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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 07:51
BIENVENUE SUR INTERLIGNE

                             

                                                                                                                                                                                                                              

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LUMIERES D'AUTOMNE

 

ARRET SUR IMAGE : LA TRAVERSEE DES APPARENCES

 

LES EFFROIS DE LA GLACE ET DES TENEBRES de CHRISTOPH RANSMAYR

 

        

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Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos: 

 

Armelle 1   Reveillon-a-Louveciennes.jpg

Jour-de-fete.jpg  Valenciennes.jpg

A-Valenciennes-pour-la-remise-du-prix-Froissart.jpg a-La-Clusaz.jpg

Barguillet-BenJ-Web.jpg

 

                      et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

 

 

 

Quelques-uns de mes ouvragesQuelques-uns de mes ouvragesQuelques-uns de mes ouvrages

Quelques-uns de mes ouvrages

Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 07:49

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Je dois l'avouer, j'aime particulièrement l'automne, la diversité de ses teintes, la douceur de ses lumières qui s'apprêtent à clôre majestueusement le cycle des saisons avant les frimas de l'hiver. Demeurant dans une station balnéaire fréquentée, ce qui me frappe tout d'abord est la qualité du silence, l'espace revenu à sa solitude et dont les lignes et les reliefs de l'eau et du ciel composent le plus harmonieux et le plus dépouillé des décors. Ce qui étonne ensuite est le ciel qui semble s'être un peu tassé comme s'il voulait se pencher plus intimement vers la terre avec une infinie délicatesse ; ou bien s'est-il voilé, enveloppant dans une déclinaison  apaisée le mouvement régulier des marées qui, à leur tour, se font soit plus discrètes, soit plus farouches.

 

 

P1060607

 

 

Mais la forêt n'est pas en reste. Contrairement au rivage qui se décline sur le mode mineur, les coloris les plus éclatants embrasent la végétation et lui confèrent un rayonnement où dominent l'or et l'incarnat. Quelle beauté que la traversée des bois quand un mince filet de lumière s'immisce entre les feuilles et les fait resplendir. Et puis il y a les odeurs : celle du champignon qui domine dans les sous-bois et que l'on ramasse avec gourmandise, de même que les noisettes, les mûres et bientôt les châtaignes. N'allez pas vous attrister en pensant que l'hiver est proche, que les nuits sont déjà plus fraîches et les jours plus courts ! Nenni,  l'automne n'est-elle pas une saison qui nous reconduit progressivement vers l'essentiel ? Les plaisirs de l'été se sont certes éloignés, mais n'y a-t-il pas beaucoup à attendre d'un feu de bois ronflant dans la cheminée, de la lecture que nous reprenons à la tombée du soir, des réunions familiales lors des jours de pluie, des soirées qui se prolongent, des légumes et des fruits goûteux que nous ne tarderons pas à déguster : raisins, figues, noix, potirons, sans oublier le vin nouveau qui s'invitera prochainement à l'étal des magasins. 

 

 

Oui, l'automne est une saison magnifique, un point d'orgue somptueux que nous dédie la nature après les fastes de l'été. C'est la beauté parvenue à son terme qui se plaît à se retirer progressivement avec grandeur et solennité, avant de faire relâche pendant trois mois, de manière à fignoler un retour, plus juvénile que jamais, en mars prochain.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

ODE A L'AUTOMNE

 

Saison des brumes et des tendres moissons !
Automne, ami de coeur du soleil qui sans cesse mûrit ;
Tu conspires avec lui ; tu charges et tu bénis

De fruits les vignes qui s'enroulent autour du toit de chaume ;
Tu fais plier sous les pommes les arbres moussus du verger,
Tu gonfles la courge et tu arrondis la coque des noisettes
Avec une douce amande, tu fais éclore encor
Plus de fleurs d'arrière-saison pour les abeilles,
Pour qu'elles pensent que les jours chauds resteront à jamais
Car l'été emplit à ras-bord leurs moites alvéoles.

 

Qui ne t'a vu souvent parmi tes trésors ?
Parfois celui qui cherche dans les champs te trouve
Assis sans souci sur le sol du grenier à blé,
La chevelure doucement relevée par le vent qui vanne ;
Ou bien endormi dans un sillon à demi moissonné,
Engourdi par la vapeur des pavots, tandis que ta faucille
Epargne l'andoin suivant et toutes ses fleurs nouées ;
Et parfois comme un glaneur chargé tu gardes
La tête droite au-dessus d'un ruisseau,
Ou bien à côté d'un pressoir à cidre, l'oeil patient,
Tu regardes, heure après heure, les gouttes suinter.

