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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 09:14
Comment apprendre à s'aimer de Motoya Yukiko

Dans ce charmant roman, l’auteur livre une véritable leçon de vie en commun à travers les relations qu’une brave femme, un peu enquiquineuse toutefois, elle en convient elle-même, entretient avec sa famille et ses amis. Un texte plein de fraîcheur et de délicatesse.

 

 

Comment apprendre à s’aimer

Motoya Yukiko (1979 - ….)

 

 

Motoya Yukiko a fondé une troupe de théâtre pour laquelle elle écrit et met en scène des textes et son roman est fortement marqué par cette formation dans le monde du spectacle. L’intrigue est  construite comme un opéra en plusieurs actes évoquant des temps différents dans l’histoire de l’héroïne, même si le nombre d’actes est un peu trop élevé pour un opéra. Des temps qui évoquent les âges de Linde, la femme autour de laquelle l’intrigue se déroule, l’adolescence, les fiançailles, l’effritement du couple, la rencontre avec celui qui pourrait remplacer le mari, le retour à la petite enfance pour comprendre la complexité du personnage, le début de la vieillesse, l’achèvement d’un parcours, le résultat d’une vie quelque peu ratée.

 

Chacune de ces époques est illustrée, comme au théâtre ou à l’opéra, par une scène, une partie de bowling, un repas (trois fois), un caprice à la maternelle et une embrouille avec un livreur. Ce roman pourrait être adapté au théâtre d’autant plus que l’auteur décrit les différentes scènes avec une grande minutie, soignant les moindres détails du décor et disséquant les plus petits travers comportementaux des différents acteurs du roman.

 

A travers cette histoire, Motoya Yukiko cherche à nous montrer que nos difficultés relationnelles proviennent le plus souvent de petits agacements, de vétilles, montées en épingle et qu’il ne suffirait que d’un brin de tolérance et de compréhension pour que tout se passe mieux entre les époux et les amis. Linde s’est séparée de son mari, elle subit ses amis plus qu’elle ne les apprécie, elle se chicane régulièrement avec les livreurs et les commerçants, c’est une brave femme mais aussi une enquiquineuse qui gagnerait à améliorer son comportement, elle le sait et s’énerve de ne pas le faire.

« A une époque, elle était convaincue qu’un jour forcément elle rencontrerait une vraie amitié, mais voilà bien longtemps qu’elle avait abandonné cette idée. Elle ne connaîtrait jamais ce genre d’amitié fascinante. Ces pitoyables êtres devant elles pensaient certainement la même chose qu’elle ». Une petite leçon de vie en commun qui dit qu’il faut savoir tolérer certains travers pour parvenir à vivre en bonne harmonie.

Ce charmant roman, plein de délicatesse nippone, appartient à la littérature japonaise actuelle, plus orientée vers l’Occident que vers les traditions ancestrales. Pour preuve je préciserai que plusieurs personnages portent un prénom occidental, ainsi : Joe, Katarina, Tyler, Sue et que celui de l’héroïne Linde est tiré du titre d’une sonate de Schubert.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:26
Carthage, ville éternelle

 

Situé sur une colline qui domine le golfe de Tunis, Carthage a joué un rôle de premier plan dans l’antiquité et en conserve des vestiges qui n’ont cessé de nourrir l’imaginaire universel. Ne s’agit-il pas de l’un des centres les plus brillants de la civilisation africo-romaine ?

 

Carthage, au temps de la grandeur romaine, fut l’une des cinq capitales de l’Empire avec Rome, Constantinople, Antioche et Alexandrie.  Elle fut fondée par une princesse phénicienne, sœur de Pygmalion, du nom d’Elisa-Didon qui, pour échapper à la tyrannie de son frère, s’était enfuie à la tête d’une petite flotte et, après deux années d’errance, s’était installée sur la lagune de terre qui bordait le lac de Tunis, alors navigable. La légende veut qu’en ce lieu elle fonda la ville, mais, contrainte d’épouser un prince autochtone afin de gagner la bienveillance des habitants et établir l’alliance entre l’envahisseur et l’indigène, elle prétexta qu’il lui fallait d’abord rompre les liens d’un précédent hymen, fit élever un bûcher et s’y précipita, s’immolant plutôt que de lier son sort à un homme qui ne partageait pas ses croyances. Ainsi allait s’élever au fil des siècles une ville-Etat qui, à l’exemple de Didon, ne manquerait ni de panache, ni de fierté, ni de grandeur.

 

En effet, Carthage ferait trembler et pâlir d’envie les pays qui bordent la Méditerranée ; elle exercerait son pouvoir jusque sur l’Espagne, la Sardaigne, la Sicile, l’Italie, la Grèce, succomberait et renaîtrait cent fois sous les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabo-musulmans, les Croisés, les Espagnols, les Turcs, les Français ; vieille d’un passé de trois mille ans et riche d’une épopée prestigieuse dont le crépuscule ne parvient pas à dissiper les dernières lueurs, elle reste presque, à l’égale de Rome, une ville éternelle.

