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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 09:18
BIENVENUE SUR INTERLIGNE

                             

                                                                                                                                                                                                                            

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ELOGE DU PRINTEMPS

 

L'OISEAU DANS LE FOLKLORE FRANCAIS

 

LE VOYAGE D'OCTAVIO de MIGUEL BONNEFOY

 

LE PROFESSEUR MARCEL PROUST de FRANCOIS-BERNARD MICHEL

 

 

Bienvenue sur INTERLIGNE, un blog consacré à la littérature et aux voyages et comportant plusieurs rubriques que je vous décline ci-dessous et dont vous pouvez consulter les articles en cliquant sur leurs liens :

 

 


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ALBUM PHOTOS - VOYAGES

MES VOYAGES EN IMAGES - SUITE



 

Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages
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Quelques-uns de mes ouvrages
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Quelques-uns de mes ouvrages
Quelques-uns de mes ouvrages

Quelques-uns de mes ouvrages

Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA

 


Et également sur   FACEBOOK     AGORAVOX   et   PLUME DE POETE

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 09:16

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Il possède tous les atouts et les tient fermement dans sa main verte, le printemps. Un poker d'as qui stigmatise ses concurrents : lumières, couleurs, parfums, abondance. Quelles cartes peuvent abattre les autres saisons face à lui ? C'est d'ailleurs d'or qu'il se couronne dès les premières semaines, l'or des jonquilles qui vient parsemer les jardins et les prairies, celui des forsythias qui forme des haies d'honneur au sommet des talus et explose en grappes serrées le long des chemins et des routes, avant que le blanc des cerisiers et des aubépiniers ne devance de peu le tendre rose des pommiers. Quel éclat, quelles fragrances se diffusent alentour, on ne sait plus où tourner le regard tant il est sollicité par les quenouilles des marronniers, les soyeux pétales des camélias qui se déclinent dans une multitude de teintes et forment des corolles en étoiles ourlées délicatement ou par les amphores sublimes des magnolias tulipiers qui offrent au soleil leur transparence nacrée ; oui, le printemps sort chaque année son grand jeu et nous n'y résistons pas.  Et pourquoi y résisterions -nous ?

 

 


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Après la stricte observance de l'hiver qui, revenant aux fondamentaux comme diraient nos journaliste au sujet des lois, c'est-à-dire à la simple ordonnance de l'architecture végétale, certes belle en soi dans son dépouillement, le printemps exulte et se livre aux délices de l'imagination, s'enivre de couleurs, de formes, d'audace, de luxuriance. Rien n'est trop beau, il faut user sans réserve, sans discrétion excessive, des ressources de la nature qui paraissent inépuisables. Il faut également affirmer haut et fort que rien ne meurt, que tout se transforme, que rien ne passe, que tout revient, que le silence, le linceul des neige, les grands vents n'étaient qu'une étape obligée, un accident de la vie et du temps ...  un oubli d'éternité. 

 

 

Désormais, il fait bon flâner dans ce bien-être retrouvé, s'attarder sur un banc, contempler les déclinaisons savantes de la lumière qui se prolongent à l'envi, s'épanchent, posent un film délicat de transparence sur les nuages et les frondaisons, goûter aux salades croquantes, bientôt aux premières cerises, cueillir les fleurs sauvages, les boutons d'or, les pâquerettes, les violettes timides, les coucous qui annoncent Pâques et ses carillons, surprendre le chant mélodieux des grives musiciennes, des merles et des rouges-gorges, observer la pie en train de fignoler son nid sur la plus haute branche d'une futaie, en un mot comme en dix se laisser gagner par l'allégresse. Quelque chose dans l'air s'est euphorisé, notre quotidien nous semble plus léger à porter, voilà que l'on se plaît à fredonner, que les champs retrouvent leur animation, que les agneaux, les veaux se regroupent sous les ombrages pastoraux, que l'eau a repris un débit primesautier ; oui, que le monde est beau mes amis, que le monde est beau !

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 09:05
corbeau, chouette et engoulevent
corbeau, chouette et engouleventcorbeau, chouette et engoulevent

corbeau, chouette et engoulevent

Dans le vaste domaine des légendes et croyances relatives aux oiseaux, l’une des plus anciennes est probablement la distinction faite entre oiseaux de bon et de mauvais augure. Les corbeaux, par exemple, ont toujours eu une mauvaise réputation en raison de leur cri guttural et de leur livrée sombre. Et puis, sur les champs de bataille, ne se repaissaient-ils pas des cadavres ? Cela suffit amplement à expliquer qu’ils étaient considérés comme néfastes et inquiétants. François Villon y faisait allusion dans sa « Ballade des pendus ». La chouette, elle aussi, était fort mal considérée en France au XIXe siècle et passait pour annoncer la mort. Il est vrai que dans les campagnes, on l’entendait souvent chuinter sur le toit des maisons où se trouvait un malade car, en général, la lumière, qui l’attirait, y restait en veille une bonne partie de la nuit. La légende du caractère funeste des rapaces nocturnes a été entretenue par les gens de lettres comme Boileau dans « Le Lutrin » :

 

 

Là, depuis trente hivers, un hibou retiré

Trouvait contre le jour un refuge assuré.

