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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 09:23
BIENVENUE SUR INTERLIGNE

                             

                                                                                                                                                                                                                            

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QUI SE CACHE DERRIERE LE PERSONNAGE DE CHARLES MOREL DANS LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU ?
 

 

FELIX VALLOTTON, L'INCOMPRIS
 

 

AMOUR, GLOIRE ET DENTIERS de MARC SALBERT
 


 

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Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos:          

 

 

BIENVENUE SUR INTERLIGNE
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Et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

Quelques-uns de mes ouvrages
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Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA

 


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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 09:20
Représentation du personnage de Charles Morel.

Représentation du personnage de Charles Morel.

Si le personnage de Charles Morel dans « La Recherche du temps perdu » n’est certes pas l’un des plus importants, s’il ne traverse pas l’ensemble de l’œuvre de sa présence comme le feront un Swann, un Charlus, une comtesse de Guermantes ou une madame Verdurin, il frappe par sa capacité à apparaître imbuvable, individu mesquin et désagréable comme il en est peu. Alors pourquoi un écrivain crée-t-il de tels personnages en mesure de susciter semblable antipathie ? Proust l’a voulu dans le sillage de Charlus comme un fléchage de l’homosexualité, un être qui va tomber très bas, être en mesure de céder à toutes les turpitudes mais se reprendra vers la fin. Ainsi voit-on le trio Charlus-Jupien-Morel donner naissance à une longue réflexion sur le monde de l’inversion, thème nouveau qui manquait dans le projet initial et que l’écrivain traite en prenant en compte les deux versants, le masculin et le féminin. Ainsi, dans les huit dernières années de son existence, l’œuvre va-t-elle doubler de volume et l’évolution du personnage d’Albertine, déjà présent dans « Les jeunes filles en fleurs », n’en sera pas la seule conséquence, l’autre est indiscutablement la guerre elle-même qui verra  Proust changer d’éditeur, passer de Grasset à Gallimard avec la perspective capitale du « Temps retrouvé ». C’est dans « Sodome et Gomorrhe » que l’on découvre Morel qui n’est cité que 514 fois dans toute l’œuvre, peu en comparaison des personnages principaux. Mais qu’importe, l’homme est là pour désigner le mal, entre autre celui de déserteur lors de la guerre de 14/18 et de dénonciateur par la même occasion.

 

Avec Proust, le thème de l’inversion passera par des variations nombreuses et complexes et la liaison entre le prince de Guermantes et Morel fera figure de parabole. Proust écrit à ce sujet : « Cette liaison entre Sodome et Gomorrhe que dans les dernières parties de mon ouvrage (…) j’ai confiée à une brute. » Et toujours à propos de Morel, il note dans ses Cahiers : « Il arrive parfois que ce ne sont pas des Morel qui sont sans pitié, mais des hommes honnêtes, justes, punissant le mal, indifférents aux souffrances qu’ils causent à celui qu’ils jugent manquant de probité ou d’honneur. »  Chez Proust, un même modèle donne généralement plusieurs personnages et un modèle dérive lui-même et la plupart du temps de plusieurs modèles. Celui de Morel fait la liaison entre Sodome et Gomorrhe parce qu’il y a en lui quelque chose de la femme entretenue et damnée, si chère à Baudelaire.

 

Parmi les inspirateurs de ce triste sire, on peut citer Raymond Pétain, un jeune altiste que lui présentera Gabriel Fauré en avril 1916. Proust souhaite lui demander de jouer à son domicile. Il convoquerait aussi un pianiste : «  C’est l’ennui de la chose – dira-t-il – car j’ai deux pianos aussi faux l’un que l’autre, et ayant la funeste habitude de dormir le jour, la pensée de faire venir un accordeur m’est assez peu agréable ». Raymond Pétain vivait effectivement des prestations qu’il proposait de faire dans les salons des riches amateurs de musique. L’autre personne est probablement Henri Rochat, serveur au Ritz que Proust prend un moment comme secrétaire. Malheureusement il se révélera d’une espèce particulière, celle des entretenus. A ce sujet, Marcel écrira à Madame Straus en novembre 1918 : «  Je suis embarqué dans des choses sentimentales sans issue, sans joie, et créatrices perpétuellement de fatigue, de souffrances, de dépenses absurdes. » Il se plaint aussi qu’à chacune de ses sorties, Henri fasse pour dix mille francs de dettes. C’est Horace Finaly qui le débarrassera de cet encombrant en lui trouvant un poste dans une succursale de sa banque à Buenos-Aires. Selon Reynaldo Hahn, le secrétaire était devenu menteur et méchant, ce qui confirme bien qu’il inspira le personnage de Morel. En partant, il aurait abandonné sa fiancée comme le fera Charles Morel avec la nièce de Jupien. Céleste Albaret, qui était au service de Proust depuis 1914, raconte que celui-ci, le soir du départ de Rochat, s’écrira à son intention : « Enfin, Céleste, nous voilà bien tranquilles ! » Ainsi  a-t-il été le dernier … prisonnier.

Léon Delafosse
Léon Delafosse

Léon Delafosse

Grâce à l’argent, Marcel Proust exerce un pouvoir sur la réalité « qui est en somme une compensation à sa solitude »  - souligne Jérôme Picon. Henri Rochat sera également une source d’inspiration pour Albertine. Quant à la troisième personne, qui influencera le personnage de Charles Morel, il n’est autre que Léon Delafosse, compositeur et pianiste qui fut dans le domaine de la musique un enfant précoce. Il donnait son premier concert à l’âge de 6 ans. Il avait par ailleurs un visage ravissant, beaucoup de grâce et de charme. Proust le nommera « l’ange » et Robert de Montesquiou s’empressera de le prendre sous sa protection. Si bien que Marcel s’effacera lorsqu’il comprendra l’intérêt que Delafosse exerce sur Montesquiou. C’est d’ailleurs lui qui les avait présentés. En 1894, le pianiste a 20 ans et bénéficiera durant plusieurs années des largesses et de l’influence considérable de Montesquiou sur la vie culturelle et artistique de l’époque. Delafosse composera des mélodies sur quelques-uns de ses poèmes et aura ainsi un début de carrière fulgurant. Le 30 mai 1894, une soirée musicale est organisée par Robert de Montesquiou à Versailles que Marcel relatera dans les colonnes du Figaro. Ce soir-là, Delafosse joue une fantaisie de Chopin. Mais Montesquiou est un homme compliqué qui a besoin d’exercer sa toute-puissance sur autrui et exige de leur part une vraie dévotion. Aussi le retour de bâton sera-t-il brutal. Montesquiou va bientôt haïr le jeune Delafosse, probablement parce que l’artiste n’est pas assez docile. Et le jeune homme se retrouvera bientôt sans argent et sans contrat. C’est cette liaison tragique qui inspirera à Proust la relation entre Morel et Charlus. Ces sources permettront ainsi de créer le personnage qui s’esquisse peu à peu, d’abord flûtiste, puis violoniste.  Proust rassemble les personnes qu’il a connues pour envisager les personnages de son œuvre et leur donner ces existences où, à propos de Jupien et Morel, l’appétit pour le sexe et l’argent est central. Morel, archétype de l’homme entretenu avec des relations tarifiées, cherche par tous les moyens à s’extraire de sa position modeste. Ambitieux et sans scrupule, il n’en est pas moins un excellent musicien dont Charlus tombe amoureux mais qu’il décevra. La nièce de Vulpain détectera très vite les abysses de sa cruauté. Morel sera suspecté d’être l’inspirateur de l’homosexualité d’Albertine et parviendra également à séduire Saint-Loup. A un moment, Charlus sera tenté de le tuer tant l’être est exécrable. Mais, envoyé sur le front, Morel se montrera courageux et finira par devenir un personnage respecté. Sa nature est comme un papier sur lequel on a fait tant de plis qu’il est difficile de s’y retrouver. N’est-ce pas là toute la complexité de l’âme humaine et l’aspiration à un salut encore possible ?

 

Article rédigé à la suite des notes prises lors de la conférence de Laurent Fraisse aux lundis d’été du Cercle proustien de Cabourg-Balbec.

 

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Un salon pour dîners privés reconstitué au Ritz et l'un des cahiers de Marcel Proust.
Un salon pour dîners privés reconstitué au Ritz et l'un des cahiers de Marcel Proust.

Un salon pour dîners privés reconstitué au Ritz et l'un des cahiers de Marcel Proust.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 08:18

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                                                            Le ballon

 

 

1865 - 1925

 

D’origine suisse, Félix Vallotton est l'auteur d'une œuvre singulière qui reste aujourd’hui encore difficile à classer. Graveur, illustrateur, peintre, romancier prolifique, Vallotton s’est essayé à tous les arts avec talent et originalité. Il fut entre autre un formidable portraitiste mais, par ailleurs, un homme de contradiction, rebelle, sympathisant anarchiste et solide bourgeois, membre du mouvement nabi, solitaire impénitent et mélancolique. Marqué, dès l’enfance, par un fait  douloureux dont il fut sans doute accusé à tort,  la mort accidentelle d’un camarade de classe, il s’isola en lui-même et son abord fut toujours ombrageux et sarcastique. On s’en aperçoit dès le premier autoportrait qu’il réalise de lui à l’adolescence et où on le découvre muré et hostile, clos en lui-même comme si son attente ne pouvait être qu’intérieure. Il finira par se marier tardivement à une femme qui lui apportera une tendresse à laquelle il n’était pas habitué et sa fin de vie, vécue le plus souvent sur la côte normande, sera paisible et heureuse. «  Le ballon », est probablement son œuvre phare, significative d’une originalité qui l’éloigne de ses amis Bonnard et Vuillard par sa composition innovante, proche de la photographie.