 

A la Carthage punique d’Hannon, qui avait été reine des mers, avait succédé celle d’Hannibal, maîtresse du monde, puis celle d’Auguste, capitale de l’Africa pro-consulaire, enfin, après la Carthage de saint Augustin qui avait promu la cité de Dieu, elle était devenue vandale pendant un siècle, byzantine avec Bélisaire, avait été conquise par les Arabes qui lui préférèrent Tunis.

 

Pour le visiteur qui s’attarde sur les lieux de la Carthage ancienne, il est émouvant d’essayer de les imaginer dans leurs différentes configurations, dont le temps les a passagèrement revêtues. Le sol est encore marqué de ces strates qui relatent l’histoire des hommes, leurs combats, leurs victoires, leurs défaites, leurs audaces, leurs croyances, leurs errements. Ainsi la colline de Byrsa, mot phénicien qui signifie « lieu fortifié », était-elle couronnée à l’époque punique par les temples du dieu Echmoun, à l’époque romaine par un monument dédié à la triade Jupiter-Junon-Minerve, au temps d’Auguste par une mosaïque figurant des monstres sans tête ou sans membre, qui intriguait à ce point les badauds qu’ils se pressaient autour d’elle et que saint Augustin, saisi lui-même d’étonnement, en parle dans ses écrits. Ainsi se succédèrent les sanctuaires, tantôt religieux, tantôt païens, comme si le monde ne cessait d’osciller entre ces deux pôles, de s’user entre l'espérance et le désespoir, la foi et le doute, la grandeur et la misère, le durable et l’éphémère. Oui, les hommes ont écrit ici une page mémorable qui leur ressemble, pleine d’effusion et d’indifférence, de douleur et de volupté, d’agitation et d’apaisement.

 

Le port fut longtemps dominé par deux colonnes ioniques qui donnaient à la circonférence constituée par le bassin principal l’aspect d’un portique et voyait accoster les navires marchands, tandis que se croisaient dans les avenues bordées de villas, de temples et de palais, une population cosmopolite. Depuis l’esplanade, on discerne toujours au loin une chaîne de reliefs qui barre l’horizon au sud-est. C’est sur l’un de ces versants que la ville avait été édifiée à l’origine. L’agglomération s’étendit ensuite  jusqu’aux rives de la Béhéra, lac salé qui baigne la presqu’île de Carthage. Au-delà, une zone de jardins et de verdure et, sur la bande de terre lagunaire qui sépare le lac de la mer, le port de la Goulette. Après la chute de Carthage, ce site avait toujours conservé une importance stratégique. En 1535, il avait été annexé par Charles-Quint qui y avait établi de puissantes fortifications et en avait fait sa base maritime pour dominer l'ensemble de la Méditerranée.

 

hannibal.jpg     Hannibal

 

C'est également à Carthage en 203 qu'avaient été livrées aux fauves Perpétue et sa servante Félicité. On suppose que leurs corps furent inhumés dans la basilica majorum dont, hélas ! il ne reste que des vestiges épars. Au temps d'Hamilcar, père d'Hannibal, le lieu se nommait Mégara et était bâti à l'emplacement des citernes romaines alimentées par l'aqueduc qu'avait fait construire l'empereur Hadrien. Dans ce voisinage se trouvait la sépulture d'un autre martyr saint Cyprien, sur laquelle avait été élevée une imposante basilique à sept nefs, qui se terminait par une abside encadrée de deux sacristies. Parmi les bouquets de cyprès, il faut se représenter les monuments d'alors : les églises abondamment décorées, les cathédrales imposantes dont les voûtes reposaient sur des colonnes en marbre, les palais aux salles circulaires ouvrant sur des patios, les chapelles tréflées, les atriums en hémicycle entourés de portiques, les stèles votives, les nécropoles, les fontaines peuplées de statues, les thermes aux gigantesques chapiteaux corinthiens, enfin les citernes aux bas-reliefs frappés de têtes d'empereurs et de déesses.

 

Aujourd'hui, il ne reste que des ruines magnifiques qui se détachent sur le bleu du ciel, symphonie qui mêle la lumière, la mer, les reliefs que l'on devine dans la brume et la minéralité du passé sculptée par le vent et la pluie. Il y a là une ordonnance magistrale comme si le passé s'était juste assoupi, tout prêt à renaître comme une fabuleuse légende inoubliée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Carthage, ville éternelle
Photos Yves BARGUILLET

