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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 08:01
BIENVENUE SUR INTERLIGNE

                             

                                                                                                                                                                                                                              

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LA COMTESSE GREFFULHE - L'OMBRE DES GUERMANTES de LAURE HILLERIN

 

FAUSSE ROUTE de PIERRE MERINDOL

 

HOUAT OU LA BRETAGNE INSULAIRE

 

         

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Demeurant à Trouville depuis une vingtaine d'années, j'aime la croisière maritime, la marche, la nature et encore et toujours écrire. Dans ce blog, je prends plaisir à vous entretenir de mes écrivains préférés, à vous conter mes voyages et à poser les questions qui invitent au dialogue. Car écrire pour soi-même n'a pas de sens. On écrit avant tout pour l'autre. Pour le rencontrer...ou le retrouver.

  

Bonne lecture, chers visiteurs, et n'oubliez pas de me faire part de vos commentaires, ils seront un enrichissement pour moi et une animation pour les lecteurs de passage.

 

Et, afin de faire plus ample connaissance, voici mon portrait brossé par quelques photos: 

 

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A-Valenciennes-pour-la-remise-du-prix-Froissart.jpg a-La-Clusaz.jpg

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                      et mon parcours en écriture consigné par quelques livres :

 

 

 

Quelques-uns de mes ouvragesQuelques-uns de mes ouvragesQuelques-uns de mes ouvrages

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 07:58

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Née Elisabeth de Caraman-Chimay le 11 juillet 1860, mariée au richissime comte Henry Greffulhe, cette femme de grande beauté sera une inspiratrice dans toute l’expression du terme par sa grâce, son élégance, sa position sociale et son intelligence à savoir s’entourer des gens éminents de son époque. Elle méritait, de par son influence incontestable sur son temps, qu’un ouvrage  lui soit consacré et c’est chose faite grâce à la plume de Laure Hillerin qui publie chez Flammarion  « La comtesse Greffulhe », nous ouvrant les portes de la vie  intime, mondaine et culturelle de celle qui fut surnommée « l’archange aux yeux magnifiques ». Biographie qui a le mérite de faire défiler devant nos yeux, non seulement  le bottin mondain de la Belle Epoque, mais les personnalités les plus remarquables que cette reine du Faubourg Saint-Germain se plaisait à réunir rue d’Astorg. Parmi les invités, on croisait aussi bien Nicolas II et Edouard VII, Reynaldo Hahn ou l’abbé Mugnier que des savants et des hommes politiques comme Clémenceau, si bien qu’un diplomate avait affirmé qu’elle était « une reine conciliatrice entre l’ancienne noblesse et la IIIe République ». Elle soutiendra plus tard Léon Blum au point que le murmure courut qu’elle était à l’origine de la naissance de l’Entente cordiale.

 

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Malheureuse en ménage, son mari étant un grand amateur de courtisanes, Elisabeth Greffulhe saura se consoler en pratiquant les arts comme la peinture et la musique (le piano), non seulement en amateur mais avec un vrai souci de la perfection comme elle l’aura  envers tout ce qu’elle entreprenait. En octobre 1899, elle organise la première représentation parisienne de « Tristan et Isolde » de Richard Wagner, se lie d’amitié avec Liszt et Fauré et fonde la « Société des grandes auditions musicales », favorisant également la venue des Ballets Russes à Paris avec l’aide de la princesse Edmond de Polignac. Par ailleurs, grâce à son cousin Robert de Montesquiou, qui inspirera à Marcel Proust le personnage de Charlus, elle fréquente assidûment des écrivains et poètes, ainsi les Goncourt, Mallarmé, Heredia, Anatole France et fera même de l’abbé Mugnier son intime. Quant à son mari Henry Greffulhe, il apparaîtra sous les traits assez grossiers du duc de Guermantes dans La Recherche, un Jupiter tonnant que Cocteau considère comme monstrueux avec son épouse, épouse qui ne se gênait pas de dire : "Quelques amis que l'on voit de temps en temps tiennent plus de place que celui qui ronfle près de vous."

Amie de Marie Curie, Elisabeth Greffulhe s’intéresse à ses travaux et la soutient moralement et financièrement lors de la création, après la mort de son mari, de l’Institut du Radium qui deviendra plus tard l’Institut Pierre et Marie Curie. Elle fera aussi la connaissance d’Edouard Branly et  ne cessera de l'interroger sur les expériences en cours tant elle était consciente que la Science s’apprêtait à changer le monde. Nullement satisfaite de sa seule position sociale, de sa simple beauté et de sa considérable fortune, cette femme fut une fund raiser avant l’heure, souligne Laure Hillerin, levant des fonds pour organiser des spectacles, encourageant la recherche fondamentale, aidant et épaulant les artistes dont elle interprétait les œuvres musicales, accrochait les tableaux  dans ses salons et dévorait les livres. Ainsi a-t-elle mis à l’honneur Wagner, patronné Fauré, promu les travaux d’Edouard Branly, sans oublier que cette dreyfusarde philanthrope a rédigé de sa plume, vers les années 1904, un manuscrit intitulé «  Mon étude sur les droits à donner aux femmes ».

 

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Cette ouverture d’esprit, elle la devait à ses parents, à son père le prince de Caraman-Chimay, malheureux en argent mais issu d’une grande lignée de mécènes et de mélomanes et à sa mère, Marie de Montesquiou, musicienne et lettrée, qui saura éviter à sa fille le carcan rigide de l’éducation classique, d’une affligeante pauvreté intellectuelle qui était celle que l’on réservait alors aux jeune filles de bonne famille.

