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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 08:05

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Les lecteurs potentiels qui ne peuvent se passer d'une ambiance et d'un environnement urbain se sentiront sans doute quelque peu dépaysés en pénétrant dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, ce journal d'un Robinson volontaire qui, à la veille de ses quarante ans et après moults aventures vécues à travers le monde, ressentit l'appel de la forêt et le désir de vivre six mois loin des hommes, afin de prendre la mesure de lui-même et de s'assurer qu'il pouvait trouver en lui matière à subsister.

 

" Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que de dépérir en ville". La profession de foi est ainsi déclinée dès les premières pages. Et qu'emporte-t-il notre écrivain pour cette traversée du désert intérieur, à la pointe du cap des Cèdres, sur les rives du lac Baïkal : des livres ( 67 au total ), des cigares et de la vodka ? " Le reste, écrit-il, l'espace, le silence et la solitude, était déjà là ". "Dans ce désert - ajoute-t-il - je me suis inventé une vie sobre et belle, j'ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J'ai regardé les jours passer, face au lac et à la forêt. J'ai coupé du bois, pêché mon dîner, beaucoup lu, marché dans les montagnes et bu de la vodka, à la fenêtre. La cabane était un poste d'observation idéal pour capter les tressaillements de la nature. J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur et le désespoir et, finalement, la paix." Le début de la sagesse, en quelque sorte, mais une sagesse chèrement acquise, car " si la liberté existe toujours, il faut en payer le prix" - affirmait, non sans raison, Henry de Montherlant. Une sagesse qui exigera beaucoup de Sylvain Tesson, non seulement de la force mentale mais des efforts physiques et de la résistance, afin de venir à bout de 24 semaines loin de tout, dans un environnement peu clément aux êtres aussi civilisés que lui." Vivre seul entre quatre murs de bois - avoue-t-il - rend modeste ". Et c'est en effet un sentiment de modestie que dispense, dans un premier temps, cette existence qui a le mérite de vous réduire à vos seules frontières intimes. Comme le petit prince sur sa planète, Sylvain va devenir l'ami des mésanges - " car l'ermite s'interdit toute brutalité à l'égard de son environnement. C'est le syndrome de saint François d'Assise. Le saint parle à ses frères oiseaux, Bouddha caresse l'éléphant enragé, saint Séraphin de Sarov les ours bruns, et Rousseau cherche consolation dans l'herborisation ". Alors qu'un monde obsédé par l'image, comme le nôtre, se refuse à goûter "aux mystérieuses émanations de la vie". L'ermite, étant seul face à la nature, demeure fatalement l'unique contemplateur du réel et "porte le fardeau de la représentation du monde, de sa révélation au regard humain". A travers ces lignes, l'auteur nous rend compte d'un voyage qui est d'abord et avant tout une traversée de soi-même, un pèlerinage au coeur de ses doutes et de ses aspirations qui condamne à ne se nourrir que de sa propre substance. Si l'homme civil veut que les autres soient contents de lui, le solitaire est forcé de l'être de lui-même, sinon sa vie est insupportable. D'où cette astreinte au devoir de vertu. Plutôt que de vouloir agir sur le monde, laisser le monde agir sur vous. Renversement des perspectives et des diktats de la vie sociétale. En s'isolant dans une cabane à mille lieux de toute habitation, on disparaît obligatoirement des écrans de contrôle, on s'efface dans le murmure du vent, de la prière ou des livres.

 

Mais ce n'est pas tant d'abnégation que Sylvain Tesson a besoin. Il n'est pas un moine qui aurait mis ses pas dans ceux de saint Antoine ou de saint Pacôme. Non, l'ermite des taïgas qu'il s'est voulu pour six longs mois est davantage un forestier qui veille à se tenir aux antipodes des renoncements. Si le mystique tente de disparaître du monde, l'homme des bois, amoureux de la vie sauvage, veut se réconcilier avec lui. Il a le goût de la beauté, de l'ordre des choses et, à l'occasion, de la vodka.

"Les voyageurs pressés ont besoin de changement. Ils ne trouvent pas suffisant le spectacle d'une tache de soleil sur un talus sablonneux. Leur place est dans un train, devant la télévision, mais pas dans une cabane. Finalement, avec la vodka, l'ours et les tempêtes, le syndrome de Stendhal, suffocation devant la beauté, est le seul danger qui menace l'ermite".

J'aime ces notations avec lesquelles l'écrivain-voyageur rythme son récit, ses coups de griffe, ses enthousiasmes, ses mélancolies, ses fulgurances qu'il dispense de son écriture de poète : " Le soir, je fais du pain. Je pétris longtemps la pâte". Cette simplicité des mots pour exprimer les gestes les plus humbles sonne comme une cloche de monastère dans le silence des mots qu'il nous plaît d'expérimenter parfois.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 07:56
L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