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 09:53
Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Sombre année 2014 pour le randonneur et écrivain Sylvain Tesson qui perd sa mère en mai et tombe d'un mur à Chamonix en août, chute de huit mètres qui lui brise les côtes, les vertèbres et le crâne et dont il sort quelques mois plus tard avec une paralysie faciale, la colonne cloutée de vis et des douleurs intenses dans le dos. Les médecins lui recommandent de se "rééduquer". Pour le marcheur inlassable, qui a parcouru une partie de la planète, cela signifie ni plus, ni moins : ficher le camp et reprendre la route ou plutôt les chemins noirs dans une campagne de silence, de sorbiers et de chouettes effraies. Lui qui connaît Samarkand, les forêts de Sibérie, l'Himalaya, les steppes russes et a pu mesurer l'immensité du monde, ce voyage de rééducation physique et morale se fera en France pour la simple raison que sur son lit de douleur, il s'était promis : "Si je m'en sors, je traverse la France à pied par les routes buissonnières, les chemins cachés, bordés de haies" - là où il existe encore une France secrète, ombreuse et protégée du vacarme des grandes agglomérations. 

 

Son départ se fera au col de Tende vers le Mercantour, puis il traversera le Verdon, le Comtat-Venaissin, l'Aubrac, le Cantal, le Limousin, la Creuse, l'Indre, la Champagne mancelle, la Mayenne pour gagner le Cotentin et achever son périple dans les genêts et les cardères du cap de la Hague dans "une aube fouettée de mouettes". Voici donc un voyage, né d'une chute, qui a permis à Sylvain Tesson de solder ses comptes et d'oublier ses infortunes. Une France traversée pour y trouver remède et oubli et dont le circuit lui réapprend à goûter les odeurs, les aubes, le ruissellement des bois, les hautes prairies et lui enseigne qu'un jardin est en mesure de fonder un système de pensée et qu'un insecte est une clef digne de la plus noble joaillerie pour ouvrir les mystères du vivant. Durant ce parcours, il dormira souvent au pied d'un arbre, dans une combe moussue à la belle étoile ou dans un petit hôtel de village peuplé de vendangeurs. "Ainsi d'une connaissance parcellaire accède-t-on à l'universel" - souligne l'écrivain-randonneur. "Je sommais les chemins noirs de me distiller encore un peu de leur ambroisie". Grâce à eux, le marcheur retrouve non seulement le souffle mais l'inspiration, "la substance des choses, la musique du silence, l'odeur du tanin, le charme de la vie rurale, la musique des objets, la promesse des soirées piquées de lampions". "Ce dont j'étais le témoin" - écrit-il - "dans l'odeur doucereuse des filets aurifères, c'était la cousinage entre les princes de la vie et les paysans de la terre, cette fraternité d'enluminure pas encore fracturée par la lutte sociale. Un rêve romantique en somme".

 

Sylvain Tesson n'a pas prié Dieu de l'aider - il est agnostique - mais il l'a demandé aux sentes qui se perdent afin de nous permettre de nous retrouver : "Il était difficile de faire de soi-même un monastère mais une fois soulevée la trappe de la crypte intérieure, le séjour était fort vivable." Il y a, certes, des milliers de manières de fuir le monde : "Port-Royal était la façon la plus noble ; le monastère cistercien, la plus aisée ; le cabinet d'étude, la plus modeste ; l'atelier d'artiste, la plus civilisée ; le refuge de montagne, la plus hédoniste ; la grotte d'ermite, la plus doloriste ; la bergerie dans les alpages, la plus romantique ; la cabane dans les bois, la plus juvénile ; le fortin colonial, la plus classe".

 

Selon l'écrivain, toute longue marche a ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces ou, mieux encore...en soi. "On trouve un abri pour la nuit, on se rembourse en rêves des tristesses du jour". On élit domicile dans la forêt, on s'endort bercé par les chevêches ou le bruissement des feuillées," on repart le matin électrisé par la folie des hautes herbes, on croise des chevaux. On rencontre des paysans muets".  Avec ce livre, Sylvain Tesson, marcheur philosophe, nous donne la meilleure médecine pour nombre de nos maux et nous met en garde contre le danger le plus inquiétant qui soit : la modernisation effrénée qui met en péril nos paysages et nos âmes.  
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 09:21
Le mystère de la Joconde en partie dévoilé

 

