Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 09:17
Concert/Lecture du 19 novembre 2016 au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia, soprano, et son accompagnatrice Marie-Pascale Talbot

Concert/Lecture du 19 novembre 2016 au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia, soprano, et son accompagnatrice Marie-Pascale Talbot

Nous y pensions depuis longtemps Laura  Rabia et moi. Unir les mots de Proust aux mélodies de ses compositeurs préférés, ceux qui ont donné à la musique française ses lettres de noblesse. Leurs noms : Gabriel Fauré, César Franck, Camille Saint-Saens,  Reynaldo Hahn. Proust les a connus, écoutés et aimés. La musique lui apparaissait comme l’art suprême, celui qui  transcende la réalité et unit les âmes. Alors pourquoi ne pas imaginer un Concert/Lecture où l’écrivain prendrait la parole pour faire apprécier davantage encore les notes de ses contemporains et offrir ainsi au public un duo où musique et littérature se fondent dans un seul univers : celui de la beauté. D’autant plus que nous avions la possibilité de le donner à entendre dans un lieu unique que l’écrivain a habité, où il a pensé, contemplé, composé une partie de sa Recherche, cet aquarium qui ouvre sur la mer, le ciel et la digue cabourgeaise, digue où, par un beau matin d’été, il avait vu apparaître les jeunes filles en fleurs et toute la poésie du monde.

 

Sa mère jouant du piano, Marcel Proust eut toujours pour la musique un intérêt très vif qui se confirmera lorsqu’il fera la connaissance de Reynaldo Hahn, chez Madeleine Lemaire, en juin  1894. Auteur d’une œuvre importante et variée, Hahn initiera véritablement Proust et le fera entrer de plein pied dans l’univers musical en exerçant son oreille à une écoute plus aiguë et plus attentive, si bien qu’ils vont ensemble entretenir une relation affective et esthétique qui ne les empêchera nullement de diverger sur certaines questions d’appréciation.

 

Pour Marcel Proust, l’interprétation sera toujours essentielle et l’écrivain notera soigneusement les caractéristiques particulières d’un chanteur ou d’un virtuose dont l’intériorité est, selon lui, capitale pour parvenir à capter sa sensibilité. C’est ainsi qu’il construit son propre univers romanesque de la musique avec le personnage emblématique de Vinteuil. Il est vrai que Marcel bénéficiait d’un répertoire éclectique dans le domaine musical, se rendant souvent aux concerts ou dans les salons où se produisaient fréquemment les musiciens d’alors, ou quand il les priait de venir lui donner la sérénade chez lui Boulevard Haussmann. On sait aussi son admiration pour Richard Wagner, son intérêt pour les Ballets Russes, également pour les œuvres savantes, profanes ou religieuses, et même pour la musique populaire. « Evoquant tour à tour la déclamation de Pelléas, la mélodie grégorienne, les cris de Paris, les intonations de Sarah Bernhardt, de Mounet-Sully et de la diseuse Yvette Guilbert, l’auteur de La Recherche développe une esthétique de la vocalité, jouant subitement sur le rapport entre le son et le sens, brouillant les frontières entre le chant de la parole et la parole chantée »  - souligne très adroitement Anne Penesco.

 

Reste cette petite phrase de Vinteuil qui hante et parcourt La Recherche et demeure l’un des grands mystères de son œuvre. Elle ne cesse de se dérober à notre curiosité, de nous inciter à la reconnaître chez Camille Saint-Saëns, César Franck ou Gabriel Fauré, trois compositeurs d’horizons différents mais proches de la sensibilité musicale de Marcel. En définitive, cette sonate de Vinteuil reste l’œuvre énigmatique du romancier. Elle transcende l’amour que Swann porte à Odette, avant de figurer comme le leitmotiv habituel de l’amour du narrateur pour Albertine. La musique devient en quelque sorte une médiatrice qui  éveille, transfigure, magnifie ce sentiment et l’amplifie à volonté, transmuant alors son phrasé en une sorte d’acoustique privilégiée du cœur désirant. Ainsi Marcel Proust rend-t-il la musique incroyablement soluble dans les mots. Ce pouvoir unique, dont elle dispose, n’est-il pas avant tout celui d’être un processus singulier de remémoration ? Nous pouvons à ce sujet nous interroger. Ne serait-ce pas le Temps Retrouvé grâce à la magie de la muse instrumentale ou de la voix humaine dans son souverain accomplissement ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Photos Thierry Georges Leprévost

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique "DOSSIER MARCEL PROUST", cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Armelle Barguillet Hauteloire (lectrice), Laura Rabia chanteuse et Marie-Pascale Talbot, pianiste, saluant à la fin de ce concert-lecture.
Armelle Barguillet Hauteloire (lectrice), Laura Rabia chanteuse et Marie-Pascale Talbot, pianiste, saluant à la fin de ce concert-lecture.

Armelle Barguillet Hauteloire (lectrice), Laura Rabia chanteuse et Marie-Pascale Talbot, pianiste, saluant à la fin de ce concert-lecture.

Proust et la musique : Concert/Lecture à Cabourg
Partager cet article
Repost0
16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 09:33
Les couleurs du temps - Une fin d'automne
Les couleurs du temps - Une fin d'automne

 

Pour moi  l’hiver commence fin novembre. La raison en est que les couleurs, les lumières ont cessé de se nuancer. Après avoir vibrées, elles se figent. Désormais, nous ne sommes plus dans l’éclat mais la matité. Regardez comment les paysages se définissent d’un trait plus sombre, plus net, comment les ciels se dépouillent, tantôt nus et sans relief, tantôt voilés d'obscurité et si proches de la terre qu’ils semblent s’y attarder. Finis les orages et leurs violences, les ciels parés comme des femmes ; tout s’est soudainement dégarni ou altéré entre les filets puissants des brouillards qui posent leur mystère alentour. On avance dans un monde qui a changé de nature, s’est approprié le silence, se décline dans les tons neutres et cependant d’une subite acuité au point que, contemplant le littoral, j’aperçois, non plus mêlé et comme enlacé mais soudain pétrifié, le double relief de la mer et du ciel.