J’ai choisi ce livre surtout par curiosité. Je connaissais Supervielle le poète, mais je ne savais pas qu’il avait écrit d’autres choses, notamment ce recueil de contes que l'éditeur considère plutôt comme des nouvelles fantastiques. Je suis du même avis. Aussi, voulais-je découvrir cette facette d'un écrivain dont la réputation n'est plus à faire. En changeant de genre littéraire, le maître n’a rien perdu de son talent et sa prose fleure bon la poésie qu’il a laissée à la postérité. Les huit petits textes fantastiques, qu’il livre dans cet ouvrage, évoquent des personnages ou des animaux qui évoluent souvent aux confins de la mort, en-deçà ou au-delà de la ligne imaginaire qui sépare le monde des vivants de celui des morts. Ils franchissent cette ligne fatidique ou l’on déjà franchie : il y a là  la petite fille que son père a tellement rêvée qu’il lui a donné vie, la petite fille noyée qui refuse de vivre dans le monde des noyés et s’évade dans les abysses, le bœuf de la crèche devenu trop vieux qui ne peut pas suivre Joseph, Marie et Jésus sur le dos de l’âne parce qu’il est trop vieux et trop faible, les ombres des anciens habitants de la terre, … un petit peuple sorti tout droit de l’imagination féconde de l’auteur et qu'il décrit avec une grande finesse dans des histoires qui évoquent « Le petit prince » et laissent penser que l’auteur était fort préoccupé par l’idée de la mort et de la vie éventuelle dans l’autre monde au moment où il a rédigé ces contes.

 

Je vous laisse juste cette phrase pour vous donner une idée de la beauté et de l’élégance des textes du poète, on frise la poésie en prose : « L’océan devenait vide et elle ne recevait d’autres visites que celles des étoiles filantes ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 08:39
Libre arbitre ou le moment du possible

Dans le déroulement d’une existence, l’exercice de la liberté ou du libre arbitre est un moment du possible où nous effectuons un acte qui ne dépend que de nous-même et de la seule force de notre volonté, en quelque sorte un moment où nous prenons notre propre mesure et agissons en fonction de notre détermination. Tant d’actes avortent par faiblesse de l’âme, nous faisant retomber dans le marécage des opinions en vogue, des entrainements naturels ou sociologiques,  le tourbillon des idées et des opinions dominantes. Si le temps permet tout, rien n’est définitivement assuré. En cet instant du possible où mon libre arbitre s’exerce pleinement, son efficacité ne peut résider que dans la réflexion. C’est en toute connaissance de cause que je me refuse à céder à l’humeur passagère ou à la pression de l’affectif et de l’émotionnel. "Dans l’existence, la raison ne se sépare pas de la liberté, elle est générosité" - assurait Descartes, tandis que Jacques de Bourbon-Busset la nommait « la raison ardente », l’ardeur étant l’élément de base indispensable dans tout acte de courage. Cette ardeur, qui nous transcende, s’oppose alors à la tentation de céder à la facilité, à l’abandon, au renoncement.

 

Le mythe d’Er – qui termine « La République » de Platon – a pour ambition d’exposer une vérité sur l’homme chez qui la raison ne semble pas en état d’opérer un ralliement. D'autant que ce que je veux n’est pas obligatoirement ce que … je peux. Il y a parfois une marge immense qui sépare le désir de ma volonté et la volonté de mon désir. Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus complexe que les choix proposés. Par ailleurs, notre caractère fluctue avec le temps et les conditions environnantes. Il serait irréaliste de nier les données événementielles auxquelles nous avons à faire, et tout aussi irréaliste de nier la nature humaine. Cependant notre liberté autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les circonstances qui s'offrent à nous. Mais la faiblesse ne sera jamais une excuse.

 

Ce n'est qu'en tant que personne, dans ma singularité propre, que je suis apte à faire des choix déterminants et à conduire ma vie en usant de mon libre arbitre et de mon discernement. Sur quoi repose la notion de libre arbitre ? Deux points de vue s’opposent qui traversent l’histoire de la philosophie et subissent bien des atermoiements et des variantes. Du point de vue de la personne, c’est-à-dire du point de vue de la conscience, nul ne peut décider à ma place ; même ne pas décider est une décision et la moindre action digne de ce nom m’engage. Ne serait-ce que pour une chose aussi simple que lever le bras, il faut que je le décide, tout au moins faut-il que je le pense et que je le réalise. Le libre arbitre engage assurément ma responsabilité. Cela fait-il du libre arbitre, et du contrôle qu’il exige, une donnée essentielle ? Est-il si évident que nous soyons en mesure d'exercer une censure sur nos pensées et nos émotions ? La plupart de nos actions ne sont-elles pas des réactions mécaniques qui répondent à des facteurs divers (émotions, préjugés, éventualités, hasards) que nous ne maîtrisons pas davantage ? Certes, je suis à l’origine de mes choix, mais ai-je choisi d’être ce que je suis ? Pour que nos actions soient vraiment les nôtres, il faudrait que nous puissions nous choisir nous-même et cela n'est pas possible ? Peut-on revendiquer un choix absolu de soi-même, me suis-je choisi moi-même ? Alors, comment me considérer comme libre ? A n’en pas douter, ce n’est que dans une perspective spirituelle que la liberté, ma liberté intérieure, apparaît la plus évidente car je suis libre d’être, libre de me définir en fonction de mes exigences intimes, libre de m’engager dans des actes conformes à mes convictions, libre de réfléchir, de juger, de penser, libre de croire. Et cette liberté-là, personne ne pourra m’en priver.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 07:49
La mort et la belle vie de Richard Hugo

 

Hugo, pas notre Victor national, Richard, né en 1923, considéré par certains comme le fondateur de la fameuse école de Missoula qui regroupe les écrivains du Montana, a troqué sa plume de poète pour celle de romancier afin d’écrire ce polar. Ce texte restera sa seule incursion dans la fiction, la mort l’emportera en 1982, à 59 ans, avant que le succès de ce roman l’incite à persévérer dans le genre.