 

Sa correspondance, qui mériterait d’être publiée, nous révèle son esprit curieux, sa nature égocentrique certes mais pleine de charme, d’originalité et d’intuition. Elisabeth ne s’est pas contentée d’inspirer le plus grand écrivain du XXe siècle qui fera d’elle l’inoubliable comtesse de Guermantes, mais beaucoup d’autres auteurs ou peintres et fut probablement la femme la plus admirée et recherchée de la Belle Epoque. «  Tous ceux qui regardent la comtesse restent comme fascinés par ces yeux infinis, remplis de rayons et d’ombres, et d’un crépuscule qui chante, devant sa beauté parfaite, devant sa grâce absolue de divinité » - écrira un Marcel Proust pâmé devant cette inaccessible déité. Ils correspondront jusqu’en 1920, la comtesse se rapprochant de lui au fur et à mesure que, son miel engrangé, Proust s’éloignait d’elle, requis par le souci de l’immortaliser dans son œuvre et de lui ouvrir les portes d’une renommée intemporelle. Les cahiers de brouillon de l’écrivain démontrent que ses rêveries sur les familles Montesquiou et Caraman-Chimay, dont les origines remontent à l’époque médiévale, ont inspiré la découverte du nom magique de « Guermantes » d’où naîtra La Recherche. Si bien que l’ombre des Guermantes a finalement relégué dans l’obscurité cette femme qui avait géré son image comme une œuvre d’art, raison pour laquelle Laure Hillerin n’a pas impunément donné pour titre à son livre : La comtesse Greffulhe – L’ombre des Guermantes.

Elisabeth mourra à l’âge de 92 ans le 21 août 1952.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La Comtesse Greffulhe de Laure Hillerin
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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 07:16
Fausse route de Pierre Mérindol

De temps à autre, j’aime bien extraire des oubliettes de la littérature des auteurs dont on a totalement perdu la trace, on ne sait même plus s’ils sont encore en vie. Pierre Mérindol est, lui, décédé en 2013 et la réédition de son roman « routier » est l’occasion de rendre hommage à sa mémoire.

 

 

 

                                                        Fausse route

Pierre Mérindol (1926 – 2013)

 

 

« L’histoire de cette histoire commence au comptoir… », comment bouder un livre qui commence au comptoir, même s’il ne s’agit que de la préface, une préface goûteuse comme une assiette de charcuterie dégustée à l’heure du casse-croûte sur le zinc d’un bar, avec un pichet de brouilly ou de côte du Rhône. Un morceau d’anthologie qu’il ne faut surtout pas éluder. Cette histoire sent le cambouis, le gasoil, la goldo froide ou fumante selon les moments, le chou, le poireau ou un autre légume encore selon le chargement transbahuté à l’arrière et, les jours de bonne fortune, les relents des étreintes passagères. C’est un road movie des années cinquante, une histoire de routier qui s’ennuie à longueur de journée dans un camion poussif qui se traîne entre Marseille et Paris pour garnir le ventre affamé de la capitale.

 

 

Avec son pote Edouard, le narrateur, fait la route sillonnant la France selon l’axe nord-sud, où l’inverse, en faisant halte dans des auberges ou des hôtels dont les tenanciers sont, à la longue, devenus des amis. La nourriture, que  l’on sert, est riche et goûteuse, les vins ne sont pas frelatés, le gîte est bon et la patronne pas toujours farouche. La route est leur résidence, l’hôtel et l’auberge un lieu de passage indispensable  pour satisfaire les besoins élémentaires. Une vie simple, sans histoire, réglée par l’obligation de livrer à une heure bien précise la marchandise que l’on transporte, une vie qui laisse le temps de flâner le soir, le dimanche et les jours sans frets.

 

 

Et pourtant, un jour, Edouard arrête le camion pour prendre à bord une jeune femme seule sur le bord de la route. Il n’attend d’elle qu’une étreinte passagère mais la fille s’installe bientôt à bord pour faire la route avec les deux amis, s’incrustant de plus en plus dans l’existence d’Edouard au point que ce dernier finit par acheter un bar à la Moufte afin d’installer sa belle à demeure. Ainsi va la vie jusqu’à ce qu’un ancien pote d’Edouard débarque à Paris pour lui demander d’accueillir son fils venu suivre ses études à Paris. Le jeune homme donne un coup de main à la tenancière du bar pendant que le routier sillonne la France mais celui-ci n’est pas tranquille, il a flairé l’embrouille, le drame se noue…

 

 

Le préfacier, Philibert Humm, prévient : « Le roman justement, puisque c’est de lui qu’on cause, n’est pas un chef-d’œuvre inconnu. Autant vous le dire tout de suite. Et c’est précisément ce qui nous plaît ». Non, ce roman n’est peut-être pas le livre inoubliable qu’on imposera aux potaches de France et de Navarre, c’est une histoire simple, une banale tragédie domestique dont regorgent les journaux,  évoquant les gens simples qui se démenaient pour construire une vie décente après avoir traversé une guerre horrible. C’est aussi un portrait de la France de l’après-guerre avec ses bistrots, ses stations-service, ses hôtels de préfecture, ses routes sinueuses et ses lourds camions que nous guettions, sur le bord des routes, avec une grande curiosité. C’est la France de la reconstruction, l’aube des trente glorieuses, une bouffée de nostalgie qui évoque l’enfance de ceux de ma génération. C’est aussi la preuve qu’il ne faut pas laisser les auteurs, comme Mérindol, enterré à jamais dans le cimetière des écrivains oubliés. Rappelons-nous que cet auteur, avant de faire une longue carrière journalistique au Progrès de Lyon, a traîné sa misère du côté de Montparnasse avec Robert Giraud et Robert Doisneau avant que ce dernier devienne célèbre et laisse ses camarades de bohème orphelins.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 08:21

1246350648_808.jpg Photos Yves Barguillet

 

 

 

" Dans tout rocher, il y a quelque chose d'informe qui s'efforce pour être vu. Un rocher n'est pas quelqu'un qui a été, c'est quelque chose qui va être ".

