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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:41
Plus rien ne sera jamais pareil

Plus rien ne sera jamais pareil.
Quelque chose d’indéfinissable a  tremblé
Et nous avons vu une lumière
Lentement naître des ténèbres.
Nos cœurs s’émerveillaient de son approche
Et que de ce tremblement, de cette onde,
Soudain naisse l’élan qui nous relèverait.
La nuit n’avait cheminé qu’un moment avec nous
Et nous en gardions une cécité passagère.
Après nous voyions comme nous n’avions jamais vu,
Les fluorescences de la lune redessiner l’ombre
Sur les fresques du ciel.
Tu caresses mes cheveux,
Je pose délicatement ma main sur la tienne,
nul geste ne peut être plus tendre, plus achevé.
Tu me dis  «écoute », car le monde nous reste  proche,
Je te murmure  « regarde »,
Car l’éternité nous adresse un salut royal.
Un dernier mouvement de foule trace un bref horizon.
Je perçois le choc sourd du jour
Qui heurte la pierre aimantée du temps.
Demain, tu inventeras un langage, tu me baiseras au front
Afin que je porte loin et haut notre amour.
Tes mots dureront. Ils formeront une enceinte,
Ils se doivent de me garder.
Peut-être  dispenseront-ils  leurs bienfaits
Jusque dans les profondeurs des eaux ?
La résurrection des mondes en dépend.
Souviens-toi, il faut être habité d’une  présence infinie …
Pour se taire ensemble.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( publié dans les Cahiers Froissart  N° 47 –Quatrième  trimestre 1988 )

 

 

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 09:17
Concert/Lecture du 19 novembre 2016 au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia, soprano.

Concert/Lecture du 19 novembre 2016 au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia, soprano.

Nous y pensions depuis longtemps Laura  Rabia et moi. Unir les mots de Proust aux mélodies de ses compositeurs préférés, ceux qui ont donné à la musique française ses lettres de noblesse. Leurs noms : Gabriel Fauré, César Franck, Camille Saint-Saens,  Reynaldo Hahn. Proust les a connus, écoutés et aimés. La musique lui apparaissait comme l’art suprême, celui qui  transcende la réalité et unit les âmes. Alors pourquoi ne pas imaginer un Concert/Lecture où l’écrivain prendrait la parole pour faire apprécier davantage encore les notes de ses contemporains et offrir ainsi au public un duo où musique et littérature se fondent dans un seul univers : celui de la beauté. D’autant plus que nous avions la possibilité de le donner à entendre dans un lieu unique que l’écrivain a habité, où il a pensé, contemplé, composé une partie de sa Recherche, cet aquarium qui ouvre sur la mer, le ciel et la digue cabourgeaise, digue où, par un beau matin d’été, il avait vu apparaître les jeunes filles en fleurs et toute la poésie du monde.

 

Sa mère jouant du piano, Marcel Proust eut toujours pour la musique un intérêt très vif qui se confirmera lorsqu’il fera la connaissance de Reynaldo Hahn, chez Madeleine Lemaire, en juin  1894. Auteur d’une œuvre importante et variée, Hahn initiera véritablement Proust et le fera entrer de plein pied dans l’univers musical en exerçant son oreille à une écoute plus aiguë et plus attentive, si bien qu’ils vont ensemble entretenir une relation affective et esthétique qui ne les empêchera nullement de diverger sur certaines questions d’appréciation.

 

Pour Marcel Proust, l’interprétation sera toujours essentielle et l’écrivain notera soigneusement les caractéristiques particulières d’un chanteur ou d’un virtuose dont l’intériorité est, selon lui, capitale pour parvenir à capter sa sensibilité. C’est ainsi qu’il construit son propre univers romanesque de la musique avec le personnage emblématique de Vinteuil. Il est vrai que Marcel bénéficiait d’un répertoire éclectique dans le domaine musical, se rendant souvent aux concerts ou dans les salons où se produisaient fréquemment les musiciens d’alors, ou quand il les priait de venir lui donner la sérénade chez lui Boulevard Haussmann. On sait aussi son admiration pour Richard Wagner, son intérêt pour les Ballets Russes, également pour les œuvres savantes, profanes ou religieuses, et même pour la musique populaire. « Evoquant tour à tour la déclamation de Pelléas, la mélodie grégorienne, les cris de Paris, les intonations de Sarah Bernhardt, de Mounet-Sully et de la diseuse Yvette Guilbert, l’auteur de La Recherche développe une esthétique de la vocalité, jouant subitement sur le rapport entre le son et le sens, brouillant les frontières entre le chant de la parole et la parole chantée »  - souligne très adroitement Anne Penesco.

 

Reste cette petite phrase de Vinteuil qui hante et parcourt La Recherche et demeure l’un des grands mystères de son œuvre. Elle ne cesse de se dérober à notre curiosité, de nous inciter à la reconnaître chez Camille Saint-Saëns, César Franck ou Gabriel Fauré, trois compositeurs d’horizons différents mais proches de la sensibilité musicale de Marcel. En définitive, cette sonate de Vinteuil reste l’œuvre énigmatique du romancier. Elle transcende l’amour que Swann porte à Odette, avant de figurer comme le leitmotiv habituel de l’amour du narrateur pour Albertine. La musique devient en quelque sorte une médiatrice qui  éveille, transfigure, magnifie ce sentiment et l’amplifie à volonté, transmuant alors son phrasé en une sorte d’acoustique privilégiée du cœur désirant. Ainsi Marcel Proust rend-t-il la musique incroyablement soluble dans les mots. Ce pouvoir unique, dont elle dispose, n’est-il pas avant tout celui d’être un processus singulier de remémoration ? Nous pouvons à ce sujet nous interroger. Ne serait-ce pas le Temps Retrouvé grâce à la magie de la muse instrumentale ou de la voix humaine dans son souverain accomplissement ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Photos de Thierry Georges Leprévost
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Proust et la musique : Concert/Lecture à Cabourg
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 09:28
Allons z'enfants d'Yves Gibeau

Cet ouvrage, édité en 1952, raconte l’histoire d’un gamin dont le père voulait absolument faire, contre sa volonté, un militaire de carrière comme lui. Un drame tragique. Un témoignage intéressant dont chacun tirera les conséquences qui lui conviennent.