Etudiant le tableau de la Joconde, Pascal Cotte, ingénieur français et fondateur de la société Lumiere Technology, a découvert un portrait caché derrière celui de Mona Lisa. Cinq siècles après sa conception, la Joconde de Léonard de Vinci, tableau le plus célèbre du monde, n’en finit pas de fasciner. Nombreux sont ceux à avoir tenté d’en déceler les secrets. Or, Pascal Cotte semble en passe d'élucider le mystère ou, du moins, une partie essentielle. Sa découverte a donné lieu à une émission passionnante sur Arte samedi 21 janvier 2017, dirigée par Andrew Graham-Dixon, où le spécialiste explique avoir identifié le portrait d’une autre femme caché sous le sourire énigmatique de la Joconde. Une analyse multispectrale est à l’origine de cette découverte.  L’incroyable conclusion découle de six années de recherche. Durant tout ce temps, Pascal Cotte a étudié le tableau dans ses moindres détails en utilisant une technique connue sous le nom de Layer Amplificator Method (LAM), littéralement "méthode des couches augmentées". La technique consiste à projeter sur l’œuvre d’intenses faisceaux de lumière dans 13 différentes longueurs d'onde, afin de mesurer les quantités de lumière renvoyées. Les mesures, effectuées à l’aide d’un posemètre, ont révélé les couches pigmentaires utilisées par Léonard de Vinci. "Nous pouvons maintenant analyser exactement ce qui se passe à l'intérieur des couches de la peinture et nous pouvons les peler comme un oignon » - explique Pascal Cotte. « Nous pouvons reconstruire ainsi toute la chronologie de la création du tableau"- ajoute-t-il. En effet, les résultats indiquent la présence de quatre phases différentes ou images sous la surface de la Joconde. Parmi celles-ci, la troisième image est le portrait d’une femme qui n’est pas la Mona Lisa du Louvre. D'apparence plus jeune, cette dernière présente des traits plus fins, un regard dans le vide et n’affiche aucun sourire. "Je me suis trouvé face à un portrait totalement différent de la Mona Lisa d'aujourd'hui. Ce n'est pas la même femme"- poursuit-il. Selon lui, il pourrait s'agir de la véritable Lisa Gherardini, la jeune femme  qui aurait servi de modèle à Vinci. Une hypothèse qui remet en question l'identité de Mona Lisa. « Ces résultats font exploser en éclats de nombreux mythes et changent notre vision du chef-d’œuvre » - souligne  l’ingénieur qui avoue ne pas être capable de déterminer à quel intervalle de temps les deux œuvres ont été peintes. Pour d’autres spécialistes, en revanche, ces conclusions sont à tempérer. Certains ont d’ores et déjà émis de vives critiques à l’encontre des travaux de Pascal Cotte, dont les résultats n’ont  pas encore été soumis à une évaluation par ses pairs, processus standard permettant de vérifier leur véracité. De même l'interprétation qu'en fait le spécialiste ne fait pas l’unanimité. "Une apparence différente n’induit pas forcément l’hypothèse qu’il s’agit de deux personnes différentes" - suggère Claus-Christian Carbon, chercheur allemand et auteur d’une étude stéréoscopique du tableau. "Je suis assez sceptique, parce que l'hypothèse la plus simple est toujours la meilleure, je pense, c'est juste que le portrait a changé un peu". Divers chercheurs ont également appuyé la théorie selon laquelle les deux portraits retraceraient en réalité l’évolution de Mona Lisa. Il est courant qu’un artiste peigne une seconde version et réalise des modifications jusqu’à ce qu'il puisse atteindre le résultat final voulu  par le commanditaire du tableau. Il est vrai que Léonard commençait toujours par une esquisse et qu’il ne cessait de gommer certains éléments pour passer d’une étape à une autre. Ainsi élaborait-il ses tableaux couche par couche.

 

Ces révélations remettent néanmoins tout en question. Il y a 500 ans, un homme a peint une femme et a mis dans cette œuvre tout son génie. Or, à l’époque, on sait que Vinci était davantage passionné par ses recherches d'ingénieur que par l’exécution de commandes de portraits officiels, ceux des personnalités en vue à Florence, comme on le lui réclamait. Alors pour quelles raisons aurait-il accepté de faire celui de la fille d’un artisan, mariée à un marchand, Francesco del Jocondo, un homme peu affable de surcroît. Est-ce parce que le père de Lisa demeurait dans une maison juste en face de celle du père de Léonard, notaire à Florence ? Peut-être, cet artisan, ami de son père, avait-il rendu des services à la famille et Léonard a-t-il voulu faire plaisir à sa fille ?  Toujours est-il que Lisa n’était pas une grande dame. Et est-ce vraiment la version découverte par Pascal Cotte qui est la vraie Lisa, alors que celle du Louvre en serait une autre ? En effet, la première esquisse représente une femme plus jeune, moins mystérieuse, qui ne sourit pas et pose comme le ferait n’importe quelle jeune femme, irradiant moins de mystère et plus de naturel. Autre fait curieux, ce tableau n’a jamais été entre les mains du couple, Léonard de Vinci l’ayant toujours conservé par-devers lui, pour le reprendre ensuite et exécuter la Joconde que nous connaissons. Alors, pourrait-il y avoir plusieurs Joconde ? Car il existe également  la Mona Lisa de Isleworth, œuvre de jeunesse de Vinci représentant une femme plus jeune également et dont les experts ont reconnu qu’elle était de la main du grand peintre. Ce portait-là était-il la version définitive qui fut remise au mari de Lisa ?  On sait aussi que Raphaël a dessiné une esquisse d’après la Joconde qu’il avait vue dans l’atelier de Léonard et qui avait dû le frapper pour qu’il en reproduise le visage et, ce visage-là, est curieusement celui qui apparaît comme la première version, celle découverte par l’ingénieur Pascal Cotte sous l’officielle Joconde du Louvre. Mais qui est alors la Joconde que nous connaissons et que Léonard a eu soin d’emporter avec lui en France lorsqu’il a été invité à s’y installer par François Ier ?

