inégalée et que le souvenir réactualise en une vision féerique.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

P.S. Je tiens à signaler une chose remarquable en Andalousie :  les publicités au long des routes et à l'entrée des villes ont été supprimées. Qu'attends la France pour en faire autant ! 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Grenade
Grenade

Grenade

Retour d'Andalousie
 L'Alhambra

L'Alhambra

Retour d'Andalousie
Retour d'Andalousie
Les jardins de Generalife à Grenade.

Les jardins de Generalife à Grenade.

Partager cet article
Repost0
21 mai 2018 1 21 /05 /mai /2018 07:44
Le rêve de Dieu de Krsté Tchatchanski

Cette semaine, je vous invite à un détour dans une région que je n’ai jamais visitée, un pays de notre continent dont on parle bien peu, la Macédoine. Celui-ci a connu de bien pénibles épreuves que nous avons oubliées ou même ignorées. Alors pour rafraichir nos mémoires, je propose cette lecture.

 

 

Le rêve de Dieu

Krsté Tchatchanski (1949 – 2003)

 

 

Pendant les années titistes et peut-être même un peu après, dans un petit village de la région du lac d’Orihd, au sud de la Macédoine, Nicolas, dit Nicolas le Tsar, qui a vaillamment combattu les Allemands pendant la guerre, disparait précipitamment pour éviter d’être emmené par la police révolutionnaire. Le pouvoir lui reproche son opposition au collectivisme et à la révolution. Son fils Vergo assistera avec sa mère, tous deux impuissants, à la perquisition de la police.

 

Bien des années plus tard, Vergo revient au village avec le cœur plein de rancune à l’endroit de son père toujours absent dont certains disent, en ricanant, qu’il a été émasculé dans les geôles du pouvoir, et rempli de haine à l’encontre de l’assassin de sa sœur alors qu’elle était une toute jeune fille. Son épouse a plongé dans la folie, il a rompu avec sa maitresse, Emilia, pour ne pas la délaisser. Il a juré vengeance sur la dépouille de sa sœur et  il rentre au village pour assouvir celle-ci. Emilia voyage avec une troupe de comédiens, elle croit de moins en moins que Vergo quittera sa femme. Leurs histoires parallèles se rejoindront peut-être au bout de ce long chemin de douleur qui symbolise les malheurs que le peuple macédonien endure depuis des lustres.

 

Ce récit, achevé alors que commençait le martyr de Sarajevo, rappelle que la Macédoine a subi l’emprise douloureuse des armées allemandes, qu’elle les a combattues vaillamment aux côtés du Maréchal Tito,  mais a été obligée de plier sous le joug du régime imposé par le Maréchal victorieux. Elle nous rappelle surtout que cette terre fut un royaume fort et fier, désormais découpé en trois parties au grand dam de ce peuple humilié et dispersé qui ne trouve plus les moyens de sa subsistance dans son propre pays. Condamnés à l’exil, les hommes ne reviennent chez eux que pour y être inhumés, comme Nicolas le Tsar. « Est-elle donc maudite cette terre macédonienne que je veux réunifiée et entière ?! »

 

Le texte de Tchatchanski peut dérouter le lecteur, tant il est composé de pièces dispersées qu’il faut ré-assembler afin de reconstituer l’intrigue. Comme les pièces, qui donnent les éléments de compréhension nécessaires au lecteur, sont placées à la fin du texte, il est impératif de rester vigilant tout au long de la lecture de manière à ne pas perdre le fil de l’histoire en suivant les chemins séparés d’Emilia et de Vergo. Ces deux personnages se rejoindront peut-être un jour comme les trois parties de la Macédoine pourraient être réunies elles aussi …. un  jour…. le  jour où les balles,  qui sifflent déjà aux frontières du pays, créeront un ordre nouveau dans les Balkans. Peut-être ?

« La Macédoine est une terre biblique et elle est le rêve de Dieu ».

