Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 10:09

 

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Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos :

 

Armelle 1   Reveillon-a-Louveciennes.jpg

Jour-de-fete.jpg  Valenciennes.jpg

A-Valenciennes-pour-la-remise-du-prix-Froissart.jpg a-La-Clusaz.jpg

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                      et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

 

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Couronné par l'Académie française et texte repris intégralement dans "Profil de la nuit"

 

 Proust-et-la-recherche-de-la-redemption.jpg  27179520_6603118.jpg

 

 

2851620614       les signes pourpres

 

Mention spéciale du Cercle proustien      Sélection prix Orange 2009

 

Pour vous procurer la plupart de ces livres, cliquer   ICI  ou  LA

 

Toutefois, si vous préférez les images aux mots, vous pouvez vous rendre sur mon blog " LA PLUME ET L'IMAGE " consacré au 7e Art, en cliquant  LA

 

 

Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : ACCUEIL - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 10:06

 

 


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J'ai fait un rêve un matin en voyant se lever le soleil sur la mer, un soleil beau comme le visage du bonheur ou de l'amour, le rêve d'une France enfin revenue de ses trop longs hivers, délivrée de ses tabous et de ses peurs, France chantée par ses poètes, pleurée par ses exilés, convoitée, célébrée, saluée aujourd'hui par les femmes et hommes politiques comme un pays où il fait bon vivre. Fini "l'hexagone", cette appellation froide et impersonnelle dans laquelle aucun Français ne se reconnaît et qui sollicite si peu l'imaginaire et l'allégresse, mais Vive la France, petit pays par sa superficie mais grande Nation par ses valeurs, ses combats, ses actions. Certes au cours de sa longue histoire, elle a tour à tour inspiré les plus grandes espérances et causé les plus amères désillusions. Sans doute, parce que malgré ses mérites, elle souffre d'une faiblesse : sa propension à se diviser, à s'auto - critiquer, à ne point trop s'aimer.
Alors ce matin, faisons un rêve, le rêve d'une France réconciliée avec elle-même, ayant, sous un ciel sans partage, remisé ses discordes, chassé ses démons, repris goût à son passé ; faisons le rêve d'une France animée par un projet, gagnée par un idéal, soulevée par une ferveur, emportée par une espérance.

La France si belle et diverse, c'est tout à la fois ses villages, ses paysages, sa cuisine, ses vins, le labeur de ses hommes, le savoir-faire de ses petites gens, le génie de ses artistes, de ses architectes, de ses maîtres d'oeuvre, l'audace de ses chefs et de ses héros. Si elle s'estompe parfois dans le coeur des princes qui la gouvernent, dans les moeurs, les cultes, les idées et les amours, il n'est pas question pour nous de l'embaumer et de la conduire au cimetière des beautés disparues. Mais de la faire renaître de sa froidure et de ses ombres comme le printemps de l'hiver, l'aube de la nuit, la flamme de la cendre  incandescente.

Nous ne pouvons ignorer qu'une salutaire pérennité est accordée aux nations dont les fils souhaitent la survie... Et nombre d'entre nous, laboureurs et bâtisseurs, cadres et ouvriers, célèbres et inconnus, le voulons et le pouvons. Alors faisons ce rêve d'une société réconciliée, d'une conscience d'appartenance partagée et vécue comme une valeur suprême. Pour avoir traversé tant de crépuscules, la France sait ce que signifie le renouveau, ce qu'est le lieu choisi pour faire halte et se reconnaître, car que serait une société universelle qui n'aurait point de pays particulier ? Oui, ce matin, faisons un rêve...