 

Pascal Cotte suppose que Léonard a réalisé sur ce même support, qui avait servi à la première esquisse du portrait de la jeune Lisa, l’épouse de Francesco, une œuvre plus mâture commandée par son protecteur italien Julien de Médicis et qui représenterait une femme mythique, un amour inoublié du prince auquel Vinci a souhaité conserver la pose délicate de la jeune Lisa, avec ses mains posées l’une sur l’autre et cette interrogation dans le regard. Cette œuvre frappe d’autant plus qu’elle est l’incarnation du savoir, tout ce que Vinci avait découvert, au fil des années, sur la nature humaine et sur l’univers. Ainsi, postérieure à l’œuvre initiale, elle représente l’aboutissement et la conclusion d’une quête permanente, celle d’un génie qui n’a cessé de questionner l’être et le monde.

 

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La Joconde d'Isleworth

La Joconde d'Isleworth

Le portrait trouvé sous la Joconde du Louvre, peut-être Lisa del Jocondo née Gherardini.

Le portrait trouvé sous la Joconde du Louvre, peut-être Lisa del Jocondo née Gherardini.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 08:59
L'hiver des poètes

Comment l'ont-ils chanté l'hiver et sa blancheur silencieuse, ses ramures défeuillées et sa bise maligne qui siffle dans les branches, nos chers poètes ? La blancheur cristalline, le givre qui immobilise les paysages, l'oiseau en peine de nourriture, ont-ils inspiré leurs plumes vagabondes ? Oui, je m'en suis assurée et voici quelques-unes de ces mélodies douces qui disent la plaine blanche, immobile et sans voix et requièrent si bien la leur...

 

 

 


NUIT DE NEIGE


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.


Guy de MAUPASSANT

 


Ah! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Ah ! la douleur que j'ai, que j'ai !

Tous les étangs gisent gelés.
Mon âme est noire : Où vis-je ? Où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses.
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du génévrier.


 Emile NELLIGAN


 


LA MORT DES OISEAUX
 

Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois
A la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois.
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver !
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d'avril où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?

 

 

François COPPEE

 

 


LES NEIGES d'ANTAN
 

Dites-moi où, et en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ni Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine
Mais où sont les neiges d'antan?

Où est la très sage Héloïse,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Abelard à Saint-Denis?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fut jeté en un sac en Seine?
Mais où sont les neiges d'antan?

La reine Blanche comme lys
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiges d'antan?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous remaine:
Mais où sont les neiges d'antan?

 

François VILLON

 

 

 

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L'hiver des poètes
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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 17:11
Michel Deon ou l'invitation au voyage

Michel Déon, qui s'est éclipsé à l'âge de 97 ans le 28 décembre 2016 après une vie toute entière empreinte d'élégance et de ferveur, nous laisse heureusement une oeuvre où ce sont exprimés le portraitiste éloquent et le paysagiste précis et qu'il faut s'empresser de relire ou de découvrir tant elle est "un miroir du bonheur et un objet magique", affirmait son ami André Fraigneau. Michel Déon s'est plu à courtiser la beauté et à nomadiser, de préférence à travers l'Europe, parce qu'il y avait des repères culturels : en Grèce et ce seront "Les rendez-vous de Patmos", en Irlande où il habita et où il est mort et ce seront "Les poneys sauvages" réécrit 50 ans plus tard et "Un taxi mauve", mais également en Suisse, en Italie, au Portugal sans oublier les Etats-Unis et le Canada. Il avait écrit : " Je crois m'être beaucoup promené en flâneur sur cette terre et dans les livres d'écrivains que j'aimais." En effet, Michel Déon n'envisageait pas le voyage en touriste mais bien en promeneur. Il le voyait semblable aux pérégrinations d'un Ulysse, voire d'un Flaubert en Egypte ou d'un Chateaubriand en Grèce. Selon lui, l'aventure se vivait comme une suite de hasards qui font se croiser et se recouper les chemins. Quand il se fixa en Irlande, la question lui fut posée : pourquoi l'Irlande ? "Je n'en sais rien au juste" - avouait-il.  "Il faut bien vivre quelque part. Au fond, il s'agissait peut-être d'une envie, mûrie depuis longtemps, un obscur besoin de pluie, de vent, de prairies vertes, l'attrait que peuvent exercer une terre mouillée, de vastes paysages, la présence de l'Océan et le bruit sourd et continu de la houle se brisant sur les falaises de Moher. L'Europe s'achève ici, plus loin c'est l'aventure". 

