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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 08:51
Andreï Makine ou l'héritage accablant

 

De lui, Dominique Fernandez, dans son Dictionnaire amoureux de la Russie disait,  il y a quelques années : « A voir la haute stature, le port rigide, le visage taillé à la serpe, la barbe de prophète, les yeux clairs, on dirait un de ces pèlerins qui parcouraient, un bâton à la main (…), l’immensité de la steppe. Mais sous ce physique serein de moine, se cache un esprit rebelle, tourmenté, violent ». Et c’est bien cette impression qu’il donne, à le voir, en photo ou derrière un micro, que son oeuvre, où l’on retrouve la Russie  immense et tourmentée, est bien celle d'une inspiration habitée par une inexplicable tragédie. 

 

Dans chacun de ses romans, l'écrivain nous plonge dans une Russie toujours plus rude où brille parfois un reflet de France. Mais, même lorsque la France est absente, c’est le français que Makine utilise pour décrire et raconter, comme s'il ne pouvait plus s'exprimer que dans la langue de Racine et de Voltaire.    

 

« Je crois qu’on détruit une œuvre en lui accolant une biographie » : Makine est très peu disert sur sa vie. Les critiques, les journalistes en sont souvent réduits à puiser dans ses romans des anecdotes qui leur paraissent autobiographiques. Et même si l'on peut envisager que l’écrivain ait pu, à un moment donné de sa vie, côtoyer les services de renseignement comme le narrateur de "Requiem pour l’Est", on ne trouve aucunement et précisément dans ses livres de traces autobiographiques. D'ailleurs l'homme s'en défend, même s'il n'en remet pas en cause la tentation, entretenant par là sa part de mystère. Dans un premier temps, il explique, en citant Flaubert, la raison pour laquelle il ne s’épanche pas : « Flaubert disait que l’écrivain ne devait laisser que ses œuvres, et que dire des choses sur soi était une tentation petite-bourgeoise à laquelle il avait toujours su résister. Je ne sais pas s’il est très intéressant de savoir si les crises d’épilepsie consécutives à sa syphilis ont pu avoir une influence sur l’écriture de Madame Bovary ». Mais, lorsque Makine avoue que s’il garde pour lui les éléments de son histoire personnelle, c’est pour ne pas en perdre la sève et la disperser en vaines paroles …  ne confirme-t-il pas, à cette occasion, qu’il y a beaucoup de lui dans ses romans ? Devant l’acharnement des journalistes, il répond, alors qu’il vient de publier "Une femme qui attendait: « J’aurais pu vous dire : “ Vous savez quand j’étais étudiant, j’ai été quelque temps dans un village de Sibérie, et bien là-bas il y avait une femme qui attendait depuis trente ans son fiancé parti à la guerre…” Quel intérêt ? Si je fais ça, j’assassine mon roman, je vends mon âme et l’âme de cette femme ».      

 

Andreï Makine est né en 1957 à Krasnoïarsk en Sibérie. Il serait devenu très tôt orphelin. A ce moment, une femme, sa grand mère, a beaucoup compté pour lui : elle l’a initié dès son plus jeune âge à la langue et à la culture française. Mais cette femme, que l’on retrouve sous les traits de Charlotte dans "Le testament français" et d’Alexandra dans "La terre et le ciel de Jacques Dorme",  se référait à une France d’un autre temps et le comportement de Makine aujourd’hui, à l’égard de la France contemporaine, est révélateur : dans "cette France qu’on oublie d’aimer" ou dans le "Testament français", Makine exprime une sorte de désillusion. Il ne retrouve plus la France surannée qu’on lui avait décrite et à laquelle il rêvait. Cela explique peut-être le réactionnaire qui subsiste en lui et que certains dénoncent.  

 

Après sa découverte du français, on retrouve Makine adolescent : il s’est alors passionné pour la poésie et lancé dans l’écriture, expression de sa liberté (cette « noble liberté intérieure des Russes » dont parlait Pouchkine). Et puisqu’il nous faut l’inscrire dans une filiation russe, il convient de préciser qu’il admire Dostoïevski, Boulkakov et Bounine auquel il consacrera sa thèse effectuée à la Sorbonne : « Poétique de la nostalgie chez Ivan Bounine ».  Par ailleurs, il a voulu s’affranchir de cet héritage en choisissant la langue française. Dès lors, dans la culture hexagonale, il se réfère à Marcel Proust, pour « sa vision poétique des choses » et à Guy de Maupassant « pour la qualité, la rigueur de sa narration ». S’il est vrai que quelques critiques l’ont aimablement surnommé le Proust des steppes, son écriture s'apparente davantage à celle du père de Madame Bovary de par sa parfaite maîtrise du français classique. Dominique Fernandez, dans un article paru le 26 octobre 1995 dans le Nouvel Observateur s’émerveille devant Makine : quand certains lui reprochent des fautes de français, lui y voit, et avec raison, des licences poétiques d’un « étranger qui manie la langue française avec une pertinence et une virtuosité de néophyte supérieures à celles de l’expert chevronné, jusqu’à s’autoriser des néologismes ou remettre en circulation de vieux mots oubliés (sirventès : poème satirique, terme dérivé du Moyen-Âge provençal) ». Cet éloge n’est pas le seul : en effet, on apprécie autant  l’accent slave de sa prose  que « la musique sobre de la nostalgie et de la douleur ». Makine dit de ses textes qu’ils sont très modernes tout en restant classiques. Et, il est vrai, que s'ils se révèlent modernes par leur inspiration, ils restent classiques dans leur forme. La Russie désenchantée que Makine décrit est servie par une langue admirable qui tient de celle de nos auteurs français du XIXe que, jeune homme, il a pu lire dans sa Russie natale où la censure n’interdisait pas les Balzac, Zola et Flaubert.   

 

Lorsque s'ouvre  l’ère Brejnev, dans les années 70, se profile pour le jeune Makine la tentation de la dissidence :  il aurait fréquenté alors les cercles de la contestation intellectuelle. Mais les ennuis, qui ne cessent de se faire plus inquiétants, l'incitent à partir pour la France : comme d’autres compatriotes écrivains il choisit l’exil. On peut  penser ici à  Ivan Chmeliov qui a exalté l’âme de sa terre dans  Pèlerinage en 1935 ou Alexandre Soljenitsyne, expulsé d’Union soviétique en 1977, bien que les immigrés russes en France aient toujours cultivé l’espoir de revoir un jour leur Sainte Russie. Et c'est là que le cas Makine est singulier : contrairement aux autres, il tire un trait sur ses racines en choisissant la nationalité française puisque la nationalité russe ne se conjugue à aucune autre. Abhorrant la société matérialiste de l’ère Gorbatchev, il obtient un statut de réfugié politique. Cependant on ne peut nier la douleur qu’il peut y avoir à se couper ainsi de son pays natal. La métaphore de l’amputation, développée dans "Requiem pour l’Est", apparaît dès lors explicite : «  Plus tard, dans la nuit, je pensai à cette douleur fantôme qu’éprouve un blessé après l’amputation. Il sent, très charnellement, la vie de la jambe ou du bras qu’il vient de perdre. Je me disais qu’il en était ainsi pour le pays natal, pour la patrie, perdue ou réduite à l’état d’une ombre, et qui s’éveille en nous (…) ».  