 

vallotton_mon_portrait_1885-778x1024.jpg  Vallotton10.jpg

                              autoportraits adolescent puis adulte

 

 

Cette toile présente, en une vue plongeante, une enfant jouant au ballon dans un jardin public, tandis qu’au loin deux femmes devisent à l’ombre des arbres. L’œuvre a été inspirée d’une photo prise par le peintre en 1899 depuis  la maison de Thadée Natanson à Villeneuve-sur-Yonne, Thadée étant le cofondateur de la "Revue blanche" dont Vallotton fut l’illustrateur attitré de 1895 à 1902. La photographie participe en effet au processus créatif de Vallotton dans la mesure où il en exploite le langage spécifique, comme les cadrages audacieux et les contre-jours – explique Katia Poletti. L’enfant au chapeau est saisi dans un moment d’envol, à l’instant où, les bras tendus, il se lance derrière le ballon rouge qui lui a échappé et dont il tente de se saisir. Ce moment suspendu n’a pu être fixé que par un instantané photographique. Ainsi, en reproduisant ce mouvement, Vallotton a-t-il peint une allégorie du désir, de l’élan fébrile qui nous porte irrésistiblement vers ce qui nous échappe sans cesse.

 

Par ailleurs, la dualité des deux perspectives, celle de la lumière où évolue l’enfant et celle autre où les deux femmes se tiennent en retrait à l’arrière-plan selon une échelle réduite, exprime sans doute le mode d’existence différent qui existe entre le monde adulte et le monde de l’enfance, entre le peintre angoissé et la petite fille insouciante. Elle est accentuée  par le contraste de la lumière et de la couleur, l’une dans les blancs et ocres, l’autre dans les verts foncés. Le peintre, à l’aide des plans et des ombres, signifie que le monde des adultes est dangereux et agressif et que l’enfant s’empresse d’y échapper en s’éloignant de l’emprise dense et sombre de la nature qui projette sur le gravier ses formes menaçantes. Claude Arnaud, dans le catalogue de l’exposition, note que l’arc de cercle, qui divise la scène, évoque un globe terrestre avec une deuxième balle marron chargée de rappeler la lune ou le soleil et évoquant le tourbillon de la vie.

 

L’année 1899 marquera un tournant dans la carrière de l’artiste qui, de graveur, deviendra peintre. Malgré la dispersion du groupe des nabis, auquel il appartenait avec ses amis Vuillard et Bonnard, il organisera sa première exposition personnelle à la galerie Bernheim-Jeune, tandis qu’au salon d’automne 1905, il exposera sept de ses tableaux et fera la connaissance de Marquet avec lequel il partageait des concordances de mélancolie et le goût des grands aplats de couleurs.

 

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                                                Vallotton graveur

 

 

Travailleur opiniâtre et taciturne, Félix Vallotton a traité tous les genres avec des périodes dévolues tantôt aux paysages, tantôt aux portraits où il excelle, tantôt aux natures mortes ou aux nus, sans oublier ses impressionnantes compositions inspirées par la Première Guerre mondiale. A sa mort en 1925, ce peintre solitaire ne laissait pas moins de 1700 tableaux. Il semble qu’aujourd’hui on veuille réhabiliter un artiste trop longtemps incompris.

 

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 08:46
Amour, gloire et dentiers de Marc Salbert

L’histoire d’un vieillard fantasque qui perturbe joyeusement la vie dans une maison de retraite. Une satire drôle mais acide sur la vie dans ces institutions et sur la façon dont notre société se débarrasse de ses aînés.

 

 

Amour, gloire & dentiers

Marc Salbert (1961 - ….)

 

 

Les lecteurs de ma génération, celle qui vient juste après celle mise en scène dans ce roman, reverront inéluctablement en lisant ce texte Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël  et  compagnie déguisés en vieux campagnards marchant sur le chemin de Gouillette pour accomplir leurs espiègleries, sottises et autres forfaits, tous plus désopilants les uns que les autres, dans le célèbre film de Gilles Grangier « Les Vieux de la vieille ». Marc Salbert a la même verve que ce réalisateur, il dessine des personnages tout aussi truculents, hauts en couleur, au langage fleuri, au verbe haut, prompts à exploiter  les faiblesses de notre société afin d’échapper à la condition qu’on tente de leur imposer pour qu’ils encombrent le moins possible la vie de leur progéniture devenue grande et pensant être la partie la plus raisonnable de la population.

 

Dans un coin perdu du Pays d’Auge, par un beau matin, Stanislas débarque au Jardin d’Eden, une maison de retraite plutôt confortable dirigée par son fils qui ne l’attendait pas, n’ayant pas vu son père depuis bien longtemps et n’ayant aucune envie de renouer avec ses frasques et sa mythomanie. Stanislas n’a plus que cette solution. Accusant son associé de l’avoir spolié, largué par sa dernière, jeune, comme toujours, maîtresse à laquelle il avait promis un rôle qu’il ne pouvait plus lui donner - car Stanislas est réalisateur de films tournés avec des budgets semblables à ceux dont dispose Jean-Pierre Mocky pour ses dernières productions - il ne peut plus envisager que de se faire héberger par "Le jardin d'Eden". Les films de Stanislas pourraient sans aucun problème figurer dans l’inventaire dressé par Christophe Bier dans « Obsessions » (qui parait le même jour que le présent roman), un recueil des chroniques qu’il diffuse sur les antennes de France Culture depuis près de vingt ans dans l’émission « Mauvais Goût ». Stanislas a surfé sur toutes les vagues, profitant de l’engouement des spectateurs pour tourner des sous-produits de films à la mode : péplums, films d’action, films érotiques, etc…, utilisant les multiples ficelles du racolage dans le souci d’attirer quelques spectateurs et tous les boniments des meilleurs camelots pour vendre ses films aux producteurs. Une vie de fastes lorsqu'il avait de l’argent à flamber mais aussi une vie de vaches maigres quand la roue tournait dans le mauvais sens. En règle générale, une existence trop compliquée pour s’occuper de l’enfant qu’il avait fait à l’une de ses premières conquêtes qu’il souhaitait, comme les suivantes, transformer en reine de l’écran.

 

Au Jardin de l’Eden, Stanislas met rapidement de l’ambiance en racontant des histoires toutes plus fantasmées les unes que les autres sur sa carrière de cinéaste et les relations qu’il a nouées avec les grandes vedettes de l’écran. Son imagination débordante et sa débrouillardise se conjuguent magistralement pour inventer en catimini toute sorte de combines de manière à échapper à la rigueur de la vie austère de la maison de retraite qui devient vite un lieu de plaisir au grand dam de l’ancien légionnaire surveillant ce petit monde. Son fils ne s’indigne pas longtemps, les charmes de la pétulante femme, médecin de l’institution, l’occupent trop pour qu’il s'intéresse aux turpitudes de son père et de sa bande de dévergondés.

 

Marc Salbert conseille ce texte comme remède contre la « déprimitude » ambiante et j’abonde dans ce sens. Si vous le lisez, vous vous sentirez déjà mieux. « Le rire étant le propre de l'homme » selon François Rabelais, pour ceux de mon âge, c’est déjà une petite lueur d’espoir que nous pourrons rallumer le jour où on nous accompagnera dans une quelconque résidence destinée aux vieux adultes dont on ne sait plus que faire. L’ouvrage  a aussi une autre face, celle qui évoque le problème des personnes âgées dans notre société, la place qu’on leur réserve et l’attention que nous leur prêtons.

 

Au final, un livre drôle, désopilant, truculent, amoral, démolissant  les tabous sur la vieillesse, car  on aime à tout âge, on s’amuse à tout âge, on fait des bêtises à tout âge, mais on a aussi du cœur, de la tendresse et de la générosité à tout âge. Une leçon d’optimisme assaisonnée d’un filet d’amertume.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:22
La première Manche

guernesey-324260.jpg  Eté 1988

 

 

Ce matin, il fait gris et froid sur Saint-Malo. Les habituels changements de cap de la météo bretonne. Hier, le grand beau, aujourd'hui un ciel enjuponné de nuages. La mer en est le fidèle reflet. Tout aussi grise et opaque, tout aussi chargée et épaisse. Nous prenons la direction de Guernesey dans la blancheur de cette aube maussade. A 6 heures 55, la radio égrène le message monotone et décourageant de la météo marine. Un petit crachin nous tombe dessus. Quel curieux besoin a donc l'homme de désirer vivre sur un élément où il est en complet déséquilibre. Tout est à réapprendre. Il faut m'accoutumer à me déplacer malgré le roulis et le tangage, supputer les urgences, affiner mon écoute, dilater mon regard. L'esprit est tenu à rester vigilant, à ne négliger aucun détail. Les Minquiers sont passés sans brume et sans grand vent, en suivant les bouées sifflantes qui amplifient l'écho lancinant des profondeurs. Nous voici en pleine mer. C'est l'eau de toute part et à perte de vue. Désormais, fini de vivre avec la mer un charmant compagnonnage côtier. Nous sommes devenus une sorte d'excroissance, d'adhérence, une petite verrue étrangère sur sa belle face nerveuse. Le ciel se dégage, alors que nous approchons des côtes anglaises. Sercq et Herm apparaissent comme deux pâtés d'enfants et, plus loin, Guernesey, insignifiante digue barrant les flots. Vues de là, les terres semblent vraiment dérisoires. Progressivement, elles grandissent, les reliefs se découpent avec davantage de netteté. Nous voyons surgir des maisons, des clochers, des remparts, des tours ou bien des landes arides qui festonnent d'une ganse vert foncé les à-pic de granit. Laissant sur tribord Sercq et Herm, nous nous engageons dans Saint Peter Port que domine le Castle Cornet. Le ciel est enfin bleu, le soleil presque lumineux.