 

Rappelons-nous aussi qu'il fût l'un de ces jeunes hussards qui entendait refaire le monde et réinventer la littérature. Leurs noms : Blondin, Laurent, Nimier et Déon. A eux quatre, ils ont usé de la plus grande liberté en lui ajoutant ... la grâce. J'ai eu cette chance de rencontrer Michel Déon sous la Coupole, où il siégeait, en décembre 1987. A l'énoncé de mon prix de poésie, qui me valait d'être là, il m'avait dit : "vous avez fait le bon choix". En effet, Michel Déon aimait la poésie et son oeuvre en est l'écho constant. En amoureux des mots, et parce qu'il entendait respirer à une certaine altitude, il n'a eu d'autre urgence que de faire preuve d'une constante exigence, remettant cent fois sur le métier son ouvrage, sans cesse le polissant et le repolissant, au point de réécrire un livre cinquante ans après sa première publication, sans oublier de parer l'ensemble d'une secrète mélancolie et d'une discrète ironie. Si bien que sa rêverie fut féconde : "Je ne suis pas un désespéré" - avouait-il "mais je suis un chimérique plein de sérénité".

 

Il est vrai aussi qu'il mît toujours entre lui et le réel une certaine distance et qu'il a coloré son romanesque d'un zeste de nostalgie. L'âge venant, il avait pris du recul et s'était volontiers consacré à dépeindre les crépuscules, les choses qui nous quittent, les lueurs vespérales. J'ai beaucoup aimé "La montée du soir" et "Les gens de la nuit", sans oublier "Les trompeuses espérances", où Michel Déon évoque non seulement le vieillissement des êtres mais la décadence irrémédiable d'une civilisation : la nôtre. Cela sans alourdir ses propos d'une quelconque rancoeur. Son humour le sauvait de la désillusion, si tant est qu'il en eût, et sa générosité naturelle le portait volontiers à écouter les autres, surtout les jeunes. Mais il n'avait rien d'un universitaire arrogant toujours bien disposé à jouer les censeurs. Déon était naturellement bienveillant, considérant que la vie l'avait été avec lui.

 

Oui,  il faut relire cet auteur qui aimait les grands espaces et la liberté de ton et de pensée, cet homme attentif et délicat qui a constamment trempé sa plume dans une encre indélébile. " J'ai eu la vie que je voulais, j'ai écrit les livres que je pouvais écrire, et le destin a été plutôt généreux avec moi, c'est déjà beaucoup, et j'ai reçu de la littérature plus que je ne lui ai donné." Ce mélancolique savait se méfier tout autant d'un scepticisme douteux que d'un brumeux désenchantement.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Michel Deon ou l'invitation au voyage
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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 08:38
Bleu de travail de Thomas Vinau

Exercice de style

 

Un petit recueil de textes courts, souvent très courts dans lesquels Thomas Vinau, véritable alchimiste du vocabulaire, redonne ses lettres de noblesse à l’écriture redevenant sous sa plume un art à part entière.

 

 

Bleu de travail

   Thomas Vinau (1978 - ….)

 

 

« Chronique des manches retroussées du ciel et des matins qui passent. Textes de rien, de faim et de soif. Il y a chaque jour des gris à habiter et des couleurs à faire pousser. Il faut chaque jour plonger ses mains dans le cambouis… » « Le jour met son bleu de travail. Je mets le mien aussi. » Et pourtant, après avoir lu les quelques quatre-vingt textes constituant ce recueil, j’ai l’impression qu’il y a mal donne, que l’auteur cherche à égarer le lecteur, je ne l’imagine absolument pas en bleu de chauffe, je le vois plutôt déguisé en alchimiste, se démenant comme un diable derrière sa paillasse, précipitant des mots dans des éprouvettes et des cornues pour en tirer l’essence, le nectar, qu’il distillera ensuite.

 

Avec le produit de sa distillation solidifié en mots comme des briques de texte, Vinau  constitue des morceaux de phrases ou des phrases ultra courtes qu’il assemble pour rédiger des textes courts, souvent très courts, mais très forts, des textes pour dire le nécessaire, l’essentiel, juste ce qu’il faut pour faire vivre les petites choses invisibles mais nécessaire à notre vie, les choses qui paraissent inconséquentes, anodines, vénielles mais qui, finalement, donnent un sens à notre vie. On dirait que Vinau a lu les maîtres japonais, il écrit un peu comme eux : il pose précieusement ses mots/briques par petits groupes en vérifiant très attentivement leur assemblage et leur sonorité avant de les placer entre les deux points qui délimitent la phrase et de les relier à une autre phase pour produire un texte  soupesé, ciselé, clair, sonnant bien.