                                                                 Henri de Régnier

 

 

Depuis toujours les îles ont exercé sur moi un attrait irrésistible. Je ne plais à les imaginer, puis à les approcher, les découvrir, les parcourir, ensuite me les rappeler. J'en ai visitées beaucoup en Manche, en Atlantique, dans le Pacifique, en Méditerranée. Je les aimées toutes pour leur beauté, leur isolement, leur mystère et me suis laissée bien volontiers envoûter par leur charme. Aujourd'hui, je vous propose la visite de l'une d'entre elles, située entre Belle-île et le Golfe du Morbihan, non loin de sa jumelle Hoëdic. L'archipel d'Houat appartient au vaste quadrilatère marin qui comprend les presqu'îles de Quiberon, Rhuys et Guérande, quadrilatère que les géographes ont dénommé - par opposition à Mor Bihan - " Mor Braz ", celui-ci formant l'extrême limite sud de la terre bretonne. Dès l'approche, l'île d'Houat frappe par l'élégance de ses anses sableuses, son littoral découpé que baigne une eau couleur d'émeraude et par son aspect sauvage de grand rocher battu par les vents. Ici le paysage apparaît tel qu'il devait être aux premiers printemps celtiques. Ni clôture, ni murets, ni poteaux électriques, ni barrières, ni routes ; tout est resté comme au premier matin du monde et, une fois que l'on a tourné le dos au bourg, qui, pareil à un douar africain regroupe ses quelques maisons blanchies à la chaux autour de son lieu de prière, on emprunte le sentier de randonnée qui serpente au long de la falaise et permet  - si l'on dispose d'un peu de temps et que l'on est bon marcheur - de faire le tour complet de l'île en 4 ou 5 heures. A chaque tournant, le visiteur à tout loisir de s'émerveiller à la vue des paysages qui mêlent les arbrisseaux noueux, les tamaris, les immortelles jaunes ou encore l'avoine de jasmin, les oeillets de falaise et les oyats, aux lointains de mer qui se profilent dans une brume légèrement ouatée, soit l'île soeur d'Hoëdic, soit Belle-île, Groix ou la côte sauvage de Quiberon.

 

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Il fait beau en cette matinée de juin, alors que le bateau, qui assure le ravitaillement et le courrier depuis Locmariaquer - nous dépose à Port-Gildas. C'est en ce lieu gai et animé dès l'aube que se concentre l'activité de l'île. A Houat, on dit que la terre est aux femmes et la mer aux hommes. Les pêcheurs - car il n'y a pas d'autre activité masculine - alignent leurs embarcations en épi le long du môle, abandonnant aux plaisanciers le centre du bassin. Leur flottille rassemble une cinquantaine d'esquifs et ce sont une centaine d'hommes qui officient durant l'année pour piéger crustacés et poissons dont le bar et le congre. Quatre cents habitants demeurent sur l'île à l'année mais le chiffre double facilement au moment des vacances d'été, lorsque les inconditionnels de ces longues plages sauvages où viennent s'épuiser des vagues crêtées d'écume d'un bleu transparent, n'ayant rien à envier à celles des Antilles ou de l'océan indien - se joignent aux permanents afin de goûter à l'intimité authentique d'une nature épargnée par la modernité et le tourisme de masse.
Noces somptueuses des eaux marines, du ciel et des roches, on ne sait où donner du regard face à la splendeur dépouillée et encore vierge de cette terre isolée au large de nos côtes qui, à l'époque mésolithique, formait une crête granitique avec Hoëdic, rattachées l'une et l'autre à la presqu'île de Quiberon et prolongeant ainsi le massif armoricain.

 

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Aujourd'hui une quinzaine de mille et des eaux peu profondes les séparent du littoral, mais ces eaux n'en sont pas moins dangereuses. Y abondent îlots et rochers et le vent y souffle continûment au point que le phare délimitant le passage porte bien son nom de Teignouse.

Houat, dont l'histoire se confond avec celle d'Hoëdic, n'a cessé d'être menacée par les navigateurs Anglais et Espagnols qui croisaient dans les parages. Elle fut deux fois envahie par les Britanniques au 17e et 18 ème siècle et abrita, en 1795, deux mille officiers et soldats royalistes rescapés du débarquement de Quiberon - la position relativement distante de ces îles préservant les rencontres avec les émigrés de Londres.
Appauvris par les invasions, les habitants connurent une extrême misère et ne subsistèrent que grâce au commerce de cabotage, à la production de fromages de chèvre et aux maigres récoltes de blé noir. Il n'était pas rare que l'on se contente pour repas d'un hareng posé sur un quignon de pain. De nos jours, les îliens vivent mieux grâce à la pêche, à l'agriculture et au tourisme, par chance encore discret - 32 ha de marais ont été acquis par le Conservatoire du littoral et sont ainsi définitivement protégés.


Le long des ruelles, les pimpantes maisons du bourg se découvrent dans un repli du sol, abritées des ouragans avec leurs toits bas serrés les uns contre les autres comme pour " faire tête au vent" et cimentés pour mieux lui résister. Au sommet de la falaise, le cimetière marqué d'un lech et d'une croix de granite laisse découvrir le port et la presqu'île de Rhuys. Saint Gildas, figure marquante du monde celte était né en Ecosse en 493 et, après avoir accompli sa sainte mission en terre de Rhuys où il fonda la célèbre abbaye, mena une vie d'ermite dans l'île où il s'était retiré pour y finir ses jours. On peut très bien l'imaginer foulant la lande tapissée de genêts, d'armeries roses, d'immortelles et de liserons comme nous le faisons, et s'y abîmer dans la réflexion que des terres livrées à la vigueur des éléments ne peuvent manquer d'inspirer.