 

Où sont les airs de printemps ? Oui, où sont-ils ?
N'y songe pas ; toi aussi, tu as tes harmonies.
Tandis que des nuages bariolés fleurissent le jour qui meurt doucement
Et mettent une teinte rosée sur les plaines de chaume,
Alors, en un choeur attristé, les moucherons se lamentent
Parmi les saules de la rivière, portés vers l'azur
Ou s'enfonçant selon que la brise légère vit ou meurt.
Et les grands moutons bêlent au milieu des collines,
Les criquets chantent dans les haies, et l'on entend les trilles mélodieuses
Du rouge-gorge qui siffle dans l'enclos des jardins,
Et les hirondelles s'assemblent et trissent dans les cieux.

 

John KEATS

 

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:41
Arrêt sur image - La traversée des apparences

Il avait fallu se rendre à l’évidence, Charles laissait des dettes. Le notaire de famille, avec lequel Marie-Liesse s’entretenait, ne cachait pas son inquiétude : la somme était d’importance et les délais octroyés par les créanciers ne permettaient pas d’épiloguer sans fin sur les désagréments que causait cette révélation. Marie-Liesse, qui avait toujours été tenue à l’écart des décisions maritales, se voyait plongée dans un imbroglio de tracasseries qu’autant que faire se peut Adeline Charme, sa dame de compagnie, s’employait à démêler. Mais tôt ou tard il faudrait rembourser et – hélas ! – les ressources des Chaumet s’étaient amenuisées au fil du temps. En effet, pour payer les embellissements de la demeure du Plessis, la vie fastueuse qu’ils y avaient menée depuis la disparition de Charlotte et ses coups de cœur de collectionneur, Charles avait vendu les fermes et la plupart des terres. Même l’enceinte, où Renée régnait en maîtresse absolue, n’avait pas été épargnée. Après l’installation du chauffage central, jugeant les anciennes cuisines démodées, Charles avait imposé à la vieille domestique un véritable laboratoire presse-bouton qui n’avait eu pour résultat que d’altérer son humeur et la pénétrer d’une nostalgie qui ne la quitterait plus. A moins de priver le Plessis de ses objets d’art, il n’y avait d’autre solution que de liquider les actions Amory que Marie-Liesse détenait depuis sa majorité et qui faisaient d’elle une actionnaire à ménager. Mais pareille décision lui répugnait. Son père, en lui offrant ces parts, l’avait bel et bien associée à ses biscuiteries et s’en défaire équivalait à rompre le lien qui la rattachait à l’industrie familiale et se priver du seul acquit que celui-ci avait eu à cœur de lui consentir. Son notaire comprenait ses réticences mais, comme on ne pouvait reculer l’échéance, mieux valait se couper un bras que de voir fondre sur le patrimoine une horde de greffiers et d’hommes de loi qui auraient tôt fait de répandre autour de la famille des relents de scandale. Un tel argument ne pouvait qu’ébranler l’épouse de Charles et l’inciter à prendre au plus vite une décision, celle de vendre ses actions qui, d’après ce que lui disait maître Lumel, avaient perdu de leur valeur et risquaient à l’avenir d’en perdre davantage.

 

(…)

 

Au Plessis, la gêne ne continuait pas moins à se faire sentir. Les actions ayant été vendues pour éponger les dettes, il ne restait pour vivre qu’un petit excédent que les dépenses courantes mettaient à mal plus vite que prévu. Par souci d’économie, on avait renoncé aux services de la femme de ménage et on ne recourait à ceux du jardinier que deux ou trois fois l’an, afin qu’il défriche les sous-bois et fauche la prairie, car on n’osait plus appeler pelouse les herbes folles qui proliféraient devant la maison. Anne-Clémence contemplait avec nostalgie les allées envahies de chiendent, les taillis en friche, la colonisation progressive du lierre qui, non content de s’épandre sur le sol et d’y former une natte épaisse, montait à l’assaut des troncs. Le Plessis s’était ensauvagé, ainsi que la forêt de Chantepleure abandonnée par la commune et livrée à la multiplication des rouettes et des drageons. Curieusement, c’est dans un décor à l’opposé de celui qu’il s’était plu à parachever, qu’Anne-Clémence évoquait le plus tendrement le souvenir de son père et ce sont dans les cahiers, qu’elle glissait dans ses poches, qu’elle lui prêtait une existence qu’il n’avait jamais eue, une chair désirante qu’il n’avait pas osé assumer. Comme elle aurait aimé cheminer à ses côtés, sentant avec l’âge fléchir sa taille, sa marche devenir plus hésitante, sa voix plus sourde et leur intimité plus grande d’être confrontés à ces infirmités. Elle l’imaginait s’avançant dans l’allée, appuyé à son bras, les rides ayant atténué les sévérités d’un visage volontiers solennel, tous deux s’attardant sous les frondaisons que la lumière de mars faisait revenir à la vie. La nature sortait de sa dormance végétale comme d’une extase prolongée. De ses pores, on sentait la vitalité sourdre, des frissons de sève passer sous l’écorce des bouleaux poudrés d’un blanc lunaire ou sous la livrée rousse des cyprès chauves. Bientôt la beauté graphique des bois serait remplacée par l’effusion des pousses printanières. Partout des gemmes croîtraient sur les membres décharnés des arbres, pareils à des mâtures sans voile. La touffeur des bois ne s’en refermerait que plus vivement sur elle. Ici se devinait encore palpable la peur imaginaire des enfants que leurs jeux invitaient à ces évasions. Aussi, à l’image de Charles, se superposait celle de Louis émergeant des eaux tranquilles pour la convier à l’un de ces exodes qu’ils aimaient à partager. Et c’était toujours la même émotion qu’elle éprouvait lorsque, remontant vers la maison, elle l’apercevait se dévoilant à peine dans l’enchevêtrement végétal et qu’elle voyait poindre une lumière venant de la chambre de Marie-Liesse comme une fragile étoile.