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : CULTURE - Communauté : La commune des philosophes
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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 09:53

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Oui, quel est donc le rôle de la douleur dans nos vies que si souvent, trop souvent selon nous, elle affecte, blesse, décourage et pourquoi, par la même occasion, ne pas s'interroger sur la place qu'elle a occupée dans la vie de nos écrivains et, plus généralement, de nos artistes ? Il est certain que Proust n'aurait pas été Proust sans son asthme, que la phtisie a inspiré quelques-uns des plus beaux vers de la langue française et que, sans le rapport à la souffrance physique ou morale, l'homme aurait eu bien peu de choses à dire. Le bonheur se constate et ne se décrit pas ; le plaisir se prend et ne s'explique point. Curieusement, c'est ce que nous avons perdu qui nous devient cher, ce qui nous échappe qui nous semble précieux. Cioran notait dans ses Cahiers : " Je lis, je lis, et, sauf de rares exceptions, je ne trouve aucune réalité aux oeuvres que je lis. Que leur manque-t-il ? Je ne saurais le dire. Le poids ? Sans doute, mais qui leur confère du poids ? Une passion ou une maladie - rien d'autre. Encore faut-il que les malades et les passionnés aient quelque talent. Ce qui est sûr, c'est qu'un talent sans passion ni maladie ne vaut rien ou presque." ( Cahiers page 201 ) Et page 472, il ajoute : " C'est le Boudha qui a vu juste, qui a touché à l'essentiel. Tout tourne autour de la douleur ; le reste est accessoire, et presque inexistant ( puisque aussi bien on ne se souvient que de ce qui fait mal ).

 

Et il est vrai que la douleur est le passage obligé entre notre animalité et notre humanité. Car l'homme a sur l'animal souffrant cette supériorité absolue : il est en mesure de la transcender. Comment ? En lui donnant un sens. Si " le propre de la douleur est de n'avoir pas honte de se répéter ", l'honneur de l'homme est d'avoir su en faire bon usage. C'est presque toujours d'elle qu'il a tiré la substance spirituelle de ses oeuvres. Mozart a rédigé son requiem dans l'antichambre de la mort, Beethoven écrit sa IX ème symphonie alors qu'il était sourd, Hugo jeté ses vers les plus émouvants alors qu'il venait d'enterrer sa fille Léopoldine, Charles d'Orléans, ce doulx seigneur, chanté sa France si belle lors de ses vingt-cinq années de détention dans les geôles anglaises et François Villon composé sa Ballade des pendus alors qu'il était condamné au gibet, peine qui sera finalement commuée en bannissement.

 

Frères humains qui apres nous vivez,
N'ayez les cueurs contre nous endurcis,
Car, se pitie de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost que vous mercis.

 Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive, et par là se dénoncer d'elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n'est que pure négation. Aussi n'apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie : la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus."  - écrit Schopenhauer dans " De la vanité et des souffrances de la vie"

 

L'homme est donc plus particulièrement créateur dans l'épreuve, le combat, l'effort, l'opposition. La valeur va à ce qui coûte, à ce qui exige, à ce qui oblige. S'y ajoute souvent une ascèse personnelle. Et qu'apprenons-nous aujourd'hui dans les discours dont on nous abreuve à longueur d'onde ou d'antenne ? Une version opposée, qui ne fait rarement référence aux mérites de l'effort, à l'excellence du travail, à la noblesse du sacrifice, à l'élan généreux de l'amour et de la compassion, mais prône l'hédonisme glouton et éphémère dont on sait depuis Platon qu'il ne mène nulle part et ne favorise que l'égotisme et l'égocentrisme. Voilà ce que nous transmettons aux générations de demain sans l'ombre d'une mauvaise conscience. Et c'est d'autant plus regrettable que notre jeunesse connaît déjà les affres de la souffrance. Lisons-les ces auteurs adolescents, auxquels nous communiquons notre cynisme, nos divisions idéologiques, notre athéisme triomphant, notre assurance  doublée de suffisance d'avoir tout résolu des mystères de l'univers, et nous comprendrons à quel point leur détresse est grande ! Abreuvée de violence, de sexe, de drogue, de mensonge, de contre-vérité, à quoi peut bien se rattacher une jeunesse que nous avons privée de rêve et de transcendance ? Que lui donne-t-on à admirer sinon les stars de pacotille et les dieux du stade ? Car quelques rais de lumière n'éclairent pas toute la nuit et quelques vagues ne soulèvent pas tout l'océan. Si l'on est optimiste à chaque fois que l'on contemple une fleur ou un bon morceau de pain, et pessimiste chaque fois que l'on pense à ceux qui dénaturent ce pain et sacrifient ces fleurs, on voit que la souffrance de l'artiste veille et demeure, afin que ne se perde jamais la trace de ce qui reste en nous "d'auguste et de divin".