 

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Après la côte nord par laquelle nous avons amorcé notre tour de l'île et qui nous a promené par une sente boisée, piquetée de bosquets d'arbres dont les sombres éventails des pins maritimes vibrant mollement sous la brise, et sertie de criques comme autant de pierres de la plus belle eau - nous débouchons sur la lande ouest d'une âpreté grandiose qui, telle une proue de navire, projette sur l'horizon sa succession de roches sculptées par les vents et habitées par une quantité d'oiseaux marins : les cormorans huppés, les goélands bruns, les huîtriers-pies, les bernaches, les sternes, les tournepierres, les pétrels, les mouettes tridactyles, dont les cris rauques ou joyeux sont intensifiés par l'écho des grottes qui se creusent profondément dans les falaises rouges - qui flamboieront au couchant - et se découpent ainsi qu'une savante broderie.


En contre-bas, l'admirable plage de Treach'er Venigued nous attire. Pas âme qui vive. Comment résister, alors que la chaleur s'intensifie, à plonger dans le remous des vagues, fraîches certes, mais ô combien stimulantes ! - tandis qu'autour des rocs l'eau fermente comme du lait avec un bruit d'orage.

Houat est, par ailleurs, un paradis pour botanistes. Le nard de lys est son joyau. Cette espèce rarissime ne se rencontre qu'ici ou bien en Algarve ( Portugal ) et en Galilée, tandis que de nombreuses autres se côtoient comme le notait déjà en 1875 Alphonse Daudet dans ses " Souvenirs d'un homme de lettres". " Chemin faisant, nous remarquons la flore de l'île étonnante sur ce rocher battu des vents : les lys d'Houat, doubles et odorants comme les nôtres, de larges mauves, des rosiers rampants, de l'oeillet maritime dont le parfum léger et fin forme une harmonie de nature avec le chant grêle des alouettes grises dont l'île est remplie".
J'y ajouterai le parfum entêtant des chèvrefeuilles qui courent à même la lande et des troènes qui forment des haies mousseuses comme l'écume d'une vague végétale.


La côte sud, contrairement à la côte nord, est davantage livrée au gigantesque espace et on l'imagine l'hiver prise dans le double remuement des nuages bas et des marées puissantes. Pour lors, notre alentour est serein et les nuages, qui nous accompagnent, ne sont que de pacifiques cumulus qui gonflent leurs joues comme des montgolfières. Nous terminons notre balade par la côte est et la superbe plage de Treach'er Goured qui entoure la pointe Tal er Hah et semble posée comme une couronne d'or sur ce que l'on pourrait considérer comme la tête de l'île, coulée de sable d'une surprenante ampleur où viennent mourir les jardins des plus riches demeures. Bien abritée des vents, elles est la plus fréquentée mais, si immense, que l'on peut s'y isoler à volonté. Au large croisent voiliers et vedettes qui se balancent paisibles sur ce miroir fragmenté de vert ardoise et de bleu azur. Un instant de détente pour délasser nos mollets fourbus et l'heure est venue de descendre au port et d'embarquer sur le bateau qui nous reconduira à Locmariaquer. Que de visions éblouissantes se bousculent dans nos esprits, alors que l'île s'éloigne et que nous apercevons, dans la douce lumière du soir, l'entrée du Golfe et l'harmonieuse parenthèse de ses côtes, journée ponctuée de flashs étincelants, tandis que l'on imagine l'île rendue à sa solitude insulaire et s'enveloppant lentement dans les brumes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 07:48
Qu'une étoile se lève...

Qu’une étoile se lève au large de la mer
je te la dédierai,
qu’une lune pose sur l’horizon l’orbe rousse des songes
je l’entretiendrai de toi,
que, sous la cendre bleue, le feu couve
et les légendes se mettent à causer, ô mon prince !
Pareil au seigneur, étranger à son empire,
tu descends parmi les saules et les lentilles,
le cours du temps amoureux de la terre noire.
En quelle ère lointaine, inconnue de la mémoire,
es-tu né pour offrir à la postérité ce visage immuable ?
Semblable au potier, tu modèles ta pensée,
pareil à César, tu effaces les traces
des heures trop vite ensevelies sous la poussière.
Au passé, tu refuses cette épopée du deuil
qui tente parmi les ombres un ultime passage,
comme si la mer, amarrée à sa lande,
s’était engagée à la victoire. Mais non, il faut attendre !
Mon prince résolu n’a point encore armé de flotte pour la conquête,
il regarde les ténèbres se faner dans sa main,
rose funèbre, effeuillée, sans parfum.
Est-il trop tôt, est-il trop tard,
pour que la terre, oublieuse de sa genèse,
se libère des entrailles nocturnes qui la tiennent,
dépréciée et sans règne,
et que, dans un sursaut, elle renaisse enfin,
hors de l’espace et hors du temps,
toute d’espérance et délivrée, ô mon prince,
selon ta volonté et selon ta promesse,
prête à appareiller vers le Royaume
accessible seulement à l'esprit ?

 

 

J’entends des rumeurs :
des voix nous disent
que le temps a achevé son œuvre.
Ne craignons pas,
tout le fini s’efface. Ce n’est plus l’heure
du doute et de l’effroi.
Quels feux illuminent nos saisons,
quelle brume cache le provisoire à nos yeux ?
Et pourquoi nos paupières seraient-elles lasses,
alors que l’on surprend des rires et des chants,
que pas à pas nous avançons
dans l’ivresse sainte du pardon ?