 

(…)

Arrêt sur image - La traversée des apparences

Au fil des années, les difficultés ne cessant de devenir plus alarmantes, Marie-Liesse avait cédé aux suggestions de sa dame de compagnie et convié un expert dans le but de liquider les collections de son mari et de récupérer un peu de l’argent qu’il avait inconsidérément dissipé. Ce dernier avait procédé à l’évaluation des œuvres dont l’estimation mettrait à l’abri du besoin la mère et la fille, à condition que le fruit de la vente soit géré avec compétence. A quelque temps de là, une entreprise spécialisée dans les manutentions délicates, recommandée par le commissaire-priseur, était venue enlever les livres, les tableaux, les objets d’art. C’est Anne-Clémence qui s’était chargée d’envelopper dans du papier kraft les deux mille trente-quatre volumes de la bibliothèque paternelle. Entre ses mains étaient passées les soixante-dix tomes de Voltaire, les douze de Plutarque, les vingt de Saint-Simon et de Rousseau, les trente de Sainte-Beuve. La jeune femme avait l’impression qu’en l’espace de quelques heures s’était établi le seul contact vivant qu’elle ait eu avec son père. En lisant à voix haute des paragraphes entiers, en s’attardant à contempler les pages jaunies par le temps, dont certaines étaient annotées par l’écrivain lui-même, elle se prenait à imaginer les regards successifs qui avaient parcouru ces lignes, les esprits qui s’y étaient attardés et subodorait la longue chaîne d’initiés qui descendait jusqu’à elle. C’était une forme d’intemporalité qu’elle tenait là, une longue mélopée de l’intelligence qui, depuis le fond des âges, l’assurait que l’esprit poursuit son adage bien au-delà de la vie terrestre. Puis, quand les livres avaient été emballés dans leur livrée de papier, les déménageurs avaient sorti des camions des caisses en bois, semblables à des cercueils. On avait déposé chaque exemplaire à l’intérieur et cloué les couvercles et Anne-Clémence avait vu les caisses quitter une à une la bibliothèque. Ainsi s’en allait, bien des années après la date de sa disparition officielle, le corps spirituel de Charles. C’est seulement ce jour-là que sa fille s’était sentie orpheline et d’autant plus désemparée que cette vente lui apparaissait comme un sacrilège.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE (extraits de « Le jardin d’incertitude » - roman)

 

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Arrêt sur image - La traversée des apparences
Arrêt sur image - La traversée des apparences
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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 08:14
Les effrois de la glace et des ténèbres de Christoph Ransmayr

Brrr !!!! Je suis enfin sorti, congelé et terrifié,  de l’enfer glacé du Grand Nord et de ce roman où, son auteur, selon une note liminaire, « raconte deux histoires à la fois parallèles et imbriquées, encadrées l’une dans l’autre et constamment reliées par le biais d’un narrateur omniprésent... D’une part, le voyage en 1981 de Joseph Mazzini, personnage fictif vers le cercle polaire arctique et, d’autre part, l’épopée de l’expédition Payer-Weyprecht » qui resta bloquée deux ans an nord de la Nouvelle-Zemble et découvrit en août 1873 la Terre François-Joseph à plus de 79° de latitude nord.

 

 

                        LES EFFROIS DE LA GLACE ET DES TENEBRES

                                     de CHISTOPH RANSMAYR

 

                            

Ce roman est presque un récit d’expédition, il propose de nombreux textes documentaires évoquant le contexte et l’expédition, il cite notamment de larges extraits des écrits des acteurs  de l’aventure, notamment Payer, Commandant de l’expédition sur terre, et Weyprecht, Commandant de l’expédition sur mer, mais aussi de Haller, premier chasseur, et de certains autres membres de l’équipage. Le texte est en majeure partie consacré à la tragique épopée des marins de l’Amiral  Tegetthoff qui s’aventurèrent vers des latitudes où personne n’était encore allé, dans des conditions qui peuvent apparaître au-delà de l’extrême. Le voyage de Mazzini occupe relativement peu de place dans le roman et n’est là, à mon sens, que pour apporter une couleur romanesque au texte sans rien ajouter au récit du voyage des aventuriers. Le lecteur s’attache inéluctablement au sort de ces pauvres bougres perdus au milieu de l’immensité la plus hostile avec des moyens techniques encore bien sommaires, frissonne avec eux, souffre avec eux, gèle avec eux, dépérit avec eux, tombe malade, subit la nature dans toute sa furie.