Des désastres fameux ce messager fidèle

Sait toujours des malheurs la première nouvelle.

 


L’engoulevent a joui à son tour d’une triste renommée car on croyait qu’il buvait le lait des chèvres lorsqu'il survolait les pâturages au crépuscule. On le nommait volontiers « crapaud volant » à cause de sa grosse tête et de son puissant gosier.

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cigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheurcigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheur

cigogne, hirondelle, pic vert et martin-pêcheur

A l’opposé, certains oiseaux ont été appréciés et considérés comme des porte-bonheur. C’est le cas de la cigogne qui était chargée d’apporter les bébés dans les familles. L’hirondelle de cheminée est aussi un oiseau que l’homme a toujours observé comme l’annonciateur des beaux jours, bien qu’elle soit sensée prédire le mauvais temps lorsqu’elle vole au ras du sol. Enfin, une légende, qui remonte à Aristote, fut colportée jusqu’au XIXe siècle, affirmant que l’hirondelle s’engourdissait pendant l’hiver et le passait au fond des marais, ce qui est totalement faux. En réalité, elle disparaît de nos régions durant la saison froide pour aller chauffer ses plumes sous des cieux plus cléments, en bon oiseau migrateur qu’elle est.

 

Un autre oiseau annonce volontiers la pluie, c’est le pic-vert. Quant au martin-pêcheur, il devint, sous l’inspiration d’Aristote et de Plutarque, un être extraordinaire doué du pouvoir de calmer les flots et d’attirer les poissons. D’autres légendes ont elles aussi la vie dure et survivent à notre époque où les progrès de la technique ne sont pas parvenus à faire totalement disparaître de nos existences le goût du merveilleux.

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aigle royal, alouette et coq

aigle royal, alouette et coq

Ainsi l’aigle royal serait le seul oiseau en mesure de fixer le soleil sans être ébloui, alors que le hibou et la chouette seraient aveuglés par la lumière du jour. Nous voyons que divers oiseaux ont servi de symbole ou d’emblème. L’aigle royal n’est-il pas l’expression de la puissance et de la gloire ? Les Anciens l’avaient dédié à Jupiter. Napoléon Ier le reprit à son compte pour en faire décorer les drapeaux de sa Grande Armée alors que Charlemagne et du Guesclin l’avaient adopté pour orner leurs armoiries. L’alouette des champs fut l’emblème des Gaulois et décora leurs casques, le coq est celui des Français, ce fameux coq gaulois fut choisi à la Révolution et figura sur notre drapeau de 1830 à 1870. Il symbolise le tempérament français où l’on décèle un mélange de hardiesse et de versatilité, de vigilance et de légèreté. La chouette fut jadis l’oiseau de la sagesse chez les Grecs qui en avaient gravé l’effigie sur leur monnaie, c’était également la compagne de la déesse Athéna (Minerve chez les Romains). La colombe, quant à elle, exprime la paix et la concorde depuis l’histoire biblique du déluge, tandis que le paon semble personnifier l’orgueil et que le cygne représente la grâce et l’élégance, immortalisé par le ballet « Le lac des cygnes » sur la musique de Tchaïkovsky.

 

 

La langue parlée et écrite contient elle aussi de nombreuses allusions aux oiseaux. En voici quelques-unes : bavard comme une pie – rouge comme un coq – bayer aux corneilles – léger comme une plume – gai comme un pinson – être le dindon de la farce. Le nom de certains d’entre eux est même passé dans le langage courant pour qualifier un trait de caractère particulier à un individu et que l’oiseau posséderait lui aussi : pensons à butor, à bécasse, à étourneau, à tête de linotte, à petit serin. Ajoutons encore l’expression « Le chant du cygne » qui relève davantage du domaine des légendes. Elle nous vient de l’Antiquité où l’on imaginait que le cygne chantait encore après sa mort et que sa voix était alors plus douce et  harmonieuse que jamais. Enfin, quelques expressions parlées sont devenues des proverbes ou des sentences issues de la sagesse populaire : « une hirondelle ne fait pas le printemps », « petit à petit l’oiseau fait son nid », « faute de grives, on mange des merles », « qui n’a mangé ni pluvier, ni vanneau ne sait ce que gibier vaut ». Oui, à n’en pas douter, l’oiseau a sa place dans la vie et l’imaginaire des hommes. Bientôt un article sur "Les oiseaux et la littérature".

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour prendre connaissance des autres articles consacrés aux oiseaux, cliquer sur leurs titres :

 

L'oiseau dans la littérature

 

Eloge des oiseaux

 

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colombe, paon et cygnecolombe, paon et cygne
colombe, paon et cygne

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:16
Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy
Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy

Ce jeune écrivain franco-vénézuélien propose un roman en forme de fable mythologique qui raconte l’odyssée d’un Vénézuélien dans une contrée isolée de tout où l’écriture n’est pas parvenue et où la nature dicte encore sa loi.

 

 

                                          Le voyage d’Octavio

Miguel Bonnefoy (1986 - ….)

