Lundi 20 février 2012
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Lire au pays du roi skieur
En skating ou en style classique, il n’y a qu’une petite glissade pour passer de la Norvège à la Suède sans quitter
les limites du Conseil nordique et à entrer dans un champ littéraire qui a de nombreuses similitudes avec la littérature norvégienne. Au point qu'il n’est pas toujours facile, à
première vue, de séparer les auteurs norvégiens des auteurs suédois. Ces deux littératures appartiennent à des civilisations très proches qui ont fait royaume commun au cours d’une partie de leur
histoire et qui possèdent certaines légendes et traditions similaires qui les ont marquées toutes les deux. La Suède comme la Norvège a reçu plusieurs Prix Nobel de littérature, n’oublions pas
que le prix est décerné par l’Académie royale de Suède ; nous irons donc à la rencontre de la première femme qui fut honorée de ce prix, en 1909, Selma Lagerlöf, avant de visiter une œuvre
d’un autre grand écrivain et dramaturge dont la notoriété a dépassé les limites de la Scandinavie, August Strindberg, pour terminer notre voyage avec Gôran Tunström pour lequel j’ai eu un petit
faible. Pour cette étape nous avons choisi la compagnie de Per Gunnar Evander qui est un auteur très prolifique mais qui n’a peut-être pas la notoriété de ses devanciers en Europe de l’Ouest.
J’ai lu récemment l’une de ces œuvres, « Les intrus » , qui m’a permis de faire sa connaissance.
Les
intrus
Per Gunnar Evander (1933 -
….)
Je ne connaissais rien de cet auteur quand on m’a demandé de formuler un avis sur ce livre que j’ai lu comme je
regarde, parfois, cette fameuse émission de télévision qui présente les grandes affaires judiciaires de ces dernières années. Ce roman est écrit comme le script de ces émissions : des
chapitres courts qui rappellent certaines faces de la vie du principal protagoniste, entrecoupés par des témoignages de gens qui l’ont connu et qui peuvent apporter un quelconque éclairage sur
les événements racontés. Evander nous livre ainsi une sorte d’enquête sur la vie d’Hadar Forsberg, rédigée comme un rapport de police, en se contentant de transcrire les faits et les témoignages
sans formuler d’avis ou autres considérations de ce genre.
Hadar Forsberg est le fils aîné d’un couple de paysans suédois qui refuse, selon la tradition, de rester avec ses
parents pour les seconder dans les travaux de la ferme et part vers la ville où il travaille principalement comme veilleur de nuit dans une usine avant de cesser toute activité pour se consacrer
à l’écriture. Ses talents littéraires ne sont pas reconnus malgré la publication de quelques poèmes et il essaie, toujours en vain, de produire le roman qui lui apportera la notoriété et un
meilleur moyen d’existence. Il laisse surtout un volumineux journal qui permet de mieux connaître les faits évoqués dans cette enquête. Sa vie bascule progressivement quand un gamin qui vient
frapper à sa porte, prétend être son fils naturel et qu’il l’accueille. Ce gamin bientôt en amène un autre, puis un autre, si bien que cette invasion finit par dégénérer en une sordide
histoire.
Ce roman ne déroge en rien à la tradition nordique et comporte sa part de tragédie. Il est vrai que les destinées sont
rarement heureuses dans ces froides contrées. A travers cette enquête, on dirait qu’Evander veut nous montrer que la banalité peut facilement basculer dans l’horreur et que le destin peut frapper
n’importe qui, n’importe quand, mais surtout ceux qui traînent le boulet du péché et notamment de l’adultère qui est toujours un lourd fardeau en ces terres puritaines. Ces enfants naturels,
surgis de la ville, du délire éthylique de Frosberg ou d'une simple affabulation du romancier raté sont comme un coup de canif dans la réputation de ce fameux modèle social suédois tant vanté qui
laisserait tout de même suffisamment d’espace pour que des bandes de jeunes voyous puissent se constituer comme partout ailleurs en Europe.
Pour ces jeunes, l’image de ce père est aussi la parabole d’une société pervertie et ramollie qu’ils rejettent,
« … ils sont fiers d’avoir un père dont « l’état est le reflet de celui du monde ». Il ajoute aussi que leur fierté est comme renforcée par le fait
qu’ « il n’y a en pas beaucoup dans le pays qui ont un père comme lui. » La démonstration est aussi sobre qu'efficace.
L’empereur du Portugal – Selma Lagerlöf (1858 – 1940)
Jans aime sa fille à la folie, c’est sans doute la plus belle fille du monde, et quand elle doit partir à la ville
pour gagner l’argent que l’on réclame à ses parents et dont ils ne disposent pas, hélas ! - les bruits commencent à circuler, certains disent même qu’elle gagne cet argent avec son corps.
Mais, Jans est convaincu que sa fille a fait un riche mariage, qu’elle est devenue Impératrice du Portugal et que, de ce fait, lui aussi est Empereur
du Portugal. Ce livre m’a beaucoup touché tant l’amour de ce père, qui le conduit à la folie, est émouvant et tant il déborde de poésie. Comme si ce vieil homme jetait un rai de lumière dans
un monde bien gris en refusant une réalité par trop insupportable.
Drapeaux noirs – August Strindberg (1849 – 1912)
Strindberg n’a pas la réputation d’avoir eu un amour débordant pour ses contemporains et dans ce livre, l’un de ses
derniers, il règle ses comptes avec nombre de personnes de son entourage, que ses proches surent identifier à travers le récit. « Drapeaux noirs », le titre, flotte déjà
comme un symbole sur ce livre à propos duquel l’auteur s’attaque notamment à la presse et aux journalistes qui profitent de leur situation et de leur pouvoir pour conduire leurs
ambitions à leur terme, même aux prix des plus viles bassesses. On peut voir dans cette forme de pamphlet au vitriol l’expression de l’éternel conflit qui oppose l’écrivain à l’éditeur, mais
aussi une sorte de testament littéraire rassemblant toutes les douleurs endurées par Strindberg face au cynisme de certains de ses contemporains.
L’oratorio de Noël – Göran Tunström (1937 – 2000)
Difficile de passer par la Suède sans évoquer les sagas, et c’est bien une petite saga familiale que nous propose
Tunstöm dans cet ouvrage touffu qui ne fait peut-être pas l’unanimité, probablement à cause de sa densité. Il ne déchaîne pas moins l'enthousiasme de ceux qui aiment cette poésie et ce
lyrisme. Cette saga commence par l’histoire du père qui voit sa femme disparaître, piétinée par un troupeau de vaches et qui s’exile à la ville où la folie le guette, tant il ne
peut oublier cette femme qu’il aime. Et la saga se poursuit avec le fils, différent, et pour finir avec le petit-fils qui perpétue l’histoire familiale. Comme si Selma Lagerlöf
faisait un petit détour par ce livre afin de nous adresser un clin d’œil.
Un livre où la folie est très présente, où le milieu social, la religion, la tradition, les mœurs ancestraux pèsent
toujours sur les individus, mais qui ne sombre jamais dans le pessimisme outrancier et garde confiance dans le cœur humain.
Denis BILLAMBOZ - rendez-vous lundi prochain pour la suite de notre voyage littéraire dans le nord de l'Europe
Et pour consulter mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :
Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE
DENIS
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