 

Ce texte écrit tout à la gloire de cette expédition austro-hongroise qui reçut un triomphe à son retour mais qui fut bien vite oubliée, certains lui contestant même l’existence des terres découvertes, met en évidence la folie de celui qui conduisit ses troupes au-delà des limites de l’humanité. Mais ceci semble être le propre de tous les grands découvreurs qui moururent en chemin ou découvrirent de nouvelles terres, de nouvelles routes, de nouveaux passages ou gravirent des sommets jusque-là inaccessibles.

 

Aussi est-ce un livre d’aventure qu’un roman, même si l’expédition solitaire de Mazzini apporte une touche fictive à ce récit très pragmatique. L’auteur va jusqu’à  lister  les passagers à bord du bateau, chiens y compris, dresse la biographie des principaux membres, recense les diverses expéditions qui ont essayé de forcer le passage de l’est ou de l’ouest pour rejoindre l’Atlantique et le Pacifique. La note fictive est apportée pour mesurer ce qui fut à l’aune de ce qui aurait pu être. «  Ce récit est  un procès du passé, un examen attentif, une pesée, une supposition, un jeu avec les possibilités de la réalité. Car la grandeur et le tragique, de même que le ridicule de ce qui s’est passé se mesure à ce qui aurait pu se passer ».

 

J’aurais aimé que ce texte souffle un peu plus fort le vent de l’aventure, de l’épopée, on sent bien la météo qui se déchaîne mais le ton reste, à mon avis, trop documentaire, le tourbillon glace, terrorise mais n’emporte pas. Ransmayr se contente de décrire le plan pratique, cherche l’intérêt que peuvent avoir de telles expéditions, s’interroge sur leur sens et leur coût en souffrance et en vies humaines. « Il est temps de rompre avec de telles traditions et d’emprunter d’autres voies scientifiques plus respectueuses de la nature et des hommes. Car on ne saurait servir la recherche et le progrès en provoquant sans cesse de nouvelles pertes en hommes et en matériel ». Et pourtant, il faut toujours un grain de folie, parfois même un gros grain, pour que le monde bouge, avance, regarde derrière les portes, derrière les montagnes, au-delà des mers et des glaces et que les pionniers emmènent l’humanité vers son avenir.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Christoph Ransmayr, écrivain autrichien.

Christoph Ransmayr, écrivain autrichien.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 07:38
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste

 

En 1807, de retour de Jérusalem, François-René de Chateaubriand se vit contraint de s'éloigner de Paris à la suite d'un article dans lequel il fustigeait la tyrannie exercée par l'empereur Napoléon Ier, dont on sait qu'il ne partageait pas les idées et auquel il ne pardonnait pas d'avoir fait fusiller le jeune duc d'Enghien. L'écrivain aspirait à travailler dans le calme et acheta la propriété de la Vallée-aux-Loups, dans le coteau boisé du val d'Aulnay, à la croisée des Deux-Forêts reliant les bois de Verrières à la forêt de Meudon.


De l'histoire de cette maison avant l'arrivée de Chateaubriand, nous connaissons peu de choses, sinon qu'elle avait appartenu à un certain André-Arnoult Aclocque, brasseur parisien et membre de la garde nationale qui avait sauvé la vie du roi Louis XVI en le coiffant du bonnet rouge. Espérant recevoir, à titre de remerciement, la visite du souverain, il avait fait construire dans son parc la tour Velléda, dans laquelle Chateaubriand installera sa bibliothèque et se retirera pour écrire.
En achetant La Vallée- aux -Loups, l'écrivain accomplissait un rêve ancien. Déjà en Angleterre, où la Révolution l'avait chassé, il aspirait à cette paix de l'âme, loin de toute société : " Je pourrais encore être heureux à peu de frais. Il ne s'agirait que de trouver quelqu'un qui voulût me prendre à la campagne. Là, je pourrais écrire, herboriser, me promener tout à mon aise...pourvu qu'on me laissât tranquille et livré à mon humeur sauvage."