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE - Communauté : La commune des philosophes
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 09:36

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Lire au pays du roi skieur

 

En skating ou en style classique, il n’y a qu’une petite glissade pour passer de la Norvège à la Suède sans quitter les limites du Conseil nordique et à entrer dans un champ littéraire qui a de nombreuses similitudes avec la littérature norvégienne. Au point qu'il n’est pas toujours facile, à première vue, de séparer les auteurs norvégiens des auteurs suédois. Ces deux littératures appartiennent à des civilisations très proches qui ont fait royaume commun au cours d’une partie de leur histoire et qui possèdent certaines légendes et traditions similaires qui les ont marquées toutes les deux. La Suède comme la Norvège a reçu plusieurs Prix Nobel de littérature, n’oublions pas que le prix est décerné par l’Académie royale de Suède ; nous irons donc à la rencontre de la première femme qui fut honorée de ce prix, en 1909, Selma Lagerlöf, avant de visiter une œuvre d’un autre grand écrivain et dramaturge dont la notoriété a dépassé les limites de la Scandinavie, August Strindberg, pour terminer notre voyage avec Gôran Tunström pour lequel j’ai eu un petit faible. Pour cette étape nous avons choisi la compagnie de Per Gunnar Evander qui est un auteur très prolifique mais qui n’a peut-être pas la notoriété de ses devanciers en Europe de l’Ouest. J’ai lu récemment l’une de ces œuvres, « Les intrus » , qui m’a permis de faire sa connaissance.

 

Les intrus

Per Gunnar Evander (1933 - ….)

Je ne connaissais rien de cet auteur quand on m’a demandé de formuler un avis sur ce livre que j’ai lu comme je regarde, parfois, cette fameuse émission de télévision qui présente les grandes affaires judiciaires de ces dernières années. Ce roman est écrit comme le script de ces émissions : des chapitres courts qui rappellent certaines faces de la vie du principal protagoniste, entrecoupés par des témoignages de gens qui l’ont connu et qui peuvent apporter un quelconque éclairage sur les événements racontés. Evander nous livre ainsi une sorte d’enquête sur la vie d’Hadar Forsberg, rédigée comme un rapport de police, en se contentant de transcrire les faits et les témoignages sans formuler d’avis ou autres considérations de ce genre.

Hadar Forsberg est le fils aîné d’un couple de paysans suédois qui refuse, selon la tradition, de rester avec ses parents pour les seconder dans les travaux de la ferme et part vers la ville où il travaille principalement comme veilleur de nuit dans une usine avant de cesser toute activité pour se consacrer à l’écriture. Ses talents littéraires ne sont pas reconnus malgré la publication de quelques poèmes et il essaie, toujours en vain, de produire le roman qui lui apportera la notoriété et un meilleur moyen d’existence. Il laisse surtout un volumineux journal qui permet de mieux connaître les faits évoqués dans cette enquête. Sa vie bascule progressivement quand un gamin qui vient frapper à sa porte, prétend être son fils naturel et qu’il l’accueille. Ce gamin bientôt en amène un autre, puis un autre, si bien que cette invasion finit par dégénérer en une sordide histoire.

Ce roman ne déroge en rien à la tradition nordique et comporte sa part de tragédie. Il est vrai que les destinées sont rarement heureuses dans ces froides contrées. A travers cette enquête, on dirait qu’Evander veut nous montrer que la banalité peut facilement basculer dans l’horreur et que le destin peut frapper n’importe qui, n’importe quand, mais surtout ceux qui traînent le boulet du péché et notamment de l’adultère qui est toujours un lourd fardeau en ces terres puritaines. Ces enfants naturels, surgis de la ville, du délire éthylique de Frosberg ou d'une simple affabulation du romancier raté sont comme un coup de canif dans la réputation de ce fameux modèle social suédois tant vanté qui laisserait tout de même suffisamment d’espace pour que des bandes de jeunes voyous puissent se constituer comme partout ailleurs en Europe.