 

 

« Dans le port de La Guaira, le 20 août 1908, un bateau en provenance de La Trinitad jeta l’ancre sur les côtes vénézuéliennes sans soupçonner qu’il y jetait aussi une peste qui devait mettre un demi-siècle à quitter le pays ». C’est dans ce petit port qu’Octavio est né, il réside dans l’église construite pour sanctifier le saint qui a favorisé la guérison de la population pendant cette grande peste, église alors désaffectée et ne servant plus que d’entrepôt à une bande de cambrioleurs. Octavio garde les trésors des voleurs, mais un jour il doit participer à un casse chez sa maîtresse, celle qui lui a appris à lire et à écrire. Démasqué, il fuit la ville et part pour un long périple dans le Parc National San Esteban.

 

Le voyage d’Octavio est une odyssée terrestre, un périple mythologique, à la limite du réel et du fantastique. Il vit de petits boulots, tous plus pénibles les uns que les autres, jusqu’à se faire apprécier des populations pour ses dons et compétences et pour son abattage au travail. Pour les populations rustres de cette région, il devient un héros, un être mythique. Mais un jour, il rentre au bercail pour participer à la reconstruction de l’église incendiée et à la rénovation du trésor des voleurs, alors que ceux-ci ont caché les statues dérobées pour mettre ces trésors à l’abri de la cupidité des riches. Le vol n’est pas qu’un délit, c’est aussi le moyen de conserver le savoir-faire des populations locales, leur culture, leur spiritualité.

 

Deux thèmes récurrents hantent ce petit roman : l’écriture qu’Octavio ne possédait pas et la nature. Ici, les gens lisent avec leurs yeux, avec leurs oreilles, avec l’ensemble de leurs sens, ils savent la nature, ils savent la lire, ils savent l’interpréter, mais ils ne peuvent pas communiquer avec ceux venus d’ailleurs. Octavio ne peut pas lire l’ordonnance que le médecin lui a faite. " A Campanero, l’écriture n’était pas née de l’homme. Elle était née de cette nature sans raison, où rien ne vient empêcher la soif tropicale de grandir, de s’étendre, de s’élargir dans une ivresse sans mesure." La nature est leur domaine, leur milieu, surtout le bois qui sert à tout, le bois qui est le matériau indispensable et nécessaire à la population, le bois, matière vivante avec laquelle ils communiquent. « L’écriture se manifestait à son cœur par le vernis et l’acide, la peinture et le bois, l’or et le plomb ».

 

Ce petit roman est comme une fable qui raconterait la vie de cette société isolée par le relief et par son incapacité à lire et à écrire. Un plaidoyer pour l’alphabétisation des populations disséminées dans les campagnes et les forêts de ce vaste pays, dans des régions abandonnées par les dirigeants.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Miguel Bonnefoy

Miguel Bonnefoy

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:43
Le professeur Marcel Proust de François-Bernard Michel

Marcel Proust parle beaucoup de médecine et de médecins dans sa Recherche. Rien d’étonnant à cela, il était fils et frère de deux professeurs en médecine et, surtout, affligé lui-même d’une maladie qui l’emportera à l’âge de 51 ans : l’asthme allergique. Curieux que deux livres évoquant les relations de Proust avec le monde médical sortent au même moment : celui de Diane de Margerie "A la recherche de Robert Proust" et le très remarquable ouvrage du professeur François-Bernard Michel, président de l’Académie nationale de médecine, pneumologue, poète et écrivain  "Le professeur Marcel Proust". Pourquoi ce titre « Le  professeur Marcel Proust » ? Au fil des ans, nous explique l’auteur, l’asthmatique Proust a acquis un savoir médical de par son milieu familial et ses nombreuses consultations, mais surtout grâce à sa perspicacité et à son hypersensibilité à la souffrance physique et psychologique. Ainsi réunit-il les deux fondamentaux de la médecine : le savoir et l’humanisme, humanisme qui a souvent manqué aux professeurs en médecine du XIXe et du début du XXe siècle. C’est Proust qui, en quelque sorte, a introduit la médecine dans la littérature. Et il le fera sans complaisance. « Au-delà des portraits » - écrit François-Bernard Michel – « on découvre l’amertume du souffrant déçu, sa colère enfin, telle qu’elle explosera en dispute avec son père ». En négatif, Proust stigmatise les carences désastreuses des médecins sur la question cruciale qu’ils ne se posent pas, si bien que l’écrivain se charge lui-même de la poser : « Que faites-vous de l’homme ? »  les interroge-t-il. De l’homme malade, bien entendu. Il exhortait les médecins du XXIe siècle à ne pas réduire la médecine à une technologie prestataire de diagnostics et traitements, mais d’être davantage à l’écoute de l’homme souffrant.