Cette communion avec la nature, Chateaubriand l'avait éprouvée dès son enfance dans l'austère château familial de Combourg, entouré de bois et de landes qu'il se plaisait à parcourir seul : " C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis."  La Vallée-aux-Loups avait tout pour lui plaire : " J'étais dans des enchantements sans fin ; sans être Mme de Sévigné, j'allais muni d'une paire de sabots, planter mes arbres dans la boue, passer et repasser dans les mêmes allées, voir et revoir tous les petits coins, me cacher partout où il y avait une broussaille, me représentant ce que serait mon parc dans l'avenir, car alors l'avenir ne manquait point. (...) Je fis quelques additions à ma chaumière ; j'embellis sa muraille de briques d'un portique soutenu par deux colonnes de marbre noir et deux cariatides de femmes de marbre blanc : je me souvenais d'avoir passé à Athènes. Mon projet était d'ajouter une tour au bout de mon pavillon ; en attendant, je simulai des créneaux sur le mur qui me séparait du chemin : je précédais ainsi la manie du Moyen-Age, qui nous hébète à présent. La Vallée-aux-Loups, de toutes les choses qui me sont échappées, est la seule que je regrette ; il est écrit que rien ne me restera." ( Mémoires d'Outre-Tombe )

 

Dans ce lieu devait naître plusieurs de ses oeuvres dont L'itinéraire de Paris à Jérusalem, qui relatait, en l'embellissant, son voyage en Terre-Sainte, Les Martyrs, et principalement ses Mémoires qui sont avec La Comédie Humaine de Balzac et La Recherche du Temps Perdu de Proust, un monument de notre littérature. Et que racontent-elles : la fuite du temps, la mort, l'isolement, l'écroulement d'un empire, le déclin de l'amour et comme l'écrit superbement Julien Gracq dans la préface de l'oeuvre aux éditions Flammarion ( collection Bouquins ) : " Cette voix qui clame à travers les deux mille pages des Mémoires que le Grand Pan est mort, et dont l'Empire Romain finissant n'a pas connu le timbre unique - l'écho ample de palais vide et de planète démeublée - c'est celle des grandes mises au tombeau de l'Histoire. "

 

Mais en ce 4 octobre 1811, Chateaubriand est heureux chez lui et écrit ceci :

" Il y a quatre ans qu'à mon retour de Terre-Sainte, j'achetai près du hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n'était qu'un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances. Les arbres que j'y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l'ai pu des divers climats où j'ai erré, ils me rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon coeur d'autres illusions. (... ) Tout chevalier errant que je suis, j'ai les goûts sédentaires d'un moine : depuis que j'habite cette retraite, je ne crois pas avoir mis trois fois les pieds hors de mon enclos. Mes pins, mes sapins, mes mélèzes, mes cèdres tenant jamais ce qu'ils promettent, la Vallée-aux-Loups deviendra une véritable chartreuse. ( ... ) Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l'ai payé du produit de mes rêves et de mes veilles ; c'est au grand désert d'Atala que je dois le petit désert d'Aulnay ; et pour me créer ce refuge, je n'ai pas, comme les colons américains, dépouillé l'Indien des Florides. Je me suis attaché à mes arbres ; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'aie soigné de mes propres mains, que je n'aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille ; je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants : c'est ma famille, je n'en ai pas d'autre, j'espère mourir au milieu d'elle. "

 

Malheureusement, l'écrivain n'aura pas ce bonheur. Pour des raisons financières, il se verra dans l'obligation de vendre sa propriété et cela lui sera un déchirement. Mais miraculeusement préservée, elle demeure aujourd'hui un haut lieu où chaque arbre planté par l'auteur des Mémoires fait écho à son monde imaginaire. Alors que les cèdres sont des réminiscences du Liban, les pins des évocations de Jérusalem, les platanes des souvenirs de Grèce, jusqu'aux chênes d'Armorique qui rappellent les racines bretonnes de l'écrivain, les cyprès chauves, les magnolias, les catalpas furent  plantés en souvenir de l'aventure américaine. Ainsi s'élabora un parc d'écrivain, oeuvre de mémoire, conçue par un homme qui était, tout à la fois, un amoureux des arbres et de la nature, un féru de botanique et un créateur romantique de par sa plume et ses goûts.

 

Après lui, cette Vallée ne cessa d'attirer les artistes. De nombreux poètes ont célébré sa profonde solitude et la riante disposition de ses collines. De nos jours, on visite la maison et le parc et chacun peut à loisir se promener, s'attarder, rêver devant le cornouiller panaché, le cerisier pleureur, les glycines géantes, le cèdre de l'Atlas, le feuillage éblouissant du Sophora, l'if d'Irlande, le tulipier de Virginie, les roseaux de Chine, le cyprès chauve de Louisiane, le chêne écarlate et le hêtre de Serbie. La Vallée-aux-Loups demeure, au-delà du temps, un lieu d'évasion, où le passé et le présent se rejoignent sans heurt dans la permanence de la beauté et le puissant éclat du souvenir.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La Vallée-aux-Loups - Chateaubriand botaniste
La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.
La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.

La tour Velléda où Chateaubriand se retirait pour travailler.