 

 

20110511205044-7de43a71-cu_s9999x200.jpg

 

 

Il fait bon rentrer chez soi, retrouver l’âtre et le feu, prévoir le long hiver qui enveloppera chaque chose dans sa parure de neige. Les jours se sont engrisaillés, ils tournent court dès 17 heures alors qu’un soleil blanc s’empresse à nous quitter. On a repris le goût des soirées autour d’un pot au feu et d’une soupe épaisse, des parties de cartes après dîner et des fêtes qui vont se succéder et seront essentiellement familiales dans l’attente de Noël. Déjà les villes s’activent à s’enjoliver dans un halo de lumière artificielle afin de compenser celui qui a choisi de regagner sa pénombre hivernale. Mais ne soyons pas tristes, il y a là une occasion providentielle à entrer en soi, à regarder ce qui nous entoure d’un œil confiant, à surprendre les couleurs gagnées d’une subite retenue ; oui, c’est cela, la nature nous invite à la méditation, nous incite au recueillement. Il règne autour de nous une concentration salutaire. L'hiver proche, c'est la saison de la contemplation intérieure.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique  CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 2c0686043ebd11bbaf36301f850b7109_large.jpeg

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 09:16
Colmar, la petite Venise d'Alsace

P1080051.JPG

 


Colmar n'a rien à envier à sa prestigieuse rivale Strasbourg, car elle est une ville également belle, riche d'une architecture d'exception et ayant sa "petite Venise" comme l'autre a sa "petite France". On ne peut que les unir dans une égale admiration et se féliciter que l'une et l'autre aient su préserver et entretenir leur patrimoine et nous l'offrir de la façon la plus ludique et la plus séduisante. Dès l'abord, la ville vous requiert, vous envoûte par son charme, ses canaux, ses demeures à colombages, ses fontaines, ses monuments, ses géraniums aux balcons qui disent son appartenance à l'Alsace. Ni les guerres, ni le temps ne paraissent avoir eu prise sur elle. Elle reste confondante de beauté et sa gastronomie est à l'égale de son apparence : d'aussi rare qualité. Tout est réuni pour faire de notre visite un moment inoubliable et qui perdurera dans nos mémoires. C'est entre le Xème et le début du XIIIème siècle qu'il faut citer le premier accroissement important de ce qui n'était auparavant qu'un gros bourg. Colmar est d'abord une cité municipale avant de passer sous la dépendance directe de l'Empereur. En 1278, Rodolphe de Hasbourg accorde à la ville une constitution municipale, si bien qu'elle va bientôt compter parmi les dix villes impériales de la Décapole et s'affirmer comme une grand centre artistique, cela grâce à la création de nombreux ateliers réputés pour avoir développé la peinture de chevalet et produit les fameux panneaux peints du "gothique tardif". Après les vicissitudes de la guerre de Trente ans et la pénétration de la Réforme protestante, Colmar va gagner le giron de la monarchie française et en obtenir quelques privilèges. L'arrivée en 1698 des Jésuites d'Ensisheim, qui s'installent dans le prieuré Saint-Pierre, montre la volonté royale de redonner à l'église catholique un rôle de premier plan. Après la Révolution, Colmar s'intègre encore davantage dans l'administration française. L'urbanisme de l'annexion de la période allemande de 1870 à 1918 transforme l'aspect de certaines rues et places mais sans rompre les harmonies du passé. Les transformations de XIXème siècle et les luttes des deux guerres mondiales ne l'ayant pas déparée, c'est avec un héritage brillant que Colmar connaît depuis 1945 un rayonnement indiscutable.

 

 

P1080029.JPG

 

Après avoir flâné dans la "petite Venise" qui allie les panoramas les plus attrayants et sollicite sans cesse votre viseur photographique, nous parcourons la célèbre rue des Marchands et ses maisons pittoresques avec leurs soubassements en pierre, leurs portes moulurées, quelquefois cintrées, et leurs étages à colombages et souvent à encorbellements. L'une des plus fameuses est la maison Pfister du XVI ème en grès de Rouffach, avec un très bel oriel d'angle. Cet édifice est remarquable par le décor peint très en vogue à l'époque et qui en exprime bien les goûts humanistes, puisque son iconographie associe les thèmes bibliques à des figures allégoriques comme celles de l'amour, de la justice, de la tempérance et même quelques représentations d'empereurs. Plus loin la maison des têtes, dans la rue qui porte son nom, retient l'attention par son pignon à volutes et l'ordonnance de sa façade aux fenêtres à meneaux. S'ajoute à cela une profusion d'éléments décoratifs - cariatides, têtes et masques grimaçants - d'une incroyable finesse d'exécution. Nous poursuivons notre visite par la collégiale Saint-Martin, bel exemple de l'art gothique dans le Haut-Rhin. Des fouilles récentes ont révélé la présence d'une église dès le XIème siècle. A l'intérieur, je tombe en admiration devant les consoles sculptées représentant la Passion du Christ avec un réalisme touchant et un art accompli aussi bien dans les détails que dans les expressions des visages. La place en elle-même a beaucoup d'élégance et permet de contempler un ensemble architectural de grand renom avec la toiture polychrome de la cathédrale et l'admirable maison Adolph dont la richesse ornementale se caractérise par l'emploi de motifs décoratifs et des ferronneries disposées en frise sur la loggia.

 

 P1080040 235008787_10.jpg

 

             La collégiale Saint-Martin                                               La maison Pfister

 

Le Koïfhus ou "ancienne douane" nous subjugue à son tour, vaste édifice à deux niveaux surmonté d'une haute toiture en tuiles bicolores coiffant une jolie galerie de bois, débordante de fleurs. Quel décor urbain peut être plus séduisant ? Peu en somme ! Et on s'imagine combien l'ensemble devait être harmonieux lorsque les automobiles et les nuisances modernes ne venaient parfois en rompre l'ordonnance et vous empêcher de photographier une maison ou une rue selon l'angle le mieux adapté.  Colmar est incontestablement une ville d'artistes et nombreux sont ceux qui y sont nés ou y ont travaillé. Ainsi Martin Shongauer ( 1445 - 1491 ) y a exécuté presque toute son oeuvre peinte ( retables ) qui fut admirée par Dürer et les artistes de la Renaissance, dont "La vierge au buisson de roses"  ( 1473 ), visible dans l'église des Dominicains où l'artiste représente la Vierge tenant l'enfant, assise sur un banc de gazon, devant un fond de rosiers où volettent des oiseaux. L'auteur a su associer à la tendresse du motif, la force d'un ensemble monumental qui est un des chefs-d'oeuvre de la fin du Moyen-Age. Dans l'ancien couvent des Dominicaines d'Unterlinden, c'est le retable d'Issenheim, polyptyque peint par Grünewald, que l'on peut admirer. Ces peintures ont été réalisées vers 1512-1516. Le caractère précieux et exceptionnel de cet ensemble, désormais présenté par volets pour éviter les manipulations régulières trop dangereuses, vous laisse pantois tant l'ampleur peinte et sculptée est une véritable perfection. On imagine la vision qu'offrait la première ouverture du retable où se succèdent l'Annonciation, la Nativité, la Crucifixion, le concert des Anges et la Résurrection. La deuxième ouverture permettait de contempler les deux autres volets peints, la Visite de saint Antoine à saint Paul et la tentation de saint Antoine qui encadraient les sculptures centrales.