 

Dans cet unique roman, Hugo met en scène « Al Barnes la Tendresse », un flic débonnaire et compréhensif qui n’aime pas rudoyer les jeunes à l’énergie débordante, et a quitté la police de Seattle après avoir été flingué par un vieux gangster roublard. Il a alors préféré s’installer à la campagne comme shérif-adjoint à Plains, dans le Montana. Un beau matin, la quiétude qu’il a trouvée dans ce trou perdu qu’il affectionne, est perturbée par la découverte d’un corps tailladé à coups de hache. Il doit enquêter sur ce meurtre et sur un second commis de la même manière. L’affaire est bientôt résolue, trop vite et trop facilement pour la Tendresse et son chérif qui reprennent leur recherche. Al Barnes repart en chasse, sa prospection le conduit alors dans le milieu des gens riches, trop riches de l’Oregon, et plus précisément à Portland, où ses investigations le plongent dans des histoires tordues,  perverses, sinueuses et particulièrement embrouillées. Le fil, qu’il déroule, le mène inexorablement, malgré les remarques de son  supérieur, vers un autre meurtre, commis vingt ans auparavant, qui pourrait être à l’origine de ceux qu’il essaie d’élucider. Son enquête réveille des démons ensommeillés depuis deux décennies et provoque une nouvelle vague de violence meurtrière que la Tendresse devra résoudre pour comprendre les meurtres commis sur son territoire.

 

Hugo n’aime pas les riches surtout lorsqu’ils sont pervers, menteurs, violents et même meurtriers, il ne cache pas ses opinions politiques, pas plus que son aversion pour les fortunes accumulées sans aucun mérite, acquises seulement par naissance, mariage ou autre combine. Il n’apprécie pas davantage les policiers flingueurs, tueurs expéditifs. Barnes la Tendresse est un flic sérieux, gentil et parfaitement incorruptible, il aime la nature, le Montana, surtout le petit coin où il vit avec sa nouvelle maîtresse et, tout comme Richard Hugo, la pêche.

 

Voilà un bon polar bien bâti, bien construit, haletant, quoique  un peu lent, avec une fin très adroite, même si les spécialistes du genre la pressentiront. Quant à moi, j’aurais été déçu que ce dernier rebondissement ne surgisse pas.
 

Denis Billamboz

 

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 09:57
Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé

Dans l’art d’aujourd’hui, une absence ne peut manquer de frapper l’observateur : celle du visage humain. Alors qu’il était depuis le VIe siècle au centre de la tradition artistique européenne, nous l’avons vu disparaître au fur et à mesure que le christianisme, religion de l’incarnation, s’est abimé dans l’oubli. Rares sont les peintres d’aujourd’hui qui entendent consacrer leur attention et leur inspiration au visage humain afin de lui restituer la place, qui est la sienne, de toute éternité. Hölderlin soulignait que « l’homme habite poétiquement cette terre ». En effet, la poésie a vocation à traverser l’art qui n’est autre que la découverte de l’être dans la beauté. Or, nous assistons chaque jour davantage à l’oubli de l’être dans sa prolongation métaphysique, à l’oubli du sens. Il semble que l’art contemporain soit devenu autiste et ne souhaite plus révéler les trésors de la vie intérieure, alors que la descente en soi appelle le besoin de transmettre et de communiquer. Apparu vers 1910, le cubisme disloque et concasse ; de ses débris épars – nous dit René Huygue – « il recompose selon des lois qui ne sont pas celles de la vraisemblance et de la logique, le tableau, objet gratuit et neuf ».  Désormais, l’art remplace la véracité des apparences par des rapports d’harmonie quasi mathématiques. Picasso ne cessera de dénigrer les apparences du monde visible et d’instruire une logique nouvelle, interne et arbitraire, qui débouchera fatalement sur une absurdité visuelle, se plaisant à déstructurer les apparences, à déformer les visages, à plonger l’homme dans les aléas d’une position inférieure. Si bien que, dans la plupart de ces toiles, l’être humain n’est plus celui qui se pense mais celui qui se subit.

 

L’homme du XXIe siècle, désormais enchaîné à la technique et à la matérialité, voit s’effacer progressivement de notre paysage spirituel sa  réalité intérieure. Est-ce l’image de l’homme tragique qui fait peur à nos contemporains et la raison pour laquelle il la supprime de ses représentations ? Ou serait-ce parce que le visage nous rappelle trop que chacun de nous est unique et que toute tentative d’uniformisation relève de l’utopie ?  Oui, celui-ci n’est plus l’objet d’une constante réflexion, d’un questionnement universel et sombre irrémédiablement dans l’anecdotique. L’esprit ressent le malaise de cette navigation désespérée au point que l’existentialiste Jean-Paul Sartre l’a nommée « la nausée », ainsi l’homme s’est-il peu à peu condamné à en explorer la nuit inhumaine, gouffre violent et invivable où des puissances étranges disposent en cachette de nos forces et de nos pensées. Heidegger notait que nous nous sentions flotter dans le vide. Toute réalité solide nous fait défaut sans que nous puissions arrêter cette désagrégation, nous retenir à quoi que ce soit. Mais fi de ces amertumes, il y a encore dans le monde des veilleurs qui entendent rendre à l’homme son visage, sa beauté, son mystère, sa transcendance. Quelques peintres ont relevé le défi et maintenu le dialogue avec le visage qui est bien le reflet de l’âme, le livre ouvert qui mène aux méditations essentielles. Des peintres de l’envergure d’un Michel Ciry ( voir l’article que je lui ai consacré en cliquant  ICI ), ce maître de l’interrogation spirituelle, ou bien François-Xavier de Boissoudy qui a récemment consacré une exposition à la galerie Guillaume à Paris sur le thème de la miséricorde.