 

Jeudi 21 Juillet. Après une nuit extraordinaire dans la marina, bien calés entre deux bateaux, au point de se croire sur le plancher des vaches, nous nous réveillons une fois de plus sous le crachin, mais le soleil revient vite. Le temps change en quelques heures. Il passe par toutes les colorations, comme s'il cherchait à nous donner un aperçu des nuances inépuisables de sa palette. Effets de nuages sur les eaux, éclats diaprés et, soudain, le soleil se glissant en catimini entre deux boursouflures ténébreuses, arcs-en-ciel dressant leurs arcatures parfaites au-dessus de la mer.

 


ile-sercq-sark-plus-belles-photos-iles-francaises_146141.jpg 

                         
                     SERCQ  la fière

 

Vendredi 22 Juillet. Les courses faites, les douches prises à la capitainerie, nous voici frais et dispos pour lever l'ancre et prendre la direction de Sercq. La mer étant houleuse et le mouillage difficile aux abords d'Herm, nous filons directement vers le plus haute, la plus fière, sans doute la plus pittoresque des îles anglo-normandes. Le temps est toujours aussi doux et humide. Il est 15 heures quand nous descendons l'annexe pour gagner une grève de galets, mise entre parenthèses par deux hautes parois rocheuses. Par un chemin muletier bordé de fushias, de fougères et de chévrefeuille, nous gagnons le centre du village qui me rappelle, par sa disposition et son aspect, la charmante capitale des Saintes. Les boutiques, les maisons trapues et basses, les édifices municipaux semblent avoir été construits par une population de lilliputiens. Ici, les gens ne circulent qu'à pied, à vélo, à cheval ou en calèche. Nous en louons une pour faire un tour dans l'île, flânons au rythme de notre canasson dans les allées sableuses et ombragées qui tiennent lieu de routes, visitons la Seigneurie qui fut  longtemps celle de la célèbre dame de Sercq. Le manoir austère offre, en revanche, l'agrément d'un délicieux jardin de curé aux efflorescences vermillonnées et odorantes qui contrastent avec la sévérité de la bâtisse.
Presque toutes les maisons, construites avec la pierre gris foncé de l'île, sont carrées et massives pour mieux résister aux tempêtes et la plupart d'entre elles portent des noms français : la moinerie, le carré de l'église, Beaulieu, le Pellon, ce qui laisse supposer que les vents portèrent jusqu'à ces îles si proches un peu de notre influence et l'écho de notre langue. Ensuite, nous nous rendons à pied jusqu'à l'isthme qui offre le spectacle le plus âpre et le plus fascinant de Sercq. Imposantes falaises déchiquetées, revêtues de cette rase végétation d'un vert sombre tranchant avec la couleur grisâtre de la roche.


La pluie nous surprend au retour, pluie qui suit la pente du vent et nous frappe de plein fouet. Il faut appareiller sans tarder car le coup de chien s'annonce. Le ciel est devenu sinistre, charbonnant la mer au point qu'elle commence à former sa houle, à lever l'écume fiévreuse de ses vagues. La route jusqu'à Guernesey nous oblige à affronter une force 8 qui fait geindre, craquer le bateau. Il frappe l'eau durement comme un hors-bord, se démembre, tandis qu'une buée épaisse nous plonge dans les vapeurs d'un hammam. A 23 heures, nous faisons notre entrée dans le port, accueillis par le zodiac de la marine. Nous laissons au loin la mer danser sauvage sur la musique du vent.

 

 

Samedi 23 Juillet. Pluie ce matin, pour changer... Nous en profitons pour nous reposer, mettre de l'ordre et nettoyer le bateau, tâche qui me revient d'office puisque j'ai embarqué comme une valise et, qu'à bord, je ne sais rien faire d'autre. A défaut de barrer, de hisser la grand voile, de souquer ou de border, je suis assermentée pour passer la brosse à reluire, astiquer les cuivres, récurer les casseroles et m'empresser avec une éponge partout où une trace suspecte m'adresse un clin d'oeil désobligeant. Et on sait les marins maniaques ! Le petit déjeuner est par ailleurs un moment privilégié, où nous goûtons tous quatre aux charmes de la gastronomie anglaise. Bien qu'à l'abri du port, je ressens cette impression, probablement partagée par mes amis, de ne pas avoir d'attaches, d'être là aussi bien qu'ailleurs, de passage.

 

Herm.jpg 

                     
                   HERM   la   douce

 

Dimanche 24 Juillet. Herm est une naïade. C'est ainsi qu'elle m'apparait sous le soleil, dans la clarté de cette journée estivale. Contrairement à Sercq, sa soeur farouche dressée au-dessus de la mer comme une jeune insoumise, Herm est allongée sur les flots avec ses courbes harmonieuses, ses doux vallonnements et cette épaule qui remonte un peu, la redresse à demi sur le côté gauche. La découvrir, c'est aller au-devant d'une solitude, parcourir une lande battue par les vents, mais dont l'harmonie est une grâce et le dénudement un éblouissement des sens. En suivant les chemins étroits bordés de fougères géantes et de fushias, nous longeons ses côtes langoureuses, frangées par de longues plages qui brillent comme des ongles laqués. Ainsi Herm s'offre-t-elle voluptueuse à notre curiosité, alors que, vigilants, veillent aux alentours des rochers-sentinelles, hautes fauconneries bourdonnantes de cris, succession de casques à pointe qui semblent être là, hérissés, déchiquetés et menaçants, aux seules fins de la  protéger.
Le village, qui domine le port, se résume à quelques maisons blanches, nichées dans leur verdure et agrémentées de buissons d'hortensias. Dispersées dans l'île, de rares demeures, généralement fermettes ou chaumières, témoignent de la présence humaine.

 

Lundi 25 Juillet. La marina de Guernesey a un charme particulier. Des maisons typiques encadrent le port. Au centre trône l'église en granit. Sur les hauteurs, qui surplombent la ville basse et le port, un fouillis de résidences aux teintes claires ajoute une note de gaieté. Ce sont sur ces hauteurs, à gauche lorsque l'on tourne le dos à la mer, que se trouve Hauteville House, occupée pendant treize années par Victor Hugo qui y écrivit " Les Méditations" et  " Les travailleurs de la mer".

 

Mardi 26 Juillet. Réveil à 2 h30 du matin. Après un petit déjeuner léger, nous quittons Guernesey. La météo a annoncé un temps moins mauvais et, pour abonder dans le même sens, le baromètre amorce une très légère hausse. En route pour les côtes de Cornouailles. A nous le grand large et la nuit qui ne laisse guère soupçonner les profondeurs du ciel que ne balise, hélas, aucune étoile. Le moteur est arrêté dès la sortie du port. Les voiles sont hissées. Déjà le vent guette leur déploiement, tourne, rôde, les fait frissonner. Elles se tendent blanches et ardentes, épousent sa volonté de les entraîner, de les conduire. A travers elles, il émet ce feulement qui accompagne le froissement de soie de l'écume, les gémissements de l'étrave, le claquement des cordages, cet ensemble de bruits si spécifiques à la navigation. Et ce sera cette longue, cette régulière glissade en compagnie du ciel, de la lumière, des nuages, des oiseaux. Seule l'ascension en montagne peut être comparée à cette expérience de la mer, à ce désir de s'affronter aux éléments avec une telle gratuité, à rechercher l'effort pour tel, à s'aguerrir du froid, de la peur, du mal de mer, sans autre récompense que cette sensation intime d'avoir été un peu plus loin au large de soi-même.

 

Le First 305 vogue au petit largue sous un ciel aussi moutonnant et écumeux que la mer. Les vagues se creusent de plus en plus à l'approche des côtes anglaises. Ne se dessinent-elles pas au loin comme un présage que l'on devine plus qu'on ne le discerne ? Enfin, le mirage devient réalité, la masse des terres commence à se former. Plus de doute, ce sont elles qui opacifient l'horizon. Car, je l'avoue, après treize heures de navigation, les voir apparaître et se fortifier ainsi qu'une grande muraille austère, nous apporte un réconfort d'autant plus  appréciable que le vent force, qu'il fait très froid, qu'une houle profonde d'ouest fait gîter le bateau, nous balançant à la figure des paquets d'eau salée.


