Il faut bien l’admettre : si nos traditions subsistent encore, elles perdent progressivement, sous le coup d’un laïcisme conquérant et un consumérisme roi, leur sens profond. L’heure est venue de cacher ces saints et ces crèches que l’on ne saurait voir et de traquer les manifestations offensantes, aux yeux de nombre d’entre nous, du moindre signe de religiosité. Ainsi la Toussaint a-t-elle été progressivement remplacée par Halloween, ses citrouilles et ses sorcières et Noël transmué en fête de la famille ayant pour but d’en rassembler les membres autour d’un bon repas et d’une distribution de cadeaux. A croire que nos vieilles traditions sont plus périlleuses que les attaques terroristes !
Existant depuis les premiers siècles, la crèche est le symbole par excellence de Noël. La première célébration de la nuit de Noël aurait eu lieu au VIe siècle dans l’église Ste Marie Majeure de Rome, alors que la première crèche était instaurée au XIIIe siècle par St François d’Assise. En 1223, il organisa dans une grotte de Greccio, en Italie, une crèche avec des personnages et animaux vivants, initiative qui fut reprise dans toute l’Italie avant de gagner la Provence et une grande partie de l’Europe. Peu à peu, les acteurs seront remplacés par des figurines. Au XVIIIe siècle, la crèche entre en résistance dans le foyer familial, crèche domestique qui donne lieu à un véritable engouement. En effet, la Révolution française ayant exigé la fermeture et l’interdiction des églises, elle suscite un élan spontané à la crèche intime. Plus moyen de voir Jésus à l’église, eh bien on l’installera chez soi et les santonniers feront fortune. Rien n’arrêtera les Provençaux qui, avec les matériaux à leur disposition (mie de pain, pâte à papier, argile), reproduiront la scène de la Nativité. « Et ils se sont représentés eux-mêmes, leurs villages et les petits métiers de l’époque » - rappelle Denis Muniglia.
Quant au sapin, il est une coutume enracinée depuis des siècles. En 1738, la reine Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, fera installer le premier arbre de Noël à la cour de Versailles pour ses nombreux enfants, symbole de vie et de fécondité. L’origine païenne de son culte remonte aux Celtes qui avaient pour usage d’associer un arbre à chaque mois lunaire. L’épicéa correspondait à la renaissance de la lumière, fin décembre. Pour les catholiques, c’est St Boniface qui introduira le sapin de Noël au VIIIe siècle mais il faudra attendre 1521 pour découvrir la première mention officielle du sapin de Noël en Alsace.
En ce qui concerne le marché de Noël, il date de 1434. Il s’agit d’un document qui l’évoque à Dresde en Allemagne le lundi précédant la fête de la Nativité. Très vite les marchés allemands et alsaciens feront des émules et les villes seront de plus en plus nombreuses à en organiser. Et le père Noël ? Il est attendu depuis près de deux siècles par les enfants du monde entier la nuit du 24 décembre. Selon la tradition, il arrive sur un traîneau chargé de cadeaux, tiré par des rennes et glissant en silence dans un ciel étoilé. Mais tout le monde s’accorde à reconnaître que ses origines sont bien plus anciennes. Ce serait un certain Nicolas, évêque de Myre en Lycie qui, au IVe siècle, devenu célèbre par sa générosité et sa compassion, aurait inspiré ce si sympathique personnage légendaire. A sa mort, il fut immédiatement béatifié et fit l’objet d’un véritable culte. Des centaines d’églises lui furent dédiées et il devint en Europe le saint patron des enfants. Sa fête, célébrée le 6 décembre, donne lieu à une distribution de friandises et de cadeaux aux enfants. Mais St Nicolas, s’il est représenté depuis toujours avec une barbe blanche et un manteau rouge, ne voyageait qu’à dos d’âne. Ce sont les Scandinaves qui lui ont procuré un traîneau et des rennes plus conformes à leur climat. George Sand fut la première, en 1855, à faire référence au bonhomme de Noël et, ainsi, à entrouvrir la porte à son incroyable célébrité en France. Ainsi Noël s’inscrit-il dans des traditions qui ont perduré à travers le temps avec leur joyeuse naïveté, mêlant le fantastique et le merveilleux et plongeant aux sources de notre civilisation, à sa mémoire et à ses rites.
Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer ICI








/image%2F1426042%2F20210328%2Fob_d2c4a2_prousts-muse-nina-ricci-julien-vidal-g.jpg)



/image%2F1426042%2F20151118%2Fob_fc99b8_elisabeth-louise-vigee-le-brun-m259297.jpg)
/image%2F1426042%2F20151118%2Fob_6bdbad_evl-duchesse-de-polignac-1782.jpg)
/image%2F1426042%2F20151118%2Fob_da5443_evl-julie-1797.jpg)
/image%2F1426042%2F20151118%2Fob_48b9c2_evl-madame-de-stac3abl-en-corinne.jpg)

















/image%2F1426042%2F20151016%2Fob_f085d6_08-abbaye-saint-wandrille.jpg)