 

Véronique Desjonquères s’inscrit dans cette lignée. Elle aussi entend pratiquer un art qui s’associe à une spiritualité incarnée et universelle, dans une quête assumée de la personne humaine. Répondant aux aspirations d’un écrivain comme Jean Clair, elle s’est donné pour tâche de rendre plus évidente la part invisible de l’être, soit « la part de l’ange ». Cette part de l’être surpris dans son intimité, sa détresse, son recueillement, son innocence, sa singularité, ses interrogations. L’artiste peintre, qu’elle est, aime à représenter ses modèles dans leur quotidien, leurs gestes journaliers, leurs regards tournés vers le dedans afin de capter leur propre silence, de rendre aux mains si expressives leur histoire simple, enfin de traverser le temps et l’espace de manière à donner à voir cette éternité en germe en chacun de nous.

 

Ayant passé plusieurs année à Bombay, Véronique ne s’est pas contentée de vivre en vase clos, elle a voué la majorité de ses heures à l’écriture et à la peinture, de manière à entrer en contact avec une population dont la difficile réalité sera pour elle une expérience inouïe et un enrichissement tant sur le plan humain qu’artistique. Elle y a même consacré un livre, dont j’ai parlé sur mon blog (pour consulter l’article, cliquer LA ), sous la forme de dessins et d’interviews, livre-témoignage qui l’a conduite au cœur d’un univers coloré, vibrant, souvent pathétique et toujours digne. Aujourd’hui, elle se trouve – pour les raisons professionnelles de son mari – à Hong-Kong, où elle expose les 27 - 28 et 29 mai certaines de ses œuvres, dont quelques-unes ont été réalisées en Inde. L’ensemble est d’une qualité indiscutable comme vous pouvez en juger en regardant la vidéo et le diaporama qui se trouvent au bas de l’article. La plupart sont des portraits dont les regards, les expressions trahissent tantôt la solitude de la personne âgée, tantôt la fragilité de l’enfance, tantôt le labeur de l’homme, en quelque sorte le visage humain dans la plénitude de sa diversité.

 

Ces visages d’une belle intensité baignent tous dans des tons harmonieux qui exaltent ou apaisent ou mieux transcendent ce que la vie a blessé, mortifié, parfois abaissé. Van Gogh disait que la couleur « c’est l’enthousiasme de la vie ». Véronique Desjonquères adhère à cet enthousiasme, d’autant plus et mieux qu’il signifie  "Dieu dans sa vie". Et la foi, dans sa grandeur et souvent sa misère, n’est-elle pas dans la sienne, dans la nôtre ? C’est pourquoi ces toiles magnifiques et d’une mélancolie enjouée et confiante parlent-elles à nos coeurs et prolongent-elles nos interrogations et nos espérances.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé
Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 07:51
L'équation du nénuphar de Pascale Petit

Je suis très heureux de vous présenter ce texte magnifique, flamboyant, qui se mérite, comme disent certains. Je suis sûr qu’il réjouira les amateurs de belle littérature, celle qui suggère plus qu’elle ne dit. Un texte qui m’a enchanté.

 

 

L’équation du nénuphar

Pascale Petit (1969 - ….)

 

 

 « L’équation du nénuphar » en surprendra plus d’un comme il m’a moi-même surpris, mais le but de la littérature n’est-il pas de surprendre ? Je ne sais qui parviendra à résoudre cette équation exposée dans un texte en forme de discussion, comme un exercice oral sans ponctuation où les respirations sont matérialisées par la longueur des espaces comme dans un propos spontané. Les éléments importants du discours sont répétés comme dans une discussion lorsqu’un interlocuteur veut convaincre son partenaire en répétant une ou plusieurs fois, selon le degré de conviction qu’il souhaite atteindre, l’information, l’idée, l’avis … qu’il souhaite lui transmettre. Un texte où le verbe est primordial, un texte qui démontre l’action, pas l’objectif de l’action, mais le moyen d’atteindre cet objectif. Ce qui compte ce n’est pas le but à atteindre que tout le monde connait mais le moyen d’y parvenir. L’histoire n’a d’intérêt que dans l’action qu’elle nécessite. Pascale Petit réinvente ainsi, refonde même, la narration fictive en décrivant le processus qui conduit au dénouement par une série de verbes qui matérialisent les actes. Le moyen pourtant n’est jamais certain, le doute est omniprésent, permanent, rien n’est jamais définitif, une action est toujours aléatoire chez Pascale Petit.

 

 

Moi, cette équation, je l’ai résolue en la lisant, en la regardant plutôt, comme un film, un film en noir et blanc, « on a raté le début de la couleur », et même plutôt comme le making up (quel abominable mot mais je ne connais pas son équivalent en français) d’un film en « noir et blanc et silencieux  genre adieu sans amour ». Le texte commence comme l’exposé oral d’un réalisateur qui essaierait de décrire à son chef de casting les personnages qu’il entend mettre en scène. Et l’auteur décrit aussi le décor où l’action va se dérouler, « irons-nous dans cette ville où construiras-tu un décor ? » et le film se construit sous le feu des questions du réalisateur. Le texte/image/histoire se structure autour d’une multitude de questions qui dessine la fiction que l’auteure veut montrer avec ses mots/images dans ce texte/film : « me vois-tu dans cette succession d’images » ? J’ai cru que ce documentaire construit avec des mots jetés sur la page pour créer des sensations, n’était pas seulement l’évocation de l’histoire d’un couple suggéré, mais plus largement l’expression du grand film qu’est notre vie à tous.