 

Avec difficulté, le statut de réfugié obtenu, il parvient à publier ses premiers romans dont la légende veut qu’il les ait présentés comme traduits du russe. En effet, Makine écrit en français et les éditeurs semblent avoir refusé de prendre ce moujik au sérieux. Lorsqu'on lui pose la question : pourquoi le choix du français? - il répond : « Pour ne pas être poursuivi par les ombres trop intimes de Tchekhov ou Tolstoï »? Le français serait donc choisi de façon arbitraire ? Et le russe délaissé du fait du poids de l’héritage littéraire ? En définitive, d’autres explications apparaissent plus satisfaisantes et révèlent le véritable culte que Makine voue à la langue française, un culte justifié par des critères de littérarité.    

 

En 1995, la gloire arrive enfin pour lui, grâce à la parution au Mercure de France ( Simone Gallimard se serait dite séduite ) du "Testament français". Evènement rarissime dans le milieu littéraire, le livre obtient deux récompenses prestigieuses : le Médicis et le Goncourt, auxquels s’ajoute le Goncourt des lycéens. Fait rare également, les jurés du Médicis choisissent de ne pas départager le russe Andreï Makine et le grec Vassili Alexakis, ce qui est significatif du dialogue qui spontanément s'intronise entre les divers pays sur le plan culturel. 

   

Après cette consécration, Makine, dont on ne sait plus trop s’il faut le considérer comme un écrivain russe d’expression française (selon François Nourrissier) ou comme un écrivain français d’origine russe (il a obtenu la nationalité française un an après le sacre du Goncourt) a acquis une place incontestable dans le milieu littéraire : il a publié de nouveaux romans, a reçu de nouveaux prix littéraires et est traduit en plus de trente langues. Aujourd'hui il entre à l'Académie française, dont il sera le membre le plus jeune, consécration d'un parcours exigeant et sans concession.

 

Afin de compléter cet article, prenez connaissance de celui-ci : L'art d'écrire selon Andreï Makine

 

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 08:34
L'ombre improbable

 

Descendons un peu plus bas
dans le silence qui touche aux origines.
La vérité est au-delà de la frontière des ombres.
Ni ombre, ni lumière vraiment,
mais une sorte de paix, une eau dormante
épargnée par le temps.
Suis-je encore vivante ? Je ne sais,
tant je vis ton absence
comme une terrible éternité.
Un jour, je fus ravie hors de ma propre conscience.
Je ne souffrais plus du simple poids des choses.
J’étais au seuil d’un autre monde
et me dévêtais de mon linceul d’humanité.
Que mon pas était léger !
Tout, dans le sens nécessaire, allait immuable
et je te cherchais en un pays de collines et de frangipaniers.
Quel écho me rendra ton appel et ta voix ?
Est-ce en mon âme que tu t’es égaré,
en ma mémoire que tu chemines fidèlement ?

 

Cette nuit, le jardin s’est refermé sur mon chagrin.
Bien que nous soyons en été,
mon cœur, de son hiver, est resté le prisonnier.
Combien de jours, de semaines, sans ton amour ?
Dans ce parc, tu m’as avoué
qu’il te plaisait de méditer,
aussi est-ce ton ombre improbable
que je suis venue guetter.
Tout à l’heure, il faisait clair,
il y avait là des enfants, des fleurs,
des bosquets, des marchands.
Me serais-je endormie ?
Sur quel aveu à te dire,
sur quelle peine à te confier ?

Pousse lentement la porte du jardin,
que ton pas s’inscrive,
oui, ton pas sans le mien,
sur la terre humide encore de la nuit,
arrête-toi, je te rejoins.
Quelle attente, quel souvenir lointain, un instant te retient ?
Mon absent, dans l’ombre révélatrice, reviens-moi, je t’en prie.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  "extraits de « Profil de la Nuit"

 

 

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 09:05
corbeau, chouette et engoulevent
corbeau, chouette et engouleventcorbeau, chouette et engoulevent

corbeau, chouette et engoulevent

Dans le vaste domaine des légendes et croyances relatives aux oiseaux, l’une des plus anciennes est probablement la distinction faite entre oiseaux de bon et de mauvais augure. Les corbeaux, par exemple, ont toujours eu une mauvaise réputation en raison de leur cri guttural et de leur livrée sombre. Et puis, sur les champs de bataille, ne se repaissaient-ils pas des cadavres ? Cela suffit amplement à expliquer qu’ils étaient considérés comme néfastes et inquiétants. François Villon y faisait allusion dans sa « Ballade des pendus ». La chouette, elle aussi, était fort mal considérée en France au XIXe siècle et passait pour annoncer la mort. Il est vrai que dans les campagnes, on l’entendait souvent chuinter sur le toit des maisons où se trouvait un malade car, en général, la lumière, qui l’attirait, y restait en veille une bonne partie de la nuit. La légende du caractère funeste des rapaces nocturnes a été entretenue par les gens de lettres comme Boileau dans « Le Lutrin » :

 

Là, depuis trente hivers, un hibou retiré

Trouvait contre le jour un refuge assuré.

Des désastres fameux ce messager fidèle

Sait toujours des malheurs la première nouvelle.


L’engoulevent a joui à son tour d’une triste renommée car on croyait qu’il buvait le lait des chèvres lorsqu'il survolait les pâturages au crépuscule. On le nommait volontiers « crapaud volant » à cause de sa grosse tête et de son puissant gosier.

cigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheurcigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheur
cigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheurcigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheur

cigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheur

A l’opposé, certains oiseaux ont été appréciés et considérés comme des porte-bonheur. C’est le cas de la cigogne qui était chargée d’apporter les bébés dans les familles. L’hirondelle de cheminée est aussi un oiseau que l’homme a toujours observé comme l’annonciateur des beaux jours, bien qu’elle soit sensée prédire le mauvais temps lorsqu’elle vole au ras du sol. Enfin, une légende, qui remonte à Aristote, fut colportée jusqu’au XIXe siècle, affirmant que l’hirondelle s’engourdissait pendant l’hiver et le passait au fond des marais, ce qui est totalement faux. En réalité, elle disparaît de nos régions durant la saison froide pour aller chauffer ses plumes sous des cieux plus cléments, en bon oiseau migrateur qu’elle est.