 

Ce livre a donc pour ambition de prouver à ceux qui s’en étonneraient combien Marcel Proust ne se contente pas d’être titulaire d’une chaire en littérature - que personne ne serait enclin à lui contester - mais qu’il est en mesure d’en occuper une en médecine et que bien des malades auraient intérêt à lire son œuvre, la Recherche ayant ouvert des portes fermées à bien des malades et proposé une autre façon d’envisager la maladie aux asthmatiques d’aujourd’hui. Nous savons également que Proust est un écrivain qui a déployé – non sur le Cosmos comme le ferait un astrophysicien – mais sur l’univers intime et cérébral de l’homme, un télescope capable de nous restituer nos émotions les plus secrètes et d’expliquer le travail complexe de la réminiscence. La neurophysiologie moderne confirme la justesse de ses intuitions. D’autre part, l’inconscient est très présent dans son œuvre. L’écrivain le détecte dans tous les domaines et c’est la cure qu’il fera, après le décès de sa mère chez le docteur Paul Sollier, qui lui offrira l’opportunité de se mettre à l’écoute de cet inconscient et d’exercer sa lucidité jusqu’à remonter aux sources de son asthme et à son déclenchement. Ainsi s’approchait-il de la constatation suivante : que certaines maladies procèdent de  "goûts ou d’effrois de nos organes" suscitant rejets ou affinités. «Ainsi l’écrivain Marcel Proust - souligne François-Bernard Michel - est-il devenu progressivement le docteur Proust, attaché à observer, scruter, radiographier les personnes, leurs moi successifs et leurs comportements. L’histoire de la petite madeleine en est l’illustration.» On se doit de noter que les étapes successives, qui conduisent à la restitution du souvenir, sont médicalement et psychologiquement irréfutables de la part de l'écrivain Proust. Ce dernier a rétabli la qualité émotionnelle et l’intensité sensorielle de la réminiscence sans omettre de les nimber de leur aura originelle.

 

Après les chagrins-serviteurs, Marcel Proust évoquera les chagrins-meurtriers, ceux dont les voies souterraines auront raison de lui. Dès lors, la course contre la mort s’amorce. Pas question que l’oeuvre se laisse devancer par elle, bien que la mort soit présente, déjà toute concentrée à tenir un siège dans sa pensée. Et ce sera le Temps Retrouvé. Celui du retour du passé dans le présent, celui du pouvoir de la joie intérieure sur la désespérance. Celui de l’œuvre accomplie.  Après avoir consulté presque tous les grands médecins de son époque, à la fin de sa vie il n’y a plus que l’humble docteur Bize à son chevet et surtout Céleste Albaret, cette vestale qui a remplacé  maman. Avec elle, il corrige les dernières épreuves. Auprès d'elle, il est en mesure d’accueillir la sombre visiteuse et d’abandonner à la postérité le soin de le juger.

 

Ce livre nous offre également un panorama sur la médecine des années 1880 à 1922 et des portraits jubilatoires des professeurs titulaires de chaires de médecine, certains, amis d’Adrien Proust, plus tard de son fils Robert, ceux nombreux que Marcel a rencontrés chez ses parents, consultés personnellement, décrits avec une évidente cruauté et, avec quelques-uns, partagé une même quête sur la neurophysiologie et la neuro-immunologie. Dans cette suite de portraits apparaissent des figures incontournables : Edouard Brissaud qui a probablement inspiré le docteur Boulbon de la Recherche et considérait l’asthme comme une névrose ; le professeur Albert Charles Robin, un incompétent mondain qu’il croisera chez Madeleine Lemaire ; le docteur Pozzi, homme de haute prestance et de haute renommée, père de la poète Catherine Pozzi, qui menait grand train à Paris et traînait à ses basques les cœurs des belles de l’époque, il mourra assassiné par l’un de ses malades ; le docteur Dieulafoy, collègue de son père ; le professeur Pierre Charles Potain que madame Verdurin tançait vertement de son franc-parler dans la Recherche ; le professeur Dejerine, médecin de renom auquel Proust reprochera de ne pas être assez humaniste. Nous faisons ainsi la tournée des hôpitaux, voyons la politique hospitalière se structurer peu avant la guerre de 14/18, guerre qui permettra aux médecins et aux chirurgiens, en particulier,  de faire des pas de géant. Rien n’a échappé de cela à Proust qui savait son frère au front, opérant jours et nuits, et nombre de ses amis engagés dans l’armée. Mieux que quiconque, Proust a su décrire le corps éprouvé et autour de lui la mouvance des sensations et sentiments qu'il inspire. Enfin et surtout, si la maladie et les chagrins finissent toujours par tuer, ils développent en chacun de nous " les forces de l'esprit" et donnent un sens spirituel à la souffrance. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Le professeur François-Bernard MICHEL

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 08:05
Vermeer ou l'énigme intérieure
Vermeer ou l'énigme intérieure

Vermeer, auquel le Louvre consacre une exposition, est le peintre qui m’a le plus impressionnée dans ma jeunesse, lorsque mes parents m’ont emmenée faire un voyage en Hollande. J’avais quinze ans. Ses couleurs douces, l’intimité de ses compositions m’avaient subjuguée. J’étais d’emblée sous le charme de cette peinture simple et tranquille qui nous propose une suite de scènes de la vie domestique. Le peintre de Delft, ville ravissante penchée au-dessus de ses canaux, ne connut pas après sa mort, survenue le 15 décembre 1675 à l’âge de 43 ans, la renommée dont ont bénéficié la plupart des autres. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que Maxime Du Camp et Théophile Gautier le découvrent et le réhabilitent.