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 08:27
Le continent des oubliés

Ami d’un jour, ami d’un soir
J’ai conservé le mince espoir
Un jour ou l’autre de te revoir.
Dans ma pensée, tu as tracé
Un lien ténu, vite dénoué,
Un souvenir en pointillé.

  

De mon rivage endeuillé
Où nos heures se sont écoulées
Je vois pointer à l’horizon
La caravelle  des illusions.


Que nos désirs soient mis en gerbe
Pour les lendemains de disette
Et que les peines soient remisées
Au continent des oubliés.

 

Amour d’un jour
Amour d’un soir
Que ma mémoire tente d’occulter
Et qui au fond de ma pensée
Ne cesse plus de se raviver.

 

Faut-il que j’aille l’ensevelir
Au cimetière des délaissés
Pour que mon cœur se délivre
De cette peine inconsolée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   (inédit)

 

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:28
L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine

La sortie d’un roman d’Andreï  Makine est toujours un événement tant cet écrivain rare a un sens  de l’espace et du temps qui n’appartient qu’à lui, que sa prose est toujours parcourue par de grands vents et que la vie ne cesse d’y être une poursuite haletante. D’ailleurs ne reproche-t-il pas aux romanciers  français de se complaire dans les petits détails de leur existence quotidienne au point que leurs minces ruisselets n’ont que bien peu de choses à voir avec les immenses fleuves romanesques russes qui charrient le meilleur et le pire avec une violence apocalyptique.

 

 

Avec ce dernier ouvrage « L’archipel d’une autre vie » publié au Seuil, Makine fait à nouveau souffler la bourrasque romanesque et nous entraine dans les dernières années de l’empire soviétique et la ville de Tougour, au bord de l’océan Pacifique. Mais rien ne sera pacifique dans cette histoire où l’on fait la connaissance d'un jeune orphelin, envoyé par le régime, pour suivre une formation et où l’adolescent entre en relation avec un trappeur et s’enfonce à sa suite dans les profondeurs de la forêt. C’est alors que le livre change d’orientation, le premier narrateur n’étant là que pour introduire le second. A partir de ce moment, le récit principal nous dévoile, sans omettre les détails les plus cruels, les grandes heures de l’existence de Pavel Gartsev, cet enfant orphelin mal remis des horreurs dont il a été le témoin lors de « la grande guerre patriotique », trahi par sa fiancée et mobilisé comme réserviste pour participer aux exercices destinés à simuler un futur conflit nucléaire. Puis, mal vu par ses supérieurs hiérarchiques, il est contraint d’adhérer à une petite troupe chargée de traquer dans la taïga un prisonnier évadé d’un goulag. Désormais le roman se focalise sur le récit de cette traque, les ruses déployées par le fugitif pour échapper à ses poursuivants et la pénible progression de ceux-ci dans une nature âpre et sauvage, la complication permanente des itinéraires empruntés par leur cible qui leur mène la vie dure en ne cessant de se dérober. Ainsi sommes-nous au cœur d’un véritable western qui tient le lecteur en haleine et dont le suspense aurait troqué les canyons de l’Arizona pour les étendues glacées et désolées de l’Extrême-Orient russe. Bien vite Pavel va se sentir plus proche de la proie que des commissaires politiques qui ont mission de le ramener devant les tribunaux soviétiques.

 

 

Cette poursuite physique et implacable se double d’un itinéraire moral où l’on voit Pavel se remettre en cause, analyser les lâchetés et les docilités ignominieuses de ces hommes complices des plus basses aspirations et soumis passivement aux ordres d’un gouvernement dominé par l’orgueil, la convoitise et la violence. Face à une nature indomptée, le protagoniste se livre à son introspection et condamne ce qui subsiste en lui des malveillances criminelles de son temps, soucieux de se rénover et de revenir à l’essentiel, à se dévêtir de la peau, encore empreinte de servilité, du vieil homme. La nature est ici porteuse d’un message de rédemption et d'une dimension exaltante qui délivrent de la haine et de la servitude et donnent crédit aux vraies valeurs éclipsées par une politique aveugle et inhumaine, nous laissant espérer qu'une autre vie est toujours possible.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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ANDREI MAKINE OU L'HERITAGE ACCABLANT

 

 

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:53
Les demeurées de Jeanne Benameur

Un petit livre par la taille mais un grand livre par son sujet et la manière de le traiter. Jeanne Benameur, avec ce texte, a voulu rendre à ceux que nous prenons pour des « abrutis », leur juste place dans la société car s’ils n’ont pas l’intelligence académique, ils ont souvent une sensibilité très aiguisée qui est, elle aussi, une forme d’intelligence.

 

 

Les demeurées

Jeanne Benameur (1952 - ….)