 

 

Dans sa quête d’une nouvelle forme d’expression, Pascal Petit n’a pas égaré sa plume de poétesse,  en général, je n’aime pas trop recopier de longs extraits qui souvent ne servent qu’à masquer un manque d’idées originales mais le passage qui suit est tellement poétique, originalement poétique, que je n’ai pas résisté à le partager avec vous :

 

« parle-moi des oiseaux et des fleurs du parallèle zéro qui fleurissent devant l’hôtel le plus cher du monde sur l’île la plus chère du monde   parle-moi des souvenirs qui ne s’effacent pas encore  ne me dis pas qu’ils ne sont pas plusieurs mais un seul  ne me dis pas qu’on ne peut pas passer d’un visage à l’autre d’un corps à l’autre  ne me dis pas qu’il n’y a pas de paysage dans la nuit  dis-moi que la pierre est toujours dans ta poche  dis-moi ce qu’il y a d’écrit  dis-moi ce qu’il y a d’écrit  au dos des images parle-moi  parle-moi   parle-moi  dans le dos  parle-moi des oiseaux  parle-moi des oiseaux et de la rose de cayambe ne me dis pas qu’on ne peut pas passer d’un visage à l’autre  d’un corps à l’autre »

« Il faut oublier  tout peut  s’oublier  qui s’enfuit déjà  tout peut s’oublier  qui s’enfuit déjà  le temps des malentendus  A coups de pourquoi  le cœur du bonheur ne me quitte pas  ne me quitte pas ne me… »

 

Brel aurait pu chanter ce magnifique texte sur l’air de cette célèbre chanson qui m’est spontanément venue à l’esprit pendant que je lisais cet extrait.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 09:07
Photos Yves BARGUILLET

Photos Yves BARGUILLET

 

S’offrir un safari à quelques kilomètres de chez soi semble être un pari inconcevable et, pourtant, c’est ce que j’ai réalisé en compagnie de mon mari, immersion dans un monde animal d’une surprenante beauté et, ce, dans  le décor collineux de notre belle province. Un véritable enchantement de plusieurs heures qui nous a mis en présence d’un monde sauvage que l’on peut approcher sans crainte et qui semble sortir d’un paradis retrouvé, sans perdre pour autant une once de son authenticité. Oui, ils sont là les délicieux pandas roux, les ours à lunettes, les tigres blancs qui sont issus d’une mutation génétique du tigre du Bengale, le calao papou, le rhinocéros indien, le tapir malais, l’émeu et le kangourou d’Australie, le lion, auquel il faut 5kg de viande quotidiennement, la hyène rayée, le sublime guépard, la panthère du Sri Lanka,  le bébé alpaga, le zèbre de plaine, l’élégante girafe, les nombreuses gazelles dont l’oryx et l’antilope cervicapre d’Inde, la tortue alligator, le loup blanc, le rat de Madagascar, le banteng d’Indonésie, la malicieuse mangouste, le potamochère, le bison d’Amérique, le macaque ouanderou, les hamadryas, le lémurien maki catta, le tamarin pinché, les ouistitis d’Amérique, enfin, pour ne pas user votre patience, les oiseaux dont  les cacatoès blancs, les ibis rouges, le calao trompette, le perroquet Ara bleu et jaune, le goura de Scheepmaker qui est  fidèle en amour, le caïque maipouri, un petit perroquet à longue vie, l’amazone aux ailes oranges sans oublier les chevaux appaloosas, montures des Indiens Nez-Percés.

 

Rhinocéros et guépardRhinocéros et guépard

Rhinocéros et guépard

Les tigres blancs :  la mère et ses petits âgés de 3 moisLes tigres blancs :  la mère et ses petits âgés de 3 mois

Les tigres blancs : la mère et ses petits âgés de 3 mois

Tapir terrestre et ours à lunetteTapir terrestre et ours à lunette

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Kangourou roux d'Australie et nandou d'AmériqueKangourou roux d'Australie et nandou d'Amérique

Kangourou roux d'Australie et nandou d'Amérique

Alpagas ( leur réputation de cracheur n'est pas fondée...)Alpagas ( leur réputation de cracheur n'est pas fondée...)

Alpagas ( leur réputation de cracheur n'est pas fondée...)

 

Tant à voir, tant à admirer qu’en 4 heures nous n’avons pas pu tout photographier, aussi y retournerons-nous puisque ce paradis sauvage ne se trouve qu’à 34 km de chez nous. Inutile de prendre l’avion pour vous dépayser, vous disposez au parc zoologique de CERZA, près de Lisieux, de lodges pour dormir, divers points de restauration et goûterez à un dépaysement total, loin des bruits de la civilisation urbaine, auprès des 650 pensionnaires de ce lieu saisissant qui contribue à l’enrichissement de nos savoirs en matière d’éthologie, de génétique, de médecine vétérinaire et, plus simplement, à notre compréhension du monde animal qui n’en finit pas de nous surprendre et de nous émerveiller.