 

Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

Paysage de Macédoine

Paysage de Macédoine

Le drapeau macédonien

Le drapeau macédonien

Partager cet article
Repost0
15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 07:00
Blues Social Club de Lorenzo Cecchi

J’ai lu ces nouvelles peu après leur publication, quelques jours après le décès de Johnny Hallyday et j’y ai trouvé matière à lui adresser un clin d’œil posthume tant ces textes sont brûlants, voire enflammés.

 

 

Blues social club

Lorenzo Cecchi (1952 - ….)

 

 

« Allumer le feu, allumer le feu
Et faire danser les diables et les dieux
Allumer le feu, allumer le feu
Et voir grandir la flamme dans vos yeux
Allumer le feu
 ».

 

Le feu, Lorenzo l’allume sans retenue aucune dans ce recueil de sept nouvelles publié quelques jours seulement avant le décès de Johnny. La force des flammes boutées à un matelas déposé dans un couloir pour incendier un étage, ou à l’escalier d’un autre bâtiment pour apaiser une obsession. L'auteur allume aussi le feu de la colère dans les tripes de gars vexés et humiliés, de même que le feu de l’amour dans le cœur de l’amoureux transi et le feu destructeur des bombes lâchées par les terroristes. Le feu dévore ces histoires au rythme du blues et du rock n’roll qui envahit le livre où l’on croise Robert Johnson, Big Bill Bronzy, Elmore James, B.B. King, Bill Haley et Chuck Berry dans un rythme infernal et intense.

 

Un éditeur véreux connait les flammes en essayant de se refaire pour retrouver un passé plus glorieux mais entaché d’une faute définitive. Obsédé par la musique endiablée des voisins du dessus, un pauvre type les enflamme. Quand l’élève dépasse le maître, celui-ci se laisse gagner par le feu de la colère. Le jeune professeur est consumé par le feu de l’amour qu’il éprouve pour la fille du pochtron le plus assidu du bar. Le chat-dans-la gorge met le feu dans les larynx des hôtes qu’il n’aime pas. Maman est à Mallbeek, le jour où le feu des bombes ravage tout, comme ces bombes peuvent également sortir du sac étrange du mystérieux voisin. Voilà sept histoires de feu, de flammes et de musique endiablée, sept aventures bousculant définitivement la vie de gens ordinaires.

 

J’ai retrouvé, à la lecture de ces nouvelles, des impressions que j’avais déjà eues lors de la lecture de Contes espagnols de Lorenzo, j’avais alors « surtout trouvé beaucoup de vie, d’envie de vivre ». Alors que ces dernières nouvelles sont plus sombres et que  leur chute est presque toujours très noire. Après cette dernière lecture, je ne pourrais pas écrire : « Un recueil à mettre à son chevet pour lire un ou deux textes les soirs de blues ». Je conseillerais plutôt cette lecture pour les jours où l’on se sent fort, ceux où l’on a envie de chanter :

 

« Je veux la foudre et l'éclair
L'odeur de poudre, le tonnerre
Je veux la fête et les rires
Je veux la foule en délire
 ». (Texte de Johnny Hallyday)

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur, de face, feuilletant son ouvrage.

L'auteur, de face, feuilletant son ouvrage.

Partager cet article
Repost0
7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 06:51
Armaguédon Strip de Frédérick Houdaer

Avec ce roman Frédérick Houdaer cherche à démontrer que nous sommes souvent victime de manipulations de la part des religions mais aussi de la part d’autres organismes bien éloignés des croyances religieuses, qu’il n’existe pas de vérité universelle, qu’il faut créer sa propre vérité pour pouvoir construire sa vie.

 

                                 Armaguédon strip

Frédérick Houdaer (1969 - ….)