 

colmar4.jpg P1080043.JPG

 

La Vierge au buisson de roses               Le Koïfhus et son balcon fleuri

 

Plus tard, Auguste Bartholdi (1834 - 1904) y naîtra à son tour - dans une demeure devenue musée Bartholdi - et recevra de nombreuses commandes des provinces françaises et de l'étranger. On lui doit, entre autres réalisations, le Lion de Belfort et la statue de la Liberté  à l'entrée du port de New-York. Né lui aussi à Colmar, l'écrivain et aquarelliste Jean-Jacques Waltz dit Hansi (1872 - 1951). Son crayon vengeur, qui se faisait volontiers caricatural à l'égard de l'occupant allemand, savait se faire tendre, amusé et poétique dès qu'il s'agissait de représenter le petit peuple alsacien, coloré, patriote et malicieux.

En général, la visite de Colmar se commence et s'achève par la "Petite Venise" dont on se plaît à longer les cours d'eau bordés de maison étroites, avec des étages à pans de bois, dont la plupart datent des XVIe et XVIIe siècles. Ce quartier, dit " des tanneurs", existait néanmoins dès 1209 et conserve encore certains vestiges, de vieilles enseignes, des ponts fortifiés, dont le pont sur la Lauch qui, dans le passé, était l'entrée de la ville. On l'appelait volontiers "le pont de l'abreuvoir" pour la simple raison que les maraîchers y abreuvaient leurs animaux dans la rivière qui coulait sous ses arches. Après des heures de marche ou de piétinement, un dîner dans une auberge ne sera pas un luxe superflu. Et, ici, les bonnes tables sont nombreuses ! Inutile de rappeler que la charcuterie entre dans la préparation de nombreux plats. A côté des saucisses de Strasbourg, jambons et pâtés, le presskopf, un fromage de tête de porc, côtoie le foie gras, grand seigneur de la gastronomie alsacienne. Également au menu, les volailles, le gibier et les poissons. Nous n'avons que l'embarras du choix entre le coq au riesling et la poularde aux morilles, la truite des Vosges au bleu et la carpe frite du Sundgau. Bien entendu, pas question de délaisser l'incontournable choucroute ou le baeckeofe, mélange de viandes de boeuf, porc, agneau ou cuisse d'oie marinées ensemble dans un vin blanc sec, sylvaner ou riesling, accompagné d'oignons, d'ail et d'un bouquet garni. A Colmar, comme dans toute l'Alsace, seront sollicités non seulement vos yeux, votre imagination, votre mémoire  devant la foisonnante diversité de son patrimoine mais vos papilles par son art de vivre si accompli.

 

Pour tous renseignement sur les célèbres marchés de Noël, cliquer  ICI

 

Et pour consulter les autres articles consacrés à l'Alsace, cliquer sur leurs titres :


Strasbourg, la belle européenne      

 

Alsace : la route des vins        

 

Riquewihr

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

P1080042.JPG  Le Koïfhus


 156205_une-femme-observe-le-retable-d-issenheim-de-matthias.jpg                               

       La Crucifixion de  Grünewald au couvent des Dominicaines d'Unterlinden

 

100228-1.JPG  Le concert des Anges

 

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:37
Bestiolerie potagère de Louis Dubost

En ces jours gris et tristes, je vous propose un bouquet de fraîcheur venu tout droit du jardin Louis Dubost, avec tout le petit peuple qui y vit et qui pourrait nous donner des leçons de vie dont notre société a bien besoin aujourd’hui.

 

 

                                   Bestiolerie potagère

 Louis Dubost (1945 - ….)

 

 

Louis Dubost, comme l’écrit Georges Catahlo, le préfacier, fut (ou est encore) « éditeur à temps plein, poète à temps partiel, professeur à temps professionnel, philosophe à temps perdu, élu local à temps difficile… ». Il évoque dans ce recueil les petits animaux que le jardinier croise dans son potager, que le poète aime à chanter et que le professeur énonce en listes aussi poétiques que scientifiques. Et l’élu, qu’il fut, aime à se réfugier en cette compagnie, ô combien plus pacifique et plus paisible que celle des administrés ! En lisant ces textes courts dédiés au petit peuple du jardin, j’ai pensé à une relecture relativement récente du bestiaire qui valut le Prix Goncourt à Louis Pergaud : « De Goupil à Margot », et je le convoque ici pour ce commentaire car l’auteur, lui-même, invite dans chacun de ses textes courts, ou poèmes en prose, un personnage historique ou actuel chargé de transposer les situations potagères dans la vie des jardiniers et autres humains. Einstein a désigné l’abeille comme vigile de la pérennité de l’humanité,  Hortefeux est invité à s’inspirer de la paisible coccinelle, l’ironie de Voltaire s’accroche au crapaud et ainsi pour chacun de ces chapitres lumineux comme un rayon de soleil printanier sur un potager encore nimbé d’un reliquat de rosée matinale.

 

 

De la belle, de la vraie, littérature distillée avec la patience du bouilleur de cru, extrayant l’essence la plus délicate des fruits qu’il a récoltés avec amour et délicatesse. Mais ces textes ne sont pas seulement épures de littérature, ils ont un sens profond, Louis Dubost, comme Louis Pergaud, charge ces petits êtres d’un message politique, il les invite à dénoncer les errements de notre société et à inciter les hommes à réagir : « La résistance quand est-ce que ça commence ? » Elle commencera quand les citoyens s’inspireront de l’escargot : « L’escargot n’a aucune accointance avec « le sage bourgeois des sentiers » dont s’émerveillait Federico Garcia Lorca. Bien au contraire, il colle entêté au sentier et ne recule jamais : son existence est résistance ». Alors, suivrons-nous le chemin de l’escargot ?