Pour ces jeunes, l’image de ce père est aussi la parabole d’une société pervertie et ramollie qu’ils rejettent, « … ils sont fiers d’avoir un père dont « l’état est le reflet de celui du monde ». Il ajoute aussi que leur fierté est comme renforcée par le fait qu’ « il n’y a en pas beaucoup dans le pays qui ont un père comme lui. » La démonstration est aussi sobre qu'efficace.

 

L’empereur du Portugal – Selma Lagerlöf (1858 – 1940)

Jans aime sa fille à la folie, c’est sans doute la plus belle fille du monde, et quand elle doit partir à la ville pour gagner l’argent que l’on réclame à ses parents et dont ils ne disposent pas, hélas !  - les bruits commencent à circuler, certains disent même qu’elle gagne cet argent avec son corps. Mais, Jans  est convaincu que sa fille a fait un riche mariage, qu’elle est devenue Impératrice du Portugal et que, de ce fait, lui aussi est Empereur du Portugal. Ce livre m’a beaucoup touché tant l’amour de ce père, qui le conduit à la folie, est émouvant et tant il déborde de poésie. Comme si ce vieil homme jetait un rai de lumière dans un monde bien gris en refusant une réalité par trop insupportable.

Drapeaux noirs – August Strindberg (1849 – 1912)

Strindberg n’a pas la réputation d’avoir eu un amour débordant pour ses contemporains et dans ce livre, l’un de ses derniers, il règle ses comptes avec nombre de personnes de son entourage, que ses proches surent identifier à travers le récit. « Drapeaux noirs », le titre, flotte déjà comme un symbole sur ce livre à propos duquel l’auteur s’attaque notamment à la presse et aux journalistes qui profitent de leur situation et de leur pouvoir pour conduire leurs ambitions à leur terme, même aux prix des plus viles bassesses. On peut voir dans cette forme de pamphlet au vitriol l’expression de l’éternel conflit qui oppose l’écrivain à l’éditeur, mais aussi une sorte de testament littéraire rassemblant toutes les douleurs endurées par Strindberg face au cynisme de certains de ses contemporains.

L’oratorio de Noël – Göran Tunström (1937 – 2000)

Difficile de passer par la Suède sans évoquer les sagas, et c’est bien une petite saga familiale que nous propose Tunstöm dans cet ouvrage touffu qui ne fait peut-être pas l’unanimité, probablement à cause de sa densité. Il ne déchaîne pas moins l'enthousiasme de ceux qui aiment cette poésie et ce lyrisme. Cette saga commence par l’histoire du père qui voit sa femme disparaître, piétinée par un troupeau de vaches et qui s’exile à la ville où la folie le guette, tant il ne peut oublier cette femme qu’il aime. Et la saga se poursuit avec le fils, différent, et pour finir avec le petit-fils qui perpétue l’histoire familiale. Comme si Selma Lagerlöf faisait un petit détour par ce livre afin de nous adresser un clin d’œil.

Un livre où la folie est très présente, où le milieu social, la religion, la tradition, les mœurs ancestraux pèsent toujours sur les individus, mais qui ne sombre jamais dans le pessimisme outrancier et garde confiance dans le cœur humain.

Denis BILLAMBOZ  -  rendez-vous lundi prochain pour la suite de notre voyage littéraire dans le nord de l'Europe

 

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Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 10:14

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O vous qui avez les paupières meutries, hélas !

donnez-vous en festin l'immensité des mers.

                                                   John KEATS

 

 

Puisque la France a le privilège d'être baignée par deux mers étrangement contrastées, la Méditerranée et la Manche, pourquoi ne pas prendre plaisir à brosser leurs portraits et à évoquer, pour le lecteur amoureux des vastes horizons, ces visages de mers.