 

 

                                      Allons z’enfants

                              Yves Gibeau (1916 – 1994)

 

 

Quel désespoir, quelle barbarie, quelle haine, dans ce livre publié en 1952 et que le Dilettante réédite en ce début d’année. Yves Gibeau y raconte l’histoire d’un gamin qui a eu la malchance de naître dans le foyer d’un ancien adjudant, vétéran de la Grande Guerre, qui veut absolument que son fils devienne militaire de carrière, comme lui, tout aussi aveuglément dévoué à la Patrie et à ses supérieurs mais avec un grade un peu plus élevé que le sien. Il le confie donc à l’école des enfants de troupe des Andelys où le gamin, peu attiré par le métier des armes, subit toutes les brimades que, ceux qui ont fait leur service militaire connaissent bien, même si elles se sont notoirement atténuées avec le temps. Le gamin ne veut pas de cette vie, il fait donc tout ce qu’il peut pour contrarier sa famille  et sa hiérarchie et pour les convaincre qu’il n’est pas fait pour ça. Mais l’armée «  en a maté des plus têtus » et le père se targue de mettre son fils dans le droit chemin, celui qui mène le plus souvent au monument où l’on inscrit le nom de ceux qui sont morts pour la patrie.

 

Le gamin s’accommode plus ou moins de la vie dans cette école mais il ne supporte plus sa famille dont il a honte, sa mère goinfre et geignarde et son père plus obtus qu’il ne l’a jamais été et qui ne voit en son fils que les supérieurs qui l’ont fait trimer et qu’il a pourtant admirés. Il désire qu’il devienne officier, bien que ses armes préférées soient les livres. Même le bistroquet du coin se rend compte que le père fait fausse route, « Tu n’es pas son père, Chalumot. Pour lui, t’es un adjudant, rien qu’un adjudant ! » Et le calvaire se poursuit à Tulle, à Saumur, enfin à Toul dans un régiment de train et, à chaque fois la bêtise, la méchanceté, et la brutalité des cadres sont tout aussi virulentes, si bien que la haine du gamin, devenu un jeune homme, ne fait que croître et s’amplifier, tandis que le rejet du père s’avère de plus en plus radical et définitif. « Il répète constamment qu’il te renie, que tu n’es pas de lui, que tu fais sa risée dans tout le quartier et qu’il voudrait être débarrassé de toi pour toujours ». Ce dernier, qui n’a, en définitive, qu’un manque d’intérêt pour l’armée, devient alors un véritable militant antimilitariste qui affiche ses convictions sans craindre les risques qu’il encourt. Et les ennuis ne feront que s’additionner sur ses pauvres épaules sans qu’il ne cède jamais.

 

Dans ce gros pavé, qu’on pourrait juger trop long, si on ne prenait pas un réel plaisir à lire cette belle écriture classique, a disparu de nos lectures actuelles. La raison en est sans doute son profond antimilitarisme que l’auteur a largement revendiqué et proféré avec Boris Vian notamment, mais aussi l’expression de son combat pour la liberté de choisir sa vie et de la conduire selon ses aspirations et ses goûts. Michel Dalloni l’expose clairement dans sa préface : « Dans les lignes serrées de ce gros bouquin, déchiffrées lentement pour mieux comprendre, se trouvait une vérité si simple qu’il m’a fallu du temps, beaucoup de temps, pour l’éprouver : la liberté est un combat contre la connerie dont le prix est celui de la vie ». Plus largement encore, c’est un véritable plaidoyer politique et philosophique pour l’émergence d’une société sans guerre et sans violence. Un vœu peut-être idéaliste mais l’auteur y croit fermement, laissons-lui le mérite d’avoir exposé le problème afin que chacun puisse apporter la réponse qu’il jugera la plus adaptée à la vie de l’humanité.

 

Il y a aussi une pointe de misanthropie dans cet ouvrage, l’enfant de troupe ne rencontre pratiquement que des gens qui lui sont hostiles, qui ne partagent pas ses vues, seules quelques personnes le comprennent : une bonne sœur, un professeur de français, une script-girl (je ne sais pas le dire en français), ça fait bien peu dans ce long roman. Gibeau ne semble pas beaucoup aimer ses contemporains qui s’ébaubissent devant les uniformes rutilants et raffolent de la musique qui marche au pas, il dénonce la bêtise primaire, l’ignorance populaire, l’obscurantisme religieux, la manipulation des innocents, l’endoctrinement des faibles, le manque d’ouverture d’esprit et d’esprit critique. La souffrance, qu’il a éprouvée lui-même en suivant un parcours presque identique à ce gamin, transpire tout au long du texte et on sent qu’il a quelques comptes, lui aussi, à régler avec la Grande Muette et avec sa famille. Son antimilitarisme semble hésiter entre celui du professeur de lettres plus attaché à défendre la liberté de l’enfant : « Je ne cherche pas à faire le procès de l’armée. C’est une institution à l’égal de bien d’autres, nécessaire, obligatoire. Je l’accepte. Mais je n’accepte point qu’on ait le courage, ou l’impudence, de détruire chez un enfant toute vocation, toute aptitude, tout désir toute velléité d’ambition contraire aux visées de parents sans discernement, à l’intelligence souvent modeste, ou que guident de mesquins et d’hypocrites calculs ». Et la stupidité la plus cruelle du Général sacrifiant ses enfants pour la patrie et pour sa gloire personnelle. « Il se distingua tout de suite en exigeant de trois de ses fils un engagement volontaire dans son régiment d’infanterie, « pour la durée des hostilités ». Il les fit tuer joliment, en quinze jours, mais décorer aussitôt de la Légion d’honneur, et, peu de temps après, le galon du colonel récompensait ce violent zèle patriotique. »