 

 

Je trouve cependant que l’auteur est bien pessimiste quand il dit que  « … jardiner les mots, les ouvrir et les semer en graines, ne suffit pas à fleurir d’un poème les plates-bandes du langage…. ». Un seul de ses textes courts et lumineux suffit à ensoleiller la page d’autant plus que chacun d’eux est illustré d’un dessin de Bernadette Gervais, collaboratrice habituelle de Francesco Pittau, auteur d’une de mes prochaines lectures, acquises à la dernière Foire du Livre de Bruxelles. J’ai hâte de lire « Tête-dure » !

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Bestiolerie potagère de Louis Dubost
Partager cet article
Repost0
26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 09:07

1252324237 vincent-van-gogh-paintings-from-the-yellow-house

 

 

Comment l'ont-ils chanté l'automne, celui des châtaignes, des grands vents et des longues pluies, des brumes aériennes et des premières gelées, des feuilles rousses et des vendanges tardives, oui, comment l'ont-ils chanté nos poètes ? Tristement hélas ! ce qui m'étonne, car cette saison est peut-être la plus inventive des quatre avec sa palette de couleur flamboyante, ses ciels panachés,  ses sous-bois emplis de champignons, ses grappes lourdes et ses fruits accomplis. Oui, elle n'a rien à envier à l'été trop uniformément vert ou bleu, ou même au délicieux printemps qui semble si souvent pris de cours, hâtif et impatient. Contrairement à lui, l'automne prend son temps, ajuste ses nuances, use de ses ultimes ressources avec une savante maturité. Rien ne meurt en automne, contrairement à ce que l'on dit ou écrit. C'est l'hiver qui ensevelit et avec quel art ! L'automne s'autorise à jouer de l'orgue, majestueux et souverain.

 

Automne malade

Automne malade et adoré

Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule

 

Guillaume Apollinaire ("Alcools")

 

 

Chant d'Automne



Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.
J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
II me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

 

Charles Baudelaire ("Les Fleurs du Mal" - 1857)

 

 

Silence d'automne

 

C'est le silence de l'automne
Où vibre un soleil, monotone
Dans la profondeur des cieux blancs ...
Voici qu'à l'approche du givre
Les grands bois s'arrêtent de vivre
Et retiennent leurs coeurs tremblants.

Vois, le ciel vibre, monotone ;
C'est le silence de l'automne.

O forêt ! qu'ils sont loin les oiseaux d'autrefois
Et les murmures d'or des guêpes dans les bois !
Adieu, la vie immense et folle qui bourdonne !
Entends, dans cette paix qui comme toi frissonne,
Combien s'est ralenti le coeurs fougueux des bois
Et comme il bat, à coups dolents et monotones
Dans le silence de l'automne !

 

Fernand Gregh ("La Beauté de vivre" - Calmann-Lévy éditeur, 1900)



Automne

 

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l'air sévère, ce matin.
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin,

Comme toutes les voix de l'été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues !
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l'eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elle voudraient aller où les oiseaux s'envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin :
Elles iront mourir sur les étangs, demain.

Le silence est léger et calme ; par minute,
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l'Amour, qui jouait sous la bonté des cieux,

S'en revient pour chauffer, devant le feu qui flambe,
Ses mains pleines de froid et frileuses jambes,
Et le vieille maison qu'il va transfigurer,
Tressaille et s'attendrit de le sentir entrer.

 

Anna de Noailles ("Le Coeur innombrable")

 

 Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lein ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 09:42
L'animal est une personne de Franz-Olivier Giesbert

 

« Si j'ai écrit ce livre, c'est pour tirer les leçons d'une vie passée avec les animaux depuis la petite enfance, à la ferme, puis en ville. Au fil des pages, je vous parlerai de plusieurs de mes amis auxquels, si grands soient mes hommages, je ne pourrai jamais rendre les bonheurs qu'ils m'ont donnés, avec leur candeur et leur humour : un jeune bouc, un vieux perroquet, des chats, des araignées, des bovins ou des chiens.
Pourquoi traitons-nous avec tant d'égards les animaux de compagnie, substituts de l'homme, et si mal les bêtes à manger, machines à fabriquer de la viande ? Alors que nous consommons chaque année des milliards d'animaux issus de la terre et de la mer, il est temps que nous descendions de notre piédestal pour les retrouver, les écouter, les comprendre.
J'ai voulu aussi lancer un appel pour que cesse le scandale des abattages rituels, halal ou casher, qui imposent à nos sœurs et frères les bêtes des mises à mort dans d'inutiles souffrances. »

 

Oui, en sortant «  L’animal est une personne », Franz-Olivier Giesbert réclame ni plus ni moins des droits pour nos amis les bêtes et dénonce la cruauté de l’abattage rituel qui règne en maitre sur notre pays. Cet ouvrage ne pouvait que m’enchanter et touchera un vaste public sensibilisé lui aussi à la cruauté qui sévit encore en ce début de XXIe siècle à  l’intention de la gent animale.

Mais écoutons-le parler et nous donner les raisons qui  l’ont incité à pousser ce cri d’alarme, et à se faire l’avocat d’un monde privé de parole mais non de sensibilité et d’intelligence.

 

« Je suis végétarien depuis que j’ai 18 ans. Longtemps, je ne le fus pas à 100%. Je faisais beaucoup d’écarts ou de compromis pour ne pas froisser mes hôtes mais, avec le temps, j’ai tendance à devenir plus radical. Sans être prosélyte, je refuse toute viande depuis des années. Quant aux poissons, à cause des études scientifiques de la dernière décennie, qui montrent leur intelligence et leur sensibilité, je n’en mange pratiquement plus. L’homme est-il carnassier de nature ? Nullement. Tout comme chez les frugivores, son appareil digestif est une dizaine de fois plus long que son corps, loin devant les carnivores ou les omnivores, et ses canines arrondies, ses molaires aplaties ainsi que ses enzymes salivaires sont particulièrement adaptés à une alimentation qui devrait être seulement végétale. Mais rompu à la chasse et à la pêche, puis à l’élevage, il a décidé de hiérarchiser la mort des autres espèces. Si les animaux de compagnie sont épargnés, rien de tels pour les bovidés, ovidés, caprins et volailles. Et tout ce monde-là se retrouve dans nos assiettes, et il convient de s’interroger sur le modus operandi de cette sanglante affaire…

 

L’élevage industriel, d’abord, est une horreur. On sait ce que valent ces fermes et ces interminables hangars confinés où l’on bourre les animaux d’antibiotiques, où l’espace vital est si rare que leurs squelettes en sont affectés, où la captivité est si atroce que ces pauvres êtres déplumés, pelés, aux becs rognés, ou à qui l’on arrache les dents pour éviter qu’ils ne s’entre-déchirent, ne savent plus distinguer la nuit du jour. Je conçois qu’on puisse élever des bêtes pour les manger, mais à des conditions décentes, en plein air, et qu’on les tue sans douleur. L’abattage ne doit pas être cette boucherie infernale où l’homme retourne aux temps les plus obscurs de la barbarie.