Mais le spectacle de la mer ne cesse d'être grisant. Comment expliquer cette impression d'immensité, ce voisinnage permanent avec l'inconnu, de tous côtés la double épure du ciel et de l'eau ? Nous aurons croisé peu de bateaux pendant la traversée, quelques cargos dans leur rail et ce soir, au loin, une barque de pêche qui tangue comme un bouchon, paraît et disparaît au gré des vagues. C'est au passage du rail que j'ai vu s'affronter avec le plus de violence deux volontés, deux attitudes d'homme. Celle du sage qui préférait attendre plutôt que de prendre un risque, celle de l'audacieux qui se jetait un défi et  nous exposait à un danger. Lequel des deux avait raison ? Sans aucun doute le premier, bien que l'on suivit l'avis du second, le skipper. Tout risque inutile me semble une cause perdue. On ne s'improvise pas marin. Bien difficile de frimer avec la mer ! Face à elle, nous sommes toujours face à notre vérité... Et, justement, elle est là, ce soir, devant nous. Nous nous dirigions vers la Cornouailles, plus précisément vers Salcombe, à l'ouest de Start Point, et nous nous retrouvons devant une côte inconnue que notre skipper a bien du mal à identifier. Mais oui, nous avons dévié de 10 degrés ! Voilà ce qu'il en coûte de s'obstiner à additionner au lieu de soustraire et d'avoir mal reporté l'angle de déviation des courants entre la route surface et la route fond. L'entêtement dans l'erreur nous vaut de changer de destination mais, par chance, de nous retrouver dans un coin ravissant du Devonshire ( car nous aurions très bien pu aborder une côte inhospitalière), qui pousse l'amabilité jusqu'à nous offrir, à point nommé, comme deux bras délicatement tendus, les digues de  la plue jolie marina de notre croisière. Ainsi entrons-nous à Torquay, par inadvertance. Le ciel a même amorcé un sourire...de malice.

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 Article paru dans la Revue VOILES & VOILIERS


             N°217 - Mars 1989

 

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La première Manche
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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 07:59
Cheminements proustiens de Claude Wittezaële

Claude Wittezaële nous invite à cheminer  dans des sentiers buissonniers pleins de charme et de surprises artistiques ou littéraires puisque ces cheminements ont pour guide un de nos plus grands écrivains : Marcel Proust. Ainsi Proust devient-il la clé d'un vagabondage à travers la France rurale dans plusieurs départements : la Lorraine, la Picardie, le Languedoc-Roussillon, le Berry-Bourbonnais et la Normandie. Lors de cet itinéraire, nous allons découvrir, non seulement des paysages, mais des personnalités peu connues du grand public qui ont toutes un lien avec "La recherche du temps perdu". Proust nous ouvre ainsi des perspectives sur des destins émouvants, des artistes talentueux qu'il serait tellement dommage de méconnaître, tant leurs oeuvres méritent que nous nous y attardions.

 

Nous allons débuter par la Lorraine en compagnie de Maurice Barrès qui nous invite à nous pencher et nous attarder sur un sculpteur d'un talent inoui : Ligier Richier. Et comment pourrait-il en être autrement lorsque les photos qui illustrent ce livre nous révèlent des sculptures admirables telles que "La pâmoison de la Vierge", "Le sépulcre de Saint-Mihiel", le "Calvaire" de Bar-le-Duc ou l'admirable "Pièta" d'Etain qui n'est pas sans rappeler celle de Michel-Ange au Vatican.

L'auteur de cet ouvrage nous invite également à méditer au pied de la" Colline inspirée" de Barrès où "l'horizon qui cerne cette plaine est celui qui cerne toute vie".

 

La pâmoison de la Vierge et la Pièta d'Etain
La pâmoison de la Vierge et la Pièta d'Etain

La pâmoison de la Vierge et la Pièta d'Etain

Le Sépulcre de Saint-Mihiel.

Le Sépulcre de Saint-Mihiel.

En Picardie, nous avons pour guide Henri le Sidaner et surtout Ruskin qui nous ouvre les portes de la cathédrale d'Amiens où " se lient intimement la lourdeur flamande et la flamme charmante du style français". Mais Ruskin ne se contente pas d'Amiens, il dirige aussi ses pas vers Abbeville qui tient une place importante dans l'histoire de l'art gothique et, par voie de conséquence, dans sa vie. La collégiale Saint-Vulfran suscite tout particulièrement son enthousiasme, principalement le porche occidental, véritable dentelle de pierre.

Saint-Vulfran
Saint-Vulfran

Saint-Vulfran

Notre balade buissonnière nous conduit ensuite en Berry-Bourbonnais où nous allons faire la connaissance d'une romancière très attachante Marguerite Audoux que Proust signale dans sa correspondance avec son ami Reynaldo Hahn. Marguerite Audoux, ayant perdu sa mère, sera placée dès l'âge de 3 ans à l'orphelinat de Bourges. Douée d'un sens aigu de l'observation, elle est très vite attirée par l'écriture, d'autant qu'elle aura la chance de rencontrer un certain Charles-Louis Philippe qui l'encouragera à persister dans cette voie. Si bien qu'elle met bientôt au propre ses cahiers de bergère et que ses souvenirs, romancés sous le titre "Marie-Claire", obtiendront le prix Fémina en 1910 et lui mériteront une renommée passagère. Elle s'éteindra oubliée de tous en 1937 mais c'est le titre de ce roman qui est à l'origine de celui d'un célèbre mensuel féminin toujours d'actualité. Quant à Charles-Louis Philippe, notre auteur le place bien volontiers dans son panthéon littéraire pour la qualité de son style et la tendresse qu'il accorde à ses personnages. C'est à Cerilly que se situe sa maison natale transformée en musée. Philippe sera l'ami de Barrès, de Gide, d'Octave Mirbeau mais ne connaîtra pas leur notoriété. Il repose au cimetière de Cérilly sous un buste sculpté par Antoine Bourdelle.

Marguerite Audoux à sa table de travail et buste de Charles-Louis Philippe à Cerilly.
Marguerite Audoux à sa table de travail et buste de Charles-Louis Philippe à Cerilly.

Marguerite Audoux à sa table de travail et buste de Charles-Louis Philippe à Cerilly.

A  Commentry,  le souvenir d'Emile Mâle nous devance. On appela cet historien de l'art religieux "Le Christophe Colomb des cathédrales" et c'est vers lui que se tournera Proust lorsqu'il visitera les monuments religieux de Normandie et de Picardie. En Languedoc-Roussillon, nous allons croiser Céleste, oui Céleste Albaret, cette femme étonnante qui sera auprès de Marcel de 1914 à 1922 sa secrétaire, sa confidente, sa coursière, sa cerbère mais surtout son ange gardien, ce qu'elle raconte dans un livre émouvant "Monsieur Proust". Sur le Causse de Sauveterre en Lozère, c'est à Canourgue qu'elle naquit, très précisément au moulin d'Auxillac. Ce moulin restauré est désormais une auberge où le voyageur trouvera le gite et le couvert. Plus loin, à Bédarieux, nous avons rendez-vous avec Ferdinand Fabre, écrivain cévenol dont la carrière littéraire fut alimentée par la lecture des auteurs romantiques. Malgré ses relations et ses succès personnels, il ne parviendra pas à siéger sous la coupole. Auteur d'une vingtaine de romans, il est de nos jours oublié malgré les nombreuses qualités de sa plume. Celle-ci s'est principalement consacrée à évoquer la vie des campagnes rythmée par les fêtes, les processions et la récolte des châtaignes. Elle décrit dans un style limpide "la vie des paysans cévenols et des personnages que Rabelais n'aurait pas désavoués. Tout cela est vivant" - souligne Claude Wittezaële - "les paysages comme les paysans et les prêtres du village. Je me plais à voir dans l'oeuvre de Ferdinand Fabre un assemblage de Marcel Pagnol et Alphonse Daudet pour la truculence de ses héros et de Jean Giono pour leur description sans concession."
 

Toile du musée de Commentry (salle du patrimoine Emile Mâle) et buste de Ferdinand Fabre à Bédarieux.Toile du musée de Commentry (salle du patrimoine Emile Mâle) et buste de Ferdinand Fabre à Bédarieux.

Toile du musée de Commentry (salle du patrimoine Emile Mâle) et buste de Ferdinand Fabre à Bédarieux.