 

Plus la lecture avance, plus l’antimilitarisme de l’auteur est virulent et sa démonstration éloquente. Ce roman restera donc comme un grand réquisitoire militant contre les va-t-en-guerre et chacun y trouvera de quoi étayer ses opinions personnelles pour ou contre l’armée. Moi, j’ai lu ce livre avec un certain malaise. Un fond de vieux romantisme remontant au XIXe siècle donne un côté tragique à l’histoire qui l’était déjà beaucoup en elle-même, et rend la lecture assez pesante. Par contre, je me suis senti très à l’aise dans le langage employé par l’auteur, une dose de jargon de bidasses, je l’ai été, une ration du français très approximatif employé dans les couches les moins instruites de la population française, le tout noyé dans une belle langue française très académique. A défaut d’y chercher des enseignements, il faut lire ce livre au moins pour son écriture et son atmosphère.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 09:43

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Pour moi  l’hiver commence fin novembre. La raison en est que les couleurs, les lumières ont cessé de se nuancer. Après avoir vibrées, elles se figent. Désormais, nous ne sommes plus dans l’éclat mais la matité. Regardez comment les paysages se définissent d’un trait plus sombre, plus net, comment les ciels se dépouillent, tantôt nus et sans relief, tantôt voilés d'obscurité et si proches de la terre qu’ils semblent s’y attarder. Finis les orages et leurs violences, les ciels parés comme des femmes ; tout s’est soudainement dépouillé ou altéré entre les filets puissants des brouillards qui posent leur mystère alentour. On avance dans un monde qui a changé de nature, s’est approprié le silence, se décline dans les tons neutres et cependant d’une infinie acuité au point que, contemplant le littoral, j’aperçois, non plus mêlé et comme enlacé mais soudain pétrifié, le double relief de la mer et du ciel.

 

 

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Il fait bon rentrer chez soi, retrouver l’âtre et le feu, prévoir le long hiver qui enveloppera chaque chose dans sa parure de neige. Les jours se sont engrisaillés, ils tournent court dès 17 heures alors qu’un soleil blanc s’empresse à nous quitter. On a repris le goût des soirées autour d’un pot au feu et d’une soupe épaisse, des parties de cartes après dîner et des fêtes qui vont se succéder et seront essentiellement familiales dans l’attente de Noël. Déjà les villes s’activent à s’enjoliver dans un halo de lumière artificielle afin de compenser celui qui a choisi de regagner sa pénombre hivernale. Mais ne soyons pas tristes, il y a là une occasion providentielle à entrer en soi, à regarder ce qui nous entoure d’un œil confiant, à surprendre les couleurs gagnées d’une subite retenue ; oui, c’est cela, la nature  nous invite à la méditation, nous incite au recueillement. Il règne autour de nous une concentration salutaire. L'hiver proche, c'est la saison de la contemplation intérieure.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 09:10
Les lièvres de jade d'Eric Allard et Denys-Louis Colaux

Allard et Colaux semblent avoir en commun certains gènes littéraires, aucune analyse ne pourra le confirmer mais leurs écrits le laissent indubitablement penser. Ils ont donc décidé d’écrire un recueil à quatre mains, Colaux présente le projet dans sa note liminaire : « Allard, lui ai-je écrit, je vous propose une aventure de coécriture. Plaçons, pour épicer l’affaire, ce projet sous quelques consignes. Il sera question de la Lune, nous écrirons chacun quinze épisodes d’une dizaine de lignes, et dans le récit, nous nous croiserons. Rien d’autre ». Le cadre était dressé, il ne restait qu’à écrire et nos deux lièvres sont partis, pour  une fois, à point, ils ont fait gambader leur plume respective chacun sur sa plage/pré pour finir par se rencontrer comme ils l’avaient prévu. Et comme le résultat était probant, ils ont décidé d’écrire une seconde série de quinze textes.

 

La Lune est leur totem, ils l’avaient inscrit dans les contraintes imposées à leurs récits, ils la vénèrent avec les mots, les phrases, les aphorismes, les  images, les clins d’œil, les allusions, …., avec toutes les armes pacifiques du poète. Ils l’adulent car la Lune est mère de toutes les femmes qui nourrissent leurs phantasmes, « Les femmes sont enfants de la Lune », la femme est la muse du poète, les femmes sont nourriture du poème. Colaux la chante, dans sa première série de textes, comme un chevalier médiéval, comme Rutebeuf, comme Villon, comme … d’autres encore qui ont fait que l’amour soit courtois et le reste. Allard m’a fait très vite penser à Kawabata et plus particulièrement à Kawabata quand il écrit « Les belles endormies », je ne fus donc pas surpris qu’il cite le maître japonais au détour d’un de ses textes et qu’il intitule un autre précisément « Les belles endormies ». Pas surpris mais tout de même étonné que nous ayons en la circonstance les mêmes références, peut-être avons-nous, nous aussi, quelques gènes littéraires en commun ?