 

 

Il y a une quinzaine d’année, le halal comme le casher étaient totalement marginaux. Peu à peu, le halal s’est développé, provoquant une tragique régression du système. Et tout cela sous couvert de mensonges : la bête ne souffrirait pas et la viande serait meilleure. Rien de plus faux. Qui tue mal, mangera mal, car la bête affolée fabrique des toxines. Lorsqu’elle est enfermée dans un cylindre pivotant afin que sa tête se retrouve en bas pour un égorgement à vif, sans anesthésie, le stress est maximal. Les bovins particulièrement, de par leur morphologie  artérielle et  veineuse, mettent très longtemps à mourir.  Mais on commence déjà à les sortir, à leur trancher les pattes pour les dépecer vivants. Notre société toute  entière est responsable de cet immonde état de fait. Ce que l’Europe du Nord et des pays tels que la Nouvelle-Zélande interdisent, la France, patrie des droits de l’homme, mais assurément pas des animaux, l’autorise en fermant les yeux.  Le halal, qui s’oppose à l’étourdissement électrique, règne aujourd’hui en maître sur nos abattoirs. On y patauge dans l’horreur, le sang et la souffrance. Alors que la demande de viande halal ou casher devrait correspondre à environ 10% des abattages totaux, on estime à 40% pour les bovins et 60% pour les ovins le volume des abattages rituels. C’est absolument intolérable dans un pays laïc. Ainsi produisons-nous des marées de bovins, d’ovins, les yeux exorbités, les pattes tremblantes dans la merde répandue au sol par les intestins relâchés par la peur, et crevant dans la douleur. A quand des abattoirs « humains », rituels ou non, pratiquant l’électronarcose ? A quand la fin de notre lâcheté, de notre avidité, de notre ignorance, de notre vanité, et la prise de conscience que l’homme a été fait pour le monde et non le monde pour l’homme ?

 

 

Oh ! je ne suis pas le seul à être sensibilisé à cet état de choses. Je peux le vérifier sans cesse, en écoutant, par exemple, les plongeurs sous-marins raconter leurs rencontres avec des mérous, poissons qui cherchent souvent à nouer le contact. J’ai vécu à Porquerolles, un vrai dialogue de regards et de caresses. On évoque l’intelligence des dauphins, mais les poulpes ne leur cèdent en rien : leurs capacité d’apprendre est foudroyante, et les scientifiques se demandent ce qui se passerait s’ils vivaient plus longtemps que les cinq ans qui constituent la moyenne de leur espérance de vie. Si elle varie selon les espèces, l’intelligence animale est une donnée scientifique de plus en plus aveuglante, tous les travaux concordent.

 

Elle a pourtant été niée pendant des siècles par l’Occident. Selon la conception monothéiste, Dieu aurait créé l’homme à son image et, à sa suite, les animaux et les plantes pour qu’il s’en repaisse. Décliné en philosophie, ce point de vue dominateur et utilitariste donne la théorie cartésienne ridicule et bouffonne de l’animal-machine qui ne réagirait que par réflexe. L’un des legs de notre grand philosophe aura donc été de rayer l’animal du monde des vivants. Pour lui, les bêtes étaient comparables à des horloges. Pour Kant, à des pommes de terre. C’est ainsi que le théologien cartésien Malebranche a un jour donné un coup de pied dans le ventre d’une chienne qui attendait des petits. Alors que la bête hurlait de douleur, il dit à Fontenelle, sidéré : Quoi, ne savez-vous pas que cela ne sent point ?"

 

Aujourd’hui, il y a, hélas, trop de disciples de Descartes et de Malebranche dans le monde. Ce sont eux que mon livre interpelle. Ils croient que le monde tourne autour des humains, qui surplomberaient la nature. Je mets aussi en question l’hypocrisie générale de nos sociétés où l’on milite contre la chasse et la corrida, voire le cirque, en refusant de voir ce qui se passe dans nos abattoirs. L’horreur est tolérable dès lors qu’elle n’est pas visible. C’est la définition même de la tartuferie : «  Cachez ce sang que je ne saurais voir. »

 

 

« L’animal est une personne » de Franz-Olivier Giesbert  ches FAYARD   -  198 pages   -   16 euros

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous : 

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Ils viennent de naître mais déjà en route pour l'abattoir.

Ils viennent de naître mais déjà en route pour l'abattoir.

Partager cet article
Repost0
21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:41
Arrêt sur image - La traversée des apparences