 

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Macaque ouanderou ou macaque lion et lémurienMacaque ouanderou ou macaque lion et lémurien

Macaque ouanderou ou macaque lion et lémurien

Chevaux appoloosas et panda couché dans un arbreChevaux appoloosas et panda couché dans un arbre

Chevaux appoloosas et panda couché dans un arbre

Cacatoès blanc et ibis rouges
Cacatoès blanc et ibis rouges

Cacatoès blanc et ibis rouges

Mangouste et girafeMangouste et girafe

Mangouste et girafe

Le capybara, rongeur le plus gros du monde, et bison d'Amérique.Le capybara, rongeur le plus gros du monde, et bison d'Amérique.

Le capybara, rongeur le plus gros du monde, et bison d'Amérique.

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 07:34
Confidences et solitudes de plus en plus courtes de Thierry Radière

J’aurais pu vous parler du poète Thierry Radière mais j’ai préféré vous présenter ce recueil de nouvelles où toute sa sensibilité s’exprime avec beaucoup d’intensité et de subtilité. Je reviendrai prochainement avec cet auteur pour vous présenter une autre face de son talent :

 

 

 

                       Confidences et solitudes de plus en plus courtes

                                         Thierry Radière (1963 - ….)

 

 

 

Il y a quelques jours, dans « Juste envie de souligner », j’ai découvert Thierry Radière poète ; aujourd’hui, j’ai fait connaissance avec le nouvelliste à travers les huit nouvelles qui composent le recueil « Confidences et solitudes de plus en courtes ». Ces textes sont effectivement présentés par ordre décroissant, le plus long en premier et le plus court pour finir. Ces nouvelles, même si elles racontent des histoires qui se passent dans des milieux différents et si le narrateur change pour chacune d’elles, sont reliées par certains fils rouges. Elles décrivent toutes un certain mal être, de l’inquiétude, de l’incompréhension qui peuvent évoluer jusqu’à l’angoisse devant la vie qui se déroule inéluctablement pour aboutir fatalement à la mort. Cette trajectoire identique pour tous et incontournable perturbe l’auteur qui comprend mal la raison d’exister. La vie lui semble un espace  déconcertant, peuplé d’ennuis, de désagréments, de choses futiles ou incohérentes, vie qui s’étend de l’enfance à la mort.

 

Dans ces textes d’une écriture sobre et dépouillée, Thierry Radière décrit avec sensibilité, ses états d’âmes, ses doutes, ses appréhensions, ses angoisses, les petites et grandes choses qui altèrent l’écoulement du temps qui lui est accordé. Son espace matériel et temporel semble s’étaler entre l’enfant qu’il a été, ou qu’il est, et la mort qu’il attend pour lui ou pour un autre. L’enfant apparait dans son univers comme un élément stabilisateur, rassurant, mais parfois, au contraire, perturbateur. La mort, celle du narrateur ou celle des personnages, est envisagée avec une certaine inquiétude qui peut même  en accélérer l’échéance.

 

Pour relier l’enfant et la mort, soit l’espace d’une vie, il y a les mots qui permettent de mieux signifier les choses, les idées, les sensations… mais peuvent eux aussi trahir, s’évader, laisser le narrateur sans voix et l’auteur stérile devant sa feuille.

 

J’ai retrouvé dans ces textes la sensibilité de l’auteur mais également une certaine forme de fragilité qu’il cherche à conforter dans le creuset rassurant de sa famille, surtout auprès de ses enfants et dans le doux nid de ses textes, ses meilleurs compagnons.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 07:58
Chopi, un ténériffe
Chopi, un ténériffe

Chopi, un ténériffe

J’ai eu deux chiens durant mon enfance et mon adolescence. Le premier ressemblait davantage à une peluche qu’à un chien d’arrêt, le second était plus proche du chien fou que du chien de salon. Deux opposés qui m’ont apporté des joies diverses et quelques soucis et n’ont eu qu’un seul point commun : tous deux ont été victimes de mort violente. Le premier était un ténériffe, plus connu sous l’appellation de « bichon frisé », petit chien qu’autrefois les femmes pouvaient cacher dans leur manchon et, que de nos jours, on peut faire voyager dans son sac à main. Je devais avoir cinq ans lorsqu’une voisine assez originale le proposa à ma mère parce que son mari venait d’être nommé consul de France en Inde et qu’elle ne pouvait l’emmener avec elle en raison des lois en vigueur à l’époque. Elle était désespérée à l'idée de se séparer de son gentil animal et se mouchait bruyamment en nous l’expliquant, aussi avait-elle tout de suite pensé à la petite fille solitaire que j’étais et auquel ce gentil toutou, affectueux et docile, pourrait être un précieux compagnon. L’affaire fut vite réglée ; cette originale au fort accent russe nous ayant donné l'un de ses mouchoirs en dentelle afin que Chopi, c’était le nom du chien, conserve durant le temps de l’adaptation le souvenir olfactif de son ancienne maîtresse. Et elle n’avait pas omis de joindre à ces paroles les certificats de Chopi en soulignant de trois traits rouges que nous faisions une affaire, car elle avait acheté à prix d’or l’ascendance prestigieuse du petit ténériffe, il y avait de cela quelques six années.

 

Chopi ne fit pas moins une entrée discrète dans notre foyer. Un panier déposé dans l’office, un coussin neuf, le mouchoir en dentelle jeté à la poubelle, l’animal eut tôt fait de trouver ses repères. Propre, silencieux, obéissant, affectueux, il avait, en effet, toutes les qualités pour ne troubler en aucune façon notre existence familiale. Mon entente avec  Chopi fut immédiate. La petite bête me suivait partout et acceptait, mais oui ! – de remplacer les poupées en celluloïd que je n’appréciais que modérément. Il était tellement plus drôle d’avoir auprès de soi un jouet vivant que je promenais sur le boulevard dans le landau de poupée, couché comme un baigneur, et qui, à mon grand amusement, suscitait la curiosité des passants.