 

De sa vie, nous ne connaissons quasiment rien, sinon qu’il s’était converti au catholicisme et qu’il eût quinze enfants de son épouse Catharina Bolnes, probablement la jeune femme qui figure sur la plupart de ses toiles. Quant à ses traits, nous ne les connaissons pas davantage, il ne nous a laissé aucun autoportrait. La seule fois où Vermeer représente un peintre, lui assurément, ce sera de dos, aussi le secret le plus total repose-t-il sur sa personne et sur sa vie. Le mystère l’entoure et ajoute encore à l’aura de magie qui baigne son œuvre.

 

Néanmoins, il a su rendre palpable, à travers elle, l’existence quotidienne de son temps et détailler chacune des anecdotes qu’il a choisies de représenter d’un pinceau minutieux où il n’a omis aucun détail, préférant aux scènes de mythologie ou de religion traitées par de nombreux autres artistes, ces épisodes banals et courants.

 

Pendant longtemps, les toiles de Vermeer furent attribuées à d’autres : ainsi à De Hooch qui savait conférer à ses tableaux des jeux de lumière assez semblables et procurer à ses scènes une même dignité quasi liturgique ; ou bien encore étaient-elles imputées à Ter Borch, ce qui montre à quel point Vermeer était sorti de l’actualité picturale de son époque.

 

Marcel Proust dans sa Recherche rendra un hommage vibrant au peintre de Delft, cet artiste qui s’était représenté de dos le bouleversait, de même que ses sujets lui apparaissaient nimbés et animés d’une grâce envoûtante. Il est vrai que la contemplation de ses œuvres nous plonge aussitôt dans un univers spirituel, un silence profond qui est celui du monde intérieur, une interrogation qui est déjà celle de l’éternité, si présente sous son pinceau dans le quotidien. Par ailleurs, la place réservée aux femmes est immense. Elles sont là, maîtresses de dignité, de réserve et de naturel. Dans leur modeste apparence, elles sont les madones de la contemplation, les impératrices du quotidien, toute de simplicité majestueuse au cœur de leur royaume domestique, plongées dans une énigmatique rêverie et isolées dans un halo de lumière, tant il est vrai que le peintre, mieux que personne, a su rendre mystique la lumière du dehors pour la concentrer sur l'intimité intérieure.

 

Nul doute que ces femmes nous saisissent par leur attentive concentration et leurs attitudes journalières, cette réalité somme toute triviale a le pouvoir de nous propulser ailleurs, de nous faire toucher du doigt une dimension spirituelle. Aussi, rien d’étonnant à ce que Marcel Proust ait considéré Vermeer comme le peintre le plus apte à nous émouvoir et à nous toucher. Son monde est proche de celui de l’écrivain qui a passé l’essentiel de son temps à nous transporter dans le royaume intérieur ou toute chose prend valeur d’éternité et où ce qui semble le plus fugace anime le souffle du surnaturel.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Vermeer ou l'énigme intérieure
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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 08:47
Les nuits de Williamsburg de Fréderic Chouraki

Un auteur sans lecteurs plaque tout pour s’installer à New-York dans le quartier de Williamsburg où il vit des aventures aux allures d’épreuves initiatiques qui lui font comprendre que le monde va à sa perte et que les dirigeants actuels n’ont rien compris à la situation. Une diatribe sur fond de nostalgie des sixties, du cinéma et de la musique de cette époque dorée.

 

 

Les nuits de Williamsburg

     Frédéric Chouraki (1972 - ….)

 

 

Sammy écrit des livres mais ils ne se vendent pas, aussi son éditrice ne se gêne-t-elle pas pour l’éjecter de la maison d’édition en mettant le doigt là où ça fait mal, elle a d’autant moins de scrupules qu’elle comptait bien profiter des charmes du beau quadra qui, hélas pour elle, c’est avéré être homo. « Encore des Juifs, encore des gays ! Je n’en peux plus, Samuel ! Ecoute, tu tournes en rond. Et ce n’est pas crédible ! Qui peut imaginer un seul instant que l’on puisse passer ses journées à prier à la synagogue et ses nuits dans des … backrooms ! » Lassé de sa famille trop juive, blasé de ses déambulations dans les milieux homosexuels du Marais, déçu par ses amis carriéristes, privé de son moyen d'existence et de moins en moins enclin à chercher un job, Sammy saisit l’opportunité du départ d’un pote vers New- York pour partir à son tour vers la Grosse Pomme dans le quartier de Williamsburg dont il savait seulement que Kerouac y avait vécu.

 

A Williamsburg, il lui faudra accomplir un pénible parcours initiatique avant de comprendre ce qui cloche dans sa relation au monde actuel. Il  s’épuisera, dans un premier temps, à faire la plonge dans un restaurant italien, puis il échouera « au test de la sainteté hassidique et de l’hétérosexualité débonnaire » au contact d’un rabbin intégriste et entre les jambes de sa fille nymphomane avant, un soir d’errance et de désespoir, entendre souffler l’esprit de la beat generation, la voix de son gourou de jeunesse, la voix du grand Jack Kerouac. Alors il comprendra qu’une nouvelle classe est en train de ruiner le monde. « Leur idéologie rance se résumait à une somme syncrétique et bancale de fausses bonnes idées : écologie, éthique, partage, production locale, art en mineur, progressisme sociétal et libéralisme économique honteux ».