Il avait fallu se rendre à l’évidence, Charles laissait des dettes. Le notaire de famille, avec lequel Marie-Liesse s’entretenait, ne cachait pas son inquiétude : la somme était d’importance et les délais octroyés par les créanciers ne permettaient pas d’épiloguer sans fin sur les désagréments que causait cette révélation. Marie-Liesse, qui avait toujours été tenue à l’écart des décisions maritales, se voyait plongée dans un imbroglio de tracasseries qu’autant que faire se peut Adeline Charme, sa dame de compagnie, s’employait à démêler. Mais tôt ou tard il faudrait rembourser et – hélas ! – les ressources des Chaumet s’étaient amenuisées au fil du temps. En effet, pour payer les embellissements de la demeure du Plessis, la vie fastueuse qu’ils y avaient menée depuis la disparition de Charlotte et ses coups de cœur de collectionneur, Charles avait vendu les fermes et la plupart des terres. Même l’enceinte, où Renée régnait en maîtresse absolue, n’avait pas été épargnée. Après l’installation du chauffage central, jugeant les anciennes cuisines démodées, Charles avait imposé à la vieille domestique un véritable laboratoire presse-bouton qui n’avait eu pour résultat que d’altérer son humeur et la pénétrer d’une nostalgie qui ne la quitterait plus. A moins de priver le Plessis de ses objets d’art, il n’y avait d’autre solution que de liquider les actions Amory que Marie-Liesse détenait depuis sa majorité et qui faisaient d’elle une actionnaire à ménager. Mais pareille décision lui répugnait. Son père, en lui offrant ces parts, l’avait bel et bien associée à ses biscuiteries et s’en défaire équivalait à rompre le lien qui la rattachait à l’industrie familiale et se priver du seul acquit que celui-ci avait eu à cœur de lui consentir. Son notaire comprenait ses réticences mais, comme on ne pouvait reculer l’échéance, mieux valait se couper un bras que de voir fondre sur le patrimoine une horde de greffiers et d’hommes de loi qui auraient tôt fait de répandre autour de la famille des relents de scandale. Un tel argument ne pouvait qu’ébranler l’épouse de Charles et l’inciter à prendre au plus vite une décision, celle de vendre ses actions qui, d’après ce que lui disait maître Lumel, avaient perdu de leur valeur et risquaient à l’avenir d’en perdre davantage.

 

(…)

 

Au Plessis, la gêne ne continuait pas moins à se faire sentir. Les actions ayant été vendues pour éponger les dettes, il ne restait pour vivre qu’un petit excédent que les dépenses courantes mettaient à mal plus vite que prévu. Par souci d’économie, on avait renoncé aux services de la femme de ménage et on ne recourait à ceux du jardinier que deux ou trois fois l’an, afin qu’il défriche les sous-bois et fauche la prairie, car on n’osait plus appeler pelouse les herbes folles qui proliféraient devant la maison. Anne-Clémence contemplait avec nostalgie les allées envahies de chiendent, les taillis en friche, la colonisation progressive du lierre qui, non content de s’épandre sur le sol et d’y former une natte épaisse, montait à l’assaut des troncs. Le Plessis s’était ensauvagé, ainsi que la forêt de Chantepleure abandonnée par la commune et livrée à la multiplication des rouettes et des drageons. Curieusement, c’est dans un décor à l’opposé de celui qu’il s’était plu à parachever, qu’Anne-Clémence évoquait le plus tendrement le souvenir de son père et ce sont dans les cahiers, qu’elle glissait dans ses poches, qu’elle lui prêtait une existence qu’il n’avait jamais eue, une chair désirante qu’il n’avait pas osé assumer. Comme elle aurait aimé cheminer à ses côtés, sentant avec l’âge fléchir sa taille, sa marche devenir plus hésitante, sa voix plus sourde et leur intimité plus grande d’être confrontés à ces infirmités. Elle l’imaginait s’avançant dans l’allée, appuyé à son bras, les rides ayant atténué les sévérités d’un visage volontiers solennel, tous deux s’attardant sous les frondaisons que la lumière de mars faisait revenir à la vie. La nature sortait de sa dormance végétale comme d’une extase prolongée. De ses pores, on sentait la vitalité sourdre, des frissons de sève passer sous l’écorce des bouleaux poudrés d’un blanc lunaire ou sous la livrée rousse des cyprès chauves. Bientôt la beauté graphique des bois serait remplacée par l’effusion des pousses printanières. Partout des gemmes croîtraient sur les membres décharnés des arbres, pareils à des mâtures sans voile. La touffeur des bois ne s’en refermerait que plus vivement sur elle. Ici se devinait encore palpable la peur imaginaire des enfants que leurs jeux invitaient à ces évasions. Aussi, à l’image de Charles, se superposait celle de Louis émergeant des eaux tranquilles pour la convier à l’un de ces exodes qu’ils aimaient à partager. Et c’était toujours la même émotion qu’elle éprouvait lorsque, remontant vers la maison, elle l’apercevait se dévoilant à peine dans l’enchevêtrement végétal et qu’elle voyait poindre une lumière venant de la chambre de Marie-Liesse comme une fragile étoile.

 

(…)

Arrêt sur image - La traversée des apparences

Au fil des années, les difficultés ne cessant de devenir plus alarmantes, Marie-Liesse avait cédé aux suggestions de sa dame de compagnie et convié un expert dans le but de liquider les collections de son mari et de récupérer un peu de l’argent qu’il avait inconsidérément dissipé. Ce dernier avait procédé à l’évaluation des œuvres dont l’estimation mettrait à l’abri du besoin la mère et la fille, à condition que le fruit de la vente soit géré avec compétence. A quelque temps de là, une entreprise spécialisée dans les manutentions délicates, recommandée par le commissaire-priseur, était venue enlever les livres, les tableaux, les objets d’art. C’est Anne-Clémence qui s’était chargée d’envelopper dans du papier kraft les deux mille trente-quatre volumes de la bibliothèque paternelle. Entre ses mains étaient passées les soixante-dix tomes de Voltaire, les douze de Plutarque, les vingt de Saint-Simon et de Rousseau, les trente de Sainte-Beuve. La jeune femme avait l’impression qu’en l’espace de quelques heures s’était établi le seul contact vivant qu’elle ait eu avec son père. En lisant à voix haute des paragraphes entiers, en s’attardant à contempler les pages jaunies par le temps, dont certaines étaient annotées par l’écrivain lui-même, elle se prenait à imaginer les regards successifs qui avaient parcouru ces lignes, les esprits qui s’y étaient attardés et subodorait la longue chaîne d’initiés qui descendait jusqu’à elle. C’était une forme d’intemporalité qu’elle tenait là, une longue mélopée de l’intelligence qui, depuis le fond des âges, l’assurait que l’esprit poursuit son adage bien au-delà de la vie terrestre. Puis, quand les livres avaient été emballés dans leur livrée de papier, les déménageurs avaient sorti des camions des caisses en bois, semblables à des cercueils. On avait déposé chaque exemplaire à l’intérieur et cloué les couvercles et Anne-Clémence avait vu les caisses quitter une à une la bibliothèque. Ainsi s’en allait, bien des années après la date de sa disparition officielle, le corps spirituel de Charles. C’est seulement ce jour-là que sa fille s’était sentie orpheline et d’autant plus désemparée que cette vente lui apparaissait comme un sacrilège.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE (extraits de « Le jardin d’incertitude » - roman)