 

Avec Vinau, l’écriture redevient un art, il écrit tout d’abord pour proposer de beaux textes, des textes travaillés comme des sanguines, des fusains, des esquisses, des épures, des œuvres dépouillées mais expressives,…,  des textes sonnant  comme un fragment de musique, un « Stück Musik » de Schubert par exemple ou une petite pièce de Satie. Au-delà de la forme, ceux-ci ont une signification, ils évoquent le monde froid, austère, sans richesses ni fioritures, le monde des êtres faibles, des petites choses, des pauvres gens, le monde de ceux qui semblent ne pas compter et qui pourtant donnent beaucoup de sens à notre vie. Des textes à lire comme on mange une friandise, sans se poser de questions, juste en dégustant. « Les arbres se gonflent et se dégonflent. Ils expriment le vide froid. Les branches sont des bronches. Poitrine de lumière. Et le ciel qui ronfle. Et nos peines soufflées. Là. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 09:20
De l'âme de François CHENG

Je viens de refermer un livre qui n’est ni un roman, ni un essai, mais une méditation sur l’âme, méditation sous la forme de lettres adressées à une âme sœur, à une bien-aimée lointaine. Cette méditation, à une époque où celle-ci est tombée en totale désuétude, a quelque chose de revigorant ou, mieux, de réconfortant. Quelqu’un, de nos jours, ose ainsi nous entretenir de ce vocable désuet qui n’est plus guère d’actualité en France, « ce coin de terre censé être le plus tolérant et le plus libre, où règne néanmoins comme une « terreur » intellectuelle, visualisée par le ricanement voltairien » – précise l’auteur.

 

Et quel est cet auteur qui prend la liberté de donner à son ouvrage un titre "De l'âme" qui n’est pas sans évoquer le traité d’Aristote et peut impressionner les éventuels lecteurs ? Que ceux-ci se rassurent : le livre se lit avec bonheur parce qu’il ravive en nous les souvenirs les plus purs, les aspirations les plus hautes, les sentiments les plus nobles. Les mots tombent sur nous pareils à une rosée et les phrases parlent comme une merveilleuse symphonie musicale pour la simple raison que l’écrivain, à qui l’on doit ces quelques 156 pages illuminantes, est d’abord un poète avant d’être un romancier, un philosophe, un essayiste et un critique d’art. Pas moins de 34 ouvrages à son actif et plusieurs prix à son palmarès dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française (2001), le prix Fémina (1998), le prix André Malraux (1998) et le prix Roger Caillois (1998).

 

Cet homme est Cheng Chi-Hsen, né à Nanchang en 1929 et naturalisé français en 1971 sous le nom de Cheng et le prénom de François, en hommage à St François d’Assise. Après des études commencées à l’université de Nankin, il suit ses parents à Paris, son père venant d’obtenir un poste à l’Unesco. Mais alors que sa famille émigre bientôt aux Etats-Unis, le jeune Cheng, définitivement séduit par la culture française, reste seul dans notre capitale afin de poursuivre, dans des conditions très difficiles, des études universitaires de lettre, tout en traduisant, de façon à subvenir à ses besoins, des poètes chinois en français et des poètes français en chinois. Taoïste et chrétien, il est aujourd’hui membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux, association multiconfessionnelle qui œuvre pour la préservation et le rayonnement "cultuel" français, à une époque où tant de nos ressortissants s’offusquent que l’on puisse encore installer une crèche dans un de nos lieux publics. De même qu’il est le premier asiatique à être élu à l’Académie française (juin 2002). Parcours exceptionnel et écrivain exceptionnel d’une œuvre qui saisit par sa profondeur, son élévation, sa délicatesse, alors que tout ce qui relève de la spiritualité est volontiers traité de ringard et relégué dans les oubliettes par une intelligentsia convertie à la seule dualité corps/esprit.

 

« Je ne voudrais surtout pas que vous vous mépreniez sur la portée de mes propos : je ne cherche en rien à diminuer l’importance de l’esprit. Disons qu’au niveau d’un individu, l’esprit est grand et l’âme essentielle, que le rôle de l’esprit est central et celui de l’âme fondamental ». Et plus loin, François Cheng poursuit : « L’âme ne peut être négligée ou mise en sourdine, escamotée voire ignorée par le sujet conscient, elle est là, entière, conservant en elle désir de vie et mémoire de vie, élans et blessures emmêlés, joies et peines confondues. »


De cette lecture, où l’on rencontre, pour n’en citer que quelques-uns, Gaston Bachelard, Krishna, Platon, Maître Eckhart, Léonard de Vinci, Hildegarde de Bingen, le poète persan Attar, Pascal, Simone Weil, nous côtoyons en permanence les esprits les mieux à même de nous éclairer dans les catacombes que nous traversons. L’auteur n’oublie pas de souligner que corps et âme sont solidaires. Sans âme, le corps n’est pas animé ; sans corps, l’âme n’est pas  incarnée. Et il nous rappelle également les beaux vers de Pierre Emmanuel :

 

Toute âme ayant brisé la prison où la peur d’être aimée l’enferme

Est sur le monde comme un grand vent, une insurrection d’écume et de sel

Une haute parole de vie dans et contre le corps éphémère

(…)

Qui monte dans l’humilité triomphale comme une grappe de cieux superposés.