 

 

EphèZ, dessinateur de BD à la notoriété naissante, est à l’hôpital où il attend sa sœur Isa, écologiste militante, pour choisir une option très grave, ils doivent décider ensemble si les médecins peuvent pratiquer une transfusion sanguine sur leur mère en danger après un accident de la circulation. Le problème pourrait paraître simple mais leur mère est une militante très assidue des Témoins de Yahweh, une secte qui interdit la transfusion sanguine, et elle a déjà averti plusieurs fois qu’elle préférait la mort au sang d’un autre, d’un inconnu, d’un mécréant peut-être. Mais la sœur et le frère passent outre les recommandations maternelles, ils ont rompu depuis longtemps avec ces croyances.

 

Cet épisode est pour le fils un moment important où il se remémore le chemin parcouru avec sa mère depuis qu’il l’accompagnait dans son porte-à-porte prosélyte ou quand il dessinait ses premiers personnages dans la marge des revues qu’elle distribuait. Sa sœur et lui ont-ils réellement, totalement coupé les liens avec les pratiques maternelles ? Ce n’est pas l’avis d’Emilie, la copine d’EphèZ, l’enseignante en science, elle n’accepte pas les théories d’Isa, l’écologiste très active, elle participe à des missions commandos la nuit dans des usines ou autres lieux stratégiques pour l’écologie. Elle reproche aussi à son conjoint certaines reliques des comportements maternels ; mais oublie-t-on jamais son éducation première ?

 

Frédérick Houdaer a saisi ce trio à un moment crucial de leur vie, notamment pour EphèZ, qui n’était jusqu’alors qu’un adolescent attardé, vivant dans son cocon auprès d’Emilie qui remplace  sa mère. Désormais, il sait que la mort est possible, il en a vu la présence à l’hôpital, et de plus sa copine est enceinte et il va devenir père, cela lui fait d’ailleurs terriblement peur. Cette perspective va l’obliger à grandir brusquement, à devenir un adulte à temps complet, à accepter son passé, sa mère scientifique brillante qui a tout plaqué pour entrer en religion, son père qui a quitté cette mère obnubilée par sa foi et construire sa vie et celle de sa famille.

 

Il a bien compris que cette secte n’est qu’une forme d’intégrisme religieux avec tout ce que cela comporte : la manipulation des plus faibles, les pressions sur les fidèles, les pollutions en tout genre …. Mais, de l’autre côté, il voit qu’il y a aussi des intégristes scientifiques qui manipulent  beaucoup de monde et pas toujours pour rechercher le bien-être de l’humanité. L’espace d’une gestation, Frédérick Houdaer va tenter de rendre EphèZ adulte et responsable et à trouver les réponses aux questions auxquelles il doit désormais répondre : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi faire ?

Dis Frédérick, c’est quoi la vie ?


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Armaguédon Strip de Frédérick Houdaer
Partager cet article
Repost0
30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 09:53
Ma très chère grande soeur de Gong Ji-young

Encore un détour par la Corée pour découvrir ce joli roman plein d’amour et de tendresse qui rappelle qu’on oublie souvent les plus humbles qui ont été pourtant des êtres nécessaires dans notre construction personnelle et dans la personnalité sociale que nous sommes devenus.

 

 

Ma très chère grande sœur

Gong Ji-young (1963 - ….)

 

 

« Bongsun a encore disparu, m’a annoncé ma mère… Mon Dieu elle a déjà eu quatre enfants de pères différents…. » Bongsun c’est la jeune fille recueillie par la famille de la narratrice alors qu’elle n’était qu’une enfant maltraitée par une famille d’accueil. C’est elle qui a pour bonne partie élevé celle qui est désormais une écrivaine reconnue, celle qui raconte cette histoire alors qu’elle traverse une période perturbée par son divorce. A l’annonce de cette nouvelle, la narratrice se souvient de la fille, âgée d’une dizaine d’année de plus qu’elle, qui l’accompagnait partout, la prenant en charge comme une petite maman ou comme une grande sœur attentionnée.