 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ARTICLES ME CONCERNANT, cliquer ICI

 

Et pour prendre connaissances des précédents "ARRÊT SUR IMAGE", cliquer sur leurs titres :

 

Arrêt sur image : Paris

 

Arrêt sur image : l'aïeule

 

Arrêt sur image - La collégienne

 

Arrêt sur image : l'enfance

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Arrêt sur image - La traversée des apparences
Arrêt sur image - La traversée des apparences
Partager cet article
Repost0
14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 07:51
L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine

La sortie d’un roman d’Andreï  Makine est toujours un événement tant cet écrivain rare a un sens  de l’espace et du temps qui n’appartient qu’à lui, que sa prose est toujours parcourue par de grands vents et que la vie ne cesse d’y être une poursuite haletante. D’ailleurs ne reproche-t-il pas aux romanciers  français de se complaire dans les petits détails de leur existence quotidienne au point que leurs minces ruisselets n’ont que bien peu de choses à voir avec les immenses fleuves romanesques russes qui charrient le meilleur et le pire avec une violence apocalyptique.

 

 

Avec cet ouvrage « L’archipel d’une autre vie » publié au Seuil, Makine fait à nouveau souffler la bourrasque romanesque et nous entraîne dans les dernières années de l’empire soviétique et la ville de Tougour, au bord de l’océan Pacifique. Mais rien ne sera pacifique dans cette histoire où l’on fait la connaissance d'un jeune orphelin, envoyé par le régime, pour suivre une formation et où l’adolescent entre en relation avec un trappeur et s’enfonce à sa suite dans les profondeurs de la forêt. C’est alors que le livre change d’orientation, le premier narrateur n’étant là que pour introduire le second. A partir de ce moment, le récit principal nous dévoile, sans omettre les détails les plus cruels, les grandes heures de l’existence de Pavel Gartsev, cet enfant orphelin mal remis des horreurs dont il a été le témoin lors de « la grande guerre patriotique », trahi par sa fiancée et mobilisé comme réserviste pour participer aux exercices destinés à simuler un futur conflit nucléaire. Puis, mal vu par ses supérieurs hiérarchiques, il est contraint d’adhérer à une petite troupe chargée de traquer dans la taïga un prisonnier évadé d’un goulag. Désormais le roman se focalise sur le récit de cette traque, les ruses déployées par le fugitif pour échapper à ses poursuivants et la pénible progression de ceux-ci dans une nature âpre et sauvage, la complication permanente des itinéraires empruntés par leur cible qui leur mène la vie dure en ne cessant de se dérober. Ainsi sommes-nous au cœur d’un véritable western qui tient le lecteur en haleine et dont le suspense aurait troqué les canyons de l’Arizona pour les étendues glacées et désolées de l’Extrême-Orient russe. Bien vite Pavel va se sentir plus proche de la proie que des commissaires politiques qui ont mission de le ramener devant les tribunaux soviétiques.

 

 

Cette poursuite physique et implacable se double d’un itinéraire moral où l’on voit Pavel se remettre en cause, analyser les lâchetés et les docilités ignominieuses de ces hommes complices des plus basses aspirations et soumis passivement aux ordres d’un gouvernement dominé par l’orgueil, la convoitise et la violence. Face à une nature indomptée, le protagoniste se livre à son introspection et condamne ce qui subsiste en lui des malveillances criminelles de son temps, soucieux de se rénover et de revenir à l’essentiel, à se dévêtir de la peau, encore empreinte de servilité, du vieil homme. La nature est ici porteuse d’un message de rédemption et d'une dimension exaltante qui délivrent de la haine et de la servitude et donnent crédit aux vraies valeurs éclipsées par une politique aveugle et inhumaine, nous laissant espérer qu'une autre vie est toujours possible.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer  ICI

 

Et pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à l'auteur, cliquer sur son titre :

 

ANDREI MAKINE OU L'HERITAGE ACCABLANT

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine
Partager cet article
Repost0
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:51
Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée
Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée

Les éditions Irezumi  ont eu l’intelligente initiative de créer une collection qui a pour ambition d’aborder, sous diverses formes, « Les expériences de vie ». L’ouvrage d’Edmée de Xhavée « Journal d’une Verviétoise des Boulevards », le troisième publié par cette maison a pour objet de nous conter, d’une plume alerte et précise, le vécu d’une grand-mère paternelle, la charmante Suzanne Houben, plus souvent appelée le petit Zon, née en 1893 et décédée en 1943 à l’âge de 50 ans. Une vie qui se déroule en grande partie dans le lieu familial de Verviers, en Belgique, en ces années agitées par deux terribles guerres. Ce travail lui a été inspiré par le journal que son aïeule s’était appliquée à rédiger de 1908 à 1943, journal où elle retrace avec simplicité une existence quotidienne tressée étroitement avec les grands événements de l’Histoire.

 

 

Cette évocation est un pur enchantement. Toute une époque surgit de ce canevas serré où la douce et primesautière jeune fille se fiance, se marie, s’installe momentanément en Uruguay avec son époux, devient mère d’un unique fils, le père d’Edmée, puis revient au pays natal pour y vivre la seconde guerre où son mari reprend du service comme officier et sera fait prisonnier par les Allemands, avant de la rejoindre très vite dans l’éternité. (1943 –1944)

 

 

Jeune fille attachante, femme verticale, Suzanne était de celles qui font face, savent composer avec la réalité et les épreuves, coudre à petits points une vie sage et probe, favoriser les amitiés fidèles, élever avec tendresse et fermeté son enfant, entretenir en usant de mille intentions les liens familiaux et apprécier tout ce qui relève de la culture, une culture favorisée par de nombreux voyages. En somme une vie lumineuse au cœur d’une bourgeoisie aimablement installée, sans faux pas, conduite avec grâce et droiture, texte que l’on partage avec d’autant plus de plaisir que l’on y contemple avec émotion un passé qui a la matité de ces photos anciennes à peine jaunies par le temps. Immersion dans ces existences qui nous ont devancés et ont contribué à nous faire ce que nous sommes, passé qui fortifie notre présent et coopère à sa pérennité en fixant, dans une actualité permanente, les grandes heures de jadis. A coup sûr, un beau livre.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée
Partager cet article
Repost0
31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 07:58
La Comtesse Greffulhe de Laure Hillerin