Pour terminer notre itinéraire, nous allons nous rendre en Normandie où nous attendent tant de lieux proustiens. Tout d'abord les monuments qu'il se plût à visiter comme la cathédrale de Bayeux ou celle de Caen, également d'humbles églises comme celle de Dives, sans oublier les lieux où il demeura, ainsi le manoir des Frémonts et les Roches-Noires à Trouville-sur-Mer et le Grand-Hôtel à Cabourg. Nous rencontrerons également Jacques-Emile Blanche auquel nous devons le portrait de Proust qui se trouve aujourd'hui au musée d'Orsay. Celui-ci demeura à Offranville où un musée lui est consacré au milieu d'un délicieux jardin. Enfin ne manquons pas de nous attarder à Honfleur où Eugène Boudin sut rendre, grâce à son pinceau, la beauté particulière des ciels normands, de la mer mouvante et des horizons lointains que Proust décrira tout aussi bien grâce à sa plume. Voilà un parcours que Marcel initie et où les différentes étapes sont pour la plupart inspirées par la lecture de sa biographie et de son oeuvre. Un voyage rafraîchissant dont les lieux nous rapprochent d'hommes et de femmes de talent que la mémoire du temps a injustement oubliés. Merci à Claude Wittezaële pour ces cheminements emplis d'évocations charmantes et de visions qui touchent autant le regard que le coeur.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Portrait du fils du peintre Helleu, ami personnel de Proust, par Jacques-Emile Blanche

Portrait du fils du peintre Helleu, ami personnel de Proust, par Jacques-Emile Blanche

La plage de Trouville à la fin du XIXe siècle par  Eugène Boudin

La plage de Trouville à la fin du XIXe siècle par Eugène Boudin

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 09:05
Relations secrètes de LI Jingze

C’est un très gros travail qu’a effectué LI Jingze pour essayer de comprendre comment son pays, l’Empire du Milieu, comme il se prétend, n’a jamais pu comprendre et se faire comprendre des Européens et notamment des Anglais Un texte fondamental pour ceux qui s’intéressent aux relations de l’Europe et de la Chine.
 

 

                                Relations secrètes

Li Jingze (1964 - ….)

 

 

Passionné par l’approche de l’histoire proposée par Fernand Braudel, LI Jingze a entrepris ce vaste récit, entre essai et histoire, pour tenter de comprendre et de faire comprendre comment deux grands empires, pensant dominer le monde, n’ont jamais pu se comprendre eux-mêmes et ne se comprennent peut-être encore pas très bien. Il a remonté le temps jusqu’à la dynastie des Tang (618-907) puis celle des Song (960-1279) pour retrouver les légendes, les poésies, les chansons, les textes anciens qui pouvaient lui permettre de faire revivre  le petit peuple et ses avatars qui ont construit l’histoire de son pays. Et, ainsi, il a poursuivi son chemin dans le maquis des textes officiels, confronté à l’énorme problème de la traduction. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas si longtemps encore, il y avait plus de distance entre le chinois écrit et le chinois parlé qu’entre le chinois écrit et l’anglais.

 

A travers cet immense travail, extrêmement documenté, l’auteur n’est pas historien de formation mais il connait certainement mieux l’histoire de son pays que de nombreux universitaires qui enseignent cette matière, c’est avant tout un très grand érudit qui s’est consacré à saisir pourquoi son pays, que tous ses habitants considèrent comme le centre du monde, « l’Empire du Milieu », n’a jamais pu comprendre et se faire comprendre de l’autre puissance dominant le monde, l’Empire britannique. Jusqu’au XIXe  siècle, les Chinois et leur empereur en tête pensait qu’«  En Occident il n’y a en fait qu’un pays, c’est l’Angleterre. L’Amérique, la France, l’Allemagne, etc… ce sont d’autres façons de désigner l’Angleterre, pour tenter d’abuser encore la dynastie céleste. » Pour simplifier notre discours, nous dirons simplement que LI Jingze a essayé de connaître les raisons qui ont fait que  l’Occident et la Chine ne se sont jamais compris.

 

A l'origine, il faut admettre que ces deux parties du monde ne se sont connues qu’à travers les marchandises qu’elles échangeaient sans jamais se rencontrer. Les marchandises voyagent plus loin que les hommes. Les Croisés occidentaux ont ainsi découvert une foultitude de produis nouveaux dans les échelles du Moyen-Orient, des produits venus de Chine ou attribués aux Chinois, comme l’ambre gris, la rose ou le bois d’aigle… A travers ces produits inconnus, les Occidentaux ont fantasmé un pays sans le concevoir réellement, tout comme les Chinois ont fantasmé l’Occident quand ils ont reçu les premiers produits manufacturés, acheminés le long des voies de communication terrestres ou maritimes. La notion de Route de la Soie sera inventée plus tardivement. Marco Polo intéresse assez peu l’auteur qui s’étend beaucoup plus longuement sur les écrits et les aventures de Galeote Pereira, Guillaume de Rubroek, Matteo Ricci, pour terminer son périple historique avec Malraux qu’il conteste fermement, démontrant qu’il a beaucoup emprunté et qu’il n’a pas vécu ce qu’il laisse croire qu’il a vécu.

 

L’auteur s’étend notamment sur la perception du monde qu’ont les Chinois. Ceux-ci  ont connu au Moyen-Age leur période la plus faste avec les Tang et les Song notamment et ils se sont, à partir de cette époque, comme figés dans leur splendeur la croyant définitive et immuable, vivant dans le présent et ne voyant le changement que comme un nouveau présent à vivre. « Nous ne croyons qu’au monde actuel, c’est pourquoi éliminer l’ancien et faire bon accueil au nouveau est toujours un événement heureux. » Alors que les Occidentaux ont été dès les XIIe et XIIIe siècles bousculés et stimulés par de nombreuses innovations et  inventions les projetant toujours plus fort vers l’avant, vers l’avenir. Ainsi le formidable élan occidental a été parallèle à la sclérose de la société chinoise engoncée dans les fastes de son riche passé. Les Occidentaux n’ont jamais compris que la Chine était un empire très civilisé issu d’une immense richesse économique, intellectuelle et artistique et les Chinois n’ont vu dans les Occidentaux que des petits manufacturiers sans histoire ni tradition.  Un empereur chinois disait « Qu’ont les Occidentaux de si extraordinaire ?..., nous avons tout cela : ils construisent des bâtiments, réparent les pendules, peignent des tableaux et jouent du clavecin, ils nous fournissent tout ce que nous voulons ! » Il était convaincu d'être le gardien d’une tradition millénaire qui lui conférait le pouvoir sur le monde entier.

 

Ainsi, les Occidentaux n’ont vu dans les Chinois que des barbares non civilisés tout juste capables de torturer leurs femmes en leur bandant les pieds. Les Chinois, eux, n’appréciaient pas plus cette coutume dont ils avaient honte. « Les Chinois de l’époque éprouvaient une profonde aversion pour cette coutume antique et se sentaient humiliés par l’intérêt des Occidentaux pour cette pratique. » « Nous ne voulons pas que les Occidentaux voient cela et eux justement veulent voir cela. » Ce regard sur la coutume des pieds bandés montre bien le fossé qui sépare les deux civilisations et peut-être aussi le manque de volonté des deux parties pour combler ce fossé, chacun voulant que l’autre soit son inférieur. Les multiples incidents protocolaires relatés par l’auteur confortent, s’il était nécessaire, cette appréciation. Nul ne voulait s’abaisser devant l’autre, chacun supposant  n’avoir de comptes à rendre à personne. Même les guerres n’ont pas réglé ce problème de préséance.

 

Ce manque de volonté est renforcé par une grande difficulté de communication. La traduction d’une langue vers l’autre est un énorme problème. « Chaque fois qu’une langue rencontre une autre langue, c’est un piège d’une profondeur insondable, où s’agitent et bouillonnent les erreurs, les malentendus, les illusions et les tromperies les plus inconcevables. » L’auteur a recopié deux versions d’un même traité, l’une étant en Angleterre, l’autre en Chine, l’écart entre les deux textes est énorme et prouve  bien la difficulté que les deux peuples avaient de communiquer entre eux et aussi leur volonté insidieuse d’essayer de tromper l’autre à travers la version conservée du traité. Et pour conclure, LI Jingze renvoie les deux délégations dos à dos : « Ces humanistes naïfs qui étaient en même temps des colonialistes féroces…  eux-mêmes comme leurs interlocuteurs étaient persuadés que dans l’univers il n’y avait qu’un sens, que leur propre langue exprimait totalement. »

 

Ce livre est un puits de culture et de connaissance, il fait revivre la Chine d’avant l’An Mil jusqu’à l’époque que Malraux essaie de nous faire croire qu’il a connue. Non la Chine des grands empereurs et des grandes batailles, mais la Chine du petit peuple qui a construit et transmis les légendes, les poésies, la tradition, tout ce qui fait la vie quotidienne d’un peuple. Et Li Jingze, empreint de la sagesse millénaire de son peuple, conclut non sans un brin de malice pour éviter la polémique : « Nous adorons notre histoire et nos traditions, mais nous avons une conception absolument unique de  l’ « histoire » et des « traditions ». » A chacun son histoire, à chacun ses traditions et que nul ne  juge celles de l’autre avec ses propres critères.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 09:29
Proust et Flaubert
Proust et Flaubert

D'après les notes prises lors de la conférence donnée par Madame Mireille Naturel - maître de conférence à la Sorbonne - à la mairie de Cabourg le lundi 31 Juillet 2017 dans le cadre des conférences d'été du Cercle proustien de Cabourg-Balbec.

 

Marcel Proust ( 1871 – 1922 ) et Gustave Flaubert (1821 – 1880 ) ont la Normandie en partage et plusieurs autres points communs : tous deux sont fils de médecins, tous deux de santé délicate (l’épilepsie pour Flaubert, l’asthme pour Proust), tous deux consacreront leur vie à l’écriture et spécialement au style – il y aura même un souci phonique de la phrase chez Flaubert qui lisait ses textes à haute voix – enfin ils vivront l’un et l’autre en ermites, Proust dans sa chambre tapissée de liège à Paris, Flaubert retiré à Croisset. Par ailleurs, George Sand tiendra une place particulière dans leur existence : elle est l’auteur que la mère du narrateur lui lisait le soir lorsqu’il était enfant dans "A la recherche du temps perdu", tandis que Gustave Flaubert sera un intime de George avec laquelle il échangera une longue correspondance.