 « Même s’il s’en défendait, Sammy avait toujours jugé le milieu gay de même que la communauté juive avec contemption pour ne pas dire un dédain certain. » Il leur reprochait de faire partie de cette nouvelle classe coupable de conduire l’Occident malade vers une nouvelle phase de déclin, d’appartenir à « cette vermine complaisante pseudo-progressiste et ahistorique qui ne croit que dans la tiédeur et le mélange. »

 

Avec ce texte empreint d’une réelle nostalgie du bon vieux temps de la beat generation, de la liberté sexuelle, de la liberté de penser et toutes les autres libertés du bon vieux temps où le monde n’était pas encore totalement englué dans les notions de profit, de rentabilité et d’égalitarisme mou, Frédéric Chouraki achève son texte par une véritable diatribe à l’encontre de ceux qui nous dirigent. Ce livre n’est cependant pas un pamphlet politique, c’est un roman gouleyant, drôle, enrichi de très nombreuses références cinématographiques et littéraires, notamment. Un texte écrit d’une plume vive, actuelle, colorée, gouailleuse comme de l’Audiard ou du Blondin qui aurait macéré dans  le bouillon culturel de la Beat Generation assaisonné au sel de la sémantique gay et juive. Il faut connaître au moins un peu le langage juif et des bribes de parisien du Marais pour ne pas laisser échapper les allusions et insinuations glissées par l’auteur.

N’y aurait-il pas, « dans la marge de la production pléthorique qui encombrait (bre), chaque automne, les tables des librairies, l’espace pour une voix fantaisiste et légèrement anarchique ? »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Les nuits de Williamsburg de Fréderic Chouraki
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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 09:00
Le jardin Arc-en-Ciel  de Ito Ogawa

Le mariage et la filiation homosexuels préoccupent les Japonais tout autant que les Occidentaux, aussi, dans ce roman, Ito Ogawa expose-t-elle son point de vue sur le sujet sans militantisme forcené mais avec une grande ouverture d’esprit, n’éludant aucun aspect de la question. A cette fin, elle constitue une famille atypique : une femme divorcée et son fils, une jeune fille qui ne sait pas encore qu’elle est enceinte, quatre personnes qui, tour à tour, racontent un morceau de la vie qu’elles essaient de construire ensemble.

 

Dans une gare de Tokyo, Izumi, mère de famille en cours de divorce, est attirée par une jolie jeune fille, encore lycéenne, qui semble en plein désarroi, elle craint qu’elle cherche à se jeter sous un train et accourt auprès d’elle pour l’en dissuader. Elle l’emmène chez elle pour la rassurer et la convaincre que la vie peut être encore belle pour elle aussi. Une relation sentimentale se noue rapidement entre les deux femmes qui, ne voulant pas d’une histoire d’amour intermittente, décident de vivre ensemble mais pour cela elles doivent quitter la ville car la famille de Chiyoko, la jeune fille, ne supporte pas cette union qu’elle juge préjudiciable à son image et sa notoriété.

 

Avec le fils d’Izumi, les deux femmes partent alors pour le pays des étoiles, un coin de campagne perdu au pied de la montagne où elles se réfugient dans un ancien atelier délabré qu’elles arrangent pour le mieux. Petit à petit elles construisent une vie, une vie familiale comme n’importe quelle autre famille japonaise. Izumi raconte la rencontre, la fuite, l’installation au Machu Pichu, le nom qu’elles ont donné à ce coin de campagne aussi difficile d’accès que la célèbre montagne andine. Chiyoko raconte, elle, la construction de la famille, le projet professionnel des deux femmes, la possibilité de former un vrai couple. Et les enfants, à leur tour, prennent la parole pour évoquer, à travers leur regard d’enfant, cette famille atypique, comment ils vivent et ont vécu cette différence, comment ils se projettent dans l’avenir.

 

A mon sens ce roman n’est pas un livre militant pour une cause quelconque, c’est juste un texte sur la tolérance et l’acceptation. L’auteure nous laisse penser que chacun doit s’accepter comme il est et que chacun doit accepter les autres comme ils sont. « Quoi qu’il arrive l’important c’est d’accepter et de pardonner ». Dans cet ouvrage, on rencontre aussi des personnes différentes, non seulement par le sexe et les pratiques sexuelles qui sont plus ou moins bien acceptées par leur entourage, et la société en général. Ito Ogawa propose une jolie parabole pour expliquer la différence et son acceptation : « Elles (les fleurs) ont beau trouver la teinte de la fleur voisine plus jolie, et l’envier, elles ne peuvent pas modifier à leur guise la couleur qui leur a été dévolue. Alors, il ne leur reste plus qu’à vivre cette couleur de toutes leurs forces ».

 

Ce roman est aussi un joli plaidoyer pour la vie familiale qui devrait être accessible à chacun quelque soit son sexe et ses mœurs, l’auteure conseille vivement à celles et ceux qui se sentent rejetés de construire une famille avec celles ou ceux qu’ils aiment. « Vous n’avez qu’à construire une famille à vos couleurs, en prenant votre temps. Parce que les liens du sang ne font pas tout. » Au Machu Pichu, "Une famille, ce n’était pas une question de sexe ou d’âge", c’était de l’amour, des disputes, de la douleur, de l’humiliation, des amis, la maladie et tout ce qui fait la vie de tout un chacun mais avec un peu plus de contraintes encore.