 

La famille n’est pas fortunée, la mère travaille au marché pour faire bouillir la marmite, le père est parti aux Etats-Unis pour reprendre des études pouvant lui assurer l’accès à un travail mieux rémunéré. Malgré les difficultés, la mère ne veut pas renvoyer Bongsun qui, peu à peu, se transforme en une petite bonne au service de la famille. Quand le père revient et trouve un excellent emploi lui assurant des revenus de plus en plus conséquents, la mère veut à son tour jouir d’une vie de bourgeoise et déplore que sa bonne ternisse l’image de sa famille et surtout la sienne.

 

Bongsun est une fille d’humeur égale, travailleuse et souriante, elle s’occupe comme une sœur de la narratrice alors âgée de quatre/cinq ans. Après quelques humiliations, elle comprend qu’elle ne fera jamais réellement partie de la famille et ne résiste pas longtemps à l’appel de la chair. Elle avorte d’un premier bébé, fruit des œuvres d’un vilain garçon qui la tabasse, avant de se marier avec un homme plus âgé qui décède rapidement de la tuberculose. Elle avait été utilisée par la famille du défunt pour lui donner un héritier, ce qu’elle n’eût pas le temps de faire. La narratrice poursuite ses études au collège puis à l’université et se détache de plus en plus de cette fille qu’elle finit par chasser de son esprit jusqu’au jour où sa mère l’informe de la nouvelle aventure qu’elle a entreprise. En plein divorce, elle réalise ce que fut cette fille pour elle quand elle était une enfant un peu livrée à elle–même avec une mère trop occupée par son travail puis par son image et un père trop haut placé pour s’intéresser aux problèmes familiaux et ancillaires.

 

Gong Ji-young est une romancière très connue en Corée où ce livre a déjà été édité trois fois. Née en 1963, elle a connu la dictature et lutté pour les droits de l’homme, la condition des femmes, des enfants, des travailleurs, des handicapés, des homosexuels… Ces thèmes se retrouvent, pour la plupart, dans ce roman, ils ne sont jamais évoqués avec haine ou violence, toujours avec douceur et conviction. L’auteur démontre que l’amour et la tendresse sont certainement plus forts que la brutalité et l’exclusion sociale. En lisant cet ouvrage, on a l’impression que plus les gens s’enrichissent plus ils deviennent intolérants, autoritaires, intransigeants et surtout très soucieux de ce qu’ils ont et ont peur de perdre. Bongsun n’a rien, seulement des malheurs et des misères, alors elle n’a peur de rien, elle n’a rien à perdre, elle peut sans aucun risque garder l’espoir qu’un jour la roue tournera, qu’un homme l’aimera et la fera vivre décemment, elle n’en veut pas plus. Une plongée dans le passé faisant sourdre l’amour que cette fille a donné à l’auteure, mais aussi l’ingratitude et l’orgueil dont celle-ci a fait preuve à l’endroit de celle qui a guidé ses pas jusqu’à l’entrée au collège.
 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Ma très chère grande soeur de Gong Ji-young
Partager cet article
Repost0
25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 09:41
Véronique Desjonquères
Véronique Desjonquères

Véronique Desjonquères

François-Xavier de Boissoudy

François-Xavier de Boissoudy

« Seigneur montre-nous le Père » nous propose, dans sa nouvelle exposition, à la galerie Guillaume dans le VIIIe arrondissement de Paris du 6 avril au 2 juin, le peintre François-Xavier de Boissoudy, tandis qu’à la galerie Visual Art Centre de Hong-Kong du 9 au 13 mai, Véronique Desjonquères – dont je vous ai déjà parlé – expose ces dernières créations (avec la sculptrice Gaelle Schoebel) sur le thème du  Regard. Voici deux peintres dont j’apprécie le parcours et qui, l’un et l’autre, ont pour souci de proposer à notre contemplation une réalité augmentée par l’influx délicat du spirituel. Car, depuis quelques décennies, nous ne cessons de rétrécir dangereusement notre champ de exploration, pris dans l’engrenage tout puissant du matérialisme et de l’immédiateté.