 

Un autre oiseau annonce volontiers la pluie, c’est le pic-vert. Quant au martin-pêcheur, il devint, sous l’inspiration d’Aristote et de Plutarque, un être extraordinaire doué du pouvoir de calmer les flots et d’attirer les poissons. D’autres légendes ont elles aussi la vie dure et survivent à notre époque où les progrès de la technique ne sont pas parvenus à faire totalement disparaître de nos existences le goût du merveilleux.

aigle royal, alouette et coqaigle royal, alouette et coq
aigle royal, alouette et coq

aigle royal, alouette et coq

Ainsi l’aigle royal serait le seul oiseau en mesure de fixer le soleil sans être ébloui, alors que le hibou et la chouette seraient aveuglés par la lumière du jour. Nous voyons que divers oiseaux ont servi de symbole ou d’emblème. L’aigle royal n’est-il pas l’expression de la puissance et de la gloire ? Les Anciens l’avaient dédié à Jupiter. Napoléon Ier le reprit à son compte pour en faire décorer les drapeaux de sa Grande Armée alors que Charlemagne et du Guesclin l’avaient adopté pour orner leurs armoiries. L’alouette des champs fut l’emblème des Gaulois et décora leurs casques, le coq est celui des Français, ce fameux coq gaulois fut choisi à la Révolution et figura sur notre drapeau de 1830 à 1870. Il symbolise le tempérament français où l’on décèle un mélange de hardiesse et de versatilité, de vigilance et de légèreté. La chouette fut jadis l’oiseau de la sagesse chez les Grecs qui en avaient gravé l’effigie sur leur monnaie, c’était également la compagne de la déesse Athéna (Minerve chez les Romains). La colombe, quant à elle, exprime la paix et la concorde depuis l’histoire biblique du déluge, tandis que le paon semble personnifier l’orgueil et que le cygne représente la grâce et l’élégance, immortalisé par le ballet « Le lac des cygnes » sur la musique de Tchaïkovsky.

 

La langue parlée et écrite contient elle aussi de nombreuses allusions aux oiseaux. En voici quelques-unes : bavard comme une pie – rouge comme un coq – bayer aux corneilles – léger comme une plume – gai comme un pinson – être le dindon de la farce. Le nom de certains d’entre eux est même passé dans le langage courant pour qualifier un trait de caractère particulier à un individu et que l’oiseau posséderait lui aussi : pensons à butor, à bécasse, à étourneau, à tête de linotte, à petit serin. Ajoutons encore l’expression « Le chant du cygne » qui relève davantage du domaine des légendes. Elle nous vient de l’Antiquité où l’on imaginait que le cygne chantait encore après sa mort et que sa voix était alors plus douce et  harmonieuse que jamais. Enfin, quelques expressions parlées sont devenues des proverbes ou des sentences issues de la sagesse populaire : « une hirondelle ne fait pas le printemps », « petit à petit l’oiseau fait son nid », « faute de grives, on mange des merles », « qui n’a mangé ni pluvier, ni vanneau ne sait ce que gibier vaut ». Oui, à n’en pas douter, l’oiseau a sa place dans la vie et l’imaginaire des hommes. Bientôt un article sur "Les oiseaux et la littérature".

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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L'oiseau dans la littérature

 

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colombe, paon et cygnecolombe, paon et cygne
colombe, paon et cygne

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 08:28
De quel vocable use nos amis les animaux ?

 

Vous le savez, bien sûr et depuis longtemps, le coq chante, cocorico,

la poule caquette,

le chien aboie quand le cheval hennit

et que beugle le bœuf et meugle la vache,

l'hirondelle gazouille,

la colombe roucoule et le pinson ramage

Les moineaux piaillent,

le faisan et l'oie criaillent quand le dindon glousse

La grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse

Et le chat comme le tigre miaule,

l'éléphant barrit,

l'âne braie, mais le cerf rait

Le mouton bêle évidemment et bourdonne l'abeille

La biche brame quand le loup hurle.

Vous savez, bien sûr, tous ces cris-là, mais savez-vous

 

 

Que le canard nasille, les canards nasillardent !

Que le bouc ou la chèvre chevrote

Que le hibou hulule mais que la chouette, elle, chuinte

Que le paon braille,

que l'aigle trompète

 

Savez-vous

Que si la tourterelle roucoule,

le ramier caracoule et que la bécasse croule

que la perdrix cacabe,

que la cigogne craquette et que si le corbeau croasse,

la corneille corbine et que le lapin glapit quand le lièvre vagit.

Vous savez tout cela, bien ! Mais savez-vous

 

Que l'alouette grisole,

que le pivert picasse

Ou que le sanglier grommelle,

que le chameau blatère

Et que c'est à cause du chameau que l'on déblatère,

que la huppe pupule

Et encore …

 

que la souris, la petite souris grise chicote. Avouez  qu'il serait dommage d'ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir

que le geai, Que le geai cajole !

 

 

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 08:45
Sophie Troubetskaïa, duchesse de MornySophie Troubetskaïa, duchesse de Morny

Sophie Troubetskaïa, duchesse de Morny

Qui était la duchesse de Morny, cette épouse du duc si discrète que la Normandie a conservé peu de souvenirs d’elle. Cependant, il y a quelques raisons à s’attarder sur cette princesse d’origine russe, qui fut d’abord princesse Troubetskoï, puis duchesse de Morny avant de devenir duchesse de Sesto et dont la vie est surprenante à plus d’un égard, ne serait-ce que par son ascendance…n’est-elle pas la petite fille d’une danseuse de corde et d’un tsar de toutes les Russies ! Nous sommes à l’époque où le tsar Alexandre Ier occupe Paris avec ses troupes après la retraite qui a vu se débander les armées napoléoniennes. Le tsar se montre alors vis-à-vis des parisiens d’une rare convenance, ne pillant aucun musée et affichant, à l’intention du peuple français défait, un parfait savoir-vivre. L’armée d’occupation compte dans ses rangs les cosaques de la garde impériale, dont les officiers sont tous issus de l’aristocratie et parlent français, puisque notre langue est celle qu’emploie l’élite de Saint-Pétersbourg depuis que Pierre le Grand a visité Versailles et Paris sous la régence de Louis XV et que Catherine II s’est liée d’amitié avec plusieurs de nos philosophes. Parmi cette élite, il y a Piotr Klavdievitch Moussine-Pouchkine, fringant capitaine de 49 ans, cousin du poète et écrivain Alexandre Pouchkine qui se plaît à se distraire dans les théâtres du Bd du Temple, boulevard qui réunit une étonnante concentration de funambules, chanteurs, danseurs, mimes, acrobates, équilibristes, dont madame Saqui qui joue à elle seule sur la corde raide des mimodrames assez époustouflants, l’audacieuse jeune femme ne craignant nullement, pour assurer sa popularité, à mimer les batailles et les victoires napoléoniennes. Le capitaine des cosaques est subjugué, une idylle se noue et une petite fille naît le 20 janvier 1816. Bien entendu, Mme Saqui n’a nullement l’intention de changer en quoi que ce soit ses habitudes, si bien que l’officier dédommage la saltimbanque et embarque le nourrisson pour Saint-Pétersbourg, où sa famille se chargera d’élever et d’éduquer l’enfant. Celle-ci prend le nom d’Ekaterina Petrovna Moussine-Pouchkine et deviendra plus tard la mère de Sophie de Morny.

 

Mais avant d’être maman à son tour, Ekaterina reçoit une parfaite éducation, conforme au rang de son père dans la société russe, et sera admise à la célèbre institution Smolny, un internat pour jeunes filles de la noblesse fondé en 1764 par l’impératrice Catherine II. Si l’adolescente n’est pas une élève brillante, elle est d’une grande beauté et va bientôt tourner les têtes et devenir la demoiselle d’honneur de la tsarine Alexandra Feodorovna, épouse du tsar Nicolas Ier qui la remarque à son tour et en fait sa maîtresse. Bientôt la jeune femme est enceinte et il faut sans plus tarder lui trouver un époux. Ce sera Serge Troubetskoï, né en 1815 dans l’une des plus anciennes familles russes, dont le comportement violent et rebelle nuit grandement à sa carrière militaire. Le tsar saisit l’occasion de lui pardonner ses incartades à une seule condition : qu’il épouse Ekaterina et endosse la paternité du futur bébé. La vie commune du couple sera de courte durée. Ils ne s’entendent pas et se séparent six mois plus tard. Sophie vient au monde le 25 mars 1838, soit quelques semaines après cette union de circonstance, et sa mère ne tarde pas à l’emmener en France, avec l’autorisation du tsar Nicolas, qui la charge d’occuper le poste de secrétaire à l’ambassade de Russie à Paris où elle vivra des années mondaines et agréables, fréquentant l’aristocratie française, dont la princesse Mathilde, cousine germaine de Napoléon III, qui intervient auprès du tsar afin que Sophie reçoive à son tour l’éducation raffinée de l’institut Smolny de Saint-Pétersbourg, si bien qu’à 18 ans Sophie est choisie, comme l’avait été sa mère autrefois, pour être la demoiselle d’honneur de la nouvelle impératrice Maria Alexandrovna, l’épouse du tsar Alexandre II au Palais d’hiver.

Ekaterina et Serge Troubetskoï au moment de leur mariageEkaterina et Serge Troubetskoï au moment de leur mariage

Ekaterina et Serge Troubetskoï au moment de leur mariage

Blonde aux yeux noirs, Sophie n’est non seulement jolie mais elle se montre spirituelle et fait preuve de perspicacité et de répartie, ce qui la rend extrêmement attrayante. Ses 18 ans vont captiver un célibataire de 45 ans, Charles de Morny, frère adultérin de l’empereur des français, venu à Saint-Pétersbourg en août 1856 pour le sacre d’Alexandre II comme ambassadeur de l'empereur et du Corps Législatif et qui épousera Sophie dès le 7 janvier 1857, en l’église Ste Catherine de Saint-Pétersbourg. Si bien que le demi-frère de Napoléon III prend pour épouse la demi-sœur du tsar Alexandre II … Le 20 juin de la même année, le couple regagne la France et l’hôtel de Lassay qui devient leur résidence principale. La vie maritale durera un peu plus de huit ans et quatre enfants vont naître, deux filles et deux garçons, dont deux d’entre eux resteront sans postérité. Sophie ne sera pas toujours bien acceptée de la société française du Second Empire. Se mêlant fort peu de politique, la jeune femme sait néanmoins assumer les obligations qui lui incombent mais préfère de beaucoup son intimité, la lecture et nourrit pour les animaux de compagnie une passion excessive. Voyons comment la dépeignait l’un de ses contemporains, Frédéric Lolié : « Observatrice et spontanée, en même temps inattendue et fière, elle avait ses jugements, ses opinions, dont l’esprit et la forme ne manquaient pas d’originalité. »

 

Le couple était souvent l’invité des souverains Napoléon III et Eugénie, mais les deux femmes ne s’appréciaient guère, peut-être leur grande beauté en faisait-elle des rivales ? A Deauville, le premier séjour de Sophie de Morny aura lieu lors de l’été 1864 à la villa Sergevna dont la construction venait tout juste de s’achever. Ce fut ce même été qu’eurent lieu l’inauguration du Casino et la première réunion de courses à l’hippodrome. Sophie aura peu d’occasion de venir séjourner à Deauville puisque le duc décède le 10 mars 1865. Cette mort soudaine suscite la stupeur dans son entourage qui ne pouvait présager une fin si rapide. Suivant la coutume russe, Sophie coupe ses longues tresses et s’enferme dans son deuil. Elle retourne pour de courts séjours à Deauville lors des premières années de son veuvage et sera présente à la consécration de l’église St Augustin le 30 juillet 1865 dont la première pierre avait été posée par le duc un an plus tôt, puis, en mai 1866, elle sera à l’initiative des fresques du peintre Louis Bordier qui ornent la voûte de l’abside.

 

Le temps passe. Sophie réalise qu’elle est toujours jeune et belle et n’envisage pas de rester fidèle à un mari qui l’a si souvent trompée. Au cours de l’année 1866, elle a alors 28 ans, elle rencontre Don José Isidro Osorio y Silva-Bazan, chevalier de la Toison d’Or, marquis d’Alcanices, duc d’Albuquerque et de Sesto que l’on appelle plus familièrement Pépé Osorio, lors d’un bal chez la duchesse de Mouchy. Pépé est d’emblée séduit par cette ravissante blonde au teint clair et aux yeux sombres mais leur liaison ne sera révélée que l’année suivante, lors de l’Exposition Universelle où toutes les têtes couronnées d’Europe sont présentes à Paris.

Sophie, jeune femme, et avec le duc de Sesto, son second époux.Sophie, jeune femme, et avec le duc de Sesto, son second époux.

Sophie, jeune femme, et avec le duc de Sesto, son second époux.

 

 

Le mariage est célébré le 21 mars 1869 à Vitoria après que la reine Isabelle II d’Espagne ait donné sa royale autorisation. Cette souveraine est peu populaire et son règne se termine par la révolution de 1868 animée par le général Juan Prim, suivie de son abdication en 1870 et de la déchéance de la maison des Bourbon par le parlement espagnol. Après un gouvernement provisoire de 2 ans, une nouvelle monarchie est instaurée avec le court règne d’Amédée de Savoie (1871-1873), destitué à son tour par la Première République espagnole qui ne durera qu’une seule année (1873-1874). Le duc de Sesto devient alors le protecteur et le père adoptif du jeune infant Alfonso, fils d’Isabelle II, qu’il éduque et forme, afin qu’il puisse remonter sur le trône d’Espagne, ce qu’il fera quelques années plus tard sous le nom d’Alphonse XII.

 

La fin de la vie de Sophie sera assombrie par plusieurs drames familiaux. Le 13 mars 1881, son demi-frère le tsar Alexandre II, celui qui avait aboli le servage, est assassiné à Saint-Pétersbourg par un groupe terroriste. En juin 1883, sa fille aînée Marie-Eugénie Charlotte de Morny décède brutalement dans sa 26ème année, laissant un orphelin d’à peine 5 ans. Enfin, le 25 novembre 1885, c’est au tour du jeune roi Alphonse XII, que Sophie et son mari avaient aidé à recouvrer son trône, de mourir de la tuberculose. Début 1896, Sophie, qui fume beaucoup, ressent à son tour les premières douleurs du mal qui va l’emporter : probablement un cancer des poumons qui s’aggrave après son voyage à Moscou en 1896 pour le sacre du tsar Nicolas II, sacre qui sera endeuillé par une incroyable bousculade survenue sur le champ de manœuvre de Khodynska, où sont rassemblées quelques 500 000 personnes et qui provoquera la mort de 1300 d’entre elles. Ce drame aura un immense retentissement et sera interprété comme un présage lugubre au règne qui débute alors… Sophie rentre à Paris très fatiguée et son état se dégrade irrémédiablement. Le 9 août 1896, sa femme de chambre, qui lui apporte son petit déjeuner, la trouve inanimée dans son lit. Elle venait d’entrer dans sa 59ème année. Ses funérailles se dérouleront à Saint-Pierre de Chaillot devant un parterre de célébrités ; la reine Isabelle II d’Espagne, impotente, s’était fait représenter et l’impératrice Eugénie, interdite de séjour en France à l'époque, avait fait de même. Sophie repose désormais dans le caveau familial des Morny au Père-Lachaise. Les Madrilènes se souviennent d’une grande dame qui leur a apporté une coutume qui perdure aujourd’hui, le sapin de Noël, et les Deauvillais d'une charmante étoile filante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Sources : Yves Aublet

 

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Qui était la duchesse de Morny ?
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 08:16
La société des abeilles - fable

Une abeille, d’avoir trop volé,
Loin de sa ruche, loin de son aire,
Perçut les bruits les plus divers,
Entre autres celui-ci
Qui lui tourneboula l’esprit.
Pensez qu’il lui revint aux oreilles
Que dans la société des humains,
On travaillait de moins en moins.
Ainsi, sur la planète Terre,
Quelques-uns s’arrogeaient le droit
De vivre sans rien faire ?
L’abeille en fut désappointée,
D’autant que dans sa société,
Les loisirs, en quelque sorte,
Etaient restés lettre morte.
Pas d’autre adage, Mesdames,
Que d’œuvrer davantage.
Quel fichu pays, se dit-elle,
Qui laisse coexister des régimes si contraires !
C’est l’humeur altérée,
Qu’elle alla, de son vol altier,
Prévenir sa voisine.
Pourquoi ce tapage, s’enquit celle-ci,
Et à quelle fin cette colère ?
A mon avis, cette affaire
Ne mérite pas de commentaire.
Croyez-en mon expérience,
Autant d’inconséquence ne mène qu’à l’échec.
Soyez rassérénée, ma chère,
Renchérit la demoiselle,
Les hommes n’ont-ils pas fait de l’abeille
Un emblème sans pareil ?

Fi de ces propos flatteurs !  - s’esclaffa sa consoeur,
Je ne saurais tolérer que mon travail, ici- bas,
Ne serve à engraisser qu’une bande d’ingrats.
Comme vous y allez !  - s’étonna la plus âgée.
Soyez plus accommodante,
D’être montrée en exemple
Devrait vous rendre tolérante.
Vous n’y songez pas ! - s’emportait la rebelle,
Qui s’enflammait de plus belle,
Comment accepter que des fainéants
Fassent leur miel tranquillement
A nos dépens ?
Si nous nous fâchions vraiment ?
Plus de miel, mes bons enfants !
La ruche, qui applique vos recettes,
S’accorde quelques jours de fête.
Ainsi pourrions-nous batifoler,
En butinant à leur santé
Fleurs d’aubépines et d’églantiers.

Pour clore cette altercation
Et dans le seul souci, en somme,
De ne déplaire à personne,
La prudente voisine proposa cette maxime :
Vous n’avez certes pas tort
Et pas raison davantage.
Car, en prenant le temps
De réfléchir posément,
Qui nous dit que les hommes
Tireront le meilleur avantage
D’une pareille leçon ?
Ce, d’autant que la rumeur propage,
Qu’ils font rarement bon usage
Des enseignements les plus sages.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits  de « La ronde des fabliaux » )

 

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 08:29
Le peintre d'éventail de Hubert Haddad

 

 

Hubert Haddad, que j’ai connu à Trouville dans les années 1993 – 1994, est un de ces rares auteurs qui m’assurent que la littérature est toujours bien vivante, que la beauté du style, la splendeur des phrases peuvent jaillir et s’épandre comme des sources inaltérées et que des grands auteurs, discrets mais initiés à l’un des arts les plus difficiles qui soit, sont là encore pour nous émerveiller. C’est le cas de ce livre époustouflant de beauté, écrit d’une plume aérienne qui raconte une histoire dure comme la roche mais profonde comme le puits le plus profond dont chaque mot se dessine comme un haïku.

 

Matabei  Reien est un homme qui a fui Tokyo, après un accident de voiture où il a causé la mort d’une jeune fille. Il s’est alors retiré dans un endroit perdu entre  montagnes et océan Pacifique. Il est accueilli dans une pension de la vallée d’Atôra, tenue par une ancienne courtisane, Dame Hison, qui héberge des personnes souvent étranges  et un jardinier qui peint des éventails à ses heures perdues. Il se nomme  Osaki Tanako et devant la beauté de ses « éventails de papier et de soie aux trois couleurs d’encre », Matabei, subjugué, lui demande de devenir son disciple.

«  Chaque éventail ouvert était tout à la fois une page du secret et un coup de vent dans les bonheurs du jardin. »

 

 Lorsque meurt le maître, Reien hérite de son atelier, des éventails achevés  et des inachevés qu’il va s’appliquer de terminer en essayant  de poursuivre et de comprendre le travail de l’artiste.

«  Créer des paysages, poursuivit Matabei, c’est assimiler la loi d’asymétrie et le juste équilibre comme un art de vivre. Les chemins de rosée, les sentiers sous les arbres et les passes de gué avec tous ces riens échelonnés, cette pierre, l’eau vive d’une rigole, cette branche basse, voilà le parcours intérieur. (… ) L’imperfection ouvre à la perfection. »

 

Les éventails peints et montés d’Osaki proposaient chacun tel ou tel point de vue forcément incomplet du jardin qu’il avait créé autour de la pension de Dame Hison avec un soin minutieux et une connaissance de chaque plante, et qu’il reproduisait sur les éventails avec tel détail de composition ou aperçu d’ensemble, au gré des saisons.  Il devait s’agir pour le vieux sage d’une  « création simultanée et indissociable ». Les lavis et l’arrangement paysager allaient de pair, comme l’esprit va à l’esprit, les uns préservant les secrets de l’autre, en double moitié d’un rêve d’excellence dont il aurait été le concepteur initié.

« Les trois pinceaux de bambou, par exemple, nous en ferons usage des années encore en espérant savoir peindre un jour les jeux du vent dans la forêt de bambous… »

 

Un art qui attire bientôt un nouveau jeune : Xu Hi-han,  embauché à la pension comme… gratte-sauce par Dame Hison. Il se lie alors d’amitié avec Reien mais quittera bientôt  la pension pour l’université où il fera de brillantes études, parce que – dit-il à Matabei – « ici les femmes sont trop belles. »  La femme trop belle n’est autre que Enjo dont les deux  hommes sont  épris et que Matabei appelle sa « princesse de la lune ». Quelque temps plus tard, alors qu’Osaki est mort, le séisme de Kobe le 17 janvier 1995 met la région dans un état de grande difficulté et dépendance.

«  Au moment où il se rétablit sur sa longue canne après un début de vertige, la terre se mit à trembler. D’abord imperceptiblement, comme il arrive bien des fois, puis de manière ascendante. Le poisson monstrueux des légendes passait et repassait sous ses pieds en battant des flancs et de la queue. Sinistre, caverneux, un grondement monta de toutes parts. Associé aux secousses continues, aux à-coups qui ébranlaient la montagne, on eût dit l’effondrement d’une ville souterraine ou quelque avalanche cyclonique par tous les gouffres de la terre. »

 

Seize années plus tard, le 13 avril  2011, le Japon est de nouveau éprouvé par le tsunami qui détruira l’auberge et  les alentours, tuant les habitants de la pension que Matabei se chargera d’enterrer, à l’exception de la belle Enjo qu’il ne retrouve nulle part dans les décombres. «  A quelle fin les signes du monde coïncidaient-ils ? »

«  C’était d’identiques tourments chaque nuit. Et toujours, à l’heure du hibou, il allait errer dans la ténèbre hantée des forêts, titubant, pour échapper à cette folie. Les grands arbres frissonnants apaisaient un moment sa fièvre. »

 

Je laisse au lecteur le soin de découvrir la fin de ce récit, rédigé en une paisible ordonnance, riche en métaphores malgré la dureté des événements et écrit par touches successives, celles d’un poète qui assemble les mots avec une grâce évanescente et une transparence de cristal, séduit et enchante malgré la mélancolie de ce récit initiatique qui fait de la douleur une sorte de songe onirique, une étape vers la quintessence de toute chose ; de la mémoire, un tremplin pour sauver la pensée ; du dessin, « la ramure mouvante d’un saule » ; du texte,  « un chemin de rosée, un rêve de jardin » qui ne cesse de renaître grâce à la ferveur de la terre, aux pluies du ciel et à l'inaltérable imagination des hommes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 


Hubert Haddad est un écrivain de langue française né en mars 1947, poète, romancier, historien d’art et essayiste français d'origine tunisienne.
Il a passé son enfance à Paris. Après des études de lettres, il publie dès vingt ans son premier recueil de poèmes. Il fonde ensuite "Le point d'être", revue littéraire, et par ce biais publie des inédits d'Antonin Artaud.
Depuis "Un rêve de glace", son premier roman, jusqu'aux interventions borgésiennes de l'"Univers", étonnant roman-dictionnaire, ou "Palestine", fiction hantée par le conflit du Proche Orient (Prix des cinq continents de la Francophonie 2008), Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement intellectuel, de poète et d'écrivain.
Prix Renaudot Poche 2009 pour "Palestine".
Sous le pseudonyme de Hugo Horst, il anime depuis 1983 la collection de poésie "Double Hache" aux éditions Bernard Dumerchez. Il publie aussi des romans noirs, avec un personnage récurrent, l'inspecteur Luce Schlomo (Tango chinois).
Hubert Haddad fait partie du Groupe « Quando » et de la Nouvelle fiction.




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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 10:41
Réchauffement climatique : si la responsabilité humaine s'avérait fausse ?

 

C’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat ! – assure le bernois Werner Munter. Spécialiste reconnu des avalanches, ce Suisse  planche  nuit et jour depuis trois ans sur le réchauffement climatique.

Et, pour lui, l’homme n’y est pour rien !


Il y a une semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pointait une nouvelle fois d’un doigt accusateur l’homme et le CO2 qu’il produit comme principaux coupables du réchauffement climatique.

Werner Munter, spécialiste mondialement reconnu des avalanches, qui se penche compulsivement sur le phénomène s’insurge : « ces gens sont des imbéciles qui répètent en boucle des bêtises, le savent et sont payés pour ! »

Son diagnostic climatosceptique, loin d’être celui d’un hurluberlu, est partagé par d’éminents scientifiques dont deux Prix Nobel. Il l’explique clairement. 