 

La docilité de Chopi fut sans égale. La petite bête acceptait tout : d’avoir des bonnets, des brassières, des moufles, des barboteuses, je crois qu’elle a fait preuve à mon égard d’une patience angélique. Aux vacances, nous l’emmenions avec nous dans notre maison de campagne où elle se plaisait, mais où ses promenades n’excédaient guère la terrasse et la pelouse qui se trouvaient devant la demeure. Les longues balades la fatiguaient et, plutôt que de nous suivre à travers bois et champs, elle préférait rester au calme sur les coussins du canapé. Et puis elle vieillissait. Alors que j’atteignais mes 10 ans, elle en avait déjà 13 et sa vue baissait de façon inquiétante. C’est lors d’un séjour pascal au Rondonneau, qu’occupés à recevoir des amis, nous ne lui avons pas prêté d’attention. Lorsque ceux-ci furent partis, Chopi ne se trouvait nulle part dans la maison. Affolés, nous l’avons cherchée de pièce en pièce, puis dans le parc, l’appelant désespérément ; son absence se faisait de minute en minute plus angoissante. C’est ma mère qui, étant descendue jusqu'à la rivière, l’aperçut qui flottait sur la pièce d’eau. Aveugle et un peu sourde, elle avait dû croire qu’elle remontait vers notre logis, alors qu’elle descendait vers la rivière. Ce fut un chagrin immense. De sentir la pauvre petite bête raide et froide dans mes bras fut l’un des chocs de mon enfance. La mort me révélait son incontournable réalité. On l’enterra en grande pompe dans l’île voisine de notre cabane avec toutes les fleurs printanières que j’avais pu cueillir dans le jardin et dans les prés.

 

Pipo
Pipo

Pipo

Le chien que nous allions adopter, quelques mois après la disparition de Chopi, n’avait rien à voir avec cette dernière. Né dans une ferme voisine d’un ratier et d’un épagneul, cette portée – ce qui est rare – ne comprenait qu'un seul chiot, celui qui nous était destiné. Nous étions fin juillet lorsque mon père et moi allâmes chercher celui que nous avions déjà baptisé « Pipo » et qui venait d’être sevré. La mère était déjà repartie débusquer les rats et les souris et le père, qui demeurait dans un château voisin, continuait à accompagner, presque quotidiennement, son maître à la chasse aux perdreaux. Pour la première nuit, il avait été décidé que le petit chien dormirait dans l’arrière cuisine dont le carrelage ne craignait pas les pipis de la nuit et où ma mère avait disposé, sur des claies, une vingtaine des pêches fraîchement cueillies. Le lendemain matin, lorsque nous ouvrîmes la porte, quelle ne fût pas notre surprise de découvrir, bien rangés, les vingt noyaux de pêche qui, visiblement, avaient satisfait l’appétit nocturne de notre nouveau protégé.

 

Très vite, Pipo nous surprit par sa vitalité, sa drôlerie et son irrépressible besoin de courir après tout ce qui bouge. Il n’est pas un animal, canard, oiseau, chat, hérisson qui ne sollicitât, aussitôt qu’aperçu, son envie d’en découdre avec lui. Qu’il veille à éloigner les importuns de l’enceinte de la propriété pouvait encore s’expliquer, bien que Pipo n’était nullement un chien de garde, mais nous eûmes tôt fait de constater que, hors frontières, son comportement était le même, ou pire encore. Pipo était un chasseur surdoué mais d’autant plus redoutable qu’il n’était pas dressé – mon père n’ayant aucun goût pour la chasse – et qu’il usait de cet instinct à tort et à travers.

 

Heureusement que chaque animal a en lui les ressources nécessaires pour se défendre. Pour les hérissons, leurs piquants les mettaient à l’abri des rages impérieuses de Pipo qui revenait le soir la truffe en sang. Pour les canards, qui passaient nonchalamment sur la rivière, ils pouvaient narguer l’agressif animal qui aboyait de fureur à s’en rompre les cordes vocales tellement il avait la trouille de l’eau, mais alors une trouille terrible, à ne pas y risquer une patte. Quel dépit de les voir s'éloigner au loin sans pouvoir s'en saisir !

 

Pipo nous aura fait vivre toutes sortes d’émotions : au bois de Boulogne, brisant sa laisse, il avait un jour terrorisé des chevaux et leurs cavaliers qui se promenaient tranquillement dans les allées ; poursuivi, à en perdre haleine, des chats à travers un bâtiment en construction, dans un vacarme assourdissant ; coursé de malheureuses vaches en train de paître dans un champ et se suspendre à leurs pis ; oui, Pipo aura semé la panique dans le monde animal avec une frénésie inlassable, alors qu’il se montrait le plus amusant, le plus tendre des compagnons avec les humains. Son charme était irrésistible et il parvenait toujours à se faire pardonner ses bêtises nombreuses et foldingues.