 

Armelle Barguillet Hauteloire Extraits de « Profil de la Nuit – Le temps fragile »

 

 

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Qu'une étoile se lève...
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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 09:35
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Cela fait plusieurs années, que chaque été la Belgique vient visiter la France sous les traits d’une ambassadrice de charme Edmée de Xhavée. Elle ne vient pas seule, toujours accompagnée d’une amie d’enfance, tout aussi Belge qu’elle, mais qui demeure en France depuis de longues années : Adèle. Ces retrouvailles sont toujours un moment d’exception. Je vous en avais déjà parlé l’an passé, lorsque mon mari et moi sommes allés leur rendre visite, non loin de Caen, dans une maison typiquement normande, au charme envoûtant, enclave de verdure au centre d’une large plaine. Cette année, ce sont elles qui sont venues nous voir à Trouville, et l’occasion s’est trouvée de nous replonger dans l’ambiance proustienne qui pare notre colline d’un attrait supplémentaire. Les manoirs, qui nous entourent, ont tous été le lieu privilégié d’un grand nombre de rencontres entre Proust lui-même et quelques-unes  des personnalités qui ont inspiré son roman « A la recherche du temps perdu ». C’est au manoir des Mûriers - que son mari fit construire après qu’elle ait  loué plusieurs années celui de la Cour-Brûlée à Mme Aubernon - que Madame Straus, veuve de Bizet, se plaisait à tenir son salon d’été que fréquentaient Proust, bien entendu, mais également Fauré, Maupassant et bien d’autres ; c’est ici,  au manoir des Frémonts, que  la famille Finaly et la ravissante Marie que Proust, jeune alors, couvait d’un regard attendri, ont reçu en 1891 et 1892 ce jeune homme ébloui par les trois vues que lui offrait la propriété, l’une  sur la mer et les deux autres sur la campagne environnante, si bien que cette demeure est devenue en littérature celle de la Raspelière, à jamais immortalisée par les mots coulés, comme à dessein, dans un style incomparable :

 

« De la hauteur où nous étions déjà, la mer n’apparaissait plus, ainsi que de Balbec, pareille aux ondulations de montagnes soulevées, mais, au contraire, comme apparaît d’un pic, ou d’une route qui contourne la montagne, un glacier bleuâtre, ou une plaine éblouissante, situés à une moindre altitude. Le déchiquetage des remous y semblait immobilisé et avoir dessiné pour toujours leurs cercles concentriques ; l’émail même de la mer, qui changeait insensiblement de couleur, prenait vers le fond de la baie, où se creusait un estuaire, la blancheur bleue d’un lait où de petits bacs noirs, qui n’avançaient pas, semblaient empêtrés comme des mouches. Il ne me semblait pas qu’on pût découvrir de nulle part un tableau plus vaste. Mais à chaque tournant une partie nouvelle s’y ajoutait, et quand nous arrivâmes à l’octroi de Doville, l’éperon de falaise qui nous avait caché jusque-là une moitié de la baie rentra, et je vis tout à coup à ma gauche un golfe aussi profond que celui que j’avais eu jusque-là devant moi, mais dont il changeait les proportions et doublait la beauté. »

 

 

Malheureusement les pommiers n’étaient pas en fleurs. Autrement, poursuivant notre promenade sur la colline, qui ne cesse de nous découvrir de merveilleux horizons, ceux-ci ne cessant de se parer des lumières les plus diverses, nous aurions pu admirer, comme Proust le fît, les pommiers dans leur efflorescence :

 

«  L’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent,  elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais fraîche faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eut été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. »

 

 

Cette visite de nos deux amies était donc frappée du sceau de la littérature et comment en aurait-il été autrement pour des amoureuses de cet art qui donne des ailes aux mots tracés, du cœur aux phrases suspendues, de l’encre aux souvenirs assoupis dans la mémoire. Ainsi la journée s’est-elle achevée avec le soir qui descend doucement sur la mer, avec les lueurs vespérales qui apaisent les reliefs et fondent en une douceur voluptueuse les clartés trop vives du jour. A l’année prochaine, chères amies, et que la vie vous soit douce et sereine …

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.
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Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.
Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 07:37
Le bateau-usine de Kobayashi Takiji

Arrêté puis torturé à mort après la publication de ce livre, Takiji est un excellent représentant de la littérature sociale. Ce roman servit longtemps de manuel d’enseignement à l’intention des nouvelles recrues du parti communiste dans de nombreux pays.  Malgré cette connotation politique très marquée ce roman a une réelle qualité littéraire qui provoqua sa renaissance au début du XXIe siècle.

 

 

 

Le bateau-usine

Kobayashi Takiji (1903 – 1933)

 

 

 

« C’est parti ! En route pour l’enfer ! » Dès la première phrase de ce roman, Takiji annonce la couleur, on sait immédiatement où va nous emmener le Hakkô-maru, navire-usine qui quitte le port de Hakodate, un port de l’île de Hokkaido, à la pêche aux crabes dans la Mer d’Okhotsk  en défiant les  Russes encore ennemis privilégiés du Japon après la guerre russo-japonaise. La vie à bord de ces bateaux est encore pire que dans les mines décrites par Zola. Ces bateaux ne sont pas considérés comme des navires et échappent donc aux lois régissant la vie à bord et tout autant à celles réglementant le travail dans les usines, c’est un véritable espace de non-droit où même le capitaine n’est pas maître à bord, il doit subir le pouvoir de l’intendant représentant de l’armateur et véritable patron à bord après l’empereur.  Le Hakkô-maru affronte des tempêtes et des grains que Takiji décrit aussi brillamment que Joseph Conrad quand il dépeint un Typhon en Mer de Chine ou que Francisco Coloane quand il nous entraîne Dans le sillage de la baleine dans les mer du sud. Les bateaux-usines japonais sont des rafiots déglingués, vieux navires hôpitaux ou transports de troupes mis au rebut après la guerre russo-japonaise et transformés, au moindre coût, en navires-usines pour le plus grand profit des capitalistes qui arment ces navires pour la  très lucrative pêche aux crabes sans aucune considération pour la vie des  nombreuses personnes employées à bord pour la conduite du navire, la pêche et la fabrication des conserves.

 

 

Ce livre écrit par Takiji en 1929, fut immédiatement interdit et son auteur recherché par la police dans le cadre de la lutte contre les mouvements de gauche fleurissant à cette époque au Japon. Takiji fut donc contraint de se réfugier dans la clandestinité pendant deux ans, il fut finalement arrêté par la police et mourut sous la torture en 1933. La publication, en 2008, dans la presse, d’un échange entre deux éminentes figures de la gauche japonaise, évoquant ce livre dans leur propos, provoqua un véritable raz de marée littéraire. Ce texte devint alors un classique de la littérature prolétarienne japonaise et  fut édité dans de nombreuses langues. Il reste aujourd’hui un ouvrage de référence pour étudier la lutte prolétarienne contre le capitalisme galopant.