Je te laisse, dit Dieu. Tu es heureux. Je te laisse car tu es certain.

Toi, premier sauvé de Babel, non par verbe singulier

Mais simplement parce que tu aimes. »

 

Ainsi, avec François Cheng, naviguons-nous en altitude avec une vue panoramique sur les espérances humaines et ses constants prolongements spirituels, fouetté par un souffle qui nous libère de nos entraves provisoires et ranime au fond de nos âmes délaissées la lumière vacillante de « l’éternel désirant ». Puisque « l’esprit raisonne alors que l’âme résonne, que l’esprit se meut tandis que l’âme s’émeut, que l’esprit communique là où l’âme communie »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 09:34
Ma lettre au Père Noël 2016

Cher Père Noël,

 

Il m'arrive de me demander si, par hasard, tu n'aurais pas pris ta retraite sans prévenir personne et  si, lassé de voir la planète se déchirer en permanence, tu ne te serais pas enfui vers des cieux plus cléments ? Néanmoins, je tente encore de t'écrire cette lettre que je confie à la bonne grâce de quelque pigeon voyageur, de quelque oie sauvage, de quelque oiseau migrateur qui connaissent mieux que moi les voies rapides du firmament. Vois-tu, j'avais une idée à te proposer cette année car tu sais bien qu'il n'est pas question que je charge davantage ta lourde hotte en te réclamant des cadeaux pour mes petits-enfants. Ma suggestion est simple : celle que tu te refuses à gâter qui que ce soit, même le plus adorable, le plus tendre, le plus sage des enfants, tant que des bombes iront en tuer des milliers dans certains pays. Oui, pas de gâteries pour les uns alors que les autres voient tomber du ciel une mort cruelle !

 

Sans doute mon idée rejoint-elle la tienne et hoches-tu du chef en te disant intérieurement que prendre ta retraite signifierait que tu éteins la dernière étincelle de merveilleux qui subsiste dans l'univers ? Mieux vaut que tu te contentes de faire grève aussi longtemps que le bruit des armes retentira, semant la mort alentour. Trêve de Noël ou mieux que cela : sainte colère face à l'inadmissible cruauté qui inspire aux hommes des actes barbares. 

 

Ta hotte restera probablement vide en ce mois de décembre 2016. Je te suppose blême de rage et invitant tes rennes à un repos partagé jusqu'à nouvel ordre, confiant  aux parents le soin d'assumer eux-mêmes le Noël de leurs petits. "Où sont mes frères, mes amis, mes semblables" - te désoles-tu - "dans ce monde fracturé de toutes parts ?" Je ne doute pas qu'une larme de mélancolie glisse au long de ta joue. Cher Père Noël, je t'embrasse en souhaitant que le monde devienne meilleur et que tu nous reviennes l'an prochain avec la "petite espérance" blottie sur ton épaule.

 

Armelle

 

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Lettre au Père Noël 2017

Lettre au Père Noël 2013

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Ma lettre au Père Noël 2016
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:50
Plus rien ne sera jamais semblable

Plus rien ne sera jamais semblable
Quelque chose d’indéfinissable a  tremblé
Et nous avons vu une lumière
Lentement naître des ténèbres.
Nos cœurs s’émerveillaient de son approche
Et que de ce tremblement, de cette onde,
Soudain naisse l’élan qui nous relèverait.
La nuit n’avait cheminé qu’un moment avec nous
Et nous en gardions une cécité passagère.
Après nous voyions comme nous n’avions jamais vu,
Les fluorescences de la lune redessiner l’ombre
Sur les fresques du ciel.
Tu caresses mes cheveux,
Je pose délicatement ma main sur la tienne,
nul geste ne peut être plus tendre, plus achevé.
Tu me dis  «écoute », car le monde nous reste  proche,
Je te murmure  « regarde »,
Car l’éternité nous adresse un salut royal.
Un dernier mouvement de foule trace un bref horizon.
Je perçois le choc sourd du jour
Qui heurte la pierre aimantée du temps.
Demain, tu inventeras un langage, tu me baiseras au front
Afin que je porte loin et haut notre amour.
Tes mots dureront. Ils formeront une enceinte,
Ils se doivent de nous garder.
Peut-être  dispenseront-ils  leurs bienfaits
Jusque dans les profondeurs des eaux ?
La résurrection des mondes en dépend.
Souviens-toi, il faut être habité d’une  présence infinie …
Pour se taire ensemble.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( publié dans les Cahiers Froissart  N° 47 –Quatrième  trimestre 1988 )

 

 

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TEXTE LIBRE

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
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