 

Au Japon, l’homosexualité semble être encore moins bien acceptée qu’en Occident, c’est du moins ce qui ressort de ce roman écrit avec beaucoup de finesse et de pudeur, les personnages sont disséqués avec délicatesse jusqu’au fond de leur âme. L’auteure ne prend qu’un parti celui de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, de l’acceptation et du droit de chacun à disposer de son corps et du sens qu’il souhaite donner à son existence. La famille, qu’elle a créée, n’est peut-être pas très crédible mais elle rassemble en son sein toutes les questions qui ont été soulevées autour de l’union homosexuelle dans des scènes où la description des plus petits détails apporte un supplément de vie.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Le jardin Arc-en-Ciel  de Ito Ogawa
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 10:13
A la recherche de Robert Proust de Diane de Margerie

Diane de Margerie vient de publier un ouvrage dont le titre m’a tout de suite interpellée : « A la recherche de Robert Proust ». Qui était Robert Proust, cet homme totalement évincé de « La Recherche », l’œuvre de son frère aîné Marcel Proust, où apparaissent cependant la mère, le père, la grand-mère, la tante et quelques autres personnages qui ont occupé sa vie. Mais son frère, de deux ans son cadet, semble avoir été gommé volontairement de cette longue et pénétrante histoire. Diane de Margerie, qui s’est posée elle aussi la question, nous apporte certains éclairages au sujet de cette difficile parenté entre deux frères qui ont laissé l’un et l’autre des oeuvres importantes, le premier en littérature, le second en médecine. Car Robert, comme son père Adrien, fut un médecin-chirurgien de renom, un homme dont le destin s’est déroulé de façon naturelle, déterminée et irrévocable, contrairement à Marcel dont l’accouchement de son œuvre fut long, compliqué et tortueux.

 

Il apparaît que les deux enfants d’Adrien et de Jeanne Proust avaient bien peu de choses en commun, sinon une remarquable intelligence et une parfaite éducation. S’entendaient-ils ? Pas vraiment, bien que la mère veillât à maintenir un climat d’affection familiale. Cela, pour la simple raison, que Marcel a difficilement vécue l’arrivée de ce petit frère qui, subitement, occupait les lieux et lui prenait un peu de l’amour maternel. Oui, Marcel, enfant sensible et tyrannique, a souffert de ne pas être le seul objet de la tendresse familiale et a su, par la suite, tirer parti de son asthme et se présenter en tant que narrateur dans « La Recherche » comme un enfant unique. Peut-être l’existence de Robert sera-t-elle à l’origine de « cet univers asexué mais dévorant auquel il se sacrifiera comme sur un autel : celui de l’écriture. » En quelque sorte : « oublier les sentiments ambigus suscités par la naissance d’un autre qu’il faudra plus tard annuler par l’écriture salvatrice » - nous explique Diane de Marjorie. « C’était ou l’autre, ou l’œuvre » - ajoute-t-elle.

 

Diane de Marjorie suppose que Robert de Saint-Loup, si présent dans le roman de Marcel, est une sorte de frère de substitution auquel – explique-t-elle – « Marcel le narrateur peut songer à loisir à travers le silence observé sur le frère réel. » Le parallèle ne me semble pas vraiment convaincant, sinon que le personnage du livre mourra héroïquement durant la guerre de 14/18 à la tête de sa division, de même que Robert Proust s’y illustrera avec courage et dévouement dans son rôle de médecin militaire auprès des innombrables blessés. « Voilà qui est frappant chez les frères Proust dont l’un s’adonne à l’analyse de la dégradation (en amitié, en amour, dans la sexualité) à travers le scalpel de l’écriture ; et l’autre, tout au contraire, choisit la guérison du mal à travers le bistouri. » - insiste Diane de Margerie.

 

Marcel Proust reconnaissait : « Je suis jaloux à chaque  minute à propos de rien. » Et ses jalousies se focaliseront évidemment sur la mère. Lorsqu’il peint dans « La Recherche » les frères Guermantes, Basin l’aîné et Charlus le cadet, il ne peut s’empêcher d’y inclure la sévérité psychologique de leur père, établissant un lien avec la sévérité d’Adrien Proust, et ne manque pas de souligner qu’ils sont aux antipodes l’un de l’autre comme lui-même l’était avec Robert. Ainsi, à travers les personnages de son roman, Marcel exprime-t-il la complexité de la relation fraternelle. Et est-ce parce qu’il pense avoir une analyse plus fine de la maladie, se considérant lui-même comme un malade, qu’il accuse la plupart des médecins d’être bornés à bien des égards parce qu’ils ne bénéficient pas de la relation essentielle et étroite avec la … douleur ? L'asthme, dont il souffrait, et sa connaissance du milieu médical lui ont permis de dépeindre la lente déchéance de Charlus et la mort de la grand-mère de façon clinique en un temps où les médecins jouissaient d’une incroyable influence morale et sociale. Si bien que Serge Béhar, médecin et auteur, écrira que « La Recherche » a été rédigée par un médecin avant la lettre. Souvenons-nous que Marcel Proust, comme Freud, et bien que les deux hommes ne se soient ni connus, ni concertés, ont découvert le rôle éminent de l’inconscient, ce dont les praticiens d’alors se souciaient comme d’une guigne. Et principalement de son rôle dans les maladies  psychosomatiques.