 

Pourquoi Proust se passionnera-t-il pour cet écrivain qui meurt en 1880 alors qu’il n’a que 9 ans ? Sans contexte pour la qualité de son style,  mais aussi pour la façon dont il envisage la vie et l'irrésistible comique qui anime  « Bouvard et Pécuchet » cité dans « Les plaisirs et les jours ». Enfin pour sa thématique sur l’acquisition du savoir. Il y a également des rapprochements qui peuvent être faits entre Bouvard et Pécuchet et Reynaldo Hahn et Proust dont l’amitié n’allait pas de soi et où s’était développé  un goût semblable pour la dérision.

 

Au XIXe siècle, on ne pouvait faire l’impasse sur deux écrivains comme Balzac et Flaubert. Chez Flaubert, l’essentiel repose sur la vibration des sensations, également sur l’importance des choses. Leur apparition n’était pas sans modifier la vision des personnages, leur rapport à la réalité. Par le pastiche, Marcel Proust, à ses débuts, fait non seulement ses gammes mais tente de s’approcher de la technique romanesque de Flaubert et également de Balzac, avant d’acquérir la sienne propre, ce qui sera son souci permanent. Après avoir apprécié le talent de ces maîtres du roman, il entendra s’en détacher afin d’affirmer l’originalité du sien et d’aller toujours plus loin et différemment dans sa propre vision de la comédie humaine.

 

Avec Proust, rien n’est jamais laissé au hasard. Ainsi évalue-t-il la façon dont Flaubert sait terminer un ouvrage quel qu’il soit : roman ou conte ; mais, contrairement à lui, il attachera plus de prix au cœur et à la sensibilité qu’à l’intelligence. Est-ce pour cette raison qu’il placera « L’éducation sentimentale » parmi ses préférés ?

 

On sait également que Proust n’hésitait pas à superposer ses emprunts, à s’inspirer des thèmes qu’il recueillait  chez Flaubert et chez de nombreux autres écrivains comme le chant de la grive cher à Chateaubriand. Chez Flaubert, ce sera le motif de la vitre ou du vitrail, le vitrail étant un thème que l’on retrouve à de nombreuses reprises dans « La Recherche » et qui n’est pas sans revêtir une importance esthétique et religieuse et une inscription dans l’ordre de la légende.  (Ainsi le vitrail  de  Saint Julien l’Hospitalier à Rouen pour Flaubert et celui de l’église de Combray pour Marcel). Le vitrail suggère quelque chose d’important pour les deux écrivains. Selon Flaubert, il est ce qui sépare et isole ; selon Proust, il relève du rapport au monde. Rappelons-nous l’importance de la vitre du Grand-Hôtel de Balbec dans « La Recherche » dont la salle-à-manger est comparée à un aquarium. Il y a, certes,  une image assez semblable dans « Madame Bovary » lorsque celle-ci surprend, alors qu’elle se trouve à une réception dans un château normand, des paysans qui s’agglutinent  pour  voir ce qui se passe à l’intérieur de celui-ci. Approche identique chez les deux écrivains du décalage qui persiste entre les pauvres tenus à l’extérieur et comme hypnotisés par le luxe et les lumières qu’ils perçoivent dans ces lieux privilégiés.

 

Gustave Flaubert détient le privilège d’être considéré par  Marcel Proust comme le romancier modèle, bien qu’il ne sera pas celui qui inspirera l’écrivain de « La Recherche », son incontournable Bergotte, plus proche au physique et au moral d’Anatole France, personnalité littéraire que Proust a connue et qui fut le préfacier de son  ouvrage « Les plaisirs et les jours ». En premier lieu, Flaubert l’est pour la construction de son œuvre et le style, ainsi que pour sa vision du monde, subtile et réaliste. Mais Flaubert, contrairement à Proust, ignore l’usage de la métaphore que ce dernier emploiera de façon magistrale. Proust reconnaîtra également le talent d’un Maupassant qu’il croisa chez Madame Straus, probablement à Trouville au manoir de la Cour-Brûlée, enfant spirituel de Gustave Flaubert auquel Marcel reprochera de n’avoir pas su se détacher. Aussi placera-t-il « Boule de suif » comme un ouvrage à part où Maupassant aura su  momentanément affirmer son originalité. Cela ne l’empêchera nullement de le considérer comme un écrivain mineur. Néanmoins, tous deux sauront admirablement faire parler les gens simples et se plairont à donner de l’importance et de la visibilité aux noms de pays, à les situer sur une mappemonde purement littéraire et irrésistiblement savoureuse.

 

Si Flaubert n’apparaît au final que de façon anecdotique dans l’œuvre de Marcel Proust, ce dernier sachant adroitement mêler admiration et profanation, comme il le fera vis-à-vis de Ruskin et de quelques autres, il n’aurait  pas été Proust sans ce travail sur l’écriture de ses prédécesseurs et sur sa longue méditation sur la transmission que chacun accorde à son suivant. Mais un grand écrivain se doit à un moment donné de couper les liens, en quelque sorte de rompre le amarres afin de voguer en solitaire sur le vaste océan de la création artistique.

 

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Table dressée pour un dîner chez George Sand à Nohant auquel Flaubert participera à maintes reprises.

Table dressée pour un dîner chez George Sand à Nohant auquel Flaubert participera à maintes reprises.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 08:47
Bingo (Père et fils) de Jean-François Pigeat

Jean-François Pigeat nous offre un polar bien troussé, plutôt drôle, où l’hémoglobine ne coule pas à flot, un bon polar comme on en  écrivait il y a quelques décennies, un polar qui nous rappellera Simenon sans Maigret et bien d’autres.

 

 

Bingo (Père & fils)

Jean-François Pigeat (1950 - ….)

 

 

Bingo ! Gagné ! Mais pour savoir si c’est effectivement gagné, il faudra lire le livre jusqu’au bout. A ce stade, je ne peux que vous dire que Bingo est avant tout le surnom que Jacky Bingolacci a transmis à son fils Florian. Jacky est un jeune homme beau comme un Apollon dont le plus grand souci est de repousser la meute des filles qui voudrait se l’accaparer, au moins pour un petit moment d’intimité. Il a transmis son physique à son fils qui exerce le même magnétisme sur la gente féminine sans savoir bien gérer cette attraction.

 

Bingolacci père n’est pas très attiré par l’école qu’il quitte vite, il veut devenir artiste de cinéma, prend même quelques leçons, obtient des figurations, des rôles sans importance qui ne lui permettent pas de nourrir décemment la famille qu’il fonde avec Nicole et Florian. Il tombe dans les petites combines et finit par tomber lui-même pour une banale histoire de vol de statues en bronze. En prison, petit fretin, il est repéré pour sa candeur et sa faiblesse par un vrai caïd qui lui propose un marché sous une très forte pression. Il doit déplacer un trésor de guerre dont la cache est menacée par un projet immobilier. A sa sortie de prison, il entreprend donc le transfert de ce trésor quand, soudain, des malfrats s’immiscent violemment dans cette opération.

 

Pendant ce temps, le fils, qui, comme son père n’est pas davantage  passionné par les études, déserte le lycée, accomplissant consciencieusement mille petits boulots pour séduire la belle dont il est follement amoureux. Et ce, bien qu’elle soit en situation irrégulière, chaperonnée par trois cousins velléitaires qui n’hésitent pas à utiliser la violence pour intimider leurs victimes.  Florian n’est certes pas le bienvenu, la cousine étant  promise à un gars du pays, un pays qui n’existe pas dans un pays qui n’existe plus, et elle doit être livrée intacte, soit vierge.

 

Le père et le fils ne se voient plus, le fils ne veut pas d’un père en taule et à sa sortie de prison le père s’est évaporé dans la nature mais les deux mondes dans lesquels ils gravitent vont finir par interférer l’un l’autre. Les petits malfrats de la cité vont percuter les bandits internationaux sans l’avoir voulu, coinçant dans ce combat le candide Florian qui se débat comme un lapin de garenne dans le piège du braconnier. Florian n’est qu’un amoureux transi égaré dans un grand jeu qui lui échappe totalement et où les coups sont très violents et même souvent mortels.