 

Sa mort fut fatalement à l’image de sa vie : celle d’un aventurier fripon et canaille impossible à dompter. Lorsque nous étions au Rondonneau, il était impensable de l’attacher du matin au soir. Et lorsqu’il était petit, nous avions commis l’erreur de l’emmener en promenade avec nous dans les bois de la Touannes, proches de la chasse où, à l’automne, des gâchettes prestigieuses venaient tirer les faisans que l’on élevait à cette intention. Pipo avait reniflé tout le profit que pouvaient lui réserver ces lieux d’exception…Le garde-chasse avait d’ailleurs prévenu notre employée de maison : «  J’abattrai le chien sans état d’âme si je le surprends à lever mes poules faisanes en train de couver ». Et ce qui devait arriver, arriva. Un soir, Pipo ne revint pas. Ce devait être lors d’un week-end de printemps, époque où les bêtes à plumes pondent, puis couvent leurs œufs. Le garde-chasse était un honnête homme, il l’aura visé en pleine action. C’est du moins ce que nous avons espéré, puisque Pipo est parti sans tambour ni trompette et, comme à l'habitude, sans demander l’autorisation … pour ce long voyage.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:28
Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque

 

Ce n’est pas la première fois que je présente un livre de Philippe Annocque. C’est un auteur très prolifique et un écrivain que je suis régulièrement car son œuvre est  riche et diverse, elle ne lasse jamais, bien au contraire, elle ouvre à chaque fois de nouvelles portes sur le vaste monde de la littérature.

 

 

                                            Vie des hauts plateaux

                                   Philippe Annocque (1963 - ….)

 

 

Une lecture d’Annocque est toujours une aventure, cette fois encore je me demandais bien ce à quoi je devais m’attendre en ouvrant l’opus et je ne fus point déçu, ce livre propose une autre facette du talent de cet auteur protéiforme. Philippe Annocque n’aime pas les catégories, les classements, les écoles - même s’il y travaille -  il s’évertue dans chacune de ses publication d’exposer une nouvelle version de ses aptitudes littéraires. En la circonstance, il présente au lecteur des textes courts qui ressemblent à une ébauche de roman, à une histoire en morceaux qui n’aurait pas encore été assemblée en un scénario définitif. Mais ces textes sont reliés entre eux par un fil rouge enroulé autour de thèmes toujours présents, même s’ils ne sont pas exposés de façon péremptoire.

 

« Vie des hauts plateaux » est surtout une affaire de mort, de mort rapide, expéditive, comme dans les jeux vidéo. Comme dans les jeux vidéo, la mort n’est pas obligatoirement définitive, il peut y avoir des rattrapages. Une affaire d’amour aussi, celui que l’on fait, moins que celui que l’on éprouve. Aucun sentiment dans ces textes froids comme la glace, rien que des faits, la mort, l’amour, la vie qui s’en va et sans cesse revient. Annocque n’aime pas beaucoup les histoires, elles se ressemblent toutes. « Qui que je sois, mon histoire commencera toujours de la même manière : il me faudra d’abord faire ceci, puis cela, puis autre chose et autre chose encore ; mais toujours les mêmes choses, invariablement les mêmes,  et toujours dans le même ordre ». Il préfère bouger les lignes, bousculer les mots, fausser les perspectives, laisser le lecteur trouver le chemin qu’il esquisse à peine.

 

Ce livre est totalement décalé, il dit tout ce qu’on ne lit pas, le cynisme omniprésent cache mal les sentiments du narrateur ou des narrateurs, on ne sait pas si l’auteur change de sexe ou s’il y a plusieurs narrateurs de sexe différent mais, peu importe, le narrateur ne s’arrête pas à ce genre de détail. « Je sais bien que ces considérations n’entrent pas en ligne de compte : ni l’âge ni le physique, ni même la différence de sexe ne sont véritablement en jeu dans les relations amoureuses ».

 

Comme à chaque lecture nait un nouveau livre, je voudrais faire part des impressions très personnelles qui ont contribué à la construction de ma version de ce texte. En plein débat sur le mariage pour tous, la redéfinition de la famille, la théorie du genre, j’ai eu le sentiment qu’Annocque ouvrait des pistes de réflexion. Ses héros se marient avec toutes et tous, peu importe le sexe, le statut, la couleur,… les familles s’emmêlent allègrement, chacun ayant des enfants avec d’autres qui eux aussi ont des enfants avec d’autres encore etc…, le sexe de ses personnages n’est pas très défini, il est souvent provisoire, de circonstance…  Une façon de ne rien dire sur le sujet (« C’est plutôt difficile à expliquer – comme toujours : la vérité, c’est toujours difficile à expliquer ») et d’inviter le lecteur à réfléchir à ces questions en méditant sur ce qui transparait entre les lignes de ce texte. Le transit et les stationnements intensifs entre sa porte et son lit pourraient être aussi une parabole de l’afflux et de l’accueil des migrants qui déferlent actuellement vers nos cités, ces interprétations possibles montrent la richesse de ce texte dans lequel  je verrais avant tout une forme de variation sur le thème de la différence abrogée à travers l’accession à l’unicité sexuelle sans que cela apparaisse pour autant pour une théorie émise par l’auteur, seulement une farce pour dédramatiser un débat qui prend une mauvaise tournure. Annocque ne fait pas la morale, il ironise, il joue, il nargue, il nous dit ce qui pourrait être, à chacun de se débrouiller avec ces diverses suggestions.

 

J’ai eu également l’impression que cet ouvrage venait au moment où son auteur sentait qu’il avait atteint le sommet de la phase ascendante de sa vie et qu’il sentait venir les premiers symptômes de la seconde partie de son existence, celle qui descend, « …l’âge m’est tombé dessus et dès le lendemain sur le dos de ma femme ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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