 

 

Un tout petit roman, une longue nouvelle, un conte philosophique, je ne sais … ce petit livre est un peu tout ça à la fois. Il commence comme un texte de poésie en vers racontant la vie d’une mère et de sa fille affectées de la même tare, elles ne sont pas très intelligentes, elles sont même carrément demeurées, « abruties ». « Quand on s’adresse à La Varienne, elle s’agrippe du regard à la bouche de celui qui parle. Ses lèvres à elle marmonnent, imitantes et muettes. Luce ne supporte pas. Luce se tait. Le silence entre elles tisse et détruit le monde ». Le livre évolue progressivement, même le style change, la poésie s’étiole pour faire place à un discours plus moral, plus prosaïque, qui évalue, plaide, juge. On pourrait penser que ce livre a été écrit  en deux temps, l’auteure aurait laissé une première version dans un tiroir avant de la reprendre pour la conclure dans un style moins elliptique, plus direct, plus concret, plus démonstratif.

 

 

Ce texte, c’est l’histoire de La Varienne et de sa fille Luce. Elles sont toutes les deux, selon le terme même de l’auteure : « abruties », à la limite de l’autisme et de l’anorexie pour la fille : « La Varienne pousse les tartines plus près du gros bol plein, comme on donne aux bêtes à l’étable. Mais la petite n’a qu’un seul estomac et l’appétit de l’alouette du matin ». Elles vivent esseulées au bout de village. La mère travaille chez des bourgeois pendant que sa fille laisse couler le temps en jouant avec des petits riens, en regardant le monde qui l’entoure sans s’interroger, juste en regardant. Cette vie sans histoire et sans relief butte sur la loi, la loi est formelle, la petite doit-être scolarisée. La mère accompagne donc sa fille à l’école où l’institutrice est résolue à l’instruire, à lui apprendre à lire. Mais, l’enseignante butte sur le mur de l'incompréhension totale, sur le manque de volonté absolu. Luce ne veut pas apprendre, les mots lui font mal, elle tombe même très malade. Ce blocage physiologique détruit les belles convictions que l’institutrice a apprises à l’école des maîtresses, elle n’accepte pas cette défaite. A son tour, elle somatise son échec. La fillette a cependant enregistré ce qu’elle a appris et elle peut le restituer par le dessin ou la broderie. L’enseignante comprend alors qu’il n’y a pas que le savoir académique, d’autres formes de savoir existent. La Varienne connait les plantes, elle est un peu guérisseuse ; la petite est habile de ses mains et elle a une bonne mémoire.

 

 

Un texte qui remet en question les fondamentaux de l’école primaire. Cette femme et sa fillette ne sont peut-être pas intelligentes à la manière définie par l’Académie, mais elles ont une intelligence innée, animale, une intuition aiguisée, elles connaissent la nature et ses secrets, elles transmettent par une sensualité affective ce que d’autres transmettent par la parole. « A l’intelligence, il faut un espace pour se poser. Il faut des mains, de l’air pour la craie et l’encre. L’abrutie n’a rien ». Elles ne disposent pas dans leur cervelle de cet espace mais elles ont une sensibilité très fine qui leur permet de déchiffrer, d’apprendre et de transmettre différemment. L’auteure s’applique à nous faire comprendre que l’humanité n’est pas coulée dans un seul moule, qu’il y a des êtres différents qui méritent eux aussi notre considération et notre respect.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:51
Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée
Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée

Les éditions Irezumi  ont eu l’intelligente initiative de créer une collection qui a pour ambition d’aborder, sous diverses formes, « Les expériences de vie ». L’ouvrage d’Edmée de Xhavée « Journal d’une Verviétoise des Boulevards », le troisième publié par cette maison a pour objet de nous conter, d’une plume alerte et précise, le vécu d’une grand-mère paternelle, la charmante Suzanne Houben, plus souvent appelée le petit Zon, née en 1893 et décédée en 1943 à l’âge de 50 ans. Une vie qui se déroule en grande partie dans le lieu familial de Verviers, en Belgique, en ces années agitées par deux terribles guerres. Ce travail lui a été inspiré par le journal que son aïeule s’était appliquée à rédiger de 1908 à 1943, journal où elle retrace avec simplicité une existence quotidienne tressée étroitement avec les grands événements de l’Histoire.

 

 

Cette évocation est un pur enchantement. Toute une époque surgit de ce canevas serré où la douce et primesautière jeune fille se fiance, se marie, s’installe momentanément en Uruguay avec son époux, devient mère d’un unique fils, le père d’Edmée, puis revient au pays natal pour y vivre la seconde guerre où son mari reprend du service comme officier et sera fait prisonnier par les Allemands, avant de la rejoindre très vite dans l’éternité. (1943 –1944)

 

 