 

La paternité selon Boissoudy est avant tout une relation paradoxale qui veut que le père se retire progressivement pour mieux permettre au fils d’aller de l’avant et de se réaliser en tant qu’homme. Ainsi cette scène de « Sur les épaules », que Boissoudy a réalisée à plusieurs reprises, du fils émerveillé de voir, grâce à son père, le monde environnant sous un angle nouveau et à une meilleure altitude. Le souci principal du peintre étant d’élargir notre horizon.

"Sur les épaules " de François-Xavier de Boissoudy

"Sur les épaules " de François-Xavier de Boissoudy

Véronique Desjonquères, quant à elle, attache beaucoup d’importance au regard. Celui que l’on pose quotidiennement sur ce qui nous entoure peut-il être une source permanente d’étonnement et d’admiration ? Oui,  si nous chargeons ce regard d’amour et d’interrogation et si nous saisissons la vie au-delà de nos postulats et de nos préjugés. Ce souci est celui constant de cette artiste exigeante qui se consacre, depuis plusieurs années, à nous révéler la beauté de la Création et la noblesse de la Personne humaine. Elle entend capter la vie dans ce qu’elle a de plus simple, de plus quotidien, mais aussi de plus magnanime, de plus intime et de plus secret. De renouer avec le paysage intérieur.

 

Alors que François-Xavier  de Boissoudy a opté  pour un lavis d’encre largement étalé sur la surface, souvent enrichi d’un ocre puissant qui donne à ses toiles une vigueur tellurique, Véronique Desjonquères a choisi une pâte colorée qui capte le regard, anime la vie, surprend le mouvement, s’attarde sur l’expression de ses personnages qui ont vocation à nous captiver, visages non plus déconstruits ou dénaturés mais réhabilités dans leur authenticité. Je dirai que là où François-Xavier de Boissoudy rend témoignage, Véronique Desjonquères nous convie à entrer en dialogue.

 

Se refusant à la vision d’un monde qui se défait et à l’image d’un homme victime d’un désamour, ces deux artistes nous convient à partager une démarche tout aussi inspirée de l’extérieur que de l’intérieur. Le peintre se fait en quelque sorte le médiateur du visible et de l’invisible, le créateur d’un continent nouveau qu’il propose à notre sensibilité. Il nous dit qu’il y a mieux que l’amour de soi, mieux que le numérique et une existence vouée à l’éphémère, qu’il existe quelque part, pour chacun de nous, la possibilité d’une vie dédiée à la beauté et à la méditation. Soudain, à contempler leurs toiles, il semble que l’invisible s’incarne, que la grâce devient une visiteuse familière.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI
 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Pour consulter la vidéo de l'exposition "Regards" à Hong-Kong de Véronique Desjonquères et  de Gaelle Schoebel, cliquer   LA

 

Et pour prendre connaissance du précédents article sur Véronique Desjonquères, cliquer sur son titre :
 

Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé

 

Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères
Toiles de Véronique Desjonquères

Toiles de Véronique Desjonquères

Partager cet article
Repost0
23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 06:46
Les aventures des quatre derviches de Mir Amman

Cette semaine, je vous propose un texte issu du Moyen-Âge, transcrit plusieurs fois avant d’être réédité récemment par Phébus. C’est une suite d’histoires mises en abyme qui raconte les tribulations des marchands qui établissaient le lien, au XIVe siècle, entre l’Extrême-Orient et le Moyen-Orient et faisaient voyager les marchandises plus loin que les hommes.

 

 

Les aventures des quatre derviches

Mir Amman (1748 – 1806)

 

 

« Donne-moi actuellement à boire, ô échanson ! Un vin généreux, afin que mon esprit ne soit jamais émoussé. Il me faut un vin très capiteux, car je vais mettre le pied dans l’étrier du voyage ». Chaque chapitre du récit des aventures des quatre derviches commence par une requête de ce type, c’est une idée généreuse et judicieuse car ce voyage est particulièrement mouvementé.