 

Aussi peut-on se demander ce que Marcel pensait des carrières de son père  et de son frère trop privées l’une et l’autre d’une quête de l’invisible ? Marcel refusera d’être soigné par Robert et ne souhaitera à ses côtés, lors de ses tous derniers moments, que d’une seule présence, celle de Céleste Albaret, son employée de maison, qui était devenue « la vestale de l’œuvre, la Voix du téléphone, le trait d’union avec les éditeurs ». Allait-il survivre à sa Recherche ? Se survivre ? – questionne l’essayiste. Ne s’est-il pas laissé mourir en même temps que son œuvre s’achevait et ne s’est-il pas toujours refusé, et cela jusqu’à son extrême fin, à s’abandonner aux soins et conseils du monde médical ? Parce qu’il pensait en connaître plus qu’eux sur le parcours inéluctable et psychique de la maladie. Par la suite, Robert, qui lui survivra un peu plus d’une dizaine d’années, lui rendra un hommage vibrant dans la revue NRF (1923), où il salue la douceur et la bonté de Marcel, sans cesser de se consacrer à l’édition des manuscrits laissés en attente et au contrôle scrupuleux de leur publication chez Gallimard.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Marcel et Robert enfants, puis adultes avec leur mère
Marcel et Robert enfants, puis adultes avec leur mère

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 09:44
Bonneville de Laurent Saulnier

Bonnevile, c’est la Pontiac Bonneville 1969 achetée par le père du héros, le narrateur, sur un coup de tête qui lui a fait perdre son rôle de chef de famille, sa femme, passionnée par l’élevage des gallinacées, lui ayant, à cette occasion, confisqué la gestion des comptes familiaux. Désormais, la Pontiac  est clouée au garage, elle ne roule plus, des pièces sont défaillantes et des pièces de voiture de ce type on n’en trouve pas en France, surtout dans la campagne profonde où la famille a trouvé refuge. Le narrateur, jeune homme baraqué mais inoffensif, n’a pas brillé à l’école qu’il a peu fréquentée et  a vite trouvé un boulot dans une station-service où il se plait et travaille assidûment.

 

Depuis que le père est mort, il vit seul avec sa mère dans une gare désaffectée au rythme des trains qui ne s’arrêtent plus. Et il n’a plus qu’une idée en tête désormais, remettre Bonneville en état pour sillonner les routes environnantes. Afin de réaliser ce projet, il faut de l’argent, ce qu’il n’a pas. Aussi, après mûre réflexion, pense-t-il que des petits larcins commis dans les belles voitures en stationnement lui apporteront les fonds nécessaires, sans nuire exagérément aux propriétaires détroussés. Mais voilà, le papillon qui bat des ailes au-dessus de la baie de Rio pour déclencher un ouragan en mer de Chine, est de passage dans la région, tout vacille, rien ne se passe comme prévu. Des événements fortuits et indésirables s’enchaînent les uns après les autres prenant une tournure de plus en plus dramatique.

 

L’auteur évoque volontiers le célèbre inspecteur Columbo. Mais, en considérant le nombre de cadavres qui jonche les pages de ce petit roman, j’ai plutôt l’impression d’avoir traversé une série de style « Barnaby »,  série où l’on ne lésine pas trop sur le nombre de morts. Bien sûr, il est un peu particulier le jeune homme, il se relève chaque nuit pour s’installer au volant de Bonnevile avec Mister B, un énigmatique passager qui le guide, et la belle Julia aux gros seins, la livreuse de carburant. Ensemble, ils parcourent la campagne alentour jusqu’au jour où tout part  en vrille.

 

Ce texte m’a rappelé un roman de Chris Womersley, « La mauvaise pente ». J’avais alors écrit « Le roman de deux vies qui ont dérapé lorsqu’un grain de sable s’est coincé dans la mécanique de leur destinée ». Dans ce texte, la destinée semble, en effet, avoir pris la même mauvais pente que celui de Womersley, mais le roman de Saulnier, bien que fataliste, est beaucoup moins noir que celui de l’Australien. C’est l’histoire d’un pauvre gars dont les muscles remplacent, sans qu’il s’en rende bien compte, la cervelle et qui est emporté par des événements qui le dépassent malgré tout ce qu’il entreprend pour remettre le cours de son existence dans le bon sens.

 

Les passions de l’enfance peuvent prendre une tournure imprévisible et générer des situations dramatiques comme dans cette histoire presque drôle qui ressemble plus à une parodie de roman noir qu’à un texte réellement sombre. Ces doux dingues, qui cèdent à leurs pulsions sans réfléchir aux conséquences, n’existent pas que dans les guerres larvées, il peut y en avoir partout, même dans les gares désaffectées.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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