Jeune fille attachante, femme verticale, Suzanne était de celles qui font face, savent composer avec la réalité et les épreuves, coudre à petits points une vie sage et probe, favoriser les amitiés fidèles, élever avec tendresse et fermeté son enfant, entretenir en usant de mille intentions les liens familiaux et apprécier tout ce qui relève de la culture, une culture favorisée par de nombreux voyages. En somme une vie lumineuse au cœur d’une bourgeoisie aimablement installée, sans faux pas, conduite avec grâce et droiture, texte que l’on partage avec d’autant plus de plaisir que l’on y contemple avec émotion un passé qui a la matité de ces photos anciennes à peine jaunies par le temps. Immersion dans ces existences qui nous ont devancés et ont contribué à nous faire ce que nous sommes, passé qui fortifie notre présent et coopère à sa pérennité en fixant, dans une actualité permanente, les grandes heures de jadis. A coup sûr, un beau livre.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 07:47
Il est minuit Monsieur K de Patrice Franceschi

Un huis clos à couper le souffle, une intrigue apocalyptique, un débat philosophique sur le mensonge et la vérité, une réflexion étonnante sur l’humanité, sa nature et son fonctionnement, un polar qui est beaucoup plus que ça.

 

 

 

Il est minuit Monsieur K

      Patrice Franceschi (1954 - ….)

 

 

Quand Monsieur O pousse la porte du bar de la Dernière Chance, on s’attend à voir entrer Humphrey Bogart tant le lieu évoque celui qui a servi de décor au film  « Casablanca », mais il ne s’agit que d’un bar perdu à l’autre bout du monde, à Fort-Dauphin au sud de Madagascar. Monsieur O vient dans ce bar avec la ferme intention de récupérer un dossier ultra-sensible, le plus sensible que la Centrale n’a jamais eu en sa possession, le dossier alpha qui contient des informations suffisantes pour mettre en danger l’avenir de l’humanité. Ce dossier a été dérobé par un agent de la Centrale, Monsieur K, qui est entré en cavale, Monsieur O le poursuit depuis vingt ans et peut enfin espérer récupérer le fameux dossier.

 

Un huis clos digne de celui qui rassemble Lino Ventura et Michel Serrault dans « Garde à vue », s’installe alors entre les deux hommes qui s’affrontent durant la nuit avec, pour enjeu, la récupération du dossier pour Monsieur O, sa peau pour Monsieur K. Les deux agents précisent les règles du duel, le vainqueur devra triompher par la qualité dialectique de ses arguments. Le voleur est acculé, son bar est cerné par des collègues de Monsieur O, il ne peut pas s’évader, son adversaire ne peut pas l’éliminer sans avoir récupéré le dossier, il serait trop dangereux de laisser un dossier aussi explosif dans la nature.

 

Monsieur O propose alors au dissident tout ce que le monde peut offrir : une fortune colossale, l’amour, le bonheur, le pouvoir le plus élevé … mais Monsieur K refuse de céder le dossier dont il ne veut absolument pas se séparer, jugeant que cela serait trop dangereux pour l’humanité. Les deux protagonistes engagent une joute oratoire au sujet du mensonge et de la vérité, l’un accusant l’autre d’être un fieffé menteur, l’autre lui rétorquant qu’il n’est qu’un naïf manipulé par le pouvoir supérieur. Monsieur K essaie de convaincre Monsieur O, il lui explique que si la vérité était brutalement révélée, le monde serait en danger. « C’est la vérité qui vous intéresse ? Mais que voulez-vous que je fasse de cette chose insaisissable, moi ? Le mensonge, au moins, est toujours maîtrisable. Il est précis, circonstancié, fabriqué, décorticable, mesurable ; chacun peut en faire ce qu’il veut… » Il souhaite lui faire admettre que le monde n’est que mensonges, apparences, habillage, que des masques cachent toujours la vérité. « La vérité et le mensonge, c’est une affaire autrement plus compliquée que celle du bien et du mal… »

 

 

Et quand Monsieur O, dans un final inattendu découvre le contenu du dossier, il comprend que l’humanité se bat depuis l’origine contre les mêmes démons qu’elle ne vaincra jamais. « Tout coule, tout naît pour mourir, tout disparaît… » Ce livre est un magnifique huis clos, un véritable essai sur la vérité et le mensonge mais aussi une profonde réflexion sur la nature intime de l’humanité, sur la  cupidité, l’envie, la trahison…  « Préférez les hommes qui se battent pour de l’argent, vous n’aurez jamais de mauvaises surprises. L’âpreté au gain et la cupidité sont d’une stabilité pour ainsi dire stupéfiante. Les idées, en revanche … comme instabilité… »

 

 

La révélation généralisée de la vérité ouvrirait la porte sur une autre forme de vie sur terre, mais l’humanité a choisi sa forme de vie et ne pourra jamais en changer. « … avez-vous songé à toutes ces possibilités de la vie dont nous ne faisons rien ? » Une question qui reste sans réponse, le néant semblant la seule destinée des hommes. « Etre nulle part est le lot de tout le monde. Seul le mensonge est partout. On pourrait bien appeler ça le néant… »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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