 

Un polar comme on en écrivait au siècle dernier, un Simenon sans Maigret, un McBain. On dirait que Pigeat s’est inspiré de ces auteurs et qu’il a voulu leur rendre hommage à travers ce roman très animé, bien rythmé, plus parodique que vraiment noir. Un roman bien de notre temps qui met en scène les mouvements révolutionnaires désagrégés mais enrichis et des petits voyous de banlieue plus forts en gueule que vraiment dangereux. L’auteur décrit ainsi la transmission du pouvoir de la marge, des brigades révolutionnaires aux réseaux de trafiquants venus de l’Est. Et il ne se complaît jamais dans une violence sanguinolente, il l’évoque quand c’est nécessaire mais à la limite de la drôlerie, avec plus de gouaille que de pathétisme, sans exhibitionnisme déplacé, sans complaisance outrancière, sans débordement dégoulinant d’hémoglobine. Un bon moment de détente qui fera oublier l’ambiance morose qui règne actuellement dans l’actualité.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Bingo (Père et fils) de Jean-François Pigeat
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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 09:28

Louisa de Mornand

 

Une autre amie de Proust est la jeune actrice Louisa de Mornand qui commence sa carrière pas des levers de rideau sur les Grands Boulevards et dont il brosse le portrait en vers :

 

« Louisa nous semble à tous une pure déesse

  Son corps n’en doutez pas doit tenir la promesse

  De ses deux yeux rêveurs, malicieux et doux. »

 

Mais à la différence de Rachel qu’elle inspirera, ce n’est pas une ancienne prostituée et elle n’est pas juive. Proust a emprunté ce détail de la maison close à l’actrice Lantelme, maîtresse d’Alfred Edwards, fondateur et directeur du « Matin », qui l’en avait sortie et qui mourra tragiquement au cours d’une croisière sur le Rhin. Proust les avait rencontrés tous deux durant l’été 1907 au Grand-Hôtel de Cabourg où ils séjournaient. Par ailleurs, Louisa ne fera pas sur scène une carrière aussi brillante que Rachel dans la Recherche. Si Rachel éclipse la Berma, Louisa ne fera aucunement de l’ombre à Sarah Bernhardt ou à Réjane.

 

 

Née Louisa Montand en 1884, cette jeune femme avait dix-huit ans lors de ses débuts, un corps sculptural et un visage charmant. De 1903 à 1910, elle jouera des rôles secondaires à la Gaieté, aux Mathurins et au Vaudeville, puis sa carrière cessera d’un coup après 1910, malgré quelques apparitions au cinéma entre 1932 et 1935. Sa liaison très passionnée avec le marquis, puis le duc Louis d’Albufera, cesse en 1906, à la suite de laquelle ce dernier lui versera une pension plus modeste que celle de Saint Loup à Rachel.

 

 

C’est l’occasion pour le narrateur de la Recherche de réfléchir sur l’amour entre deux personnes et de rejoindre sur bien des points ce que la psychanalyse en a dit ou en dira. Rachel identifiée à une idole par Saint-Loup dépassait la stature humaine et dominait de loin «  l’avenir qu’il avait dans l’armée, sa situation mondaine, sa famille » - précise l’auteur.

Mais, comme pour Swann à l’égard d’Odette, comme pour le narrateur à l’intention d’Albertine, l’amour de Saint-Loup pour Rachel sera miné par la jalousie, par la méfiance dont ce dernier se laisse envahir, supposant que ses sentiments ne sont pas partagés :

 

«  Tout à coup, Saint-Loup apparut, accompagné de sa maîtresse, et alors, dans cette femme qui était pour lui tout l’amour, toutes les douceurs possibles de la vie, dont la personnalité, mystérieusement enfermée dans un corps comme dans un Tabernacle, était l’objet encore sur lequel travaillait sans cesse l’imagination de mon ami, qu’il sentait qu’il ne connaîtrait jamais, dont il se demandait perpétuellement  ce qu’elle était en elle-même, derrière le voile des regards et de la chair, dans cette femme je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur ». Et Proust ajoute un peu plus loin : «  Ce n’était pas « Rachel quand du Seigneur » qui me semblait peu de chose, c’était la puissance de l’imagination humaine, l’illusion sur laquelle reposaient les douleurs de l’amour que je trouvais grandes ».

 

 

A Céleste Albaret, Louisa confiera beaucoup plus tard que le marquis était très gentil et très généreux mais pas très intelligent. Et Proust, auquel Céleste rapportera ce propos, rétorquera : « L’intelligence du duc est au niveau du talent de Mademoiselle de Mornand. » Cependant Proust aimait Albufera et les liens qu’il entretint avec l’actrice n’ont sans doute eu d’autre cause que de le rapprocher du jeune marquis, mais, hélas pour Proust, ce dernier n’était pas de ce bord ! D’ailleurs, lorsqu’en 1904, Albufera épouse une petite fille de Masséna, c’est Proust qui est chargé de consoler Louisa et de faire en sorte qu’elle patiente durant le voyage de noces. Marcel ne se cachera pas d’avoir beaucoup appris en observant le couple et s’inspirera des amours orageuses de l’aristocrate d’empire et de la petite actrice de boulevard qu’il reproduira assez fidèlement dans celui formé par Saint-Loup et Rachel, au point qu’Albufera rompra avec lui lorsqu’à son tour il se découvrira dans le personnage. Par la suite, Louisa tombera dans les bras d’un roturier nommé Robert Gangnat qu’elle rendra très malheureux. L’apprenant de la bouche de Gaston Gallimard, l’écrivain noircira un peu le portrait de Rachel.

 

 

Mais nous devons à Louisa une reconnaissance particulière, celle d’avoir conservé les lettres que Proust lui avait envoyées. Avait-elle pressenti l’avenir encore lointain du petit Marcel ? Avait-elle été  charmée par le ton, la qualité de ces pages ? Il est rare, en effet, de garder par devers soi des missives qui n’émanent pas d’un fiancé, d’un mari, d’un amant. Il est vrai que c’est Marcel qui l’avait présentée à Henri Bataille, le premier dramaturge a lui avoir fait confiance et intronisée sur les planches parisiennes. Céleste Albaret, parlant de Louisa, dit qu’il dût y avoir entre Proust et elle une forme d’attachement. Elle se rappelait qu’un soir l’écrivain l’avait chargée d’aller d’urgence lui porter un pli. Céleste avait trouvé l’actrice à son domicile déjà tout habillée prête à sortir dans une robe fourreau en satin noir, encore jeune et belle. Quand elle lui avait dit qu’elle venait de la part de monsieur Proust, celle-ci avait sauté de joie. Le message n’était autre qu’une invitation à dîner pour le soir même. Alors Louisa avait tout décommandé pour s’y rendre. Bien des années après, alors que Céleste tenait un hôtel rue des Cannettes avec son mari Odilon, elle avait vu arriver une très vieille dame qui était restée longtemps prostrée sur un siège à lui parler de Marcel, et c’était elle. J’ai bien senti – notera Céleste - que le souvenir de Mr Proust ne l’avait pas quitté. Du moins Louisa de Mornand, même si elle s’est reconnue en Rachel, et c’est plus que probable, n’en a pas pris ombrage et conservera un souvenir ému de celui qui lui adressait quelques-unes des lettres suivantes :

 

«  Chère Amie,

Votre souvenir m’est précieux et je vous en remercie. Combien j’aimerais me promener avec vous dans ces rues de Blois qui doivent être pour votre beauté un cadre charmant. C’est un vieux cadre, un cadre Renaissance. Mais c’est aussi un cadre nouveau puisque je ne vous y ai jamais vue. Et dans les endroits nouveaux les personnes que nous aimons nous semblent en quelque sorte renouvelées. Voir vos beaux yeux refléter le ciel léger de Touraine, votre taille exquise se détacher sur le fond du vieux château, serait plus émouvant pour moi que de vous voir avec une toilette autre, ce serait vous voir avec une parure différente. Et j’aimerais essayer à côté des jolies broderies de telle robe bleue ou rose que vous portez si bien, l’effet des fines broderies de pierre que le vieux château porte aussi avec une grâce qui pour être un peu ancienne n’en est pas à mon gré moins seyante. Je vous écris tout cela avec une plume si mauvaise qu’elle ne peut écrire qu’à l’envers. Ma cervelle l’est un peu aussi. Ne vous étonnez pas si le résultat n’est pas brillant. Du reste, je ne sais dire aux femmes que je les admire et que je les aime, que quand je ne pense ni l’un ni l’autre. Et vous, vous savez que je vous admire beaucoup et que je vous aime beaucoup. Aussi je saurai toujours très mal vous le dire. Ne croyez pas que tout cela soit une manière indirecte, prétentieuse et maladroite de vous faire la cour. Bien que cela ne tirerait pas à conséquence, parce que vous m’auriez vite envoyé promener, j’aimerais mieux mourir que de lever les yeux sur la femme adorée d’un ami que son cœur noble et délicat me rend chaque jour plus cher. Au moins, peut-être un peu d’amitié et beaucoup d’admiration me reste-t-il permis… Vous en déciderez comme vous voudrez. En attendant ce verdict, risquant le tout pour le tout et avec une hardiesse qui est peut-être un effet de la grande distance qu’il y a entre la rue de Courcelles et la Chaussée St-Valentin, je vais faire (en demandant mentalement la permission à Albufera) une chose qui me ferait un plaisir fou si elle se réalisait un jour autrement qu’en lettre, ma chère Louisa, je vous embrasse tendrement. »

 

 

Et pour renforcer, si besoin est,  notre conviction que dans le couple formé par Albufera et Louisa, Louis était encore plus cher au cœur de l’écrivain, voici une autre lettre qui, comme la précédente, a été écrite au cours de l’année 1904 – 1905 :

 

«  Ma petite Louisa,

Je vous envoie pour l’année qui vient mes voeux les plus profonds d’une amitié que le temps qui passe et le temps qui vient ne cesse de rendre plus tendre et plus forte, plus triste aussi du souvenir du temps qui est passé et du temps qui ne reviendra plus. C’est si difficile à distance de savoir ce que désire la chère Louisa, que c’est seulement à mon retour quand je pourrai m’informer et chercher que je vous enverrai un de ces pauvres objets que vous daignez accueillir parce que vous savez y voir, avec votre imagination de poète, toute la tendresse de celui qui les choisit, l’humble dévouement de celui qui les place, et se place, à vos pieds.