 

Il y a une réelle proximité ente ces deux poètes, leur mode de pensée respectif semble très proche et ils expriment le fruit de leurs pensées dans un langage et un style qui pourraient leur être commun. Dans la seconde quinzaine de textes qu’il propose, Colaux m’a rappelé les textes d’Allard dans  « Les corbeaux brûlés » que j’ai commentés il y a bientôt dix ans, on croirait ses textes immédiatement issus de ce recueil, les femmes, qu’il dessine, ressemblent étonnamment à celles qu’Eric fait glisser entre les pages de son recueil. Il y a du Léo Ferré dans ces deux séries de textes. Colaux dessinent des filles tout aussi liquides, tout aussi fluides, que celles qu’Allard fait ondoyer dans « Les corbeaux brûlés », comme celle que Ferré chante :

« C’est extra, une fille qui ruisselle dans son berceau

   Comme un marin qu’on n’attend plus ».

 

Deux grands poètes qui ont magnifiquement chanté, en prose, la Lune, l’astre féminin par excellence, et la femme non pas la femme mère ou fille, non, seulement la femme, éternel idéal féminin, source de tous les phantasmes qui agitent les hommes depuis qu’Eve a croqué la pomme. Leurs textes sont d’une grande élégance, d’une grande finesse, tout en laissant la place à de nombreux artifices littéraires, à de jolies formules de style et à des clins d’œil qu’il faut dénicher. Un chouette pari littéraire, de la belle ouvrage !

« Se pourrait-il que parfois la Lune aboyât aux chiens ? » (Colaux)

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Les lièvres de jade d'Eric Allard et Denys-Louis Colaux
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 09:51
Alain-Fournier à l'heure du Grand Meaulnes
Alain-Fournier à l'heure du Grand Meaulnes

Qui lit encore « Le grand Meaulnes » d’Alain-Fournier à l’ère de l’informatique ou plutôt à l’âge du transhumanisme qui est sur le point de transcender nos limitations biologiques au travers de la technologie et tente de re-évaluer la définition de l’être humain comme on le concevait jusqu’alors ? Oui, la révolution numérique a tout remis en cause et dans des perspectives si révolutionnaires qu’un ouvrage comme celui-ci ne doit plus être lu que par un petit nombre d’amoureux  des beaux textes ou des contes féeriques. Cependant la tentation de l’impossible se profilait déjà dans le roman de ce jeune homme solognot, né en 1886, féru de littérature et qui préparait normal sup, concours auquel il échouera, ce qui l’incitera à se retirer à La Chapelle-d’Angillon pour écrire. Oui, la tentation de l’impossible peut prendre plusieurs aspects et c’est ici le cas. « Le grand Meaulnes » parait dans la Nouvelle Revue Française en feuilleton  de juin à novembre 1913 et suscite l’enthousiasme de nombreux lecteurs mais la guerre va très vite mettre en veilleuse ces débuts prometteurs, d’autant que l’auteur est tué le 22 septembre 1914 près d’Eparges, au bois de Saint-Rémy. Ce chantre de la féerie adolescente est mort à l’âge de Roméo et laisse dans la mémoire collective un élan romanesque presque surnaturel qui l’autorise à figurer à tout jamais dans l’histoire de la littérature française et d’avoir dessiné un personnage unique, un paradis de songe, une fuite devant le bonheur facile et un idéal d’autant plus difficile à atteindre qu’il est d’ordre mystique.

 

Le roman retrace l’histoire d’Augustin Meaulnes, racontée par son ancien camarade de classe, François Seurel, devenu son ami. François Seurel et Augustin Meaulnes sont tous deux écoliers dans un village du Cher, près de Vierzon. Lors d’une escapade, Augustin Meaulnes arrive par hasard dans un domaine où se déroule une fête étrange et poétique, pleine d'enfants. Le château est bruissant de jeux, de danses et de mascarades. Meaulnes apprend que cette fête est donnée à l’occasion des noces de Frantz de Galais. Parmi les festivités, des promenades en barque sur un lac sont offertes aux convives ; Meaulnes y rencontre une jeune fille, Yvonne, dont il tombe instantanément amoureux. Mais la fête cesse brusquement car la jeune mariée a disparu.

 

Revenu à sa vie d’écolier, Meaulnes n’a plus qu’une idée en tête : retrouver le domaine mystérieux et la jeune femme qu'il a croisée. Ses recherches restent infructueuses. Les deux garçons font la connaissance du bohémien qui leur avoue être Frantz de Galais et leur fait promettre de partir à la recherche de sa fiancée perdue.

 

Meaulnes s’en va étudier à Paris mais avec le seul mobile de retrouver Yvonne. Les mois passent et François n'a plus de nouvelle de son ami. C’est par hasard que, devenu instituteur, il retrouve la piste de la jeune femme, Yvonne de Galais, la sœur de Frantz, dont le Grand Meaulnes est toujours amoureux. Aussitôt il prévient Augustin de cette bonne nouvelle.

 

Meaulnes demande en mariage Yvonne qui accepte. Pourtant le lendemain du mariage, Meaulnes s'en va sans laisser d’adresse. François décide de s'occuper d'Yvonne et du père de celle-ci. Il devient le confident de l’épouse délaissée. Quelques mois passent et Augustin ne revient toujours pas, alors qu’Yvonne attend un enfant. C’est à ce moment-là que François découvre les carnets de son ami où celui-ci explique être parti pour  retrouver la fiancée de Frantz.

 

L'accouchement ne se passe pas bien : Yvonne fait une embolie pulmonaire et meurt et le père d’Yvonne décède quelques mois plus tard, si bien que François devient l'héritier. Il s'occupe de la petite fille jusqu'à ce que Augustin Meaulnes réapparaisse enfin …

Brigitte Fossey (Yvonne de Galais) dans le film de Gabriel Albicocco en 1967
Brigitte Fossey (Yvonne de Galais) dans le film de Gabriel Albicocco en 1967

Brigitte Fossey (Yvonne de Galais) dans le film de Gabriel Albicocco en 1967

Nous sommes loin, en effet, des paradis plus immédiats et réalistes d’une certaine jeunesse contemporaine. Celui, envisagé par Alain-Fournier, propose des pistes infinies, un goût de l’étrangeté et sait tisser des mystères qui parviennent aisément à envoûter le lecteur. Sous le couvert d’un récit limpide, « Le grand Meaulnes » plonge dans la nuit imaginaire sans cesser de privilégier un amour unique, de nous offrir un jeu de miroir d’où le pathétique n’est pas exclu. C’est Yvonne de Galais, cette jeune fille qui, dans un halo d’angoisse, suscite une poursuite sans fin et focalise toutes les promesses de bonheur et d’accomplissement qu'un jeune homme est en droit d’espérer. Nous sommes là dans une expérience intime mais contée avec une mélancolie poignante, une espérance qui se heurte constamment à l’inaccompli, si bien que le roman reste à jamais celui d’une aspiration, aspiration à un idéal qui n’a peut-être pas encore déserté notre monde chaotique, en quête de transcendance.

 

A travers ce roman, Alain-Fournier nous présente une étude descriptive de la vie rurale à la fin du XIXe siècle, vie marquée par les événements d’alors, la défaite de Sedan par exemple, mais également l’existence ritualisée par la participation aux fêtes religieuses et aux offices, la description des métiers et la vie à l’école, ce qui rejoint bien des romans du terroir de l’époque. Mais ce qui le différencie du roman habituel est l’aspect onirique et initiateur que l’ouvrage développe et qui retient l’attention, cela grâce à l’irruption du surnaturel dans l’existence ordinaire. C’est également un roman sur la désillusion, la réalité meurtrissant l’idéalisme de l’adolescence. Nous assistons à la découverte des imperfections, de l’impureté, des trahisons du monde adulte par le jeune héros Augustin qui voit se fracasser son rêve, sombrer son univers. Il ne faut pas oublier qu’Alain-Fournier est empreint d’un catholicisme pessimiste. Il connait la force de la corruption et du péché et son roman peut être considéré comme un adieu au monde idéal de l’enfance, paradis célébré qu’on ne peut retrouver que dans la littéraire, dans les mots qui réédifient la statue  irréprochable.

 

« Le fin mot de cette histoire » – écrit le philosophe Jean Levêque – « est l’envahissement de la vie par le jeu, onirique de préférence, qui rend cette vie possible. L’expérience décisive qui conduit Frantz à jouer sa vie, à confondre sa vie avec un immense jeu, c’est à travers l’échec de ses fiançailles, la découverte de l’impossibilité du bonheur, d’une vraie vie dont l’obstacle mystérieux semble résider dans l’existence elle-même. Enfin tout se passe comme si il y avait une malédiction attachée à la pure vérité de l’amour » - conclut-il.

Deux films se sont inspirés de ce beau roman, ce qui prouve que « Le grand Meaulnes » conserve de fervents admirateurs bien au-delà des frontières du temps.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Images du film de Jean-Daniel Verhaeghe en 2006 avec Clémence Poesy
Images du film de Jean-Daniel Verhaeghe en 2006 avec Clémence Poesy

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 09:10
Jardin de printemps de Shibasaki Tomoka

Une histoire japonaise, très japonaise, qui évoque le cinéma nippon à travers la relation que deux voisins nouent avec une étrange maison de leur quartier qui les intrigue fort. Une histoire à la limite du fantastique.

 

 

                                Jardin de printemps

Shibasaki Tomoka (1973 - ….)

 

 

 « C'est une maison bleue/Accrochée à ma mémoire /On y vient à pied /On ne frappe pas… », mais cette maison bleue n’est pas adossée à une colline de San Francisco, elle est plantée dans un quartier bourgeois de Tokyo et elle fascine Nishi qui pourrait chanter la chanson de Maxime Le Forestier tant  cette maison l’attire. Nishi, c’est la voisine du narrateur Tarô, tous deux habitent dans un immeuble promis à la démolition qui se vide progressivement de ses locataires. La jeune femme a en sa possession un livre intitulé « Journal de printemps » qui contient de nombreuses photos de cette superbe demeure qui a été occupée par un couple qui ressemblait étrangement à Nishi et à Tarô, notamment une identité à peu près similaire. Tout un faisceau de coïncidences intrigue fort les deux voisins qui scrutent les photos de la maison pour essayer de deviner si son intérieur correspond toujours à ce qu’ils peuvent en apercevoir, jusqu’au jour où la jeune femme est invitée à entrer dans cette fameuse maison où elle fait la connaissance des nouveaux propriétaires et de leur demeure. C’est le début d’une histoire étrange qui se noue entre la maison actuelle, ses occupants  actuels et les deux jeunes voisins, Nishi et Tarô, qui pourraient incarner les occupants d’un autre temps, celui où les photos ont été prises.

 

Cette histoire, à la limite du fantastique, m’a fait penser à certains films japonais comme j’en ai encore vus un récemment, des films au rythme lent, parfois très lent, à la mise en scène léchée dans des décors dépouillés mettant bien en valeur le scénario, des films avec des dialogues réduits au minimum, des films qui racontent des histoires simples et pourtant étranges, en mesure de déstabiliser celui qui les regarde. Le roman de Shibasaki Tomoka est construit un peu dans ce même esprit, le texte est épuré, l’histoire est réduite à l’essentiel mais n’en est pas moins singulière, les personnages et les lieux paraissent éphémères, irréels, alors que le décor, constitué par la maison bleue, est finement décrit. Il plane sur ce texte, comme sur certains films que j’évoque, une sorte de mystère que le dénouement n’éclaircit pas forcément. L’auteur crée davantage une atmosphère qu’une histoire en usant du processus littéraire de la mise en abyme.

 

Dans ce roman les personnages sont le plus souvent seuls : divorcé, veuf, célibataire, … ils ont besoin d’une compagnie qu’ils ne trouvent pas aisément. Le fonctionnement de la société japonaise ne facilite pas la vie familiale, les mariages sont la plupart du temps arrangés à la mode traditionnelle et les couples, ainsi conçus, ne correspondent pas aux nouvelles exigences de la société contemporaine. Quant au travail, il est devenu une vertu cardinale qui empiète très fort sur la vie privée. Dans cette société, vouée au labeur et à la performance, la vie familiale devient de plus en plus difficile, il est même parfois compliqué d’avoir des amis. Alors, prisonniers de leur solitude, les Japonais tissent des liens forts avec leur habitation à laquelle ils s’identifient et qu’ils aménagent à leur image. C’est ce message que nous laisse Shibasaki dans un roman délicat qui comblera ceux qui apprécient la culture asiatique et même beaucoup d’autres.

Denis BILLAMBOZ

 

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Jardin de printemps de Shibasaki Tomoka
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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 09:05

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Colmar n'a rien à envier à sa prestigieuse rivale Strasbourg, car elle est une ville également belle, riche d'une architecture d'exception et ayant sa "petite Venise" comme l'autre a sa "petite France". On ne peut que les unir dans une égale admiration et se féliciter que l'une et l'autre aient su préserver et entretenir leur patrimoine et nous l'offrir de la façon la plus ludique et la plus séduisante. Dès l'abord, la ville vous requiert, vous envoûte par son charme, ses canaux, ses demeures à colombages, ses fontaines, ses monuments, ses géraniums aux balcons qui disent son appartenance à l'Alsace. Ni les guerres, ni le temps ne paraissent avoir eu prise sur elle. Elle reste confondante de beauté et sa gastronomie est à l'égale de son apparence : d'aussi rare qualité. Tout est réuni pour faire de notre visite un moment inoubliable et qui perdurera dans nos mémoires. C'est entre le Xème et le début du XIIIème siècle qu'il faut citer le premier accroissement important de ce qui n'était auparavant qu'un gros bourg. Colmar est d'abord une cité municipale avant de passer sous la dépendance directe de l'Empereur. En 1278, Rodolphe de Hasbourg accorde à la ville une constitution municipale, si bien qu'elle va bientôt compter parmi les dix villes impériales de la Décapole et s'affirmer comme une grand centre artistique, cela grâce à la création de nombreux ateliers réputés pour avoir développé la peinture de chevalet et produit les fameux panneaux peints du "gothique tardif". Après les vicissitudes de la guerre de Trente ans et la pénétration de la Réforme protestante, Colmar va gagner le giron de la monarchie française et en obtenir quelques privilèges. L'arrivée en 1698 des Jésuites d'Ensisheim, qui s'installent dans le prieuré Saint-Pierre, montre la volonté royale de redonner à l'église catholique un rôle de premier plan. Après la Révolution, Colmar s'intègre encore davantage dans l'administration française. L'urbanisme de l'annexion de la période allemande de 1870 à 1918 transforme l'aspect de certaines rues et places mais sans rompre les harmonies du passé. Les transformations de XIXème siècle et les luttes des deux guerres mondiales ne l'ayant pas déparée, c'est avec un héritage brillant que Colmar connaît depuis 1945 un rayonnement indiscutable.

 

 

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Après avoir flâné dans la "petite Venise" qui allie les panoramas les plus attrayants et sollicite sans cesse votre viseur photographique, nous parcourons la célèbre rue des Marchands et ses maisons pittoresques avec leurs soubassements en pierre, leurs portes moulurées, quelquefois cintrées, et leurs étages à colombages et souvent à encorbellements. L'une des plus fameuses est la maison Pfister du XVI ème en grès de Rouffach, avec un très bel oriel d'angle. Cet édifice est remarquable par le décor peint très en vogue à l'époque et qui en exprime bien les goûts humanistes, puisque son iconographie associe les thèmes bibliques à des figures allégoriques comme celles de l'amour, de la justice, de la tempérance et même quelques représentations d'empereurs. Plus loin la maison des têtes, dans la rue qui porte son nom, retient l'attention par son pignon à volutes et l'ordonnance de sa façade aux fenêtres à meneaux. S'ajoute à cela une profusion d'éléments décoratifs - cariatides, têtes et masques grimaçants - d'une incroyable finesse d'exécution. Nous poursuivons notre visite par la collégiale Saint-Martin, bel exemple de l'art gothique dans le Haut-Rhin. Des fouilles récentes ont révélé la présence d'une église dès le XIème siècle. A l'intérieur, je tombe en admiration devant les consoles sculptées représentant la Passion du Christ avec un réalisme touchant et un art accompli aussi bien dans les détails que dans les expressions des visages. La place en elle-même a beaucoup d'élégance et permet de contempler un ensemble architectural de grand renom avec la toiture polychrome de la cathédrale et l'admirable maison Adolph dont la richesse ornementale se caractérise par l'emploi de motifs décoratifs et des ferronneries disposées en frise sur la loggia.

 

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             La collégiale Saint-Martin                                               La maison Pfister

 

Le Koïfhus ou "ancienne douane" nous subjugue à son tour, vaste édifice à deux niveaux surmonté d'une haute toiture en tuiles bicolores coiffant une jolie galerie de bois, débordante de fleurs. Quel décor urbain peut être plus séduisant ? Peu en somme ! Et on s'imagine combien l'ensemble devait être harmonieux lorsque les automobiles et les nuisances modernes ne venaient parfois en rompre l'ordonnance et vous empêcher de photographier une maison ou une rue selon l'angle le mieux adapté.  Colmar est incontestablement une ville d'artistes et nombreux sont ceux qui y sont nés ou y ont travaillé. Ainsi Martin Shongauer ( 1445 - 1491 ) y a exécuté presque toute son oeuvre peinte ( retables ) qui fut admirée par Dürer et les artistes de la Renaissance, dont "La vierge au buisson de roses"  ( 1473 ), visible dans l'église des Dominicains où l'artiste représente la Vierge tenant l'enfant, assise sur un banc de gazon, devant un fond de rosiers où volettent des oiseaux. L'auteur a su associer à la tendresse du motif, la force d'un ensemble monumental qui est un des chefs-d'oeuvre de la fin du Moyen-Age. Dans l'ancien couvent des Dominicaines d'Unterlinden, c'est le retable d'Issenheim, polyptyque peint par Grünewald, que l'on peut admirer. Ces peintures ont été réalisées vers 1512-1516. Le caractère précieux et exceptionnel de cet ensemble, désormais présenté par volets pour éviter les manipulations régulières trop dangereuses, vous laisse pantois tant l'ampleur peinte et sculptée est une véritable perfection. On imagine la vision qu'offrait la première ouverture du retable où se succèdent l'Annonciation, la Nativité, la Crucifixion, le concert des Anges et la Résurrection. La deuxième ouverture permettait de contempler les deux autres volets peints, la Visite de saint Antoine à saint Paul et la tentation de saint Antoine qui encadraient les sculptures centrales.

 

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    La Vierge au buisson de roses                         Le Koïfhus et son balcon fleuri

 

Plus tard, Auguste Bartholdi (1834 - 1904) y naîtra à son tour - dans une demeure devenue musée Bartholdi - et recevra de nombreuses commandes des provinces françaises et de l'étranger. On lui doit, entre autres réalisations, le Lion de Belfort et la statue de la Liberté  à l'entrée du port de New-York. Né lui aussi à Colmar, l'écrivain et aquarelliste Jean-Jacques Waltz dit Hansi ( 1872 - 1951 ). Son crayon vengeur, qui se faisait volontiers caricatural à l'égard de l'occupant allemand, savait se faire tendre, amusé et poétique dès qu'il s'agissait de représenter le petit peuple alsacien, coloré, patriote et malicieux.

En général, la visite de Colmar se commence et s'achève par la "Petite Venise" dont on se plaît à longer les cours d'eau bordés de maison étroites, avec des étages à pans de bois, dont la plupart datent des XVIème et XVIIème siècles. Ce quartier, dit " des tanneurs", existait néanmoins dès 1209 et conserve encore certains vestiges, de vieilles enseignes, des ponts fortifiés, dont le pont sur la Lauch qui, dans le passé, était l'entrée de la ville. On l'appelait volontiers "le pont de l'abreuvoir" pour la simple raison que les maraîchers y abreuvaient leurs animaux dans la rivière qui coulait sous ses arches. Après des heures de marche ou de piétinement, un dîner dans une auberge ne sera pas un luxe superflu. Et, ici, les bonnes tables sont nombreuses ! Inutile de rappeler que la charcuterie entre dans la préparation de nombreux plats. A côté des saucisses de Strasbourg, jambons et pâtés, le presskopf, un fromage de tête de porc, côtoie le foie gras, grand seigneur de la gastronomie alsacienne. Également au menu, les volailles, le gibier et les poissons. Nous n'avons que l'embarras du choix entre le coq au riesling et la poularde aux morilles, la truite des Vosges au bleu et la carpe frite du Sundgau. Bien entendu, pas question de délaisser l'incontournable choucroute ou le baeckeofe, mélange de viandes de boeuf, porc, agneau ou cuisse d'oie marinées ensemble dans un vin blanc sec, sylvaner ou riesling, accompagné d'oignons, d'ail et d'un bouquet garni. A Colmar, comme dans toute l'Alsace, seront sollicités non seulement vos yeux, votre imagination, votre mémoire  devant la foisonnante diversité de son patrimoine mais vos papilles par son art de vivre si accompli.

 

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Strasbourg, la belle européenne      

 

Alsace : la route des vins        

 

Riquewihr

 

 

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P1080042.JPG  Le Koïfhus


 156205_une-femme-observe-le-retable-d-issenheim-de-matthias.jpg                               

       La Crucifixion de  Grünewald au couvent des Dominicaines d'Unterlinden

 

100228-1.JPG  Le concert des Anges

 

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 08:39
Après la guerre, avec mon amie Brigitte à gauche. Elle est décédée en 1995 à 56 ans.

Après la guerre, avec mon amie Brigitte à gauche. Elle est décédée en 1995 à 56 ans.

Ils se sont, au fil du temps, éloignés de nos vies, laissant toute une part d'inachevé qui n'en finit plus de solliciter notre mémoire et notre imagination. Ils sont partis sans laisser d'adresse, celle du cimetière est trop réductrice, nous savons bien qu'ils ne sont pas là et que ce n'est pas ainsi que nous souhaitons les évoquer. Non, ils se sont tellement imbriqués dans nos actes, dans non souvenirs, ils semblent même qu'ils poursuivent leur existence dans nos pensées parce que fatalement ils sont inoubliables. Qui sont-ils ? Nos parents, nos grands-parents, nos oncles et tantes, nos cousins, nos amis, chacun à leur manière ont accompagné une part de notre itinéraire terrestre, alors en s'asseyant ici ou là sur une des bornes qui ponctue notre cheminement en ce monde, nous les revoyons, nous les réentendons : celle-ci avec ses malices et son joli rire, celui-ci avec ses plaidoyers sans fin sur la déstructuration de notre époque, ceux-là avec leurs tics, leurs mimiques, tous avec leurs spécificités, leurs expressions, ce qui les rendait uniques et irremplaçables. Chers disparus !

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Mes parents à Trouville, peu d'années avant leur mort.

Avec le temps, qui ne cesse pas de s'accélérer, vous devenez de plus en plus nombreux à peser de vos absences, à susciter la nostalgie à votre seule évocation, à aggraver nos solitudes. Oui, vous nous manquez. Nous avons certes connu des amours ratés, mais il s'agit ici d'amours perdus Il en fut ainsi de celui de mon amie d'enfance - nos  mères nous plaçaient dans le même parc lorsqu'elles jouaient au bridge - alors que nous jouions déjà à nous fabriquer un avenir, à nouer un lien privilégié qui nous a menées un dernier soir d'un été doux et parfumé à nous questionner sur l'avenir du monde. Ironie du sort, le tien ne pesait plus que quelques mois... Tu mourrais en avril 1995 d'un cancer des os à 56 ans. Quatre semaines avant ma mère, seize mois avant mon père. Trois deuils successifs, j'ai cru perdre pied. C'était trop, je ne pouvais même pas imaginer la vie sans vous ! Et, néanmoins, il a bien fallu le faire, reprendre la route, choisir un nouvel itinéraire plus contemplatif sans doute, nourri d'un passé qui ne peut pas s'éteindre et favorise certaines valeurs essentielles.

 

Et puis, il y a eu l'ami - un second père en quelque sorte - qui m'a aidée à me reconstruire à la suite d'un mariage loupé, très vite soldé par un divorce. J'avais 23 ans et le vide ne s'est jamais comblé. Il en est ainsi de certains passants incomparables. Je n'oublie pas ma chère tante Yvonne que j'imagine cueillant des étoiles comme jadis elle se plaisait à composer des bouquets champêtres, à ma grand-mère paternelle, conteuse intarissable, qui me décrivait la Belle Epoque comme s'il s'agissait d'une parenthèse enchantée, un moment éphémère brièvement paré de toutes les séductions. Vous avez été, au hasard des circonstances, des compagnons de fortune ou d'infortune ; avec vous, nous avons partagé illusions et désillusions, joies et chagrins, larmes et rires. Certains nous ont quittés encore parés des charmes de la jeunesse, d'autres auréolés par la sagesse de leur grand-âge, avec cette bienveillance qui imprime aux visages une tranquille indulgence.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels.

Vous restez tous à nos côtés, compagnons invisibles mais souvent plus présents que nombre de nos contemporains. Vous avez contribué à rédiger quelques-unes des pages de nos vies et formez ainsi la toile de fond de notre univers intérieur, chers disparus !

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:37
Bestiolerie potagère de Louis Dubost

En ces jours gris et tristes, je vous propose un bouquet de fraîcheur venu tout droit du jardin Louis Dubost, avec tout le petit peuple qui y vit et qui pourrait nous donner des leçons de vie dont notre société a bien besoin aujourd’hui.

 

 

                                   Bestiolerie potagère

 Louis Dubost (1945 - ….)

 

 

Louis Dubost, comme l’écrit Georges Catahlo, le préfacier, fut (ou est encore) « éditeur à temps plein, poète à temps partiel, professeur à temps professionnel, philosophe à temps perdu, élu local à temps difficile… ». Il évoque dans ce recueil les petits animaux que le jardinier croise dans son potager, que le poète aime à chanter et que le professeur énonce en listes aussi poétiques que scientifiques. Et l’élu, qu’il fut, aime à se réfugier en cette compagnie, ô combien plus pacifique et plus paisible que celle des administrés ! En lisant ces textes courts dédiés au petit peuple du jardin, j’ai pensé à une relecture relativement récente du bestiaire qui valut le Prix Goncourt à Louis Pergaud : « De Goupil à Margot », et je le convoque ici pour ce commentaire car l’auteur, lui-même, invite dans chacun de ses textes courts, ou poèmes en prose, un personnage historique ou actuel chargé de transposer les situations potagères dans la vie des jardiniers et autres humains. Einstein a désigné l’abeille comme vigile de la pérennité de l’humanité,  Hortefeux est invité à s’inspirer de la paisible coccinelle, l’ironie de Voltaire s’accroche au crapaud et ainsi pour chacun de ces chapitres lumineux comme un rayon de soleil printanier sur un potager encore nimbé d’un reliquat de rosée matinale.

 

 

De la belle, de la vraie, littérature distillée avec la patience du bouilleur de cru, extrayant l’essence la plus délicate des fruits qu’il a récoltés avec amour et délicatesse. Mais ces textes ne sont pas seulement épures de littérature, ils ont un sens profond, Louis Dubost, comme Louis Pergaud, charge ces petits êtres d’un message politique, il les invite à dénoncer les errements de notre société et à inciter les hommes à réagir : « La résistance quand est-ce que ça commence ? » Elle commencera quand les citoyens s’inspireront de l’escargot : « L’escargot n’a aucune accointance avec « le sage bourgeois des sentiers » dont s’émerveillait Federico Garcia Lorca. Bien au contraire, il colle entêté au sentier et ne recule jamais : son existence est résistance ». Alors, suivrons-nous le chemin de l’escargot ?

 

 

Je trouve cependant que l’auteur est bien pessimiste quand il dit que  « … jardiner les mots, les ouvrir et les semer en graines, ne suffit pas à fleurir d’un poème les plates-bandes du langage…. ». Un seul de ses textes courts et lumineux suffit à ensoleiller la page d’autant plus que chacun d’eux est illustré d’un dessin de Bernadette Gervais, collaboratrice habituelle de Francesco Pittau, auteur d’une de mes prochaines lectures, acquises à la dernière Foire du Livre de Bruxelles. J’ai hâte de lire « Tête-dure » !

Denis BILLAMBOZ

 

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