 

 

Ce livre a une réelle dimension littéraire, il n’est pas abusif de comparer certains passages, certaines scènes concernant la vie en mer, notamment quand celle-ci est mauvaise, à des textes de Conrad ou de Coloane, mais il faut bien admettre que Takiji a écrit ce roman pour démontrer l’emprise du patronat capitaliste sur le sous-prolétariat constituant la main d’œuvre à bord de ces navires et la possibilité pour celui-ci de renverser les rôles en se soulevant, à l’unisson, contre les profiteurs qui l’exploitent. L’auteur a situé ce manifeste, ce manuel de révolte, sur un navire pour disposer d’un monde clos où les deux forces en présence peuvent  s’affronter sans intervention extérieure, même si un destroyer se mêle un peu de l’affaire. Ce livre servit donc très souvent de manuel de propagande pour le parti communiste auquel appartenait Takiji sans que cela retire quoi que ce soit à sa qualité littéraire.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 08:36
Giverny - La maison de Claude Monet

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Il y avait longtemps que je rêvais de visiter la maison et le jardin de Monet. Et bien que je demeure en Normandie, il se trouvait toujours une bonne raison, lorsque nous nous rendions à Paris et passions non loin de Giverny, de ne pas nous y arrêter parce que nous étions pressés, qu'il y avait les urgences et les impératifs, toute la panoplie qui nous fait trop souvent passer à côté de nos désirs. Et il est vrai qu'il est préférable de ne pas être pressé pour entrer dans l'univers de Monet, ce coin de charme et de verdure qu'il aménagea selon son goût et son inspiration entre champs quadrillés de haies et souples collines. Clos délicieux où il s'installera en 1883 avec ses deux fils et sa compagne Alice Hoschédé, mère de six enfants. Rien ne peut exprimer le sentiment de bien-être, l'envoûtement que l'on éprouve lorsqu'on aperçoit la maison rose aux volets verts disparaissant sous sa vêture de vigne-vierge et de roses dans un paysage parcouru par les eaux où croissent en abondance les iris sauvages, l'une des passions de Monet avec les pavots d'Orient. Et devant la demeure, la grande allée que le peintre se plaisait à emprunter, envahie de capucines, qui ouvre sur le jardin dans sa solennelle beauté champêtre et invite à la plus parfaite leçon de botanique qui soit. Car, ici, les fleurs semblent s'être données rendez-vous. Comme nous sommes mi-juin, il y a alentour, en une alliance incomparable de couleurs, les roses blanches, roses ou rouges qui s'enroulent ou s'épandent, formant une voûte ou s'arrondissant en corbeilles selon l'esthétique, la cadence et le rythme que le compositeur entendait leur donner. A Giverny, rien n'aura été planté au hasard, l'ordonnance des lieux répondant aux exigences du maître, car le chef-jardinier, bien qu'épaulé par deux hommes de l'art, ce fut toujours lui et son constant souci d'améliorer son oeuvre. " En-dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien " - disait-il.

 

 

Là-bas, les portiques de clématites succombent sous le poids de leur efflorescence, les lys, les ancolies, les pois de senteur s'égayent entre les allées, fleurs ordinaires et fleurs rares réunies en une savante alchimie de tons qui mêle les marguerites, les gueules de loup et les giroflées aux asters, aux nigelles de Damas et aux arbres à l'élégance fragile de Chine et du Japon. Et ces fleurs furent travaillées en une harmonie parfaite afin de composer, selon les saisons, un jardin tour à tour safrané, cramoisi, mordoré ou le jardin mauve qui avait tant impressionné Sacha Guitry. Mais le rôle de Monet n'était-il pas d'impressionner selon les déclinaisons les plus audacieuses et les plus sensibles ? 

 

 

Monet-Giverny--9-.jpg

 

 

D'autant mieux que nous abordons le jardin des eaux dont le peintre fit l'acquisition en 1893 et où il entreprit le creusement du célèbre bassin aux nymphéas grâce à une prise directe dans l'Epte qu'il obtint du préfet de l'époque. Tout est dense autour de ce miroir tranquille bordé de graminées où l'oeil peut à loisir s'émerveiller. Les pivoines arbustives rendent l'endroit serein, tandis que, posées délicatement sur l'eau, les nymphéas ouvrent leurs corolles de nacre et d'opaline. Bambous, saules pleureurs, érable du Japon, agapanthes masquent les courbes des rives qu'enjambent les ponts dont les arches ravissaient le regard du peintre. Insatiable ce regard qui s'est exercé à tous les angles possibles et se consacre désormais à peindre la surface de l'onde et ce qui peut s'y refléter, étude obsessionnelle qui tente à saisir chaque nuance de lumière et son jeu permanent avec le végétal et le fluide. Monet aime tellement Giverny qu'il s'y fera enterrer dans un simple caveau auprès d'Alice disparue avant lui, ses fils, sa belle-fille Blanche et une partie de la famille Hoschédé.