 

Née Elisabeth de Caraman-Chimay le 11 juillet 1860, mariée au richissime comte Henry Greffulhe, cette femme de grande beauté sera une inspiratrice dans toute l’expression du terme par sa grâce, son élégance, sa position sociale et son intelligence à savoir s’entourer des gens éminents de son époque. Elle méritait, de par son influence incontestable sur son temps, qu’un ouvrage  lui soit consacré et c’est chose faite grâce à la plume de Laure Hillerin qui publie chez Flammarion  « La comtesse Greffulhe », nous ouvrant les portes de la vie  intime, mondaine et culturelle de celle qui fut surnommée « l’archange aux yeux magnifiques ». Biographie qui a le mérite de faire défiler devant nos yeux, non seulement  le bottin mondain de la Belle Epoque, mais les personnalités les plus remarquables que cette reine du Faubourg Saint-Germain se plaisait à réunir rue d’Astorg. Parmi les invités, on croisait aussi bien Nicolas II et Edouard VII, Reynaldo Hahn ou l’abbé Mugnier que des savants et des hommes politiques comme Clémenceau, si bien qu’un diplomate avait affirmé qu’elle était « une reine conciliatrice entre l’ancienne noblesse et la IIIe République ». Elle soutiendra plus tard Léon Blum au point que le murmure courut qu’elle était à l’origine de la naissance de l’Entente cordiale.

 

 

Comtesse-de-Greffulhe-by-Felix-Nadar--1886.jpg

 

 

Malheureuse en ménage, son mari étant un grand amateur de courtisanes, Elisabeth Greffulhe saura se consoler en pratiquant les arts comme la peinture et la musique (le piano), non seulement en amateur mais avec un vrai souci de la perfection comme elle l’aura  envers tout ce qu’elle entreprenait. En octobre 1899, elle organise la première représentation parisienne de « Tristan et Isolde » de Richard Wagner, se lie d’amitié avec Liszt et Fauré et fonde la « Société des grandes auditions musicales », favorisant également la venue des Ballets Russes à Paris avec l’aide de la princesse Edmond de Polignac. Par ailleurs, grâce à son cousin Robert de Montesquiou, qui inspirera à Marcel Proust le personnage de Charlus, elle fréquente assidûment des écrivains et poètes, ainsi les Goncourt, Mallarmé, Heredia, Anatole France et fera même de l’abbé Mugnier son intime. Quant à son mari Henry Greffulhe, il apparaîtra sous les traits assez grossiers du duc de Guermantes dans La Recherche, un Jupiter tonnant que Cocteau considère comme monstrueux avec son épouse, épouse qui ne se gênait pas de dire : "Quelques amis que l'on voit de temps en temps tiennent plus de place que celui qui ronfle près de vous."

 

Amie de Marie Curie, Elisabeth Greffulhe s’intéresse à ses travaux et la soutient moralement et financièrement lors de la création, après la mort de son mari, de l’Institut du Radium qui deviendra plus tard l’Institut Pierre et Marie Curie. Elle fera aussi la connaissance d’Edouard Branly et  ne cessera de l'interroger sur les expériences en cours tant elle était consciente que la Science s’apprêtait à changer le monde. Nullement satisfaite de sa seule position sociale, de sa simple beauté et de sa considérable fortune, cette femme fut une fund raiser avant l’heure, souligne Laure Hillerin, levant des fonds pour organiser des spectacles, encourageant la recherche fondamentale, aidant et épaulant les artistes dont elle interprétait les œuvres musicales, accrochait les tableaux  dans ses salons et dévorait les livres. Ainsi a-t-elle mis à l’honneur Wagner, patronné Fauré, promu les travaux d’Edouard Branly, sans oublier que cette dreyfusarde philanthrope a rédigé de sa plume, vers les années 1904, un manuscrit intitulé «  Mon étude sur les droits à donner aux femmes ».

 

 

greffulhe_1885.jpg

 

 

 

Cette ouverture d’esprit, elle la devait à ses parents, à son père le prince de Caraman-Chimay, malheureux en argent mais issu d’une grande lignée de mécènes et de mélomanes et à sa mère, Marie de Montesquiou, musicienne et lettrée, qui saura éviter à sa fille le carcan rigide de l’éducation classique, d’une affligeante pauvreté intellectuelle qui était celle que l’on réservait alors aux jeune filles de bonne famille.

 

Sa correspondance, qui mériterait d’être publiée, nous révèle son esprit curieux, sa nature égocentrique certes mais pleine de charme, d’originalité et d’intuition. Elisabeth ne s’est pas contentée d’inspirer le plus grand écrivain du XXe siècle qui fera d’elle l’inoubliable comtesse de Guermantes, mais beaucoup d’autres auteurs ou peintres et fut probablement la femme la plus admirée et recherchée de la Belle Epoque. «  Tous ceux qui regardent la comtesse restent comme fascinés par ces yeux infinis, remplis de rayons et d’ombres, et d’un crépuscule qui chante, devant sa beauté parfaite, devant sa grâce absolue de divinité » - écrira un Marcel Proust pâmé devant cette inaccessible déité. Ils correspondront jusqu’en 1920, la comtesse se rapprochant de lui au fur et à mesure que, son miel engrangé, Proust s’éloignait d’elle, requis par le souci de l’immortaliser dans son œuvre et de lui ouvrir les portes d’une renommée intemporelle. Les cahiers de brouillon de l’écrivain démontrent que ses rêveries sur les familles Montesquiou et Caraman-Chimay, dont les origines remontent à l’époque médiévale, ont inspiré la découverte du nom magique de « Guermantes » d’où naîtra La Recherche. Si bien que l’ombre des Guermantes a finalement relégué dans l’obscurité cette femme qui avait géré son image comme une œuvre d’art, raison pour laquelle Laure Hillerin n’a pas impunément donné pour titre à son livre : La comtesse Greffulhe – L’ombre des Guermantes.

Elisabeth mourra à l’âge de 92 ans le 21 août 1952.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour prendre connaissance d'un autre article consacré à la comtesse Greffulhe, cliquer  ICI

 

Pour consulter les articles de la rubrique DOSSIER PROUST, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique : DOSSIER MARCEL PROUST

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

1899-comtesse-greffulhe-2.png

 

 

 

La Comtesse Greffulhe de Laure Hillerin
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche