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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 09:56
C'était le jour des morts de Natalia Sylvester

 

Dans ce texte, Natalia Sylvester raconte l’épopée héroïco-mythologique d’une famille mexicaine qui fuit son pays d’origine pour s’installer au Texas où elle espère trouver une vie meilleure, à l’abri des gangs qui écument sa campagne. Elle est, elle-même, originaire d’Amérique latine, elle connait donc bien la problématique de la migration et de l’intégration qui s’en suivent. Elle structure son histoire en deux épisodes qu’elle raconte concomitamment : le premier commence en 1981 quand Elda et Omar quittent leur famille respective, celle d’Omar refusant leur mariage ; le second débute en 2012 avec le mariage d’Isabel et de Martin l’enfant qu’Elda portait quand ils ont entrepris leur long et périlleux périple vers le nord.
 

 

Natalia décrit tous les dangers que le couple et la petite troupe, qui les accompagne, doivent affronter à travers le désert avant d’atteindre la frontière qu’il faut franchir au risque de sa vie. Malgré quelques aléas inquiétants, Elda et Omar traversent la frontière sans problème mais tombent dans un terrible traquenard au moment où le groupe doit se disperser. Au cours de la dernière nuit, qu’ils passent avec les autres migrants, un homme tente de violer Elda sous la menace d’un couteau qu’il laisse choir malencontreusement, sa victime s’en saisit et lui plante dans le flanc occasionnant une blessure fatale. L’enfant de l’agresseur a tout vu,  si bien que, lors des années qui suivront, vivant dans la même ville qu’eux, il constituera un danger potentiel permanent. Oscar le croisera et essaiera de le protéger en cachant à sa femme cette délicate rencontre à l’origine du funeste événement provoquant sa disparition.
 

 

Quand il épouse Isabel, en 2012 le jour des morts, Martin refuse d’accueillir Omar, son père, qu’il croit mort. Celui-ci s’adresse alors à son épouse en lui livrant des secrets que Martin ne lui avait jamais révélés. Commence pour Isabel une longue période de doute au cours de laquelle elle s’interroge sur l’honnêteté de son mari. Lui cache-t-il quelque chose ou ignore-t-il lui-même ce qu’Omar lui a révélé ? L’arrivée d’Eduardo, neveu d’Omar, qui, à son tour a fui le Mexique, provoque des réactions diverses qui perturbent la famille générant tensions et querelles domestiques. Omar voudrait expliquer sa disparition à sa famille mais personne n’est prêt à l’écouter, seule Isabel l’entend sous le sceau d’un secret qui pèse lourdement sur son couple, sa famille et son moral.
 

 

Cette saga familiale, digne d’une épopée mythologique, comporte tous les ingrédients de la migration : les dangers de la traversée du désert et de la frontière, l’accueil en terre de migration, l’intégration à une nouvelle culture, l’apprentissage des mœurs des autochtones, les rapports avec ceux restés au pays. Pour mener à bien son récit et surtout son projet sur la description des aléas qui entourent la migration, Natalia utilise différents procédés qui confèrent un caractère plus littéraire à son texte qu’un simple récit. Elle crée deux points de départ pour son intrigue qui consiste en la découverte de la vérité sur la vie d’Omar après sa disparition. Elle construit cette histoire en changeant d’époque et de personnage à chaque chapitre et parfois de point de vue, usant d’un regard extérieur à la scène qu’elle décrit. Ainsi, peut-elle raconter le même épisode de plusieurs façons, en choisissant  des angles divers ou en décrivant des ressentis propres à chaque personne qu’elle met en scène. Son récit prend une véritable tournure mythologique quand elle fait revenir un mort pour évoquer des parties de la saga que lui seul peut connaître et brouiller davantage encore les relations entre les membres de la famille. 

 

 

Au-delà de cette description du monde des migrants, ce texte, à mon sens, pose aussi le problème de la vérité : faut-il toujours la rechercher ? Peut-on se contenter de ce que l’on sait pour construire sa vie en couple, en famille, en société ? Est-elle toujours bonne à dire ? Quel sens ont les promesses faites de taire cette fameuse vérité ? Voilà un grand roman épique, une étude socio-économique plantée dans l’actualité la plus brûlante, une question philosophique posée …  et de très belles heures de lectures dans un texte  structuré.


Denis BILLAMBOZ


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Natalia Sylvester

Natalia Sylvester

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 10:12
L'âme désarmée de Allan Bloom

Rééditée aux Belles Lettres, « L’âme désarmée », œuvre majeure de l’intellectuel américain Allan Bloom, mort en 1992, est une réflexion d’une brûlante actualité sur le déclin progressif, et semble-t-il inexorable, de la culture occidentale. Professeur à l’université de Chicago, Allan Bloom a écrit son chef-d’œuvre dans les années 80 après la révolte des campus, la remise en question de l’autorité, l’allègement des programmes scolaires et universitaires et l’introduction de la discrimination positive qui a condamné l’Occident d’aujourd’hui à une décadence dont nous sommes les témoins passifs.


 

Allan Bloom s’inquiétait déjà que l’université – îlot de liberté intellectuelle dans une société gouvernée par l’opinion publique – soit peu à peu conduite à prôner l’égalitarisme plutôt que l’excellence, le relativisme davantage que la quête de la vérité, et l’ouverture aux autres cultures que l’universalisme civilisationnel. D’où l’extraordinaire actualité de cet ouvrage et son prophétisme dans une société malade, dont la ruine intellectuelle  n’a cessé de s’intensifier avec le temps. Remercions les Belles Lettres d’avoir eu la bonne idée de republier ce texte en traduction intégrale et de nous rappeler ainsi les questions qui se posent à notre temps, gagné par un délabrement spirituel gravissime.

« Le tissu délicat de la civilisation, fait de la trame de la chaîne des générations successives, s’est complètement effiloché, et les enfants sont encore élevés, mais ne sont plus éduqués. »


 

Certes, dans l'actualité contemporaine, les auteurs de jadis sont le plus souvent remplacés par Playboy ou des revues pseudo-scientifiques qui promulguent, à longueur de pages, l’intelligence artificielle et l'homme augmenté, cet homme nouveau dont on parle depuis longtemps. Ainsi, ces revues diverses et variées se réjouissent-elles  de  l'avenir enchanteur que cette intelligence offrira aux générations qui vont suivre et aux progrès gigantesques qu'elle leur permettra de réaliser. D’ores et déjà, nous assistons au recul de la culture et à l’abandon de l’Histoire qui est notre lien privilégié avec le passé, à la perte du  goût et de la pratique de la lecture, au mépris affiché à l'encontre de tout ce qui a un rapport avec  la tradition, à la disparition progressive de la musique classique, à la libération sexuelle à tout crin qui s’exerce sans tabous et sans contraintes, époque où la théorie du genre fait en sorte que certains hommes veulent devenir des femmes et vice versa. 

 

Lecteur de Tocqueville, Allan Bloom voit dans la puissance de l’égalitarisme la source évidente de notre déclin et l’apparition d’une société où, désormais, plus personne n’est à sa place, où tous les styles de vie et de créativité se valent et où le nivellement des valeurs engendre une profonde et grave crise de civilisation. L’auteur nous rappelle combien «  la présence active de la tradition dans l’âme de l’homme lui donne une ressource contre l’éphémère » et combien notre mal-être et notre fragilité s’amplifient face aux périls qui nous guettent. Aussi contre le poison du nivellement des valeurs, nous propose-t-il un retour à  la vie de l’esprit, qui est la dignité et la noblesse de l’homme pensant. Un ouvrage à se procurer d'urgence.

 

 

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Allan Bloom

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14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 09:30
Sculpture Natacha Mondon et Eric Pierre

Sculpture Natacha Mondon et Eric Pierre

 

Alors que l'aube
déchire le voile de la nuit,
attardé en ses ténèbres,
voilà que l'absent m'apparaît enfin.
A moi, qui me tiens à l'écart,
il offre sa main fraternelle.
Ai-je mérité son attention
ou sait-il que je l'attends depuis toujours ?
Il sait et je sais que ses yeux ne peuvent mentir,
que j'existe depuis longtemps dans son désir.

 

Nous venons l'un et l'autre de si loin,
lourds de nos tâches et de nos peines
et de ce passé qui s'étend à l'infini
comme une plaine.
Nul obstacle ne décourage
ceux qui tentent de se rejoindre.
Déjà nos lèvres se cherchent,
déjà se mêlent nos paroles
et un vocable s'instaure
qui dit ce qu'ensemble nous sommes,
lui le désir de mon attente
moi l'attente de son désir.

 

Ne doute pas mon ami, mon frère,
l'amour est autre qu'un songe vague,
que la promesse du jeune matin,
que l'eau du puits fraîche à notre soif.
C'est la relation sensible au coeur qui se révèle,
c'est la voie qui conduit à l'indicible.
Que je naisse de ton désir
comme tu nais de mon attente,
et que je ne puisse plus me mouvoir
que dans le rayon de ton regard
où je me veux à jamais captive.
J'ai laissé ce vide à mon côté
pour que tu y prennes place.
Installe-toi, mets-toi à l'aise,
que toute entière je t'appartienne.
A gestes lents et solennels,
apprends-moi comme je t'apprends,
car ni hier, ni demain,
ne pourront plus nous reconnaître.
Parce que tu as investi ma pensée,
qu'en secret tu y demeures,
que tu es lumière pour l'esprit,
source de chaleur pour le coeur,
parce que tu es l'absent le plus présent qui soit,
que le bonheur nous soit partage
et même l'absence de bonheur.

 

Le feu prend, l'âtre fume.
C'en est fini de mon attente.
Me vois-tu désormais
ton attentive, ta patiente ?
Le jour se lève à pas furtifs,
l'oiseau émet un cri posthume.
Soyons ensemble dans l'orbite
du Regard qui nous dépasse,
sur ces mondes qui gravitent,
éphémères et nomades.



M'entends-tu dire adieu
à ce qui tente de nous restreindre ?
Le temps n'exerce sa tyrannie que sur les incrédules
qui emboîtent son pas.
Où finit ce qui en nous finit,
où commence ce qui ne finit pas ?
L'espérance a-t-elle pouvoir de nous tromper et de nous perdre ?
Non, mon aimé, ne faiblis pas,
toujours vers elle les yeux tournés,
comme le passeur qui guette en vain
l'horizon qui, sans cesse, se soustrait.



Si d'autres mondes se découvrent,
c'est toi encore qui apparais,
aube sur ma vie recommencée.
Je suis bien quand tes bras me tiennent et me confortent,
que je m'accepte ton enchaînée aux seules chaînes de ton désir.
Mais puis-je aspirer à me confondre
sans briser l'élan qui me porte ?
Je ne le puis et je rends grâce.

 

Le jour s'approprie le ciel
qui a rincé jusqu'à l'écume des nuages.
Ainsi que des expatriés,
les pieds lourds d'une marche incessante,
nous rentrons chez nous, dans notre humanité
qui ne desserre pas son embrassement.
Assumons-là, jusqu'à ce que l'outre-temps
nous soulève dans sa houle, et osons dire
ce qu'avec elle et contre elle nous devenons.

 

L'éternité n'est qu'un fruit vert
et, en ce monde,
notre union ne peut aboutir,
à moins qu'en songe elle ne transgresse
la mesure invariable de l'être.
Ce sera le passage auquel nul ne déroge,
pas davantage l'homme oublieux
que les amants que l'on surprend enlacés,
tant ils craignent que l'épée du jugement les sépare.



Nous, qui rendons ce jour maussade plus clair,
notre amour est comme le message du feu, de la pierre et du vent !
Il est le sourire des jours perdus.
Non, la beauté ne sera pas défaite,
pas plus que l'amour rassasié.
Prends dans ma main ma main de femme
et ensemble poussons l'octroi de la ville-songe.
A l'abri de son enceinte,
on murmure que l'ineffable subsiste.
C'est ainsi qu'une certitude s'avance,
que, soudain, les peuples se recueillent.



Mon cavalier, emporte-moi !
Ta monture est ardente, nous irons loin.
Certains proféreront des sentences qui troubleront notre repos.
Elles nous indiqueront les choses qui n'ont pas franchi les seuils.
Elles souffleront un vent contraire et nous saurons, alors,
combien insignifiant est le poids du visible.
Donne-moi un baiser, emmène-moi,
aussi confondus que la parole à son souffle,
le crépuscule à sa nuit
et jamais autrement que nous-mêmes.

 

Nous étions seuls,
nous voici innombrables et tout recommence.
Soyons confiants, la mort ne nous touchera pas
de son aile sombre,
l'Amour n'a pas de sépulcre,
il est le Songe inconsolé de Dieu,
car, au-delà de nos attentes,
au-delà de nos désirs,

est la permanence de nos coeurs.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Extraits de "Profil de la Nuit - un itinéraire en poésie "

  

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Le coeur révélé - Poème
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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 10:46
Vermeer ou l'énigme intérieure
Vermeer ou l'énigme intérieure

Vermeer est le peintre qui m’a le plus impressionnée dans ma jeunesse, lorsque mes parents m’ont emmenée faire un voyage en Hollande. J’avais quinze ans. Ses couleurs douces, l’intimité de ses compositions m’avaient subjuguée. J’étais d’emblée sous le charme de cette peinture simple et tranquille qui nous propose une suite de scènes de la vie domestique. Le peintre de Delft, ville ravissante penchée au-dessus de ses canaux, ne connut pas après sa mort, survenue le 15 décembre 1675 à l’âge de 43 ans, la renommée dont ont bénéficié la plupart des autres. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que Maxime Du Camp et Théophile Gautier le découvrent et le réhabilitent.

 

De sa vie, nous ne connaissons quasiment rien, sinon qu’il s’était converti au catholicisme et qu’il eût quinze enfants de son épouse Catharina Bolnes, probablement la jeune femme qui figure sur la plupart de ses toiles. Quant à ses traits, nous ne les connaissons pas davantage, il ne nous a laissé aucun autoportrait. La seule fois où Vermeer représente un peintre, lui assurément, ce sera de dos, aussi le secret le plus total repose-t-il sur sa personne et sur sa vie. Le mystère l’entoure et ajoute encore à l’aura de magie qui baigne son œuvre.

 

Néanmoins, il a su rendre palpable, à travers elle, l’existence quotidienne de son temps et détailler chacune des anecdotes qu’il a choisies de représenter d’un pinceau minutieux où il n’a omis aucun détail, préférant aux scènes de mythologie ou de religion traitées par de nombreux autres artistes, ces épisodes banals et courants.

 

Pendant longtemps, les toiles de Vermeer furent attribuées à d’autres : ainsi à De Hooch qui savait conférer à ses tableaux des jeux de lumière assez semblables et procurer à ses scènes une même dignité quasi liturgique ; ou bien encore étaient-elles imputées à Ter Borch, ce qui montre à quel point Vermeer était sorti de l’actualité picturale de son époque.

 

Marcel Proust dans sa Recherche rendra un hommage vibrant au peintre de Delft, cet artiste qui s’était représenté de dos le bouleversait, de même que ses sujets lui apparaissaient nimbés et animés d’une grâce envoûtante. Il est vrai que la contemplation de ses œuvres nous plonge aussitôt dans un univers spirituel, un silence profond qui est celui du monde intérieur, une interrogation qui est déjà celle de l’éternité, si présente sous son pinceau dans le quotidien. Par ailleurs, la place réservée aux femmes est immense. Elles sont là, empreintes de dignité, de réserve et de naturel. Dans leur modeste apparence, elles sont les madones de la contemplation, les impératrices du quotidien, toute de simplicité majestueuse au cœur de leur royaume domestique, plongées dans une énigmatique rêverie et isolées dans un halo de lumière, tant il est vrai que le peintre, mieux que personne, a su rendre mystique la lumière du dehors pour la concentrer sur l'intimité du dedans.

 

Nul doute que ces femmes nous saisissent par leur attentive concentration et leurs attitudes journalières, cette réalité somme toute triviale a le pouvoir de nous propulser ailleurs, de nous faire toucher du doigt une dimension spirituelle. Aussi, rien d’étonnant à ce que Marcel Proust ait considéré Vermeer comme le peintre le plus apte à nous émouvoir et à nous toucher. Son monde est proche de celui de l’écrivain qui a passé l’essentiel de son temps à nous immerger dans le royaume intime où toute chose prend valeur d’éternité et où ce qui semble le plus banal est traversé d'un souffle surnaturel.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

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Vermeer ou l'énigme intérieure
Vermeer ou l'énigme intérieure
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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 09:20
Oh, et puis zut ! de Iocasta Huppen

 

Comme le souligne l’éditeur dans la quatrième de couverture, ces poèmes brefs ressemblent étrangement à des haïkus, ils en ont la forme mais pas le contenu. Les Japonais les nomment « senryu », ils ont pour sujet principal les faiblesses humaines avec ou sans une référence à la saison. Iocasta Huppen, grande spécialiste des poèmes courts d’inspiration japonaise, propose avec ce recueil une sorte d’éphéméride qui raconte une année calendaire qui commencerait au printemps. Une année qui pourrait être celle qui s’écoule avec des compléments des saisons précédentes pour raconter l’automne qui vient de finir et l’hiver qui s'annonce. Comme les haïkus, ces poèmes sont composés de trois vers, deux parfois, qui ne comportent que quelques mots, rarement plus de cinq. Avec ces quelques mots, elle narre l'existence qu’elle mène à Bruxelles ou sur les lieux de vacances qu’elle a fréquentés.

 

Ainsi, dès le début, elle évoque la vie de cette année difficile avec son confinement qui nous a tellement entravé et a fait tout autant jaser :

 

« Dans le ciel bleu / Le scoop de quelques traces d’avion - / confinement mondial ».

 

A cette saison, au Japon les cerisiers fleurissent, Iocasta ne l’a pas oublié :

 

« Reflet - / des pétales de cerisier / partout sur la lune ».

 

Une nouvelle importante fleurit ce début de ce printemps :

 

« Cinquième mois - / la graine apportée par le vent / se porte bien » ???

 

Pour fêter l’arrivée de l’été un peu de musique avec trois titres de chanson alignés en forme de senryu :

 

« Passe me voir / Je t’aime tellement fort / Juste nous ».

 

Et, l’été, c’est les vacances :

 

« Départ imminent / crème solaire, maillot de bain / et masque en tissu ».

 

Et, les vacances, c’est la liberté :

 

« L’une des fesses / dépourvue de sa part de maillot - / se croire seule au monde ».

 

Et le plaisir coquin  :

 

« Câlin à l’étang / une grenouille / nous tient la chandelle ».

 

L’été s’en va, les vacances se terminent, l’automne approche :

 

« Fin des vacances / la fuite irréparable / du fauteuil gonflable ».

 

L’automne s’installe !

 

« Rayon après rayon / l’araignée tourne en rond - / lumière d’automne ».

 

Puis, cède la place à l’hiver :

 

« Soleil de décembre - / de la fiente de pigeon / un peu de vapeur ».

 

« Grêle de février - / quelques grains de cardamone / dans mon café grec ».

 

Le cycle est terminé, nous avons tous un an de plus et nous savons comment Iocasta a passé cette année, elle nous l’a confié en quelques mots comme des images qu’on range précieusement pour, plus tard, se remémorer de bons souvenirs. Malgré ces images iréniques et apaisantes, Iocasta sait bien que le monde ne tourne pas très rond :

 

« Le monde va mal / le zapper quelques minutes / au bord de l’eau ».

 

Peut-être qu’il tournera plus rond l’an prochain … ?


Denis BILLAMBOZ


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Oh, et puis zut ! de Iocasta Huppen
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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 09:21
La première Manche - Croisière vers les îles Anglo-Normandes

guernesey-324260.jpg  

 

 

Ce matin-là, il faisait gris et froid, les habituels changements de cap de la météo normande. Hier, le grand beau, aujourd'hui un ciel enjuponné de nuages. La mer en est le fidèle reflet. Tout aussi grise et opaque, tout aussi chargée et épaisse. Nous prenons la direction de Guernesey dans la blancheur de cette aube maussade. A 6 heures 55, la radio égrène le message monotone et décourageant de la météo marine. Un petit crachin nous tombe dessus. Quel curieux besoin a donc l'homme de désirer vivre sur un élément où il est en complet déséquilibre. Tout est à réapprendre en mer. Il faut faire table rase de ce que nous croyons savoir et accepter la leçon que nous inflige à chaque instant ces fluides tables de la loi. Les lois de la mer ne sont-elles pas à sa ressemblance, impérieuses et altières. Il faudra nous accoutumer à nous déplacer malgré le roulis et le tangage, supputer les urgences, affiner notre écoute, dilater notre regard. L'esprit est tenu à rester vigilant, à ne négliger aucun détail. Oublier d'abaisser une manette, de fermer une vanne peuvent être à l'origine d'une petite ou grande catastrophe. Et cependant, ce n'est certainement pas pour devenir l'esclave de ces petites choses que l'homme, un jour, choisit de partir, de quitter son havre et ses usages. Cette délivrance n'est, dans un premier temps, qu'une servitude. C'est ailleurs qu'il faut chercher une explication. Etre libre, serait-ce d'abord s'en tenir à  un réseau serré de nécessités et d'exigences ? Prendre la mer, est-ce s'arracher à ses propres abîmes, à ses incohérences ? En  fixant un cap, en calculant un point, en traçant une route, est-ce de lui-même et de ses entraves intérieures que l'homme tente de s'éloigner ?  Naïvement, essaie-t-il d'échapper à ses obsessions afin d'adhérer à la grandeur majestueuse des éléments ? C'est l'apparemment petit qui nous conduit vers l'apparemment grand. La meilleure part de soi nous la recherchons dans l'infini, nous repoussons les horizons afin de reculer nos propres limites. C'est, en définitive, nous-même que nous tentons d'amplifier, d'élargir. Toute quête de connaissance nous oblige à aller du connu vers l'inconnu. Ainsi est l'homme de mer, figure emblématique du quêteur d'absolu, pris entre l'horizon qu'il quitte et l'horizon vers lequel il va et qui ne pèse, selon lui, que le poids irrésistible et séduisant du mystère.

 

Nous voici en pleine mer. C'est l'eau de toute part et à perte de vue. Désormais, fini de vivre avec la mer un charmant compagnonnage côtier. Nous sommes devenus une sorte d'excroissance, d'adhérence, une petite verrue étrangère sur sa belle face nerveuse. Le ciel se dégage, alors que nous approchons des côtes anglaises. Sercq et Herm apparaissent comme deux pâtés d'enfants et, plus loin, Guernesey, insignifiante digue barrant les flots. Vues de là, les terres semblent vraiment dérisoires. Progressivement, elles grandissent, les reliefs se découpent avec davantage de netteté. Nous voyons surgir des maisons, des clochers, des remparts, des tours ou bien des landes arides qui festonnent d'une ganse vert foncé les à-pic de granit. Laissant sur tribord Sercq et Herm, nous nous engageons dans Saint Peter Port que domine le Castle Cornet. Le ciel est enfin bleu, le soleil presque lumineux.

 

Jeudi 21 Juillet. Après une nuit extraordinaire dans la marina, bien calés entre deux bateaux, au point de se croire sur le plancher des vaches, nous nous réveillons une fois de plus sous le crachin, mais le soleil revient vite. Le temps change en quelques heures. Il passe par toutes les colorations, comme s'il cherchait à nous donner un aperçu des nuances inépuisables de sa palette. Effets de nuages sur les eaux, éclats diaprés et, soudain, le soleil se glissant en catimini entre deux boursouflures ténébreuses, arcs-en-ciel dressant leurs arcatures parfaites au-dessus de la mer.

 


ile-sercq-sark-plus-belles-photos-iles-francaises_146141.jpg 

                         
                     SERCQ  la fière

 

Vendredi 22 Juillet. Les courses faites, les douches prises à la capitainerie, nous voici frais et dispos pour lever l'ancre et prendre la direction de Sercq. La mer étant houleuse et le mouillage difficile aux abords d'Herm, nous filons directement vers le plus haute, la plus fière, sans doute la plus pittoresque des îles anglo-normandes. Le temps est toujours aussi doux et humide. Il est 15 heures quand nous descendons l'annexe pour gagner une grève de galets, mise entre parenthèses par deux hautes parois rocheuses. Par un chemin muletier bordé de fuchsias, de fougères et de chèvrefeuille, nous gagnons le centre du village qui me rappelle, par sa disposition et son aspect, la charmante capitale des Saintes. Les boutiques, les maisons trapues et basses, les édifices municipaux semblent avoir été construits par une population de lilliputiens. Ici, les gens ne circulent qu'à pied, à vélo, à cheval ou en calèche. Nous en louons une pour faire un tour dans l'île, flânons au rythme de notre canasson dans les allées sableuses et ombragées qui tiennent lieu de routes, visitons la Seigneurie qui fut  longtemps celle de la célèbre dame de Sercq. Le manoir austère offre, en revanche, l'agrément d'un délicieux jardin de curé aux efflorescences vermillonnées et odorantes qui contrastent avec la sévérité de la bâtisse. Presque toutes les maisons, construites avec la pierre gris foncé de l'île, sont carrées et massives pour mieux résister aux tempêtes et la plupart d'entre elles portent des noms français : la moinerie, le carré de l'église, Beaulieu, le Pellon, ce qui laisse supposer que les vents portèrent jusqu'à ces îles si proches un peu de notre influence et l'écho de notre langue. Ensuite, nous nous rendons à pied jusqu'à l'isthme qui offre le spectacle le plus âpre et le plus fascinant de Sercq. Imposantes falaises déchiquetées, revêtues de cette rase végétation d'un vert sombre tranchant avec la couleur grisâtre de la roche.


La pluie nous surprend au retour, pluie qui suit la pente du vent et nous frappe de plein fouet. Il faut appareiller sans tarder car le coup de chien s'annonce. Le ciel est devenu sinistre, charbonnant la mer au point qu'elle commence à former sa houle, à lever l'écume fiévreuse de ses vagues. La route jusqu'à Guernesey nous oblige à affronter une force 8 qui fait geindre, craquer le bateau. Il frappe l'eau durement comme un hors-bord, se démembre, tandis qu'une buée épaisse nous plonge dans les vapeurs d'un hammam. A 23 heures, nous faisons notre entrée dans le port, accueillis par le zodiac de la marine. Nous laissons au loin une mer sauvage danser sur la musique du vent.

 

Samedi 23 Juillet. Pluie ce matin, pour changer. Nous en profitons pour nous reposer, mettre de l'ordre et nettoyer le bateau, tâche qui me revient d'office puisque j'ai embarqué comme une valise et, qu'à bord, je ne sais rien faire d'autre. A défaut de barrer, de hisser la grand voile, de souquer ou de border, je suis assermentée pour passer la brosse à reluire, astiquer les cuivres, récurer les casseroles et m'empresser avec une éponge partout où une trace suspecte m'adresse un clin d'oeil désobligeant. Et on sait les marins maniaques ! Le petit déjeuner est par ailleurs un moment privilégié, où nous goûtons tous quatre aux charmes de la gastronomie anglaise. Bien qu'à l'abri du port, je ressens cette impression, probablement partagée par mes amis, de ne pas avoir d'attaches, d'être là aussi bien qu'ailleurs, de passage.

 

Herm.jpg 

                     
                   HERM   la   douce

 

Dimanche 24 Juillet. Herm est une naïade. C'est ainsi qu'elle m'apparait sous le soleil, dans la clarté de cette journée estivale. Contrairement à Sercq, sa soeur farouche dressée au-dessus de la mer comme une jeune insoumise, Herm est allongée sur les flots avec ses courbes harmonieuses, ses doux vallonnements et cette épaule qui remonte un peu, la redresse à demi sur le côté gauche. La découvrir, c'est aller au-devant d'une solitude, parcourir une lande battue par les vents, mais dont l'harmonie est une grâce et le dénudement un éblouissement des sens. En suivant les chemins étroits bordés de fougères géantes et de fuchsias, nous longeons ses côtes langoureuses, frangées par de longues plages qui brillent comme des ongles laqués. Ainsi Herm s'offre-t-elle voluptueuse à notre curiosité, alors que, vigilants, veillent aux alentours des rochers-sentinelles, hautes fauconneries bourdonnantes de cris, succession de casques à pointe qui semblent être là, hérissés, déchiquetés et menaçants, aux seules fins de la  protéger.
Le village, qui domine le port, se résume à quelques maisons blanches, nichées dans leur verdure et agrémentées de buissons d'hortensias. Dispersées dans l'île, de rares demeures, généralement fermettes ou chaumières, témoignent de la présence humaine.

 

Lundi 25 Juillet. La marina de Guernesey a un charme particulier. Des maisons typiques encadrent le port. Au centre trône l'église en granit. Sur les hauteurs, qui surplombent la ville basse et le port, un fouillis de résidences aux teintes claires ajoute une note de gaieté. Ce sont sur ces hauteurs, à gauche lorsque l'on tourne le dos à la mer, que se trouve Hauteville House, occupée pendant treize années par Victor Hugo qui y écrivit " Les Méditations" et  " Les travailleurs de la mer", et dont la visite me prouve, si besoin est, que le poète n'était jamais en veine d'inspiration et que son esprit bouillonnant s'était amusé à explorer une nouvelle source de création et de langage dans l'art inattendu de la décoration. Les bobines de fil transformées en bougeoirs, les tapisseries d'Aubusson en papier peint et en ciel de lit, les tapis en canapés, les stalles d'église en dessus de cheminée et en dossiers de chaises, les malles en banquettes, tout ce fatras hétéroclite crée une atmosphère baroque, sombre et étouffante qui ne peut laisser personne indifférent. Il n'y a, pour s'en persuader, qu'à regarder les visages et écouter les réflexions des visiteurs toujours nombreux et immanquablement éberlués. Une prolifération de miroirs et d'inscriptions perpétue une vision particulière de la vie, une inquiétude métaphysique qui, après la mort de sa fille Léopoldine, conduisit l'écrivain au seuil de la folie. Mais cette maison, malgré ce qu'elle a d'étouffant et de théâtral, m'a émue profondément. Au troisième étage, dans la chambre de verre, sur deux simples tablettes qui tenaient lieu d'écritoires et devant lesquelles le poète se tenait debout face à la mer, furent rédigées deux grandes oeuvres de la littérature française, aussi, malgré ses boursouflures, ses outrances, sa mégalomanie, son narcissisme, on peut s'incliner devant le génie de Hugo qui puisa dans ses propres réserves de quoi nourrir une réflexion et une recherche d'où l'homme sort grandi et justifié. "Tout dans le génie a sa raison d'être" - affirmait Shakespeare.

 

Mardi 26 Juillet. Réveil à 2h30 du matin. Après un petit déjeuner léger, nous quittons Guernesey. La météo a annoncé un temps moins mauvais et, pour abonder dans le même sens, le baromètre amorce une très légère hausse. En route pour les côtes de Cornouailles. A nous le grand large et la nuit qui ne laisse guère soupçonner les profondeurs du ciel que ne balise, hélas, aucune étoile. Le moteur est arrêté dès la sortie du port. Les voiles sont hissées. Déjà le vent guette leur déploiement, tourne, rôde, les fait frissonner. Elles se tendent blanches et ardentes, épousent sa volonté de les entraîner, de les conduire. A travers elles, il émet ce feulement qui accompagne le froissement de soie de l'écume, les gémissements de l'étrave, le claquement des cordages, cet ensemble de bruits si spécifiques à la navigation. Et ce sera cette longue, cette régulière glissade en compagnie du ciel, de la lumière, des nuages, des oiseaux. Seule l'ascension en montagne peut être comparée à cette expérience de la mer, à ce désir de s'affronter aux éléments avec une telle gratuité, à rechercher l'effort pour tel, à s'aguerrir du froid, de la peur, du mal de mer, sans autre récompense que cette sensation intime d'avoir été un peu plus loin au large de soi-même.

 

Le First 305 vogue au petit largue sous un ciel aussi moutonnant et écumeux que la mer. Les vagues se creusent de plus en plus à l'approche des côtes anglaises. Ne se dessinent-elles pas au loin comme un présage que l'on devine plus qu'on ne le discerne ? Enfin, le mirage devient réalité, la masse des terres commence à se former. Plus de doute, ce sont elles qui opacifient l'horizon. Car, je l'avoue, après treize heures de navigation, les voir apparaître et se fortifier ainsi qu'une grande muraille austère, nous apporte un réconfort d'autant plus  appréciable que le vent force, qu'il fait très froid, qu'une houle profonde d'ouest fait gîter le bateau, nous balançant à la figure des paquets d'eau salée.


Mais le spectacle de la mer ne cesse d'être grisant. Comment expliquer cette impression d'immensité, ce voisinage permanent avec l'inconnu, de tous côtés la double épure du ciel et de l'eau ? Nous aurons croisé peu de bateaux pendant la traversée, quelques cargos dans leur rail et ce soir, au loin, une barque de pêche qui tangue comme un bouchon, paraît et disparaît au gré des vagues. C'est au passage du rail que j'ai vu s'affronter avec le plus de violence deux volontés, deux attitudes d'homme. Celle du sage qui préférait attendre plutôt que de prendre un risque, celle de l'audacieux qui se jetait un défi et  nous exposait à un danger. Lequel des deux avait raison ? Sans aucun doute le premier, bien que l'on suivit l'avis du second. Tout risque inutile me semble une cause perdue. On ne s'improvise pas marin. Bien difficile de frimer avec la mer ! Face à elle, nous sommes toujours face à notre vérité... Et, justement, elle est là, ce soir, devant nous. Nous nous dirigions vers la Cornouailles, plus précisément vers Salcombe, à l'ouest de Start Point, et nous nous retrouvons devant une côte inconnue que notre skipper a bien du mal à identifier. Mais oui, nous avons dévié de 10 degrés ! Voilà ce qu'il en coûte d'avoir mal reporté l'angle de déviation des courants entre la route surface et la route fond. L'erreur nous vaut de changer de destination mais, par chance, de nous retrouver dans un coin ravissant du Devonshire ( car nous aurions très bien pu aborder une côte inhospitalière), qui pousse l'amabilité jusqu'à nous offrir, à point nommé, comme deux bras délicatement tendus, les digues de  la plus jolie marina de notre croisière. Ainsi entrons-nous à Torquay, par inadvertance. Le ciel a même amorcé un sourire...de malice.

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 Article paru dans la Revue VOILES & VOILIERS


             N°217 - Mars 1989

 

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Les Grenadines à la voile

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé

 

Lettre océane - les Antilles à la voile

 

Balade irlandaise

 

Retour d'une croisière en mer Rouge

 

Croisière en Croatie et au Monténégro

 

 

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Sercq
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Manoir de la Seigneurie à Sercq

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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 09:20
Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement

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Après une enfance heureuse, Marceline Desbordes-Valmore, née le 20 juin 1786, perd sa mère à 15 ans de la fièvre jaune en Guadeloupe, où mère et fille s'étaient réfugiées auprès d'un cousin pour des raisons mal connues, mais probablement liées à des difficultés conjugales. Si bien que la petite fille rentrera seule en France huit mois plus tard et, pendant la traversée, subira une violente tempête, se faisant attacher à l'un des mâts pour admirer la mer en furie, si bien que l'on conçoit sans peine que la succession de ces épreuves aient d'ores et déjà aguerri son caractère et enfiévré son imagination. Rentrée à Douai chez son père, elle s'engage au théâtre local, puis à celui de Rouen et bientôt, le succès aidant, elle joue à Paris et sur diverses scènes. Mais l'écriture, et particulièrement la poésie, ne cesse de la solliciter et son premier roman, pour une bonne part autobiographique, "L'atelier du peintre" prouve qu'elle est attentive à la création artistique quelle qu'elle soit. Mais, en ce temps-là, la difficulté d'être femme et de s'affirmer, même dans le domaine des arts, est immense et, d'entrée de jeu, elle est considérée comme un auteur mineur juste bon à mettre en valeur le talent des autres et, à propos de cet ouvrage, celui de son oncle le peintre Constant Desbordes.

 

Néanmoins, Marceline refuse d'abandonner, elle veut inscrire son nom parmi les lauréats de l'Ecole française. A l'époque où elle rédige ses premiers poèmes, la société cultivée s'emballe pour des romans comme "Paul et Virginie" de Bernardin de Saint-Pierre ou "Atala" et "René" de Chateaubriand, si bien que tout être qui a de l'ardeur et du sentiment risque d'être entendu, pour peu que sa plume soit à l'égal de son coeur. Chez Marceline, l'ardeur va soudainement s'épanouir avec bonheur lorsqu'elle rencontre l'amour en la personne d'Henri de Latouche, amateur de poésie, sensible à la nouvelle école romantique, à qui l'on doit l'édition des oeuvres d'André Chénier, mais cette passion, médiocrement partagée, sera davantage pour elle l'apprentissage de la souffrance amoureuse.

 

Elle avait fui de mon âme offensée ;

Bien loin de moi je crus l'avoir chassée :

Toute tremblante, un jour, elle arriva,

Sa douce image, et dans mon coeur rentra :

Point n'eus le temps de me mettre en colère ;

Point ne savait ce qu'elle voulait faire ;

Un peu trop tard mon coeur le devina.

 

Sans prévenir, elle dit : " Me voilà !

Ce coeur m'attend. Par l'Amour, que j'implore,

Comme autrefois j'y viens régner encore."

Au nom d'amour ma raison se troubla :

Je voulus fuir, et tout mon coeur trembla.

Je bégayai des plaintes perfides ;

Pour me toucher il prit un air timide ;

Puis à mes pieds en pleurant, il tomba.

J'oubliai tout dès que l'Amour pleura.

 

De cet amour qui " lui avait tout pris jusqu'au bonheur d'attendre ", Marceline émergea, délivrée de ses rêves illusoires. Avec son nouveau compagnon, Lanchantin, dit Valmore, comédien sans grand talent qui l'épousera, elle connaîtra les dures nécessités de la vie d'un acteur pauvre et les épreuves d'une existence précaire que vint assombrir encore la perte d'une enfant toute jeune. La poésie sera le refuge d'une sensibilité à fleur de peau dans des oeuvres où transparaît la volonté de s'inscrire en faux contre le malheur, ce lot commun à l'humanité et où l'on surprend les sanglots de la femme douloureuse habitée d'une indéfectible espérance.

 

L'orage de tes jours a passé sur ma vie ;

J'ai plié sous ton sort, j'ai pleuré de tes pleurs ;

Où ton âme a monté mon âme l'a suivie ;

Pour aider tes chagrins j'en ai fait mes douleurs.

...
 

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j'aime encore ;

J'écarte devant toi les ombres du chemin :

Comme un pâle reflet descendu de l'aurore,

Moi, j'éclaire tes yeux ; moi, j'échauffe ta main.
 

...


Comme un ange accablé qui n'étend plus ses ailes,

Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,

Cache ton auréole aux vives étincelles :

Moi je suis l'humble lampe émue à ton côté.

 

Ou encore :

 

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !

 

Quelle est-elle, en définitive, la poésie de Marceline Desbordes-Valmore durant les années 1830 - 1850, sinon le sentiment et la parole du malheur qui ne cessent de frapper, également la foi religieuse qui se veut consolatrice. Renonçant à chercher l'exceptionnel et le sublime, Marceline privilégie le mouvement d'adhésion, la simplicité émouvante, le chant des larmes et la profération mélancolique, s'approchant d'un Virgile et de ses pastorales. Aussi naïfs qu'apparaissent ses vers, l'aisance du rythme - une rapidité d'eau qui court - assure à jamais la fraîcheur du partage et l'art du songe. Ce sont sans doute "Les roses de Saadi " qui ont le mieux établi sa célébrité au sein de la littérature française: 

 

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;

Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes

Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées

Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.

Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée.

Ce soir, ma robe encor en est toute embaumée...

Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

 

D'autre part, la vie de Marceline sera marquée par la quête du père. Si elle fut le poète de l'adhésion à une terre et à un lieu, il n'en reste pas moins que la figure paternelle sera une constante source d'inspiration. C'est cette présence - ou cette absence - qui l'encourage à "frayer la terre sous l'étoile ". Père biologique mais aussi Père surnaturel vers lequel elle élève sa poétique, Père qui insuffle " le pur amour ", initie son aspiration à la lumière, habite une pensée qui, non loin de "la tendresse réelle" console, glorifie et transcende. Elle meurt le 2" juillet 1859. à l'âge de 73 ans.

 

J'irai, j'irai porter ma couronne effeuillée

Au jardin de mon père où revit toute fleur ;

J'y répandrai longtemps mon âme agenouillée :

Mon père a des secrets pour vaincre ma douleur.

 

J'irai, j'irai lui dire, au moins avec mes larmes :

"Regardez, j'ai souffert..." il me regardera,

Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,

Parce qu'il est mon père il me reconnaîtra. 

 ...

 O clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô père !

Votre enfant qui pleurait vous l'avez entendu !

Je vous obtiens déjà puisque je vous espère

Et que vous possédez tout ce que j'ai perdu.

 

Vous ne rejetez pas la fleur qui n'est plus belle,

Ce crime de la terre au ciel est pardonné.

Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,

Non d'avoir rien vendu, mais d'avoir tout donné.

 

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Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement
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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 09:59

 

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Proust et le miroir des eaux

 

Marcel Proust et l'Hôtel  Ritz

 

Marcel Proust et la méditerranée  de Dane McDowell

 

La madeleine de Proust - Pastiches

 

Marcel Proust et le chemin des aubépines

 

Comment suis-je entrée dans la Recherche de Marcel Proust ?

 

Marcel Proust, esthétique et mystique de Paul Mommaers

 

A la recherche du temps perdu, un livre appelé à dominer le siècle

 

A la Recherche de Céleste Albaret de Laure Hillerin

 

La comtesse Greffulhe, l'ombre des Guermantes de Laure Hillerin

 

Eloge des clochers selon Marcel Proust

 

Marcel Proust et les amitiés électives

 

Une page se tourne ...

 

Proust et Cabourg de Jean-Paul Henriet

 

Le sommeil de Marcel Proust de Dominique MABIN

 

Fortuny, l'enchanteur de Venise

 

Marcel Proust, jeunesse et initiation

 

Choisir Marcel Proust

 

Marcel Proust et les eaux crépuculaires -Venise

 

Marcel Proust et l'art de la transposition

 

Pour le meilleur et pour le pire - La vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane de Laure Hillerin

 

Marcel Proust en 1919

 

Proust à Trouville ou un après-midi à la Raspelière

 

Proust, prix Goncourt - Une émeute littéraire de Thierry Laget

 

Proust et Versailles

 

Mort des cathédrales - article de Marcel Proust

 

Marcel Proust et l'art

 

Marcel Proust du côté de Cabourg de Dominique Bussillet

 

Marcel Proust et le labyrinthe

 

Marcel Proust, de la rédemption de l'homme à la résurrection du temps  

 

L'herbier de Marcel Proust de Dane Mc Dowell

 

Qui se cache derrière le personnage de Charles Morel dans La Recherche du Temps Perdu ?

 

Proust et Flaubert


Marcel PROUST en 1918

 

Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens 

 

Marcel Proust et Anna de Noailles

 

"Professeur Marcel Proust" de François-Bernard MICHEL

 

A la recherche de Robert Proust de Diane de Margerie

 

Proust et la musique : concert/lecture à Cabourg

 

Marcel Proust en 1916

 

L'arche de Marcel Proust

 

Marcel Proust et Colette

 

Marcel Proust, une vie à s'écrire de Jérôme Picon

 

La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe

 

Proust, lecteur    ( texte de la conférence donnée à la mairie de Cabourg le 10 août 2015 )
 

 

Marcel Proust et les eaux violentes ( Reynaldo Hahn et Alfred Agostinelli)
 

 

Proust et les eaux réfléchissantes

 

Proust et les eaux frontalières - les deux côtés de La Recherche

 

Proust et les eaux troubles

 

Proust et les eaux marines

 

Proust et les eaux familiales

 

Marcel Proust et l'Eau-mère

 

PROUST VOUS ATTEND A L'HOTEL SWANN

 

Marcel Proust et 1914

 

La bibliothèque de Marcel Proust de Anka Muhlstein

 

Proust ou le regard d'un visionnaire

 

Marcel Proust contre Cocteau de Claude Arnaud, la 7e Madeleine d'or du Cercle proustien 

 

John Ruskin ou le culte de la beauté

 

Qui se cache derrière Mme de Villeparisis dans l'oeuvre de Proust ?

 

Qui se cache derrière Rachel dans l'oeuvre de Proust ?

 

Qui se cache derrière Odette Swann dans l'oeuvre de Proust ?

 

6ème Madeleine d'or du Cercle proustien de Cabourg-Balbec

 

Le temps retrouvé de Raoul Ruiz

 

A Paris sur les pas de Marcel Proust, au musée Jacquemart-André et chez Drouant

 

 

Sur les pas de Marcel Proust, au musée Camondo et chez Maxim's

 

Proust à Trouville

 

Le thème de l'eau dans la Recherche du temps perdu

 

 

1246695768 le temps retrouve Le-Grand-Hotel-De-Cabourg-photos-Interior

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 09:16
Les coeurs inquiets de Lucie Paye

Pour un premier roman, Lucie Paye a choisi un thème original, celui de deux êtres qui s’interrogent sur une cause essentielle : l’absence. L’absence d’un être aimé pour elle, l’absence d'inspiration pour lui, l'un et l'autre remettant en cause le sens même de  leur  vie. A travers leurs monologues, le lecteur plonge dans la douleur laissée par l'amour sacrifié de la femme et l’inquiétude suscitée par l'œuvre inaccomplie de l'homme, double réflexion qui n’en compose qu’une seule : celle de leur complexité et de leur exigence intérieure.

 

Cette méditation sur un sujet difficile est conduite de main de maître par l'auteure qui évite les pièges avec superbe, entre autres ceux de brouiller les pistes et de noyer le lecteur dans une énigme compliquée, cela grâce au fil sensible qu’elle tisse au long des pages et qui éclaire avec délicatesse la lente évolution de chacun des protagonistes à maîtriser sa vérité intérieure qui est  un amour sacrifié pour l’une et une œuvre en gestation pour l’autre.

 

Si bien que rien ne sera perdu de ces quêtes secrètes, de ces parcours dont le phrasé dénoue peu à peu le mystère et sublime la réalisation finale de l’œuvre du peintre. Car, qu’est-ce qui soudain est apparu sur sa toile lors d’une interrogation qui paraissait sans suite ? Voici la force de ce livre et son dénouement dont chaque lecteur découvrira avec émotion et intérêt la richesse poétique :

 

« Cette composition lui est venue spontanément. Il n’a pas réfléchi. Elle s’est présentée à lui d’un coup. C’est un format plus petit. La femme y est de dos, face à un miroir. L’une de ses mains est posée contre, comme au carreau d’une fenêtre. Le pinceau trouve son chemin. Le reflet de la femme dans la glace naît peu à peu. Son visage émerge comme tiré d’un long sommeil. Une statue repêchée au fond des océans. Les yeux sont sombres, les lèvres entrouvertes. Le pinceau force la matière. La peau s’épaissit et s’échauffe. Il sent et il écoute cette femme. Le chevalet n’existe plus, ni la toile, ni  le temps. Il est la voix et les caresses, la chair et les songes. Il est cette bouche qui prononce des mots oubliés. Une porte s’ouvre. Dans le reflet du miroir la femme le voit enfin, aimante et apaisée. »


Un roman qui ouvre à cette auteure de 45 ans  les portes de l’avenir littéraire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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L'auteure

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 09:32
Mes voeux pour 2021

Aujourd'hui, à minuit, s'achève l'an 2020 qui laissera à la plupart d'entre nous un goût amer. Année qui aura fait souffrir de nombreuses familles et appauvri la France. Mais il y a eu pire. Cette pandémie n'est ni la guerre de 14, ni celle de 40, et tout laisse espérer que nous allons prochainement neutraliser le virus. Mais nous avons vécu une épreuve, celle du confinement, des lendemains incertains, de la perte du pouvoir d'achat, de l'inquiétude des malades et surtout celle d'avoir vu disparaître des êtres chers. Cela doit nous exhorter à relever la tête, à affermir notre courage, à agir de manière à s'assurer un meilleur avenir car notre monde mérite mieux et, pour l'obtenir, nous devons tous nous remettre en question. Oui, chaque nation a l'obligation d'assumer ses responsabilités, de mesurer ses risques, de prévoir ses lendemains, de faire face à ses périls qui sont inquiétants et nombreux.

 

L'année, qui se profile, aura besoin de davantage d'énergie, de détermination, de vigueur morale et physique qu'aucune autre. Est venue l'heure de ne plus se voiler la face, de ne pas attendre tout d'un gouvernement qui, visiblement, a ses faiblesses et cède à ses penchants. Nous disposons de tant d'atouts, mettons-les en valeur. Retrouvons une unité qui est si souvent menacée. Plutôt que de nous diviser, rassemblons-nous, ne laissons pas le port du masque nous désocialiser. Remettons en perspective l'espérance et la bienveillance. Un pays ne s'assume-t-il pas comme une famille, ne se régénère-t-il pas grâce à sa cohésion, sa foi en lui-même, son enthousiasme. Oui, reprisons à petits points les dégâts qui ont été affligés au tissu social.. N'est-ce pas ainsi que nous rebâtirons un pays qui s'appelle la France et non l'hexagone. Bonne et vaillante année à toutes et à tous.


ARMELLE

 

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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TEXTE LIBRE

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

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   Goethe

 

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