 

 

Quant à la maison, spacieuse, claire et joliment meublée, il semble que les propriétaires l'aient quittée la veille. La table est mise, les lits faits, chaque objet est à sa place, on croit encore respirer l'odeur de térébenthine que dégagent les pinceaux ; les collections sont là elles aussi, dont les estampes japonaises, représentation de l'éphémère et de l'instant qui passe joyeux ou douloureux, sans oublier les pastels de Berthe Morisot, d'Edouard Manet, de Vuillard, les fidèles amis ; l'horloge égrenne les heures et on ne se lasse pas d'admirer le salon aussi mauve que les iris, lieu de bavardage aux meubles peints, la salle à manger jaune, tellement conviviale et gaie avec sa grande table accueillante aux familles nombreuses, la cuisine couverte de faïences bleues parce que cette couleur a, dit-on, le pouvoir d'éloigner les insectes et particulièrement les mouches, enfin, à l'étage, les chambres donnant sur le jardin où le soleil entre à flot en cette journée particulièrement clémente d'un mois de juin qui ne le fut guère. Et on s'attarde avec plaisir à contempler chaque recoin, à méditer dans l'atelier de l'artiste, un endroit confortable qu'après la construction de son second atelier, Monet transformera en salon et y accrochera les toiles dont il ne voulait pas se séparer. Celui aux nymphéas sera construit sur les ruines d'une masure à l'extrémité de la propriété, permettant au peintre de travailler en paix. Un système de vélum filtrait la lumière de façon à ne pas nuire à son oeil exigeant. Là, il disposait ses panneaux des nymphéas comme il entendait qu'ils le soient à l'Orangerie. Il y travaillera sans relâche jusqu'à son dernier souffle.

 

 

Oui, alentour, ce n'est vraiment qu'une symphonie printanière, un kaléidoscope qui mêle les harmonies les plus subtiles, les inclinaisons les plus douces, les reflets les plus tendres ou les plus vifs, les charmilles et les recoins les plus secrets. Aimable maison et admirable jardin qui sont le songe accompli d'un magicien génial. Claude Monet a composé ce lieu, où il vécut une quarantaine d'années, comme un rêveur éveillé qui marie la lumière et l'ombre, l'eau et le végétal en un univers hors du temps. On est entré dans le plus beau tableau jamais réalisé au point qu'il semble encore en suspens dans l'imaginaire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Giverny - La maison de Claude Monet
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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 08:06
Animots de Jean Jacques Marimbert

Il y a longtemps que je ne vous ai pas proposé un peu de poésie et pourtant nous en avons bien besoin dans notre monde actuel violenté de toutes parts. J’ai choisi ce recueil de Jean Jacques Marimbert plein de douceur et de tendresse dispensées par ces animaux tout petits que nous ignorons trop régulièrement.

 

 

Animots

Jean Jacques Marimbert (1950 - ….)

 

 

Jean de la Fontaine les a mis en fables, Louis Pergaud les a utiliser pour écrire des nouvelles (De Goupil à Margot) qui lui valurent le Prix Goncourt, Birago Diop les a fait vivre dans ses Contes et lavanes… les animaux, du meilleur ami au pire ennemi de l’homme, ont souvent été un sujet d’inspiration pour les écrivains. Aujourd’hui, je referme un recueil de poésie de Jean-Jacques Marimbert qui héberge dans le creux de ses vers autant d’animaux que de poèmes figurant dans cet opus : cinquante animaux, présentés par ordre alphabétique, pour cinquante poèmes. Cinquante animaux déguisés en « animots » pour se nicher entre les pieds des vers :

 

Mots animés sans cesse

traquent sans jamais

l’atteindre la vie.

 

Cinquante poèmes comme cinquante histoires, cinquante petits drames affectant la vie des cinquante animaux mis en scène par l’auteur. Des histoires courtes qu’il faut lire, de préférence à haute voix, comme de la prose en vers pour goûter la musique et le rythme de ces poèmes. Des textes chauds, une musique douce, pour écrire un monde irénique, serein, paisible comme on l’imagine à l’origine.

 

Petit sar écrasé

de soleil colle à

la roche rouge

frangées d’éclats

moirés clapotis

huileux coques à

chevelures d’algues

anémones lascives

virgules argentées

d’alevins doucement

chahutés par l’eau.

 

Mais, l’auteur le sait et essaie de nous le faire comprendre, la vie paisible et douillette ne peut pas durer longtemps, le grain de sable survient inéluctablement et presque toujours rapidement et brutalement au détour des derniers vers.

 

Une belle salamandre

entre roches mouillées

danse dans le faisceau

tremblant de la torche

                                                         qu’un bras d’enfant

brandit cri de victoire

sur le ciel de charbon.

 

La poésie de ces vers ne donnerait pas toute sa mesure si l’auteur n’avait pas confié une partie de son espace à Etienne de Lodého pour y loger de nombreuses illustrations en noir et blanc, épures de l’image comme les poèmes sont épures du texte, ces gravures donnent une force supplémentaire à ces « animots » qui prennent ainsi véritablement corps dans ce recueil. De la belle ouvrage.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 08:43
La galerie des carrosses de Versailles

Le château de Versailles s’est enrichi récemment d’une exposition supplémentaire : celle des carrosse qui se tient dans la Grande Ecurie Royale, offrant aux yeux des visiteurs un ensemble somptueux de quelques-unes des merveilles sorties des mains des artisans de la Cour. C’est vers 1665, sous le règne de Louis XIV, qu’apparaissent les premières voitures modernes en France. La collection de Versailles, l’une des plus importantes d’Europe, ne se contente pas de nous dévoiler les voitures de voyage mais également celles de gala, richement décorées qui contribuèrent à la splendeur des grandes cérémonies de l’Histoire : baptême, mariage, sacre, funérailles. Certains de ces carrosses sont de véritables chefs-d'oeuvre. La plupart ont été malheureusement détruits à la Révolution comme tant d'autres oeuvres d'art, mais l’Empire et la Restauration ont eu à coeur de renouer avec les carrosses d'apparat, ceux présentés ici et remis en état par l'industrie des pneumatiques Michelin. En 1872, les carrosses céderont la place aux voitures hippomobiles de la Présidence, certes plus sobres mais moins élégantes.
 