  
Vous affirmez que l’homme n’a rien à voir avec le réchauffement. Pourquoi ? 
  
Précisons tout d’abord que je ne conteste pas le réchauffement lui-même. Je l’ai d’ailleurs constaté en tant que guide de montagne en voyant les glaciers reculer. Celui qui nous fait face par exemple a perdu 100 m depuis que j’ai acheté cet appartement en 1989. En 2005, le pilier Bonatti des Drus s’est effondré à cause du réchauffement du permafrost. Ce que je remets en cause, ce sont les causes de ce réchauffement. Elles n’ont rien à voir avec l’homme ou avec le CO2 comme on nous le serine. Je suis arrivé à cette conclusion pour trois raisons. 

 
Quelles sont ces raisons ? 


La première, c’est tout simplement l’analyse des données climatiques reconstituées sur des millions d’années. Rien que dans les 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Au Moyen Age, il était par exemple possible d’aller en vallée d’Aoste depuis Arolla avec les troupeaux car le glacier n’existait plus. Lors des deux premiers optima, le Sahara était une savane avec des lacs, des arbres et des éléphants. Avant cela, pendant des centaines de milliers d’années, il a fait plus chaud qu’aujourd’hui. Et parfois jusqu’à 7 degrés plus chaud ! Or le GIEC se concentre sur les 150 dernières années. Autant dire qu’il regarde autour de son nombril. Les reconstructions paléoclimatiques montrent aussi que, pendant des centaines de millions d’années, il n’y a pas eu de corrélations entre le CO2 dans l’atmosphère et la température sur terre.


 Votre second argument ?  

 

La concentration de CO2 – qui est soit dit en passant un gaz vital et non pas un poison –dans l’atmosphère est négligeable. Il y en a un peu moins de 0,5‰ dans l’atmosphère, et au maximum 5% de cette quantité est imputable à l’homme. Pour un million de molécules d’air, il y a seulement 20 molécules de CO2 produites par l’homme. Et chaque année, notre industrialisation rajoute 4 molécules de CO2 pour chaque million de molécules d’air, mais la moitié est absorbée par les océans et les plantes. Et on veut nous faire croire que cette infime proportion due à l’homme est une catastrophe ? J’ai beaucoup de peine à le croire.


Pourquoi dès lors la thèse officielle fait quasi consensus ? Vos collègues scientifiques ne sont pas tous des imbéciles ! 
 


Ces théories visent à nous culpabiliser. Quand des scientifiques comme ceux du GIEC disent qu’ils veulent sauver la planète, je dis qu’ils ne sont pas crédibles. Ils mentent pour préserver des intérêts économiques dont les leurs. Car il y a tout un business derrière la lutte contre le réchauffement. Il y a une volonté de faire peur aux gens par exemple en dramatisant la montée des océans, alors que ceux-ci ne s’élèvent que de 2 à 3 mm par an !

 

C’est aussi une manipulation intellectuelle de parler de CO2 en tonnes plutôt qu’en proportion.
 

 

Des tonnes, ça impressionne, mais rappelons que l’atmosphère pèse 5 000 000 000 000 000 tonnes ! (cinq Millions de Milliards de tonnes!)

 

 

Votre dernier argument est que la thèse officielle contredit les lois de la physique.   C’est-à-dire ? 

 



Celle de la thermodynamique en particulier. Pour faire simple : la terre fait 15° de température en moyenne.

L’atmosphère censément polluée de CO2 est grosso modo à -30° à 10 km d’altitude.

Qu’elle réchauffe la Terre qui est bien plus chaude qu’elle est une aberration.

La thermodynamique nous dit que la chaleur va toujours vers le froid et jamais dans le sens inverse, ce que correspond à notre expérience quotidienne. 
 


Alors au final, comment expliquez-vous ce fichu réchauffement ?
 


Je n’ai pas de réponse car trop de facteurs entrent en jeu. Par contre, j’ai des hypothèses. Je soupçonne par exemple les variations de l’intensité du rayonnement solaire – qui répondent à des cycles – de jouer un rôle central, tout comme les processus nucléaires complexes et méconnus qui sont à l’œuvre au centre de notre Terre. Quoi qu’il en soit, c’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat. La nature est bien plus forte que l’homme, nous ne sommes pas les maîtres de la Terre !
 


Et si le réchauffement climatique n'était que le prétexte à la création de nouvelles taxes ?

 
 Et si le fait que la Sibérie devienne cultivable n'était pas une catastrophe ?


 Et si ceux-là même qui sont incapables de prévoir la météo à plus de 5 jours et qui prétendent savoir le temps qu'il fera dans 50 ans, nous prenaient pour des cons ?


Et si la sagesse consistait à dire qu'on n'en sait rien ...


Et si on commençait à raisonner par nous-mêmes au lieu de gober tout ce qu'on veut nous imposer ? (dans "imposer", il y a "impôt")

 

 

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Comment défigurer des paysages pour des résultats quasi nuls ...

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 09:28
La coccinelle et l'éléphant - fable pour se dérider en ce début d'année
La coccinelle et l'éléphant - fable pour se dérider en ce début d'année

Une coccinelle gémissait
Contre le sort fatidique
Qui l’avait faite trop petite.
Que ma vie est donc cruelle !
Se plaignait-elle.
Un éléphant en faisait autant
Contre un sort désobligeant
Qui l’avait voulu trop grand.
La coccinelle disait :
Pourquoi ai-je une robe écarlate,
Parsemée de jolis pois noirs,
Puisque dans ce monde distrait,
Et plus cruel qu’il n’y parait,
Personne ne semble me voir ?
Si la coccinelle se désolait
Que l’on fasse si peu de cas
De ses appas,
De sa grâce juvénile
et de sa belle mise,
Pour sa part, l’éléphant s’affligeait
Que sa noble prestance n’attise
Que de sombres convoitises.
Contrairement à sa consoeur,
Mais avec le même cœur,
Il trompetait
Qu’il lui aurait davantage plu
De passer inaperçu.
Pour s’emparer de mon ivoire,
Et malgré mes cris d’alarme,
C’est sans état d’âme, croyez-moi,
Que l’on me sacrifie
Sur l’autel du profit,
Contait-il à ses amis,
Les fidèles hippopotames,
Qui s’apitoyaient au récit
De ses déboires et de ses drames.
Si bien que ce qui fit ma fierté
Ne sert à promouvoir
Que la malhonnêteté
De quelques financiers.