 

Mais avant de détailler les aventures des derviches, il faut évoquer l’histoire de ce texte. Selon les propos liminaires de l’éditeur, il a été composé au XIVe siècle en langue persane et attribué, par la tradition littéraire, au poète indo-musulman Amir Khorso. Il a ensuite été traduit en persan et en ourdou par plusieurs rédacteurs, la version publiée est celle établie par Mir Amman, dactylographiée en 1803 à Lucknow et traduite de l’ourdou en français par Joseph-Héliodore Garcin de Tassy qui vécut au XIXe siècle.

 

Ce récit est celui d’un roi très riche et puissant et cependant fort malheureux car il n’a pas d’héritier. Un soir, qu’il erre dans les ténèbres, il rencontre quatre derviches qui viennent de décider de se raconter leurs aventures respectives pour rester éveillés. Ils acceptent que le roi partage leurs récits et quand les deux premiers derviches eurent narré leur périple rocambolesque (ils auraient pu inventer l’équivalent de ce qualificatif avant que Ponson du Terrail ne s’essaie à l’écriture), le roi leur demande de l'écouter car il veut lui aussi raconter les folles aventures advenues à la fille de son vizir qui tentait de sauver son père de la peine capitale encourue pour cause de mensonge. Cette jeune fille voulait prouver au roi que son père n’avait pas menti. Les aventures des deux derniers derviches sont un peu « expédiées » par l’auteur. Il faut préciser qu’il avait déjà fait preuve de beaucoup d’imagination pour narrer les précédentes et qu’il commençait à se répéter et à épuiser ses ressources. Ce texte est construit selon le principe de l’enchâssement ou de la mise en abyme, ce qui facilite la redite car l’histoire, s’inscrivant dans une autre histoire, en reprend souvent les mêmes éléments et les mêmes causes.

 

Ces aventures surréalistes, relevant davantage du conte que de la réalité, sont fondées sur un schéma qui semble toujours identique : un marchand riche, même très riche, ou un prince tout aussi riche, part pour un long périple avec un objectif noble et, chemin faisant, il croise une femme sublime, inaccessible, qu’il parvient cependant à séduire et à emmener avec lui,  mais, en cours de route, il est attaqué par des bandits ou autres adversaires tout aussi inquiétants et mal intentionnés qui le battent à mort ou presque. A ce moment surgit, soit un vieillard, soit une sorcière, soit un chaman, qui lui rend vie, santé et fortune mais, hélas, la belle est souvent la victime de ces violentes échauffourées. Le héros, quant à lui, revient presque toujours à son point de départ en ayant acquis ou développé sa fortune et sa réputation.

 

Ces histoires, si elles peuvent paraître fantastiques, surgissent tout droit de la folle imagination des poètes de l’Orient médiéval mais ne s’inspirent pas moins de quelques réalités historiques qu’il serait intéressant d’étudier de façon plus précise. Elles réservent, pour un grand nombre d’entre elles, une place importante aux marchands qui ont sillonné les mers et les terres entre Ceylan et la Méditerranée occidentale, afin  d’approvisionner les fameuses « échelles d’Orient » où les Occidentaux venaient, depuis les Croisades, acheter les produits de la lointaine Chine et du Sud-est asiatique. Ce sont eux qui ont permis aux marchandises de voyager plus loin que les hommes malgré les aléas de ces expéditions si bien mises en scène dans les récits. Il faudrait aussi analyser plus finement la présence systématique de la belle qui, comme dans les poésies de l’amour courtois, n’est peut-être que la métaphore de la connaissance, de la liberté, de la justice, … que les « Quatre derviches et un roi cherchent à poursuivre (comme) leur but » ultime.