 

C'est d'abord la lumière qui joue le rôle phare. Celle du Sud a quelque chose de triomphal. Elle tombe du ciel comme une pluie éblouissante, elle tranche les couleurs à vif, sans ménagement ; les verts y sont presque violents, les bleus ont une intensité à nulle autre pareille, les reliefs se superposent avec netteté, la pierre irradie une blondeur incomparable et il y a dans l'air quelque chose qui ne cesse pas de chanter. C'est une région de vignes, de fruits et de fleurs qui prend feu aux ardeurs méridiennes, que l'on subit comme un envoûtement, qui délivre ferveur et volupté et dont les nuits sont presque des jours.

 

Celui qui découvre le Sud pour la première fois est immédiatement séduit par un territoire parcouru de légendes, partagé entre ses terres vinicoles, ses ports enchâssés dans des criques, son semis d'églises romanes et de monastères, ses fontaines, ses villages fichés au-dessus d'abîmes, et, dominant les terres basses de leur sombre fierté, des massifs comme façonnés dans le métal.

 

Bien différent est le pays normand, son souple bocage, sa campagne qui vient vagabonder jusqu'à l'extrême bord des eaux, ses marais, ses pâtures, ses jardins travaillés aussi savamment que son habitat, ses plages immenses que dénude le reflux, pays végétal comme il en est peu, qui joue avec la mer à qui perd gagne.

Alors que la Méditerranée est versatile et séduisante comme une très belle femme, dont les humeurs chargées d'orages n'ont d'égal que les extases langoureuses, lorsqu'elle offre au regard l'inaltérable beauté qui a fait d'elle la plus louée et la plus chantée des mers, la Manche est d'autre nature.

 

Ainsi que le sont les femmes de la côte ouest, résistantes et besogneuses, bien qu'un peu raides dans le maintien, sachant l'effort et la rudesse, les longs hivers et les fréquentes pluies, cette mer, forte et épaulée, empreinte la même attitude et leur ressemble comme une soeur. Pas capricieuse, mais dure à la quille, farouche, houleuse et froide, elle se tourne vers un horizon voilé de brumes. Pour elle, le ciel déroule ses dégradés de gris, la gamme de ses pastels, sa lumière tamisée pareille à une musique et comme en proie à une retenue. On a l'impression que mer et ciel cherchent à se confondre dans une étreinte, alors que la Méditerranée se plaît davantage à se contempler dans le miroir bienveillant qui la renvoie.

 

Autre différence entre ces mers qui baignent notre littoral : alors que l'une est en partie orientée au levant, vers la lumière qui naît, la terre qui commence, l'or des premières lueurs, le printemps du monde, la puissance d'un soleil qui monte et se déploie ; l'autre regarde vers le couchant, la fin du jour, l'automne du monde, la terre qui finit, le crépuscule marqué par le flamboiement de ses ultimes rayons. Aussi l'homme d'un pays, qui est le point de rencontre du jour et de la nuit, sera-t-il fatalement attiré par le départ, appelé par ce quelque chose qui fait revivre et renouvelle...

 

Malgré ce qui les oppose, nos deux mers ont en commun leur respir, les bateaux qui hissent les voiles, le cri rauque des oiseaux du large. Si bien que le promeneur attardé, qui pose son regard vers les lointains, est-il captivé par la  mouvance du flot " toujours recommencé ". Rien de fixe, rien de précis, seulement l'onde qui ne se laisse capter ni par la grève, ni par le port. Ici est le lieu d'expansion de l'imaginaire, où se fait et se défait l'inattendu et où la notion d'impossible n'est là que pour contredire le possible. Bravade éternelle de l'ailleurs et de l'autre part où nos rêves s'acharnent à se construire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 * Cet article a été publié dans la revue du Deauville-Yacht-Club en 2003

 

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Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : CULTURE - Communauté : Vivre en Normandie
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

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