Mais d’ici-là – tout de suite vous pourriez me rendre un grand service. Ce serait – par retour du courrier, Louisa, peut-on vous demander une chose pareille ! par dépêche serait encore mieux – de me dire quelque chose que vous croyez qui ferait plaisir à celui qui vous le savez est mon plus cher ami. Dites-le moi. Est-ce quelque chose pouvant servir à son auto. Et alors quoi ? – Est-ce une épingle de cravate ? Et alors quelle pierre ? Vite un mot, cela me fera si grand si grand plaisir. »

 

 

Le temps a passé. Cette lettre date des années de guerre 14/18. Louisa a rompu avec Louis d’Albufera malgré les efforts de Proust pour tenter de les rabibocher, vit désormais avec Robert Gangnat  et vient de perdre son frère :

 

«  Je ne peux vous exprimer que brièvement le grand chagrin que me cause votre lettre. Ce grand chagrin est trop naturel ; vous aimant comme je vous aime, je ne peux pas ne pas être cruellement atteint par l’idée que vous souffrez. Et vous savez dans ce cas-là on pense d’autant plus aux êtres qu’on aime, bien que cette pensée vous fasse mal, comme quand on est malade on fait justement les mouvements qui font souffrir et qu’on ne devrait pas faire. Si je vous écris d’une façon trop courte mon affection et ma peine, c’est que ce matin tandis que je faisais mes fumigations, comme probablement même mes poudres anti-asthmatiques doivent être moins bien fabriquées pendant la guerre, une pincée enflammée m’en a sauté aux yeux et m’a brûlé le coin de l’œil. Je n’ai pas vu de médecin et je pense que cela ne sera rien, mais cela continue de me faire assez mal et il a fallu la nouvelle du malheur que vous m’annoncez pour que je prenne la fatigue d’écrire. Cela ne m’étonne pas que Louis vous ait écrit une lettre délicieuse. Comme je le disais dernièrement à un certain nombre de dames qui ont été à peu près élevées avec lui et qui pourtant ne le connaissent peut-être pas aussi bien que moi, c’est le plus grand cœur que je connaisse et il n’y a pas de lettres que j’aime autant que les siennes. J’admire infiniment ce que vous faites pour la famille de votre pauvre frère. Et imaginez-vous (il me semble du reste que je l’avais dit à Louis) que sur une photographie que j’avais vue de lui, j’avais eu une grande curiosité de le connaître, j’ai toujours été curieux de ce que pouvait donner la transposition d’un visage ami, ou aimé, du sexe masculin dans le féminin, et vice-versa. C’est ainsi qu’il y a trois ans je désirais beaucoup voir le petit B…, frère d’une femme qui quand elle avait 15 ans a été le grand amour de ma jeunesse et pour qui j’ai voulu me tuer. Il y avait bien des années de cela. Malgré cela j’étais curieux de voir son jeune frère. Hélas, il est mort presque au début de la guerre. Je pourrais vous citer bien d’autres cas si vraiment mes yeux ne m’abandonnaient, entre autres d’un Monsieur de F…(que je n’ai du reste jamais vu) et qui est le fils d’une femme avec qui je jouais aux Champs-Elysées, bien qu’elle fut sensiblement plus âgée que moi. Au revoir ma chère Louisa, mon cœur ne se lasse pas de bavarder avec le vôtre. Rappelez-moi à Louis qui ne m’écrit plus et n’a pas répondu à mes dernières lettres, lesquelles d’ailleurs n’impliquaient aucune réponse. Mais j’aime rester en contact avec sa pensée.

Votre tout dévoué

Marcel Proust

 

 

Et voici la dernière lettre qu’il lui ait écrite après la mort de Robert Gangnat :

 

«  Votre lettre m’est un coup bien douloureux. Il faudra, avant de quitter cette vie ou plutôt une existence qui ressemble si peu à la vie, que j’aie vu mourir tout ce qui ressemble si peu à la vie, que j’aie vu mourir tout ce qui était bon, noble, généreux, capable d’aimer, digne de vivre. Et ceux qui restent, il faudra que je les voie, douloureux, blessés, en pleurs sur des tombes toujours nouvelles. Je suis de ceux si oubliés qu’on ne leur écrit plus que quand on est malheureux, ainsi je n’ose plus ouvrir une lettre, il me semble qu’il n’y a plus que des malheurs. O vous que j’ai tant aimée, Louisa, je vous plains de tout mon cœur car je sens ce que vous avez perdu. Vous pouvez pourtant être fière et bénir Dieu, car vous avez inspiré en Louis d’abord, et à Gangnat (bien que je ne puisse même dans l’émotion de cette mort faire tout de même de comparaison entre eux, d’ailleurs mon cœur est trop partial pour Louis) peut-être les deux dévouements les plus purs, les plus chevaleresques, les plus grands qu’une femme ait jamais inspirés. Je ne sais comment vous conduirez votre vie et si vos amis de demain seront dignes de ces deux êtres, mais je ne puis croire qu’il ne reste toujours, toujours en vous, une douceur d’avoir été à ce point aimée ! Si je n’étais si mal ces jours-ci, j’aurais voulu vous écrire plus longuement et mieux, et aussitôt que votre lettre a été portée à la maison. Mais je ne l’ai eue que douze heures après, ne laissant presque plus entrer mes domestiques dans ma chambre. Adieu, Chère amie préférée d’autrefois ! Vous savez que mon cœur, silencieusement et discrètement, a éprouvé pour vous ce qui ne s’oublie pas, ce que rien n’efface, et qui survit en une tendresse que j’agenouille tendrement, les mains dans les vôtres, aux pieds de votre chagrin.   VOTRE MARCEL

 

                                                           

Sans aucun doute possible, Proust a utilisé dans la Recherche des éléments pris sur le vif lors de sa longue et pénétrante observation des agissements de ce couple que  leurs milieux si antagonistes ne cessaient d’opposer, créant des situations et des dilemmes qui leur était difficile de gérer, jusqu’au moment où Louisa s’éloigna définitivement de Louis qui en sera très malheureux. Voyons comment l’écrivain dépeint la relation de Saint-Loup et de Rachel, que ce couple lui inspira dans un chapitre de  A l’ombre des jeunes filles en fleurs et vous verrez à quel point la réalité rejoint la fiction :

 

« Ayant un préjugé contre les gens qui le fréquentaient, (Saint-Loup) allait rarement dans le monde, et l’attitude méprisante ou hostile qu’il y prenait augmentait encore chez tous ses proches parents le chagrin de sa liaison avec une femme de théâtre, liaison qu’ils accusaient de lui être fatale et notamment d’avoir développé chez lui cet esprit de dénigrement, ce mauvais esprit, de l’avoir dévoyé, en attendant qu’il se déclassât complètement. Aussi, bien des hommes légers du faubourg Saint-Germain étaient-ils sans pitié quand ils parlaient de la maîtresse de Robert. Les grues font leur métier, disait-on, elles valent autant que d’autres ; mais celle-là, non ! Nous ne lui pardonnerons pas !  Certes, il n’était pas le premier qui eût un fil à la patte. Mais les autres s’amusaient en hommes du monde, continuaient à penser en hommes du monde sur la politique, sur toutLui, sa famille le trouvait aigri. Elle ne se rendait pas compte que pour bien des jeunes gens du monde, lesquels sans cela resteraient incultes d’esprit, rudes dans leurs amitiés, sans douceur et sans goût, c’est bien souvent leur maîtresse qui est leur vrai maître, et les liaisons de ce genre, la seule école de morale où ils soient initiés à une culture supérieure, où ils apprennent le prix des connaissances désintéressées.  ( … ) D’autre part, une actrice, ou soi-disant telle, comme celle qui vivait avec lui - qu’elle fût intelligente ou non, en lui faisant trouver ennuyeuse la société des femmes du monde et considérer comme une corvée l’obligation d’aller dans une soirée, l’avait préservé du snobisme et guéri de la frivolité. (… ) Avec son instinct de femme et appréciant plus chez les hommes certaines qualités de sensibilité que son amant eût peut-être sans elle méconnues ou plaisantées, elle avait toujours vite fait de distinguer entre les autres celui des amis de Saint-Loup qui avait pour lui une affection vraie, et de le préférer. ( … ) Sa maîtresse avait ouvert son esprit à l’invisible, elle avait mis du sérieux dans sa vie, des délicatesses dans son cœur, mais tout cela échappait à la famille en larmes qui répétait : « Cette gueuse le tuera, et en attendant elle le déshonore ». Il est vrai qu’il avait fini de tirer d’elle tout le bien qu’elle pouvait lui faire ; et maintenant elle était cause seulement qu’il souffrait sans cesse, car elle l’avait pris en horreur et le torturait. »

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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