Tandis que la coccinelle déplorait
Que ses mérites et ses vertus
Restassent, en somme, trop méconnus,
L’humeur de notre éléphant s’altérait
Au point que sa bonhommie
Virait ni plus, ni moins, à la mélancolie.
Mélancolie ! Neurasthénie !
Allons, allons, mes amis,
Reprenez vos esprits,
La vie, qu’on se le dise,
N’est pas si difficile !
Petite coccinelle, sache que l’on t’admire.
On t’a prise pour emblème
Et, que tu le veuilles ou non,
Tu ornes plus d’un livre,
Anime plus d’un récit.
Et toi, noble éléphant,
Sais-tu que des savants,
Venus du monde entier,
Guettent des heures durant,
Sous l’auvent d’un banian,
Ta marche impériale,
Sans céder, pour autant,
A des pensées vénales !
Puis, au bord de l’étang
D’où s’envolent les flamants,
Ils te regardent boire.

Ne soyez pas tristes, mes amis,
On vous aime,
On vous traque, on vous filme,
On vous prend pour modèles,
La renommée le veut ainsi …
Alors, pardonnez-nous et soyez rassurés :
Notre curiosité ne nous est dictée
Que par l’amitié.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( extrait de « La ronde des fabliaux » )

 

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La coccinelle et l'éléphant - fable pour se dérider en ce début d'année
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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 10:05
Nos tables gourmandes - Histoire de nos réveillons
Nos tables gourmandes - Histoire de nos réveillons

Immersion au cœur de monuments de gourmandise, incontournables festivités, l’histoire de nos tables de réveillon remonte loin dans le temps et perpétue une tradition culinaire que la France a porté à un paroxysme d’excellence. Certains s’étonneront, mais le repas de fête de fin d’année, tel que nous le connaissons aujourd’hui, apparut dans les grandes villes il y a déjà deux siècles, voire davantage. Auparavant, comme le raconte Alphonse Chabot dans « La nuit de Noël dans tous les pays » on se régalait surtout, dans la plupart des régions de France, de cochonnailles issues d’un animal abattu pour l’occasion. Sa dégustation s’accompagnait de spécialités du cru et s’arrosait de vins d’origine locale. Survivance de ces festins généralement familiaux où l’on se délectait des produits de la ferme, l’oie rôtie tenait une place de choix sur la table festive. Peau croustillante, viande juteuse, si possible d’origine garantie du Sud-Ouest, elle sera, cette année encore, présente dans de nombreuses familles et dans les restaurants étoilés. Arrivée récemment d’Amérique, la dinde aux marrons – dans sa version farcie notamment – lui a volé néanmoins la vedette. Parmi les initiateurs de ce putsch culinaire, les gastronomes Grimod de la Reynière (1758 – 1837), qui en adorait les sot-l’y-laisse, ou Brillat-Savarin (1755–1826), qui se qualifiait de « dindonophile ».

 

Avec sa chair fine et moelleuse, le très aristocrate chapon s’est démocratisé depuis quelques années. Son histoire est d’ailleurs surprenante. Au IIe siècle avant notre ère, des Romains ont eu l’idée de châtrer un coq pour contourner une loi contre le luxe ostentatoire – il en existait déjà ! – qui interdisait de servir plus d’une poularde par banquet. Et ce détournement remporta quelque succès. Le foie gras est l’autre grand produit de nos campagnes obtenu par le gavage cruel des oies et des canards. Comme le racontent Jean Vitaux et Benoît France dans leur « Dictionnaire du gastronome », c’est dans l’Egypte antique qu’il faut en chercher l’origine. Des bas-reliefs y attestent du gavage des oies en 2500 ans avant J.C. Dans sa version moderne, il s’est développé dès le XVIIIe siècle en Alsace et dans le Sud-Ouest et représente de nos jours 75% de la production nationale. Les précieux palmipèdes y sont gavés avec du maïs produit localement. Reste la question : foie gras d’oie ou de canard ? Bien que plus dense, plus ferme et plus fin que celui de canard, le foie gras d’oie ne constitue plus que 5% de la production et s’avère nettement plus difficile à trouver et plus onéreux. Par souci gustatif, on préférera un « foie gras entier » composé d’un ou de plusieurs lobes, et l’on se méfiera de la simple appellation « foie gras », correspondant à un produit composé de morceaux agglomérés ; enfin, on bannira le « bloc de foie gras », une émulsion reconstituée dans un moule. Personnellement, j’ai renoncé au foie gras car je n’aime pas manger ce qui a coûté beaucoup de souffrance à ces malheureux volatiles.

 

Derniers arrivés sur nos tables de fête, le saumon, les huîtres et autres fruits de mer doivent leur essor au développement des transports. Les Français sont actuellement les premiers consommateurs d’huîtres au monde ! Marenne-Oléron, Cancale, Bouzigues ou Arcachon sont autant de noms synonymes de vrai régal. C’est dans cette dernière ville que débuta, sous Napoléon III, l’ostréiculture moderne. Enfin, point d’orgue du repas, la bûche  trouve son origine avant le Moyen-Age. Une tradition consistant à faire brûler dans la cheminée une énorme bûche qui devait se consumer pendant au moins trois jours, et, si possible de Noël à la Saint Sylvestre. Ces très grosses bûches étant difficiles à transporter jusqu’à Paris, Antoine Charadot, un pâtissier de la rue de Buci, a eu l’idée, en 1879, d’en faire un gâteau. Aujourd'hui, on peut la choisir pâtissière ou glacée.

 

Enfin un repas de fête ne peut s’envisager sans champagne. A l’époque romaine, la Champagne était déjà une terre viticole. Mais c’est à un certain dom Pérignon (1638-1715) – moine bénédictin de son état – que l’on doit, du moins en partie, l’invention du vin que nous connaissons aujourd’hui. Symbole universel de réjouissance, il ne peut être produit que dans une zone délimitée, selon des méthodes et avec des caractéristiques précises. Grâce à l'aide de 16 bureaux sur quatre continents, le redoutable "Comité interprofessionnel du vin de Champagne" surveille cette appellation sur l'ensemble du monde. Ce gardien intransigeant de nos traditions n’hésite pas à entamer des procédures à l’encontre des contrefacteurs et à faire corriger les inexactitudes qui pourraient être publiées dans la presse. Ainsi nos tables sont-elles bien garnies et véritablement fastueuses. Mais n’oublions pas la part du pauvre. Invitons l’ami esseulé, la femme sans ressource, l’enfant orphelin et pourquoi pas le chien errant. Et dans nos pensées, faisons place à nos chers absents. Joyeux réveillon !

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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