 

Désormais sont réunis à la Grande Ecurie royale de Versailles quelques-uns des carrosses rénovés ou reconstruits pour accompagner les grandes heures de l’empire. Ils ont été utilisés le 2 avril 1810 pour le mariage de Napoléon  avec Marie-Louise d’Autriche. Ce jour-là, 40 berlines de grand luxe et plus de 240 chevaux descendront les Champs-Elysées jusqu’au jardin des Tuileries. Comme les rois avant lui, l’Empereur  manifeste son pouvoir et sa puissance par la grandeur et la beauté du cortège. Il veut surtout faire mieux que les précédents rois puisque, pour ce type d’événement, les Bourbons n’utilisaient que 30 carrosses.

 

 

Dix années plus tard,  il ne fallut  pas moins de douze jours de fête pour célébrer le baptême du duc de Bordeaux, seul et dernier héritier des Bourbons, dont la naissance inespérée le 29 septembre 1820 suivait de cinq mois l’assassinat de son père le duc de Berry au pied des marches de l'Opéra de Paris. Le baptême de celui qui refusera le trône de France au motif qu’il ne pouvait se rallier  au drapeau tricolore et passera à la postérité sous le nom de Comte de Chambord, est célébré en grande pompe : 27 carrosses forment le cortège, précédés et suivis de la garde royale à cheval. Au centre, la berline avec l’enfant, placé sur les genoux de sa gouvernante, aux côtés de sa sœur mademoiselle d’Artois. Le bébé représente l’avenir de la royauté, il est le petit- fils du comte d’Artois qui a succédé à ses frères Louis XVI et Louis XVIII et a accédé au trône sous le nom de Charles X. C’est la raison pour laquelle on a donné à son baptême un tel faste.

 

Le carrosse du sacre et du mariage impérial.
Le carrosse du sacre et du mariage impérial.Le carrosse du sacre et du mariage impérial.

Le carrosse du sacre et du mariage impérial.

C’est toutefois avec le sacre de Charles X que la pompe  atteint des sommets. Après la Révolution et l’Empire, le nouveau monarque veut renouer avec les splendeurs du Roi-Soleil lui-même. La cérémonie se déroule en 1825 dans la cathédrale de Reims et le carrosse, conçu pour l’occasion, est si extraordinaire qu’il fait le voyage à Reims protégé dans une housse de toile avec des roues spéciales et moins ouvragées pour le temps du transfert. L’inhabituelle richesse des ornements de bronze en faisait un véhicule très lourd (près de 4 tonnes). Il resservira une ultime fois en 1856 lors du baptême du fils de Napoléon III. Les signes royaux sont alors remplacés par les emblèmes impériaux.

 

 

L’exposition nous permet de voir également des chaises à porteurs, de magnifiques traîneaux aux formes fabuleuses, uniques témoins de l’Ancien Régime avec la petite berline de Louis-Joseph, le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette mort en 1789, où l’enfant malade prenait place afin de se promener un peu dans le parc de Versailles. Ainsi que la berline du futur Louis XVII, le second fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette  que tirait deux animaux, sans doute des poneys, et que le petit garçon, qui mourra au Temple dans des conditions affreuses, se plaisait à conduire. C’est  bien entendu en hiver que les traîneaux étaient utilisés, lorsque la neige faisait son apparition au cours d’hivers rigoureux. Et ils furent nombreux. Ainsi le roi et ses courtisans faisaient-ils des courses dans le parc de Versailles. Louis XV conduisait le sien à vive allure, si bien que les duchesses avaient peur de monter à ses côtés. Plus tard la reine Marie-Antoinette organisera de grandes promenades agrémentées de collations. D’ailleurs, Versailles était la seule cour d’Europe où les femmes pouvaient conduire elles-mêmes leurs traîneaux.

 

 

La fabrication d’un carrosse impliquait la participation d'un grand nombre d'artisans. Le carrossier était en charge de la réalisation complète de la voiture, mais il travaillait en association  avec un dessinateur en voitures, un menuisier, un charron, un sculpteur, un peintre, un doreur, un serrurier, un miroitier, un lanternier  et un bourrelier. Au total, 25 corps de métiers se succèdaient. Leur savoir-faire était tel que du XVIIe au XIXe siècle, la qualité et l’élégance de la carrosserie française seront célèbres dans toute l’Europe.

 

Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.
Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.
Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.

Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.

Quant au nombre des chevaux attelés, il est également un signe de pouvoir et de prestige. Le roi attèle toujours 8 chevaux, la reine n’en utilise que 6… Mais seuls les deux premiers, les plus proches de la voiture, tirent la charge. Les autres ne sont là que pour la magnificence. D’un règne à l’autre, le nombre de chevaux dans les écuries royales ne cessera de croître : de 382 en 1684, on passe à 700 en 1715 et à plus de 2 000 en 1787. Les Ecuries Royales abritent aussi l’Ecole des Pages, où de jeunes nobles, désignés par le roi, s’exercent avant de devenir officiers de cavalerie, le corps le plus prestigieux de l’armée. Pour y entrer, il faut avoir 15 ans, mesurer moins de cinq pieds deux pouces (1m68), être bien fait de sa personne et fournir la preuve de sa noblesse qui est vérifiée par le généalogiste de la Cour. Aujourd’hui les écuries existent toujours. Créée en 2003 par Bartabas, soucieux de transmission artistique, l’Académie équestre de Versailles est un corps de ballet unique au monde. L’enseignement original associe le travail de dressage de Haute Ecole et diverses disciplines telles que l’escrime, la danse, le chant ou le Kyudo (tir à l’arc japonais). Les écuyers acquièrent une véritable sensibilité artistique. Le spectacle de répertoire « La voie de l’écuyer », chorégraphié par Bartabas évolue et s’enrichit chaque année de l’expérience des écuyers. Ouvertes tout l’été, les portes de ce lieu atypique « La Grande Ecurie du roi » offre aux visiteurs l’occasion de découvrir le travail de cette école des pages contemporains et d’assister à un spectacle d’une suprême élégance.

 

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La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis  XVII.La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis  XVII.
La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis  XVII.

La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis XVII.

Deux modèles de traîneaux.
Deux modèles de traîneaux.

Deux modèles de traîneaux.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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