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Les aventures des quatre derviches de Mir Amman
Partager cet article
Repost0
16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 08:16
La méthode Sisik de Laurent Graff

Un homme qui a connu sa femme lors d’un « speed love » s’en lasse vite au point d’éprouver des envies de meurtre après la naissance de leurs trois enfants. Un meurtre par « méditation », jamais commis, seulement pensé, tout droit inspiré par l’odieux assassinat perpétré par Dupont de Ligonnès. Il découvre ainsi la spirale infernale qui sclérose ce nouveau monde : pénalisation à l’extrême des plus petits délits ou simples envies de mal faire, détection facilitée de ces faits grâce à des matériels très sophistiqués, judiciarisassions outrancière de la société et condamnation à des peines de plus en plus lourdes. Laurent Graff, avec cette caricature de notre société, semble vouloir dénoncer la restriction de plus en plus sévère des libertés individuelles, la surveillance de plus en plus étroite des citoyens, la judiciarisassions de plus en plus systématique des rapports sociaux, l’incarcération pénale de plus en plus fréquente, la surpopulation des prisons…

 

Cette situation conduit le système judiciaire à trouver des peines allant de plus en plus loin pour stigmatiser les crimes les plus odieux. Ainsi un chercheur, un certain Salvador Beckett, met au point une prison capable d’accueillir des condamnés à la détention au-delà de la perpétuité, la détention éternelle. Pour concevoir son projet il s’est inspiré de la vie d’un homme dont l’administration a fini par s’inquiéter de son existence alors qu’il avait déjà cent vingt ans. Ce vieillard, Grégoire Sisik, vivait seul et après une carrière professionnelle très linéaire, toujours chez le même employeur, il a organisé une vie simple, composée de journées parfaitement identiques : horaires réguliers, toujours la même alimentation donc toujours les mêmes courses à horaires réguliers, toujours les Variations Goldberg jouées par Glenn Gould comme musique et chaque après-midi le visionnage du Samouraï avec Alain Delon

 

Ainsi, Grégoire Sisik vit des journées toutes parfaitement identiques et comme il ne fréquente personne, il n’attend jamais rien et comme il n’attend rien il a supprimé la principale mesure de quantification du temps : le temps de l’attente, le temps de l’impatience, le temps d’avoir, de recevoir, de percevoir, quelque chose. Ainsi la notion du temps lui échappe totalement au point de faire disparaître le vieillissement lui-même. Grégoire Sisik vit hors du temps jusqu’à ce qu’un bureaucrate zélé vienne s’assurer qu’il est toujours en vie et que c’est bien lui qui perçoit la pension que la caisse de retraite lui verse. On a l’impression que Laurent Graff aurait lu Histoires vraies de Blaise Cendrars où l’on peut lire ces quelques lignes : « Quelle chose étonnante que la lecture qui abolit le temps, terrasse l’espace vertigineux sans pour cela suspendre le souffle, ni ravir la vie du lecteur ! »

 

Les gens de l’extérieur ayant découvert son grand âge, veulent découvrir ce phénomène et savoir comment il a pu devenir aussi vieux sans aucune assistance. La science analyse son existence et essaie de la reproduire pour en faire un modèle qui permettra peut-être de voyager dans l’espace au-delà des limites du temps.

 

Avec ce texte un peu trop réaliste pour être une vraie fable, Laurent Graff nous raconte une histoire surréaliste, drôle, « ébouriffante », plutôt inquiétante, car on sent bien que derrière la drôlerie pointe une critique à peine voilée des dérives de notre société, des dérives qui pourraient nous conduire dans des situations beaucoup moins drôles que celles qu’il a décrites. Notons aussi qu’encore une fois Laurent Graff a su faire preuve d’une grande créativité et que son art de la formule, de l’image et des situations cocasses donne comme toujours un éclat certain à ses textes.
 

Denis  BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteur

L'auteur

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche